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1
p. 115-121
Avanture, [titre d'après la table]
Début :
On dit qu'un bienfait n'est jamais perdu, & cela se justifie [...]
Mots clefs :
Gentilhomme, Cavalier, Valets, Chambre, Campagne, Voyage, Récit, Dispute, Rumeurs, Prison
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texteReconnaissance textuelle : Avanture, [titre d'après la table]
On dit qu'un bienfait n'eft
Kij
116 MERCURE
jamais perdu , & cela ſe juſtifie
par beaucoup d'exemples.
En voicy un auffi récent qu'il
eft remarquable. Un Gentilhomme
qui demeure à la
Campagne , retournant chez
luy un foir , rencontra deux
Cavaliers reformez , qui le
priérent fort civilement de
les fecourir dans le befoin
d'argent où ils fe trouvoient
pour achever leur Voyage.
Le Gentilhomme
les voyant
affez bien faits , & jugeant
de leur naiffance par la maniere
honnefte dont ils luy
parlérent , ne fe contenta
GALANT. 117
pas de leur donner. Il leur
dit qu'il eftoit tard , & qu'ils
feroient bien de venir chez
luy , où ils pafferoient la nuit
plus cómodement que dans
un Village. Le Party fut accepté
, les Cavaliers le fuivirent
, & payérent le Soupé
qu'il leur donna , par
la complaifance
d'écouter le long
récit de quelques Campagnes
qu'il avoit faites pendant
fes jeunes années. Apres
un entretien de trois heures,
il les conduifit dans une
Chambre qui n'eftoit ſéparée
d'une autre que par une
118 MERCURE
Cloifon d'ais. Ils fe couchérent,
mais heureuſement pour
le Gentilhomme , ils ne pûrents'endormir.
Unprofond
filence régnoit dans tout le
Logis, quand la voix de deux
Perfonnes qui parloient à
demy bas dans l'autre Chambre
, commença à les fraper.
Chacun d'eux prefta l'oreille ;
& quoy qu'ils perdiffent plufieurs
mots , ils ne laifferent
pas d'en entendre affez pour
comprendre qu'il y avoit difpute
entre deux Valets, fur le
complot d'aller égorger leur
Maitre. Il avoit vendu de
GALANT. 119
puis peu de jours pour huit
cens écus de Bled , & il s'agiffoit
entr'eux d'avoir cet
argent . L'un trembloit d'eftre
furpris en executant le crime
dont ils eftoient demeurez
d'accord, & l'autre tâchoit de
l'encourager. Enfin , ayant
entendu que ces Miserables
fortoient de leur Chambre,
ils fe leverent le plus doucement
qu'ils pûrent , & ſe jetterent
fur eux lors qu'ils entroient
dans celle du Gentilhomme
. Il s'éveilla à ce bruit,
& demanda ce qu'on luy vouloit
. Toute la Maifon fut en
120 MERCURE
rumeur. On fit aporter de la
lumiere , & les deux Valets
troublez , quoy qu'ils n'avoüaffent
rien , firent affez
voir par leur defordre & par
leur pâleur , qu'ils étoient
coupables . On leur trouva
des rafoirs , & des coût aux
fort tranchans , & on les mit
en lieu feur jufqu'au lendemain,
qu'on les mena en prifon.
Vous pouvez croire que
le Gentilhomme n'auroit pas
fi - toft congedié les Cavaliers
qui luy ont fauvé la vie, quand
leur prefence n'eût pas efté
néceffaire pour l'inftruct on
de
GALANT. 121
de ce Procez criminel . Je
m'informeray de l'évenement
pour vous le faire fçavoir.
Kij
116 MERCURE
jamais perdu , & cela ſe juſtifie
par beaucoup d'exemples.
En voicy un auffi récent qu'il
eft remarquable. Un Gentilhomme
qui demeure à la
Campagne , retournant chez
luy un foir , rencontra deux
Cavaliers reformez , qui le
priérent fort civilement de
les fecourir dans le befoin
d'argent où ils fe trouvoient
pour achever leur Voyage.
Le Gentilhomme
les voyant
affez bien faits , & jugeant
de leur naiffance par la maniere
honnefte dont ils luy
parlérent , ne fe contenta
GALANT. 117
pas de leur donner. Il leur
dit qu'il eftoit tard , & qu'ils
feroient bien de venir chez
luy , où ils pafferoient la nuit
plus cómodement que dans
un Village. Le Party fut accepté
, les Cavaliers le fuivirent
, & payérent le Soupé
qu'il leur donna , par
la complaifance
d'écouter le long
récit de quelques Campagnes
qu'il avoit faites pendant
fes jeunes années. Apres
un entretien de trois heures,
il les conduifit dans une
Chambre qui n'eftoit ſéparée
d'une autre que par une
118 MERCURE
Cloifon d'ais. Ils fe couchérent,
mais heureuſement pour
le Gentilhomme , ils ne pûrents'endormir.
Unprofond
filence régnoit dans tout le
Logis, quand la voix de deux
Perfonnes qui parloient à
demy bas dans l'autre Chambre
, commença à les fraper.
Chacun d'eux prefta l'oreille ;
& quoy qu'ils perdiffent plufieurs
mots , ils ne laifferent
pas d'en entendre affez pour
comprendre qu'il y avoit difpute
entre deux Valets, fur le
complot d'aller égorger leur
Maitre. Il avoit vendu de
GALANT. 119
puis peu de jours pour huit
cens écus de Bled , & il s'agiffoit
entr'eux d'avoir cet
argent . L'un trembloit d'eftre
furpris en executant le crime
dont ils eftoient demeurez
d'accord, & l'autre tâchoit de
l'encourager. Enfin , ayant
entendu que ces Miserables
fortoient de leur Chambre,
ils fe leverent le plus doucement
qu'ils pûrent , & ſe jetterent
fur eux lors qu'ils entroient
dans celle du Gentilhomme
. Il s'éveilla à ce bruit,
& demanda ce qu'on luy vouloit
. Toute la Maifon fut en
120 MERCURE
rumeur. On fit aporter de la
lumiere , & les deux Valets
troublez , quoy qu'ils n'avoüaffent
rien , firent affez
voir par leur defordre & par
leur pâleur , qu'ils étoient
coupables . On leur trouva
des rafoirs , & des coût aux
fort tranchans , & on les mit
en lieu feur jufqu'au lendemain,
qu'on les mena en prifon.
Vous pouvez croire que
le Gentilhomme n'auroit pas
fi - toft congedié les Cavaliers
qui luy ont fauvé la vie, quand
leur prefence n'eût pas efté
néceffaire pour l'inftruct on
de
GALANT. 121
de ce Procez criminel . Je
m'informeray de l'évenement
pour vous le faire fçavoir.
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Résumé : Avanture, [titre d'après la table]
Un gentilhomme, de retour chez lui à la campagne, rencontre deux cavaliers réformés en difficulté financière. Ému par leur apparence et leur honnêteté, il les invite à passer la nuit chez lui. Pendant la nuit, les cavaliers entendent deux valets comploter pour assassiner leur maître afin de voler de l'argent. Ils interviennent et neutralisent les valets, sauvant ainsi la vie du gentilhomme. Reconnaissant, ce dernier ne les congédie pas immédiatement, leur présence étant nécessaire pour instruire le procès des valets. L'auteur mentionne qu'il se renseignera sur l'issue de l'affaire pour en informer les lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 334-341
Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Début :
Je ne puis finir ma Lettre, sans vous faire part des dernieres nouvelles [...]
Mots clefs :
Angleterre, Victoires, Rebelles, Proclamation, Actions grâces, Royaume, Duc de Monmouth, Ministre, Conseil, Prison, Ennemis, Lettres, Cavalerie, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Je ne puis finir ma Lettre,
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
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Résumé : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
En juillet 1685, en Angleterre, le roi a été informé des victoires contre les rebelles et a publié une proclamation ordonnant un jour de remerciement public le 26 juillet. Le duc de Monmouth et lord Grey ont été conduits à Londres. Monmouth a demandé à s'entretenir avec le roi, qui a accepté de le recevoir à Whitehall. Lors de cette rencontre, Monmouth, les mains liées et couvert d'un manteau, a imploré le pardon et la clémence du roi, affirmant qu'il n'avait jamais eu l'intention de se proclamer roi et accusant son ministre Ferguson de l'avoir incité à agir ainsi. Après un interrogatoire par le conseil royal, Monmouth a été transféré à la Tour de Londres. Malgré ses premières déclarations, il a tenté diverses démarches pour obtenir une peine de prison à perpétuité. Par ailleurs, Monmouth avait été proclamé roi à Glassembury et avait écrit au duc d'Albemarle pour lui ordonner de cesser les hostilités et de se rendre à son camp, sous peine d'être traité comme un rebelle.
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3
p. 120-140
Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, Madame, vous avoir marqué dans quelqu'une de [...]
Mots clefs :
Pelisson, Lettres, Ouvrages, Académie, Éloge, Prison, Savants, Illustre, Erreurs, Mort, Éloge funèbre, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Je croy , Madame , vous
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
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4
p. 3-16
TRAIT D'HISTOIRE Arabe.
Début :
Hataya, Poëte, raconte de lui-même, qu'ayant renoncé à la poësie, [...]
Mots clefs :
Calife, Dieu, Poète, Vieillard, Poésie, Prison, Vers, Prophète, Frayeur, Hataya, Hacler
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAIT D'HISTOIRE Arabe.
TRAIT D'HISTOIRE
Arabe.
Ataya , Poëte ,
raconte de lui-
H même, qu'ayant
DE
LA
VILLE
noncé à la poëfie , le
Calife ordonna qu'on le
Mars 1714.
A ij
4 MERCURE
mit dans la prifon des
criminels. En entrant ,
dit- il , dans cette prifon ,
j'apperçus un vieillard ,
qui me parut un honnête
homme ; car les caracteres
de la vertu paroiffoient
fur fon viſage .
J'allai m'affeoir auprés
de lui fans le faluer ,
tant le chagrin & la
frayeur m'avoient troublé
l'efprit. Je demeurai
quelque temps en cet
état : mais le vieillard ,
GALANT .
S
pour diffiper ma frayeur,
me recita ces deux diftiques.
Les adverfitez
viennent de Dieu , &
l'impatience vient de
nous . Dieu m'a ôté ce
EZ
qui venoit de moy ,
m'a laiffé ce qui venoit
de luis c'est ce qui mefait
fouffrir
avec joye. Pourquoy
donc es-tu trifte ?
Entate
voyant
que j'étois
frapé de ce diftique
,
il me dit : fe fuis prêt
d'être condamné
à mort ,
A iij
6 MERCURE
,
€5 aprés ma mortje n'aurai
plus befoin de patien
се je te la laiſſe , 5
commence à enjouir pendant
ta vie à mon exemple.
Je rappellai mes tens
& mes efprits , & je le
priai de continuer à me
confoler. Ifmaël , me répondit
le vieillard , commencez
par me rendre le
falut & la civilité que .
vous devez aux Mufulmans
. Alors m'étant excufe
fur ma frayeur &
GALANT. 7
mon étonnement , il reilareprit
: On va m'appeller
tout à l'heure , pour me
demander où eft Hyla de
la race du Prophete . Si
je dis où il eft , j'offenferai
Dieu ; & fi je ne
le dis pas , on me fera
mourir. Ainfi je devrois
être dans un plus grand
étonnement que vous :
cependant vous voyez
ma patience & ma refignation
à la volonté de
Dieu. Je lui répondis :
A iiij
8 MERCURE
Que Dieu vous confole,
il vous fuffit. Je ne vous
reprendrai plus , me dit
le vieillard , & vous repeterai
le diftique autant
que vous le fouhaiterez ;
ce qu'il fit , & me dit
enfuite : Qui vous a
obligé de quitter la poëfie
, qui faifoit vôtre fortune
auprés des Grands ?
Il faut que vous continuiez
à faire des vers ,
& que vous leur donniez
cette fatisfaction ;
GALANT . 9
vous leur devez cette reconnoiffance
, & vous la
devez à vôtre
reputation
. A peine cut - il fini
ce difcours , qu'on nous
appella l'un & l'autre ,
& l'on nous mena dans
la chambre du Calife .
Quand nous fumes en ſa
prefence , il dit à Hacler :
(c'étoit le nom du vicillard
) Où eft Hila ? Vous
m'avez fait mettre en
prifon , répondit Hacler,
comment pourrois - je
io MERCURE
#
fçavoir de ſes nouvelles ?
Aprés quelques autres ,
demandes Almohdi en
colere dit à Hacler : Vous
m'indiquerez où il eft ,
ou bien je vais vous faire
couper la tête. Vous ferez
de moy tout ce qu'il
vous plaira , répondit
Hacler , je ne vous dirai
point où eft le fils du Prophete
; je ne veux point
offenfer Dieu ni le Prophete
en trahiffant fon
fils , & quand mefine il
GALANT . I
feroit entre ma chemiſe
& ma peau , je ne vous
dirois pas où il eft. Qu'-
on lui coupe la tefte, dit
le Calife , & auffitôt cela
fut executé. Enfuite ce
Prince me fit approcher
& me dit : Ou vous ferez
des vers , ou je vous
traiterai comme j'ai fait
Hacler. Je lui répondis :
Seigneur , fçais - tu ce
que c'est que poëfie ?
Sçais- tu que poëſie n'eſt
point ouvrage de main
12 MERCURE
mecanique qui fe puiſſe
faire de commande? Ainfi
, en te defobciffant je
ne fais point coupable :
un Poëte eft un homme
infpiré, non par fon Prince
, mais par le Seigneur
des genies ; cette infpration
ne vient que par
periodes. Tout ce que je
puis , c'eft de te promettre
de faire des vers
quand elle viendra. Hé
bien , répondit le Calife ,
retourne en priſon juſGALANT.
13
qu'à ce qu'elle te foit
venuë. Mais , repliqua le
Poëte , tu me permets
donc auffi de fuivre mon
infpiration telle qu'elle
me viendra , bonne ou
mauvaiſe , tu t'en contenteras
, & me donneras
la liberté ? Oui je te
le promets , répondit le
Calife. Le Poete rentra
dans la prifon d'où l'on
venoit de tirer Hacler à
aqui on avoit coupé la
tefte. Il prit ce fujer pour
14 MERCURE
fa poefie , & fit une fatyre
violente & inftructive
fur ce fujet , pour
blâmer la cruauté du Calife
, & auffitoft fe fit
mener devant lui , & lui
recita fa fatyre , lui difant
: Ton action injufte
contre Hacler m'a frapé
fi fort l'imagination dans
¡ce moment, que la verve
abondante eft venue qui
a inondé ma raiſon & ma
timidité ; maintenant je
fuis un infenfé qui ne
GALANT . 15
crains point la mort ;
fais- la moy donner , &
corrige - toy .Je ne regretteray
point la vie , fi j'ap
prens là - haut que c'eſt
la derniere dont tu auras
difpofé injuftement.
Cette
magnanimité de
Hataya toucha fi fort
le Calife , qu'il devint
plus humain , & recompenfa
magnifiquement
le Pocte , en faifant
pourtant brûler fes
vers , afin qu'on oubliât
16 MERCURE
entierement fes cruau
tez paffées.
Arabe.
Ataya , Poëte ,
raconte de lui-
H même, qu'ayant
DE
LA
VILLE
noncé à la poëfie , le
Calife ordonna qu'on le
Mars 1714.
A ij
4 MERCURE
mit dans la prifon des
criminels. En entrant ,
dit- il , dans cette prifon ,
j'apperçus un vieillard ,
qui me parut un honnête
homme ; car les caracteres
de la vertu paroiffoient
fur fon viſage .
J'allai m'affeoir auprés
de lui fans le faluer ,
tant le chagrin & la
frayeur m'avoient troublé
l'efprit. Je demeurai
quelque temps en cet
état : mais le vieillard ,
GALANT .
S
pour diffiper ma frayeur,
me recita ces deux diftiques.
Les adverfitez
viennent de Dieu , &
l'impatience vient de
nous . Dieu m'a ôté ce
EZ
qui venoit de moy ,
m'a laiffé ce qui venoit
de luis c'est ce qui mefait
fouffrir
avec joye. Pourquoy
donc es-tu trifte ?
Entate
voyant
que j'étois
frapé de ce diftique
,
il me dit : fe fuis prêt
d'être condamné
à mort ,
A iij
6 MERCURE
,
€5 aprés ma mortje n'aurai
plus befoin de patien
се je te la laiſſe , 5
commence à enjouir pendant
ta vie à mon exemple.
Je rappellai mes tens
& mes efprits , & je le
priai de continuer à me
confoler. Ifmaël , me répondit
le vieillard , commencez
par me rendre le
falut & la civilité que .
vous devez aux Mufulmans
. Alors m'étant excufe
fur ma frayeur &
GALANT. 7
mon étonnement , il reilareprit
: On va m'appeller
tout à l'heure , pour me
demander où eft Hyla de
la race du Prophete . Si
je dis où il eft , j'offenferai
Dieu ; & fi je ne
le dis pas , on me fera
mourir. Ainfi je devrois
être dans un plus grand
étonnement que vous :
cependant vous voyez
ma patience & ma refignation
à la volonté de
Dieu. Je lui répondis :
A iiij
8 MERCURE
Que Dieu vous confole,
il vous fuffit. Je ne vous
reprendrai plus , me dit
le vieillard , & vous repeterai
le diftique autant
que vous le fouhaiterez ;
ce qu'il fit , & me dit
enfuite : Qui vous a
obligé de quitter la poëfie
, qui faifoit vôtre fortune
auprés des Grands ?
Il faut que vous continuiez
à faire des vers ,
& que vous leur donniez
cette fatisfaction ;
GALANT . 9
vous leur devez cette reconnoiffance
, & vous la
devez à vôtre
reputation
. A peine cut - il fini
ce difcours , qu'on nous
appella l'un & l'autre ,
& l'on nous mena dans
la chambre du Calife .
Quand nous fumes en ſa
prefence , il dit à Hacler :
(c'étoit le nom du vicillard
) Où eft Hila ? Vous
m'avez fait mettre en
prifon , répondit Hacler,
comment pourrois - je
io MERCURE
#
fçavoir de ſes nouvelles ?
Aprés quelques autres ,
demandes Almohdi en
colere dit à Hacler : Vous
m'indiquerez où il eft ,
ou bien je vais vous faire
couper la tête. Vous ferez
de moy tout ce qu'il
vous plaira , répondit
Hacler , je ne vous dirai
point où eft le fils du Prophete
; je ne veux point
offenfer Dieu ni le Prophete
en trahiffant fon
fils , & quand mefine il
GALANT . I
feroit entre ma chemiſe
& ma peau , je ne vous
dirois pas où il eft. Qu'-
on lui coupe la tefte, dit
le Calife , & auffitôt cela
fut executé. Enfuite ce
Prince me fit approcher
& me dit : Ou vous ferez
des vers , ou je vous
traiterai comme j'ai fait
Hacler. Je lui répondis :
Seigneur , fçais - tu ce
que c'est que poëfie ?
Sçais- tu que poëſie n'eſt
point ouvrage de main
12 MERCURE
mecanique qui fe puiſſe
faire de commande? Ainfi
, en te defobciffant je
ne fais point coupable :
un Poëte eft un homme
infpiré, non par fon Prince
, mais par le Seigneur
des genies ; cette infpration
ne vient que par
periodes. Tout ce que je
puis , c'eft de te promettre
de faire des vers
quand elle viendra. Hé
bien , répondit le Calife ,
retourne en priſon juſGALANT.
13
qu'à ce qu'elle te foit
venuë. Mais , repliqua le
Poëte , tu me permets
donc auffi de fuivre mon
infpiration telle qu'elle
me viendra , bonne ou
mauvaiſe , tu t'en contenteras
, & me donneras
la liberté ? Oui je te
le promets , répondit le
Calife. Le Poete rentra
dans la prifon d'où l'on
venoit de tirer Hacler à
aqui on avoit coupé la
tefte. Il prit ce fujer pour
14 MERCURE
fa poefie , & fit une fatyre
violente & inftructive
fur ce fujet , pour
blâmer la cruauté du Calife
, & auffitoft fe fit
mener devant lui , & lui
recita fa fatyre , lui difant
: Ton action injufte
contre Hacler m'a frapé
fi fort l'imagination dans
¡ce moment, que la verve
abondante eft venue qui
a inondé ma raiſon & ma
timidité ; maintenant je
fuis un infenfé qui ne
GALANT . 15
crains point la mort ;
fais- la moy donner , &
corrige - toy .Je ne regretteray
point la vie , fi j'ap
prens là - haut que c'eſt
la derniere dont tu auras
difpofé injuftement.
Cette
magnanimité de
Hataya toucha fi fort
le Calife , qu'il devint
plus humain , & recompenfa
magnifiquement
le Pocte , en faifant
pourtant brûler fes
vers , afin qu'on oubliât
16 MERCURE
entierement fes cruau
tez paffées.
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Résumé : TRAIT D'HISTOIRE Arabe.
Le texte relate l'histoire d'Ataya, un poète arabe emprisonné sur ordre du Calife pour avoir renoncé à la poésie. En prison, Ataya rencontre un vieillard nommé Hacler, qui lui enseigne la patience et la résignation face à l'adversité. Hacler refuse de révéler la cachette de Hila, fils du Prophète, même sous la menace de mort, préférant mourir plutôt que de trahir sa foi. Le Calife fait exécuter Hacler et propose à Ataya de choisir entre écrire des vers ou subir le même sort. Ataya explique que la poésie ne se commande pas et promet de composer des vers lorsqu'il sera inspiré. Le Calife accepte et libère Ataya après qu'il ait écrit une satire contre la cruauté du Calife. Touché par la magnanimité d'Ataya, le Calife le récompense et fait brûler ses vers pour effacer ses cruautés passées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 60-91
SUITE DES MEMOIRES DE Mr LE CARDINAL DE RETZ. De Luneville, le 25 Avril.
Début :
MONSIEUR, Je commencerai l'Extrait de la seconde partie des Mémoires [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Morale, Ambition, Royauté, Ministre, Vertus, Armée, Réflexions, Révolution, Déclaration, Assemblée, Duc, Princes, Cardinal Mazarin, Négociation, Gentilhommes, Reine, Maréchal, Officiers, Médecin, Prison, Disputes, Ennemis, Chambre, Château, Sa Majesté
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DES MEMOIRES DE Mr LE CARDINAL DE RETZ. De Luneville, le 25 Avril.
SUITE DES MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE RETZ .
M
De Luneville , le 25 Avril.
ONSIEUR ,
Je commencerai l'Extrait de la
feconde partie des Mémoires du C.
de Retz , par leportrait que cet habile
Politiquefait du C. de Richelieu .
Il ne fe contente pas de peindre fes
vertus &fes vices ,mais il en exprime
la maniere , &fait ſentirjuſqu'aux
moindres differences quife trouvent
entre des qualites quifemblent précifément
les mêmes.
Le C. de R. avoit de la Naiffance
; il ſe diſtingua en Sorbonne . On
remarqua de fort bonneheure qu'il
avoit de la force & de la vivacité
dans l'efprit. Il prenoit d'ordinaire
tres- bien fon parti . Il étoit homme
de parole , & un grand interêt ne
l'obligeoit pas au contraire . En ce
cas , il n'oublioit rien pour fauver
les apparences de la bonne foi. Il
n'étoit pas libéral , mais il donnoit
plus
DE MAY. 6D
plus qu'il ne promettoit. Il affaifon
noit admirablement fes bienfaits .
aimant la gloire beaucoup plus
que la Morale ne le permet ; mais ,
il faut avouer qu'il n'abufoit qu'à
proportion de fon mérite , de la
difpenfe qu'il avoit prife fur le point
de l'excés de fon ambition. Il n'avoit
ni l'efprit , ni le coeur au deffus
des périls ; il n'avoit ni l'un ni l'autre
au deffous ; & l'on peut dire ,
qu'il en prévint davantage par fa
capacité , qu'il n'en furmonta par
fa fermeté. Il étoit bon ami , & il
eut même fouhaité d'être aimé da
Public : Mais quoiqu'il ût de l'extérieur
, de la politeffe & beaucoup
d'autres parties propres à cet
effet , il n'en at jamais le je ne fçai
quoi , qui eft encore en cette ma .
tiere plus requis qu'en toute autre .
Il anéantifloit par fon pouvoir
& fon faite Royal , la Majefté perfonnelle
du Roy ? mais il remplif
foit avec tant de dignité , les fonctions
de la Royauté , qu'il falloit
n'être pas du vul aire , pour
May 1717.
F
62
LE
MERCURE
ne pas confondre le bien & le maf
en ce fait. Il diftinguoit plus judicieufement
qu'homme du monde,
entre le mal & le pis , entre le bien
& le mieux ; ce qui eft une gran
de qualité pour un Miniftre . Il s'impatientoit
trop facilement dans
les petites chofes , qui étoient préalables
des grandes ; mais ce défaut
qui vient de la vivacité de
l'efprit , eft toujours joint à des
lumieres qui le fuppléent. Il avoit
affez de Religion pour ce Monde :
Il alloit au bien ou par inclination ,
ou par bon fens , toutes les fois
que fon interêt ne le portoit point
au mal qu'il connoiffoit parfaitement,
quand il le faifoit. Il ne confideroit
l'Etat que pour fa vie ; mais
jamais Miniftre n'a eu plus d'application
à faire croire qu'il en ménageoit
l'avenir. Enfin , il faut confeffer
que tous fes vices ont été
de ceux que la grande fortune
rend aifément illuftres , parce qu'ils
ont été de ceux qui ne peuvent
avoir pour inftrumens , que de
DE MAY. 63
grandes vertus . Voici celui qu'il
fait de M. de Turenne.
M' de Turenne a eu dés la jeuneffe
, toutes les bonnes qualités ,
& il a acquis les grandes d'affez
bonneheure. Il ne lui en a manqué
aucunes , que celles dont il ne s'eft
point avifé;il avoitprefque touresles
Vertus comme naturelles , & il n'a
jamais eu le brillant d'aucunne . On
l'a cru plus capable d'être à la tête
d'une Armée , que d'un Parti , &
je le crois auffi ; parce qu'il n'étoit
pas naturellement entreprenant ;
mais toutefois , qui le fçait ? Il a
toujours eu en tout , comme en
fon parler , certaines obfcuritez,
qui ne fe font dévélopées que dans
les occafions,mais qui s'y font toujours
dévélopées à fa gloire.
Ces Mémoires font femez de Ré
fléxions tres -fenfées . En voici un
on deux éxemples ; choifis au hazard
, entre une infinité de même
forte , & d'un auffi grandfens.
L'extrémité du mal n'eft ja
mais à fon période , que quand ceux
Fij
64
LE MERCURE
qui commandent ont perdu la honte
, parce que c'est justement -le
moment dans lequel ceux qui obeiffent
, perdent le refpect , &
>
>
c'est dans ce même moment où
l'on revient de fa létargie , mais
par des convulfions fouvent mortelles.
Les Suiffes paroiffoient
pour ainfi parler , fi étouffés fous
la péfanteur de leurs chaines ,
qu'ils ne refpiroient plus , quand
la révolte de trois de leurs
Païfans forma des ligues .
Les Hollandois fe croyoient
fubjugez par le Duc d'Albe
quand le Prince d'Orange , par
le fort réfervé aux grands génies
qui voyent avant tous les autres,
le point de la poffibilité , conçût
& enfanta leur liberté. Voilà des
exemples , la raifon eft d'accord .
Ce qui caufe de l'affoupiffement
dans les Etats qui fouffrent , eft la
durée du mal qui faifit l'imagination
des hommes , & qui leur fair
croire qu'il ne finira jamais ; auffifôt
qu'ils trouvent jour à en for-
1
DE MAA Y.
ὃς
tir , ce qui ne manque jamais , lors
qu'il est venu jufqu'à un certain
point : Ils font fi furpris , fi aifes
& fi emportés , qu'ils paffent tout
d'un coup à l'autre extrêmité , &
que bien loin de confiderer les Révolutions
comme impoffibles , ils
les croyent faciles ; & cette dif
pofition toute feule eft capable
quelquefois de les faire.
Il n'y a rien , dit- il , dans ul
autre endroit , qui n'ait fon moment
décifif , & le chef-d'oeuvre
de la bonne conduite , eſt de connoître
& de prendre ce moment.
Si on le manque dans la révolu
tion des Etats , on court fortung
ou de ne les pas retrouver , ou de
ne le pas appercevoir. Il y en a
mille & mille éxemples.
Les 6 ou 7 femaines qui coulerent ,
depuis la Publication de la Déclaration
, jufqu'à la Saint Martin de
l'année 1648. nous en prefentent un
qui ne nous a été que trop fenfible.
Chacun trouvoit fon compte dans.
la Déclaration , c'est- à - dire , cha-
Fiij
66 LEMERCURE
cun l'y ût trouvé , fi chacun l'y ûc
bien entendu. Le Parlement avoir
l'honneur du rétabliffement de
Ordre; les Princes le partageoient
& en avoient le principal fruit ,
qui étoit la Confidération & la
Sûreté. Le Peuple déchargé de
plus de 60 millions , y trouvoit un
foulagement confidérable ; & fi
le C. Mazarin ût été de génie propre
à fe faire honneur de la Néceffité
, qui eft une des qualitez des
plus requifes au Miniftre , il fe
fut par un avantage , qui eft tout
inféparable de la faveur , il fe fut
dis-je , approprié dans la fuite , la
plus grande partie du mérite des
chofes , même auxquelles il s'étoit
le plus oppofé. Voila des avantages
fignalez pour tout le monde ,
& tout le monde manqua ces avantages
fignalez , par des confidérations
fi légeres , qu'elles n'affent
pas dû , dans les véritables
régles dubon fens , en faire perdre
de médiocres. Le Peuple qui s'appuyoit
fur les Affemblées du ParDE
MAY.
67
lement , s'effaroucha , dés qu'il
les vit ceffer , fur l'approche de
quelques troupes , defquelles dans
la vérité , il étoit ridicule de prendre
ombrage & par laconfidération
de leur petit nombre , & par beaud'autres
Circonftances.
coup
M. le Duc d'Orléans , Gaſton , vit
tout le bien qu'il pouvoit faire ,
& une partie du mal qu'il pouvoit
empêcher , mais fa timidité naturelle
le retint toujours . M. le Prince
connut le mal dans toute fon
étendue ; mais , comme fon couragc.
étoit fa vertu la plus naturelle ,
il ne fe craignit pas affés : Il vou
lut le Bien , mais il ne le voulut
qu'à la mode ; fon âge, fon humeur
& fes Victoires ne lui permirent
pas de joindre la Patience à l'Activité
, & il ne conçut pas d'affés
bonne heure cette Maxime fi néceffaire
aux Princes , de ne confidérer
les petits fujets , que comme
des Victimes que l'on doit tou
jours facrifier aux grandes.
Le.C. Mazarin , qui ne connoif68
LE MERCURE
foit en aucunne façon nos manieres,
confondoit journellement les affaireslesplusimportantes
,avec les plus
légères ; & dés le lendemain que la
Déclaration fut publiée, elle fut en.
tamée & altérée (ur des articles peu
importans , que le Cardinal devoit
même obferver avec oftentation
, pour colorer les contraventions
qu'il pouvoit être obligé de
faire aux plus confidérables.
Tout ce qui concerne les Guerres
de Paris , & le tems de la
Fronde , eft traité fort au long dans
cette partie de l'Hiftoire du Cardinal
de Retz . Ce font de ces Faits
qu'on fouhaiteroit être enfevelis
dans un éternel oubli . Ainfi , vous
me difpenferez , s'il vous plaît ,
d'extraire ici aucune de ces parti
cularitez , qui pourroient en rappeller
le fouvenir , & expofer la
réputation des Defcendans de
ceux qui ont eu part aux Mouvemens
peu réguliers , qui agitoient
alors le Royaume
Après que le Roy MajeurfutforDE
MAY. 69
ti de Paris avec la Reine , le Cardinal
raporte quelques Anecdotes affés
intereffantes de la vie de Monfieur de
Turenne,qui je crois , feront plaifir
à tout le monde , & que j'ai choifies
entr'une infinité d'autres , auffi agréables
& auffi intereffantes en
elles-mêmes , mais non pas, eu égard
aux Perfonnes qui fontfur la Scéne,
ni aux Circonftances qui les ont fait
naître. La Reine , dit-il , ne quita
pas la voye de la Négociation ,
dans le moment même qu'elle projettoit
de prendre celle des Armes .
Gourville alloit & venoit du côté
de M. le Prince. Berte vint à Paris
pour gagner Mr de Bouillon,
Mr de Turenne & moi. Cette Scéne
eft affez curieufe pour s'y arrêter
plus long-tems . Jevous ai déja
dit que Mr de Turenne & Mr de
Bouillon étoient féparés de M. le
Prince : Ils vivoient l'un & l'autre
d'une maniere fort retenue dans
Paris , & à la réferve de leurs amis
particuliers , peu de gens les voyoient
: J'étois de ce nombre , &
70 LE MERCURE
comme j'en connoiffois autant que
perfonne , le mérité & le poids , je
n'oubliai rien pour le faire connoître
à MONSIEUR & pour obliger.
les deux freres à entrer dans fes interefts,
L'averfion naturelle qu'il
avoit pour l'Aîné , fans fçavoit trop
pourquoi , l'empécha de faire ce
qu'il fe devoit à foi-même en cette
rencontre , & le mépris que le Cadet
avoit pour lui , fçachant tresbien
pourquoi , n'ayda pas au fuccés
de ma Négociation. Celle
de Berte qui arriva juſtement à Paris
dans cette conjoncture , fe trouva
commune entre Mr de Bouillon
& moi , par la rencontre de Me la
Palatine, qui étoit elle-même nôtre
amie commune , & à laquelle Berte
avoit ordre de s'adreffer directement.
Elle nous affembla chez
elle , entre minuit & une heure ,
& elle nous préfenta Berte , qui
aprés un torrent d'expreffions Gafconnes
nous dit la Reine
qui étoit réfoluë de rappeller le
Cardinal Mazarin
?
que
› n'avoit pas
DE MA Y.
voulu éxécuter fa réfolution , fans
prendre nos avis , & c. Mr de Bouil-
Ton qui me jura une heure aprés,
en préfence de Me la Palatine
qu'il n'avoit encore jufques - là
reçû aucune propofition , au moins
formée de la part de la Cour , me
parut embaraffé ; mais il s'en démefla
à fa maniere , c'eſt-à-dire ,
en homme qui fçavoit mieux qu'au
cun que j'aye jamais connu , parler
le plus , quand il difoit le moins.
Mr de Turenne , qui étoit plus laconique,
& dans la vérité beaucoup
plus franc , fe tourna de mon côté
& il me dit , je crois que Mr Berte
và tirer par le Manteau , tous les
gens en Manteau noir qu'il trouve
dans la ruë , pour leur demander
leur opinion , fur le retour de
Mr le Cardinal ; car je ne vois pas
qu'il y ait plus de raifon à la de
mander àMONSIEUR à mon frère &
à moi , qu'à tous ceux qui ont paffé
aujourd'hui fur le Pont-Neuf. Il
y en a beaucoup moins à moi , lui
répondis-je Car , il y a des gens
72 LE MERCURE
qui ont aujourd'hui paffè fur le
Pont- Neuf , qui pourroient donner
leur avís fur cette matiere , &
la Reine fçait bien que je n'y puis
jamais entrer. Berte me répartie
brufquement , & le Chapeau M ,
qu'on vous a promis , que deviendra
-t-il ? Ce qu'il pourra lui disje
? Et que donnerez - vous à la
Reine pour ce Chapeau , ajouta-til
Ce que je lui ai dis cent & cent
fois , répondis-je ? je ne m'accommoderai
point avec M. le Prince ,
fi l'on ne révoque pointmaNomination.
Je m'y accommoderai demain ,
& je prendrai l'Echarpe Ifabelle * fi
l'on continue feulement à m'en mécouleur
de nacer. La converfation s'échauffa ;
ceux du & nous en fortîmes toutefois affés
parti deM.
le Prince ; bien. M. de Bouillon ayant remarcon
me la qué comme moi , que l'ordre de
cit deccux Berte étoit de fe contenter de ce
du partidu que j'avois dit mille fois à la Reine
C.Mazarinfur ce fujet ,en cas qu'il n'en pût
tirer davantage. Pour ce qui étoit
de M. de Bouillon & de M. de
Turenne , la confultation fut bien
C'étoit la
vette l'é
plus
C
DE MAY.
73
plus longue ; je dis confultation ,
parce qu'il n'y avoit rien de plus
ridicule que de voir un petit Bafque
, homme de rien, entreprendre
de perfuader à deux des plus grands
Hommes du monde , de faire la
plus fignalée de toutes les fotifes
, qui étoit de fe déclarer pour
le C. Mazarin , avant que d'avoir
pris aucunes mefures avec la
Cour. Ils ne le crurent pas ,ils en pri.
rent de bonnes bien-tôt aprés .L'on
promit à Mr de Turenne le Commandement
des Armées, & l'on affu
ra à M'de Bouillon la récompenfe
immenfe , qu'il a tirée depuis , de
Sédan. Ils ûrent la bonté de
me confiér leur accommodement
quoique je fuffe des Partis contraires
, & il fe rencontra par l'événement
, que cette confiance leur
valut leur liberté. MONSIEUR qui
fut averti qu'ils alloient trouver le
Roy , & qu'ils devoient fortir de
Paris à fel jour & à telle heure , me
dit, comme je revenois de leur faire
mes adieux, qu'il les falloit arrêter,
May 1717.
G
74
LE MERCURE
& qu'il en falloit donner l'ordre au
Vicomte d'Hoftel Capitaine de
fes Gardes. Jugez , je vous prie ,
en quel embarras je me trouvai ,
en faifant réfléxion d'un côté fur
le jufte fujet que l'on auroit de
croire , que j'aurois trahi le fécret
de mes amis , & de l'autre , fur le
moyen, dont je pourrois me fervir ,
pour empêcher MONSIEUR d'éxé-
-cuter ce qu'il venoit de réfoudre. Je
combatis d'abord la vérité de l'avis
qu'on lui avoit donné : Je lui repréfentai
les inconveniens d'offencer
fur des foupçons , des gens de
cette qualité & de ce mérite ; &
comme je vis qu'il croyoit fon
avis tres-fûr , comme il l'étoit en
effet , & qu'il perfiftoit dans fon
deffein , je changeai de ton , & je ne
fongeai plus qu'à gagner du tems,
pour leur donner à eux -mêmes ,
celui de s'évader. La fortune favorifa
mon intention . Le Vicomted'Hoftel
que l'on chercha , ne fe trouva
point. MONSIEUR s'amufa à con
fidérer une Médaille que Brunneau
DE MAY.
75
lui apporta tout- à- propos , & j'u
le tems de mander à M'de Turenne
par Varennes qui me tomba fous
la main , comme par miracle , de .
fe fauver , fans perdre un moment .
Le Vicomte d'Hoftel manqua ainſi
lesz freres,de deux ou trois heures .
Le chagrin de MONSIEUR n'en dura?
guéres davantage . Je lui dis la chofe
, comme elle s'étoit paffée , cinq
ou fix jours aprés , l'ayant trouvé:
en bonne humeur. Il ne m'en voulut
point de mal' ; iût même la
bonté de me dire , que fi je m'en
fuffe ouvert à lui dans le rems ,
il ût préféré à fon interêt, celui que
j'y avois , fans comparaifon plus
confidérable , par la raifon du fécret
qui m'avoit été confié . Cette
avanture ne nuifit pas , comme vous
pouvés croire, à conferver la vieille
amitié , qui étoit entre Mr de Turenne
& moi .
Rien n'eft plusnaïf && mieux circonftancié
que le détail qu'ilfait de
fa détention & de fon féjour dans
les Prifons de Vincennes : Je fini-
Gij
76 LE MERCURE
le
rai cette Lettre par cet Extraif,
je vous envoyerai dans la prochaine
, l'Hiftoire entiere de fafuite
à Nantes , & tout ce qui fuivitfon 6-
wafion jusqu'à fon arrivée en Italie.
Comme j'entrois dans
Louvre , Mi d'Hocqueville , qui
fe promenoit dans la Cour , me
joignit à la defcente de mon caroffe ;
il vint avec moi chez Me la Maréchalle
de Villeroy , où j'allai
attendre qu'il fut jour chez le Roy.
Il me quitta pour aller en haut , où
il trouva Montmmege qui lui dit ,
que tout le monde difoit que j'allois
être arrêté. Il defcendit en diligence
pour m'en avertir & pour
me faire fortir par la cour des Cuifines
qui répondoit justement à
l'Appartement de Mr de Villeroy.
Il ne m'y trouva plus , mais il ne
m'y manqua que d'un moment ,
& ce moment m'eut infailliblement
donné la liberté. Je fus arrêté dans
P'Antichambre de la Reine par M
de Villequier qui étoit Capitaine
des Gardes de Quartier , & conduit
DE MAY .
77
dans un Appartement , où les Offi.
Giers de la Bouche m'apporterent
à diner. On trouva tres-mauvais
à la Cour , que j'cuffe bien mangé,
tant l'iniquité & la lâcheté des
Courtifans eft extréme. Je ne trou
vai pas bon que l'on m'eut fait re
tourner mes poches , comme on
fait aux Coupeurs de bourfes. Mr
de Villequier ût ordre de faire cerre
cérémonie qui n'étoit pas ordinaire.
L'on n'y trouva qu'une
Lettre du Roy d'Angleterre , qui
me chargeoit de tenter du côté de
Rome , i l'on ne pouvoit pas lui
donner quelque affiftance d'argent.
Ce nom de Lettre du Roi d'Angleterre
fe répandit dans toute la
baffe cour. Il fut relevé par un
Homme de Qualité, au nom duquel
je me crois obligé de faire
grace , à la confidération de l'un
de fes freres qui eft de mes amis.
Il crut faire fa cour , de le glofer
d'une maniere qui fut odieufe. Il
fema le bruit , que cette Lettre
étoit du Protecteur. Quelle baf
Gjij
78
LE
MERCURE
feffe ! L'on me fit paffer fur les
trois heures toute la grande Galerie
du Louvre , & l'on me fit defcendre
par le Pavillonde MADEMOI.
SELLE . Je trouvai un caroffe du Roy
danslequel Mr de Villequier monta
avec moi & cinq ou fix Officiers
des Gardes du Corps . Le caroffe
fit douze ou quinze pas du côté de
la Ville , mais il tourna tout d'un
coup à la Porte de la Conférence.
Il étoit escorté par Mr le Maréchal
d'Albret ; à la tête des Gensd'armes
, pár Mr de Vauguyon , à
la tête des Chevaux- Legers , & par
Mr de Venne Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes , qui
commandoit huit Compagnies ....
J'arrivai à Vincennes entre huit &
neufheures du foir , & Mr le Maréchal
d'Albret m'ayant demandé
à la defcente du caroffe , fi je
n'avois rien à faire fçavoir au Roy.
Je lui répondis, que je croirois manquer
au refpect que je lui devois ,
i je prenois cette liberté. L'on me
amena dans une grande Chambre ,
DE MAY 79
où il n'y avoit ni Tapifferieni Lit.
Celui qu'on y apporta fur les onze
heures du foir , étoit de Taffetas de
la Chine , peu propre pour un ameublement
d'hiver. Je dormis
tres-bien , ce que l'on ne doit pas
attribuer à fermeté , parce que le
malheur fait naturellement cet ef
fet en moi : J'ai éprouvé en plus
d'une occafion , qu'il m'éveille le
le jour , & m'affoupit la nuit. Ce
n'elt pas force , car je l'ai connu
aprés que je me fuis bien éxaminé
moi-même , parce que j'ai fenti
que ce fommeil ne vient que de
l'abbattement où je fuis , dans les
momens où la réfléxion que je fais
fur ce qui me chagrine , n'eft pas
divertie par les efforts que je fais ,
pour m'en garantir. Je trouve une
fatisfaction fenfible à me dévéloper
, pour ainfi parler , moi -même ,
& à vous rendre compte des mou
vemens les plus cachez , & les
plus intérieurs de mon ame. Je fus
obligé de me lever le lendemain
fans feu , parce qu'il n'y avoit point
Gii j
Sa LE MERCURE
de bois pour en faire , & les trois
Exempts que l'on avoit mis auprès
de moi , ûrent la bonté de m'aflùrer
que je n'en manquerois pas le
lendemain. Celui qui demeura
feul à ma garde , le prit pour lui , &
je fus quinze jours , à Noël , dans
une Chambre grande comme une
Eglife , fans me chauffer. Cet
Exempt étoit Gafcon , & il avoir
été , au moins à ce que l'on difoit ,
Valet de Chambre de Mr Servien.
Je ne crois pas que l'on eut pû
trouverfous le Ciel , un autre homme
fait comme celui - là. Il me vola
mon linge , mes habits , mes fouliers
& j'étois quelquefois obligé
de demeurer huit ou dix jours
dans le lit , faute d'avoir de quoi
m'habiller. Je ne crois pas que
T'on me pût faire un traitement
pareil , fans un Ordre fuperieur ,
& fans un deffein formé de me faire
mourir de chagrin. Je m'armai
contre ce deffein & je refolu au
moins , à ne point mourir de cette
forte de mort . Je me divertis au
DE MAY. 81
Commencement , à écrire la vie de
mon Exempt , qui fans exageration
, étoit auffi fripon que Lazarille
de Tormes. Je l'accoûtumař
à ne me plus tourmenter , à force
de lui faire connoître que je ne
me tourmentois de rien. Je ne lui
témoignai jamais aucun chagrin ;
je ne me plaignis de quoi que cet
foit , & je ne lui laiffai pas feulement
entrevoir que je m'aperçûffe .
de ce qu'il difoit pour me fâcher ,
quoiqu'il ne profera pas un mot
qui ne fut à cette intention . Il fit
travailler à un petit jardin de deux
ou trois toifes , qui étoit dans la
cour du Donjon , & comme je lui
demandai ce qu'il en prétendoit fai
re , il me répondit , que fon deffein
étoit d'y planter des Afperges. Vous
remarquerés qu'elles ne viennent
qu'au bout de trois ans. Voilà une
de fes plus grandes douceurs : Il
en avoit tous les jours une vingtaine
de cette forte , je les buvois
toutes avec douceur , & cette douceur
l'effarouchoit parce qu'il >
82 LE MERCURE
difoit que je me moquois de lui ..
Cependant, mes amis fe remuoient,
M de Caumartin fit dans cette
occafion & les fuivantes , tout ce
que l'amitié la plus véritable , &
l'honneur le plus épuré peuvent
produire. Mr d'Hocqueville y redoubla
fes foins & fon zele pour
moi. Le Chapitre de N. D. fittous
les jours chanter une Antienne
publique &expreffe pour ma
liberté: Aucun des Curés ne me
manqua, à la referve de celui de
Saint Barthelemi..La Sorbonne fe
fignala ; il y ût même beaucoup
de Religieux qui fe déclarerent.
M'de Châlons échauffoit les coeurs
& les efprits , par la réputation
& par fon éxemple . Ce foulévement
obligea la Cour à me faire trai.
ter un peu mieux que dans les
commencemens : On me donna
des Livres , mais par compte &
fans papier, ni encre , & l'on m'accorda
un Valet de Chambre & un
Médécin ; à propos de quoi , je fuis:
bien aife de ne pas omettre une:
DE MAY.
183
circonftance qui eft
remarquable.
Ce Médecin qui étoit homme de
mérite & de
réputation , & qui
s'appeloit
Vacherot , me dit lejour
qu'il entra à
Vincennes , que Mc
de
Caumartin l'avoit chargé de me
dire , que Goifel , un Avocat qui
avoit prédit la liberté de Mr de
Beaufort , l'avoit affûré que j'aurois
la mienne dans le mois deMars,
mais qu'elle feroit
imparfaite , &
que je ne l'aurois entiére & pleine
qu'au mois d'Aouft. Le préfage
fe trouva vrai dans toutes les circonftances.
Je
m'occupai fort à
l'étude dans le cours de ma Priſon
de
Vincennes , qui dura quinze
nois , & au point que les jours ne
me
fuffifoient pas , & que j'y employois
même les nuits ; je fis unė
étude
particuliére de la Langue
Latine , qui me fit connoître , que
l'on ne peut jamais trop s'y appliquer
, parce que c'eft une étude
qui comprend toutes les autres....
Mon Exempt n'oublia rien pour
troubler la tranquilité de mes étu ~
8.4
LE MERCURE
des , & pour tenter de me donner
du chagrin. Il me dit un jour , que
le Roy lui avoit commandé de me
faire prendre l'air , & de me méner
fur le Donjon ; comme il crut
que
que j'y avois du divertiffement
,
il m'annonça avec une joye qui
paroiffoit dans les yeux , qu'il avoit
reçû un Contr'ordre . Je lui répondis
qu'il étoit venu tout -à-propos,
parce que l'air qui étoit trop vif
audeffus du Donjon , m'avoit fait
mal à la tête. Quatre jours après,
il me propofa de defcendre au Jeu
de Paume , pour y voir jouer mes
Gardes , je le priai de m'en difpenfer
, parce qu'il me fembloit
que l'airy devoit être trop fubtil ,
il m'y força , en me difant que le
Roy qui avoit plus de foin de ma
fanté que je ne croyois , lui avoit
commandé de me faire faire éxercice
. Il me pria de l'excufer à fon
tour de ce qu'il ne m'y faifoit
plus defcendre , pour quelque confidération
( ajouta- t- il ) que je ne
vous puis dire. Je m'étois mis ,
pour
>
DE MAY.
85
pour dire le vrai , affés audeffus
de ces petites chicannes , qui ne
me touchoient point dans le fond ,
& pour lesquelles je n'avois que
du mépris Mais , je vous confeffe
que je n'avois pas la même
fupériorité d'ame pour la fubftance
de la Priſon ( fi l'on peut fe fervir
de ce terme ) & la vûë de me
trouver tous les matins en me réveillant
, entre les mains de mes
Ennemis , me faifoit fentir que je
n'étois rien moins que Stoïque.
Ame qui vive ne s'apperçût de
mon chagrin ; mais , il fut extreme
par cette raison : Car , c'est un effet
de l'orgueil humain , & je me
fouviens que je me difois vingt
fois le jour , à moi-même , que la
Prifon d'Etat étoit le plus fenfible
de tous , fans exception . Vous avez
déja vû que je divertiffois mon ennui
par mon étude , j'y joignis
quelquefois du relâchement. J'avois
des Lapins fur le haut du Donjon
; j'avois des Tourterelles dans
une des Tourelles ; j'avois des
May 1717.
H
36 LE MERCURE
,
Pigeons dans l'autre . Les continuelles
inkances de l'Eglife de
Paris faifoient,que l'on m'accordoit
de tems en tems de petits divertiffemens
; mais on les troubloit
toujours par mille defagrémens.
Ils ne laiffoient pas de m'amufer ,
d'autant plus agréablement , que
je les avols auffi prévûs mille
& mille fois , en faifant réfléxion
à quoi je pourrois m'occuper , s'il
m'arrivoit jamais d'être arrêté. Il
n'eft pas concevable , combien l'on
fe trouve foulagé , quand l'on rencontre
dans les malheurs où l'on
tombe , les confolations , quoique
petites , que l'on s'y eft imaginé
par avance. Je ne m'occupois pas
fi fort à ces diverfions , que je ne
fongeaffe avec une extréme application
à me fauver , & le commerce
que j'û toujours au dehors
& fans difcontinuation , me donnoit
lieu d'y pouvoir penfer , &
avec efpérance & avec fruit. Nous
.imaginâmes , mon Médecin & moi,
une voye , par le moyen d'un
DE MA Y. 87
Garde que Mede Pommereüil avoit
gagné , pour me tirer de Priſon
qui ne manqua , que parce qu'il
ne plut pas à la Providence de la
faire réuflir. J'avois remarqué dans
le tems qu'on me ménoit fur la
Tour , qu'il y avoit tout au haut
un creux , dont je n'ai jamais pû
deviner l'ufage ; Il étoit plein à
demi ; mais , on pouvoit y def
cendre , & s'y cacher. Je pris fur
cela , la penſée de choisir le tems
que mes Gardes feroient allez dîner
, & que Carpentier ( c'étoit
le Garde gagné par Me de Pommereüil
) feroit de jour , pour enyvrer
fon Camarade qui étoit un
vieillard qui tomboit comme mort,
dés qu'il avoit bû deux verres de
vin ; ce que nous avions éprouvé
plus d'une fois : Je réfolus de me fervir
de ce moment , pour monter au
haut de la Tour , fans que l'on s'en
apperçût , & pour me cacher dans
ce trou , avec quelques pains &.
quelques bouteilles d'eau & de
vin. Carpentier convenoit de la .
Hij
88 LE MERCURE
facilité de ce premier pas , qui étoit
d'autant plus aifé , que les deux
Gardes qui le devoient relever , a–
vecfon Camarade, avoient toujours
eu l'honêteté de ne pas entrer dans
ma Chambre , & de demeurer à
la porte , jufqu'à ce qu'ils puffent
juger que je fuffe éveillé , car , je
m'étois accoûtumé à dormir l'aprés
midi , on plûtôt à faire femblant
de dormir. Ce n'eft pas qu'il ne
leur fut ordonné de ne me jamais
laiffer feul ; mais , il y a toujours
des gens plus honnêtes les uns
que les autres. Carpentier devoit
attacher des cordes à la fenêtre de
la Gallerie , par laquelle M. de
Beaufort s'étoit fauve,& jetter dans
le Foffe ,une Machine de Tiffus ,
que M. Vacherot avoit travaillée
dans fa Chambre , la nuit , par le
moyende laquelle on eut pû croire
que je me fuffe élevé audeffus de
la petite Muraille que l'on y avoit
faite , depuis la fortie de M. de
Beaufort. Il devoit en même tems ,
donner l'alarme , comme s'il m'aDE
MAY. 89
voit vû paffer dans la Gallerie ,
& montrer fon Epée teinte defang ,
comme fi même il m'eut bleffé en
me pourfuivant. Toute la ' Garde
fut accourue au bruit , on eut trouvé
les cordes à la fenêtre , l'on cut
vû la Machine & du fang dans le
Folle , huit ou dix Cavaliers euffent
paru, le piftolet à la main , dans le
Bois comme pour me recevoir.
Il y en eut ûun qui feroit forti des
Portes avec une Calote rouge fur
la tête ; ils fe feroient feparez , &
celui qui eut û la Calore rouge ,
auroit tiré du côté de Mézieres.
On eut tiré le Canon à Mézieres
trois ou quatre jours aprés, comme fr
j'y fuffe effectivement arrivé. Qui
eut pû s'imaginer que je fuffe encore
dans la Tour ? L'on n'eut pas
manqué de lever la Garde dans le
Bois de Vincennes & de n'y laiffer
que des Mortes-payes ordinaires ,
qui euffent fait voir pour deux fols,
à tout Paris , & la fenêtre & les
cordes , comme ils firent , celles dé
M. de Beaufort. Mes amis y fuffent
Hiij.
90. LE MERCURE
venu par curiofité , comme tous
les autres , ils m'euffent habillé en
Femme , en Moine , comme il vous
plaîras & j'en fuffè forti fans qu'il
y eut û feulement ombre de foupçon
, ni de difficulté . Cet expédient
eft fi extraordinaire
qu'il
en paroît impoffible. Il étoit néanmoins
facile , & je fuis convaincu
qu'il auroit réüffi , fi un Garde
appelé Lefcarmoufte , ne l'eut rompu
, par ,un Incident que la pure
fortune y jetta. L'on l'envoya à
la place d'un autre qui tomba malade
; & comme c'étoit un homme
dur , jufques- là , qu'il me dit , le
foir en bonne amitié , qu'il m'étrangleroit
, fi S. M. le lui commandoit
;, il dit même à l'Exempt ,
qu'il ne concevoit pas comme il
ne faifoit pas mettre une porte
à l'entrée du petit Efcalier , qui
monte à la Tour : Elle y fut placée
le lendemain au matin ; & ainfi mon
entrepriſe fut rompuë. Je ne fortis
du Château de Vincennes , que
pour être transféré à celui de NanDE
MAY. 91
tes , &c. Je finis ce long Extrait
en vous affûrant , & c.
DE MILE CARDINAL DE RETZ .
M
De Luneville , le 25 Avril.
ONSIEUR ,
Je commencerai l'Extrait de la
feconde partie des Mémoires du C.
de Retz , par leportrait que cet habile
Politiquefait du C. de Richelieu .
Il ne fe contente pas de peindre fes
vertus &fes vices ,mais il en exprime
la maniere , &fait ſentirjuſqu'aux
moindres differences quife trouvent
entre des qualites quifemblent précifément
les mêmes.
Le C. de R. avoit de la Naiffance
; il ſe diſtingua en Sorbonne . On
remarqua de fort bonneheure qu'il
avoit de la force & de la vivacité
dans l'efprit. Il prenoit d'ordinaire
tres- bien fon parti . Il étoit homme
de parole , & un grand interêt ne
l'obligeoit pas au contraire . En ce
cas , il n'oublioit rien pour fauver
les apparences de la bonne foi. Il
n'étoit pas libéral , mais il donnoit
plus
DE MAY. 6D
plus qu'il ne promettoit. Il affaifon
noit admirablement fes bienfaits .
aimant la gloire beaucoup plus
que la Morale ne le permet ; mais ,
il faut avouer qu'il n'abufoit qu'à
proportion de fon mérite , de la
difpenfe qu'il avoit prife fur le point
de l'excés de fon ambition. Il n'avoit
ni l'efprit , ni le coeur au deffus
des périls ; il n'avoit ni l'un ni l'autre
au deffous ; & l'on peut dire ,
qu'il en prévint davantage par fa
capacité , qu'il n'en furmonta par
fa fermeté. Il étoit bon ami , & il
eut même fouhaité d'être aimé da
Public : Mais quoiqu'il ût de l'extérieur
, de la politeffe & beaucoup
d'autres parties propres à cet
effet , il n'en at jamais le je ne fçai
quoi , qui eft encore en cette ma .
tiere plus requis qu'en toute autre .
Il anéantifloit par fon pouvoir
& fon faite Royal , la Majefté perfonnelle
du Roy ? mais il remplif
foit avec tant de dignité , les fonctions
de la Royauté , qu'il falloit
n'être pas du vul aire , pour
May 1717.
F
62
LE
MERCURE
ne pas confondre le bien & le maf
en ce fait. Il diftinguoit plus judicieufement
qu'homme du monde,
entre le mal & le pis , entre le bien
& le mieux ; ce qui eft une gran
de qualité pour un Miniftre . Il s'impatientoit
trop facilement dans
les petites chofes , qui étoient préalables
des grandes ; mais ce défaut
qui vient de la vivacité de
l'efprit , eft toujours joint à des
lumieres qui le fuppléent. Il avoit
affez de Religion pour ce Monde :
Il alloit au bien ou par inclination ,
ou par bon fens , toutes les fois
que fon interêt ne le portoit point
au mal qu'il connoiffoit parfaitement,
quand il le faifoit. Il ne confideroit
l'Etat que pour fa vie ; mais
jamais Miniftre n'a eu plus d'application
à faire croire qu'il en ménageoit
l'avenir. Enfin , il faut confeffer
que tous fes vices ont été
de ceux que la grande fortune
rend aifément illuftres , parce qu'ils
ont été de ceux qui ne peuvent
avoir pour inftrumens , que de
DE MAY. 63
grandes vertus . Voici celui qu'il
fait de M. de Turenne.
M' de Turenne a eu dés la jeuneffe
, toutes les bonnes qualités ,
& il a acquis les grandes d'affez
bonneheure. Il ne lui en a manqué
aucunes , que celles dont il ne s'eft
point avifé;il avoitprefque touresles
Vertus comme naturelles , & il n'a
jamais eu le brillant d'aucunne . On
l'a cru plus capable d'être à la tête
d'une Armée , que d'un Parti , &
je le crois auffi ; parce qu'il n'étoit
pas naturellement entreprenant ;
mais toutefois , qui le fçait ? Il a
toujours eu en tout , comme en
fon parler , certaines obfcuritez,
qui ne fe font dévélopées que dans
les occafions,mais qui s'y font toujours
dévélopées à fa gloire.
Ces Mémoires font femez de Ré
fléxions tres -fenfées . En voici un
on deux éxemples ; choifis au hazard
, entre une infinité de même
forte , & d'un auffi grandfens.
L'extrémité du mal n'eft ja
mais à fon période , que quand ceux
Fij
64
LE MERCURE
qui commandent ont perdu la honte
, parce que c'est justement -le
moment dans lequel ceux qui obeiffent
, perdent le refpect , &
>
>
c'est dans ce même moment où
l'on revient de fa létargie , mais
par des convulfions fouvent mortelles.
Les Suiffes paroiffoient
pour ainfi parler , fi étouffés fous
la péfanteur de leurs chaines ,
qu'ils ne refpiroient plus , quand
la révolte de trois de leurs
Païfans forma des ligues .
Les Hollandois fe croyoient
fubjugez par le Duc d'Albe
quand le Prince d'Orange , par
le fort réfervé aux grands génies
qui voyent avant tous les autres,
le point de la poffibilité , conçût
& enfanta leur liberté. Voilà des
exemples , la raifon eft d'accord .
Ce qui caufe de l'affoupiffement
dans les Etats qui fouffrent , eft la
durée du mal qui faifit l'imagination
des hommes , & qui leur fair
croire qu'il ne finira jamais ; auffifôt
qu'ils trouvent jour à en for-
1
DE MAA Y.
ὃς
tir , ce qui ne manque jamais , lors
qu'il est venu jufqu'à un certain
point : Ils font fi furpris , fi aifes
& fi emportés , qu'ils paffent tout
d'un coup à l'autre extrêmité , &
que bien loin de confiderer les Révolutions
comme impoffibles , ils
les croyent faciles ; & cette dif
pofition toute feule eft capable
quelquefois de les faire.
Il n'y a rien , dit- il , dans ul
autre endroit , qui n'ait fon moment
décifif , & le chef-d'oeuvre
de la bonne conduite , eſt de connoître
& de prendre ce moment.
Si on le manque dans la révolu
tion des Etats , on court fortung
ou de ne les pas retrouver , ou de
ne le pas appercevoir. Il y en a
mille & mille éxemples.
Les 6 ou 7 femaines qui coulerent ,
depuis la Publication de la Déclaration
, jufqu'à la Saint Martin de
l'année 1648. nous en prefentent un
qui ne nous a été que trop fenfible.
Chacun trouvoit fon compte dans.
la Déclaration , c'est- à - dire , cha-
Fiij
66 LEMERCURE
cun l'y ût trouvé , fi chacun l'y ûc
bien entendu. Le Parlement avoir
l'honneur du rétabliffement de
Ordre; les Princes le partageoient
& en avoient le principal fruit ,
qui étoit la Confidération & la
Sûreté. Le Peuple déchargé de
plus de 60 millions , y trouvoit un
foulagement confidérable ; & fi
le C. Mazarin ût été de génie propre
à fe faire honneur de la Néceffité
, qui eft une des qualitez des
plus requifes au Miniftre , il fe
fut par un avantage , qui eft tout
inféparable de la faveur , il fe fut
dis-je , approprié dans la fuite , la
plus grande partie du mérite des
chofes , même auxquelles il s'étoit
le plus oppofé. Voila des avantages
fignalez pour tout le monde ,
& tout le monde manqua ces avantages
fignalez , par des confidérations
fi légeres , qu'elles n'affent
pas dû , dans les véritables
régles dubon fens , en faire perdre
de médiocres. Le Peuple qui s'appuyoit
fur les Affemblées du ParDE
MAY.
67
lement , s'effaroucha , dés qu'il
les vit ceffer , fur l'approche de
quelques troupes , defquelles dans
la vérité , il étoit ridicule de prendre
ombrage & par laconfidération
de leur petit nombre , & par beaud'autres
Circonftances.
coup
M. le Duc d'Orléans , Gaſton , vit
tout le bien qu'il pouvoit faire ,
& une partie du mal qu'il pouvoit
empêcher , mais fa timidité naturelle
le retint toujours . M. le Prince
connut le mal dans toute fon
étendue ; mais , comme fon couragc.
étoit fa vertu la plus naturelle ,
il ne fe craignit pas affés : Il vou
lut le Bien , mais il ne le voulut
qu'à la mode ; fon âge, fon humeur
& fes Victoires ne lui permirent
pas de joindre la Patience à l'Activité
, & il ne conçut pas d'affés
bonne heure cette Maxime fi néceffaire
aux Princes , de ne confidérer
les petits fujets , que comme
des Victimes que l'on doit tou
jours facrifier aux grandes.
Le.C. Mazarin , qui ne connoif68
LE MERCURE
foit en aucunne façon nos manieres,
confondoit journellement les affaireslesplusimportantes
,avec les plus
légères ; & dés le lendemain que la
Déclaration fut publiée, elle fut en.
tamée & altérée (ur des articles peu
importans , que le Cardinal devoit
même obferver avec oftentation
, pour colorer les contraventions
qu'il pouvoit être obligé de
faire aux plus confidérables.
Tout ce qui concerne les Guerres
de Paris , & le tems de la
Fronde , eft traité fort au long dans
cette partie de l'Hiftoire du Cardinal
de Retz . Ce font de ces Faits
qu'on fouhaiteroit être enfevelis
dans un éternel oubli . Ainfi , vous
me difpenferez , s'il vous plaît ,
d'extraire ici aucune de ces parti
cularitez , qui pourroient en rappeller
le fouvenir , & expofer la
réputation des Defcendans de
ceux qui ont eu part aux Mouvemens
peu réguliers , qui agitoient
alors le Royaume
Après que le Roy MajeurfutforDE
MAY. 69
ti de Paris avec la Reine , le Cardinal
raporte quelques Anecdotes affés
intereffantes de la vie de Monfieur de
Turenne,qui je crois , feront plaifir
à tout le monde , & que j'ai choifies
entr'une infinité d'autres , auffi agréables
& auffi intereffantes en
elles-mêmes , mais non pas, eu égard
aux Perfonnes qui fontfur la Scéne,
ni aux Circonftances qui les ont fait
naître. La Reine , dit-il , ne quita
pas la voye de la Négociation ,
dans le moment même qu'elle projettoit
de prendre celle des Armes .
Gourville alloit & venoit du côté
de M. le Prince. Berte vint à Paris
pour gagner Mr de Bouillon,
Mr de Turenne & moi. Cette Scéne
eft affez curieufe pour s'y arrêter
plus long-tems . Jevous ai déja
dit que Mr de Turenne & Mr de
Bouillon étoient féparés de M. le
Prince : Ils vivoient l'un & l'autre
d'une maniere fort retenue dans
Paris , & à la réferve de leurs amis
particuliers , peu de gens les voyoient
: J'étois de ce nombre , &
70 LE MERCURE
comme j'en connoiffois autant que
perfonne , le mérité & le poids , je
n'oubliai rien pour le faire connoître
à MONSIEUR & pour obliger.
les deux freres à entrer dans fes interefts,
L'averfion naturelle qu'il
avoit pour l'Aîné , fans fçavoit trop
pourquoi , l'empécha de faire ce
qu'il fe devoit à foi-même en cette
rencontre , & le mépris que le Cadet
avoit pour lui , fçachant tresbien
pourquoi , n'ayda pas au fuccés
de ma Négociation. Celle
de Berte qui arriva juſtement à Paris
dans cette conjoncture , fe trouva
commune entre Mr de Bouillon
& moi , par la rencontre de Me la
Palatine, qui étoit elle-même nôtre
amie commune , & à laquelle Berte
avoit ordre de s'adreffer directement.
Elle nous affembla chez
elle , entre minuit & une heure ,
& elle nous préfenta Berte , qui
aprés un torrent d'expreffions Gafconnes
nous dit la Reine
qui étoit réfoluë de rappeller le
Cardinal Mazarin
?
que
› n'avoit pas
DE MA Y.
voulu éxécuter fa réfolution , fans
prendre nos avis , & c. Mr de Bouil-
Ton qui me jura une heure aprés,
en préfence de Me la Palatine
qu'il n'avoit encore jufques - là
reçû aucune propofition , au moins
formée de la part de la Cour , me
parut embaraffé ; mais il s'en démefla
à fa maniere , c'eſt-à-dire ,
en homme qui fçavoit mieux qu'au
cun que j'aye jamais connu , parler
le plus , quand il difoit le moins.
Mr de Turenne , qui étoit plus laconique,
& dans la vérité beaucoup
plus franc , fe tourna de mon côté
& il me dit , je crois que Mr Berte
và tirer par le Manteau , tous les
gens en Manteau noir qu'il trouve
dans la ruë , pour leur demander
leur opinion , fur le retour de
Mr le Cardinal ; car je ne vois pas
qu'il y ait plus de raifon à la de
mander àMONSIEUR à mon frère &
à moi , qu'à tous ceux qui ont paffé
aujourd'hui fur le Pont-Neuf. Il
y en a beaucoup moins à moi , lui
répondis-je Car , il y a des gens
72 LE MERCURE
qui ont aujourd'hui paffè fur le
Pont- Neuf , qui pourroient donner
leur avís fur cette matiere , &
la Reine fçait bien que je n'y puis
jamais entrer. Berte me répartie
brufquement , & le Chapeau M ,
qu'on vous a promis , que deviendra
-t-il ? Ce qu'il pourra lui disje
? Et que donnerez - vous à la
Reine pour ce Chapeau , ajouta-til
Ce que je lui ai dis cent & cent
fois , répondis-je ? je ne m'accommoderai
point avec M. le Prince ,
fi l'on ne révoque pointmaNomination.
Je m'y accommoderai demain ,
& je prendrai l'Echarpe Ifabelle * fi
l'on continue feulement à m'en mécouleur
de nacer. La converfation s'échauffa ;
ceux du & nous en fortîmes toutefois affés
parti deM.
le Prince ; bien. M. de Bouillon ayant remarcon
me la qué comme moi , que l'ordre de
cit deccux Berte étoit de fe contenter de ce
du partidu que j'avois dit mille fois à la Reine
C.Mazarinfur ce fujet ,en cas qu'il n'en pût
tirer davantage. Pour ce qui étoit
de M. de Bouillon & de M. de
Turenne , la confultation fut bien
C'étoit la
vette l'é
plus
C
DE MAY.
73
plus longue ; je dis confultation ,
parce qu'il n'y avoit rien de plus
ridicule que de voir un petit Bafque
, homme de rien, entreprendre
de perfuader à deux des plus grands
Hommes du monde , de faire la
plus fignalée de toutes les fotifes
, qui étoit de fe déclarer pour
le C. Mazarin , avant que d'avoir
pris aucunes mefures avec la
Cour. Ils ne le crurent pas ,ils en pri.
rent de bonnes bien-tôt aprés .L'on
promit à Mr de Turenne le Commandement
des Armées, & l'on affu
ra à M'de Bouillon la récompenfe
immenfe , qu'il a tirée depuis , de
Sédan. Ils ûrent la bonté de
me confiér leur accommodement
quoique je fuffe des Partis contraires
, & il fe rencontra par l'événement
, que cette confiance leur
valut leur liberté. MONSIEUR qui
fut averti qu'ils alloient trouver le
Roy , & qu'ils devoient fortir de
Paris à fel jour & à telle heure , me
dit, comme je revenois de leur faire
mes adieux, qu'il les falloit arrêter,
May 1717.
G
74
LE MERCURE
& qu'il en falloit donner l'ordre au
Vicomte d'Hoftel Capitaine de
fes Gardes. Jugez , je vous prie ,
en quel embarras je me trouvai ,
en faifant réfléxion d'un côté fur
le jufte fujet que l'on auroit de
croire , que j'aurois trahi le fécret
de mes amis , & de l'autre , fur le
moyen, dont je pourrois me fervir ,
pour empêcher MONSIEUR d'éxé-
-cuter ce qu'il venoit de réfoudre. Je
combatis d'abord la vérité de l'avis
qu'on lui avoit donné : Je lui repréfentai
les inconveniens d'offencer
fur des foupçons , des gens de
cette qualité & de ce mérite ; &
comme je vis qu'il croyoit fon
avis tres-fûr , comme il l'étoit en
effet , & qu'il perfiftoit dans fon
deffein , je changeai de ton , & je ne
fongeai plus qu'à gagner du tems,
pour leur donner à eux -mêmes ,
celui de s'évader. La fortune favorifa
mon intention . Le Vicomted'Hoftel
que l'on chercha , ne fe trouva
point. MONSIEUR s'amufa à con
fidérer une Médaille que Brunneau
DE MAY.
75
lui apporta tout- à- propos , & j'u
le tems de mander à M'de Turenne
par Varennes qui me tomba fous
la main , comme par miracle , de .
fe fauver , fans perdre un moment .
Le Vicomte d'Hoftel manqua ainſi
lesz freres,de deux ou trois heures .
Le chagrin de MONSIEUR n'en dura?
guéres davantage . Je lui dis la chofe
, comme elle s'étoit paffée , cinq
ou fix jours aprés , l'ayant trouvé:
en bonne humeur. Il ne m'en voulut
point de mal' ; iût même la
bonté de me dire , que fi je m'en
fuffe ouvert à lui dans le rems ,
il ût préféré à fon interêt, celui que
j'y avois , fans comparaifon plus
confidérable , par la raifon du fécret
qui m'avoit été confié . Cette
avanture ne nuifit pas , comme vous
pouvés croire, à conferver la vieille
amitié , qui étoit entre Mr de Turenne
& moi .
Rien n'eft plusnaïf && mieux circonftancié
que le détail qu'ilfait de
fa détention & de fon féjour dans
les Prifons de Vincennes : Je fini-
Gij
76 LE MERCURE
le
rai cette Lettre par cet Extraif,
je vous envoyerai dans la prochaine
, l'Hiftoire entiere de fafuite
à Nantes , & tout ce qui fuivitfon 6-
wafion jusqu'à fon arrivée en Italie.
Comme j'entrois dans
Louvre , Mi d'Hocqueville , qui
fe promenoit dans la Cour , me
joignit à la defcente de mon caroffe ;
il vint avec moi chez Me la Maréchalle
de Villeroy , où j'allai
attendre qu'il fut jour chez le Roy.
Il me quitta pour aller en haut , où
il trouva Montmmege qui lui dit ,
que tout le monde difoit que j'allois
être arrêté. Il defcendit en diligence
pour m'en avertir & pour
me faire fortir par la cour des Cuifines
qui répondoit justement à
l'Appartement de Mr de Villeroy.
Il ne m'y trouva plus , mais il ne
m'y manqua que d'un moment ,
& ce moment m'eut infailliblement
donné la liberté. Je fus arrêté dans
P'Antichambre de la Reine par M
de Villequier qui étoit Capitaine
des Gardes de Quartier , & conduit
DE MAY .
77
dans un Appartement , où les Offi.
Giers de la Bouche m'apporterent
à diner. On trouva tres-mauvais
à la Cour , que j'cuffe bien mangé,
tant l'iniquité & la lâcheté des
Courtifans eft extréme. Je ne trou
vai pas bon que l'on m'eut fait re
tourner mes poches , comme on
fait aux Coupeurs de bourfes. Mr
de Villequier ût ordre de faire cerre
cérémonie qui n'étoit pas ordinaire.
L'on n'y trouva qu'une
Lettre du Roy d'Angleterre , qui
me chargeoit de tenter du côté de
Rome , i l'on ne pouvoit pas lui
donner quelque affiftance d'argent.
Ce nom de Lettre du Roi d'Angleterre
fe répandit dans toute la
baffe cour. Il fut relevé par un
Homme de Qualité, au nom duquel
je me crois obligé de faire
grace , à la confidération de l'un
de fes freres qui eft de mes amis.
Il crut faire fa cour , de le glofer
d'une maniere qui fut odieufe. Il
fema le bruit , que cette Lettre
étoit du Protecteur. Quelle baf
Gjij
78
LE
MERCURE
feffe ! L'on me fit paffer fur les
trois heures toute la grande Galerie
du Louvre , & l'on me fit defcendre
par le Pavillonde MADEMOI.
SELLE . Je trouvai un caroffe du Roy
danslequel Mr de Villequier monta
avec moi & cinq ou fix Officiers
des Gardes du Corps . Le caroffe
fit douze ou quinze pas du côté de
la Ville , mais il tourna tout d'un
coup à la Porte de la Conférence.
Il étoit escorté par Mr le Maréchal
d'Albret ; à la tête des Gensd'armes
, pár Mr de Vauguyon , à
la tête des Chevaux- Legers , & par
Mr de Venne Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes , qui
commandoit huit Compagnies ....
J'arrivai à Vincennes entre huit &
neufheures du foir , & Mr le Maréchal
d'Albret m'ayant demandé
à la defcente du caroffe , fi je
n'avois rien à faire fçavoir au Roy.
Je lui répondis, que je croirois manquer
au refpect que je lui devois ,
i je prenois cette liberté. L'on me
amena dans une grande Chambre ,
DE MAY 79
où il n'y avoit ni Tapifferieni Lit.
Celui qu'on y apporta fur les onze
heures du foir , étoit de Taffetas de
la Chine , peu propre pour un ameublement
d'hiver. Je dormis
tres-bien , ce que l'on ne doit pas
attribuer à fermeté , parce que le
malheur fait naturellement cet ef
fet en moi : J'ai éprouvé en plus
d'une occafion , qu'il m'éveille le
le jour , & m'affoupit la nuit. Ce
n'elt pas force , car je l'ai connu
aprés que je me fuis bien éxaminé
moi-même , parce que j'ai fenti
que ce fommeil ne vient que de
l'abbattement où je fuis , dans les
momens où la réfléxion que je fais
fur ce qui me chagrine , n'eft pas
divertie par les efforts que je fais ,
pour m'en garantir. Je trouve une
fatisfaction fenfible à me dévéloper
, pour ainfi parler , moi -même ,
& à vous rendre compte des mou
vemens les plus cachez , & les
plus intérieurs de mon ame. Je fus
obligé de me lever le lendemain
fans feu , parce qu'il n'y avoit point
Gii j
Sa LE MERCURE
de bois pour en faire , & les trois
Exempts que l'on avoit mis auprès
de moi , ûrent la bonté de m'aflùrer
que je n'en manquerois pas le
lendemain. Celui qui demeura
feul à ma garde , le prit pour lui , &
je fus quinze jours , à Noël , dans
une Chambre grande comme une
Eglife , fans me chauffer. Cet
Exempt étoit Gafcon , & il avoir
été , au moins à ce que l'on difoit ,
Valet de Chambre de Mr Servien.
Je ne crois pas que l'on eut pû
trouverfous le Ciel , un autre homme
fait comme celui - là. Il me vola
mon linge , mes habits , mes fouliers
& j'étois quelquefois obligé
de demeurer huit ou dix jours
dans le lit , faute d'avoir de quoi
m'habiller. Je ne crois pas que
T'on me pût faire un traitement
pareil , fans un Ordre fuperieur ,
& fans un deffein formé de me faire
mourir de chagrin. Je m'armai
contre ce deffein & je refolu au
moins , à ne point mourir de cette
forte de mort . Je me divertis au
DE MAY. 81
Commencement , à écrire la vie de
mon Exempt , qui fans exageration
, étoit auffi fripon que Lazarille
de Tormes. Je l'accoûtumař
à ne me plus tourmenter , à force
de lui faire connoître que je ne
me tourmentois de rien. Je ne lui
témoignai jamais aucun chagrin ;
je ne me plaignis de quoi que cet
foit , & je ne lui laiffai pas feulement
entrevoir que je m'aperçûffe .
de ce qu'il difoit pour me fâcher ,
quoiqu'il ne profera pas un mot
qui ne fut à cette intention . Il fit
travailler à un petit jardin de deux
ou trois toifes , qui étoit dans la
cour du Donjon , & comme je lui
demandai ce qu'il en prétendoit fai
re , il me répondit , que fon deffein
étoit d'y planter des Afperges. Vous
remarquerés qu'elles ne viennent
qu'au bout de trois ans. Voilà une
de fes plus grandes douceurs : Il
en avoit tous les jours une vingtaine
de cette forte , je les buvois
toutes avec douceur , & cette douceur
l'effarouchoit parce qu'il >
82 LE MERCURE
difoit que je me moquois de lui ..
Cependant, mes amis fe remuoient,
M de Caumartin fit dans cette
occafion & les fuivantes , tout ce
que l'amitié la plus véritable , &
l'honneur le plus épuré peuvent
produire. Mr d'Hocqueville y redoubla
fes foins & fon zele pour
moi. Le Chapitre de N. D. fittous
les jours chanter une Antienne
publique &expreffe pour ma
liberté: Aucun des Curés ne me
manqua, à la referve de celui de
Saint Barthelemi..La Sorbonne fe
fignala ; il y ût même beaucoup
de Religieux qui fe déclarerent.
M'de Châlons échauffoit les coeurs
& les efprits , par la réputation
& par fon éxemple . Ce foulévement
obligea la Cour à me faire trai.
ter un peu mieux que dans les
commencemens : On me donna
des Livres , mais par compte &
fans papier, ni encre , & l'on m'accorda
un Valet de Chambre & un
Médécin ; à propos de quoi , je fuis:
bien aife de ne pas omettre une:
DE MAY.
183
circonftance qui eft
remarquable.
Ce Médecin qui étoit homme de
mérite & de
réputation , & qui
s'appeloit
Vacherot , me dit lejour
qu'il entra à
Vincennes , que Mc
de
Caumartin l'avoit chargé de me
dire , que Goifel , un Avocat qui
avoit prédit la liberté de Mr de
Beaufort , l'avoit affûré que j'aurois
la mienne dans le mois deMars,
mais qu'elle feroit
imparfaite , &
que je ne l'aurois entiére & pleine
qu'au mois d'Aouft. Le préfage
fe trouva vrai dans toutes les circonftances.
Je
m'occupai fort à
l'étude dans le cours de ma Priſon
de
Vincennes , qui dura quinze
nois , & au point que les jours ne
me
fuffifoient pas , & que j'y employois
même les nuits ; je fis unė
étude
particuliére de la Langue
Latine , qui me fit connoître , que
l'on ne peut jamais trop s'y appliquer
, parce que c'eft une étude
qui comprend toutes les autres....
Mon Exempt n'oublia rien pour
troubler la tranquilité de mes étu ~
8.4
LE MERCURE
des , & pour tenter de me donner
du chagrin. Il me dit un jour , que
le Roy lui avoit commandé de me
faire prendre l'air , & de me méner
fur le Donjon ; comme il crut
que
que j'y avois du divertiffement
,
il m'annonça avec une joye qui
paroiffoit dans les yeux , qu'il avoit
reçû un Contr'ordre . Je lui répondis
qu'il étoit venu tout -à-propos,
parce que l'air qui étoit trop vif
audeffus du Donjon , m'avoit fait
mal à la tête. Quatre jours après,
il me propofa de defcendre au Jeu
de Paume , pour y voir jouer mes
Gardes , je le priai de m'en difpenfer
, parce qu'il me fembloit
que l'airy devoit être trop fubtil ,
il m'y força , en me difant que le
Roy qui avoit plus de foin de ma
fanté que je ne croyois , lui avoit
commandé de me faire faire éxercice
. Il me pria de l'excufer à fon
tour de ce qu'il ne m'y faifoit
plus defcendre , pour quelque confidération
( ajouta- t- il ) que je ne
vous puis dire. Je m'étois mis ,
pour
>
DE MAY.
85
pour dire le vrai , affés audeffus
de ces petites chicannes , qui ne
me touchoient point dans le fond ,
& pour lesquelles je n'avois que
du mépris Mais , je vous confeffe
que je n'avois pas la même
fupériorité d'ame pour la fubftance
de la Priſon ( fi l'on peut fe fervir
de ce terme ) & la vûë de me
trouver tous les matins en me réveillant
, entre les mains de mes
Ennemis , me faifoit fentir que je
n'étois rien moins que Stoïque.
Ame qui vive ne s'apperçût de
mon chagrin ; mais , il fut extreme
par cette raison : Car , c'est un effet
de l'orgueil humain , & je me
fouviens que je me difois vingt
fois le jour , à moi-même , que la
Prifon d'Etat étoit le plus fenfible
de tous , fans exception . Vous avez
déja vû que je divertiffois mon ennui
par mon étude , j'y joignis
quelquefois du relâchement. J'avois
des Lapins fur le haut du Donjon
; j'avois des Tourterelles dans
une des Tourelles ; j'avois des
May 1717.
H
36 LE MERCURE
,
Pigeons dans l'autre . Les continuelles
inkances de l'Eglife de
Paris faifoient,que l'on m'accordoit
de tems en tems de petits divertiffemens
; mais on les troubloit
toujours par mille defagrémens.
Ils ne laiffoient pas de m'amufer ,
d'autant plus agréablement , que
je les avols auffi prévûs mille
& mille fois , en faifant réfléxion
à quoi je pourrois m'occuper , s'il
m'arrivoit jamais d'être arrêté. Il
n'eft pas concevable , combien l'on
fe trouve foulagé , quand l'on rencontre
dans les malheurs où l'on
tombe , les confolations , quoique
petites , que l'on s'y eft imaginé
par avance. Je ne m'occupois pas
fi fort à ces diverfions , que je ne
fongeaffe avec une extréme application
à me fauver , & le commerce
que j'û toujours au dehors
& fans difcontinuation , me donnoit
lieu d'y pouvoir penfer , &
avec efpérance & avec fruit. Nous
.imaginâmes , mon Médecin & moi,
une voye , par le moyen d'un
DE MA Y. 87
Garde que Mede Pommereüil avoit
gagné , pour me tirer de Priſon
qui ne manqua , que parce qu'il
ne plut pas à la Providence de la
faire réuflir. J'avois remarqué dans
le tems qu'on me ménoit fur la
Tour , qu'il y avoit tout au haut
un creux , dont je n'ai jamais pû
deviner l'ufage ; Il étoit plein à
demi ; mais , on pouvoit y def
cendre , & s'y cacher. Je pris fur
cela , la penſée de choisir le tems
que mes Gardes feroient allez dîner
, & que Carpentier ( c'étoit
le Garde gagné par Me de Pommereüil
) feroit de jour , pour enyvrer
fon Camarade qui étoit un
vieillard qui tomboit comme mort,
dés qu'il avoit bû deux verres de
vin ; ce que nous avions éprouvé
plus d'une fois : Je réfolus de me fervir
de ce moment , pour monter au
haut de la Tour , fans que l'on s'en
apperçût , & pour me cacher dans
ce trou , avec quelques pains &.
quelques bouteilles d'eau & de
vin. Carpentier convenoit de la .
Hij
88 LE MERCURE
facilité de ce premier pas , qui étoit
d'autant plus aifé , que les deux
Gardes qui le devoient relever , a–
vecfon Camarade, avoient toujours
eu l'honêteté de ne pas entrer dans
ma Chambre , & de demeurer à
la porte , jufqu'à ce qu'ils puffent
juger que je fuffe éveillé , car , je
m'étois accoûtumé à dormir l'aprés
midi , on plûtôt à faire femblant
de dormir. Ce n'eft pas qu'il ne
leur fut ordonné de ne me jamais
laiffer feul ; mais , il y a toujours
des gens plus honnêtes les uns
que les autres. Carpentier devoit
attacher des cordes à la fenêtre de
la Gallerie , par laquelle M. de
Beaufort s'étoit fauve,& jetter dans
le Foffe ,une Machine de Tiffus ,
que M. Vacherot avoit travaillée
dans fa Chambre , la nuit , par le
moyende laquelle on eut pû croire
que je me fuffe élevé audeffus de
la petite Muraille que l'on y avoit
faite , depuis la fortie de M. de
Beaufort. Il devoit en même tems ,
donner l'alarme , comme s'il m'aDE
MAY. 89
voit vû paffer dans la Gallerie ,
& montrer fon Epée teinte defang ,
comme fi même il m'eut bleffé en
me pourfuivant. Toute la ' Garde
fut accourue au bruit , on eut trouvé
les cordes à la fenêtre , l'on cut
vû la Machine & du fang dans le
Folle , huit ou dix Cavaliers euffent
paru, le piftolet à la main , dans le
Bois comme pour me recevoir.
Il y en eut ûun qui feroit forti des
Portes avec une Calote rouge fur
la tête ; ils fe feroient feparez , &
celui qui eut û la Calore rouge ,
auroit tiré du côté de Mézieres.
On eut tiré le Canon à Mézieres
trois ou quatre jours aprés, comme fr
j'y fuffe effectivement arrivé. Qui
eut pû s'imaginer que je fuffe encore
dans la Tour ? L'on n'eut pas
manqué de lever la Garde dans le
Bois de Vincennes & de n'y laiffer
que des Mortes-payes ordinaires ,
qui euffent fait voir pour deux fols,
à tout Paris , & la fenêtre & les
cordes , comme ils firent , celles dé
M. de Beaufort. Mes amis y fuffent
Hiij.
90. LE MERCURE
venu par curiofité , comme tous
les autres , ils m'euffent habillé en
Femme , en Moine , comme il vous
plaîras & j'en fuffè forti fans qu'il
y eut û feulement ombre de foupçon
, ni de difficulté . Cet expédient
eft fi extraordinaire
qu'il
en paroît impoffible. Il étoit néanmoins
facile , & je fuis convaincu
qu'il auroit réüffi , fi un Garde
appelé Lefcarmoufte , ne l'eut rompu
, par ,un Incident que la pure
fortune y jetta. L'on l'envoya à
la place d'un autre qui tomba malade
; & comme c'étoit un homme
dur , jufques- là , qu'il me dit , le
foir en bonne amitié , qu'il m'étrangleroit
, fi S. M. le lui commandoit
;, il dit même à l'Exempt ,
qu'il ne concevoit pas comme il
ne faifoit pas mettre une porte
à l'entrée du petit Efcalier , qui
monte à la Tour : Elle y fut placée
le lendemain au matin ; & ainfi mon
entrepriſe fut rompuë. Je ne fortis
du Château de Vincennes , que
pour être transféré à celui de NanDE
MAY. 91
tes , &c. Je finis ce long Extrait
en vous affûrant , & c.
Fermer
6
p. 153-155
A Rome le 30 Novembre.
Début :
Il est public dans Rome, que le S. Pere a fixé son départ d'ici, [...]
Mots clefs :
Cuirassiers, Chevaux, Cardinaux, Trésorier, Ordre, Ambassadeur, Doyen, Prison, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 30 Novembre.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Fermer
7
p. 1678-1682
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen, le 1 Juin 1730. au sujet de la Cérémonie de la FIERTE.
Début :
La Cérémonie de la FIERTE s'est faite icy le jour de l'Ascension comme à l'ordinaire [...]
Mots clefs :
Criminels, Absolution, Cérémonie, Rouen, Église, Prison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen, le 1 Juin 1730. au sujet de la Cérémonie de la FIERTE.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen,
le 1 Juin 1730.anfujet de la Cérémonie de
la FIERTE.
A Cérémonie de la FIERTE s'eft faite
Licy lejeme det de la FUERTE s'eft
LA
dinaire , avec un grand concours de Peuple
& d'Etrangers , que cette curiofité attire
tous les ans , pour voir ce qui fe paffe
au fujet du Prifonnier qu'on y délivre.
C'eſt un des plus anciens monumens de
la piété de nos Rois , & une conceffion des.
plus authentiques qu'ils ayent jamais faite
aucune Eglife de leur Royaume.
Ca
JUILLET. 1730. 1679
Ce Privilege de la ( a ) Fierte, ou Châſſe
de S. Romain , confifte dans l'abfolution
d'un Criminel & de fes complices , à la
Fête de l'Afcenfion ; pourvu qu'il ne foit
pas accufé de crime de Léze- Majefté, d'Héréfie
, de Faufle monnoye,de Viol ou d'Aſfaffinat
de guet-à-pens . Dans le choix que
le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine &
Primatialle de Rouen , fait de celui qui
doit jouir de ce Privilege , il obſerve tresreligieufement
la forme ancienne de cette
ceremonie.
"
Le Lundy quinziéme jour avant les Rogations
, il députe au Parlement,à la Cour
des Aydes & au Préfidial quatre Chanoines
pour vérifier & infinuer le Privilege
afin que depuis ce jour- là jufqu'à ce qu'il
ait eu fon effet , aucun Criminel des Prifons
de la Ville & des Faubourgs ne foit
transféré , mis à la queſtion , ni exécuté.
Pendant les trois jours des Rogations, le
Chapitre nomme deux Chanoines Prêtres,
qui le tranfportent dans les Prifons avec
fe Greffier , pour y entendre les confeſfions
des Criminels qui prétendent au Privilege,
& pour recevoir leurs déclarations
fur les cas dont on les accufe.
Le jour de l'Afcenfion , le Chapitre
compofé feulement des Chanoines- Prê
( a ) Flerte , mot corrompu du Latin , Feretrum
, Cereneil , &cg
Tres
1680 MERCURE DE FRANCE
tres , s'affemble
pour
l'élection
du criminel
qui doit
être
délivré
. Après
avoir
invoqué
le S. Efprit
, & fait
ferment
de
garder
le fecret
, on fait
la lecture
des
confeffions
des
prifonniers
, qui
font
brûlées
dans
le même
lieu
, fi - tôt
que
la
Grace
du criminel
eft admife
.
L'Election faite , le nom du criminel
eft porté au Parlement , qui ordonne à
deux Huiffiers d'aller avec le Chapelain
de S. Romain , le prendre dans la prifone
Ils le conduifent au Parlement , où il eft
mis fur la fellette. Après qu'il a été
interrogé , & que fes informations ont été
rapportées , fa remiffion eft admife fur les
Conclufions du Procureur General . Enfuite
le Premier Préfident luy fait une
correction ; & l'ayant déclaré abſous , il
le renvoye au Chapitre , pour le faire
joüir du Privilege de S. Romain ..
L'Eglife Metropolitaine va enfuite proceffionnellement
à la vieille Tour , ancien
Palais des Ducs de Normandie . On y
conduit le prifonnier , & il y reçoit une
feconde correction du Celebrant , qui luifait
porter la Fierte ou Châffe de S. Romain
jufqu'à la grande Eglife, où il feprof
terne aux pieds de chaque Chanoine ; il
quitte fes fers à la Chappelle de S. Romain
; & après avoir entendu la Meffe
qui eft quelquefois differée jufqu'à fix
heures
و
JUILLET . 1730. 1687
heures du foir , à caufe des conteftations
qui furviennent touchant fon élection
il va à la Vicomté de l'Eau , où le Prieur
du Monaftere de Bonnes - Nouvelles , Ordre
de S. Benoît , luy fait encore une remontrance
.
Le lendemain il reçoit une derniere
correction en plein Chapitre , devant tout
le peuple , tête nue , & à genoux . Delà il
eft conduit au Confeffionnal du Grand-
Penitencier qui entend fa confeffion .
Après cette efpece d'amende honorable il
eft renvoyé.
,
Ce qui a donné lieu à ce Privilege , ſelon
la tradition , c'eft que Saint Romain,
Archevêque de Rouen , ayant été averti
que dans la forêt de Rouvray , près des
faubourgs de la Ville , un ferpent d'une
grandeur monstrueufe faifoit des dégats
horribles , il réfolut de l'aller chaffer , &
demanda pour l'accompagner deux hommes
retenus dans les prifons , l'un con
vaincu de meurtre , & l'autre de vol. Le
voleur s'enfuit fi-tôt qu'il vit le ferpent,
le meurtrier demeura & ne quitta point
le faint Prélat , qui jetta fon Etole au cou
de la bête , la fit conduire par ce prifonnier
jufqu'à la Place publique de la Ville,
où elle fe laiffa attacher , & fut brûlée ;
après quoy on fit grace au meurtrier qui
ne s'étoit point épouventé. S. Ouen, fucceffeur
1682 MERCURE DE FRANCE
3
,
ceffeur de S. Romain , pour conferver la
memoire de ce miracle , obtint du Roy ,
Dagobert , dont il étoit Chancelier , le
Privilege en queftion , tel qu'il s'obferve
encore aujourd'huy.
le 1 Juin 1730.anfujet de la Cérémonie de
la FIERTE.
A Cérémonie de la FIERTE s'eft faite
Licy lejeme det de la FUERTE s'eft
LA
dinaire , avec un grand concours de Peuple
& d'Etrangers , que cette curiofité attire
tous les ans , pour voir ce qui fe paffe
au fujet du Prifonnier qu'on y délivre.
C'eſt un des plus anciens monumens de
la piété de nos Rois , & une conceffion des.
plus authentiques qu'ils ayent jamais faite
aucune Eglife de leur Royaume.
Ca
JUILLET. 1730. 1679
Ce Privilege de la ( a ) Fierte, ou Châſſe
de S. Romain , confifte dans l'abfolution
d'un Criminel & de fes complices , à la
Fête de l'Afcenfion ; pourvu qu'il ne foit
pas accufé de crime de Léze- Majefté, d'Héréfie
, de Faufle monnoye,de Viol ou d'Aſfaffinat
de guet-à-pens . Dans le choix que
le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine &
Primatialle de Rouen , fait de celui qui
doit jouir de ce Privilege , il obſerve tresreligieufement
la forme ancienne de cette
ceremonie.
"
Le Lundy quinziéme jour avant les Rogations
, il députe au Parlement,à la Cour
des Aydes & au Préfidial quatre Chanoines
pour vérifier & infinuer le Privilege
afin que depuis ce jour- là jufqu'à ce qu'il
ait eu fon effet , aucun Criminel des Prifons
de la Ville & des Faubourgs ne foit
transféré , mis à la queſtion , ni exécuté.
Pendant les trois jours des Rogations, le
Chapitre nomme deux Chanoines Prêtres,
qui le tranfportent dans les Prifons avec
fe Greffier , pour y entendre les confeſfions
des Criminels qui prétendent au Privilege,
& pour recevoir leurs déclarations
fur les cas dont on les accufe.
Le jour de l'Afcenfion , le Chapitre
compofé feulement des Chanoines- Prê
( a ) Flerte , mot corrompu du Latin , Feretrum
, Cereneil , &cg
Tres
1680 MERCURE DE FRANCE
tres , s'affemble
pour
l'élection
du criminel
qui doit
être
délivré
. Après
avoir
invoqué
le S. Efprit
, & fait
ferment
de
garder
le fecret
, on fait
la lecture
des
confeffions
des
prifonniers
, qui
font
brûlées
dans
le même
lieu
, fi - tôt
que
la
Grace
du criminel
eft admife
.
L'Election faite , le nom du criminel
eft porté au Parlement , qui ordonne à
deux Huiffiers d'aller avec le Chapelain
de S. Romain , le prendre dans la prifone
Ils le conduifent au Parlement , où il eft
mis fur la fellette. Après qu'il a été
interrogé , & que fes informations ont été
rapportées , fa remiffion eft admife fur les
Conclufions du Procureur General . Enfuite
le Premier Préfident luy fait une
correction ; & l'ayant déclaré abſous , il
le renvoye au Chapitre , pour le faire
joüir du Privilege de S. Romain ..
L'Eglife Metropolitaine va enfuite proceffionnellement
à la vieille Tour , ancien
Palais des Ducs de Normandie . On y
conduit le prifonnier , & il y reçoit une
feconde correction du Celebrant , qui luifait
porter la Fierte ou Châffe de S. Romain
jufqu'à la grande Eglife, où il feprof
terne aux pieds de chaque Chanoine ; il
quitte fes fers à la Chappelle de S. Romain
; & après avoir entendu la Meffe
qui eft quelquefois differée jufqu'à fix
heures
و
JUILLET . 1730. 1687
heures du foir , à caufe des conteftations
qui furviennent touchant fon élection
il va à la Vicomté de l'Eau , où le Prieur
du Monaftere de Bonnes - Nouvelles , Ordre
de S. Benoît , luy fait encore une remontrance
.
Le lendemain il reçoit une derniere
correction en plein Chapitre , devant tout
le peuple , tête nue , & à genoux . Delà il
eft conduit au Confeffionnal du Grand-
Penitencier qui entend fa confeffion .
Après cette efpece d'amende honorable il
eft renvoyé.
,
Ce qui a donné lieu à ce Privilege , ſelon
la tradition , c'eft que Saint Romain,
Archevêque de Rouen , ayant été averti
que dans la forêt de Rouvray , près des
faubourgs de la Ville , un ferpent d'une
grandeur monstrueufe faifoit des dégats
horribles , il réfolut de l'aller chaffer , &
demanda pour l'accompagner deux hommes
retenus dans les prifons , l'un con
vaincu de meurtre , & l'autre de vol. Le
voleur s'enfuit fi-tôt qu'il vit le ferpent,
le meurtrier demeura & ne quitta point
le faint Prélat , qui jetta fon Etole au cou
de la bête , la fit conduire par ce prifonnier
jufqu'à la Place publique de la Ville,
où elle fe laiffa attacher , & fut brûlée ;
après quoy on fit grace au meurtrier qui
ne s'étoit point épouventé. S. Ouen, fucceffeur
1682 MERCURE DE FRANCE
3
,
ceffeur de S. Romain , pour conferver la
memoire de ce miracle , obtint du Roy ,
Dagobert , dont il étoit Chancelier , le
Privilege en queftion , tel qu'il s'obferve
encore aujourd'huy.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen, le 1 Juin 1730. au sujet de la Cérémonie de la FIERTE.
La cérémonie de la FIERTE, ou Châsse de Saint Romain, se tient annuellement à Rouen et rassemble un grand nombre de participants. Ce privilège, l'un des plus anciens monuments de la piété des rois de France, permet l'absolution d'un criminel et de ses complices lors de la fête de l'Ascension. Cependant, cette grâce n'est pas accordée aux criminels accusés de lèse-majesté, d'hérésie, de fausse monnaie, de viol ou d'assassinat de guet-à-pens. La procédure débute le lundi quinzième jour avant les Rogations, lorsque quatre chanoines sont envoyés au Parlement, à la Cour des Aydes et au Présidial pour vérifier et insérer le privilège. Pendant les trois jours des Rogations, deux chanoines et un greffier recueillent les confessions des criminels prétendant au privilège. Le jour de l'Ascension, les chanoines se réunissent pour élire le criminel à délivrer. Après lecture des confessions, le nom du criminel est porté au Parlement, qui ordonne son transfert et son interrogatoire. Une fois sa rémission admise, il est conduit en procession à la vieille Tour, où il reçoit une correction et porte la châsse de Saint Romain jusqu'à la grande église. Il y reçoit une messe et est finalement renvoyé après une confession et une amende honorable. Selon la tradition, ce privilège trouve son origine dans un miracle attribué à Saint Romain, archevêque de Rouen, qui délivra un prisonnier ayant fait preuve de courage face à un serpent monstrueux. Son successeur, Saint Ouen, obtint du roi Dagobert le privilège qui est encore observé de nos jours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 567-578
Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Début :
Le 5. Mars, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Quatre Semblables, [...]
Mots clefs :
Coups de bâton, Arlequin, Lélio, Fabrice, Léonore, Hortense, Étranger, Demande, Chrisante, Scapin, Maison, Prison, Naples, Citadin, Épouser, Maître, Valet
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texteReconnaissance textuelle : Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Le 5. Mars , les Comédiens Italiens donnerent™
la premiere Représentation des Quatre Semblables
, ou les deux Lelio et les deux Arlequins ; ancienne
Piece jouée ici en Prose en 1716. et composée
à l'imitation des Menechmes de Plaute ; Lelio
y joue les deux Lelio comme Arlequins.Arlequin
y joue les deux Arlequins , avec quelque sorte de
difference dans les habits. Le sicur Dominique
vient de mettre cette Piece en Vers François
laquelle a été reçûë très -favorablement du Public
; il y a fait plusieurs changemens , pour s'accommoder
aux regles de ce Théatre , et pour
conserver et mettre dans tout leur jour les situations
picquantes de cette ingénieuse Comédie.
On en jugera par l'Extrait que voicy.
Chrisante .
ACTEURS.
Hortenfe, Fille de Chrisante.
Lisette , Suivante d'Hortense.
Fabrice.
Les deux Lelio , Fils Jumeaux de Fabrice.
Leonore .
Leandre , Frere de Leonore.
Les deux Arlequins , Valets Jumeaux.
Scapin , Aubergiste.
La Scene est à Naples
Chrisante , dont le caractere est simple et in
genu , ouvre la Scene avec Hortense , sa fille , à
qui il demande le sujet de sa mélancolie , et lui
propose
568 MERCURE DE FRANCE
propose , pour la réjouir , des Livres nouveaux
des ajustemens , des bijoux , &c. Lisette , qui
s'impatiente de tous ces raisonnemens qui ne
vont point au fait , lui dit brusquement .
Comment vous n'êtes pas encor assez habile
Pour sçavoir ce que veut une fille nubile ? ...
"
Chrisante dit qu'il n'entend point ce que signifie
ce terme , Lisette le lui explique en disant
que c'est un mary qu'il faut à sa fille . Chrisante
demande quel est l'objet de sa tendresse , et on
lui apprend que c'est Lélio qu'elle aime. Chrisante
dit que son Pere est son ancien ami ; on
l'oblige d'en aller faire la demande , & c.
Hortense remercie Lisette , en ces termes :
Je ne puis trop payer tes soins officieux ;
Tu m'as fort bien instruite
mieux ;
et je m'en trouve
Avant qu'à tes leçons je me fusse prêtée ,
D'une extrême langueur sans cesse tourmentée ,
Je ne connoissois point ce trouble interieur
Qui souvent , malgré moi , s'élevoit dans mon coeur;
De mes fréquens soupirs la douce violence ,
Ces pleurs qui m'échappoient , ces desirs, ce silence,
Cette mélancolie et ces chagrins secrets ,
Ces jours longs écoulez , ces ennuis , ces regrets ,
Enfin de tous les maux ausquels l'Amour expose ,
Sans toi , sans ton secours j'ignorerois la cause
Hortense rentre ; Lisette apperçoit Arlequin ,
son Amant , et lui témoigne le plaisir que sa
présence
MARS. 1733.
569
présence lui cause ; Arlequin lui demande avec
empressement , quand arrivera le jour tant souhaité
de leur mariage , et l'assure qu'elle sera fort
heureuse avec lui , qu'il sera un mari fort commode
, & c.
Et pourvû qu'au logis je fasse bonne chere .
Que je ne manque pas sur tout du nécessaire ,
Qu'il me soit quelquefois permis de m'enyvrer ,
Sans crainte à ton penchant tu pourras te livrer.
Lisette satisfaite , se retire . Lélio arrive et dit à
Arlequin qu'il devient bien rare ; il répond que
c'est son amour pour Lisette qui en est cause ,
&c. Leonore paroît ; Lelio lui fait les protestations
les plus vives , Arlequin P'interrompt et dit
bas à Leonore que son Maître ne pense pas sérieusement
à tout ce qu'il lui dit , de quoi Leonore
est fort allarmée ; Lelio la rassure et lui
témoigne son impatience d'être unie avec elle .
& c.
Fabrice qui survient , arrête Arlequin qui veut
l'éviter , et lui demande la raison pourquoi il ne
voit presque plus son fils Lélio , Arlequin répond
que l'amour qu'il a pour Léonore en est cause ;
Fabrice lui dit qu'il est fort content de cette alliance
, & c.
Il parle ensuite de son autre fils Lelio , dont il
ignore le sort depuis plus de vingt ans qu'il a
quitté la Maison paternelle ; ce souvenir lui arrache
des larmes ; il ajoûte que cette perte fut
cause qu'il quitta Venise sa Patrie , pour venir
s'établir à Naples. Arlequin se rappelle en même
temps le départ de son frere qui avoit suivi Lelio;
Fabrice ne doute point qu'ils ne soient morts
tous deux. Il expose le sujet de la Piece en ces
termes :
570 MERCURE DE FRANCÉ
Tous deux le même jour reçurent là naissance ;
Ils avoient mêmes traits et même ressemblance ,
Ta mere , qui chez moi servoit fidellement ,
Mit au monde deux fils dans le même moment
Tonpere en ressentit une allegresse extrême ,
Et suivant mon exemple il les nomma de même ;
Tonfrere s'appelloit Arlequin comme toi ...
Fabrice ajoûte qu'il veut aussi reprendre un
femme, puisque son fils Lelio épouse Leonore ; i
nomme Hortense , fille de son ami Chrysante
qu'il trouve fort à son gré.
Lelio étranger arrive à Naples avec son Vale
Arlequin aussi étranger , chargé d'une valise
il témoigne la joye qu'il ressent d'être heureuse
ment débarqué , après vingt ans d'absense , i
se livre tout entier à l'espoir de revoir bien
tôt à Venise , sa Patrie , et son pere et son frer
qu'il y a laissez , et ne veut , dit - il , rester qu
deux jours à Naples.
Scapin , qui les reçoit dans son Hôtellerie , le
appelle d'abord par leurs noms , croyant pat
ler à Lelio et à Arlequin qui sont à Naples e
qu'il connoît depuis long - temps , leur fait de
offres de service , & c. Lelio est fort étonné de s
voir déja connu à Naples ; Arlequin ne l'est pa
moins de voir que son Hôte l'appelle mon che
ami , &c. ils arrêtent un Appartement , Arlequi
y porte la valise et ils y commandent à dîner.
Lelio étranger reste snr la Scene , Leonore 1
prenant pour son Amant , vient lui demande
avec empressement s'il a vû son Pere , et l'assur
que son frere Leandre souhaite avec ardeur leu
union. Lelio étonné prend Leonore pour un
Avanturiere et lui répond dans des termes pe
graciou
MARS. 1733:
571
剿
acieux. Leonore irritée , se repent d'avoir été
op crédule , et de n'avoir pas profité des avis
Arlequin et se retire. Leandre , frere de Leopre
, paroît ensuite et court embrasser Lelio en
ippellant son beaufrere futur ; Lelio le désabuse
r le champ en l'assurant qu'il ne sera jamais
n parent , ne le connoissant pas , non plus que
soeur , et se retire avec Arlequin .
Scapin vient avertir Lelio et Arlequin que le
né est prêt , mais il ne trouve personne ; un
oment après Arlequin Citadin arrive et court
abrasser son ami Scapin , qui lui annonce un
ès- bon dîné et qu'il n'a pas oblié les Macarrons.
lequin est charmé de cette agreable nouvelle ,
autant mieux qu'il ne s'y attendoit nullement.
apin lui apporte le dîné dans uu panier court
, qu'Arlequin emporte .
Lelio et Arlequin Etrangers , arrivent ; Lelio
parle que de l'aimable personne qu'il a vûë
promenade et dont les appas ont touché son
eur ; Scapin vient un moment après et demanà
Arlequin si les Macarrons étoient bons ;
lio dit à Scapin de ne pas plaisanter et de le
vir à dîner , celui- cy soutient qu'Arlequin a
porté le dîner , &c. Cette dispute devient trèsve
et finit le premier Acte par des coups de
ton dont Arlequin régale Scapin.
Au second Acte , Fabrice confie à son ami
hrisante , la passion qu'il a pour Hortense sa
le , et le dessein qu'il a de l'épouser ; Chrisante
t fort surpris de cette proposition , d'autant plus
ie sa fille , dit-il , aime Lelio son fils, je venois,
oute-t'il , vous proposer cette alliance ; Fabrice
rejette , d'autant plus que Lélio est sur le point
épouser Leonore, et enfin Chrisante lui dit qu'il
donnera son consentement , pourvû que
le Hortense y donne le sien
572 MERCURE DE FRANCE
Fabrice écrit à Hortense pour lui déclarer son
amour ; il ne sçait comment faire pour lui faire
rendre sa Lettre ; il apperçoit Arlequin Citadin
qui s'en charge, et promet de la rendre ,
nant quatre ducats que Fabrice lui donne.
moyen-
Arlequin va pour rendre la Lettre à Hortense
qui est dabord charmée de voir Arlequin , ne dou
tant nullement qu'il ne vienne de la part de Lelio,
mais elle est bien surprise après avoir lû la Lettre
de voir qu'elle vient de la part de l'Amoureux
Fabrice. La maniere dont cette Lettre est renduë
et lûë et la finesse avec laquelle cette Scene est
jouée par la Dile Silvia et par le sieur Thomassin
, fait un extrême plaisir . Hortense régale le
Porteur de coups de bâton , et lui ordonne de porter
cette réponse à Fabrice , lequel arrivant dans
le moment , demande avec empressement des
nouvelles de sa Lettre ; Arlequin l'assure qu'Hortense
l'a reçûë avec de grands transports de joye
et ajoûte :
Que mon sort est heureux !
J'aipú , m'a-t'elle dit , faire naître ses feux!
A mafélicité, non , rien n'est comparable ....
Fabrice , persuadé que c'est de lui qu'Hortense
a parlé , est au comble de sa joye , il récompense
largement Arlequin , mais il est bien surpris en
apprenant qu'Hortense a changé de visage en
lisant la fin de la Lettre et qu'elle a reconnu
qu'elle étoit de lui ; mais enfin a-t'elle fait réponse
, dit Fabrice ? oui , très - exactement ,
pond Arlequin , et en même- temps il rend à ce
Vieillard les coups de bâton dont il a été luimême
régalé. Fabrice transporté de colere contre
ce Valet , jure de s'en yenger ; il trouve un
rémoment
MARS. 1733. 573
rnoment après Arlequin étranger , qu'il charge
de mille coups , abusé par la ressemblance , et
dit en s'en allant ;
Faquin , apprend à me connoître ,
On ne maltraite pas impunément son Maître.
મે
soeur ,
Arlequin étranger est fort étonné de se vois
maltraité sans rime ni raison , son Maître ,
à qui il s'en plaint , n'y peut rien comprendre ,
& c. Lelio dit ensuite qu'il ne veut plus rester
dans l'Auberge de Scapin , à qui il ordonne de
remettre sa valise à son Valet Arlequin , &c .
Léandre , outré du procedé de Lelio avec sa
vient dans le dessein de s'en venger ; il
voit Arlequin étranger , qu'il prend pour le Citadin
, instruit des mauvais discours qu'il a tenus;
le maltraite. Arlequin étranger prend la fuite ;
Lelio Citadin surpris de voir courir Arlequin
avec tant de vitesse , veut l'arrêter , et un instant
après Arlequin Citadin arrive ; Lelio lui demande
par quelle raison il couroit si vîte il n'y a
qu'un moment ; Arlequin ne sçait ce qu'il veut
dire , & c.
Leonore vient faire des reproches à Lelio-
Citadin , sur la maniere dont il l'a reçû ; Lelio
veut en vain se justifier , et ne sçai à quoi
attribuer un si prompt changement ; Leonore le
quitte avec indignation , &c.
Scapin sort de son Auberge et rend à Lelio et
à Arlequin Citadins la Valise qui lui a été remise
par l'autre Lelio , &c. ils ne comprennent
pas pourquoi Scapin leur remet cette Valise ,
qu'Arlequin emporte , en disant qu'il en sera
quitte pour la rendre. Lelio Citadin reste ; plus
s'examine et moins il peut comprendre co
qui
$74 MERCURE DE FRANCE
qui peut lui avoir attiré les reproches de Leonore.
Chrisante appercevant Lelio veut lui parler
et lui proposer sa fille , il ne fait nulle attention
aux discours de Chrisante , tant il est accablé
de chagrin d'avoir pû déplaire à sa Maîtresse;
il se plaint ensuite à Leandre du retardement
de son bonheur , lui témoigne l'impatience qu'il
a d'être uni avec sa soeur , et le prie de le presenter
à elle pour la désabuser de ses soupçons injustes
. Leandre entre avec Lelio chez Leonore
et Arlequin - Citadin reste. Lelio étranger paroît;
Arlequin lui demande pourquoi il quitte si -tôt
Leonore , Lelio croit qu'il veut parler de l'Inconnue
qu'il a rencontrée à la promenade , et
dont il est si éperduement amoureux ; Arlequin
lui dit qu'il parle de Leonore , ce qui irrite fort
Lelio ; il lui ordonne de ne lui en parler jamais ,
et s'en va ; Arlequin reste .
Lelio Citadin sort de la maison de Leonore et
vient apprendre à Arlequin qu'elle est appaisée ,
et qu'elle ne doute plus de sa fidelité ; Arlequin
demande ensuite à son Maître des nouvelles de
P'Inconnue , Lelio ne comprend rien à cette demande
, et lui dit qu'il n'est occupé que de Leonore
, et il rentre dans sa maison , et Arlequin
reste. Lelio Etranger survient et trouve Arlequin
qui lui parle encore de Leonore , de Scapin
, &c. A tous ces discours extravagans Lelio
croit que son Valet est devenu fou, et celuici
croit la même chose de son Maître , &c . Le
Lecteur comprend aisément que toutes ces situations
sont tres- comiques et fort propres à
faire rire le Spectateur de l'erreur dans laquelle
sont tous les Acteurs.
Fabrice , pour se vanger des coups de bâtons
qu'Arlequin Cîtadin lui a donné au commencemeat
MARS. 1733.
ment de l'Acte , fait arrêter Arlequin Etranger
575
par des Archers qui le menent en prison.
Au troisiéme Acte , Hortense , à qui son Pere,
vient d'apprendre que Lelio épouse Leonore, témoigne
la douleur qu'elle en ressent , et voyant
paroître Lelio Etranger, veut se retirer, mais elle
ne sçauroit s'y résoudre à la vûë de son Amant ;
celui -ci la reconnoît pour la personne qu'il a
rencontrée à la promenade ; il l'aborde poliment
et lui fait un compliment des plus gracieux . Hortense
surprise de cette politesse, lui déclare qu'el
le a appris qu'il va bien- tôt épouser Leonore.Lelio
la désabuse et lui declare en même temps la
passion qu'elle lui a inspirée , cet aveu charme,
Hortense. Lelio lui demande son nom et sa demeure
, et ajoûte :
Belle Hortense , l'Amour me soumet à ses Loix ,
Je n'avois pas encor éprouvé sa puissance ,
Et mes premiers soupirs vous doivent leur naissance
•
Hortense étonnée , lui dit que ce n'est que par
l'Hymen qu'il peut obtenir et son coeur et sa
main. Lelio promet de la demander à son Pere
&c.
2
Lelio est fort surpris en rentrant , de voir Arlequin
en prison ; il croit que Scapin l'y a fait
mettre,par rapport à toutes les discussions qu'ils
ont eu ensemble , et promet de l'en retirer,
Chrisante et Fabrice arrivent , ce dernier s'applaudit
d'avoir fait mettre Arlequin en prison
pour les coups de bâton qu'il en a reçus , Arlequin
l'accable d'injures à travers sa grille. Un
moment après Arlequin Citadin arrive , et demande
ses gages à Fabrice ; ils sont fort surpris
de le voir en liberté , Payant vû un instant aupara
376 MERCURE DE FRANCE
paravant dans la prison; il se retire , et l'Etranger
reparoît en prison ; ce qui étonne si fort ces
deux vieillards , qu'ils croyent que c'est un enchantement,
et ils sont bien plus étonnez lorsqu'ils
le revoyent un moment après dans la prison.
Lelio Citadin vient prier son pere de hâter son
bonheur en l'unissant à Leonore ; Fabrice lui
donne avec plaisir son consentement. Lelio apprend
en même- temps à Leonore , qui survient ,
cette agreable nouvelle , et rentre avec elle dans
sa maison. Lelio Etranger arrive presque aussitôt
, et Fabrice lui reproche son impolitesse d'avoir
quitté si-tôt Leonore ; le même Lelio ne
comprend encore rien à ce raisonnement. Il frappe
en même temps chez Hortense et lui dit :
Pour vous prouver l'excès de l'ardeur qui me presse,
Hortense , je suis prêt à remplir ma promesse ,
Acceptez- vous ma main ?
Hortense répond qu'elle en fait tout son bonheun
, Lelio la quitte pour dire aux deux Vieillards
:
Allez dire à present à votre Leonore ,
Que la charmante Hortense est celle que j'adore ,
Et que de notre Hymen vous êtes les témoins ,
Croyez moi , desormais , employez mieux vos
soins.
Chrisante et Fabrice restent interdits , tandis
que Lelio Citadin, sortant de la maison de Leonore,
prie son pere avec instance d'envoyer chercher
le Notaire pour dresser le Contrat ; Fabrice
y consent , mais il demande en même- temps à
SON
MARS. 1733.
577
son fils , si c'est pour Hortense qu'il parle , on
pour Leonare ; Lelio assure que c'est pour Leonore
, et que son pere même ne doit pas l'ignorer,
Fabrice dit qu'il ne comprend plus rien à tant
de contrariétez , et que la tête commence à lui
tourner.
Lelio Etranger sortant de la maison d'Hortense
pour procurer la liberté à son Valet , a dit aux
vieillards qu'il va revenir dans l'instant auprès
de sa chere Hortense ; il revient en effet aussi
tot avec Arlequin qu'il a fait sortir de prison ;
Arlequin voyant Scapin et les deux Vieillards ,
s'emporte encore contre enx , et dit à son Maî→
tre ( en montrant Fabrice ) que c'est lui qui l'a
fait emprisonner. Lelio lui demande quel droit i
asur son Valet , et Fabrice lui demande à son
tour quel est le motif qui l'engage à épouser
deux femmes dans un mêmë jour , et lui dit :
Je suis las à la fin d'éprouver ton caprice :
Pour un homme d'honneur on reconnoît Fabrice.
A ce nom de Fabrice , Lelio étonné , lui dit
Fabrice est votre nom , ah ! vous êtes mon pere.
Fabrice.
Vraiment oui , je le suis , à ce que dit ta mere.
Veus voyez Lelio.
Lelio .
Fabrice .
La grande nouveauté!
Lelio.
Qüi , je suis Lelio , cefils si regretté,
H Qu'
Qu'a toujours poursuivi la Fortune cruelle
Depuis qu'il a quitté la Maison Paternelle.
Cette reconnoissance arrache des larmes à fa¬
brice , qui embrasse tendrement son fils en disant
à son ami Chrisante.
Du plus parfait bonheur le Ciel m'a donc comblé
Le voilà ce cher fils , dont je vous ai parlé ,
Dont la trop longue absence a causé mes allarmes ,
Et qui tarit enfin la source de mes larme:.
Lelio demande à son pere des nouvelles de son
frere ; Arlequin fait la même chose ; ils apprennent
qu'ils sont encore vivans et courent l'un et
l'autre pour les embrasser . Ils reviennent et témoignent
à Fabrice combien ils ont été sensibles
à cette entrevûë. Enfin Lelio supplie son pere de
consentir à son bonheur , en lui permettant d'épouser
sa chere Hortense , puisque son frere doit
épouser Leonore ; le plaisir qu'à Fabrice d'avoir
retrouvé son fils , le fait consentir à tout ; Arlequin
veut aussi , dit - il , celebrer ce grand jous
en épousant son aimable Lisette , ils entrent to
chez Hortense , par où la Piece finit.
la premiere Représentation des Quatre Semblables
, ou les deux Lelio et les deux Arlequins ; ancienne
Piece jouée ici en Prose en 1716. et composée
à l'imitation des Menechmes de Plaute ; Lelio
y joue les deux Lelio comme Arlequins.Arlequin
y joue les deux Arlequins , avec quelque sorte de
difference dans les habits. Le sicur Dominique
vient de mettre cette Piece en Vers François
laquelle a été reçûë très -favorablement du Public
; il y a fait plusieurs changemens , pour s'accommoder
aux regles de ce Théatre , et pour
conserver et mettre dans tout leur jour les situations
picquantes de cette ingénieuse Comédie.
On en jugera par l'Extrait que voicy.
Chrisante .
ACTEURS.
Hortenfe, Fille de Chrisante.
Lisette , Suivante d'Hortense.
Fabrice.
Les deux Lelio , Fils Jumeaux de Fabrice.
Leonore .
Leandre , Frere de Leonore.
Les deux Arlequins , Valets Jumeaux.
Scapin , Aubergiste.
La Scene est à Naples
Chrisante , dont le caractere est simple et in
genu , ouvre la Scene avec Hortense , sa fille , à
qui il demande le sujet de sa mélancolie , et lui
propose
568 MERCURE DE FRANCE
propose , pour la réjouir , des Livres nouveaux
des ajustemens , des bijoux , &c. Lisette , qui
s'impatiente de tous ces raisonnemens qui ne
vont point au fait , lui dit brusquement .
Comment vous n'êtes pas encor assez habile
Pour sçavoir ce que veut une fille nubile ? ...
"
Chrisante dit qu'il n'entend point ce que signifie
ce terme , Lisette le lui explique en disant
que c'est un mary qu'il faut à sa fille . Chrisante
demande quel est l'objet de sa tendresse , et on
lui apprend que c'est Lélio qu'elle aime. Chrisante
dit que son Pere est son ancien ami ; on
l'oblige d'en aller faire la demande , & c.
Hortense remercie Lisette , en ces termes :
Je ne puis trop payer tes soins officieux ;
Tu m'as fort bien instruite
mieux ;
et je m'en trouve
Avant qu'à tes leçons je me fusse prêtée ,
D'une extrême langueur sans cesse tourmentée ,
Je ne connoissois point ce trouble interieur
Qui souvent , malgré moi , s'élevoit dans mon coeur;
De mes fréquens soupirs la douce violence ,
Ces pleurs qui m'échappoient , ces desirs, ce silence,
Cette mélancolie et ces chagrins secrets ,
Ces jours longs écoulez , ces ennuis , ces regrets ,
Enfin de tous les maux ausquels l'Amour expose ,
Sans toi , sans ton secours j'ignorerois la cause
Hortense rentre ; Lisette apperçoit Arlequin ,
son Amant , et lui témoigne le plaisir que sa
présence
MARS. 1733.
569
présence lui cause ; Arlequin lui demande avec
empressement , quand arrivera le jour tant souhaité
de leur mariage , et l'assure qu'elle sera fort
heureuse avec lui , qu'il sera un mari fort commode
, & c.
Et pourvû qu'au logis je fasse bonne chere .
Que je ne manque pas sur tout du nécessaire ,
Qu'il me soit quelquefois permis de m'enyvrer ,
Sans crainte à ton penchant tu pourras te livrer.
Lisette satisfaite , se retire . Lélio arrive et dit à
Arlequin qu'il devient bien rare ; il répond que
c'est son amour pour Lisette qui en est cause ,
&c. Leonore paroît ; Lelio lui fait les protestations
les plus vives , Arlequin P'interrompt et dit
bas à Leonore que son Maître ne pense pas sérieusement
à tout ce qu'il lui dit , de quoi Leonore
est fort allarmée ; Lelio la rassure et lui
témoigne son impatience d'être unie avec elle .
& c.
Fabrice qui survient , arrête Arlequin qui veut
l'éviter , et lui demande la raison pourquoi il ne
voit presque plus son fils Lélio , Arlequin répond
que l'amour qu'il a pour Léonore en est cause ;
Fabrice lui dit qu'il est fort content de cette alliance
, & c.
Il parle ensuite de son autre fils Lelio , dont il
ignore le sort depuis plus de vingt ans qu'il a
quitté la Maison paternelle ; ce souvenir lui arrache
des larmes ; il ajoûte que cette perte fut
cause qu'il quitta Venise sa Patrie , pour venir
s'établir à Naples. Arlequin se rappelle en même
temps le départ de son frere qui avoit suivi Lelio;
Fabrice ne doute point qu'ils ne soient morts
tous deux. Il expose le sujet de la Piece en ces
termes :
570 MERCURE DE FRANCÉ
Tous deux le même jour reçurent là naissance ;
Ils avoient mêmes traits et même ressemblance ,
Ta mere , qui chez moi servoit fidellement ,
Mit au monde deux fils dans le même moment
Tonpere en ressentit une allegresse extrême ,
Et suivant mon exemple il les nomma de même ;
Tonfrere s'appelloit Arlequin comme toi ...
Fabrice ajoûte qu'il veut aussi reprendre un
femme, puisque son fils Lelio épouse Leonore ; i
nomme Hortense , fille de son ami Chrysante
qu'il trouve fort à son gré.
Lelio étranger arrive à Naples avec son Vale
Arlequin aussi étranger , chargé d'une valise
il témoigne la joye qu'il ressent d'être heureuse
ment débarqué , après vingt ans d'absense , i
se livre tout entier à l'espoir de revoir bien
tôt à Venise , sa Patrie , et son pere et son frer
qu'il y a laissez , et ne veut , dit - il , rester qu
deux jours à Naples.
Scapin , qui les reçoit dans son Hôtellerie , le
appelle d'abord par leurs noms , croyant pat
ler à Lelio et à Arlequin qui sont à Naples e
qu'il connoît depuis long - temps , leur fait de
offres de service , & c. Lelio est fort étonné de s
voir déja connu à Naples ; Arlequin ne l'est pa
moins de voir que son Hôte l'appelle mon che
ami , &c. ils arrêtent un Appartement , Arlequi
y porte la valise et ils y commandent à dîner.
Lelio étranger reste snr la Scene , Leonore 1
prenant pour son Amant , vient lui demande
avec empressement s'il a vû son Pere , et l'assur
que son frere Leandre souhaite avec ardeur leu
union. Lelio étonné prend Leonore pour un
Avanturiere et lui répond dans des termes pe
graciou
MARS. 1733:
571
剿
acieux. Leonore irritée , se repent d'avoir été
op crédule , et de n'avoir pas profité des avis
Arlequin et se retire. Leandre , frere de Leopre
, paroît ensuite et court embrasser Lelio en
ippellant son beaufrere futur ; Lelio le désabuse
r le champ en l'assurant qu'il ne sera jamais
n parent , ne le connoissant pas , non plus que
soeur , et se retire avec Arlequin .
Scapin vient avertir Lelio et Arlequin que le
né est prêt , mais il ne trouve personne ; un
oment après Arlequin Citadin arrive et court
abrasser son ami Scapin , qui lui annonce un
ès- bon dîné et qu'il n'a pas oblié les Macarrons.
lequin est charmé de cette agreable nouvelle ,
autant mieux qu'il ne s'y attendoit nullement.
apin lui apporte le dîné dans uu panier court
, qu'Arlequin emporte .
Lelio et Arlequin Etrangers , arrivent ; Lelio
parle que de l'aimable personne qu'il a vûë
promenade et dont les appas ont touché son
eur ; Scapin vient un moment après et demanà
Arlequin si les Macarrons étoient bons ;
lio dit à Scapin de ne pas plaisanter et de le
vir à dîner , celui- cy soutient qu'Arlequin a
porté le dîner , &c. Cette dispute devient trèsve
et finit le premier Acte par des coups de
ton dont Arlequin régale Scapin.
Au second Acte , Fabrice confie à son ami
hrisante , la passion qu'il a pour Hortense sa
le , et le dessein qu'il a de l'épouser ; Chrisante
t fort surpris de cette proposition , d'autant plus
ie sa fille , dit-il , aime Lelio son fils, je venois,
oute-t'il , vous proposer cette alliance ; Fabrice
rejette , d'autant plus que Lélio est sur le point
épouser Leonore, et enfin Chrisante lui dit qu'il
donnera son consentement , pourvû que
le Hortense y donne le sien
572 MERCURE DE FRANCE
Fabrice écrit à Hortense pour lui déclarer son
amour ; il ne sçait comment faire pour lui faire
rendre sa Lettre ; il apperçoit Arlequin Citadin
qui s'en charge, et promet de la rendre ,
nant quatre ducats que Fabrice lui donne.
moyen-
Arlequin va pour rendre la Lettre à Hortense
qui est dabord charmée de voir Arlequin , ne dou
tant nullement qu'il ne vienne de la part de Lelio,
mais elle est bien surprise après avoir lû la Lettre
de voir qu'elle vient de la part de l'Amoureux
Fabrice. La maniere dont cette Lettre est renduë
et lûë et la finesse avec laquelle cette Scene est
jouée par la Dile Silvia et par le sieur Thomassin
, fait un extrême plaisir . Hortense régale le
Porteur de coups de bâton , et lui ordonne de porter
cette réponse à Fabrice , lequel arrivant dans
le moment , demande avec empressement des
nouvelles de sa Lettre ; Arlequin l'assure qu'Hortense
l'a reçûë avec de grands transports de joye
et ajoûte :
Que mon sort est heureux !
J'aipú , m'a-t'elle dit , faire naître ses feux!
A mafélicité, non , rien n'est comparable ....
Fabrice , persuadé que c'est de lui qu'Hortense
a parlé , est au comble de sa joye , il récompense
largement Arlequin , mais il est bien surpris en
apprenant qu'Hortense a changé de visage en
lisant la fin de la Lettre et qu'elle a reconnu
qu'elle étoit de lui ; mais enfin a-t'elle fait réponse
, dit Fabrice ? oui , très - exactement ,
pond Arlequin , et en même- temps il rend à ce
Vieillard les coups de bâton dont il a été luimême
régalé. Fabrice transporté de colere contre
ce Valet , jure de s'en yenger ; il trouve un
rémoment
MARS. 1733. 573
rnoment après Arlequin étranger , qu'il charge
de mille coups , abusé par la ressemblance , et
dit en s'en allant ;
Faquin , apprend à me connoître ,
On ne maltraite pas impunément son Maître.
મે
soeur ,
Arlequin étranger est fort étonné de se vois
maltraité sans rime ni raison , son Maître ,
à qui il s'en plaint , n'y peut rien comprendre ,
& c. Lelio dit ensuite qu'il ne veut plus rester
dans l'Auberge de Scapin , à qui il ordonne de
remettre sa valise à son Valet Arlequin , &c .
Léandre , outré du procedé de Lelio avec sa
vient dans le dessein de s'en venger ; il
voit Arlequin étranger , qu'il prend pour le Citadin
, instruit des mauvais discours qu'il a tenus;
le maltraite. Arlequin étranger prend la fuite ;
Lelio Citadin surpris de voir courir Arlequin
avec tant de vitesse , veut l'arrêter , et un instant
après Arlequin Citadin arrive ; Lelio lui demande
par quelle raison il couroit si vîte il n'y a
qu'un moment ; Arlequin ne sçait ce qu'il veut
dire , & c.
Leonore vient faire des reproches à Lelio-
Citadin , sur la maniere dont il l'a reçû ; Lelio
veut en vain se justifier , et ne sçai à quoi
attribuer un si prompt changement ; Leonore le
quitte avec indignation , &c.
Scapin sort de son Auberge et rend à Lelio et
à Arlequin Citadins la Valise qui lui a été remise
par l'autre Lelio , &c. ils ne comprennent
pas pourquoi Scapin leur remet cette Valise ,
qu'Arlequin emporte , en disant qu'il en sera
quitte pour la rendre. Lelio Citadin reste ; plus
s'examine et moins il peut comprendre co
qui
$74 MERCURE DE FRANCE
qui peut lui avoir attiré les reproches de Leonore.
Chrisante appercevant Lelio veut lui parler
et lui proposer sa fille , il ne fait nulle attention
aux discours de Chrisante , tant il est accablé
de chagrin d'avoir pû déplaire à sa Maîtresse;
il se plaint ensuite à Leandre du retardement
de son bonheur , lui témoigne l'impatience qu'il
a d'être uni avec sa soeur , et le prie de le presenter
à elle pour la désabuser de ses soupçons injustes
. Leandre entre avec Lelio chez Leonore
et Arlequin - Citadin reste. Lelio étranger paroît;
Arlequin lui demande pourquoi il quitte si -tôt
Leonore , Lelio croit qu'il veut parler de l'Inconnue
qu'il a rencontrée à la promenade , et
dont il est si éperduement amoureux ; Arlequin
lui dit qu'il parle de Leonore , ce qui irrite fort
Lelio ; il lui ordonne de ne lui en parler jamais ,
et s'en va ; Arlequin reste .
Lelio Citadin sort de la maison de Leonore et
vient apprendre à Arlequin qu'elle est appaisée ,
et qu'elle ne doute plus de sa fidelité ; Arlequin
demande ensuite à son Maître des nouvelles de
P'Inconnue , Lelio ne comprend rien à cette demande
, et lui dit qu'il n'est occupé que de Leonore
, et il rentre dans sa maison , et Arlequin
reste. Lelio Etranger survient et trouve Arlequin
qui lui parle encore de Leonore , de Scapin
, &c. A tous ces discours extravagans Lelio
croit que son Valet est devenu fou, et celuici
croit la même chose de son Maître , &c . Le
Lecteur comprend aisément que toutes ces situations
sont tres- comiques et fort propres à
faire rire le Spectateur de l'erreur dans laquelle
sont tous les Acteurs.
Fabrice , pour se vanger des coups de bâtons
qu'Arlequin Cîtadin lui a donné au commencemeat
MARS. 1733.
ment de l'Acte , fait arrêter Arlequin Etranger
575
par des Archers qui le menent en prison.
Au troisiéme Acte , Hortense , à qui son Pere,
vient d'apprendre que Lelio épouse Leonore, témoigne
la douleur qu'elle en ressent , et voyant
paroître Lelio Etranger, veut se retirer, mais elle
ne sçauroit s'y résoudre à la vûë de son Amant ;
celui -ci la reconnoît pour la personne qu'il a
rencontrée à la promenade ; il l'aborde poliment
et lui fait un compliment des plus gracieux . Hortense
surprise de cette politesse, lui déclare qu'el
le a appris qu'il va bien- tôt épouser Leonore.Lelio
la désabuse et lui declare en même temps la
passion qu'elle lui a inspirée , cet aveu charme,
Hortense. Lelio lui demande son nom et sa demeure
, et ajoûte :
Belle Hortense , l'Amour me soumet à ses Loix ,
Je n'avois pas encor éprouvé sa puissance ,
Et mes premiers soupirs vous doivent leur naissance
•
Hortense étonnée , lui dit que ce n'est que par
l'Hymen qu'il peut obtenir et son coeur et sa
main. Lelio promet de la demander à son Pere
&c.
2
Lelio est fort surpris en rentrant , de voir Arlequin
en prison ; il croit que Scapin l'y a fait
mettre,par rapport à toutes les discussions qu'ils
ont eu ensemble , et promet de l'en retirer,
Chrisante et Fabrice arrivent , ce dernier s'applaudit
d'avoir fait mettre Arlequin en prison
pour les coups de bâton qu'il en a reçus , Arlequin
l'accable d'injures à travers sa grille. Un
moment après Arlequin Citadin arrive , et demande
ses gages à Fabrice ; ils sont fort surpris
de le voir en liberté , Payant vû un instant aupara
376 MERCURE DE FRANCE
paravant dans la prison; il se retire , et l'Etranger
reparoît en prison ; ce qui étonne si fort ces
deux vieillards , qu'ils croyent que c'est un enchantement,
et ils sont bien plus étonnez lorsqu'ils
le revoyent un moment après dans la prison.
Lelio Citadin vient prier son pere de hâter son
bonheur en l'unissant à Leonore ; Fabrice lui
donne avec plaisir son consentement. Lelio apprend
en même- temps à Leonore , qui survient ,
cette agreable nouvelle , et rentre avec elle dans
sa maison. Lelio Etranger arrive presque aussitôt
, et Fabrice lui reproche son impolitesse d'avoir
quitté si-tôt Leonore ; le même Lelio ne
comprend encore rien à ce raisonnement. Il frappe
en même temps chez Hortense et lui dit :
Pour vous prouver l'excès de l'ardeur qui me presse,
Hortense , je suis prêt à remplir ma promesse ,
Acceptez- vous ma main ?
Hortense répond qu'elle en fait tout son bonheun
, Lelio la quitte pour dire aux deux Vieillards
:
Allez dire à present à votre Leonore ,
Que la charmante Hortense est celle que j'adore ,
Et que de notre Hymen vous êtes les témoins ,
Croyez moi , desormais , employez mieux vos
soins.
Chrisante et Fabrice restent interdits , tandis
que Lelio Citadin, sortant de la maison de Leonore,
prie son pere avec instance d'envoyer chercher
le Notaire pour dresser le Contrat ; Fabrice
y consent , mais il demande en même- temps à
SON
MARS. 1733.
577
son fils , si c'est pour Hortense qu'il parle , on
pour Leonare ; Lelio assure que c'est pour Leonore
, et que son pere même ne doit pas l'ignorer,
Fabrice dit qu'il ne comprend plus rien à tant
de contrariétez , et que la tête commence à lui
tourner.
Lelio Etranger sortant de la maison d'Hortense
pour procurer la liberté à son Valet , a dit aux
vieillards qu'il va revenir dans l'instant auprès
de sa chere Hortense ; il revient en effet aussi
tot avec Arlequin qu'il a fait sortir de prison ;
Arlequin voyant Scapin et les deux Vieillards ,
s'emporte encore contre enx , et dit à son Maî→
tre ( en montrant Fabrice ) que c'est lui qui l'a
fait emprisonner. Lelio lui demande quel droit i
asur son Valet , et Fabrice lui demande à son
tour quel est le motif qui l'engage à épouser
deux femmes dans un mêmë jour , et lui dit :
Je suis las à la fin d'éprouver ton caprice :
Pour un homme d'honneur on reconnoît Fabrice.
A ce nom de Fabrice , Lelio étonné , lui dit
Fabrice est votre nom , ah ! vous êtes mon pere.
Fabrice.
Vraiment oui , je le suis , à ce que dit ta mere.
Veus voyez Lelio.
Lelio .
Fabrice .
La grande nouveauté!
Lelio.
Qüi , je suis Lelio , cefils si regretté,
H Qu'
Qu'a toujours poursuivi la Fortune cruelle
Depuis qu'il a quitté la Maison Paternelle.
Cette reconnoissance arrache des larmes à fa¬
brice , qui embrasse tendrement son fils en disant
à son ami Chrisante.
Du plus parfait bonheur le Ciel m'a donc comblé
Le voilà ce cher fils , dont je vous ai parlé ,
Dont la trop longue absence a causé mes allarmes ,
Et qui tarit enfin la source de mes larme:.
Lelio demande à son pere des nouvelles de son
frere ; Arlequin fait la même chose ; ils apprennent
qu'ils sont encore vivans et courent l'un et
l'autre pour les embrasser . Ils reviennent et témoignent
à Fabrice combien ils ont été sensibles
à cette entrevûë. Enfin Lelio supplie son pere de
consentir à son bonheur , en lui permettant d'épouser
sa chere Hortense , puisque son frere doit
épouser Leonore ; le plaisir qu'à Fabrice d'avoir
retrouvé son fils , le fait consentir à tout ; Arlequin
veut aussi , dit - il , celebrer ce grand jous
en épousant son aimable Lisette , ils entrent to
chez Hortense , par où la Piece finit.
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Résumé : Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Le 5 mars 1716, les Comédiens Italiens ont présenté 'Les Quatre Semblables', une pièce inspirée des 'Ménéchmes' de Plaute et jouée en prose. Dominique a adapté cette pièce en vers français, introduisant des changements pour respecter les règles du théâtre et accentuer les situations comiques. L'intrigue se déroule à Naples et implique plusieurs personnages principaux, notamment Lelio, Hortense, Fabrice, Chrisante, Arlequin et Leonore. La pièce commence avec Chrisante et sa fille Hortense. Hortense est mélancolique et Lisette, sa suivante, révèle qu'Hortense est amoureuse de Lelio. Chrisante décide alors de demander la main de Lelio pour Hortense. Hortense remercie Lisette pour ses conseils, et Lisette exprime son plaisir de voir son amant Arlequin. Arlequin parle de leur mariage imminent. Lelio arrive et discute avec Arlequin, qui explique que son amour pour Lisette le rend rare. Leonore apparaît et Lelio lui fait des déclarations d'amour. Arlequin interrompt pour dire à Leonore que Lelio ne pense pas sérieusement à ses paroles, ce qui alarme Leonore. Lelio la rassure et exprime son impatience de l'épouser. Fabrice, le père de Lelio, interroge Arlequin sur l'absence de son fils. Arlequin répond que Lelio est amoureux de Leonore, ce qui satisfait Fabrice. Fabrice parle ensuite de son autre fils Lelio, disparu depuis vingt ans, et de son départ de Venise pour Naples. Arlequin se rappelle le départ de son frère, qui avait suivi Lelio. Un Lelio étranger arrive à Naples avec son valet Arlequin, chargé d'une valise. Ils sont accueillis par Scapin, l'aubergiste, qui les confond avec les Lelio et Arlequin locaux. Lelio étranger est surpris d'être reconnu à Naples et Arlequin l'est également. Ils commandent à dîner et restent sur scène. Leonore, prenant Lelio étranger pour son amant, lui demande des nouvelles de son père et exprime le désir de son frère Leandre de les voir unis. Lelio étranger, étonné, la prend pour une aventurière et lui répond de manière peu gracieuse. Leonore, irritée, se retire. Leandre apparaît et embrasse Lelio étranger, qu'il croit être son futur beau-frère. Lelio étranger le détrompe et se retire avec Arlequin. Scapin annonce que le dîner est prêt, mais ne trouve personne. Arlequin Citadin arrive et embrasse Scapin, qui lui annonce un bon dîner avec des macaronis. Arlequin est ravi et emporte le dîner. Lelio et Arlequin étrangers reviennent et discutent avec Scapin, qui les confond avec les autres. Une dispute éclate et se termine par des coups de bâton. Au second acte, Fabrice confie à Chrisante son amour pour Hortense et son désir de l'épouser. Chrisante est surpris, car Hortense aime Lelio. Fabrice rejette cette alliance, car Lelio va épouser Leonore. Chrisante accepte finalement si Hortense est d'accord. Fabrice écrit une lettre à Hortense pour lui déclarer son amour et la confie à Arlequin Citadin. Hortense, surprise, apprend que la lettre vient de Fabrice. Elle régale Arlequin de coups de bâton et lui ordonne de porter une réponse à Fabrice. Fabrice, ravi, récompense Arlequin, mais est surpris d'apprendre qu'Hortense a changé d'expression en lisant la lettre. Arlequin rend à Fabrice les coups de bâton. Fabrice, furieux, maltraite Arlequin étranger par erreur. Lelio étranger décide de quitter l'auberge de Scapin. Leandre, furieux contre Lelio Citadin, maltraite Arlequin étranger. Scapin rend la valise à Lelio et Arlequin Citadins, qui ne comprennent pas. Chrisante propose à Lelio Citadin de l'épouser, mais celui-ci est accablé de chagrin. Lelio Citadin demande à Leandre de le présenter à Leonore pour la désabuser de ses soupçons. Leonore, apaisée, ne doute plus de la fidélité de Lelio Citadin. Lelio étranger et Arlequin Citadin se croisent et se prennent pour fous. Fabrice fait arrêter Arlequin étranger par des archers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1192-1201
Tragédie d'Adelaïde, &c. [titre d'après la table]
Début :
Sur les plaintes qu'on a faites, de n'avoir fait qu'annoncer la Tragedie [...]
Mots clefs :
Duc de Vendôme, Adélaïde du Guesclin, Duc de Nemours, Coucy, Frère, Amour, Gardes, Mort, Prison, Vengeance, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie d'Adelaïde, &c. [titre d'après la table]
Ur les plaintes qu'on a faites , de n'avoir
fait qu'annoncer la Tragedie
d'Adelaide de M. de Voltaire , après
avoir promis d'en parler plus au long :
nous avons composé l'Extrait qu'on va
lire , avec le plus de soin qu'il nous a été
possible.
Adelaïde du Guesclin , niéce du Conétable
de ce nom , est l'Heroine de ce Poëme.
L'époque de l'action Theatrale , est
le tems des guerres de Charles VII . contre
les Anglois , et la Ville de Lille est
le lieu de la Scene .
.
Adelaide commence la Piece avec le
1. Vol -Sire
JUIN. 1734. 1193
-
Sire de Coucy , Seigneur François . Ce der
nier a aimé Adelaïde avant qu'elle fût
aimée du Duc de Vendôme ; son amitié
pour ce Prince du Sang des Bourbons le
porte non seulement à sacrifier son
amour , mais encore à parler en faveur
de son Rival . Quelques Critiques auroient
souhaité que son amitié ne fut pas allée
plus loin , et jusqu'à lui fire prendre les
armes contre son Maître legitime. Adelaïde
lui fait presser.tir qu'elle ne sçauroit
donner ni son coeur , ni sa main au
Duc de Vendôme , et le prie de détourner
son Ami d'une passion qui le rendroit
malheureux ; Coucy se refuse à ce
bon office , sous prétexte
, sous prétexte qu'il ne veut
pas affliger Vendôme.
Adelaïde allarmée d'un faux bruit qui
court sur la mort du Duc de Nemours ,
Frere du Duc de Vendôme , fait connoî
tre par sa frayeur qu'elle aime Nemours,
elle l'avoue même à Jaise d'Aglure , sa
confidente.
Vendôme vient , il parle d'amour à
Adelaide ; elle lui demande si Coucy ne
lui a point parlé ; le nom de Nemours
lui échappe elle n'en dit pas davantage
, ou plutôt elle pallie ce demi aveu
par une feinte ingenieuse , en lui disant
que le bruit de la mort d'un frere si cher
1.Vol.
Giij ne
194 MERCURE DE FRANCE
ne lui permet pas de parler d'Hymen .
Heureusement pour elle Coucy vient annoncer
à Vendôme que les Troupes du
Dauphin s'avancent à grand pas . Vendôme
est obligé de partir incertain de son
sort.
Adelaïde , ayant appris dans la Scene
précedente , que non- seulement son cher
Nemours n'est pas mort , mais qu'il est
à la tête des Troupes qui s'avancent vers
Lille , flotte entre l'esperance et la crainte .
Vendôme et Coucy ouvrent la Scene
du II . Acre , et font entendre que les
Assiegeans ont été repoussez vigoureusement.
Vendôme rend justice à la valeur
d'un de leurs Chefs qu'il n'a fait prisonnier
qu'après l'avoir blessé ; il dit même
qu'en le combattant il a senti des mouvemens
de pitié qu'il attribuë à l'amour
qu'il sent pour Adelaide , qui ne lui permet
plus cette ferocité qu'il avoit autrefois
dans les combats .
On amene le Prisonnier blessé , c'est
Nemours lui même;Vendôme court l'embrasser
; Nemours se refuse à ses caresses ;
il lui reproche sa rebellion contre son
Prince , et son union avec les Ennemis.
de sa Patrie ; Vendôme ne peut entendre
ces reproches sans colere , et prie son Frere
de les lui épargner ; il l'invite à la fêre
I. Vol.
qui ..
JUIN. 1734.
1195
qui se prépare pour son Hymen avec Ade
laïde. Nemours lui reproche son amour
comme violent et même effrené ; Vendô
me lui répond que la vûë de cet aimable
objet va suffire pour justifier la violence
de sa passion : Il ordonne qu'on fasse venir
Adelaïde.
A la vûë d'Adelaïde , la blessure de
Nemours se rouvre , Vendôme en est allarmé
, il suit ce malheureux Frere qu'on
em porte.
Adelaïde se plaint au Ciel de ce qu'il
ne lui rend son Amant que pour le lui
faire perdre une seconde fois .
Vendôme revient , Adelaïde lui demande
avec empressement des nouvelles de
Nemours ; il lui répond qu'il a arrêté son
sang et Ini reparle d'Amour et d'Hymen.
Adelaïde lui répond fierement
qu'elle ne donnera jamais ni sa main , ni
son coeur à un Prince armé contre son
Roi Vendôme éclate de colere contre
elle. Adelaide le quitte avec une noble
intrépidité , et en l'assurant qu'elle sera
toujours la même. Vendôme ne sçait à
quoi attribuer la resolution d'Adelaïde ,
il en soupçonne quelque secrette inclination;
le silense que Coucy a gardé depuis
qu'il l'a prié de disposer le coeur d'Adelaïde
en sa faveur , lui fait croire qu'il est
I. Vol.
Giljson
1198 MERCURE DE FRANCE
sa parole , il ne peut la suivre sans se deshonorer
; elle lui dit tendrement que la
fortune jalouse lui a toujours envié le nom
de son Epouse ; Nemours lui dir que la
foi qu'il a donnée n'a pas besoin de l'appareil
pompeux qui ne sert qu'à la rendre
plus éclatante sans la rendre plus sûre`s
il atteste les Manes des Rois ses Ayeux ,
et l'ombre du Grand - du Guesclin
dont la cendre repose avec celle de ses
Maîtres ; et c'est sur de si Illustres Garans
qu'il lui jure une foi immortelle.
Adelaide rassurée par de si augustes sermens
, se resout à partir d'un lieu qui
peut lui devenir fatal...
>
Vendôme entre sur le champ , et il
ordonne à ses Gardes de saisir Nemours : *
c'est alors que Nemours croit n'avoir plus
rien à dissimuler ; il brave la colere de
son Frere , le traite d'infidele à son Roi
et à sa Patrie ; Vendôme ordonne à ses
Gardes de le conduire en lien de sûreté
Nemours continuëà le braver , et renouvellant
son serment à Adélaïde , il dit fiement
à leur commun Tyran , qu'il l'en
rend témoin malgré lui. Adelaïde en
pleurs n'oublie rien pour desarmer son fu
bon
que
Vendo
* Les Critiques ne trouvent pas
me ne dise rien aux Spectateurs , de ce qu'il a appris
dans l'entr Acte.
1. Vel. rieux
JUIN. 1734 1199
rieux Amant ; il lui répond que la grace
de Nemours est à l'Autel , et que si elle
balance à l'y suivre , c'est fait de ce trop
heureux Rival.
Un Officier lui vient annoncer qu'on
le trahit , et que c'est le Duc de Nemours
qui est l'Auteur de la trahison
Coucy vient l'inviter à se défendre , il
répond à Coucy qu'il n'est présentement
Occupé que de sa vengeance contre son
Rival , et que dès qu'il l'aura remplie ',
il ira chercher la mort parmi ses ennemis ;
Coucy fremit de cette resolution ; Vendôme
lui dit qu'il n'attend pas ce service
de sa main , et qu'il en trouvera de plus
sûres ; Coucy craignant d'être prévenu
lui promet de lui donner des preuves de
sou zele dont il n'aura plus à douter .
Vendôme le reconnoît pour son veritable
Ami , et lui dit de l'avertir par un
coup de canon de l'execution de sa promesse.
Au V. Acte , Vendôme , tout plein de
sa vengeance dont il n'a pas voulu se reposer
sur un Ami aussi vertueux que
Coucy , demande à un de ses gardes si le
Soldat qu'il a choisi pour tuer Nemours
est prêt à executer ses ordres ; ce Garde
lui répond qu'il n'en doit point douterjet
qu'on a vû ce Soldat s'avancer vers
1. Vol.
G vj la
1200 MERCURE DE FRANCE
la prison ; Vendôme ordonne qu'on se
retire .
C'est ici le premier moment où la nature
lui fait sentir des remords , il flotte assez
long tems entre la haine et l'amitié. Il
se détermine enfin en faveur du sang ; il
appelle ses Gardes, un Officier vient; Vendôme
lui ordonne d'aller faire revoquer
l'ordre sanglant qu'il a donné contre son
Frere ; cet Officier lui fait connoître qu'il
craint qu'ikn'en soit plus tems , et qu'on
vient de transporter un Cadavre de la
Prison par l'ordre de Coucy. Vendôme
ne doute point que Coucy ne l'ait trop
bien servi ; un coup de canon qu'il entend
, ou qu'il croit entendre ne lui permet
plus de douter de l'assassinat ; il se
livre tout entier aux plus vifs remords .
Adelaïde , qui ignore ce qui peut s'être
passé , vient le trouver prête à le suivre à
'Autel , puisque la vie de son Amant
est à ce prix ; Vendôme ne lui répond que
par des gemissemens , et lui dit enfin que
Nemours n'est plus . Adelaide l'accable
de reproches et d'injures ; il veut se donner
la mort ; Coucy arrive et lui retient
le bras ; Vendôme lui reproche d'avoir
exccuté un Arrêt dicté par la jalousie s
Coucy lui répond que le crime n'en auroit
pas été moins commis , puisqu'une
1. Vola autre
JUIN. 1734. 1201
autre main en alloit être chargée. Adelaide
fait des reproches très touchans à
Coucy , dont elle n'auroit jamais soupçonné
qu'un coup si funeste pût partir.
Coucy se justifie enfin envers tous les
il déclare que le corps qu'on a vû
deux ,
sortir de la Prison est celui du Soldat qui
avoit déja le bras levé pour le poignarder
, et qui auroit achevé le crime s'il
n'avoit pas été poignardé lui même . Il ordonne
qu'on fasse venir Nemours ; ce
Prince vient , son Frere le reçoit à bras
ouverts ; il se punit des ordres cruels
qu'il avoit donnés , en se privant d'Adelaïde
, et se reconcilie avec son Frere , en
lui cedant cet objet de son Amour. La
Tragedie finit par une ferme resolution
que Vendôme fait de faire oublier ses égaremens
à force de vertus ; il consent à
rentrer sous l'obéissance de son Maître.
La fin de cette Piece à paru très- touchante.
Les principaux Roles qui sont celui
de Vendôme , d'Adelaïde , de Nemours,
et de Coucy , ont été patfaitement bien
remplis , par le sieur du Frêne , la Dlle
Gossin , le sieur Grandval , et le sieur le
Grand.
fait qu'annoncer la Tragedie
d'Adelaide de M. de Voltaire , après
avoir promis d'en parler plus au long :
nous avons composé l'Extrait qu'on va
lire , avec le plus de soin qu'il nous a été
possible.
Adelaïde du Guesclin , niéce du Conétable
de ce nom , est l'Heroine de ce Poëme.
L'époque de l'action Theatrale , est
le tems des guerres de Charles VII . contre
les Anglois , et la Ville de Lille est
le lieu de la Scene .
.
Adelaide commence la Piece avec le
1. Vol -Sire
JUIN. 1734. 1193
-
Sire de Coucy , Seigneur François . Ce der
nier a aimé Adelaïde avant qu'elle fût
aimée du Duc de Vendôme ; son amitié
pour ce Prince du Sang des Bourbons le
porte non seulement à sacrifier son
amour , mais encore à parler en faveur
de son Rival . Quelques Critiques auroient
souhaité que son amitié ne fut pas allée
plus loin , et jusqu'à lui fire prendre les
armes contre son Maître legitime. Adelaïde
lui fait presser.tir qu'elle ne sçauroit
donner ni son coeur , ni sa main au
Duc de Vendôme , et le prie de détourner
son Ami d'une passion qui le rendroit
malheureux ; Coucy se refuse à ce
bon office , sous prétexte
, sous prétexte qu'il ne veut
pas affliger Vendôme.
Adelaïde allarmée d'un faux bruit qui
court sur la mort du Duc de Nemours ,
Frere du Duc de Vendôme , fait connoî
tre par sa frayeur qu'elle aime Nemours,
elle l'avoue même à Jaise d'Aglure , sa
confidente.
Vendôme vient , il parle d'amour à
Adelaide ; elle lui demande si Coucy ne
lui a point parlé ; le nom de Nemours
lui échappe elle n'en dit pas davantage
, ou plutôt elle pallie ce demi aveu
par une feinte ingenieuse , en lui disant
que le bruit de la mort d'un frere si cher
1.Vol.
Giij ne
194 MERCURE DE FRANCE
ne lui permet pas de parler d'Hymen .
Heureusement pour elle Coucy vient annoncer
à Vendôme que les Troupes du
Dauphin s'avancent à grand pas . Vendôme
est obligé de partir incertain de son
sort.
Adelaïde , ayant appris dans la Scene
précedente , que non- seulement son cher
Nemours n'est pas mort , mais qu'il est
à la tête des Troupes qui s'avancent vers
Lille , flotte entre l'esperance et la crainte .
Vendôme et Coucy ouvrent la Scene
du II . Acre , et font entendre que les
Assiegeans ont été repoussez vigoureusement.
Vendôme rend justice à la valeur
d'un de leurs Chefs qu'il n'a fait prisonnier
qu'après l'avoir blessé ; il dit même
qu'en le combattant il a senti des mouvemens
de pitié qu'il attribuë à l'amour
qu'il sent pour Adelaide , qui ne lui permet
plus cette ferocité qu'il avoit autrefois
dans les combats .
On amene le Prisonnier blessé , c'est
Nemours lui même;Vendôme court l'embrasser
; Nemours se refuse à ses caresses ;
il lui reproche sa rebellion contre son
Prince , et son union avec les Ennemis.
de sa Patrie ; Vendôme ne peut entendre
ces reproches sans colere , et prie son Frere
de les lui épargner ; il l'invite à la fêre
I. Vol.
qui ..
JUIN. 1734.
1195
qui se prépare pour son Hymen avec Ade
laïde. Nemours lui reproche son amour
comme violent et même effrené ; Vendô
me lui répond que la vûë de cet aimable
objet va suffire pour justifier la violence
de sa passion : Il ordonne qu'on fasse venir
Adelaïde.
A la vûë d'Adelaïde , la blessure de
Nemours se rouvre , Vendôme en est allarmé
, il suit ce malheureux Frere qu'on
em porte.
Adelaïde se plaint au Ciel de ce qu'il
ne lui rend son Amant que pour le lui
faire perdre une seconde fois .
Vendôme revient , Adelaïde lui demande
avec empressement des nouvelles de
Nemours ; il lui répond qu'il a arrêté son
sang et Ini reparle d'Amour et d'Hymen.
Adelaïde lui répond fierement
qu'elle ne donnera jamais ni sa main , ni
son coeur à un Prince armé contre son
Roi Vendôme éclate de colere contre
elle. Adelaide le quitte avec une noble
intrépidité , et en l'assurant qu'elle sera
toujours la même. Vendôme ne sçait à
quoi attribuer la resolution d'Adelaïde ,
il en soupçonne quelque secrette inclination;
le silense que Coucy a gardé depuis
qu'il l'a prié de disposer le coeur d'Adelaïde
en sa faveur , lui fait croire qu'il est
I. Vol.
Giljson
1198 MERCURE DE FRANCE
sa parole , il ne peut la suivre sans se deshonorer
; elle lui dit tendrement que la
fortune jalouse lui a toujours envié le nom
de son Epouse ; Nemours lui dir que la
foi qu'il a donnée n'a pas besoin de l'appareil
pompeux qui ne sert qu'à la rendre
plus éclatante sans la rendre plus sûre`s
il atteste les Manes des Rois ses Ayeux ,
et l'ombre du Grand - du Guesclin
dont la cendre repose avec celle de ses
Maîtres ; et c'est sur de si Illustres Garans
qu'il lui jure une foi immortelle.
Adelaide rassurée par de si augustes sermens
, se resout à partir d'un lieu qui
peut lui devenir fatal...
>
Vendôme entre sur le champ , et il
ordonne à ses Gardes de saisir Nemours : *
c'est alors que Nemours croit n'avoir plus
rien à dissimuler ; il brave la colere de
son Frere , le traite d'infidele à son Roi
et à sa Patrie ; Vendôme ordonne à ses
Gardes de le conduire en lien de sûreté
Nemours continuëà le braver , et renouvellant
son serment à Adélaïde , il dit fiement
à leur commun Tyran , qu'il l'en
rend témoin malgré lui. Adelaïde en
pleurs n'oublie rien pour desarmer son fu
bon
que
Vendo
* Les Critiques ne trouvent pas
me ne dise rien aux Spectateurs , de ce qu'il a appris
dans l'entr Acte.
1. Vel. rieux
JUIN. 1734 1199
rieux Amant ; il lui répond que la grace
de Nemours est à l'Autel , et que si elle
balance à l'y suivre , c'est fait de ce trop
heureux Rival.
Un Officier lui vient annoncer qu'on
le trahit , et que c'est le Duc de Nemours
qui est l'Auteur de la trahison
Coucy vient l'inviter à se défendre , il
répond à Coucy qu'il n'est présentement
Occupé que de sa vengeance contre son
Rival , et que dès qu'il l'aura remplie ',
il ira chercher la mort parmi ses ennemis ;
Coucy fremit de cette resolution ; Vendôme
lui dit qu'il n'attend pas ce service
de sa main , et qu'il en trouvera de plus
sûres ; Coucy craignant d'être prévenu
lui promet de lui donner des preuves de
sou zele dont il n'aura plus à douter .
Vendôme le reconnoît pour son veritable
Ami , et lui dit de l'avertir par un
coup de canon de l'execution de sa promesse.
Au V. Acte , Vendôme , tout plein de
sa vengeance dont il n'a pas voulu se reposer
sur un Ami aussi vertueux que
Coucy , demande à un de ses gardes si le
Soldat qu'il a choisi pour tuer Nemours
est prêt à executer ses ordres ; ce Garde
lui répond qu'il n'en doit point douterjet
qu'on a vû ce Soldat s'avancer vers
1. Vol.
G vj la
1200 MERCURE DE FRANCE
la prison ; Vendôme ordonne qu'on se
retire .
C'est ici le premier moment où la nature
lui fait sentir des remords , il flotte assez
long tems entre la haine et l'amitié. Il
se détermine enfin en faveur du sang ; il
appelle ses Gardes, un Officier vient; Vendôme
lui ordonne d'aller faire revoquer
l'ordre sanglant qu'il a donné contre son
Frere ; cet Officier lui fait connoître qu'il
craint qu'ikn'en soit plus tems , et qu'on
vient de transporter un Cadavre de la
Prison par l'ordre de Coucy. Vendôme
ne doute point que Coucy ne l'ait trop
bien servi ; un coup de canon qu'il entend
, ou qu'il croit entendre ne lui permet
plus de douter de l'assassinat ; il se
livre tout entier aux plus vifs remords .
Adelaïde , qui ignore ce qui peut s'être
passé , vient le trouver prête à le suivre à
'Autel , puisque la vie de son Amant
est à ce prix ; Vendôme ne lui répond que
par des gemissemens , et lui dit enfin que
Nemours n'est plus . Adelaide l'accable
de reproches et d'injures ; il veut se donner
la mort ; Coucy arrive et lui retient
le bras ; Vendôme lui reproche d'avoir
exccuté un Arrêt dicté par la jalousie s
Coucy lui répond que le crime n'en auroit
pas été moins commis , puisqu'une
1. Vola autre
JUIN. 1734. 1201
autre main en alloit être chargée. Adelaide
fait des reproches très touchans à
Coucy , dont elle n'auroit jamais soupçonné
qu'un coup si funeste pût partir.
Coucy se justifie enfin envers tous les
il déclare que le corps qu'on a vû
deux ,
sortir de la Prison est celui du Soldat qui
avoit déja le bras levé pour le poignarder
, et qui auroit achevé le crime s'il
n'avoit pas été poignardé lui même . Il ordonne
qu'on fasse venir Nemours ; ce
Prince vient , son Frere le reçoit à bras
ouverts ; il se punit des ordres cruels
qu'il avoit donnés , en se privant d'Adelaïde
, et se reconcilie avec son Frere , en
lui cedant cet objet de son Amour. La
Tragedie finit par une ferme resolution
que Vendôme fait de faire oublier ses égaremens
à force de vertus ; il consent à
rentrer sous l'obéissance de son Maître.
La fin de cette Piece à paru très- touchante.
Les principaux Roles qui sont celui
de Vendôme , d'Adelaïde , de Nemours,
et de Coucy , ont été patfaitement bien
remplis , par le sieur du Frêne , la Dlle
Gossin , le sieur Grandval , et le sieur le
Grand.
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Résumé : Tragédie d'Adelaïde, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un résumé de la tragédie 'Adelaïde' de Voltaire. L'action se déroule durant les guerres de Charles VII contre les Anglais, à Lille, et met en scène Adelaïde du Guesclin, nièce du Conétable du Guesclin. La pièce commence avec le sire de Coucy, François, qui aime Adelaïde mais renonce à elle pour le duc de Vendôme, son ami et rival. Adelaïde, alarmée par une fausse rumeur sur la mort du duc de Nemours, frère de Vendôme, avoue son amour pour Nemours à sa confidente. Vendôme, ignorant ces sentiments, déclare son amour à Adelaïde, qui lui demande s'il a parlé à Coucy. Nemours, blessé, est capturé et amené devant Vendôme, qui organise un mariage avec Adelaïde. Nemours, gravement blessé, est soigné, et Adelaïde refuse Vendôme, révélant son amour pour Nemours. Vendôme, jaloux, ordonne l'assassinat de Nemours, mais Coucy empêche l'exécution. Nemours survit, et Vendôme, rongé par les remords, se réconcilie avec son frère en lui cédant Adelaïde. La pièce se termine par la résolution de Vendôme de se racheter par des vertus et de se soumettre à son maître. Les rôles principaux ont été interprétés par le sieur du Frêne, la Dlle Gossin, le sieur Grandval, et le sieur le Grand.
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11
p. 120-121
LOGOGRYPHE.
Début :
On a beau me parer, je ne suis jamais belle. [...]
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Prison