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1
p. 130-147
Traduction de la Lettre du Roy de Siam au Pape. [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Tachard ouvrit la boëte, & en ayant tiré la [...]
Mots clefs :
Sa Sainteté, Père Tachard, Roi de Siam, Présents, Mandarins, Siam, Pape, Lettre, Présent, Ministre, Audience, Cardinaux, Rome, Gardes, Genoux, Tonkinois, Orient, Chrétiens, Église
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texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre du Roy de Siam au Pape. [titre d'après la table]
de Siatn, illa
presentaauPape,qui la reccut
avec une assez grande marque
de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font les
qualitez de ce Prince, sans
pourtant que l'on y puisse
donner aucune explication.
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Au tres-Saint Pere Inno
cent XI.
Cette Lettre a esté trad uite
littéralement , & contenoit
ce qui fuit. DEs nostre avnement à
cette Couronne, le premier
foin que noUl eusmes, jnt
de connoistre les plus grands
Princes de l'Europe, & d'entretenir
avec eux de mutuelles
correspondances
,
afin d'en tiret
la connoissance & les lumieres
necessaires à nostre conduite.
Vostre Saintetéprevint ~& remplit
nos defin parsonBrefPontifical,
qui nousfutpresentepar
DomfranciscoPallud
,
Brefque
d'Heliopolis
) avec un present
digne del'augustepersonne
qui nous l'envoyoit
, que nous
reçûmes aussi avec une joye
touteparticuliere de nostre coeur„
Nous envoyamee quelque-temps
aprés nos Ambassadeurs pour al~
lersalüer Vostre Sainteté, luy
porter nostre Lettre Royale avec
quelques presens, dr établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une feüille d'or bien
polie; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle
, nous nous trouvons
obliei, de renvoyer le Pere
Tachard yjefuite
, en qualité de
nostre Envoyé Extraordinaire
auprés de Vostre Sainteté, pour
établir entre Elle Nous cette
bonnecorrespondance que nos
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager
, (jp
\n-ow rapporter incessamment des
nouvelles de l'heureusesanté de
VostreSainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'asseurer de nostre
part n que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres, ~& à tous les ChreBiens,
soit qu'ils soient nos Sujets 3ou
qu'ils demeurent dans nos Etats,
ou mesme qu'ils resident en quelque
autre Pays que ce soit de
cet Orient, les secourant conformement
à leurs besoins quand
ilsnousferontsçavoir leurs necrjJite"{
, ou qu'ils en feront
naistre l'occasion. Ainsi Vostre
Sainteté beut estre en repos de
ce cofîé~li ,puis que nous vou~
tons bien nous charger de ces
soins.Cemesme Pere Tachard
aura l[''hhoonnnneeuurr df'oinrmorwecrrVVoojsltrree
Saintetédes autres moyens qui
conviennent à cette finselon les
ordres que nous luy en avons donnez.
Nous la prions de donner
à ce Religieux une entiere
creance sur ce qu'il luy representera.
~& de recevoir les presens
qu'illuy portera, comme des
gages de nostre sincere amitié,
laquelle durera jusques à PiFter,
nité. Dieu, Createur de toutes
choses, conserve Vostre Sainteté
pour la défense de son Eglise
,
en sorte qu'Elle ptiijje voircette
mesme Eglise augmenter 3&Je
répandre avec une heureusefertilité
dans toutes lesparties de
l'Univers. C'estleveritable desir
de celuy qui efl, j Tres-SaintPere, '* DeVOSTRESAINTETE,
Le tres-cher ~& bon Amy.
- Au bas de cette Lettre il y
avoit à costé pour toute (Signature,
Phaul Kon. C'estun
des noms de Mr Confiance,
qui signe les Lettres du Roy,
comme font icy les Secrétaires
d'Estat. Aprés qu'elle eut
esté donnée à Sa Sainteté, les
Mandarins se leverent
, &
allerent tous trois à reculons
prendre les Presens. Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or, qui estoit celuy
du Roy,& setint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains. Les deux autres
prirent le Present de Mr
Constance,Ministre de Sa
Majesté Siamoise
,
& chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard
,
qui les presenta à
Sa Sainteté; ilsfirent
leurs
soumissions,& demeurerent
en fuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura prés
d'unecheure. Le..,:PJpe fitplusieurs
questions à ce Pere sur
l'estat du Royaume de Siam,
& témoigna estre fort touché
de la bonté du Roy, & du
zele de son Ministre pour la
Propagation dela Foy , aprés
quoy ayant o-Ré son Etolle,
il se retira pour considerer à
loisir les Prefcns qu'il venoit
derecevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avec les Cardinaux qui
lesentretinrent assez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir. Mr le Cardinal
Cibo
>
premier Ministre de
Sa Sainteté. On lesremena à
leur logis avec les mesmes
ceremonies. Le 24. sur les six
heures du [air) on les mena
voir une Feste qu'on faisoit
aux Cardinaux ,dont seize
assisterent à une Musique
qu'on leur fit entendre. Ils
virent eusuiteunetabletoute
couverte de Triomphes faits
de sucre, c'est à dire des
Chars
,
des Vaisseaux,des
Animaux, & autres Figures.
Onenvoye cela à tous les
Cardinaux 4, aprés qu'ils ont
fait là une legere collation
que le premier MiirfiVrcJeu:
donne. Lejourde Noël )Üs
visiterentles plus belles Eglises
de Rome
,
& le 27. les
Tonquinois curent audience.
On y observa les mesmes
choses qu'à celle des Mandadarins.
lls trouverent le Pape
seul , & aprés que le Pcrc
Tachard eut fait sa Harangue,
ils allerent l'un après l'autre
bâiser les pieds de Sa Sainteté.
Les autres jours furent employez
à voir le Vatican
, &
les Palais des Princes, qui
sont magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5. de Janvier ils
allerent tous ensemble prendre
congé de Sa Sainteté. On
les y conduisit dans trois Carrosses
, & on leur fit les mesjnes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois. Le
Pape estoitseul dans saChambre.
Les Mandarins
,
aprés y
avoir demeuré, une demyheure
à genoux, lassez de
cette posture,commencerent
à se mettre sur les coudes,
& Sa Sainteté, qui en voulut
çavoirla raison ,l'ayant apprise
du Pere Tachard
,
les
congedia en leur donnant à
chacunsixMédaillésde son
:Portrait, trois dorôc-trois
d'argent. Ensuite on fit approcher
les Tonquinois,ausquels
Elle donna sa benediction
avec un Chapelet &
une Médaille d'or à chacun.
Le28. ils allerent visiter les
[cpr Eglises dans un Carrosse
à six chevaux de Mr le Cardinal
d'Estrées
,
& à leur retour
ils trouverent plusieurs
gran des cassettes
, couverte
de brocard àfleurs or & argent
,
garnies de galons, too
Ães remplies de consitures
deux autres plus petires de
boisd'ébene,ornées de Fleux
rapportées de pluficurs couleurs,
pleines d'essence ; un
autre petit coffre où estoit le
Corps de Saint Modeste, avec
quantité d'autres Reliques;
une cassette remplied' .Dei, & un coffret de cristal
>où il n'y avoir que des Cordiaux.
C'estoit le present du
Pape au Pere Tachard. Sa
Sainteté luy donna aussi son
Portraitenrichy de Pierreries,
& une Lunette de vingt pieds
pour porter au Roy de Siam.
Elle y ajoûta un Chapelet de
Lapisgarny d'or
, avec une
Medaille pour MtConstance,
la mesmechose pourMadame
Confiance sa Femme,& quantité
d'Indulgences. Le 7. Janvier
les Mandarins & IesToll-"
quinois partirent de Rome
dansdcs Caleches pour se rendre
à Cività-Vecchia où deux
Vaisseaux Maloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
parrit que le 9. &le jour prrocedent,
lIntendant de la Mai,
son duPape luy apporta le
Brdfde Sa Sainte té, qui estois
Ittr.idu parchemin dans un
boëte d'or quarrée, avec sed
Armes dessus & son nom deE
sous. Ils s'embarqueient
it **0
CivitàCività
Vecchia,aprés y avoir.
:eceu de grands honneurs,
& trouverent dans leurs Vaifiaùx
toutes sortes de prosisionsqu'on
y avoit apport
éesde la partdu Pape.
Lors qu'ils furent de reour
,
ils eurent audience de
SaMajesté,nel'ayant paseuë
vant leur départ de Paris
pour Rome,parce que le Roy
stoità Fontainebleau , ôJ
Monseigneur le Dauphin en
Allemagne. Comme le Roy
de Siam souhaiteavoir une
Compagnie de François pour
Gardes duCorps,on en a levé
cent icy, & ils feront conW
mandez par Mr d'Eragny
,
que Sa Majesté a nommé,&
qui a esié autrefoisCapitaine
au Regiment des. Gardes. Ils,
sontvestus de rougeavec un.
gros galon d'or, & bien armez.
Le Royde Siam leur
fournirades chevaux qu'il
entretiendra, en sorte que:
sans en avoir aucun soin, ilse
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval. Ces cen
Gardes font partis avec Ice
Envoyez, & plusieurs Vais
seaux de la Compagnie,qui
oeft fort satisfaite de son comanerce
»s'en retournent avec
'eux. Monsieur,quiavoitreceu
quantité de presens du
RoydeSiam,en a renvoyé
de fort beaux) & en grand
:nombre.
presentaauPape,qui la reccut
avec une assez grande marque
de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font les
qualitez de ce Prince, sans
pourtant que l'on y puisse
donner aucune explication.
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Au tres-Saint Pere Inno
cent XI.
Cette Lettre a esté trad uite
littéralement , & contenoit
ce qui fuit. DEs nostre avnement à
cette Couronne, le premier
foin que noUl eusmes, jnt
de connoistre les plus grands
Princes de l'Europe, & d'entretenir
avec eux de mutuelles
correspondances
,
afin d'en tiret
la connoissance & les lumieres
necessaires à nostre conduite.
Vostre Saintetéprevint ~& remplit
nos defin parsonBrefPontifical,
qui nousfutpresentepar
DomfranciscoPallud
,
Brefque
d'Heliopolis
) avec un present
digne del'augustepersonne
qui nous l'envoyoit
, que nous
reçûmes aussi avec une joye
touteparticuliere de nostre coeur„
Nous envoyamee quelque-temps
aprés nos Ambassadeurs pour al~
lersalüer Vostre Sainteté, luy
porter nostre Lettre Royale avec
quelques presens, dr établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une feüille d'or bien
polie; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle
, nous nous trouvons
obliei, de renvoyer le Pere
Tachard yjefuite
, en qualité de
nostre Envoyé Extraordinaire
auprés de Vostre Sainteté, pour
établir entre Elle Nous cette
bonnecorrespondance que nos
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager
, (jp
\n-ow rapporter incessamment des
nouvelles de l'heureusesanté de
VostreSainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'asseurer de nostre
part n que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres, ~& à tous les ChreBiens,
soit qu'ils soient nos Sujets 3ou
qu'ils demeurent dans nos Etats,
ou mesme qu'ils resident en quelque
autre Pays que ce soit de
cet Orient, les secourant conformement
à leurs besoins quand
ilsnousferontsçavoir leurs necrjJite"{
, ou qu'ils en feront
naistre l'occasion. Ainsi Vostre
Sainteté beut estre en repos de
ce cofîé~li ,puis que nous vou~
tons bien nous charger de ces
soins.Cemesme Pere Tachard
aura l[''hhoonnnneeuurr df'oinrmorwecrrVVoojsltrree
Saintetédes autres moyens qui
conviennent à cette finselon les
ordres que nous luy en avons donnez.
Nous la prions de donner
à ce Religieux une entiere
creance sur ce qu'il luy representera.
~& de recevoir les presens
qu'illuy portera, comme des
gages de nostre sincere amitié,
laquelle durera jusques à PiFter,
nité. Dieu, Createur de toutes
choses, conserve Vostre Sainteté
pour la défense de son Eglise
,
en sorte qu'Elle ptiijje voircette
mesme Eglise augmenter 3&Je
répandre avec une heureusefertilité
dans toutes lesparties de
l'Univers. C'estleveritable desir
de celuy qui efl, j Tres-SaintPere, '* DeVOSTRESAINTETE,
Le tres-cher ~& bon Amy.
- Au bas de cette Lettre il y
avoit à costé pour toute (Signature,
Phaul Kon. C'estun
des noms de Mr Confiance,
qui signe les Lettres du Roy,
comme font icy les Secrétaires
d'Estat. Aprés qu'elle eut
esté donnée à Sa Sainteté, les
Mandarins se leverent
, &
allerent tous trois à reculons
prendre les Presens. Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or, qui estoit celuy
du Roy,& setint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains. Les deux autres
prirent le Present de Mr
Constance,Ministre de Sa
Majesté Siamoise
,
& chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard
,
qui les presenta à
Sa Sainteté; ilsfirent
leurs
soumissions,& demeurerent
en fuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura prés
d'unecheure. Le..,:PJpe fitplusieurs
questions à ce Pere sur
l'estat du Royaume de Siam,
& témoigna estre fort touché
de la bonté du Roy, & du
zele de son Ministre pour la
Propagation dela Foy , aprés
quoy ayant o-Ré son Etolle,
il se retira pour considerer à
loisir les Prefcns qu'il venoit
derecevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avec les Cardinaux qui
lesentretinrent assez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir. Mr le Cardinal
Cibo
>
premier Ministre de
Sa Sainteté. On lesremena à
leur logis avec les mesmes
ceremonies. Le 24. sur les six
heures du [air) on les mena
voir une Feste qu'on faisoit
aux Cardinaux ,dont seize
assisterent à une Musique
qu'on leur fit entendre. Ils
virent eusuiteunetabletoute
couverte de Triomphes faits
de sucre, c'est à dire des
Chars
,
des Vaisseaux,des
Animaux, & autres Figures.
Onenvoye cela à tous les
Cardinaux 4, aprés qu'ils ont
fait là une legere collation
que le premier MiirfiVrcJeu:
donne. Lejourde Noël )Üs
visiterentles plus belles Eglises
de Rome
,
& le 27. les
Tonquinois curent audience.
On y observa les mesmes
choses qu'à celle des Mandadarins.
lls trouverent le Pape
seul , & aprés que le Pcrc
Tachard eut fait sa Harangue,
ils allerent l'un après l'autre
bâiser les pieds de Sa Sainteté.
Les autres jours furent employez
à voir le Vatican
, &
les Palais des Princes, qui
sont magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5. de Janvier ils
allerent tous ensemble prendre
congé de Sa Sainteté. On
les y conduisit dans trois Carrosses
, & on leur fit les mesjnes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois. Le
Pape estoitseul dans saChambre.
Les Mandarins
,
aprés y
avoir demeuré, une demyheure
à genoux, lassez de
cette posture,commencerent
à se mettre sur les coudes,
& Sa Sainteté, qui en voulut
çavoirla raison ,l'ayant apprise
du Pere Tachard
,
les
congedia en leur donnant à
chacunsixMédaillésde son
:Portrait, trois dorôc-trois
d'argent. Ensuite on fit approcher
les Tonquinois,ausquels
Elle donna sa benediction
avec un Chapelet &
une Médaille d'or à chacun.
Le28. ils allerent visiter les
[cpr Eglises dans un Carrosse
à six chevaux de Mr le Cardinal
d'Estrées
,
& à leur retour
ils trouverent plusieurs
gran des cassettes
, couverte
de brocard àfleurs or & argent
,
garnies de galons, too
Ães remplies de consitures
deux autres plus petires de
boisd'ébene,ornées de Fleux
rapportées de pluficurs couleurs,
pleines d'essence ; un
autre petit coffre où estoit le
Corps de Saint Modeste, avec
quantité d'autres Reliques;
une cassette remplied' .Dei, & un coffret de cristal
>où il n'y avoir que des Cordiaux.
C'estoit le present du
Pape au Pere Tachard. Sa
Sainteté luy donna aussi son
Portraitenrichy de Pierreries,
& une Lunette de vingt pieds
pour porter au Roy de Siam.
Elle y ajoûta un Chapelet de
Lapisgarny d'or
, avec une
Medaille pour MtConstance,
la mesmechose pourMadame
Confiance sa Femme,& quantité
d'Indulgences. Le 7. Janvier
les Mandarins & IesToll-"
quinois partirent de Rome
dansdcs Caleches pour se rendre
à Cività-Vecchia où deux
Vaisseaux Maloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
parrit que le 9. &le jour prrocedent,
lIntendant de la Mai,
son duPape luy apporta le
Brdfde Sa Sainte té, qui estois
Ittr.idu parchemin dans un
boëte d'or quarrée, avec sed
Armes dessus & son nom deE
sous. Ils s'embarqueient
it **0
CivitàCività
Vecchia,aprés y avoir.
:eceu de grands honneurs,
& trouverent dans leurs Vaifiaùx
toutes sortes de prosisionsqu'on
y avoit apport
éesde la partdu Pape.
Lors qu'ils furent de reour
,
ils eurent audience de
SaMajesté,nel'ayant paseuë
vant leur départ de Paris
pour Rome,parce que le Roy
stoità Fontainebleau , ôJ
Monseigneur le Dauphin en
Allemagne. Comme le Roy
de Siam souhaiteavoir une
Compagnie de François pour
Gardes duCorps,on en a levé
cent icy, & ils feront conW
mandez par Mr d'Eragny
,
que Sa Majesté a nommé,&
qui a esié autrefoisCapitaine
au Regiment des. Gardes. Ils,
sontvestus de rougeavec un.
gros galon d'or, & bien armez.
Le Royde Siam leur
fournirades chevaux qu'il
entretiendra, en sorte que:
sans en avoir aucun soin, ilse
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval. Ces cen
Gardes font partis avec Ice
Envoyez, & plusieurs Vais
seaux de la Compagnie,qui
oeft fort satisfaite de son comanerce
»s'en retournent avec
'eux. Monsieur,quiavoitreceu
quantité de presens du
RoydeSiam,en a renvoyé
de fort beaux) & en grand
:nombre.
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Résumé : Traduction de la Lettre du Roy de Siam au Pape. [titre d'après la table]
Le texte décrit des échanges diplomatiques entre le roi de Siam et le pape Innocent XI. Le roi de Siam, via le père Tachard, souhaite maintenir des relations amicales avec les princes européens. Il mentionne avoir reçu un bref pontifical et un présent du pape, ainsi que l'envoi d'ambassadeurs pour renforcer ces liens. En l'absence de nouvelles de ces ambassadeurs, le roi envoie le père Tachard comme envoyé extraordinaire pour rétablir la communication et protéger les chrétiens dans ses États. Lors de l'audience papale, les mandarins siamais offrent des présents au pape, qui les accepte et s'informe sur le royaume de Siam. Diverses cérémonies et visites suivent, incluant une fête aux cardinaux et des visites des églises et palais de Rome. Le pape accorde une audience finale où il offre des médailles et des bénédictions. Les visiteurs explorent ensuite les aspects culturels et religieux de Rome avant de prendre congé. Le texte mentionne également le retour d'une délégation française de Rome, portant des présents pour le roi de Siam, tels que des chevaux, des confitures, des essences, des reliques saintes, et des cordiaux. Le pape offre au père Tachard divers objets précieux et indulgences. Le 7 janvier, les mandarins et les Toll-quinois quittent Rome pour Civitavecchia. Le père Tachard part le 9 janvier avec un bref papal scellé dans une boîte d'or. De retour en France, la délégation est reçue par le roi, qui forme une compagnie de cent gardes pour le roi de Siam, commandée par M. d'Éragny. La Compagnie des Indes, satisfaite de son commerce, rentre également avec la délégation. Monsieur renvoie de nombreux présents au roi de Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 325-339
Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain les Commissaires du Roy, Mrs le Pelletier [...]
Mots clefs :
Assemblée du Clergé, Commissaires, Abbés, Cardinaux, Cardinal de Noailles, Mr le Pelletier, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Le lendemain les Commiffaires du Roy, Mrs le Pelletier
de Souzy , Dagueffeau , Confeillers d Etat ordinaires, Mrle
Comte de Pontchartrain , Secretaire d'Etat , & Mr des Maretz , ConGeneral des Finances .
trolltre
d'Etat
&
s'étant rendus vers les dix heures du matin au Convent des
Grands Auguftins , ils y furent.
complimentez à leur arrivée
7
326 MERCURE
par les Agens du Clergé , qui
font , Mrs les Abez de Broglio & de Coiflin , & conduits
dans une Salle qui leur avoir
eftépreparée. Peu de temps aprés le Clergé députa pour les
aller recevoir & les accompa
gner jufques à lagrande Salle
de l'Affemblée Mr l'Archevê
que deBordeaux, Mr l'Evêque
de Laon , Mr. l'Evêque de
Troyes, Mr l'Evêque de faint
Pol de Leon ; Mrs les Abbez
de Dromefnil , de S. Georges,
de Crillou , & d'Aubuffon.
Voicy l'ordre dans lequel on
marcha ; fçavoir , unEvêque,
CALANT 327
unCommiſſaire du Roy, &un
Abbé , & ainfi des autres. Ils
avoient eſté reçus à la moitié
du chemin , àla maniereaccoucumée. Lorsqu'ils entrerent
dans la grande Salle toute l'Af
femblée feleva pour les faluer,
&Mrs lcs Commiffaires ayant
pris les fauteuls qui leur avoient cité préparez devant le
Bureau où ils s'affirent tous en
mêmetemps , & ils fe couvrirent. Mr le Comte de Pontchartrain remit entre les mains
de Mr l'Abbé Turgot , ancien
Agent du Clergé , Secretaire
de l'Affemblée , la Lettre du
328 MERCURE
Roy, qui la porta à Monfieur
le Cardinal de Noailles qui
l'ouvrit , & la remit à Mr l'Abbé Turgot pour en faire la lecture à toute l'Affemblée. Elle
portoit , que Sa Majeſté avoit
envoyé ces Meffieurs pour
marquer fes intentions au
Clergé , & l'eftime qu'Elle en
faifoit , & qu'il ajoûtaft toute
creance à ce que le Sicur le Pelletier luy diroit de fa part.
La lecture faite, Mrle Pelle
tier prit la parole , & témoigna d'abordla veneration que
le Roy avoit pour l'Eglife ;
l'eftime qu'il avoit pour le
↑ GALANI 329
1
Clergé , & la confideration
qu'il avoirpour ceux qui com..
pofoient cette Affemblée. Il
fit voir enfuite la liaiſon étroite qu'il y avoit entre les interefts de l'Etat & ceux de la Religion ; de quelle neceffité il étoit que le Clergé s'efforçaft de
foûtenir par de folides moyens
les juftes droits de Sa Majefparticulierement dans ces
temps calamiteux , afin de procurer à fon Peuple une paix
fûre & durable ; & enfin qu'il
ne devoit pas fe contenter
de lever les mains au Ciel; mais
qu'il devoit imiter ce Grand
té,
Mars 1710.
Ec
330 MERCURE
Preftre qui donna les Pains de
Propofition qui eftoient defti
nez pour la nourriture des Prê
tres.
Monfieur le Cardinal de
Noailles , aprés avoir donné
les louanges qui eftoient dûes
au Difcours de Mr le Pelletier,
dit qu'autrefois le Clergé ne
s'affembloit que pour concourir auxacclamations publiques
du glorieux Etat de la France;
mais que quelques ruïnées que
fuffent prefentement les Affaires du même Clergé , cependant le zele de fervir la Patrie
& d'employer tout ce qui eft
GALANT 331
dans le pouvoir de l'Eglife Gallicane pour la défenſe du
Royaume, n'étoit point ralenty , qu'il étoit tout difpofé à
donner au Roy de nouvelles
preuves de fon refpect , de fon
attachement , & de ſa juſte reconnoiffance.
Mellieurs les Commiffaires
furent enfuite reconduits pat
les mêmes Deputez jufqu'au
milieu du Cloître , où ils les avoient efté prendre, & les deux
Agens les accompagnerentjuf
qu'à leurs Caroffes.
Le 27. ils revinrent àla même heure, & ils furent reçûs
Ecij
332 MERCURE
comme la premiere fois ; &
Mr le Pelletier avant que d'entrer dans le détail de la demande qu'il avoit à faire , parla à
peu prés en ces termes.
L'homme prudent fe fert dans
toutes fes actions des précautions
requifes pour réüffir ; mais le fuccés ne dépend point de fes fages
prévoyances. Ainfi lei le Laboureur
difpofe & choifit aurc attention
les grains qu'il veut confier à la
terre, & tâche d'en connoiftre la
valeur &le temperamment. Le
Pilotte choifit luy-mefme le Vaiffeau fur lequel il veut confter fa
vie &fafortune. Il l'équippe de
GALANT 333.
tout ce qui eft neceffaire pour rendrefon voyageheureux , &prend
fon temps pour partir par un vent
favorable. Le General profite des
avantages du lieupour mettre fon
Armée en bataille , &faire une
difpofition qui puiffe luy donner
une efperance certaine de vaincre
fon ennemi. Cependant il arrive
que l'intemperie de l'air , la rigueur desfaifons , des accidens
imprevus , rendent l'efperance du
Laboureur inutile, &détruiſent
en un moment le fruit de tousfes
travaux. La Mer & les Vents
rompent tres -fouvent lesfages me.
fures que le Pilote à prifes , من
334 MERCURE
une défaite fanglante rend inutibe lesfages difpofitions d'un General experimenté. Cependantle Laboureur ne renonce point àfon travail , & une malheureufe recol
te ne fait que l'exciter à reparer
fes pertespar une Moiffon avan
tagenfe. Le Pilote radoube fon
Vaiffeau fe met en état d'entreprendre un voyage plus beureux pourfe confoler de fon naufrage. Le General ralliefes Troupes , reparefon Armée & faitté
te tout de nouveau àfon Ennemi.
Nousavons vú, Mrs, laplus belle
recolte détruite par la rigueur de la
faifon qui a glacé les femences.
GALANT 335
dans le fein de la terre qui ne nous
a pas voulu rendre le grain qu'on
luy avoit confié. Nous avons vût
le Printemps fans Moiffon
l'Etéfansfruits ; mais l'apparence d'une recolte abondante , les
Campagnes toutes vertes nous
font déja oublier nos malheurs
paffez. La Meraréparéce qu'elle nous avoit pú caufer de défordre , nous a apporté des bled's
que nous n'avions pas femez. Le
fort des armes nous a esté favorable en Espagne , en Allemagne,
en Dauphiné, où nous avons
rendu les efforts de nos Ennemis
inutiles. Si la Victoire a paruba
336 MERCURE
1
lancer aux Pays- Bas ,finos Ennemis fe font rendus maistres de
quelques- unes de nos Places , ils
le doivent plûtoft à la difette de
viores qu'aux prodigieux efforts
qu'ils ont faits .Ils ont connu dans
la derniere Bataille qu'il en coûtoit davantage aux Vainqueurs
qu'aux Vaincus. Si le fort de nos
Armes n'a plus cette fuite innom
brable de profperitez qu'elle avoit
autrefois, c'eft à vous, Mrs, àfai
re denouveaux efforts pour mettre
S. M. en étatderefifter àfes Ennemis , oude redonner la tranqui
lité à l'Europe par une bonne
durablepaix. Tous les Sujets de
Sa
GALANT 337
1
S. M.concourent ensemble pour
luy donner de nouveauxfecours.
La Cour s'eft non feulement privée defes ornemensfuperflus,mais
encoredefa Vaiffelle ,
#fes qui luyparoiffoient les plusneceffaires. Les Magiftrats ont tedes chomoigné leur zele par leurempreffement à racheter la Capitation ;
J
nousfommesperfuadez, Mrs, que
vous fuivrez defi beaux exem
ples . Outre Pintereft qui vous eft
commun avec eux , il y en a un
qui vous est tout particulier.
Nous ne combatons pas ici feulementpour défendre vos foyers. Il
s'agit de défendrela caufe deDieu,
Mars 1710.
Ff
338 MERCURE
d'empêcher laprofanation de vos
Eglifes , & d'oppofer une barriere à l'Herefte qui eft toute prefte
de penetrer dans le fein de ce
Royaume.
Il fit enfuite la demande de
vingt- quatre millions par cmprunt au denier douze , pour
le rachat & l'extinction à perpetuité du fubfidequi tient licu
de la Capitation. Monfieut le Cardinal de
Noailles répondit que l'Affemblée eftoit toute difpofée à
accorder au Roy , ce que Sa
Majefté luy demandoit , &
aprés avoir ainfi donné des
GALANT 339
marques de la foumiffion du
Clergé aux ordres du Roy ,
Meffieurs les Commiffaires
furent reconduits comme ils
l'avoient efté la premiere fois.
Rien n'eftoit fi difficile que
cet Article , tant à cauſe du
Ceremonial que du grand
nombre defaits qu'il contient.
Ils font tous veritables ; mais
je ne vous affure pas qu'il n'y
en ait point quelques uns de
tranfpolez.
de Souzy , Dagueffeau , Confeillers d Etat ordinaires, Mrle
Comte de Pontchartrain , Secretaire d'Etat , & Mr des Maretz , ConGeneral des Finances .
trolltre
d'Etat
&
s'étant rendus vers les dix heures du matin au Convent des
Grands Auguftins , ils y furent.
complimentez à leur arrivée
7
326 MERCURE
par les Agens du Clergé , qui
font , Mrs les Abez de Broglio & de Coiflin , & conduits
dans une Salle qui leur avoir
eftépreparée. Peu de temps aprés le Clergé députa pour les
aller recevoir & les accompa
gner jufques à lagrande Salle
de l'Affemblée Mr l'Archevê
que deBordeaux, Mr l'Evêque
de Laon , Mr. l'Evêque de
Troyes, Mr l'Evêque de faint
Pol de Leon ; Mrs les Abbez
de Dromefnil , de S. Georges,
de Crillou , & d'Aubuffon.
Voicy l'ordre dans lequel on
marcha ; fçavoir , unEvêque,
CALANT 327
unCommiſſaire du Roy, &un
Abbé , & ainfi des autres. Ils
avoient eſté reçus à la moitié
du chemin , àla maniereaccoucumée. Lorsqu'ils entrerent
dans la grande Salle toute l'Af
femblée feleva pour les faluer,
&Mrs lcs Commiffaires ayant
pris les fauteuls qui leur avoient cité préparez devant le
Bureau où ils s'affirent tous en
mêmetemps , & ils fe couvrirent. Mr le Comte de Pontchartrain remit entre les mains
de Mr l'Abbé Turgot , ancien
Agent du Clergé , Secretaire
de l'Affemblée , la Lettre du
328 MERCURE
Roy, qui la porta à Monfieur
le Cardinal de Noailles qui
l'ouvrit , & la remit à Mr l'Abbé Turgot pour en faire la lecture à toute l'Affemblée. Elle
portoit , que Sa Majeſté avoit
envoyé ces Meffieurs pour
marquer fes intentions au
Clergé , & l'eftime qu'Elle en
faifoit , & qu'il ajoûtaft toute
creance à ce que le Sicur le Pelletier luy diroit de fa part.
La lecture faite, Mrle Pelle
tier prit la parole , & témoigna d'abordla veneration que
le Roy avoit pour l'Eglife ;
l'eftime qu'il avoit pour le
↑ GALANI 329
1
Clergé , & la confideration
qu'il avoirpour ceux qui com..
pofoient cette Affemblée. Il
fit voir enfuite la liaiſon étroite qu'il y avoit entre les interefts de l'Etat & ceux de la Religion ; de quelle neceffité il étoit que le Clergé s'efforçaft de
foûtenir par de folides moyens
les juftes droits de Sa Majefparticulierement dans ces
temps calamiteux , afin de procurer à fon Peuple une paix
fûre & durable ; & enfin qu'il
ne devoit pas fe contenter
de lever les mains au Ciel; mais
qu'il devoit imiter ce Grand
té,
Mars 1710.
Ec
330 MERCURE
Preftre qui donna les Pains de
Propofition qui eftoient defti
nez pour la nourriture des Prê
tres.
Monfieur le Cardinal de
Noailles , aprés avoir donné
les louanges qui eftoient dûes
au Difcours de Mr le Pelletier,
dit qu'autrefois le Clergé ne
s'affembloit que pour concourir auxacclamations publiques
du glorieux Etat de la France;
mais que quelques ruïnées que
fuffent prefentement les Affaires du même Clergé , cependant le zele de fervir la Patrie
& d'employer tout ce qui eft
GALANT 331
dans le pouvoir de l'Eglife Gallicane pour la défenſe du
Royaume, n'étoit point ralenty , qu'il étoit tout difpofé à
donner au Roy de nouvelles
preuves de fon refpect , de fon
attachement , & de ſa juſte reconnoiffance.
Mellieurs les Commiffaires
furent enfuite reconduits pat
les mêmes Deputez jufqu'au
milieu du Cloître , où ils les avoient efté prendre, & les deux
Agens les accompagnerentjuf
qu'à leurs Caroffes.
Le 27. ils revinrent àla même heure, & ils furent reçûs
Ecij
332 MERCURE
comme la premiere fois ; &
Mr le Pelletier avant que d'entrer dans le détail de la demande qu'il avoit à faire , parla à
peu prés en ces termes.
L'homme prudent fe fert dans
toutes fes actions des précautions
requifes pour réüffir ; mais le fuccés ne dépend point de fes fages
prévoyances. Ainfi lei le Laboureur
difpofe & choifit aurc attention
les grains qu'il veut confier à la
terre, & tâche d'en connoiftre la
valeur &le temperamment. Le
Pilotte choifit luy-mefme le Vaiffeau fur lequel il veut confter fa
vie &fafortune. Il l'équippe de
GALANT 333.
tout ce qui eft neceffaire pour rendrefon voyageheureux , &prend
fon temps pour partir par un vent
favorable. Le General profite des
avantages du lieupour mettre fon
Armée en bataille , &faire une
difpofition qui puiffe luy donner
une efperance certaine de vaincre
fon ennemi. Cependant il arrive
que l'intemperie de l'air , la rigueur desfaifons , des accidens
imprevus , rendent l'efperance du
Laboureur inutile, &détruiſent
en un moment le fruit de tousfes
travaux. La Mer & les Vents
rompent tres -fouvent lesfages me.
fures que le Pilote à prifes , من
334 MERCURE
une défaite fanglante rend inutibe lesfages difpofitions d'un General experimenté. Cependantle Laboureur ne renonce point àfon travail , & une malheureufe recol
te ne fait que l'exciter à reparer
fes pertespar une Moiffon avan
tagenfe. Le Pilote radoube fon
Vaiffeau fe met en état d'entreprendre un voyage plus beureux pourfe confoler de fon naufrage. Le General ralliefes Troupes , reparefon Armée & faitté
te tout de nouveau àfon Ennemi.
Nousavons vú, Mrs, laplus belle
recolte détruite par la rigueur de la
faifon qui a glacé les femences.
GALANT 335
dans le fein de la terre qui ne nous
a pas voulu rendre le grain qu'on
luy avoit confié. Nous avons vût
le Printemps fans Moiffon
l'Etéfansfruits ; mais l'apparence d'une recolte abondante , les
Campagnes toutes vertes nous
font déja oublier nos malheurs
paffez. La Meraréparéce qu'elle nous avoit pú caufer de défordre , nous a apporté des bled's
que nous n'avions pas femez. Le
fort des armes nous a esté favorable en Espagne , en Allemagne,
en Dauphiné, où nous avons
rendu les efforts de nos Ennemis
inutiles. Si la Victoire a paruba
336 MERCURE
1
lancer aux Pays- Bas ,finos Ennemis fe font rendus maistres de
quelques- unes de nos Places , ils
le doivent plûtoft à la difette de
viores qu'aux prodigieux efforts
qu'ils ont faits .Ils ont connu dans
la derniere Bataille qu'il en coûtoit davantage aux Vainqueurs
qu'aux Vaincus. Si le fort de nos
Armes n'a plus cette fuite innom
brable de profperitez qu'elle avoit
autrefois, c'eft à vous, Mrs, àfai
re denouveaux efforts pour mettre
S. M. en étatderefifter àfes Ennemis , oude redonner la tranqui
lité à l'Europe par une bonne
durablepaix. Tous les Sujets de
Sa
GALANT 337
1
S. M.concourent ensemble pour
luy donner de nouveauxfecours.
La Cour s'eft non feulement privée defes ornemensfuperflus,mais
encoredefa Vaiffelle ,
#fes qui luyparoiffoient les plusneceffaires. Les Magiftrats ont tedes chomoigné leur zele par leurempreffement à racheter la Capitation ;
J
nousfommesperfuadez, Mrs, que
vous fuivrez defi beaux exem
ples . Outre Pintereft qui vous eft
commun avec eux , il y en a un
qui vous est tout particulier.
Nous ne combatons pas ici feulementpour défendre vos foyers. Il
s'agit de défendrela caufe deDieu,
Mars 1710.
Ff
338 MERCURE
d'empêcher laprofanation de vos
Eglifes , & d'oppofer une barriere à l'Herefte qui eft toute prefte
de penetrer dans le fein de ce
Royaume.
Il fit enfuite la demande de
vingt- quatre millions par cmprunt au denier douze , pour
le rachat & l'extinction à perpetuité du fubfidequi tient licu
de la Capitation. Monfieut le Cardinal de
Noailles répondit que l'Affemblée eftoit toute difpofée à
accorder au Roy , ce que Sa
Majefté luy demandoit , &
aprés avoir ainfi donné des
GALANT 339
marques de la foumiffion du
Clergé aux ordres du Roy ,
Meffieurs les Commiffaires
furent reconduits comme ils
l'avoient efté la premiere fois.
Rien n'eftoit fi difficile que
cet Article , tant à cauſe du
Ceremonial que du grand
nombre defaits qu'il contient.
Ils font tous veritables ; mais
je ne vous affure pas qu'il n'y
en ait point quelques uns de
tranfpolez.
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Résumé : Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Le 27 mars 1710, des commissaires du roi, incluant Messieurs le Pelletier de Souzy, Dagueffeau, le comte de Pontchartrain, et des Maretz, se rendirent au couvent des Grands Augustins. Ils furent accueillis par les abbés de Broglie et de Coislin, puis conduits dans une salle préparée. Une délégation du clergé, dirigée par l'archevêque de Bordeaux et plusieurs évêques, vint les recevoir et les accompagner jusqu'à la grande salle de l'assemblée. Dans cette salle, les commissaires prirent place sur des fauteuils après avoir été salués par l'assemblée. Le comte de Pontchartrain remit une lettre du roi à l'abbé Turgot, qui la lut à haute voix. La lettre exprimait les intentions du roi envers le clergé et l'importance de leur soutien en ces temps difficiles. Le Pelletier de Souzy souligna la vénération du roi pour l'Église et la nécessité de soutenir les droits du roi. Le cardinal de Noailles répondit en affirmant le zèle du clergé à servir la patrie et son attachement au roi. Les commissaires furent ensuite reconduits jusqu'au cloître. Le lendemain, les commissaires revinrent à la même heure et furent reçus de la même manière. Le Pelletier de Souzy parla des précautions prises par les hommes prudents et des imprévus qui peuvent ruiner leurs efforts. Il compara cette situation à celle de la France, qui avait subi des revers mais restait déterminée à se relever. Il demanda au clergé un emprunt de vingt-quatre millions pour racheter et extinguer le subside de la capitation. Le cardinal de Noailles répondit que l'assemblée était prête à accorder cette demande au roi, marquant ainsi la soumission du clergé aux ordres du roi. Les commissaires furent reconduits comme la première fois.
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3
p. 259-263
PROMOTION de Cardinaux.
Début :
Le 18. le Pape a remply les dix huit places [...]
Mots clefs :
Promotion, Cardinaux, Pape, Sacré Collège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROMOTION de Cardinaux.
PROMOTION
de Cardinaux.
Le 18. le Pape a remply
les dix huit places vacantes dans le Sacré College ;
fçavoir , les onze faits fuivans , & il ena retenu ſept
in petto,
Y ij
260 MERCURE
MESSIEURS
Davia.
Cufani.
Piaffa , Nonce à Vienne.
Zondedari.
De Rohan , Evefque de
Strasbourg , pour la
.. France.
Acuna de Afeide , pour le
Portugal.
,
Scofembach Evefque
d'Olmuts , pour Vienne.
Prioli , Auditeur de Rote ,
pour Venife.
Tolames ,Jefuite.
Thomafi , Theatin.
Caffini , Capucin , Prédi
GALANT. 261
cateur du Palais Apoftolique.
Les fept retenus in petto
font :
Celuy pour l'Espagne , &
les trois du Palais ; fçavoir:
Corradini , Miniftre de la
Chambre.
Pico , Majordome.
Oriaghi , Secretaire de la
Chambre. Ces quatre
font feurs.
L'Abbé de Polignac eſt
le cinquième felon toute
apparence , l'Evefque de
Barcelonne le fixiéme.
262 MERCURE
Mr Buffi Nonce de Pologne le ſeptiéme.
Un pareil article merite bien qu'on l'eftende
beaucoup mais je reçois
cette Lettre fur la fin de
l'impreffion du Mercure ;
je vous donne toujours cecy comme nouvelle fraifche , ce qui n'empefchera
pas que pour le Mercure
prochain je ne recherche
avec foin des memoires
curieux fur les perfonnes.
illuftres qui ont eſté nommées , & fi je puis quelque
érudition fur les élections
GALANT. 263
des Cardinaux en general.
de Cardinaux.
Le 18. le Pape a remply
les dix huit places vacantes dans le Sacré College ;
fçavoir , les onze faits fuivans , & il ena retenu ſept
in petto,
Y ij
260 MERCURE
MESSIEURS
Davia.
Cufani.
Piaffa , Nonce à Vienne.
Zondedari.
De Rohan , Evefque de
Strasbourg , pour la
.. France.
Acuna de Afeide , pour le
Portugal.
,
Scofembach Evefque
d'Olmuts , pour Vienne.
Prioli , Auditeur de Rote ,
pour Venife.
Tolames ,Jefuite.
Thomafi , Theatin.
Caffini , Capucin , Prédi
GALANT. 261
cateur du Palais Apoftolique.
Les fept retenus in petto
font :
Celuy pour l'Espagne , &
les trois du Palais ; fçavoir:
Corradini , Miniftre de la
Chambre.
Pico , Majordome.
Oriaghi , Secretaire de la
Chambre. Ces quatre
font feurs.
L'Abbé de Polignac eſt
le cinquième felon toute
apparence , l'Evefque de
Barcelonne le fixiéme.
262 MERCURE
Mr Buffi Nonce de Pologne le ſeptiéme.
Un pareil article merite bien qu'on l'eftende
beaucoup mais je reçois
cette Lettre fur la fin de
l'impreffion du Mercure ;
je vous donne toujours cecy comme nouvelle fraifche , ce qui n'empefchera
pas que pour le Mercure
prochain je ne recherche
avec foin des memoires
curieux fur les perfonnes.
illuftres qui ont eſté nommées , & fi je puis quelque
érudition fur les élections
GALANT. 263
des Cardinaux en general.
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Résumé : PROMOTION de Cardinaux.
Le 18 du mois, le Pape a comblé dix-huit places vacantes au sein du Sacré Collège. Onze nominations ont été rendues publiques, incluant Davia, Cufani, Piaffa (Nonce à Vienne), Zondedari, De Rohan (Évêque de Strasbourg pour la France), Acuna de Afeide (pour le Portugal), Scofembach (Évêque d'Olmuts pour Vienne), Prioli (Auditeur de Rote pour Venise), Tolames (Jésuite), Thomasi (Théatin) et Caffini (Capucin, Prédicateur du Palais Apostolique). Sept autres nominations ont été gardées secrètes, parmi lesquelles celle pour l'Espagne, Corradini (Ministre de la Chambre), Pico (Majordome), Oriaghi (Secrétaire de la Chambre), tous laïcs, l'Abbé de Polignac, l'Évêque de Barcelone et Monsieur Buffi, Nonce de Pologne. L'auteur n'a pas pu développer davantage en raison de la fin de l'impression mais prévoit d'ajouter des informations supplémentaires dans le prochain numéro du Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 217-247
Discours sur l'origine & la dignité de Cardinal.
Début :
Le Pape a fait une promotion de dix-huit Cardinaux [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Pape, Église, Rome, Clergé, Diocèse, Évêques, Diacres, Sainteté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine & la dignité de Cardinal.
ifcours fur l'origine & la
dignité de Cardinal.
LEPape a fait une pro-
&
motion de dix- huit Cardi
naux le 18. du mois de May,
il en a declaré onze
s'en eft refervé fept inpetto.
Onfera bien aife d'apprendre l'origine de cette dignité , qui eft à preſent la ſeconde de l'Eglife , le Pape
en eftant le chef.
Les Papes , à l'imitation
de faint Pierre & de fes
fucceffeurs , font tousjours
demeurez Evefques de RoJuin 1712.
T
218 MERCURE
me, quoyqu'ils fuffent eftablis de Dieu le chefdetous
les Chreftiens , cette ville
eftant le premier Eveſché
du monde, & le lieu particulier de leur refidence.
De là eft venu que ne
pouvant entrer eux - mefmes dans le détail du gouvernement de leur Dioceſe
pendant qu'ils avoient à
regler le fpirituel de toute
la terre,ils firent choix d'un
certain nombre d'Evef
ques , de Preftres , & de
Diacres, pour les foulager,
comme autant de Coadju
GALANT. 219
teurs , & de Vicaires.
Les premiers faifoient la
fonction d'Evefques dans
le détroit de Rome , à la
place du Pape , & avoient
chacun leur Eglife particuliere dans l'enceinte du
Dioceſe.
Les Preftres eftoient Titulaires des Paroiffes de la
ville , & prenoient la conduite des ames comme les.
Curez font aujourd'huy
& les Diacres avoient le
foin de quelques Eglifes ou
Chapelles de devotion qu'-
ils tenoient en Diaconies,
Tij
220 MERCURE
& devoient affifter le Pape
quand il officioit publiquement.
* Ces trois Ordres eurent
le nom de Cardinati ou Car
dinales , pour dire qu'ils eftoient les premiers & les
Chefs des autres , & que
c'eftoit fous leur conduite
que rouloient toutes les affaires du Dioceſe ; & parce que les Preftres & les
Diacres de quelques autres
villes prirent aufſi le meſme nom de Cardinaux
afin de fe diftinguer des autres Preftres, & des autres
GALANT. 221
Diacres qui leur eftoient inferieurs & foumis , les Papes ordonnerent qu'il n'y
auroit que ceux qu'ils avoient choifis , qui le pourroient honorer du titre de
Cardinal , ce qui a eſté inviolablement obfervé par
lafuite dans toute l'Italie.
Avec le temps ces digni
tez ſe font rendues fort recommandables. Les Papes
qui ne choififfoient pour
Cardinaux que des perfonnes d'un merite diftingué,commencerent àavoir
une entiere confiance en
T iij
222 MERCURE
eux , ils les reveftirent des
principales charges & dignitez, ils leur donnerent
le premier rang dans tous
les tribunaux , & dans toutes les Congregations ; ils
leur mirent en mainles affaires les plus importantes ;
ils les firent leurs Confeillers d'Eftat , pour le temporel , & pour le fpirituel
de leur Royaume , ne reglerent prefque plus rien
que par leur avis , & par
leur confeil , de forte que
peu à peu ils font montez
au faifte de la gloire oùnous.
GALANT. 223
E
les voyons , & fe trouvent
aujourd'huy les premiers
du Clergé , faifant la meſmefigure dans l'Eſtat Ecclefiaftique que faiſoient
autrefois les Senateurs Romains dans l'ancienne
Rome.
pas
Mais ce qui releve infiniment l'éclat de ce haut
rang & leur donne le
au deffus des Evefques &
des Patriarches mefmes ,
c'eſt la puiffance qu'ils ont
dans l'Eglife durant le Siege vacant, le droit d'élire
le nouveau Pape , & l'a
T iiij
224 MERCURE
vantage d'eftre les feuls fur
qui tombe cette élection
les Confiftoires dont ils
font les membres , comme
le Pape en eft le chef.
Ces grandes prérogati
ves leur ont acquis le titre
de Princes de l'Eglife , &
en cette qualité ils prétendent aller de pair avec les
Teftes couronnées, &trouventpeu de Princes en Ita
lie qui leur veuillent difputer le pas ; auffi ont-ils des
marques exterieures qui
font connoiftre la gran
deur d'une dignité fi émi-
GALANT. 225
mente , les fouverains Pontifesont voulu qu'ils fuffent
veftus de pourpre , & principalement quand ils paroiffent en public.
Innocent IV. fut le premier qui leur donna le chapeau rouge au Concile de
Lyon en 1244. Boniface
VIII. permit aux Cardinaux feculiers de porter
l'habit rouge , quand les
Papes commencerent à ſe
veftir de blanc. Paul III.
leur accorda le Bonnet
rouge , & enfin Gregoire
XIV. permit aux Cardi-
226 MERCURE
nota
naux Religieux de le por
ter voulant neanmoins
qu'ils continuaffent tousjours à s'habiller de la couleur de leur Ordre
queles Clercs Reguliers ne
retiennent point la couleur
de l'Ordre quand ils font
faits Cardinaux , mais ils
prennent la pourpre commeles Cardinaux feculiers
Toutes ces differentes
couleurs ne font pas fans
raifon, &fans quelque forte de myftere : le Pape eft
veftu de blanc pour donner à entendre que fa vie
GALANT. 227
doit eftre plus pure & plus
nette que celle de tous les
autres Chreftiens , & qu'il
faudroit eftre fans tache &
fans deffaut, s'il le pouvoit,
pour s'affeoir dans la chaire
de faint Pierre.
La pourpre eft la couleur des Rois & des Empereurs , mais cette couleur a
efté donnée encore aux
Cardinaux pour les faire
reffouvenir qu'ils doivent
eftre tousjours preſts à repandre leur fang quand il
s'agit de fouftenir les interefts de la foy , c'eſt pour
118 MERCURE
cette raison qu'ils portent
l'habit rouge dans les jours
ordinaires qui eft la pourpre naturelle , & la veritable couleur du fang , an
lieu que dans les jours de
trifteffe ils prennent le violet qui eft une couleur de
pourpre plus lugubre &
plus obfcure , & qui imite
affez le fang livide d'un
homme accablé de maladies &dechagrins , & parce que durant deux jours
de l'année qui font le troifiéme Dimanche de l'Advent , & le quatriéme de
GALANT. 229
Carefme , l'Eglife mefle
un peu dejoye dans fa trif
teffe , comme ayant paffé
la moitié du temps de penitence , & fe voyant approcher des jours heureux
de la Naiffance , & de la
Refurrection du Sauveur,
alors les Cardinaux prennent une eftoffe de roſe feche , qui eft beaucoup plus
rouge que le violet , & qui
neanmoins eft plus fombre
que le rouge mefme.
Pour les Cardinaux Religieux ils ont retenu jufqu'aprefent la couleur de
230 MERCURE
leur Ordre fur leurs habits,
à l'exception des Clercs Reguliers , comme je l'ay dit
cy. devant , & les Papes ont
voulu faire connoiftre exterieurement par là l'eftime qu'ils ont tousjours faites de la hierarchie Regu
liere , voulant bien l'admettre avec la Seculiere
dans tous les honneurs du
Clergé , ils leur ont ſeulement accordé le Chapeau,
le Bonnet , & la Calotte
rouge, pour les diſtinguer
des autres Prélats.
Al'égard du nombredes
GALANT. 231
Cardinaux , il n'a pas tousjours efté le meſme , quelques uns prétendent qu'ils
n'eftoient que vingt- cinq
dans les premiers fiecles, &
que Rome eftant divifée en
vingt- cinq paroiffes , ils
en eftoient les Curez &
les Paſteurs ; maisfans aller
ficavant dans l'antiquité ,
contentons- nous des fiecles plus recens , nous trouverons qu'ils ont efté longtemps fixez à cinquantetrois , dont il y en avoir
fept d'Evefques, vingt huit
de Preftres , & dix - huit de
232 MERCURE
Diacres ; les Evefques eftoient les coadjuteurs du
Pape dans le Dioceſe de
Rome , & préfidoient fur
le Clergé , les vingt - huit
Preftres faifoient l'office de
Vicaires du Pape, & avoient
chacun une Eglife particuliere dans Rome où ils exerçoient toutes les fonctions parochiales , les dixhuit Diacres avoient auffi
chacun leur Eglife dans les
quatorze quartiers de la
Ville qui eftoit leur Diaconé particulier. Ce nombre.
fut fort alteré , & diminua
quand
GALANT. 233
quand les Papes ont negli
gé de pourvoir aux places
vacantes des titres, ou qu'ils
les ont donné en comman
de, & au contraire ileft de
beaucoup augmenté lorfqu'ils en ont créé de nouveaux.
Quand Nicolas III. fut
éleu Pape , il n'y avoit que
huit Cardinaux , & peu avant la mort d'Alexandre
IV. il ne s'en trouva que
quatre ; mais en revanche
fous le Pontificat de Pie IV.
on en a veu jufqu'à ſoixante & quatorze. Cette granFuin 1712.
V
234 MERCURE
de diverfité donna occa
fion à Sixte V. d'en fixer le
nombre à foixante & dix ,
en memoire des foixante &
dix Vieillards dont il eſt
parlé dans l'Ecriture , & il
ordonna qu'il y auroit fix
Evefques , cinquante Preftres , & quatorze Diacres ,
& ce nombre eft demeuré
jufques àprefent. Les Evef
ques ont chacun leur Eglife dans le détroit de Rome;
les Preftres ont leur titre
dans la Ville , & les Diacres.
yont leurs Diaconats.
La juriſdiction que les
GALANT. 235
Cardinaux Evefques ont
aujourd'huy dans leur
Eglife & dans la Ville
où elle eft fituée est une
veritable juriſdiction Epifcopale & ordinaire. Il y a
ce
cependant cette difference
que les fept Evefchez Cardinaux ( dont il y en a
deux de réunis ) ne requierent point de refiden-
& font compatibles
avec d'autres Evefchez.
Celles que les Cardinaux
Preftres, & les Cardinaux
Diacres ont dans leurs titres & dans leurs DiacoV ij
236 MERCURE
nats , fe peut direunejurifdiction prefqueEpifcopales
elle ne s'eftend que dans
l'enceinte de l'Eglife , & de
la Sacriftie. Ils y ont la
chaife Epiſcopale fous un
dais comme les Evefques.
Ils y beniffent folemnellement le peuple ; ils yont la
nomination des Benefices
quand ce font des Eglifes
Collegiales ; ils y vont le
Rochet découvert pour y
faire voir leur pouvoir , &
parmyces titres & ces Diaconats , il s'yrencontre des
Egliles Collegiales , des Par
GALANT. 237
roiffes , des Convents
d'Hommes , des Monafteres de Filles , des Hofpitaux , & de fimples Eglifes
de devotion.
Pourla forme de la crea
tion des Cardinaux , le Pa
pe en eft entierement le
maiftre, & quand il a refolu.
de faire une promotion , il
prend le jour d'un ConfiItoire ( n'ayant communiqué fon deffein à perfonne ) & aprés avoir donné
Audience aux Cardinaux ,
& avoir expedié toutes les
affaires pour lesquelles l'af
238 MERCURE
femblée confiftoriale eft
faite , fa Sainteté eftant fur
le point de fortir , tefmoigne aux Cardinaux qu'Elle
eft dans le deffein de leur
donner des Confreres , &
leur demande, fuivant l'ancien ufage , ce qui leur
femble. Le Doyen des Car
dinaux parle ordinairement pour tout le corps ,
& chacun approuve feparément le choix de fa Sainteté par quelque figne de
tefte , ou autrement , aprés
quoy le Pape les créé , &
les declare Cardinaux , &
GALANT 239
puis s'en va , laiffant fur un
fiege la lifte de leurs noms
qui fe publie à la fortie du
Confiftoire.
Les Cardinaux nouveaux
élûs , qui font pour lors à
Rome, vontfaire leur premiere vifite au Pape dés le
mefme jour , & eftant introduits les uns aprés les
autres par un maiſtre des
ceremonies , fa Sainteté
leur donne le Bonnet rouge qu'il leur met fur la teſte
eftant à genoux , & le maiftre des ceremonies luy
met le Camail violet fur
"
240 MERCURE
•
les épaules , puis ayant ofte
fon Bonnet il baife les
pieds de fa Sainteté puis.
fa main, aprés quoy le Pa
l'embraffe & le fait relever, ce qui fe fait à tous
les uns aprés les autres
aprés quoy on leur donne
de petits fieges , & le Pape
les reçoit à l'Audience affis
pe
& couverts.
L'Audience finie ils fe
retirent , & vont rendre
viſite au Cardinal Doyen ,
& puis s'en retournent
chez eux où ils demeurent,
& reçoivent les vifites incognito ,
GALANT. 241
cognito, jufqu'au Confiftoire
public dans lequel le Pape
leur donne le Chapeau ,
où il y a ordinairement une
celebre compagnie , le Pape veſtu pontificalement ,
& placé fur fon Throne ,
avec toute fa Cour , reçoit
les nouveaux Cardinaux
qui font conduits par un!
ancien , & aprés avoir bai
sé les pieds & la main du
Pape qui les embraſſe , ils
vont embraffer tous les
Cardinaux les uns aprés les
autres , puis retournant au
Throne ils reçoivent à ge
Juin 1712.
X
242 MERCURE
noux le Chapeau rouge des
mains du Pape , aprés quoy
oftant le Chapeau, & ayant
falué fa Sainteté , fe rangent parmy les autres Cardinaux. Sa Sainteté s'eftant
retirée , les Cardinaux anciens & nouveaux vont à
la Chapelle où on chante
le Te Deum , puis les Prieres finies , les nouveaux
Cardinaux fortent les premiers , & demeurent à la
porte de la Chapelle pour
remercier les anciens à mefurequ'ils paffent , puis s'en
retournent chacun chez
eux.
GALANT. 243
L'apréfdinée ils vont à
l'Eglife faint Pierre du Vatican , où aprés avoir adoréle faint Sacrement , vont
à la Confeffion de S. Pierre pour visiter les Corps
faints , aprés quoy font
leurs vifites le lendemain
& autres jours fuivants aux
anciens Cardinaux.
J
Dans un Confiftoire ſecret le Pape fait la ceremonie de leur fermer la
bouche , qui leur est ouverte dans un autre quelques
jours aprés. Ces deux ceremonies fe font à huis
X ij
244 MERGURE
clos , & ne font rien autre
chofe qu'un filence que fa
Sainteté leur impofe , qui
les rend hors d'eftat d'opiner dans les Confiftoires & Congregations , &
quand il leur declare enfuite qu'il leur ouvre la bouche, il les releve de ces empeſchemens , & diftribuë à
chacun defdits Cardinaux
un titre de Cardinal Pref
tre , ou de Cardinal Dia
cre , leur mettant au quatriéme doigt une bague
d'or pour marque du mariage qu'ils contractent
GALANT. 245
avec l'Eglife , puis vont
prendre poffeffion de l'Eglife dont ils ont le titre.
Pour les Cardinaux abfens le Pape leur envoye
la Calotte rouge dans l'endroit où ils font en Nonciature, ou dans le Royau
meoù ils ont leur refidence, & pour lors c'est le Roy
ou le Prince Souverain qui
la leur met fur la tefte , &
qui la reçoit du Camerier
que le Pape envoye pour
cet effet , comme il s'eft
veu plufieurs fois en France , lorfque le Roy l'a donX iij
246 MERCURE
née à plufieurs Nonces que
le Pape avoit fait Cardinauxpendant leur Nonciature , & à d'autres Cardinaux François , ce qui fe
fait ordinairement après la
Meſſe du Roy. Pour le
Chapeau Rouge & les autres ceremonies, ils ne peuvent les recevoir qu'ils ne
foyent à Rome, ne pouvant
recevoir le Chapeau Rouge que des mains du Pape,
& le titre qu'après les deux
ceremonies d'ouvrir & de
fermer la bouche , c'eſt ce'
qui fait qu'il y a quantité
GALANT. 247
de Cardinaux qui n'ont jamaisreceu le Chapeau rouge , eftant morts fans avoir
efte à Rome.
Voilà tout ce qui le peut
dire en abregé fur l'origine , l'antiquité & la maniere de créér les Cardinaux , je reſerve les ceremonies de leurs obfeques
lorſque Dieu en aura difposé de quelqu'un.
dignité de Cardinal.
LEPape a fait une pro-
&
motion de dix- huit Cardi
naux le 18. du mois de May,
il en a declaré onze
s'en eft refervé fept inpetto.
Onfera bien aife d'apprendre l'origine de cette dignité , qui eft à preſent la ſeconde de l'Eglife , le Pape
en eftant le chef.
Les Papes , à l'imitation
de faint Pierre & de fes
fucceffeurs , font tousjours
demeurez Evefques de RoJuin 1712.
T
218 MERCURE
me, quoyqu'ils fuffent eftablis de Dieu le chefdetous
les Chreftiens , cette ville
eftant le premier Eveſché
du monde, & le lieu particulier de leur refidence.
De là eft venu que ne
pouvant entrer eux - mefmes dans le détail du gouvernement de leur Dioceſe
pendant qu'ils avoient à
regler le fpirituel de toute
la terre,ils firent choix d'un
certain nombre d'Evef
ques , de Preftres , & de
Diacres, pour les foulager,
comme autant de Coadju
GALANT. 219
teurs , & de Vicaires.
Les premiers faifoient la
fonction d'Evefques dans
le détroit de Rome , à la
place du Pape , & avoient
chacun leur Eglife particuliere dans l'enceinte du
Dioceſe.
Les Preftres eftoient Titulaires des Paroiffes de la
ville , & prenoient la conduite des ames comme les.
Curez font aujourd'huy
& les Diacres avoient le
foin de quelques Eglifes ou
Chapelles de devotion qu'-
ils tenoient en Diaconies,
Tij
220 MERCURE
& devoient affifter le Pape
quand il officioit publiquement.
* Ces trois Ordres eurent
le nom de Cardinati ou Car
dinales , pour dire qu'ils eftoient les premiers & les
Chefs des autres , & que
c'eftoit fous leur conduite
que rouloient toutes les affaires du Dioceſe ; & parce que les Preftres & les
Diacres de quelques autres
villes prirent aufſi le meſme nom de Cardinaux
afin de fe diftinguer des autres Preftres, & des autres
GALANT. 221
Diacres qui leur eftoient inferieurs & foumis , les Papes ordonnerent qu'il n'y
auroit que ceux qu'ils avoient choifis , qui le pourroient honorer du titre de
Cardinal , ce qui a eſté inviolablement obfervé par
lafuite dans toute l'Italie.
Avec le temps ces digni
tez ſe font rendues fort recommandables. Les Papes
qui ne choififfoient pour
Cardinaux que des perfonnes d'un merite diftingué,commencerent àavoir
une entiere confiance en
T iij
222 MERCURE
eux , ils les reveftirent des
principales charges & dignitez, ils leur donnerent
le premier rang dans tous
les tribunaux , & dans toutes les Congregations ; ils
leur mirent en mainles affaires les plus importantes ;
ils les firent leurs Confeillers d'Eftat , pour le temporel , & pour le fpirituel
de leur Royaume , ne reglerent prefque plus rien
que par leur avis , & par
leur confeil , de forte que
peu à peu ils font montez
au faifte de la gloire oùnous.
GALANT. 223
E
les voyons , & fe trouvent
aujourd'huy les premiers
du Clergé , faifant la meſmefigure dans l'Eſtat Ecclefiaftique que faiſoient
autrefois les Senateurs Romains dans l'ancienne
Rome.
pas
Mais ce qui releve infiniment l'éclat de ce haut
rang & leur donne le
au deffus des Evefques &
des Patriarches mefmes ,
c'eſt la puiffance qu'ils ont
dans l'Eglife durant le Siege vacant, le droit d'élire
le nouveau Pape , & l'a
T iiij
224 MERCURE
vantage d'eftre les feuls fur
qui tombe cette élection
les Confiftoires dont ils
font les membres , comme
le Pape en eft le chef.
Ces grandes prérogati
ves leur ont acquis le titre
de Princes de l'Eglife , &
en cette qualité ils prétendent aller de pair avec les
Teftes couronnées, &trouventpeu de Princes en Ita
lie qui leur veuillent difputer le pas ; auffi ont-ils des
marques exterieures qui
font connoiftre la gran
deur d'une dignité fi émi-
GALANT. 225
mente , les fouverains Pontifesont voulu qu'ils fuffent
veftus de pourpre , & principalement quand ils paroiffent en public.
Innocent IV. fut le premier qui leur donna le chapeau rouge au Concile de
Lyon en 1244. Boniface
VIII. permit aux Cardinaux feculiers de porter
l'habit rouge , quand les
Papes commencerent à ſe
veftir de blanc. Paul III.
leur accorda le Bonnet
rouge , & enfin Gregoire
XIV. permit aux Cardi-
226 MERCURE
nota
naux Religieux de le por
ter voulant neanmoins
qu'ils continuaffent tousjours à s'habiller de la couleur de leur Ordre
queles Clercs Reguliers ne
retiennent point la couleur
de l'Ordre quand ils font
faits Cardinaux , mais ils
prennent la pourpre commeles Cardinaux feculiers
Toutes ces differentes
couleurs ne font pas fans
raifon, &fans quelque forte de myftere : le Pape eft
veftu de blanc pour donner à entendre que fa vie
GALANT. 227
doit eftre plus pure & plus
nette que celle de tous les
autres Chreftiens , & qu'il
faudroit eftre fans tache &
fans deffaut, s'il le pouvoit,
pour s'affeoir dans la chaire
de faint Pierre.
La pourpre eft la couleur des Rois & des Empereurs , mais cette couleur a
efté donnée encore aux
Cardinaux pour les faire
reffouvenir qu'ils doivent
eftre tousjours preſts à repandre leur fang quand il
s'agit de fouftenir les interefts de la foy , c'eſt pour
118 MERCURE
cette raison qu'ils portent
l'habit rouge dans les jours
ordinaires qui eft la pourpre naturelle , & la veritable couleur du fang , an
lieu que dans les jours de
trifteffe ils prennent le violet qui eft une couleur de
pourpre plus lugubre &
plus obfcure , & qui imite
affez le fang livide d'un
homme accablé de maladies &dechagrins , & parce que durant deux jours
de l'année qui font le troifiéme Dimanche de l'Advent , & le quatriéme de
GALANT. 229
Carefme , l'Eglife mefle
un peu dejoye dans fa trif
teffe , comme ayant paffé
la moitié du temps de penitence , & fe voyant approcher des jours heureux
de la Naiffance , & de la
Refurrection du Sauveur,
alors les Cardinaux prennent une eftoffe de roſe feche , qui eft beaucoup plus
rouge que le violet , & qui
neanmoins eft plus fombre
que le rouge mefme.
Pour les Cardinaux Religieux ils ont retenu jufqu'aprefent la couleur de
230 MERCURE
leur Ordre fur leurs habits,
à l'exception des Clercs Reguliers , comme je l'ay dit
cy. devant , & les Papes ont
voulu faire connoiftre exterieurement par là l'eftime qu'ils ont tousjours faites de la hierarchie Regu
liere , voulant bien l'admettre avec la Seculiere
dans tous les honneurs du
Clergé , ils leur ont ſeulement accordé le Chapeau,
le Bonnet , & la Calotte
rouge, pour les diſtinguer
des autres Prélats.
Al'égard du nombredes
GALANT. 231
Cardinaux , il n'a pas tousjours efté le meſme , quelques uns prétendent qu'ils
n'eftoient que vingt- cinq
dans les premiers fiecles, &
que Rome eftant divifée en
vingt- cinq paroiffes , ils
en eftoient les Curez &
les Paſteurs ; maisfans aller
ficavant dans l'antiquité ,
contentons- nous des fiecles plus recens , nous trouverons qu'ils ont efté longtemps fixez à cinquantetrois , dont il y en avoir
fept d'Evefques, vingt huit
de Preftres , & dix - huit de
232 MERCURE
Diacres ; les Evefques eftoient les coadjuteurs du
Pape dans le Dioceſe de
Rome , & préfidoient fur
le Clergé , les vingt - huit
Preftres faifoient l'office de
Vicaires du Pape, & avoient
chacun une Eglife particuliere dans Rome où ils exerçoient toutes les fonctions parochiales , les dixhuit Diacres avoient auffi
chacun leur Eglife dans les
quatorze quartiers de la
Ville qui eftoit leur Diaconé particulier. Ce nombre.
fut fort alteré , & diminua
quand
GALANT. 233
quand les Papes ont negli
gé de pourvoir aux places
vacantes des titres, ou qu'ils
les ont donné en comman
de, & au contraire ileft de
beaucoup augmenté lorfqu'ils en ont créé de nouveaux.
Quand Nicolas III. fut
éleu Pape , il n'y avoit que
huit Cardinaux , & peu avant la mort d'Alexandre
IV. il ne s'en trouva que
quatre ; mais en revanche
fous le Pontificat de Pie IV.
on en a veu jufqu'à ſoixante & quatorze. Cette granFuin 1712.
V
234 MERCURE
de diverfité donna occa
fion à Sixte V. d'en fixer le
nombre à foixante & dix ,
en memoire des foixante &
dix Vieillards dont il eſt
parlé dans l'Ecriture , & il
ordonna qu'il y auroit fix
Evefques , cinquante Preftres , & quatorze Diacres ,
& ce nombre eft demeuré
jufques àprefent. Les Evef
ques ont chacun leur Eglife dans le détroit de Rome;
les Preftres ont leur titre
dans la Ville , & les Diacres.
yont leurs Diaconats.
La juriſdiction que les
GALANT. 235
Cardinaux Evefques ont
aujourd'huy dans leur
Eglife & dans la Ville
où elle eft fituée est une
veritable juriſdiction Epifcopale & ordinaire. Il y a
ce
cependant cette difference
que les fept Evefchez Cardinaux ( dont il y en a
deux de réunis ) ne requierent point de refiden-
& font compatibles
avec d'autres Evefchez.
Celles que les Cardinaux
Preftres, & les Cardinaux
Diacres ont dans leurs titres & dans leurs DiacoV ij
236 MERCURE
nats , fe peut direunejurifdiction prefqueEpifcopales
elle ne s'eftend que dans
l'enceinte de l'Eglife , & de
la Sacriftie. Ils y ont la
chaife Epiſcopale fous un
dais comme les Evefques.
Ils y beniffent folemnellement le peuple ; ils yont la
nomination des Benefices
quand ce font des Eglifes
Collegiales ; ils y vont le
Rochet découvert pour y
faire voir leur pouvoir , &
parmyces titres & ces Diaconats , il s'yrencontre des
Egliles Collegiales , des Par
GALANT. 237
roiffes , des Convents
d'Hommes , des Monafteres de Filles , des Hofpitaux , & de fimples Eglifes
de devotion.
Pourla forme de la crea
tion des Cardinaux , le Pa
pe en eft entierement le
maiftre, & quand il a refolu.
de faire une promotion , il
prend le jour d'un ConfiItoire ( n'ayant communiqué fon deffein à perfonne ) & aprés avoir donné
Audience aux Cardinaux ,
& avoir expedié toutes les
affaires pour lesquelles l'af
238 MERCURE
femblée confiftoriale eft
faite , fa Sainteté eftant fur
le point de fortir , tefmoigne aux Cardinaux qu'Elle
eft dans le deffein de leur
donner des Confreres , &
leur demande, fuivant l'ancien ufage , ce qui leur
femble. Le Doyen des Car
dinaux parle ordinairement pour tout le corps ,
& chacun approuve feparément le choix de fa Sainteté par quelque figne de
tefte , ou autrement , aprés
quoy le Pape les créé , &
les declare Cardinaux , &
GALANT 239
puis s'en va , laiffant fur un
fiege la lifte de leurs noms
qui fe publie à la fortie du
Confiftoire.
Les Cardinaux nouveaux
élûs , qui font pour lors à
Rome, vontfaire leur premiere vifite au Pape dés le
mefme jour , & eftant introduits les uns aprés les
autres par un maiſtre des
ceremonies , fa Sainteté
leur donne le Bonnet rouge qu'il leur met fur la teſte
eftant à genoux , & le maiftre des ceremonies luy
met le Camail violet fur
"
240 MERCURE
•
les épaules , puis ayant ofte
fon Bonnet il baife les
pieds de fa Sainteté puis.
fa main, aprés quoy le Pa
l'embraffe & le fait relever, ce qui fe fait à tous
les uns aprés les autres
aprés quoy on leur donne
de petits fieges , & le Pape
les reçoit à l'Audience affis
pe
& couverts.
L'Audience finie ils fe
retirent , & vont rendre
viſite au Cardinal Doyen ,
& puis s'en retournent
chez eux où ils demeurent,
& reçoivent les vifites incognito ,
GALANT. 241
cognito, jufqu'au Confiftoire
public dans lequel le Pape
leur donne le Chapeau ,
où il y a ordinairement une
celebre compagnie , le Pape veſtu pontificalement ,
& placé fur fon Throne ,
avec toute fa Cour , reçoit
les nouveaux Cardinaux
qui font conduits par un!
ancien , & aprés avoir bai
sé les pieds & la main du
Pape qui les embraſſe , ils
vont embraffer tous les
Cardinaux les uns aprés les
autres , puis retournant au
Throne ils reçoivent à ge
Juin 1712.
X
242 MERCURE
noux le Chapeau rouge des
mains du Pape , aprés quoy
oftant le Chapeau, & ayant
falué fa Sainteté , fe rangent parmy les autres Cardinaux. Sa Sainteté s'eftant
retirée , les Cardinaux anciens & nouveaux vont à
la Chapelle où on chante
le Te Deum , puis les Prieres finies , les nouveaux
Cardinaux fortent les premiers , & demeurent à la
porte de la Chapelle pour
remercier les anciens à mefurequ'ils paffent , puis s'en
retournent chacun chez
eux.
GALANT. 243
L'apréfdinée ils vont à
l'Eglife faint Pierre du Vatican , où aprés avoir adoréle faint Sacrement , vont
à la Confeffion de S. Pierre pour visiter les Corps
faints , aprés quoy font
leurs vifites le lendemain
& autres jours fuivants aux
anciens Cardinaux.
J
Dans un Confiftoire ſecret le Pape fait la ceremonie de leur fermer la
bouche , qui leur est ouverte dans un autre quelques
jours aprés. Ces deux ceremonies fe font à huis
X ij
244 MERGURE
clos , & ne font rien autre
chofe qu'un filence que fa
Sainteté leur impofe , qui
les rend hors d'eftat d'opiner dans les Confiftoires & Congregations , &
quand il leur declare enfuite qu'il leur ouvre la bouche, il les releve de ces empeſchemens , & diftribuë à
chacun defdits Cardinaux
un titre de Cardinal Pref
tre , ou de Cardinal Dia
cre , leur mettant au quatriéme doigt une bague
d'or pour marque du mariage qu'ils contractent
GALANT. 245
avec l'Eglife , puis vont
prendre poffeffion de l'Eglife dont ils ont le titre.
Pour les Cardinaux abfens le Pape leur envoye
la Calotte rouge dans l'endroit où ils font en Nonciature, ou dans le Royau
meoù ils ont leur refidence, & pour lors c'est le Roy
ou le Prince Souverain qui
la leur met fur la tefte , &
qui la reçoit du Camerier
que le Pape envoye pour
cet effet , comme il s'eft
veu plufieurs fois en France , lorfque le Roy l'a donX iij
246 MERCURE
née à plufieurs Nonces que
le Pape avoit fait Cardinauxpendant leur Nonciature , & à d'autres Cardinaux François , ce qui fe
fait ordinairement après la
Meſſe du Roy. Pour le
Chapeau Rouge & les autres ceremonies, ils ne peuvent les recevoir qu'ils ne
foyent à Rome, ne pouvant
recevoir le Chapeau Rouge que des mains du Pape,
& le titre qu'après les deux
ceremonies d'ouvrir & de
fermer la bouche , c'eſt ce'
qui fait qu'il y a quantité
GALANT. 247
de Cardinaux qui n'ont jamaisreceu le Chapeau rouge , eftant morts fans avoir
efte à Rome.
Voilà tout ce qui le peut
dire en abregé fur l'origine , l'antiquité & la maniere de créér les Cardinaux , je reſerve les ceremonies de leurs obfeques
lorſque Dieu en aura difposé de quelqu'un.
Fermer
Résumé : Discours sur l'origine & la dignité de Cardinal.
Le texte traite de la dignité et de l'origine des cardinaux dans l'Église catholique. Le 18 mai, le pape a promu dix-huit cardinaux, en déclarant onze et en réservant sept in petto. La dignité cardinalice est la seconde dans l'Église, après celle du pape. Les papes, imitant saint Pierre, résident à Rome, premier évêché du monde. Ne pouvant gérer seuls leur diocèse tout en régissant l'Église universelle, ils ont choisi des évêques, prêtres et diacres pour les assister. Ces trois ordres, appelés cardinaux, étaient chargés des affaires du diocèse et se distinguaient par leurs fonctions spécifiques : les évêques représentaient le pape dans le diocèse, les prêtres dirigeaient les paroisses, et les diacres assistaient le pape lors des offices publics. Avec le temps, les cardinaux ont acquis des prérogatives importantes, devenant conseillers du pape et participant aux affaires temporelles et spirituelles. Ils ont le droit d'élire le nouveau pape et de gouverner l'Église durant le siège vacant, ce qui leur vaut le titre de princes de l'Église. Leur habillement, notamment la pourpre, symbolise leur rôle et leur dévouement. Le nombre de cardinaux a varié au fil des siècles, mais il est actuellement fixé à soixante-dix, répartis en évêques, prêtres et diacres. La création des cardinaux est un processus cérémoniel dirigé par le pape, incluant des visites et des audiences spécifiques. Pour les cardinaux absents, le pape envoie la calotte rouge, qui est ensuite placée sur leur tête par le roi ou le prince souverain dans le pays où ils résident. Cette cérémonie a eu lieu plusieurs fois en France, souvent après la messe du roi. Le chapeau rouge et les autres cérémonies ne peuvent être reçus qu'à Rome, directement des mains du pape. De plus, le titre de cardinal est conféré après deux cérémonies spécifiques : l'ouverture et la fermeture de la bouche. En conséquence, de nombreux cardinaux n'ont jamais reçu le chapeau rouge s'ils sont décédés avant de se rendre à Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 199-211
A Parme le 17. Septembre.
Début :
Samedy aprés midy 15. de ce mois le Cardinal Gozzadini [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Mariage, Princesse, Cardinaux, Dames, Cardinal, Duc de Parme, Princes, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Parme le 17. Septembre.
AParme le 17. Septembre.
Samedy aprés midy 15. de
ce mois le Cardinal Gozzadini
Legat de Sa Sainteté fit
ſon entrée publique en cette
Ville , les Princes & le Cardinal
Acquaviva furent à ſa
rencontre , ily avoit avec luy
beaucoup de Nobleſſe & un
grand nombre de Domeſtiques
tous veſtus de riches &
magnifiques livrées , il eſtoſt
accompagné des Gardes du
-R iiij
200 MERCURE
Corps , les Grenadiers eſtoient
diſpoſez dans les places & l'Infanterie
dans les avenuës du
Cours pour empêcher le defordre
: il eſtoit precedé du
Clergé , cette Ceremonie
commença & finit ſans le
moindre defordre & aux applaudiffements
de tout le
monde.
La Reine voulut la voir &
pour cet effet Elle ſe rendit
avec la Princeſſe ſa mere & la
Princeſſe Iſabelle au Palais
,
du Prince Antoine qui eſt dans
le Cours. A peine le Legat
eſtoit- il paſſfé ſous le Dais avec
GALANT. 201
5
leCardinal Acquaviva , eſtant
tousdeux entre le Duc de Parme,&
le Prince Antoine vêtus
d'un brocard d'or des plus
beaux & des plus riches
qu'Elle defcendit avec les Princeffes
par une porte fecrete
pour ſe trouver au Palais à l'arrivée
du Legat , là , voulant
prendre la derniere place ainſi
qu'Elle avoit accoutumée de
faire , la Princeſſe ſa mere la
luy ceda , & ſe mit dans la
ſeconde , & la Princeſſe Iſabelle
dans la derniere : cette
nuit mêmeElle receut le Legat
ſous le Throne&paſſa enfuite
202 MERCURE
dans un appartement Royal :
on fit les viſites qui durerent
juſqu'à quatre heures pour
donner lieu à l'une & à l'autre
Nobleſſe auſſi-bien qu'aux
Etrangers d'aller aux Opera.
Dimanche matin 16. du
courant , les Grenadiers , l'Infanterie,
les Compagnies des
Gardes du Corps à cheval ,
les Archers , & la Garde Suiffe
furentdans lemême ordreque
le jour precedent &pofé dans
les mêmes endroits. On alla
entendre la Meſſe au Dôme
qui paroiſſoit un Ciel par ſa
grandeur , par les belles pein
GALANT. 203
tures du Corregge & par les
emblêmes qu'on y avoit mis.
La Reine étoit ſous un Thiône
, ayant à ſa main droite le
Duc de Parme qui reprefentoit
le Roy d'Eſpagne. La
Princefle mere de la Reine &
leCardinalAcquaviva étoient
dans des fauteüils hors du
Thrône : dans deux autres
plus bas eſtoient la Princeſſe
Iſabelle & le Prince Antoine.
Le Legat celebra la Meſſe ,&
le Credo fini , il ſe mit ſous un
Dais qu'on luy avoit preparé ,
oùun Prelat lut la procuration
pour le mariage du Roy d'Ef.
204 MERCURE
pagne avee la Reine , & ur
autre la diſpenſe du Pape. Le
Duc de Parme mit enſuite au
doigt de la Reine un anneau
d'un riche diamant ; le Legat
preſenta la rofe , & la Ceremonie
finit avec un applaudiſſement
univerſel. Pendant
qu'elle dura, la Princeſſe mere
de la Reine ne leva jamais les
yeux de deſſus la Reine ſa fille
qui fut complimentée , & elle
enfuite par les Princes & les
deuxCardinaux. Dans le moment
que la Reine defcendit
du Throſne pour ſe retirer
la Princeſſe ſa mere avant de
د
GALANT. 205
luy donner le bras voulut luy
baiſer la main , mais la Reine
employa toute ſa force pour
la retirer avec beaucoup de
vivacité d'eſprit & un grand
reſpect ; là tous ceux qui y prirent
garde ne purent s'empêcher
de pleurer de tendreffe ;
la foule fut grande , & il y
eût un nombre infini de Dames
& de Gentilhommes , celles
cy habillées magnifiquement
& parées de diamants &
de toutes fortes de pierres précieuſes
, & ceux cy avec des
habits à la Romaine galonnez
d'or ,& leurs manteaux dou
206 MERCURE
blez de brocard , excepté les
gens du Legat dont les habits
n'étoient point galonnez d'or,
tous les autres étoient vêtus à
la Françoiſe auſſi magnifiquement
& auffi richement que
les premiers. La Reine mangea
en particulier avec laPrinceffe
la mere , les Princes mangerent
en publicavec les deux
Cardinaux. Le ſoir on repreſenta
une Paftorale dans le
grand Theâtre , cù il y cût
plus de 1 5000. perſonnes. La
Reine y fut avec les Princes &
les Cardinaux qui fortirent au
commencement de la piece
GALANT. 207
pour garder le decorum. Il y
avoit plus de 700. Dames , &
dans la Place du milieu entre
les deux angles on fit un bal
où danſerent douze jeunes
Demoiselles avec autant de
jeunes Seigneurs : de temps à
autre on portoit des rafraî
chiſſements de forbet , &c . on
preſenta à toutes les Dames
quiy étoient des petits paniers
verds attachez à des rubans
remplis de confitures ſeches ,
& on porta des eaux glacées
aux gens de diſtinction Tour
ſe paſſa ſans aucun bruit ny
confufion : à ſept heures ces
208 MERCURE
1
champseliſées diſparurent ,&
chacun ſe retira ſurpris d'une
fi grande magnificence. Le
Legat devoit aujourd'huy
partir , mais les Princes ont
fait tout leur poſſible pour
l'obliger à differer ſon départ
juſqu'à demain. On ne ſçast fi
la Reine qui devoit partir demain
apreſdinée pourra le faire
Samedy pour donner tems
à l'Armée de venir. Le Cardinal
Acquaviva diſpoſe de
tout , & il ne ſe fait rien que
les Princes ne prennent auparavant
ſon avis& fon conſeil :
hier au foir le Duc de Parme
luy
GALANT. 209
:
luy fit preſent d'une Croix
garnie de gros diamants qui
renferme dans le milieu un
morceau de la vraye Croix ,
au haut il y a une pierre d'une
groffeur extraordinaire ; on
dit que cette Croix vaut douze
mille écus , quelques uns
même diſent encore beaucoup
plus . Ces jours paffez les
Cardinaux ont toûjours mangé
avec les Princes , & il y a
apparence que cela continuëra
juſqu'au départ du Legat , qui
probablement fera demain au
foir. La Reine quoyque déja
revêtuë de cette qualité , &
Octobre 1714. S
210 MERCURE
1
quoyqu'elle ait infiniment
d'eſprit , ne fait neanmoins
pas un pas fans en conſulter
auparavant ſon Eminence,qui
paſſe preſque les jours entiers
à luy donner les inftructions
neceffaires. La Princeſſe mere
en uſe déja avec ſa fille comme
elle feroit avec une grande
Reine étrangere. Quand
nous ſommes preſents à leurs
entreveues & aux converfations
qu'elles ont enſemble ,
les larmes nous viennent aux
yeux. On traite d'Excellence
le Comte del Verme ſon Majordome
, & la Comteſſe de
GALANT. 211-
Saint Vital ſa premiere Dame
d'Honneur qui doivent l'accompagner
juſqu'à Seſtri. Il
eſt certain que lorſque le Roy
d'Eſpagne & ſon Confeil
ſçauront toutes ces particularitez
, cela leurs donnera beaucoupde
plaifir.
Samedy aprés midy 15. de
ce mois le Cardinal Gozzadini
Legat de Sa Sainteté fit
ſon entrée publique en cette
Ville , les Princes & le Cardinal
Acquaviva furent à ſa
rencontre , ily avoit avec luy
beaucoup de Nobleſſe & un
grand nombre de Domeſtiques
tous veſtus de riches &
magnifiques livrées , il eſtoſt
accompagné des Gardes du
-R iiij
200 MERCURE
Corps , les Grenadiers eſtoient
diſpoſez dans les places & l'Infanterie
dans les avenuës du
Cours pour empêcher le defordre
: il eſtoit precedé du
Clergé , cette Ceremonie
commença & finit ſans le
moindre defordre & aux applaudiffements
de tout le
monde.
La Reine voulut la voir &
pour cet effet Elle ſe rendit
avec la Princeſſe ſa mere & la
Princeſſe Iſabelle au Palais
,
du Prince Antoine qui eſt dans
le Cours. A peine le Legat
eſtoit- il paſſfé ſous le Dais avec
GALANT. 201
5
leCardinal Acquaviva , eſtant
tousdeux entre le Duc de Parme,&
le Prince Antoine vêtus
d'un brocard d'or des plus
beaux & des plus riches
qu'Elle defcendit avec les Princeffes
par une porte fecrete
pour ſe trouver au Palais à l'arrivée
du Legat , là , voulant
prendre la derniere place ainſi
qu'Elle avoit accoutumée de
faire , la Princeſſe ſa mere la
luy ceda , & ſe mit dans la
ſeconde , & la Princeſſe Iſabelle
dans la derniere : cette
nuit mêmeElle receut le Legat
ſous le Throne&paſſa enfuite
202 MERCURE
dans un appartement Royal :
on fit les viſites qui durerent
juſqu'à quatre heures pour
donner lieu à l'une & à l'autre
Nobleſſe auſſi-bien qu'aux
Etrangers d'aller aux Opera.
Dimanche matin 16. du
courant , les Grenadiers , l'Infanterie,
les Compagnies des
Gardes du Corps à cheval ,
les Archers , & la Garde Suiffe
furentdans lemême ordreque
le jour precedent &pofé dans
les mêmes endroits. On alla
entendre la Meſſe au Dôme
qui paroiſſoit un Ciel par ſa
grandeur , par les belles pein
GALANT. 203
tures du Corregge & par les
emblêmes qu'on y avoit mis.
La Reine étoit ſous un Thiône
, ayant à ſa main droite le
Duc de Parme qui reprefentoit
le Roy d'Eſpagne. La
Princefle mere de la Reine &
leCardinalAcquaviva étoient
dans des fauteüils hors du
Thrône : dans deux autres
plus bas eſtoient la Princeſſe
Iſabelle & le Prince Antoine.
Le Legat celebra la Meſſe ,&
le Credo fini , il ſe mit ſous un
Dais qu'on luy avoit preparé ,
oùun Prelat lut la procuration
pour le mariage du Roy d'Ef.
204 MERCURE
pagne avee la Reine , & ur
autre la diſpenſe du Pape. Le
Duc de Parme mit enſuite au
doigt de la Reine un anneau
d'un riche diamant ; le Legat
preſenta la rofe , & la Ceremonie
finit avec un applaudiſſement
univerſel. Pendant
qu'elle dura, la Princeſſe mere
de la Reine ne leva jamais les
yeux de deſſus la Reine ſa fille
qui fut complimentée , & elle
enfuite par les Princes & les
deuxCardinaux. Dans le moment
que la Reine defcendit
du Throſne pour ſe retirer
la Princeſſe ſa mere avant de
د
GALANT. 205
luy donner le bras voulut luy
baiſer la main , mais la Reine
employa toute ſa force pour
la retirer avec beaucoup de
vivacité d'eſprit & un grand
reſpect ; là tous ceux qui y prirent
garde ne purent s'empêcher
de pleurer de tendreffe ;
la foule fut grande , & il y
eût un nombre infini de Dames
& de Gentilhommes , celles
cy habillées magnifiquement
& parées de diamants &
de toutes fortes de pierres précieuſes
, & ceux cy avec des
habits à la Romaine galonnez
d'or ,& leurs manteaux dou
206 MERCURE
blez de brocard , excepté les
gens du Legat dont les habits
n'étoient point galonnez d'or,
tous les autres étoient vêtus à
la Françoiſe auſſi magnifiquement
& auffi richement que
les premiers. La Reine mangea
en particulier avec laPrinceffe
la mere , les Princes mangerent
en publicavec les deux
Cardinaux. Le ſoir on repreſenta
une Paftorale dans le
grand Theâtre , cù il y cût
plus de 1 5000. perſonnes. La
Reine y fut avec les Princes &
les Cardinaux qui fortirent au
commencement de la piece
GALANT. 207
pour garder le decorum. Il y
avoit plus de 700. Dames , &
dans la Place du milieu entre
les deux angles on fit un bal
où danſerent douze jeunes
Demoiselles avec autant de
jeunes Seigneurs : de temps à
autre on portoit des rafraî
chiſſements de forbet , &c . on
preſenta à toutes les Dames
quiy étoient des petits paniers
verds attachez à des rubans
remplis de confitures ſeches ,
& on porta des eaux glacées
aux gens de diſtinction Tour
ſe paſſa ſans aucun bruit ny
confufion : à ſept heures ces
208 MERCURE
1
champseliſées diſparurent ,&
chacun ſe retira ſurpris d'une
fi grande magnificence. Le
Legat devoit aujourd'huy
partir , mais les Princes ont
fait tout leur poſſible pour
l'obliger à differer ſon départ
juſqu'à demain. On ne ſçast fi
la Reine qui devoit partir demain
apreſdinée pourra le faire
Samedy pour donner tems
à l'Armée de venir. Le Cardinal
Acquaviva diſpoſe de
tout , & il ne ſe fait rien que
les Princes ne prennent auparavant
ſon avis& fon conſeil :
hier au foir le Duc de Parme
luy
GALANT. 209
:
luy fit preſent d'une Croix
garnie de gros diamants qui
renferme dans le milieu un
morceau de la vraye Croix ,
au haut il y a une pierre d'une
groffeur extraordinaire ; on
dit que cette Croix vaut douze
mille écus , quelques uns
même diſent encore beaucoup
plus . Ces jours paffez les
Cardinaux ont toûjours mangé
avec les Princes , & il y a
apparence que cela continuëra
juſqu'au départ du Legat , qui
probablement fera demain au
foir. La Reine quoyque déja
revêtuë de cette qualité , &
Octobre 1714. S
210 MERCURE
1
quoyqu'elle ait infiniment
d'eſprit , ne fait neanmoins
pas un pas fans en conſulter
auparavant ſon Eminence,qui
paſſe preſque les jours entiers
à luy donner les inftructions
neceffaires. La Princeſſe mere
en uſe déja avec ſa fille comme
elle feroit avec une grande
Reine étrangere. Quand
nous ſommes preſents à leurs
entreveues & aux converfations
qu'elles ont enſemble ,
les larmes nous viennent aux
yeux. On traite d'Excellence
le Comte del Verme ſon Majordome
, & la Comteſſe de
GALANT. 211-
Saint Vital ſa premiere Dame
d'Honneur qui doivent l'accompagner
juſqu'à Seſtri. Il
eſt certain que lorſque le Roy
d'Eſpagne & ſon Confeil
ſçauront toutes ces particularitez
, cela leurs donnera beaucoupde
plaifir.
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Résumé : A Parme le 17. Septembre.
Le 17 septembre, le cardinal Gozzadini, légat du pape, arriva publiquement à Parme, escorté par des nobles et des gardes du corps. Il fut accueilli par les princes et le cardinal Acquaviva. La reine, accompagnée de la princesse sa mère et de la princesse Isabelle, rencontra le légat au palais du prince Antoine. Des visites se poursuivirent tard dans la nuit, permettant à la noblesse et aux étrangers d'assister aux opéras. Le 16 septembre, les forces militaires furent déployées de manière ordonnée pour la messe au Dôme, décoré de peintures et d'emblèmes. La reine, accompagnée du duc de Parme, assista à la cérémonie où le duc lui remit une bague et le légat lui offrit une rose. La cérémonie se conclut sous les applaudissements universels. La princesse mère observa attentivement sa fille durant toute la messe. Après la cérémonie, la reine reçut des félicitations des princes et des cardinaux. Lors de son retrait, la princesse mère tenta de baiser la main de la reine, mais celle-ci refusa avec respect. Le soir, une pastorale fut représentée au grand théâtre devant plus de 15 000 personnes, suivie d'un bal. Le texte met en lumière la relation affectueuse entre la reine et sa mère, comparée au respect dû à une reine étrangère. Le Comte del Verme et la Comtesse de Galant accompagnèrent la reine jusqu'à Sestri. Ces événements devaient ravir le roi d'Espagne et son conseil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 108-114
De Rome le 15. Février 1716.
Début :
Les Cardinaux de la derniere promotion s'empressent à l'envi [...]
Mots clefs :
Cardinal, Cardinaux, Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome le 15. Février 1716.
De Rome le iy Février 1716.
Les Cardinaux de la demiere
promotion s'empressent à
l'envi de faire de riches presents
au Pape; le Cardinal -
Scotti,Gouverneur de Rome
luya envoyéun grand Lnftrç
de cristal de roche &une Relique
de S. Charlesenchassee richement
& garnie de pierres
précieu Ces)il y a entre autres
ungros diamant au milieu de
la Chasse.
Jeudy on fit ies obfcques
du Roy Louis XIV. à S. Jean
de Latran, les Cardinaux de
la Tremoüille Gualteno
,
&
&Oaobont y assistèrent. L'O.
raison funt bré sur prononcée
par unJesuite; le General des
Dominicains fit faire aussi les
obseques de Sa Mijcfté
,
dans
l'Eglise de la Minerve
,
& ce
sur luyqui chanta la McflTe.
Vendredi de la semaine palfée
le Cardinal.Orfini arriva,
en cette Villeaccompagné du
Cardinal Albani,qui,par ordre
de Sa Sainteté
,
étoit allé audevant
4c luy
,
il le quitta à
Sainte Marie Majeure ,
après
quoy il prit la poste pour aïkr à
Soriano
,
où il passeralecarnaval.
Quant auCardioalOrsini,il
demeura une grosse heure ca
priere dans la Chapelle de la
Vierge de Sainte Marie Majeure,
de là ilfut àl'Egliseneuve;
où il resta encore longtemps
en Oraisondans laChapellede
S. Philippes de Neri; ensuire
il fut chez le Cardinal Marescottjde-)
à:uPabiArtrj.,voir
lavieillePrincessedecenorn^
après ces visites il se retira au
Convent de la Minerve, il y
trouva les Cardinaux Ferrari,
Altien&Vallemuni
)
dont Il
ne voulue point recevoir les
compliments qu'il n'eût vu
auparavant le Pere General.
Mardy dctnicr le Marquis
Camille mouruten cetre Ville
d'apoplexie, L'Abbé Montes,
Espagnolquia fait des écrits
pour soûtenir les dioitsduS.
Siege contre les prétentions de
k Courd'Espagne
,
&qnien
recompenseacûunCanonicat
de S. Jean de LatranViirnc
d'estre déclaré par Sa Sainteté
Archevêque de Seleucièinpartibus,
titrequ'avottleCardinal
Patriffi avant sa promotion
Outre cela le Papea fait prc*
sent audit Abbé Montes d'un
de ses rochers
,
d'une chap,
& d'une bague.
Le Pape a fait entendre au
Marquis Bichi, neveu du Cardinal
de ce nom, que s'il ne retourne
avec la Marquise Lanci
sa femme
,
ille fera mettrean
Château S Ange ; cet ordre
esté signifié réciproquement à
l'Epouse fous peine d'excommunication
en cas de d'tfobéïG riance.,
Tous les effers du Comte
Ordaschi,Ecuyerdel'Ambak
fadeurde Venise,ont estéinventoriez
ventoriez&saisis par laJustice,
pour raison du mauvaistraitement
dont on a parlé dans les
avis precedencs. L'Eglise qui
avoit i:fté foüillée du sang des
SEbirrves,aceqstéurebecnie.p.ar un
Le Saint Pere a fait augmenter
jusques à 100.xhevaux
laCompagnie des Cuiraiffers
de sa garde; elle doit
,
partir -
pour Apcone vers le commen-
*
cernent du mois prochain.
Dans la derniereCongrégation
Militaire il a esté résolu
de faire monter à cheval
-
les
Milices des Provinces de la -
Marche & de la Romagne
pour estre distribuées sur les
Plages desdites Provinces.
Le CardinalOrsinieue audiance
du Pape Dimanche dernier.
Sa Sainteté luya envoyé
un present de comestible.
Le Carnaval qui dévoie commenceraujourd'huy
en cette
Ville,ne sefait point cectc année
à l'ordinaire
,
lambassadeur
de l'Empercur n'ayant pas
voulu permettre quela Cavalcade
des Tribunaux,qui sefait
encette occasion,passât devant
son Palais, à cause de laSbirrerie
qui la fuit, asosi le Pape
a deffendu les Masques..
Les Cardinaux de la demiere
promotion s'empressent à
l'envi de faire de riches presents
au Pape; le Cardinal -
Scotti,Gouverneur de Rome
luya envoyéun grand Lnftrç
de cristal de roche &une Relique
de S. Charlesenchassee richement
& garnie de pierres
précieu Ces)il y a entre autres
ungros diamant au milieu de
la Chasse.
Jeudy on fit ies obfcques
du Roy Louis XIV. à S. Jean
de Latran, les Cardinaux de
la Tremoüille Gualteno
,
&
&Oaobont y assistèrent. L'O.
raison funt bré sur prononcée
par unJesuite; le General des
Dominicains fit faire aussi les
obseques de Sa Mijcfté
,
dans
l'Eglise de la Minerve
,
& ce
sur luyqui chanta la McflTe.
Vendredi de la semaine palfée
le Cardinal.Orfini arriva,
en cette Villeaccompagné du
Cardinal Albani,qui,par ordre
de Sa Sainteté
,
étoit allé audevant
4c luy
,
il le quitta à
Sainte Marie Majeure ,
après
quoy il prit la poste pour aïkr à
Soriano
,
où il passeralecarnaval.
Quant auCardioalOrsini,il
demeura une grosse heure ca
priere dans la Chapelle de la
Vierge de Sainte Marie Majeure,
de là ilfut àl'Egliseneuve;
où il resta encore longtemps
en Oraisondans laChapellede
S. Philippes de Neri; ensuire
il fut chez le Cardinal Marescottjde-)
à:uPabiArtrj.,voir
lavieillePrincessedecenorn^
après ces visites il se retira au
Convent de la Minerve, il y
trouva les Cardinaux Ferrari,
Altien&Vallemuni
)
dont Il
ne voulue point recevoir les
compliments qu'il n'eût vu
auparavant le Pere General.
Mardy dctnicr le Marquis
Camille mouruten cetre Ville
d'apoplexie, L'Abbé Montes,
Espagnolquia fait des écrits
pour soûtenir les dioitsduS.
Siege contre les prétentions de
k Courd'Espagne
,
&qnien
recompenseacûunCanonicat
de S. Jean de LatranViirnc
d'estre déclaré par Sa Sainteté
Archevêque de Seleucièinpartibus,
titrequ'avottleCardinal
Patriffi avant sa promotion
Outre cela le Papea fait prc*
sent audit Abbé Montes d'un
de ses rochers
,
d'une chap,
& d'une bague.
Le Pape a fait entendre au
Marquis Bichi, neveu du Cardinal
de ce nom, que s'il ne retourne
avec la Marquise Lanci
sa femme
,
ille fera mettrean
Château S Ange ; cet ordre
esté signifié réciproquement à
l'Epouse fous peine d'excommunication
en cas de d'tfobéïG riance.,
Tous les effers du Comte
Ordaschi,Ecuyerdel'Ambak
fadeurde Venise,ont estéinventoriez
ventoriez&saisis par laJustice,
pour raison du mauvaistraitement
dont on a parlé dans les
avis precedencs. L'Eglise qui
avoit i:fté foüillée du sang des
SEbirrves,aceqstéurebecnie.p.ar un
Le Saint Pere a fait augmenter
jusques à 100.xhevaux
laCompagnie des Cuiraiffers
de sa garde; elle doit
,
partir -
pour Apcone vers le commen-
*
cernent du mois prochain.
Dans la derniereCongrégation
Militaire il a esté résolu
de faire monter à cheval
-
les
Milices des Provinces de la -
Marche & de la Romagne
pour estre distribuées sur les
Plages desdites Provinces.
Le CardinalOrsinieue audiance
du Pape Dimanche dernier.
Sa Sainteté luya envoyé
un present de comestible.
Le Carnaval qui dévoie commenceraujourd'huy
en cette
Ville,ne sefait point cectc année
à l'ordinaire
,
lambassadeur
de l'Empercur n'ayant pas
voulu permettre quela Cavalcade
des Tribunaux,qui sefait
encette occasion,passât devant
son Palais, à cause de laSbirrerie
qui la fuit, asosi le Pape
a deffendu les Masques..
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7
p. 69-90
SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
Début :
Les Cardinaux qui sont dans cette Captiale, ont presque tous [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Chevalier, Présents, Roi d'Angleterre, Princesse, Visites officielles, Églises, Ambassadeur, Cérémonie, Justice, Comtes, Pape, Fête, Honneur, Instruments, Château, Banquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
SUITE DU JOURNAL:
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
Fermer
8
p. 5-45
Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
Début :
Le Pape Innoncent (X) qui étoit un grand Homme, avoit û une [...]
Mots clefs :
Pape, Innocent X, Cardinaux, Couronne, Princesse, Nonce extraordinaire, Ambassadeur, Déclaration, Conclave, Reconnaissance, Négociation, Vérité, Théâtre, Ennemis, Maximes, Pontificat, Escadron, Abbé, Espagne, Marquis, Duchesse, Morale, Créatures, Conscience, Nomination, Alexandre VII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
E Pape Innocent ( X) qui
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
t
C
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H
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n
D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
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D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
Fermer
9
p. 124-129
LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
Début :
La Lettre du Pape au Roy d'Espagne, touchant l'entreprise / Tres-Cher Fils en Jesus-Christ, Salut & Bénédiction Apostolique. [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Flotte, Gloire, Consistoire, Cardinaux, Église romaine, Combats, Douleur, Discours, Réputation, Guerre sacrée, Conseillers, Religion catholique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
A Lettre du Pape au Roy d'Efpagne
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
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10
p. 147-149
A Rome, le 11 Novembre 1717.
Début :
Le Pape tint Consistoire le 11 de l'autre mois. Tous les Cardinaux [...]
Mots clefs :
Pape, Consistoire, Cardinaux, Prince électoral, Empereur, Décès, Hommage, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome, le 11 Novembre 1717.
A Rome , le 11 Novembre 1717 .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
Fermer
11
p. 153-155
A Rome le 30 Novembre.
Début :
Il est public dans Rome, que le S. Pere a fixé son départ d'ici, [...]
Mots clefs :
Cuirassiers, Chevaux, Cardinaux, Trésorier, Ordre, Ambassadeur, Doyen, Prison, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 30 Novembre.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Fermer
12
p. 592-594
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le 8. du mois dernier, le Cardinal Ottoboni, [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal, Cardinaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE .
Ds. du mois dernier , le Cardinal Ottoboni ,
Ans le Confiftoire fecret que le Pape tint le
Protecteur des Affaires de France , propofa l'Archevêché
de Bordeaux , pour l'Evêque de Mirepoix
, & l'Evêché d'Agen pour l'Abbé de Saleon;
après quoi ce Cardinal préconifa l'Evêque Titulaire
de Sarepte , pour l'Evêché de Tarbes , &
Abbé de l'Ifle du Guaft , pour celui de Limoge
A la fin du Confiftoire , le Pape fit Cardinal
M. Alamano Salviati , Florentin , Protonotaire
Apoftolique & Prefident de la Legation d'Urbin,
Le même jour au foir. ce nouveau Cardinal
fe rendit incognito au Palais du Vatican, pour
y recevoir la Barette des mains de Sa Sainteté ;
fe foir il y'eut , felon lá coûtume , des Feux & des,
Illuminations dans toutes les rues de la Ville
que la nuit fuivante. ainfi
→
Le 11. Fevrier, le Pape tint un Confiftoire public
, dans lequel S. S. donna le Chapeau au Cardinal
Salviati.
Le 22. les Cardinaux s'affemblerent pour la
premiere fois dans la Chapelle des Paremens , od
PAn
2
MARS. 1730. 593
l'Anneau du Pêcheur & le Sceau de la Chancellerie
Apoftolique furent rompus , felon l'ufage. ,
On lût enfuite les Conftitutions de Gregoire X.
de Jules II. de Pie IV . de Gregoire XV. & d'Urbain
VII . au ſujet de l'Election du Pape. M. Jean
Baptifte Ariberti de Cremone , Archevêque de
Palmire , fut choisi pour être Gouverneur du
prochain Conclave , & M. Spinola fut confirmé
dans les fonctions de Gouverneur de Rome : on.
nomma auffi deux Prédicateurs , dont l'un qui ,
eft Religieux Dominicain , doit faire l'Oraifon ,
Funebre du Pape , & l'autre nommé M. Cavalchini
, Promoteur de la Foi , doit prêcher à l'ouverture
du Conclave. Les Cardinaux Zondodari ,
Laurent Altieri & Alexandre Albani , furent
nommez Sur-Intendans de la conftruction du
Conclave.
2,
Enfuite le Sacré College s'étant rendu dans la
Chapelle de Sixte , le corps du feu Pape fut porté,
proceffionellement dans l'Eglife de S. Pierre , ou
les Cardinaux prirent leurs places , en la maniere
accoûtumée. M. Nicolai , Archevêque Titulaire
de Mira , & Vicaire de cette Eglife , fit les Encenfemens
& l'Abfoute , après quoi le corps fut
porté dans la chapelle du S. Sacrement pour y
demeurer en dépôt pendant trois jours , afin que
le Peuple pût lui baiſer les pieds & contenter ſa,
dévotion.
Le 24. les Cardinaux affifterent dans la même
Eglife à la premiere Meffe qui fut chantée pour
le repos de l'ame du Pape , par le Cardinal Ottoboni
qui fit l'Abſoute.
On publia le même jour dans toutes les Eglifes
de Rome l'Indulgence Pleniere en forme de Jubilé
, que le feu Pape accorda la veille de fa mort,
à l'occafion des Rhumes & autres Maladies de
poitrine qui affligent toute l'Italie.
Hij Le
594 MERCURE DE FRANCE.
Le 16. du mois dernier , jour du Jeudi gras
on donna au Peuple dans la Place de S. Marc
Venife , la Fête annuelle & les autres divertiffemens
inftituez en memoire de la Victoire que la
République remporta autrefois fur Ulric , Patriarche
d'Aquilée . Le Doge , la Seigneurie , les
Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers fe mirent
aux fenêtres d'une des Salles du Palais , & virent
paffer tous les Bouchers , habillez & armez de
differentes manieres , que le Peuple fuivoit en
confufion. On amena un Taureau à qui un Boucher
abattit la tête d'un feul coup de Sabre : il fit
enfuité le vol du haut de la Tour de S. Marc ;
après quoi on tira un Feu d'artifice , le concours
des Malques fut extraordinaire ce jour-là dans la
Place & aux Ridotti.
On mande de Rome & de prefque toutes les auties
Villes d'Italie , que les Fluxions , les Rhumes
& quantité d'autres Maladies , y font generales ,
que les Medecins en font attaquez comme les autres,&
qu'on a de la peine à en trouver pour traiter
les Malades.C'eft par la grande quantité de Malades
qu'il y a à Florence , que l'Archevêque de cette
Ville a demandé au Pape un Bref qui difpensât
fes Diocefains de faire Carême cette année.
On a fonné pendant trois jours toutes les cloches
des Eglifes de Venife , à l'occafion de la
mort du Pape.
Ds. du mois dernier , le Cardinal Ottoboni ,
Ans le Confiftoire fecret que le Pape tint le
Protecteur des Affaires de France , propofa l'Archevêché
de Bordeaux , pour l'Evêque de Mirepoix
, & l'Evêché d'Agen pour l'Abbé de Saleon;
après quoi ce Cardinal préconifa l'Evêque Titulaire
de Sarepte , pour l'Evêché de Tarbes , &
Abbé de l'Ifle du Guaft , pour celui de Limoge
A la fin du Confiftoire , le Pape fit Cardinal
M. Alamano Salviati , Florentin , Protonotaire
Apoftolique & Prefident de la Legation d'Urbin,
Le même jour au foir. ce nouveau Cardinal
fe rendit incognito au Palais du Vatican, pour
y recevoir la Barette des mains de Sa Sainteté ;
fe foir il y'eut , felon lá coûtume , des Feux & des,
Illuminations dans toutes les rues de la Ville
que la nuit fuivante. ainfi
→
Le 11. Fevrier, le Pape tint un Confiftoire public
, dans lequel S. S. donna le Chapeau au Cardinal
Salviati.
Le 22. les Cardinaux s'affemblerent pour la
premiere fois dans la Chapelle des Paremens , od
PAn
2
MARS. 1730. 593
l'Anneau du Pêcheur & le Sceau de la Chancellerie
Apoftolique furent rompus , felon l'ufage. ,
On lût enfuite les Conftitutions de Gregoire X.
de Jules II. de Pie IV . de Gregoire XV. & d'Urbain
VII . au ſujet de l'Election du Pape. M. Jean
Baptifte Ariberti de Cremone , Archevêque de
Palmire , fut choisi pour être Gouverneur du
prochain Conclave , & M. Spinola fut confirmé
dans les fonctions de Gouverneur de Rome : on.
nomma auffi deux Prédicateurs , dont l'un qui ,
eft Religieux Dominicain , doit faire l'Oraifon ,
Funebre du Pape , & l'autre nommé M. Cavalchini
, Promoteur de la Foi , doit prêcher à l'ouverture
du Conclave. Les Cardinaux Zondodari ,
Laurent Altieri & Alexandre Albani , furent
nommez Sur-Intendans de la conftruction du
Conclave.
2,
Enfuite le Sacré College s'étant rendu dans la
Chapelle de Sixte , le corps du feu Pape fut porté,
proceffionellement dans l'Eglife de S. Pierre , ou
les Cardinaux prirent leurs places , en la maniere
accoûtumée. M. Nicolai , Archevêque Titulaire
de Mira , & Vicaire de cette Eglife , fit les Encenfemens
& l'Abfoute , après quoi le corps fut
porté dans la chapelle du S. Sacrement pour y
demeurer en dépôt pendant trois jours , afin que
le Peuple pût lui baiſer les pieds & contenter ſa,
dévotion.
Le 24. les Cardinaux affifterent dans la même
Eglife à la premiere Meffe qui fut chantée pour
le repos de l'ame du Pape , par le Cardinal Ottoboni
qui fit l'Abſoute.
On publia le même jour dans toutes les Eglifes
de Rome l'Indulgence Pleniere en forme de Jubilé
, que le feu Pape accorda la veille de fa mort,
à l'occafion des Rhumes & autres Maladies de
poitrine qui affligent toute l'Italie.
Hij Le
594 MERCURE DE FRANCE.
Le 16. du mois dernier , jour du Jeudi gras
on donna au Peuple dans la Place de S. Marc
Venife , la Fête annuelle & les autres divertiffemens
inftituez en memoire de la Victoire que la
République remporta autrefois fur Ulric , Patriarche
d'Aquilée . Le Doge , la Seigneurie , les
Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers fe mirent
aux fenêtres d'une des Salles du Palais , & virent
paffer tous les Bouchers , habillez & armez de
differentes manieres , que le Peuple fuivoit en
confufion. On amena un Taureau à qui un Boucher
abattit la tête d'un feul coup de Sabre : il fit
enfuité le vol du haut de la Tour de S. Marc ;
après quoi on tira un Feu d'artifice , le concours
des Malques fut extraordinaire ce jour-là dans la
Place & aux Ridotti.
On mande de Rome & de prefque toutes les auties
Villes d'Italie , que les Fluxions , les Rhumes
& quantité d'autres Maladies , y font generales ,
que les Medecins en font attaquez comme les autres,&
qu'on a de la peine à en trouver pour traiter
les Malades.C'eft par la grande quantité de Malades
qu'il y a à Florence , que l'Archevêque de cette
Ville a demandé au Pape un Bref qui difpensât
fes Diocefains de faire Carême cette année.
On a fonné pendant trois jours toutes les cloches
des Eglifes de Venife , à l'occafion de la
mort du Pape.
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Résumé : ITALIE.
En Italie, le cardinal Ottoboni a proposé plusieurs nominations épiscopales lors d'un consistoire secret avec le pape. Il a suggéré l'archevêché de Bordeaux pour l'évêque de Mirepoix, l'évêché d'Agen pour l'abbé de Saleon, l'évêché de Tarbes pour l'évêque titulaire de Sarepte, et l'évêché de Limoges pour l'abbé de l'Île du Guaft. Le pape a également créé cardinal M. Alamano Salviati, protonotaire apostolique et président de la légation d'Urbino. Salviati a reçu la barrette lors d'une cérémonie au Vatican, suivie de feux d'artifice et d'illuminations dans les rues de Rome. Le 11 février, le pape a tenu un consistoire public pour remettre le chapeau cardinalice à Salviati. Le 22 février, les cardinaux se sont réunis pour la première fois dans la chapelle des Parlements, où l'anneau du pêcheur et le sceau de la chancellerie apostolique ont été rompus. Les constitutions des papes Grégoire X, Jules II, Pie IV, Grégoire XV et Urbain VII concernant l'élection du pape ont été lues. M. Jean-Baptiste Ariberti de Crémone, archevêque de Palmire, a été choisi comme gouverneur du prochain conclave, et M. Spinola a été confirmé dans ses fonctions de gouverneur de Rome. Deux prédicateurs ont été nommés, dont un dominicain pour l'oraison funèbre du pape et M. Cavalchini pour prêcher à l'ouverture du conclave. Les cardinaux Zondodari, Laurent Altieri et Alexandre Albani ont été nommés surintendants de la construction du conclave. Le corps du pape défunt a été porté processionnellement dans la basilique Saint-Pierre, où les cardinaux ont pris leurs places. M. Nicolai, archevêque titulaire de Mira et vicaire de cette église, a effectué les encensements et l'absoute. Le corps a ensuite été déposé dans la chapelle du Saint-Sacrement pour trois jours, permettant au peuple de baiser ses pieds. Le 24 février, les cardinaux ont assisté à la première messe pour le repos de l'âme du pape, célébrée par le cardinal Ottoboni. Une indulgence plénière en forme de jubilé, accordée par le pape défunt la veille de sa mort, a été publiée dans toutes les églises de Rome. À Venise, le 16 du mois précédent, jour du jeudi gras, une fête annuelle a été donnée en mémoire de la victoire de la République sur Ulric, patriarche d'Aquilée. Le doge, la seigneurie, les ambassadeurs et les ministres étrangers ont assisté à des divertissements publics. Des maladies comme les fluxions et les rhumes sévissent en Italie, rendant difficile la recherche de médecins. À Florence, l'archevêque a demandé au pape une dispense pour ses diocésains de faire carême cette année en raison de la grande quantité de malades. À Venise, les cloches des églises ont sonné pendant trois jours à l'occasion de la mort du pape.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 813-818
ITALIE.
Début :
Le 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre, eurent le P. Gaspard Lérati, de la Congrégation [...]
Mots clefs :
Cardinal, Cardinaux, République, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre ;.
Laurent le 1. Gafpard Lérati , de la Congré
gation
814 MERCURE DE FRANCE
gation des Prêtres de l'Oratoire de S. Philippe
de Néri , pour être Confeffeur du Conclave. Et
le 28 on tira au fort les Cellules du Conclave.
Le 2 de Mars , les mêmes Cardinaux , Chefs
d'Ordres , tinrent la neuviéme Congrégation ,
dans laquelle ils reçurent , au nom du facré Col
lége , les complimens de condoléance des Ambaffadeurs
de la République de Veniſe & de la
Religion de Malte , du Miniftre du Roy de Sardaigne
, & de l'Ambaffadeur de la Ville de Bologne.
Les Mars , après la Meffe , que le Cardinal
Barberin célebra dans l'Eglife de S. Pierre , & le
Sermon de l'Abbé Lanfredini , fur l'Election du
Pape ; le même Cardinal François . Barberin
-Sous- Doyen , Romain , entra dans le Conclave
avec les Cardinaux Pierre Ottoboni , ~)Venitien .
Antoine- Felix Zondodary , Sienois . Pierre -Marcellin
Corradini , de Sezza. Curce Orighi , Romain.
Louis Belluga , Efpagnol . Bernard-Marie
Conti , Romain . Vincent Petra , Napolitain.
Laurent & Jean- Baptifte Altiery, Romains. Les
Cardinaux Profper Marefoſchi , de Macerata . -
Ange - Marie Querini , Venitien . Leandre Porzia.
du Frioul. Pierre-Louis Caraffa , Napolitain . -
Camille Cibo , de Maffa -Carrara . Nicolas -Marie
Lercari , Genois. Vincent Ferreri , Piemontois
, & François Borghefe , Romain . Les Cardinaux
Melchior de Polignac , chargé des affaires
du Roy de France , François . Antoine Banchieri,
de Siftoye. Alexandre Falconieri , Romain.
Charles Colonne, Romain . Annibal & Alexandre
Albani , de Pefaro. François-Antoine Fini , Napolitain
de Minerino. Charles Colligola , de Spolete.
Jofeph- René Imperiali , Genois , Chef des
Prêtres . Vincent-Louis Gotti ; Bolonois. Alamanno
Salviati , Florentin , & Laurent Corfini,
Florentins
AVRIL. 1730. 815
Florentin , y entrerent l'après midi , vers les
quatre heures le Sacré college y reçut les vifites
des Miniftres Etrangers , des Princes Romains &
de la principale Nobleffe.
Le Cardinal de Sainte- Agnez entra au Conclave
le 8. au matin , avec le Cardinal Charles-
Marini , Genois . Le Cardinal Joſeph Accoramboni
, de Spolete , y entra le même jour au foir,
& le Cardinal Fabio Olivieri , de Pefaro le 9. au
matin. Corneille Bentivoglio , Ferrarois , chargé
des affaires du Roy d'Efpagne , le 12. au foir.
Jean-Antoine Davia , Boulonnois. Jules Alberoni
, de Plaifance. Louis Pie de la Mirandole ,
Milanois. Nicolas Del Gindice , Napolitain. Le
17. au foir , Thomas Ruffo , auffi Napolitain ,.
le 30. ainfi que Jacques Buon- Compagnie , Boulonnois.
Le 31. Henri de Thiard de Biffy,François
, & Philippe- Louis Zinzenderf, Allemand.
Le 1. Avril , Sigifmond Collonitz , auffi Alle--
mand. Le Nicolas Cofcia , de Benevent .
Le 13. Mars , le Sacré College reçût une Let--
tre du Cardinal Cofcia , par laquelle il promerde
venir au Conclave auffi - tôt qu'on lui aura
fait rendre fa Bibliotheque , fes Meubles & fa
Vaiffelle d'argent , qu'on a enlevés du Palaisdu
Marquis Abbati , pour les porter au Château
Saint-Ange. Il reprefente en même-temps qu'on
n'a pu proceder contre lui , pendant le Siége
vacant, fans donner atteinte aux Bulles des Papes
Clement V. & S. Pie V. Les Cardinaux Otthoboni
, Zondodari & Colonne lui firent réponfe
au nom du Sacré College , que s'il fe déterminoit
à venir au Conclave on lui feroit rendre
Tout ce qui lui feroit neceffaire pour foûtenir fa
dignité. On a appris depuis que le Cardinal Cof--
cia étoit arrivé à Rome le 28. au foir , dans le
Caroffe du Prince de Caferte . chez lequel il alla
defcendre.
›
On
$ 16 MERCURE DE FRANCE
On a appris auffi que le 26. Mars , les Cardi
naux Barberin, Spinola & Colligola qui étoient
Chef- d'Ordre ce jour- là , reçurent un Mémoire
de la part des habitans de la Ville de Benevent.
Is le communiquerent le même jour au Sacré
Collége , qui nomma M. Bondelmonti, Gouverneur
d'Afcoli , pour Visiteur Apoftoliqué de ce
Diocéfe , à la place du Grand Vicaire que le
Cardinal Cofcia avoit nommé , & que le Chapitre
de Benevent a refufé de reconnoître. Le Cardinal
Cofcia ayant fait des proteftations contre
cette nomination & menacé d'excommunier le
nouveau Vifiteur Apoftolique : le Sacré College
a changé de réfolution pour ne pas compromettre
fon autorité , & il s'eft contenté de faire au
Mémoire des Beneventins , une réponſe par laquelle
ils renvoyent la décifion de cette affaire au
Pape qui fera élu.
On publia à Naples le 7. du mois dernier, une
nouvelle Ordonnance de l'Empereur , par laquelle
S. M. I. exige à titre d'emprunt , une année
entiere du revenu des Fiefs que les Etrangers pof--
fedent dans le Royaume de Naples : le cinquiénte
denier du prix des Terres donnés pár S. M. I.
à titre de récompenfe ; le Cheval monté de tous
les Barons pour chaque Fief, relevant de la Coùronne
, ou 80 Ducats par Fief.
Les maladies de Poitrine , Fluxions & Catha
res, dont on a été attaqué pendant l'Hyver ,dans
prefque toute l'Italie, & qui ont emporté bien du
monde , fe font communiquées à Naples , en
forte qu'il y a eu un tres- grand nombre de malades
, tant dans les Maifons particulieres , que
dans les Communautez ; ce qui comprend la
plus grande partie des habitans . Le Cardinal ,
Archevêque de cette Ville , fit commencer le 13 .
Mars, des Prieres publiques dans l'Eglife Métropolitaine
"
AVRIL. 1730. 817
tropolitaine , pour en demander à Dieu la ceffation.
Vers le 20. du mois dernier , le Mont-Vefuve
commença à jetter une grande quantité de flammes
& de matieres bitumineufes embrafées , qui
couvrirent une Plaine de quatre milles d'éten
duë , du côté de la Terre d'Ottoiano , dont les
Vignes & les Maiſons ont été embraſées ou ren
verfées , & tous les habitans des Bourgs & Vilages
qui font aux environs de cette Montagne ,
' ont été obligez d'abandonner leurs demeures &
de fe retirer beaucoup plus loin . ..
On mande auffi de Naples que les Fiévres
malignes ont fuccedé aux maladies de poitrine ,
& que beaucoup de gens en meurent.
On mande de Genes , que le nombre des Mécontens
de l'Ile de Corfe avoit augménté jufqu'à
22000 hommes , prefque tous armez , & la
plupart Bandits & Montagnards ; qu'ils avoient
pillé & brûlé tous les environs de Baftia , qu'ils
avoient tenté de furprendre cette Place , de devant
laquelle ils ne s'étoient retirez que parce
que l'Evêque d'Aléria avoit promis d'écrire à
Génes en leur faveur , & de faire tous fes efforts
pour obtenir de la République une diminution
des Impofitions qu'on léve fur eux.
On a appris enfuite que les Corfes s'étoient
retirez de Baftia , après l'avoir pillé , que l'Evêque
d'Aléria leur avoit fait promettre de rentrer
dans leur devoir , auffi -tôt que la République de
Genes auroit diminué les Impofitions & le prix
du Sel ; que M. Venerofo ; chargé des pouvoirs
de la Républiqué , les avoit affurez qu'on les fatisferoit
aufli -tôt qu'ils fe feroient retirez chez
eux ; & qu'on efperois que la tranquillité feroit
bien-tôt rétablie dans cette Ifle. Et les Lettres de
Genes portent que le Podeſtard de la Nation
Corfe
818 MERCURE DE FRANCE
Corfe avoit eu le 31. du mois dernier une audience
publique du Grand Confeil , auquel il fit
un long Difcours pour défavoüer la Rebellion
des Bandits de l'Ile de Corfe , qui ont pillé la
Ville de Baftia. Il affura la République de la fidelité
des habitans de cette Ile ; la priant de ne
les pas confondre avec les Montagnars.
On mande de Venife que M.Louis Mocenigo
en partit au commencement du mois dernier
pour la Cour de France , où il va relever le
Chevalier J. B. Canale , Ambaffadeur de cette
République
E 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre ;.
Laurent le 1. Gafpard Lérati , de la Congré
gation
814 MERCURE DE FRANCE
gation des Prêtres de l'Oratoire de S. Philippe
de Néri , pour être Confeffeur du Conclave. Et
le 28 on tira au fort les Cellules du Conclave.
Le 2 de Mars , les mêmes Cardinaux , Chefs
d'Ordres , tinrent la neuviéme Congrégation ,
dans laquelle ils reçurent , au nom du facré Col
lége , les complimens de condoléance des Ambaffadeurs
de la République de Veniſe & de la
Religion de Malte , du Miniftre du Roy de Sardaigne
, & de l'Ambaffadeur de la Ville de Bologne.
Les Mars , après la Meffe , que le Cardinal
Barberin célebra dans l'Eglife de S. Pierre , & le
Sermon de l'Abbé Lanfredini , fur l'Election du
Pape ; le même Cardinal François . Barberin
-Sous- Doyen , Romain , entra dans le Conclave
avec les Cardinaux Pierre Ottoboni , ~)Venitien .
Antoine- Felix Zondodary , Sienois . Pierre -Marcellin
Corradini , de Sezza. Curce Orighi , Romain.
Louis Belluga , Efpagnol . Bernard-Marie
Conti , Romain . Vincent Petra , Napolitain.
Laurent & Jean- Baptifte Altiery, Romains. Les
Cardinaux Profper Marefoſchi , de Macerata . -
Ange - Marie Querini , Venitien . Leandre Porzia.
du Frioul. Pierre-Louis Caraffa , Napolitain . -
Camille Cibo , de Maffa -Carrara . Nicolas -Marie
Lercari , Genois. Vincent Ferreri , Piemontois
, & François Borghefe , Romain . Les Cardinaux
Melchior de Polignac , chargé des affaires
du Roy de France , François . Antoine Banchieri,
de Siftoye. Alexandre Falconieri , Romain.
Charles Colonne, Romain . Annibal & Alexandre
Albani , de Pefaro. François-Antoine Fini , Napolitain
de Minerino. Charles Colligola , de Spolete.
Jofeph- René Imperiali , Genois , Chef des
Prêtres . Vincent-Louis Gotti ; Bolonois. Alamanno
Salviati , Florentin , & Laurent Corfini,
Florentins
AVRIL. 1730. 815
Florentin , y entrerent l'après midi , vers les
quatre heures le Sacré college y reçut les vifites
des Miniftres Etrangers , des Princes Romains &
de la principale Nobleffe.
Le Cardinal de Sainte- Agnez entra au Conclave
le 8. au matin , avec le Cardinal Charles-
Marini , Genois . Le Cardinal Joſeph Accoramboni
, de Spolete , y entra le même jour au foir,
& le Cardinal Fabio Olivieri , de Pefaro le 9. au
matin. Corneille Bentivoglio , Ferrarois , chargé
des affaires du Roy d'Efpagne , le 12. au foir.
Jean-Antoine Davia , Boulonnois. Jules Alberoni
, de Plaifance. Louis Pie de la Mirandole ,
Milanois. Nicolas Del Gindice , Napolitain. Le
17. au foir , Thomas Ruffo , auffi Napolitain ,.
le 30. ainfi que Jacques Buon- Compagnie , Boulonnois.
Le 31. Henri de Thiard de Biffy,François
, & Philippe- Louis Zinzenderf, Allemand.
Le 1. Avril , Sigifmond Collonitz , auffi Alle--
mand. Le Nicolas Cofcia , de Benevent .
Le 13. Mars , le Sacré College reçût une Let--
tre du Cardinal Cofcia , par laquelle il promerde
venir au Conclave auffi - tôt qu'on lui aura
fait rendre fa Bibliotheque , fes Meubles & fa
Vaiffelle d'argent , qu'on a enlevés du Palaisdu
Marquis Abbati , pour les porter au Château
Saint-Ange. Il reprefente en même-temps qu'on
n'a pu proceder contre lui , pendant le Siége
vacant, fans donner atteinte aux Bulles des Papes
Clement V. & S. Pie V. Les Cardinaux Otthoboni
, Zondodari & Colonne lui firent réponfe
au nom du Sacré College , que s'il fe déterminoit
à venir au Conclave on lui feroit rendre
Tout ce qui lui feroit neceffaire pour foûtenir fa
dignité. On a appris depuis que le Cardinal Cof--
cia étoit arrivé à Rome le 28. au foir , dans le
Caroffe du Prince de Caferte . chez lequel il alla
defcendre.
›
On
$ 16 MERCURE DE FRANCE
On a appris auffi que le 26. Mars , les Cardi
naux Barberin, Spinola & Colligola qui étoient
Chef- d'Ordre ce jour- là , reçurent un Mémoire
de la part des habitans de la Ville de Benevent.
Is le communiquerent le même jour au Sacré
Collége , qui nomma M. Bondelmonti, Gouverneur
d'Afcoli , pour Visiteur Apoftoliqué de ce
Diocéfe , à la place du Grand Vicaire que le
Cardinal Cofcia avoit nommé , & que le Chapitre
de Benevent a refufé de reconnoître. Le Cardinal
Cofcia ayant fait des proteftations contre
cette nomination & menacé d'excommunier le
nouveau Vifiteur Apoftolique : le Sacré College
a changé de réfolution pour ne pas compromettre
fon autorité , & il s'eft contenté de faire au
Mémoire des Beneventins , une réponſe par laquelle
ils renvoyent la décifion de cette affaire au
Pape qui fera élu.
On publia à Naples le 7. du mois dernier, une
nouvelle Ordonnance de l'Empereur , par laquelle
S. M. I. exige à titre d'emprunt , une année
entiere du revenu des Fiefs que les Etrangers pof--
fedent dans le Royaume de Naples : le cinquiénte
denier du prix des Terres donnés pár S. M. I.
à titre de récompenfe ; le Cheval monté de tous
les Barons pour chaque Fief, relevant de la Coùronne
, ou 80 Ducats par Fief.
Les maladies de Poitrine , Fluxions & Catha
res, dont on a été attaqué pendant l'Hyver ,dans
prefque toute l'Italie, & qui ont emporté bien du
monde , fe font communiquées à Naples , en
forte qu'il y a eu un tres- grand nombre de malades
, tant dans les Maifons particulieres , que
dans les Communautez ; ce qui comprend la
plus grande partie des habitans . Le Cardinal ,
Archevêque de cette Ville , fit commencer le 13 .
Mars, des Prieres publiques dans l'Eglife Métropolitaine
"
AVRIL. 1730. 817
tropolitaine , pour en demander à Dieu la ceffation.
Vers le 20. du mois dernier , le Mont-Vefuve
commença à jetter une grande quantité de flammes
& de matieres bitumineufes embrafées , qui
couvrirent une Plaine de quatre milles d'éten
duë , du côté de la Terre d'Ottoiano , dont les
Vignes & les Maiſons ont été embraſées ou ren
verfées , & tous les habitans des Bourgs & Vilages
qui font aux environs de cette Montagne ,
' ont été obligez d'abandonner leurs demeures &
de fe retirer beaucoup plus loin . ..
On mande auffi de Naples que les Fiévres
malignes ont fuccedé aux maladies de poitrine ,
& que beaucoup de gens en meurent.
On mande de Genes , que le nombre des Mécontens
de l'Ile de Corfe avoit augménté jufqu'à
22000 hommes , prefque tous armez , & la
plupart Bandits & Montagnards ; qu'ils avoient
pillé & brûlé tous les environs de Baftia , qu'ils
avoient tenté de furprendre cette Place , de devant
laquelle ils ne s'étoient retirez que parce
que l'Evêque d'Aléria avoit promis d'écrire à
Génes en leur faveur , & de faire tous fes efforts
pour obtenir de la République une diminution
des Impofitions qu'on léve fur eux.
On a appris enfuite que les Corfes s'étoient
retirez de Baftia , après l'avoir pillé , que l'Evêque
d'Aléria leur avoit fait promettre de rentrer
dans leur devoir , auffi -tôt que la République de
Genes auroit diminué les Impofitions & le prix
du Sel ; que M. Venerofo ; chargé des pouvoirs
de la Républiqué , les avoit affurez qu'on les fatisferoit
aufli -tôt qu'ils fe feroient retirez chez
eux ; & qu'on efperois que la tranquillité feroit
bien-tôt rétablie dans cette Ifle. Et les Lettres de
Genes portent que le Podeſtard de la Nation
Corfe
818 MERCURE DE FRANCE
Corfe avoit eu le 31. du mois dernier une audience
publique du Grand Confeil , auquel il fit
un long Difcours pour défavoüer la Rebellion
des Bandits de l'Ile de Corfe , qui ont pillé la
Ville de Baftia. Il affura la République de la fidelité
des habitans de cette Ile ; la priant de ne
les pas confondre avec les Montagnars.
On mande de Venife que M.Louis Mocenigo
en partit au commencement du mois dernier
pour la Cour de France , où il va relever le
Chevalier J. B. Canale , Ambaffadeur de cette
République
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Résumé : ITALIE.
En février 1730, les cardinaux chefs d'ordre, dont Laurent Lérati de la Congrégation des Prêtres de l'Oratoire de Saint Philippe Néri, furent désignés comme confesseurs du conclave. Le 28 février, les cellules du conclave furent tirées au sort. Le 3 mars, après la messe célébrée par le cardinal Barberini et le sermon de l'abbé Lanfredini sur l'élection du pape, plusieurs cardinaux, dont François Barberini, Pierre Ottoboni, Antoine-Félix Zondodari et Pierre-Marcellin Corradini, entrèrent dans le conclave. Le 13 mars, le cardinal Coscia demanda la restitution de sa bibliothèque, de ses meubles et de sa vaisselle d'argent, enlevés du palais du marquis Abbati. Le Sacré Collège lui répondit qu'il lui rendrait tout ce qui lui était nécessaire pour maintenir sa dignité. Le 26 mars, les cardinaux Barberini, Spinola et Colligola reçurent un mémoire des habitants de la ville de Benevent, qui fut communiqué au Sacré Collège. Ce dernier nomma M. Bondelmonti comme visiteur apostolique du diocèse de Benevent, à la place du grand vicaire nommé par le cardinal Coscia. Le cardinal Coscia protesta contre cette nomination et menaça d'excommunier le nouveau visiteur apostolique. Le Sacré Collège décida de renvoyer la décision de cette affaire au pape élu. À Naples, une ordonnance de l'empereur exigea une année entière du revenu des fiefs possédés par des étrangers, le cinquantième denier du prix des terres données par l'empereur, et un cheval monté ou 80 ducats par fief relevant de la couronne. Des maladies de poitrine, fluxions et catarrhes sévirent en Italie, entraînant un grand nombre de malades et de décès. Le cardinal archevêque de Naples fit commencer des prières publiques pour demander la cessation de ces maladies. Vers le 20 mars, le mont Vésuve entra en éruption, jetant des flammes et des matières bitumineuses qui embrasèrent et renversèrent des vignes et des maisons. Les habitants des environs durent abandonner leurs demeures. À Gênes, le nombre de mécontents sur l'île de Corse augmenta, atteignant 22 000 hommes, principalement des bandits et des montagnards. Ils pillèrent et brûlèrent les environs de Bastia avant de se retirer après une promesse de l'évêque d'Aléria d'intercéder en leur faveur auprès de la République de Gênes. À Venise, Louis Mocenigo partit pour la cour de France afin de relever le chevalier J. B. Canale en tant qu'ambassadeur.
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14
p. 1028-1030
ITALIE.
Début :
Le 8. Avril, le Cardinal Armand de Rohan, François, entra dans le Conclave; les Cardinaux [...]
Mots clefs :
Italie, Cardinaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
E 8. Avril , le Cardinal Armand de Rohan
François ,entra dans le Conclave,des Carell? Cardinux
Jacques Buen compagni , Bolonois , & Benoît
Odefcalchi , Milanois , y entrerent quelques
jours après , enforte qu'au 20. Avril il y étoit
déja entré 50. Cardinaux. Ceux qui dans les
Scrutins ont cu jufqu'à ce jour le plus grand
nombre de fuffrages , font les Cardinaux Impériali
& Falconieri.
Le Sacré Coliege a reçû avis que les Cardinaux
de Schrottemback, Czacks , d'Aiface , d'Acunha,
Perreira , de Motta , de Borgia & d'Aftorga , ne
fe rendront pas au Concile.
Le 20. Avril , le Cardinal Damien de Schomi
lè born , Allemand , entra au Conclave. Le 24 .
Cardinal Porzia , en fortit pour aller à Sifterna
pour y rétablir la ſanté . On a eu avis depuis qu'il
étoit rentré le 30. y
Le 26. avant que d'aller au Scrutin , les Cardinaux
MAY. 1730. 1029 .
dinaux élurent le Cardinal Petra , pour exercer
la Charge de Grand -Pénitentier
la mort du Cardinal Conti.
, vacante par
Le même jour les Cardinaux Buencomp gni ,
Querini & Altieri , entrerent en fonction de Cardinaux
Chefs - d'Ordre , & le Cardinal François
Pignatelli , Napolitain , Doyen du Sacré College ,
entra au Conclave.
On a reçû de Grenade la confirmation de l'exclufion
que le Cardinal Bentivoglio avoit don-.
née dans le Conclave au Cardinal Imperiali.
On apprend de Lisbonne , que les Cardinaux
Portugais ne fe rendront point au Conclave , en
ayant été difpenfez par le Roi de Portugal. On a
auffi appris de Madrid , que les Cardinaux Eſpagnols
ne feront point le voyage de Rome pour
Le même fujet .
Le 18. les Cardinaux Chefs d'Ordre , firent
rendre au Cardinal Cofcia , fes marques d'honneur
, fes Ornemens , une partie de fa Vaiffelle
d'argent & de fes Meubles , qu'on fit apporter
Château S. Ange au Conclave.
du
Le 19. on publia au Vatican une Ordonnance
des mêmes Cardinaux , par laquelle il eft deffendu
de jouer dans la Salle du Tour , à quelque jeu
que ce puiffe être.
Le même jour le Chevalier de S. George alla au
Palais du Quirinal , voir les Langes magnifiques
que le Sacré College fait faire pour le Dauphin ,
& qu'on doit envoyer en France après l'Election
du Pape. L'Abbé Lanti a été nommé pour cette
commiffion . On arme deux Galeres à Civitave
chia pour le tranfporter en France.
L'Archi-Confrairie de fainte Marie de Sienne
érigée dans l'Eglife Collegiale de S. Euftache , à
Rome , a obtenu un Bref, par lequel elle a le droit
de délivrer tous les ans un Criminel condamné
aux Galeres.
On
1030 MERCURE DE FRANCE
On a eu avis de Maffa-di-Carrara , que plu
feurs Maifons de cette Ville avoient été renverfées
par une violente fecouffe de Tremblement de
Terre , & que plufieurs perfonnes avoient été
écrafées fous les ruines .
On apprend de Florence , que l'Evêque de Piftoye
y étoit arrivé pour aſſiſter avec l'Archevêque
de cette Ville & l'Evêque de Fiezole , à l'ouverture
des Lettres de la Congrégation des Rites ,
qui leur ordonne de dreffer un Procès Verbal des
Vertus & des Miracles operez par l'interceffion
du Pere Baldinacci , Jefuite Florentin , mort à
Rome fur la fin de 1723 .
La Sédition des Montagnards de Ple de Corfe,
n'eft point encore appaïfée , mais fix ou fept
d'entre eux étant venus il y a quinze jours piller
la maifon d'un riche Bourgeois de Baltia , ils fu
rent arrêtez par ordre du Gouverneur , qui les fit
pendre quelques heures après.
Les deux Zoppoli , Habitans de Benevent , ont
été condamnez au Banniffement à perpetuité , à
une amende de cinq mille écus au profit de la
Chambre Apoftolique , & à fix mille écus de
dommages & interêts envers une Dame de condition
du même Diocèfe , dont ils avoient brulé
la maifon , parce qu'elle refufoit de la leur ven
dre pour le prix qu'ils lui en offroient.
Toute la premiere Colomne des Troupes de
P'Empereur eft arrivée dans le Milanez. Elle confifte
en 15000. hommes qui feront commandez
par le Prince de Lichteinftein. La feconde Co
lomne eft en marche.
E 8. Avril , le Cardinal Armand de Rohan
François ,entra dans le Conclave,des Carell? Cardinux
Jacques Buen compagni , Bolonois , & Benoît
Odefcalchi , Milanois , y entrerent quelques
jours après , enforte qu'au 20. Avril il y étoit
déja entré 50. Cardinaux. Ceux qui dans les
Scrutins ont cu jufqu'à ce jour le plus grand
nombre de fuffrages , font les Cardinaux Impériali
& Falconieri.
Le Sacré Coliege a reçû avis que les Cardinaux
de Schrottemback, Czacks , d'Aiface , d'Acunha,
Perreira , de Motta , de Borgia & d'Aftorga , ne
fe rendront pas au Concile.
Le 20. Avril , le Cardinal Damien de Schomi
lè born , Allemand , entra au Conclave. Le 24 .
Cardinal Porzia , en fortit pour aller à Sifterna
pour y rétablir la ſanté . On a eu avis depuis qu'il
étoit rentré le 30. y
Le 26. avant que d'aller au Scrutin , les Cardinaux
MAY. 1730. 1029 .
dinaux élurent le Cardinal Petra , pour exercer
la Charge de Grand -Pénitentier
la mort du Cardinal Conti.
, vacante par
Le même jour les Cardinaux Buencomp gni ,
Querini & Altieri , entrerent en fonction de Cardinaux
Chefs - d'Ordre , & le Cardinal François
Pignatelli , Napolitain , Doyen du Sacré College ,
entra au Conclave.
On a reçû de Grenade la confirmation de l'exclufion
que le Cardinal Bentivoglio avoit don-.
née dans le Conclave au Cardinal Imperiali.
On apprend de Lisbonne , que les Cardinaux
Portugais ne fe rendront point au Conclave , en
ayant été difpenfez par le Roi de Portugal. On a
auffi appris de Madrid , que les Cardinaux Eſpagnols
ne feront point le voyage de Rome pour
Le même fujet .
Le 18. les Cardinaux Chefs d'Ordre , firent
rendre au Cardinal Cofcia , fes marques d'honneur
, fes Ornemens , une partie de fa Vaiffelle
d'argent & de fes Meubles , qu'on fit apporter
Château S. Ange au Conclave.
du
Le 19. on publia au Vatican une Ordonnance
des mêmes Cardinaux , par laquelle il eft deffendu
de jouer dans la Salle du Tour , à quelque jeu
que ce puiffe être.
Le même jour le Chevalier de S. George alla au
Palais du Quirinal , voir les Langes magnifiques
que le Sacré College fait faire pour le Dauphin ,
& qu'on doit envoyer en France après l'Election
du Pape. L'Abbé Lanti a été nommé pour cette
commiffion . On arme deux Galeres à Civitave
chia pour le tranfporter en France.
L'Archi-Confrairie de fainte Marie de Sienne
érigée dans l'Eglife Collegiale de S. Euftache , à
Rome , a obtenu un Bref, par lequel elle a le droit
de délivrer tous les ans un Criminel condamné
aux Galeres.
On
1030 MERCURE DE FRANCE
On a eu avis de Maffa-di-Carrara , que plu
feurs Maifons de cette Ville avoient été renverfées
par une violente fecouffe de Tremblement de
Terre , & que plufieurs perfonnes avoient été
écrafées fous les ruines .
On apprend de Florence , que l'Evêque de Piftoye
y étoit arrivé pour aſſiſter avec l'Archevêque
de cette Ville & l'Evêque de Fiezole , à l'ouverture
des Lettres de la Congrégation des Rites ,
qui leur ordonne de dreffer un Procès Verbal des
Vertus & des Miracles operez par l'interceffion
du Pere Baldinacci , Jefuite Florentin , mort à
Rome fur la fin de 1723 .
La Sédition des Montagnards de Ple de Corfe,
n'eft point encore appaïfée , mais fix ou fept
d'entre eux étant venus il y a quinze jours piller
la maifon d'un riche Bourgeois de Baltia , ils fu
rent arrêtez par ordre du Gouverneur , qui les fit
pendre quelques heures après.
Les deux Zoppoli , Habitans de Benevent , ont
été condamnez au Banniffement à perpetuité , à
une amende de cinq mille écus au profit de la
Chambre Apoftolique , & à fix mille écus de
dommages & interêts envers une Dame de condition
du même Diocèfe , dont ils avoient brulé
la maifon , parce qu'elle refufoit de la leur ven
dre pour le prix qu'ils lui en offroient.
Toute la premiere Colomne des Troupes de
P'Empereur eft arrivée dans le Milanez. Elle confifte
en 15000. hommes qui feront commandez
par le Prince de Lichteinftein. La feconde Co
lomne eft en marche.
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Résumé : ITALIE.
Le texte décrit le conclave de 1730 pour l'élection du pape. Le 8 avril, le Cardinal Armand de Rohan entra dans le conclave, suivi par les Cardinaux Jacques Buencompagni et Benoît Odescalchi quelques jours plus tard. Au 20 avril, 50 cardinaux étaient présents. Les Cardinaux Impériali et Falconieri reçurent le plus grand nombre de suffrages. Plusieurs cardinaux, dont ceux de Schrottemback, Czacks, d'Aiface, d'Acunha, Perreira, de Motta, de Borgia et d'Astorga, ne participèrent pas au conclave. Le Cardinal Damien de Schomberg entra au conclave le 20 avril, tandis que le Cardinal Porzia quitta le conclave pour raisons de santé le 24 avril et y rentra le 30 avril. Le 26 avril, le Cardinal Petra fut élu Grand-Pénitentier. Les Cardinaux Buencompagni, Querini et Altieri entrèrent en fonction comme Chefs d'Ordre, et le Cardinal François Pignatelli, Doyen du Sacré Collège, entra au conclave. Les cardinaux portugais et espagnols furent dispensés de se rendre au conclave par leurs rois respectifs. Le 18 mai, des honneurs furent rendus au Cardinal Coscia et une ordonnance interdit de jouer dans la Salle du Tour. Divers événements extérieurs sont également mentionnés, comme un tremblement de terre à Massa-di-Carrara, l'arrivée de l'évêque de Pistoie à Florence, et des condamnations pour des actes de violence. Enfin, des troupes impériales arrivèrent dans le Milanais.
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15
p. 1872-1879
ITALIE.
Début :
Le Pape a confirmé M. Spinola dans les fonctions de sa Charge de Gouverneur de la Ville [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal, Cardinaux, Église, Cérémonies, Florence, Rebelles, Armes, Chevaliers, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Fermer
Résumé : ITALIE.
En août 1730, plusieurs événements et nominations ont marqué la scène romaine et italienne. À Rome, le Pape a confirmé M. Spinola dans ses fonctions et nommé divers chapelains secrets, gentilshommes et chevaliers d'honneur. Le Comte Capranica a été désigné Commandant du Capitole. Le Pape a également interdit à ses anciens officiers de présenter des mémoires en faveur de quiconque. Le 1er août, un Te Deum a été chanté dans toutes les églises de Rome, et une indulgence plénière a été accordée à ceux qui assisteraient à la messe solennelle du couronnement papal. Le 16 août, la cérémonie de couronnement du Pape s'est déroulée avec une procession solennelle et diverses bénédictions. Le Pape a nommé son neveu, le Prince Dom Barthélemi Corsini, Capitaine des Chevaux Légers de sa Garde. Le 24 août, un consistoire a été tenu lors duquel plusieurs évêques ont été nommés. Par ailleurs, un complot contre un capitaine de galère du Pape a été déjoué. À Florence, des célébrations ont eu lieu pour l'élection du Pape. En Corse, des rebelles ont menacé de faire des incursions dans l'île si leurs demandes n'étaient pas satisfaites et se sont préparés militairement. La République de Gênes a rassemblé des troupes pour les soumettre. De plus, le Cardinal de Rohan a quitté Rome pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 2740-2741
Prise de possession de S. Jean de Latran.
Début :
Le 19. Novembre, le Pape se rendit le matin du Palais du Quirinal à celui du Vatican [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinaux, Cérémonie, Officiers, Chevaux, Trône, Vatican
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise de possession de S. Jean de Latran.
Prife de poffeffion de S. Jean de Latran.
L
E 19. Novembre , le Pape fe rendit le matin
du Palais du Quirinal à celui du Vatican,
où fa S. dîna. L'après midi , les Cardinaux , les
Prélats & les Seigneurs Romains qui avoient rang
dans la Cerémonie , s'y étant rendus , la marche
fe fit dans l'ordre fuivant, Un détachement des.
chevaux Legers de la Garde , habillés de drap
écarlatte galonné d'or , fortit du Palais , ayant à
fa tête le Marquis Caponi , Grand - Maréchal
des Logis du Pape . Il fut fuivi des Officiers de
la Chambre & de la livrée des Cardinaux , de
leurs Maffiers à cheval , de leurs Gentilshommes
& de la principale Nobleffe à cheval , ayant
livriée à fes cûtés .
fa
A quelque distance marchoient les bas Officiers
du Palais Apoftolique , la Haquenée du Pape couverte
d'un magnifique caparaçon , les litières de
S. S. fon Grand-Ecuyer , les Trompettes des Cheyaux
Legers de la Garde , les Cameriers extraor-
1. Vol dinaires
DECEMBRE. 1730 : 2741
dinaires , les Adjudans de la Chambre , les Avocats
Confiftoriaux , les Chapelains ordinaires , les
Chapelains Secrets , les Cameriers d'honneur de
Cape & d'Epée , les Cameriers d'honneur Ecclefiaftiques
, les Cameriers fecrets de Cape &
d'Epée , les Cameriers fecrets Écclefiaftiques , les
Abreviateurs , les Votans de la fignature 2. les
Clercs de la Chambre , les Auditeurs de Rote , le
Religieux Dominicain qui eft Maître du Palais
-Apoftolique, l'Ambaffadeur de laVille de Bologne,
le Prieur & les Confervateurs des Privileges du
Peuple Romain , le Connétable Colonne , Prince
du Soglio , le Gouverneur de Rome , les Maîtres
des Cerémonies Pontificales , M. Befonico , qui
étant le dernier des Auditeurs de Rote, portoit la
Croix au milieu de deux Acolites & marchoit
-immediatement devant le Pape , lequel étoit dans
un fauteuil de velours cramoifi , galonné d'or
porté fur un brancart par deux chevaux blancs ,
magnifiquement caparaçonnés . S.S. étoit entourée
de la Garde Suiffe , du refte de fa Compagnie,des
Chevaux Legers , de fes Pages , Coureurs, Palfre-
-niers , de deux Officiers portant des Ombrelles
-ou Parafols & de fes deux Maffiers à cheval. M.
Doria , Archevêque de Patraffo , Maître de la
Chambre du Pape , marchoit après S. S. au mi-
-lieu de deux Cameriers Secrets Affiftans. Il étoit
fuivi du Medecin , du Caudataire & du Maître de
la Garderobe du Pape , de deux Officiers de la
-bouche , avec leurs Cantines , du cheval que le
-Pape devoit monter , d'une chaife à porteurs , & de la Litière du Corps. Après ce Cortege marchoient
les Cardinaux
Barberin , Sous - Doyen du
Sacré College , Albani de S. Clement , Zondodari
, Belluga de S. Mathieu , Querini , Lercari , Caraffe , Borghefe , Cibo , Altieri , Alexandre
Albani, del Giudice & Rufpoli ; ils étoient fuivis
1. Vol.
I dés
2742 MERCURE DE FRANCE
des Patriarches, Archevêques &Evêques affiftans du
Trône, de l'Auditeur de S. S. & du Tréforier de
la Chambre Apoftolique. M.NeriCorfini, neveu du
Pape , marchoit au milieu des deux plus anciens
Protonotaires Apoftoliques , qui étoient fuivis des
autres Protonotaires , des Evêques non affiftans
des Referendaires des deux fignatures , des chevaux
de main & du Caroffe de S. S. devant lequel
étoient deux Trompettes de la Garde , de la Com.
pagnie des Cuiraffiers , de huit Compagnies d'Infanterie
, Enfeignes déployées , qui fe rangerent
en bataille dans la Place de S. Jean de Latran.
Le Pape étant arrivé au Capitole qui étoit tapiffé
de Velours cramoifi , avec des Crépines &
Galons d'or , le Marquis Marie Franchipani ,
en longue robbe de Sénateur , de toile d'or , accompagné
de fes Collegues , des Officiers du Capitole
, & affifté de deux Maîtres de cérémonies,
vint recevoir le Pape & lui rendre l'obédience au
nom du Sénat & du Peuple Romain. Son Difcours
fut reçû tres - favorablement de S. S. qui y
répondit en peu de mots.
>
Elle continua fa marche vers l'Arc de Triomphe
de Septime Severe, & quand on fût à une petite
diftance de celui de Tité, on trouva un autre
Arc de Triomphe , nouvellement érigé , fuivant
qu'il fe pratique en pareille cérémonie, par les Ordres
du Sereniff. Duc de Parme & de Plaiſance.
Cet Arc dont l'élevation, le gout, les riches ornemens
attirerent les regards de tous les connoiffeurs
, fut applaudi du Pape même , qui en marqua
une particuliere fatisfaction. On voyoit fur
la principale face deux grandes Statues dans des
Niches , l'une à droite, reprefentant la Charité
avec cette Infcription : Videant Pauperes &
latentur ; l'autre à gauche , fymbole de la Juftice
, avec ces mots : Juftitia ejus manet . Sur le
>
1. Velo milieu
DECEMBRE. 1730. 2743
milieu du comble de tout l'Edifice étoit pofé
entre deux Renommées , un grand Cartouche ,
contenant les Armes du Pape : avec cette Infcri
ption : CLEMENTI XII . P. O. M. genere virtutibus
praftantiffimo , Magno, Chriftiana Reipublica
bono & gaudio. Antonius Farnefius
Parma & Plac, Dux P. On lifoit cette autre Inf
cription fur la face oppofée , où les Armes du
Pape , foutenues par deux Renommées , étoient
encore répétées : AD ECCLESIAM OMNIUM
MATREM exoptatiffimi Principis iter , urbe
borbe plaudentibus , obfequentiffimè veneratur
Antonius Farnefius Parma & Plac. Dux. Il
feroit trop long de rapporter icy les autres Emblêmes
& Devifes qui ornoient toutes les parties
de ce Monument. Elles étoient toutes d'une heureufe
application & tirées pour la plupart de l'E
criture.Nous fommes auffi obligez de paffer fous
filence les autres magnificences du Duc de Parme
dans cette grande Fête. Elles brillerent fur tout
à la Façade du Jardin Farneſe , qui étoit fur la
même route , ainfi que l'Arc de Tite , à travers
duquel le Pape paffa,& le quartier des Juifs .L'Arc
de Tite étoit décoré de plufieurs Emblêmes, Devifes
, Infcriptions , &c. & on y lifoit fur divers
Rouleaux des Elegies latines à la gloire de S. S.
Le Pape fut reçû à l'entrée du Portail de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Card. Ottoboni
qui en eft Archiprêtre, à la tête du Chapitre.Etant
entré dans l'Eglife , ce Cardinal lui apporta la
Croix à baifer ; après quoi S. S. alla s'affeoir
fur fon Trône , préparé fous le Portique , qui
étoit tapiffé de brocard d'or & de damas. Elle y
prit les habits Pontificaux blancs & fa Mitre; alors
le Card. Ottoboni lui prefenta dans un Baffin
d'or deux Cefs , l'une d'or & l'autre d'argent.
Cette Cérémonie fut fuivie d'un Difcours latin
1. Vol. I ij très2744
MERCURE DE FRANCE
tres - éloquent que lui fit le même Cardinal ; après.
lequel les Cardinaux , les Patriarches , les Archevêques
& les Evêques qui s'étoient revêtus de
leurs habits Pontificaux dans une Salle à côté dụ
Portique , vinrent baifer les pieds du Pape ; cérémonie
qui fut enfuite obfervée par tous les Chanoines
, à chacun defquels le Tréforier de la
Chambre Apoftolique donna une Médaille d'argent.
Le Pape defcendit de fon Trône , précédé
de la Croix , des Cardinaux & des differens Or- .
dres de Prélature . Il entra dans l'Eglife donnant
l'Eau-benite à tous les affiftans. On lifoit deux
Infcriptions , l'une en dedans de la principale
Porte , & l'autre en dehors. La premiere contenoit
ce qui fuit , Ingredere, Sanctiffime Pater ,
exultantem adventu tuo comple&ere fponfam
Ecclefiarum Matrem que virtutis tua fulgoribus
illuftrata depofuit viduitatis infigne ut
novo tuorum latetur meritorum triumpho . Induit
fe veftimentis jucunditatis fua , Clementia
tua prafidio fulta nullos post hac fecura
pavebit incurfus . Pontifex pietate &munificentia
Optime , Maxime , diù vivas foelix aterno
Ecclefia decori , Corfinorum gloria perpe ,
tuo augmento. Publicè Urbis & Orbis Patri.
L'autre Infcription étoit en ces termes : Vox po
puli de Civitate , vox de Templo . Ecce venit defideratus
Gentibus fructus honoris quem dede-.
runtflores. CLEMENS XII. PONT. MAX.
occurrere latanti & facienti juftitiam . Lateranenfis
Ecclefia exultans clama magnum principium
, femita jufti recta eft , ofculate pedes ;
attolle portas ingredietur cuftodiens veritatem;
implebit Templum Majeftate nova. Parafii folium
, videbis Regem in decore fuc. Lorfque S.S.
fut arrivée dans le Choeur , elle y entonna le Te
Deum , après lequel elle fe rendit à fon Trône
I. Vol. élevé
DECEMBRE . 1730. 2743
élevé à côté du Grand Autel , où elle reçut l'obé
dience des Cardinaux qui lui baiferent la main, &
qui reçurent chacun une Médaille d'or & une
d'argent. Enfuite le Pape fut porté proceffionellement
à la grande Loge du Portail , où il donna
fa Benediction au peuple au fon des Timbales &
des Trompettes & au bruit d'une décharge gene
tale des Boëtes qui étoient rangées dans la Place.
Après la cérémonie , le Pape retourna en Chaife
à Porteurs au Palais du Quirinal.
Le foir , toute la Façade du Capitole fut ma
gnifiquement illuminée , ainfi que tous les Palais
de la Ville, & Pon fit plufieurs décharges de l'Ar
tillerie du Château S. Ange. A l'occafion de cette
cérémonie , le Pape a fait diftribuer du pain
toutes les pauvres familles , & diminuer confidérablement
le prix de la viande .
L
E 19. Novembre , le Pape fe rendit le matin
du Palais du Quirinal à celui du Vatican,
où fa S. dîna. L'après midi , les Cardinaux , les
Prélats & les Seigneurs Romains qui avoient rang
dans la Cerémonie , s'y étant rendus , la marche
fe fit dans l'ordre fuivant, Un détachement des.
chevaux Legers de la Garde , habillés de drap
écarlatte galonné d'or , fortit du Palais , ayant à
fa tête le Marquis Caponi , Grand - Maréchal
des Logis du Pape . Il fut fuivi des Officiers de
la Chambre & de la livrée des Cardinaux , de
leurs Maffiers à cheval , de leurs Gentilshommes
& de la principale Nobleffe à cheval , ayant
livriée à fes cûtés .
fa
A quelque distance marchoient les bas Officiers
du Palais Apoftolique , la Haquenée du Pape couverte
d'un magnifique caparaçon , les litières de
S. S. fon Grand-Ecuyer , les Trompettes des Cheyaux
Legers de la Garde , les Cameriers extraor-
1. Vol dinaires
DECEMBRE. 1730 : 2741
dinaires , les Adjudans de la Chambre , les Avocats
Confiftoriaux , les Chapelains ordinaires , les
Chapelains Secrets , les Cameriers d'honneur de
Cape & d'Epée , les Cameriers d'honneur Ecclefiaftiques
, les Cameriers fecrets de Cape &
d'Epée , les Cameriers fecrets Écclefiaftiques , les
Abreviateurs , les Votans de la fignature 2. les
Clercs de la Chambre , les Auditeurs de Rote , le
Religieux Dominicain qui eft Maître du Palais
-Apoftolique, l'Ambaffadeur de laVille de Bologne,
le Prieur & les Confervateurs des Privileges du
Peuple Romain , le Connétable Colonne , Prince
du Soglio , le Gouverneur de Rome , les Maîtres
des Cerémonies Pontificales , M. Befonico , qui
étant le dernier des Auditeurs de Rote, portoit la
Croix au milieu de deux Acolites & marchoit
-immediatement devant le Pape , lequel étoit dans
un fauteuil de velours cramoifi , galonné d'or
porté fur un brancart par deux chevaux blancs ,
magnifiquement caparaçonnés . S.S. étoit entourée
de la Garde Suiffe , du refte de fa Compagnie,des
Chevaux Legers , de fes Pages , Coureurs, Palfre-
-niers , de deux Officiers portant des Ombrelles
-ou Parafols & de fes deux Maffiers à cheval. M.
Doria , Archevêque de Patraffo , Maître de la
Chambre du Pape , marchoit après S. S. au mi-
-lieu de deux Cameriers Secrets Affiftans. Il étoit
fuivi du Medecin , du Caudataire & du Maître de
la Garderobe du Pape , de deux Officiers de la
-bouche , avec leurs Cantines , du cheval que le
-Pape devoit monter , d'une chaife à porteurs , & de la Litière du Corps. Après ce Cortege marchoient
les Cardinaux
Barberin , Sous - Doyen du
Sacré College , Albani de S. Clement , Zondodari
, Belluga de S. Mathieu , Querini , Lercari , Caraffe , Borghefe , Cibo , Altieri , Alexandre
Albani, del Giudice & Rufpoli ; ils étoient fuivis
1. Vol.
I dés
2742 MERCURE DE FRANCE
des Patriarches, Archevêques &Evêques affiftans du
Trône, de l'Auditeur de S. S. & du Tréforier de
la Chambre Apoftolique. M.NeriCorfini, neveu du
Pape , marchoit au milieu des deux plus anciens
Protonotaires Apoftoliques , qui étoient fuivis des
autres Protonotaires , des Evêques non affiftans
des Referendaires des deux fignatures , des chevaux
de main & du Caroffe de S. S. devant lequel
étoient deux Trompettes de la Garde , de la Com.
pagnie des Cuiraffiers , de huit Compagnies d'Infanterie
, Enfeignes déployées , qui fe rangerent
en bataille dans la Place de S. Jean de Latran.
Le Pape étant arrivé au Capitole qui étoit tapiffé
de Velours cramoifi , avec des Crépines &
Galons d'or , le Marquis Marie Franchipani ,
en longue robbe de Sénateur , de toile d'or , accompagné
de fes Collegues , des Officiers du Capitole
, & affifté de deux Maîtres de cérémonies,
vint recevoir le Pape & lui rendre l'obédience au
nom du Sénat & du Peuple Romain. Son Difcours
fut reçû tres - favorablement de S. S. qui y
répondit en peu de mots.
>
Elle continua fa marche vers l'Arc de Triomphe
de Septime Severe, & quand on fût à une petite
diftance de celui de Tité, on trouva un autre
Arc de Triomphe , nouvellement érigé , fuivant
qu'il fe pratique en pareille cérémonie, par les Ordres
du Sereniff. Duc de Parme & de Plaiſance.
Cet Arc dont l'élevation, le gout, les riches ornemens
attirerent les regards de tous les connoiffeurs
, fut applaudi du Pape même , qui en marqua
une particuliere fatisfaction. On voyoit fur
la principale face deux grandes Statues dans des
Niches , l'une à droite, reprefentant la Charité
avec cette Infcription : Videant Pauperes &
latentur ; l'autre à gauche , fymbole de la Juftice
, avec ces mots : Juftitia ejus manet . Sur le
>
1. Velo milieu
DECEMBRE. 1730. 2743
milieu du comble de tout l'Edifice étoit pofé
entre deux Renommées , un grand Cartouche ,
contenant les Armes du Pape : avec cette Infcri
ption : CLEMENTI XII . P. O. M. genere virtutibus
praftantiffimo , Magno, Chriftiana Reipublica
bono & gaudio. Antonius Farnefius
Parma & Plac, Dux P. On lifoit cette autre Inf
cription fur la face oppofée , où les Armes du
Pape , foutenues par deux Renommées , étoient
encore répétées : AD ECCLESIAM OMNIUM
MATREM exoptatiffimi Principis iter , urbe
borbe plaudentibus , obfequentiffimè veneratur
Antonius Farnefius Parma & Plac. Dux. Il
feroit trop long de rapporter icy les autres Emblêmes
& Devifes qui ornoient toutes les parties
de ce Monument. Elles étoient toutes d'une heureufe
application & tirées pour la plupart de l'E
criture.Nous fommes auffi obligez de paffer fous
filence les autres magnificences du Duc de Parme
dans cette grande Fête. Elles brillerent fur tout
à la Façade du Jardin Farneſe , qui étoit fur la
même route , ainfi que l'Arc de Tite , à travers
duquel le Pape paffa,& le quartier des Juifs .L'Arc
de Tite étoit décoré de plufieurs Emblêmes, Devifes
, Infcriptions , &c. & on y lifoit fur divers
Rouleaux des Elegies latines à la gloire de S. S.
Le Pape fut reçû à l'entrée du Portail de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Card. Ottoboni
qui en eft Archiprêtre, à la tête du Chapitre.Etant
entré dans l'Eglife , ce Cardinal lui apporta la
Croix à baifer ; après quoi S. S. alla s'affeoir
fur fon Trône , préparé fous le Portique , qui
étoit tapiffé de brocard d'or & de damas. Elle y
prit les habits Pontificaux blancs & fa Mitre; alors
le Card. Ottoboni lui prefenta dans un Baffin
d'or deux Cefs , l'une d'or & l'autre d'argent.
Cette Cérémonie fut fuivie d'un Difcours latin
1. Vol. I ij très2744
MERCURE DE FRANCE
tres - éloquent que lui fit le même Cardinal ; après.
lequel les Cardinaux , les Patriarches , les Archevêques
& les Evêques qui s'étoient revêtus de
leurs habits Pontificaux dans une Salle à côté dụ
Portique , vinrent baifer les pieds du Pape ; cérémonie
qui fut enfuite obfervée par tous les Chanoines
, à chacun defquels le Tréforier de la
Chambre Apoftolique donna une Médaille d'argent.
Le Pape defcendit de fon Trône , précédé
de la Croix , des Cardinaux & des differens Or- .
dres de Prélature . Il entra dans l'Eglife donnant
l'Eau-benite à tous les affiftans. On lifoit deux
Infcriptions , l'une en dedans de la principale
Porte , & l'autre en dehors. La premiere contenoit
ce qui fuit , Ingredere, Sanctiffime Pater ,
exultantem adventu tuo comple&ere fponfam
Ecclefiarum Matrem que virtutis tua fulgoribus
illuftrata depofuit viduitatis infigne ut
novo tuorum latetur meritorum triumpho . Induit
fe veftimentis jucunditatis fua , Clementia
tua prafidio fulta nullos post hac fecura
pavebit incurfus . Pontifex pietate &munificentia
Optime , Maxime , diù vivas foelix aterno
Ecclefia decori , Corfinorum gloria perpe ,
tuo augmento. Publicè Urbis & Orbis Patri.
L'autre Infcription étoit en ces termes : Vox po
puli de Civitate , vox de Templo . Ecce venit defideratus
Gentibus fructus honoris quem dede-.
runtflores. CLEMENS XII. PONT. MAX.
occurrere latanti & facienti juftitiam . Lateranenfis
Ecclefia exultans clama magnum principium
, femita jufti recta eft , ofculate pedes ;
attolle portas ingredietur cuftodiens veritatem;
implebit Templum Majeftate nova. Parafii folium
, videbis Regem in decore fuc. Lorfque S.S.
fut arrivée dans le Choeur , elle y entonna le Te
Deum , après lequel elle fe rendit à fon Trône
I. Vol. élevé
DECEMBRE . 1730. 2743
élevé à côté du Grand Autel , où elle reçut l'obé
dience des Cardinaux qui lui baiferent la main, &
qui reçurent chacun une Médaille d'or & une
d'argent. Enfuite le Pape fut porté proceffionellement
à la grande Loge du Portail , où il donna
fa Benediction au peuple au fon des Timbales &
des Trompettes & au bruit d'une décharge gene
tale des Boëtes qui étoient rangées dans la Place.
Après la cérémonie , le Pape retourna en Chaife
à Porteurs au Palais du Quirinal.
Le foir , toute la Façade du Capitole fut ma
gnifiquement illuminée , ainfi que tous les Palais
de la Ville, & Pon fit plufieurs décharges de l'Ar
tillerie du Château S. Ange. A l'occafion de cette
cérémonie , le Pape a fait diftribuer du pain
toutes les pauvres familles , & diminuer confidérablement
le prix de la viande .
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Résumé : Prise de possession de S. Jean de Latran.
Le 19 novembre, le Pape effectua un déplacement du Palais du Quirinal au Palais du Vatican. L'après-midi, une procession cérémonielle fut organisée, incluant divers dignitaires et membres de la cour pontificale. Le cortège comprenait des détachements de la Garde, des officiers de la Chambre, des gentilshommes et des nobles. Le Pape était transporté dans un fauteuil de velours cramoisi sur un brancard tiré par deux chevaux blancs, entouré par la Garde suisse, des pages et des trompettes. Les cardinaux, patriarches, archevêques et évêques suivaient derrière. La procession traversa plusieurs arcs de triomphe, dont un nouvellement érigé par le Duc de Parme, orné de statues et d'inscriptions. Au Capitole, le Pape fut accueilli par le Marquis Franchipani, qui lui rendit hommage au nom du Sénat et du peuple romain. La procession continua jusqu'à l'église Saint-Jean-de-Latran, où le Pape fut reçu par le Cardinal Ottoboni. Après avoir revêtu les habits pontificaux et écouté un discours en latin, le Pape donna la bénédiction au peuple. La cérémonie se conclut par des illuminations et des salves d'artillerie. Le lendemain, le Pape distribua du pain aux pauvres familles et réduisit le prix de la viande.
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17
p. 587-590
ITALIE.
Début :
Le Pape a fait publier un nouveau Decret pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique, [...]
Mots clefs :
Luxe, Église, Rome, Pape, Cardinaux, Vatican, Naples, Religieux, Corps, Sainte-Marie sur la Minerve, Obsèques, Benoît XIII
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Pape a fait publier un nouveau Decret
pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique
, et pour deffendre à toutes personnes.
de porter dans les Païs de sont obéissance de
For ou de l'argent sur leurs habits.
Sa Sainteté a envoyé ordre à M. Cavalieri ,
son Nonce à la Cour de Portugal , de confirmer
par une nouvelle signature , les Immunitez accordées
à la Couronne et à la Nation Portugais
se , par Benoît XIII .
;
Le 21 Fevrier , veille du jour qu'on avoit choi
si pour transporter le Corps du feu Pape Benoît
XIII. de l'Eglise de S. Pierre du Vatican ,
dans celle de Sainte Marie sur la Minerves les
Cardinaux , au nombre de 18. tinrent Chapelle
Pontificale dans la Chapelle Pauline du Palaisdu
Quirinal , et ils assisterent à un Service solemnel
, pour le repos.de l'ame du Pape deffunt
le Cardinal Altieri de S. Mathieu celebra la Messe.
Le soir, on fit dans l'Eglise de S. Pierre du
Vatican l'ouverture du Cercueil de ce Pape , et
la reconnoissance de son Corps , en presence des.
Cardinaux Otthoboni , Petra , Lercari , Altieri
de S. Marhieu , Fini , Caraffe, Olivieri , Borghese
, Albani et del Giudice , et le Card. Albani
de S, Clement , Archiprêtre de cette Eglise , remit
le Corps au P. Jean - Benoît Zuanelli , Dominicain
, Maître du sacré Palais , et chargé par
le General de son Ordre , et par les Religieux de
Sainte Marie sur la Minerve , de le recevoir en
leur nom . Ensuite on porta processionnellement
le Cercueil dans la Nef de l'Eglise , au milieu
de laquelle on avoit élevé un magnifique Cata
Hvj falque
588 MERCURE DE FRANCE
falque , où on l'exposa. Il y fut gardé jusqu'au
moment du transport par les Religieux Dominicains
, qui réïtererent des Prieres pendant toute
la nuit.
Le 22 , les Chanoines de l'Eglise de S. Pierre
du Vatican firent un Service solemnel , qui fut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique , auquel
M. Cervini , Archevêque titulaire de Nicomedie
officia Pontificalement. Après la Messe , M.Assemani
, Camerier d'honneur du Pape , prononça
en Latin l'Oraison Funebre , après quoi le
Prelat officiant , assistê des Evêques titulaires de
Gerapolis , de Cirene , de Costanza et de Marciana
, fit les Encensemens et les Absoutes. Le
même jour , après midi , tout le Clergé Secuhier
et Regulier s'étant rendu à l'Eglise de Saint
Pierre , on transporta le Corps dans celle de
Sainte Marie sur la Minerve , et la marche se fit
dans l'ordre suivant :
Les Domestiques de presque tous les Cardimaux
qui sont à Rome ; les Enfans du College
de S. Michel , et de celui de Salviati ; les Orphelins
, les Religieux de differens Ordres , les
Clercs reguliers ; le Clergé de chaque Paroisse ,
et les Chanoines de tous les Chapitres de la Ville.
400 Religieux Franciscains , marchant quatre à
quatre , et les Dominicains marchant 6 à 6,précedoient
le Brancard sur lequel étoit le Corps. Ils .
portoient tous des Flambeaux , ainsi que te reste
du Clergé et les autres personnes qui composoient
le Cortege. Les Hallebardiers de la Garde marchoient
autour du Brancard ; les deux Maîtres des
Ceremonies , les Evêques , les Clercs de Chambre
, et la Chambre secrete , venoient ensuite .
la marche étoit fermée par 40 Valets de pied du
Pape , et par les Equipages du Majordome de
S. S.
Le
MARS. 1733 589
Le Corps arriva vers les 7 -heures du soir à l'Eglise
de Sainte Marie sur la Minerve , qui étoit
toute tenduë de noir , et magnifiquement décorée.
Il y fut reçu par les Cardinaux Otthoboni
, Borghese et J. Bapt. Altieri , et on le plaça
au milieu de la Nef, sur une Estrade , au dessus
de laquelle étoit un riche Baldaquin , où il demeura
exposé pendant toute la nuit et le jour
suivant.
Le lendemain , il y eut Chapelle Pontificale
dans cette Eglise. 26 Cardinaux assisterent a
Service , qui fut chanté solemnellement ; après
la -Messe , qui fut celebrée par le Cardinal Altieri
de S. Mathieu , M. Philippe Piersanti , Chanoine
de S. Pierre du Vatican , et Maître des
Ceremonies du Pape , prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup d'éloquence , et les Absoutes
furent faites par les Cardinaux Petra
Fini , Caraffe et Lercari . Pendant le reste de la
journée l'Eglise fut ouverte , et il y eut un grand
concours de peuple ; le soir , les Religieux en
ayant fermé les Portes , se rendirent processionlement
dans la Nef, et après avoir récité les
Prieres accoutumées, ils porterent le Corps dans
une Chapelle , où il demeurera jusqu'à ce que le
Mausolée qu'on lui destine , soit achevé.
"
On vient d'apprendre que dans le Consistoire ;
tenu le 2 de ce mois , le Pape avoit nominé Cardinal
, M. Dominique Riviera , Protonotaire
Apostolique , et Secretaire de la Congrégation
de la Consulte. S. S. a donné la Charge de Secretaire
de la Congrégation de la Consulte ,
M. Bardi.
Par une Liste , publiée à Naples , des Dommages
, causez dans la Calabre , par le tremblement
de Terre , du 29 Novembre dernier , il pa-
πολύ .
F90
MERCURE DE FRANCE
Foît qu'il a péri en divers endroits 1940 petsonnes
, sans compter 1455 blessez , que les Villes
et Bourgs d'Ariano , Fiumari , Vallata , Lioni
, et S. Angelo , avoient été entierement renversez.
Les Bourgs de Mirabella et Carisi , réduits
en un Monceau de Pierres; y ayant eu dans
ces deux endroits 970 morts , parmi lesquels on
compte le Seigneur de Carisi , avec son épouse ,
et toute sa famille ; que la Ville Archiepiscopale
de Conza étoit dans un état pitoyable, la Cathedrale
ayant été entierement détruite, et que parmi
les autres Villes et Bourgs qui ont le plus
souffert , on compte Monte- Fiscoli , Capitale de
la Province , Bonito , Pietra de Fuci , Manical
ciati Frevico , S. Martin di Servinara , Monte
Rocheto , & c.
Le 15. Janvier on promena , selon la coûtume,
dans les rues de Naples , le Char de Triomphe
des Boulangers , sur lequel étoit représentée l'Aurore
conduite par les Crépuscules : ce Char qur
avoit été executé sur les desseins de M. Domique
Vaccard , celebre Architecte , fut conduit
par
la rue de Tolede à la Place du Palais , où il
tut abandonné au Peuple en presence du Viceroy.
Les Rhumes et Fluxions avec fiévre , ont regné
dans toute l'Italie et ont emporté bien du monde
, sur tout les personnes âgées ; on écrit de
Florence , qu'il y a encore en cette Ville bien
des gens attaquez de cette maladie ; de Rome et
de Naples , que les Rhumes y sont aussi communs
que dans le reste de l'Europe , et de Venise
que les plaisirs du Carnaval y ont été moins vis
Cette année , à cause des mêmes maladies.
E Pape a fait publier un nouveau Decret
pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique
, et pour deffendre à toutes personnes.
de porter dans les Païs de sont obéissance de
For ou de l'argent sur leurs habits.
Sa Sainteté a envoyé ordre à M. Cavalieri ,
son Nonce à la Cour de Portugal , de confirmer
par une nouvelle signature , les Immunitez accordées
à la Couronne et à la Nation Portugais
se , par Benoît XIII .
;
Le 21 Fevrier , veille du jour qu'on avoit choi
si pour transporter le Corps du feu Pape Benoît
XIII. de l'Eglise de S. Pierre du Vatican ,
dans celle de Sainte Marie sur la Minerves les
Cardinaux , au nombre de 18. tinrent Chapelle
Pontificale dans la Chapelle Pauline du Palaisdu
Quirinal , et ils assisterent à un Service solemnel
, pour le repos.de l'ame du Pape deffunt
le Cardinal Altieri de S. Mathieu celebra la Messe.
Le soir, on fit dans l'Eglise de S. Pierre du
Vatican l'ouverture du Cercueil de ce Pape , et
la reconnoissance de son Corps , en presence des.
Cardinaux Otthoboni , Petra , Lercari , Altieri
de S. Marhieu , Fini , Caraffe, Olivieri , Borghese
, Albani et del Giudice , et le Card. Albani
de S, Clement , Archiprêtre de cette Eglise , remit
le Corps au P. Jean - Benoît Zuanelli , Dominicain
, Maître du sacré Palais , et chargé par
le General de son Ordre , et par les Religieux de
Sainte Marie sur la Minerve , de le recevoir en
leur nom . Ensuite on porta processionnellement
le Cercueil dans la Nef de l'Eglise , au milieu
de laquelle on avoit élevé un magnifique Cata
Hvj falque
588 MERCURE DE FRANCE
falque , où on l'exposa. Il y fut gardé jusqu'au
moment du transport par les Religieux Dominicains
, qui réïtererent des Prieres pendant toute
la nuit.
Le 22 , les Chanoines de l'Eglise de S. Pierre
du Vatican firent un Service solemnel , qui fut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique , auquel
M. Cervini , Archevêque titulaire de Nicomedie
officia Pontificalement. Après la Messe , M.Assemani
, Camerier d'honneur du Pape , prononça
en Latin l'Oraison Funebre , après quoi le
Prelat officiant , assistê des Evêques titulaires de
Gerapolis , de Cirene , de Costanza et de Marciana
, fit les Encensemens et les Absoutes. Le
même jour , après midi , tout le Clergé Secuhier
et Regulier s'étant rendu à l'Eglise de Saint
Pierre , on transporta le Corps dans celle de
Sainte Marie sur la Minerve , et la marche se fit
dans l'ordre suivant :
Les Domestiques de presque tous les Cardimaux
qui sont à Rome ; les Enfans du College
de S. Michel , et de celui de Salviati ; les Orphelins
, les Religieux de differens Ordres , les
Clercs reguliers ; le Clergé de chaque Paroisse ,
et les Chanoines de tous les Chapitres de la Ville.
400 Religieux Franciscains , marchant quatre à
quatre , et les Dominicains marchant 6 à 6,précedoient
le Brancard sur lequel étoit le Corps. Ils .
portoient tous des Flambeaux , ainsi que te reste
du Clergé et les autres personnes qui composoient
le Cortege. Les Hallebardiers de la Garde marchoient
autour du Brancard ; les deux Maîtres des
Ceremonies , les Evêques , les Clercs de Chambre
, et la Chambre secrete , venoient ensuite .
la marche étoit fermée par 40 Valets de pied du
Pape , et par les Equipages du Majordome de
S. S.
Le
MARS. 1733 589
Le Corps arriva vers les 7 -heures du soir à l'Eglise
de Sainte Marie sur la Minerve , qui étoit
toute tenduë de noir , et magnifiquement décorée.
Il y fut reçu par les Cardinaux Otthoboni
, Borghese et J. Bapt. Altieri , et on le plaça
au milieu de la Nef, sur une Estrade , au dessus
de laquelle étoit un riche Baldaquin , où il demeura
exposé pendant toute la nuit et le jour
suivant.
Le lendemain , il y eut Chapelle Pontificale
dans cette Eglise. 26 Cardinaux assisterent a
Service , qui fut chanté solemnellement ; après
la -Messe , qui fut celebrée par le Cardinal Altieri
de S. Mathieu , M. Philippe Piersanti , Chanoine
de S. Pierre du Vatican , et Maître des
Ceremonies du Pape , prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup d'éloquence , et les Absoutes
furent faites par les Cardinaux Petra
Fini , Caraffe et Lercari . Pendant le reste de la
journée l'Eglise fut ouverte , et il y eut un grand
concours de peuple ; le soir , les Religieux en
ayant fermé les Portes , se rendirent processionlement
dans la Nef, et après avoir récité les
Prieres accoutumées, ils porterent le Corps dans
une Chapelle , où il demeurera jusqu'à ce que le
Mausolée qu'on lui destine , soit achevé.
"
On vient d'apprendre que dans le Consistoire ;
tenu le 2 de ce mois , le Pape avoit nominé Cardinal
, M. Dominique Riviera , Protonotaire
Apostolique , et Secretaire de la Congrégation
de la Consulte. S. S. a donné la Charge de Secretaire
de la Congrégation de la Consulte ,
M. Bardi.
Par une Liste , publiée à Naples , des Dommages
, causez dans la Calabre , par le tremblement
de Terre , du 29 Novembre dernier , il pa-
πολύ .
F90
MERCURE DE FRANCE
Foît qu'il a péri en divers endroits 1940 petsonnes
, sans compter 1455 blessez , que les Villes
et Bourgs d'Ariano , Fiumari , Vallata , Lioni
, et S. Angelo , avoient été entierement renversez.
Les Bourgs de Mirabella et Carisi , réduits
en un Monceau de Pierres; y ayant eu dans
ces deux endroits 970 morts , parmi lesquels on
compte le Seigneur de Carisi , avec son épouse ,
et toute sa famille ; que la Ville Archiepiscopale
de Conza étoit dans un état pitoyable, la Cathedrale
ayant été entierement détruite, et que parmi
les autres Villes et Bourgs qui ont le plus
souffert , on compte Monte- Fiscoli , Capitale de
la Province , Bonito , Pietra de Fuci , Manical
ciati Frevico , S. Martin di Servinara , Monte
Rocheto , & c.
Le 15. Janvier on promena , selon la coûtume,
dans les rues de Naples , le Char de Triomphe
des Boulangers , sur lequel étoit représentée l'Aurore
conduite par les Crépuscules : ce Char qur
avoit été executé sur les desseins de M. Domique
Vaccard , celebre Architecte , fut conduit
par
la rue de Tolede à la Place du Palais , où il
tut abandonné au Peuple en presence du Viceroy.
Les Rhumes et Fluxions avec fiévre , ont regné
dans toute l'Italie et ont emporté bien du monde
, sur tout les personnes âgées ; on écrit de
Florence , qu'il y a encore en cette Ville bien
des gens attaquez de cette maladie ; de Rome et
de Naples , que les Rhumes y sont aussi communs
que dans le reste de l'Europe , et de Venise
que les plaisirs du Carnaval y ont été moins vis
Cette année , à cause des mêmes maladies.
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Résumé : ITALIE.
En février 1733, le Pape publia un décret visant à réprimer le luxe dans l'État ecclésiastique et à interdire le port de fourrure ou d'argent sur les habits dans les pays sous son obéissance. Il confirma également les immunités accordées à la Couronne et à la Nation portugaise par Benoît XIII. Le 21 février, les cardinaux célébrèrent une chapelle pontificale et un service solennel pour le repos de l'âme du Pape Benoît XIII. Le soir, le cercueil du Pape fut ouvert et son corps reconnu en présence de plusieurs cardinaux. Le corps fut ensuite transporté processionnellement à l'église Sainte-Marie-sur-la-Minerve, où il fut exposé jusqu'au lendemain. Le 22 février, un service solennel fut chanté à plusieurs chœurs de musique, suivi de l'oraison funèbre prononcée par M. Assemani. Le corps fut ensuite transporté à l'église Sainte-Marie-sur-la-Minerve dans une procession ordonnée, incluant divers clercs, religieux et domestiques des cardinaux. Le corps resta exposé jusqu'au lendemain, date à laquelle une chapelle pontificale fut tenue avec la participation de 26 cardinaux. Le soir, les religieux portèrent le corps dans une chapelle où il demeura jusqu'à l'achèvement de son mausolée. Le Pape nomma M. Dominique Riviera cardinal et secrétaire de la Congrégation de la Consulte, et M. Bardi à la charge de secrétaire de cette même congrégation. En Calabre, un tremblement de terre le 29 novembre précédent causa la mort de 1940 personnes et en blessa 1455, détruisant plusieurs villes et bourgs. À Naples, le char de triomphe des boulangers fut promené dans les rues le 15 janvier. Des épidémies de rhumes et de fluxions avec fièvre sévirent en Italie, affectant particulièrement les personnes âgées.
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18
p. 595-596
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Début :
Le 24. Février, le Cardinal Alamanno Salviati, mourut à Rome, âgé de près de 65. ans, [...]
Mots clefs :
Cardinal, Église, Pape, Cardinaux, Carrosse
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texteReconnaissance textuelle : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Liati,
E 24. Février , le Cardinal Alamanno Salmourut
à Rome , âgé de près de 65 .
ans , étant né à Florence le 20. d'Avril 1668 , II
avoit été fait Cardinal le 8. Février 1730. par
le Pape Benoît XIII qui lui donna le Titre de
Sainte Marie d'Ara- Coeli , et le fit Préfet de la
Signature de Justice. Le 25. le Corps de ce Cardinal
fut porté à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara
Coli, dans un Carosse , accompagné de plusieurs
autres où étoient ses Gentilshommes ; le lendemain
, 21. Cardinaux assisterent à ses Obseques
qui furent celebrées avec beaucoup de solemnité.
Le 5. Mars après midi , Muley Achmet , petitfils
du feu Roy de Maroc , et neveu du Roy regnant
, fut baptisé par le Cardinal Guadagni ,
dans l'Eglise de S. Pierre du Vatican , où le Čardinat
Belluga , qui a pris soin de l'instruction de
ce Prince depuis qu'il est à Rome , le conduisit
dans son Carosse ; il eut pour Parrein le Prince
Don Barthelemi Corsini , frere du Cardinal de ce
nom , et neveu du Pape. Il fut nommé Laurent-
Barthelemi-Trajan-Louis. Le Cardinal Annibal
Albani de S. Clement , lui administra le Sacrement
de Confirmation , et l'exhorta par un Discours
très-touchant , à demeurer fidele anx obligations
qu'il contractoit en embrassant la Reli
gion Catholique, Le Chevalier de S. George assista
à cette Ceremonie , qui se fit en presence de
17. Cardinaux et de la plus grande partie de la
principale
1
596 MERCURE DE FRANCE
principale Noblesse , après quoy le Prince nouvellement
baptisé fut conduit par le Cardinal
Belluga , à l'Audience de S. S. qui le reçut avec
beaucoup de marques de tendresse , et l'assura
d'une protection particuliere .
Liati,
E 24. Février , le Cardinal Alamanno Salmourut
à Rome , âgé de près de 65 .
ans , étant né à Florence le 20. d'Avril 1668 , II
avoit été fait Cardinal le 8. Février 1730. par
le Pape Benoît XIII qui lui donna le Titre de
Sainte Marie d'Ara- Coeli , et le fit Préfet de la
Signature de Justice. Le 25. le Corps de ce Cardinal
fut porté à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara
Coli, dans un Carosse , accompagné de plusieurs
autres où étoient ses Gentilshommes ; le lendemain
, 21. Cardinaux assisterent à ses Obseques
qui furent celebrées avec beaucoup de solemnité.
Le 5. Mars après midi , Muley Achmet , petitfils
du feu Roy de Maroc , et neveu du Roy regnant
, fut baptisé par le Cardinal Guadagni ,
dans l'Eglise de S. Pierre du Vatican , où le Čardinat
Belluga , qui a pris soin de l'instruction de
ce Prince depuis qu'il est à Rome , le conduisit
dans son Carosse ; il eut pour Parrein le Prince
Don Barthelemi Corsini , frere du Cardinal de ce
nom , et neveu du Pape. Il fut nommé Laurent-
Barthelemi-Trajan-Louis. Le Cardinal Annibal
Albani de S. Clement , lui administra le Sacrement
de Confirmation , et l'exhorta par un Discours
très-touchant , à demeurer fidele anx obligations
qu'il contractoit en embrassant la Reli
gion Catholique, Le Chevalier de S. George assista
à cette Ceremonie , qui se fit en presence de
17. Cardinaux et de la plus grande partie de la
principale
1
596 MERCURE DE FRANCE
principale Noblesse , après quoy le Prince nouvellement
baptisé fut conduit par le Cardinal
Belluga , à l'Audience de S. S. qui le reçut avec
beaucoup de marques de tendresse , et l'assura
d'une protection particuliere .
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Résumé : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
En février et mars, deux événements marquants ont eu lieu à Rome. Le 24 février, le cardinal Alamanno Salviati est décédé à Rome à l'âge de près de 65 ans. Né à Florence le 20 avril 1668, il avait été créé cardinal le 8 février 1730 par le pape Benoît XIII, qui lui avait attribué le titre de Sainte-Marie d'Ara-Coeli et la fonction de préfet de la Signature de Justice. Ses obsèques, auxquelles ont assisté 21 cardinaux, ont été célébrées avec solennité le 25 février à l'église Sainte-Marie d'Ara-Coeli. Le 5 mars, Muley Achmet, petit-fils du défunt roi du Maroc et neveu du roi régnant, a été baptisé par le cardinal Guadagni dans l'église Saint-Pierre du Vatican. Le cardinal Belluga, responsable de son instruction, l'a conduit à la cérémonie. Le prince a été nommé Laurent-Barthélemy-Trajan-Louis et a eu pour parrain le prince Don Barthélemi Corsini. Le cardinal Annibal Albani lui a administré le sacrement de confirmation. La cérémonie, à laquelle ont assisté 17 cardinaux et une grande partie de la noblesse, s'est déroulée en présence du chevalier de Saint-Georges. Après le baptême, le cardinal Belluga a conduit le prince à l'audience du pape, qui l'a reçu avec tendresse et lui a assuré une protection particulière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 2264-2265
ITALIE.
Début :
Les Cardinaux Lercari, Caraffe et Guadagni, que le Pape a nommez pour donner leur avis [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinaux, Électeur palatin, Imposition
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIEM
Es . Cardinaux Lercari , Caraffe et Guadagni ,
que le Pape a nommez pour donner leur avis
sur la permission que l'Electeur Palatin a demandée
, d'établir une imposition sur les Ecclesiastiques
de ses Etats , afin de les faire contribuer
aux frais des réparations de quelques -unes
de ses Places , ont décidé que le Clergé de l'Electorat
payeroit cette contribution en forme de
don gratuit. Le Pape , en conféquence de cette.
déliberation , doit envoyer un Bref à l'Electeur
Palatin pour autoriser cette imposition où don
gratuit.
Les Cardinaux Davia , Georges Spinola , Spinola
de sainte Agnès , Falconien , Corsini , Gua
dagni , et Mosca , que le Pape avait nommez
pour
OCTOBRE. 1733. 2265
pour examiner de quelle maniere on pourroit
remedier aux abus ausquels les aziles , tant des
Eglises que des Palais des Ministres Etrangers ,
donnent lieu , ont reglé que l'azile des Eglises
pour les homicides , ne pourra durer que trois .
jours , après lequel temps il sera permis de se
saisir de leur personne et de les mettre entre les :
mains de la Justice. Le Cardinal Corsini a été
chargé d'écrire aux Ministres Etrangers qui résident
en cette Ville , pour les prier de ne pas
souffrir qu'aucune personne accusée de crimes ,
dont la punition importe à la sûreté publique ,
trouve le moyen en se retirant dans leurs Palais
d'éluder la juste rigueur des Loix.
Suivant le rapport des Capitaines des divers
Bâtimens arrivez à Venise depuis peu des Côtes
d'Afrique , Dgianum-Codja , Capitan- Pacha
de l'Empire Othoman , a escorté jusqu'à Alger
fes trois Vaisseaux de l'Escadre Algerienne , qui
étoient à la Rade de Mosconisy ; ce sont les
seuls qui ayent pû se sauver de la tempête qu'elle
essuya le premier du mois d'Avril dernier.
Dans le Consistoire du 28. du mois dernier ,
le Pape nomma Cardinaux , Jean- Baptiste Spino
la , Génois , Vice- Camerlingue , Gouverneur de
Rome , Protonotaire Apostolique , et Consulteur
du S. Office , et Marcel Pasteri , natif d'Ariano,
dans le Royaume de Naple , Archevêque de Nazianze
, Auditeur de Sa Sainteté , et Dataire de
la Pénitencerie ..
Es . Cardinaux Lercari , Caraffe et Guadagni ,
que le Pape a nommez pour donner leur avis
sur la permission que l'Electeur Palatin a demandée
, d'établir une imposition sur les Ecclesiastiques
de ses Etats , afin de les faire contribuer
aux frais des réparations de quelques -unes
de ses Places , ont décidé que le Clergé de l'Electorat
payeroit cette contribution en forme de
don gratuit. Le Pape , en conféquence de cette.
déliberation , doit envoyer un Bref à l'Electeur
Palatin pour autoriser cette imposition où don
gratuit.
Les Cardinaux Davia , Georges Spinola , Spinola
de sainte Agnès , Falconien , Corsini , Gua
dagni , et Mosca , que le Pape avait nommez
pour
OCTOBRE. 1733. 2265
pour examiner de quelle maniere on pourroit
remedier aux abus ausquels les aziles , tant des
Eglises que des Palais des Ministres Etrangers ,
donnent lieu , ont reglé que l'azile des Eglises
pour les homicides , ne pourra durer que trois .
jours , après lequel temps il sera permis de se
saisir de leur personne et de les mettre entre les :
mains de la Justice. Le Cardinal Corsini a été
chargé d'écrire aux Ministres Etrangers qui résident
en cette Ville , pour les prier de ne pas
souffrir qu'aucune personne accusée de crimes ,
dont la punition importe à la sûreté publique ,
trouve le moyen en se retirant dans leurs Palais
d'éluder la juste rigueur des Loix.
Suivant le rapport des Capitaines des divers
Bâtimens arrivez à Venise depuis peu des Côtes
d'Afrique , Dgianum-Codja , Capitan- Pacha
de l'Empire Othoman , a escorté jusqu'à Alger
fes trois Vaisseaux de l'Escadre Algerienne , qui
étoient à la Rade de Mosconisy ; ce sont les
seuls qui ayent pû se sauver de la tempête qu'elle
essuya le premier du mois d'Avril dernier.
Dans le Consistoire du 28. du mois dernier ,
le Pape nomma Cardinaux , Jean- Baptiste Spino
la , Génois , Vice- Camerlingue , Gouverneur de
Rome , Protonotaire Apostolique , et Consulteur
du S. Office , et Marcel Pasteri , natif d'Ariano,
dans le Royaume de Naple , Archevêque de Nazianze
, Auditeur de Sa Sainteté , et Dataire de
la Pénitencerie ..
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Résumé : ITALIE.
En octobre 1733, le Pape a nommé plusieurs cardinaux pour traiter divers sujets. Les cardinaux Lercari, Caraffe et Guadagni ont examiné la demande de l'Électeur Palatin d'imposer une taxe sur les ecclésiastiques pour financer des réparations militaires. Ils ont décidé que le clergé paierait cette contribution sous forme de don gratuit, avec autorisation papale par un bref. Les cardinaux Davia, Georges Spinola, Spinola de sainte Agnès, Falconien, Corsini, Guadagni et Mosca ont réglementé les abus liés aux asiles dans les églises et les palais des ministres étrangers, limitant l'asile pour homicides à trois jours. Le cardinal Corsini a informé les ministres étrangers de ne pas protéger les criminels. Par ailleurs, des rapports de navires à Venise ont mentionné que Dgianum-Codja, Capitan-Pacha de l'Empire Ottoman, a escorté des vaisseaux algériens jusqu'à Alger après une tempête en avril. Lors du consistoire du 28 septembre, le Pape a nommé Jean-Baptiste Spinola et Marcel Pasteri comme cardinaux, détaillant leurs fonctions et origines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 77-78
Autre chanté à Rome, [titre d'après la table]
Début :
On a appris de Rome du 3 du mois dernier, que l'Abbé de Canillac, Auditeur de [...]
Mots clefs :
Rome, Claude-François de Montboissier de Canillac de Beaufort, Église de Saint-Louis, Palais, Te Deum, Cardinaux, Pape, Concert, Académie de France
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texteReconnaissance textuelle : Autre chanté à Rome, [titre d'après la table]
On a appris de Rome du 3 du mois dernier
, que l'Abbé de Canillac , Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très- Chrétien auprès du S. Siége ,
ayant été informé du rétabliſſement de la
ſanté de ce Monarque , l'Egliſe de S. Loiiis
de la Nation Françoiſe fut éclairée & ornée
par les ordres de ce Miniſtre , avec une magnificence
, qui a excité avec juſtice l'admiration
générale , & que le 27 du même mois
78 MERCURE DE FRANCE.
il y fit chanter le Te Deum en Muſique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y aſſiſterent avec un
empreſſement , inſpiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France , & le Pape , voulant témoigner
combien il étoit ſenſible à la conſervation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la même Egliſe, Le foir
& ceux des deux jours ſuivans , cette Eglife
&celle des Minimes François furent entierement
illuminées , ainſi que le Palais de
l'Abbé de Canillac , ceux de toutes les perſonnes
de distinction attachées à la Couronne
de France , & toutes les maiſons des
François, qui font à Rome.Pendant ces trois
jours ,ungrand nombre de Symphoniſtes ,
placés ſur trois Balcons du Palais de l'Abbé
deCanillac , donnerent au Public , en exécutant
alternativement divers morceaux de
Muſique Inſtrumentale , un Concert prefque
continuel. Ce Miniſtre avoit fait mettre
de pareils Orcheſtres à l'Egliſe de S.
Loiiis & à l'Académie de France ,& tout le
monde a paru également touché & fatisfait
de la maniere dont il a manifeſté ſon zéle
pour ſon Auguſte Souverain.
, que l'Abbé de Canillac , Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très- Chrétien auprès du S. Siége ,
ayant été informé du rétabliſſement de la
ſanté de ce Monarque , l'Egliſe de S. Loiiis
de la Nation Françoiſe fut éclairée & ornée
par les ordres de ce Miniſtre , avec une magnificence
, qui a excité avec juſtice l'admiration
générale , & que le 27 du même mois
78 MERCURE DE FRANCE.
il y fit chanter le Te Deum en Muſique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y aſſiſterent avec un
empreſſement , inſpiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France , & le Pape , voulant témoigner
combien il étoit ſenſible à la conſervation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la même Egliſe, Le foir
& ceux des deux jours ſuivans , cette Eglife
&celle des Minimes François furent entierement
illuminées , ainſi que le Palais de
l'Abbé de Canillac , ceux de toutes les perſonnes
de distinction attachées à la Couronne
de France , & toutes les maiſons des
François, qui font à Rome.Pendant ces trois
jours ,ungrand nombre de Symphoniſtes ,
placés ſur trois Balcons du Palais de l'Abbé
deCanillac , donnerent au Public , en exécutant
alternativement divers morceaux de
Muſique Inſtrumentale , un Concert prefque
continuel. Ce Miniſtre avoit fait mettre
de pareils Orcheſtres à l'Egliſe de S.
Loiiis & à l'Académie de France ,& tout le
monde a paru également touché & fatisfait
de la maniere dont il a manifeſté ſon zéle
pour ſon Auguſte Souverain.
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21
p. 199-205
RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Début :
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire de France auprès du Saint Siege, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Rome, Naissance du duc de Bourgogne, Duc de Nivernois, Ambassadeur, Noblesse, Palais, Cardinaux, Goût, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
RELATION
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
IV
zed by Goc
202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
17)2.
203
JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
1vj
itized byC
204 MERCURE DEFRA NCE.
du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
ized by Goc
205
1752.
JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
IV
zed by Goc
202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
17)2.
203
JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
1vj
itized byC
204 MERCURE DEFRA NCE.
du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
ized by Goc
205
1752.
JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
Fermer
22
p. 219-221
ITALIE.
Début :
Les chaleurs excessives qu'on a essuyées ici depuis le 15 du mois [...]
Mots clefs :
Messine, Rome, Livourne, Chaleurs excessives, Maladies, Fièvre épidémique, Fouilles archéologiques, Pape, Charge de secrétaire d'État, Cardinaux, Siège, Navire, Tunis
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE MESSINES , le 24 Août.
Les chaleurs exceffives qu'on a effuyées ici depuis
le 15 du mois de Juin , ont produit des maladies
dont les fymptômes & les fuites ont caufé
d'abord beaucoup d'effroi. Toutes les perfonnes
qui en étoient attaquées , tomboient au bout de
quelques heures dans une violente phrénéfie . Leur
tête s'enfloit extraordinairement ; elles perdoient
l'ufage de leurs organes , & bientôt une fievre violente
les emportoit. On a trouvé le moyen de
prévenir ces funeftes effets , en baignant la tête
du malade dans de l'eau froide.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
DE ROME , le 11 Septembre.
En fouillant la terre dans un jardin du Comte
perucchi , on a découvert une Úrne qui , felon
Pinfcription gravée deffus , content les cendres
du Maitre de la Garde-robe de P'Empereur Auguf
te. On a trouvé auffi fous terre , dans l'endroit où
le Duc de Zagarola fe propofe de faire conftruire
un nouveau Palais , une petite Chapelle dont les
peintures font bien confervées.
Le Pape a difpofé de la charge de Secretaire
d'Etat , & de celle de Vice -Chancelier en faveur
du Cardinal Aubri Archinto , Gouverneur de
Rome. Sa Sainteté a accordé au Cardinal Jérôme
Colonne , qui étoit Vice -Chancelier , celle de
Camerlingue du Saint Siege, à laquelle eft attaché
le titre de Président de la Chambre Apoftolique.
La place de Préfet de la Congrégation de Prapaganda
Fide a été donnée au Cardinal Jofeph
Spinelli , & le Cardinal Fortuné Tamburini a été
déclaré Protecteur de la Congrégation du Mont
Caffin . Les Cardinaux Jean - Jacques Millo & Clément
Hargenvilliers ont été mis au nombre des
Commiffaires de la Congrégation établie pour les
affaires du Comtat Vénaiffin. Le fieur Corneille
Caprara , frere du Marquis de Monti , Maréchal
des Camps & Armées de Sa Majeſté Très Chrétienne
, a été nommé Gouverneur de Rome , & il
eft remplacé dans la Chambre de la Rote par le
fieur Alexandre Ratta . Le Saint Pere a conféré à
un fils du Marquis Cavalieri un Canonicat de
Saint Pierre du Vatican , dont l'Evêque de Col
tanza s'eft démis .
OCTOBRE. 1756. 227
DE LIVOURNE , le 13 Septembre.
Un Navire , arrivé de l'Ile du Goze , a rapporté
que les Algériens ayant mis le fiege devant
Tunis , le Bey, pour ne pas tomber entre leurs
mains , s'elt fauvé avec les tréfors & trente- deux
Eſclaves , & qu'il s'eft retiré à Malte .
DE MESSINES , le 24 Août.
Les chaleurs exceffives qu'on a effuyées ici depuis
le 15 du mois de Juin , ont produit des maladies
dont les fymptômes & les fuites ont caufé
d'abord beaucoup d'effroi. Toutes les perfonnes
qui en étoient attaquées , tomboient au bout de
quelques heures dans une violente phrénéfie . Leur
tête s'enfloit extraordinairement ; elles perdoient
l'ufage de leurs organes , & bientôt une fievre violente
les emportoit. On a trouvé le moyen de
prévenir ces funeftes effets , en baignant la tête
du malade dans de l'eau froide.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
DE ROME , le 11 Septembre.
En fouillant la terre dans un jardin du Comte
perucchi , on a découvert une Úrne qui , felon
Pinfcription gravée deffus , content les cendres
du Maitre de la Garde-robe de P'Empereur Auguf
te. On a trouvé auffi fous terre , dans l'endroit où
le Duc de Zagarola fe propofe de faire conftruire
un nouveau Palais , une petite Chapelle dont les
peintures font bien confervées.
Le Pape a difpofé de la charge de Secretaire
d'Etat , & de celle de Vice -Chancelier en faveur
du Cardinal Aubri Archinto , Gouverneur de
Rome. Sa Sainteté a accordé au Cardinal Jérôme
Colonne , qui étoit Vice -Chancelier , celle de
Camerlingue du Saint Siege, à laquelle eft attaché
le titre de Président de la Chambre Apoftolique.
La place de Préfet de la Congrégation de Prapaganda
Fide a été donnée au Cardinal Jofeph
Spinelli , & le Cardinal Fortuné Tamburini a été
déclaré Protecteur de la Congrégation du Mont
Caffin . Les Cardinaux Jean - Jacques Millo & Clément
Hargenvilliers ont été mis au nombre des
Commiffaires de la Congrégation établie pour les
affaires du Comtat Vénaiffin. Le fieur Corneille
Caprara , frere du Marquis de Monti , Maréchal
des Camps & Armées de Sa Majeſté Très Chrétienne
, a été nommé Gouverneur de Rome , & il
eft remplacé dans la Chambre de la Rote par le
fieur Alexandre Ratta . Le Saint Pere a conféré à
un fils du Marquis Cavalieri un Canonicat de
Saint Pierre du Vatican , dont l'Evêque de Col
tanza s'eft démis .
OCTOBRE. 1756. 227
DE LIVOURNE , le 13 Septembre.
Un Navire , arrivé de l'Ile du Goze , a rapporté
que les Algériens ayant mis le fiege devant
Tunis , le Bey, pour ne pas tomber entre leurs
mains , s'elt fauvé avec les tréfors & trente- deux
Eſclaves , & qu'il s'eft retiré à Malte .
Fermer
Résumé : ITALIE.
En août 1756, à Messine, des chaleurs extrêmes depuis mi-juin ont provoqué des maladies caractérisées par une phrénésie violente, un gonflement de la tête, une perte des fonctions corporelles et une fièvre mortelle. Un remède a été trouvé en baignant la tête des malades dans de l'eau froide. À Rome, en septembre 1756, une urne contenant les cendres du maître de la garde-robe de l'empereur Auguste a été découverte dans un jardin du Comte Perucchi. Une chapelle bien conservée a également été trouvée sur le site de construction d'un nouveau palais du Duc de Zagarola. Le Pape a nommé plusieurs cardinaux à des postes clés : le Cardinal Aubri Archinto aux postes de Secrétaire d'État et de Vice-Chancelier, le Cardinal Jérôme Colonne au poste de Camerlingue du Saint-Siège, le Cardinal Joseph Spinelli comme Préfet de la Congrégation de Propaganda Fide, et le Cardinal Fortuné Tamburini comme Protecteur de la Congrégation du Mont Cassin. Les Cardinaux Jean-Jacques Millo et Clément Hargenvilliers ont été nommés commissaires pour les affaires du Comtat Venaissin. Corneille Caprara a été nommé Gouverneur de Rome, et un fils du Marquis Cavalieri a reçu un canonicat de Saint-Pierre du Vatican. À Livourne, en septembre 1756, un navire en provenance de l'île de Gozo a rapporté que les Algériens avaient mis le siège devant Tunis. Le Bey s'est enfui avec les trésors et trente-deux esclaves, se réfugiant à Malte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 199-209
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roi jugeant à propos de faire passer incessamment entre les mains [...]
Mots clefs :
Roi de France, Nominations, Gouverneur, Précepteur, Capitaine, Colonel, Abbé, Famille royale, Duc, Comte, Audience, États de Bourgogne, États d'Artois, Duc de Bourgogne, Promotion d'officiers généraux et de brigadiers, Promotion des maréchaux de camp, de la Maison du roi, Promotion des maréchaux d'infanterie et de cavalerie, Monseigneur, Cardinaux, Archevêques, Corsaires, Navires anglais, Marchandises
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Le Roi jugeant à propos de faire paffer incef- E
*
famment entre les mains des hommes Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , à nommé Gouverneur
de ce Prince M. le Comte de la Vauguyon
Lieutenant général de fes Armées , Chevalier de
fes Ordres , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
; Précepteur , M. PEvêque de Limoges ;
Sous-Gouverneurs , MM . les Chevaliers de la Ferriere
& de Beaujeu ; le premier , Brigadier d'Infanterie
, & Capitaine au Régiment des Gardes
Françoifes ; le fecond , Chevalier de l'Ordre de
Saint Jean de Jérufalems Sous - Précepteur , M.
l'Abbé de Radonvilliers , Abbé de l'Abbaye de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Saint Loup de Troyes ; Lecteur , M. l'Abbé d'Ar
gentré , Vicaire général du Dioceſe de Limoges ;
Gentilshommes de la Manche , M. le Baron de
Luppé , Colonel du Régiment royal Cantabre ;
MM. les Marquis de Marboeuf , Colonel du Régiment
de Dragons de fon nom ; de Montefquiou ,
Colonel dans le Corps des Grenadiers de France ,
& de la Haye , Capitaine de Cavalerie.
Le Roi a donné à M. l'Evêque d'Orléans la futvivance
de la Direction générale des Economats
& de la Régie des biens des Religionnaires , exercées
actuellement par M. le Comte du Muy ; & Sa
Majefté a voulu que ce Prélat pût lui en rendre
compte , lorfque , pour cauſe d'abſence ou de maladie
, M. le Comte du Muy ne'pourroit pas travailler
avec Elle.
Le 23 Avril , le Roi , la Reine , & la Famille
Royale , fignerent le contrat de mariage de M. le
Marquis de la Côte , Officier des Chevaux- Légers
de la Garde , avec Mademoiſelle de Digoine.
M. de Perfan , ci -devant Capitaine au Régiment
Colonel Général de la Cavalerie , a obtenu l'agrément
du Roi pour la place de Lieutenant Meſtre
de Camp du même Régiment.
Le 30 Avril , M. le Comte de la Vauguion &
M. l'Evêque de Limoges , prêterent ferment entre
les mains du Roi ; le premier , en qualité de Gouverneur
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
& le ſecond , comme Précepteur de ce Prince.
Le même jour , les Etats de Bourgogne eurent
audience de Sa Majefté . Ils furent préſentés par
M. le Prince de Condé , Gouverneur de la Province
, & par M. le Comte de Saint - Florentin , Minif
tre & Secretaire d'Etat . La députation , qui étoit
conduite par M. Defgranges , Maître des Cérémonies
, étoit compofée , pour le Clergé , de M.
JUIN. 1758. 201
P'Abbé Dufers , qui portoit la parole ; de M. le
Comte de Tonnerre , pour la Nobleſſe , & de M.
de la Ramiffe , Maire d'Auxonne , pour le Tiers-
Etat . Elle eut audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Les Etats d'Artois eurent auffi l'honneur d'être
admis à l'audience du Roi , pour la préſentation
du cahier. M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & M. le Comte de Saint - Florentin
, pour le M. le Maréchal - Duc de Belle - Ife
qui a le département de cette Province , & qui
étoit indifpofé , les préſenterent à Sa Majefté , &
ils furent conduits par M. de Gifeux , Maître des
Cérémonies en furvivance. Les Députés étoient ,
pour le Clergé , M. l'Abbé de Cry , Chanoine de
la Cathédrale d'Arras & Vicaire général du Diocefe
, portant la parole ; pour la Nobleffe , M. le
Baron de Wifmes ; & pour le Tiers- Etat , M. de
Camps , Avocat , ancien Echevin de la ville
d'Arras.
Le premier de Mai , la Faculté vérifia le bon
état de la fanté de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
. Il en fut dreffé un procès-verbal qui fut
préfenté à Sa Majefté par M. le Comte de Saint-
Florentin , & on en remit deux copies en forme ,
P'une à Madame la Comteffe de Marfan , & l'autre
à M. le Comte de la Vauguyon. Vers le midi ,
Madame la Comteffe de Marfan conduifit Monfeigneur
le Duc de Bourgogne à l'appartement du
Roi , & remit ce Prince entre les mains de Sa
Majefté , qui lui témoigna toute la fatisfaction du
fuccès de fes foins pour la premiere education de
ce Prince. Un moment après le Roi remit Monſeigneur
le Duc de Bourgogne entre les mains de M.
le Comte de la Vauguyon . Les mouvemens de
l'ame de ce Prince , au moment d'une féparation
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fenfible , fe peignirent fur fon vifage , & firent
admirer à la fois l'excellence de fon coeur & fa
fermeté dans un âge fi tendre.
Promotion d'Officiers Généraux & de Brigadiers.
Lieutenans Généraux. MM . le Comte de Moncan
, Commandant en Languedoc ; le Marquis de
Crillon ; de Torcy , Commandant à Nancy ; le
Comte d'Afpremont , Commandant un Bataillon
du Régiment des Gardes Françoiſes ; de Landreville
, Lieutenant des Gardes du Corps dans la
Compagnie de Luxembourg ; le Comte d'Affry
Lieutenant Colonel du Régiment des Gardes Suiffes;
le Baillif de Grille , Capitaine - Lieutenant
des Grenadiers à cheval ; le Chevalier du Châte
let ; le Comte de Vauban ; les Marquis de la Che--
ze, d'Havrincour , de Poyanne , de Barbançon ,
ces deux derniers Inspecteurs Généraux de Cavalerie
& de Dragons ; de Berville & d'Efcorailles ,
premier Soulieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Légers de la Garde du Roi le Comte de la
Serre , Infpecteur général d'Infanterie ; de Montmort
, Major des Gardes du Corps ; le Marquis
d'Aubeterre ; le Comte de Montmorency ; le
Duc d'Aiguillon , Commandant en Bretagne , &
de Sabrevois , du Corps Royal de l'Artillerie & du
Génie.
Maréchaux de Camp , de la Maison du Roi , Infanterie
Cavalerie..
MM. le Chevalier de Vogué , Exempt des Gar
des du Corps dans la Compagnie de Luxembourg ;
le Baron de Beufenvald , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; le Comte de Chabannes , Soulieutenant
de la feconde Compagnie des Mouf
quetaires; le Marquis de Caryoifin , Soulieutenant
JUIN. 1758. 205
de la premiere Compagnie des Moufquetaires ; le
Vicomte de Merainville , Soulieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roi.
De la Gendarmerie . M. le Comte de Bouville ,
Soulieutenant des Gendarmes Anglois.
De l'Infanterie. MM. de Vaux-de la Broffe ,
Lieutenant Colonel du Régiment du Comte de la
Marche ; le Comte de Polignac , Colonel du Régiment
d'Enghien ; Robert , Colonel Réformé à
la fuite du Régiment de Picardie ; le Comte de
Grammont ; le Marquis de Balleroy ; le Comte
de Waldner , Colonel d'un Régiment Suiffe ; le
le Chevalier de Croifmaré , Lieutenant Colonel du
Régiment du Rói ; Chevalier de Grollier, Colonel
du Régiment de Foix ; le Chevalier de Beauteville ,
Commandant dans les Cevennes ; le Marquis de
Langeron , Colonel du Régiment de Condé,
Du Corps Royal de l'Artillerie. MM. le Chevalier
d'Efpicquetieres & de Roftaing , tous deux du
Corps Royal de l'Artillerie & du Génie.
Du Corps du Génie. M. de Rivérfon , du Corps
Royal de l'Artillerie & du Génie .
De la Cavalerie. MM. le Chevalier de Montbarey
, Lieutenant - Colonel du Régiment Royal ;
les Comtes de Clermont -Tonnerre & de Maugiron
, Mestres de Camp d'un Régiment de Baye ,
Meftre de Camp Réformé à la fuire du Régiment
Royal Rouffillon ; les Marquis de Bellefont & de
Bezons , chacun Meſtre de Camp d'un Régiment.
"'
Des Dragons. MM. les Comtes d'Aubigny
Lieutenant- Colonel du Régiment de Dragons de
Marbeuf, & d'Harcourt- Lillebonne , Meftre de
Camp d'un Régiment de Dragons.
Brigadiers d'Infanterie. MM. le Comte d'Hef
fenftein , Colonel ; le Chevalier d'Aubonne , Capitaine
dans le Régiment des Gardes Françoifes;
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Conrad- Bely de Belfort , Aide- Major dans le Ré
giment des Gardes Suiffes ; le Chevalier de Montazet
, Colonel Réformé à la fuite du Régiment
d'Eu ; le Marquis d'Hérouville , Colonel du Régiment
de Bourgogne ; les Comtes de Drummontde
Melfort , Colonel Réformé à la fuite du Régiment
Royal Ecoffois , & de Civerac , Colonel da
Régiment Royal des Vaiffeaux ; Filtz - Gerald ,
Colonel Réformé à la fuite du Régiment de Clare ;
le Comte de Lewenhaup , Colonel du Régiment
de Madame la Dauphine ; le Chevalier de Chantilly
, Colonel d'un Régiment de Grenadiers
Royaux le Beuf, Colonel dans le Corps Royal
de l'Artillerie & du Génie , & Chabrié , Colonel-
Commandant un Bataillon du Corps Royal de
l'Artillerie & du Génie .
Brigadiers de Cavalerie. MM . le Marquis de
Montalembert , Enfeigne de la Compagnie des
Chevaux-Légers de la Garde du Roi ; Hébert ,
Aide Major des quatre Compagnies des Gardes
du Corps ; Pinon de Saint- Georges , Meftre de
Camp d'une Brigade de Carabiniers , & du Poral,
Meftre de Camp Réformé à la fuite du Régiment
des Cuir ffiers ; le Marquis de Laubefpine , Meftre
de Camp Réformé à la fuite du Meftre de
Camp géneral ; les Comtes d'Houdetot , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes de Berry , de Bourbon
- Buffet , Meftre de Camp d'un Régiment , &
de Béthune , Meftre de Camp du Régiment Royal
Pologne.
Brigadiers de Dragons . MM. le Vicomte de
Thiange , Meftre de Camp d'un Régiment ; le
Chevalier d'Aubigné , aufli Meſtre de Camp d'un
Régiment.
Sa Majefté a donné le Régiment de Nice , Infanterie
, vacant par la mort de M. le Comte de la
JUIN. 1758 . 205
Queuille , à M. le Marquis de Juigné , Colonel
dans les Grenadiers de France. Les quatre Régimens
de Cavalerie , de Maugiron , de Clermont-
Tonnerre , de Bellefont & de Bezons , vacans par
la promotion , ont été accordés par le Roi ; le
premier , à M. le Comte de Tralegnies , Major
du Régiment royal Etranger ; le fecond , à M. le
Marquis de Noé , Lieutenant - Colonel du Régiment
de Cavalerie de Monfeigneur le Dauphin ;
le troisieme , à M. le Duc de Chartres , & le quatrieme
, à M. le Marquis de Vauffieux , Capitaine
dans le Régiment de Dragons du Roi. M. le Chevalier
de Flamarens a obtenu celui d'Harcourt-
Lillebonne , Dragons , qui vaquoit par la même
promotion.
Le Roi a donné à M. d'Ormeſſon , Intendant
des Finances , la place de Confeiller d'Etat , vacante
par la mort de M. Pallu , Intendant général
des Claffes de la Marine.
MM. les Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel
tinrent le 8 Mai Chapitre dans le grand Couvent
des Religieux de l'Obſervance . M. le Maréchal
Duc de Biron , Chevalier des Ordres du Roi , y
préfida en qualité de Commiffaire de Sa Majesté.
Il reçut Chevaliers MM . Maris , Directeur Général
des fontes de l'Artillerie du Royaume , de
l'Eclufe , Doyen des Députés du Commerce , &
Taitbout , Greffier de la Ville.
Le Roi a tenu le Sceau pour la vingt huitieme
& vingt -neuvieme fois.
Le 14 Mai , Fête de la Pentecôte , MM. les
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint Efprit , s'étant affemblés vers les onze
heures du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majefté
tint chapitre , & Elle nomma les Cardinaux
de Gefvres & de Luynes , Commandeurs de cet
206 MERCURE DE FRANCE.
Ordre. Les preuves de Nobleffe de l'Abbé Comte
de Bernis , lequel avoit été propofé le z Février
dernier , pour être Commandeur du même Ordre
, ayant été préalablement faites , l'information
de fes vie & moeurs & fa profeffion de foi furent
admifes. Le Roi fortit enfuite de fon appartement
pour aller à la Chapelle. Sa Majefté , devant
qui deux Huiffiers de la Chambre portoientleurs
inaffes , étoit en manteau de cérémonie , le
Collier de l'Ordre & celui de la Toifon d'Or pardeffus.
Elle étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin
, de MM . le Duc d'Orléans , le Prince de
Condé , le Comte de Charolois , le Prince de
Conty, le Comte de la Marche , le Comte d'Eu ,
le Duc de Penthievres , & les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Le nouveau
Commandeur en rochet & en camail , marchoit
entre les Chevaliers & les Officiers . Avant la gran
de Meffe , qui fut célébrée par l'Archevêque de
de Narbonne , Prélat - Commandeur de l'Ordre da
Saint-Efprit , Sa Majefté monta for fon trône &
revêtit des marques de l'Ordre M. l'Abbé Comte
de Bernis. Le Roi après la Meffe fut reconduit à
fon appartement en la maniere accoutumée.
Sa Majefté a difpofé du Régiment des Carabi
niers en faveur de Monfeigneur le Comte de Provence
, & Elle a nommé M. le Comte de Giſors ,
Mestre de Camp Lieutenant de ce Régiment.
M. le Duc d'Orléans préfenta le 14 Mai au
Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin , à
Madame la Dauphine , à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , à Madame Infante , à Madame & à
Mefdames , MM . le Marquis de la Tour- du -Pin ,
& le Chevalier de Durfort , pour remercier Sa
Majefté du Régiment de Chartres , Infanterie ,
accordé au premier , & du Régiment de Chare
JUIN. 1758. 1 07
tres , Cavalerie , accordé au fecond.
Le mêmejour , M. le Prince de Condé préfenta
auffi à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , M.
le Comte de Maillé , pour remercier Sa Majefté
du Régiment de Condé , Infanterie , qui lui a été
accordé.
་
Le 16 , le Roi , la Reine , & la Famille Royale
figuerent le contrat de mariage de M. le Duc
de Rohan , avec Damoiſelle Emilie d'Uzès , fille
de M. Charles - Emmanuel , Duc d'Uzès , & de
Dame Emilie de la Rochefoucauld.
Le fieur Gualterio , Archevêque de Mira &
Nonce du Pape , eut le même jour une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il fit part à Sa
Majefté de la mort du Pape Benoît XIV , & lui
préſenta une lettre du Sacré Collége. Il fut conduit
à cette audience par M. Dufort , introducteur
des Ambaffadeurs.
୨
Benoît XIV , ( Profper Lambertini ) Bolonnois
, né le 31 Mars 1675 , avoit été nommé
Cardinal le 9 Décembre 1726 , & il fut élevé au
fouverain Pontificat le 17 Août 1740. Il eft mort
âgé de quatre-vingt trois ans , un mois & deux
jours , & en a regné près de dix- huit . La fageffe ,
la modération , la vafte érudition & l'affabilité de
ce Pontife , rendront fa mémoire célebre , & le
font univerſellement regretter.
M. le Cardinal de Tavannes , Archevêque de
Rouen , & Grand Aumônier de France , a été éla
le 19 Avril Provifeur de Sorbonne , à la place du
feu Cardinal de Tencin.
Le Capitaine de Laftre , commandant le Corfaire
le Printemps , de Dunkerque , a pris & conduit
en ce port le Sloop Anglois la Charmante
Elifabeth , chargé de vin , de thé & autres marchandifes.
208 MERCURE DE FRANCE.
Le même Corſaire s'eft emparé d'un autre bâ
timent Anglois , appellé le Jean & Susanne , qui
eft arrivé au Havre , & il a fait de plus trois rançons
montant enfemble à 167 guinées.
La Comteffe de la Serre & l'Europe , autres Corfaires
de Dunkerque , fe font auffi rendus ma
tres , le premier , du bateau Anglois le Bon Succès
, le fecond , du Brigantin la Marguerite , qu'il
a rançonné pour 60 guinées.
On mande de Cherbourg , que le Corfaire le
Conquérant , de ce port , y a conduit un bateau
Anglois chargé de farine & de froment.
Le Capitaine Jean-Baptifte de Cock , comman
dant le Corfaire le Comte de Maurepas , de Dunkerque
, a remis à Morlaix les ôtages de deux ran
çons qu'il a faites , & qui montent enſemble à
760 guinées.
Le Corfaire l'Aurore , de Bayonne , comman
dé
par le Capitaine Guillaume Lavernis , s'eft rendu
maître des navires Anglois le Guillaume ;
chargé d'huile , le Plaifant , de Londres , ayant
pour chargement de la chaux & des briques , qui
a été conduit à Lisbonne , & le Carry , de Londres
, lequel s'eft trouvé en fi mauvais état , qu'on
a été obligé d'y mettre le feu , après en avoir retiré
l'équipage & les principaux effets de la cargaifon.
Le Capitaine Danglade , commandant le Corfaire
l'Aimable Françoife , de Bayonne , a relâché
, moyennant une rançon de 2500 livres fterlings
, le Navire Anglois le Carry , de Glafcow
dont il s'étoit emparé.
On apprend par des lettres écrites de Marſeille ,
que le Brigantin Anglois Cerès , dont la cargaifon
confifte en 40 barriques de fucre , 8 balles
de draps , & balles de cuirs forts , a été pris par
JUI N. 1758 . 209
le Capitaine Pierre Donjon , commandant le Navire
le Saint- Charles , armé en guerre & marchandiſes
, & a été conduit par relâche à Barcelone.
Le 2 de Mai , les Vaiffeaux du Roi le Dragon
, le Belliqueux , le Sphinx , le Hardi , le Floriffant
, les Frégates la Zephire , la Bellone , &
l'Aigrette , le Rhinoceros armé en flûte , & quatre
autres bâtimens frêtés pour le compte du Roi ,
partirent de Rochefort fous les ordres des fieurs de
Maurville & Duchaffaut- Defbenes , Capitaines.
On mande de Dunkerque , que le Capitaine
Robert , commandant le Corfaire la Comteffe de
la Serre , de ce port , a pris & y a fait conduire le
Brigantin Anglois la Réfolution , chargé de fel ,
& qu'il a rançonné pour onze cens cinquante-cinq
guinées quatre autres bâtimens dont il s'étoit emparé.
Il eft arrivé à Breft un navire Anglois de 100
tonneaux , qui a été pris par le fieur Perée , commandant
le Corfaire le Comte de la Riviere , de
Granville , & dont la cargaiſon eft composée de
riz & d'indigo.
Le Roi jugeant à propos de faire paffer incef- E
*
famment entre les mains des hommes Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , à nommé Gouverneur
de ce Prince M. le Comte de la Vauguyon
Lieutenant général de fes Armées , Chevalier de
fes Ordres , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
; Précepteur , M. PEvêque de Limoges ;
Sous-Gouverneurs , MM . les Chevaliers de la Ferriere
& de Beaujeu ; le premier , Brigadier d'Infanterie
, & Capitaine au Régiment des Gardes
Françoifes ; le fecond , Chevalier de l'Ordre de
Saint Jean de Jérufalems Sous - Précepteur , M.
l'Abbé de Radonvilliers , Abbé de l'Abbaye de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Saint Loup de Troyes ; Lecteur , M. l'Abbé d'Ar
gentré , Vicaire général du Dioceſe de Limoges ;
Gentilshommes de la Manche , M. le Baron de
Luppé , Colonel du Régiment royal Cantabre ;
MM. les Marquis de Marboeuf , Colonel du Régiment
de Dragons de fon nom ; de Montefquiou ,
Colonel dans le Corps des Grenadiers de France ,
& de la Haye , Capitaine de Cavalerie.
Le Roi a donné à M. l'Evêque d'Orléans la futvivance
de la Direction générale des Economats
& de la Régie des biens des Religionnaires , exercées
actuellement par M. le Comte du Muy ; & Sa
Majefté a voulu que ce Prélat pût lui en rendre
compte , lorfque , pour cauſe d'abſence ou de maladie
, M. le Comte du Muy ne'pourroit pas travailler
avec Elle.
Le 23 Avril , le Roi , la Reine , & la Famille
Royale , fignerent le contrat de mariage de M. le
Marquis de la Côte , Officier des Chevaux- Légers
de la Garde , avec Mademoiſelle de Digoine.
M. de Perfan , ci -devant Capitaine au Régiment
Colonel Général de la Cavalerie , a obtenu l'agrément
du Roi pour la place de Lieutenant Meſtre
de Camp du même Régiment.
Le 30 Avril , M. le Comte de la Vauguion &
M. l'Evêque de Limoges , prêterent ferment entre
les mains du Roi ; le premier , en qualité de Gouverneur
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
& le ſecond , comme Précepteur de ce Prince.
Le même jour , les Etats de Bourgogne eurent
audience de Sa Majefté . Ils furent préſentés par
M. le Prince de Condé , Gouverneur de la Province
, & par M. le Comte de Saint - Florentin , Minif
tre & Secretaire d'Etat . La députation , qui étoit
conduite par M. Defgranges , Maître des Cérémonies
, étoit compofée , pour le Clergé , de M.
JUIN. 1758. 201
P'Abbé Dufers , qui portoit la parole ; de M. le
Comte de Tonnerre , pour la Nobleſſe , & de M.
de la Ramiffe , Maire d'Auxonne , pour le Tiers-
Etat . Elle eut audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Les Etats d'Artois eurent auffi l'honneur d'être
admis à l'audience du Roi , pour la préſentation
du cahier. M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & M. le Comte de Saint - Florentin
, pour le M. le Maréchal - Duc de Belle - Ife
qui a le département de cette Province , & qui
étoit indifpofé , les préſenterent à Sa Majefté , &
ils furent conduits par M. de Gifeux , Maître des
Cérémonies en furvivance. Les Députés étoient ,
pour le Clergé , M. l'Abbé de Cry , Chanoine de
la Cathédrale d'Arras & Vicaire général du Diocefe
, portant la parole ; pour la Nobleffe , M. le
Baron de Wifmes ; & pour le Tiers- Etat , M. de
Camps , Avocat , ancien Echevin de la ville
d'Arras.
Le premier de Mai , la Faculté vérifia le bon
état de la fanté de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
. Il en fut dreffé un procès-verbal qui fut
préfenté à Sa Majefté par M. le Comte de Saint-
Florentin , & on en remit deux copies en forme ,
P'une à Madame la Comteffe de Marfan , & l'autre
à M. le Comte de la Vauguyon. Vers le midi ,
Madame la Comteffe de Marfan conduifit Monfeigneur
le Duc de Bourgogne à l'appartement du
Roi , & remit ce Prince entre les mains de Sa
Majefté , qui lui témoigna toute la fatisfaction du
fuccès de fes foins pour la premiere education de
ce Prince. Un moment après le Roi remit Monſeigneur
le Duc de Bourgogne entre les mains de M.
le Comte de la Vauguyon . Les mouvemens de
l'ame de ce Prince , au moment d'une féparation
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fenfible , fe peignirent fur fon vifage , & firent
admirer à la fois l'excellence de fon coeur & fa
fermeté dans un âge fi tendre.
Promotion d'Officiers Généraux & de Brigadiers.
Lieutenans Généraux. MM . le Comte de Moncan
, Commandant en Languedoc ; le Marquis de
Crillon ; de Torcy , Commandant à Nancy ; le
Comte d'Afpremont , Commandant un Bataillon
du Régiment des Gardes Françoiſes ; de Landreville
, Lieutenant des Gardes du Corps dans la
Compagnie de Luxembourg ; le Comte d'Affry
Lieutenant Colonel du Régiment des Gardes Suiffes;
le Baillif de Grille , Capitaine - Lieutenant
des Grenadiers à cheval ; le Chevalier du Châte
let ; le Comte de Vauban ; les Marquis de la Che--
ze, d'Havrincour , de Poyanne , de Barbançon ,
ces deux derniers Inspecteurs Généraux de Cavalerie
& de Dragons ; de Berville & d'Efcorailles ,
premier Soulieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Légers de la Garde du Roi le Comte de la
Serre , Infpecteur général d'Infanterie ; de Montmort
, Major des Gardes du Corps ; le Marquis
d'Aubeterre ; le Comte de Montmorency ; le
Duc d'Aiguillon , Commandant en Bretagne , &
de Sabrevois , du Corps Royal de l'Artillerie & du
Génie.
Maréchaux de Camp , de la Maison du Roi , Infanterie
Cavalerie..
MM. le Chevalier de Vogué , Exempt des Gar
des du Corps dans la Compagnie de Luxembourg ;
le Baron de Beufenvald , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; le Comte de Chabannes , Soulieutenant
de la feconde Compagnie des Mouf
quetaires; le Marquis de Caryoifin , Soulieutenant
JUIN. 1758. 205
de la premiere Compagnie des Moufquetaires ; le
Vicomte de Merainville , Soulieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roi.
De la Gendarmerie . M. le Comte de Bouville ,
Soulieutenant des Gendarmes Anglois.
De l'Infanterie. MM. de Vaux-de la Broffe ,
Lieutenant Colonel du Régiment du Comte de la
Marche ; le Comte de Polignac , Colonel du Régiment
d'Enghien ; Robert , Colonel Réformé à
la fuite du Régiment de Picardie ; le Comte de
Grammont ; le Marquis de Balleroy ; le Comte
de Waldner , Colonel d'un Régiment Suiffe ; le
le Chevalier de Croifmaré , Lieutenant Colonel du
Régiment du Rói ; Chevalier de Grollier, Colonel
du Régiment de Foix ; le Chevalier de Beauteville ,
Commandant dans les Cevennes ; le Marquis de
Langeron , Colonel du Régiment de Condé,
Du Corps Royal de l'Artillerie. MM. le Chevalier
d'Efpicquetieres & de Roftaing , tous deux du
Corps Royal de l'Artillerie & du Génie.
Du Corps du Génie. M. de Rivérfon , du Corps
Royal de l'Artillerie & du Génie .
De la Cavalerie. MM. le Chevalier de Montbarey
, Lieutenant - Colonel du Régiment Royal ;
les Comtes de Clermont -Tonnerre & de Maugiron
, Mestres de Camp d'un Régiment de Baye ,
Meftre de Camp Réformé à la fuire du Régiment
Royal Rouffillon ; les Marquis de Bellefont & de
Bezons , chacun Meſtre de Camp d'un Régiment.
"'
Des Dragons. MM. les Comtes d'Aubigny
Lieutenant- Colonel du Régiment de Dragons de
Marbeuf, & d'Harcourt- Lillebonne , Meftre de
Camp d'un Régiment de Dragons.
Brigadiers d'Infanterie. MM. le Comte d'Hef
fenftein , Colonel ; le Chevalier d'Aubonne , Capitaine
dans le Régiment des Gardes Françoifes;
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Conrad- Bely de Belfort , Aide- Major dans le Ré
giment des Gardes Suiffes ; le Chevalier de Montazet
, Colonel Réformé à la fuite du Régiment
d'Eu ; le Marquis d'Hérouville , Colonel du Régiment
de Bourgogne ; les Comtes de Drummontde
Melfort , Colonel Réformé à la fuite du Régiment
Royal Ecoffois , & de Civerac , Colonel da
Régiment Royal des Vaiffeaux ; Filtz - Gerald ,
Colonel Réformé à la fuite du Régiment de Clare ;
le Comte de Lewenhaup , Colonel du Régiment
de Madame la Dauphine ; le Chevalier de Chantilly
, Colonel d'un Régiment de Grenadiers
Royaux le Beuf, Colonel dans le Corps Royal
de l'Artillerie & du Génie , & Chabrié , Colonel-
Commandant un Bataillon du Corps Royal de
l'Artillerie & du Génie .
Brigadiers de Cavalerie. MM . le Marquis de
Montalembert , Enfeigne de la Compagnie des
Chevaux-Légers de la Garde du Roi ; Hébert ,
Aide Major des quatre Compagnies des Gardes
du Corps ; Pinon de Saint- Georges , Meftre de
Camp d'une Brigade de Carabiniers , & du Poral,
Meftre de Camp Réformé à la fuite du Régiment
des Cuir ffiers ; le Marquis de Laubefpine , Meftre
de Camp Réformé à la fuite du Meftre de
Camp géneral ; les Comtes d'Houdetot , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes de Berry , de Bourbon
- Buffet , Meftre de Camp d'un Régiment , &
de Béthune , Meftre de Camp du Régiment Royal
Pologne.
Brigadiers de Dragons . MM. le Vicomte de
Thiange , Meftre de Camp d'un Régiment ; le
Chevalier d'Aubigné , aufli Meſtre de Camp d'un
Régiment.
Sa Majefté a donné le Régiment de Nice , Infanterie
, vacant par la mort de M. le Comte de la
JUIN. 1758 . 205
Queuille , à M. le Marquis de Juigné , Colonel
dans les Grenadiers de France. Les quatre Régimens
de Cavalerie , de Maugiron , de Clermont-
Tonnerre , de Bellefont & de Bezons , vacans par
la promotion , ont été accordés par le Roi ; le
premier , à M. le Comte de Tralegnies , Major
du Régiment royal Etranger ; le fecond , à M. le
Marquis de Noé , Lieutenant - Colonel du Régiment
de Cavalerie de Monfeigneur le Dauphin ;
le troisieme , à M. le Duc de Chartres , & le quatrieme
, à M. le Marquis de Vauffieux , Capitaine
dans le Régiment de Dragons du Roi. M. le Chevalier
de Flamarens a obtenu celui d'Harcourt-
Lillebonne , Dragons , qui vaquoit par la même
promotion.
Le Roi a donné à M. d'Ormeſſon , Intendant
des Finances , la place de Confeiller d'Etat , vacante
par la mort de M. Pallu , Intendant général
des Claffes de la Marine.
MM. les Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel
tinrent le 8 Mai Chapitre dans le grand Couvent
des Religieux de l'Obſervance . M. le Maréchal
Duc de Biron , Chevalier des Ordres du Roi , y
préfida en qualité de Commiffaire de Sa Majesté.
Il reçut Chevaliers MM . Maris , Directeur Général
des fontes de l'Artillerie du Royaume , de
l'Eclufe , Doyen des Députés du Commerce , &
Taitbout , Greffier de la Ville.
Le Roi a tenu le Sceau pour la vingt huitieme
& vingt -neuvieme fois.
Le 14 Mai , Fête de la Pentecôte , MM. les
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint Efprit , s'étant affemblés vers les onze
heures du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majefté
tint chapitre , & Elle nomma les Cardinaux
de Gefvres & de Luynes , Commandeurs de cet
206 MERCURE DE FRANCE.
Ordre. Les preuves de Nobleffe de l'Abbé Comte
de Bernis , lequel avoit été propofé le z Février
dernier , pour être Commandeur du même Ordre
, ayant été préalablement faites , l'information
de fes vie & moeurs & fa profeffion de foi furent
admifes. Le Roi fortit enfuite de fon appartement
pour aller à la Chapelle. Sa Majefté , devant
qui deux Huiffiers de la Chambre portoientleurs
inaffes , étoit en manteau de cérémonie , le
Collier de l'Ordre & celui de la Toifon d'Or pardeffus.
Elle étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin
, de MM . le Duc d'Orléans , le Prince de
Condé , le Comte de Charolois , le Prince de
Conty, le Comte de la Marche , le Comte d'Eu ,
le Duc de Penthievres , & les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Le nouveau
Commandeur en rochet & en camail , marchoit
entre les Chevaliers & les Officiers . Avant la gran
de Meffe , qui fut célébrée par l'Archevêque de
de Narbonne , Prélat - Commandeur de l'Ordre da
Saint-Efprit , Sa Majefté monta for fon trône &
revêtit des marques de l'Ordre M. l'Abbé Comte
de Bernis. Le Roi après la Meffe fut reconduit à
fon appartement en la maniere accoutumée.
Sa Majefté a difpofé du Régiment des Carabi
niers en faveur de Monfeigneur le Comte de Provence
, & Elle a nommé M. le Comte de Giſors ,
Mestre de Camp Lieutenant de ce Régiment.
M. le Duc d'Orléans préfenta le 14 Mai au
Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin , à
Madame la Dauphine , à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , à Madame Infante , à Madame & à
Mefdames , MM . le Marquis de la Tour- du -Pin ,
& le Chevalier de Durfort , pour remercier Sa
Majefté du Régiment de Chartres , Infanterie ,
accordé au premier , & du Régiment de Chare
JUIN. 1758. 1 07
tres , Cavalerie , accordé au fecond.
Le mêmejour , M. le Prince de Condé préfenta
auffi à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , M.
le Comte de Maillé , pour remercier Sa Majefté
du Régiment de Condé , Infanterie , qui lui a été
accordé.
་
Le 16 , le Roi , la Reine , & la Famille Royale
figuerent le contrat de mariage de M. le Duc
de Rohan , avec Damoiſelle Emilie d'Uzès , fille
de M. Charles - Emmanuel , Duc d'Uzès , & de
Dame Emilie de la Rochefoucauld.
Le fieur Gualterio , Archevêque de Mira &
Nonce du Pape , eut le même jour une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il fit part à Sa
Majefté de la mort du Pape Benoît XIV , & lui
préſenta une lettre du Sacré Collége. Il fut conduit
à cette audience par M. Dufort , introducteur
des Ambaffadeurs.
୨
Benoît XIV , ( Profper Lambertini ) Bolonnois
, né le 31 Mars 1675 , avoit été nommé
Cardinal le 9 Décembre 1726 , & il fut élevé au
fouverain Pontificat le 17 Août 1740. Il eft mort
âgé de quatre-vingt trois ans , un mois & deux
jours , & en a regné près de dix- huit . La fageffe ,
la modération , la vafte érudition & l'affabilité de
ce Pontife , rendront fa mémoire célebre , & le
font univerſellement regretter.
M. le Cardinal de Tavannes , Archevêque de
Rouen , & Grand Aumônier de France , a été éla
le 19 Avril Provifeur de Sorbonne , à la place du
feu Cardinal de Tencin.
Le Capitaine de Laftre , commandant le Corfaire
le Printemps , de Dunkerque , a pris & conduit
en ce port le Sloop Anglois la Charmante
Elifabeth , chargé de vin , de thé & autres marchandifes.
208 MERCURE DE FRANCE.
Le même Corſaire s'eft emparé d'un autre bâ
timent Anglois , appellé le Jean & Susanne , qui
eft arrivé au Havre , & il a fait de plus trois rançons
montant enfemble à 167 guinées.
La Comteffe de la Serre & l'Europe , autres Corfaires
de Dunkerque , fe font auffi rendus ma
tres , le premier , du bateau Anglois le Bon Succès
, le fecond , du Brigantin la Marguerite , qu'il
a rançonné pour 60 guinées.
On mande de Cherbourg , que le Corfaire le
Conquérant , de ce port , y a conduit un bateau
Anglois chargé de farine & de froment.
Le Capitaine Jean-Baptifte de Cock , comman
dant le Corfaire le Comte de Maurepas , de Dunkerque
, a remis à Morlaix les ôtages de deux ran
çons qu'il a faites , & qui montent enſemble à
760 guinées.
Le Corfaire l'Aurore , de Bayonne , comman
dé
par le Capitaine Guillaume Lavernis , s'eft rendu
maître des navires Anglois le Guillaume ;
chargé d'huile , le Plaifant , de Londres , ayant
pour chargement de la chaux & des briques , qui
a été conduit à Lisbonne , & le Carry , de Londres
, lequel s'eft trouvé en fi mauvais état , qu'on
a été obligé d'y mettre le feu , après en avoir retiré
l'équipage & les principaux effets de la cargaifon.
Le Capitaine Danglade , commandant le Corfaire
l'Aimable Françoife , de Bayonne , a relâché
, moyennant une rançon de 2500 livres fterlings
, le Navire Anglois le Carry , de Glafcow
dont il s'étoit emparé.
On apprend par des lettres écrites de Marſeille ,
que le Brigantin Anglois Cerès , dont la cargaifon
confifte en 40 barriques de fucre , 8 balles
de draps , & balles de cuirs forts , a été pris par
JUI N. 1758 . 209
le Capitaine Pierre Donjon , commandant le Navire
le Saint- Charles , armé en guerre & marchandiſes
, & a été conduit par relâche à Barcelone.
Le 2 de Mai , les Vaiffeaux du Roi le Dragon
, le Belliqueux , le Sphinx , le Hardi , le Floriffant
, les Frégates la Zephire , la Bellone , &
l'Aigrette , le Rhinoceros armé en flûte , & quatre
autres bâtimens frêtés pour le compte du Roi ,
partirent de Rochefort fous les ordres des fieurs de
Maurville & Duchaffaut- Defbenes , Capitaines.
On mande de Dunkerque , que le Capitaine
Robert , commandant le Corfaire la Comteffe de
la Serre , de ce port , a pris & y a fait conduire le
Brigantin Anglois la Réfolution , chargé de fel ,
& qu'il a rançonné pour onze cens cinquante-cinq
guinées quatre autres bâtimens dont il s'étoit emparé.
Il eft arrivé à Breft un navire Anglois de 100
tonneaux , qui a été pris par le fieur Perée , commandant
le Corfaire le Comte de la Riviere , de
Granville , & dont la cargaiſon eft composée de
riz & d'indigo.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En 1758, plusieurs nominations et événements marquants ont eu lieu à la cour du roi de France. Le roi a nommé M. le Comte de la Vauguyon gouverneur du Duc de Bourgogne, assisté par M. l'Évêque de Limoges en tant que précepteur. Les sous-gouverneurs désignés sont MM. les Chevaliers de la Ferrière et de Beaujeu. M. l'Évêque d'Orléans a été chargé de la direction générale des économats et de la régie des biens des religionnaires. Le 23 avril, le roi, la reine et la famille royale ont signé le contrat de mariage du Marquis de la Côte avec Mademoiselle de Digoine. Le 30 avril, M. le Comte de la Vauguyon et M. l'Évêque de Limoges ont prêté serment au roi. Les États de Bourgogne et d'Artois ont été reçus par le roi, présentés respectivement par M. le Prince de Condé et M. le Duc de Chaulnes. Le 1er mai, la santé du Duc de Bourgogne a été vérifiée et un procès-verbal a été présenté au roi. Plusieurs promotions d'officiers généraux et de brigadiers ont été annoncées, incluant des nominations dans l'infanterie, la cavalerie et les dragons. Le roi a également nommé de nouveaux commandants pour divers régiments. Le 14 mai, lors de la fête de la Pentecôte, le roi a nommé les Cardinaux de Gesvres et de Luynes commandeurs de l'Ordre du Saint-Esprit et a reçu l'Abbé Comte de Bernis comme nouveau commandeur. Le roi a disposé du régiment des Carabiniers en faveur du Comte de Provence et a nommé M. le Comte de Gisors maître de camp lieutenant de ce régiment. Le 16 mai, le roi, la reine et la famille royale ont signé le contrat de mariage du Duc de Rohan avec Damoiselle Emilie d'Uzès. Le même jour, le Nonce du Pape a informé le roi de la mort du Pape Benoît XIV. Parallèlement, plusieurs événements maritimes et nominations ecclésiastiques ont été rapportés. Le Cardinal de Tavannes a été élu Proviseur de Sorbonne le 19 avril, succédant au Cardinal de Tencin. Divers corsaires français ont capturé des navires anglais, obtenant des rançons significatives. Par exemple, le Capitaine Laftre a capturé deux navires anglais, obtenant 167 guinées de rançons. D'autres corsaires, comme la Comtesse de la Serre et l'Europe, ont également réalisé des captures. À Cherbourg, le corsaire le Conquérant a conduit un bateau anglais chargé de farine et de froment. Le Capitaine Jean-Baptiste de Cock a remis des otages à Morlaix après deux rançons totalisant 760 guinées. Le corsaire l'Aurore de Bayonne a capturé plusieurs navires anglais, certains conduits à Lisbonne ou incendiés. Le Capitaine Danglade a relâché un navire anglais après une rançon de 2500 livres sterling. Le Capitaine Pierre Donjon a capturé le Brigantin anglais Cerès et l'a conduit à Barcelone. Le 2 mai, plusieurs vaisseaux du Roi sont partis de Rochefort sous les ordres des Capitaines de Maurville et Duchaffaut-Desbennes. À Dunkerque, le Capitaine Robert a capturé le Brigantin anglais la Révolution et rançonné quatre autres navires. Un navire anglais de 100 tonneaux, capturé par le Capitaine Perée, est arrivé à Brest avec une cargaison de riz et d'indigo.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 187-189
ITALIE.
Début :
Aussi-tôt que le Pape fut mort, le Cardinal Colonne, Camerlingue de [...]
Mots clefs :
Rome, Mort du Pape, Benoit XIV, Églises, Vatican, Cortège, Chapelle, Médailles, Inscription, Bulle pontificale, Élection pontificale, Cardinaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE ROME ,
Auffi-tôt
le 13 Mai.
que le Pape fut mort , le Cardinal Coi
lonne , Camerlingue de l'Eglife & Majordôme du
188 MERCURE DE FRANCE:
palais Apoftolique , fe tranſporta dans le palais
Quirinal à l'appartement du Saint Pere , pour faire
la reconnoiffance du corps , & on lui remit l'Anneau
du Pécheur. Peu de temps après , la groffe
cloche du Capitole annonça la mort du Pontife ,
& enfuite toutes les cloches des Eglifes fonnerent.
Le lendemain 6 Mai , le corps du Saint Pere fut
ouvert , embaumé , & expofè fur un lit de parade
en habits pontificaux. Le foir à dix heures , on le
transféra du Quirinal au Vatican , & la marche fe
fit dans cet ordre : une compagnie de Chevaux-
Légers ; les trompettes fonnant en fourdine ; quarante
Eftafiers , & Valets d'écurie tenant des flam
beaux ; le Capitaine des Gardes Suiffes , & le Maître
des Cérémonies à cheval ; le corps du Pape
dans une fuperbe litiere découverte , les Gardes
Suiffes aux deux côtés , & les Pénitenciers de Saint
Pierre portant chacun un flambeau ; fept pieces
de canon ; une autre compagnie de Chevaux-
Légers & les Cuiraffiers , ayant leurs trompettes
& timbales drapées. Quand le convoi fut arrivé ,
le corps fut levé de la litiere & porté dans la Chapelle
Sixtine. Là , le Majordôme lui ôta le chapeau
Papal , & y fubftitua la thiarre . Le 7 ,
corps fut tranfporté à Saint Pierre dans la Chapelle
du Saint- Sacrement , & le peuple fut admis à
lui baifer les pieds. Le y au foir , le corps du Pape
fut mis dans un cercueil de bois de cedre , avec
une bourfe de velours cramoifi , où il y avoit 17
médailles d'or , 17 d'argent , & 17 de bronze. Ces
médailles , dont le nombre répond à celui des années
du Pontificat de Benoît XIV , repréfentent
d'un côté fon portrait & de Pautre les principales
actions de fon regne . Le cercueil de cedre fut embotté
dans une autre caifle de bois , & celle ci
dans un coffre de plomb avec cette infeription
le
JUILLET. 1758.
189
fimple : D. O. M. Benedictus XIV. Pont. Max,
Lambertinus Bononienfis. Vixit Annos LXXXIII.
Menfem I. Dies III. In fummo Pontificatu Ann,
XVII. Menf. VIII. Dies XVII. Obiit V Nonas
Maii. Anno M. DCC. LVIII. Des dix Congréga
tions qui doivent précéder l'entrée des Cardinaux
au Conclave , il s'en eft tenu jufqu'à préfent qua
tre. Dans la premiere qui fe tint le jour du décès
du Pontife , on lut la Bulle concernant l'élection
des Papes ; le Dataire & le Secretaire des Brefs
remirent au Saré College la caffette des Brefs
fignés & non expédiés ; le ſceau des Bulles & l'Anneau
du Pécheur furent rompus. Dans une autre
Congrégation , le Gouverneur de cette Ville fut
confirmé dans fa charge , & deux Orateurs furent
nommés , l'un pour faire l'Oraiſon funebre du
défunt Pontife , l'autre pour prononcer le Dif
cours touchant l'élection d'un Pape. Le Cardinal
d'Argenvilliers a obtenu la permiffion de refter
20 jours dans fon appartement au Quirinal , pour
rétablir fa fanté. Quoique pendant la vacance du
Saint Siege , les foldats du Capitole ayent feuls le
droit de garder les portes de la Ville , on a par
tagé cette fonction entr'eux & les foldats Corfes,
fans avoir égard aux proteftations des premiers,
Les prifonniers élargis à l'occafion de la mort du
Pape , commencent commettre du défordre ;
c'eſt pourquoi le Gouverneur a ordonné aux habi,
tans d'avoir toutes les nuits de la lumiere aux fenêtres
de leurs maiſons.
Des cinquante- cinq Cardinaux qui compoſent
aujourd'hui le Sacré College , il n'y a plus qu'une
feule créature du Pape Clément XI , une feule d'Innocent
XIII , une feule de Benoît XIII , & neuf de
Clément XII. Tous les autres ont été créés par
Benoît XIV , & il a laiffé quinze chapeaux vacaps .
DE ROME ,
Auffi-tôt
le 13 Mai.
que le Pape fut mort , le Cardinal Coi
lonne , Camerlingue de l'Eglife & Majordôme du
188 MERCURE DE FRANCE:
palais Apoftolique , fe tranſporta dans le palais
Quirinal à l'appartement du Saint Pere , pour faire
la reconnoiffance du corps , & on lui remit l'Anneau
du Pécheur. Peu de temps après , la groffe
cloche du Capitole annonça la mort du Pontife ,
& enfuite toutes les cloches des Eglifes fonnerent.
Le lendemain 6 Mai , le corps du Saint Pere fut
ouvert , embaumé , & expofè fur un lit de parade
en habits pontificaux. Le foir à dix heures , on le
transféra du Quirinal au Vatican , & la marche fe
fit dans cet ordre : une compagnie de Chevaux-
Légers ; les trompettes fonnant en fourdine ; quarante
Eftafiers , & Valets d'écurie tenant des flam
beaux ; le Capitaine des Gardes Suiffes , & le Maître
des Cérémonies à cheval ; le corps du Pape
dans une fuperbe litiere découverte , les Gardes
Suiffes aux deux côtés , & les Pénitenciers de Saint
Pierre portant chacun un flambeau ; fept pieces
de canon ; une autre compagnie de Chevaux-
Légers & les Cuiraffiers , ayant leurs trompettes
& timbales drapées. Quand le convoi fut arrivé ,
le corps fut levé de la litiere & porté dans la Chapelle
Sixtine. Là , le Majordôme lui ôta le chapeau
Papal , & y fubftitua la thiarre . Le 7 ,
corps fut tranfporté à Saint Pierre dans la Chapelle
du Saint- Sacrement , & le peuple fut admis à
lui baifer les pieds. Le y au foir , le corps du Pape
fut mis dans un cercueil de bois de cedre , avec
une bourfe de velours cramoifi , où il y avoit 17
médailles d'or , 17 d'argent , & 17 de bronze. Ces
médailles , dont le nombre répond à celui des années
du Pontificat de Benoît XIV , repréfentent
d'un côté fon portrait & de Pautre les principales
actions de fon regne . Le cercueil de cedre fut embotté
dans une autre caifle de bois , & celle ci
dans un coffre de plomb avec cette infeription
le
JUILLET. 1758.
189
fimple : D. O. M. Benedictus XIV. Pont. Max,
Lambertinus Bononienfis. Vixit Annos LXXXIII.
Menfem I. Dies III. In fummo Pontificatu Ann,
XVII. Menf. VIII. Dies XVII. Obiit V Nonas
Maii. Anno M. DCC. LVIII. Des dix Congréga
tions qui doivent précéder l'entrée des Cardinaux
au Conclave , il s'en eft tenu jufqu'à préfent qua
tre. Dans la premiere qui fe tint le jour du décès
du Pontife , on lut la Bulle concernant l'élection
des Papes ; le Dataire & le Secretaire des Brefs
remirent au Saré College la caffette des Brefs
fignés & non expédiés ; le ſceau des Bulles & l'Anneau
du Pécheur furent rompus. Dans une autre
Congrégation , le Gouverneur de cette Ville fut
confirmé dans fa charge , & deux Orateurs furent
nommés , l'un pour faire l'Oraiſon funebre du
défunt Pontife , l'autre pour prononcer le Dif
cours touchant l'élection d'un Pape. Le Cardinal
d'Argenvilliers a obtenu la permiffion de refter
20 jours dans fon appartement au Quirinal , pour
rétablir fa fanté. Quoique pendant la vacance du
Saint Siege , les foldats du Capitole ayent feuls le
droit de garder les portes de la Ville , on a par
tagé cette fonction entr'eux & les foldats Corfes,
fans avoir égard aux proteftations des premiers,
Les prifonniers élargis à l'occafion de la mort du
Pape , commencent commettre du défordre ;
c'eſt pourquoi le Gouverneur a ordonné aux habi,
tans d'avoir toutes les nuits de la lumiere aux fenêtres
de leurs maiſons.
Des cinquante- cinq Cardinaux qui compoſent
aujourd'hui le Sacré College , il n'y a plus qu'une
feule créature du Pape Clément XI , une feule d'Innocent
XIII , une feule de Benoît XIII , & neuf de
Clément XII. Tous les autres ont été créés par
Benoît XIV , & il a laiffé quinze chapeaux vacaps .
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Résumé : ITALIE.
Le 13 mai, après la mort du pape, le cardinal Colonna, en tant que Camerlingue, se rendit au palais Quirinal pour reconnaître le corps et reçut l'Anneau du Pécheur. La mort du pontife fut annoncée par les cloches des églises. Le 14 mai, le corps du pape fut embaumé et exposé en habits pontificaux. Le 15 mai, il fut transféré au Vatican, escorté par divers gardes et pénitenciers, puis placé dans la Chapelle Sixtine. Le 16 mai, le corps fut exposé à la Chapelle du Saint-Sacrement à Saint-Pierre, où le peuple put baiser ses pieds. Le 17 mai, le corps fut placé dans un cercueil de cèdre contenant des médailles représentant les actions du règne de Benoît XIV, puis dans une caisse de bois et un coffre de plomb avec une inscription. Quatre congrégations se tinrent avant le conclave, durant lesquelles l'Anneau du Pécheur et le sceau des bulles furent détruits, et des nominations furent faites. Pendant la vacance du Saint-Siège, des désordres furent commis par des prisonniers libérés, nécessitant des mesures de sécurité. Le Sacré Collège comptait 55 cardinaux, avec 15 chapeaux vacants.
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25
p. 206-207
DE ROME, le 23 Septembre.
Début :
La Congrégation des Rites s'assembla le 15 de ce mois au Quirinal, [...]
Mots clefs :
Congrégation des Rites, Procès, Soeur Claire-Marie de la Passion, Frère Crispin de Viterbe, Promotion, Cardinaux, Liste, Ordre, Prêtres, Diacres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 23 Septembre.
De ROME , le 23 Septembre.
La Congrégation des Rites s'affembla le is de
ce mois au Quirinal , pour inftruire le procès de
la béatification de la vénérable Soeur Claire-
Marie de la Paffion , de l'Ordre des Carmélites
de fainte Therefe , Fondatrice du Monaftere de
Regina Cali.
La même Congrégation dans une feconde Affemblée
admit la pourfuite de la béatification du
vénérable Serviteur de Dieu , Frere Crifpin de
Viterbe , Religieux Lai de l'Ordre des Capucins.
NOVEBMRE. 1759. 207
Du 27.
Le 24 de ce mois Sa Sainteté fit une nombreuſe
promotion de Cardinaux , dont voici la
lifte .
De l'ordre des Prêtres . Ferdinand de Roſſi , Romain
; Ignace Crivelli , Milanois ; Louis Gualterio
, de l'état Eccléfiaftique ; Louis Merlini , de
l'état Eccléfiaftique ; Philippe Acciajuoli , Florentin
; Jerôme Spinola , Génois ; Sante - Veronese ,
Vénitien ; Louis Valenti , de l'état Eccléfiaftique ;
Pierre Guglielmi , de l'état Eccléfiaftique ; Jofeph
Furietti , de Bergame ; Antoine Erba Odescalchi ,
Milanois ; Pierre Buffi , Romain ; Cajetan Fantuzzi
, de Ferrare ; Nicolas Antonelli , de l'état
Eccléfiaftique ; Pierre Conti , de l'état Eccléfiaftique
; Jofeph Caftelli , Milanois ; le Pere Jofeph
Orfi , Florentin , Religieux Dominicain ; le Pere
Laurent Ganganelli , de l'état Eccléfiaftique , Mineur
conventuel.
De l'ordre des Diacres. Jofeph Caraccioli dl
Santo Bono ; Nicolas Perrelli , Napolitain ; Marc
Antoine Colonna , Romain ; André Corfini , Romain.
Par cette promotion toutes les Places du Sacré
Collége fe trouvent remplies.
Du 2 Octobre.
Le Grand-Maitre de l'Ordre de Malte a accordé
au Marquis de Montpefat la permiffion
de porter la Croix de cet Ordre , en reconnoiffance
des anciens fervices rendus par les Chevaliers
de fa maiſon.
La Congrégation des Rites s'affembla le is de
ce mois au Quirinal , pour inftruire le procès de
la béatification de la vénérable Soeur Claire-
Marie de la Paffion , de l'Ordre des Carmélites
de fainte Therefe , Fondatrice du Monaftere de
Regina Cali.
La même Congrégation dans une feconde Affemblée
admit la pourfuite de la béatification du
vénérable Serviteur de Dieu , Frere Crifpin de
Viterbe , Religieux Lai de l'Ordre des Capucins.
NOVEBMRE. 1759. 207
Du 27.
Le 24 de ce mois Sa Sainteté fit une nombreuſe
promotion de Cardinaux , dont voici la
lifte .
De l'ordre des Prêtres . Ferdinand de Roſſi , Romain
; Ignace Crivelli , Milanois ; Louis Gualterio
, de l'état Eccléfiaftique ; Louis Merlini , de
l'état Eccléfiaftique ; Philippe Acciajuoli , Florentin
; Jerôme Spinola , Génois ; Sante - Veronese ,
Vénitien ; Louis Valenti , de l'état Eccléfiaftique ;
Pierre Guglielmi , de l'état Eccléfiaftique ; Jofeph
Furietti , de Bergame ; Antoine Erba Odescalchi ,
Milanois ; Pierre Buffi , Romain ; Cajetan Fantuzzi
, de Ferrare ; Nicolas Antonelli , de l'état
Eccléfiaftique ; Pierre Conti , de l'état Eccléfiaftique
; Jofeph Caftelli , Milanois ; le Pere Jofeph
Orfi , Florentin , Religieux Dominicain ; le Pere
Laurent Ganganelli , de l'état Eccléfiaftique , Mineur
conventuel.
De l'ordre des Diacres. Jofeph Caraccioli dl
Santo Bono ; Nicolas Perrelli , Napolitain ; Marc
Antoine Colonna , Romain ; André Corfini , Romain.
Par cette promotion toutes les Places du Sacré
Collége fe trouvent remplies.
Du 2 Octobre.
Le Grand-Maitre de l'Ordre de Malte a accordé
au Marquis de Montpefat la permiffion
de porter la Croix de cet Ordre , en reconnoiffance
des anciens fervices rendus par les Chevaliers
de fa maiſon.
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Résumé : DE ROME, le 23 Septembre.
Le 11 septembre 1759, la Congrégation des Rites s'est réunie pour instruire le procès de béatification de la vénérable Soeur Claire-Marie de la Passion, fondatrice du monastère de Regina Caeli, et pour poursuivre celle du vénérable Frère Crispin de Viterbe. Le 24 septembre, le pape a promu de nouveaux cardinaux, remplissant ainsi toutes les places du Sacré Collège. Parmi les nouveaux cardinaux de l'ordre des prêtres figurent Ferdinand de Rossi, Ignace Crivelli, Louis Gualterio, Louis Merlini, Philippe Acciajuoli, Jérôme Spinola, Sante Veronese, Louis Valenti, Pierre Guglielmi, Joseph Furietti, Antoine Erba Odescalchi, Pierre Buffi, Cajetan Fantuzzi, Nicolas Antonelli, Pierre Conti, Joseph Castelli, Joseph Orsi, et Laurent Ganganelli. De l'ordre des diacres, les nouveaux cardinaux sont Joseph Caraccioli, Nicolas Perrelli, Marc Antoine Colonna, et André Corfini. Le 2 octobre, le Grand-Maître de l'Ordre de Malte a permis au Marquis de Montpezat de porter la Croix de cet Ordre, en reconnaissance des services rendus par les Chevaliers de sa maison.
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26
p. 197-198
DE ROME, le 24 Mai.
Début :
Le démêlé de notre Cour avec la République de Gênes, occupe beaucoup le Sacré Collége. [...]
Mots clefs :
République de Gênes, Tensions, Cardinaux, Congrès, Pape, Décret, Discours, Consistoire, Cour, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 24 Mai.
De ROME , le 24 Mai.
Le démêlé de notre Cour avec la République
de Gênes , occupe beaucoup le Sacré Collège.
II fe tint , le neuf de ce mois , une Congrégation
de Cardinaux , où l'on agita cette matière ;
& il s'en eft tenu deux autres le 11 & le 13 , fur
le même fujet . On afficha , le 15 , dans les endroits
accoutumés , un Bref par lequel Sa Sainteté
annulle le Décret du Gouvernement de Gênes
contre le Visiteur Apoftolique de Corfe . Ce Décret
promettoit deux mille écus à celui qui livreroit
ce Vifiteur. On a publié le Bref , par lequel
le Pape commet ce Viſiteur : on a auſſi rendu
public le difcours pathétique prononcé par
Sa Sainteté dans le Confiftoire fecret tenu le So
On travaille à dr fer un Mémoire qui fera envoyé
à tous les Nonces dans les Cours étrangè
res , pour juftifier la conduite du Pape dans
cette affaire. Sa Sainteté a adreflé à la République
de Gênes un Bref exhortatoire , pour l'en-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE:
gager à donner au Saint Siege une fatisfaction »
convenable de fon procédé.
Le Chevalier de Saint Georges , eft toujours
dans un état fort critiqué. Il y a déjà près d'un
mois que le Pape lui a envoyé fa bénédiction, in
articulo mortis.
Le démêlé de notre Cour avec la République
de Gênes , occupe beaucoup le Sacré Collège.
II fe tint , le neuf de ce mois , une Congrégation
de Cardinaux , où l'on agita cette matière ;
& il s'en eft tenu deux autres le 11 & le 13 , fur
le même fujet . On afficha , le 15 , dans les endroits
accoutumés , un Bref par lequel Sa Sainteté
annulle le Décret du Gouvernement de Gênes
contre le Visiteur Apoftolique de Corfe . Ce Décret
promettoit deux mille écus à celui qui livreroit
ce Vifiteur. On a publié le Bref , par lequel
le Pape commet ce Viſiteur : on a auſſi rendu
public le difcours pathétique prononcé par
Sa Sainteté dans le Confiftoire fecret tenu le So
On travaille à dr fer un Mémoire qui fera envoyé
à tous les Nonces dans les Cours étrangè
res , pour juftifier la conduite du Pape dans
cette affaire. Sa Sainteté a adreflé à la République
de Gênes un Bref exhortatoire , pour l'en-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE:
gager à donner au Saint Siege une fatisfaction »
convenable de fon procédé.
Le Chevalier de Saint Georges , eft toujours
dans un état fort critiqué. Il y a déjà près d'un
mois que le Pape lui a envoyé fa bénédiction, in
articulo mortis.
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Résumé : DE ROME, le 24 Mai.
Le conflit entre la Cour de Rome et la République de Gênes préoccupe le Sacré Collège, qui a organisé plusieurs congrégations en mai pour en discuter. Le 15 mai, un bref papal a annulé le décret génois offrant une récompense pour la capture du Visiteur Apostolique de Corse. Le Pape a également publié un bref commettant ce Visiteur et a rendu public un discours secret. Un mémoire est en préparation pour justifier la conduite du Pape auprès des nonces dans les cours étrangères. Un bref exhortatoire a été adressé à la République de Gênes pour obtenir une satisfaction convenable. Par ailleurs, le Chevalier de Saint Georges est dans un état critique depuis près d'un mois et a reçu la bénédiction papale in articulo mortis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. *237-237
De ROME, le 21 Décembre 1763.
Début :
La Congrégation nommée pour examiner l'affaire de la double Élection [...]
Mots clefs :
Congrégation, Élection, Évêché, Cardinaux, Comte, Suffrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De ROME, le 21 Décembre 1763.
De ROME , le 21 Décembre 1763 .
La Congrégation nommée pour examiner l'affairede
la double Election à l'Evêché de Liége ,
& compoſée des Cardinaux Cavalchini , Alexandre
Albani , Colonna de Sciarra , Torrigiani ,
Rezzonico , Santuzzi , Corſini & Negroni , &
des Prélats Antonelli & Mattei , s'aſſembla hier,
Le Comte d'Outremont ayant réuni en ſa faveur
la pluralité des ſuffrages , fon élection fut confirmée.
La Congrégation nommée pour examiner l'affairede
la double Election à l'Evêché de Liége ,
& compoſée des Cardinaux Cavalchini , Alexandre
Albani , Colonna de Sciarra , Torrigiani ,
Rezzonico , Santuzzi , Corſini & Negroni , &
des Prélats Antonelli & Mattei , s'aſſembla hier,
Le Comte d'Outremont ayant réuni en ſa faveur
la pluralité des ſuffrages , fon élection fut confirmée.
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