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p. 9-56
Discours prononcez à l'ouverture de l'Academie Royale des Inscriptions, d'aprés Pasques, [titre d'après la table]
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Je passe aux Discours prononcez dans l'Academie des [...]
Mots clefs :
Discours, Académie des inscriptions, Académie des sciences, Analyse, Inscription sépulcrale, Pontife, Empire, Religion, Parallèle d'Homère et de Platon, Chrétiens
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texteReconnaissance textuelle : Discours prononcez à l'ouverture de l'Academie Royale des Inscriptions, d'aprés Pasques, [titre d'après la table]
Jï passe aux Discours prononcez dansl'Academie des
Inscriptions, & dans celle des
Sciences, le jour de l'ouverture
de ces deux Academies Royales à leur rentrée d'après Pâques. L'Académie des Inferiprions s'ouvrit le Mardy zg.
du mois dernier par Mr de
Boze qui en est Secretaire perJ
petuel, qui fait toûjours l'Eloge des Académiciens morts j
dans le cours de l'année, & il
s'attira de grands applaudisse- j
mens en faisant celuy de feu
Mr de Corneille
;
Eloge d'autant plusdifficile à faire, que
j'avois fort étendu cette Matiere
>
& que Mr de la Motte j
en avoit fait un
très- beau le
jour desa reception à l'Academie Françoise. Mr de Boze dit
d'abord que Thomas Corneille étoit né à Roüen le 20e
d'Aoust 162 5. de Pierre Corneille Avocat du Roy à la Table de Mar bre
,
& de Marthe
le Pesant fille d'un Maistre des
Comptes, de qui estoientaussi
descendus Mrs le Pesant de
Bois Guilbert, donc l'un estoit
Conseiller en la Grand'Chambre du Parlement de Roüen,
& l'autre Lieutenant General
& Prcfident au Presidial de la
;
même Ville; que le jeune Mr
de Corneille avoit fait fcs
Classes aux Jesuites, & qu'il y
avoit apparence qu'il les fit
bien; que ce que l'on sçavoit
de plus particulier estoit, qu'étant en Rhetorique il avoit
composé en Vers Latins une
Piece que son Regent avoit
trouvée si fort à son gré qu'il
l'avoitadoptée, & qu'ill'avoit
substituée à celle qu'il devoit
faire representer à ses Ecoliers
pour la distribution du Prix de
l'année,& que lors qu'il eut
fini ses Etudes, il estoit venu à
Paris
,
où l'exemple de Pierre
Corneille son aîné), l'avoit
tourné du côté du Theatre,
1
exemple, quipour eflrc suivy,
*demandoit une affinité de gcnie que les liaisons du fang ne
donnoient point, & que l'on
ne comptoir gueres, entre les
Titres de famille.
f
Il parla ensuite de tous ses
Ouvrages, tant de Poësie que
de Prose, & quoy que l'on eût
déjà parlé à fond de tous ces
;
Ouvrages, on peut dire que Mr
* de Boze y
donna un tour nouveau, qui fit autant de plaisir
à ses Auditeurs que si la Matie-
| re eut elle nouvelle.
1 Mr l'Abbé Massieu, Pro-
fesseur Royal en Langue Grecque, qui à l'Assemblée publique du mois de Novembre avoit lû une Dissertation sur les
Sermens, dont je vous donnai
alors une Analyse, lût cette
fois.cy un Discours, dont le
sujetestoit, Paralelle d'Homere
&dePlaton. Il commença par
s'cxcufer sur ce qu'il entreprenoir de comparer deux grands
lionimes,qu'on avoit courume de concevoir sous des idées
fort différentes, & dit: Que si
au premier coup d'œil, l'opinion qu'il alloit avancer paroifloïcifnguliere, du moins
elle n'estoit pas nouvelle. En
effet, elle a, dit-il, eu d'illustres
Défenseurs dans l'Antiquité,
Ciceron, Denisd'Halicarnasse,
Quintilien, HeraclidedePont,
Longin, &c. Mais ces excellens Critiques se sont contentez de nous apprendre qu'ils
trouvoient une grande conformité entre Homere &Platon; & ne nous ont point laissé
les raisons sur lesquelles ils se
fondoient. Mr l'Abbé Massieu
tâcha de suppléer à leur silence, & representa que s'il ne
parvenoit pas à bienétablirce
qu'ils avoient crû, on ne de-
vroit point en tirer de consequence desavantageuse contre
le sentiment, qui est d'eux;
mais seulement contre les preuves qui étoient de luy.
Ensuite venant au détail, il
remarqua que deux Ecrivains
peuvent principalement seressembler par trois endroits; par
le fonds de la doctrine, par la
maniere d'enseigner, & par le
style.
Pour ce qui regarde ladoctrine, il fit voir que les principas d'Homere & de Platon
estoientà peu prés les mêmes.
1. Sur la Religion, 2. Sur la
Politique. 3. Sur TOcconomie & sur les autres parties de
la Morale.
Quant à la maniere d'enseigner,ilss'estoient,dit-il, proL
posezl'un& l'autre dinstruire
en divertissant, & de cacher le
precepte fous l'appas du plaisir. Et parce qu'entre tous les
genres d'écrire ,iln'yen avoie
point de plus propre adonner
du plaisir aux Lecteurs, que
celuy où il entroit le plus &
d'imitation & de fixion; c'eil
à celui-là, poursuivit-il
,
qu'ils
s'estoient principalement atiachez. Homere & Platon é-
toient,continua-til, premierement les deux plus grands
Peintres qu'ait euë l'antiquité:
& en second lieu, les deux
Ecrivains qui dans leurs Ouvrages avoient le plus frequemment & avec le plus de succés
employé les fyrnboles & les allégories.
Enfin pour ce qui concernoit le style. 1. Platon cite continuellement Homere. 2. Il
ne se contentoit pas de le citer,
il tâchoit de transformer son
style en celuy de ce Poëte, empruntant de luy des expressions qu'il enchassoit dans les
siennes propres y
de telle forte
que les unes & les autres ne
faisoient plus ensemble qu'un
mefmc tiuu. 3. Dans les endroits où il ne citoit ny necopioit Homere, son style ne
laissoit pas d'estre tout poétique. On sçait, dit-il, que ce
qui faisoit l'essence de la Poësie,
n'estoit pas precisement la mesure, ny un certain arrangement de mots; que c'estoit
principalement la pompe de
l'expression, la hardiesse des
figures, la vivacité des defcri-
< 3
ptions,& sur toutje ne fçp.is
quelle chaleur heureuse qui se
répandoit dans tout le discours
&quil'animoit.Ortoutesces
qualitez Ce trouvoient dans
Platon au souverain degré.
Mr l'Abbé Massieufinit par
rassembler les traits principaux
qui formoient une vraye ressemblance entre Homere &
Platon, & par dire que de ces
deux Ecrivains presque égaux
en tout, le premier n'avoic
peut-estre sur le second d'autre
avantage, que celuy que tout
1 Original avoic necessairement
sur sa Copie.
Je dois a
joûter icy, que
Mr l'Abbé Massieu, possede
parfaitement trois Langues, 6c
qu'il sçait dans ses Ecrits, joindre l'Atticisme des Grecs,
l'Urbanité des Romains,& la
politesse des François.
Mr l'Abbé de Tilladet parla
aprés Mr l'Abbé Massieu, &
fit une Dissertationdans laquelle après avoirexpliqué la
prééminence du Souverain
Pontificat des anciens Romains, il en tira un avantage
pour prouver que les premiers
Empereurs Chrestiens avoient
pris, & avoient Ineflne dû
prendre la qualité de Souverain Pontife; de forte que la
premiere partie de sonconcours
forma une espece de preuve
&de prejugé en faveur de la
seconde partie,qu'on pouvoit
regarder pour cette raison
comme une consequence de la
- premiere. Car s'il est vrJY
,
dit il, ainsiqu'on le démontre
par les Medailles, par une foule de passages d'excellens Auteurs
,
que le grand Sacerdoce
ait toûjours esté une dignité
éminente; que chez les Grecs
&chez les Latins elleaitsifort
approché de la Royauté, qu'on
les y
ait souvent confonduës
ensemble; qu'à Rome durant
la Republique le grand Pontife quiestoit perpetuel ait esté
constamment superieur aux
principaux Magistrats, parmy
lesquels il y avoit une continuelle revolution; que cette
puissance si distinguées'étendit, selonFestus, sur toutes
les choses divines & humaines;
s'il eftvray que par là le grand
Pontife se fut acquisun souverain empire sur les Citoyens,
non pas à la vérité en toutes
occasions,& à touségards;unempire absolu qu'il pût exercer immédiatement; mais un
empire indirect,qui par le
mélange de la Religion avec la
Politique, par la liaison des affaires, la correspondance des
personnes
,
la subordination
des Charges. & la combinaison des évenemens, ramenoit
la Republique entiere aux vûës
& aux fins du Ch\.f de la Religion; s'il est vray que Cesar
n'eut tant ambitionné le souverain Pontificar, qu'à cause
que cettedignitéestoit seule
propre à couvrir son usurpation, &à rendre moins odieux:
l'exercice d'une autorité sans
bornes; que de tous les titres '1
de ce premier Empereur Romain.:
main, celuy cy fut l'unique
qui luyeût conservé les honneurs de la scpulture, & du
respect à sa memoire immédiatement après sa mort: s'il
est vray enfin que ses successeurs ne l'eussent esté qua la
faveur du Titre de grand Pontife,auquel étoit attachée principalement la souveraine puissance, il s'ensuivoit que les
Empereurs Chrétiens n avoient pû s'assurer le droit inconte stable de régner, qu'en
acceptant cetre mesme qualité de ceux qui la leur conferoient, comme une qualité in-
dispensable en les élevant à
l'Empire.
Ce fut ce que Mr l'Abbé
de Tilladet rendit plus sensible par deux exemples. Le
premier fut de Macrin, qui
qupyque déja ëlù & proclamé
Empereur, ne fut neanmoins
avoüé pour tel qu'après que le
Sénat l'eut declaré & salué Souverain,Pontife, voulant que
cette formalité; que cette nouvelle reconnoissance futconsiderée comme une condition
essentielle, & comme une espece d'investirure; en forte
que de mesme qu'aujourd'huy
la qualité de Roy des Romains
doic necessairement preceder la
dignité Impériale, le Souverain
Pontificat ne dût pas moins
accompagner alors la Majesté
des Empereurs.
Le second exemple fut pris
de Gratien, qui refusa la Robe Pontificale que luy presentaleColege des Pontifes,estimant ce refus convenable à sa
qualité de ChreHien. Il méprisele grand Ponnficat, dit le
plus distingué d'entre les Prêtres
,
dans peu un autre pourroit bien devenir en sa place
Souverain Pontise;il vouloit
dire aussi, & par conlequent
Empereur: Si Princeps nonvult
appellari Pontifex, admodum breUi Pontifex Maximusfiet. Expreluon ambiguë & équivoque, jeu de paroles ingenieux,
qui faisoit allusion au Tyran
Maxime, dont le nom répond
au terme qui exprime en Latin
le suprême Pontificat; maniéré
de menace audacieuse, quoy
qu'envdopée, espece de prédJébon énigmatique, qui fut
bien rôt suivie de l'évenemenr;
car peu de temps après Maxime ayant fait tuer Grarien,
usurpa 1 Empire&apparem-
ment ne fut il si entreprenant
& si hardy qu'à cause qu'il se
sentitappuyédesPayens,& sur
tout de la factiondes Pontifes
indignez, qui sçavoient bien
que ce nouvel Empereurne
refuseroit pas d'eux, comme
avoit fait Gratien, les signes
éclatans du Souverain Pontificat.
A ces motifspressans qu'avoient les premiers Empereurs
Chrestiens d'accepter pour se
maintenir, le Titre de Souverain Pontife, Mr l'Abbé de
Tilladct joignit d'autres preuves plus positives, tirées des
Auteurs & des Monumens. Il
cira Zozime, L. 4. p. 761. Au.
sone dans son Action de graces a Gratien, un Edit de Valentinicn & de Marcien, Edit
inseré dans la troisiémeSession
du Concile de Calcédoine. Il
raporra les acclamations d'Empereur Pontise, faites pour
Theodose dansle Concile de
Constantinople, fous le Patriarche Flavien; il fit venir à
son secours le PapeGregoire,
qui reprochant à l'Empereur
Leon Iconomaque, de s'estre
renommé Pontife, ne l'en reprit qu'en ce qu'il n'en soûte-
noie pas assez dignementle
caractëre. Vous avez écrit,
luy dit-il, je fuis Empereur &
Pontife. Ce sont vos predecesseurs, ajoûta le saint Pere, qui
avoient prouvé par leurs paroles& par leurs actions qu'ils
estoient appeliez Pontifes à
juste titre.Tels estoientle
grand Constantin, le grand
Theodose & le grand Valentinien, dignes Empereurs &
Pontifes, parce qu'ils gouvernoient l'Empire religieusement, & qu'ils avoient foin
desEglises.
Sur ce qu'on objeéte que
Zozimeestsuspect, parce qu'il
haïssoit les Chrerstiens, Mr
l'Abbé de Tilladet entrant
dans le détail des circonstances du témoignage de cet Auteur,
fit voir l'espece d'impossibilité morale qu'il y
avoir,
que Zozime eût Ole, ny me..
me voulu entreprendre d'imposer au public; & ce qui rendit encore à Mr l'Abbé de
Tilladetletémoignage de ce
Payen plus digne defoy, ce
fut qu'il avoit esté suivy en
dernier lieu par Baronius, qui
l'avoit dû examiner d'autant
plus exactement avant que de
l'adopter, qu'il n'avoir pas
craint de lè traiter de calomnie
dans CeS" Notes sur le Martyrologeau 22. dAousta& que
depuis, mieux insiruitilnous
declare dans ses Annales 312.
qu'il n'a pas honte d'avouer
qu'en soûcenant que les Empereurs Chrestiensn'avoient
pas esté nommez Souverains
Pontifes, il estoit tombé dans
une erreur grossiere parlaforte envie d'épurer trop scrupaleusement leur Religion, &
faute ou d'avoir vu les Monumens qu'il avoit recouvrez
depuis, ou d'avoir fait assèz
d'attention à
ceux qu'il avoie
eus autrefois entre les mains.
Ce fut de ces mêmes Monumens, de ces Inscriptions ou
les premiers Empereurs Chrétiens font nommez Souverains
Pontises, que Mr l'Abbé de
Tîlladettira une nouvelle preuve, & quand on luydit ou que
ces Monumens avoiencesté
érigez par des Gentils, ou
qu'ayanr esté faits d'abord
pour des Empereurs payens,
ils avoient esté ensuite, au
moyen de quelque ch angement appliquez & transferez
à leurs Successeurs il répond
qu'il suffit que les Empereurs
CChrétiens hrétiensn'ayeni n'ayentpupû ~norer ignorer
que ces Inscriptions où ils
estoient appeliez Souverains
Pontises, paroissoientpubliquemenr à leur gloire, Se
qu'ayant pû l'empêcher, ils
r
ayent toutefois permis qu'elles
subsistassent, & qu'elles passasI
sent à laposterité.
-
Si par la difficulté deresister
à de si fortes preuves, on se
t retranche à s'écrier que les prcmiers Empereurs Chrétiens
n'estoient
pas vrayement Ponsises
,
& qu'ilsn'ont esté ap-
[ pellez tels qu'abusivement, que
par Métaphore & par allusion
à des vertus, ou à des pouvoirs convenables à
ceux qui
portoient dignement cette
qualité, Mr l Abbé de Tillader se contenta qu'on luy abandonnât le titre, duquel seul il
s'agissoit
,
déclarant qu'il ne
prétendoit pas non plus que
Baronius, que Constantin, Valentinien, Valens, Gratien, &c.
eussent esté Pontifeseneffet,
de qu'afin de se faire consacrer
tels, ils fussent descendus dans
une fosse pour y
répandre en
sacrifice le fang des Taureaux,
pour en boire, s'en faire arro-
Fer, & y
observEr les autres
ceremoniesdécrites sur ce suet par Prudence dans une de
ses Hymnes. Mais il persevera
"a soutenir qu'ils avoient porté
le nom de Pontife, & qu'ils
avoient pu l'accepter sans prévarication; du moins par là,
reprit il, n'eussent ils pas renMu leur foy suspecte, fous les
auspicesdecette même dignité,n'eussentils pas autorisé la
Religion payenne
,
à laquelle
cette même dignité devoit son
o
établissement ? oüy, poursuivitil,siles Empereurs Chrétiens
appeliez Pontifes, n'eussent pas
fait ouvertement profession
authentique d'une Religion
contraire qui profcrivoit les
faux Dieux, & renversoit les
Idoles? Mais ils avoient,ajouta t-il, besoin du titre pour se
conserver la souveraine puissance qui yavoit toûjours esté
attachée,&sur tout pour pallier sagement certaines Canai..
tutions propres à reprimer les
libertez du Paganisme qu'ils
estoient obligez de tolcrer encore
,
& lequel par cette souveraineautoritépalliée du titre de Pontife ils ne laissoient
pas de trouver moyen de rui-
;ocr insensiblement. Les Princes comme les autres hommes,
ajouraà ce propos Mr l Abbé
ide Tilladet, doivent user de
icondefcendance & de ménagement ; par l'attention & la
longanimitéils viennent à
bout des plus difficiles entreprises: au lieu qu'un zele indifcret & une conduite précipitée, gâtent les meilleures affaires, & les plus faintes œuvres.
On sçait,poursuivit-il, ce que
des gens de ce dernier caraéèc.
re ont tant de fois couté à l'E-
-
glise, & ce qu'ils peuvent luy
coûter encore.
Falloit-il donc, continua t
il,
que les premiers Empereurs
Chrétiens abjurant par une
outrée delicatesse de Religion
mal-entendue
5
cette dignité
devenuë si indifférente en ellemêmeàl'égard du culte, mis
-
sent en danger tout à la fois,
& leur Empire, & l'Empire de
Jesus-Christ?Mr l'Abbé de
Tilladet parcourut les inconvénients qui en feroient arrivez, & qu'il feroit trop long
de rapporter icy. Il parcourut
demême les avantages qui revenoient au Christianisme, de
l'acceptation du titre desou-
verain Pontife par les Empereurs Chrétiens, &ilfinit par
montrer évidemment que le
grand Pontificat s'étant trouvé dés le commencement de
l'Empire dégagé dans les Em-
: pereurs de toutes fonctions sacrées, il ne leur estoit resté de
cette dignité suprême que le
nom, accompagné du souverain pouvoir, encore moins
aux Empereurs Chrétiens, qui
par leur profession du Christianisme inseparable. du renoncementàl'Idolâtrie, declaroient à
toute la terre que le
titre de souverain Pontife né-
toit pas davantage en eux, un
titre de superstition
,
que le
Titre de Roy de Pologne a
esté
depuis un titre de Domination
sur les Polonois dans Henry
IIIeaprès qu'il eut renoncé au
Royaume de Pologne. De là
Mr l'Abbé de Tilladet conclut
que si la Minerve & le Pantlicon, deux Temples des faux
Dieux, avoient pû avec leur
nom) leurs matériaux
,
leur
:
forme, & une partie de leurs
ornements, retenir leur ancienne magnificence, sans conserver pourtant le caratfterc
d'idolâtrie, dont par là ils fem-
bloient encore porter les traits,
toute tâche& tout soupçon,
en ayant esté effacez par leur
publique translation & con secration à la vraye divinité, il
fautreconnoître demême que
les idées ayant varié suivant la
diversité des temps
&des circonstances, que le titre de souverain Pontife ayantchangé
de nature & de signification erspassant aux Empereurs, bien
davantage en passant à des Empereurs Chrétiens avoit pû le
conserver sur leurs têtes avec
toute sa splendeur &toute son
autorité sans aucun reste de
superstition, attendu le nouvel
usage qu'ilsfaisoient de cette
souveraine puissance, le besoin
qu'ils en avoient, & le devoüement public de leur perron..
ne & de toute leur grandeur,
à la Religion Chrétienne. La
prudence demandoit qu'ilsattendirent à cesser d'estre nommez Pontifes que les Romains
presquetous convertisen dussent estre moins allarmez, que
la foy ne fut plus si exposée
aux mauvais effets des Révolutions humaines, & que de
tous les grands titres, celuy
qui estoit le plus ancien & le
puis reveré dans Rome payenne, devint dans Rome chrétienne par une nouvelle application, le nom du monde le
plus venerable & le plus saint.
Mr Henrion -
lut ensuite un
Discours qui regardoit lesInscriptions sepulchrales Antiques dont il avoit déjà parlé
dans une autre Assemblée, &
fit connoistre que les sujetsqui
avoient quelque rapport effentiel à quelque partie de la Jurisprudence)& les Inscriptions
sepulchrales, comme les nomme l'Empereur Alexandredonnant un très- grand jour à nos
Titres tant Civils que Canoniques, devoient avoir le plus
d'attraits & de charmes pour
luy.
Il ajouta que personne ne
s'étonneroit sans doute qu'il
eust choisi une matiere convenable aux deux Compagnies
dont il avoit l'honneur d'estre
Membre
,
& que peut
-
estre
même ce choix paroîtroit d'autant plus sage qu'ayant déja
deux sçavantes Introductions
à la Sciences des Medailles, l'un
des deux objets qui avoient
donné leurs noms à cette
Compagnie, l'autre objet de
la même Compagnie, ou les
Inscriptions devoient ce semble d'aurant moins estre négligées,qu'elles estoient, s'il osoit
le dire, d'une plus vaste étendue
& d'une plus grande utilité que
les Médaillesmêmes, comme
il feroit aisé d'en juger par la
feule espece dInscriptions antiques dont il entreprenoie de
parler, en attendant qu'une
plus habile main se chargeait
d'un Corps d'ouvrage entier
sur les Inscriptions antiques
en general.
Il dit ensuite, que le but
qu'il s'estoit proposé dans cette
tentative se reduisoit à
deux
points ; que dans le premier il
avoir entrepris dedécouvrir,
quel avoir esté l'esprit des anciens Grecs & Romains dans
l'apposition des Inscriptions
sepulchrales
,
& d'examiner
avec foin en quoy consistoit
chez eux le droir d'Inscriptions
sepulchrales
; que le second
consistoit à développer quel
estoie chez les anciens Grecs
& Romains l'artifice des Inscriptions sepulchrales, & à
reduire en Art, la Doctrine &
la Composition decesInscriptions; qu'il avoit reduit dans
une
une Dissertation precedente
loue ce qui regardoit le droit
des Inscriptions sepulchrales,
& l'esprit des Anciens dans
leur position aux sept chefs
suivans. Aux différents motifs
quiavoient donné la naissance
aux Inscriptions Sepulchrales;
à l'antiquité & à l'usage universes des Inscriptions Sepulchrales chez tous les Peuples
Je la terreun peu civilisez; aux
personnes qui avoient droit
d'Inscriptions Sepulchrales
;
à
celles à qui appartenoit le foin
de les faire & de les poser aux
lieux où elles avoient coutûme
d êcre placées; aux matieres sur
lesquelles elles étoient gravées;
& enfin aux caracteres, par la
beauté,la grandeur& la profondeur desquels on tâchoit
d'en rendre la durée éternelle.
Et qu'ainsi il ne luy restoit
qu'àdéveloper à la Compa.
gnie l'ingenieux artifice avec
lequel les anciens Grecs & Romains composoient leurs Epitaphcs;a rassembler dans un
Corps la Doctrine de ces pretieux Monumens, & à tâcher
de réduire en Art uneconnoifsance dont les Recüeils de Gruter & les autres choses ne nous
presentoient les principes & les
réglés que par lambeaux, &
par exemples détachez; que
c'estoit de lïnduébon générale
de ces exemples, qu'à force de
meditation & d'observations,
il avoit levé le plan qu'il alloit
avoir l'honneur de proposer à
la Compagnie sur la Science
des Inscriptions sepulchrales.
Il ajouta qu'il examineroit
d'abord, ce qu'on devoit entendre par Inscriptionsepulchrale; quelle estoit la simplicité
des Inscriptions sepulchrales
dans leur naissance; la prodigieuse multitude de branches
qui pullulerent de certe ancien-
ne simplicité;le point de plenitude&de perfection où l'Art
& l'Invention avoient amené
la composition des Epitaphes,
& enfin l'elocution des Epitaphes & les divers avantages
que l'on pouvoit en tirer pour
tous les divers genres d'Arts
& de Sciences; que s'il estoit
échapé quelque chose d'cdcntiel à sa premiere vûe
,
il esperoit qu'on luy seroit grâce en
faveur de la nouveauté de son
d.flein, & que s'il ne faisoit
qu'indiquer en courant c
hacune des parties de cet Art, il
seroitaisé de s'en prendre à la
briéveté du temps qui ne permettoit que de donner une
idée generale& legcre de tout
ce qui regardent cette Science.
Mr Henrion tint parole, & fit
le détail de tout ce qu'il avoit
promis, & finit en disant, qu'il
Lissoit à quelque Spanheim futur à donner un Traité sur ce
sujet,& qu'en attendant illuy
fust permis de se plaindre des
injures du temps impitoyable
qui nous avoit enlevé la plus
grande partie de ces Monumens precieux; mais plus encore des injures des hommes
qui sans respect pour la Reli-
gion des Tombeaux, pour leur
propre instruction & pour la
nostre, avoient souvent employé les Tables des Inscriptions sepulchrales à l'indigne
usage de faire de la Chaux;
que peut estremême le zele du
Christianisme nous avoir encoreplus enlevé que le temps
& l'ignorance
;
mais que du
moins il en estoit assezresté
pour essayer d'en tirer une Introduction à la Science des
Inscriprions fcpulchrales
,
&
qu'il avoüoit que ce seroit la
faute non des Matériaux, mais
de l'Ouvrier, si dans la Diifcr.
tation qu'il avoit déja donnée
sur cette matiere, il n'avoir pas
assez bien développé quel estoit
l'esprit des anciens Grecs &
Romains dans t'appotnion des
Inscriptions sepulchrales ,ou
si danscelle qu'il donnoit alors
il n'avoit pas montré dans tout
son jour, l'ingenieux artifice
avec lequel les anciens Grecs
& Romains composoient leurs
Epitaphes, les deux seuls points
où il avoit réduit l'Art & la
Doctrine des Inscriptions sepulchrales.
Mr Foucaulr, Conseiller d'Etat, & l'un des Presidens ho-
notaires de cette Academie
ayant pris la parole après que
chaque Académicien eut parlé,
resumaleurs Discours d'une
manière rout à faitingenieuse,
&qui fit beaucoup de plaisir
à toute l'Assemblée.
Inscriptions, & dans celle des
Sciences, le jour de l'ouverture
de ces deux Academies Royales à leur rentrée d'après Pâques. L'Académie des Inferiprions s'ouvrit le Mardy zg.
du mois dernier par Mr de
Boze qui en est Secretaire perJ
petuel, qui fait toûjours l'Eloge des Académiciens morts j
dans le cours de l'année, & il
s'attira de grands applaudisse- j
mens en faisant celuy de feu
Mr de Corneille
;
Eloge d'autant plusdifficile à faire, que
j'avois fort étendu cette Matiere
>
& que Mr de la Motte j
en avoit fait un
très- beau le
jour desa reception à l'Academie Françoise. Mr de Boze dit
d'abord que Thomas Corneille étoit né à Roüen le 20e
d'Aoust 162 5. de Pierre Corneille Avocat du Roy à la Table de Mar bre
,
& de Marthe
le Pesant fille d'un Maistre des
Comptes, de qui estoientaussi
descendus Mrs le Pesant de
Bois Guilbert, donc l'un estoit
Conseiller en la Grand'Chambre du Parlement de Roüen,
& l'autre Lieutenant General
& Prcfident au Presidial de la
;
même Ville; que le jeune Mr
de Corneille avoit fait fcs
Classes aux Jesuites, & qu'il y
avoit apparence qu'il les fit
bien; que ce que l'on sçavoit
de plus particulier estoit, qu'étant en Rhetorique il avoit
composé en Vers Latins une
Piece que son Regent avoit
trouvée si fort à son gré qu'il
l'avoitadoptée, & qu'ill'avoit
substituée à celle qu'il devoit
faire representer à ses Ecoliers
pour la distribution du Prix de
l'année,& que lors qu'il eut
fini ses Etudes, il estoit venu à
Paris
,
où l'exemple de Pierre
Corneille son aîné), l'avoit
tourné du côté du Theatre,
1
exemple, quipour eflrc suivy,
*demandoit une affinité de gcnie que les liaisons du fang ne
donnoient point, & que l'on
ne comptoir gueres, entre les
Titres de famille.
f
Il parla ensuite de tous ses
Ouvrages, tant de Poësie que
de Prose, & quoy que l'on eût
déjà parlé à fond de tous ces
;
Ouvrages, on peut dire que Mr
* de Boze y
donna un tour nouveau, qui fit autant de plaisir
à ses Auditeurs que si la Matie-
| re eut elle nouvelle.
1 Mr l'Abbé Massieu, Pro-
fesseur Royal en Langue Grecque, qui à l'Assemblée publique du mois de Novembre avoit lû une Dissertation sur les
Sermens, dont je vous donnai
alors une Analyse, lût cette
fois.cy un Discours, dont le
sujetestoit, Paralelle d'Homere
&dePlaton. Il commença par
s'cxcufer sur ce qu'il entreprenoir de comparer deux grands
lionimes,qu'on avoit courume de concevoir sous des idées
fort différentes, & dit: Que si
au premier coup d'œil, l'opinion qu'il alloit avancer paroifloïcifnguliere, du moins
elle n'estoit pas nouvelle. En
effet, elle a, dit-il, eu d'illustres
Défenseurs dans l'Antiquité,
Ciceron, Denisd'Halicarnasse,
Quintilien, HeraclidedePont,
Longin, &c. Mais ces excellens Critiques se sont contentez de nous apprendre qu'ils
trouvoient une grande conformité entre Homere &Platon; & ne nous ont point laissé
les raisons sur lesquelles ils se
fondoient. Mr l'Abbé Massieu
tâcha de suppléer à leur silence, & representa que s'il ne
parvenoit pas à bienétablirce
qu'ils avoient crû, on ne de-
vroit point en tirer de consequence desavantageuse contre
le sentiment, qui est d'eux;
mais seulement contre les preuves qui étoient de luy.
Ensuite venant au détail, il
remarqua que deux Ecrivains
peuvent principalement seressembler par trois endroits; par
le fonds de la doctrine, par la
maniere d'enseigner, & par le
style.
Pour ce qui regarde ladoctrine, il fit voir que les principas d'Homere & de Platon
estoientà peu prés les mêmes.
1. Sur la Religion, 2. Sur la
Politique. 3. Sur TOcconomie & sur les autres parties de
la Morale.
Quant à la maniere d'enseigner,ilss'estoient,dit-il, proL
posezl'un& l'autre dinstruire
en divertissant, & de cacher le
precepte fous l'appas du plaisir. Et parce qu'entre tous les
genres d'écrire ,iln'yen avoie
point de plus propre adonner
du plaisir aux Lecteurs, que
celuy où il entroit le plus &
d'imitation & de fixion; c'eil
à celui-là, poursuivit-il
,
qu'ils
s'estoient principalement atiachez. Homere & Platon é-
toient,continua-til, premierement les deux plus grands
Peintres qu'ait euë l'antiquité:
& en second lieu, les deux
Ecrivains qui dans leurs Ouvrages avoient le plus frequemment & avec le plus de succés
employé les fyrnboles & les allégories.
Enfin pour ce qui concernoit le style. 1. Platon cite continuellement Homere. 2. Il
ne se contentoit pas de le citer,
il tâchoit de transformer son
style en celuy de ce Poëte, empruntant de luy des expressions qu'il enchassoit dans les
siennes propres y
de telle forte
que les unes & les autres ne
faisoient plus ensemble qu'un
mefmc tiuu. 3. Dans les endroits où il ne citoit ny necopioit Homere, son style ne
laissoit pas d'estre tout poétique. On sçait, dit-il, que ce
qui faisoit l'essence de la Poësie,
n'estoit pas precisement la mesure, ny un certain arrangement de mots; que c'estoit
principalement la pompe de
l'expression, la hardiesse des
figures, la vivacité des defcri-
< 3
ptions,& sur toutje ne fçp.is
quelle chaleur heureuse qui se
répandoit dans tout le discours
&quil'animoit.Ortoutesces
qualitez Ce trouvoient dans
Platon au souverain degré.
Mr l'Abbé Massieufinit par
rassembler les traits principaux
qui formoient une vraye ressemblance entre Homere &
Platon, & par dire que de ces
deux Ecrivains presque égaux
en tout, le premier n'avoic
peut-estre sur le second d'autre
avantage, que celuy que tout
1 Original avoic necessairement
sur sa Copie.
Je dois a
joûter icy, que
Mr l'Abbé Massieu, possede
parfaitement trois Langues, 6c
qu'il sçait dans ses Ecrits, joindre l'Atticisme des Grecs,
l'Urbanité des Romains,& la
politesse des François.
Mr l'Abbé de Tilladet parla
aprés Mr l'Abbé Massieu, &
fit une Dissertationdans laquelle après avoirexpliqué la
prééminence du Souverain
Pontificat des anciens Romains, il en tira un avantage
pour prouver que les premiers
Empereurs Chrestiens avoient
pris, & avoient Ineflne dû
prendre la qualité de Souverain Pontife; de forte que la
premiere partie de sonconcours
forma une espece de preuve
&de prejugé en faveur de la
seconde partie,qu'on pouvoit
regarder pour cette raison
comme une consequence de la
- premiere. Car s'il est vrJY
,
dit il, ainsiqu'on le démontre
par les Medailles, par une foule de passages d'excellens Auteurs
,
que le grand Sacerdoce
ait toûjours esté une dignité
éminente; que chez les Grecs
&chez les Latins elleaitsifort
approché de la Royauté, qu'on
les y
ait souvent confonduës
ensemble; qu'à Rome durant
la Republique le grand Pontife quiestoit perpetuel ait esté
constamment superieur aux
principaux Magistrats, parmy
lesquels il y avoit une continuelle revolution; que cette
puissance si distinguées'étendit, selonFestus, sur toutes
les choses divines & humaines;
s'il eftvray que par là le grand
Pontife se fut acquisun souverain empire sur les Citoyens,
non pas à la vérité en toutes
occasions,& à touségards;unempire absolu qu'il pût exercer immédiatement; mais un
empire indirect,qui par le
mélange de la Religion avec la
Politique, par la liaison des affaires, la correspondance des
personnes
,
la subordination
des Charges. & la combinaison des évenemens, ramenoit
la Republique entiere aux vûës
& aux fins du Ch\.f de la Religion; s'il est vray que Cesar
n'eut tant ambitionné le souverain Pontificar, qu'à cause
que cettedignitéestoit seule
propre à couvrir son usurpation, &à rendre moins odieux:
l'exercice d'une autorité sans
bornes; que de tous les titres '1
de ce premier Empereur Romain.:
main, celuy cy fut l'unique
qui luyeût conservé les honneurs de la scpulture, & du
respect à sa memoire immédiatement après sa mort: s'il
est vray enfin que ses successeurs ne l'eussent esté qua la
faveur du Titre de grand Pontife,auquel étoit attachée principalement la souveraine puissance, il s'ensuivoit que les
Empereurs Chrétiens n avoient pû s'assurer le droit inconte stable de régner, qu'en
acceptant cetre mesme qualité de ceux qui la leur conferoient, comme une qualité in-
dispensable en les élevant à
l'Empire.
Ce fut ce que Mr l'Abbé
de Tilladet rendit plus sensible par deux exemples. Le
premier fut de Macrin, qui
qupyque déja ëlù & proclamé
Empereur, ne fut neanmoins
avoüé pour tel qu'après que le
Sénat l'eut declaré & salué Souverain,Pontife, voulant que
cette formalité; que cette nouvelle reconnoissance futconsiderée comme une condition
essentielle, & comme une espece d'investirure; en forte
que de mesme qu'aujourd'huy
la qualité de Roy des Romains
doic necessairement preceder la
dignité Impériale, le Souverain
Pontificat ne dût pas moins
accompagner alors la Majesté
des Empereurs.
Le second exemple fut pris
de Gratien, qui refusa la Robe Pontificale que luy presentaleColege des Pontifes,estimant ce refus convenable à sa
qualité de ChreHien. Il méprisele grand Ponnficat, dit le
plus distingué d'entre les Prêtres
,
dans peu un autre pourroit bien devenir en sa place
Souverain Pontise;il vouloit
dire aussi, & par conlequent
Empereur: Si Princeps nonvult
appellari Pontifex, admodum breUi Pontifex Maximusfiet. Expreluon ambiguë & équivoque, jeu de paroles ingenieux,
qui faisoit allusion au Tyran
Maxime, dont le nom répond
au terme qui exprime en Latin
le suprême Pontificat; maniéré
de menace audacieuse, quoy
qu'envdopée, espece de prédJébon énigmatique, qui fut
bien rôt suivie de l'évenemenr;
car peu de temps après Maxime ayant fait tuer Grarien,
usurpa 1 Empire&apparem-
ment ne fut il si entreprenant
& si hardy qu'à cause qu'il se
sentitappuyédesPayens,& sur
tout de la factiondes Pontifes
indignez, qui sçavoient bien
que ce nouvel Empereurne
refuseroit pas d'eux, comme
avoit fait Gratien, les signes
éclatans du Souverain Pontificat.
A ces motifspressans qu'avoient les premiers Empereurs
Chrestiens d'accepter pour se
maintenir, le Titre de Souverain Pontife, Mr l'Abbé de
Tilladct joignit d'autres preuves plus positives, tirées des
Auteurs & des Monumens. Il
cira Zozime, L. 4. p. 761. Au.
sone dans son Action de graces a Gratien, un Edit de Valentinicn & de Marcien, Edit
inseré dans la troisiémeSession
du Concile de Calcédoine. Il
raporra les acclamations d'Empereur Pontise, faites pour
Theodose dansle Concile de
Constantinople, fous le Patriarche Flavien; il fit venir à
son secours le PapeGregoire,
qui reprochant à l'Empereur
Leon Iconomaque, de s'estre
renommé Pontife, ne l'en reprit qu'en ce qu'il n'en soûte-
noie pas assez dignementle
caractëre. Vous avez écrit,
luy dit-il, je fuis Empereur &
Pontife. Ce sont vos predecesseurs, ajoûta le saint Pere, qui
avoient prouvé par leurs paroles& par leurs actions qu'ils
estoient appeliez Pontifes à
juste titre.Tels estoientle
grand Constantin, le grand
Theodose & le grand Valentinien, dignes Empereurs &
Pontifes, parce qu'ils gouvernoient l'Empire religieusement, & qu'ils avoient foin
desEglises.
Sur ce qu'on objeéte que
Zozimeestsuspect, parce qu'il
haïssoit les Chrerstiens, Mr
l'Abbé de Tilladet entrant
dans le détail des circonstances du témoignage de cet Auteur,
fit voir l'espece d'impossibilité morale qu'il y
avoir,
que Zozime eût Ole, ny me..
me voulu entreprendre d'imposer au public; & ce qui rendit encore à Mr l'Abbé de
Tilladetletémoignage de ce
Payen plus digne defoy, ce
fut qu'il avoit esté suivy en
dernier lieu par Baronius, qui
l'avoit dû examiner d'autant
plus exactement avant que de
l'adopter, qu'il n'avoir pas
craint de lè traiter de calomnie
dans CeS" Notes sur le Martyrologeau 22. dAousta& que
depuis, mieux insiruitilnous
declare dans ses Annales 312.
qu'il n'a pas honte d'avouer
qu'en soûcenant que les Empereurs Chrestiensn'avoient
pas esté nommez Souverains
Pontifes, il estoit tombé dans
une erreur grossiere parlaforte envie d'épurer trop scrupaleusement leur Religion, &
faute ou d'avoir vu les Monumens qu'il avoit recouvrez
depuis, ou d'avoir fait assèz
d'attention à
ceux qu'il avoie
eus autrefois entre les mains.
Ce fut de ces mêmes Monumens, de ces Inscriptions ou
les premiers Empereurs Chrétiens font nommez Souverains
Pontises, que Mr l'Abbé de
Tîlladettira une nouvelle preuve, & quand on luydit ou que
ces Monumens avoiencesté
érigez par des Gentils, ou
qu'ayanr esté faits d'abord
pour des Empereurs payens,
ils avoient esté ensuite, au
moyen de quelque ch angement appliquez & transferez
à leurs Successeurs il répond
qu'il suffit que les Empereurs
CChrétiens hrétiensn'ayeni n'ayentpupû ~norer ignorer
que ces Inscriptions où ils
estoient appeliez Souverains
Pontises, paroissoientpubliquemenr à leur gloire, Se
qu'ayant pû l'empêcher, ils
r
ayent toutefois permis qu'elles
subsistassent, & qu'elles passasI
sent à laposterité.
-
Si par la difficulté deresister
à de si fortes preuves, on se
t retranche à s'écrier que les prcmiers Empereurs Chrétiens
n'estoient
pas vrayement Ponsises
,
& qu'ilsn'ont esté ap-
[ pellez tels qu'abusivement, que
par Métaphore & par allusion
à des vertus, ou à des pouvoirs convenables à
ceux qui
portoient dignement cette
qualité, Mr l Abbé de Tillader se contenta qu'on luy abandonnât le titre, duquel seul il
s'agissoit
,
déclarant qu'il ne
prétendoit pas non plus que
Baronius, que Constantin, Valentinien, Valens, Gratien, &c.
eussent esté Pontifeseneffet,
de qu'afin de se faire consacrer
tels, ils fussent descendus dans
une fosse pour y
répandre en
sacrifice le fang des Taureaux,
pour en boire, s'en faire arro-
Fer, & y
observEr les autres
ceremoniesdécrites sur ce suet par Prudence dans une de
ses Hymnes. Mais il persevera
"a soutenir qu'ils avoient porté
le nom de Pontife, & qu'ils
avoient pu l'accepter sans prévarication; du moins par là,
reprit il, n'eussent ils pas renMu leur foy suspecte, fous les
auspicesdecette même dignité,n'eussentils pas autorisé la
Religion payenne
,
à laquelle
cette même dignité devoit son
o
établissement ? oüy, poursuivitil,siles Empereurs Chrétiens
appeliez Pontifes, n'eussent pas
fait ouvertement profession
authentique d'une Religion
contraire qui profcrivoit les
faux Dieux, & renversoit les
Idoles? Mais ils avoient,ajouta t-il, besoin du titre pour se
conserver la souveraine puissance qui yavoit toûjours esté
attachée,&sur tout pour pallier sagement certaines Canai..
tutions propres à reprimer les
libertez du Paganisme qu'ils
estoient obligez de tolcrer encore
,
& lequel par cette souveraineautoritépalliée du titre de Pontife ils ne laissoient
pas de trouver moyen de rui-
;ocr insensiblement. Les Princes comme les autres hommes,
ajouraà ce propos Mr l Abbé
ide Tilladet, doivent user de
icondefcendance & de ménagement ; par l'attention & la
longanimitéils viennent à
bout des plus difficiles entreprises: au lieu qu'un zele indifcret & une conduite précipitée, gâtent les meilleures affaires, & les plus faintes œuvres.
On sçait,poursuivit-il, ce que
des gens de ce dernier caraéèc.
re ont tant de fois couté à l'E-
-
glise, & ce qu'ils peuvent luy
coûter encore.
Falloit-il donc, continua t
il,
que les premiers Empereurs
Chrétiens abjurant par une
outrée delicatesse de Religion
mal-entendue
5
cette dignité
devenuë si indifférente en ellemêmeàl'égard du culte, mis
-
sent en danger tout à la fois,
& leur Empire, & l'Empire de
Jesus-Christ?Mr l'Abbé de
Tilladet parcourut les inconvénients qui en feroient arrivez, & qu'il feroit trop long
de rapporter icy. Il parcourut
demême les avantages qui revenoient au Christianisme, de
l'acceptation du titre desou-
verain Pontife par les Empereurs Chrétiens, &ilfinit par
montrer évidemment que le
grand Pontificat s'étant trouvé dés le commencement de
l'Empire dégagé dans les Em-
: pereurs de toutes fonctions sacrées, il ne leur estoit resté de
cette dignité suprême que le
nom, accompagné du souverain pouvoir, encore moins
aux Empereurs Chrétiens, qui
par leur profession du Christianisme inseparable. du renoncementàl'Idolâtrie, declaroient à
toute la terre que le
titre de souverain Pontife né-
toit pas davantage en eux, un
titre de superstition
,
que le
Titre de Roy de Pologne a
esté
depuis un titre de Domination
sur les Polonois dans Henry
IIIeaprès qu'il eut renoncé au
Royaume de Pologne. De là
Mr l'Abbé de Tilladet conclut
que si la Minerve & le Pantlicon, deux Temples des faux
Dieux, avoient pû avec leur
nom) leurs matériaux
,
leur
:
forme, & une partie de leurs
ornements, retenir leur ancienne magnificence, sans conserver pourtant le caratfterc
d'idolâtrie, dont par là ils fem-
bloient encore porter les traits,
toute tâche& tout soupçon,
en ayant esté effacez par leur
publique translation & con secration à la vraye divinité, il
fautreconnoître demême que
les idées ayant varié suivant la
diversité des temps
&des circonstances, que le titre de souverain Pontife ayantchangé
de nature & de signification erspassant aux Empereurs, bien
davantage en passant à des Empereurs Chrétiens avoit pû le
conserver sur leurs têtes avec
toute sa splendeur &toute son
autorité sans aucun reste de
superstition, attendu le nouvel
usage qu'ilsfaisoient de cette
souveraine puissance, le besoin
qu'ils en avoient, & le devoüement public de leur perron..
ne & de toute leur grandeur,
à la Religion Chrétienne. La
prudence demandoit qu'ilsattendirent à cesser d'estre nommez Pontifes que les Romains
presquetous convertisen dussent estre moins allarmez, que
la foy ne fut plus si exposée
aux mauvais effets des Révolutions humaines, & que de
tous les grands titres, celuy
qui estoit le plus ancien & le
puis reveré dans Rome payenne, devint dans Rome chrétienne par une nouvelle application, le nom du monde le
plus venerable & le plus saint.
Mr Henrion -
lut ensuite un
Discours qui regardoit lesInscriptions sepulchrales Antiques dont il avoit déjà parlé
dans une autre Assemblée, &
fit connoistre que les sujetsqui
avoient quelque rapport effentiel à quelque partie de la Jurisprudence)& les Inscriptions
sepulchrales, comme les nomme l'Empereur Alexandredonnant un très- grand jour à nos
Titres tant Civils que Canoniques, devoient avoir le plus
d'attraits & de charmes pour
luy.
Il ajouta que personne ne
s'étonneroit sans doute qu'il
eust choisi une matiere convenable aux deux Compagnies
dont il avoit l'honneur d'estre
Membre
,
& que peut
-
estre
même ce choix paroîtroit d'autant plus sage qu'ayant déja
deux sçavantes Introductions
à la Sciences des Medailles, l'un
des deux objets qui avoient
donné leurs noms à cette
Compagnie, l'autre objet de
la même Compagnie, ou les
Inscriptions devoient ce semble d'aurant moins estre négligées,qu'elles estoient, s'il osoit
le dire, d'une plus vaste étendue
& d'une plus grande utilité que
les Médaillesmêmes, comme
il feroit aisé d'en juger par la
feule espece dInscriptions antiques dont il entreprenoie de
parler, en attendant qu'une
plus habile main se chargeait
d'un Corps d'ouvrage entier
sur les Inscriptions antiques
en general.
Il dit ensuite, que le but
qu'il s'estoit proposé dans cette
tentative se reduisoit à
deux
points ; que dans le premier il
avoir entrepris dedécouvrir,
quel avoir esté l'esprit des anciens Grecs & Romains dans
l'apposition des Inscriptions
sepulchrales
,
& d'examiner
avec foin en quoy consistoit
chez eux le droir d'Inscriptions
sepulchrales
; que le second
consistoit à développer quel
estoie chez les anciens Grecs
& Romains l'artifice des Inscriptions sepulchrales, & à
reduire en Art, la Doctrine &
la Composition decesInscriptions; qu'il avoit reduit dans
une
une Dissertation precedente
loue ce qui regardoit le droit
des Inscriptions sepulchrales,
& l'esprit des Anciens dans
leur position aux sept chefs
suivans. Aux différents motifs
quiavoient donné la naissance
aux Inscriptions Sepulchrales;
à l'antiquité & à l'usage universes des Inscriptions Sepulchrales chez tous les Peuples
Je la terreun peu civilisez; aux
personnes qui avoient droit
d'Inscriptions Sepulchrales
;
à
celles à qui appartenoit le foin
de les faire & de les poser aux
lieux où elles avoient coutûme
d êcre placées; aux matieres sur
lesquelles elles étoient gravées;
& enfin aux caracteres, par la
beauté,la grandeur& la profondeur desquels on tâchoit
d'en rendre la durée éternelle.
Et qu'ainsi il ne luy restoit
qu'àdéveloper à la Compa.
gnie l'ingenieux artifice avec
lequel les anciens Grecs & Romains composoient leurs Epitaphcs;a rassembler dans un
Corps la Doctrine de ces pretieux Monumens, & à tâcher
de réduire en Art uneconnoifsance dont les Recüeils de Gruter & les autres choses ne nous
presentoient les principes & les
réglés que par lambeaux, &
par exemples détachez; que
c'estoit de lïnduébon générale
de ces exemples, qu'à force de
meditation & d'observations,
il avoit levé le plan qu'il alloit
avoir l'honneur de proposer à
la Compagnie sur la Science
des Inscriptions sepulchrales.
Il ajouta qu'il examineroit
d'abord, ce qu'on devoit entendre par Inscriptionsepulchrale; quelle estoit la simplicité
des Inscriptions sepulchrales
dans leur naissance; la prodigieuse multitude de branches
qui pullulerent de certe ancien-
ne simplicité;le point de plenitude&de perfection où l'Art
& l'Invention avoient amené
la composition des Epitaphes,
& enfin l'elocution des Epitaphes & les divers avantages
que l'on pouvoit en tirer pour
tous les divers genres d'Arts
& de Sciences; que s'il estoit
échapé quelque chose d'cdcntiel à sa premiere vûe
,
il esperoit qu'on luy seroit grâce en
faveur de la nouveauté de son
d.flein, & que s'il ne faisoit
qu'indiquer en courant c
hacune des parties de cet Art, il
seroitaisé de s'en prendre à la
briéveté du temps qui ne permettoit que de donner une
idée generale& legcre de tout
ce qui regardent cette Science.
Mr Henrion tint parole, & fit
le détail de tout ce qu'il avoit
promis, & finit en disant, qu'il
Lissoit à quelque Spanheim futur à donner un Traité sur ce
sujet,& qu'en attendant illuy
fust permis de se plaindre des
injures du temps impitoyable
qui nous avoit enlevé la plus
grande partie de ces Monumens precieux; mais plus encore des injures des hommes
qui sans respect pour la Reli-
gion des Tombeaux, pour leur
propre instruction & pour la
nostre, avoient souvent employé les Tables des Inscriptions sepulchrales à l'indigne
usage de faire de la Chaux;
que peut estremême le zele du
Christianisme nous avoir encoreplus enlevé que le temps
& l'ignorance
;
mais que du
moins il en estoit assezresté
pour essayer d'en tirer une Introduction à la Science des
Inscriprions fcpulchrales
,
&
qu'il avoüoit que ce seroit la
faute non des Matériaux, mais
de l'Ouvrier, si dans la Diifcr.
tation qu'il avoit déja donnée
sur cette matiere, il n'avoir pas
assez bien développé quel estoit
l'esprit des anciens Grecs &
Romains dans t'appotnion des
Inscriptions sepulchrales ,ou
si danscelle qu'il donnoit alors
il n'avoit pas montré dans tout
son jour, l'ingenieux artifice
avec lequel les anciens Grecs
& Romains composoient leurs
Epitaphes, les deux seuls points
où il avoit réduit l'Art & la
Doctrine des Inscriptions sepulchrales.
Mr Foucaulr, Conseiller d'Etat, & l'un des Presidens ho-
notaires de cette Academie
ayant pris la parole après que
chaque Académicien eut parlé,
resumaleurs Discours d'une
manière rout à faitingenieuse,
&qui fit beaucoup de plaisir
à toute l'Assemblée.
Fermer
Résumé : Discours prononcez à l'ouverture de l'Academie Royale des Inscriptions, d'aprés Pasques, [titre d'après la table]
Le texte relate les discours prononcés lors de l'ouverture des Académies Royales après Pâques. L'Académie des Inscriptions s'est ouverte le 29 mars avec un éloge de Thomas Corneille par Mr de Boze, secrétaire perpétuel. Cet éloge était particulièrement difficile car Mr de la Motte avait déjà traité le sujet lors de sa réception à l'Académie Française. Mr de Boze a mentionné que Thomas Corneille est né à Rouen le 20 août 1625, fils de Pierre Corneille, avocat du roi, et de Marthe Le Pesant. Il a étudié chez les Jésuites et a composé une pièce en vers latins remarquée par son régent. Après ses études, il s'est tourné vers le théâtre, influencé par son aîné Pierre Corneille. L'Abbé Massieu a lu un discours sur le parallèle entre Homère et Platon, soulignant leurs similitudes dans la doctrine, la manière d'enseigner et le style. Il a noté que Platon citait souvent Homère et empruntait son style, et que les deux auteurs utilisaient des symboles et des allégories. Massieu a conclu que Homère avait peut-être un léger avantage sur Platon en tant qu'original. L'Abbé de Tilladet a ensuite parlé de la prééminence du souverain pontificat des anciens Romains, prouvant que les premiers empereurs chrétiens avaient adopté cette qualité pour légitimer leur pouvoir. Il a cité des exemples comme Macrin et Gratien pour illustrer l'importance de ce titre. Tilladet a également présenté des preuves tirées d'auteurs et de monuments, comme Zozime et le Pape Grégoire, pour soutenir son argumentation. Il a conclu que les empereurs chrétiens avaient permis que des inscriptions les désignant comme souverains pontifes subsistent, montrant ainsi leur acceptation de ce titre. L'Abbé de Tilladet a également soutenu que les premiers Empereurs Chrétiens ont porté le titre de Pontife sans prévarication, car ce titre leur permettait de conserver leur souveraineté et de réprimer les libertés du paganisme. Il a argumenté que les empereurs chrétiens n'ont pas ouvertement professé une religion contraire, mais ont utilisé ce titre pour des raisons politiques et religieuses. Tilladet a comparé cette situation à celle du titre de Roy de Pologne, qui a changé de signification après la renonciation au royaume. Il a conclu que le titre de souverain Pontife a pu être conservé par les empereurs chrétiens sans connotation superstitieuse, grâce à leur dévouement à la religion chrétienne. Mr. Henrion a présenté un discours sur les inscriptions sépulcrales antiques, soulignant leur importance pour les titres civils et canoniques. Il a expliqué que son but était de découvrir l'esprit des anciens Grecs et Romains dans l'apposition de ces inscriptions et de développer l'artifice de leur composition. Henrion a détaillé les motifs, l'antiquité, et les usages des inscriptions sépulcrales, ainsi que les personnes ayant droit à ces inscriptions et les matériaux utilisés. Il a regretté la perte de nombreux monuments précieux et les dommages causés par l'ignorance et le zèle excessif du christianisme. Enfin, Mr. Foucaulr a résumé les discours de manière ingénieuse, plaisant à toute l'Assemblée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 430-434
LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
Début :
Pour l'intelligence de cette Lettre, il faut sçavoir que [...]
Mots clefs :
Eaux , Nouvelle source, Barèges, Bains de Barège, Guérisons extraordinaires, Minéraux, Analyse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
LETTRE de M. de Couffilts , Medecin
de Barege , écrite à M. Chevillard
Fontainier du Roy , sur la Découverte ´
d'une nouvelle Source , &c..
Our l'intelligence de cette Lettre , il Pourfaut sçavoir que les Eaux de Barege ,
dans les Pyrenées , dont les excellentes
qualitez et les merveilleux effets ne sont
ignorez de personne , se perdoient depuis quelque temps , et sembloient , pour
ainsi- dire , vouloir rentrer dans le sein
de la Terre. M. Dangervilliers en ayant
eû avis et sçachant combien ces Eaux sont
particulierement salutaires aux Officiers
et à tous les gens de guerre qui exposent leur vie pour le service du Roy
pria M. le Duc d'Antin , de jetter les yeux
sur quelque personne habile et entenduë
sur le fait des Eaux , capable de faire la
recherche en question et le rétablissement
parfait des Bains de Barege. Le Duc d'Antin lui envoya aussi- tôt le sieur Chevillard , Fontainier du Roy à Meudon , d'une capacité reconnue , lequel partit pour
les Pyrenées au mois de Juin dernier
et fut de retour au mois de Septembre ,
après
MARS. 17320 431
après avoir fait , non-seulement la recherche et la réunion des anciennes Eaux en
plus grande abondance qu'auparavant ,
mais encore la découverte heureuse d'une
nouvelle Source qui a déja operé des guérisons extraordinaires et presque subites.'
C'est de quoi M. Couffilts , Medecin des
Eaux de Barege , instruit le sieur Chevillard par la Lettre qu'on va lire.
Le succès de vos peines et de votre
Ouvrage en ce Pays- cy , Monsieur , st
trop grand , sur tout par la découverte
que vous avez faite de la Source Minerale qui produit tous les jours des effets
admirables , pour ne vous pas informer
des heureuses suites de vore travail . Je
vous dirai d'abord que l'Eau de la nouvelle Source a un grand gout de fer et
de souffre ; j'estime qu'elle charrie d'autres Mineraux , mais qui sont si bien liez
ensemble , qu'on ne peut guere les distinguer par le goût ni par l'odorat , les
premiers etant dominants , ce qui mérite
qu'on en fasse faire l'Analyse par quelque
habile Artiste.
A l'égard des effets , cette Eau purge
des uns par les premieres voyes , par les
urines et par les transpiration ; elle fait
vomir les autres et les soulage de même,
donnant à tous un grand appetit.
Ma
432 MERCURE DE FRANCE
Ma Lettre seroit trop longue si je vous
faisois l'énumeration de toutes les guérisons parfaites qui sont de ma connoissance ; des Malades sur tout qui avoient
des obstructions aux Visceres. Je me contenterai de vous parler sommairement de
trois personnes.
La premiere est un Prêtre Arragonois
de la Ville d'Aorle , que la réputation de
la nouvelle Source a fait venir ici. Il
souffroit depuis long-temps d'une tumeur squirreuse au foye , et avoit tenté
inutilement tous les Remedes de la Medecine Espagnole. Après neufjours d'usage de ces Eaux , pendant lesquels je
purgeai deux fois le Malade avec la Rhu
barbe et la Mane seulement , la tumeur
s'est entierement fonduë , et il s'est retiré
parfaitement guéri. J'ai reçû depuis peu
une de ses Lettres , par laquelle il me
marque qu'il jouit d'une santé parfaite
et qu'il doit sa guérison aux Eaux de cette
Source.
En second lieu , un Domestique du
Comte de Montaigu , atteint depuis
long- temps d'une maladie de langueur
qui l'avoit rendu éthique , à cause , sans
doute , des obstructions de ses Visceres ,
ayant accompagné son Maître à Barege
fur conseillé de boire aussi de cette Eau,
ce
MARS. 1132. 433
S
S
ce qu'il a pratiqué avec tant de succès ,
qu'il a été pareillement et radicalement
guéri.
>
Enfin le sieur Gertoux , Marchand et
Habitant de la Valée d'Aure , qui souffroit des Obstructions considerables au
Foye et au Pancreas se trouvant aux
Eaux de Bagneres , qu'il prenoit sans aucun succès , les quitta pour venir essayer
de cette nouvelle Source; je n'osai pas
le lui conseiller, voyant sa bile répanpar tout le corps , et craignant quelfâcheux accident ; cependant au bout
de huit jours d'usage de cette Eau, ils'apperçut comme moi , que la bile avoit
repris sa circulation naturelle , et que les
Obstructions étoient fondues par la force
des Mineraux ; en un mot, il s'est retire
en parfaite santé.
duë
que
Jay crû, Monsieur , devoir vous faire
će petit détail pour votre satisfaction particuliere et pour l'interêt du Public , qui
ne sçauroit trop tôt être informé des ef
fets merveilleux de cette nouvelle Découverte. Je suis , &c.
A Lus en Barege , le 2. Novembre 1781,
Nous invitons M. Couffilts , au nom
du Public , de travailler ou de faire travailler le plutôt qu'il lui sera possible
434 MERCURE DE FRANCE
à l'Analyse de ces Eaux , Operation dont
il reconnoît lui- même la necessité , et
que nous publierons avec plaisir , s'il veut
bien nous en faire part.
de Barege , écrite à M. Chevillard
Fontainier du Roy , sur la Découverte ´
d'une nouvelle Source , &c..
Our l'intelligence de cette Lettre , il Pourfaut sçavoir que les Eaux de Barege ,
dans les Pyrenées , dont les excellentes
qualitez et les merveilleux effets ne sont
ignorez de personne , se perdoient depuis quelque temps , et sembloient , pour
ainsi- dire , vouloir rentrer dans le sein
de la Terre. M. Dangervilliers en ayant
eû avis et sçachant combien ces Eaux sont
particulierement salutaires aux Officiers
et à tous les gens de guerre qui exposent leur vie pour le service du Roy
pria M. le Duc d'Antin , de jetter les yeux
sur quelque personne habile et entenduë
sur le fait des Eaux , capable de faire la
recherche en question et le rétablissement
parfait des Bains de Barege. Le Duc d'Antin lui envoya aussi- tôt le sieur Chevillard , Fontainier du Roy à Meudon , d'une capacité reconnue , lequel partit pour
les Pyrenées au mois de Juin dernier
et fut de retour au mois de Septembre ,
après
MARS. 17320 431
après avoir fait , non-seulement la recherche et la réunion des anciennes Eaux en
plus grande abondance qu'auparavant ,
mais encore la découverte heureuse d'une
nouvelle Source qui a déja operé des guérisons extraordinaires et presque subites.'
C'est de quoi M. Couffilts , Medecin des
Eaux de Barege , instruit le sieur Chevillard par la Lettre qu'on va lire.
Le succès de vos peines et de votre
Ouvrage en ce Pays- cy , Monsieur , st
trop grand , sur tout par la découverte
que vous avez faite de la Source Minerale qui produit tous les jours des effets
admirables , pour ne vous pas informer
des heureuses suites de vore travail . Je
vous dirai d'abord que l'Eau de la nouvelle Source a un grand gout de fer et
de souffre ; j'estime qu'elle charrie d'autres Mineraux , mais qui sont si bien liez
ensemble , qu'on ne peut guere les distinguer par le goût ni par l'odorat , les
premiers etant dominants , ce qui mérite
qu'on en fasse faire l'Analyse par quelque
habile Artiste.
A l'égard des effets , cette Eau purge
des uns par les premieres voyes , par les
urines et par les transpiration ; elle fait
vomir les autres et les soulage de même,
donnant à tous un grand appetit.
Ma
432 MERCURE DE FRANCE
Ma Lettre seroit trop longue si je vous
faisois l'énumeration de toutes les guérisons parfaites qui sont de ma connoissance ; des Malades sur tout qui avoient
des obstructions aux Visceres. Je me contenterai de vous parler sommairement de
trois personnes.
La premiere est un Prêtre Arragonois
de la Ville d'Aorle , que la réputation de
la nouvelle Source a fait venir ici. Il
souffroit depuis long-temps d'une tumeur squirreuse au foye , et avoit tenté
inutilement tous les Remedes de la Medecine Espagnole. Après neufjours d'usage de ces Eaux , pendant lesquels je
purgeai deux fois le Malade avec la Rhu
barbe et la Mane seulement , la tumeur
s'est entierement fonduë , et il s'est retiré
parfaitement guéri. J'ai reçû depuis peu
une de ses Lettres , par laquelle il me
marque qu'il jouit d'une santé parfaite
et qu'il doit sa guérison aux Eaux de cette
Source.
En second lieu , un Domestique du
Comte de Montaigu , atteint depuis
long- temps d'une maladie de langueur
qui l'avoit rendu éthique , à cause , sans
doute , des obstructions de ses Visceres ,
ayant accompagné son Maître à Barege
fur conseillé de boire aussi de cette Eau,
ce
MARS. 1132. 433
S
S
ce qu'il a pratiqué avec tant de succès ,
qu'il a été pareillement et radicalement
guéri.
>
Enfin le sieur Gertoux , Marchand et
Habitant de la Valée d'Aure , qui souffroit des Obstructions considerables au
Foye et au Pancreas se trouvant aux
Eaux de Bagneres , qu'il prenoit sans aucun succès , les quitta pour venir essayer
de cette nouvelle Source; je n'osai pas
le lui conseiller, voyant sa bile répanpar tout le corps , et craignant quelfâcheux accident ; cependant au bout
de huit jours d'usage de cette Eau, ils'apperçut comme moi , que la bile avoit
repris sa circulation naturelle , et que les
Obstructions étoient fondues par la force
des Mineraux ; en un mot, il s'est retire
en parfaite santé.
duë
que
Jay crû, Monsieur , devoir vous faire
će petit détail pour votre satisfaction particuliere et pour l'interêt du Public , qui
ne sçauroit trop tôt être informé des ef
fets merveilleux de cette nouvelle Découverte. Je suis , &c.
A Lus en Barege , le 2. Novembre 1781,
Nous invitons M. Couffilts , au nom
du Public , de travailler ou de faire travailler le plutôt qu'il lui sera possible
434 MERCURE DE FRANCE
à l'Analyse de ces Eaux , Operation dont
il reconnoît lui- même la necessité , et
que nous publierons avec plaisir , s'il veut
bien nous en faire part.
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Résumé : LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
La lettre de M. de Couffilts, médecin des Eaux de Barege, adressée à M. Chevillard, fontainier du Roy, rapporte la découverte d'une nouvelle source à Barege. Les Eaux de Barege, réputées pour leurs vertus thérapeutiques, avaient cessé de couler, ce qui inquiétait M. Dangervilliers en raison de leurs bienfaits pour les officiers et les soldats. À la demande de M. Dangervilliers, le Duc d'Antin envoya M. Chevillard enquêter sur place. Chevillard se rendit à Barege en juin et revint en septembre, ayant non seulement restauré les anciennes sources, mais aussi découvert une nouvelle source minérale aux effets remarquables. L'eau de cette nouvelle source présente un goût prononcé de fer et de soufre et contient probablement d'autres minéraux. Elle possède des propriétés purgatives, stimule l'appétit et soulage divers maux. M. Couffilts mentionne plusieurs guérisons spectaculaires, notamment celle d'un prêtre souffrant d'une tumeur au foie, d'un domestique atteint de langueur, et d'un marchand souffrant d'obstructions au foie et au pancréas. Ces guérisons rapides et complètes attestent de l'efficacité de la nouvelle source. M. Couffilts suggère de réaliser une analyse chimique des eaux pour mieux comprendre leurs propriétés.
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3
p. 530-531
« ESSAY PHILOSOPHIQUE, sur divers sujets ; sçavoir, l'Espace, la Substance, le Corps, [...] »
Début :
ESSAY PHILOSOPHIQUE, sur divers sujets ; sçavoir, l'Espace, la Substance, le Corps, [...]
Mots clefs :
Analyse, Corps, Essai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ESSAY PHILOSOPHIQUE, sur divers sujets ; sçavoir, l'Espace, la Substance, le Corps, [...] »
ESSAY PHILOSOPHIQUE , sur divers sujets ;
sçavoir, l'Espace , la Substance, le Corps ,
l'Esprit , les Opérations de l'ame durant
son union avec le corps, les Idées innées,
le sentiment perpetuel de ce qui se passe
en nous , le lien et le mouvement des
Espries ; le départ de l'ame ; la Résurrec
corps ; la production et les opérations
des Plantes et des Animaux ; avec
quelques Remarques sur l'Essay de M.
Locke , touchant l'entendement humain;
à quoi l'on a joint un Systême abrégé
d'Ontologie , ou de la Science de l'Etre
en general, et de ses propriétez.Par J.W.
A Londres , chez E, Fort , et R. Hett. in 8
L'Ouvrage est écrit en Anglois .
Coignard vend séparément l'ANALYSE
generale , qui contient des Méthodes nouvelles
pour résoudre les Problemes de tous les
genres
MARS. 1734. 531
genres et de tous les dégrez à l'infini. ; telle
qu'on la désiroit pour la perfection des
Mathématiques , et pour le service du
Roy. Elle porte le nom de deux grands
Géometres , Mrs De Lagni et Richer ; on
sçait que ce dernier en est l'Auteur; il en
renvoye cependant tout l'honneur à M.
De Lagni, mais sa modestie ne diminuera
rien de la reconnoissance du Public . L'Académie
Royale des Sciences a adopté ce
Livre ; c'est le Tom. XI. de l'Edition de
Coignard. Quoique M. Richer ne soit
point encore Académicien , une faveur
si distinguée , découvre assez le prix et le
mérite de cet Ouvrage. Il est rempli de
découvertes utiles et importantes ; il embrasse
l'objet entier de l'Analyse ; il le développe
avec ordre et avec facilité, ce qui
fait désirer les trois volumes que l'Auteur
a promis sur l'Analyse particuliére ,
et qui composent ensemble un Traité
complet de l'Analyse.
sçavoir, l'Espace , la Substance, le Corps ,
l'Esprit , les Opérations de l'ame durant
son union avec le corps, les Idées innées,
le sentiment perpetuel de ce qui se passe
en nous , le lien et le mouvement des
Espries ; le départ de l'ame ; la Résurrec
corps ; la production et les opérations
des Plantes et des Animaux ; avec
quelques Remarques sur l'Essay de M.
Locke , touchant l'entendement humain;
à quoi l'on a joint un Systême abrégé
d'Ontologie , ou de la Science de l'Etre
en general, et de ses propriétez.Par J.W.
A Londres , chez E, Fort , et R. Hett. in 8
L'Ouvrage est écrit en Anglois .
Coignard vend séparément l'ANALYSE
generale , qui contient des Méthodes nouvelles
pour résoudre les Problemes de tous les
genres
MARS. 1734. 531
genres et de tous les dégrez à l'infini. ; telle
qu'on la désiroit pour la perfection des
Mathématiques , et pour le service du
Roy. Elle porte le nom de deux grands
Géometres , Mrs De Lagni et Richer ; on
sçait que ce dernier en est l'Auteur; il en
renvoye cependant tout l'honneur à M.
De Lagni, mais sa modestie ne diminuera
rien de la reconnoissance du Public . L'Académie
Royale des Sciences a adopté ce
Livre ; c'est le Tom. XI. de l'Edition de
Coignard. Quoique M. Richer ne soit
point encore Académicien , une faveur
si distinguée , découvre assez le prix et le
mérite de cet Ouvrage. Il est rempli de
découvertes utiles et importantes ; il embrasse
l'objet entier de l'Analyse ; il le développe
avec ordre et avec facilité, ce qui
fait désirer les trois volumes que l'Auteur
a promis sur l'Analyse particuliére ,
et qui composent ensemble un Traité
complet de l'Analyse.
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Résumé : « ESSAY PHILOSOPHIQUE, sur divers sujets ; sçavoir, l'Espace, la Substance, le Corps, [...] »
Le texte présente deux ouvrages distincts. Le premier, 'ESSAY PHILOSOPHIQUE, sur divers sujets', est un essai philosophique écrit par J.W. Publié en anglais à Londres, il traite de thèmes tels que l'espace, la substance, le corps, l'esprit, les opérations de l'âme, les idées innées, le sentiment perpétuel de ce qui se passe en nous, le lien et le mouvement des esprits, le départ de l'âme, la résurrection du corps, ainsi que la production et les opérations des plantes et des animaux. Il inclut également des remarques sur l'essai de M. Locke concernant l'entendement humain et un système abrégé d'ontologie. Le second ouvrage est une 'ANALYSE générale' vendue séparément par Coignard. Cette analyse propose des méthodes nouvelles pour résoudre les problèmes mathématiques et est dédiée au service du roi. L'ouvrage porte les noms des géomètres De Lagni et Richer, ce dernier en étant l'auteur. L'Académie Royale des Sciences a adopté ce livre, qui constitue le tome XI de l'édition de Coignard. Malgré le fait que M. Richer ne soit pas encore académicien, cette distinction met en lumière le prix et le mérite de l'ouvrage. L'analyse couvre l'objet entier de l'analyse et le développe avec ordre et facilité. L'auteur a promis trois volumes supplémentaires sur l'analyse particulière, formant ainsi un traité complet de l'analyse.
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4
p. 227-230
AVIS. NOUVELLES EAUX DE PASSY.
Début :
M. Le Veillard, Gentilhomme servant ordinaire du Roi, & propriétaire des Nouvelles [...]
Mots clefs :
Eaux minérales, Rumeurs, Mensonges, Vertus, Authenticité, Faculté de médecine, Médecins, Analyse, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS. NOUVELLES EAUX DE PASSY.
AVIS.
NOUVELLES EAUX DE PASSY.
M.
J
LEVEILLARD , Gentilhomme fervant
ordinaire du Roi , & propriétaire des Nouvelles
eaux minérales de Pafly , ayant appris que quelques
perfonnes ou mal inftruites , ou mal intentionnées
, faifoient courir fur les eaux des bruits
228 MERCURE DE FRANCE.
défavantageux , en les accufant d'être changées
de nature , & par conféquent dépourvues des
vertus qu'on leur avoit attribuées jufqu'à préfent ,
en les taxant même de factices , a cru qu'il devoit
prendre des mefures pour détruire , par une
preuve autentique , ces faufletés , & pour confirmer
le Public dans la confiance qu'il a eue juf
qu'à préfent dans fes eaux.
Pour cet effet , il a préfenté une requête à la
Faculté de Médecine , pour qu'il lui plût de nommer
des Commiflaires qui fiffent un nouvel examen
, & une nouvelle analyte des nouvelles eaux
de Paffy. La Faculté de Médecine lui , ayant acordé
fa demande , nomma l'été dernier , fix Docteurs
, qui furent MM. Mercy , Chomel , Vieillard
, Cofnier , Latier , & Delarivière , qui fe
tranfporterent à Pally avec M. Boyer , Doyen de
la Faculté : & après avoir fait mettre à fec les
fources , & en avoir examiné les environs avec
la plus févère attention ; ils emporterent des eaux
pour en faire l'analyfe , dans le laboratoire des
écoles . L'analyſe finie , après avoir afluré que les
e aux ne pouvoient être factices , tant à caufe de
lexamen qu'ils en avoient fait , que par ce qu'ils
croyoient impoffible de les contrefaire , ils expofent
leur analyfe,par laquelle ils ons trouvé exactement
les mêmes principes que M. Bolduc , il y a
trente ans , & concluent ainfi .
Par cette analyſe,& ces expériences , nous vous
avons démontré que les nouvelles eaux de Pally
renferment en el es mêmes un vrai vitriol de
mars , du fel de glauber naturel , du fel marin',
une terre alkaline , & de la felenite ; par conféquent
, c'est avec jufte raifon que ces eaux ont été
appellées , Nouvelles Eaux minérales ferrugineufes
de Paffy que par la connoiffance que tout Médecin
doit avoir des effets que produisent ces
AVRIL 1760 . 229
différentes matières unies & combinées enfemble,
elles peuvent & doivent être très - utiles dans les
maladies chroniques & d'obftruction , toutes les
fois qu'il s'agira de lever les embarras caufés par
l'épaiffiffement des liqueurs & la diminution du
reffort des folides ; & qu'enfin ces eaux doivent
être regardées comme un remède d'autant plus
falutaire , qu'il eft donné des mains de la fimple
nature.
Mais comme la Faculté , Meffieurs , nous a
moins chargés de nous affurer de la nature des
nouvelles eaux de Paffy , des principes qui les
compofent , & des vertus qui leur font propres ,
que d'examiner avec la derniere attention , fi les
bruits qui fe font répandus de fources éteintes ,
de principes dénaturés , & dé vertus détruites ,
font fondés en raiſon ; pour remplir l'étendue de
notre Miffion , nous n'hésiterons pas à vous confirmer
, que les defcentes que nous avons faites
fur les lieux le fond des baffins , que nous avons
fait mettre à fec , & fouillé à différentes repriſes
les plus petits coins & recoins qui n'ont point
échappés à nos recherches , les eaux que nous
avons vû ruiffeler en abondance & de plufieurs
endroits , leur limpidité & leur faveur , le caractère
de la nature qui s'eft manifefté partout , &
enfin notre analyfe & nos expériences , doivent
'convaincre tout efprit raisonnable , qu'actuellement
aux nouvelles eaux minérales de Paffy , les
eaux y coulent de la même manière qu'en 1720 ,
que la Faculté s'y tranfporta pour la premiere
fois , & en quantité plus que fuffifante pour fournir
aux befoins des Citoyens ; que leur nature & la
combinaiſon de leurs différens principes n'étant
point changés , il eft impoffible que leurs vertus
médicinales foient détruites ; & que les bruits dé
Lavantageux qui fe font répandus au fujet defdites
230 MERCURE DE FRANCE.
eaux , ne peuvent partir que de la prévention ou
de l'ignorance.
Nous concluons donc , Meffieurs , en finiffant
notre rapport , que fi la Faculté n'a pas héfité
en 1720, pour le bien & l'utilité publique , de mettre
en crédit , par fon approbation, des eaux qui
n'avoient pas encore l'attache & le fceau de l'expérience
confirmée , elle doit aujourd'hui, par un
decret autentique, affermir les Citoyens dans la
confiance qui eft due aux mêmes eaux , fur l'utilité
defquelles 40 années d'ufage & d'effers falutaires,
fous les yeux des Médecins, ne permettent
pas de former aucun doute.
NOUVELLES EAUX DE PASSY.
M.
J
LEVEILLARD , Gentilhomme fervant
ordinaire du Roi , & propriétaire des Nouvelles
eaux minérales de Pafly , ayant appris que quelques
perfonnes ou mal inftruites , ou mal intentionnées
, faifoient courir fur les eaux des bruits
228 MERCURE DE FRANCE.
défavantageux , en les accufant d'être changées
de nature , & par conféquent dépourvues des
vertus qu'on leur avoit attribuées jufqu'à préfent ,
en les taxant même de factices , a cru qu'il devoit
prendre des mefures pour détruire , par une
preuve autentique , ces faufletés , & pour confirmer
le Public dans la confiance qu'il a eue juf
qu'à préfent dans fes eaux.
Pour cet effet , il a préfenté une requête à la
Faculté de Médecine , pour qu'il lui plût de nommer
des Commiflaires qui fiffent un nouvel examen
, & une nouvelle analyte des nouvelles eaux
de Paffy. La Faculté de Médecine lui , ayant acordé
fa demande , nomma l'été dernier , fix Docteurs
, qui furent MM. Mercy , Chomel , Vieillard
, Cofnier , Latier , & Delarivière , qui fe
tranfporterent à Pally avec M. Boyer , Doyen de
la Faculté : & après avoir fait mettre à fec les
fources , & en avoir examiné les environs avec
la plus févère attention ; ils emporterent des eaux
pour en faire l'analyfe , dans le laboratoire des
écoles . L'analyſe finie , après avoir afluré que les
e aux ne pouvoient être factices , tant à caufe de
lexamen qu'ils en avoient fait , que par ce qu'ils
croyoient impoffible de les contrefaire , ils expofent
leur analyfe,par laquelle ils ons trouvé exactement
les mêmes principes que M. Bolduc , il y a
trente ans , & concluent ainfi .
Par cette analyſe,& ces expériences , nous vous
avons démontré que les nouvelles eaux de Pally
renferment en el es mêmes un vrai vitriol de
mars , du fel de glauber naturel , du fel marin',
une terre alkaline , & de la felenite ; par conféquent
, c'est avec jufte raifon que ces eaux ont été
appellées , Nouvelles Eaux minérales ferrugineufes
de Paffy que par la connoiffance que tout Médecin
doit avoir des effets que produisent ces
AVRIL 1760 . 229
différentes matières unies & combinées enfemble,
elles peuvent & doivent être très - utiles dans les
maladies chroniques & d'obftruction , toutes les
fois qu'il s'agira de lever les embarras caufés par
l'épaiffiffement des liqueurs & la diminution du
reffort des folides ; & qu'enfin ces eaux doivent
être regardées comme un remède d'autant plus
falutaire , qu'il eft donné des mains de la fimple
nature.
Mais comme la Faculté , Meffieurs , nous a
moins chargés de nous affurer de la nature des
nouvelles eaux de Paffy , des principes qui les
compofent , & des vertus qui leur font propres ,
que d'examiner avec la derniere attention , fi les
bruits qui fe font répandus de fources éteintes ,
de principes dénaturés , & dé vertus détruites ,
font fondés en raiſon ; pour remplir l'étendue de
notre Miffion , nous n'hésiterons pas à vous confirmer
, que les defcentes que nous avons faites
fur les lieux le fond des baffins , que nous avons
fait mettre à fec , & fouillé à différentes repriſes
les plus petits coins & recoins qui n'ont point
échappés à nos recherches , les eaux que nous
avons vû ruiffeler en abondance & de plufieurs
endroits , leur limpidité & leur faveur , le caractère
de la nature qui s'eft manifefté partout , &
enfin notre analyfe & nos expériences , doivent
'convaincre tout efprit raisonnable , qu'actuellement
aux nouvelles eaux minérales de Paffy , les
eaux y coulent de la même manière qu'en 1720 ,
que la Faculté s'y tranfporta pour la premiere
fois , & en quantité plus que fuffifante pour fournir
aux befoins des Citoyens ; que leur nature & la
combinaiſon de leurs différens principes n'étant
point changés , il eft impoffible que leurs vertus
médicinales foient détruites ; & que les bruits dé
Lavantageux qui fe font répandus au fujet defdites
230 MERCURE DE FRANCE.
eaux , ne peuvent partir que de la prévention ou
de l'ignorance.
Nous concluons donc , Meffieurs , en finiffant
notre rapport , que fi la Faculté n'a pas héfité
en 1720, pour le bien & l'utilité publique , de mettre
en crédit , par fon approbation, des eaux qui
n'avoient pas encore l'attache & le fceau de l'expérience
confirmée , elle doit aujourd'hui, par un
decret autentique, affermir les Citoyens dans la
confiance qui eft due aux mêmes eaux , fur l'utilité
defquelles 40 années d'ufage & d'effers falutaires,
fous les yeux des Médecins, ne permettent
pas de former aucun doute.
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Résumé : AVIS. NOUVELLES EAUX DE PASSY.
M. Leveillard, gentilhomme ordinaire du Roi et propriétaire des Nouvelles eaux minérales de Passy, a réagi aux rumeurs défavorables circulant sur ses eaux, les accusant d'être changées de nature ou factices. Pour rétablir la vérité, il a sollicité la Faculté de Médecine afin de nommer des commissaires pour examiner et analyser les eaux. La Faculté a désigné six docteurs pour se rendre à Passy et examiner les sources ainsi que leurs environs. Après analyse, les docteurs ont confirmé que les eaux contenaient les mêmes principes que ceux identifiés trente ans auparavant par M. Bolduc, notamment du vitriol de Mars, du sel de Glauber naturel, du sel marin, une terre alcaline et de la sélénite. Ils ont conclu que ces eaux étaient efficaces pour traiter les maladies chroniques et d'obstruction, en levant les embarras causés par l'épaississement des liquides et la diminution de la force des solides. Les docteurs ont également affirmé que les rumeurs sur les sources éteintes ou les principes dénaturés étaient infondées. Les eaux coulaient abondamment et leur nature n'avait pas changé, garantissant ainsi leurs vertus médicinales. La Faculté doit donc confirmer l'utilité publique de ces eaux, comme elle l'avait fait en 1720, après quarante années d'usage et d'effets bénéfiques sous la surveillance des médecins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 162-175
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a continué sur ce Théâtre la Piéce intitulée Heureusement , dont nous [...]
Mots clefs :
Analyse, Sentiment, Émotion, Conte, Heureusement, Comédie, Estampe, Tragédie, Anecdote
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
ONNa continué fur ce Théâtre la
Piéce intitulée Heureufement , dont nous
avons parlé dans le précédent Mercure ;
fon fuccès nous engage à en donner
une analyfe.
EXTRAIT d'HEUREUSEMENT ,
Comédie en Vers , en un Acte , par
M. ROCHON DE CHABANNES.
PERSONNAGES.
M. LISBAN ,
Mde LISBAN ,
LINDOR ,
MARTON ,
PASQUIN ,
ACTEURS.
!
M. Préville.
Mlle Huffe.
M. Molé.
Mlle Dangeville.
M. Dubois.
La Scène eft dans l'appartement de Mde Lisban.
JANVIER. 1763. 163
1
Caractères des Perfonnages.
M. LISBAN eft un mari fur le retour
de l'âge , confiant , avec la fauffe
'prétention d'être un homme agréable &
amufant. Mde LISBAN ,une jeune femme
de vingt ans , étourdie , fans expérience
, mais éffentiéllement honnête.
LINDOR,un jeune homme de feize ans,
nouvellement dans le fervice , ne refpirant
que l'amour & la gloire , un caractère
enfin vraiment nationnal. MARTON
, une Soubrette vive , gaye & franche.
PASQUIN , un valet fans autre action
dans la Piéce qu'une fimple commiffion
de la part de LINDOR, mais dans
le rôle duquel il y a cependant quelques
petits détails de portrait affez agréables.
ANALYSE.
Mde LISBAN aime LINDOR fon petit
parent,beaucoup plus qu'elle ne croit;
MARTON l'aime auffi , mais ne s'en
fait point accroire à elle- même fur ce
fentiment. Mde LISBAN regarde LINDOR
comme un enfant fans conféquence
& MARTON comme un enfant fort
dangereux . La premiere compte beaucoup
fur elle-même la feconde n'y
compte point du tout & fait très-bien.
Tel eft le précis de l'entretien entre
164 MERCURE DE FRANCE .
Mde LISBAN & MARTON dans la
premiere Scène. M. LISBAN vient pour
emmener fa femme fouper avec lui
chez une Madame DORMENE . Mais
elle avoit déja pris fon parti fur ce foupër
: un attrait fecret donne d'autres affaires
à fon coeur ; cette Madame DORMENE
eft une femme qui l'ennuye ,
une migraine lui fert d'excufe . Le mari
confent à y aller feul , mais avant de
fortir , il apprend à fa femme que LINDOR
va partir pour l'armée. Elle eft
un peu troublée de cette nouvelle ; il
en plaifante à fa maniere & fort.
MARTON,qui a remarqué l'émotion
de fa Maîtreffe en apprenant le départ
de LINDOR , lui en fait malignement
la guerre , & Mde LISBAN s'obftine à
ne pas vouloir convenir de fa foibleffe.
Le valet de LINDOR vient annoncer
le départ de fon Maître , & demande
pour lui un moment d'audience ; on
fait beaucoup de réfiftances fondées fur
l'absence du mari ; MARTON les fait
ceffer & dit à PASQUIN d'aller chercher
fon Maître . Mde LISBAN gronde
MARTON de l'expofer ainfi dans une
démarche équivoque ; mais en fe retirant
elle lui recommande de la faire
avertir quand LINDOR viendra .
JANVIER. 1763 . 165
MARTON, reftée feule , fait des réfléxions
fur les fentimens de fa Maîtreffe
pour LINDOR , & ne fe déguife point
les fiens pour le même objet. Le jeune
Etourdi arrive en habit uniforme & le
chapeau fur la tête. Il aime fa coufine ,
il aime MARTON , dans le vrai , il aime
toutes les jolies femmes ; mais bien plus
qu'elles alors , il aime fon nouvel état
il est enchanté de fon habit d'ordonnancę
, & veut que MARTON le foit de
même .
,
Il parle guerre , amour , combats
maîtreffe , chevaux ; c'eft enfin ce qu'on
appelle un franc Poliffon . Mde LISBAN
le furprend avec MARTON même
fcène , mêmes folies , mais avec des
nuances différentes ; il eft plus galant
avec fa coufine , c'eft un Francois qui
en compte à une jolie femme. On fert
une colation ; il ne peut décemment y
avoir de foupé chez là coufine , à caufe
de la migraine & de l'abfence du Mari .
Les deux jeunes têtes , Mde LISBAN &
LINDOR fe mettent cependant à table
pour manger des fruits , des confitures ,
& c. M. LISBAN s'eft avifé de rompre fa
partie de fouper , pour faire le cadeau
à fa femme de revenir paffer la foirée
avec elle . On entend fon carroffe , on
166 MERCURE DE FRANCE.
temps ,
eft un peu déconcerté , & MARTON dit
qu'il faut faire cacher LINDOR . Elle
n'attend pas les ordres de Mde LISBAN ,
elle s'empare du jeune homme qui court
précipitament pour la fuivre & fe fauver
dans le falon. M. LISBAN entre
auffi-tôt que LINDOR eft retiré. Mde
LISBAN qui n'approuve pas l'étourderie
de MARTON , eft vingt fois
fur le point d'avouer que L IN DOR eft
dans la maifon ; mais fon mari , qui
parle toujours , ne lui en laiffe pas le
il débite avec confiance fes mauvaifes
plaifanteries , & développe la fotte
fatuitéde fon caractère , avec une bonne
foi très -comique . Il croit fa femme trop
heureufe de le pofféder. Il fe mocque de
tous ceux qui lui font la cour, il les plaint,
il les plaifante , il les défie ; il défie fa
femme elle-même , en un mot il eſt d'un
ridicule achevé. Mde LISBAN que tous.
fes propos -là ennuiroient en tous temps,
en eft impatientée dans fa fituation actuelle
. Elle veut fe retirer & prie ſon mari
de lui donner la main jufqu'à fon appartement
pour l'éloigner du voifinage de
l'endroit où elle foupconne LINDOR .
La bêtife déconcerte fouvent toutes les
mefures de la prudence , c'eft ce que
fait celle de M. LISBAN ; il veut abfoluJANVIER.
1763. 167
ment, pour l'amufer,lui aller chercher un
conte , & ce conte qui eft HEUREUSEMENT
, eft fort malheureuſement
dans le falon voifin , il y court. On doit
juger de l'embarras & des perpléxités de
Mde LISBAN , fon mari va tout découvrir.
Elle eft dans la plus grande agitation
lorfqu'il reparoît en jettant de grands
éclats de rire. Il a furpris LINDOR aux
genoux de MARTON ; ilvoit cela en plaifanterie
, & ne voit que cela ; il en fait.
le récit à fa femme, qui refpire en voyant
dequelle façon il prend le change . C'eſt
ainfi que fe dénoue la Piéce. Le mari ,
qui croit avoir le point de vue très-fin
fe félicite d'être arrivé chez lui très-àpropos.
Il fait des applications d'Heureufement
dans fon tourordinaire de plaifanterie
; mais dans fon opinion tout l'Heureufement
tombe fur MARTON ; & Mde
LISBAN , dont l'honneur eft fauvé , expofe
dans un Aparté , le but moral de
l'Ouvrage .
M. LISBAN.
9
Voilà de ces hazards. •
Mde LISBA N. ( à part. )
Qui fauvent l'innocence
Du danger oùſouvent l'expofe une imprudence
168 MERCURE DE FRANCE .
Pour donner une légére idée du ſtyle
de cette Piéce , nous allons rapporter le
peu de détails que les bornes de cet Article
peuvent nous permettre.
MARTON , dans la premiere Scène
trace ainfi le portrait du jeune . LINDOR
:
C'eſt un vrai Poliſſon , un Polifſon charmant ,
Il s'aime, il fe contemple, il court dans une glace
Admirer de fon port l'élégance & l'audace ;
Il nous fait admirer fa jambe , fon mollet ,
>> S'ils étoient emportés , dit- il , par un boulet ,
» Là , ſerieuſement ce feroit grand dommage !
» Eh bien j'aurois la croix ; oui la croix à mon âge,
» La croix pour une jambe ! Ah ! de bon coeur ,
» ma foi ,
> Je les facrifierois toutes deux pour le Roi.
Il tire fon épée , & bravant nos allarmes ,
» Une , deux , trois , à vous , & rendez - moi les. 22
>> armes ,
Nous dit-il. Un fufil vient àfrapper les yeux ; .
Il le met fur l'épaule & fait le merveilleux ,
Enfonce fiérement fon chapeau fur la tête ,
Va de droite & de gauche , avance un pas , arrête ,.
Nous ajuste , fait feu , s'amufe de nos cris ,
Et vole dans nos bras pour calmer nos eſprits.
Dans une Scène où Mde LISBAN
reproche
JANVIER . 1762. 169
reproche à LINDOR d'avoir l'air fi
content fur le point de la quitter , il lui
répond :
Audacieux Amant , Soldat vraiment François ,
Je n'ai jamais formé que deux ardens ſouhaits ,
De réduire une Belle & venger ma patrie.
La moitié de mes voeux fera bientôt remplie ;
Je pars , & je vaincrai : j'eſpére à mon retour
Joindre aux lauriers de Mars les myrthes de l'Amour.
OBSERVATIONS.
Le Conte d'où l'Auteur de la Comédie a tiré
fon Sujet , n'étant lui-même qu'un exemple moral
du hazard heureux , auquel les plus honnêtes femmes
doivent fouvent leur innocence , ne pouvoit
lui fournir une action bien intriguée ni complette.
Mais on doit , en rendant jultice à cet Auteur ,
lui fçavoir gré du joli Tableau qu'il a fait de ce
Sujet , fur la Scéne , & du comique agréable
qu'il a répandu dans les détails , fans blefler trop
fortement les bienſéances ſi délicates à conferver
dans un Sujet de cette nature . Quoique l'idée générale
d'Heureufement foit due primitivement à
l'Auteur des Contes Moraux , on doit convenir
cependant que prefque tout ce qu'il y a de Dramatique,
appartient à l'Auteur de la Comédie , &
même dans la partie de l'invention . Si, par exemple,
il a emprunté duConte le trait général du caractère
de LINDOR ,tous les détails du portrait (ont
de lui , excepté le Couplet où LINDOR dit à Mde
LISBAN qu'il reviendra bleffé , ce qui eft l'imita-
I.Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
tion d'un des détails du Conte. Il en eft de même
du retour de M. LISBAN , pour venir caufer &
ennuyer la femme. Mais les ris de ce mari , à la
découverte qu'il fait de LINDOR avec MARTON ,
& toute la tournure de ce dénoûment font de
l'Auteur du la Comédie. Le plaifir qu'elle a paru
faire au Public , pendant onze Repréſentations de
fuite , autorife la confiance avec laquelle nous en
annonçons l'impreffion .
Cette Comédie imprimée , fe vend à Paris , chez
-SEBASTIEN JORRY rue & vis-à-vis la Comédie
Françoife. Prix vingt-quatre fols.
"
Cette Edition elt ornée d'une Eſtampe qui repréfente
le moment de la colation . Au bas de
l'Estampe , on voit les Armes de S. A. S. Monfeigneur
le PRINCE DE CONDÉ & pour Epigraphe,
le Vers : Je vais donc boire à Mars , qu'adreffa
Mlle HUSSE. très- refpectueufement à ce Prince , le
jour de la premiere Repréfentation de cette Piéce.
Voyez la Relation de ce fait dans le Mercure précédent.
Je finis cet Article par des Vers de
'Auteur à Mlle DANGEVILLE.
Un aurre Auteur que moi, charmante Dangeville,
Te loueroit fur ton jeu naturel & facile ,
Te repréfenteroit dans le facré vallon
Couronnant de lauriers les enfans d'Apolton,
Donnant à leur Ouvrage une nouvelle vie ;
Mais j'aime mieux louer ton coeur que con génie
Chez toi , parmi les tiens , au fein de tes amis ,
Recus avec candeur , mais avec choix admis :
Voci la belle Scène, ou loin de l'oeil du monde
JANVIER. 1763. 171
Tu m'as fçu pénétrer d'une eftime profonde ;
C'eft le Tableau touchant qui s'eft offert à moi :
On t'admire au Spectacle , on t'adore chez toi .
*.
Le Jeudi 2 Décembre , le fieur Bou-
RET,, fi connu & fi agréable au Public
dans un genre & fur un Théâtre différent
, a débuté fur celui de la Comédie
Françoife , par le rôle de Turcaret dans
la Comédie de ce nom , & par celui de
Crifpin dans Crifpin rival de fon Maître.
Il fut accueilli du Public très-favorablement.
On parut plus content de
fon jeu dans la feconde Piéce que dans
la premiere. Il avoit encore la crainte
& l'embarras que doit infpirer un Tribunal
auffi impofant qu'eft le Public à
ce Théâtre , beaucoup moins indulgent
pour fon Spectacle national dont il prife
le mérite réel , que pour ceux à qui il
permet de l'amufer , fans autant de délicateffe
fur le choix des moyens. Il a
continué fon début dans cette Piéce de
Turcaret & par le rôle de Crifpin des
Folies amoureufes , par celui d'un des
Ménechmes , de Sofie dans Amphitrion ,
de Crifpin Médecin , de Crifpin dans le
Légataire , du Valet dans l'Impromptu
de Campagne , dans le Joueur , dans
Pourceaugnac , & c. Le refultat des Ju-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
gemens du Public fur cet Acteur , dans
ces différens rôles , nous a paru être, qu'il
feroit utile à ce Théâtre , furtout lorfque
l'exercice & l'expérience lui auroient
entiérement fait acquérir la fineffe
du comique que l'on y éxige.
Le Lundi 6 Décembre on donna
pour la premiere fois Eponine , Tragédie
nouvelle , retirée par l'Auteur après
la feconde repréfentation. Quoique le
Public ait paru juger que l'Auteur de
la Tragédie n'eût pas profité de tour
l'intérêt dont le Sujet étoit fufceptible ,
& qu'il ait eu à attendre jufqu'au troifiéme
A&te le commencement de l'action
tragique, les applaudiffemens qu'on
a donnés & qui étoient dûs à plufieurs
beautés diftinguées dans cette Piéce ,
doivent encourager cet Auteur à mériter
des lauriers qu'il femble fait pour
cueilir Ha premiere fois qu'il fe repréfentera
dans la carrière .
On a remis & continué, fur le même
Théâtre, ZELMIRE , Tragédie nouvelle
de M. DU BELLOY , donnée pour la
premiere fois le Printemps dernier. Cette
Piéce eft rendue avec une chaleur admirable
par les Acteurs , & cette remife
a beaucoup de fuccès. Nous avons donné
dans deux de nos Mercures antéJANVIER.
1763. 173
rieurs , des détails très- étendus fur cette
Tragédie .
Les Comédiens François répétent une
Comédie nouvelle en trois A&tes & en
Vers , intitulée Du Puis & Defronais ,
Sujet tiré du Roman des Illuftres Françoifes.
ANECDOTE fur feu M. SARRAZIN,
ancien Acteur du Théâtre François ,
décédé à Paris le 15 Novembre dernier
, & inhumé le 16 à S. Sulpice fa
Paroiffe.
Feu M. SARRAZIN , né à Dijon , étoit
d'une très-honnête famille . Son goût
pour le Théâtre l'avoit engagé dans plufieurs
Sociétés qui en faifoient leur amufement
, qui avoient acquis affez d'art
pour faire celui de beaucoup d'Amateurs
de ce genre . La plus remarquable de ces
Sociétés , où primoit M. SARRAZIN, repréfentoit
affez fréquemment au Château
de S. Ouën , appartenant alors à
feu M. le Duc de Gêvres , qui avoit bien
voulu accorder cette permiffion. C'eſt
de cette Société , & fans avoir joué ni
dans les Provinces , ni fur aucun Théâtre
Public , que M. SARRAZIN , dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
un âge où l'on eft ordinairement trèsformé
, avoit paffé tout de fuite au Théâtre
de la Comédie Françoife . Il y débuta
le 3 Mars 1729 par le rôle d'Oedipe
, dans la Tragédie de ce nom de
P. CORNEILLE ; le fuccès de ce début
fut fi favorable , que dès le 22 du même
mois , M. SARRAZIN fut reçu pour
doubler le célébre BARON dans l'emploi
des Rois. Après la mort de ce dernier
, arrivée le 22 Décembre 1729 , M.
SARRAZIN fut confirmé dans fon emploi
, préférablement à M. BERCI , par
un ordre du mois de Janvier 1730. Il
fut gratifié de la penfion de 1000 liv. à
la mort de M. DU CHEMIN en 1756.
L'année fuivante , il fut affligé d'une extinction
de voix qui l'empêcha de remplir
fon fervice jufqu'au mois d'Avril
1759 , qu'ilife retira du Théâtre avec
le Brévet de penfion de la Comédie de
1500 liv. conformément à l'Arrêt du
Confeil du 18 Juin 57 enregistré au
Parlement. Ainfi M. SARRAZIN a resté
30 ans à la Comédie , où il a fervi avec
un fuccès très-diftingué , jufqu'à la fin
de fà carriere. Dans les premieres an
nées , on lui reprochoit quelques difgraces
dans l'action , & peu d'enfem
ble dans l'habitude du corps ; mais ces
JANVIER. 1763... 175
légers défauts étoient fi heureufement
couverts par la partie du fentiment , qui
étoit naturelle & d'un effet admirable
dans cet Acteur . On fe reffouvient encore
avec fenfibilité , des larmes qu'il a
fait verfer dans beaucoup de rôles tragiques
de fon emploi & de l'attendriffement
qu'il faifoit éprouver dans les
Peres du HAUT COMIQUE .
N. B. La Penfion du feu Sr. SARRAZIN
a été donnée au S. ARMAND , le
plus ancien des Comédiens , fervant
actuellement au Théâtre François . Le
Roi a accordé à la Demoiſelle Du-
MESNIL , une penfion particuliere de
1000 liv. affignée fur le fond des Menus
.
ONNa continué fur ce Théâtre la
Piéce intitulée Heureufement , dont nous
avons parlé dans le précédent Mercure ;
fon fuccès nous engage à en donner
une analyfe.
EXTRAIT d'HEUREUSEMENT ,
Comédie en Vers , en un Acte , par
M. ROCHON DE CHABANNES.
PERSONNAGES.
M. LISBAN ,
Mde LISBAN ,
LINDOR ,
MARTON ,
PASQUIN ,
ACTEURS.
!
M. Préville.
Mlle Huffe.
M. Molé.
Mlle Dangeville.
M. Dubois.
La Scène eft dans l'appartement de Mde Lisban.
JANVIER. 1763. 163
1
Caractères des Perfonnages.
M. LISBAN eft un mari fur le retour
de l'âge , confiant , avec la fauffe
'prétention d'être un homme agréable &
amufant. Mde LISBAN ,une jeune femme
de vingt ans , étourdie , fans expérience
, mais éffentiéllement honnête.
LINDOR,un jeune homme de feize ans,
nouvellement dans le fervice , ne refpirant
que l'amour & la gloire , un caractère
enfin vraiment nationnal. MARTON
, une Soubrette vive , gaye & franche.
PASQUIN , un valet fans autre action
dans la Piéce qu'une fimple commiffion
de la part de LINDOR, mais dans
le rôle duquel il y a cependant quelques
petits détails de portrait affez agréables.
ANALYSE.
Mde LISBAN aime LINDOR fon petit
parent,beaucoup plus qu'elle ne croit;
MARTON l'aime auffi , mais ne s'en
fait point accroire à elle- même fur ce
fentiment. Mde LISBAN regarde LINDOR
comme un enfant fans conféquence
& MARTON comme un enfant fort
dangereux . La premiere compte beaucoup
fur elle-même la feconde n'y
compte point du tout & fait très-bien.
Tel eft le précis de l'entretien entre
164 MERCURE DE FRANCE .
Mde LISBAN & MARTON dans la
premiere Scène. M. LISBAN vient pour
emmener fa femme fouper avec lui
chez une Madame DORMENE . Mais
elle avoit déja pris fon parti fur ce foupër
: un attrait fecret donne d'autres affaires
à fon coeur ; cette Madame DORMENE
eft une femme qui l'ennuye ,
une migraine lui fert d'excufe . Le mari
confent à y aller feul , mais avant de
fortir , il apprend à fa femme que LINDOR
va partir pour l'armée. Elle eft
un peu troublée de cette nouvelle ; il
en plaifante à fa maniere & fort.
MARTON,qui a remarqué l'émotion
de fa Maîtreffe en apprenant le départ
de LINDOR , lui en fait malignement
la guerre , & Mde LISBAN s'obftine à
ne pas vouloir convenir de fa foibleffe.
Le valet de LINDOR vient annoncer
le départ de fon Maître , & demande
pour lui un moment d'audience ; on
fait beaucoup de réfiftances fondées fur
l'absence du mari ; MARTON les fait
ceffer & dit à PASQUIN d'aller chercher
fon Maître . Mde LISBAN gronde
MARTON de l'expofer ainfi dans une
démarche équivoque ; mais en fe retirant
elle lui recommande de la faire
avertir quand LINDOR viendra .
JANVIER. 1763 . 165
MARTON, reftée feule , fait des réfléxions
fur les fentimens de fa Maîtreffe
pour LINDOR , & ne fe déguife point
les fiens pour le même objet. Le jeune
Etourdi arrive en habit uniforme & le
chapeau fur la tête. Il aime fa coufine ,
il aime MARTON , dans le vrai , il aime
toutes les jolies femmes ; mais bien plus
qu'elles alors , il aime fon nouvel état
il est enchanté de fon habit d'ordonnancę
, & veut que MARTON le foit de
même .
,
Il parle guerre , amour , combats
maîtreffe , chevaux ; c'eft enfin ce qu'on
appelle un franc Poliffon . Mde LISBAN
le furprend avec MARTON même
fcène , mêmes folies , mais avec des
nuances différentes ; il eft plus galant
avec fa coufine , c'eft un Francois qui
en compte à une jolie femme. On fert
une colation ; il ne peut décemment y
avoir de foupé chez là coufine , à caufe
de la migraine & de l'abfence du Mari .
Les deux jeunes têtes , Mde LISBAN &
LINDOR fe mettent cependant à table
pour manger des fruits , des confitures ,
& c. M. LISBAN s'eft avifé de rompre fa
partie de fouper , pour faire le cadeau
à fa femme de revenir paffer la foirée
avec elle . On entend fon carroffe , on
166 MERCURE DE FRANCE.
temps ,
eft un peu déconcerté , & MARTON dit
qu'il faut faire cacher LINDOR . Elle
n'attend pas les ordres de Mde LISBAN ,
elle s'empare du jeune homme qui court
précipitament pour la fuivre & fe fauver
dans le falon. M. LISBAN entre
auffi-tôt que LINDOR eft retiré. Mde
LISBAN qui n'approuve pas l'étourderie
de MARTON , eft vingt fois
fur le point d'avouer que L IN DOR eft
dans la maifon ; mais fon mari , qui
parle toujours , ne lui en laiffe pas le
il débite avec confiance fes mauvaifes
plaifanteries , & développe la fotte
fatuitéde fon caractère , avec une bonne
foi très -comique . Il croit fa femme trop
heureufe de le pofféder. Il fe mocque de
tous ceux qui lui font la cour, il les plaint,
il les plaifante , il les défie ; il défie fa
femme elle-même , en un mot il eſt d'un
ridicule achevé. Mde LISBAN que tous.
fes propos -là ennuiroient en tous temps,
en eft impatientée dans fa fituation actuelle
. Elle veut fe retirer & prie ſon mari
de lui donner la main jufqu'à fon appartement
pour l'éloigner du voifinage de
l'endroit où elle foupconne LINDOR .
La bêtife déconcerte fouvent toutes les
mefures de la prudence , c'eft ce que
fait celle de M. LISBAN ; il veut abfoluJANVIER.
1763. 167
ment, pour l'amufer,lui aller chercher un
conte , & ce conte qui eft HEUREUSEMENT
, eft fort malheureuſement
dans le falon voifin , il y court. On doit
juger de l'embarras & des perpléxités de
Mde LISBAN , fon mari va tout découvrir.
Elle eft dans la plus grande agitation
lorfqu'il reparoît en jettant de grands
éclats de rire. Il a furpris LINDOR aux
genoux de MARTON ; ilvoit cela en plaifanterie
, & ne voit que cela ; il en fait.
le récit à fa femme, qui refpire en voyant
dequelle façon il prend le change . C'eſt
ainfi que fe dénoue la Piéce. Le mari ,
qui croit avoir le point de vue très-fin
fe félicite d'être arrivé chez lui très-àpropos.
Il fait des applications d'Heureufement
dans fon tourordinaire de plaifanterie
; mais dans fon opinion tout l'Heureufement
tombe fur MARTON ; & Mde
LISBAN , dont l'honneur eft fauvé , expofe
dans un Aparté , le but moral de
l'Ouvrage .
M. LISBAN.
9
Voilà de ces hazards. •
Mde LISBA N. ( à part. )
Qui fauvent l'innocence
Du danger oùſouvent l'expofe une imprudence
168 MERCURE DE FRANCE .
Pour donner une légére idée du ſtyle
de cette Piéce , nous allons rapporter le
peu de détails que les bornes de cet Article
peuvent nous permettre.
MARTON , dans la premiere Scène
trace ainfi le portrait du jeune . LINDOR
:
C'eſt un vrai Poliſſon , un Polifſon charmant ,
Il s'aime, il fe contemple, il court dans une glace
Admirer de fon port l'élégance & l'audace ;
Il nous fait admirer fa jambe , fon mollet ,
>> S'ils étoient emportés , dit- il , par un boulet ,
» Là , ſerieuſement ce feroit grand dommage !
» Eh bien j'aurois la croix ; oui la croix à mon âge,
» La croix pour une jambe ! Ah ! de bon coeur ,
» ma foi ,
> Je les facrifierois toutes deux pour le Roi.
Il tire fon épée , & bravant nos allarmes ,
» Une , deux , trois , à vous , & rendez - moi les. 22
>> armes ,
Nous dit-il. Un fufil vient àfrapper les yeux ; .
Il le met fur l'épaule & fait le merveilleux ,
Enfonce fiérement fon chapeau fur la tête ,
Va de droite & de gauche , avance un pas , arrête ,.
Nous ajuste , fait feu , s'amufe de nos cris ,
Et vole dans nos bras pour calmer nos eſprits.
Dans une Scène où Mde LISBAN
reproche
JANVIER . 1762. 169
reproche à LINDOR d'avoir l'air fi
content fur le point de la quitter , il lui
répond :
Audacieux Amant , Soldat vraiment François ,
Je n'ai jamais formé que deux ardens ſouhaits ,
De réduire une Belle & venger ma patrie.
La moitié de mes voeux fera bientôt remplie ;
Je pars , & je vaincrai : j'eſpére à mon retour
Joindre aux lauriers de Mars les myrthes de l'Amour.
OBSERVATIONS.
Le Conte d'où l'Auteur de la Comédie a tiré
fon Sujet , n'étant lui-même qu'un exemple moral
du hazard heureux , auquel les plus honnêtes femmes
doivent fouvent leur innocence , ne pouvoit
lui fournir une action bien intriguée ni complette.
Mais on doit , en rendant jultice à cet Auteur ,
lui fçavoir gré du joli Tableau qu'il a fait de ce
Sujet , fur la Scéne , & du comique agréable
qu'il a répandu dans les détails , fans blefler trop
fortement les bienſéances ſi délicates à conferver
dans un Sujet de cette nature . Quoique l'idée générale
d'Heureufement foit due primitivement à
l'Auteur des Contes Moraux , on doit convenir
cependant que prefque tout ce qu'il y a de Dramatique,
appartient à l'Auteur de la Comédie , &
même dans la partie de l'invention . Si, par exemple,
il a emprunté duConte le trait général du caractère
de LINDOR ,tous les détails du portrait (ont
de lui , excepté le Couplet où LINDOR dit à Mde
LISBAN qu'il reviendra bleffé , ce qui eft l'imita-
I.Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
tion d'un des détails du Conte. Il en eft de même
du retour de M. LISBAN , pour venir caufer &
ennuyer la femme. Mais les ris de ce mari , à la
découverte qu'il fait de LINDOR avec MARTON ,
& toute la tournure de ce dénoûment font de
l'Auteur du la Comédie. Le plaifir qu'elle a paru
faire au Public , pendant onze Repréſentations de
fuite , autorife la confiance avec laquelle nous en
annonçons l'impreffion .
Cette Comédie imprimée , fe vend à Paris , chez
-SEBASTIEN JORRY rue & vis-à-vis la Comédie
Françoife. Prix vingt-quatre fols.
"
Cette Edition elt ornée d'une Eſtampe qui repréfente
le moment de la colation . Au bas de
l'Estampe , on voit les Armes de S. A. S. Monfeigneur
le PRINCE DE CONDÉ & pour Epigraphe,
le Vers : Je vais donc boire à Mars , qu'adreffa
Mlle HUSSE. très- refpectueufement à ce Prince , le
jour de la premiere Repréfentation de cette Piéce.
Voyez la Relation de ce fait dans le Mercure précédent.
Je finis cet Article par des Vers de
'Auteur à Mlle DANGEVILLE.
Un aurre Auteur que moi, charmante Dangeville,
Te loueroit fur ton jeu naturel & facile ,
Te repréfenteroit dans le facré vallon
Couronnant de lauriers les enfans d'Apolton,
Donnant à leur Ouvrage une nouvelle vie ;
Mais j'aime mieux louer ton coeur que con génie
Chez toi , parmi les tiens , au fein de tes amis ,
Recus avec candeur , mais avec choix admis :
Voci la belle Scène, ou loin de l'oeil du monde
JANVIER. 1763. 171
Tu m'as fçu pénétrer d'une eftime profonde ;
C'eft le Tableau touchant qui s'eft offert à moi :
On t'admire au Spectacle , on t'adore chez toi .
*.
Le Jeudi 2 Décembre , le fieur Bou-
RET,, fi connu & fi agréable au Public
dans un genre & fur un Théâtre différent
, a débuté fur celui de la Comédie
Françoife , par le rôle de Turcaret dans
la Comédie de ce nom , & par celui de
Crifpin dans Crifpin rival de fon Maître.
Il fut accueilli du Public très-favorablement.
On parut plus content de
fon jeu dans la feconde Piéce que dans
la premiere. Il avoit encore la crainte
& l'embarras que doit infpirer un Tribunal
auffi impofant qu'eft le Public à
ce Théâtre , beaucoup moins indulgent
pour fon Spectacle national dont il prife
le mérite réel , que pour ceux à qui il
permet de l'amufer , fans autant de délicateffe
fur le choix des moyens. Il a
continué fon début dans cette Piéce de
Turcaret & par le rôle de Crifpin des
Folies amoureufes , par celui d'un des
Ménechmes , de Sofie dans Amphitrion ,
de Crifpin Médecin , de Crifpin dans le
Légataire , du Valet dans l'Impromptu
de Campagne , dans le Joueur , dans
Pourceaugnac , & c. Le refultat des Ju-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
gemens du Public fur cet Acteur , dans
ces différens rôles , nous a paru être, qu'il
feroit utile à ce Théâtre , furtout lorfque
l'exercice & l'expérience lui auroient
entiérement fait acquérir la fineffe
du comique que l'on y éxige.
Le Lundi 6 Décembre on donna
pour la premiere fois Eponine , Tragédie
nouvelle , retirée par l'Auteur après
la feconde repréfentation. Quoique le
Public ait paru juger que l'Auteur de
la Tragédie n'eût pas profité de tour
l'intérêt dont le Sujet étoit fufceptible ,
& qu'il ait eu à attendre jufqu'au troifiéme
A&te le commencement de l'action
tragique, les applaudiffemens qu'on
a donnés & qui étoient dûs à plufieurs
beautés diftinguées dans cette Piéce ,
doivent encourager cet Auteur à mériter
des lauriers qu'il femble fait pour
cueilir Ha premiere fois qu'il fe repréfentera
dans la carrière .
On a remis & continué, fur le même
Théâtre, ZELMIRE , Tragédie nouvelle
de M. DU BELLOY , donnée pour la
premiere fois le Printemps dernier. Cette
Piéce eft rendue avec une chaleur admirable
par les Acteurs , & cette remife
a beaucoup de fuccès. Nous avons donné
dans deux de nos Mercures antéJANVIER.
1763. 173
rieurs , des détails très- étendus fur cette
Tragédie .
Les Comédiens François répétent une
Comédie nouvelle en trois A&tes & en
Vers , intitulée Du Puis & Defronais ,
Sujet tiré du Roman des Illuftres Françoifes.
ANECDOTE fur feu M. SARRAZIN,
ancien Acteur du Théâtre François ,
décédé à Paris le 15 Novembre dernier
, & inhumé le 16 à S. Sulpice fa
Paroiffe.
Feu M. SARRAZIN , né à Dijon , étoit
d'une très-honnête famille . Son goût
pour le Théâtre l'avoit engagé dans plufieurs
Sociétés qui en faifoient leur amufement
, qui avoient acquis affez d'art
pour faire celui de beaucoup d'Amateurs
de ce genre . La plus remarquable de ces
Sociétés , où primoit M. SARRAZIN, repréfentoit
affez fréquemment au Château
de S. Ouën , appartenant alors à
feu M. le Duc de Gêvres , qui avoit bien
voulu accorder cette permiffion. C'eſt
de cette Société , & fans avoir joué ni
dans les Provinces , ni fur aucun Théâtre
Public , que M. SARRAZIN , dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
un âge où l'on eft ordinairement trèsformé
, avoit paffé tout de fuite au Théâtre
de la Comédie Françoife . Il y débuta
le 3 Mars 1729 par le rôle d'Oedipe
, dans la Tragédie de ce nom de
P. CORNEILLE ; le fuccès de ce début
fut fi favorable , que dès le 22 du même
mois , M. SARRAZIN fut reçu pour
doubler le célébre BARON dans l'emploi
des Rois. Après la mort de ce dernier
, arrivée le 22 Décembre 1729 , M.
SARRAZIN fut confirmé dans fon emploi
, préférablement à M. BERCI , par
un ordre du mois de Janvier 1730. Il
fut gratifié de la penfion de 1000 liv. à
la mort de M. DU CHEMIN en 1756.
L'année fuivante , il fut affligé d'une extinction
de voix qui l'empêcha de remplir
fon fervice jufqu'au mois d'Avril
1759 , qu'ilife retira du Théâtre avec
le Brévet de penfion de la Comédie de
1500 liv. conformément à l'Arrêt du
Confeil du 18 Juin 57 enregistré au
Parlement. Ainfi M. SARRAZIN a resté
30 ans à la Comédie , où il a fervi avec
un fuccès très-diftingué , jufqu'à la fin
de fà carriere. Dans les premieres an
nées , on lui reprochoit quelques difgraces
dans l'action , & peu d'enfem
ble dans l'habitude du corps ; mais ces
JANVIER. 1763... 175
légers défauts étoient fi heureufement
couverts par la partie du fentiment , qui
étoit naturelle & d'un effet admirable
dans cet Acteur . On fe reffouvient encore
avec fenfibilité , des larmes qu'il a
fait verfer dans beaucoup de rôles tragiques
de fon emploi & de l'attendriffement
qu'il faifoit éprouver dans les
Peres du HAUT COMIQUE .
N. B. La Penfion du feu Sr. SARRAZIN
a été donnée au S. ARMAND , le
plus ancien des Comédiens , fervant
actuellement au Théâtre François . Le
Roi a accordé à la Demoiſelle Du-
MESNIL , une penfion particuliere de
1000 liv. affignée fur le fond des Menus
.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Le texte présente une analyse de la comédie 'Heureusement' de M. Rochon de Chabannes, jouée au Théâtre Français en janvier 1763. La pièce met en scène plusieurs personnages : M. Lisban, un mari âgé et confiant ; Mme Lisban, une jeune femme honnête mais étourdie ; Lindor, un jeune homme amoureux et glorieux ; Marton, une soubrette vive et franche ; et Pasquin, un valet. L'intrigue se déroule dans l'appartement de Mme Lisban et tourne autour des sentiments amoureux de Mme Lisban et Marton pour Lindor, qui doit partir pour l'armée. Mme Lisban, prétextant une migraine, évite une sortie avec son mari, M. Lisban, qui ignore les véritables sentiments de sa femme. Marton, remarquant l'émotion de Mme Lisban à l'annonce du départ de Lindor, la taquine. Lindor arrive en uniforme et exprime son amour pour les femmes et son enthousiasme pour sa nouvelle vie militaire. Mme Lisban et Lindor partagent un moment intime, interrompu par le retour de M. Lisban. Grâce à une série de quiproquos, M. Lisban découvre Lindor avec Marton, mais il interprète la scène de manière comique, croyant que Marton est l'objet des attentions de Lindor. La pièce se termine par un dénouement heureux où l'innocence de Mme Lisban est préservée. Le texte souligne également le succès de la pièce auprès du public et mentionne d'autres événements et représentations au Théâtre Français. Le texte relate également la carrière de l'acteur M. SARRAZIN, qui fréquenta souvent le Château de S. Ouën, propriété du Duc de Gêvres. Avant de rejoindre la Comédie-Française, M. SARRAZIN n'avait joué ni en province ni sur un théâtre public. En 1729, à un âge où l'on est généralement bien formé, il débuta à la Comédie-Française dans le rôle d'Oedipe de Corneille, le 3 mars. Son succès fut immédiat, et le 22 mars, il fut engagé pour doubler le célèbre BARON dans les rôles de rois. Après la mort du BARON en décembre 1729, M. SARRAZIN fut confirmé dans son emploi en janvier 1730, préférablement à M. BERCI. En 1756, il reçut une pension de 1000 livres à la mort de M. DU CHEMIN. L'année suivante, il souffrit d'une extinction de voix jusqu'en avril 1759, date à laquelle il quitta le théâtre avec une pension de 1500 livres, conformément à un arrêt du Conseil. M. SARRAZIN servit à la Comédie-Française pendant 30 ans, avec un succès distingué. Au début de sa carrière, on lui reprochait quelques disgrâces dans l'action et peu d'aisance corporelle, mais ces défauts étaient compensés par son talent naturel pour exprimer les sentiments. Il est notamment remembered pour les larmes qu'il faisait verser dans les rôles tragiques et l'attendrissement qu'il provoquait dans les rôles comiques. Après sa mort, sa pension fut attribuée à M. ARMAND, le plus ancien des comédiens. Le Roi accorda également une pension particulière de 1000 livres à Mademoiselle Du-MESNIL.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 102-113
EXTRAIT de la Séance publique de la Société Littéraire de CLERMONT en Auvergne, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville.
Début :
Le 25 Août 1762. M. DEVERNINES, ancien Directeur, ouvrit la séance par la lecture d'une [...]
Mots clefs :
Analyse, Poids, Anneaux, Vase, Observations, Baromètre, Mémoire, Instrument
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Séance publique de la Société Littéraire de CLERMONT en Auvergne, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville.
EXTRAIT de la Séance publique de la
Société Littéraire de CLERMONT
en Auvergne , tenue dans la Salle de
l'Hôtel-de-Ville.
Le 25 Août 1762.
M. DEVERNINES , ancien Directeur
, ouvrit la féance par la lecture d'une
Differtation fur un vafe antique , trouvé
dans la terre aux environs de Lezoux
petite Ville à quatre lieues de Clermont,
Ce vafe profond d'environ trois pouces
, fur cinq pouces de diamétre , eſt
compofé d'une terre qui approche de
la couleur rouge & très-fine ; il eft orné
de reliefs , repréfentant des perfonnages
, qui portent un linge déplié ;
plufieurs anneaux font déffinés autour
des perfonnages. On diftingue aifément
qu'ils font formés par un ferpent qui
FEVRIER. 1763. 103
mord fa queue ; l'Auteur s'attache d'a
bord à l'antiquité du vafe ; il le compare
à un de même nature dont il a
donné la defcription il y a quelques
années , & les rapporte l'un & l'autre
aux temps où les Romains établis dans
les Gaules , y porterent leurs ufages &
leurs moeurs. L'ufage de ces vafes , étoit
felon l'Auteur , de fervir à certaines libations
dans les Fêtes que célébroient
les Payens ; celui dont il eft queſtion
dans cette differtation paroît avoir rapport
par fes emblêmes aux Fêtes des Saturnales.
Les ferpents qui fe mordent
la queue font un emblême connu du
retour de l'année ; l'Auteur termine fa
differtation par des confidérations oeconomiques
, fur la matière dont eft compofé
ce vafe . Il prétend que dans la
Ville de Lezoux où on trouve une
grande quantité de pareils monumens ,
il y avoit une manufacture de poterie
de cette forte ; & il conclud qu'il feroit
très -utile d'établir dans ce même
lieu une manufacture de fayance ; il exhorte
fes Compatriotes à profiter de
cet avantage .
M. Ozy , a lu l'analyfe des eaux de
Contrexville en Lorraine ; M. Bagard,
premier Médecin du Roi de Pologne
E ix
104 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Lorraine & de Bar , a attribué
aux eaux de Contrexville , la faculté
de foulager & guérir les maladies
occafionnées par la pierre & le
calcul ; le Mémoire qu'il a lu le 10 Janvier
1760 , dans une Affemblée publique
de la Société de Nancy , contient
une obfervation fuivie & détaillée des
qualités spécifiques de ces eaux découvertes
par l'analyfe & conftatées par
l'expérience. Des qualités fi falutaires
ont engagé certaines perfonnes de cette
Province à en faire tranfporter pour
leurs ufages . On ne pouvoit pas encore
juger de l'effet de ces eaux lorf
que M. de Ballainvilliers , Intendant
d'Auvergne , dont la vigilance & la
fagacité , faififfent généralement tout
ce qui peut concourrir au bien public ,
& dont l'âme bienfaifante fouhaite avec
ardeur l'éxiftence d'un remede fi puiffant
, fi confolant & fi rare , a chargé
M. Ozy de faire l'analyſe raifonnée de
ces eaux ; il a exigé que les éxpériences.
en fuffent faites en préfence des Do-
&teurs qui compofent le College de
Médecine de cette Ville. C'eft de cette
analyfe dont M. Ozy a rapporté les
procédés & les réfultats dans cette affemblée.
FEVRIER. 1763. 105
» Je m'y fuis appliqué , dit l'Auteur
» avec toute l'attention dont je fuis
» capable; mon zéle pour foulager l'hom-
» me dans fes douleurs & pour concour-
» rir à des vues fi généreufes n'a laiffé
" rien échapper de ce que l'Auteur de
la premiere Analyfe a mis fous les
" yeux du Public. Je l'ai fuivi fcrupuleuſement
, j'ai comparé mes procédés
avec les fiens , & fi je parois con-
» tredire ou affoiblir les réfultats des
» premieres expériences , c'eſt à mon
attachement invincible pour la vérité
» qu'il faut en imputer les motifs . D'ail-
» leurs je n'entreprends pas d'augmen-
» ter ou de diminuer la réputation de ces
eaux ; je me renferme dans la partie
chymique, laiffant aux Maîtres de l'art
qui ont affifté à mes Obſervations le
» droit de décider.
Il n'eft pas poffible de fuivre l'Auteur
dans fon analyfe , il faudroit rapporter
le Mémoire en entier. On fe
borne aux points de divifion entre la
première & la feconde analyſe. M. Bagard
prétend prouver par le mêlange
de l'huile de tartre par défaillance avec
le firop violat & fon changement de
couleur en verd , l'éxiftence d'un fet
alkali volatil dans ces eaux minérales ;
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
dit
pour expliquer ce phénomène , M. Ozy
que T'alkali fixe qui a été verſé dans
ces eaux en eft la feule caufe . M. Bagard
a . paru étonné de ce qu'après
l'addition d'une certaine quantité d'alkali
fixe au mêlange de l'eau minérale
avec le firop violat , il s'eft fait un précipité
en poudre blanche. M. Ozy n'y
voit que la décompofition de la felenite
que contiennent ces eaux minérales ;
il opére le même phénomène en verfant
de l'alkali fixe ou de l'huile de
tartre par défaillance dans l'eau minérale
; il obtient un precépité blanc , qui
n'eft autre chofe que la terre feleniteufe
qui étoit unie à l'acide vitriolique , &
qui enfemble forment le fel feleniteux,
M. Bagard a cru voir des petits
criftaux de fel , après le mêlange de
l'huile de vitriol ; M. Ozy , n'y a vu
que des bulles d'air. Il prouve même
qu'il ne pouvoit y avoir aucun fel ар-
parent.
L'huile de vitriol verfée ſur le mêlange
après la diffolution de Saturne , a
préfenté aux yeux de M. Bagard des
globules blancs ; M. Ozy n'y a vu
qu'une décompofition du fel de faturne:
mais il n'y a vu aucune indication du
favon foupçonné par M. Bagard. La
FEVRIER. 1763. 107
diffolution d'argent a décélé une petite
quantité de fel marin ; le précipité jaune
d'une belle couleur de citron qui,
s'eft formé par le mêlange de la diffolution
de mercure dans l'efprit de
nitre , a donné occafion à M. Ozy ,
d'éprouver par différentes tentatives
la poffibilité de la compofition du tartre
vitriolé par l'acide nitreux . Les réſultats
ont donné l'affirmative.
M. Ozy a répété les mêmes expériences
fur une chopine des mêmes eaux ,
concentrée réduite au tiers : elles ont
toutes produit les mêmes effets . Cette
opération a été faite par le Chymiſte ,
pour rendre par la concentration les
principes que M. Bagard avoit cru voir
dans ces eaux plus fenfibles & plus
palpables. Après l'analyfe préliminaire
de ces eaux le Chymifte a éxaminé le
réfidu d'une évaporation jufqu'à ficcité
de foixante-huit livres de ces eaux , le
fédiment a été de deux onces & demie;
& après avoir fait fur ce réfidu différentes
éxpériences , il en a conclu
que ces foixante - huit livres d'eaux contenoient
environ un gros & huit grains .
de fel marin à baze terreufe , un peu
de terre calcaire & le refte de felenite .
La différence principale entre les deux
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
analyſes eft l'exiſtence d'une eſpéce de
favon que M. Bagard prétend avoir
découvert dans ces eaux , & que M.:
Ozy n'y trouve pas ; celle d'un fel acide ;
& auffi celle de l'alkali volatil minéral.
Si le fel acide eft réellement contenu
dans ces eaux , dit M. Ozy , il
en exclut néceffairement la fubftance
favoneufe pour l'alkali volatil minéral
, il eft inconnu jufqu'à préfent à
l'Académicien de Clermont. Il ne croit
pas que deux fubftances fi oppofées
l'une à l'autre , telles qu'un acide & un
alkali , puiffent librement exiſter dans
un même véhicule , fans fe détruire
mutuellement , ou plutôt fans fe combiner
enſemble. M. Ozy n'a pas découvert
de faffran de Mars dans ces
eaux. Il s'eft même convaincu par des
expériences répétées que ces eaux ne
contiennent point de fer. Il n'a point :
vu les grains blancs dont parle M. Bagard
, malgré la plus fcrupuleufe attention
qu'ily a portée . Il rend raiſon des
différens réfultats des expériences de
M. Bagard , qui ont pu l'induire en
erreur fur l'existence d'une fubftance
favoneufe & du faffran de Mars dans .
ces eaux. Il termine fon analyſe en difant
que ffii cceess eaux ont une vertu
FEVRIER. 1763 . 139
fithontriptique , il ne croit pas qu'on
puiffe l'attribuer à d'autres fubftances:
qu'à la terre calcaire qu'elle contiennent
; & pour énoncer l'expérience fuivante
, j'ai mis deux pierres tirées de la
même vefcie en éxpérience ; l'une dans
des eaux de Contrexville ; l'autre dans
de l'eau commune , chacunes fermées .
dans un bocal de verre , bouché avec
un parchemin mouillé & placé dans
la chambre chaude d'un Boulanger ; je
les
y ai laiffées pendant fix jours : après
ce temps j'ai apperçu dans chaque bocal
un commencement de décompofi- :
tion de la pierre indiquée , par des flocons
blancs qui fe précipitoient au fond :
du vaſe. J'ai retiré les pierres & les ai
pefé ; la pierre qui a féjourné dans
l'eau de Contrexville , du poids d'un
gros & quinze grains , s'eft trouvée
réduite à un gros & dix grains.
Celle qui a féjourné dans l'eau.commune
, de trois gros & quinze grains ,
s'eft trouvée réduite à trois gros & un
grain. Il réfulte de cette éxpérience que
la pierre qui a féjourné dans les eaux
minérales a perdu un feizième de plus
à-peu-près que celle qui a féjourné
dans l'eau commune.
La Séance a été terminée par un
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire de M. de Feligonde , Secré
taire de la Société , fur les variations
fingulières des Baromêtres .
L'Auteur de ce Mémoire annonce
que par une fuite d'obfervations journalières
fur le Baromêtre , il s'eft apperçu
du peu de folidité des prédictions
météorologiques de cet inftrument
que dans le cours des années 1761 &,
1762 , & notamment lors de la levée
des foins , temps où le nombre des Obfervateurs
eft très-grand , les confultans
ont été trompés plufieurs fois . Ils
fe font plaints avec amertume de l'infidélité
de leur guide ; mais avoient - ils
raifon ? & cet inftrument , pour rem- ,
plir fon véritable objet , doit-il être infaillible
dans les applications multipliées
qu'on veut faire de fes facultés ? Ce .
font ces confidérations qui ont engagé
l'Auteur à traiter premierement de l'ap- .
plication qu'on doit faire des effets du
Baromêtre ; deuxièmement , des caufes :
qui dans certaines circonftances déran- :
gent la marche de cet inftrument.
Les premiers objets qui fixerent les
vues des Phyficiens dans la gradation
des Baromêtres , font compris dans le
Mémoire au nombre de trois.
De terminer la hauteur de l'athmofFEVRIER.
1763. ITE
phère par le poids de la colonne d'air ;
eftimer les hauteurs des montagnes &
des différens points de la terre ; annoncer
les changemens de temps , les féchereffes
, les pluyes , les vents & les
tempêtes .
L'Auteur rapporte les
expériences,
faites par les Phyficiens les plus célébres
, plufieurs obfervations inférées
dans les Mémoires de différentes Académies
, & fes propres obfervations :
defquelles il réfulte premierement , que
l'ufage du Baromêtre n'a pas également
réuffi dans tous les climats pour déterminer
le poids de l'athmosphère , ou la
hauteur de la colonne d'air.
Deuxièmement , que les méthodes
inventées pour déterminer, par le moyen
des Baromêtres , la hauteur de différens
points du globe , font encore bien imparfaites
, & quelquefois fautives par
les circonftances.
Troifiémement , que les pronostics
des vents & de la pluye , des orages ,
& c. t: ouvent dans l'expérience journa
lière des
contradictions fatales au fyftême
.
Cette fuite
d'obfervations paroît
ébranler un peu les prédictions météorologiques
des Baromêtres. L'Auteur
112 MERCURE DE FRANCE.
n'en tire cependant pas la conféquence ,"
& avant d'ouvrir fon fentiment , il paffe
à la feconde partie.
Le poids de la colonne d'air comme
caufe principale , les altérations de ce
fluide , comme cauſe accidentelle , concourent
à élever le mercure dans le tube
renverfé.
L'Auteur découvre dans les différentes
hauteurs de la colonne la denfité
des couches & l'élafticité des molécules
d'air qui la compofent ; la fource
& l'origine de toutes les variations qui
fe manifeftent dans les expériences. Il
en fait l'application aux contrariétés que
préfentent celles qu'il a rapportées dans
la première partie.
Il explique par les effets des vents
contraires , des vapeurs de différentes
natures , des fels volatils , des paffages
précipités du froid au chaud , des chaleurs
exceffives , des froids immodérés
les contremarches par lefquelles la liqueur
contenue dans le Baromêtre induit
les confultans en erreur.
D'où il conclut qu'on ne doit regarder
comme véritable objet du Baromêtre
, que la détermination du poids abfolu
de la colonne d'ajrqui le domine ;
mais que ce poids étant l'effet d'une multitude
de puiffances fujettes à des variaFEVRIER.
1763. 113
,
tions continuelles , on ne doit pas regarder
cet inftrument comme infaillible
foit dans la connoiffance de la hauteur
de l'athmosphère , foit dans les mesures
des différentes élévations , foit dans les
prédictions météorologiques .
On ne doit cependant pas abandonner
l'ufage de cet inftrument , 1 °. parce qu'il
remplit conftamment fon premier objet;
2º. parce que fes obfervations ont répandu
dans la phyfique de grandes
lumières , & qu'on a lieu d'en attendre
des découvertes intéreffantes , fi on continue
à l'obferver avec éxactitude & à
le réformer avec précaution .
Société Littéraire de CLERMONT
en Auvergne , tenue dans la Salle de
l'Hôtel-de-Ville.
Le 25 Août 1762.
M. DEVERNINES , ancien Directeur
, ouvrit la féance par la lecture d'une
Differtation fur un vafe antique , trouvé
dans la terre aux environs de Lezoux
petite Ville à quatre lieues de Clermont,
Ce vafe profond d'environ trois pouces
, fur cinq pouces de diamétre , eſt
compofé d'une terre qui approche de
la couleur rouge & très-fine ; il eft orné
de reliefs , repréfentant des perfonnages
, qui portent un linge déplié ;
plufieurs anneaux font déffinés autour
des perfonnages. On diftingue aifément
qu'ils font formés par un ferpent qui
FEVRIER. 1763. 103
mord fa queue ; l'Auteur s'attache d'a
bord à l'antiquité du vafe ; il le compare
à un de même nature dont il a
donné la defcription il y a quelques
années , & les rapporte l'un & l'autre
aux temps où les Romains établis dans
les Gaules , y porterent leurs ufages &
leurs moeurs. L'ufage de ces vafes , étoit
felon l'Auteur , de fervir à certaines libations
dans les Fêtes que célébroient
les Payens ; celui dont il eft queſtion
dans cette differtation paroît avoir rapport
par fes emblêmes aux Fêtes des Saturnales.
Les ferpents qui fe mordent
la queue font un emblême connu du
retour de l'année ; l'Auteur termine fa
differtation par des confidérations oeconomiques
, fur la matière dont eft compofé
ce vafe . Il prétend que dans la
Ville de Lezoux où on trouve une
grande quantité de pareils monumens ,
il y avoit une manufacture de poterie
de cette forte ; & il conclud qu'il feroit
très -utile d'établir dans ce même
lieu une manufacture de fayance ; il exhorte
fes Compatriotes à profiter de
cet avantage .
M. Ozy , a lu l'analyfe des eaux de
Contrexville en Lorraine ; M. Bagard,
premier Médecin du Roi de Pologne
E ix
104 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Lorraine & de Bar , a attribué
aux eaux de Contrexville , la faculté
de foulager & guérir les maladies
occafionnées par la pierre & le
calcul ; le Mémoire qu'il a lu le 10 Janvier
1760 , dans une Affemblée publique
de la Société de Nancy , contient
une obfervation fuivie & détaillée des
qualités spécifiques de ces eaux découvertes
par l'analyfe & conftatées par
l'expérience. Des qualités fi falutaires
ont engagé certaines perfonnes de cette
Province à en faire tranfporter pour
leurs ufages . On ne pouvoit pas encore
juger de l'effet de ces eaux lorf
que M. de Ballainvilliers , Intendant
d'Auvergne , dont la vigilance & la
fagacité , faififfent généralement tout
ce qui peut concourrir au bien public ,
& dont l'âme bienfaifante fouhaite avec
ardeur l'éxiftence d'un remede fi puiffant
, fi confolant & fi rare , a chargé
M. Ozy de faire l'analyſe raifonnée de
ces eaux ; il a exigé que les éxpériences.
en fuffent faites en préfence des Do-
&teurs qui compofent le College de
Médecine de cette Ville. C'eft de cette
analyfe dont M. Ozy a rapporté les
procédés & les réfultats dans cette affemblée.
FEVRIER. 1763. 105
» Je m'y fuis appliqué , dit l'Auteur
» avec toute l'attention dont je fuis
» capable; mon zéle pour foulager l'hom-
» me dans fes douleurs & pour concour-
» rir à des vues fi généreufes n'a laiffé
" rien échapper de ce que l'Auteur de
la premiere Analyfe a mis fous les
" yeux du Public. Je l'ai fuivi fcrupuleuſement
, j'ai comparé mes procédés
avec les fiens , & fi je parois con-
» tredire ou affoiblir les réfultats des
» premieres expériences , c'eſt à mon
attachement invincible pour la vérité
» qu'il faut en imputer les motifs . D'ail-
» leurs je n'entreprends pas d'augmen-
» ter ou de diminuer la réputation de ces
eaux ; je me renferme dans la partie
chymique, laiffant aux Maîtres de l'art
qui ont affifté à mes Obſervations le
» droit de décider.
Il n'eft pas poffible de fuivre l'Auteur
dans fon analyfe , il faudroit rapporter
le Mémoire en entier. On fe
borne aux points de divifion entre la
première & la feconde analyſe. M. Bagard
prétend prouver par le mêlange
de l'huile de tartre par défaillance avec
le firop violat & fon changement de
couleur en verd , l'éxiftence d'un fet
alkali volatil dans ces eaux minérales ;
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
dit
pour expliquer ce phénomène , M. Ozy
que T'alkali fixe qui a été verſé dans
ces eaux en eft la feule caufe . M. Bagard
a . paru étonné de ce qu'après
l'addition d'une certaine quantité d'alkali
fixe au mêlange de l'eau minérale
avec le firop violat , il s'eft fait un précipité
en poudre blanche. M. Ozy n'y
voit que la décompofition de la felenite
que contiennent ces eaux minérales ;
il opére le même phénomène en verfant
de l'alkali fixe ou de l'huile de
tartre par défaillance dans l'eau minérale
; il obtient un precépité blanc , qui
n'eft autre chofe que la terre feleniteufe
qui étoit unie à l'acide vitriolique , &
qui enfemble forment le fel feleniteux,
M. Bagard a cru voir des petits
criftaux de fel , après le mêlange de
l'huile de vitriol ; M. Ozy , n'y a vu
que des bulles d'air. Il prouve même
qu'il ne pouvoit y avoir aucun fel ар-
parent.
L'huile de vitriol verfée ſur le mêlange
après la diffolution de Saturne , a
préfenté aux yeux de M. Bagard des
globules blancs ; M. Ozy n'y a vu
qu'une décompofition du fel de faturne:
mais il n'y a vu aucune indication du
favon foupçonné par M. Bagard. La
FEVRIER. 1763. 107
diffolution d'argent a décélé une petite
quantité de fel marin ; le précipité jaune
d'une belle couleur de citron qui,
s'eft formé par le mêlange de la diffolution
de mercure dans l'efprit de
nitre , a donné occafion à M. Ozy ,
d'éprouver par différentes tentatives
la poffibilité de la compofition du tartre
vitriolé par l'acide nitreux . Les réſultats
ont donné l'affirmative.
M. Ozy a répété les mêmes expériences
fur une chopine des mêmes eaux ,
concentrée réduite au tiers : elles ont
toutes produit les mêmes effets . Cette
opération a été faite par le Chymiſte ,
pour rendre par la concentration les
principes que M. Bagard avoit cru voir
dans ces eaux plus fenfibles & plus
palpables. Après l'analyfe préliminaire
de ces eaux le Chymifte a éxaminé le
réfidu d'une évaporation jufqu'à ficcité
de foixante-huit livres de ces eaux , le
fédiment a été de deux onces & demie;
& après avoir fait fur ce réfidu différentes
éxpériences , il en a conclu
que ces foixante - huit livres d'eaux contenoient
environ un gros & huit grains .
de fel marin à baze terreufe , un peu
de terre calcaire & le refte de felenite .
La différence principale entre les deux
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
analyſes eft l'exiſtence d'une eſpéce de
favon que M. Bagard prétend avoir
découvert dans ces eaux , & que M.:
Ozy n'y trouve pas ; celle d'un fel acide ;
& auffi celle de l'alkali volatil minéral.
Si le fel acide eft réellement contenu
dans ces eaux , dit M. Ozy , il
en exclut néceffairement la fubftance
favoneufe pour l'alkali volatil minéral
, il eft inconnu jufqu'à préfent à
l'Académicien de Clermont. Il ne croit
pas que deux fubftances fi oppofées
l'une à l'autre , telles qu'un acide & un
alkali , puiffent librement exiſter dans
un même véhicule , fans fe détruire
mutuellement , ou plutôt fans fe combiner
enſemble. M. Ozy n'a pas découvert
de faffran de Mars dans ces
eaux. Il s'eft même convaincu par des
expériences répétées que ces eaux ne
contiennent point de fer. Il n'a point :
vu les grains blancs dont parle M. Bagard
, malgré la plus fcrupuleufe attention
qu'ily a portée . Il rend raiſon des
différens réfultats des expériences de
M. Bagard , qui ont pu l'induire en
erreur fur l'existence d'une fubftance
favoneufe & du faffran de Mars dans .
ces eaux. Il termine fon analyſe en difant
que ffii cceess eaux ont une vertu
FEVRIER. 1763 . 139
fithontriptique , il ne croit pas qu'on
puiffe l'attribuer à d'autres fubftances:
qu'à la terre calcaire qu'elle contiennent
; & pour énoncer l'expérience fuivante
, j'ai mis deux pierres tirées de la
même vefcie en éxpérience ; l'une dans
des eaux de Contrexville ; l'autre dans
de l'eau commune , chacunes fermées .
dans un bocal de verre , bouché avec
un parchemin mouillé & placé dans
la chambre chaude d'un Boulanger ; je
les
y ai laiffées pendant fix jours : après
ce temps j'ai apperçu dans chaque bocal
un commencement de décompofi- :
tion de la pierre indiquée , par des flocons
blancs qui fe précipitoient au fond :
du vaſe. J'ai retiré les pierres & les ai
pefé ; la pierre qui a féjourné dans
l'eau de Contrexville , du poids d'un
gros & quinze grains , s'eft trouvée
réduite à un gros & dix grains.
Celle qui a féjourné dans l'eau.commune
, de trois gros & quinze grains ,
s'eft trouvée réduite à trois gros & un
grain. Il réfulte de cette éxpérience que
la pierre qui a féjourné dans les eaux
minérales a perdu un feizième de plus
à-peu-près que celle qui a féjourné
dans l'eau commune.
La Séance a été terminée par un
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire de M. de Feligonde , Secré
taire de la Société , fur les variations
fingulières des Baromêtres .
L'Auteur de ce Mémoire annonce
que par une fuite d'obfervations journalières
fur le Baromêtre , il s'eft apperçu
du peu de folidité des prédictions
météorologiques de cet inftrument
que dans le cours des années 1761 &,
1762 , & notamment lors de la levée
des foins , temps où le nombre des Obfervateurs
eft très-grand , les confultans
ont été trompés plufieurs fois . Ils
fe font plaints avec amertume de l'infidélité
de leur guide ; mais avoient - ils
raifon ? & cet inftrument , pour rem- ,
plir fon véritable objet , doit-il être infaillible
dans les applications multipliées
qu'on veut faire de fes facultés ? Ce .
font ces confidérations qui ont engagé
l'Auteur à traiter premierement de l'ap- .
plication qu'on doit faire des effets du
Baromêtre ; deuxièmement , des caufes :
qui dans certaines circonftances déran- :
gent la marche de cet inftrument.
Les premiers objets qui fixerent les
vues des Phyficiens dans la gradation
des Baromêtres , font compris dans le
Mémoire au nombre de trois.
De terminer la hauteur de l'athmofFEVRIER.
1763. ITE
phère par le poids de la colonne d'air ;
eftimer les hauteurs des montagnes &
des différens points de la terre ; annoncer
les changemens de temps , les féchereffes
, les pluyes , les vents & les
tempêtes .
L'Auteur rapporte les
expériences,
faites par les Phyficiens les plus célébres
, plufieurs obfervations inférées
dans les Mémoires de différentes Académies
, & fes propres obfervations :
defquelles il réfulte premierement , que
l'ufage du Baromêtre n'a pas également
réuffi dans tous les climats pour déterminer
le poids de l'athmosphère , ou la
hauteur de la colonne d'air.
Deuxièmement , que les méthodes
inventées pour déterminer, par le moyen
des Baromêtres , la hauteur de différens
points du globe , font encore bien imparfaites
, & quelquefois fautives par
les circonftances.
Troifiémement , que les pronostics
des vents & de la pluye , des orages ,
& c. t: ouvent dans l'expérience journa
lière des
contradictions fatales au fyftême
.
Cette fuite
d'obfervations paroît
ébranler un peu les prédictions météorologiques
des Baromêtres. L'Auteur
112 MERCURE DE FRANCE.
n'en tire cependant pas la conféquence ,"
& avant d'ouvrir fon fentiment , il paffe
à la feconde partie.
Le poids de la colonne d'air comme
caufe principale , les altérations de ce
fluide , comme cauſe accidentelle , concourent
à élever le mercure dans le tube
renverfé.
L'Auteur découvre dans les différentes
hauteurs de la colonne la denfité
des couches & l'élafticité des molécules
d'air qui la compofent ; la fource
& l'origine de toutes les variations qui
fe manifeftent dans les expériences. Il
en fait l'application aux contrariétés que
préfentent celles qu'il a rapportées dans
la première partie.
Il explique par les effets des vents
contraires , des vapeurs de différentes
natures , des fels volatils , des paffages
précipités du froid au chaud , des chaleurs
exceffives , des froids immodérés
les contremarches par lefquelles la liqueur
contenue dans le Baromêtre induit
les confultans en erreur.
D'où il conclut qu'on ne doit regarder
comme véritable objet du Baromêtre
, que la détermination du poids abfolu
de la colonne d'ajrqui le domine ;
mais que ce poids étant l'effet d'une multitude
de puiffances fujettes à des variaFEVRIER.
1763. 113
,
tions continuelles , on ne doit pas regarder
cet inftrument comme infaillible
foit dans la connoiffance de la hauteur
de l'athmosphère , foit dans les mesures
des différentes élévations , foit dans les
prédictions météorologiques .
On ne doit cependant pas abandonner
l'ufage de cet inftrument , 1 °. parce qu'il
remplit conftamment fon premier objet;
2º. parce que fes obfervations ont répandu
dans la phyfique de grandes
lumières , & qu'on a lieu d'en attendre
des découvertes intéreffantes , fi on continue
à l'obferver avec éxactitude & à
le réformer avec précaution .
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Résumé : EXTRAIT de la Séance publique de la Société Littéraire de CLERMONT en Auvergne, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville.
Lors de la séance publique de la Société Littéraire de Clermont, tenue le 25 août 1762, plusieurs sujets furent abordés. M. Devernines présenta une dissertation sur un vase antique découvert près de Lezoux. Ce vase, mesurant trois pouces de profondeur et cinq pouces de diamètre, est fabriqué en terre fine de couleur rouge et orné de reliefs représentant des personnages drapés entourés d'anneaux formés par un serpent se mordant la queue. Devernines attribua ce vase à l'époque romaine, suggérant qu'il servait à des libations lors des fêtes païennes, notamment les Saturnales, et que les serpents symbolisaient le retour de l'année. Il proposa également de réactiver la manufacture de poterie à Lezoux pour produire de la faïence. M. Ozy présenta ensuite une analyse des eaux de Contrexville en Lorraine, attribuant à ces eaux des propriétés curatives contre les maladies liées à la pierre et au calcul. Cette analyse, commandée par M. de Ballainvilliers, Intendant d'Auvergne, visait à vérifier les observations de M. Bagard, premier médecin du Roi de Pologne. Ozy souligna des divergences dans les résultats des analyses, notamment sur la présence d'un sel alcalin volatil et d'un sel acide. Il conclut que les eaux de Contrexville ont une vertu lithontriptique due à la terre calcaire qu'elles contiennent. Enfin, M. de Feligonde présenta un mémoire sur les variations singulières des baromètres. Il discuta de l'inconstance des prédictions météorologiques des baromètres, attribuant ces erreurs à diverses causes comme les vents contraires, les vapeurs et les variations de température. Feligonde recommanda de continuer à utiliser cet instrument pour ses apports en physique, malgré ses limitations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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