Résultats : 17 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 77-85
A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Début :
Depuis nostre commerce de Lettres, je vous ay fait part / Trouvez bon, Monsieur, que je vous fasse part de mes pensées, [...]
Mots clefs :
Malade, Fontaine, Rayons du soleil, Vitriol, Fer, Reins, Maladie chronique, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Depuis noftre commerce
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
Fermer
Résumé : A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Un religieux de la Charité de Grenoble adresse une lettre à Monsieur Dony, doyen des médecins du Collège de Grenoble, pour annoncer la découverte d'une nouvelle fontaine au monastère de Clermont, situé à quatre lieues de Grenoble. Cette fontaine se trouve dans une vaste prairie agréable, idéale pour des promenades ombragées. La source émerge sous une roche récemment dégagée et présente des bouillons naturels, signe d'une pression interne. Cette fontaine est privilégiée par rapport à une autre, plus distante, car ses eaux contiennent moins de fer et plus de vitriol, les rendant plus légères et faciles à éliminer par les voies naturelles. Elles sont particulièrement efficaces pour soigner les affections rénales, les maladies chroniques du bas-ventre, les troubles scorbutiques et les obstructions vasculaires. Plusieurs témoignages attestent que ces eaux ont également permis d'expulser des vers chez certaines personnes. Les animaux, tels que les vaches et les moutons, sont attirés par les eaux en raison de leur odeur et de leur goût. Les propriétés de cette fontaine sont comparées à celles de sources renommées comme celles de la Marie de Vals, de Saint Meon d'Auvergne et de Vichy. Une analyse chimique des eaux a révélé un résidu sec de couleur tannée et un sel blanc acide après évaporation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 28-124
DE L'ART DE NAVIGER.
Début :
Il n'y a jamais eu tant de Vaisseaux en Europe que / Entre les Arts qui sont estimez les plus necessaires [...]
Mots clefs :
Navigation, Naviguer, Aimant, Boussole, Fer, Pierre, Traité, Vaisseaux, Année, Mer, Usage, Aiguille, Monde, Art, Manière, Vertus, Nord, Pôle, Ouvrage, Cause, Expérience, Vaisseau, Secours, Pilotes, Nature, Jésuite, Secret, Découverte, Cartes, Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ART DE NAVIGER.
Il n'y a jamais eu tant de
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Fermer
Résumé : DE L'ART DE NAVIGER.
Le texte aborde l'évolution de la navigation en Europe et l'importance croissante des vaisseaux. L'année précédente a vu un nombre record de vaisseaux, avec une augmentation prévue pour l'été suivant. La navigation est cruciale pour traverser rivières et îles, utilisant divers types d'embarcations comme des radeaux, des bacs et des gondoles, fabriqués à partir de matériaux naturels. Les Égyptiens sont souvent crédités de l'invention de ces petits vaisseaux, adaptés par les Vénitiens, Syriens et Africains. Le texte mentionne plusieurs inventions liées à la navigation, telles que les rames, les mâts, les voiles, les ancres et les gouvernails, attribuées à différents peuples et individus. Tiphys est crédité des règles de navigation et de l'utilisation du gouvernail, tandis que Minos forma la première armée navale. Les galères, rapides et maniables, furent utilisées par divers peuples, notamment les Égyptiens et les Romains. L'expédition des Argonautes, dirigée par Jason, est évoquée pour sa quête de la Toison d'Or. Les grandes flottes de Ptolémée et de Xerxès sont également mentionnées. Les pilotes anciens se fiaient à leur expérience et aux étoiles pour naviguer. Le texte compare ces navigations à celles plus récentes, facilitées par l'aimant et la boussole. Les vaisseaux anciens incluent ceux décrits par Virgile et des navires spécifiques comme le Bucentaure à Venise. Les vaisseaux de guerre possédaient des becs de fer et des tourelles pour lancer des projectiles. La boussole, introduite en Europe vers 1260, a révolutionné la navigation en permettant de découvrir de nouveaux mondes et d'enrichir l'Europe par le commerce. Les Chinois utilisaient déjà une forme primitive de boussole. Les améliorations apportées par Flavius Melphitanus et Jean Gira ont permis des explorations majeures, comme celles des Espagnols en Amérique. L'aiguille aimantée, ou aiman, est essentielle pour la navigation car elle permet de déterminer le nord et l'étoile polaire. Les cartographes enseignent diverses déclinaisons de l'aiguille. L'aimant, découvert par un pasteur nommé Magnès, attire le fer et repousse d'un côté. Les propriétés de l'aimant sont décrites par plusieurs auteurs anciens comme Saint Augustin et Pline. La boussole, utilisant une aiguille aimantée, aide à orienter les navires et à corriger leur route. Des expériences montrent que l'aimant tourne pour indiquer le nord. La boussole s'affaiblit au-delà de l'équateur, suggérant une autre montagne magnétique en Amérique du Sud.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 62-65
Parodie de la seconde Enigme.
Début :
J'habite une solide & vivante maison ; [...]
Mots clefs :
Perle, Oisifs, Fer, Larmes, Jeu de mots, Comparaison , Désir, Veine, Romans, Rameaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de la seconde Enigme.
Parodie de la seconde
Enigme.
fhabite une solide & vivantemaifort;
C'ejlî t'ecaille de ïhuitre,
ou la perle en prison.
Gens qtf.on appelle oisifs
la mettent à la chaîne.
Enfiler perle est le dicton,
Que tous les gens oisifs
devineront sans peine.
Le fer qui de la perle a
tranfperclle flanc
Nt lui jfaurait tirer de
fàng.
Quoique lefangfoin moy
coule en plus d'une
veine-
De cent petits rameaux
gorge de femme est
pleine.
L'oeilbrtltant de la perle
a7fin teint d'argent
ivif
Attirent les desirs d!4 Cor-,
faire (t) du Juif,
Qui pour l'avoir montent
l'esquis.
Lorsque de deux beaux
jeux tu vois couler
des larmes,
Perles sortentdes yeux,
c'est lacomparaison
Aux romans jadis de faison
,
Amant,souviens-toy de
mes charmes :
Mais sensouvienne qui
voudrA,
Quelque maUVAÜ Poète
IIIli:tJ)tn fouvtendra.
Cette derniere Enigme
me n'est pas des meilleures
;celle-ci vaut mieux,
& fera plus difficile à
deviner.
Enigme.
fhabite une solide & vivantemaifort;
C'ejlî t'ecaille de ïhuitre,
ou la perle en prison.
Gens qtf.on appelle oisifs
la mettent à la chaîne.
Enfiler perle est le dicton,
Que tous les gens oisifs
devineront sans peine.
Le fer qui de la perle a
tranfperclle flanc
Nt lui jfaurait tirer de
fàng.
Quoique lefangfoin moy
coule en plus d'une
veine-
De cent petits rameaux
gorge de femme est
pleine.
L'oeilbrtltant de la perle
a7fin teint d'argent
ivif
Attirent les desirs d!4 Cor-,
faire (t) du Juif,
Qui pour l'avoir montent
l'esquis.
Lorsque de deux beaux
jeux tu vois couler
des larmes,
Perles sortentdes yeux,
c'est lacomparaison
Aux romans jadis de faison
,
Amant,souviens-toy de
mes charmes :
Mais sensouvienne qui
voudrA,
Quelque maUVAÜ Poète
IIIli:tJ)tn fouvtendra.
Cette derniere Enigme
me n'est pas des meilleures
;celle-ci vaut mieux,
& fera plus difficile à
deviner.
Fermer
Résumé : Parodie de la seconde Enigme.
Le texte présente une parodie de la seconde énigme sous forme de poème. L'énigme décrit une perle dans une coquille d'huître, comparée à une chaîne portée par des gens oisifs. La perle est associée à un fer tranchant et à un liquide coulant dans plusieurs veines. Elle possède un éclat argenté attirant les désirs. L'énigme évoque des larmes comparées à des perles et des romans de mode où un amant se souvient des charmes d'une personne. L'auteur propose une autre énigme plus difficile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 99-137
Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Début :
Mon dessein est de donner, par le moyen d'une [...]
Mots clefs :
Soufre, Terre, Vitriol, Tonnerre, Ouragans, Matière, Mouvement, Opération, Feu, Fer, Mars, Limaille de fer, Chaleur, Nues, Vapeur, Fermentation, Souterrains, Tremblements de terre, Éclairs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Explicationphyfique & chimique
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
Fermer
Résumé : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Le texte 'Explication physique & chimique des tremblements de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre' explore les phénomènes naturels violents à travers une opération chimique. L'auteur propose que les éclairs et le tonnerre sont causés par du soufre enflammé projeté rapidement. Ce soufre, porté en vapeur, ne se forme pas dans les nuages mais y est transporté. L'origine de cette matière est comparée à celle des tremblements de terre, ouragans et feux souterrains, déjà expliquée dans un précédent ouvrage sur la chimie. L'auteur décrit plusieurs expériences pour illustrer ses propos. La première expérience consiste à mélanger de la limaille de fer et du soufre pulvérisé, réduits en pâte avec de l'eau, et laissés sans feu. Cette mixture produit une fermentation avec chaleur et gonflement, libérant des vapeurs chaudes ou enflammées selon la quantité de matière. Cette expérience explique les fermentations et embrassements dans les entrailles de la terre, comme ceux observés au mont Vesuve et au mont Etna. Les secondes expériences impliquent de placer le mélange dans des pots étroits et comprimés, provoquant des fermentations et embrassements plus forts. La matière s'élève avec violence, libérant des matières soufrées et chaudes, et parfois des flammes. Ces opérations se réalisent mieux en été en raison de la chaleur du soleil. Le texte aborde également les difficultés liées à la présence d'air dans les profondeurs de la terre, expliquant que des fentes et conduits permettent l'introduction d'air. Les tremblements de terre et ouragans sont attribués à une vapeur sulfureuse produite par la fermentation du fer et du soufre, se transformant en vent sulfureux. Ce vent, s'il trouve des ouvertures, peut provoquer des ouragans destructeurs. Les feux souterrains, feux follets et colonnes d'eau sur la mer sont expliqués par des exhalaisons sulfureuses. Les eaux minérales chaudes tirent leur chaleur de ces feux souterrains ou de terres sulfureuses. Les pierres de foudre sont jugées douteuses, bien que des matières minérales puissent être enlevées et formées par la chaleur du soufre enflammé. Enfin, l'auteur répond à la difficulté de l'allumage du vent sulfureux dans les nuages en expliquant que le soufre, étant gras, peut brûler dans l'eau. Une expérience avec de l'esprit de vitriol, de l'acide commun et de la limaille de fer illustre cette proposition, montrant des fulminations violentes et éclatantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 2017-2018
« On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...] »
Début :
On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...]
Mots clefs :
Fer, Académie royale de peinture et de sculpture, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...] »
On apprend de Londres que dans un Commité
du Confeil tenu à Witchalt , fur la Requête préfentée
au Roi par le S. Wood & fes Affociés
obtenir le Privilege exclufif de faire du fer
avec la mine du charbon de terre. Il fit voir des
fers à cheval , des cloux une Ancre & plufieurs
autres Inftrumens forgés de ce fer par
divers Ouvriers qui en ont fait un rapport avan
tageux.
› ,
L'Académie Royale de Peinture & de Sculpture
a donné cette année à fes Eleves , le jour
de S,Louis , en la maniere accoutumée , les grands
Prix
2018 MERCURE DE FRANCE
Prix, compofés fur deux Sujets tirés de la Bible,
repréfentant l'un Giezi , ferviteur d'Elifée , qui
obtient par furprife les préfens que le Prophete
avoit refufés de Naaman . 4. Livre des Rois chapitre
5. & l'autre , Daniel qui fauve Suſanne ,
comme on la conduit à la mort. Daniel , chap .
13. verf. 45
Le premier & le fecond Prix de Peinture ont
été remportés par les Srs Boizot & Van Reyfchoot.
Ceux de la Sculpture , par les Srs Francin
& Roubillac ; & le premier Prix de l'Architecture
par le St Louis Claude d'Aviler , neveu de feu
Auguftin Charles d'Aviler,Auteur du Cours d'Architecture
, fi connu & fi eftimé.
du Confeil tenu à Witchalt , fur la Requête préfentée
au Roi par le S. Wood & fes Affociés
obtenir le Privilege exclufif de faire du fer
avec la mine du charbon de terre. Il fit voir des
fers à cheval , des cloux une Ancre & plufieurs
autres Inftrumens forgés de ce fer par
divers Ouvriers qui en ont fait un rapport avan
tageux.
› ,
L'Académie Royale de Peinture & de Sculpture
a donné cette année à fes Eleves , le jour
de S,Louis , en la maniere accoutumée , les grands
Prix
2018 MERCURE DE FRANCE
Prix, compofés fur deux Sujets tirés de la Bible,
repréfentant l'un Giezi , ferviteur d'Elifée , qui
obtient par furprife les préfens que le Prophete
avoit refufés de Naaman . 4. Livre des Rois chapitre
5. & l'autre , Daniel qui fauve Suſanne ,
comme on la conduit à la mort. Daniel , chap .
13. verf. 45
Le premier & le fecond Prix de Peinture ont
été remportés par les Srs Boizot & Van Reyfchoot.
Ceux de la Sculpture , par les Srs Francin
& Roubillac ; & le premier Prix de l'Architecture
par le St Louis Claude d'Aviler , neveu de feu
Auguftin Charles d'Aviler,Auteur du Cours d'Architecture
, fi connu & fi eftimé.
Fermer
Résumé : « On apprend de Londres que dans un Commité du Conseil tenu à Witehalt, sur la Requête présentée [...] »
Le texte décrit deux événements distincts. Premièrement, un comité du Conseil, réuni à Witchalt, a examiné une requête présentée au Roi par le Sieur Wood et ses associés. Ils demandaient un privilège exclusif pour fabriquer du fer à partir de la mine de charbon de terre. Ils ont présenté divers objets forgés, tels que des fers à cheval, des clous, une ancre et d'autres instruments, accompagnés de rapports avantageux des ouvriers. Deuxièmement, l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a décerné ses grands prix à ses élèves le jour de la Saint-Louis. Les prix de peinture ont été attribués aux Sieurs Boizot et Van Reyfchoot. Les prix de sculpture ont été remportés par les Sieurs Francin et Roubillac. Enfin, le premier prix d'architecture a été décerné à Louis Claude d'Aviler, neveu d'Augustin Charles d'Aviler, auteur du 'Cours d'Architecture'. Les sujets des prix de peinture étaient tirés de la Bible : l'un représentait Giezi, serviteur d'Élisée, obtenant les présents refusés à Naaman, et l'autre, Daniel sauvant Suzanne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 471-475
LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
Début :
Il me paroît, Monsieur, que quelques personnes croyent qu'il arrive [...]
Mots clefs :
Horlogerie, Ressorts, Ressort, Force, Acier, Épaisseur, Poids, Élasticité, Fer, Liqueur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
LETTRE de M. Regnauld , Horloger ,
écrite de Châlons en Champagne , le 26
Janvier 1735. sur l'Horlogerie .
L me paroît , Monsieur , que quel
ques personnes croyent qu'il arrive
dans les Ressorts , principes de l'action
des Montres , des inégalitez de force , qui
tantôt diminuent , et tantôt augmentent
; et que ces inégalitez , sans autre
cause , les font tarder ou avancer.
Comme l'on trouve le vrai par l'expérience
, j'ai eu recours à celle qui suit
qui suffira peut-être pour vous faire changer
de sentiment.
J'ai fait faire un ressort de Montre
une fois plus long , que ne sont ordinairement
les autres , afin de rendre ses
mouvemens plus sensibles ; je l'ai suspendu
par un de ses bouts ; j'ai attaché à l'autre
un poids d'environ trois onces , lequel
tenoit par sa pesanteur mon ressort
développé environ un tiers de toute sa
longueur , ce qui suffisoit pour l'observation.
Un fil de fer traversoit horisontalement
ce poids et passoit du côté du
mur, le long duquel étoit suspendu mon
ressort. J'ai enfoncé dans ce mur un autre
472 MERCURE DE FRANCE
tre morceau de fil de fer dont la pointe
répondoit parfaitement à celle qui sortoits
du poids; et quoique ce ressort ait
été suspendu ainsi pendant plus de six
mois , je n'ai jamais remarqué quele poids
ait remonté ; au contraire,je me suis toujours
apperçu qu'il descendoit ; ce qui
prouve que le ressort a toujours perdu de
sa force et n'en a jamais regagné.
Pour tirer avantage de cette expérience
, il est necessaire de sçavoir de quelle
façon on agit pour donner l'élasticité à
un ressort ; cela se fait ainsi : Lorsque
P'Ouvrier lui a donné la forme , il le fait
rougir dans le feu , et le trempe ensuite
dans quelque liqueur pour le refroidir
précipitamment. On doit conclure de- là
que l'air qui s'est trouvé dans cette liqueur
, étant plus aisé à être mis en
mouvement , que les parties qui la composent
, sera celui qui aura suivi de près
le feu , qui en abandonnant l'acier , lui
aura laissé des cellules ouvertes que cet
air aura occupé et qui auront été exactement
refermées par la liqueur.
Examinons maintenant comment l'air
peut produire l'élasticité.
Après être convenu , suivant l'opinion
generale , qu'il est composé de différentes
substances , dont la plus grossiere se pent
CI
MARS. 1734. 473
enfermer, et la plus déliée où la matiere
subtile passe tres- librement à travers
toute sorte de corps ; on peut vrai semblablement
croire que lorsque l'on bande
un ressort , ses parties intérieures se
resserrént , et que se resserrant , il s'exprime
proportionnellement de l'air grossier,
enfermé dans les cellules de l'Acier,
autant de cette matiere subtile , qui rentre
pour reprendre la place qu'elle avoit
quittée, lorsque l'on cesse de contraindre
le ressort et qui lui fait reprendre sa premiere
forme ainsi qu'une Eponge remplie
d'eau , que l'on mettroit dans un
Vaisseau et qu'on presseroit , dont l'eau
sortiroit par la pression , laquelle cessée ,
l'eau rentreroit dans l'Eponge et lui redonneroit
sa même forme.
S'il est vrai que les effets élastiques
soient tels , comme on le croit , quelle
vrai -semblance y a - t-il qu'ils puissent
augmenter, lorsqu'il ne peut dans la suite
se loger plus d'air dans l'Acier qu'il y en
est entré lors de la trempe ? car l'on conçoit
aisément que si la seule pression de
l'air y en pouvoit insinuer du nouveau ;
celui non- seulement qui y seroit entré ,
mais encore l'autre qui y auroit été placé
en premier lieu , en sortiroient lorsque
l'on banderoit le ressort , qui n'auroit
alors
474 MERCURE DE FRANCE
alors aucune cause pour reprendre sa situation.
Ona de plus des preuves que l'air grossier
ne peut pénétrer ni le Fer ni l'Acier,
puisqu'on en tient enfermé dans des Atquebuses
à vent , qui ne perdent point de
leurs forces pour être long- temps chargées
.
Il n'y a pas lieu non plus de croire que
le subtil scul puisse produire l'élasticité ,
puisqu'il pénétre facilement , tous les
corps , et qu'ainsi il peut se replacer
dans les Pores extérieurs de la Lame ,
lorsque les intérieurs sont resérrez , sans
Causer aucune contrainte.
Or puisque la quantité d'air enfermé
dans l'Acier ne peut augmenter , il ne se
peut pas faire que le ressort acquiere de
la force; au contraire quelqu'une des prisons
de l'air venant à se rompre , par la
roüille , ou les tentions réitérées , la force
élastique doit diminuer à proportion .
Ceux qui imagineroient des causes de
variations dans ces ressorts , par les diffé
rens dégrez de chaleur , ne rencontreroient
gueres mieux , puisque l'on a reconnu
que la plus grande chaleur de l'Eté
ne cause de dilatation à un morceau de
fer , à l'égard du plus grand froid d'Hyver
, que de la 1152 partie de sa grosseur.
MARS. 1734. 475
seur. Comme la violence du ressort ne
git que dans son épaisseur , qui n'est
pas dans plusieurs ressorts de de ligne ;
jugé de quel effet peut être l'augmentation
de la 1152e partie de de ligne .
De plus , comme ce ressort croîr en lorgueur
, ainsi qu'en épaisseur , il restitue
par son allongement la lenteur que l'épaisseur
auroit ôtée au mouvement de la
Montres et quand même ces différences
ne seroient pas proportionnées entre la
longueur et l'épaisseur , ces excès de force
seroient réduits à rien sur le dernier
mobile où git le principe de régularité.
J'atents avec impatience vos réfléxions :
Je suis avec un profond respect , & c.
écrite de Châlons en Champagne , le 26
Janvier 1735. sur l'Horlogerie .
L me paroît , Monsieur , que quel
ques personnes croyent qu'il arrive
dans les Ressorts , principes de l'action
des Montres , des inégalitez de force , qui
tantôt diminuent , et tantôt augmentent
; et que ces inégalitez , sans autre
cause , les font tarder ou avancer.
Comme l'on trouve le vrai par l'expérience
, j'ai eu recours à celle qui suit
qui suffira peut-être pour vous faire changer
de sentiment.
J'ai fait faire un ressort de Montre
une fois plus long , que ne sont ordinairement
les autres , afin de rendre ses
mouvemens plus sensibles ; je l'ai suspendu
par un de ses bouts ; j'ai attaché à l'autre
un poids d'environ trois onces , lequel
tenoit par sa pesanteur mon ressort
développé environ un tiers de toute sa
longueur , ce qui suffisoit pour l'observation.
Un fil de fer traversoit horisontalement
ce poids et passoit du côté du
mur, le long duquel étoit suspendu mon
ressort. J'ai enfoncé dans ce mur un autre
472 MERCURE DE FRANCE
tre morceau de fil de fer dont la pointe
répondoit parfaitement à celle qui sortoits
du poids; et quoique ce ressort ait
été suspendu ainsi pendant plus de six
mois , je n'ai jamais remarqué quele poids
ait remonté ; au contraire,je me suis toujours
apperçu qu'il descendoit ; ce qui
prouve que le ressort a toujours perdu de
sa force et n'en a jamais regagné.
Pour tirer avantage de cette expérience
, il est necessaire de sçavoir de quelle
façon on agit pour donner l'élasticité à
un ressort ; cela se fait ainsi : Lorsque
P'Ouvrier lui a donné la forme , il le fait
rougir dans le feu , et le trempe ensuite
dans quelque liqueur pour le refroidir
précipitamment. On doit conclure de- là
que l'air qui s'est trouvé dans cette liqueur
, étant plus aisé à être mis en
mouvement , que les parties qui la composent
, sera celui qui aura suivi de près
le feu , qui en abandonnant l'acier , lui
aura laissé des cellules ouvertes que cet
air aura occupé et qui auront été exactement
refermées par la liqueur.
Examinons maintenant comment l'air
peut produire l'élasticité.
Après être convenu , suivant l'opinion
generale , qu'il est composé de différentes
substances , dont la plus grossiere se pent
CI
MARS. 1734. 473
enfermer, et la plus déliée où la matiere
subtile passe tres- librement à travers
toute sorte de corps ; on peut vrai semblablement
croire que lorsque l'on bande
un ressort , ses parties intérieures se
resserrént , et que se resserrant , il s'exprime
proportionnellement de l'air grossier,
enfermé dans les cellules de l'Acier,
autant de cette matiere subtile , qui rentre
pour reprendre la place qu'elle avoit
quittée, lorsque l'on cesse de contraindre
le ressort et qui lui fait reprendre sa premiere
forme ainsi qu'une Eponge remplie
d'eau , que l'on mettroit dans un
Vaisseau et qu'on presseroit , dont l'eau
sortiroit par la pression , laquelle cessée ,
l'eau rentreroit dans l'Eponge et lui redonneroit
sa même forme.
S'il est vrai que les effets élastiques
soient tels , comme on le croit , quelle
vrai -semblance y a - t-il qu'ils puissent
augmenter, lorsqu'il ne peut dans la suite
se loger plus d'air dans l'Acier qu'il y en
est entré lors de la trempe ? car l'on conçoit
aisément que si la seule pression de
l'air y en pouvoit insinuer du nouveau ;
celui non- seulement qui y seroit entré ,
mais encore l'autre qui y auroit été placé
en premier lieu , en sortiroient lorsque
l'on banderoit le ressort , qui n'auroit
alors
474 MERCURE DE FRANCE
alors aucune cause pour reprendre sa situation.
Ona de plus des preuves que l'air grossier
ne peut pénétrer ni le Fer ni l'Acier,
puisqu'on en tient enfermé dans des Atquebuses
à vent , qui ne perdent point de
leurs forces pour être long- temps chargées
.
Il n'y a pas lieu non plus de croire que
le subtil scul puisse produire l'élasticité ,
puisqu'il pénétre facilement , tous les
corps , et qu'ainsi il peut se replacer
dans les Pores extérieurs de la Lame ,
lorsque les intérieurs sont resérrez , sans
Causer aucune contrainte.
Or puisque la quantité d'air enfermé
dans l'Acier ne peut augmenter , il ne se
peut pas faire que le ressort acquiere de
la force; au contraire quelqu'une des prisons
de l'air venant à se rompre , par la
roüille , ou les tentions réitérées , la force
élastique doit diminuer à proportion .
Ceux qui imagineroient des causes de
variations dans ces ressorts , par les diffé
rens dégrez de chaleur , ne rencontreroient
gueres mieux , puisque l'on a reconnu
que la plus grande chaleur de l'Eté
ne cause de dilatation à un morceau de
fer , à l'égard du plus grand froid d'Hyver
, que de la 1152 partie de sa grosseur.
MARS. 1734. 475
seur. Comme la violence du ressort ne
git que dans son épaisseur , qui n'est
pas dans plusieurs ressorts de de ligne ;
jugé de quel effet peut être l'augmentation
de la 1152e partie de de ligne .
De plus , comme ce ressort croîr en lorgueur
, ainsi qu'en épaisseur , il restitue
par son allongement la lenteur que l'épaisseur
auroit ôtée au mouvement de la
Montres et quand même ces différences
ne seroient pas proportionnées entre la
longueur et l'épaisseur , ces excès de force
seroient réduits à rien sur le dernier
mobile où git le principe de régularité.
J'atents avec impatience vos réfléxions :
Je suis avec un profond respect , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
Dans une lettre datée du 26 janvier 1735, M. Regnauld, horloger, aborde les inégalités de force observées dans les ressorts des montres. Pour démontrer que ces inégalités ne proviennent pas de variations internes, il décrit une expérience où un ressort est suspendu avec un poids pendant six mois. Au cours de cette période, le poids descend constamment, prouvant que le ressort perd de sa force sans jamais la récupérer. Regnauld explique que l'élasticité d'un ressort est due à l'air emprisonné dans ses cellules lors de la trempe. Lorsqu'on bande le ressort, l'air grossier est expulsé, permettant à une matière subtile de pénétrer et de redonner sa forme au ressort. Cependant, cette quantité d'air ne peut augmenter, ce qui signifie que la force élastique ne peut que diminuer avec le temps. Cette diminution peut être causée par la rouille ou par des tensions répétées. L'horloger rejette également l'hypothèse selon laquelle les variations de température pourraient affecter significativement les ressorts. Il argue que la dilatation due à la chaleur est minime et que les différences de force dans les ressorts sont compensées par leur allongement, assurant ainsi une régularité dans le mouvement des montres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 521-522
AUTRE.
Début :
Fils du Soleil & de la Terre, [...]
Mots clefs :
Fer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Fils du Soleil & de la Terre ,
Au Tems j'ai fait donner un nom .
Ev Je
522 MERCURE DE FRANCE.
Je fis périr Agamemnon ,
Lorſqu'il revenoit de la guerre.
Envers ma mere fils rébelle ,
J'ofe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle ,
Et plus utile au genre humain.
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un bon gardien en moi ;
Parmi mille uſages je brille ;
Cher lecteur , penfe , cherche , voi.
Fils du Soleil & de la Terre ,
Au Tems j'ai fait donner un nom .
Ev Je
522 MERCURE DE FRANCE.
Je fis périr Agamemnon ,
Lorſqu'il revenoit de la guerre.
Envers ma mere fils rébelle ,
J'ofe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle ,
Et plus utile au genre humain.
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un bon gardien en moi ;
Parmi mille uſages je brille ;
Cher lecteur , penfe , cherche , voi.
Fermer
9
p. 1992-2013
LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
Début :
L'Auteur se défend depuis plusieurs années de rendre son Systême public, [...]
Mots clefs :
Flamme, Matière, Aimant, Pores, Fer, Fluide, Circulation, Phénomènes, Flamme ténébreuse, Cercles, Corps, Animal, Boîte céleste, Système, Eau, Élasticité, Inflammable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
LE PLANou l'Idée générale d'un nouveau
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Fermer
10
p. 11-13
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un Sénateur de Suéde, à une Dame de Paris. A Stockolm, le 8 Mai 1753.
Début :
Vous avez si bien rempli, Madame, la promesse que vous m'aviez faite [...]
Mots clefs :
Fer, Cuivre, Lettre, Ustensiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par un Sénateur de Suéde, à une Dame de Paris. A Stockolm, le 8 Mai 1753.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un
Sénateur de Suéde * , à une Dame de Paris,
A Stockolm , le 8 Mai 1753-
Vou
"
Ous avez fi bien rempli , Madame
la promeffe que vous m'aviez faite
de m'envoyer la recette de l'étamage du
fer , que je ne fçai , en vérité , comment
vous en témoigner toute ma reconnoif
fance. Je vous fupplie de recevoir mes
très humbles remercimens de toutes les
M. le Baron de Scheffer , ci- devant Miniffre
Plenipotentiaire à la Cour de France.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
peines que vous avez daigné prendre pour
ce Pays , qui vous devra dans cent ans d'ici
fa confervation de plufieurs centaines de
mille habitans que l'ufage du cuivre nous
enlevoit journellement. J'ai fait traduire
& imprimer en Suédois le livre de M. Amy;
j'ai fait inférer dans nos Gazettes & dans
nos Journaux littéraires plufieurs Differtations
qui ont paru chez vous & ailleurs
fur la même matiere ; tout cela a fait un
fi grand effet ici & dans nos Provinces ,
qu'on n'eft occupé à préfent qu'à reformer
les anciennes batteries de cuifine &
autres uftenfiles de cuivre pour y en fubftituer
d'autres de fer. Cette réforme ne
fera pourtant pas d'abord auffi univerſelle
qu'il feroit à fouhaiter , il y a des têtes où
le préjugé tient plus fortement que dans
d'autres , il faudra bien leur donner le
tems de fe reconnoître . Mais ce qui en
attendant m'a paru le plus important , a
été de donner l'exemple au particulier ,
par une pareille réforme , dans tous les
établiffemens qui dépendent immédiatement
des foins & de la police du Gouvernement.
Pour cet effet le Roi a déja
fait écrire une lettre circulaire à tous les
Colonels de l'armée , pour qu'ils vendent
, fans perte de tems , les matinites ,
Les Aacans , & tous autres uftenfiles de
JUILLET. 1753. 13
cuivre qui entrent dans l'équipage des
troupes , & que te fer feul foit dorénavant
employé à tous ces ufages. Les mêmes
ordres feront donnés à la Marine ,
auffi - tôt que nos nouvelles Fabriques feront
en état de fournir à fes befoins. Vous
voyez , Madame , que je ne ppeerrddss point
de tems pour opérer ce qui eft dans l'ordre
des poffibles . J'aurai l'honneur de
vous rendre compte du refte à meſure que
J'aurai de nouveaux progrès à vous mander.
Sénateur de Suéde * , à une Dame de Paris,
A Stockolm , le 8 Mai 1753-
Vou
"
Ous avez fi bien rempli , Madame
la promeffe que vous m'aviez faite
de m'envoyer la recette de l'étamage du
fer , que je ne fçai , en vérité , comment
vous en témoigner toute ma reconnoif
fance. Je vous fupplie de recevoir mes
très humbles remercimens de toutes les
M. le Baron de Scheffer , ci- devant Miniffre
Plenipotentiaire à la Cour de France.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
peines que vous avez daigné prendre pour
ce Pays , qui vous devra dans cent ans d'ici
fa confervation de plufieurs centaines de
mille habitans que l'ufage du cuivre nous
enlevoit journellement. J'ai fait traduire
& imprimer en Suédois le livre de M. Amy;
j'ai fait inférer dans nos Gazettes & dans
nos Journaux littéraires plufieurs Differtations
qui ont paru chez vous & ailleurs
fur la même matiere ; tout cela a fait un
fi grand effet ici & dans nos Provinces ,
qu'on n'eft occupé à préfent qu'à reformer
les anciennes batteries de cuifine &
autres uftenfiles de cuivre pour y en fubftituer
d'autres de fer. Cette réforme ne
fera pourtant pas d'abord auffi univerſelle
qu'il feroit à fouhaiter , il y a des têtes où
le préjugé tient plus fortement que dans
d'autres , il faudra bien leur donner le
tems de fe reconnoître . Mais ce qui en
attendant m'a paru le plus important , a
été de donner l'exemple au particulier ,
par une pareille réforme , dans tous les
établiffemens qui dépendent immédiatement
des foins & de la police du Gouvernement.
Pour cet effet le Roi a déja
fait écrire une lettre circulaire à tous les
Colonels de l'armée , pour qu'ils vendent
, fans perte de tems , les matinites ,
Les Aacans , & tous autres uftenfiles de
JUILLET. 1753. 13
cuivre qui entrent dans l'équipage des
troupes , & que te fer feul foit dorénavant
employé à tous ces ufages. Les mêmes
ordres feront donnés à la Marine ,
auffi - tôt que nos nouvelles Fabriques feront
en état de fournir à fes befoins. Vous
voyez , Madame , que je ne ppeerrddss point
de tems pour opérer ce qui eft dans l'ordre
des poffibles . J'aurai l'honneur de
vous rendre compte du refte à meſure que
J'aurai de nouveaux progrès à vous mander.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par un Sénateur de Suéde, à une Dame de Paris. A Stockolm, le 8 Mai 1753.
Un sénateur suédois adresse une lettre à une dame parisienne pour la remercier d'avoir partagé la recette de l'étamage du fer. Il souligne que cette recette permettra de remplacer l'usage du cuivre par celui du fer, sauvant ainsi des milliers de vies. Le sénateur a traduit et imprimé en suédois le livre de M. Amy et a publié des articles sur le sujet, ce qui a engendré un grand intérêt et des réformes en Suède. Le roi de Suède a ordonné aux colonels de l'armée de remplacer les ustensiles de cuivre par des ustensiles en fer dans l'équipement des troupes. Des instructions similaires seront bientôt données à la marine dès que les nouvelles fabriques seront opérationnelles. Le sénateur assure la dame qu'il la tiendra informée des progrès réalisés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 134-136
LETTRE A M. ***
Début :
Monsieur, la découverte du moyen de convertir le fer en acier, annoncée [...]
Mots clefs :
Découverte, Acier, Fer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. ***
METALLURGIE.
LETTRE A M. ***
Onfieur , la découverte du
moyen
Mdeconvertirle fet en acier annon
cée dans les ouvrages périodiques , fáit y
fans contredit , beaucoup d'honneurà l'anteur
; elle lui affure un droit bien légiti
me fur la reconnoiffance de tout bon citoyen
, parce que l'avantage qui doit en
refulter pour le public eft infiniment audeffus
de celui que l'auteur peut avoir envifagé
pour lui- même. Pofe croire qu'en'
lui rendant en mon particulier toute la
juftice qu'il mérite du côté des fentimens
& du génie , il ne trouvera pas mauvais
fi je ne regarde pas fa découverte comme
nouvelle. Il y a plus de vingt- cinq ans
qu'elle a été faite pas un nommé Sebaſtien
Florès , fameux Serrurier de Madrid ,' qui
par ordre du Confeil de commerce en fit
l'expérience en préfence de deux députés ,
qui avoient pris la précaution de faire ap
pliquer une marque particuliere fur la barre
de fer , dont Florès fit une barre d'acier.
J'ignore les raifons qui ont pu empêcher
le miniftere Efpagnol de favorifer une fi
belle & fi avantageufe mutation , d'autane ?
AVRIL. 1755. 135
plus que Florès s'obligeoit d'établir l'acier
à un tiers meilleur marché que les '
étrangers , au moyen de l'exemption géné
rale de tous droits qu'il demandoit pour
vingt ans. Je ne fuis pas mieux inftruit
fi Florès dût cette découverte au feul has
zard , ou à des expériences déterminées
au fujet , ou enfin à la confidence de quelque
ouvrier plus habile que lui . L'inven
tion de différentes machines jufqu'alors in
connues , pourroit , ce me femble , lui faire
attribuer , avec quelque justice , celle du
fecret en queſtions Quoiqu'il en foit , je
n'ai nulle intention de porter la moindre
atteinte à la réputation d'homme de génie
que fe fait notre bon patriote : il a pût
ignorer que Florès l'avoit devancé ; celuici
peut avoir été à fon tour , & tous les
deux peuvent cependant être créateurs de
leur ouvrage mais quand cela ne feroit pas,
il leur reftera toujours une bonne portion
de l'eftine publique. Le grand maître de
langue que nous avons en France pour les
muets petd- il rien, de fon mérite pour fe
fervir d'une méthode ( qu'il a peut-être
perfectionnée ) dont le Journal de Tre
voux fit honneur en 1701 , d'abord â M.
Wallis , Profeffeur de Mathématiques yra
Oxford & enfuite à M.: Amman , Méder«
cin Hollandois ? ll étoit fans doute bien
t
136 MERCURE DE FRANCE.
flateur pour ces deux fçavans , de voir leur
art annoncé fous le titre de Nouvelle méthode
; il y avoit cependant cent cinquante
ans que le Pere Ponce Bénédictin Efpagnol
, l'avoit trouvée & mife heureufe
ment en pratique , tant pour la parole que
pour l'écrituren Ceft donc toujours un honneur
que de faire revivre des fciences ou
des arts ignorés de nos jours , & il eſt d'autant
plus grand & plus folide , à propor
tion de l'avantage que la nation retire de
ces découvertes, 16 Jibi 497 1
530
J'ai l'honeur d'être , &c.
De Rouen , co 26 Février asshd
LETTRE A M. ***
Onfieur , la découverte du
moyen
Mdeconvertirle fet en acier annon
cée dans les ouvrages périodiques , fáit y
fans contredit , beaucoup d'honneurà l'anteur
; elle lui affure un droit bien légiti
me fur la reconnoiffance de tout bon citoyen
, parce que l'avantage qui doit en
refulter pour le public eft infiniment audeffus
de celui que l'auteur peut avoir envifagé
pour lui- même. Pofe croire qu'en'
lui rendant en mon particulier toute la
juftice qu'il mérite du côté des fentimens
& du génie , il ne trouvera pas mauvais
fi je ne regarde pas fa découverte comme
nouvelle. Il y a plus de vingt- cinq ans
qu'elle a été faite pas un nommé Sebaſtien
Florès , fameux Serrurier de Madrid ,' qui
par ordre du Confeil de commerce en fit
l'expérience en préfence de deux députés ,
qui avoient pris la précaution de faire ap
pliquer une marque particuliere fur la barre
de fer , dont Florès fit une barre d'acier.
J'ignore les raifons qui ont pu empêcher
le miniftere Efpagnol de favorifer une fi
belle & fi avantageufe mutation , d'autane ?
AVRIL. 1755. 135
plus que Florès s'obligeoit d'établir l'acier
à un tiers meilleur marché que les '
étrangers , au moyen de l'exemption géné
rale de tous droits qu'il demandoit pour
vingt ans. Je ne fuis pas mieux inftruit
fi Florès dût cette découverte au feul has
zard , ou à des expériences déterminées
au fujet , ou enfin à la confidence de quelque
ouvrier plus habile que lui . L'inven
tion de différentes machines jufqu'alors in
connues , pourroit , ce me femble , lui faire
attribuer , avec quelque justice , celle du
fecret en queſtions Quoiqu'il en foit , je
n'ai nulle intention de porter la moindre
atteinte à la réputation d'homme de génie
que fe fait notre bon patriote : il a pût
ignorer que Florès l'avoit devancé ; celuici
peut avoir été à fon tour , & tous les
deux peuvent cependant être créateurs de
leur ouvrage mais quand cela ne feroit pas,
il leur reftera toujours une bonne portion
de l'eftine publique. Le grand maître de
langue que nous avons en France pour les
muets petd- il rien, de fon mérite pour fe
fervir d'une méthode ( qu'il a peut-être
perfectionnée ) dont le Journal de Tre
voux fit honneur en 1701 , d'abord â M.
Wallis , Profeffeur de Mathématiques yra
Oxford & enfuite à M.: Amman , Méder«
cin Hollandois ? ll étoit fans doute bien
t
136 MERCURE DE FRANCE.
flateur pour ces deux fçavans , de voir leur
art annoncé fous le titre de Nouvelle méthode
; il y avoit cependant cent cinquante
ans que le Pere Ponce Bénédictin Efpagnol
, l'avoit trouvée & mife heureufe
ment en pratique , tant pour la parole que
pour l'écrituren Ceft donc toujours un honneur
que de faire revivre des fciences ou
des arts ignorés de nos jours , & il eſt d'autant
plus grand & plus folide , à propor
tion de l'avantage que la nation retire de
ces découvertes, 16 Jibi 497 1
530
J'ai l'honeur d'être , &c.
De Rouen , co 26 Février asshd
Fermer
Résumé : LETTRE A M. ***
La lettre discute de la découverte d'un procédé pour convertir le fer en acier, attribuée à un inventeur contemporain. L'auteur reconnaît l'importance de cette découverte pour le public, mais conteste sa nouveauté. Il affirme que ce procédé a été développé plus de vingt-cinq ans auparavant par Sébastien Florès, un serrurier de Madrid. Florès avait démontré cette méthode devant des députés du Conseil de commerce espagnol et proposé de produire de l'acier à un coût inférieur à celui des étrangers, en échange d'une exemption de droits pendant vingt ans. La lettre mentionne également l'invention de machines inconnues jusqu'alors, potentiellement attribuées à Florès. L'auteur admire le génie de l'inventeur contemporain tout en reconnaissant les contributions antérieures de Florès. La lettre se conclut par une réflexion sur l'honneur de redécouvrir des sciences ou des arts oubliés et sur les avantages que la nation en retire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 104-105
« Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Début :
Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...]
Mots clefs :
Métallurgie, Fer, Acier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Ans le Mercure d'Avril , page 13.45
à l'article Métallurgie , un anonyme
afin d'ôter avec raifon l'honneur de l'invention
de l'art de convertir le fer en
acier à celui qui en a établi une manufacture
, fans faire mention de M. de Réaumur
, en attribue la découverte à Sebaſtien
Florès , Serrurier de Madrid , qui en fit
l'heureuſe expérience il y a plus de vingtcinq
ans , par ordre du Confeil de Commerce.
Cet anonyme n'a pas lu fans doute
dans le volume des Ephémerides cofmographiques
pour 1754 , page 318 , ce
qui fuit.
* » L'ancienne connoiffance qu'en EgypMAI
1755. 105
"}
te on fait éclore des oeufs par le feul dégré
de la chaleur d'un four convena-
» ble , tant d'autres ufages & analogies
pouvoient conduire plutôt à l'électrifation
lente & graduelle , & à un art qui,
» 1fans la fagacité d'un Réaumur , feroit
encore à defirer , ainfi que l'art de convertir
le fer en acier. En auroit- on moins
d'obligation à un fi zélé naturalifte , malgré
l'ancien ufage de tremper ces métaux
fortant de la forge , dans l'eau pour
» les durcir , comme le Pere Merfene l'a
rapporté dès 1634 , dans fes queſtions
» phyfiques.
à l'article Métallurgie , un anonyme
afin d'ôter avec raifon l'honneur de l'invention
de l'art de convertir le fer en
acier à celui qui en a établi une manufacture
, fans faire mention de M. de Réaumur
, en attribue la découverte à Sebaſtien
Florès , Serrurier de Madrid , qui en fit
l'heureuſe expérience il y a plus de vingtcinq
ans , par ordre du Confeil de Commerce.
Cet anonyme n'a pas lu fans doute
dans le volume des Ephémerides cofmographiques
pour 1754 , page 318 , ce
qui fuit.
* » L'ancienne connoiffance qu'en EgypMAI
1755. 105
"}
te on fait éclore des oeufs par le feul dégré
de la chaleur d'un four convena-
» ble , tant d'autres ufages & analogies
pouvoient conduire plutôt à l'électrifation
lente & graduelle , & à un art qui,
» 1fans la fagacité d'un Réaumur , feroit
encore à defirer , ainfi que l'art de convertir
le fer en acier. En auroit- on moins
d'obligation à un fi zélé naturalifte , malgré
l'ancien ufage de tremper ces métaux
fortant de la forge , dans l'eau pour
» les durcir , comme le Pere Merfene l'a
rapporté dès 1634 , dans fes queſtions
» phyfiques.
Fermer
Résumé : « Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Un article anonyme publié dans le Mercure d'Avril, page 13.45, remet en question l'attribution de l'invention de la conversion du fer en acier à Sébastien Florès, serrurier de Madrid. L'auteur anonyme critique ceux qui attribuent cette découverte à Florès, qui aurait réalisé cette expérience il y a plus de vingt-cinq ans sur ordre du Conseil de Commerce. L'anonyme souligne que ces auteurs n'ont probablement pas consulté les Éphémérides géographiques de 1754, où des informations pertinentes sont publiées. Le texte mentionne également des connaissances anciennes en Égypte sur l'éclosion des œufs par la chaleur d'un four, ainsi que d'autres usages similaires pouvant avoir conduit à la découverte de l'électrification lente et graduelle. Il met en avant l'importance des travaux de Réaumur dans ce domaine, malgré les anciens usages de tremper les métaux dans l'eau pour les durcir, comme rapporté par le Père Mersenne dès 1634.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 68-69
ENIGME.
Début :
La Terre & le Dieu du jour [...]
Mots clefs :
Fer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
LA Terre&
leDieu du jour
Enſemble ont formé ma ſtructure ;
Quoique le fruit de leur amour
Je n'en eus jamais la figure :
Autempsj'ai fait donner un nom :
Enfant du plus illuſtre pere ,
Mais plus cruel envers ma mere ,
Sans que j'en ſçache la raiſon ,
Je ſuis le fils le plus rébelle :
J'oſe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle
Et plus utile au genre humain :
FEVRIER . 1757: 69
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un gardien en moi :
Pardifférens endroits je brille ;
Cher Lecteur , penſe , cherche , voi.
LA Terre&
leDieu du jour
Enſemble ont formé ma ſtructure ;
Quoique le fruit de leur amour
Je n'en eus jamais la figure :
Autempsj'ai fait donner un nom :
Enfant du plus illuſtre pere ,
Mais plus cruel envers ma mere ,
Sans que j'en ſçache la raiſon ,
Je ſuis le fils le plus rébelle :
J'oſe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle
Et plus utile au genre humain :
FEVRIER . 1757: 69
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un gardien en moi :
Pardifférens endroits je brille ;
Cher Lecteur , penſe , cherche , voi.
Fermer
14
p. 77-108
LA PHARSALE. LIVRE I.
Début :
Je chante cette guèrre, dont la Thessalie fut le théâtre : guèrre sacrilége, qui [...]
Mots clefs :
Rome, César, Guerre, Terre, Monde, Dieux, Peuple, Sang, Armes, Peuples, Italie, Fortune, Murs, Bruit, Fer, Paix, Mer, Pompée, Mains, Combats, Nuit, Lois, Bords, Main, Forêts, Campagnes, Tête, Voix, Fureur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PHARSALE. LIVRE I.
LA PHARSALE.
LIVRE 1.
JE
E chanté cette guèrre , dont la Theffalie
fut le théâtre guèrre facrilege , qui
mit les loix aux pieds du crime; où l'on vit
un peuple puiffant tourner les mains victo
rieufes contre les entrailles , l'aigle s'avancer
contre l'aigle, deux camps unis par les
liens du fang divifer l'empire, & fe difputer
le coupable honneur de hâter fa ruine,
avec toutes les forcès du monde ébranlé.
O Citoyens , quelle fureur ! quel excès
de licence & de rage ! eft ce à vous d'af
fouvir la haine des Nations dans le fang
de votre Patrie? la fuperbe Babylone s'enorgueillit
de vos dépouilles ; l'ombre errante
de Craffus demande vangeance ; &
vous cherchez des combats , qui n'auront
jamais de triomphes ! quelles conquêtes
ne feriez -vous pas au prix du fang que
Vous allez verfer ? des régions où naît
le jour jufqu'aux bords où la nuit s'enfe
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
velit avec les étoiles , des climats brûlans
du Midijufqu'aux rivages glacés du Nord ,
Le Scythe , l'Arménien , les Peuples , s'il
en eſt , qui voyent naître le Nil , tout ſeroit
dompté. Alors , fi telle eft ton ardeur
pour une guèrre déteftable , ô Rome,
tourne tes mains contre toi- même. Mais
as-tu manqué d'ennemis ? Tes Villes d'Italie
s'écroulent fous leurs toits brifés ;
leurs murailles ruinées ne font plus que
des débris épars ; l'habitant folitaire eft
errant dans leur vafte enceinte ; l'Helpérie
dès longtemps inculte eft couverte de
ronces; les mains du Laboureur manquent
aux champs qui les demandent.
Ce n'eſt pas toi , farouche Pyrrus , ce
n'eft pas toi , fier Annibal , qui nous as
caufé tant de maux : le fer étranger ne
nous fit jamais de fi profondes plaies ;
ces coups partent d'une main domeftique.
Remontons à la fource de nos malheurs
c'eft m'ouvrir une carrière immenfe
.
Quelle eft la cauſe qui entraîne ce peuple
aux combats , & qui chaffe la paix de
la tèrre ? L'envieufe fatalité , l'arrêt porté
par les Deftins , que rien d'élevé ne foit
ftable , la chute qu'entraîne un trop pefant
fardeau , Rome que fa grandeur ac
cable.
•
AVRIL. 1761. 79
Ainfi lorfque les fiécles accumulés amé
neront l'inftant de la diffolution du Mon
de , tous les refforts de la Nature ſe briferont
, tout rentrera dans l'ancien cahos
: les Aftres confondus fe heurteront
avec les Aftres , la mer engloutira les
étoiles ; la terre refufera d'embraffer la
mer & la chaffera de fon lit ; l'ébranlement
univerfel de la machine en détruirà
l'ordre & l'accord,
L'exceffive grandeur s'écroule fur elles
même : c'eft le terme que les Dieux ont
mis à nos profpérités . La fortune n'a
voulur confier à aucune Nation du Monde
le foin de fa haine contre les Romains ;
c'eft toi , Rome , c'eft roi qu'elle a rendue
fous trois Tyrans l'inftrument de ta
ruine ; c'eft leur concorde impie & fatale
qui t'a perdue. Laiffez- nous- la , cruels ,
cette paix qui nous a rant couté. Pourquoi
la troubler ? Pourquoi courir aux armes
, & vous arracher les dépouilles de
l'Univers en bute à vos coups ?
་
Non , tant que la rerre portera les
caux , que l'air balancera la tèrre , que
les Aftres accompliront leurs révolutions
pénibles , il n'y aura jamais de fûreté en
tre affociés au pouvoir fuprême. L'autorité
ne veut point de compagne. N'emm
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
cherchons pas les exemples loin de nous ;
le Fondateur de ces murs les fouilla du
fang de fon frère ; & ce n'étoit pas l'empire
du monde qu'on fe difputoit avec
tant de fureur un hameau divifa fes
Maîtres.
On vit quelque temps régner entre
Pompée & Céfar , une paix orageuſe &
contrainte. Craffus , au milieu de ces deux
rivaux , tenoit la guèrre comme en fufpens.
Tel un Ifthme étroit foutient le choc des
deux mers qu'il fépare ; mais fi la tèrre fe
retire , les mers fe heurtent & fé confondent.
Ainfi la défaite & la mort déplorable
de Craffus en Affyrie, nous ont livrés à
nos propres fureurs. La victoire des Parthes
a déchaîné nos haines . Heureux Arfacides !
dans cette journée vos fuccès ont paffé
votre attente : vous avez donné la guèrre
civile aux vaincus.
L'Empire eft partagé par le fer , & la
fortune d'un Peuple puiffant , cette fortune
qui embraffe la tèrre , les mers , le
monde entier , ne peut contenir l'ambition
de deux hommes.
O Julie ! ô toi , que les cruelles Parques
ont enlevée au monde ; fi le deftin t'eût
laiflé vivre , tu aurois pû , à l'exemple des
Sabines , te précipiter entre ton pere
&
AVRIL 1761. 81
ton époux , les retenir, les défarmer , joindre
leurs mains dans tes mains pacifiques.
Seul gage de leur alliance , tu n'es plus !
les flambeaux de ton hymen , allumés fous
le plus noir aufpice , fe font éteints dans
le tombeau. Ta mort affranchit Pompée &
Céfar des liens de la foi jurée . Rien ne
s'oppofe plus à cette jaloufie impatiente
à cette émulation de gloire , qui les preſſe
de fes aiguillons.
Toi , Pompée , tu crains que l'éclat de
tes anciens travaux ne foit obfcurci par de
nouveaux exploits, & que la conquête des
Gaules n'efface tes triomphes d'Afie : cette
longue fuite de profpérités & d'hon
neurs te remplit l'âme d'un noble orgueil,
& ta fortune ne peut fe réfoudre à partager
le premier rang. César ne veut rien
qui le domine , Pompée ne veut rien qui
l'égale. Lequel des deux partis fut le plus
jufte ? Il n'eft pas permis de le fçavoir. Les
Dieux fe déclarent pour le vainqueur ,
mais Caton s'attache au vaincu . Du refte ,
l'on deux avoit trop d'avantage.
Pompée fur le déclin des ans ,amolli par
Le long ufage des dignités pacifiques , avoit
onblié la guerre au fein du repos ; tout
occupé de fa renommée , foigneux de
plaire à la multitude , pouffé par le vent
de la faveur populaire, & flatré de recueil
Dy
82 MERCURE DE FRANCE,
lir les applaudiffemens de fon Théâtre , il·
fe repofoit fur fon ancienne fortune fans
fe préparer des forces nouvelles. Il lui
reftoit l'ombre d'un grand nom.
Tel'au milieu d'une campagne fertile ,
on voit un chêne antique & fuperbe, chargé
des dépouilles des Peuples , & des trophées
des Guerriers. Il ne tient à la tèrre
que par de foibles racines ; fon poids feul
l'y attache encore . Il n'étend plus dans les
airs que des branches dépouillées : c'eſt
de fon bois , non de fon feuillage qu'il
couvre les lieux d'alentour . Mais quoiqu'il
foit prêt à tomber fous le premier
effort des vents , quoiqu'il s'élève autour
de lui des forêts d'arbres verdoyans &
robuftes, c'eſt encore lui feul qu'on révére.
Au nom , à la gloire d'un grand Capiraine
, Céfar joignoit une valeur qui ne
fouffroit ni repos , ni relâche , & qui ne
voyoit de honte qu'à ne pas vaincre dans
les combats. Plus la réfiftance eft opiniâtre
, plus il s'obftine à la forcer. On l'ambition,
ou le reffentiment l'appelle, c'eſt là
qu'il vole le fer à la main. Jamais le fang
ne lui coûte à répandre. Hârer fes fuccès
, les pourfuivre , faifir & preffer la
fortune qui le feconde , abattre tout ce
qui s'oppose à fon élévation , & s'applau
dir de s'être ouvert un chemin à trave
AVRIL. 1761 )- 833
des ruines ; telle étoit l'âme de Céfar.
Ainfi la foudre que le choc des vents
fait jaillit des nuages , brille & remplit:
l'air qu'elle preffe d'un bruit qui faittrem
bler le monde. Elle éclipfe le jour , répand
la terreur au fein des Peuples pâliffans
que les fillons de fa flamme éblouif
fent , frappe & détruit fes propres tem
ples , perce à travers les corps les plus
durs , marque fa chute & fon retour par
un vafte & foudain ravage , & raffemble :
fes feux difperfés.
Aux intérêts cachés de ces deux rivaux,.
fe joignoient les femences publiques de
difcorde qui ont toujours perdu les Etats
floriflans. Dès que Rome triomphante fe
fut enrichie des dépouilles du Monde ,,
que la profpérité eut corrompu les moeurs ,,
& que le brigandage eut amené le luxe ,,
la fomptuofité de nos Palais fut fans
bornes : notre goût dédaigna la frugalité
de nos pères : les hommes difputérent
aux femmes l'élégance de la parure : la
pauvreté , la mère des héros , fe vit reburée
& bannie ; fatale époque de la ruine
des Nations ! Ce fut à qui érendroit le
plus loin les limites de fes domaines on
vit les champs autrefois fillonnés par la
charrue des Camiles , les champs que la
bêche antique des Curius avoit défrichés,
D v
84 MERCURE DE FRANCE.
s'unir & former de vaftes campagnes fous
des poffeffeurs inconnus.
Ce Peuple n'étoit pas affez vertueux
pour goûter une paix innocente & fe repofer
fur fes armes victorieuſes dans le
fein de la liberté. De la corruption des
moeurs, on vit naître les haines promptes
à s'allumer. Le crime ne couta plus rien ,
follicité par l'indigence ; on mit l'honneur
fuprême à fe rendre plus puiffant que fa
patrie , fût- ce même le fer à la main .
De là le droit mefuré fur la force , les
Loix du Sénat & du Peuple violées , les
Tribuns rivaux des Confuls , les faiſceaux
enlevés à prix d'argent , le Peuple achetant
la faveur du Peuple , la brigue, cette
pefte publique , renouvellant tous les
ans dans le champ de Mars, l'enchère des
dignités vénales , l'ufure vorace & les
pactes ruineux , enfin la bonne foi chancelante
dans tous les coeurs , & la guèrre
civile devenue un befoin pour une foule
d'hommes perdus .
Déjà Céfar avoit franchi le fommet des
Alpes , l'efprit violemment agité , le coeur
plein de la guèrre future. A peine fut- il
arrivé au bord du Rubicon ; un fantôme
lumineux , & d'une grandeux effrayante ,
Jui apparut pendant la nuit : c'étoit l'ima
ge de la paisie. Elle étoit tremblante &
AVRIL. 1761. 85
confternée. De fon front couronné de
tours , les débris de fes cheveux blancs
tomboient épars fur fes membres dépouil
lés. Immobile devant lui , elle prononce
ces paroles entrecoupées de fanglots . » Out
» allez -vous , Romains ? où portez -vous
» mes enfeignes ? fi vous êtes juftes & ci-
» toyens, arrêtez : un pas de plus feroit un
crime. Elle dit : le coeur de Céfar eft faili
d'une foudaine horreur ; fes cheveux fe
dreffent fur la tête ; & la langueur dont
il eft abbattu enchaîne fes pas au rivage.
Mais bientôt rappellant fes efprits. » O
»Jupiter! (s'écria - t- il )O toi que mes ayeux,
» ont adoré dans Albe naiffante , toi qui
» du haut du Capitole , veilles aujourd'hui
» fur la Reine du monde ; Penates des
Phrygiens qu'Enée apporta dans l'Aufo-
"nie ; myftères faints de Romulus ; few
»facré du Temple de Vefta ; & toi , ma
» Divinité fuprême , ô Rome , fois favorable
à mes deffeins. Ne crois pas voir
Céfar te pourfuivre armé du flambeau
» des Furies ; vainqueur fur la tèrre &
fur les mers , il eft encore à toi ,
» le veux ; il eſt ton foldat , il le fera par-
» tout. Celui-là feul fera criminel qui
» fera de Céfar l'ennemi de Rome. A ces
mots , fans plus différer , il fit paler le
23
fleuve à fes troupes.
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel dans les déferts de l'ardente Lybie
un Lion , dès qu'il apperçoit le chaffeur ,
s'arrête & femble héfiter . Mais c'eft alors
qu'il s'anime & qu'il rafflemble toute fa
fureur. Sitôt qu'il s'eft battu les flancs du
fouet meurtrier de fa queue , qu'il a dreffé
fa criniere ondoyante , & que le bruit
fourd du rugiffement a retenti dans fa
gueule profonde foit que le Maure lé ;'
ger lui darde fa lance ou l'enveloppe de
fes filets , il s'échappe en fe précipitant
fur le fer qui va le percer , réfolu d'en
recevoir l'atteinte.
Le Rubicon , foible dans fa fource ,
roule à peine fes eaux défaillantes fous
les fignes brûlans de l'été ; il ferpente au
fond des vallées , & fépare les champs de
la Gaule des campagnes de l'Italie . Mais
Thyver lui donnoit des forces : trois mois
de pluie avoient groffi fes ondes , & lest
neiges des Alpes fondues par l'humide
haleine du vent du Midi , l'enfloient en
core de leurs torrents.
la
Pour foutenir le poids des eaux ,
cavalerie s'élance la premiére, & dans fon
oblique paffage elle oppofe une digue a
leur cours. L'impétuofité du fleuve alors
fufpendue, permet aux bataillons de s'ou
vrir un chemin facile à travers les on
des obéiffantes. Déjà Céfar a franchi le
AVRIL 1761 . 8-7
fleuve ; il touche à la rive oppofée , &
dès qu'il a mis un pied rebelle dans l'Italie
interdite à fes voeux. » C'est ici , (dit-
» il ) c'est ici que je laiffe la paix & les loix
» déjà violées . Fortune , je m'abandonne
à toi. Plus de lien qui me retienne ;
" j'ai pris pour arbitre le fort , & la guèrre
»fera mon juge. A l'inftant , fon ardeur
infatigable preffe les pas de fes guerriers
à travers les ombres de la nuit , & le foleil
à peine avoit éffacé les étoiles , lorfque
Cefar entra menaçant dans les murailles
d'Ariminum . *
Le jour le léve , ce trifte jour qui doir
éclairer les premiers troubles de la guèrre.
Mais foit que les dieux ou les vents euffent
affemblé les nuages , leur voile funé
bre obfeurcit les airs , & déroba la lumiére
au monde.
Cependant les Soldats de Céfar s'étant
emparés de la place publique , il ordonne
que fes Etendarts y foient arborés ; &
àl'inftant le bruyant Clairon.la Trompet
te éclatante donnent le fignal d'une guèrreimpie
. Le Peuple s'éveille à ce bruit éffrayant
; les jeunes Citoyens arrachés au
fommeil, fe faififfent des armes fufpendues
autour de leurs Dieux domestiques , des
boucliers rompus , des lances émouffées ,
Rimini.
88 MERCURE DE FRANCE.
des glaives dévorés par la rouille , tels que
Les offre une longue paix.
Mais lorsqu'ils reconnoiffent les aigles
romaines , & qu'ils apperçoivent César au
milieu de fes légions , la frayeur enchaîne
leurs membres glacés , & ce n'eft qu'au
fond de leurs coeurs qu'une douleur muet.
te ofe former ces plaintes.
31
"
" O murs trop voifins des Gaulois , ร
combien de maux ( difoient - ils ) votre
» fituation nous condamne ! tous les Peu- .
ples jouiffent d'une profonde paix ; &
" nous , fi des furieux courent aux armes ,
» nous fommes leur premiére proie ', cette
» enceinte eft leur premier camp . Pour-
» quoi le fort ne nous a - t- il pas fait habiter
» des cabanes errantes fous le char brûlant
» du foleil , fous les aftres glacés de l'Our-
» fe, plutôt que de nous donner à garder
les Barriéres de l'Italie ? Que les Sén ons
"y pénétrent , que les Cimbres s'y répan
» dent , que les Carthaginois fondent du
» haut des Alpes , que les courfes & les
fureurs des Teutons défolent ces bords ,
» c'eſt par nous qu'ils commencent ; &
toutes les fois que la fortune , infulte
» Rome dans fes murs , c'est ici le chemin
de la guèrre.
"
32
Tels font les gémiffemens étouffés de
ce peuple. La crainte même n'ofe parer
AVRIL 1761. 89
tre & la douleur n'a point de voix, Le filence
de ces murs eft égal au filence des
Forêts, quand les oifeaux friffonnent tranfis
par les glaçons , & à celui de la pleine
mer quand le calme enchaîne les ondes .
La lumière du jour avoit diffipé les froides
ombres de la nuit , & Céfar balançoit
encore ; mais bientôt la Diſcorde , armée
de nouveaux feux, vient irriter fes reffentimens
, & le délivrer du frein de la honte .
Il femble que la fortune elle - même travaille
à juftifier fes projets & à fonder le
droit de fes armes.
Rome incertaine entre l'obéiffance &
la révolte, a vu le Sénat enhardi par l'impunité
du meurtre desGracques, chaffer les
Tribuns , au mépris des loix. Les Tribuns
fe réfugient fous les drapeaux de Céfar ,
& Curion les accompagne , Curion dont
l'éloquence vénale & hardie fut autrefois
l'organe du Peuple & de la liberté , Carion
qui ofa foulever ce Peuple contre l'autorité
menaçante des grands. Il trouve Cé-
Jar roulant dans fa penfée les foins divers
dont il eft occupé : il l'aborde & lui parle
en ces mots.
Си-
» Tant qu'on a permis à ma voix de
» s'élever en ta faveur , Céfar , nous avons
prolongé en dépit du Sénat le comman-
» dement qu'il t'envie. Alors j'avois le
1-
go MERCURE DE FRANCE.
droit de paroître dans la Tribune &
» d'entraîner vers toi les efprits d'une
» multitude flotante . Mais depuis que
la
» force a fait taire les loix , on nous chaf-
» fe du fein de nos Dieux , & pour nous
» l'exil n'a rien de pénible. C'eſt à toi ,
» c'eft à la victoire de rendre à Rome fes
» Citoyens. Hâre- toi , Céfar ; tout chan-
»
cele. Les partis oppofés au tien n'ont
» ni fermeté ni vigueur. Quand tour est
» prêt , pourquoi différer les délais ne
» peuvent que nuire. Les dangers qui te
»menacent ne font- ils pas les mêmes que
» tu as bravés tant de fois & combien
plus grand en eft le prix ? La Gaule , un
» coin de la tèrre, t'a couté dix ans d'une
» guèrre pénible ; ofe livrer quelques
» combats dont le fuccès eft facile & fûr ,
» Rome eft à toi & le monde avec elle.
» Ne crois pas que ton retour foit décoré
» des honneurs du triomphe : le Capitole
» n'attend pas tes lauriers. La noire envie,
» qui ronge fes coeurs , te refufe tout ; à
peine te pardonnera- t elle d'avoir dompté
les Nations ; le gendre a réſolu
d'éloigner le beau- Père du Trône . Tu ne
peux partager le monde ; mais tu peux
le pofféder feul.
و د
"
Tel qu'on voit un courfier impatient de
quitter la barrière , où tête baiffée il agi
AVRIL 1761 . or
te fon frein , devenir plus fougueux encore
dès qu'il entend le fignal ; tel , à la voix
de Curion , Cefar qui déjà refpiroit la guèrre
, s'enflamme d'une nouvelle ardeur. Il
commande , & fes Soldats armés accourent
en foule aux Drapeaux;il appaiſe d'un
regard leurs mouvemens tumultueax , &
de la main leur impofant filence : » Com-
"pagnons de mes travaux ( leur dit- il )
» Vous qui depuis dix ans n'avez ceffé de
vaincre avec moi , expofés à des périls
» fans nombre, voilà donc le prix de notre
» fang, de nos bleffures , de la mort de nos
» amis & des hyvers rigoureux que nous
» avons paffés fous les Alpes ? fi Annibal
» les traverfoit , cauferoit- il plus de trou-
» bles dans Rome ? on court aux armes
» on groffit les cohortes de nouveaux Sol-
» dats , les Forêts tombent des monta-
» gnes & le courbeut en vaiſſeaux ; l'or-
» dre eft donné de poursuivre César fur
s la tèrre & fur les mers. Que feroit- ce
» donc , fi vaincu moi même j'avois laiffé
le champ de bataille couvert de mes
» Drapeaux ? li je fuyois devant les Gau-
» lois s'ils me chaffoient le glaive à la
» main ? Lors même que la fortuneme ſeconde
, que les Dieux m'appellent au
» comble de la gloire , on ofe me défier !
35
qu'il vienne , ce Chef amolli par les dé92
MERCURE DE FRANCE.
lices de la paix , qu'il vienne avec les
» Soldats faits à la hâte , avec ces graves
patriciens , ce Marcellus qui harangue
fans ceffe , & ces Catons eux- mêmes ,
» noms impofans & vains ; qu'il vienne ,
» &voyons de quel droit des clients à
gage
» le raffafient depuis tant d'années d'une
autorité fans bornes , de quel droit il
a triomphé avant l'âge prefcrit par les
» loix , de quel droit il prétend ne dépo-.
» fer jamais les dignités une fois ufurpées.
» Vous dirai- je à quel excès il a porté l'a- .
» bus du pouvoir ? & qui de vous ignore.
» qu'il a tari pour nous, d'un bout du mon-
» de à l'autre , toutes les fources de l'abondance,
& appellé la famine à Rome
» pour fervir fon ambition ? n'avons- nous,
pas vû fes cohortes répandre l'éffroi
» dans le barreau ? une enceinte de glai-
» ves menaçans , appareil inconnu juſ
"
qu'alors , inveftir le Tribunal des loix
» & faire pâlir leurs Miniftres ? les Sol-
» dats s'ouvrir un paffage à travers l'affem .
blée des Juges? & les Satellites de Pompée
environner Milon avant qu'il fût ju-
» gé ? à préfent pour ne pas languir dans
>> une obfcure vieilleffe, il nous fufcite une
guèrre coupable , accoutumé qu'il eſt à
≫ porter les armes contre fon pays. Sylla
fon Maître l'inftruifit au crime ; il ira 39
AVRIL. 1761
>>
"
plus loin que Sylla . Dès que lesTigres ,
>> fur les pas de leurs mères , ont bu , dans
» les Forêts d'Hircanie le fang des trou-
» peaux égorgés, ils ne dépouillent jamais
» leur fureur . Toi Pompée , accoutumé au
» fang dont dégouttoit le glaive deSylla,
la même foif te tourmente encore ; &
depuis que tes lévres ont goûté ce breu-
» vage affreux , ton coeur en eft infatia-
» ble. Cependant quel fera le terme de ta
» puiflance & de tes forfaits? que du moins
» l'exemple deSylla t'apprenne à te laffer
» d'être un tyran . Après avoir defait les
» brigands de Cilicie , après avoir réduît
» Mithridate à joindre le fer au poifon ,
pour fe délivrer du fardeau d'une guèrre
qui l'accabloit , veux-tu couronner tes
» exploits par la ruine de Céfar ? & quel
>> eft fon crime? de n'avoir pas obéi quand
» tu lui ordonnois de dépofer les Aigles !
» mais fi tu me refufes le prix de mes tra-
» vaux , récompenfe du moins ces guer-
» riers blanchis fous les armes : ils ont
» longtemps combattu fans moi ; qu'ils
» triomphent fans moi , j'y confens , &
» qu'un autre paroiffe à leur tête. Où trat
» neront- ils , après la guèrre, les reftes d'u-
" ne vie languiffante ? où fera la retraite.
» des émerites ? l'apanage des vétérans ?
l'afylendes vieillards ô Pompée ', lear
94 MERCURE DE FRANCE.
و ر
préféres-tu des colonies de Pirates?
C'en eft trop , mes amis ; levez ces
» étendarts dès longtems victorieux,marchons
& fervons-nous des forces que
» nous ne devons qu'à nous- mêmes. A
celui qui fe préfente les armes à la
» main , refuſer ce qui lui eft dû , c'eſt
accorder tout ce qui lui eft poffible. Et
ne craignez pas que les Dieux nous
» manquent : ce n'eft point au pillage que
je vous méne , ni à l'Empire que je
» cours ; nous allons chaffer de Rome
les Maîtres fuperbes qu'elle eft prête à
» fervir.
Dès qu'il eut ceffé de parler,un long mur
mure, un frémiffement fourd répandu dans
la foule , exprima les mouvemens divers ,
dont les efprits étoient combattus.La piété
, l'amour du pays ne laiffoient pas que
d'attendrir ces âmes endurcies au carna
ge , & aveuglées par les fuccès ; mais leur
ardeur pour les combats , leur refpect pour
Céfar les entraîne.
Alors le Centurion Lélius , décoré de
tous les honneurs d'un brave émérite ,
Lé
lius couronné du chêne qui atteſte qu'on
a fauvé un citoyen dans les combats ,
fe
fait entendre , & dit à Céfar: » Arbitre
fuprême des deftins de Rome , s'il eſt
» permis à la verité de te parler par ma
"
AVRIL. 1761. 915
voix,nous nous plaignons que ta patien-
» ce ait fi long-tems enchaîné nos mains.
» As-tu ceffé de compter fur nous? quoi tandis
que le fang qui coule dans nos veines
» échauffe encore notre courage ,
& que
» nos bras robuftes font en état de lancer
» le javelot , tu ſouffriras l'aviliffement &
» la tyrannie du Sénat! eft- ce donc un malheur
fi grand que de vaincre fa patrie en
» combattant pour elle ? méne- moi chez
" les Scythes barbares ,fur les bords in-
» habités des Sirtes , dans les fables brû-
» lans de la Lybie ; je te fuivrai partout.
» Cette main, pour laiffer après toi l'Uni-
» vers fubjugué , n'a- t - elle pas fait blan-
» chir fous la rame les vagues irritées de
» l'Océan ? n'a- t- elle pas dompté le Rhin
fougueux , & fendu les tourbillons de
» fes eaux écumantes ? dès que tu com-
» mandes , rien ne m'arrête ; je dois pou-
» voir tout ce que tu veux, Celui que tes
" trompettes m'annoncent pour ennemi ,
n'eft plus un citoyen pour moi. Je le ju-
" re par ces drapeaux qu'ont fignalé dix
» ans de victoires ; je le jure par tous les
triomphes que tu, as remportés fur les
" Nations : tu m'ordonnes de plonger
mon épée dans le fein de mon frère ,
» dans la gorge de mon père , dans les
ונ
"
»
>> flancs de mon épouſe , au terme de l'en96
MERCURE DE FRANCE.
»fantement ; je frémirai , mais j'obéirai.
» Faut il dépouiller les autels , embrafer
» les temples ? j'y porterai la flâme. Veux-
» tu camper fur les bords du Tibre ? j'irai
» moi- même y tracer ton camp. Nomme
» les murs que tu veux rafer ; cette Ville
» fût- elle Rome , mes bras vont pouffer
» le bélier qui en difperfera les débris .
"
A ce difcours , toutes les cohortes applaudirent
, & leurs mains élevées s'offrirent
à Céfar, quoi qu'il falût exécuter. Le
bruit de l'acclamation fut égal au bruit
des forêts de la Thrace , lorfque l'impétueux
Borée le précipite & mugit contre
les rochers du mont Offa , & que les chênes
courbés jufqu'à leurs racines , relévent
leurs branches fracaffées , avec un long gemiſſement.
Dès que Céfar voit fes Soldats embraf
fer avec joie le parti de la guèrre où les
deftins fembloient l'appeller ; pour ne pas
laiffer ralentir fa fortune, il fe hâte de raffembler
les cohortes répandues dans les
campagnes de la Gaule , & d'inveftir Rome
de toutes parts.
Alors , s'avancent vers l'Italie celles de
fes Troupes qui campoient au bord du
Léman ; celles qui du haut des Voges contenoient
les Peuples de Langres ; celle
* Le Lac de Genève.
q+
AVRIL 1761, 97
qui occupoient la côte de Ligurie , où le
Port -hercule refferre la mer dans une enceinte
de rochers.
* Le Var , devenu par nos conquêtes
la limite de l'Italie , l'Ifére qui après de
longs détours fe perd dans un fleuve plus
renommé , le Rhône qui porte à la mer la
Saone enveloppée dans fes flots rapides ,
l'Aude tranquille , la Cinga vagabonde
l'Adour qui voit les deux rives s'étendre
& fe courber pour recevoir l'Océan , tous
ces fleuves s'applaudiffent de n'être plus
chargés des barques Romaines.
La même joie le répandit fur ce rivage ;
que la terre & la mer femblent fe difputer
quand le vafte Océan l'inonde & l'abandonne
tour-à - tour. Eft- ce l'Océan lui- même
qui de l'extrémité de l'Axe roule fes
vagues & les raméne ? eft- ce le retour périodique
de l'aftre de la nuit qui les foule
fur fon paffage ? eft - ce le foleil qui les attire
pour alimenter fes flâmes ? eft - ce lui
qui pompe la mer , & qui l'éleve jufqu'aux
cieux ? fondez ce myftere , vous qu'agite
le foin d'obferver le travail du monde.
Pour moi , à qui les Dieux t'ont cachée ,
Dans ce morceau j'ai tâché de rétablir l'ordre
géographique qui eft renversé dans l'original
, & je me fuis fervi des noms connus pour
épargner aux Lecteurs une recherche fatigante.
II. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Caufe puiffante de ces grands mouvemens
je veux bien t'ignorer toujours .
Les Campagnes de Nîmes, celles du Médoc,
celles du Rouergue & de la Xaintonge,
font enfin délivrées du long féjour des
vainqueurs.Les Peuples, qui fur l'aride fom
met des Cévénes,habitent des rochers fufpendus
& menaçants , ceux de l'Auvergne,
qui, comme nous fe difent defcendans des
Troyens, ceux de Bourges & de Soiffons
agiles au combat de la lance , ceux de
Toul & de Rheims , connus par leur adreffe
à darder le javelot ; les Bourguignons ,.
célébres dans l'art de rendre les courfiers:
dociles ; & le Belge excellent Pilote , &
ceux du Hainaut , Peuple rebelle , & ceux
de Tréves , & ceux de Mayence , vêtus à
la manière des Scythes, & les Bataves fanguinaires
, dont la valeur s'eft animée au
fon perçant de l'airain tortueux ; tous le
félicitent de voir la guèrre paffer des Gaules
en Italie.
Vous refpirez en liberté , Peuples qui
verfez le fang humain fur les Autels de
Teutates , de Taranis & d'Héfus , Divinités
plus cruelles que la Diane de Tauride.
Vous recommencez vos chants , Bardes ,
qui confacrez par des louanges immortelles
, la mémoire des hommes vaillans qui
périffent dans les combats . Et vous , Drui
AVRIL. 1761.
୨୭
7.
des , vous reprenez vos rites barbares &
vos fanglants facrifices , que la guèrre
avoit abolis . Vous feuls fans doute avez
connu les Dieux , ou vous ſeuls les avez
méconnus. Vous célébrez vos mystères
dans des forêts ténébreufes ; vous prétendez
que les ombres ne vont point
peupler les demeures tranquilles de l'Étébe
, les fombres royaumes de Pluton ;
mais que nos efprits dans un monde nouveau
vont animer de nouveaux corps
La mort , à vous en croire , n'est que le
milieu d'une longue vie . Mais cette opinion
, fût - elle une erreur , heureux les
Peuples qu'elle confole ! Ils ne font point
tourmentés par la crainte du trépas , la
plus cruelle de toutes les craintes . De là
cette ardeur qui brave le fer , ce courage
qui embraffe la mort , cette honte atta
chée aux foins d'une vie que l'on ne perd
que pour un inſtant.
Ainfi la Gaule a vû les aigles Romaines
fe retirer vers l'Italie : les légions mêmes
deftinées à fermer aux Germains la barrière
de l'Empire , abandonnent les bords
du Rhin , & laiffent le monde en proie
aux Nations .
Les forces immenfes de Céfar taffemblées
autour de lui , l'ayant mis en état
de tout entreprendre , il fe répand dan
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
I'Italie , & s'empare des Villes voifines de
Rome . Au jufte éffroi que fon approche
inſpire , la renommée ajoute fes rumeurs.
Elle annonce au peuple leur ruine infaillible
, & devançant la guèrre qui s'approche
à grands pas , fes voix innombrables
font occupées à femer l'épouvante . On dit
que des corps détachés ravagent Les fertiles
campagnes de l'Ombrie ; qu'une aîle
de l'Armée s'étend jufqu'aux bords où le
Nar coule dans le Tibre ; que Céfar luimême
à la tête de fes épais bataillons ,
s'avance fur plufieurs colonnes , environné
de toutes les aigles . On croit le voir , non
tel qu'autrefois,mais grand,terrible & plus
féroce que les barbares qu'il a domptés .
On croit le voir traînant après lui tous
ces Peuples répandus entre les Alpes &
le Rhin , qui arrachés du fein de leur patrie
, viennent aux yeux des Romains immobiles,
faccager Rome & venger Céfar.
Ainfi chacun par fa frayeur groffit le
bruit de l'allarme publique ; & fans cher
cher de preuve à leurs maux , ils craignent
tous ceux qu'ils imaginent.
Ce n'eft pas feulement le vulgaire , qui
fe fent frappé d'une aveugle terreur , le
Sénat , les Pères de la Patrie cherchent
leur falut dans la fuite , & par un decret
ils chargent les Confuls de veiller au foin
AVRIL 1761 . 101
de la guèrre. Alors ne fçachant de quel
côté la retraite eft la plus fûre , ou le danger
le plus preffant , ils vont où la frayeur
les emporte ; ils fe jettent au milieu d'une
multitude éperdue , & rompent ces longues
colonnes de fugitifs, dont le tumulte
retarde les pas. Il femble que la flamme
ait gagné leurs toits, ou que leurs maiſons
chancelantes menacent de s'écrouler fur
eux. C'eft ainfi qu'une foule égarée traverfe
Rome à pas précipités, comme fi l'unique
efpoir qui refte à ces malheureux
étoit de quitter leur patrie.
Tels,quand l'impétueux Aufter repouffe
la mer écumante loin des écueils de la
Lybie , & qu'on entend les mâts gémiffans
fe brifer fous l'éffort des voiles , le
Pilote & le Nocher s'élancent dans les
flors du haut de la poupe qu'ils abandonnent
, & fans attendre que le vaiffeau
foit entr'ouvert , chacun fe fait à lui- même
un naufrage. Tels les Romains abandonnant
leurs murs fuyoient au-devant
de la guèrre .
Aucun d'eux n'eft retenu ni par les
gémiffemens d'un père accablé de vieilleffe
, ni par les larmes d'une époufe défolée
, ni par fes Lares qu'il embraffe , &
qu'il appelle au fecours de fes jours menacés
; aucun ne s'arrête fur le feuil de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fa demeure ; aucun n'ofe attacher ſes regards
fur cette ville fi chérie , qu'il voit.
peut-être pour la dernière fois. L'irrévocable
torrent de la populace a pris fon
cours.
O qu'aifément les Dieux nous élévent
au comble du bonheur ! que malaifément
ils nous y foutiennent ! Cette ville habitée
par un Peuple innombrable , où fe
rendoient en foule les Nations vaincues.
& qui fembloit pouvoir contenir le genre
humain s'il étoit affemblé , des mains
lâches & tremblantes la laiffent en proie
à Céfar , l'abandonnent à fon approche !
Que fur des bords étrangers le Soldat
Romain foit invefti par un Ennemi qui le
preffe , un fimple foffe le met à couvert
des furprifes de la nuit ; un léger rempart
de gazon, fait à la bâte , lui affure fous la
toile un fommeil paisible ; & toi Rome ,
au premier bruit de la guèrre , te voilà
déferte : on n'ofe confier une nuit à tes
murs . Pardonnons - leur ces frayeurs mortelles
: Pompée fuyoit, qui n'eût pas tremblé
? Pour ne laiffer même aux efprits
confternés aucun éſpoir dans l'avenir ,
le
fort manifefta fa colére par les plus terribles
préfages . Les Dieux firent éclater
au Ciel , fur la terre & fur les mers mille
prodiges éffrayans.
AVRIL 1761 . 103
Cet aftre qui change la face des empires
, la Cométe déploya fa formidable chevelure
. Au milieu d'une férénité trompeuſe
, on vit les éclairs fe fuccéder rapidement
& fous mille formes diverſes ,
tantôt femblables à un javelot , tantôt à la
lumiére éparfe d'une lampe. La foudre
fans nuage & fans bruit , partit des régions
du Nord , & tomba fur le Capitole ; la
Lune , dont le difque arrondi réfléchiffoit
alors la pleine image du Soleil , pâlit toutà-
coup , frappée de l'ombre de la tèrre.
Le Soleil lui - même au plus haut de fa
courfe, s'enveloppant d'une noire vapeur,
plongea le monde dans les ténébres .
L'Ethna vomit des feux , mais fans les
lancer dans les airs : il inclina fa cime
béante , & répandit fon bitume enflammé
du côté de l'Italie. Caribde roula une mer
de fang. Les chiens de Sylla poufférent
des hurlemens lamentables. Cependant
le feu de Vefta s'échappe des Aurels &
fe partage en s'élevant , comme la flamme
du bucher des implacables enfans
d'Edipe. La Terre s'ébranle fur fes pôles
, & du fommet chancelant des Alpes
s'écroulent des monceaux de neige qu'avoient
entaffés les hyvers . Les Statues des
Héros verfent des larmes , celles des Lazes
expriment par leur fueur l'état péni-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ble où Rome eft réduite. Les femmes engendrent
des monftres , & la mére eſt
épouvantée de l'enfant qu'elle a mis au
jour. Les Miniftres facrés de Bellone &
de Cybelle , errans & furieux , les membres
déchirés , les cheveux épars, glacent
les Peuples par leurs cris lugubres. Les
urnes funéraires gémiffent ; un bruit horrible
d'armes & de voix fe fait entendre
dans les forêts ; les Peuples voisins de
Rome abandonnent les campagnes : l'effroyable
Erinnis couroit autour des murs
fecouant fa torche allumée , & fa chévelure
de ferpens. Au milieu des ténébres
& du filence de la nuit , on entendit le
fon des trompettes & un bruit égal aux
clameurs des combattans dans la fureur
de la mêlée ; l'ombre de Sylla fortit de
la tèrre & rendit d'effrayans Oracles ;
les Laboureurs épouvantés virent , au
bord de l'Anio, Marius brifer fa tombe &
lever fa tête du fein des morts.
On crut devoir , felon l'antique ufage ,
avoir recours aux devins d'Etrurie . Arons ,
le plus âgé d'entre eux , retiré dans les
murs folitaires de Lune , lifoit l'avenir
dans les directions de la foudre , dans le
vol des oifeaux , dans les entrailles des
victimes . D'abord il demande que l'on
jette dans les flâmes l'un de ces fruits mon
AVRIL. 1761. 105
ftrueux,que la nature égarée a formés dans
le fein de ce quadrupede , qu'elle condamne
à la ftérilité. Il ordonne aux Citoyens
tremblants d'environner les murs de Rome
& de les purifier par des luftrations ,
tandis que les Sacrificateurs en parcourent
les dehors , accompagnés de l'ordre inférieur
des Miniftres des Autels .Après eux
marche, à la tête desVeftales , le front ceint
des Bandelettes facrées , la Prêtreffe qui
feule a droit de voir le Palladium. Sur
leurs pas s'avancent les dépofitaires des
oracles & des livres de Sybilles , qui tous
les ans vont laver la Statue de Cibelle
dans les foibles eaux de l'Almon.Enfuite
venoient les Augures ,gardiens des oiſeaux
facrés & les chefs qui préfident dans les
Fêtes aux facrifices des feftins ; & les Prêtres
d'Apollon , & ceux de Mars qui portoient
en danfant les boucliers myftérieux ;
& le Grand- Prêtre de Jupiter , qu'on diſtinguoit
au voile attaché ſur fa tête majeftueufe.
Tandis qu'ils fuivent à pas lents les vaftes
détours de l'enceinte de Rome , Arons
ramaffe les feux de la foudre , & la tèrre
les reçoit dans fon fein avec un trifte &
profond murmure. Il confacre le lieu où
il les a cachés ; il fait améner au pied des
Autels un Taureau fuperbe, & commence
Ev
1:06 MERCURE DE FRANCE.
les libations. La victime impatiente fe dé
bat longtems pour le dérober au facrifice
; mais les Prêtres fe jettant fur fes
cornes menaçantes , lui font plier le genou
& préfentent fa gorge au couteau.Cependant,
au lieu d'un fang vermeil,un noir
poifon coule de fa plaie : Arons lui- même
en pâlit d'horreur . Il obferve la colère des
Dieux dans les entrailles de la victime; & la
couleur l'en épouvante. Il les voit couvertes
de taches livides & fouillées d'un fang
corrompu. Le foie nage dans cette liqueur
impure ; le poumon eft flétri , le coeur
abattu , l'enveloppe des inteftins déchirée
& fanglante ; & , ce qu'on ne vit jamais
impunément dans les flancs des animaux,
du côté funefte les fibres enflées palpitent
fur les veines ; du côté propice elles font
lâches & fans vigueur.
Dès qu'Arons a reconnu à ces marques
les préfages de nos calamités , il s'écrie :
» O Dieux ! dois- je révéler au monde tout
>> ce quervous me laiſſez voir ? Non , Jupiter,
ce n'eft pas a toi que je viens de
facrifier ; j'ai trouvé l'Enfer dans les
flanes de ce taureau. Nous craignons
d'horribles malheurs , mais nos malheurs
pafferont nos craintes. Fafle le ciel que
» ces lignes nous foient favorables , que
l'art de lire au fein des victimes foit
AVRIL. 1761 . 107
و ر
ز و د
trompeur, & que Tagès qui l'inventa nous
en ait impofé lui- même.
C'est ainsi que le vieillard étrufque envelopa
fes prédictons d'un nuage mystérieux.
Mais Figulus qu'une longue étude avoit ,
admis aux fecrets des Dieux , à qui les fages
de Memphis l'auroient cédé , dans la
connoiffance des étoiles & dans celle des
nombres qui réglent les mouvemens céleftes,
Figulus éleva fa voix : » Ou le monde
( dit-il) fe meut au hazard & les afres
vagabonds errent au ciel fans régle &
fans guide ; ou file deftin préfide à leurs
cours, l'Univers eft menacé d'un fléau
As terrible.La terre va -t- elle ouvrir fes abîmes
les cités feront - elles englouties ?
» verrons- nous les campagnes fteriles ? les
airs infectés ? les eaux empoisonnées?
» quelle playe, grands Dieux , quelle dé-
» folation nous prépare votre colére ? les
» jours malheureux répandus dans tous
» les âges fe font raffemblés en un feul.
» Si l'étoile de Saturne dominoit au Ciel,
» l'urne célefte inonderoit la tèrre d'un
déluge femblable à celui de Deucalion .
» Si le foleil frappoit leLion de la lumière ,
c'est d'un incendie univerfel que la tèrre
feroit menacée; l'air lui- même s'enflame-
» roit fousile char du Dieu du jour . Ni l'un
»» ni l'autre n'eſt à craindre. Mais toi, qui
Evj
08 MERCURE DE FRANCE.
» embrafes le Scorpion , terrible Mars,que
» nous réſerves- tu ? l'étoile de Jupiter eft
» à fon couchant , celle de Vénus luit à
» peine , le rapide fils de Maya languit
» & panche vers fon déclin . Mars , c'eſt
»toi feul qui occupes le Ciel . La rage des
» combats va s'allumer: le glaive confond
» tous les droits; des crimes qui devroient
» être inconnus à la tèrré , obtiennent le
» nom de vertus. Cette fureur fera de lon-
» gue durée. Hélas ! & pourquoi demander
>> aux Dieux qu'elle ceffe :la paix nous amé
» ne un tyran. Prolonge tes malheurs ,
» Rome ! traîne- toi d'âge en âge a travers
» des ruines: c'eft le feul moyen d'échaper
» au joug. Il n'y a plus de liberté
qu'au fein de la guèrre civile.
LIVRE 1.
JE
E chanté cette guèrre , dont la Theffalie
fut le théâtre guèrre facrilege , qui
mit les loix aux pieds du crime; où l'on vit
un peuple puiffant tourner les mains victo
rieufes contre les entrailles , l'aigle s'avancer
contre l'aigle, deux camps unis par les
liens du fang divifer l'empire, & fe difputer
le coupable honneur de hâter fa ruine,
avec toutes les forcès du monde ébranlé.
O Citoyens , quelle fureur ! quel excès
de licence & de rage ! eft ce à vous d'af
fouvir la haine des Nations dans le fang
de votre Patrie? la fuperbe Babylone s'enorgueillit
de vos dépouilles ; l'ombre errante
de Craffus demande vangeance ; &
vous cherchez des combats , qui n'auront
jamais de triomphes ! quelles conquêtes
ne feriez -vous pas au prix du fang que
Vous allez verfer ? des régions où naît
le jour jufqu'aux bords où la nuit s'enfe
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
velit avec les étoiles , des climats brûlans
du Midijufqu'aux rivages glacés du Nord ,
Le Scythe , l'Arménien , les Peuples , s'il
en eſt , qui voyent naître le Nil , tout ſeroit
dompté. Alors , fi telle eft ton ardeur
pour une guèrre déteftable , ô Rome,
tourne tes mains contre toi- même. Mais
as-tu manqué d'ennemis ? Tes Villes d'Italie
s'écroulent fous leurs toits brifés ;
leurs murailles ruinées ne font plus que
des débris épars ; l'habitant folitaire eft
errant dans leur vafte enceinte ; l'Helpérie
dès longtemps inculte eft couverte de
ronces; les mains du Laboureur manquent
aux champs qui les demandent.
Ce n'eſt pas toi , farouche Pyrrus , ce
n'eft pas toi , fier Annibal , qui nous as
caufé tant de maux : le fer étranger ne
nous fit jamais de fi profondes plaies ;
ces coups partent d'une main domeftique.
Remontons à la fource de nos malheurs
c'eft m'ouvrir une carrière immenfe
.
Quelle eft la cauſe qui entraîne ce peuple
aux combats , & qui chaffe la paix de
la tèrre ? L'envieufe fatalité , l'arrêt porté
par les Deftins , que rien d'élevé ne foit
ftable , la chute qu'entraîne un trop pefant
fardeau , Rome que fa grandeur ac
cable.
•
AVRIL. 1761. 79
Ainfi lorfque les fiécles accumulés amé
neront l'inftant de la diffolution du Mon
de , tous les refforts de la Nature ſe briferont
, tout rentrera dans l'ancien cahos
: les Aftres confondus fe heurteront
avec les Aftres , la mer engloutira les
étoiles ; la terre refufera d'embraffer la
mer & la chaffera de fon lit ; l'ébranlement
univerfel de la machine en détruirà
l'ordre & l'accord,
L'exceffive grandeur s'écroule fur elles
même : c'eft le terme que les Dieux ont
mis à nos profpérités . La fortune n'a
voulur confier à aucune Nation du Monde
le foin de fa haine contre les Romains ;
c'eft toi , Rome , c'eft roi qu'elle a rendue
fous trois Tyrans l'inftrument de ta
ruine ; c'eft leur concorde impie & fatale
qui t'a perdue. Laiffez- nous- la , cruels ,
cette paix qui nous a rant couté. Pourquoi
la troubler ? Pourquoi courir aux armes
, & vous arracher les dépouilles de
l'Univers en bute à vos coups ?
་
Non , tant que la rerre portera les
caux , que l'air balancera la tèrre , que
les Aftres accompliront leurs révolutions
pénibles , il n'y aura jamais de fûreté en
tre affociés au pouvoir fuprême. L'autorité
ne veut point de compagne. N'emm
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
cherchons pas les exemples loin de nous ;
le Fondateur de ces murs les fouilla du
fang de fon frère ; & ce n'étoit pas l'empire
du monde qu'on fe difputoit avec
tant de fureur un hameau divifa fes
Maîtres.
On vit quelque temps régner entre
Pompée & Céfar , une paix orageuſe &
contrainte. Craffus , au milieu de ces deux
rivaux , tenoit la guèrre comme en fufpens.
Tel un Ifthme étroit foutient le choc des
deux mers qu'il fépare ; mais fi la tèrre fe
retire , les mers fe heurtent & fé confondent.
Ainfi la défaite & la mort déplorable
de Craffus en Affyrie, nous ont livrés à
nos propres fureurs. La victoire des Parthes
a déchaîné nos haines . Heureux Arfacides !
dans cette journée vos fuccès ont paffé
votre attente : vous avez donné la guèrre
civile aux vaincus.
L'Empire eft partagé par le fer , & la
fortune d'un Peuple puiffant , cette fortune
qui embraffe la tèrre , les mers , le
monde entier , ne peut contenir l'ambition
de deux hommes.
O Julie ! ô toi , que les cruelles Parques
ont enlevée au monde ; fi le deftin t'eût
laiflé vivre , tu aurois pû , à l'exemple des
Sabines , te précipiter entre ton pere
&
AVRIL 1761. 81
ton époux , les retenir, les défarmer , joindre
leurs mains dans tes mains pacifiques.
Seul gage de leur alliance , tu n'es plus !
les flambeaux de ton hymen , allumés fous
le plus noir aufpice , fe font éteints dans
le tombeau. Ta mort affranchit Pompée &
Céfar des liens de la foi jurée . Rien ne
s'oppofe plus à cette jaloufie impatiente
à cette émulation de gloire , qui les preſſe
de fes aiguillons.
Toi , Pompée , tu crains que l'éclat de
tes anciens travaux ne foit obfcurci par de
nouveaux exploits, & que la conquête des
Gaules n'efface tes triomphes d'Afie : cette
longue fuite de profpérités & d'hon
neurs te remplit l'âme d'un noble orgueil,
& ta fortune ne peut fe réfoudre à partager
le premier rang. César ne veut rien
qui le domine , Pompée ne veut rien qui
l'égale. Lequel des deux partis fut le plus
jufte ? Il n'eft pas permis de le fçavoir. Les
Dieux fe déclarent pour le vainqueur ,
mais Caton s'attache au vaincu . Du refte ,
l'on deux avoit trop d'avantage.
Pompée fur le déclin des ans ,amolli par
Le long ufage des dignités pacifiques , avoit
onblié la guerre au fein du repos ; tout
occupé de fa renommée , foigneux de
plaire à la multitude , pouffé par le vent
de la faveur populaire, & flatré de recueil
Dy
82 MERCURE DE FRANCE,
lir les applaudiffemens de fon Théâtre , il·
fe repofoit fur fon ancienne fortune fans
fe préparer des forces nouvelles. Il lui
reftoit l'ombre d'un grand nom.
Tel'au milieu d'une campagne fertile ,
on voit un chêne antique & fuperbe, chargé
des dépouilles des Peuples , & des trophées
des Guerriers. Il ne tient à la tèrre
que par de foibles racines ; fon poids feul
l'y attache encore . Il n'étend plus dans les
airs que des branches dépouillées : c'eſt
de fon bois , non de fon feuillage qu'il
couvre les lieux d'alentour . Mais quoiqu'il
foit prêt à tomber fous le premier
effort des vents , quoiqu'il s'élève autour
de lui des forêts d'arbres verdoyans &
robuftes, c'eſt encore lui feul qu'on révére.
Au nom , à la gloire d'un grand Capiraine
, Céfar joignoit une valeur qui ne
fouffroit ni repos , ni relâche , & qui ne
voyoit de honte qu'à ne pas vaincre dans
les combats. Plus la réfiftance eft opiniâtre
, plus il s'obftine à la forcer. On l'ambition,
ou le reffentiment l'appelle, c'eſt là
qu'il vole le fer à la main. Jamais le fang
ne lui coûte à répandre. Hârer fes fuccès
, les pourfuivre , faifir & preffer la
fortune qui le feconde , abattre tout ce
qui s'oppose à fon élévation , & s'applau
dir de s'être ouvert un chemin à trave
AVRIL. 1761 )- 833
des ruines ; telle étoit l'âme de Céfar.
Ainfi la foudre que le choc des vents
fait jaillit des nuages , brille & remplit:
l'air qu'elle preffe d'un bruit qui faittrem
bler le monde. Elle éclipfe le jour , répand
la terreur au fein des Peuples pâliffans
que les fillons de fa flamme éblouif
fent , frappe & détruit fes propres tem
ples , perce à travers les corps les plus
durs , marque fa chute & fon retour par
un vafte & foudain ravage , & raffemble :
fes feux difperfés.
Aux intérêts cachés de ces deux rivaux,.
fe joignoient les femences publiques de
difcorde qui ont toujours perdu les Etats
floriflans. Dès que Rome triomphante fe
fut enrichie des dépouilles du Monde ,,
que la profpérité eut corrompu les moeurs ,,
& que le brigandage eut amené le luxe ,,
la fomptuofité de nos Palais fut fans
bornes : notre goût dédaigna la frugalité
de nos pères : les hommes difputérent
aux femmes l'élégance de la parure : la
pauvreté , la mère des héros , fe vit reburée
& bannie ; fatale époque de la ruine
des Nations ! Ce fut à qui érendroit le
plus loin les limites de fes domaines on
vit les champs autrefois fillonnés par la
charrue des Camiles , les champs que la
bêche antique des Curius avoit défrichés,
D v
84 MERCURE DE FRANCE.
s'unir & former de vaftes campagnes fous
des poffeffeurs inconnus.
Ce Peuple n'étoit pas affez vertueux
pour goûter une paix innocente & fe repofer
fur fes armes victorieuſes dans le
fein de la liberté. De la corruption des
moeurs, on vit naître les haines promptes
à s'allumer. Le crime ne couta plus rien ,
follicité par l'indigence ; on mit l'honneur
fuprême à fe rendre plus puiffant que fa
patrie , fût- ce même le fer à la main .
De là le droit mefuré fur la force , les
Loix du Sénat & du Peuple violées , les
Tribuns rivaux des Confuls , les faiſceaux
enlevés à prix d'argent , le Peuple achetant
la faveur du Peuple , la brigue, cette
pefte publique , renouvellant tous les
ans dans le champ de Mars, l'enchère des
dignités vénales , l'ufure vorace & les
pactes ruineux , enfin la bonne foi chancelante
dans tous les coeurs , & la guèrre
civile devenue un befoin pour une foule
d'hommes perdus .
Déjà Céfar avoit franchi le fommet des
Alpes , l'efprit violemment agité , le coeur
plein de la guèrre future. A peine fut- il
arrivé au bord du Rubicon ; un fantôme
lumineux , & d'une grandeux effrayante ,
Jui apparut pendant la nuit : c'étoit l'ima
ge de la paisie. Elle étoit tremblante &
AVRIL. 1761. 85
confternée. De fon front couronné de
tours , les débris de fes cheveux blancs
tomboient épars fur fes membres dépouil
lés. Immobile devant lui , elle prononce
ces paroles entrecoupées de fanglots . » Out
» allez -vous , Romains ? où portez -vous
» mes enfeignes ? fi vous êtes juftes & ci-
» toyens, arrêtez : un pas de plus feroit un
crime. Elle dit : le coeur de Céfar eft faili
d'une foudaine horreur ; fes cheveux fe
dreffent fur la tête ; & la langueur dont
il eft abbattu enchaîne fes pas au rivage.
Mais bientôt rappellant fes efprits. » O
»Jupiter! (s'écria - t- il )O toi que mes ayeux,
» ont adoré dans Albe naiffante , toi qui
» du haut du Capitole , veilles aujourd'hui
» fur la Reine du monde ; Penates des
Phrygiens qu'Enée apporta dans l'Aufo-
"nie ; myftères faints de Romulus ; few
»facré du Temple de Vefta ; & toi , ma
» Divinité fuprême , ô Rome , fois favorable
à mes deffeins. Ne crois pas voir
Céfar te pourfuivre armé du flambeau
» des Furies ; vainqueur fur la tèrre &
fur les mers , il eft encore à toi ,
» le veux ; il eſt ton foldat , il le fera par-
» tout. Celui-là feul fera criminel qui
» fera de Céfar l'ennemi de Rome. A ces
mots , fans plus différer , il fit paler le
23
fleuve à fes troupes.
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel dans les déferts de l'ardente Lybie
un Lion , dès qu'il apperçoit le chaffeur ,
s'arrête & femble héfiter . Mais c'eft alors
qu'il s'anime & qu'il rafflemble toute fa
fureur. Sitôt qu'il s'eft battu les flancs du
fouet meurtrier de fa queue , qu'il a dreffé
fa criniere ondoyante , & que le bruit
fourd du rugiffement a retenti dans fa
gueule profonde foit que le Maure lé ;'
ger lui darde fa lance ou l'enveloppe de
fes filets , il s'échappe en fe précipitant
fur le fer qui va le percer , réfolu d'en
recevoir l'atteinte.
Le Rubicon , foible dans fa fource ,
roule à peine fes eaux défaillantes fous
les fignes brûlans de l'été ; il ferpente au
fond des vallées , & fépare les champs de
la Gaule des campagnes de l'Italie . Mais
Thyver lui donnoit des forces : trois mois
de pluie avoient groffi fes ondes , & lest
neiges des Alpes fondues par l'humide
haleine du vent du Midi , l'enfloient en
core de leurs torrents.
la
Pour foutenir le poids des eaux ,
cavalerie s'élance la premiére, & dans fon
oblique paffage elle oppofe une digue a
leur cours. L'impétuofité du fleuve alors
fufpendue, permet aux bataillons de s'ou
vrir un chemin facile à travers les on
des obéiffantes. Déjà Céfar a franchi le
AVRIL 1761 . 8-7
fleuve ; il touche à la rive oppofée , &
dès qu'il a mis un pied rebelle dans l'Italie
interdite à fes voeux. » C'est ici , (dit-
» il ) c'est ici que je laiffe la paix & les loix
» déjà violées . Fortune , je m'abandonne
à toi. Plus de lien qui me retienne ;
" j'ai pris pour arbitre le fort , & la guèrre
»fera mon juge. A l'inftant , fon ardeur
infatigable preffe les pas de fes guerriers
à travers les ombres de la nuit , & le foleil
à peine avoit éffacé les étoiles , lorfque
Cefar entra menaçant dans les murailles
d'Ariminum . *
Le jour le léve , ce trifte jour qui doir
éclairer les premiers troubles de la guèrre.
Mais foit que les dieux ou les vents euffent
affemblé les nuages , leur voile funé
bre obfeurcit les airs , & déroba la lumiére
au monde.
Cependant les Soldats de Céfar s'étant
emparés de la place publique , il ordonne
que fes Etendarts y foient arborés ; &
àl'inftant le bruyant Clairon.la Trompet
te éclatante donnent le fignal d'une guèrreimpie
. Le Peuple s'éveille à ce bruit éffrayant
; les jeunes Citoyens arrachés au
fommeil, fe faififfent des armes fufpendues
autour de leurs Dieux domestiques , des
boucliers rompus , des lances émouffées ,
Rimini.
88 MERCURE DE FRANCE.
des glaives dévorés par la rouille , tels que
Les offre une longue paix.
Mais lorsqu'ils reconnoiffent les aigles
romaines , & qu'ils apperçoivent César au
milieu de fes légions , la frayeur enchaîne
leurs membres glacés , & ce n'eft qu'au
fond de leurs coeurs qu'une douleur muet.
te ofe former ces plaintes.
31
"
" O murs trop voifins des Gaulois , ร
combien de maux ( difoient - ils ) votre
» fituation nous condamne ! tous les Peu- .
ples jouiffent d'une profonde paix ; &
" nous , fi des furieux courent aux armes ,
» nous fommes leur premiére proie ', cette
» enceinte eft leur premier camp . Pour-
» quoi le fort ne nous a - t- il pas fait habiter
» des cabanes errantes fous le char brûlant
» du foleil , fous les aftres glacés de l'Our-
» fe, plutôt que de nous donner à garder
les Barriéres de l'Italie ? Que les Sén ons
"y pénétrent , que les Cimbres s'y répan
» dent , que les Carthaginois fondent du
» haut des Alpes , que les courfes & les
fureurs des Teutons défolent ces bords ,
» c'eſt par nous qu'ils commencent ; &
toutes les fois que la fortune , infulte
» Rome dans fes murs , c'est ici le chemin
de la guèrre.
"
32
Tels font les gémiffemens étouffés de
ce peuple. La crainte même n'ofe parer
AVRIL 1761. 89
tre & la douleur n'a point de voix, Le filence
de ces murs eft égal au filence des
Forêts, quand les oifeaux friffonnent tranfis
par les glaçons , & à celui de la pleine
mer quand le calme enchaîne les ondes .
La lumière du jour avoit diffipé les froides
ombres de la nuit , & Céfar balançoit
encore ; mais bientôt la Diſcorde , armée
de nouveaux feux, vient irriter fes reffentimens
, & le délivrer du frein de la honte .
Il femble que la fortune elle - même travaille
à juftifier fes projets & à fonder le
droit de fes armes.
Rome incertaine entre l'obéiffance &
la révolte, a vu le Sénat enhardi par l'impunité
du meurtre desGracques, chaffer les
Tribuns , au mépris des loix. Les Tribuns
fe réfugient fous les drapeaux de Céfar ,
& Curion les accompagne , Curion dont
l'éloquence vénale & hardie fut autrefois
l'organe du Peuple & de la liberté , Carion
qui ofa foulever ce Peuple contre l'autorité
menaçante des grands. Il trouve Cé-
Jar roulant dans fa penfée les foins divers
dont il eft occupé : il l'aborde & lui parle
en ces mots.
Си-
» Tant qu'on a permis à ma voix de
» s'élever en ta faveur , Céfar , nous avons
prolongé en dépit du Sénat le comman-
» dement qu'il t'envie. Alors j'avois le
1-
go MERCURE DE FRANCE.
droit de paroître dans la Tribune &
» d'entraîner vers toi les efprits d'une
» multitude flotante . Mais depuis que
la
» force a fait taire les loix , on nous chaf-
» fe du fein de nos Dieux , & pour nous
» l'exil n'a rien de pénible. C'eſt à toi ,
» c'eft à la victoire de rendre à Rome fes
» Citoyens. Hâre- toi , Céfar ; tout chan-
»
cele. Les partis oppofés au tien n'ont
» ni fermeté ni vigueur. Quand tour est
» prêt , pourquoi différer les délais ne
» peuvent que nuire. Les dangers qui te
»menacent ne font- ils pas les mêmes que
» tu as bravés tant de fois & combien
plus grand en eft le prix ? La Gaule , un
» coin de la tèrre, t'a couté dix ans d'une
» guèrre pénible ; ofe livrer quelques
» combats dont le fuccès eft facile & fûr ,
» Rome eft à toi & le monde avec elle.
» Ne crois pas que ton retour foit décoré
» des honneurs du triomphe : le Capitole
» n'attend pas tes lauriers. La noire envie,
» qui ronge fes coeurs , te refufe tout ; à
peine te pardonnera- t elle d'avoir dompté
les Nations ; le gendre a réſolu
d'éloigner le beau- Père du Trône . Tu ne
peux partager le monde ; mais tu peux
le pofféder feul.
و د
"
Tel qu'on voit un courfier impatient de
quitter la barrière , où tête baiffée il agi
AVRIL 1761 . or
te fon frein , devenir plus fougueux encore
dès qu'il entend le fignal ; tel , à la voix
de Curion , Cefar qui déjà refpiroit la guèrre
, s'enflamme d'une nouvelle ardeur. Il
commande , & fes Soldats armés accourent
en foule aux Drapeaux;il appaiſe d'un
regard leurs mouvemens tumultueax , &
de la main leur impofant filence : » Com-
"pagnons de mes travaux ( leur dit- il )
» Vous qui depuis dix ans n'avez ceffé de
vaincre avec moi , expofés à des périls
» fans nombre, voilà donc le prix de notre
» fang, de nos bleffures , de la mort de nos
» amis & des hyvers rigoureux que nous
» avons paffés fous les Alpes ? fi Annibal
» les traverfoit , cauferoit- il plus de trou-
» bles dans Rome ? on court aux armes
» on groffit les cohortes de nouveaux Sol-
» dats , les Forêts tombent des monta-
» gnes & le courbeut en vaiſſeaux ; l'or-
» dre eft donné de poursuivre César fur
s la tèrre & fur les mers. Que feroit- ce
» donc , fi vaincu moi même j'avois laiffé
le champ de bataille couvert de mes
» Drapeaux ? li je fuyois devant les Gau-
» lois s'ils me chaffoient le glaive à la
» main ? Lors même que la fortuneme ſeconde
, que les Dieux m'appellent au
» comble de la gloire , on ofe me défier !
35
qu'il vienne , ce Chef amolli par les dé92
MERCURE DE FRANCE.
lices de la paix , qu'il vienne avec les
» Soldats faits à la hâte , avec ces graves
patriciens , ce Marcellus qui harangue
fans ceffe , & ces Catons eux- mêmes ,
» noms impofans & vains ; qu'il vienne ,
» &voyons de quel droit des clients à
gage
» le raffafient depuis tant d'années d'une
autorité fans bornes , de quel droit il
a triomphé avant l'âge prefcrit par les
» loix , de quel droit il prétend ne dépo-.
» fer jamais les dignités une fois ufurpées.
» Vous dirai- je à quel excès il a porté l'a- .
» bus du pouvoir ? & qui de vous ignore.
» qu'il a tari pour nous, d'un bout du mon-
» de à l'autre , toutes les fources de l'abondance,
& appellé la famine à Rome
» pour fervir fon ambition ? n'avons- nous,
pas vû fes cohortes répandre l'éffroi
» dans le barreau ? une enceinte de glai-
» ves menaçans , appareil inconnu juſ
"
qu'alors , inveftir le Tribunal des loix
» & faire pâlir leurs Miniftres ? les Sol-
» dats s'ouvrir un paffage à travers l'affem .
blée des Juges? & les Satellites de Pompée
environner Milon avant qu'il fût ju-
» gé ? à préfent pour ne pas languir dans
>> une obfcure vieilleffe, il nous fufcite une
guèrre coupable , accoutumé qu'il eſt à
≫ porter les armes contre fon pays. Sylla
fon Maître l'inftruifit au crime ; il ira 39
AVRIL. 1761
>>
"
plus loin que Sylla . Dès que lesTigres ,
>> fur les pas de leurs mères , ont bu , dans
» les Forêts d'Hircanie le fang des trou-
» peaux égorgés, ils ne dépouillent jamais
» leur fureur . Toi Pompée , accoutumé au
» fang dont dégouttoit le glaive deSylla,
la même foif te tourmente encore ; &
depuis que tes lévres ont goûté ce breu-
» vage affreux , ton coeur en eft infatia-
» ble. Cependant quel fera le terme de ta
» puiflance & de tes forfaits? que du moins
» l'exemple deSylla t'apprenne à te laffer
» d'être un tyran . Après avoir defait les
» brigands de Cilicie , après avoir réduît
» Mithridate à joindre le fer au poifon ,
pour fe délivrer du fardeau d'une guèrre
qui l'accabloit , veux-tu couronner tes
» exploits par la ruine de Céfar ? & quel
>> eft fon crime? de n'avoir pas obéi quand
» tu lui ordonnois de dépofer les Aigles !
» mais fi tu me refufes le prix de mes tra-
» vaux , récompenfe du moins ces guer-
» riers blanchis fous les armes : ils ont
» longtemps combattu fans moi ; qu'ils
» triomphent fans moi , j'y confens , &
» qu'un autre paroiffe à leur tête. Où trat
» neront- ils , après la guèrre, les reftes d'u-
" ne vie languiffante ? où fera la retraite.
» des émerites ? l'apanage des vétérans ?
l'afylendes vieillards ô Pompée ', lear
94 MERCURE DE FRANCE.
و ر
préféres-tu des colonies de Pirates?
C'en eft trop , mes amis ; levez ces
» étendarts dès longtems victorieux,marchons
& fervons-nous des forces que
» nous ne devons qu'à nous- mêmes. A
celui qui fe préfente les armes à la
» main , refuſer ce qui lui eft dû , c'eſt
accorder tout ce qui lui eft poffible. Et
ne craignez pas que les Dieux nous
» manquent : ce n'eft point au pillage que
je vous méne , ni à l'Empire que je
» cours ; nous allons chaffer de Rome
les Maîtres fuperbes qu'elle eft prête à
» fervir.
Dès qu'il eut ceffé de parler,un long mur
mure, un frémiffement fourd répandu dans
la foule , exprima les mouvemens divers ,
dont les efprits étoient combattus.La piété
, l'amour du pays ne laiffoient pas que
d'attendrir ces âmes endurcies au carna
ge , & aveuglées par les fuccès ; mais leur
ardeur pour les combats , leur refpect pour
Céfar les entraîne.
Alors le Centurion Lélius , décoré de
tous les honneurs d'un brave émérite ,
Lé
lius couronné du chêne qui atteſte qu'on
a fauvé un citoyen dans les combats ,
fe
fait entendre , & dit à Céfar: » Arbitre
fuprême des deftins de Rome , s'il eſt
» permis à la verité de te parler par ma
"
AVRIL. 1761. 915
voix,nous nous plaignons que ta patien-
» ce ait fi long-tems enchaîné nos mains.
» As-tu ceffé de compter fur nous? quoi tandis
que le fang qui coule dans nos veines
» échauffe encore notre courage ,
& que
» nos bras robuftes font en état de lancer
» le javelot , tu ſouffriras l'aviliffement &
» la tyrannie du Sénat! eft- ce donc un malheur
fi grand que de vaincre fa patrie en
» combattant pour elle ? méne- moi chez
" les Scythes barbares ,fur les bords in-
» habités des Sirtes , dans les fables brû-
» lans de la Lybie ; je te fuivrai partout.
» Cette main, pour laiffer après toi l'Uni-
» vers fubjugué , n'a- t - elle pas fait blan-
» chir fous la rame les vagues irritées de
» l'Océan ? n'a- t- elle pas dompté le Rhin
fougueux , & fendu les tourbillons de
» fes eaux écumantes ? dès que tu com-
» mandes , rien ne m'arrête ; je dois pou-
» voir tout ce que tu veux, Celui que tes
" trompettes m'annoncent pour ennemi ,
n'eft plus un citoyen pour moi. Je le ju-
" re par ces drapeaux qu'ont fignalé dix
» ans de victoires ; je le jure par tous les
triomphes que tu, as remportés fur les
" Nations : tu m'ordonnes de plonger
mon épée dans le fein de mon frère ,
» dans la gorge de mon père , dans les
ונ
"
»
>> flancs de mon épouſe , au terme de l'en96
MERCURE DE FRANCE.
»fantement ; je frémirai , mais j'obéirai.
» Faut il dépouiller les autels , embrafer
» les temples ? j'y porterai la flâme. Veux-
» tu camper fur les bords du Tibre ? j'irai
» moi- même y tracer ton camp. Nomme
» les murs que tu veux rafer ; cette Ville
» fût- elle Rome , mes bras vont pouffer
» le bélier qui en difperfera les débris .
"
A ce difcours , toutes les cohortes applaudirent
, & leurs mains élevées s'offrirent
à Céfar, quoi qu'il falût exécuter. Le
bruit de l'acclamation fut égal au bruit
des forêts de la Thrace , lorfque l'impétueux
Borée le précipite & mugit contre
les rochers du mont Offa , & que les chênes
courbés jufqu'à leurs racines , relévent
leurs branches fracaffées , avec un long gemiſſement.
Dès que Céfar voit fes Soldats embraf
fer avec joie le parti de la guèrre où les
deftins fembloient l'appeller ; pour ne pas
laiffer ralentir fa fortune, il fe hâte de raffembler
les cohortes répandues dans les
campagnes de la Gaule , & d'inveftir Rome
de toutes parts.
Alors , s'avancent vers l'Italie celles de
fes Troupes qui campoient au bord du
Léman ; celles qui du haut des Voges contenoient
les Peuples de Langres ; celle
* Le Lac de Genève.
q+
AVRIL 1761, 97
qui occupoient la côte de Ligurie , où le
Port -hercule refferre la mer dans une enceinte
de rochers.
* Le Var , devenu par nos conquêtes
la limite de l'Italie , l'Ifére qui après de
longs détours fe perd dans un fleuve plus
renommé , le Rhône qui porte à la mer la
Saone enveloppée dans fes flots rapides ,
l'Aude tranquille , la Cinga vagabonde
l'Adour qui voit les deux rives s'étendre
& fe courber pour recevoir l'Océan , tous
ces fleuves s'applaudiffent de n'être plus
chargés des barques Romaines.
La même joie le répandit fur ce rivage ;
que la terre & la mer femblent fe difputer
quand le vafte Océan l'inonde & l'abandonne
tour-à - tour. Eft- ce l'Océan lui- même
qui de l'extrémité de l'Axe roule fes
vagues & les raméne ? eft- ce le retour périodique
de l'aftre de la nuit qui les foule
fur fon paffage ? eft - ce le foleil qui les attire
pour alimenter fes flâmes ? eft - ce lui
qui pompe la mer , & qui l'éleve jufqu'aux
cieux ? fondez ce myftere , vous qu'agite
le foin d'obferver le travail du monde.
Pour moi , à qui les Dieux t'ont cachée ,
Dans ce morceau j'ai tâché de rétablir l'ordre
géographique qui eft renversé dans l'original
, & je me fuis fervi des noms connus pour
épargner aux Lecteurs une recherche fatigante.
II. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Caufe puiffante de ces grands mouvemens
je veux bien t'ignorer toujours .
Les Campagnes de Nîmes, celles du Médoc,
celles du Rouergue & de la Xaintonge,
font enfin délivrées du long féjour des
vainqueurs.Les Peuples, qui fur l'aride fom
met des Cévénes,habitent des rochers fufpendus
& menaçants , ceux de l'Auvergne,
qui, comme nous fe difent defcendans des
Troyens, ceux de Bourges & de Soiffons
agiles au combat de la lance , ceux de
Toul & de Rheims , connus par leur adreffe
à darder le javelot ; les Bourguignons ,.
célébres dans l'art de rendre les courfiers:
dociles ; & le Belge excellent Pilote , &
ceux du Hainaut , Peuple rebelle , & ceux
de Tréves , & ceux de Mayence , vêtus à
la manière des Scythes, & les Bataves fanguinaires
, dont la valeur s'eft animée au
fon perçant de l'airain tortueux ; tous le
félicitent de voir la guèrre paffer des Gaules
en Italie.
Vous refpirez en liberté , Peuples qui
verfez le fang humain fur les Autels de
Teutates , de Taranis & d'Héfus , Divinités
plus cruelles que la Diane de Tauride.
Vous recommencez vos chants , Bardes ,
qui confacrez par des louanges immortelles
, la mémoire des hommes vaillans qui
périffent dans les combats . Et vous , Drui
AVRIL. 1761.
୨୭
7.
des , vous reprenez vos rites barbares &
vos fanglants facrifices , que la guèrre
avoit abolis . Vous feuls fans doute avez
connu les Dieux , ou vous ſeuls les avez
méconnus. Vous célébrez vos mystères
dans des forêts ténébreufes ; vous prétendez
que les ombres ne vont point
peupler les demeures tranquilles de l'Étébe
, les fombres royaumes de Pluton ;
mais que nos efprits dans un monde nouveau
vont animer de nouveaux corps
La mort , à vous en croire , n'est que le
milieu d'une longue vie . Mais cette opinion
, fût - elle une erreur , heureux les
Peuples qu'elle confole ! Ils ne font point
tourmentés par la crainte du trépas , la
plus cruelle de toutes les craintes . De là
cette ardeur qui brave le fer , ce courage
qui embraffe la mort , cette honte atta
chée aux foins d'une vie que l'on ne perd
que pour un inſtant.
Ainfi la Gaule a vû les aigles Romaines
fe retirer vers l'Italie : les légions mêmes
deftinées à fermer aux Germains la barrière
de l'Empire , abandonnent les bords
du Rhin , & laiffent le monde en proie
aux Nations .
Les forces immenfes de Céfar taffemblées
autour de lui , l'ayant mis en état
de tout entreprendre , il fe répand dan
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
I'Italie , & s'empare des Villes voifines de
Rome . Au jufte éffroi que fon approche
inſpire , la renommée ajoute fes rumeurs.
Elle annonce au peuple leur ruine infaillible
, & devançant la guèrre qui s'approche
à grands pas , fes voix innombrables
font occupées à femer l'épouvante . On dit
que des corps détachés ravagent Les fertiles
campagnes de l'Ombrie ; qu'une aîle
de l'Armée s'étend jufqu'aux bords où le
Nar coule dans le Tibre ; que Céfar luimême
à la tête de fes épais bataillons ,
s'avance fur plufieurs colonnes , environné
de toutes les aigles . On croit le voir , non
tel qu'autrefois,mais grand,terrible & plus
féroce que les barbares qu'il a domptés .
On croit le voir traînant après lui tous
ces Peuples répandus entre les Alpes &
le Rhin , qui arrachés du fein de leur patrie
, viennent aux yeux des Romains immobiles,
faccager Rome & venger Céfar.
Ainfi chacun par fa frayeur groffit le
bruit de l'allarme publique ; & fans cher
cher de preuve à leurs maux , ils craignent
tous ceux qu'ils imaginent.
Ce n'eft pas feulement le vulgaire , qui
fe fent frappé d'une aveugle terreur , le
Sénat , les Pères de la Patrie cherchent
leur falut dans la fuite , & par un decret
ils chargent les Confuls de veiller au foin
AVRIL 1761 . 101
de la guèrre. Alors ne fçachant de quel
côté la retraite eft la plus fûre , ou le danger
le plus preffant , ils vont où la frayeur
les emporte ; ils fe jettent au milieu d'une
multitude éperdue , & rompent ces longues
colonnes de fugitifs, dont le tumulte
retarde les pas. Il femble que la flamme
ait gagné leurs toits, ou que leurs maiſons
chancelantes menacent de s'écrouler fur
eux. C'eft ainfi qu'une foule égarée traverfe
Rome à pas précipités, comme fi l'unique
efpoir qui refte à ces malheureux
étoit de quitter leur patrie.
Tels,quand l'impétueux Aufter repouffe
la mer écumante loin des écueils de la
Lybie , & qu'on entend les mâts gémiffans
fe brifer fous l'éffort des voiles , le
Pilote & le Nocher s'élancent dans les
flors du haut de la poupe qu'ils abandonnent
, & fans attendre que le vaiffeau
foit entr'ouvert , chacun fe fait à lui- même
un naufrage. Tels les Romains abandonnant
leurs murs fuyoient au-devant
de la guèrre .
Aucun d'eux n'eft retenu ni par les
gémiffemens d'un père accablé de vieilleffe
, ni par les larmes d'une époufe défolée
, ni par fes Lares qu'il embraffe , &
qu'il appelle au fecours de fes jours menacés
; aucun ne s'arrête fur le feuil de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fa demeure ; aucun n'ofe attacher ſes regards
fur cette ville fi chérie , qu'il voit.
peut-être pour la dernière fois. L'irrévocable
torrent de la populace a pris fon
cours.
O qu'aifément les Dieux nous élévent
au comble du bonheur ! que malaifément
ils nous y foutiennent ! Cette ville habitée
par un Peuple innombrable , où fe
rendoient en foule les Nations vaincues.
& qui fembloit pouvoir contenir le genre
humain s'il étoit affemblé , des mains
lâches & tremblantes la laiffent en proie
à Céfar , l'abandonnent à fon approche !
Que fur des bords étrangers le Soldat
Romain foit invefti par un Ennemi qui le
preffe , un fimple foffe le met à couvert
des furprifes de la nuit ; un léger rempart
de gazon, fait à la bâte , lui affure fous la
toile un fommeil paisible ; & toi Rome ,
au premier bruit de la guèrre , te voilà
déferte : on n'ofe confier une nuit à tes
murs . Pardonnons - leur ces frayeurs mortelles
: Pompée fuyoit, qui n'eût pas tremblé
? Pour ne laiffer même aux efprits
confternés aucun éſpoir dans l'avenir ,
le
fort manifefta fa colére par les plus terribles
préfages . Les Dieux firent éclater
au Ciel , fur la terre & fur les mers mille
prodiges éffrayans.
AVRIL 1761 . 103
Cet aftre qui change la face des empires
, la Cométe déploya fa formidable chevelure
. Au milieu d'une férénité trompeuſe
, on vit les éclairs fe fuccéder rapidement
& fous mille formes diverſes ,
tantôt femblables à un javelot , tantôt à la
lumiére éparfe d'une lampe. La foudre
fans nuage & fans bruit , partit des régions
du Nord , & tomba fur le Capitole ; la
Lune , dont le difque arrondi réfléchiffoit
alors la pleine image du Soleil , pâlit toutà-
coup , frappée de l'ombre de la tèrre.
Le Soleil lui - même au plus haut de fa
courfe, s'enveloppant d'une noire vapeur,
plongea le monde dans les ténébres .
L'Ethna vomit des feux , mais fans les
lancer dans les airs : il inclina fa cime
béante , & répandit fon bitume enflammé
du côté de l'Italie. Caribde roula une mer
de fang. Les chiens de Sylla poufférent
des hurlemens lamentables. Cependant
le feu de Vefta s'échappe des Aurels &
fe partage en s'élevant , comme la flamme
du bucher des implacables enfans
d'Edipe. La Terre s'ébranle fur fes pôles
, & du fommet chancelant des Alpes
s'écroulent des monceaux de neige qu'avoient
entaffés les hyvers . Les Statues des
Héros verfent des larmes , celles des Lazes
expriment par leur fueur l'état péni-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ble où Rome eft réduite. Les femmes engendrent
des monftres , & la mére eſt
épouvantée de l'enfant qu'elle a mis au
jour. Les Miniftres facrés de Bellone &
de Cybelle , errans & furieux , les membres
déchirés , les cheveux épars, glacent
les Peuples par leurs cris lugubres. Les
urnes funéraires gémiffent ; un bruit horrible
d'armes & de voix fe fait entendre
dans les forêts ; les Peuples voisins de
Rome abandonnent les campagnes : l'effroyable
Erinnis couroit autour des murs
fecouant fa torche allumée , & fa chévelure
de ferpens. Au milieu des ténébres
& du filence de la nuit , on entendit le
fon des trompettes & un bruit égal aux
clameurs des combattans dans la fureur
de la mêlée ; l'ombre de Sylla fortit de
la tèrre & rendit d'effrayans Oracles ;
les Laboureurs épouvantés virent , au
bord de l'Anio, Marius brifer fa tombe &
lever fa tête du fein des morts.
On crut devoir , felon l'antique ufage ,
avoir recours aux devins d'Etrurie . Arons ,
le plus âgé d'entre eux , retiré dans les
murs folitaires de Lune , lifoit l'avenir
dans les directions de la foudre , dans le
vol des oifeaux , dans les entrailles des
victimes . D'abord il demande que l'on
jette dans les flâmes l'un de ces fruits mon
AVRIL. 1761. 105
ftrueux,que la nature égarée a formés dans
le fein de ce quadrupede , qu'elle condamne
à la ftérilité. Il ordonne aux Citoyens
tremblants d'environner les murs de Rome
& de les purifier par des luftrations ,
tandis que les Sacrificateurs en parcourent
les dehors , accompagnés de l'ordre inférieur
des Miniftres des Autels .Après eux
marche, à la tête desVeftales , le front ceint
des Bandelettes facrées , la Prêtreffe qui
feule a droit de voir le Palladium. Sur
leurs pas s'avancent les dépofitaires des
oracles & des livres de Sybilles , qui tous
les ans vont laver la Statue de Cibelle
dans les foibles eaux de l'Almon.Enfuite
venoient les Augures ,gardiens des oiſeaux
facrés & les chefs qui préfident dans les
Fêtes aux facrifices des feftins ; & les Prêtres
d'Apollon , & ceux de Mars qui portoient
en danfant les boucliers myftérieux ;
& le Grand- Prêtre de Jupiter , qu'on diſtinguoit
au voile attaché ſur fa tête majeftueufe.
Tandis qu'ils fuivent à pas lents les vaftes
détours de l'enceinte de Rome , Arons
ramaffe les feux de la foudre , & la tèrre
les reçoit dans fon fein avec un trifte &
profond murmure. Il confacre le lieu où
il les a cachés ; il fait améner au pied des
Autels un Taureau fuperbe, & commence
Ev
1:06 MERCURE DE FRANCE.
les libations. La victime impatiente fe dé
bat longtems pour le dérober au facrifice
; mais les Prêtres fe jettant fur fes
cornes menaçantes , lui font plier le genou
& préfentent fa gorge au couteau.Cependant,
au lieu d'un fang vermeil,un noir
poifon coule de fa plaie : Arons lui- même
en pâlit d'horreur . Il obferve la colère des
Dieux dans les entrailles de la victime; & la
couleur l'en épouvante. Il les voit couvertes
de taches livides & fouillées d'un fang
corrompu. Le foie nage dans cette liqueur
impure ; le poumon eft flétri , le coeur
abattu , l'enveloppe des inteftins déchirée
& fanglante ; & , ce qu'on ne vit jamais
impunément dans les flancs des animaux,
du côté funefte les fibres enflées palpitent
fur les veines ; du côté propice elles font
lâches & fans vigueur.
Dès qu'Arons a reconnu à ces marques
les préfages de nos calamités , il s'écrie :
» O Dieux ! dois- je révéler au monde tout
>> ce quervous me laiſſez voir ? Non , Jupiter,
ce n'eft pas a toi que je viens de
facrifier ; j'ai trouvé l'Enfer dans les
flanes de ce taureau. Nous craignons
d'horribles malheurs , mais nos malheurs
pafferont nos craintes. Fafle le ciel que
» ces lignes nous foient favorables , que
l'art de lire au fein des victimes foit
AVRIL. 1761 . 107
و ر
ز و د
trompeur, & que Tagès qui l'inventa nous
en ait impofé lui- même.
C'est ainsi que le vieillard étrufque envelopa
fes prédictons d'un nuage mystérieux.
Mais Figulus qu'une longue étude avoit ,
admis aux fecrets des Dieux , à qui les fages
de Memphis l'auroient cédé , dans la
connoiffance des étoiles & dans celle des
nombres qui réglent les mouvemens céleftes,
Figulus éleva fa voix : » Ou le monde
( dit-il) fe meut au hazard & les afres
vagabonds errent au ciel fans régle &
fans guide ; ou file deftin préfide à leurs
cours, l'Univers eft menacé d'un fléau
As terrible.La terre va -t- elle ouvrir fes abîmes
les cités feront - elles englouties ?
» verrons- nous les campagnes fteriles ? les
airs infectés ? les eaux empoisonnées?
» quelle playe, grands Dieux , quelle dé-
» folation nous prépare votre colére ? les
» jours malheureux répandus dans tous
» les âges fe font raffemblés en un feul.
» Si l'étoile de Saturne dominoit au Ciel,
» l'urne célefte inonderoit la tèrre d'un
déluge femblable à celui de Deucalion .
» Si le foleil frappoit leLion de la lumière ,
c'est d'un incendie univerfel que la tèrre
feroit menacée; l'air lui- même s'enflame-
» roit fousile char du Dieu du jour . Ni l'un
»» ni l'autre n'eſt à craindre. Mais toi, qui
Evj
08 MERCURE DE FRANCE.
» embrafes le Scorpion , terrible Mars,que
» nous réſerves- tu ? l'étoile de Jupiter eft
» à fon couchant , celle de Vénus luit à
» peine , le rapide fils de Maya languit
» & panche vers fon déclin . Mars , c'eſt
»toi feul qui occupes le Ciel . La rage des
» combats va s'allumer: le glaive confond
» tous les droits; des crimes qui devroient
» être inconnus à la tèrré , obtiennent le
» nom de vertus. Cette fureur fera de lon-
» gue durée. Hélas ! & pourquoi demander
>> aux Dieux qu'elle ceffe :la paix nous amé
» ne un tyran. Prolonge tes malheurs ,
» Rome ! traîne- toi d'âge en âge a travers
» des ruines: c'eft le feul moyen d'échaper
» au joug. Il n'y a plus de liberté
qu'au fein de la guèrre civile.
Fermer
Résumé : LA PHARSALE. LIVRE I.
'La Pharsale' relate la guerre civile romaine entre Jules César et Pompée, déclenchée par des conflits internes plutôt que par des menaces extérieures. Les causes profondes incluent la jalousie et la grandeur excessive de Rome. La mort de Crassus, qui tentait de maintenir la paix, a exacerbé les tensions. La disparition de Julie, fille de César et belle-fille de Pompée, a libéré les deux leaders de leurs obligations mutuelles. Pompée, respecté pour ses victoires passées, refuse de partager le pouvoir avec César, décrit comme ambitieux et déterminé. César est comparé à un chêne majestueux et à la foudre, symbolisant son caractère implacable et avide de pouvoir. La décadence de Rome, marquée par la corruption et la perte des valeurs traditionnelles, a conduit à des conflits internes. César traverse le Rubicon avec sa cavalerie, marquant un point de non-retour. Il prend Ariminum en Italie et le Sénat chasse les tribuns, qui rejoignent César. Curion incite César à agir rapidement. César prononce un discours où il se défend contre les accusations de Pompée, critique son ambition et appelle ses soldats à se rebeller contre le Sénat. La foule est partagée, mais le centurion Lélius exprime son soutien à César. César rassemble ses forces en Gaule et avance vers l'Italie, semant la peur parmi les Romains. Diverses régions gauloises célèbrent la fin de l'occupation romaine et reprennent leurs traditions religieuses. À Rome, la panique s'installe face à l'approche de César. Le Sénat et les Pères de la Patrie fuient sans preuve concrète de danger. Des signes divins et des prodiges annoncent des malheurs. Les devins étrusques, comme Arons, sont consultés pour interpréter ces signes. Une cérémonie religieuse révèle des présages funestes. Figulus prédit des combats et des crimes, affirmant que la guerre civile prolongera la liberté de Rome, évitant ainsi un tyran.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 107-108
FRAGMENT de la troisiéme Elégie de Tibulle, à Messala. Par M. le Brun. Ibitis Ageas sine me, Messala, per undas.
Début :
Pars, suis dans l'Orient les Drapeaux de la gloire, [...]
Mots clefs :
Drapeaux, Combats, Printemps, Fer, Guerre, Liberté, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FRAGMENT de la troisiéme Elégie de Tibulle, à Messala. Par M. le Brun. Ibitis Ageas sine me, Messala, per undas.
FRAGMENT de la troifiéme Elégie de
Tibulle , à Meffala. Par M. le
Brun.
Abitis ageas fine me , Meffala per undas.
Pars , fuis dans l'Orient les Drapeaux de la gloire,
Cherche à travers les flots l'Afie & la Victoire.
·
Périffe des combats la fanglante Folie !
C'eft elle qui troubla mes jours purs & fereins.
O Paix , de l'âge d'or ramène les deftins.
Un Printemps éternel careffoit la Nature ,
La Terre prodiguoit des moiffons fans culture ,
Ses flancs en longs chemins n'étoient pas fillonés ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Ni de murs foupçonneux au loin empriſonnés .
L'intérêt n'avoit point inventé les partages ,
La foi fervoit alors de borne aux héritages ;
Les Champs couverts de fruits , de troupeaux & de
fleurs ,
Refufoient à Circé les poiſons deftructeurs.
Du Courfier , du Taureau la liberté ſauvage
Et du frein & du joug rejettoit l'esclavage .
Mars n'avoit point encor déployé ſes Drapeaux ;
La haine étoit fans glaive & l'orgeuil fans faiſceaux.
Thétis ne voyoit point de Forêts vagabondes
Ni d'avares Nochers infulter à fes ondes .
Guerre , meurtres , combats , traits de fang altérés ,
Vos noms , vos nomsaffreux étoient même ignorés .
Mais d'un fceptre d'airain , le Ciel frappant la
Terre ,
L'or brille , le fer luit , le fang coule ; & la guerre
Des fragiles mortels précipitant le fort ,
Ofa multiplier les routes de la mort.
Elle m'ouvre un cercueil ... Ah ! s'il faut que j'y
tombe ,
Que du moins l'univers life un jour ſur maTombe ;
Tibu lle ici repofe , au printemps de les jours
» Mars l'enlève à Délie , & la parque auxamours,
Tibulle , à Meffala. Par M. le
Brun.
Abitis ageas fine me , Meffala per undas.
Pars , fuis dans l'Orient les Drapeaux de la gloire,
Cherche à travers les flots l'Afie & la Victoire.
·
Périffe des combats la fanglante Folie !
C'eft elle qui troubla mes jours purs & fereins.
O Paix , de l'âge d'or ramène les deftins.
Un Printemps éternel careffoit la Nature ,
La Terre prodiguoit des moiffons fans culture ,
Ses flancs en longs chemins n'étoient pas fillonés ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Ni de murs foupçonneux au loin empriſonnés .
L'intérêt n'avoit point inventé les partages ,
La foi fervoit alors de borne aux héritages ;
Les Champs couverts de fruits , de troupeaux & de
fleurs ,
Refufoient à Circé les poiſons deftructeurs.
Du Courfier , du Taureau la liberté ſauvage
Et du frein & du joug rejettoit l'esclavage .
Mars n'avoit point encor déployé ſes Drapeaux ;
La haine étoit fans glaive & l'orgeuil fans faiſceaux.
Thétis ne voyoit point de Forêts vagabondes
Ni d'avares Nochers infulter à fes ondes .
Guerre , meurtres , combats , traits de fang altérés ,
Vos noms , vos nomsaffreux étoient même ignorés .
Mais d'un fceptre d'airain , le Ciel frappant la
Terre ,
L'or brille , le fer luit , le fang coule ; & la guerre
Des fragiles mortels précipitant le fort ,
Ofa multiplier les routes de la mort.
Elle m'ouvre un cercueil ... Ah ! s'il faut que j'y
tombe ,
Que du moins l'univers life un jour ſur maTombe ;
Tibu lle ici repofe , au printemps de les jours
» Mars l'enlève à Délie , & la parque auxamours,
Fermer