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1
p. 307-315
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Alexis du Buc Religieux Théatin, continuë toûjours [...]
Mots clefs :
Controverse, Abjuration, Religion protestante, Cérémonie, Conversions, Prétendus réformés, Déclaration, Religion de Calvin, Erreur, Religion romaine
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le Pere Alexis du Buc
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs conversions religieuses dans le contexte de la controverse entre catholiques et protestants. Le Père Alexis du Buc, religieux théatin, a accueilli l'abjuration de Mademoiselle de Biron, une jeune femme de 25 ans issue d'une famille protestante influente d'Angleterre, lors d'une cérémonie à l'église des Carmélites du grand couvent. En Poitou, plus de mille cinq cents personnes ont abjuré au cours du dernier mois. À Lunel, Monsieur de Montfagean, après soixante ans de vie calviniste, s'est converti au catholicisme avant de décéder dix jours plus tard. Mademoiselle Prifille de Rossillon, fille d'un ministre protestant célèbre de Lunel, s'est également convertie malgré les efforts de son père pour l'en empêcher. Elle a été conduite à l'église pour embrasser publiquement la religion catholique et a ensuite été autorisée à entrer dans un couvent. À Montpellier, plusieurs jeunes femmes, dont les demoiselles de Nicol et Madame de Roux, ont rejoint le couvent de Saint-Charles pour achever leur instruction religieuse. Monsieur de Clausel, conseiller à la Cour des Aides, et sa nièce Madame de Roux se sont également convertis au catholicisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 140-262
Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Début :
Je viens aux affaires d'Angleterre. Vous remarquerez, Madame, que toutes [...]
Mots clefs :
Angleterre, Roi, Rebelles, Déclaration, Parlement, Dieu, Vaisseaux, Infanterie, Dragons, Religion, Comtes, Ducs, Marquis, Jacques, Milord, Conseil, Communes, Seigneur, Religion protestante, Gouvernement, Sentence, Complices, Armes, Écosse, Couronne, Papisme, Chambre, Gentilhommes, Trahison, Banquet, Discours, Comte d'Argile, Duc de Monmouth
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Fermer
Résumé : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le roi convoque le Parlement anglais à Westminster et demande aux membres des deux chambres de prêter serment afin de protéger l'Église d'Angleterre et le gouvernement existant. Il évoque la menace des rebelles en Écosse, notamment le comte d'Argyll, qui le déclare usurpateur et tyran. Les rebelles, connus sous le nom de Covenanters, critiquent les actions du roi et appellent à rétablir la religion protestante. En Écosse, une révolte contre le papisme et le gouvernement arbitraire vise à défendre la religion protestante et les libertés. Le comte d'Argyll mobilise des troupes, mais est finalement capturé. En Angleterre, une conjuration pour assassiner le roi est découverte, entraînant l'exécution de Rumbold et du comte d'Argyll pour haute trahison. Le duc de Monmouth débarque dans le Dorset et incite à la rébellion, mais est repoussé et proclamé traître. Plusieurs affrontements opposent les troupes royales aux rebelles, notamment à Bristol et Bridgwater, où Monmouth est capturé et conduit à la Tour de Londres. Le Parlement approuve des subsides et des taxes pour soutenir le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 166-270
Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que je vous aye dit beaucoup de choses dans mes [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Hérésie, Erreurs calvinistes, Vérité catholique, Nouveaux convertis, Royaume de France, Déclarations, Arrêts, Édit de Nantes, Révocation de l'édit de Nantes, Piété, Zèle, Famille, Marquis, Interdictions, Religion protestante, Duc de Noailles, Église
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Quoy que je vous aye dit
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
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Résumé : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
En octobre 1685, la Chambre des Vacations du Parlement de Rouen a enregistré la révocation de l'Édit de Nantes, promulguée par le roi de France. Cette révocation visait à ramener les protestants à l'Église catholique, considérée comme la foi des rois de France. Elle fut justifiée par la violence passée des révoltes protestantes et présentée comme un acte de puissance, de clémence et de piété royale. Dans plusieurs régions, des conversions massives au catholicisme ont eu lieu. À Rouen, plus de mille personnes se sont converties immédiatement. À Caen, l'intendant Morangis a réussi à convertir une grande partie des protestants. À Sedan, le marquis de Saint-Germain a démoli un temple protestant et supervisé la conversion de plus de six cents personnes. Des conversions similaires ont été observées à Saint-Jean-d'Angély, Angoulême, Turenne, Argentac et Limoges, souvent facilitées par des conférences religieuses et des figures locales influentes. Des déclarations royales ont interdit l'exercice du protestantisme et permis la récupération des biens confisqués. Les officiers protestants devaient remettre leurs procurations pour leurs offices et étaient encouragés à se convertir pour conserver leurs fonctions. Les rassemblements secrets de protestants ont été interdits et surveillés par les autorités. Des conversions notables ont été signalées, notamment celles d'Alexandre l'Huillier et de François Forant. Le roi a exprimé sa satisfaction et promis de reconnaître les efforts des convertis. Le nonce papal a présenté un bref du pape, louant le roi comme un véritable roi chrétien. Les actions du roi ont été élogieuses lors des harangues d'ouverture des parlements et des cours de justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. *198-198
DE LA HAYE, le 6 Février.
Début :
Le mariage de la Princesse Caroline avec le Prince de Nassau-Weilbourg, vient d'être [...]
Mots clefs :
Mariage, Princesse Caroline, Union, Oppositions, Religion protestante, Célébration
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texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 6 Février.
DE LA HAYE , le 6 Février.
Le mariage de la Princeffe Caroline avec le
Prince de Naffau-Weilbourg , vient d'être agréé
par les Etats. Cette union , quoique recommandée
par la mere de cette Princeffe , dans fes derniers
momens , avoit éprouvé jufqu'ici de grandes
oppofitions , fondées fur un article du tefta
ment du feu Stathouder. Cet article porte expreffément
, que les femmes feront exclues du Stathouderat
, fi le Prince qu'elles épouleront n'eſt pas
de la Religion Proteftante, adoptée par les fept Provinces.
Le Prince de Naffau- Weilbourg fait profeffion
de la religion Luthérienne. Mais enfin ces
difficultés fe font applanies . Son mariage avec
la Princeffe Caroline, doit être déclaré le 4 du mois
prochain ; & la célébration fe fera le lendemain.
On fait de grands préparatifs pour cette fête.
Le mariage de la Princeffe Caroline avec le
Prince de Naffau-Weilbourg , vient d'être agréé
par les Etats. Cette union , quoique recommandée
par la mere de cette Princeffe , dans fes derniers
momens , avoit éprouvé jufqu'ici de grandes
oppofitions , fondées fur un article du tefta
ment du feu Stathouder. Cet article porte expreffément
, que les femmes feront exclues du Stathouderat
, fi le Prince qu'elles épouleront n'eſt pas
de la Religion Proteftante, adoptée par les fept Provinces.
Le Prince de Naffau- Weilbourg fait profeffion
de la religion Luthérienne. Mais enfin ces
difficultés fe font applanies . Son mariage avec
la Princeffe Caroline, doit être déclaré le 4 du mois
prochain ; & la célébration fe fera le lendemain.
On fait de grands préparatifs pour cette fête.
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Résumé : DE LA HAYE, le 6 Février.
Le 6 février à La Haye, le mariage de la princesse Caroline avec le prince de Nassau-Weilbourg a été approuvé. Cette union, recommandée par la mère de la princesse, avait suscité des oppositions en raison d'un article du testament du défunt stathouder, stipulant que les femmes ne peuvent accéder au stathoudérat si leur époux n'est pas protestant. Le prince étant luthérien, cette condition posait problème. Les difficultés ont été surmontées. Le mariage sera déclaré le 4 mars et célébré le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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