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251
p. 47-50
A MADAME DE M .....
Début :
Plusieurs Ouvrages galans que vous avez veus de M. Vignier, / J'Ay, Madame, une extréme passion de vous aller [...]
Mots clefs :
Passion, Constellations, Parlement, Chagrin, Magistrat, Cavaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE M .....
Plufieurs
Ouvrages galans
que vous avez veus de M.
Vignier,vous ont affez divertie
, pour me donner lieu de
croire , que vous lirez la Lettre
fuivante avec plaifir. Il
l'a écrite au commencement
de ce mois à une Dame
de fes Amies.
A MADAME DE M .....
IA
Ay, Madame , une extréme
paffion de vous aller
voir dans votre belle Mai48
MERCURE
fon de campagne ; mais les
pluyes continuelles qu'il fait
s'y oppofent , & me retiennent
icy ,
Où beaucoup de monde m'aſſure
Qu'ilfait plus beau centfois ,
Quand le mauvais temps dure,
Que dans vos Prez & dans vos Bois.-
Ce dernier mois a efté fi
gens
déreglé , que des
aufli
fuperftitieux que vous en
connoiffez , fe laifferoient
facilement perfuader , que
quelques Conftellations
favorables
à Noffeigneurs du
Parlement en font la caufe,
& diroient Peut
GALANT. 49
Peut- eftre que l'Efié pretend,
De ne faire fes diligences ,
Pour donner à chacun le plaifir qu'il
attend ,
Que quand on aura les Vacances.
Mais , Madame , cela ne
m'accommoderoit
pas ; je
ne pourrois joüir de ce beau
temps fans chagrin . Tous
ces Meffieurs partiront en
foule de Paris pour n'en perdre
aucun moment . Vous en
aurez plufieurs dans voſtre
Voifinage qui voudront en
profiter ; & fi je fortois d'icy
dans le mefme temps ,je vous
trouverois affiegée d'une
Aouft 1685.
E
50 MERCURE
partie de ces graves Magiftrats
, qui fçavent fi bien fe
défaire de leurs habits longs ,
& paroiſtre avec des Cravates
auffi Cavaliers que nous.
Ainfifoit aux Champs ,ſoit en ville,
Le foin que je prendrois ſeroit fort
inutile.
C'eſt pourquoy, Madame,
Ie croy qu'il vaut mieux quej'attede,
Que l'apre Saifon des frimas
Que tous ees Meffieurs n'aimēt pas,
Les rameine oùje les demande.
Le mauvais temps que tout le monde
craint,
Ne peut faire la guerre
Aux fleurs de voftre teint
Comme aux fleurs de vôtre Parè
terre.
Ouvrages galans
que vous avez veus de M.
Vignier,vous ont affez divertie
, pour me donner lieu de
croire , que vous lirez la Lettre
fuivante avec plaifir. Il
l'a écrite au commencement
de ce mois à une Dame
de fes Amies.
A MADAME DE M .....
IA
Ay, Madame , une extréme
paffion de vous aller
voir dans votre belle Mai48
MERCURE
fon de campagne ; mais les
pluyes continuelles qu'il fait
s'y oppofent , & me retiennent
icy ,
Où beaucoup de monde m'aſſure
Qu'ilfait plus beau centfois ,
Quand le mauvais temps dure,
Que dans vos Prez & dans vos Bois.-
Ce dernier mois a efté fi
gens
déreglé , que des
aufli
fuperftitieux que vous en
connoiffez , fe laifferoient
facilement perfuader , que
quelques Conftellations
favorables
à Noffeigneurs du
Parlement en font la caufe,
& diroient Peut
GALANT. 49
Peut- eftre que l'Efié pretend,
De ne faire fes diligences ,
Pour donner à chacun le plaifir qu'il
attend ,
Que quand on aura les Vacances.
Mais , Madame , cela ne
m'accommoderoit
pas ; je
ne pourrois joüir de ce beau
temps fans chagrin . Tous
ces Meffieurs partiront en
foule de Paris pour n'en perdre
aucun moment . Vous en
aurez plufieurs dans voſtre
Voifinage qui voudront en
profiter ; & fi je fortois d'icy
dans le mefme temps ,je vous
trouverois affiegée d'une
Aouft 1685.
E
50 MERCURE
partie de ces graves Magiftrats
, qui fçavent fi bien fe
défaire de leurs habits longs ,
& paroiſtre avec des Cravates
auffi Cavaliers que nous.
Ainfifoit aux Champs ,ſoit en ville,
Le foin que je prendrois ſeroit fort
inutile.
C'eſt pourquoy, Madame,
Ie croy qu'il vaut mieux quej'attede,
Que l'apre Saifon des frimas
Que tous ees Meffieurs n'aimēt pas,
Les rameine oùje les demande.
Le mauvais temps que tout le monde
craint,
Ne peut faire la guerre
Aux fleurs de voftre teint
Comme aux fleurs de vôtre Parè
terre.
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Résumé : A MADAME DE M .....
L'auteur souhaite rendre visite à Madame de M., mais les pluies incessantes l'en empêchent. Il préfère rester à Paris plutôt que de se rendre à la campagne, où il y aurait trop de monde profitant des vacances du Parlement. Il redoute également la présence de magistrats chez elle, ce qui rendrait sa visite inutile. Il décide donc d'attendre la fin de l'été pour lui rendre visite, lorsque les magistrats seront retournés à Paris. Il souligne que le mauvais temps n'altère pas la beauté de Madame de M., contrairement aux fleurs de son jardin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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252
p. 181-195
Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. du dernier mois, Dame Elisabeth Gabrielle Françoise Rouxel [...]
Mots clefs :
Dame de Médavy, Serment, Parlement, Dignité, Abbaye de Remiremont, Assemblée, Fille, Baron, Princesse, Abbesse, Audiences, Érudition, Chapitre, Esprit, Vertu, Archevêque, Comte, Chanoinesses, Établissement, Doyenne, Habillement, Procession
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texteReconnaissance textuelle : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23. du dernier mois , Dame
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
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Résumé : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23 août 1685, Élisabeth Gabrielle Françoise Rouxel de Médavy a prêté serment au Parlement de Metz pour devenir Secrétaire ou Sacristine de l'Illustre Collège, Chapitre et Abbaye de Remiremont. Elle avait été élue lors de l'assemblée du 16 juillet précédent, suite à un arrêt du Parlement. Cette élection faisait suite au décès de Dame Anne de Malin de Luz, dernière Secrétaire, survenu en avril 1684 après 48 ans de service. La succession a été marquée par des conflits, notamment entre Madame la Princesse de Salm, abbesse de Remiremont, qui soutenait Madame Christine de Salm, sa nièce, et le Chapitre de Remiremont, qui avait élu Madame de Médavy. Après plusieurs audiences et plaidoiries, le procureur général Corberon a conclu en faveur de Madame de Médavy. Une nouvelle élection a été ordonnée le 15 septembre 1685, confirmant son élection. Madame de Médavy est issue d'une famille illustre, fille de Guillaume de Rouxel de Médavy, Comte de Marey, et de Marie d'Achey. L'Abbaye de Remiremont, fondée par Romaric au début du septième siècle, compte plus de cinquante dames de haute qualité. Le texte décrit également les vêtements et pratiques des dignitaires féminines, comme l'Abbesse, la Doyenne et la Secrétaire, qui portent des manteaux et des couvre-chefs spécifiques. Lors de la fête de l'Invention de Saint Étienne, les dames d'église participent à une procession vers la cathédrale Saint-Étienne de Metz, chantant un motet et suivant un ordre précis. Lors de la dernière procession, une grosse cloche est tombée, endommageant deux planchers et une voûte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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253
p. 196-205
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Vostre aimable Amie, dont vous me demandez des nouvelles, a [...]
Mots clefs :
Voyage, Couvent, Province, Péril, Épouser, Affaire de coeur, Fuite , Travestissement, Enrôlement, Bravoure, Malheur, Amour lesbien, Passions, Désespoir, Libertinage, Innocence, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Voftre aimable Amie, dont
yous me demandez des nou
velles , a fait un Voyage de
deux mois, & eftde retour icy
depuis peu de jours. En rédát
vifite dans un Convent de
Province , on luy a fait voir
unePerfonne fort bien faite,
qui mene une vie tres-exemplaire,
aprés avoir couru dans
fes premieres années, le peril
du plus grand defordre ou
une Fille foit capable de
tomber. Son Pere la voulant
contraindre d'époufer
un Homme d'un âge fort
avancé, elle refifta à les voGALANT.
197
lontez , & comme il avoit
l'affaire à coeur , & qu'il
eftoit violent quand il s'em
portoit , il s'oublia tellement
dans les mauvais traitemens
qu'il luy fit fouffrir,
que perdant enfin patience ,
elle réfolut de fuir déguiſée
en Homme. Elle prit l'habit
d'un de fes Freres , avec
tout l'argent dont elle put
fe faifir , & cét habit démentant
fon fexe , elle s'éloigna
du lieu où eftoit fon Pere,
fans qu'il puft fçavoir ce qu'
elle eftoit devenuë . Elle paffa
quelque temps à voya
Riij
198 MERCURE
ger , & la fin de fon argent
la réduifant à chercher employ
, elle s'enrolla dans un
Regimet d'Infanterie , où elle
fervit cinq années entieres
en fimple Soldat , avec beaucoup
plus d'exactitude qu'-
aucun de fes Camarades ;
mais la gorge commençant
à paroiftre, un Sergent foupçonna
qu'elle eftoit Fille.
Il luy en dit quelque chofe,
& la crainte de voir éclatter
fon déguiſement , l'engagea
à deferter. Elle s'enrolla
dans le Regiment de
Tournaifis , & elle y fervit
GALANT. 169
avec tant d'application , &
de bravoure pendant deux
autres années , qu'elle fe fit
diftinguer dans toutes les
occafions qui fe prefenterent.
Elle le battit mefme
dans un combat fingulier
où elle eut tout l'avantage ;
& quoy qu'elle ne puſt ſe
défendre d'avoir de la liai
fon avec quelques -uns de
ceux de fon Regiment , elle
fe tint toûjours fi bien furt
fes gardes , que perfonne ne
s'apperceut de fon ſexe. Enfin
fon malheur voulut qu'étant
dans un lieu de Garni--
R iiij
200 MERCURE
fon , elle inſpira de l'amour
à la Fille de fon hofte. Elle
creut qu'elle en feroit quitte
pour fe divertir fecrettement
des avances que luy
faifoit cette Fille. Elle y répondoit
d'une maniere qui
donnoit lieu à des converfations
affez agréables , & ne
s'imaginant pas que la pudeur
permift à la Belle de
pouffer les chofes , elle rioit
des vaines prététions qu'elle
avoit formées , fans pouvoir
croire qu'elle deuft jamais
les expliquer. En effet il fe
pafla quelque temps fans
GALANT. 201
4
que les marques que cette
Fille luy donnoit de fon
amour , l'engageaffent à autre
chofe qu'à des complaifances
, & à quelques petits
foins qu'elle luy rendoit
avec plaifir ; mais enfin la
paffion de la belle fut fi viofente
, que ne pouvant plus
la moderer , elle découvrit à
fon prétendu Amant , la réfolution
qu'elle avoit prife
de l'époufer en fecret , fi
fon Pere à qui elle le pria de
la demander , ne vouloit pas
confentir à leur Mariage.
L'aimable Guerriere qu'une
202 MERCURE
déclaration fi peu attendue
mettoit dans un fort grand
embarras , fe creut obligée
de faire ceffer cét amour
aveugle qui l'expoferoit
à des perfecutions conti
nuelles , fi elle ne luy faifoit
pas connoiftre l'impoffi
bilité où elle eftoit d'y ré
pondre. Elle exigea d'elle
tous les fermens qu'elle jugea
neceffaires pour l'obliger
au fecret , & luy dit enfuite
qu'elle eftoit Fille comme
elle , ce qu'elle ne juftifia
que trop bien pour le repos
de la Belle . La connoifGALANT
203
fance qu'elle eut de fon fexe
la mit dans un defefpoir
inconcevable
. Elle ne pouvoit
luy pardonner , d'avoir
entretenu fon erreur un feul
moment; & quelques confeils
que luy donnaſt ſa raifon
, elle fe trouva incapable
de s'en fervir.. Ainfi
bien loin de luy garder le
fecret , elle prit plaifir à le
publier , & fon
tournant en haine , elle fit
croire qe'elle n'avoit déguifé
fon fexe que pour s'aban-
& fon amour fe
donner avec moins de retenuë
au libertinage & à la dé204
MERCURE
·
bauche. Le Commandant
fut inftruit de tout. Il la fit
>
venir , & elle luy avoüa ce
qui l'avoit obligée à fuir de
la Maifon de fon Pere , le
conjurant de s'informer de
tous ceux qui avoient eu
quelque pratique avec élle
s'ils avoient trouvé le
moindre déreglement dans
fa conduite. Son innocence
fut juftifiée , & elle demanda
avec tant d'inftance
qu'on la mift dans un Convent
, qu'elle y fut menée
quelques jours aprés. C'eſt
où voftre Amie l'a veuë.
GALANT 205
Elle a appris d'elle-mefme
tout ce que je viens de vous
conter. Vous jugez bien
qu'on donna avis au Pere
de toute fon Avanture , &
qu'il ne s'oppofa pas au deffein
d'une retraite qui ferme
la bouche à la médifance.
yous me demandez des nou
velles , a fait un Voyage de
deux mois, & eftde retour icy
depuis peu de jours. En rédát
vifite dans un Convent de
Province , on luy a fait voir
unePerfonne fort bien faite,
qui mene une vie tres-exemplaire,
aprés avoir couru dans
fes premieres années, le peril
du plus grand defordre ou
une Fille foit capable de
tomber. Son Pere la voulant
contraindre d'époufer
un Homme d'un âge fort
avancé, elle refifta à les voGALANT.
197
lontez , & comme il avoit
l'affaire à coeur , & qu'il
eftoit violent quand il s'em
portoit , il s'oublia tellement
dans les mauvais traitemens
qu'il luy fit fouffrir,
que perdant enfin patience ,
elle réfolut de fuir déguiſée
en Homme. Elle prit l'habit
d'un de fes Freres , avec
tout l'argent dont elle put
fe faifir , & cét habit démentant
fon fexe , elle s'éloigna
du lieu où eftoit fon Pere,
fans qu'il puft fçavoir ce qu'
elle eftoit devenuë . Elle paffa
quelque temps à voya
Riij
198 MERCURE
ger , & la fin de fon argent
la réduifant à chercher employ
, elle s'enrolla dans un
Regimet d'Infanterie , où elle
fervit cinq années entieres
en fimple Soldat , avec beaucoup
plus d'exactitude qu'-
aucun de fes Camarades ;
mais la gorge commençant
à paroiftre, un Sergent foupçonna
qu'elle eftoit Fille.
Il luy en dit quelque chofe,
& la crainte de voir éclatter
fon déguiſement , l'engagea
à deferter. Elle s'enrolla
dans le Regiment de
Tournaifis , & elle y fervit
GALANT. 169
avec tant d'application , &
de bravoure pendant deux
autres années , qu'elle fe fit
diftinguer dans toutes les
occafions qui fe prefenterent.
Elle le battit mefme
dans un combat fingulier
où elle eut tout l'avantage ;
& quoy qu'elle ne puſt ſe
défendre d'avoir de la liai
fon avec quelques -uns de
ceux de fon Regiment , elle
fe tint toûjours fi bien furt
fes gardes , que perfonne ne
s'apperceut de fon ſexe. Enfin
fon malheur voulut qu'étant
dans un lieu de Garni--
R iiij
200 MERCURE
fon , elle inſpira de l'amour
à la Fille de fon hofte. Elle
creut qu'elle en feroit quitte
pour fe divertir fecrettement
des avances que luy
faifoit cette Fille. Elle y répondoit
d'une maniere qui
donnoit lieu à des converfations
affez agréables , & ne
s'imaginant pas que la pudeur
permift à la Belle de
pouffer les chofes , elle rioit
des vaines prététions qu'elle
avoit formées , fans pouvoir
croire qu'elle deuft jamais
les expliquer. En effet il fe
pafla quelque temps fans
GALANT. 201
4
que les marques que cette
Fille luy donnoit de fon
amour , l'engageaffent à autre
chofe qu'à des complaifances
, & à quelques petits
foins qu'elle luy rendoit
avec plaifir ; mais enfin la
paffion de la belle fut fi viofente
, que ne pouvant plus
la moderer , elle découvrit à
fon prétendu Amant , la réfolution
qu'elle avoit prife
de l'époufer en fecret , fi
fon Pere à qui elle le pria de
la demander , ne vouloit pas
confentir à leur Mariage.
L'aimable Guerriere qu'une
202 MERCURE
déclaration fi peu attendue
mettoit dans un fort grand
embarras , fe creut obligée
de faire ceffer cét amour
aveugle qui l'expoferoit
à des perfecutions conti
nuelles , fi elle ne luy faifoit
pas connoiftre l'impoffi
bilité où elle eftoit d'y ré
pondre. Elle exigea d'elle
tous les fermens qu'elle jugea
neceffaires pour l'obliger
au fecret , & luy dit enfuite
qu'elle eftoit Fille comme
elle , ce qu'elle ne juftifia
que trop bien pour le repos
de la Belle . La connoifGALANT
203
fance qu'elle eut de fon fexe
la mit dans un defefpoir
inconcevable
. Elle ne pouvoit
luy pardonner , d'avoir
entretenu fon erreur un feul
moment; & quelques confeils
que luy donnaſt ſa raifon
, elle fe trouva incapable
de s'en fervir.. Ainfi
bien loin de luy garder le
fecret , elle prit plaifir à le
publier , & fon
tournant en haine , elle fit
croire qe'elle n'avoit déguifé
fon fexe que pour s'aban-
& fon amour fe
donner avec moins de retenuë
au libertinage & à la dé204
MERCURE
·
bauche. Le Commandant
fut inftruit de tout. Il la fit
>
venir , & elle luy avoüa ce
qui l'avoit obligée à fuir de
la Maifon de fon Pere , le
conjurant de s'informer de
tous ceux qui avoient eu
quelque pratique avec élle
s'ils avoient trouvé le
moindre déreglement dans
fa conduite. Son innocence
fut juftifiée , & elle demanda
avec tant d'inftance
qu'on la mift dans un Convent
, qu'elle y fut menée
quelques jours aprés. C'eſt
où voftre Amie l'a veuë.
GALANT 205
Elle a appris d'elle-mefme
tout ce que je viens de vous
conter. Vous jugez bien
qu'on donna avis au Pere
de toute fon Avanture , &
qu'il ne s'oppofa pas au deffein
d'une retraite qui ferme
la bouche à la médifance.
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Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Une jeune femme a échappé à un mariage forcé avec un homme âgé en se déguisant en homme pour rejoindre un régiment d'infanterie. Elle y a servi pendant cinq ans avant que sa véritable identité ne soit suspectée. Par la suite, elle a intégré le régiment de Tournai, où elle s'est illustrée par sa bravoure. Sa couverture a été compromise lorsque une jeune fille, chez qui elle logeait, s'est éprise d'elle et a révélé son secret. Forcée d'avouer son sexe, elle a été publiquement dévoilée. Son innocence ayant été confirmée, elle a exprimé le souhait de se retirer dans un couvent, où elle réside désormais. Cette histoire a été rapportée par une amie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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254
p. 296-301
Lettre d'un Academ. de Ricovrati. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay mandé que M. le Duc de Saint Aignan / MONSEIGNEUR, L'honneur que vostre Grandeur veut bien faire [...]
Mots clefs :
Honneur, Académie, Amis, Qualités, Empire, Duc, Louis le Grand, Lauriers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Academ. de Ricovrati. [titre d'après la table]
Je vous ay mandé que M.
le Duc de Saint Aignan
avoit efté aggregé à l'Académie
de Padouë , avec de
fort grands honneurs Voi
GALANT. 297
cy ce que M. Patin luy a
écrit là deffus de la part de
ceux qui compofent cette il
luftre Académie .
MONSEIGNEUR,
L'honneur que voftre Grandeur
veut bien faire à l'Academie
des Ricovrati , a fait le
mefme effet dans toutes fes parties
, queje l'avois d'abord reffenty
, lors que mes Amis me l'ont
fait fçavoir. On y eftoit pleine
ment informé de vos héroïques
qualitez. On y fçavoit qu'elles
Dous font aller de pair avec ce
298 MERCURE
ne reconnoit
Jules Cefar , qu'on
pas moins dans la Republique des
Lettres , que dans l'Empire du
monde;mais on n'y avoit ofe efperer
qu'un Duc & Pair de France,
un Protecteur de l'Academie
d'Arles , & un Homme confideré
de LourS LE GRAND ,
euft voulu mefler fon Nom avec
le noftre , & fe venir délaffer
fous les Lauriers de noftre petit
Parnaffe , aprés en avoir tant recueillyfur
l'Olimpe. Augufte ne
dédaigna pas autrefois d'eftre
Conful d'une petite Ville en Sicile
, & je ne çay que cét exemple
de genereufe modeftie , qui ait
quel
GALANT. 299
quelque rapport à la voſtre. Notre
Academie l'a admirée ,
m'a donné charge en mefme temps
de remercier V. G. de l'honneur
qu'elle luy fait de vouloir bien
accepter le titre d'Academico
Ricovrato , dont elle luy envoye
le témoignage. Elle prend
cette occafion de la prier d'eftre
fortement perfuadée que l'Acade
mie Fronçoife ny celle d'Arles
n'auront jamais pour V. G. ny
plus d'eftime ny plus de respect
qu'elle en a pour vous ,
celles là ne l'emporteront fur la
noftre , que par de plus grandes
& de plus frequentes occafions de
Aoust1685.
世
Bb
que
300 MERCURE
reconnoiffance. Je fuis , Mon-
Seigneur,
D. V. G.
Le tres-humble & tresobeïffant
ferviteur
PATIN.
Les louanges que l'on
donne icy à M. de Saint Aignan
, ne doivent pas vous
furprendre. On a raiſon de
louer ce Duc , & on le peut
faire par tant d'endroits,
que fi l'on parloit de luy
auffi fouvent que ce qu'il
fait de louable donne fujet
d'en parler , on ne finiroit
jamais fur ce qu'il en fauGALANT.
301
droit dire. Il a fait depuis
un mois diverſes Chanſons,
& d'autres Ouvrages galants
In promptu , pour les
plus Auguftes Perfonnes de
la terre . On les a écoutez
avec beaucoup de plaifir,
mais comme ils ont efté faits
pour des divertiſſemens de
Cabinet, & que ce qu'on fait
pour ces lieux là en fort rarement
, ils ne font pas venus
jufqu'à moy.
le Duc de Saint Aignan
avoit efté aggregé à l'Académie
de Padouë , avec de
fort grands honneurs Voi
GALANT. 297
cy ce que M. Patin luy a
écrit là deffus de la part de
ceux qui compofent cette il
luftre Académie .
MONSEIGNEUR,
L'honneur que voftre Grandeur
veut bien faire à l'Academie
des Ricovrati , a fait le
mefme effet dans toutes fes parties
, queje l'avois d'abord reffenty
, lors que mes Amis me l'ont
fait fçavoir. On y eftoit pleine
ment informé de vos héroïques
qualitez. On y fçavoit qu'elles
Dous font aller de pair avec ce
298 MERCURE
ne reconnoit
Jules Cefar , qu'on
pas moins dans la Republique des
Lettres , que dans l'Empire du
monde;mais on n'y avoit ofe efperer
qu'un Duc & Pair de France,
un Protecteur de l'Academie
d'Arles , & un Homme confideré
de LourS LE GRAND ,
euft voulu mefler fon Nom avec
le noftre , & fe venir délaffer
fous les Lauriers de noftre petit
Parnaffe , aprés en avoir tant recueillyfur
l'Olimpe. Augufte ne
dédaigna pas autrefois d'eftre
Conful d'une petite Ville en Sicile
, & je ne çay que cét exemple
de genereufe modeftie , qui ait
quel
GALANT. 299
quelque rapport à la voſtre. Notre
Academie l'a admirée ,
m'a donné charge en mefme temps
de remercier V. G. de l'honneur
qu'elle luy fait de vouloir bien
accepter le titre d'Academico
Ricovrato , dont elle luy envoye
le témoignage. Elle prend
cette occafion de la prier d'eftre
fortement perfuadée que l'Acade
mie Fronçoife ny celle d'Arles
n'auront jamais pour V. G. ny
plus d'eftime ny plus de respect
qu'elle en a pour vous ,
celles là ne l'emporteront fur la
noftre , que par de plus grandes
& de plus frequentes occafions de
Aoust1685.
世
Bb
que
300 MERCURE
reconnoiffance. Je fuis , Mon-
Seigneur,
D. V. G.
Le tres-humble & tresobeïffant
ferviteur
PATIN.
Les louanges que l'on
donne icy à M. de Saint Aignan
, ne doivent pas vous
furprendre. On a raiſon de
louer ce Duc , & on le peut
faire par tant d'endroits,
que fi l'on parloit de luy
auffi fouvent que ce qu'il
fait de louable donne fujet
d'en parler , on ne finiroit
jamais fur ce qu'il en fauGALANT.
301
droit dire. Il a fait depuis
un mois diverſes Chanſons,
& d'autres Ouvrages galants
In promptu , pour les
plus Auguftes Perfonnes de
la terre . On les a écoutez
avec beaucoup de plaifir,
mais comme ils ont efté faits
pour des divertiſſemens de
Cabinet, & que ce qu'on fait
pour ces lieux là en fort rarement
, ils ne font pas venus
jufqu'à moy.
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Résumé : Lettre d'un Academ. de Ricovrati. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'intégration du Duc de Saint Aignan à l'Académie des Ricovrati de Padoue, un événement honorifique. Monsieur Patin, dans une lettre au Duc, exprime la gratitude de l'Académie pour cet honneur et loue les qualités héroïques et les contributions littéraires du Duc. Patin souligne que l'Académie connaissait déjà les mérites du Duc et admire sa modestie, la comparant à celle d'Auguste. L'Académie décerne au Duc le titre d'Académicien Ricovrato et affirme lui porter un grand respect. Patin conclut en soulignant que les éloges adressés au Duc sont justifiés par ses nombreuses réalisations, notamment la création récente de chansons et d'autres œuvres littéraires appréciées par des personnes de haut rang. Ces œuvres, destinées à des divertissements privés, n'ont pas été largement diffusées.
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255
p. 301-303
Theses d'une invention singuliere. [titre d'après la table]
Début :
M. du Four, Professeur en Rhétorique au College d'Harcourt, fit [...]
Mots clefs :
Professeur, Rhétorique, Collège d'Harcourt, Thèses, Gentilhomme, Tragédie, Géographie, Écriture, Nonce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theses d'une invention singuliere. [titre d'après la table]
M. du Four, Profeffeur en
Rhétorique au College
d'Harcourt , fit foûtenir le
io. de ce mois des Théfes
Bb ij
202 MERCURE
vence ,
fort fingulieres. M. Ricard
fut le foûtenant. C'eſt un
jeune Gentilhomme de Proâgé
feulement de
quatorze ans. Il répondit
fur toute la Rhétorique , fur
la Tragédie,fur le Blafon, fur
la Sphere,fur la Geographie,
fur l'Hiftoire Sainte & Prophane,
fur lesContradictions
de l'Ecriture touchant la
Chronologie , & fur d'autres
matieres égalemét curieuſes
& utiles. Il fatisfit avec tant
de feu & de netteté d'eſprit à
toutes les objections qui luy
furent faites , qu'on ne fut
GALANT. 303
pas étonné de luy voir faire
à l'arrivée de M. le Nonce,
une courte , mais fort exa-
&te récapitulation de tout
ce qu'il avoit répondu aux
difficultez qu'on luy avoit
oppofées .L'Affemblée eftoit
compofée de plufieurs Prélats
, & de quantité d'autres
Perfonnes confiderables, qui
avoüerent qu'on ne pouvoit
poffeder plus folidement
toutes ces matieres .
Rhétorique au College
d'Harcourt , fit foûtenir le
io. de ce mois des Théfes
Bb ij
202 MERCURE
vence ,
fort fingulieres. M. Ricard
fut le foûtenant. C'eſt un
jeune Gentilhomme de Proâgé
feulement de
quatorze ans. Il répondit
fur toute la Rhétorique , fur
la Tragédie,fur le Blafon, fur
la Sphere,fur la Geographie,
fur l'Hiftoire Sainte & Prophane,
fur lesContradictions
de l'Ecriture touchant la
Chronologie , & fur d'autres
matieres égalemét curieuſes
& utiles. Il fatisfit avec tant
de feu & de netteté d'eſprit à
toutes les objections qui luy
furent faites , qu'on ne fut
GALANT. 303
pas étonné de luy voir faire
à l'arrivée de M. le Nonce,
une courte , mais fort exa-
&te récapitulation de tout
ce qu'il avoit répondu aux
difficultez qu'on luy avoit
oppofées .L'Affemblée eftoit
compofée de plufieurs Prélats
, & de quantité d'autres
Perfonnes confiderables, qui
avoüerent qu'on ne pouvoit
poffeder plus folidement
toutes ces matieres .
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Résumé : Theses d'une invention singuliere. [titre d'après la table]
Le 20 mars, M. du Four a supervisé la soutenance de thèses au Collège d'Harcourt. Le principal candidat, M. Ricard, 14 ans, a répondu à des questions sur la rhétorique, la tragédie, le blason, la géographie, l'histoire et la chronologie biblique. Il a impressionné l'assemblée par sa maîtrise et sa clarté. L'assemblée, incluant plusieurs prélats, a reconnu la solidité de ses connaissances.
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256
p. 303-308
Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay de l'Action que M. l'Abbé de Lorraine [...]
Mots clefs :
Abbé de Lorraine, Sorbonne, Thèses, Assemblée générale du Clergé de France, Discours, Prince, Église universelle, Hérésie, Ennemis, Monarque, Religion catholique, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Quand je vous parlay de
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
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Résumé : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lorraine a présenté ses thèses devant les prélats et députés de l'Assemblée Générale du Clergé de France à Saint-Germain-en-Laye. Dans un discours en latin, il a invité ces dignitaires à assister à ses premiers essais théologiques, tout en respectant leurs engagements actuels. Il a souligné l'engagement du roi à protéger l'Église universelle et à combattre l'hérésie, comparant cet effort aux victoires militaires en Flandre, en Allemagne, en Hollande et en Afrique. L'Abbé a également rendu hommage à l'archevêque de Paris, le qualifiant de principal défenseur de la religion catholique après le roi. Il a loué sa vigilance, ses efforts constants contre l'hérésie et sa loyauté envers le roi. Les mérites de l'archevêque ont été décrits comme surpassant ceux de ses ancêtres, grâce à sa délicatesse d'esprit, sa profondeur, sa facilité et sa pénétration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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257
p. 310-311
Noms de ceux qui l'ont devinée. [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui l'ont expliquée sur Genes soumise, sont Mrs Vignier, Giraut de [...]
Mots clefs :
Réponses, Explications, Liste de noms
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texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui l'ont devinée. [titre d'après la table]
Ceux qui l'ont expliquée
fur Genes foumife , font M'S
Vignier , Giraut de Sainville,
de la Tronche de Rouen,
GALANT. 311
Hutuge d'Orleans , demeurant
à Mets , ces quatre en
Vers , P. Carrier de Rouen,
l'Epinay Buret , de Vitré ; la
Beauté de Chalons fur Saol'Infenfible
de Monne
;
talte , & la Fidelle Solitaire
defolée.
On a expliqué cette mefme
Hiſtoire énigmatique fur
la Montre.
fur Genes foumife , font M'S
Vignier , Giraut de Sainville,
de la Tronche de Rouen,
GALANT. 311
Hutuge d'Orleans , demeurant
à Mets , ces quatre en
Vers , P. Carrier de Rouen,
l'Epinay Buret , de Vitré ; la
Beauté de Chalons fur Saol'Infenfible
de Monne
;
talte , & la Fidelle Solitaire
defolée.
On a expliqué cette mefme
Hiſtoire énigmatique fur
la Montre.
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258
p. 322-3[2]6
« L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...] »
Début :
L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...]
Mots clefs :
Provinces, Remèdes, Apothicaire, Assemblée, Antidote, Palpitations, Accidents, Poudre de vipère, Sueurs, Guérison
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texteReconnaissance textuelle : « L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...] »
L'avantage que Paris a de
donner
GALANT. 3T3
donner aux Provinces le modele
de toutes chofes , s'étend
jufque fur les Remedes,
puis qu'à l'exemple de cette
grande Ville, on prépara publiquement
à Rouen la Theriaque
le 15. de Juillet. Mais
ce qu'il y eut de fingulier
fut que le fieur Quillebeuf
Apotiquaire , s'eftant attiré
l'approbation generale d'une
fçavante Aſſemblée , par
la démonftraction exacte
qu'il fit des Remedes qui en
trent dans cette compofition
, tous dans leur pureté,
il, fut obligé le lendemain
Aouſt 1685.
Dd
>
314 MERCURE
d'en faire l'épreuve fur luymême,
& il la fit tres -heureufement
; car comme il travailloit
à la preparation des
Viperes, qui entrent en tresgrand
nombre dans cet Antidote
, il y en eut une qui
luy mordit le doigt , & luy
enfonça fi avant les dents,
qu'on nomme Canines, qu'il
fortit de chaque playe plufieurs
goutes de fang. Peu de
momens aprés , le doigt luy
enfla prodigieufement, & devint
tout livide.L'enflure ac
compagnée d'une grande
douleur, s'étendit fort promGALANT.
315
ptement vers le bras , l'épau
le & le fein! Il eut des palpitations
de coeur frequentes,
fon poux fut bien - toft intermittent
, il fut faifi de fincopes,
& fe fentit tres-affou
py. Tous ces accidens ne le
déconcerterent point , il fit
promptement écrafer la Vipere
qui l'avoit mordu , & ſe
la fit appliquer fur le doigt ,
mais fans foulagement . Il
prit en moins de vingt- quatre
heures demie once de
Theriaque en plufieurs dofes
, autant de poudre de Vipere
, une dragme de leur
Dd ij
316 MERCURE
fel volatil , & de fel de chardon
benit ', par l'avis de M.
du Perray , un des premiers
Medecins de Roüen ; ce qui
ayant caufé au fieur Quillebeuf
des fueurs tres -abondantes
, diffipa l'enflure , la
douleur, & tous les accidens
facheux dont il eftoit attaque.
Rien affuremét ne peut
mieux faire voir & l'activité
du venin de la Vipere , & la
force de la Theriaque .
donner
GALANT. 3T3
donner aux Provinces le modele
de toutes chofes , s'étend
jufque fur les Remedes,
puis qu'à l'exemple de cette
grande Ville, on prépara publiquement
à Rouen la Theriaque
le 15. de Juillet. Mais
ce qu'il y eut de fingulier
fut que le fieur Quillebeuf
Apotiquaire , s'eftant attiré
l'approbation generale d'une
fçavante Aſſemblée , par
la démonftraction exacte
qu'il fit des Remedes qui en
trent dans cette compofition
, tous dans leur pureté,
il, fut obligé le lendemain
Aouſt 1685.
Dd
>
314 MERCURE
d'en faire l'épreuve fur luymême,
& il la fit tres -heureufement
; car comme il travailloit
à la preparation des
Viperes, qui entrent en tresgrand
nombre dans cet Antidote
, il y en eut une qui
luy mordit le doigt , & luy
enfonça fi avant les dents,
qu'on nomme Canines, qu'il
fortit de chaque playe plufieurs
goutes de fang. Peu de
momens aprés , le doigt luy
enfla prodigieufement, & devint
tout livide.L'enflure ac
compagnée d'une grande
douleur, s'étendit fort promGALANT.
315
ptement vers le bras , l'épau
le & le fein! Il eut des palpitations
de coeur frequentes,
fon poux fut bien - toft intermittent
, il fut faifi de fincopes,
& fe fentit tres-affou
py. Tous ces accidens ne le
déconcerterent point , il fit
promptement écrafer la Vipere
qui l'avoit mordu , & ſe
la fit appliquer fur le doigt ,
mais fans foulagement . Il
prit en moins de vingt- quatre
heures demie once de
Theriaque en plufieurs dofes
, autant de poudre de Vipere
, une dragme de leur
Dd ij
316 MERCURE
fel volatil , & de fel de chardon
benit ', par l'avis de M.
du Perray , un des premiers
Medecins de Roüen ; ce qui
ayant caufé au fieur Quillebeuf
des fueurs tres -abondantes
, diffipa l'enflure , la
douleur, & tous les accidens
facheux dont il eftoit attaque.
Rien affuremét ne peut
mieux faire voir & l'activité
du venin de la Vipere , & la
force de la Theriaque .
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Résumé : « L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...] »
En juillet 1685 à Rouen, l'apothicaire Quillebeuf a préparé publiquement la thériaque, un remède médicinal, devant une assemblée savante. Le 1er août 1685, lors de la manipulation de vipères pour ce remède, Quillebeuf a été mordu par une vipère, entraînant une enflure rapide et une lividité de son doigt, qui se sont étendues à son bras, son épaule et son sein. Il a également ressenti des palpitations cardiaques, une respiration intermittente, des syncopes et une grande faiblesse. Malgré ses efforts pour traiter la morsure en écrasant la vipère et en appliquant son corps sur la plaie, les symptômes ont persisté. Sur les conseils du médecin Du Perray, Quillebeuf a ingéré une dose de thériaque, de poudre de vipère, de fiel volatil et de fiel de chardon bénit. Ce traitement a provoqué des sueurs abondantes, dissipant ainsi l'enflure, la douleur et les autres symptômes. Cet incident a démontré l'efficacité de la thériaque contre le venin de vipère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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259
p. 1-23
Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il ne me sera pas difficile, Madame, de vous convaincre que [...]
Mots clefs :
Coadjuteur, Harangue, Roi, Éloge, Éloquence, Assemblée du Clergé, Souverain, Religion, Piété, Ennemis, Zèle, Bonté, Sagesse, Victoire, Action héroïque, Hérésie, Conversions, Erreurs, Hydre, Lois, Vengeance, Honneur, Religion catholique, Édit de Nantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
L ne me fera pas difficile,
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
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Résumé : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une lettre célèbre la harangue du Coadjuteur de Rouen adressée au roi, qualifiée d'une des plus remarquables récemment entendues. Cette harangue, prononcée devant les archevêques, évêques et députés de l'Assemblée du Clergé, célèbre la restauration de la religion catholique en France sous le règne du roi. Le clergé exprime sa reconnaissance et sa joie, soulignant que la religion a retrouvé sa gloire grâce à la piété du souverain. Le discours met en avant les vertus royales telles que la bienveillance, la libéralité, la magnanimité, la fidélité, la fermeté contre l'injustice, la droiture et l'équité. Le roi est également respecté pour sa sagesse et ses victoires militaires. Le clergé souligne la piété du roi, qui a combattu pour Dieu, étendu la foi et réprimé l'hérésie. Sa puissance maintient les voisins en respect et empêche les hérétiques de se révolter. Le roi a mis fin à la guerre pour promouvoir la religion et convertir les âmes égarées. Le Mercure Galant souligne la douceur et la sagesse du roi dans la gestion des hérétiques, préférant la persuasion aux méthodes brutales. Le clergé exprime sa gratitude pour les mesures royales qui ont ramené les égarés dans le sein de l'Église sans violence excessive. Le texte met en lumière les efforts du roi pour restaurer la piété et les bonnes mœurs, réduisant ainsi les scandales publics et protégeant les âmes faibles. Le clergé reconnaît la protection royale et assure qu'il ne fera plus de remontrances, se contentant de bénéficier des grâces royales. Il exprime son intention de propager les louanges du roi à travers le royaume et de prier pour lui. Le Coadjuteur de Rouen souligne le zèle du roi pour corriger les abus post-Édit de Nantes et rétablir l'ordre religieux, des actions admirées par l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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260
p. 47-51
Tableaux faits pour le Roy, par Mr Mignard & par Mr le Brun. [titre d'après la table]
Début :
La passion que le Roy a pour les beaux Arts, le soin [...]
Mots clefs :
Passion, Roi, Dépenses, Arts, Peintres, Chef-d'oeuvres, M. le Brun, M. Mignard, Ouvrages, Talents
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texteReconnaissance textuelle : Tableaux faits pour le Roy, par Mr Mignard & par Mr le Brun. [titre d'après la table]
La paffion que le Roy a
pour les beaux Arts , le foin
qu'il a pris pour les faire fleu,
rir, les dépenfes qu'il a faites
pour tout ce qui les regarde,
& les récompenfes qu'il a
données à ceux qui ont ex
cellé par deffus les autres
jointes aux marques de diftinction
dont il les a hono
rez , ont efté canfe que depuis
fon Regne les Arts ont
efté portez en France , au
5
48 MERCURE
plus haut point où ils puiſ
fentaller , eftant certain que
dans toute l'Europe , fans en
excepter l'Italie , on ne fçau
roit trouver aujourd'huy
d'auffi grands Peintres &
d'auffi fameux Sculpteurs
qu'il y en a prefentement
dans le Royaume. Leurs Ou
vrages font de ce bon gouft
antique , qui a receu l'ap.
plaudiffement de tous les Sie
cles ; & l'on peut dire qu'il
ne leur manque que le nom
bre des années pour les faire
peut-eftre plus eftimer que
quantité de Chef- d'oeuvres
que
GALANT. 49
que la Grece & l'ancien
a
ne Rome ont tant vantez.
Tels font ceux de M. le Brun
& de M. Mignard , qui pour
meriter l'eftime du Roy , &
répondre à l'amour que ce
Monarque a pour les beaux
Arts , ont travaillé avec tant
de foin , d'application & de
fuccés , qu'ils ont remply
toute la Terre de leur reputation
. Ainfi c'est au Roy
feul que la pofterité devra
leurs Ouvrages , puis que le
defir de plaire à Sa Majeſté
leur a , pour ainfi dire , infpiré
les talens neceffaires
Septembre 1685.
E
50 MERCURE
pour les faire` auffi beaux
qu'ils font. M. Mignard ,
ayant fait , il y a quelque
temps , pour M. le Marquis
de Seignelay , un Tableau
dont je vous ay déja parlé ,
& qui reprefente noftre Seigneur
qui porte fa Croix , au
lieu defigné pour fon Supplice
, il fut trouvé fi beau ,
que ce Marquis en fit prefent
à Sa Majefté
; qui voulant
en avoir un autre de la
mefme grandeur pour l'accompagner
; ce que les Peintres
& les Curieux appellent
Pendant d'oreille , fit l'hon-
番
GALANT. FI
·
neur de commander à M.
le Brun de luy faire le Cru
cifiement. Il s'en eſt acquitté
fi heureusement , &
en a receu de fi grands applaudiffemens
de tout ce que
l'Europe a de plus illuftre &
de plus habile , qu'il me feroit
malaifé de vous les décrire.
Voilà l'hiftoire de ces
deux Tableaux , dont on a
tant parlé , & fi avantageufement
pour la gloire de la
France , & pour leurs Autheurs
.
pour les beaux Arts , le foin
qu'il a pris pour les faire fleu,
rir, les dépenfes qu'il a faites
pour tout ce qui les regarde,
& les récompenfes qu'il a
données à ceux qui ont ex
cellé par deffus les autres
jointes aux marques de diftinction
dont il les a hono
rez , ont efté canfe que depuis
fon Regne les Arts ont
efté portez en France , au
5
48 MERCURE
plus haut point où ils puiſ
fentaller , eftant certain que
dans toute l'Europe , fans en
excepter l'Italie , on ne fçau
roit trouver aujourd'huy
d'auffi grands Peintres &
d'auffi fameux Sculpteurs
qu'il y en a prefentement
dans le Royaume. Leurs Ou
vrages font de ce bon gouft
antique , qui a receu l'ap.
plaudiffement de tous les Sie
cles ; & l'on peut dire qu'il
ne leur manque que le nom
bre des années pour les faire
peut-eftre plus eftimer que
quantité de Chef- d'oeuvres
que
GALANT. 49
que la Grece & l'ancien
a
ne Rome ont tant vantez.
Tels font ceux de M. le Brun
& de M. Mignard , qui pour
meriter l'eftime du Roy , &
répondre à l'amour que ce
Monarque a pour les beaux
Arts , ont travaillé avec tant
de foin , d'application & de
fuccés , qu'ils ont remply
toute la Terre de leur reputation
. Ainfi c'est au Roy
feul que la pofterité devra
leurs Ouvrages , puis que le
defir de plaire à Sa Majeſté
leur a , pour ainfi dire , infpiré
les talens neceffaires
Septembre 1685.
E
50 MERCURE
pour les faire` auffi beaux
qu'ils font. M. Mignard ,
ayant fait , il y a quelque
temps , pour M. le Marquis
de Seignelay , un Tableau
dont je vous ay déja parlé ,
& qui reprefente noftre Seigneur
qui porte fa Croix , au
lieu defigné pour fon Supplice
, il fut trouvé fi beau ,
que ce Marquis en fit prefent
à Sa Majefté
; qui voulant
en avoir un autre de la
mefme grandeur pour l'accompagner
; ce que les Peintres
& les Curieux appellent
Pendant d'oreille , fit l'hon-
番
GALANT. FI
·
neur de commander à M.
le Brun de luy faire le Cru
cifiement. Il s'en eſt acquitté
fi heureusement , &
en a receu de fi grands applaudiffemens
de tout ce que
l'Europe a de plus illuftre &
de plus habile , qu'il me feroit
malaifé de vous les décrire.
Voilà l'hiftoire de ces
deux Tableaux , dont on a
tant parlé , & fi avantageufement
pour la gloire de la
France , & pour leurs Autheurs
.
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Résumé : Tableaux faits pour le Roy, par Mr Mignard & par Mr le Brun. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière l'engagement du roi pour les arts en France, soulignant son soutien financier et ses récompenses aux artistes. Cette passion royale a permis aux arts français d'atteindre un niveau exceptionnel, rivalisant avec ceux de l'Italie. Les œuvres des peintres français, tels que Charles Le Brun et Pierre Mignard, sont particulièrement remarquées pour leur qualité et leur renommée internationale. Le roi a commandé à Le Brun un tableau représentant la crucifixion, destiné à compléter une œuvre de Mignard montrant Jésus portant sa croix, laquelle était destinée au marquis de Seignelay. Ces tableaux ont été acclamés par les experts européens. Le texte se conclut en septembre 1685.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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261
p. 51-91
LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre touchant le / MONSIEUR, Pour continuer nostre commerce de Lettres, je vay vous [...]
Mots clefs :
Croix, Tableau, Sauveur, M. le Brun, M. Mignard, Expression du visage, Soldats, Enfants, Dieu, Douleur, Mouvements, Spectacles, Corps, Ville de Jérusalem
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Il m'eft tombé entre les
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
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Résumé : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Le texte décrit le dernier tableau de Charles Le Brun pour le roi, représentant la Crucifixion du Christ. Au centre de la scène, le Christ est attaché à une croix légèrement inclinée, affichant une expression de majesté et de bonté malgré ses souffrances. Les détails anatomiques sont précis, et plusieurs figures entourent le Christ, notamment la Vierge Marie, saint Jean, et des femmes pieuses, toutes exprimant une profonde affliction. La Vierge Marie est particulièrement mise en avant pour sa douleur mêlée de confiance divine. Le tableau respecte les traditions théologiques et artistiques, utilisant quatre clous pour fixer les pieds du Christ à la croix. Saint Jean apparaît troublé, tandis que la Madeleine est en proie à une douleur intense. La croix, de forme particulière ressemblant à la lettre grecque Tau, est en cours d'érection sur le Calvaire par six hommes, dont un soldat romain. La croix de Jésus mesure cinquante coudées, permettant à la Vierge Marie de baiser les pieds de son fils. La disposition des quatre faces de la croix a servi de modèle aux premiers architectes chrétiens pour structurer les églises. Le tableau inclut également des femmes de Galilée en état de ravissement céleste, des soldats jetant des dés pour la tunique de Jésus, et les deux larrons crucifiés de part et d'autre de Jésus. Des soldats romains, dirigés par un centurion, assurent l'exécution de la sentence. Le paysage comprend une vue partielle de Jérusalem, avec des spectateurs sur les murailles et dans les arbres. L'horizon est varié par des collines et des plaines, et l'air au-dessus du Calvaire est agité par des nuages annonçant des prodiges. Le roi a reçu le tableau avec satisfaction et l'a montré aux personnes de haut rang.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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262
p. 106-107
« Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
Début :
Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...]
Mots clefs :
Église, Service funèbre, Oraison funèbre, Prince, Éloquence, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
Vous fçavez que tous les
ans il fe fait dans l'Eglife de
la Maifon Profeffe des Jefuites
de la rue Saint Antoine,
un Service pour feu Monfieur
le Prince , & qu'il eſt
accompagné d'une Òraifon
funebre . Elle a efté faite au
commencement de ce mois
GALANT
. 107
par le Pere de la Ruë qui pofquen
где
106 MERCURE
Baron d'Afpremont en Lorrain
Phil
a
k
tc
111
fic
ac
fu
W
GALANT. 107
par le Pere de la Ruë , qui poffede
parfaitement l'éloquence
de la Chaire , & qui n'y
fait pas moins Briller l'efprit
& la profonde érudition ,
que dans fesautres Ouvrages .
ans il fe fait dans l'Eglife de
la Maifon Profeffe des Jefuites
de la rue Saint Antoine,
un Service pour feu Monfieur
le Prince , & qu'il eſt
accompagné d'une Òraifon
funebre . Elle a efté faite au
commencement de ce mois
GALANT
. 107
par le Pere de la Ruë qui pofquen
где
106 MERCURE
Baron d'Afpremont en Lorrain
Phil
a
k
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111
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W
GALANT. 107
par le Pere de la Ruë , qui poffede
parfaitement l'éloquence
de la Chaire , & qui n'y
fait pas moins Briller l'efprit
& la profonde érudition ,
que dans fesautres Ouvrages .
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Résumé : « Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
L'Église de la Maison Professe des Jésuites organise chaque année un service religieux en mémoire de Monsieur le Prince, accompagné d'une oraison funèbre. Cette année, le Père de la Rue a prononcé l'oraison funèbre au début du mois. Il est réputé pour son éloquence, son esprit et son érudition, tant dans ses discours que dans ses autres œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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263
p. 119-209
Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja donné plusieurs Relations de M. Chassebras [...]
Mots clefs :
Chapelle, Église, Chemin, Bologne, Mer, Vierge, Dame, Rome, Pèlerin, Venise, Biens, Montagne, Reliques, Dévotion, Villages, Anges, Pape, Peuple, Messe, Architecture, Tibre, Récit de voyage, Chrétienté, Cérémonies religieuses, Saint François d'Assise, Lorette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Je vous ay déja donné plufieurs
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Fermer
Résumé : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
En novembre 1684, un gentilhomme français et son ami entreprennent un voyage de Venise à Rome, traversant le fleuve Pô et continuant en chaise roulante jusqu'à Bologne. Bologne est réputée pour ses portiques, palais, églises et cloîtres, notamment celui des Cordeliers. La ville est également connue pour ses innovations telles que les moulins à soie hydrauliques et les savonnettes durables. L'université de Bologne est célèbre pour ses contributions scientifiques. Les Juifs ne peuvent y séjourner qu'une seule nuit. Le voyage se poursuit à travers plusieurs villes italiennes, chacune ayant des particularités culturelles et architecturales. À Pefaro et Ancone, on trouve des synagogues. À Ancone, le narrateur visite un rabbin et observe les préparatifs du sabbat. Le périple se termine à Lorette, célèbre pour son église et son marché abondant. Lorette abrite également une apothicairerie et des caves distribuant du vin aux pèlerins. Lorette est particulièrement célèbre pour la Sainte Chapelle de la Vierge, où la Vierge Marie a été élevée et où l'Ange lui a annoncé la naissance du Christ. Sainte Hélène et Sainte Paule, accompagnée de Saint Jérôme, ont visité cette chapelle. Le roi Saint Louis a manifesté une grande dévotion envers ce lieu. En 1291, la chapelle a été transportée par des anges de Nazareth à son emplacement actuel, devenant ainsi Notre-Dame de Lorette. La chapelle contient des objets sacrés tels qu'une image de la Vierge attribuée à Saint Luc et un crucifix. Elle est ornée de bas-reliefs en marbre blanc et de nombreux ornements précieux offerts par divers papes, empereurs, rois et princes. Un trésor comprenant des bijoux, des vases et des couronnes est exposé dans la grande église entourant la chapelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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263
264
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
Fermer
Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
265
p. 219-237
Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Début :
Cette Procession ne fut pas si-tost sortie de la Chapelle du Louvre, / Mon Coeur est saisi & presque consumé de douleur, quia ereptus [...]
Mots clefs :
Académie française, Messe, Panégyrique, Abbé Cappeau, Discours, Conversion, Monarque, Charité, Justice, Prince, Menaces, Souverain, Louis le Grand, Éloquence, Conférences, Public, Devises, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Cette Proceffion ne fut pas
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
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Résumé : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
L'Académie Française a célébré annuellement une procession et une messe en l'honneur de Saint Louis. Cette année, l'abbé Cappeau a prononcé le sermon, soulignant les vertus de Saint Louis telles que la charité, la justice et son zèle pour la conversion des hérétiques. Il a comparé la mort de Saint Louis à celle de l'empereur Théodose, citant Saint Ambroise sur l'importance de la prière pour perpétuer les vertus royales. L'abbé Cappeau a également loué les qualités du roi régnant, mettant en avant la fidélité et le respect des sujets français, ainsi que l'admiration des nations étrangères pour la puissance et la protection offertes par un État bien gouverné. Il a mentionné les ambassadeurs et souverains étrangers attirés par les vertus et la clémence du roi, espérant que la postérité du roi continue de gouverner avec sagesse et de conquérir sans excès, formant des monarques chrétiens. Lors d'une assemblée ultérieure, des savants ont été honorés pour leurs contributions aux lettres et à la langue française. Leur rôle prestigieux et leur capacité à immortaliser les actions de Louis le Grand à travers leurs écrits ont été soulignés. La réunion incluait une messe avec une musique composée par Monsieur Oudot, suivie de la distribution des prix d'éloquence et de poésie. La pièce d'éloquence primée était de Monsieur Brunel de Rouen, lue par l'abbé Régnier, et la pièce de poésie lauréate était de Monsieur d'Alibert. Plusieurs membres de l'Académie ont ensuite lu leurs œuvres, dont un poème sur la punition d'Antiochus par Monsieur le Clerc, une explication en vers de devises par l'abbé de Lavau, une épître galante de Monsieur de La Fontaine, et un chant du poème sur la vie de Saint Paulin par Monsieur Perrault, lu par l'abbé Tallemant le jeune. Les lectures ont été marquées par des applaudissements enthousiastes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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266
p. 323-326
Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
Début :
On me mande de Roüen un petit Prodige dont je dois [...]
Mots clefs :
Prodige, Comédiens, Troupe, Monseigneur le Dauphin, Représentations, Théâtre, Rôles, Public
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texteReconnaissance textuelle : Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
On me mande de Rouen
un petit Prodige dont je dois
vous faire part. Mademoifelle
de Villiers , Femme d'un
des Comediens de Sa Majeſté
, à l'exemple de Mademoifelle
Raifin fa Mere,qui
avoit formé une Troupe de
petits Comediens , appellez
la Troupe de Monfeigneur
le Dauphin , y en a étably
une autre , à laquelle le Roy
a permis de joindre le titre
de Comediens de Monfei
324 MERCURE
gneur le Duc de Bourgogne.
Elle a choify pour la compofer,
huit Enfans avec un Garçon
& une Fille qu'elle a ; &
les a fi bien concertez ens
femble , qu'ils ont furpris &
charmé toute la Ville , dans
deux Reprefentations que
cette petite Troupe a déja
données d'Ariine ; fur le .
Theatre des Comediens de
Monfeigneur le Dauphin ,
qui font toûjours à Rouen.
La Fille de Mademoiſelle de
Villiers , qui eft la plus vieil
le de la Troupe, quoy qu'el
le n'ait encore que dix ans ,,
GALANT 325
a fait des merveilles dans le
Role d'Ariane , qui eſt tout
remply de paffion . Son Frere
qui n'en a que huit, s'eft fait
admirer en jouant Theſée,
Et la petite Phedre, âgée de
fept ans, a efté extremément
applaudie. On peut dire que
cet établiffement eft avantageux
au Public , puifque
ce font des Eleves. que l'on
forme pour fon plaifir, comme
il s'en fait dans toutes les
autres Profeffions . La pluf
part des bons Comediens ,
tant Serieux que Comiques,
comme Mrs Baron , Raiſin ,
326 MERCURE
& autres qui font dans la
Troupe de Sa Majefté ont
efté élevez de cette forte &
on les a tirez de celle de
Monfeigneur le Dauphing
pour les faire venir à Paris
où vous fçavez qu'ils fe font
rendus parfaits..
un petit Prodige dont je dois
vous faire part. Mademoifelle
de Villiers , Femme d'un
des Comediens de Sa Majeſté
, à l'exemple de Mademoifelle
Raifin fa Mere,qui
avoit formé une Troupe de
petits Comediens , appellez
la Troupe de Monfeigneur
le Dauphin , y en a étably
une autre , à laquelle le Roy
a permis de joindre le titre
de Comediens de Monfei
324 MERCURE
gneur le Duc de Bourgogne.
Elle a choify pour la compofer,
huit Enfans avec un Garçon
& une Fille qu'elle a ; &
les a fi bien concertez ens
femble , qu'ils ont furpris &
charmé toute la Ville , dans
deux Reprefentations que
cette petite Troupe a déja
données d'Ariine ; fur le .
Theatre des Comediens de
Monfeigneur le Dauphin ,
qui font toûjours à Rouen.
La Fille de Mademoiſelle de
Villiers , qui eft la plus vieil
le de la Troupe, quoy qu'el
le n'ait encore que dix ans ,,
GALANT 325
a fait des merveilles dans le
Role d'Ariane , qui eſt tout
remply de paffion . Son Frere
qui n'en a que huit, s'eft fait
admirer en jouant Theſée,
Et la petite Phedre, âgée de
fept ans, a efté extremément
applaudie. On peut dire que
cet établiffement eft avantageux
au Public , puifque
ce font des Eleves. que l'on
forme pour fon plaifir, comme
il s'en fait dans toutes les
autres Profeffions . La pluf
part des bons Comediens ,
tant Serieux que Comiques,
comme Mrs Baron , Raiſin ,
326 MERCURE
& autres qui font dans la
Troupe de Sa Majefté ont
efté élevez de cette forte &
on les a tirez de celle de
Monfeigneur le Dauphing
pour les faire venir à Paris
où vous fçavez qu'ils fe font
rendus parfaits..
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Résumé : Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
Mademoiselle de Villiers, épouse d'un comédien du roi, a fondé une troupe de jeunes comédiens à Rouen, similaire à celle de Madame Raffin. Autorisée par le roi, cette troupe porte le titre de 'Comédiens de Monseigneur le Duc de Bourgogne' et comprend huit enfants, dont son fils et sa fille. Lors de représentations de la pièce 'Ariane' au théâtre des Comédiens de Monseigneur le Dauphin, la troupe a séduit le public. La fille de Mademoiselle de Villiers, âgée de dix ans, a excellé dans le rôle d'Ariane, tandis que son frère de huit ans a été acclamé pour son interprétation de Thésée. Une jeune fille de sept ans a également été applaudie pour son rôle de Phèdre. Cet établissement contribue à former des élèves pour le plaisir du public, comme dans d'autres métiers. Plusieurs comédiens célèbres, tels que Messieurs Baron et Raisin, ont été élevés ainsi avant de rejoindre la troupe royale à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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267
p. 328
Musique aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Mercredy dernier 26. de ce mois, il y eut aux [...]
Mots clefs :
Musique, Prières
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texteReconnaissance textuelle : Musique aux Theatins. [titre d'après la table]
Mercredy dernier 26. de ce
mois , il y eut aux Theatins
un Salut en Mufique , avec
des Prieres pour les Morts.
La mefme chofe fe doit faire
tous les Mercredis dans la
même Eglife.LaMufique eft
du fameux M* Lorenzani ,
Maiſtre de la Mufique de la
Reine.L'habileté qu'il a dans
' cet Art , eft connuë de tout
le monde .
mois , il y eut aux Theatins
un Salut en Mufique , avec
des Prieres pour les Morts.
La mefme chofe fe doit faire
tous les Mercredis dans la
même Eglife.LaMufique eft
du fameux M* Lorenzani ,
Maiſtre de la Mufique de la
Reine.L'habileté qu'il a dans
' cet Art , eft connuë de tout
le monde .
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268
p. 83-128
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Début :
Voicy le Dialogue nouveau de Mr Bordelon, que je / Je sors d'un Festin, où la joye a esté troublée par [...]
Mots clefs :
Songes, Mort, Interprétation, Histoire, Dieu, Superstitions, Philosophes, Auteurs, Connaissances, Imagination, Sentiments, Cicéron, Épicure, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Voicy le Dialogue nouveau
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Le texte présente un dialogue entre Philonte et Belorond sur les superstitions et la crédibilité des songes. Lors d'un festin, un maître d'hôtel a renversé la salière, provoquant une perturbation due à la superstition associée au sel, considéré comme sacré par les anciens païens. La discussion se poursuit sur les interprétations des songes, Philonte estimant que certains peuvent être divins et utiles, tandis que Belorond met en garde contre une interprétation trop littérale. Le texte critique l'art de l'interprétation des songes, soulignant l'absence de règles précises et la diversité des méthodes. Des exemples de songes vérifiés, comme ceux de Sylla et du roi Gontran, sont mentionnés, mais Belorond conteste leur validité, les qualifiant souvent de rumeurs. Le dialogue aborde ensuite la vie et les enseignements d'Épicure, un philosophe grec. Épicure prônait une volupté tranquille et liée à la vertu, valorisant la prudence, l'honnêteté et la justice. Sa doctrine, souvent mal comprise, est critiquée par Cicéron mais défendue par Sénèque. Épicure est décédé à l'âge de 72 ans après une longue maladie, démontrant une grande sérénité. Sa mauvaise réputation provient de ses critiques envers Platon et Aristote, ainsi que des comportements de ses disciples. Ses erreurs en physique et en morale, ainsi que ses vues sur les dieux, ont également contribué à sa controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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269
p. 128-135
Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Début :
Comme il n'y a rien dans la vie de si pretieux [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Apothicaire, Antidote, Doyen, Remède, Médecins, Attestations, Méthodes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
vie de si pretieux que la
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
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Résumé : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Le texte présente la thériaque, un remède préparé par Monsieur de Rouviere, apothicaire du roi et major des hôpitaux. Après six mois de fermentation, cette thériaque est prête et reconnue pour sa qualité exceptionnelle. Son efficacité est confirmée par le doyen et les professeurs de la Faculté de Médecine de Paris, ainsi que par les médecins et apothicaires de province et de Paris. Initialement produite à plus de six cents livres, la demande est telle qu'une seconde production est envisagée. La thériaque est considérée comme un remède universel contre diverses maladies et est accessible même dans les régions éloignées. Monsieur de Rouviere fournit des instructions sur son utilisation. De nombreux membres de la cour possèdent déjà des boîtes de ce remède. Une attestation en latin des médecins de Paris, traduite en français, confirme la qualité et l'efficacité de la thériaque préparée par Monsieur de Rouviere.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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270
p. 251-252
Livre d'Armes. [titre d'après la table]
Début :
A propos d'Armes, comme vous avez des Amis curieux de tout [...]
Mots clefs :
Armes, Blason, Graveur, Ouvrage, Livres, Alphabet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre d'Armes. [titre d'après la table]
A propos d'Armes, comme
vous avez des Amis curieux
de tout ce qui appartient
au Blason,vous pouvez
les avertir que le Sr Mavelot,
Graveurordinaire de Mademoiselle
d'Orleans, a inventé
& gravé un nouveau Livre,
dans lequel ils trouveront
differens Cartouches, Couronnes
, Casques
,
Lambrequins,
Supports & Tenans,
L'Authcur qui le debite chez
luy, Court-neuve du Palais,
aux Armes de Madame
1^
Dauphineest tres -
habile
dans toutes les choses- de
cette nature. Il n'y a rien
de mieux gravé que tous Ces,
Ouvrages. Il vend aussi deux
Livres de Chiffres, l'un à
doubles traits, ôc l'autre à
simples traits, avec le Chisfre
de tout l'Alphabet.
vous avez des Amis curieux
de tout ce qui appartient
au Blason,vous pouvez
les avertir que le Sr Mavelot,
Graveurordinaire de Mademoiselle
d'Orleans, a inventé
& gravé un nouveau Livre,
dans lequel ils trouveront
differens Cartouches, Couronnes
, Casques
,
Lambrequins,
Supports & Tenans,
L'Authcur qui le debite chez
luy, Court-neuve du Palais,
aux Armes de Madame
1^
Dauphineest tres -
habile
dans toutes les choses- de
cette nature. Il n'y a rien
de mieux gravé que tous Ces,
Ouvrages. Il vend aussi deux
Livres de Chiffres, l'un à
doubles traits, ôc l'autre à
simples traits, avec le Chisfre
de tout l'Alphabet.
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Résumé : Livre d'Armes. [titre d'après la table]
Le sieur Mavelot, graveur de Mademoiselle d'Orléans, annonce la vente d'un livre contenant des éléments héraldiques variés. Il met en avant la qualité exceptionnelle des gravures. Mavelot propose également deux autres livres de chiffres, avec traits doubles ou simples, incluant tout l'alphabet. Il exerce au Palais, aux Armes de Madame la Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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271
p. 252
« Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Début :
Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...]
Mots clefs :
Médaille, Roi d'Angleterre, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Je vous envoye une Medaillé
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
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272
p. 252-266
Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Début :
Vous aurez sans doute entendu parler d'un Miroir ardent [...]
Mots clefs :
Miroir, Ouvrage, Réflexion, Rayons, Éclat, Louanges, Académie des sciences, Observatoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Vous aurez sans doute
,.
entendu parlerd'un Miroir
ardent,qui faitd'autant plus
de bruit parmy les habiles,
qu'il passe pour le plus grand
qui ait jamais esté fait. Il a
cinq pieds & un pouce de
diametre
,
& l'on ne peut
rien trouver de si extraordinaire
dans ce genre. L'Academie
souhaitoit depuis
long-temps d'estre enrichie
d'un Ouvrage si considerable
,
& qui luyestoit absolument
necessaire pour arriver
àune connoissance parfaite
des effets que peut produire
la reflexion des rayons
du Soleil sur le Miroir ardent.
Sa Majesté qui prend
un foin tout particulier de
faire fleurir les beaux Arts
dans son Royaume
y
avoir
ordonné qu'on y travaillait,
mais l'execution en avoit
toujours paru si difficile aux
plus experimentez, que personne
n'avoir ose l'entreprendre.
Ce dessein, pour y
réüssiravec avantage,de
mandoitun génie aussiétendu
& aussi éclairé que l'est
celuy de Mrdela Garouste,
Gentil-homme de Quercy,
habitué dans la Ville de Saint
Ceré de la Vicomté de Turenne.
Ce qui eil: presque
incroyableyc'estqu'il ait pû
l'entreprendre, & qu'il soit
venu à bout de l'executer
sans avoir jamais , ny veu,
ny fait, ny veu faire de ces
fortes d'Ouvrages.Ainsi l'on
peut dire qu'il est du nombre
de ces Ésprits distinguez,
que la Nature favorise si libéralement
,
qu'elle fait en
eux comme une profusion
de ses lumieres, qui leur rendent
naturelles routes ces
belles connoissances que le
reste des hommes n'acquiert
que par une longue & laborieuie
étude. Quoy que la
grandeur de ce Miroir ait
fort étonné tous les Con-11
noisseurs, ils ont elle encore
plus surpris du polyadmirable
, & de la netteté entiere
& parfaite qui s'y rencontre.
Les plus petits Miroirs
qu'on ait veus n'ont pas le
mesme avantage. Quelques
soins qu'on ait apportez à
les finir, on n'en voit point
dont l'éclat ne soit terny par
quelque tache. Le mélange
des divers métaux qui en
composent la matiere,& qui
nesçauroient estrealliez sans
contracter des impuretez &
des ordures
J;
sembleen estre
une cause necessaire, & l'oà
n'en peut prévenir les facheux
effets, que par une intelligence
& uneapplications
toute extraordinaire.C'est
aussî par là que Mr de la Garouste
a méritéles louanges
& les applaudissemens qui
luy ontesté donnez de toutes
parts.. Vous-juelrez bien
quunOuvrage aussirareque
re sien ,..ettoir digne de pa^
roîstre dans la plus grande-
8c la ptcrs belle Ville du MOILde.
A peine l'eut-ilfiny;
que le bruit s'en répandit
dans tout le Royaume.Il vint
jusques à la Cour. Sa Majesté
en ayant elle informée par
Mr l'Evesque de Cahors,
luy ordonna de se transporter
à Saint Ceré pour le voir.
Il satisfit à cét ordre, & après
toutes les experiencesnecessaires,
il en rendit un témoignage
avantageux à Mr le
Marquis de Louvois, qui
toûjours appliqué à ce qui
regarde la gloire du Roy,
&cherchant sans cesse à enrichir
la CapitaleduRoyaume
de tout ce qu'il y a de
plus beau au Monde, envoya
eu mesme temps àMr
deGourgues,Intendant h
Limoges, l'ordre de lefaire
conduire incessamment à
Parisfit avertir Mr de la
Garouste de disposerles cha*
tes qu'il jugeroit necessaires
pour le transport. Comme
les cheminssont très-difficiles&
presqueinaccessibles,
&; que d'ailleurscetOuvrage
est d'une delicatesse achevée
)
il imaginaune machine
qui fut approuvéede roue: lemonde,pour le faire transporter
avec seureté1. Ctefls.t'
une espece d'Equilibre atta-
-.quil i bre ,,itta_
ché aux quatre moutons
d'un train de Carosse
, par le |
moyen duquel la charge
suspenduene auroitverire"r~
& reste toûjours dans sa meme
situation
y
de quelque
maniere que les roues tournent
;
soit qu'elless'abaissent
,
s'élevent
, ou se renversent;
soit qu'elles se trouvent
dans un panchant, ou
dans un lieu plein ouinégal.
On n'en sçauroit souhaiter
une preuve plus sorte que
l'experience d'unvoyage de
deux cens lieues dans des
chemins rudes, & dans un
Pays aussi difficile que le sont
les Moutagnes du Quercy,
& du Limousin qu'on a traversées.
Cette Machine pourroit
estre d'une grande utilité
, pour ce qu'on souhaite
depuis si long-temps, quiest
d'empescher quelesCarosses
ne versent,& de s'assurer
contre les dangers où sont
continuellement exposées
les personnes quise servent
de cesvoitures.L'Academie
,
des Sciences estant le centre
de tout ce qu'il ya de rare
& de digne de la connois.
sance des Sçavans, on y porta
ce Miroir si-tostqu'il fut
arrivé; & c'est là qu'on en
a fait plusieurs fois diverses
experiences qui les ont
surpris
, comme de fondre
presque en un moment toutes
fortes de métaux, verre,
brique, ardoise,& brifsr les
pierres les plus dures. Ses effets
catoptriques ne sont pas
moins remarquables. Il renversè
res especes ou images
des objets; illes agrandit,il
les diminue
;
il les éloigne, illesapproche en mille manieres
aussi différentes quagreables
en forte que
plusieurs personnes qui se
presententenmesme temps
à ce Miroir, sy voyent toutes
diversement representées
,
suivant leur differente
situation, & la différente reflexion
des especes qui varie
à chaque changement de
point de veuë. C'est ce qui
a donné lieu à Mr Blondel
de dire, qu'il avoit veu tous
les Miroirs du monde de
cette mesme nature,& qu'il
n'en avoit jamais veu un si
beau ny si parfait dans les
divers effets qu'il produit. Le
témoignage d'un homme si
sçavant
y
si universes ,Ôc^
qui a eu l'honneur d'enseignerles
Mathématiques à
Monseigneur le Dauphin,
joint a ce que Mrs de FAcademie
des Sciences en ont
écritsur leurs Registres,en:
un éloge qu'on ne sçauroit:
contester. Le rapport particulier
de ce Miroir avec léj
Soleil qui en est l'ame,adeterminé
Sa Majesté à le faire
placer dans l'Observatoire.
Quoy que cette Maisonfust
tres-celebre, soit parla map-
nificence
gnificence defes Bastimens,
»
soit par la fin si noble pour
laquelle elle a esté construite,&
quila destineuniquement
aux usagesd'uneScience
qui n'a que le Ciel pour
son objet, soit parce qu'elle
fera dans tous les siecles le
monument le plus authentique
de l'affection du plus
grand des Roys pour les
belles connoissances,il sembloit
qu'elle desirast cet ornemenr.
Aussi l'Illustre Mr
<
Cassini, cet homme incomparable,
queSaMajestéahonoré
de son choix, pour l'établir
dans ce Palais d'Astronomie,
comme celuy qui est
le Prince dans cette Science
,
s'etestimé si heureux
du riche Present qu'Elle faisoit
à l'Observatoire par ce
merveilleux Ouvrage,qu'il
a écrit dans les Pays Etrangers,
comme il la témoigné
publiquement en quelque
rencontre, que la France
pouvoit se glorifier d'avoir
maintenant le plus beau
Miroir qui fust au Monde.
,.
entendu parlerd'un Miroir
ardent,qui faitd'autant plus
de bruit parmy les habiles,
qu'il passe pour le plus grand
qui ait jamais esté fait. Il a
cinq pieds & un pouce de
diametre
,
& l'on ne peut
rien trouver de si extraordinaire
dans ce genre. L'Academie
souhaitoit depuis
long-temps d'estre enrichie
d'un Ouvrage si considerable
,
& qui luyestoit absolument
necessaire pour arriver
àune connoissance parfaite
des effets que peut produire
la reflexion des rayons
du Soleil sur le Miroir ardent.
Sa Majesté qui prend
un foin tout particulier de
faire fleurir les beaux Arts
dans son Royaume
y
avoir
ordonné qu'on y travaillait,
mais l'execution en avoit
toujours paru si difficile aux
plus experimentez, que personne
n'avoir ose l'entreprendre.
Ce dessein, pour y
réüssiravec avantage,de
mandoitun génie aussiétendu
& aussi éclairé que l'est
celuy de Mrdela Garouste,
Gentil-homme de Quercy,
habitué dans la Ville de Saint
Ceré de la Vicomté de Turenne.
Ce qui eil: presque
incroyableyc'estqu'il ait pû
l'entreprendre, & qu'il soit
venu à bout de l'executer
sans avoir jamais , ny veu,
ny fait, ny veu faire de ces
fortes d'Ouvrages.Ainsi l'on
peut dire qu'il est du nombre
de ces Ésprits distinguez,
que la Nature favorise si libéralement
,
qu'elle fait en
eux comme une profusion
de ses lumieres, qui leur rendent
naturelles routes ces
belles connoissances que le
reste des hommes n'acquiert
que par une longue & laborieuie
étude. Quoy que la
grandeur de ce Miroir ait
fort étonné tous les Con-11
noisseurs, ils ont elle encore
plus surpris du polyadmirable
, & de la netteté entiere
& parfaite qui s'y rencontre.
Les plus petits Miroirs
qu'on ait veus n'ont pas le
mesme avantage. Quelques
soins qu'on ait apportez à
les finir, on n'en voit point
dont l'éclat ne soit terny par
quelque tache. Le mélange
des divers métaux qui en
composent la matiere,& qui
nesçauroient estrealliez sans
contracter des impuretez &
des ordures
J;
sembleen estre
une cause necessaire, & l'oà
n'en peut prévenir les facheux
effets, que par une intelligence
& uneapplications
toute extraordinaire.C'est
aussî par là que Mr de la Garouste
a méritéles louanges
& les applaudissemens qui
luy ontesté donnez de toutes
parts.. Vous-juelrez bien
quunOuvrage aussirareque
re sien ,..ettoir digne de pa^
roîstre dans la plus grande-
8c la ptcrs belle Ville du MOILde.
A peine l'eut-ilfiny;
que le bruit s'en répandit
dans tout le Royaume.Il vint
jusques à la Cour. Sa Majesté
en ayant elle informée par
Mr l'Evesque de Cahors,
luy ordonna de se transporter
à Saint Ceré pour le voir.
Il satisfit à cét ordre, & après
toutes les experiencesnecessaires,
il en rendit un témoignage
avantageux à Mr le
Marquis de Louvois, qui
toûjours appliqué à ce qui
regarde la gloire du Roy,
&cherchant sans cesse à enrichir
la CapitaleduRoyaume
de tout ce qu'il y a de
plus beau au Monde, envoya
eu mesme temps àMr
deGourgues,Intendant h
Limoges, l'ordre de lefaire
conduire incessamment à
Parisfit avertir Mr de la
Garouste de disposerles cha*
tes qu'il jugeroit necessaires
pour le transport. Comme
les cheminssont très-difficiles&
presqueinaccessibles,
&; que d'ailleurscetOuvrage
est d'une delicatesse achevée
)
il imaginaune machine
qui fut approuvéede roue: lemonde,pour le faire transporter
avec seureté1. Ctefls.t'
une espece d'Equilibre atta-
-.quil i bre ,,itta_
ché aux quatre moutons
d'un train de Carosse
, par le |
moyen duquel la charge
suspenduene auroitverire"r~
& reste toûjours dans sa meme
situation
y
de quelque
maniere que les roues tournent
;
soit qu'elless'abaissent
,
s'élevent
, ou se renversent;
soit qu'elles se trouvent
dans un panchant, ou
dans un lieu plein ouinégal.
On n'en sçauroit souhaiter
une preuve plus sorte que
l'experience d'unvoyage de
deux cens lieues dans des
chemins rudes, & dans un
Pays aussi difficile que le sont
les Moutagnes du Quercy,
& du Limousin qu'on a traversées.
Cette Machine pourroit
estre d'une grande utilité
, pour ce qu'on souhaite
depuis si long-temps, quiest
d'empescher quelesCarosses
ne versent,& de s'assurer
contre les dangers où sont
continuellement exposées
les personnes quise servent
de cesvoitures.L'Academie
,
des Sciences estant le centre
de tout ce qu'il ya de rare
& de digne de la connois.
sance des Sçavans, on y porta
ce Miroir si-tostqu'il fut
arrivé; & c'est là qu'on en
a fait plusieurs fois diverses
experiences qui les ont
surpris
, comme de fondre
presque en un moment toutes
fortes de métaux, verre,
brique, ardoise,& brifsr les
pierres les plus dures. Ses effets
catoptriques ne sont pas
moins remarquables. Il renversè
res especes ou images
des objets; illes agrandit,il
les diminue
;
il les éloigne, illesapproche en mille manieres
aussi différentes quagreables
en forte que
plusieurs personnes qui se
presententenmesme temps
à ce Miroir, sy voyent toutes
diversement representées
,
suivant leur differente
situation, & la différente reflexion
des especes qui varie
à chaque changement de
point de veuë. C'est ce qui
a donné lieu à Mr Blondel
de dire, qu'il avoit veu tous
les Miroirs du monde de
cette mesme nature,& qu'il
n'en avoit jamais veu un si
beau ny si parfait dans les
divers effets qu'il produit. Le
témoignage d'un homme si
sçavant
y
si universes ,Ôc^
qui a eu l'honneur d'enseignerles
Mathématiques à
Monseigneur le Dauphin,
joint a ce que Mrs de FAcademie
des Sciences en ont
écritsur leurs Registres,en:
un éloge qu'on ne sçauroit:
contester. Le rapport particulier
de ce Miroir avec léj
Soleil qui en est l'ame,adeterminé
Sa Majesté à le faire
placer dans l'Observatoire.
Quoy que cette Maisonfust
tres-celebre, soit parla map-
nificence
gnificence defes Bastimens,
»
soit par la fin si noble pour
laquelle elle a esté construite,&
quila destineuniquement
aux usagesd'uneScience
qui n'a que le Ciel pour
son objet, soit parce qu'elle
fera dans tous les siecles le
monument le plus authentique
de l'affection du plus
grand des Roys pour les
belles connoissances,il sembloit
qu'elle desirast cet ornemenr.
Aussi l'Illustre Mr
<
Cassini, cet homme incomparable,
queSaMajestéahonoré
de son choix, pour l'établir
dans ce Palais d'Astronomie,
comme celuy qui est
le Prince dans cette Science
,
s'etestimé si heureux
du riche Present qu'Elle faisoit
à l'Observatoire par ce
merveilleux Ouvrage,qu'il
a écrit dans les Pays Etrangers,
comme il la témoigné
publiquement en quelque
rencontre, que la France
pouvoit se glorifier d'avoir
maintenant le plus beau
Miroir qui fust au Monde.
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Résumé : Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Le texte décrit un miroir ardent exceptionnel, mesurant cinq pieds et un pouce de diamètre, considéré comme le plus grand jamais fabriqué. Commandé par l'Académie pour examiner les effets de la réflexion des rayons solaires, sa réalisation paraissait impossible jusqu'à ce que Monsieur de la Garouste, un gentilhomme du Quercy, parvienne à le créer sans expérience préalable. Ce miroir se distingua par sa clarté et sa perfection, suscitant des éloges. Malgré les difficultés liées au transport, il fut acheminé à Paris grâce à une machine ingénieuse. À l'Académie des Sciences, il permit de fondre divers matériaux et de produire des effets optiques variés. Par la suite, il fut installé à l'Observatoire, un édifice prestigieux dédié à l'astronomie et symbolisant l'affection royale pour les sciences. L'astronome Cassini exprima sa satisfaction et affirma que la France possédait désormais le plus beau miroir astronomique au monde, soulignant ainsi la grandeur de cette réalisation.
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273
p. 272-274
Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Les Theatins continuent tous les Mercredis leurs Prieres pour [...]
Mots clefs :
Théatins, Prières, Psaumes, Prédicateurs, Bénédiction, Indulgences, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Theatins continuent
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
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Résumé : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Théatins organisent des prières pour les morts chaque mercredi selon la tradition italienne. Ces prières commencent par un De profundis chanté par les pères, suivi d'un psaume ou d'un motet. Un prédicateur prononce ensuite une brève exhortation d'environ un quart d'heure, suivie d'un autre motet. La cérémonie se termine par la bénédiction du Saint-Sacrement. Le Saint-Siège accorde des indulgences significatives aux participants. Les prédicateurs sont soigneusement choisis et la musique est dirigée par Monsieur Laurenzani, ancien maître de musique de la reine. Laurenzani, originaire de Rome, est réputé pour ses compétences et a travaillé dans les chapelles les plus prestigieuses d'Italie. Son attachement à la France et au roi l'a empêché d'accepter un poste à Rome. La qualité musicale attire une audience distinguée, reflétant la satisfaction générale.
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274
p. 345-347
Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
La premiere des deux dernieres Enigmes, dont la Feüille de [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Explications, Feuille de papier, Main de papier, Liste de noms
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texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
La premiere des deux dernieres
Emgmes dontlaFeüilledepapier
estoit le vra y mot, a esté expliquée
par Mr de la Huproyes de
Troye; Diereville, &duPelerin
d'Iquebu; levieuxTircis, Amant
des Belles ôc des Nouveautezde
la grand' Ruë de Chasteaubriand
en Bretagne; les deux Soeurs de
Clermont en Picardie l'Hermophile
d'Antiser la belle Nourriture,
& la petite Assemblée G. du
Havre.
La Vaindepapier estoir levray
mot de la seconde, & il a cfié,
trouvé par Mr Carrier de Roüen,
& par M1,c Cato du Boquet,de
Chartres.
Ceux qui ont expliqué l'une Se l'autre dans leur vray sens
,
font
Mrs l'Abbé l' Encour,delaVes- 1
fier, L. Boucher, ancien Curéde
Nogent le Roy) Avice de Caen;
Lepinay Buret de Vitre en Bre.
fitagnèy Lourderde la Place Maubert
; de Souveras; Alcidor; Gigés;
les Bergers de Tempe
,
du
Havre, le petit Colin
,
& le Riwal
du petit Colin de Pithiviers;
Mademoiselle Launay Bur7t; la
Ixhere de Lorme; & la Claire brumede
la Porte de Vitré en Bretagne;
Silvie, & la petite Assemblée
A. du Havre; la plusaimable
Brunette du petit Colinde
Pithiviers.
Emgmes dontlaFeüilledepapier
estoit le vra y mot, a esté expliquée
par Mr de la Huproyes de
Troye; Diereville, &duPelerin
d'Iquebu; levieuxTircis, Amant
des Belles ôc des Nouveautezde
la grand' Ruë de Chasteaubriand
en Bretagne; les deux Soeurs de
Clermont en Picardie l'Hermophile
d'Antiser la belle Nourriture,
& la petite Assemblée G. du
Havre.
La Vaindepapier estoir levray
mot de la seconde, & il a cfié,
trouvé par Mr Carrier de Roüen,
& par M1,c Cato du Boquet,de
Chartres.
Ceux qui ont expliqué l'une Se l'autre dans leur vray sens
,
font
Mrs l'Abbé l' Encour,delaVes- 1
fier, L. Boucher, ancien Curéde
Nogent le Roy) Avice de Caen;
Lepinay Buret de Vitre en Bre.
fitagnèy Lourderde la Place Maubert
; de Souveras; Alcidor; Gigés;
les Bergers de Tempe
,
du
Havre, le petit Colin
,
& le Riwal
du petit Colin de Pithiviers;
Mademoiselle Launay Bur7t; la
Ixhere de Lorme; & la Claire brumede
la Porte de Vitré en Bretagne;
Silvie, & la petite Assemblée
A. du Havre; la plusaimable
Brunette du petit Colinde
Pithiviers.
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Résumé : Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
Le texte présente deux énigmes récemment résolues. La première énigme, dont la solution était 'la feuille de papier', a été expliquée par plusieurs individus, parmi lesquels Monsieur de la Huproyes de Troye, Diereville, et le Pelerin d'Iquebu. D'autres participants incluent le vieux Tircis, les deux sœurs de Clermont en Picardie, l'Hermophile d'Antiser, ainsi que des personnes associées à des lieux spécifiques comme la grand' Rue de Chasteaubriand en Bretagne et Le Havre. La deuxième énigme, dont la solution était 'la vainde papier', a été résolue par Monsieur Carrier de Rouen et Monsieur Cato du Boquet de Chartres. De nombreux individus ont expliqué ces énigmes dans leur véritable sens, incluant l'abbé L'Encour de la Vesvrier, Louis Boucher, ancien curé de Nogent-le-Roi, Avice de Caen, Lepinay Buret de Vitre en Bretagne, Lourder de la Place Maubert, Alcidor, Gigés, les Bergers de Tempe du Havre, le petit Colin et son rival de Pithiviers, Mademoiselle Launay Burt, la Ixhere de Lorme, la Clairebrune de la Porte de Vitré en Bretagne, Sylvie, et la petite Assemblée A. du Havre, ainsi que la plus aimable Brunette du petit Colin de Pithiviers.
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275
p. 352-353
Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
La Cour est toûjours a Fontainebleau, où elle doit passer une [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Chasse, Promenade, Bals, Jeux, Musique, Roi de France, Ballet, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
La Courest toûjours à Fontainebleau
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
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Résumé : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
En novembre, la cour réside à Fontainebleau. Les activités incluent la chasse, des promenades, des jeux, des bals, de la musique et des comédies. Le roi se consacre aux affaires de l'État. Le ballet 'Le Temple de la Paix', avec des vers de Quinault et la musique de Lully, est acclamé et représenté plusieurs fois.
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276
p. 353-356
Comédies. [titre d'après la table]
Début :
Quant aux Amours de Venus & d'Adonis, qu'on a [...]
Mots clefs :
Tragédies, Langage, Succès, Spectacles, Musique, Comédiens, Rôles, Représentations, Théâtre, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédies. [titre d'après la table]
Quant aux Amours de Venus à*
d*Adonis, qu'on a representez à
Paris, je vous avouë.; puisque
vous le sçavez, quej'ay faitcette
Tragedie avant que d'avoir commencé
à travailler aux Lettres
que je vous écris tous les mois.
C'estoitdansuntempsoùle langage
du coeur doit estre naturel à
tous les hommes. Ainsi l'on ne
doit pas s'étonner si cette piece a
esté trouvée si tendre. Elle eut
alors un fort grand succés, quoy
que ses machines ne fussent accompagnées
, ny de dances,ny
de voix. Cependant comme oa
a accoustumé d'en voir à toutes
les pieces où il y a du spectacle,
2c qu'elles paroissent nuës sans
cet agrément, on y a mis des intermedes,
dontla Musique aesté
faite par Mr Charpentier, quidepuis
beaucoup d'années travaille
avec succés à ces fortes de choses.
0,1 yaussi mésléunePlainte,quia
charmé tous ceux quil'ont ententenduë,
& qui se connoissent en
Musique. Les Comediens de leur
costé s'estant parfaitement bien
acquittez de leurs Roles
,
& en
ayant receu des applaudissemens,
en ont fait donner à la Pieçe; qui
après six Representations dans
une feule semaine, faisoit esperer
un assez heureux succés, sielle
n'eust point esléinterrompue par
le depart des Acteurs, qui furent
mandez à Fontainebleau pour le
divertissement de la Cour. L'accueilfavorable
qu'on a fait à cette
jil
îece, a engagé les Comédiensî remettre sur le Theatre le Mari:.,
ge de BachM, que je fis deux après les ans Amours de renUJ & d*A., dénis. Il s'y trouveunechosequi
ne s'est encore veuë que dans Amfinition,
c'est à dire, du Comique
mesleparmy le grandSérieux.Je
nedirayrien pour le défendre il
suffit deréûssir pourestre justifié.
Le Heros de cetre Piecen'est rien moins que ce que beaucoup de personnespensent, Bachusestant
marquédans la Fable commeun grand Conquérant, quidevoir: eitre toujours beau, toujours jeu.
ne, & tcûjours vainqueur J1vi orquesMachines qui fervedtàembellessment
à cet Ouvrage
ou l'on voitle débarquementd
ic-sitisdansl'IfledeNaxe,
avetoute
safuite; mais ion principal.
ornement consiste dans le grand
nombre d'Agrémens, qui estant
tous tirez du fond du sujec,ne sont
pas seulement dans les Entractes,
mais encore en beaucoup d'endroits
du corps de la Piece. Lors
qu'elle parutd'abord sur leTheatre
du Marais, la Musique en a.
voitesié Faite par le fameux Mr
Molière,qui travailloit autrefois
pour les divertissemens de Sa Ma..
jessé. Mais comme il a saluserestraindre
au nombre de VQix prescrit,
on a fait faire de nouveaux
Airs par Mr Laloüette, Elevede
Mrde Lully; & qui ayant toutes
ses manieres, doit avoir travaille
selon le goust du Public.
d*Adonis, qu'on a representez à
Paris, je vous avouë.; puisque
vous le sçavez, quej'ay faitcette
Tragedie avant que d'avoir commencé
à travailler aux Lettres
que je vous écris tous les mois.
C'estoitdansuntempsoùle langage
du coeur doit estre naturel à
tous les hommes. Ainsi l'on ne
doit pas s'étonner si cette piece a
esté trouvée si tendre. Elle eut
alors un fort grand succés, quoy
que ses machines ne fussent accompagnées
, ny de dances,ny
de voix. Cependant comme oa
a accoustumé d'en voir à toutes
les pieces où il y a du spectacle,
2c qu'elles paroissent nuës sans
cet agrément, on y a mis des intermedes,
dontla Musique aesté
faite par Mr Charpentier, quidepuis
beaucoup d'années travaille
avec succés à ces fortes de choses.
0,1 yaussi mésléunePlainte,quia
charmé tous ceux quil'ont ententenduë,
& qui se connoissent en
Musique. Les Comediens de leur
costé s'estant parfaitement bien
acquittez de leurs Roles
,
& en
ayant receu des applaudissemens,
en ont fait donner à la Pieçe; qui
après six Representations dans
une feule semaine, faisoit esperer
un assez heureux succés, sielle
n'eust point esléinterrompue par
le depart des Acteurs, qui furent
mandez à Fontainebleau pour le
divertissement de la Cour. L'accueilfavorable
qu'on a fait à cette
jil
îece, a engagé les Comédiensî remettre sur le Theatre le Mari:.,
ge de BachM, que je fis deux après les ans Amours de renUJ & d*A., dénis. Il s'y trouveunechosequi
ne s'est encore veuë que dans Amfinition,
c'est à dire, du Comique
mesleparmy le grandSérieux.Je
nedirayrien pour le défendre il
suffit deréûssir pourestre justifié.
Le Heros de cetre Piecen'est rien moins que ce que beaucoup de personnespensent, Bachusestant
marquédans la Fable commeun grand Conquérant, quidevoir: eitre toujours beau, toujours jeu.
ne, & tcûjours vainqueur J1vi orquesMachines qui fervedtàembellessment
à cet Ouvrage
ou l'on voitle débarquementd
ic-sitisdansl'IfledeNaxe,
avetoute
safuite; mais ion principal.
ornement consiste dans le grand
nombre d'Agrémens, qui estant
tous tirez du fond du sujec,ne sont
pas seulement dans les Entractes,
mais encore en beaucoup d'endroits
du corps de la Piece. Lors
qu'elle parutd'abord sur leTheatre
du Marais, la Musique en a.
voitesié Faite par le fameux Mr
Molière,qui travailloit autrefois
pour les divertissemens de Sa Ma..
jessé. Mais comme il a saluserestraindre
au nombre de VQix prescrit,
on a fait faire de nouveaux
Airs par Mr Laloüette, Elevede
Mrde Lully; & qui ayant toutes
ses manieres, doit avoir travaille
selon le goust du Public.
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Résumé : Comédies. [titre d'après la table]
Le texte présente deux tragédies de l'auteur : 'Les Amours de Vénus et d'Adonis' et 'Le Mariage de Bacchus'. La première pièce, écrite avant les lettres mensuelles de l'auteur, a rencontré un grand succès sans machines, danses ou chants. Des intermèdes musicaux de Monsieur Charpentier ont été ajoutés, notamment une plainte très appréciée. La pièce a été jouée six fois en une semaine avant que les acteurs ne partent pour Fontainebleau. Encouragés par ce succès, les comédiens ont représenté 'Le Mariage de Bacchus' deux ans plus tard. Cette œuvre combine comique et sérieux, comme dans 'Amphitryon'. Bacchus y est dépeint comme un conquérant invincible. La production inclut des machines spectaculaires, telles que le débarquement des soldats à Naxos, et divers agréments tirés du sujet. Initialement, la musique était de Molière, mais elle a été remplacée par des airs de Monsieur Laloüette, élève de Monsieur de Lully, pour mieux répondre aux goûts du public.
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277
p. 71-87
DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Début :
Ce que l'on nous conte du Phenix est-ce une verité [...]
Mots clefs :
Phénix, Nature, Esprit humain, Créatures, Âme, Oiseau, Prodige, Auteurs, Plumes, Ailes, Miracles, Mystère, Espèces, Monarque, Victoire, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
DU PHENIX.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
Fermer
Résumé : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Le texte aborde l'existence du Phénix, un oiseau légendaire, en discutant de sa réalité ou de sa fiction. L'auteur explore diverses hypothèses sur sa nature et sa localisation, soulignant que l'homme crée souvent des êtres imaginaires pour satisfaire sa curiosité. Il examine les arguments contre l'existence du Phénix, tels que son absence dans l'Arche de Noé et la nécessité de reproduction conventionnelle, mais suggère que l'âme humaine peut distinguer le réel de l'imaginaire. Il mentionne également des phénomènes rares en nature et la possibilité que Dieu préserve des créatures uniques. Le Phénix est décrit avec une apparence majestueuse : une tête couronnée de plumes, un collier d'or et de plumes blanches, un corps bleu comme des saphirs, et des ailes pourpres ornées de pierreries. Il meurt après mille ans, se sacrifiant sur un bûcher de bois odoriférants, et renaît de ses cendres, un processus respecté par la nature et observé en Égypte. Le texte compare ensuite le roi de France au Phénix, soulignant ses qualités exceptionnelles et ses actions modérées malgré ses victoires militaires. Les autres souverains suivent son exemple, et l'Europe se pacifie grâce à son initiative de paix. Le roi est ainsi vu comme ayant vaincu la victoire elle-même en choisissant de régner par ses vertus plutôt que par la force.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
278
p. 110-146
ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Début :
C'Est une chose assez surprenante, Monsieur, que de tant de [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Expressions, Caractères, Auxiliaire, Accents, Verbes, Signification, Exemples, Ouvrages, Méthode, Prononciation, Écritures, Diphtongue, Terminaisons, Règles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Dans une lettre datée du 20 novembre 1685, l'auteur exprime sa surprise face à l'absence de réponses à son énigme publiée dans le *Mercure Galant*, qui traitait des chiffres arabes ou indiens comme caractères universels. Cette idée avait déjà été explorée par plusieurs auteurs, notamment Sorel en 1640. Deux amis parisiens apportent des informations complémentaires : l'abbé Br... mentionne un livre de 1664 du jésuite Schott qui évoque trois auteurs ayant travaillé sur l'écriture universelle, tandis que Monsieur No. parle des travaux de George Dalgarno et John Wilkins en 1680. L'auteur reconnaît la diversité des dispositions possibles pour une écriture universelle. Il fait également référence au Père Besnier, qui étudie l'arménien vulgaire, mais avec un objectif différent. L'auteur décrit ensuite deux langues basées sur les chiffres, détaillant leurs règles grammaticales et orthographiques, ainsi que l'utilisation des accents et des chiffres auxiliaires. La première langue utilise trois expressions distinctes pour les accents aigus, tandis que la seconde traite différemment la voyelle 'é' et les diphtongues 'eû' et 'oy'. L'auteur cite une phrase biblique et fournit les caractères numéraux correspondants dans la seconde langue, soulignant ainsi son potentiel universel. Il prévoit de clarifier certains passages et de compléter son ouvrage dans un prochain numéro du *Mercure Galant*.
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279
p. 163-170
NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
De tout temps les Physiciens ont cherché la Pierre Philosophale ; [...]
Mots clefs :
Centre de gravité, Demi-cercle, Polygones, Triangle, Cercle inscrit, Cercle circonscrit, Géométrie, Rectangle, Isocèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
NOUVELLE
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
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Résumé : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte expose une découverte mathématique relative à la quadrature du cercle, un problème anciennement exploré par les géomètres. M. Tarragon, professeur de mathématiques à Paris, propose une solution innovante fondée sur le centre de gravité du demi-cercle. Il introduit plusieurs concepts essentiels : le centre de gravité du demi-cercle, la ligne de direction, ainsi que les polygones réguliers inscrits et circonscrits au demi-cercle. Le problème central est de déterminer géométriquement le centre de gravité d'un demi-cercle donné. La méthode de construction implique la division du demi-cercle et le tracé de lignes spécifiques pour identifier les centres de gravité de triangles particuliers. La démonstration prouve que les centres de gravité de tous les polygones infinis inscrits et circonscrits au demi-cercle se situent respectivement au-dessus et en dessous de certains points précis. Cette observation confirme que le point commun des barres de gravité est effectivement le centre de gravité du demi-cercle.
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280
p. 230-237
A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Début :
Je me souviens de vous avoir envoyé les Statuts / J'aurois bien de la joye, Madame, si j'avois un jour [...]
Mots clefs :
Dames, Académie, Marquise , Étude, Héroïne, Nature, Philosophe, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Ie me fouviens de vous avoir envoyé
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
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Résumé : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Dans une lettre adressée à Madame de Saliez, Viguière d'Alby, Clarice exprime son souhait de rejoindre une nouvelle secte de philosophes fondée par cette dernière. Clarice admire particulièrement les lois de cette secte qui favorisent les dames et correspondent à son tempérament. Elle loue l'initiative de la Marquise et reconnaît la nécessité d'inclure des hommes illustres pour compléter l'Académie. Clarice se décrit comme ayant un esprit docile et prêt à recevoir des instructions, espérant améliorer ses qualités par l'étude et l'expérience. Elle conclut en sollicitant la protection de Madame de Saliez auprès de la Marquise, assurant sa reconnaissance et son respect.
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281
p. 318-322
« Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Début :
Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...]
Mots clefs :
Liste de noms, Explications, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Mademoiselle de Rivarennes de la
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
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Résumé : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Le document énumère les personnes ayant résolu deux énigmes. La première énigme a été expliquée par Mademoiselle de Rivarennes de la Chaftre en Berry, le Baron de l'Eftang, du Buiffon, Leger de la Verbiffonne, et d'autres. La seconde énigme a été résolue par l'Abbé Pernuit, Prevost, Darnetal, et plusieurs autres. Parmi ceux ayant trouvé les vraies solutions aux deux énigmes figurent P. Carrier de Rouën, M. Loron d'Ingré d'Orléans, René Haubin, ainsi que divers abbés, chevaliers, avocats, et habitants de différentes régions françaises. Le texte mentionne également des appellations telles que 'Le Brave de Saint Brice', 'L'Habitant de la Virginie', et 'La Belle Cleron d'Amiens'. Enfin, il liste des participants supplémentaires comme 'La petite Compagnie de Neufville proche Orléans' et 'La plus spirituelle du Temps'.
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282
p. 77-85
A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Début :
Depuis nostre commerce de Lettres, je vous ay fait part / Trouvez bon, Monsieur, que je vous fasse part de mes pensées, [...]
Mots clefs :
Malade, Fontaine, Rayons du soleil, Vitriol, Fer, Reins, Maladie chronique, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Depuis noftre commerce
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
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Résumé : A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Un religieux de la Charité de Grenoble adresse une lettre à Monsieur Dony, doyen des médecins du Collège de Grenoble, pour annoncer la découverte d'une nouvelle fontaine au monastère de Clermont, situé à quatre lieues de Grenoble. Cette fontaine se trouve dans une vaste prairie agréable, idéale pour des promenades ombragées. La source émerge sous une roche récemment dégagée et présente des bouillons naturels, signe d'une pression interne. Cette fontaine est privilégiée par rapport à une autre, plus distante, car ses eaux contiennent moins de fer et plus de vitriol, les rendant plus légères et faciles à éliminer par les voies naturelles. Elles sont particulièrement efficaces pour soigner les affections rénales, les maladies chroniques du bas-ventre, les troubles scorbutiques et les obstructions vasculaires. Plusieurs témoignages attestent que ces eaux ont également permis d'expulser des vers chez certaines personnes. Les animaux, tels que les vaches et les moutons, sont attirés par les eaux en raison de leur odeur et de leur goût. Les propriétés de cette fontaine sont comparées à celles de sources renommées comme celles de la Marie de Vals, de Saint Meon d'Auvergne et de Vichy. Une analyse chimique des eaux a révélé un résidu sec de couleur tannée et un sel blanc acide après évaporation.
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283
p. 86-89
Theme celeste. [titre d'après la table]
Début :
Un celebre Mathematicien Anglois, ayant remarqué que trois heures [...]
Mots clefs :
Thème astral, Latin, Londres, Soleil, Jupiter, Saturne, Mars, Vénus, Signes astrologiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theme celeste. [titre d'après la table]
Un celebre Mathematicien
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
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Résumé : Theme celeste. [titre d'après la table]
Un mathématicien anglais a noté que trois heures sonnèrent lors du couronnement de Jacques II, roi d'Angleterre, le 23 avril 1685 à 15h03min48s temps apparent à Londres, à une latitude de 51°32' et une longitude de 17°57'. Intrigué, il calcula les positions des planètes et établit un thème céleste pour cet instant. Le texte détaille les positions astronomiques du Soleil, de la Lune, de Saturne, de Jupiter, de Mars, de Vénus et de Mercure, incluant leurs longitudes moyennes, apogées, nœuds boréaux et latitudes. Les maisons astrologiques et leurs signes zodiacaux respectifs sont également mentionnées. Ce thème céleste a ensuite été gravé et envoyé à un ami français pour traduction en langue française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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284
p. 89-99
A CALISTE.
Début :
Voicy une Lettre meslée de Prose & de Vers, / Vous avez eu raison de ne me point écrire, [...]
Mots clefs :
Mourir, Éloignement, Âme, Destinée , Adorateur, Muse, Chagrin, Gloire, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CALISTE.
Voicy une Lettre mellée
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
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Résumé : A CALISTE.
La lettre datée de novembre 1685 est une correspondance poétique entre Mercure et Caliste. Mercure y révèle à Caliste qu'il avait cru être mort et avait souffert d'une existence sans elle. Il décrit son expérience post-mortem, durant laquelle il a été condamné à séjourner dans une chambre obscure pendant deux mille ans pour expier son amour excessif. Cependant, un ange lui a apporté du réconfort, et il a été ressuscité grâce aux prières de Caliste. Mercure exprime sa gratitude envers elle et son désir de vivre pour elle. La lettre est signée par M. Petit de Rouen, auteur reconnu pour ses écrits galants et ses satires morales. Ses œuvres, disponibles chez la Veuve Blageart, ont pour but de révéler les défauts humains et de détromper ceux qui sont égarés par leurs passions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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285
p. 238-242
Remede surprenant. [titre d'après la table]
Début :
S'il n'y a point de remede qui puisse nous empescher [...]
Mots clefs :
Remède, Mourir, Incurable, Soulagement, Goutte, Secret, Douleur, Membres, Aumônier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remede surprenant. [titre d'après la table]
S'il n'y a point de remede
GALANT 239
qui puiffe nous empeſcher
de mourir , il n'eft point de
mal , quelque grand & incurable
qu'il foit , auquel on
ne puiffe aporter du foulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute ,
qui de tous les maux qui ne
fe peuvent guerir , eſt eſtimé
le plus incurable . L'Aumonier
de M' le Marefchal
de Lorges , a trouvé le ſecret
, non feulement d'en apaiſer
la douleur , mais auffi
de l'arrefter , je n'ofe pas dire
pour quelques années , parce
que cela approcheroit
240 MERCURE
trop de la pleine guerifon.
Cependant il eft certain que
le Sieur Royer Serurrier, demeurant
rue Sainte Anne du
cofté de la rue S.Honoré, Paroiffe
S. Roch , qui avoit la
goute aux pieds & aux
mains, les doigts tout roides,
& qui depuis fort long- temps
avoit prefque efté toûjours
contraint de garder le lit ,
n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que
cét Aumonier le traite . II
marche aifément , & il fe
fert de fes mains pour le travail
de fa Profeffion . Je
parle
GALANT. 241
parle fur le raport de mes
yeux . J'ay veu ce Serrurier
qui a encore les mains toutes
contrefaites de la rigueur
de fon mal. Mr l'Abbé de la
Rocque l'a vû auffi , & en a
fait un article dans l'un de
Les Journaux des Sçavans .
Ce Gouteux qui a fouffert fi
long-temps , nous a confirmé
à l'un & à l'autre ce que -
nous avions appris du foulagement
qu'il avoit receu. Il
a dit la mefme choſe à plufieurs
Perfonnes de qualité
qui l'ont voulu voir , fur ce
qu'avoit dit cét Aumônier ,
Novembre 1685.
a
X
242 MERCURE
qui inftruira luy - mefme de
fes Remedes , & nommera
ceux qu'il a foulagez . Quand
on a recours à luy , il ne
s'engage qu'à faire ceffer la
douleur pour un an , s'il ne
guerit pas tout à fait. Son
attachement
ne luy permettant
pas de s'éloigner , il
ne fort point de Paris , ou
des lieux où eft la Cour.
GALANT 239
qui puiffe nous empeſcher
de mourir , il n'eft point de
mal , quelque grand & incurable
qu'il foit , auquel on
ne puiffe aporter du foulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute ,
qui de tous les maux qui ne
fe peuvent guerir , eſt eſtimé
le plus incurable . L'Aumonier
de M' le Marefchal
de Lorges , a trouvé le ſecret
, non feulement d'en apaiſer
la douleur , mais auffi
de l'arrefter , je n'ofe pas dire
pour quelques années , parce
que cela approcheroit
240 MERCURE
trop de la pleine guerifon.
Cependant il eft certain que
le Sieur Royer Serurrier, demeurant
rue Sainte Anne du
cofté de la rue S.Honoré, Paroiffe
S. Roch , qui avoit la
goute aux pieds & aux
mains, les doigts tout roides,
& qui depuis fort long- temps
avoit prefque efté toûjours
contraint de garder le lit ,
n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que
cét Aumonier le traite . II
marche aifément , & il fe
fert de fes mains pour le travail
de fa Profeffion . Je
parle
GALANT. 241
parle fur le raport de mes
yeux . J'ay veu ce Serrurier
qui a encore les mains toutes
contrefaites de la rigueur
de fon mal. Mr l'Abbé de la
Rocque l'a vû auffi , & en a
fait un article dans l'un de
Les Journaux des Sçavans .
Ce Gouteux qui a fouffert fi
long-temps , nous a confirmé
à l'un & à l'autre ce que -
nous avions appris du foulagement
qu'il avoit receu. Il
a dit la mefme choſe à plufieurs
Perfonnes de qualité
qui l'ont voulu voir , fur ce
qu'avoit dit cét Aumônier ,
Novembre 1685.
a
X
242 MERCURE
qui inftruira luy - mefme de
fes Remedes , & nommera
ceux qu'il a foulagez . Quand
on a recours à luy , il ne
s'engage qu'à faire ceffer la
douleur pour un an , s'il ne
guerit pas tout à fait. Son
attachement
ne luy permettant
pas de s'éloigner , il
ne fort point de Paris , ou
des lieux où eft la Cour.
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Résumé : Remede surprenant. [titre d'après la table]
Le texte traite d'un remède contre la goutte, une maladie alors jugée incurable. L'aumônier du maréchal de Lorges aurait trouvé un traitement apaisant et stoppant la douleur de la goutte, mais son effet est limité à une année. Un certain Sieur Royer, serrurier résidant rue Sainte-Anne, souffrait de goutte aux pieds et aux mains, le contraignant à rester alité. Après avoir été soigné par cet aumônier, Royer n'a plus ressenti de symptômes depuis trois ans, retrouvant ainsi la capacité de marcher et d'utiliser ses mains pour son travail. Plusieurs personnes, dont l'abbé de La Roque et le narrateur, ont attesté de cette guérison. Cependant, l'aumônier, en raison de ses engagements, ne peut se déplacer en dehors de Paris ou des lieux où se trouve la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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286
p. 265-295
Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
Vous m'avez paru si satisfaite de ce que je vous ay [...]
Mots clefs :
Conversions, Hérésie, Religion prétendue réformée, Abjurations, Arrêts du conseil, Procès, Nouveaux convertis, Roi, Tuteurs, Déclaration, Erreurs, Calvin, Famille, Religion catholique, Paris, Provinces
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texteReconnaissance textuelle : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Vous m'avez paru fi fatisfaite
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
Fermer
Résumé : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
En novembre 1685, la France a connu de nombreuses conversions sincères au catholicisme, impliquant des personnalités influentes dont les décisions ont encouragé d'autres conversions, y compris celles de villes entières. Le roi de France a pris plusieurs mesures pour consolider ces conversions. Trois arrêts du Conseil d'État ont été publiés : le premier permet aux gentilshommes convertis de reprendre leurs places dans les églises ; le second interdit aux avocats protestants d'exercer ; le troisième clarifie une surseance accordée aux marchands convertis. Deux déclarations royales ont également été enregistrées au Parlement : l'une concerne la nomination de tuteurs catholiques pour les enfants de protestants décédés, et l'autre offre des récompenses pour la dénonciation des protestants quittant le royaume sans autorisation. Parmi les conversions notables, on compte Monsieur Chardon, avocat célèbre, Monsieur Foreftier, ancien ministre, Monsieur Frizes, receveur général, Madame Suzanne Durand, veuve de Frédéric Henry de Gassion, Monsieur et Madame la Marquise de Lostange, et Mademoiselle d'Arbaut. Ces conversions sont présentées comme des exemples édifiants. Le texte relate aussi l'histoire d'un père et de sa fille, tous deux impliqués dans des événements religieux significatifs. Le père, après avoir abjuré ses erreurs, vit sa fille, Mademoiselle d'Arbaut, se convertir au catholicisme après des discussions avec des ecclésiastiques. À Paris, plusieurs conversions ont également eu lieu, dont celle de Monsieur Amproux, conseiller au Parlement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
287
p. 295-311
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
Début :
Comme les Lettres de Mr Allard, Ancien President en / Je vous ay instruit, Monsieur, par ma Lettre du 6. d'Octobre dernier, [...]
Mots clefs :
Conversions, Dauphiné, Calvinistes, Religion prétendue réformée, Conseillers, Catholiques, Arrêt du conseil, Présidents, Abjurations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
Comme les Lettres de M
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
En novembre 1685, la province du Dauphiné en France a connu des conversions massives de protestants au catholicisme. Grenoble, dernière ville protestante de la région, a été le théâtre de cette transition, avec la conversion de nombreux habitants, y compris des notables tels que Laurent de Perissol, Isaac de Chabrières et Alexandre Pascal. Les autorités locales, dont l'intendant et le lieutenant général, ont soutenu et facilité ces conversions. Le temple de Grenoble, initialement destiné aux protestants, a été transformé en église paroissiale. Cette vague de conversions marque la fin d'une période de protestantisme qui avait débuté sous le règne d'Henri II et avait été soutenue par des figures influentes comme François de Beaumont et François de Bonne. La Chambre de l'Édit, créée en 1577 pour protéger les droits des protestants, avait déjà été supprimée en 1679. Le texte mentionne également plusieurs personnalités et leurs familles ayant effectué des conversions, parmi lesquelles Alexandre de Perrinel, Charles Thonard, Pierre Armand, Pierre Ducroz, et Alexandre Pascal du Roure. Des conversions similaires ont eu lieu dans d'autres villes françaises, notamment Rouen, Caen, Sedan et dans le Pays de la Marche. L'auteur indique qu'il fournira plus de détails sur ces progrès religieux dans une prochaine lettre, soulignant le zèle du roi en matière de conversions religieuses. Le texte se conclut par un rondeau de Monsieur de Benferade.
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288
p. 315-316
Histoire de Hongrie. [titre d'après la table]
Début :
Comme les desordres qui sont arrivez dans la Hongrie sont [...]
Mots clefs :
Hongrie, Désordres, Ouvrages, Révolte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de Hongrie. [titre d'après la table]
Comme les defordres qui font
arrivez dans la Hongrie font
Ddij
316 MERCURE
grand bruit depuis long - temps ,
je croy vous donner à vous &
vos Amis une nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vont débiter un Livre nouveau
intitulé Hiftoire des Troubles de
Hongrie. Elle eft diviſée en trois
Volumes , & contient tout ce qui
s'eft paffé à l'égard des Mécon.
tens depuis l'année 1653. On y
voit la naiffance de leur revolte
& les progrez qu'elle a eu jufques
à preſent. Cette, Hiftoire nous
manquoit , & on eft obligé à
l'Auteur , du foin qu'il a pris de
ramaffer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez .
arrivez dans la Hongrie font
Ddij
316 MERCURE
grand bruit depuis long - temps ,
je croy vous donner à vous &
vos Amis une nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vont débiter un Livre nouveau
intitulé Hiftoire des Troubles de
Hongrie. Elle eft diviſée en trois
Volumes , & contient tout ce qui
s'eft paffé à l'égard des Mécon.
tens depuis l'année 1653. On y
voit la naiffance de leur revolte
& les progrez qu'elle a eu jufques
à preſent. Cette, Hiftoire nous
manquoit , & on eft obligé à
l'Auteur , du foin qu'il a pris de
ramaffer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez .
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Résumé : Histoire de Hongrie. [titre d'après la table]
Le livre 'Histoire des Troubles de Hongrie' du Sieur de Luynes et de la Veuve Blageart, en trois volumes, relate les événements des Mécontents depuis 1653. Il décrit l'origine et l'évolution de leur révolte jusqu'à nos jours, rassemblant divers mémoires dispersés.
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289
p. 317-320
Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
La premiere Enigme du dernier mois, a esté faite sur le mot de [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Liste de noms, Ombre, Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes. [titre d'après la table]
La premiere Enigme du dernier
mois a efté faite fur le mot de
Dd iij
318 MERCURE
l'ombre , & il a efté trouvé par
Ms N. de Leftang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin , Rault de Rouen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expliquée
en Vers.
Le mot de la feconde Enigme
eftoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans fon vray fens, font
Mrs d'Eftouteville de Toury ; de
Bardouille le Fils , de Roüen ;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Pondevaux de la Bournat de
j
Clermont , l'Habitant de Saumur
; la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu ; & la Spiri
ruelle de Lorme de Vitré. En Vers.
•
Mrs Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
GALANT. 319
-
Buret de Vitré ; Avice de Caen ,
ruë de la Harpe , le Roux , Medecin
à Vitré de Souveras ; C.
;
F. Lourdet , du quartier de la Place
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la ruë Garanciere ; l'Homme
à plus d'une affaire , la Brunette
Favorite du petit Colin ; & la plus
aimable Brunette du petit Bapti
fte de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , font
Mrs de Sorbiere , Banquier , rue
des cinq Diamans , le petit Vaffan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs , de la rue des Pa
ftoureaux d'Orleans , l'Affemblée
de la Croix , de Saint Etienne de
' Ifle en Flandre . En Vers , L.Bouchet
, ancien Curé de Nogent le
Roy, Hordé de Senlis , Larcange
Dd iiij
320 MERCURE
de Bourbon l'Archambaut, le petit
Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers
; Gyges ; Alcidor ; la Belle
Nourriture , Silvie , l'Hermophi
le du Hoc , la petite Affemblée
A. & la petite Aſſemblée G. ces
fix du Havre .
mois a efté faite fur le mot de
Dd iij
318 MERCURE
l'ombre , & il a efté trouvé par
Ms N. de Leftang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin , Rault de Rouen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expliquée
en Vers.
Le mot de la feconde Enigme
eftoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans fon vray fens, font
Mrs d'Eftouteville de Toury ; de
Bardouille le Fils , de Roüen ;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Pondevaux de la Bournat de
j
Clermont , l'Habitant de Saumur
; la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu ; & la Spiri
ruelle de Lorme de Vitré. En Vers.
•
Mrs Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
GALANT. 319
-
Buret de Vitré ; Avice de Caen ,
ruë de la Harpe , le Roux , Medecin
à Vitré de Souveras ; C.
;
F. Lourdet , du quartier de la Place
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la ruë Garanciere ; l'Homme
à plus d'une affaire , la Brunette
Favorite du petit Colin ; & la plus
aimable Brunette du petit Bapti
fte de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , font
Mrs de Sorbiere , Banquier , rue
des cinq Diamans , le petit Vaffan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs , de la rue des Pa
ftoureaux d'Orleans , l'Affemblée
de la Croix , de Saint Etienne de
' Ifle en Flandre . En Vers , L.Bouchet
, ancien Curé de Nogent le
Roy, Hordé de Senlis , Larcange
Dd iiij
320 MERCURE
de Bourbon l'Archambaut, le petit
Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers
; Gyges ; Alcidor ; la Belle
Nourriture , Silvie , l'Hermophi
le du Hoc , la petite Affemblée
A. & la petite Aſſemblée G. ces
fix du Havre .
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Résumé : Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes. [titre d'après la table]
Le texte expose les résultats de deux énigmes publiées dans le Mercure. La première énigme, portant sur le mot 'ombre', a été résolue par plusieurs personnes, dont Ms N. de Leftang, Fredino, Dom Radigues de la rue Saint-Severin, Rault de Rouen et l'Amant du bon Tabac de Bresil. Trois d'entre eux ont expliqué l'énigme en vers. La seconde énigme concernait l''épi de blé'. Les personnes ayant correctement interprété cette énigme incluent Mrs d'Estouteville de Toury, de Bardouille le Fils de Rouen, Henry Bachelet, tapissier, P. Carrier de Rouen, de Cour de Pondevaux de la Bournat de Clermont, l'Habitant de Saumur, la belle Tranquille de la Porte de Richelieu et la Spirituelle de Lorme de Vitré. Ils ont également expliqué l'énigme en vers. D'autres individus ont trouvé les mots des deux énigmes, tels que Mrs de Sorbiere, banquier, le petit Vassan de la petite Fan, l'Amant des bons Hottets de la rue des Pastoureaux d'Orléans, l'Assemblée de la Croix de Saint-Étienne de Lille en Flandre, L. Bouchet, ancien curé de Nogent-le-Roi, Horde de Senlis, Larcange, le petit Colin, le petit Baptiste frère du petit Colin de Pithiviers, Gyges, Alcidor, la Belle Nourriture, Sylvie, l'Hermophile du Hoc, la petite Assemblée A. et la petite Assemblée G. du Havre. Certains d'entre eux ont également expliqué leurs solutions en vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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290
p. 4-25
Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Début :
Avant que d'entrer dans ce détail, j'ay à vous faire part [...]
Mots clefs :
Procession, Nouveaux convertis, Chrétiens, Fête, Église, Rome, Honneurs, Cortège, Pape, Dévotion, Cérémonie, Martyrs, Nominations, Cardinal, Conclave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Avant
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
Fermer
Résumé : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
En septembre 1685, Rome a été le théâtre de nombreuses festivités religieuses et célébrations. Le 4 août, une fête en l'honneur de Saint Gaëtan a été organisée chez les Pères Théatins, et le pape a décidé que cette fête serait dorénavant célébrée comme une double fête. La même journée a marqué l'inauguration de l'église Saint-Ignace des Jésuites, attirant de nombreux dignitaires. Les Dominicains ont célébré la fête de saint Dominique avec une musique à huit chœurs, tandis que les Franciscains et les Dominicains ont échangé des offices pour symboliser leur union. Le 9 août, la fête de Saint Laurent a été marquée par des arcs de triomphe autour de son église principale. Le 25 août, la fête de Saint Louis a été célébrée avec une musique exceptionnelle et la présence de l'ambassadeur de France, dans une église décorée de damas rouge, de fleurs de lys, de soleils, ainsi que des portraits du roi de France et du pape. Le 2 septembre, le pape a tenu une chapelle extraordinaire pour remercier Dieu des victoires contre les Turcs obtenues par les armées de l'empereur et des Vénitiens. La ville était en liesse avec des feux, des illuminations et des tirs de mortiers. Le cardinal Chigi a exposé des armes turques et des prisonniers sur la façade de son palais. Après les victoires militaires, des trophées macabres, comme une tête de Mahométan et une peau humaine attribuée au Grand Vizir, ont été mis en scène. Le pape a distribué des charités aux pauvres et organisé des prières de Quarante Heures pour demander des victoires contre les infidèles, la paix de l'Église et l'union des princes chrétiens. Une procession a célébré le transfert de nouveaux convertis au catholicisme vers un palais légué par le cardinal Gastaldi, accompagnée de cardinaux et de prélats, et s'est rendue à la basilique Saint-Pierre où étaient exposées des reliques sacrées. Le 2 septembre, le cardinal Paul Savelli-Perretti est décédé à l'âge de soixante-deux ans et a été inhumé dans l'église Santa Maria in Ara Coeli. Son frère est le prince d'Albano, chef de la maison Savelli, une des plus anciennes familles de Rome. Antoine Paoluzi, un auditeur de la Rote vénitien, est également décédé à Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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291
p. 42-50
Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Début :
Le 21. du mois passé, jour de la Presentation de la Vierge, [...]
Mots clefs :
Présentation de la Vierge, Sermon, Abbé, Archevêque, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21. du mois paffé , jour
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
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Résumé : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21 décembre 1685, Madame, une noble de haut rang, se rendit anonymement au monastère de Port-Royal pour assister à un sermon de l'abbé Faydit. Ce dernier insista sur l'importance de la paix et de la concorde au sein des communautés religieuses, qualifiant le manque d'union de poison mortel. Il cita Tertullien pour illustrer comment la discorde peut rendre inefficaces les sacrifices et les vertus des religieuses. L'abbé Faydit mit également en garde contre les tentatives du démon de semer la division. L'abbé Faydit exprima ensuite sa confiance en Madame, reconnaissant ses qualités de douceur, de modération et de prudence, qui la distinguent parmi les abbesses. Il compara son influence bénéfique au monastère à celle de l'archevêque de Paris, qui avait réussi à apaiser les divisions dans l'Église de Paris, comparables aux problèmes rencontrés par l'apôtre Paul à Corinthe. Grâce à la sagesse de Madame, les disputes au monastère avaient pris fin, permettant à la communauté de vivre dans l'unité et la sainteté, en imitant les vertus de la Vierge Marie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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292
p. 50-57
Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Voicy un autre endroit d'un Sermon que Mr de Fessel Docteur [...]
Mots clefs :
Docteur de Sorbonne, Discours, Soissons, Abbé, Troupeau, Dieu, Familles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Voicy un autre endroit
d'un Sermon que M² de Feffel
Docteur de Sorbonne , &
Chanoine Theologal de l'Eglife
Cathedrale de Soiffons ,
y fit le Dimanche 18. du mois
paffé. Il vous plaira d'autant
GALANT.
51
plus , qu'ayant une eſtime
Tres -particuliere pour le merite
& les grandes qualitéz
de M l'Abbé Huet, nommé
à l'Evefché de Soiffons , vous
verrez dans ce Difcours avec
quelle joye & quels applau
diffemens toute la Ville a appris
cedigne choix de fa Ma
jefté Mi Abbé du Feffel ,
aprés l'Ave Maria, de ce Sermon,
parla de cette maniere .
- Fervous Je vous dis il y a fort peu de
temps , mes Freres , que par le deceds
de Mefixe Charles de Bourlon
, nostre digne Evefque , nous
eftions tous de venus des Enfans
M
E ij
52 MERCURE
&
fans Pere , un Troupeaufans Pa
fleur , des Membres fans Chef,
que dans cette perte generale,
l'esperance d'un Succeffeur capa
ble de la reparer , eftoir la feule
confolation que nous devions nous
permettre ; mais que comme un
digne Evefque eftoit ungrand don
de Dieu , il nous le falloit meriter
par nos prieres. Finvitay tous
les Colleges , toutes les Communautez
, toutes les Familles , a
demander qu'il plaft au Ciel d'in-
Spirer le Roy de nous donner un
Prelat
que Dieu luy mefme euft
forméfelonfon coeurs qu'il cuft
remply de fon double efprit ; un
GALANT. $3
4
homme Apoftolique de la trempe de
ceux des premiers Siecles , qui cuft
long- temps travaillé au dedans à
Se rendre digne de l'Epifcopat
fans avoir jamais penfe à eftre
Evefque car , comme dit admirablement
Saint Chryfoftome , celuy
qui brigue un Eveſché , ne
croit pas au Jugement de Dieu
il a renoncéà fonfalut. Fay à
vous dire aujourd'huy , mes Freres
,que nos prieres ont efté exaucées.
LOVIS le Grand, toujours
auguste, toujours éclairé, toûjours
équitable dans fes choix , perfuadé
qu'il ne peut mieux conferver les
conquestes miraculeufes qu'ilfait
E iij
54 MERCURE
pour l'Eglife , par le retour general
de tous fes Sujets qui s'en ef
malheureusement fepa toient
rez , qu'en luy donnant des E
vefques auffi vertueux que fçavans
, auffi zelez pour la verité
de la doctrine , que pour la fainteté
des moeurs , a nommépour la
conduite de ce Diocefe Meffire.
Pierre Daniel Huer Nous ne
pouvions fouhaiter un plus illuftre
Prelat. Il eftfi remply de merite,
d'érudition & defcience ; il a tant
de probité , de fageffe , de vertu
folide & de pieté; il estfi profond
dans les belles lettres , dans la
difcipline de l'Eglife , fi interieur,
GALANT. 55
fi homme d'Oraifon , fi honnefte
faffable , que nous avons tout
fujer de benirDieu , &de remercier
le Roy qui nous l'a donnépour
noftre Pasteur. C'est à nous maintenant
à travailler à nous mettre
en eftat de profiter des rares talens
des graces extraordinaires dont
Dieu l'a remply. C'est à nous à
redoublernos prieres.Joignons- les,
mes Freres , joignons- les aux fiennes.
Il eft prefentement en retraite
, où il fe prepare aux fonctions
excellentes defon Miniftere . Là il
converſe avec Dieu.comme Moïfe
fur la Montagne. Làilfe trans
figure comme le Sauveur du Mon-
E inj
56 MERCURE
de fur le Thabor. Là il parte de
nous à Dieu , & luy- mefme reprefente
nos maladies fpirituelles,
en attendant qu'il nous en vienne
parler, & ydonner les remedes
neceffaires. Demandons que par
l'onction de fon Sacre , il foit
transformé en un homme tout nou-
›
veau , que par la plenitude de la
charité qui forme le caractere des
Evefques , ilfoit autant élevé au
deffus de luy mefme , qu'il est éle
vé au deffus de nous par fon meque
cette onction luy donne
toute l'humilité, tout l'amour toute
la fermeté, tout le détachement de
Saint Pierre, toute lafidelité, tous
rite ;
GALANT. 57
les bons defirs , tous les fages confeils
de David. Mais endemans
dant pour luy toutes ces graces ,
demandons à Dieu pour nous toute
la docilité & toute l'obeiffance,
fans lesquelles nous luyferions une
double charge. Il eft noftre Pere,
noftre Maistre , noftre Paſteur
noftre Chef; & les Enfans devant
aimer leur Pere , les Difciples
écouter leur Maistre, les Ouailles
fuivre leur Pafteur , les Membres
s'unir à leur Chef, ce nous estune
obligation indiſpenſable d'appliquer
nos foins à nous acquitter fidellement
de tous ces devoirs.
d'un Sermon que M² de Feffel
Docteur de Sorbonne , &
Chanoine Theologal de l'Eglife
Cathedrale de Soiffons ,
y fit le Dimanche 18. du mois
paffé. Il vous plaira d'autant
GALANT.
51
plus , qu'ayant une eſtime
Tres -particuliere pour le merite
& les grandes qualitéz
de M l'Abbé Huet, nommé
à l'Evefché de Soiffons , vous
verrez dans ce Difcours avec
quelle joye & quels applau
diffemens toute la Ville a appris
cedigne choix de fa Ma
jefté Mi Abbé du Feffel ,
aprés l'Ave Maria, de ce Sermon,
parla de cette maniere .
- Fervous Je vous dis il y a fort peu de
temps , mes Freres , que par le deceds
de Mefixe Charles de Bourlon
, nostre digne Evefque , nous
eftions tous de venus des Enfans
M
E ij
52 MERCURE
&
fans Pere , un Troupeaufans Pa
fleur , des Membres fans Chef,
que dans cette perte generale,
l'esperance d'un Succeffeur capa
ble de la reparer , eftoir la feule
confolation que nous devions nous
permettre ; mais que comme un
digne Evefque eftoit ungrand don
de Dieu , il nous le falloit meriter
par nos prieres. Finvitay tous
les Colleges , toutes les Communautez
, toutes les Familles , a
demander qu'il plaft au Ciel d'in-
Spirer le Roy de nous donner un
Prelat
que Dieu luy mefme euft
forméfelonfon coeurs qu'il cuft
remply de fon double efprit ; un
GALANT. $3
4
homme Apoftolique de la trempe de
ceux des premiers Siecles , qui cuft
long- temps travaillé au dedans à
Se rendre digne de l'Epifcopat
fans avoir jamais penfe à eftre
Evefque car , comme dit admirablement
Saint Chryfoftome , celuy
qui brigue un Eveſché , ne
croit pas au Jugement de Dieu
il a renoncéà fonfalut. Fay à
vous dire aujourd'huy , mes Freres
,que nos prieres ont efté exaucées.
LOVIS le Grand, toujours
auguste, toujours éclairé, toûjours
équitable dans fes choix , perfuadé
qu'il ne peut mieux conferver les
conquestes miraculeufes qu'ilfait
E iij
54 MERCURE
pour l'Eglife , par le retour general
de tous fes Sujets qui s'en ef
malheureusement fepa toient
rez , qu'en luy donnant des E
vefques auffi vertueux que fçavans
, auffi zelez pour la verité
de la doctrine , que pour la fainteté
des moeurs , a nommépour la
conduite de ce Diocefe Meffire.
Pierre Daniel Huer Nous ne
pouvions fouhaiter un plus illuftre
Prelat. Il eftfi remply de merite,
d'érudition & defcience ; il a tant
de probité , de fageffe , de vertu
folide & de pieté; il estfi profond
dans les belles lettres , dans la
difcipline de l'Eglife , fi interieur,
GALANT. 55
fi homme d'Oraifon , fi honnefte
faffable , que nous avons tout
fujer de benirDieu , &de remercier
le Roy qui nous l'a donnépour
noftre Pasteur. C'est à nous maintenant
à travailler à nous mettre
en eftat de profiter des rares talens
des graces extraordinaires dont
Dieu l'a remply. C'est à nous à
redoublernos prieres.Joignons- les,
mes Freres , joignons- les aux fiennes.
Il eft prefentement en retraite
, où il fe prepare aux fonctions
excellentes defon Miniftere . Là il
converſe avec Dieu.comme Moïfe
fur la Montagne. Làilfe trans
figure comme le Sauveur du Mon-
E inj
56 MERCURE
de fur le Thabor. Là il parte de
nous à Dieu , & luy- mefme reprefente
nos maladies fpirituelles,
en attendant qu'il nous en vienne
parler, & ydonner les remedes
neceffaires. Demandons que par
l'onction de fon Sacre , il foit
transformé en un homme tout nou-
›
veau , que par la plenitude de la
charité qui forme le caractere des
Evefques , ilfoit autant élevé au
deffus de luy mefme , qu'il est éle
vé au deffus de nous par fon meque
cette onction luy donne
toute l'humilité, tout l'amour toute
la fermeté, tout le détachement de
Saint Pierre, toute lafidelité, tous
rite ;
GALANT. 57
les bons defirs , tous les fages confeils
de David. Mais endemans
dant pour luy toutes ces graces ,
demandons à Dieu pour nous toute
la docilité & toute l'obeiffance,
fans lesquelles nous luyferions une
double charge. Il eft noftre Pere,
noftre Maistre , noftre Paſteur
noftre Chef; & les Enfans devant
aimer leur Pere , les Difciples
écouter leur Maistre, les Ouailles
fuivre leur Pafteur , les Membres
s'unir à leur Chef, ce nous estune
obligation indiſpenſable d'appliquer
nos foins à nous acquitter fidellement
de tous ces devoirs.
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Résumé : Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Le 18 du mois précédent, M. de Feffel, docteur de Sorbonne et chanoine théologal de la cathédrale de Soissons, a prononcé un sermon célébrant la nomination de M. l'Abbé Huet à l'évêché de Soissons. Suite au décès de l'évêque Charles de Bourlon, la communauté était désorientée et priait pour un successeur digne. M. de Feffel a invité les fidèles à prier afin que le roi nomme un prélat vertueux. Le roi Louis XIV, conscient de l'importance de la foi pour la conservation des conquêtes, a choisi Pierre Daniel Huet en raison de son mérite, de son érudition, de sa probité et de sa piété. La communauté a exprimé sa gratitude envers Dieu et le roi pour cette nomination. Actuellement, M. Huet se prépare à ses nouvelles fonctions en se retirant pour prier et se consacrer à Dieu. Les fidèles sont encouragés à prier pour que M. Huet reçoive les grâces nécessaires à son ministère et pour qu'ils soient dociles et obéissants à leur nouvel évêque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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293
p. 96-101
Discours fait par Mr le Duc de Saint Aignan, en prenant sa place de Directeur à l'Academie Françoise, & ce qui s'y passa le mesme jour. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de S. Aignan ayant esté fait Directeur [...]
Mots clefs :
Duc de S. Aignan, Directeur, Académie, Faveur, Sentiments, Compagnie, Éloquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours fait par Mr le Duc de Saint Aignan, en prenant sa place de Directeur à l'Academie Françoise, & ce qui s'y passa le mesme jour. [titre d'après la table]
M le Duc de
S. Aignan ayant efté fait ,Directeur
GALANT. 97
recteur de cette fameuse
Compagnie au commencement
d'Octobre, vint y prendre
feance en cette qualité
de Directeur le du mois
17.
paffé, & dit à ces Meffieurs
d'une maniere toute obligeante
; Que la place dans la
quelle ils le voyoient alors ne luy,
auroit pas efté moins agreable
qu'elle luy eftoit glorieuse, s'il avoit
pûfe perfuader qu'ils euffent
approuvé par leur choix ce que le
fort avoitfait enfa faveur; Que
c'eftoit un avantage dont il n'ofoit
fe flater; mais qu'il occuperoit
au moins cette place avec un
Decembre 1685. I
98 MERCURE
efpritfi foumis à leurs fentimens,
un coeurfi remply d'eftime &
de veneration pour cette Illustre
Compagnie , qu'elle auroit lieu
d'en eftre fatisfaite ; Quefi quel
que chofe luy pouvoit donner de
la peine , au milieu de tant de
fujets de fatisfaction , c'estoit le
peu de temps qu'il pourroit avoir
d'en profiter , à cause de l'affi
duite où fa Charge l'obligeoit auprés
du Roy ; mais que comme
il ne pourroit s'éloigner d'eux, que
pour s'approcher de ce grand Monarque,
de qui le Regne eftoit plein
de merveilles, pourla facrée Perfonne
, duquel ils avoient tant
GALANT. 99
d'attachement de zele , & à
la gloire duquel ils parloient f
bien ; il vouloit efperer qu'ils excuferoient
ce mauvais effet par la
bonté de fa caufe ; & qu'ils luy
• permettroient d'achever fon année
de Service auprés de Sa Majefté,
comme il l'avoit commencée
; aprés laquelle il fe rendroit
auprés d'eux leplusfouvent qu'il
pourroit , afin de leur faire connoiftre
à quel point il estoit charmé
de ce qu'il leur entendoit dire,
ce qu'il voudroit faire pour
meriter leur approbation .
Ce mefme jour, il fut refolu
que la Compagnie dépu-
I ij
100 MERCURE
teroit à M Boucherat, Chan...
celier de France , pour le fe.
liciter fur le choix que le Roy
venoit de faire de la Perfonne
pour remplir une place fi
importante , & M¹ le Duc de
S. Aignan ayant eu quelques
raifons pour ſe difpenfer de
porter la parole comme Directeur
, Mr Boyer , alors
Chancelier de l'Academie,
s'en trouva chargé. Ceux qui
l'accompagnerent furent Mt
Doujat, Doyen, M'Charpentier,
M l'Abbé de Dangeau ,
M' l'Abbé Tallemant le jeune,
& Mrs Bergeret, Racine,
GALANT. IOI
Defpreaux , & le Clerc . Mr
le Duc de S. Aignan les prefenta
à M. le Chancelier , &
luy dit ; Que ne ſe trouvant
pas affez d'eloquence pour
s'en fervir aupres d'une Perfonne
de fa Dignité & de fon
grand merite, il avoit prié
M's de l'Academie Françoiſe
de trouver bon qu'il les prefentaft
feulement
, & que Mr
Boyer qui rempliffoit dans la
Compagnie la feconde Charge
apres celle de Directeur
qu'il occupoit, portaft la parole
dans le Compliment
qu'ils venoient luy faire..
S. Aignan ayant efté fait ,Directeur
GALANT. 97
recteur de cette fameuse
Compagnie au commencement
d'Octobre, vint y prendre
feance en cette qualité
de Directeur le du mois
17.
paffé, & dit à ces Meffieurs
d'une maniere toute obligeante
; Que la place dans la
quelle ils le voyoient alors ne luy,
auroit pas efté moins agreable
qu'elle luy eftoit glorieuse, s'il avoit
pûfe perfuader qu'ils euffent
approuvé par leur choix ce que le
fort avoitfait enfa faveur; Que
c'eftoit un avantage dont il n'ofoit
fe flater; mais qu'il occuperoit
au moins cette place avec un
Decembre 1685. I
98 MERCURE
efpritfi foumis à leurs fentimens,
un coeurfi remply d'eftime &
de veneration pour cette Illustre
Compagnie , qu'elle auroit lieu
d'en eftre fatisfaite ; Quefi quel
que chofe luy pouvoit donner de
la peine , au milieu de tant de
fujets de fatisfaction , c'estoit le
peu de temps qu'il pourroit avoir
d'en profiter , à cause de l'affi
duite où fa Charge l'obligeoit auprés
du Roy ; mais que comme
il ne pourroit s'éloigner d'eux, que
pour s'approcher de ce grand Monarque,
de qui le Regne eftoit plein
de merveilles, pourla facrée Perfonne
, duquel ils avoient tant
GALANT. 99
d'attachement de zele , & à
la gloire duquel ils parloient f
bien ; il vouloit efperer qu'ils excuferoient
ce mauvais effet par la
bonté de fa caufe ; & qu'ils luy
• permettroient d'achever fon année
de Service auprés de Sa Majefté,
comme il l'avoit commencée
; aprés laquelle il fe rendroit
auprés d'eux leplusfouvent qu'il
pourroit , afin de leur faire connoiftre
à quel point il estoit charmé
de ce qu'il leur entendoit dire,
ce qu'il voudroit faire pour
meriter leur approbation .
Ce mefme jour, il fut refolu
que la Compagnie dépu-
I ij
100 MERCURE
teroit à M Boucherat, Chan...
celier de France , pour le fe.
liciter fur le choix que le Roy
venoit de faire de la Perfonne
pour remplir une place fi
importante , & M¹ le Duc de
S. Aignan ayant eu quelques
raifons pour ſe difpenfer de
porter la parole comme Directeur
, Mr Boyer , alors
Chancelier de l'Academie,
s'en trouva chargé. Ceux qui
l'accompagnerent furent Mt
Doujat, Doyen, M'Charpentier,
M l'Abbé de Dangeau ,
M' l'Abbé Tallemant le jeune,
& Mrs Bergeret, Racine,
GALANT. IOI
Defpreaux , & le Clerc . Mr
le Duc de S. Aignan les prefenta
à M. le Chancelier , &
luy dit ; Que ne ſe trouvant
pas affez d'eloquence pour
s'en fervir aupres d'une Perfonne
de fa Dignité & de fon
grand merite, il avoit prié
M's de l'Academie Françoiſe
de trouver bon qu'il les prefentaft
feulement
, & que Mr
Boyer qui rempliffoit dans la
Compagnie la feconde Charge
apres celle de Directeur
qu'il occupoit, portaft la parole
dans le Compliment
qu'ils venoient luy faire..
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Résumé : Discours fait par Mr le Duc de Saint Aignan, en prenant sa place de Directeur à l'Academie Françoise, & ce qui s'y passa le mesme jour. [titre d'après la table]
En octobre 17, le Duc de Saint-Aignan a été nommé directeur de la Compagnie. Il a exprimé sa gratitude et son honneur de servir, tout en soulignant que cette position lui était attribuée par le sort plutôt que par le choix des membres. Il a promis de remplir ses fonctions avec respect et dévotion, malgré ses obligations royales. La Compagnie a décidé d'envoyer une délégation à M. Boucherat, Chancelier de France, pour le féliciter de la nomination du Duc par le roi. Le Duc de Saint-Aignan a demandé à M. Boyer, chancelier de l'Académie, de prononcer le discours à sa place. La délégation comprenait des membres éminents tels que M. Doujat, M. Charpentier, l'Abbé de Dangeau, l'Abbé Tallemant le jeune, M. Bergeret, M. Racine, M. Despreaux et M. Le Clerc.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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294
p. 102-111
Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Apres cela Mr Boyer luy parla de cette sorte. MONSEIGNEUR, L'Academie [...]
Mots clefs :
Discours, Académie, Compliments, Monseigneur, Bonté, Piété, Grandeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Apres cela M' Boyer luy
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
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Résumé : Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Lors d'un discours à l'Académie Française, M. Boyer célèbre la nomination d'un nouveau dignitaire, dont les mérites et les qualités exceptionnelles sont soulignés. Ce dernier est reconnu pour son application, son savoir, sa probité, son expérience et sa sagesse. Sa trajectoire est comparée à celle du roi Louis XIV, qui a su allier grandeur et gloire durable grâce à ses actions pieuses et politiques. Le nouveau dignitaire est également loué pour sa charmante politesse, sa noble facilité et sa bonté bienfaisante, qui le rendent accessible au mérite et à la vertu. L'Académie apprécie son intérêt pour les sciences et les belles-lettres, espérant qu'il continuera à protéger et à soutenir ces domaines. En réponse, M. Boyer exprime sa reconnaissance et son estime pour les gens de lettres, affirmant l'importance du corps des lettrés pour l'État. Il salue les succès du roi dans l'éradication d'une secte malheureuse en France et assure de son soutien et de son ardent désir de servir l'Académie Française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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295
p. 135-136
Prix donné & remporté par Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay il y a un mois du Prix que [...]
Mots clefs :
Prix, Duc de la Milleraye, Gentilshommes, Académie, Besançon
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texteReconnaissance textuelle : Prix donné & remporté par Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Je vous parlay il y a un
mois du Prix que M¹ le Duc
de la Meilleraye avoit donné
aux jeunes Gentilshommes
de l'Academie de Befançon
pour la courſe des têtes
. Il a encore eu depuis ce
temps-là la mefme genero
fité , & la mefine adreffe ,
puis qu'ayant fait difputer
un nouveau Prix , il l'a enco136
MERCURE
re remporté. Je vous en diray
davantage en vous parlant
de fon Mariage qui fe
doit celebrer à Belançon le
lendemain de Noël .
mois du Prix que M¹ le Duc
de la Meilleraye avoit donné
aux jeunes Gentilshommes
de l'Academie de Befançon
pour la courſe des têtes
. Il a encore eu depuis ce
temps-là la mefme genero
fité , & la mefine adreffe ,
puis qu'ayant fait difputer
un nouveau Prix , il l'a enco136
MERCURE
re remporté. Je vous en diray
davantage en vous parlant
de fon Mariage qui fe
doit celebrer à Belançon le
lendemain de Noël .
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296
p. 136-137
Repas magnifiques donnez entre plusieurs Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Nonce du Pape & Mrs les Ambassadeurs de Pologne [...]
Mots clefs :
Nonce du Pape, Ambassadeurs, Repas, Magnificence, Table, Service, Mets
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texteReconnaissance textuelle : Repas magnifiques donnez entre plusieurs Ambassadeurs. [titre d'après la table]
M' le Nonce du Pape , &
M's les Ambaffadeurs de Pologne
& de Veniſe , ſe font
icy regalez tour à tour ,
autant de magnificence que
de galanterie . On fut extremément
furpris du premier
fervice de Ml'Ambaffadeur
de Venife . La Table ne parut
d'abord couverte que de
Galeres , & de Galeaffes ; il
y avoit des Potages dans
GALANT. 137
toutes les Nefs , & lors qu'on
en eut mangé , on les leva
toutes , & il fe trouva qu'elles
ne fervoient que de couvercle
à ce qui faifoit le ſecond
Service. Les Italiens
font fort ingenieux pour ces
fortes de chofes , & l'on voit
fouvent chez eux des Def
ferts compofez de Pates de
Sucre contenant plufieurs .
Chafteaux , Palais , Figures
& autres Ouvrages galans
& élevez , ce qui donne
un grand relief à leurs Repas.
M's les Ambaffadeurs de Pologne
& de Veniſe , ſe font
icy regalez tour à tour ,
autant de magnificence que
de galanterie . On fut extremément
furpris du premier
fervice de Ml'Ambaffadeur
de Venife . La Table ne parut
d'abord couverte que de
Galeres , & de Galeaffes ; il
y avoit des Potages dans
GALANT. 137
toutes les Nefs , & lors qu'on
en eut mangé , on les leva
toutes , & il fe trouva qu'elles
ne fervoient que de couvercle
à ce qui faifoit le ſecond
Service. Les Italiens
font fort ingenieux pour ces
fortes de chofes , & l'on voit
fouvent chez eux des Def
ferts compofez de Pates de
Sucre contenant plufieurs .
Chafteaux , Palais , Figures
& autres Ouvrages galans
& élevez , ce qui donne
un grand relief à leurs Repas.
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Résumé : Repas magnifiques donnez entre plusieurs Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Des réceptions somptueuses ont été organisées pour le Nonce du Pape et les ambassadeurs de Pologne et de Venise. Le service de l'ambassadeur de Venise a marqué les convives. La table présentait des galères et galiotes contenant des potages, servant ensuite de couvercles pour le second service. Les Italiens impressionnent par leurs desserts en pâte de sucre représentant des œuvres d'art.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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297
p. 143-147
Nouvelle maniere de guerir les blessures. [titre d'après la table]
Début :
On ne peut trop estimer ceux qui travaillent pour la conservation [...]
Mots clefs :
Santé, Secrets, Remède, Blessure, Guérison, Plaies, Douleurs
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle maniere de guerir les blessures. [titre d'après la table]
On ne peut trop eftimer
ceux qui travaillent pour la
confervation de la fanté des
hommes , & qui réüfliffent
dans les fecrets qu'ils recher144
MERCURE
r:
chent . Mr Rouffeau Maiftre
Chirurgien Juré , eſt de ce
nombre. Il a un remede qui
guerit tous ceux qui ont receu
quelque bleffure par
quelque inftrument que ce
puiffe eftre , & cela en moins
de vingt- quatre heures . On
auroit peine à le croire , fi
l'experience de quantité de
cures qu'il a faites , & qu'il
fait de jour en jour,ne le confirmoit.
Plufieurs perfonnes
bleffées qui perdoient tout
leur fang , & qu'on defef
peroit de pouvoir guerir, ont
fenty l'effet de ce remede ,
en
GALANT. 145
là
en recouvrant en tres- peu de
temps une parfaite ſanté. Il
introduit dans les playes une
liqueur qui réunit les parties ,
de forte que l'on évite par
les incifions dont on fe fert
ordinairement, en travaillant
fur de pareils maux.M¹ Rouſfeau
n'employe ny tampons,
ny corps étrangers qui irritent
fouvent les playes . Il eft
aifé de s'imaginer que cette
maniere de les guerir épargne
les vives douleurs dont
ces Operations font toûjours
fuivies. Quoy que toutes les
nouveautés ne foient pastoû-
Decembre 1685. N
1
146 MERCURE
jours receues d'abord,fur tout
lors qu'il y va de la vie, elles.
ne doivent pas pour cela eftre
condamnées , fans qu'on ait
meurement examiné s'il y a
quelque peril à les recevoir.
Ce qui eft à prefent le plus ordinaire
pour la Medecine &
pour lesArts,a peut- eftre efté
auffi nouveau dans fon temps :
que ce que je vous mande aujourd'huy
, touchant la nouvelle
maniere de guerir les
playes . Tout ce que je puis
dire, c'eſt qu'il y a de la vraye
femblance qu'elles puiffent
eftre ainfi gueries, & que pluGALANT.
147
fieurs perfonnes dignes de
foy affurent de l'avoir efté
par ce remede. J'ajoûteray à
cela , que lorſque je parle
pour un Maistre Chirurgien
Juré , & que les premiers Medecins
de Paris produiſent
eux , mefmes , je ne crois
point parler pour un Charlatan.
ceux qui travaillent pour la
confervation de la fanté des
hommes , & qui réüfliffent
dans les fecrets qu'ils recher144
MERCURE
r:
chent . Mr Rouffeau Maiftre
Chirurgien Juré , eſt de ce
nombre. Il a un remede qui
guerit tous ceux qui ont receu
quelque bleffure par
quelque inftrument que ce
puiffe eftre , & cela en moins
de vingt- quatre heures . On
auroit peine à le croire , fi
l'experience de quantité de
cures qu'il a faites , & qu'il
fait de jour en jour,ne le confirmoit.
Plufieurs perfonnes
bleffées qui perdoient tout
leur fang , & qu'on defef
peroit de pouvoir guerir, ont
fenty l'effet de ce remede ,
en
GALANT. 145
là
en recouvrant en tres- peu de
temps une parfaite ſanté. Il
introduit dans les playes une
liqueur qui réunit les parties ,
de forte que l'on évite par
les incifions dont on fe fert
ordinairement, en travaillant
fur de pareils maux.M¹ Rouſfeau
n'employe ny tampons,
ny corps étrangers qui irritent
fouvent les playes . Il eft
aifé de s'imaginer que cette
maniere de les guerir épargne
les vives douleurs dont
ces Operations font toûjours
fuivies. Quoy que toutes les
nouveautés ne foient pastoû-
Decembre 1685. N
1
146 MERCURE
jours receues d'abord,fur tout
lors qu'il y va de la vie, elles.
ne doivent pas pour cela eftre
condamnées , fans qu'on ait
meurement examiné s'il y a
quelque peril à les recevoir.
Ce qui eft à prefent le plus ordinaire
pour la Medecine &
pour lesArts,a peut- eftre efté
auffi nouveau dans fon temps :
que ce que je vous mande aujourd'huy
, touchant la nouvelle
maniere de guerir les
playes . Tout ce que je puis
dire, c'eſt qu'il y a de la vraye
femblance qu'elles puiffent
eftre ainfi gueries, & que pluGALANT.
147
fieurs perfonnes dignes de
foy affurent de l'avoir efté
par ce remede. J'ajoûteray à
cela , que lorſque je parle
pour un Maistre Chirurgien
Juré , & que les premiers Medecins
de Paris produiſent
eux , mefmes , je ne crois
point parler pour un Charlatan.
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Résumé : Nouvelle maniere de guerir les blessures. [titre d'après la table]
Le texte décrit les travaux de Monsieur Rouffeau, un maître chirurgien juré, qui a élaboré un remède efficace pour soigner les blessures causées par divers instruments. Ce traitement permet de guérir les patients en moins de vingt-quatre heures, comme en témoignent de nombreuses guérisons réussies. Des individus gravement blessés, ayant perdu beaucoup de sang et considérés comme incurables, ont rapidement récupéré grâce à cette méthode. Rouffeau utilise une liqueur qui rassemble les parties blessées, évitant ainsi les incisions douloureuses et les corps étrangers irritants souvent utilisés. Malgré les résistances possibles face aux innovations, celles-ci doivent être examinées sérieusement, surtout lorsqu'elles sauvent des vies. La crédibilité de Rouffeau est soutenue par les premiers médecins de Paris, et plusieurs personnes dignes de foi attestent de l'efficacité de ce remède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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298
p. 270-278
SUITE D'UNE LETTRE de Mr Allard, ancien President en l'Election de Grenoble.
Début :
Vous trouverez dans la suite de la Lettre de Mr Allard / Monsieur de Saint André, Marquis de Virieu, premier President au [...]
Mots clefs :
Harangue, Parlement de Grenoble, Éloge du roi, Hérésie, Déclarations, Arrêts, Erreurs calvinistes, Conversions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE D'UNE LETTRE de Mr Allard, ancien President en l'Election de Grenoble.
Vous trouverez dans la fuite
de la Lettre de M Allard
dont je vous envoïay le com.
mencement le mois paffé ,
ce qui s'eft dit au Parlement
de Grenoble fur ce Sujet.
1 :|:|སད ཆེནནས
GALANT. 271
sses Sas SS SSSSSS
SUITE D'UNE LETTRE
de M' Allard , ancien Prefident
en l'Election de Grenoble.
M
Onfieur de Saint André,
Marquis de Virień ,
premier Prefident au Parlement
de Grenoble , harangua à l'Ouverture
de la Saint Martin, d'une
maniere fi judicieuſe & fi éloquente
, qu'il fut admiré de tous
ceux qui rempliffoient la Chambre
d'Audience. La matiere de
fon Difcours , fut l'Eloge du Roy,
Z
iiij
272 MERCURE
qu'ilfit voir eftre le Juftinien , le
Conftantin , le Theodofe de
noftre Siecle , par les Loix qu'il a
établies , par fes foins à détruire
l'Herefie dans fon Royaume ,
par la Paix univerfelle qu'il a
donnée à toute l'Europe . Il s'étendit
fur l'utilité de ces Loix , fur
les charmes de la réunion de tant
de Sujets en une mefme Eglife ,
fur le bien de cette Paix. Il
s'attacha particulierement à louer
les moyens doux & paiſibles dont
s'eft fervie Sa Majestépour ramener
tant de monde égaré , &
montra comment depuis plufieurs
années Elle avoitfait connoîtrefes
GALANT. 273
pieufes intentions ; comment elle
arvoit réveillé par fes Edits , fes
Declarations , les Arrefts de
fon Confeil , ces malheureux endermis
dans leurs erreurs , & enfevelis
dans les tenebres de l'Herefie
; comment par des démarches
de Pere plûtoft que de Roy , elle
avoit tâché de les attirer à la verité
; & comment par desfollicitations
& des récompenfes , plutoft
que par des rigueurs des peines,
Elle les avoit voulu faire rentrer
dans la Religion de leurs Peres.
Ce fage Magistrat n'oublia
rien de tout ce qui pouvoit faire
un parfait Panegyrique, & dans
274 MERCURE
une ample matiere , il trouva de.
quoy remplir unDifcours éloquent , "
agreable , bien fuivy , avec une
grace & une action digne de celuy
qui le prononçoit. C'est ainsi que
toutes les années il s'acquitte d'un
employ attaché à fa Charge , qui
fait dire à tout le monde que perfonne
n'en pouvoit eftre plus digne
que luy. Vous fçavezfans doute
qu'il eft petit Fils du cofté maternel
de Pompone de Belliévre
Chancelier de France ; & qu'Artus
de Prunier de Saint André
fon Ayeul Paternel , poffedoit la
mefme Charge dans un temps où
les Guerres civiles de la Religion
GALANT. 275
demandoient que cette Place fuft
occupée par un Homme vigilant,
prudent &fçavant , & iltémoigna
de l'eftre veritablement en
plufieurs occafions.
Le 14. du mefme mois de Novembre
, Meffire Etienne le Camus
Evefque de Grenoble , dont
la Famille a toujours efté attachée
à celle de le Tellier , & qui a receu
en particulier de feu M' le
Chancelier
, des témoignages publics
de fon eftime & de fa protection
, fit faire un Service folemnel
dans fon Eglife Cathedrale
pour l'ame de ce grand
Homme , & ily officia.
276 MERCURE
Le 15. le Parlement fit faire
extraordinairement un pareil Service
dans l'Eglife Collegiale de
Saint André de la meſme Ville où
il affifta en Corps de Cour, témoignage
certain de la veneration
qu'il conferve pour ce grand Chef
de la Fuftice , puifque jamais il
n'avoit fait une femblable Ceremonie
pour aucun Chancelier de
France , ayant efté convié pour
celle- cy par le zele particulier de
fon premier Prefident.
Le 16. la Chambre des Com
ptes en fit faire autant dans la
mefme Eglife.
Le 17. le Chapitre de cette
GALANT. 277
Eglife fit auffi un pareil Service,
en reconnoiffance de la Justice que
cet illuftre Mort luy avoit renduë
en 1684. en un Procez qui luy ef
toit important , & qu'un pretexte
de Régale leur avoit fufcité.
Tous ces Services ont eſtéfaits,
le Choeurde ces deux Eglifes tendude
noir avecdes lez de velours,
fur lefquels eftoient de distance en
diftance les Armoiries de Mr le
Chancelier , & au milieu du
Choeur a toujours paru un Maufolée
couvert d'un Dais de velours
noir , le tout parfaitement
bien illuminé.
Les Officiers fervans dans la
278 MERCURE
Chancellerie prés du Parlement ,
affifterent auffi à un autre Service
qu'ils furent faire ce meſme jour en
l'Eglife de Sainte Claire .Jefais,
Monfieur , voftre ,
de la Lettre de M Allard
dont je vous envoïay le com.
mencement le mois paffé ,
ce qui s'eft dit au Parlement
de Grenoble fur ce Sujet.
1 :|:|སད ཆེནནས
GALANT. 271
sses Sas SS SSSSSS
SUITE D'UNE LETTRE
de M' Allard , ancien Prefident
en l'Election de Grenoble.
M
Onfieur de Saint André,
Marquis de Virień ,
premier Prefident au Parlement
de Grenoble , harangua à l'Ouverture
de la Saint Martin, d'une
maniere fi judicieuſe & fi éloquente
, qu'il fut admiré de tous
ceux qui rempliffoient la Chambre
d'Audience. La matiere de
fon Difcours , fut l'Eloge du Roy,
Z
iiij
272 MERCURE
qu'ilfit voir eftre le Juftinien , le
Conftantin , le Theodofe de
noftre Siecle , par les Loix qu'il a
établies , par fes foins à détruire
l'Herefie dans fon Royaume ,
par la Paix univerfelle qu'il a
donnée à toute l'Europe . Il s'étendit
fur l'utilité de ces Loix , fur
les charmes de la réunion de tant
de Sujets en une mefme Eglife ,
fur le bien de cette Paix. Il
s'attacha particulierement à louer
les moyens doux & paiſibles dont
s'eft fervie Sa Majestépour ramener
tant de monde égaré , &
montra comment depuis plufieurs
années Elle avoitfait connoîtrefes
GALANT. 273
pieufes intentions ; comment elle
arvoit réveillé par fes Edits , fes
Declarations , les Arrefts de
fon Confeil , ces malheureux endermis
dans leurs erreurs , & enfevelis
dans les tenebres de l'Herefie
; comment par des démarches
de Pere plûtoft que de Roy , elle
avoit tâché de les attirer à la verité
; & comment par desfollicitations
& des récompenfes , plutoft
que par des rigueurs des peines,
Elle les avoit voulu faire rentrer
dans la Religion de leurs Peres.
Ce fage Magistrat n'oublia
rien de tout ce qui pouvoit faire
un parfait Panegyrique, & dans
274 MERCURE
une ample matiere , il trouva de.
quoy remplir unDifcours éloquent , "
agreable , bien fuivy , avec une
grace & une action digne de celuy
qui le prononçoit. C'est ainsi que
toutes les années il s'acquitte d'un
employ attaché à fa Charge , qui
fait dire à tout le monde que perfonne
n'en pouvoit eftre plus digne
que luy. Vous fçavezfans doute
qu'il eft petit Fils du cofté maternel
de Pompone de Belliévre
Chancelier de France ; & qu'Artus
de Prunier de Saint André
fon Ayeul Paternel , poffedoit la
mefme Charge dans un temps où
les Guerres civiles de la Religion
GALANT. 275
demandoient que cette Place fuft
occupée par un Homme vigilant,
prudent &fçavant , & iltémoigna
de l'eftre veritablement en
plufieurs occafions.
Le 14. du mefme mois de Novembre
, Meffire Etienne le Camus
Evefque de Grenoble , dont
la Famille a toujours efté attachée
à celle de le Tellier , & qui a receu
en particulier de feu M' le
Chancelier
, des témoignages publics
de fon eftime & de fa protection
, fit faire un Service folemnel
dans fon Eglife Cathedrale
pour l'ame de ce grand
Homme , & ily officia.
276 MERCURE
Le 15. le Parlement fit faire
extraordinairement un pareil Service
dans l'Eglife Collegiale de
Saint André de la meſme Ville où
il affifta en Corps de Cour, témoignage
certain de la veneration
qu'il conferve pour ce grand Chef
de la Fuftice , puifque jamais il
n'avoit fait une femblable Ceremonie
pour aucun Chancelier de
France , ayant efté convié pour
celle- cy par le zele particulier de
fon premier Prefident.
Le 16. la Chambre des Com
ptes en fit faire autant dans la
mefme Eglife.
Le 17. le Chapitre de cette
GALANT. 277
Eglife fit auffi un pareil Service,
en reconnoiffance de la Justice que
cet illuftre Mort luy avoit renduë
en 1684. en un Procez qui luy ef
toit important , & qu'un pretexte
de Régale leur avoit fufcité.
Tous ces Services ont eſtéfaits,
le Choeurde ces deux Eglifes tendude
noir avecdes lez de velours,
fur lefquels eftoient de distance en
diftance les Armoiries de Mr le
Chancelier , & au milieu du
Choeur a toujours paru un Maufolée
couvert d'un Dais de velours
noir , le tout parfaitement
bien illuminé.
Les Officiers fervans dans la
278 MERCURE
Chancellerie prés du Parlement ,
affifterent auffi à un autre Service
qu'ils furent faire ce meſme jour en
l'Eglife de Sainte Claire .Jefais,
Monfieur , voftre ,
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Résumé : SUITE D'UNE LETTRE de Mr Allard, ancien President en l'Election de Grenoble.
Le texte évoque plusieurs événements en mémoire de Michel Le Tellier, ancien chancelier de France. Le marquis de Saint-André, premier président au Parlement de Grenoble, a prononcé un discours lors de l'ouverture de la Saint-Martin. Il a comparé le roi à des empereurs célèbres pour ses lois, ses efforts contre l'hérésie et la contribution à la paix en Europe. Saint-André a souligné les méthodes douces et pacifiques employées par le roi pour ramener les hérétiques à la foi catholique. Il est décrit comme un orateur éloquent et digne de sa charge, étant le petit-fils maternel de Pompone de Bellièvre et le descendant d'Artus de Prunier de Saint-André, également chancelier. Le 14 novembre, l'évêque Étienne Le Camus de Grenoble a organisé un service solennel pour l'âme de Michel Le Tellier. Le Parlement de Grenoble a suivi avec un service similaire dans l'église collégiale de Saint-André le 15 novembre. La Chambre des Comptes a également rendu hommage le 16 novembre, et le chapitre de l'église le 17 novembre. Ces cérémonies étaient marquées par des décorations sombres et les armoiries du chancelier, témoignant de la vénération et de la reconnaissance pour ses actions passées. Les officiers de la chancellerie ont également participé à un service à l'église de Sainte-Claire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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299
p. 278
« Tant de marques de veneration, de douleur & d'amour qui [...] »
Début :
Tant de marques de veneration, de douleur & d'amour qui [...]
Mots clefs :
Vénération, Médailles, Éternité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Tant de marques de veneration, de douleur & d'amour qui [...] »
Tant de marques de veneration
, de douleur & d'amour
qui ont éclaté de tous
coftez pour ce grand Homme
, ne peuvent eſtre mieux
fuivies que de la derniere
Medaille qui en a eſté frappée
; je vous l'envoye gravée,
afin qu'elle réveille dans tous
les coeurs un fouvenir qui y
doit durer eternellement.
, de douleur & d'amour
qui ont éclaté de tous
coftez pour ce grand Homme
, ne peuvent eſtre mieux
fuivies que de la derniere
Medaille qui en a eſté frappée
; je vous l'envoye gravée,
afin qu'elle réveille dans tous
les coeurs un fouvenir qui y
doit durer eternellement.
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300
p. 278-296
Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point parlé du Chapitre general qui [...]
Mots clefs :
Abbaye, Chapitre, Cluny, Cardinal, Église, Ordre, Pape, Messe, Saints, Délibérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Je ne vous ay point parlé
GALANT. 279
du Chapitre general qui a
efté tenu depuis deux mois
dans l'Abbaye de Cluny , parce
que les circonstances ne
in'en eftoient pas connuës.
Cette Abbaye a efté fondée
en 910. par Guillaume Duc
d'Aquitaine. Les Monaſteres
qui s'y foûmirent en meſme
temps , attirez par la fainteté
de cette Maiſon , formerent
prefque auffi- toft une Congregation
, qui fut la premiere
de l'Ordre de Saint Benoiſt.
Cette Congregation a
efté le foûtien de l'Egliſe pendant
deux cens ans , & luy a
280 MERCURE
fourny quatre Papes, & une
infinité de grands Hommes.
Elle avoit commencé à déchoir
du temps de Saint Bernard
, & depuis on a fait de
temps en temps divers efforts
pour luy rendre ſon premier
luftre , mais on peut dire que
ç'a efté inutilement . Le defaut
de Chapitres generaux,
fur tout dans ces derniers
temps , a efté en partie cauſe
de ce relâchement. C'eft ce
qui obligea le Roy , toûjours
fenfible aux maux de l'Eglife,
& toûjours appliqué à y procurer
les remedes , d'en faire
GALANT. 281
tenir deux à Paris en 1676. &
1678. pendant la vacance de
l'Abbaye de Cluny . Dans ces
deux Chapitres , on fit de fa
ges Reglemens , qui nean
moins n'ont pas eu tout le
fuccés que l'on s'en eftoit
promis, quelque zele & quelque
application qu'ayent eu
pour cela les Commiffaires
que le Roy avoit nommez
pour y affifter de fa part.
M' le Cardinal de Bouillon
ayant efté depuis élû Abbé
de cette Abbaye , & par là
eftant devenu Chef , Superieur
, & General Admini-
Decembre 1685. A a
282 MERCURE
ftrateur de tout l'Ordre , a
crû ne pouvoir mieux commencer
fon Adminiſtratinn ,
que par la tenuë d'un autre
Chapitre , dans lequel on
puft prendre les mesures neceffaires
pour entrer en execution
des Reglemens des
deux précedens , en former
de nouveaux , s'il eftoit befoin
, & enfin parvenir à une
fainte Reformation . I le
convoqua au Dimanche 21.
du mois d'Octobre dernier,
dans l'Abbaye de Cluny , où
l'on ne s'eftoit point affemblé
en corps de Chapitre de
GALANT. 283
puis celuy que Dom Claude
de Gurfe Abbé Regulier de
cette Abbaye , tint en 1600 .
Plufieurs Abbez, Prieurs, Officiers
, & autres Religieux
de cet Ordre ', fe rendirent
de toutes les Provinces du
Royaume , à cette Affemblée,
dont l'ouverture
fe fit par une
Meffe du Saint Efprit , folemnellement
celebrée par ce
Cardinal , en habits Pontifi
caux .
Tous les Religieux , mefmet
les Preftres , communierent
de fa main , aprés s'eftre donnez
le baifer de paix les uns
A a ij
284 MERCURE
aux autres , & avoir porté à
l'Offrande le Pain dont ils
devoient communier. Le
Chantre prefenta le Vin en
ceremonie. Tous les Officiers
de l'Autel communierent
auffi fous l'efpece du Vin ,
fuivant le premier ufage de
l'Eglife , qui a toûjours con
tinué dans ce celebre Monaftere
; ce qui peut eftre de
quelque edification pour les
nouveaux Convertis , qui doivent
connoiftre & eftre convaincus
par
glife eft éloignée d'avoir pour
l'ufage de la Coupe , les fen
là combien l'EGALANT.
285
timens que luy imputent les
Miniftres Proteftans , puifque
quelques raifons qu'ait
eues le Concile de Trente de
déclarer qu'elle n'erre point,
quand elle ne donne aux
Laïques la Communion que
fous l'efpece du pain , on
voit bien neanmoins qu'elle
veut bien conſerver toûjours
en quelques Eglifes l'ufage
de la donner encore fous
celle du vin .
Aprés la Meffe M' le Cardinal
de Bouillon , revêtu de
fa Chappe rouge , paffa par le
milieu du Choeur , où tous les
286 MERCURE
Religieux l'attendoient , &
alla au Chapitre fuivy premierement
des fix Enfans de
Choeur , puis des Abbez &
de Prieurs, & enfin de tous les
Religieux . Là un Religieux
du Monaftere fit un Difcours
en Latin , qui futfuivy
d'un autre de ce Cardinal,
dans lequel il fit connoiſtre
avec beaucoup d'éloquence
& de pieté le relachement
où la Difcipline de l'Ordre
eftoit tombée , témoignant
fa douleur de l'état où il le
voyoit , & empruntant pour
l'exprimer , les paroles des
GALANT. 287
Prophetes , lors qu'ils déplo
rent la ruïne & la défolation
e de Jerufalem ce qu'il fit
>
d'une maniere vive & touchante
, ayant exhorté enfuite
avec beaucoup de force
tous les Religieux à rentrer
dans la pureté de la Regle
de Saint Benoift , & à reprendre
l'efprit & les Inftitutions.
primitives de cét Ordre , autrefois
la gloire & la ſplendeur
de l'eftat Monaftique ,
ainfi que la joye & l'édification
de toute l'Eglife . On
lût enfuite les Noms des Définiteurs
du Chapitre prece288
MERCURE
dent , qui fortirent en meſme
temps avec M ' le Cardinal
de Bouillon , fuivy des
fix Enfans pour aller dans le
Définitoire , afin d'y élire de
nouveaux Définiteurs ; &
fit
pendant ce temps on lût les
noms des Religieux de l'Ordre
qui eftoient morts depuis
le dernier Chapitre , & on
pour eux les Prieres ordinaires
. M' le Cardinal de
Bouillon acccompagné des
Définiteurs
du Chapitre precedent
, & toûjours fuivy
des Enfans de Choeur , eftant
revenu du Définitoire ,
on
publia
GALANT. 289
publia les nouveaux qu'on
venoit d'élire , & enfuite on
alla au Définitoire , où tout
de monde mangea maigre ;
mefme les Anciens , qui par
un certain mouvement de
pieté , ne voulurent point,
malgré leurs difpenfes, ufer
de viande dans un lieu confa .
cré par l'abſtinence de leurs
Peres , & dans lequel un
contraire ufage n'avoit jamais
encore efte introduit,
à quoy ils furent mefme portez
par l'exemple de M le
Cardinal de Bouillon , qui ſe
trouva auffi- bien qu'eux au
Decembre 1685. Bb
290 MERCURE
Refectoire , où il fit toutes
les fonctions , ayant dit le
Benedicite & les Graces que
l'on finit dans le Chapitre ,
où l'on alla au fortir du Refectoire
, en chantant le Mi
ferere. L'aprés-midy les nouveaux
Définiteurs s'affemblerent
pour la premiere fois ,
& éleurent les Officiers du
Chapitre , fçavoir deux Secretaires
pris du nombre
meſme des Définiteurs , deux
Auditeurs des Cauſes , deux
Auditeurs des Excufes , &
deux Portiers . Ces Définiteurs
font au nombre de
GALANT. 291
» quinze , choifis d'entre les
Abbez ou Prieurs de l'Or
dre, ou Officiers de l'Abbaye
de Cluny , & ils agiffent toûjours
comme Déleguez du
Saint Siege , felon les Bulles
des Papes , en forte que tous
les Statuts & tous les Decrets
qu'ils forment pour le Reglement
de la Difcipline de
L'Ordre, font revêtus de l'Authorité
Apoftolique
. Il y en
avoit huit pris du Corps des
Anciens , & fept de celuy des
Reformez ; & à cela prés , il
yaa toûjours eu fort peu de
difference entre les deux Ob.
Bb ij
292 MERCURE
fervances pendant tout le
Chapitre , puifqu'ils ont pris
tous dans l'Eglife , dans le
Chapitre , dans le Refectoire
, & dans les autres lieux
d'Aſſemblée , le rang de leur
Veſture indifferemment , &
fans autre diftinction d'Obfervance
que celle de l'Habit
& de la Tonfure , furquoy
jufques icy on n'a pû
encore établir d'uniformité .
Le Lundy & les deux jours
fuivans , on tint le Définitoire
foir & matin. L'on y
prit plufieurs Déliberations
avantageufes au bien de l'OrGALANT.
293
\ ·
dre ; & entre autres le nouveau
Breviaire de cét Ordre ,
dont le projet avoit efté loüé
& approuvé déja dans les
precedens Chapitres . Il fut
prefenté tout imprimé par
Dom Paul Rabuffon Souf
chambrier de l'Abbaye de
Cluny , & Dom Claude Devers
Tréforier de la mefme
Abbaye , & trouvé conforme
à la Regle de Saint Benoiſt
, à l'efprit de l'Eglife ,
aux Decrets des Conciles ,
aux Capitulaires de nos
Roys , & à l'intention des
Papes , & particulierement
de Paul V. Bb iij
294 MERCURE
Le Jeudy on ne tint point
le
Définitoire , parce que
c'eftoit le jour de la Dedicace
de l'Eglife de Cluny.
Le grand Prieur de l'Abbaye
fit l'Office , & la Meffe fut
celebrée felon les Ceremo
nies de l'Ordre. Le Vendredy
on continua le Définitoire
, & l'on élut le Procureur
General de l'Ordre &
les Vifiteurs des Provinces .
Le Samedy aprés midy on
conclut le Chapitre par la
lecture des Statuts , & par
Benediction que donna M
le Cardinal de Bouillon.
GALANT. 295
Plufieurs Perfonnes des environs
fe font trouvées à
l'Ouverture de ce Chapirre,
entr-autres -M¹ l'Evefque de
Chaalons fur Saone,le Prieur
des Chartreux de Lyon , &
quelques Jefuites de la meſme
Ville , M. l'Abbé de Septfonds
, M' le Doyen de l'Eglife
d'Autun, quelques Chanoines
de Tournus , & M' de
Santeüil Chanoine Regulier
de l'Abbaye de Saint Victor
de Paris , dont les Hymnes
qu'il a composées
pour le
nouveau Breviaire de Cluny,
furent leues dans le Défini-
Bb iiij
296 MERCURE
toire avec reconnoiffance &
avec applaudiffement.
GALANT. 279
du Chapitre general qui a
efté tenu depuis deux mois
dans l'Abbaye de Cluny , parce
que les circonstances ne
in'en eftoient pas connuës.
Cette Abbaye a efté fondée
en 910. par Guillaume Duc
d'Aquitaine. Les Monaſteres
qui s'y foûmirent en meſme
temps , attirez par la fainteté
de cette Maiſon , formerent
prefque auffi- toft une Congregation
, qui fut la premiere
de l'Ordre de Saint Benoiſt.
Cette Congregation a
efté le foûtien de l'Egliſe pendant
deux cens ans , & luy a
280 MERCURE
fourny quatre Papes, & une
infinité de grands Hommes.
Elle avoit commencé à déchoir
du temps de Saint Bernard
, & depuis on a fait de
temps en temps divers efforts
pour luy rendre ſon premier
luftre , mais on peut dire que
ç'a efté inutilement . Le defaut
de Chapitres generaux,
fur tout dans ces derniers
temps , a efté en partie cauſe
de ce relâchement. C'eft ce
qui obligea le Roy , toûjours
fenfible aux maux de l'Eglife,
& toûjours appliqué à y procurer
les remedes , d'en faire
GALANT. 281
tenir deux à Paris en 1676. &
1678. pendant la vacance de
l'Abbaye de Cluny . Dans ces
deux Chapitres , on fit de fa
ges Reglemens , qui nean
moins n'ont pas eu tout le
fuccés que l'on s'en eftoit
promis, quelque zele & quelque
application qu'ayent eu
pour cela les Commiffaires
que le Roy avoit nommez
pour y affifter de fa part.
M' le Cardinal de Bouillon
ayant efté depuis élû Abbé
de cette Abbaye , & par là
eftant devenu Chef , Superieur
, & General Admini-
Decembre 1685. A a
282 MERCURE
ftrateur de tout l'Ordre , a
crû ne pouvoir mieux commencer
fon Adminiſtratinn ,
que par la tenuë d'un autre
Chapitre , dans lequel on
puft prendre les mesures neceffaires
pour entrer en execution
des Reglemens des
deux précedens , en former
de nouveaux , s'il eftoit befoin
, & enfin parvenir à une
fainte Reformation . I le
convoqua au Dimanche 21.
du mois d'Octobre dernier,
dans l'Abbaye de Cluny , où
l'on ne s'eftoit point affemblé
en corps de Chapitre de
GALANT. 283
puis celuy que Dom Claude
de Gurfe Abbé Regulier de
cette Abbaye , tint en 1600 .
Plufieurs Abbez, Prieurs, Officiers
, & autres Religieux
de cet Ordre ', fe rendirent
de toutes les Provinces du
Royaume , à cette Affemblée,
dont l'ouverture
fe fit par une
Meffe du Saint Efprit , folemnellement
celebrée par ce
Cardinal , en habits Pontifi
caux .
Tous les Religieux , mefmet
les Preftres , communierent
de fa main , aprés s'eftre donnez
le baifer de paix les uns
A a ij
284 MERCURE
aux autres , & avoir porté à
l'Offrande le Pain dont ils
devoient communier. Le
Chantre prefenta le Vin en
ceremonie. Tous les Officiers
de l'Autel communierent
auffi fous l'efpece du Vin ,
fuivant le premier ufage de
l'Eglife , qui a toûjours con
tinué dans ce celebre Monaftere
; ce qui peut eftre de
quelque edification pour les
nouveaux Convertis , qui doivent
connoiftre & eftre convaincus
par
glife eft éloignée d'avoir pour
l'ufage de la Coupe , les fen
là combien l'EGALANT.
285
timens que luy imputent les
Miniftres Proteftans , puifque
quelques raifons qu'ait
eues le Concile de Trente de
déclarer qu'elle n'erre point,
quand elle ne donne aux
Laïques la Communion que
fous l'efpece du pain , on
voit bien neanmoins qu'elle
veut bien conſerver toûjours
en quelques Eglifes l'ufage
de la donner encore fous
celle du vin .
Aprés la Meffe M' le Cardinal
de Bouillon , revêtu de
fa Chappe rouge , paffa par le
milieu du Choeur , où tous les
286 MERCURE
Religieux l'attendoient , &
alla au Chapitre fuivy premierement
des fix Enfans de
Choeur , puis des Abbez &
de Prieurs, & enfin de tous les
Religieux . Là un Religieux
du Monaftere fit un Difcours
en Latin , qui futfuivy
d'un autre de ce Cardinal,
dans lequel il fit connoiſtre
avec beaucoup d'éloquence
& de pieté le relachement
où la Difcipline de l'Ordre
eftoit tombée , témoignant
fa douleur de l'état où il le
voyoit , & empruntant pour
l'exprimer , les paroles des
GALANT. 287
Prophetes , lors qu'ils déplo
rent la ruïne & la défolation
e de Jerufalem ce qu'il fit
>
d'une maniere vive & touchante
, ayant exhorté enfuite
avec beaucoup de force
tous les Religieux à rentrer
dans la pureté de la Regle
de Saint Benoift , & à reprendre
l'efprit & les Inftitutions.
primitives de cét Ordre , autrefois
la gloire & la ſplendeur
de l'eftat Monaftique ,
ainfi que la joye & l'édification
de toute l'Eglife . On
lût enfuite les Noms des Définiteurs
du Chapitre prece288
MERCURE
dent , qui fortirent en meſme
temps avec M ' le Cardinal
de Bouillon , fuivy des
fix Enfans pour aller dans le
Définitoire , afin d'y élire de
nouveaux Définiteurs ; &
fit
pendant ce temps on lût les
noms des Religieux de l'Ordre
qui eftoient morts depuis
le dernier Chapitre , & on
pour eux les Prieres ordinaires
. M' le Cardinal de
Bouillon acccompagné des
Définiteurs
du Chapitre precedent
, & toûjours fuivy
des Enfans de Choeur , eftant
revenu du Définitoire ,
on
publia
GALANT. 289
publia les nouveaux qu'on
venoit d'élire , & enfuite on
alla au Définitoire , où tout
de monde mangea maigre ;
mefme les Anciens , qui par
un certain mouvement de
pieté , ne voulurent point,
malgré leurs difpenfes, ufer
de viande dans un lieu confa .
cré par l'abſtinence de leurs
Peres , & dans lequel un
contraire ufage n'avoit jamais
encore efte introduit,
à quoy ils furent mefme portez
par l'exemple de M le
Cardinal de Bouillon , qui ſe
trouva auffi- bien qu'eux au
Decembre 1685. Bb
290 MERCURE
Refectoire , où il fit toutes
les fonctions , ayant dit le
Benedicite & les Graces que
l'on finit dans le Chapitre ,
où l'on alla au fortir du Refectoire
, en chantant le Mi
ferere. L'aprés-midy les nouveaux
Définiteurs s'affemblerent
pour la premiere fois ,
& éleurent les Officiers du
Chapitre , fçavoir deux Secretaires
pris du nombre
meſme des Définiteurs , deux
Auditeurs des Cauſes , deux
Auditeurs des Excufes , &
deux Portiers . Ces Définiteurs
font au nombre de
GALANT. 291
» quinze , choifis d'entre les
Abbez ou Prieurs de l'Or
dre, ou Officiers de l'Abbaye
de Cluny , & ils agiffent toûjours
comme Déleguez du
Saint Siege , felon les Bulles
des Papes , en forte que tous
les Statuts & tous les Decrets
qu'ils forment pour le Reglement
de la Difcipline de
L'Ordre, font revêtus de l'Authorité
Apoftolique
. Il y en
avoit huit pris du Corps des
Anciens , & fept de celuy des
Reformez ; & à cela prés , il
yaa toûjours eu fort peu de
difference entre les deux Ob.
Bb ij
292 MERCURE
fervances pendant tout le
Chapitre , puifqu'ils ont pris
tous dans l'Eglife , dans le
Chapitre , dans le Refectoire
, & dans les autres lieux
d'Aſſemblée , le rang de leur
Veſture indifferemment , &
fans autre diftinction d'Obfervance
que celle de l'Habit
& de la Tonfure , furquoy
jufques icy on n'a pû
encore établir d'uniformité .
Le Lundy & les deux jours
fuivans , on tint le Définitoire
foir & matin. L'on y
prit plufieurs Déliberations
avantageufes au bien de l'OrGALANT.
293
\ ·
dre ; & entre autres le nouveau
Breviaire de cét Ordre ,
dont le projet avoit efté loüé
& approuvé déja dans les
precedens Chapitres . Il fut
prefenté tout imprimé par
Dom Paul Rabuffon Souf
chambrier de l'Abbaye de
Cluny , & Dom Claude Devers
Tréforier de la mefme
Abbaye , & trouvé conforme
à la Regle de Saint Benoiſt
, à l'efprit de l'Eglife ,
aux Decrets des Conciles ,
aux Capitulaires de nos
Roys , & à l'intention des
Papes , & particulierement
de Paul V. Bb iij
294 MERCURE
Le Jeudy on ne tint point
le
Définitoire , parce que
c'eftoit le jour de la Dedicace
de l'Eglife de Cluny.
Le grand Prieur de l'Abbaye
fit l'Office , & la Meffe fut
celebrée felon les Ceremo
nies de l'Ordre. Le Vendredy
on continua le Définitoire
, & l'on élut le Procureur
General de l'Ordre &
les Vifiteurs des Provinces .
Le Samedy aprés midy on
conclut le Chapitre par la
lecture des Statuts , & par
Benediction que donna M
le Cardinal de Bouillon.
GALANT. 295
Plufieurs Perfonnes des environs
fe font trouvées à
l'Ouverture de ce Chapirre,
entr-autres -M¹ l'Evefque de
Chaalons fur Saone,le Prieur
des Chartreux de Lyon , &
quelques Jefuites de la meſme
Ville , M. l'Abbé de Septfonds
, M' le Doyen de l'Eglife
d'Autun, quelques Chanoines
de Tournus , & M' de
Santeüil Chanoine Regulier
de l'Abbaye de Saint Victor
de Paris , dont les Hymnes
qu'il a composées
pour le
nouveau Breviaire de Cluny,
furent leues dans le Défini-
Bb iiij
296 MERCURE
toire avec reconnoiffance &
avec applaudiffement.
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Résumé : Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Un chapitre général de l'Ordre de Saint Benoît s'est récemment tenu à l'abbaye de Cluny, fondée en 910 par Guillaume Duc d'Aquitaine. Cette abbaye avait été influente pendant deux siècles, produisant quatre papes et de nombreux hommes illustres. Cependant, depuis l'époque de Saint Bernard, elle a connu un déclin malgré des tentatives de réforme. Le manque de chapitres généraux récents a exacerbé ce déclin, conduisant le roi à en organiser deux à Paris en 1676 et 1678. En octobre 1685, le cardinal de Bouillon, nouvel abbé de Cluny, a convoqué un nouveau chapitre pour réformer l'ordre. La cérémonie a débuté par une messe solennelle et un discours du cardinal sur le déclin disciplinaire, exhortant à revenir à la règle de Saint Benoît. Des nouveaux définiteurs ont été élus et des délibérations ont eu lieu lundi, mardi et mercredi, incluant l'approbation d'un nouveau bréviaire conforme à la règle de Saint Benoît et aux décrets des conciles. Jeudi, aucune réunion n'a eu lieu en raison de la dédicace de l'église de Cluny. Vendredi, le définitoire a élu le procureur général et les visiteurs des provinces. Samedi, le chapitre s'est conclu par la lecture des statuts et une bénédiction. Plusieurs personnalités ecclésiastiques ont assisté à l'ouverture du chapitre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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