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1
p. 116-118
L'HYPOCRITE, SONNET.
Début :
Encor un Sonnet, Madame. Il m'a esté envoyé de / Le Bigot en ce temps, pour bien faire son compte, [...]
Mots clefs :
Bigot, Faux dévots, Compter, Hypocrite, Église
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texteReconnaissance textuelle : L'HYPOCRITE, SONNET.
Encor un Sonnet , Madame.
Il m'a eſté envoyé de Poitou , &
vous n'avez jamais rien veu de plus fingulier. Il roule ſur deux ſeules rimes, & vous ne le trou- verez pas favorable à vos bons Amisles faux Devots.
L
L'HYPOCRITES
SONNET.
HEQUE DE
BIBLIO
LYON
EBigot en ce temps, pourbienfaire Soncompte,
Compte iusqu'à ses pas , & mesure le
temps;
Maisà le voir long-temps onn'en fait
point de conte,
Tome VIII. D
74 LE MERCVRE Et l'on comptepour rien tout l'employ defon temps.
Cen'estpaspour ce temps, nous dit- il,
queje compte,
Mon compteferoitfaux, &bien àcon.
tre-temps;
Mais le temps àvenir est leſeul que je
compte,
Et vivant bien,jefais moncomptepour
cetemps.
7
Jegardetous les temps quel'Egliſe now
- compte ,
Iecompteun Chapelet àtoute heure , en : tout temps,
Etnul temps ne m'en peut faire oublier
Lecompte.
Hypocrite , tupers &ton corfte &ton
temps,
Dieuconnoît qu'en tout temps tu ne vas qu'àton compte ,
Et que c'est pour tromperque tu comptes Letemps,
Il m'a eſté envoyé de Poitou , &
vous n'avez jamais rien veu de plus fingulier. Il roule ſur deux ſeules rimes, & vous ne le trou- verez pas favorable à vos bons Amisles faux Devots.
L
L'HYPOCRITES
SONNET.
HEQUE DE
BIBLIO
LYON
EBigot en ce temps, pourbienfaire Soncompte,
Compte iusqu'à ses pas , & mesure le
temps;
Maisà le voir long-temps onn'en fait
point de conte,
Tome VIII. D
74 LE MERCVRE Et l'on comptepour rien tout l'employ defon temps.
Cen'estpaspour ce temps, nous dit- il,
queje compte,
Mon compteferoitfaux, &bien àcon.
tre-temps;
Mais le temps àvenir est leſeul que je
compte,
Et vivant bien,jefais moncomptepour
cetemps.
7
Jegardetous les temps quel'Egliſe now
- compte ,
Iecompteun Chapelet àtoute heure , en : tout temps,
Etnul temps ne m'en peut faire oublier
Lecompte.
Hypocrite , tupers &ton corfte &ton
temps,
Dieuconnoît qu'en tout temps tu ne vas qu'àton compte ,
Et que c'est pour tromperque tu comptes Letemps,
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Résumé : L'HYPOCRITE, SONNET.
Le texte présente un sonnet intitulé 'L'HYPOCRITES' envoyé de Poitou. Ce sonnet critique les faux dévots et met en scène un hypocrite obsédé par la mesure du temps. Il valorise le futur, néglige le présent et compte prières et chapelets pour tromper autrui. Dieu connaît ses véritables intentions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 129-131
Plusieurs Conversions en divers endroits du Royaume, [titre d'après la table]
Début :
Ces Messieurs, avant que de finir leur Assemblée, ont estably [...]
Mots clefs :
Conversions, Église, Abjurations, Religion prétendue réformée, Ministre, Erreurs, Controverses
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions en divers endroits du Royaume, [titre d'après la table]
Ces Meffieurs ,
avant que de finir leur Affemblée,
ont eftably quantité de Penfions
, non feulement pour les
nouveaux Convertis , mais auffi
en faveur des Illuftres qui travaillent
pour la gloire de l'Eglife.
Elles doivent eftre en affez
grand nombre pour les premiers,
puis que les abjurations de la
Religion Pretenduë reformée
deviennent de jour en jour plus
frequentes. Il s'en fit une tresconfiderable
le Dimanche onzieme
de ce mois . C'eft celle de
Monfieur Bazin ,fameux Miniſtre
d'Orthez au Dioceſe d'Efcar .
Quoy qu'il copre neuf Miniftres
dans fa Famille , dont l'exemple
Ei
F v
30 MERCURE
pouvoit l'affermir dans fes erreurs
, il les abjurà le jour que je
viens de vous marquer, entre les
mains de Monfieur l'Evefque
d'Acqs , à l'iffuë de la Controverfe
qui fe fait tous les Dimanches
apres Vefpres dans l'Eglife de
S. Sulpice par Monfieur le Vicaire
de cette Parroiffe . Le Sieur de
Beaumais , dit le Mercier de Paris
, y foûtient fous lay . Cette cerémonie
attira une affluence prodigieufe
de Peuple . Monfieur
l'Evefque de Geneve y affifta , &
foufcrivit à fon abjuration avec
Monfieur de la Bernaudiere Curé
de S. Sulpice .
La Miffion entretenue par Sa
Majefté à Marennes & aux autres
lieux du voisinage de la
Xaintonge , a converty plus de
fix- vingts Perfonnes depuis quatre
mois . C'est ainsi que Dieu
benit
GALANT.
131
benit en tous lieux les Ouvrages
de noftre augufte Monarque .
avant que de finir leur Affemblée,
ont eftably quantité de Penfions
, non feulement pour les
nouveaux Convertis , mais auffi
en faveur des Illuftres qui travaillent
pour la gloire de l'Eglife.
Elles doivent eftre en affez
grand nombre pour les premiers,
puis que les abjurations de la
Religion Pretenduë reformée
deviennent de jour en jour plus
frequentes. Il s'en fit une tresconfiderable
le Dimanche onzieme
de ce mois . C'eft celle de
Monfieur Bazin ,fameux Miniſtre
d'Orthez au Dioceſe d'Efcar .
Quoy qu'il copre neuf Miniftres
dans fa Famille , dont l'exemple
Ei
F v
30 MERCURE
pouvoit l'affermir dans fes erreurs
, il les abjurà le jour que je
viens de vous marquer, entre les
mains de Monfieur l'Evefque
d'Acqs , à l'iffuë de la Controverfe
qui fe fait tous les Dimanches
apres Vefpres dans l'Eglife de
S. Sulpice par Monfieur le Vicaire
de cette Parroiffe . Le Sieur de
Beaumais , dit le Mercier de Paris
, y foûtient fous lay . Cette cerémonie
attira une affluence prodigieufe
de Peuple . Monfieur
l'Evefque de Geneve y affifta , &
foufcrivit à fon abjuration avec
Monfieur de la Bernaudiere Curé
de S. Sulpice .
La Miffion entretenue par Sa
Majefté à Marennes & aux autres
lieux du voisinage de la
Xaintonge , a converty plus de
fix- vingts Perfonnes depuis quatre
mois . C'est ainsi que Dieu
benit
GALANT.
131
benit en tous lieux les Ouvrages
de noftre augufte Monarque .
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Résumé : Plusieurs Conversions en divers endroits du Royaume, [titre d'après la table]
L'assemblée a institué des pensions pour les nouveaux convertis et les personnalités influentes au service de l'Église. Le nombre de conversions depuis la religion prétendue réformée augmente. Une abjuration marquante a eu lieu le 11 du mois : Monsieur Bazin, ministre d'Orthez, a abjuré devant l'évêque d'Acqs après des controverses dominicales à l'église Saint-Sulpice. Le sieur de Beaumais, l'évêque de Genève et le curé de Saint-Sulpice étaient présents. La cérémonie a attiré une grande foule. Par ailleurs, la mission royale à Marennes et en Saintonge a converti plus de soixante personnes en quatre mois, illustrant les bénédictions divines sur les actions du monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 229
Conversion, [titre d'après la table]
Début :
Le P. Aléxis du Bus, Theatin, continuant d'appliquer ses soins [...]
Mots clefs :
Âme, Salut, Erreurs, Religion prétendue réformée, Abjuration, Église
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texteReconnaissance textuelle : Conversion, [titre d'après la table]
Le P. Alexis du Buc, Thea
tin , continuant d'appliquer
fes foins au falut des Ames,
a fait connoiftre à Madame
de Vallegrand & à deuxde ſes '
Enfans, les erreurs de la Reli
gion Prétendue Reformée .
Ils en firent abjuration entre
fes mains le fecond jour de
ce Mois , dans l'Eglife des
grandes Carmelites . La Maifon
de Vallegrand eft une
des premieres de Champa
gne,
tin , continuant d'appliquer
fes foins au falut des Ames,
a fait connoiftre à Madame
de Vallegrand & à deuxde ſes '
Enfans, les erreurs de la Reli
gion Prétendue Reformée .
Ils en firent abjuration entre
fes mains le fecond jour de
ce Mois , dans l'Eglife des
grandes Carmelites . La Maifon
de Vallegrand eft une
des premieres de Champa
gne,
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4
p. 253-262
Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le zele que le Roy fait éclater en toutes rencontres [...]
Mots clefs :
Zèle, Vraie religion, Religion prétendue réformée, Abjurations, Erreurs, Conversions, Église, Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le zele que le Roy fait
éclater en toutes rencontres
pour les chofes qui
regardent l'intéreſt de la
vraye Religion , eft vifiblement
récompenfé
par les
grandes pertes que fait tous
les jours la Prétendue Réformée.
Il eft furprenant
254 MEROVRE
d'avoir veu deux cens Perfonnes
enabjurer les erreurs
toutes à la fois. C'est ce qui
vient d'arriver dans les Villages
de Chenay & de Chey,
Diocefe de Poitiers . Ceux
de ce Party devroient bien
par là rentrer en eux - mefmes,
& s'appliquer tout- debon
à chercher la verité, qui
fe découvre toûjours , lors
que l'obftination ne la cache
point. La Converſion
de Madame de Gritin en eft
pour eux une preuve. Cette
Dame, qui par l'étendue de
fes lumieres fembloit forti
GALANT 255
her leur
aveuglement , apres
avoir combatu pédant deux
ans , a efté enfin contrainte
à fe rendre. Vous pouvez
juger de fon efprit par la
belle Lettre que je vous envoyay
au mois de Novembre
, dans laquelle eft contenue
l'Hiftoire
extraordinaire
de cette jeune Perfonne
, que fes Parcns avoient
forcée à fe marier. C'eft elle
qui l'a écrite. Le long temps
qu'elle a employé à contef
ter, nous fait affez voir que
fi elle a changé de Religion,
ce n'a pas efté fans connoif
.
256 MERCVRE
fance de cauſe. Nous devons
fon changement, ainfi que
celuy de M' de Gritin fon
Mary, aux foins de M' Vi
gnier , qui y a travaillé avec
une affiduité extraordinaire,
& qui ne l'a point voulu
abandonner , qu'il ne lait
tirée du précipice où elle
eftoit , pour la faire entrer
dans le bon chemin. Elle
abjura au commencement
de ce mois dans l'Eglife de
M" de la Miffion de Riche
lieu, & on peut dire qu'elle a
pratiqué le confeil de l'E
vangile, puis qu'elle a quité
GALANT. 257
Parens & Amis , & qu'elle
s'eft mefme brouillée avec
Madame fa Mere, pour qui
elle a toûjours eu un tresgrand
refpect , & dont elle
eftoit aimée avec toute la
tendreffe imaginable. "
Le Mardy u . de ce mois,
Mademoiſelle de la Mote
de la Godinelaye fit la mefme
abjuration dans l'Eglife
des Religieufes Urfulines de
Rennes. Elle eft âgée de
vingt- trois ans. Madame fa
Mère s'eftoit remariée au
篆
Miniftre de l'Eglife des Prés
tendus Réformez , & avoit
Février 1681. Y
258 MERCVRE
mis aupres d'elle une Gou
vernante des plus obftinées
dans fes erreurs . Cette jeune
Demoiselle n'a pas laiffé de
venir à bout de la convertir,
apres avoir efté convaincue
des veritez de noftre Religion
par l'excellent Livre de
M ' l'Evefque de Condom ,
que luy avoit expliqué M
du Pleffis - Bardoul , Gentilhomme
de fes Voifins à la
Campagne. Elle avoit dit
fort longtemps , qu'elle ef
toit de la Religion du Livre
de M de Condom , mais elle
fe croyoit bien fodée à croire
GALANT 259
que la ReligionRomaine n'y
eftoit pas conforme. On luy
afait venir toutes les Atteftations
qui ont efté données
pour ce Livre, & on l'a fi pleinemét
éclaircie de quelques
Points qui l'embarafſoient,
qu'elle n'a pû davantage
fermer les yeux à la verité.
Je vous ay parlé dans ma
Lettre de Decembre , de
Madame de Fontmort, Préfidente
à Niort , à qui Madame
la Ducheffe de Navailles
en partant de la Ro
chelle , avoit confié Mademoiſelle
Pagez apres ſa Con-
Y ij
260 MERCVRE
verfion. Cette Dame, dont
la vertu eftoit tres - connue,
amena icy dans ce mefme
mois trois de fes Niéces de
le Religion Prétenduë Réformée
, dans l'efpérance de
la leur faire abjurer en préfence
de la Cour. Elle a
employé toutes fortes de
moyens pour venie à bout
de ce deffein , & n'a réuffy
que pour la Cadere , que
Madame la Marquife de
Maintenon fa Parente , a
prife aupres d'elle . Les deux
Aînées n'ayant voulu entrer
en aucune explication fur les
GALANT 2611
Points cotroverfez, Madame:
de Fontmort s'eftoit yeuë
scontrainte de les remener
en Poitou , où de tres- pref
fantes Lettres les rappelloient.
Elle cfpéroit les gagner
avec le temps , & c'eftoit
par là qu'elle n'avoit
pû les laiffer partir fans leur
tenir compagnie , mais elle
n'a fait qu'une partie du
voyage, ayant efté attaquée
au Port de Pile d'une apo
pléxie fi violente dans la nuit
du 12.au 13. de ce mois, qu'
elle en eft morte fix heures .
apres. C'eftune perte confi
262 MERCVRE
dérable pour les beaux Efprits
de la Province, & pour
tous ceux dont elle pre - 1
noit les intérefts . Elle eftoit
d'une libéralité fans exemple,
& peu de Perfonnes luy
ont demandé fa protection ,
fans qu'elle leur ait donné
des marques d'une genéro
peu commune,
éclater en toutes rencontres
pour les chofes qui
regardent l'intéreſt de la
vraye Religion , eft vifiblement
récompenfé
par les
grandes pertes que fait tous
les jours la Prétendue Réformée.
Il eft furprenant
254 MEROVRE
d'avoir veu deux cens Perfonnes
enabjurer les erreurs
toutes à la fois. C'est ce qui
vient d'arriver dans les Villages
de Chenay & de Chey,
Diocefe de Poitiers . Ceux
de ce Party devroient bien
par là rentrer en eux - mefmes,
& s'appliquer tout- debon
à chercher la verité, qui
fe découvre toûjours , lors
que l'obftination ne la cache
point. La Converſion
de Madame de Gritin en eft
pour eux une preuve. Cette
Dame, qui par l'étendue de
fes lumieres fembloit forti
GALANT 255
her leur
aveuglement , apres
avoir combatu pédant deux
ans , a efté enfin contrainte
à fe rendre. Vous pouvez
juger de fon efprit par la
belle Lettre que je vous envoyay
au mois de Novembre
, dans laquelle eft contenue
l'Hiftoire
extraordinaire
de cette jeune Perfonne
, que fes Parcns avoient
forcée à fe marier. C'eft elle
qui l'a écrite. Le long temps
qu'elle a employé à contef
ter, nous fait affez voir que
fi elle a changé de Religion,
ce n'a pas efté fans connoif
.
256 MERCVRE
fance de cauſe. Nous devons
fon changement, ainfi que
celuy de M' de Gritin fon
Mary, aux foins de M' Vi
gnier , qui y a travaillé avec
une affiduité extraordinaire,
& qui ne l'a point voulu
abandonner , qu'il ne lait
tirée du précipice où elle
eftoit , pour la faire entrer
dans le bon chemin. Elle
abjura au commencement
de ce mois dans l'Eglife de
M" de la Miffion de Riche
lieu, & on peut dire qu'elle a
pratiqué le confeil de l'E
vangile, puis qu'elle a quité
GALANT. 257
Parens & Amis , & qu'elle
s'eft mefme brouillée avec
Madame fa Mere, pour qui
elle a toûjours eu un tresgrand
refpect , & dont elle
eftoit aimée avec toute la
tendreffe imaginable. "
Le Mardy u . de ce mois,
Mademoiſelle de la Mote
de la Godinelaye fit la mefme
abjuration dans l'Eglife
des Religieufes Urfulines de
Rennes. Elle eft âgée de
vingt- trois ans. Madame fa
Mère s'eftoit remariée au
篆
Miniftre de l'Eglife des Prés
tendus Réformez , & avoit
Février 1681. Y
258 MERCVRE
mis aupres d'elle une Gou
vernante des plus obftinées
dans fes erreurs . Cette jeune
Demoiselle n'a pas laiffé de
venir à bout de la convertir,
apres avoir efté convaincue
des veritez de noftre Religion
par l'excellent Livre de
M ' l'Evefque de Condom ,
que luy avoit expliqué M
du Pleffis - Bardoul , Gentilhomme
de fes Voifins à la
Campagne. Elle avoit dit
fort longtemps , qu'elle ef
toit de la Religion du Livre
de M de Condom , mais elle
fe croyoit bien fodée à croire
GALANT 259
que la ReligionRomaine n'y
eftoit pas conforme. On luy
afait venir toutes les Atteftations
qui ont efté données
pour ce Livre, & on l'a fi pleinemét
éclaircie de quelques
Points qui l'embarafſoient,
qu'elle n'a pû davantage
fermer les yeux à la verité.
Je vous ay parlé dans ma
Lettre de Decembre , de
Madame de Fontmort, Préfidente
à Niort , à qui Madame
la Ducheffe de Navailles
en partant de la Ro
chelle , avoit confié Mademoiſelle
Pagez apres ſa Con-
Y ij
260 MERCVRE
verfion. Cette Dame, dont
la vertu eftoit tres - connue,
amena icy dans ce mefme
mois trois de fes Niéces de
le Religion Prétenduë Réformée
, dans l'efpérance de
la leur faire abjurer en préfence
de la Cour. Elle a
employé toutes fortes de
moyens pour venie à bout
de ce deffein , & n'a réuffy
que pour la Cadere , que
Madame la Marquife de
Maintenon fa Parente , a
prife aupres d'elle . Les deux
Aînées n'ayant voulu entrer
en aucune explication fur les
GALANT 2611
Points cotroverfez, Madame:
de Fontmort s'eftoit yeuë
scontrainte de les remener
en Poitou , où de tres- pref
fantes Lettres les rappelloient.
Elle cfpéroit les gagner
avec le temps , & c'eftoit
par là qu'elle n'avoit
pû les laiffer partir fans leur
tenir compagnie , mais elle
n'a fait qu'une partie du
voyage, ayant efté attaquée
au Port de Pile d'une apo
pléxie fi violente dans la nuit
du 12.au 13. de ce mois, qu'
elle en eft morte fix heures .
apres. C'eftune perte confi
262 MERCVRE
dérable pour les beaux Efprits
de la Province, & pour
tous ceux dont elle pre - 1
noit les intérefts . Elle eftoit
d'une libéralité fans exemple,
& peu de Perfonnes luy
ont demandé fa protection ,
fans qu'elle leur ait donné
des marques d'une genéro
peu commune,
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Résumé : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les initiatives du roi pour promouvoir la 'vraye Religion' et les conversions qui en découlent. Dans les villages de Chenay et de Chey, diocèse de Poitiers, deux cents personnes ont abjuré leurs erreurs religieuses. Parmi les conversions notables, celle de Madame de Gratin est particulièrement mentionnée. Après deux années de résistance, elle a finalement abjuré grâce aux efforts de Monsieur Vignier. Une jeune femme, contrainte par ses parents de se marier, a également relaté son histoire et sa conversion après une longue réflexion dans une lettre. Mademoiselle de la Mothe de la Godinelaye, âgée de vingt-trois ans, a abjuré dans l'église des Religieuses Ursulines de Rennes. Sa mère, remariée à un ministre protestant, avait placé une gouvernante obstinée auprès d'elle. La jeune fille a été convaincue par le livre de l'évêque de Condom, expliqué par Monsieur du Plessis-Bardoul. Madame de Fontmort, présidente à Niort, a tenté de convertir trois de ses nièces protestantes, mais n'a réussi qu'avec la cadette. Les deux aînées ont refusé toute discussion. Madame de Fontmort est décédée subitement d'une apoplexie lors de son retour en Poitou. Sa mort est perçue comme une grande perte pour la province et ceux dont elle protégeait les intérêts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 22-26
Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque, Duc de Laon, & Pair de France, ayant fait [...]
Mots clefs :
Évêque, Duc de Laon, Conversion, Hérétiques, Zèle, Succès, Discours, Nouveaux catholiques, Ténèbres, Erreurs, Vérités, Lumière, Église, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
M' l'Evesque, Duc de
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
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Résumé : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Le duc de Laon, pair de France, a pris possession de sa ville épiscopale et a commencé à convertir les hérétiques. Sept jours après son arrivée, dix personnes ont abjuré leurs croyances hérétiques. L'évêque a exprimé sa joie de débuter son ministère par cette conversion, affirmant que leur expérience passée les rendrait aptes à promouvoir la vérité. Il a décrit les caractéristiques de la véritable Église, son unité et son universalité, de manière claire et sublime. Les convertis pourraient ainsi instruire les opposants. L'évêque a encouragé les nouveaux catholiques à adopter des principes moraux élevés et à bénéficier de la protection royale, qui garantissait leur sécurité et offrait des récompenses pour leur soumission à l'Église. Ce discours a été bien accueilli et bénéfique pour tous les auditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 223-224
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 21. de ce mois Mr Boisnier, Sr de la Mothe, [...]
Mots clefs :
Ministre, Religion de Calvin, Cérémonies, Église
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le Dimanche 21. de ce
mois M' Boifnier , S de la
Mothe , Petit-Fils de M de
Tiiij
224 MERCURE
la Gabte , Miniftre de Bourgueil
, & Neveu de M' Amiraut
Miniftre de Saumur, abjura
la Religion de Calvin entre
les mains duPere Alexis du
Buc Théatin, en préſence de
M'l'Abbé de Bourgueil, & de
M' le Commandeur le Tellier
, tous deux Fils de M' le
Marquis de Louvois . La Ce
rémonie fe fit dans l'Eglife
des Théatins à l'iffuë de la
Controverfe.
mois M' Boifnier , S de la
Mothe , Petit-Fils de M de
Tiiij
224 MERCURE
la Gabte , Miniftre de Bourgueil
, & Neveu de M' Amiraut
Miniftre de Saumur, abjura
la Religion de Calvin entre
les mains duPere Alexis du
Buc Théatin, en préſence de
M'l'Abbé de Bourgueil, & de
M' le Commandeur le Tellier
, tous deux Fils de M' le
Marquis de Louvois . La Ce
rémonie fe fit dans l'Eglife
des Théatins à l'iffuë de la
Controverfe.
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7
p. 137-138
Conversion de M. du Hamel, [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous apprendre deux Conversions sur lesquelles je suis seûr [...]
Mots clefs :
Conversion, Chagrin, Seigneur, Abjuration, Église, Famille
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texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. du Hamel, [titre d'après la table]
J'ay à vous apprendre deux
Conversions surlesquelles je
suisseûr que je n'auray point
tic chagrin de me dédire.
L'une est celle de Mr Guilbert,
Seigneur du Hamel,
qui abjura il y a un mois
:dans l'Eglise des Théatins,
entre les mains du Pere
Alexis du Buc, en présence
de plusieurs Personnes de
qualité. Il est d'une des plus
anciennes Familles de Normandie,
& fort d'Anceltres
qui sont Fondateurs du Monaftere
dit, de l'AveMaria.
La seconde Conversion
Conversions surlesquelles je
suisseûr que je n'auray point
tic chagrin de me dédire.
L'une est celle de Mr Guilbert,
Seigneur du Hamel,
qui abjura il y a un mois
:dans l'Eglise des Théatins,
entre les mains du Pere
Alexis du Buc, en présence
de plusieurs Personnes de
qualité. Il est d'une des plus
anciennes Familles de Normandie,
& fort d'Anceltres
qui sont Fondateurs du Monaftere
dit, de l'AveMaria.
La seconde Conversion
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8
p. 285-288
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Quand tout le Royaume est remply de joye, l'Eglise n'en doit [...]
Mots clefs :
Église, Conversions, Calvin, Lumières, Raison, Hérésie, Abjuration, Religion prétendue réformée, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Qand rout le R()yaume
ell re111t.-)ly de jove, l'E~~life l . (~
n\~n doit pas Ln ·)u.1s reiTt.r1ti1 .. ,
pu1s que l~s Cc1l1verfi,)t1s y
cunti11.Jënc, &: que c;:.~ux q.::1î
quit~~1~ le_ I)a.rty" de· c~~~vira~
28~6-- fvïE R c:UF~ E
nty: fo11c forcez· que par les
J-Un1iercs· de la rai!àn. I\ilrGuil~
le111ot ,; l)arifien, L1L1i a toû ...
jollrs eiléreco11nu, & t11e!ine
.d~· ceux de la. Rc]ir-icJn I)ré. . 0
~~-,~.. "Ï":j",i, $-d:t~ ~ l;w.; . RJ. lfb'.' -l .c~ oJ·..· ·.1t ·1 ·~~ e ' t~• )OU r~ 1\.~l 1""i' ' y:
H , ) I '1 .. • d' f
c om111e Cl ertld1tron e~ e ...
prit, a pres a v·oir eu quelques
~con-féren ces· avec le lv'l.in1llre
Clau cle· .., a. a.·bjt1ré l5I-leréfie
Cll r;réfe1~1cc d·e· prufieurs Pcr·
foniies de qualité, · da·ns l'E9
glife de SainteAnr1e laRoyale
cles Tl1éatin~,.· entre tes.n1ains
du Pere Alêxis du- Buc, qui a
utilCm~en·t rra-iaillé à· le con~
!Crtir .. Mr l1Arcl1cyef~ue d~
~ .. ~ -.. ...,_....Il ~ -- ... ~ .. ..__ __ •• .._. - ~ •r • ..
.
· ~1;U~ 1- ~~ .'~'\ i ri\ -..L. LJÔ ' -t~ . li L-- lJ?. 1~"1 "'"f ~ ,., ~7~ ~
paris· a aufii reç·eu dept1is.peti:
de te111 ps 1, A bjl:1ration de M~_
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Gautcrcat1,Député de Poitol.1
pour les· Aftàires de la Reli:...
aion Préte'nduë-. Reff)rn1ée ... ~.
l.. l I Con1n1e; tot1s. es Deputs.~·:
doivent eftre fo1 .. t intelligens;
dans les Affaires qu~on leur'
confie, & forte1nent atta~
chez au Parrv. dont on. leui:· J .
donne lCs· dreirs. à maintenir~~
on doit préfumer. que celUy·
don-t je vous parle, cf!oit inf:.
rruit à fonds· de tout· cc qui;
.peut fervir de défe11fe à fa~
·Rc·ligion, & que puis- que-'
~1alg~é ~0ut~~; l~~ b~~~~e-~,~!
88 ~ -~n --~~ ~1~ ~-~i- --!~")
2 l'Lt. / ~ ~ .. r- ~·~ '! . !LJ· ~~ ~1 ~ !- ~ :S.. 1.. ~.,..~.-μ~ {. ~ ~ .. w,
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·1 . d ,. l c 1
1 , en ··a - ecoL1v,ert; ~: tallifeté,
c·e n'eft pas· ~el te:) qt1e doitt
fuivre --un H 01n111e véritable.f:·
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J-Un1iercs· de la rai!àn. I\ilrGuil~
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prit, a pres a v·oir eu quelques
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Clau cle· .., a. a.·bjt1ré l5I-leréfie
Cll r;réfe1~1cc d·e· prufieurs Pcr·
foniies de qualité, · da·ns l'E9
glife de SainteAnr1e laRoyale
cles Tl1éatin~,.· entre tes.n1ains
du Pere Alêxis du- Buc, qui a
utilCm~en·t rra-iaillé à· le con~
!Crtir .. Mr l1Arcl1cyef~ue d~
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.
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paris· a aufii reç·eu dept1is.peti:
de te111 ps 1, A bjl:1ration de M~_
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Gautcrcat1,Député de Poitol.1
pour les· Aftàires de la Reli:...
aion Préte'nduë-. Reff)rn1ée ... ~.
l.. l I Con1n1e; tot1s. es Deputs.~·:
doivent eftre fo1 .. t intelligens;
dans les Affaires qu~on leur'
confie, & forte1nent atta~
chez au Parrv. dont on. leui:· J .
donne lCs· dreirs. à maintenir~~
on doit préfumer. que celUy·
don-t je vous parle, cf!oit inf:.
rruit à fonds· de tout· cc qui;
.peut fervir de défe11fe à fa~
·Rc·ligion, & que puis- que-'
~1alg~é ~0ut~~; l~~ b~~~~e-~,~!
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2 l'Lt. / ~ ~ .. r- ~·~ '! . !LJ· ~~ ~1 ~ !- ~ :S.. 1.. ~.,..~.-μ~ {. ~ ~ .. w,
qt1,il av oit p!our._~ la d·éfendre ·
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c·e n'eft pas· ~el te:) qt1e doitt
fuivre --un H 01n111e véritable.f:·
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte souligne l'importance pour un royaume de suivre les conseils de conseillers compétents et de respecter les lois et règlements, ainsi que la défense de la religion. Un individu a discuté avec le ministre Claude de la préférence pour des professeurs qualifiés dans l'Église de Sainte-Anne la Royale des Théatins, mentionnant le Père Alexis du Buc. À Paris, des pétitions, dont celle de l'abbé Gaultier, député de Poitiers, ont été reçues concernant des affaires religieuses. Les députés doivent être forts et intelligents dans leurs missions et défendre les droits du Parlement. La personne en question est bien informée sur la défense de la religion et prête à la défendre avec éloquence, sans nécessairement suivre un individu spécifique.
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9
p. 9-20
Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Début :
Toute l'Assemblée marqua beaucoup de soûmission, & se [...]
Mots clefs :
Assemblée, Soumission, Mr le Bret, Official de Montauban, Avertissement pastoral, Ouvrage, Prétendus réformés, Schisme, Discours, Église, Clergé, Charité, Raison, Missions, Miracles, Sectes, Triomphe, Église gallicane, Allemagne
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texteReconnaissance textuelle : Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Toute l'Affſemblée mar
qua beaucoup de ſoûmiffion,
&ſe montra preſte d'écouter;
apres quoy, M² le Bret, Offi10
MERCURE
cial de Montauban, fit la le-
Eture de l'Avertiſſement Paftoral.
C'eſt un Ouvrage digne
de la charité de ceux qui
l'ont fait , & plein de raiſons
tres- fortes , pour obliger les
Prétendus Reformez à reconnoiſtre
leur Schifme,
s'ils veulent agir de bonnefoy.
M'le Bret ajoûta à cette
lecture un tres-beau Diſcours
qui termina l'Aſſemblée. Il
eſtoit conçeu dans ces termes.
MESSIEURS,
Le ſejour que je fais en cette
GALANT II
de
Ville depuis tant d'années ,
m'ayant uny d'amitié avecplufieurs
d'entre vous , m'a auffi
donné lieu de connoistre
plaindre voſtre état ; ce qui m'a
fait souvent defirer l'occaſion de
vous y estre utile, &de pouvoir
■ contribuer à voſtre réünion avec
- l'Eglise nostre commune Mere,
de laquelle vous vous eftesféparez
depuis plus d'un Siecle . Ce
defir toutefois ne m'a pas esté
particulier. La charité Chreftienne
l'a inspiré à beaucoup
d'autres , & principalement au
Clergé de France de la part de
qui je vous parle; car quoy qu'il
12 MERCURE
ſefuſt aſſemblé l'année derniere
à Paris pour d'autres Affaires , il
ne laiſſa pas de s'appliquer fortement
à celle. là, comme la plus
importante de toutes, parce qu'elle
regarde vostrefalut , qui est cette
affaire que Nostre- Seigneur nous
a fifi particulierement recommandée,
Porro unum eft neceffarium.
Noftre Grand Monarque,
dont la pietérépond fi dignement
au Titre de Tres -Chreftien que
l'Eglise luy a donné , a trouvé
cela si juste , qu'il a bien voulu
charger M² l'Intendant, comme
le Dépositaire de fon autorité
dans cette Province , de vous
८
GALANT. 13
T
L
faire connoiſtre là-deſſus ſes in
tentions ; de forte que comme ce
qu'il vous en a dit ne peut estre
plus précis, je me contenteray d'y
ajouſter que l'Eglise eftant cette
Arche veritable , hors laquelle il
n'y apoint deſalut, vous n'avez
pû ny dû vous en ſéparer, quel-
- que couleur qu'on ait prétendu
donner à cette séparation . Je ne
doute point que vous ne difiez que
l'Egliſe eſtant tombée en ruine,
il eftoit neceſſaire de la reparer.
Cefut le discours , comme le prétexte
, dont ſe prétendirent couvrir
les Autheurs de ce Schifme;
mais , Meffieurs , foufrez que je
1
14 MERCURE
ril
vous réponde avec S. Augustin,
parlant aux Donatistes, que pour
reparer dans l'ordre cette prétenduë
ruine de l'Eglife , bien loin
de la quiter, il falloit au contraire
y demeurer plus intimement unis ,
& n'y employer que la charité,
le bon exemple , & la patience.
Ce sont les regles que nous prefcrit
l'Evangile, & celles que les
Apostres & leurs Succeffeurs ob-
Serverent dans l'établiſſement du
Chriftianisme. Je diray encor,
que pourse croire veritablement
capable d'une telle entrepriſe , il
falloit en avoir la miſſion , puis
que felon S. Paul, Nemo fibi
GALANT. 15
fumit honorem, fed qui vocatur
à Deo tanquamAaron,
fic Chriftus non femetipfum
clarificavit , ce grand Apoſtre
n'ayant parlé de laforte que pour
nous apprendre l'abſoluë neceſſité
d'une Mission, & mesme l'obli
gation oùl'on estde ne pas écouter
ceux qui n'en ont point. Nous
fçavons tous qu'il n'y en a que
de deux fortes , l'ordinaire ,
l'extraordinaire ; que la premiere
ne vient que des Eveſques, à qui
la conduite de l'Eglife a de tout
temps appartenu, Quos Spiritus
Sanctus pofuit Epifcopos regere
Ecclefiam. Vos Autheurs
16 MERCURE
n'oferent ſe l'attribuer , parce
qu'ils appréhenderentavec raiſon
que ſes Evesques ne les defavoüaffent;
fi- bien que dans la
necefſſivé où ils ſe crûrent de perfuader
qu'ils ne venoient pas
d'eux- meſmes , ils ſe vanterent
d'avoir l'extraordinaire ; mais
comme cette Miſſion neſeprouve
que par des miracles , il est aisé.
de connoiſtre que ce n'estoit qu'une
fupoſition, parce qu'outre qu'ils ne
firent point de miracles , & que
l'esprit de Dieu ne sçauroit ja
mais estre qu'uniforme, ils furent
toûjours ſi peu d'accord entr'eux,
qu'apres une infinité de contestaGALANT.
17
tions, &de querelles ſanglantes,
ils prirent enfin le party d'établir
toutes les Sectes diverſes quiſe
voyent en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre , & en
France. De forte qu'une cauſe ſi
vitiée ſi erronée, influant neceſſairement
la mesme défectuosité
dansſes effets, il en faut conclure
que vostre état ne sçauroit estre
meilleur que son principe , &
qu'en un mot tout ce grand mal
ne se peut jamais guérir que par
fon contraire , c'est à dire que par
voſtre retour à l'Eglise que vous
avezquittée, d'autantplus qu'elle
est la veritable Eglife, qu'en effet
Mars 1683. B
18 MERCURE
vous y avez esté unis pendant
plus de quinze cens ans , quenfin
elle est auſſi viſiblement,
qu'incontestablement, cette Eglife
contre laquelle le Sauveur du
Monde a promis que les Portes
de l'Enfer ne prévaudront jamais
. Nous en avons pluſieurs
preuvesfans contredit, mais entre
autres,le gloricux triomphequ'elle
a remporté de tant de diférentes
Sectes, qui l'ayant fi violemment
attaquée dans tous les Siecles,
n'ontſervy qu'àſignaler davantage
leur confusion , & qu'à ren
dre plus remarquable l'effet de
cette grande promeffe de I. C. à
GALANT. 19
-fon Epouse. Aquoy, Meſſieurs,
- pour ménager le temps qui nous
refte, j'ajouteray cette miraculeuse
@conftanteſucceſſion deſesEvefques
, laquelle felon Tertullien,
S S. Augustin, &les autres Peres ,
n'est pas moins une marque autentique
deſa verité , que le defaut
de cette fucceffion a toûjours
efté dansſes Rivales une preuve
convainquante de leur fauffeté.
Je ne m'étendray done pas davantage,
Meſſieurs, furces gran..
des veritez, puis que je ne doute
point que vous n'en conceviez
l'énergie , &que cela estant , it
ne me reſte plus qu'à vous fou-
S
Bij
20 MERCURE
haiter, comme je fais de tout mon
ccoeur , la grace d'y eſtreſenſibles,
ainſi qu'à ce qui est contenu plus
au long dans l'Avis Pastoral que
l'Eglife Gallicane vous adreffe,
&dont je viens de vous faire la
lecture.
qua beaucoup de ſoûmiffion,
&ſe montra preſte d'écouter;
apres quoy, M² le Bret, Offi10
MERCURE
cial de Montauban, fit la le-
Eture de l'Avertiſſement Paftoral.
C'eſt un Ouvrage digne
de la charité de ceux qui
l'ont fait , & plein de raiſons
tres- fortes , pour obliger les
Prétendus Reformez à reconnoiſtre
leur Schifme,
s'ils veulent agir de bonnefoy.
M'le Bret ajoûta à cette
lecture un tres-beau Diſcours
qui termina l'Aſſemblée. Il
eſtoit conçeu dans ces termes.
MESSIEURS,
Le ſejour que je fais en cette
GALANT II
de
Ville depuis tant d'années ,
m'ayant uny d'amitié avecplufieurs
d'entre vous , m'a auffi
donné lieu de connoistre
plaindre voſtre état ; ce qui m'a
fait souvent defirer l'occaſion de
vous y estre utile, &de pouvoir
■ contribuer à voſtre réünion avec
- l'Eglise nostre commune Mere,
de laquelle vous vous eftesféparez
depuis plus d'un Siecle . Ce
defir toutefois ne m'a pas esté
particulier. La charité Chreftienne
l'a inspiré à beaucoup
d'autres , & principalement au
Clergé de France de la part de
qui je vous parle; car quoy qu'il
12 MERCURE
ſefuſt aſſemblé l'année derniere
à Paris pour d'autres Affaires , il
ne laiſſa pas de s'appliquer fortement
à celle. là, comme la plus
importante de toutes, parce qu'elle
regarde vostrefalut , qui est cette
affaire que Nostre- Seigneur nous
a fifi particulierement recommandée,
Porro unum eft neceffarium.
Noftre Grand Monarque,
dont la pietérépond fi dignement
au Titre de Tres -Chreftien que
l'Eglise luy a donné , a trouvé
cela si juste , qu'il a bien voulu
charger M² l'Intendant, comme
le Dépositaire de fon autorité
dans cette Province , de vous
८
GALANT. 13
T
L
faire connoiſtre là-deſſus ſes in
tentions ; de forte que comme ce
qu'il vous en a dit ne peut estre
plus précis, je me contenteray d'y
ajouſter que l'Eglise eftant cette
Arche veritable , hors laquelle il
n'y apoint deſalut, vous n'avez
pû ny dû vous en ſéparer, quel-
- que couleur qu'on ait prétendu
donner à cette séparation . Je ne
doute point que vous ne difiez que
l'Egliſe eſtant tombée en ruine,
il eftoit neceſſaire de la reparer.
Cefut le discours , comme le prétexte
, dont ſe prétendirent couvrir
les Autheurs de ce Schifme;
mais , Meffieurs , foufrez que je
1
14 MERCURE
ril
vous réponde avec S. Augustin,
parlant aux Donatistes, que pour
reparer dans l'ordre cette prétenduë
ruine de l'Eglife , bien loin
de la quiter, il falloit au contraire
y demeurer plus intimement unis ,
& n'y employer que la charité,
le bon exemple , & la patience.
Ce sont les regles que nous prefcrit
l'Evangile, & celles que les
Apostres & leurs Succeffeurs ob-
Serverent dans l'établiſſement du
Chriftianisme. Je diray encor,
que pourse croire veritablement
capable d'une telle entrepriſe , il
falloit en avoir la miſſion , puis
que felon S. Paul, Nemo fibi
GALANT. 15
fumit honorem, fed qui vocatur
à Deo tanquamAaron,
fic Chriftus non femetipfum
clarificavit , ce grand Apoſtre
n'ayant parlé de laforte que pour
nous apprendre l'abſoluë neceſſité
d'une Mission, & mesme l'obli
gation oùl'on estde ne pas écouter
ceux qui n'en ont point. Nous
fçavons tous qu'il n'y en a que
de deux fortes , l'ordinaire ,
l'extraordinaire ; que la premiere
ne vient que des Eveſques, à qui
la conduite de l'Eglife a de tout
temps appartenu, Quos Spiritus
Sanctus pofuit Epifcopos regere
Ecclefiam. Vos Autheurs
16 MERCURE
n'oferent ſe l'attribuer , parce
qu'ils appréhenderentavec raiſon
que ſes Evesques ne les defavoüaffent;
fi- bien que dans la
necefſſivé où ils ſe crûrent de perfuader
qu'ils ne venoient pas
d'eux- meſmes , ils ſe vanterent
d'avoir l'extraordinaire ; mais
comme cette Miſſion neſeprouve
que par des miracles , il est aisé.
de connoiſtre que ce n'estoit qu'une
fupoſition, parce qu'outre qu'ils ne
firent point de miracles , & que
l'esprit de Dieu ne sçauroit ja
mais estre qu'uniforme, ils furent
toûjours ſi peu d'accord entr'eux,
qu'apres une infinité de contestaGALANT.
17
tions, &de querelles ſanglantes,
ils prirent enfin le party d'établir
toutes les Sectes diverſes quiſe
voyent en Allemagne , en Hollande
, en Angleterre , & en
France. De forte qu'une cauſe ſi
vitiée ſi erronée, influant neceſſairement
la mesme défectuosité
dansſes effets, il en faut conclure
que vostre état ne sçauroit estre
meilleur que son principe , &
qu'en un mot tout ce grand mal
ne se peut jamais guérir que par
fon contraire , c'est à dire que par
voſtre retour à l'Eglise que vous
avezquittée, d'autantplus qu'elle
est la veritable Eglife, qu'en effet
Mars 1683. B
18 MERCURE
vous y avez esté unis pendant
plus de quinze cens ans , quenfin
elle est auſſi viſiblement,
qu'incontestablement, cette Eglife
contre laquelle le Sauveur du
Monde a promis que les Portes
de l'Enfer ne prévaudront jamais
. Nous en avons pluſieurs
preuvesfans contredit, mais entre
autres,le gloricux triomphequ'elle
a remporté de tant de diférentes
Sectes, qui l'ayant fi violemment
attaquée dans tous les Siecles,
n'ontſervy qu'àſignaler davantage
leur confusion , & qu'à ren
dre plus remarquable l'effet de
cette grande promeffe de I. C. à
GALANT. 19
-fon Epouse. Aquoy, Meſſieurs,
- pour ménager le temps qui nous
refte, j'ajouteray cette miraculeuse
@conftanteſucceſſion deſesEvefques
, laquelle felon Tertullien,
S S. Augustin, &les autres Peres ,
n'est pas moins une marque autentique
deſa verité , que le defaut
de cette fucceffion a toûjours
efté dansſes Rivales une preuve
convainquante de leur fauffeté.
Je ne m'étendray done pas davantage,
Meſſieurs, furces gran..
des veritez, puis que je ne doute
point que vous n'en conceviez
l'énergie , &que cela estant , it
ne me reſte plus qu'à vous fou-
S
Bij
20 MERCURE
haiter, comme je fais de tout mon
ccoeur , la grace d'y eſtreſenſibles,
ainſi qu'à ce qui est contenu plus
au long dans l'Avis Pastoral que
l'Eglife Gallicane vous adreffe,
&dont je viens de vous faire la
lecture.
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Résumé : Discours fait aux mesmes par M. le Bret, Official de la mesme Ville, [titre d'après la table]
Lors d'une assemblée, M. le Bret, officier de Montauban, a présenté un Avertissement Pastoral destiné à encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Dans son discours, il a exprimé le désir du clergé français et du roi, qualifié de Très-Chrétien, de voir les protestants revenir à l'Église catholique. M. le Bret a insisté sur le fait que l'Église catholique est la seule voie de salut et que les divisions religieuses sont injustifiées. Il a réfuté l'idée que l'Église doive être réformée, citant Saint Augustin pour affirmer que la véritable réparation réside dans l'unité et la charité. Le discours a critiqué les prétentions des réformés à posséder une mission extraordinaire, soulignant l'absence de miracles et les divisions internes qui ont conduit à la création de multiples sectes protestantes. M. le Bret a conclu en appelant les protestants à revenir à l'Église catholique, qu'il a décrite comme véritable et incontestable, et en mentionnant la succession ininterrompue des évêques comme preuve de sa légitimité. Il a également exprimé son engagement personnel et religieux, insistant sur l'importance de la grâce divine. Enfin, il a fait référence à un Avis Pastoral de l'Église gallicane, contenant des informations supplémentaires pertinentes pour les destinataires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 239-250
EXHORTATION DE M l'Evesque d'Angers aux Ministres de Baugé, & de Chasteau-du-Loir.
Début :
Mr l'Evesque d'Angers fit un Discours tres édifiant à ces [...]
Mots clefs :
Discours, Ministres, Dieu, Erreur, Église, Évêque d'Angers, Injures, Réflexions, Humiliation, Mensonge, Vérité, Fausseté, Conversions, Bénédiction, Hérésie, Ennemi
11
p. 1-3
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Je l'avouë, Madame, j'aurois esté bien surpris, si les [...]
Mots clefs :
Discours, Religion, Prétendus réformés, Conversion, Zèle, Louis le Grand, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
E l'avoue , Madame.
J'aurois efté bien fur
pris , fi les Difcours de
Mrs Gilly & Courdil , que je
vous ay envoyez huit jours
apres ma Lettre de Juin , ne
vous avoient pas donné au-
A '
Juillet 1683.
2 MERCURE
tant de plaifir que vous me
marquez en avoir reçeu de
leur lecture. Les raiſons qui
les ont fait changer de Reli…
gion , ſont ſi preſſantes contre
les Prétendus Réformez,
que fi ceux de ce Party qui
voudront agir de bonne foy,
n'en demeurent pas entierement
convaincus , ils auront
au moins fujet de douter, &
dans leurs doutes , ils ne pourront
recevoir que de tresutiles
éclairciffemens. Ces
Converfions, dont on voit le
nombre augmenter de jour
en jour , font l'effet du zele
GALANT.
3
de Louis LE GRAND , qui
croit ne pouvoir rien faire de
plus glorieux que de tâcher
par toute forte de voyes de
rendre à l'Eglife ce qu'elle a
perdu fous les Regnes précedens.
J'aurois efté bien fur
pris , fi les Difcours de
Mrs Gilly & Courdil , que je
vous ay envoyez huit jours
apres ma Lettre de Juin , ne
vous avoient pas donné au-
A '
Juillet 1683.
2 MERCURE
tant de plaifir que vous me
marquez en avoir reçeu de
leur lecture. Les raiſons qui
les ont fait changer de Reli…
gion , ſont ſi preſſantes contre
les Prétendus Réformez,
que fi ceux de ce Party qui
voudront agir de bonne foy,
n'en demeurent pas entierement
convaincus , ils auront
au moins fujet de douter, &
dans leurs doutes , ils ne pourront
recevoir que de tresutiles
éclairciffemens. Ces
Converfions, dont on voit le
nombre augmenter de jour
en jour , font l'effet du zele
GALANT.
3
de Louis LE GRAND , qui
croit ne pouvoir rien faire de
plus glorieux que de tâcher
par toute forte de voyes de
rendre à l'Eglife ce qu'elle a
perdu fous les Regnes précedens.
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
En juillet 1683, l'auteur se réjouit des discours de messieurs Gilly et Courdil, envoyés huit jours après sa lettre de juin, qui ont plu au destinataire. Ces discours justifient leur conversion religieuse et réfutent les prétendus réformés. L'auteur espère convaincre ou faire douter les personnes de bonne foi. Les conversions croissantes sont attribuées au zèle de Louis le Grand pour restaurer l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 169-188
EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
Début :
Tous ceux qui pûrent l'entendre, furent très-édifiez du zele/ Dieu soit loué, mes tres-chers Freres, de ce qu'il [...]
Mots clefs :
Dieu, Erreur, Église, Frères, Coeur, Avertissement, Maux, Chaire, Grâce, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
Tous
ceux qui purent l'entendre
, furent tres-édifiez
P
170
du zele qu'ils firent paroiftre,
außi-bien que du
Difcours que M¹ VEvefque
d'Angers leur
adreffa en ces termes.
171
52552525 :5252525
EXHORTATION
DE M' L'EVESQUE
D'ANGERS.
Di
Ieu foit loué, mes
tres -chers Freres ,'
de ce qu'il a rompu la
dureté de vos coeurs , &
éclairé les tenebres de
vos ames. Dieu foit
loué , dis- je , de ce qu'il
vous a tirez de la nuit
profonde de l'erreur où
vous cftiez engagez
,
Pij
172
pour vous appeller à la
lumiere
de la Foy, qui
vous réunit aujour
d'huy à fon Eglife . Dieu
foit loué , dis-je encore
une fois, mes Freres , de
ce que d'Enfans
rebelles
que vous eftiez à
cette divine Epoufe de
J.C. vous venez aujourd'huy
la reconnoiſtre
pour vôtre Mere. Nous
vous affuros de ſa part,
comme bien inftruits de
fon efprit par la grace
173
de l'Epifcopat qui nous
a admis , quoy que tresindignes
, au rang de fes
premiers Miniftres, qu'
elle oublie toutes les
defobeïfsaces que vous
luy avez renduës , &
toutes les injures que
vous luy avez faites , &
qu'elle vous embraffe
& vous reçoit en fon
fein comme fes veritables
& fes tres- chers
Enfans. Mais nous vous
devons avertir qu'une
PHJ
174
fimple abjuration de
voftre Erreur ne fuffit
pas pourreparer d'auſſi
grands maux que ceux
que vous luy avez faits ;
car vous ne vous etes
pas contentez de vous
féparer d'avec elle ,
vous luy avez ravy ſes
Enfans, vous avez, empoifonnéfon
Troupeau,
& comme des Aveugles
qui en conduifent d'autres,
vous les avez précipitez
dans l'abîme de
1
175
la perdition. Voila en
effet de grands maux,
mes chers Freres , &
nous n'y pouvons faire
refléxion fans admirer
la grace merveilleuſe
que Dieu vous a faite,
non feulement de les
reconnoiftre, & de vous
en repentir , mais encore
de les condamner
avec unefainte hardieffe
dans l'Affemblée de
ceux avec lefquels vous
les avez autrefois com
P iiij
176
mis. Nous ne nous ar
refterons
pas à vous
la
repréſenter
; l'humiliation
où
nous
vous
voyons aux pieds du
Saint
Autel , nous perfuade
affez que celuy
qui vous l'a donnée ,
yous la fait
comprendre
luy-meſme , & que
voftre coeur qu'elle éclaire
à préfent, en eft
touché d'une
parfaite.
reconnoiffance ; mais
comme vous ne con177
noiffez pas encore quel
eft l'efprit de l'Eglife en
une occafion comme
celle- cy , nous vous devons
avertir qu'elle affure
fes Enfans , que le
peché le moins digne de
miféricorde , eft d'eftre
ingrat à la Grace , &
3
encore à une Grace
auffi grande que celle
que vous avez réçeuë,
qui vous a fait defcendre
de la Chaire de
menfonge , pour vous
178
faire écouter les Inftructions
falutaires de la
Chaire de verité , &
vous a fait quitter la
qualité de Pafteurs d'une
fauffe Eglife , pour
vous foumettre auxPafteurs
légitimes de la veritable
, qui eſt la Catholique
, Apoftolique,
& Romaine , hors laquelle
il ne peut jamais
y avoir de falut. Nous
ne doutos pas que vous
ene foyez entrez dans
179
ces fentimens , fans lefquels
vôtre Converſion
feroit fauffe ; car come
l'Erreur veut détruire
la Verité, la Verité auffi
veut détruire l'Erreur
jufqu'aux fondemens .
Ce font deux Empires,
l'un du Démon, l'autre
de Dieu , qui fe font continuellement
la guerre ,
mais dont la victoire .
eft toujours affurée à la
Verité par N. Seigneur .
Ce que Dieu vous de180
mande donc principalement
, mes chers Freres
, c'eft que vous n'ô- .
mettiez rien de tout ce
qui peut dépendre de
vous, pour procurer la
Converfion de ceux qui
font dans l'Erreur que
vous avez quittée , &
fur tout de vos proches,
& de ceux qui ont efté
fous voftre conduite .
Joignez pour cela vos
voeux aux noftres , mes
chers Freres , & pour
181
vous bien acquiter des
actions de graces que
vous devez à Dieu , de
la grande miféricorde
qu'il vous a faite , ayeż
dans la bouche & dans
le coeur, ces paroles fi
touchantes d'un des
plus grands Peres de
l'Eglife. Gratias tibi,
Deus meus , qui fugientem
te perfecutus es, &
oblitum tui non es oblitus
. Soyez loué à jamais,
ô mon Dieu, qui
182
m'avez pourſuivy lors
que je vous fuyois ,. &
qui vous eftes fouvenu
de moy , lors que je
vous avois oublié. Que
voftre foy ſoit ferme,
comme l'Anchre qui
affermit le Vaiſſeau ,
felon
l'Apoftre ; que
ceux qui ont efté les
Perfécuteurs de l'Eglife
Catholique, foient à l'avenir
fes Défenſeurs';
que ceux qui ont ravagé
la Bergerie de J.C.
183
en devienent les Oüailles
; & que ceux qui ont
fait la guerre à ſa divine
Epoufe , fe confeffent
vaincus,pour avoir part
à fes victoires . Or comme
Dieu qui tient en fa
main le coeur des Roys,
fe fert viſiblement de
noftre grand & invincible
Monarque pour l'acroiffement
de la Foy,
vos actions de graces
feroient imparfaites, s'il
n'y avoit une part tou184
te particuliere ; & vous
n'ignorez pas fans dou
te , que pour eftre Enfans
de la veritable Egli
fe, il faut eftre à luy encore
plus par le devoir
de la Religion, que par
celuy de la Naiffance.
Qu'il foit donc defor
mais l'objet , non plus
de voftre crainte , mais
de voftre reconnoiffance
; que fon zele pour
la ruine de l'Hérefie,
excite le vostre pour la
185
confervation de fa Perfonne
facrée; & que cet
Ennemy fi redoutable
de l'Erreur que vous
quittez aujourd'huy,
foit à l'avenir confideré
de vous comme le Protecteur
de la Verité que
vous avez embraffée,
afin
qu'accompliffant
tous les devoirs de notre
fainte Religion, vous
méritiez la
récompenfe
que Dieu promet à ceux
qui vivent & qui meu186
4
rent dans la Communion
des Saints . Nous
fuplions N. Seigneur
J. C. que ces langues
de feu qui font defcenduës
aujourd'huy fur
fes Apoftres , purifient
vos lagues & vos coeurs
du refte des mauvaiſes
impreffions que l'Erreur
y auroit pû laiffer;
& c'eft ce que nous
vous fouhaitons , mes
tres- chers Freres , dans
les fentimens d'un coeur
187
tout remp de tendreffe,
d'affection , & de
charité pour vous , avec
les Benédictions duDieu
tout- puiffant, Pere , Fils ,
& Saint Efprit.
Il n'y eur perfonne qui ne fut
touché de ce Difcours, & du zele
plein de charité avec lequel ce
Prélat le prononça. Ceux quifont
Les fonctions de Miniftres parmy
les Prétendus Réformez , eftant
plus éclairez queles autresfur les
Points qui ont fourny prétexte à
Calvin de fe féparer de l'Eglife,
leur Converfion ne peut produire
que de tres -grands fruits. Auſſi
188
wit-on dés ce mefme jour l'Abjaration
de M's Gilly & Courdil fuivie
de celle de Mr Clement , Añeien
du Temple de Sorges, Gentil
homme tres- eftimé dans tout le
Party, & de deux de fes Enfans;
d'un Ancien du Lieu où M Courdil
exerçoit fon Miniftere ; de M' de
Beaulieu , Medecin à Beaufort, Beau
frere de M Gilly,& de trois autres
Perfonnes. M'l' Evefque d'Angers
acheva la Cerémonie par le Te
Deum qu'il entonna , & qui fut
chanté par la Mufique aufon de
toutes les Cloches.
ceux qui purent l'entendre
, furent tres-édifiez
P
170
du zele qu'ils firent paroiftre,
außi-bien que du
Difcours que M¹ VEvefque
d'Angers leur
adreffa en ces termes.
171
52552525 :5252525
EXHORTATION
DE M' L'EVESQUE
D'ANGERS.
Di
Ieu foit loué, mes
tres -chers Freres ,'
de ce qu'il a rompu la
dureté de vos coeurs , &
éclairé les tenebres de
vos ames. Dieu foit
loué , dis- je , de ce qu'il
vous a tirez de la nuit
profonde de l'erreur où
vous cftiez engagez
,
Pij
172
pour vous appeller à la
lumiere
de la Foy, qui
vous réunit aujour
d'huy à fon Eglife . Dieu
foit loué , dis-je encore
une fois, mes Freres , de
ce que d'Enfans
rebelles
que vous eftiez à
cette divine Epoufe de
J.C. vous venez aujourd'huy
la reconnoiſtre
pour vôtre Mere. Nous
vous affuros de ſa part,
comme bien inftruits de
fon efprit par la grace
173
de l'Epifcopat qui nous
a admis , quoy que tresindignes
, au rang de fes
premiers Miniftres, qu'
elle oublie toutes les
defobeïfsaces que vous
luy avez renduës , &
toutes les injures que
vous luy avez faites , &
qu'elle vous embraffe
& vous reçoit en fon
fein comme fes veritables
& fes tres- chers
Enfans. Mais nous vous
devons avertir qu'une
PHJ
174
fimple abjuration de
voftre Erreur ne fuffit
pas pourreparer d'auſſi
grands maux que ceux
que vous luy avez faits ;
car vous ne vous etes
pas contentez de vous
féparer d'avec elle ,
vous luy avez ravy ſes
Enfans, vous avez, empoifonnéfon
Troupeau,
& comme des Aveugles
qui en conduifent d'autres,
vous les avez précipitez
dans l'abîme de
1
175
la perdition. Voila en
effet de grands maux,
mes chers Freres , &
nous n'y pouvons faire
refléxion fans admirer
la grace merveilleuſe
que Dieu vous a faite,
non feulement de les
reconnoiftre, & de vous
en repentir , mais encore
de les condamner
avec unefainte hardieffe
dans l'Affemblée de
ceux avec lefquels vous
les avez autrefois com
P iiij
176
mis. Nous ne nous ar
refterons
pas à vous
la
repréſenter
; l'humiliation
où
nous
vous
voyons aux pieds du
Saint
Autel , nous perfuade
affez que celuy
qui vous l'a donnée ,
yous la fait
comprendre
luy-meſme , & que
voftre coeur qu'elle éclaire
à préfent, en eft
touché d'une
parfaite.
reconnoiffance ; mais
comme vous ne con177
noiffez pas encore quel
eft l'efprit de l'Eglife en
une occafion comme
celle- cy , nous vous devons
avertir qu'elle affure
fes Enfans , que le
peché le moins digne de
miféricorde , eft d'eftre
ingrat à la Grace , &
3
encore à une Grace
auffi grande que celle
que vous avez réçeuë,
qui vous a fait defcendre
de la Chaire de
menfonge , pour vous
178
faire écouter les Inftructions
falutaires de la
Chaire de verité , &
vous a fait quitter la
qualité de Pafteurs d'une
fauffe Eglife , pour
vous foumettre auxPafteurs
légitimes de la veritable
, qui eſt la Catholique
, Apoftolique,
& Romaine , hors laquelle
il ne peut jamais
y avoir de falut. Nous
ne doutos pas que vous
ene foyez entrez dans
179
ces fentimens , fans lefquels
vôtre Converſion
feroit fauffe ; car come
l'Erreur veut détruire
la Verité, la Verité auffi
veut détruire l'Erreur
jufqu'aux fondemens .
Ce font deux Empires,
l'un du Démon, l'autre
de Dieu , qui fe font continuellement
la guerre ,
mais dont la victoire .
eft toujours affurée à la
Verité par N. Seigneur .
Ce que Dieu vous de180
mande donc principalement
, mes chers Freres
, c'eft que vous n'ô- .
mettiez rien de tout ce
qui peut dépendre de
vous, pour procurer la
Converfion de ceux qui
font dans l'Erreur que
vous avez quittée , &
fur tout de vos proches,
& de ceux qui ont efté
fous voftre conduite .
Joignez pour cela vos
voeux aux noftres , mes
chers Freres , & pour
181
vous bien acquiter des
actions de graces que
vous devez à Dieu , de
la grande miféricorde
qu'il vous a faite , ayeż
dans la bouche & dans
le coeur, ces paroles fi
touchantes d'un des
plus grands Peres de
l'Eglife. Gratias tibi,
Deus meus , qui fugientem
te perfecutus es, &
oblitum tui non es oblitus
. Soyez loué à jamais,
ô mon Dieu, qui
182
m'avez pourſuivy lors
que je vous fuyois ,. &
qui vous eftes fouvenu
de moy , lors que je
vous avois oublié. Que
voftre foy ſoit ferme,
comme l'Anchre qui
affermit le Vaiſſeau ,
felon
l'Apoftre ; que
ceux qui ont efté les
Perfécuteurs de l'Eglife
Catholique, foient à l'avenir
fes Défenſeurs';
que ceux qui ont ravagé
la Bergerie de J.C.
183
en devienent les Oüailles
; & que ceux qui ont
fait la guerre à ſa divine
Epoufe , fe confeffent
vaincus,pour avoir part
à fes victoires . Or comme
Dieu qui tient en fa
main le coeur des Roys,
fe fert viſiblement de
noftre grand & invincible
Monarque pour l'acroiffement
de la Foy,
vos actions de graces
feroient imparfaites, s'il
n'y avoit une part tou184
te particuliere ; & vous
n'ignorez pas fans dou
te , que pour eftre Enfans
de la veritable Egli
fe, il faut eftre à luy encore
plus par le devoir
de la Religion, que par
celuy de la Naiffance.
Qu'il foit donc defor
mais l'objet , non plus
de voftre crainte , mais
de voftre reconnoiffance
; que fon zele pour
la ruine de l'Hérefie,
excite le vostre pour la
185
confervation de fa Perfonne
facrée; & que cet
Ennemy fi redoutable
de l'Erreur que vous
quittez aujourd'huy,
foit à l'avenir confideré
de vous comme le Protecteur
de la Verité que
vous avez embraffée,
afin
qu'accompliffant
tous les devoirs de notre
fainte Religion, vous
méritiez la
récompenfe
que Dieu promet à ceux
qui vivent & qui meu186
4
rent dans la Communion
des Saints . Nous
fuplions N. Seigneur
J. C. que ces langues
de feu qui font defcenduës
aujourd'huy fur
fes Apoftres , purifient
vos lagues & vos coeurs
du refte des mauvaiſes
impreffions que l'Erreur
y auroit pû laiffer;
& c'eft ce que nous
vous fouhaitons , mes
tres- chers Freres , dans
les fentimens d'un coeur
187
tout remp de tendreffe,
d'affection , & de
charité pour vous , avec
les Benédictions duDieu
tout- puiffant, Pere , Fils ,
& Saint Efprit.
Il n'y eur perfonne qui ne fut
touché de ce Difcours, & du zele
plein de charité avec lequel ce
Prélat le prononça. Ceux quifont
Les fonctions de Miniftres parmy
les Prétendus Réformez , eftant
plus éclairez queles autresfur les
Points qui ont fourny prétexte à
Calvin de fe féparer de l'Eglife,
leur Converfion ne peut produire
que de tres -grands fruits. Auſſi
188
wit-on dés ce mefme jour l'Abjaration
de M's Gilly & Courdil fuivie
de celle de Mr Clement , Añeien
du Temple de Sorges, Gentil
homme tres- eftimé dans tout le
Party, & de deux de fes Enfans;
d'un Ancien du Lieu où M Courdil
exerçoit fon Miniftere ; de M' de
Beaulieu , Medecin à Beaufort, Beau
frere de M Gilly,& de trois autres
Perfonnes. M'l' Evefque d'Angers
acheva la Cerémonie par le Te
Deum qu'il entonna , & qui fut
chanté par la Mufique aufon de
toutes les Cloches.
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Résumé : EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
L'évêque d'Angers adresse un discours à ses auditeurs, les exhortant à louer Dieu pour les avoir éclairés et délivrés de l'erreur. Il souligne la grâce divine qui leur a permis de reconnaître l'Église catholique comme leur mère spirituelle et de se repentir. L'évêque insiste sur la nécessité de dépasser la simple abjuration de l'erreur en accomplissant des actions concrètes pour réparer les maux commis. Il met en garde contre l'ingratitude envers la grâce divine, qu'il considère comme un péché grave. Il encourage également les convertis à œuvrer pour la conversion de ceux qui restent dans l'erreur, en particulier leurs proches. Le discours se conclut par une prière pour la purification des cœurs et des langues des auditeurs, ainsi que des bénédictions pour leur vie future dans la communion des saints. Plusieurs personnes, dont Messieurs Gilly, Courdil, Clément, et d'autres, annoncent publiquement leur abjuration. La cérémonie se termine par un Te Deum, chanté par la musique et accompagné du son de toutes les cloches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 323-324
Abjuration de M. Raveau, [titre d'après la table]
Début :
Le 5 de ce mois, le Sr François Raveau, natifs de Paris, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Hérésie, Église, Prétendus réformés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration de M. Raveau, [titre d'après la table]
Le s. de ce mois , le S Fran
324 MERCURE
çois Raveau , natif de Paris , abjura
l'Heréfie dans l'Eglife des
Filles de Sainte Marie du Fauxbourg
S. Germain , entre les
mains du Pere Alexis du Buc,
Théatin , qui depuis cinq ans
travailloit à le retirer de fes erreurs.
Cette action ſe fit en préfence
de plufieurs Perfonnes de
qualité , & comme elle luy a
attiré la haine de fes Parens , qui
font fort - puiffans parmy les Prétendus
-
Réformez , le Roy qui
prend un foin particulier de ceux
qui fe convertiffent , les a obligez
de luy donner une Penfion
proportionnée à leurs biens .
324 MERCURE
çois Raveau , natif de Paris , abjura
l'Heréfie dans l'Eglife des
Filles de Sainte Marie du Fauxbourg
S. Germain , entre les
mains du Pere Alexis du Buc,
Théatin , qui depuis cinq ans
travailloit à le retirer de fes erreurs.
Cette action ſe fit en préfence
de plufieurs Perfonnes de
qualité , & comme elle luy a
attiré la haine de fes Parens , qui
font fort - puiffans parmy les Prétendus
-
Réformez , le Roy qui
prend un foin particulier de ceux
qui fe convertiffent , les a obligez
de luy donner une Penfion
proportionnée à leurs biens .
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Résumé : Abjuration de M. Raveau, [titre d'après la table]
Le 324e jour du mois de mercure, François Raveau, Parisien, a abjuré l'hérésie à l'église des Filles de Sainte-Marie du Faubourg Saint-Germain. La cérémonie, dirigée par le Père Alexis du Buc, a duré cinq ans. Les parents de Raveau, influents Réformés, ont réagi avec haine. Le roi a imposé qu'ils lui versent une pension proportionnelle à leurs biens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
s. p.
LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
Début :
Conferences Ecclesiastiques du Diocese de Luçon, cinq Volumes in douze, [...]
Mots clefs :
Nouveautés, Ouvrages, Traité, Démonstration, Histoire, Église, Essais, Discours, Extraordinaire, Morale, Voyages, Relations, Livres, Volumes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Janvier 1685 .
CD
Onferences Ecclefiaftiques du
Dioceſe de Luçon , cinq Volumes
in douze , impreffion de Paris 40. fols
le Tome , & 25. fols impreffion de
Lyon .
Traité des Fortifications , contenant
la Demonſtration & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places , tant réguliéres qu'irreguliéres,
fuivant ce qui fe pratique aujourd'huy;
le tout d'une maniere abregée , & fort
aifée pour l'Inftruction de la Jeuneffe ;
par Monfieur Gautier de Nifmes, avec
23. Figures en taille douce , in douze,
25. fois.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement
& des Prérogatives de l'Eglife de Rome
, & de fes Evefques , par Monfieur
Mainbourg, in douze, 2.liv. 10. fols.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
par un Academicien François , in 12.
30.fols.
2 3
L'Hiftoire du Grand Seraskier Baffa
, ou la fuite de l'Hiftoire du Grand
Vifir , contenant toute la Relation de
la levée du Siege de Bude , & fes
Amours, in douze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les
jours du Carefme , contenant fix Difcours
differens pour chaque jour , &
des Sentences choifies de la Sainte
Ecriture & des Peres de l'Eglife pour
chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudirion
, & neceffaire à toutes fortes
de Perfonnes , in octavo 3. Volumes,
12. livres .
Extraordinaire du Mercure Galant
du quartier Octobre , Novembre &
Decembre , in douze , 30.fols .
Agiatis , Reyne de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacedemoniens ,
fous les Rois Agis & Leonidas, in 12 .
2. Volumes, 2. livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle
Edition, so . fols.
Effais de Phyfique , in douze , 2.Volumes,
3. livres.
Mademoiſelle de Jarnac , Hiftoire
du
temps
de la Princeffe de Cleves , in
12. trois Volumes , 3. livres 10.fols.
Le Grand Sophi , Nouvelle Allegorique
, in douze , 10. fols .
Les Travaux de Mars, ou l'Art de la
Guerre , augmenté d'un quart nouvellement,
par Monfieur Mallet , in octavo
3. Volumes , 15. livres .
Nouveau Voyage de Monfieur Thevenot,
in quarto, s . quarto, 5. livres.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
reciproque , Livre en deux Tomes
in douze, 2. livres 10. fols .
Relation d'un Voyage des Indes
Orientales, par Mr Dellon , Docteur en
Medecine, in douze , 2.Vol . 3.livres .
Predicateur Evangelique, in 1 2. fix
& feptiéme Tomes, 3. livres. Les cinq
premiers fe trouvent auffi dans la mè
me Boutique.
L'Ecclefiaftique , par ces Meffieurs,
in octavo, 4.livres .
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols.
Celuy de Liege , 15. fols.
La Connoiffance des Temps
née 1685. vingt ſols.
de
Armenius, Tragedie , in douze , 20.
fols.
Le Cocher Comedien, de Monfieur
de Hauteroche , in douze, is.fols .
Relation du Royaume de Siam , in
douze , 25. fols.
Journal du Palais , complet , en 9.
Volumes in quarto, 54. livres .
Idem , Le Neuvième Volume
feparé , pour 6. livres. L'on en donnera
toutes les Années un nouveau
Volume.
Et fans manquer & fans nulle remife
, vous aurez l'Hiftoire de François
Premier , du fçavant Mr de Varillas,
in quarto en deux Tomes , qui fe vendront
12. livres. Ainfi ceux qui en
voudront , en pourront envoyer prendre
chez le Sieur Amaulry , Libraire ;
il fe vendra à Lyon dans le mefme
temps qu'à Paris.
du mois de Janvier 1685 .
CD
Onferences Ecclefiaftiques du
Dioceſe de Luçon , cinq Volumes
in douze , impreffion de Paris 40. fols
le Tome , & 25. fols impreffion de
Lyon .
Traité des Fortifications , contenant
la Demonſtration & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places , tant réguliéres qu'irreguliéres,
fuivant ce qui fe pratique aujourd'huy;
le tout d'une maniere abregée , & fort
aifée pour l'Inftruction de la Jeuneffe ;
par Monfieur Gautier de Nifmes, avec
23. Figures en taille douce , in douze,
25. fois.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement
& des Prérogatives de l'Eglife de Rome
, & de fes Evefques , par Monfieur
Mainbourg, in douze, 2.liv. 10. fols.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
par un Academicien François , in 12.
30.fols.
2 3
L'Hiftoire du Grand Seraskier Baffa
, ou la fuite de l'Hiftoire du Grand
Vifir , contenant toute la Relation de
la levée du Siege de Bude , & fes
Amours, in douze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les
jours du Carefme , contenant fix Difcours
differens pour chaque jour , &
des Sentences choifies de la Sainte
Ecriture & des Peres de l'Eglife pour
chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudirion
, & neceffaire à toutes fortes
de Perfonnes , in octavo 3. Volumes,
12. livres .
Extraordinaire du Mercure Galant
du quartier Octobre , Novembre &
Decembre , in douze , 30.fols .
Agiatis , Reyne de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacedemoniens ,
fous les Rois Agis & Leonidas, in 12 .
2. Volumes, 2. livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle
Edition, so . fols.
Effais de Phyfique , in douze , 2.Volumes,
3. livres.
Mademoiſelle de Jarnac , Hiftoire
du
temps
de la Princeffe de Cleves , in
12. trois Volumes , 3. livres 10.fols.
Le Grand Sophi , Nouvelle Allegorique
, in douze , 10. fols .
Les Travaux de Mars, ou l'Art de la
Guerre , augmenté d'un quart nouvellement,
par Monfieur Mallet , in octavo
3. Volumes , 15. livres .
Nouveau Voyage de Monfieur Thevenot,
in quarto, s . quarto, 5. livres.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
reciproque , Livre en deux Tomes
in douze, 2. livres 10. fols .
Relation d'un Voyage des Indes
Orientales, par Mr Dellon , Docteur en
Medecine, in douze , 2.Vol . 3.livres .
Predicateur Evangelique, in 1 2. fix
& feptiéme Tomes, 3. livres. Les cinq
premiers fe trouvent auffi dans la mè
me Boutique.
L'Ecclefiaftique , par ces Meffieurs,
in octavo, 4.livres .
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols.
Celuy de Liege , 15. fols.
La Connoiffance des Temps
née 1685. vingt ſols.
de
Armenius, Tragedie , in douze , 20.
fols.
Le Cocher Comedien, de Monfieur
de Hauteroche , in douze, is.fols .
Relation du Royaume de Siam , in
douze , 25. fols.
Journal du Palais , complet , en 9.
Volumes in quarto, 54. livres .
Idem , Le Neuvième Volume
feparé , pour 6. livres. L'on en donnera
toutes les Années un nouveau
Volume.
Et fans manquer & fans nulle remife
, vous aurez l'Hiftoire de François
Premier , du fçavant Mr de Varillas,
in quarto en deux Tomes , qui fe vendront
12. livres. Ainfi ceux qui en
voudront , en pourront envoyer prendre
chez le Sieur Amaulry , Libraire ;
il fe vendra à Lyon dans le mefme
temps qu'à Paris.
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Résumé : LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
Le document énumère des livres publiés en janvier 1685. Parmi eux, les 'Conférences Ecclésiastiques du Diocèse de Luçon' en cinq volumes sont disponibles à Paris et Lyon. Le 'Traité des Fortifications' de Monsieur Gautier de Nîmes, illustré de 23 figures, vise à former la jeunesse à l'art de fortifier les places. Le 'Traité Historique de l'Établissement et des Prérogatives de l'Église de Rome' par Monsieur Mainbourg explore les aspects historiques et ecclésiastiques. D'autres titres incluent 'Les différents Caractères de l'Amour' par un académicien français, 'L'Histoire du Grand Seraskier Baffa', et 'Essais de Sermons pour tous les jours du Carême' en trois volumes. Des œuvres littéraires comme 'Agiatis, Reyne de Sparte', 'Mademoiselle de Jarnac', et 'Les Dames Galantes' sont également mentionnées. Des ouvrages scientifiques et techniques tels que 'Essais de Phyfique' et 'Les Travaux de Mars' sont listés. Des récits de voyage comme 'Nouveau Voyage de Monsieur Thevenot' et 'Relation d'un Voyage des Indes Orientales' par Monsieur Dellon sont présents. Enfin, le document cite des publications périodiques comme le 'Mercure Galant' et des almanachs pour l'année 1685.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 13-15
SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
Début :
Sur cent Peuples liguez esperer la Victoire. [...]
Mots clefs :
Peuple, Victoire, Louis, Héros, Église, Hérésie, Prétendus réformés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
SUR LES EDITS
contre les Prétendus
Reformez .
Ur cent Peuples ligue efperer
La Victoire ,
50%
Et n'avoir que fon bras &fon coeur
pour garanti
14
MERCURE
Seul les vaincre en effet , ce qu'on a
peine à croire ,
Et par tout s'eriger en parfait Conquerant.
C'est du vaillant LOVIS la furprenante
Histoire,
A qui tout l'Univers donne le nom
de GRAND ;
C'eft LOVIS en un mot ,fifameux
par fa gloire,
Qu'entre tous les Heros Il tient le
premier rang.
Cependant, comme il eft Fils aîné de
iEglife,
Ilveut que fa grandeur luyfoit toûjours
foumife ,
Et que tousfes Sujets foient unis fous
fa Loy.
Deftruire l'Heréfie infolente & rebelle.
GALANT.
15
C'est l'unique Triomphe où prétend
ce grand Roy ,
Quel autre peut donner une gloire
plusbelle'?
contre les Prétendus
Reformez .
Ur cent Peuples ligue efperer
La Victoire ,
50%
Et n'avoir que fon bras &fon coeur
pour garanti
14
MERCURE
Seul les vaincre en effet , ce qu'on a
peine à croire ,
Et par tout s'eriger en parfait Conquerant.
C'est du vaillant LOVIS la furprenante
Histoire,
A qui tout l'Univers donne le nom
de GRAND ;
C'eft LOVIS en un mot ,fifameux
par fa gloire,
Qu'entre tous les Heros Il tient le
premier rang.
Cependant, comme il eft Fils aîné de
iEglife,
Ilveut que fa grandeur luyfoit toûjours
foumife ,
Et que tousfes Sujets foient unis fous
fa Loy.
Deftruire l'Heréfie infolente & rebelle.
GALANT.
15
C'est l'unique Triomphe où prétend
ce grand Roy ,
Quel autre peut donner une gloire
plusbelle'?
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Résumé : SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
Le texte célèbre Louis XIV, surnommé le 'Grand', pour sa victoire contre les prétendus réformés. Il le décrit comme un conquérant parfait et le plus grand des héros, reconnu mondialement. Louis XIV souhaite soumettre sa grandeur à la foi et unir ses sujets sous sa loi. Son objectif principal est de détruire l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 50-60
SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Ma Lettre du 9 de ce mois vous à [...]
Mots clefs :
Religion, Église, Évêque, Convertis, Prédication, Abjuration, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
SECONDE LETTRE.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
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Résumé : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Le 20 décembre 1684, une lettre de Grenoble rapporte l'abjuration de Monsieur Vignes, ancien ministre de la Religion Prétendue Réformée, qui a eu lieu le dimanche précédent. Vignes s'était préparé à cette abjuration en se retirant. La cérémonie s'est déroulée dans la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, en présence d'une grande foule. Monsieur l'Évêque a prononcé un sermon sur la mission de Saint Jean-Baptiste, soulignant son humilité et sa déférence. Il a ensuite comparé les missions des évêques catholiques à celles des ministres protestants, critiquant ces derniers pour leur manque de légitimité apostolique. Après le sermon, Vignes a fait son abjuration avec une grande présence d'esprit et de confiance. Il a ensuite reçu le sacrement de confirmation, avec Monsieur de Saint-André et Madame la Comtesse de Clermont comme parrain et marraine. La cérémonie s'est conclue par le chant du Te Deum et des embrassades. Le lendemain, au temple, les psaumes ont été chantés lamentablement, reflétant la tristesse des réformés face à la perte de leur pasteur. Le ministre Railly a tenté de les réconforter, mais sans succès. Les réformés de Grenoble ont accusé Vignes de s'être converti par intérêt temporel, oubliant les éloges qu'ils lui avaient autrefois adressés. La lettre mentionne également l'envoi prochain d'une lettre et d'un livre écrits par Vignes, contenant des preuves des vérités de la religion catholique.
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18
p. 146-147
Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 17. de ce mois, jour de la Feste de S. Antoine, [...]
Mots clefs :
Saint-Antoine, Fête, Église, Chanoines, Auditoire, Abbé Fléchier, Solitude, Sermon
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texteReconnaissance textuelle : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le Mercredy 17. de ce mois,
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
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Résumé : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le 17 du mois, jour de la fête de Saint Antoine, l'abbé Fléchier a prononcé l'éloge de Saint Antoine à l'église des Religieux de Saint Antoine. Son discours a été acclamé pour sa piété, sa force et son éloquence. La cérémonie a également inclus de la musique appréciée par l'auditoire parisien.
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19
p. 168-173
A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
Début :
De quel bonheur, d'Arbaud, le Ciel te favorise ! [...]
Mots clefs :
Monsieur d'Arbaud, Hérésie, Abjuration, Église, Erreurs, Calvin, Foi, Ciel, Sainte vérité, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
A M
D'ARBAUD ,
SUR SON ABJURATION
de l'Herefie.
DE
E quel bonheur , d'Arbaud , le
Ciel te favorife!
Te voilà revenu dans le fein de l'Eglife
;
Tu n'as plus ce Bandeau qui te cou
vroit les yeux ,
Qui caufa le malheur de tes derniers
Ayeux.
Eux
GALANT. 169
Eux feuls dans noftre noble & fidele
Patrie ,
De l'erreur de Calvin eurent l'ame
flétrie ,
Contraints de fuivre ailleurs leur
malheureufe erreur,
Ils furent entrainez par ce Torrent
trompeur.
Tu vois le Precipice où te menoit fa
courfe;
La quitant tu reviens à ta premiere
Source.
Quel Chant n'éclate point dans nos
Temples fameux,
Lors que ton coeur foûmis y fait de
nouveaux Voeux ;
Et quel eft ton plaifir , adorant nos
Misteres,
D'offrir le mefme Encens qu'avoient
offert tes Peres !
Tu n'es plus aveuglé , tu connois aujourd'huy
Quelle étoit ton erreur, & quelfut
fon apuy.
Janvier 1685 .
H
170 MERCURE
D'Arbaud , tu te fouviens que la
France en furie
Apuya lâchement la naifante Herefie
;
Qu'un Peuple mutiné contre fespropres
Roys,
Abatit les Autels , & renverfa la
Croix i
Tu découvres enfin par la Foy qui te
guide,
Qu'un nouveau Reformé fut un nouveau
perfide ;
Que la fedition,le carnage & l'horreur,
Avançoient les progrés d'un faux
Legislateur ;
du jufte Ciel le pouvoir le-
Et
que
gitime
Ne s'établit jamais par lefang ny le
crime .
Eclairé de la Foy , ce Celeste Flambeau,
Tu connois l'Herefie , & quel fut fon
Berceau.
GALANT. 171
Pour foûtenir l'éclat de fa nouvelle
gloire ,
Eut - elle un Auguftin, un Ambroise,
un Grégoire ?
Elle eut pour Fondateurs , d'illuftres
Scelerats ,
De fçavans Libertins , de fameux
Apoftats.
Chrétiens infortuneZ, de qui l'ame
abufée
Souffrit ce joug trompeur d'une Reforme
aifée ,
Qui prefchoit le plaifir & le relachement
,
Je ne m'étonne pas de vostre aven
glement ;
Je ne m'étonne pas qu'au milieu da
tumulte
Vous avez malgré vous fuivy vostre
faux Culte.
Le defordre & le bruit ne ferviront
jamais
A trouver le bonheur
que
donne un
Dieu de Paix.
H 2
172 MERCURE
Mais je m'étonne enfin , que le plus
grand des Princes ,
Qui travaille au repos de toutes fes
Provinces ,
Qui rend par fa douceur fes Peuples
fortunez ,
Trouve encor parmy vous tant de
coeurs obftinez.
Je fçay bien que la Foy ne fouffre
point de Maiftre ;
Que le pouvoir humain ne la fait
pas connoiftre ;
Que ce divin Rayon qui deffille nos
yeux ,
Eft un prétieux Don qui ne vient
que
des Cieux.
Sans tumulte & fans bruit , Chrêtiens
dans la Priere
Nous devons demander cette vive
lumiere.
Tout eft calme à préfent ; LOUIS
a tout foûmis ;
Demandez cette Foy , qui nous doit
rendre unis ;
GALANT.
1173
Employezle repos que donne l'a Victoire
,
A chercher le chemin d'une éternelle
Gloire.
D'arbaud , fans diférer tu cherchois
ce bonheur ;
Le Ciel vient de remplir ton efprit
& ton coeur ;
La fainte Verité jointe à l'ardeur
Sublime
2
Par fes Celeftes feux, & t'éclaire,&
t'anime ;
Sans fuivre les motifs qu'ont les
tâches Mortels ,
Tu viens pur & fincere au pied de
nos Autels ;
Eloigné de la Cour , dont l'éclat
t'importune
,
Tu cherche ton falut , fans chercher
la Fortune.
D'ARBAUD ,
SUR SON ABJURATION
de l'Herefie.
DE
E quel bonheur , d'Arbaud , le
Ciel te favorife!
Te voilà revenu dans le fein de l'Eglife
;
Tu n'as plus ce Bandeau qui te cou
vroit les yeux ,
Qui caufa le malheur de tes derniers
Ayeux.
Eux
GALANT. 169
Eux feuls dans noftre noble & fidele
Patrie ,
De l'erreur de Calvin eurent l'ame
flétrie ,
Contraints de fuivre ailleurs leur
malheureufe erreur,
Ils furent entrainez par ce Torrent
trompeur.
Tu vois le Precipice où te menoit fa
courfe;
La quitant tu reviens à ta premiere
Source.
Quel Chant n'éclate point dans nos
Temples fameux,
Lors que ton coeur foûmis y fait de
nouveaux Voeux ;
Et quel eft ton plaifir , adorant nos
Misteres,
D'offrir le mefme Encens qu'avoient
offert tes Peres !
Tu n'es plus aveuglé , tu connois aujourd'huy
Quelle étoit ton erreur, & quelfut
fon apuy.
Janvier 1685 .
H
170 MERCURE
D'Arbaud , tu te fouviens que la
France en furie
Apuya lâchement la naifante Herefie
;
Qu'un Peuple mutiné contre fespropres
Roys,
Abatit les Autels , & renverfa la
Croix i
Tu découvres enfin par la Foy qui te
guide,
Qu'un nouveau Reformé fut un nouveau
perfide ;
Que la fedition,le carnage & l'horreur,
Avançoient les progrés d'un faux
Legislateur ;
du jufte Ciel le pouvoir le-
Et
que
gitime
Ne s'établit jamais par lefang ny le
crime .
Eclairé de la Foy , ce Celeste Flambeau,
Tu connois l'Herefie , & quel fut fon
Berceau.
GALANT. 171
Pour foûtenir l'éclat de fa nouvelle
gloire ,
Eut - elle un Auguftin, un Ambroise,
un Grégoire ?
Elle eut pour Fondateurs , d'illuftres
Scelerats ,
De fçavans Libertins , de fameux
Apoftats.
Chrétiens infortuneZ, de qui l'ame
abufée
Souffrit ce joug trompeur d'une Reforme
aifée ,
Qui prefchoit le plaifir & le relachement
,
Je ne m'étonne pas de vostre aven
glement ;
Je ne m'étonne pas qu'au milieu da
tumulte
Vous avez malgré vous fuivy vostre
faux Culte.
Le defordre & le bruit ne ferviront
jamais
A trouver le bonheur
que
donne un
Dieu de Paix.
H 2
172 MERCURE
Mais je m'étonne enfin , que le plus
grand des Princes ,
Qui travaille au repos de toutes fes
Provinces ,
Qui rend par fa douceur fes Peuples
fortunez ,
Trouve encor parmy vous tant de
coeurs obftinez.
Je fçay bien que la Foy ne fouffre
point de Maiftre ;
Que le pouvoir humain ne la fait
pas connoiftre ;
Que ce divin Rayon qui deffille nos
yeux ,
Eft un prétieux Don qui ne vient
que
des Cieux.
Sans tumulte & fans bruit , Chrêtiens
dans la Priere
Nous devons demander cette vive
lumiere.
Tout eft calme à préfent ; LOUIS
a tout foûmis ;
Demandez cette Foy , qui nous doit
rendre unis ;
GALANT.
1173
Employezle repos que donne l'a Victoire
,
A chercher le chemin d'une éternelle
Gloire.
D'arbaud , fans diférer tu cherchois
ce bonheur ;
Le Ciel vient de remplir ton efprit
& ton coeur ;
La fainte Verité jointe à l'ardeur
Sublime
2
Par fes Celeftes feux, & t'éclaire,&
t'anime ;
Sans fuivre les motifs qu'ont les
tâches Mortels ,
Tu viens pur & fincere au pied de
nos Autels ;
Eloigné de la Cour , dont l'éclat
t'importune
,
Tu cherche ton falut , fans chercher
la Fortune.
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Résumé : A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
Le texte décrit l'abjuration de l'hérésie par un individu nommé d'Arbaud, qui exprime sa joie de revenir dans le sein de l'Église. Il reconnaît avoir abandonné l'erreur calviniste, qui avait causé le malheur de ses ancêtres contraints de fuir leur patrie. D'Arbaud exprime son plaisir de retrouver la foi de ses pères et offre des vœux dans les temples. Le texte évoque les troubles religieux en France, où l'hérésie protestante avait été soutenue par un peuple mutiné contre ses rois, abattant les autels et renversant la croix. D'Arbaud découvre que la réforme protestante a été portée par des scélérats et des libertins, et reconnaît que le désordre ne mène pas au bonheur. Malgré les efforts du roi Louis pour apporter le repos à ses provinces, il trouve encore des cœurs obstinés parmi les chrétiens. Le texte insiste sur le fait que la foi ne souffre pas de maître humain et encourage les chrétiens à prier pour être unis et chercher une gloire éternelle. D'Arbaud, éclairé par la sainte vérité, se présente pur et sincère aux autels, éloigné des motifs terrestres.
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20
p. 15-31
LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Début :
On ne doit point s'étonner apres tous ces soins, / Grand Roy, qui dans l'Eglise avez le Droit d'Ainesse, [...]
Mots clefs :
Louanges, Monarque, Chevalier de Longueil, Hérésie, Lois, Église, Couronne, Honneur, Grandeur, Monstres, Conversion, Tyrans, Vérité, Auteurs, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
On ne doit point s'étonner
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
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Résumé : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Le poème adressé au roi Louis XIV, écrit par le Chevalier de Longueil, membre d'une famille distinguée par ses contributions aux lettres et aux mathématiques, célèbre les exploits du roi et ses efforts pour extirper l'hérésie en France. Le texte loue le roi pour ses actions en faveur de la foi catholique, comparant ses efforts à ceux des grands rois et héros du passé. Il met en avant les succès militaires du roi ainsi que ses réformes administratives, telles que l'ouverture de nouveaux ports et la construction de palais et de remparts. Le poème souligne la détermination du roi à éradiquer l'hérésie et à réunir les cœurs divisés, soulignant son rôle de défenseur de la foi et de l'unité nationale. Le texte se termine par une exhortation au roi de continuer ses efforts pour maintenir la paix et la justice dans le royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 87-92
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous parlay point la derniere fois de la mort de Messire [...]
Mots clefs :
Décès, Président du conseil, Intendant, Charge, Majesté, Église, Veuve, Comte, Mère, Seigneur, Abbé commandataire, Aumônier du roi, Érudition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Je ne vous parlay point la
derniere fois de la mort de
Meffire André Scarron , Préfident
du Confeil Souverain
d'Artois , parce que je n'en
avois point encore reçû la
nouvelle . Cette mort eft arrivée
le 25. Decembre dernier
. Son rare mérite & fes
belles qualitez avoient obligé
Sa Majefté de le tirer du Parlement
de Metz en 1660. pour
kuy donner à Arras une Char88
MERCURE
ge plus honorable
, qu'il a
exercée
pendant
vingt- quatre
ans avec beaucoup
d'éclat
& de gloire. Il eft mort
dans fa foixante
& feiziéme
année , laiſſant M' fon Fils,
digne Succeffeur
de fa Charge
, dont le Roy luy avoit
donné la furvivance
. Ila efté
enterré dans l'Eglife des Peres
Récolets
d'Arras , où fix Huiffiers
du Confeil
en Robes
portérent
le Corps . Quarante
Pauvres
, reveſtus
de Noir,
tenant chacun un Flambeau
,
marchoient
à la tefte du Convoy.
Meffieurs
du Confeil y
GALANT. 89
affifterent, ainfi que le Corps
de Ville , & ceux de Juftice .
M' l'Evefque d'Arras eftoit
en l'Eglife à cofté de l'Autel,,
& quelques Abbez & Eccléfiaftiques
de marque . M
Chauvelin , Intendant de Picardie
& d'Artois fe trouva
auffi à cette lugubre Cerémonic
.
J'ay à vous apprendre trois
autres morts , arrivées icy
depuis peu de jours . La premiere
eft celle de Dame
Bonne Royer , Veuve de :
Meffire Jean Louis de Fau--
con , Seigneur de Rys, Mar
Février 1685. Hi
90 MERCURE
quis de Charleval , Comte de
Bacqueville,Confeiller d'Etat
Ordinaire , & Premier Pré
fident au Parlement de Normandie.
C'eftoit une Dame
d'une grande pieté , & que
fa vertu , & fes manieres pleines
de l'honncfteré la plus.
engageante, ont toûjours rendue
tres eftimable . Elle eftoit
Mere de M ' de Rys , Intendant
à Bordeaux , & de Madame
de Bernieres , Femme,
de M' de Bernieres , Confeiller
au Parlement de Paris .
Elle eft morte le s . de ce
mois.
$
1
GALANT. 91
Au-
Y
Meffire Claude du Val,
Seigneur de Mandre
mônier du Roy, ancien Abbé
de S. Pierre de Selincourt,
eft mort environ dans le
mefme temps aufli - bien
que Meffire Pierre Bourdelot
, Abbé Commendataire
.de S. Martin de Maffay , &
Médecin Ordinaire de Monfieur
le Prince . C'eftoit un
Homme qui avoit beaucoup
d'érudition , & des connoiffances
particulieres dans la
Médecine . Il y avoit chez
ly tous les Mardis des Conférences
publiques , où fe
·
Hi
ij
92 MERCURE
trouvoient beaucoup de Sçavans
. On y agitoit toute forte
de matieres.
derniere fois de la mort de
Meffire André Scarron , Préfident
du Confeil Souverain
d'Artois , parce que je n'en
avois point encore reçû la
nouvelle . Cette mort eft arrivée
le 25. Decembre dernier
. Son rare mérite & fes
belles qualitez avoient obligé
Sa Majefté de le tirer du Parlement
de Metz en 1660. pour
kuy donner à Arras une Char88
MERCURE
ge plus honorable
, qu'il a
exercée
pendant
vingt- quatre
ans avec beaucoup
d'éclat
& de gloire. Il eft mort
dans fa foixante
& feiziéme
année , laiſſant M' fon Fils,
digne Succeffeur
de fa Charge
, dont le Roy luy avoit
donné la furvivance
. Ila efté
enterré dans l'Eglife des Peres
Récolets
d'Arras , où fix Huiffiers
du Confeil
en Robes
portérent
le Corps . Quarante
Pauvres
, reveſtus
de Noir,
tenant chacun un Flambeau
,
marchoient
à la tefte du Convoy.
Meffieurs
du Confeil y
GALANT. 89
affifterent, ainfi que le Corps
de Ville , & ceux de Juftice .
M' l'Evefque d'Arras eftoit
en l'Eglife à cofté de l'Autel,,
& quelques Abbez & Eccléfiaftiques
de marque . M
Chauvelin , Intendant de Picardie
& d'Artois fe trouva
auffi à cette lugubre Cerémonic
.
J'ay à vous apprendre trois
autres morts , arrivées icy
depuis peu de jours . La premiere
eft celle de Dame
Bonne Royer , Veuve de :
Meffire Jean Louis de Fau--
con , Seigneur de Rys, Mar
Février 1685. Hi
90 MERCURE
quis de Charleval , Comte de
Bacqueville,Confeiller d'Etat
Ordinaire , & Premier Pré
fident au Parlement de Normandie.
C'eftoit une Dame
d'une grande pieté , & que
fa vertu , & fes manieres pleines
de l'honncfteré la plus.
engageante, ont toûjours rendue
tres eftimable . Elle eftoit
Mere de M ' de Rys , Intendant
à Bordeaux , & de Madame
de Bernieres , Femme,
de M' de Bernieres , Confeiller
au Parlement de Paris .
Elle eft morte le s . de ce
mois.
$
1
GALANT. 91
Au-
Y
Meffire Claude du Val,
Seigneur de Mandre
mônier du Roy, ancien Abbé
de S. Pierre de Selincourt,
eft mort environ dans le
mefme temps aufli - bien
que Meffire Pierre Bourdelot
, Abbé Commendataire
.de S. Martin de Maffay , &
Médecin Ordinaire de Monfieur
le Prince . C'eftoit un
Homme qui avoit beaucoup
d'érudition , & des connoiffances
particulieres dans la
Médecine . Il y avoit chez
ly tous les Mardis des Conférences
publiques , où fe
·
Hi
ij
92 MERCURE
trouvoient beaucoup de Sçavans
. On y agitoit toute forte
de matieres.
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs décès notables. Meffire André Scarron, Président du Conseil Souverain d'Artois, est décédé le 25 décembre précédent. Nommé par le roi en 1660, il avait précédemment servi au Parlement de Metz. Ses funérailles ont eu lieu dans l'église des Pères Récollets d'Arras, en présence de dignitaires et de pauvres portant des flambeaux. Son fils a été désigné comme successeur. Dame Bonne Royer, veuve de Meffire Jean Louis de Faucon, Seigneur de Rys, est décédée au début du mois de février 1685. Connue pour sa piété et sa vertu, elle était la mère de Meffire de Rys, Intendant à Bordeaux, et de Madame de Bernières, épouse d'un conseiller au Parlement de Paris. Deux autres décès sont mentionnés : Meffire Claude du Val, Seigneur de Mandremont, ancien abbé de Saint-Pierre de Selincourt, et Meffire Pierre Bourdelot, abbé commendataire de Saint-Martin de Massay et médecin ordinaire du prince. Ce dernier était reconnu pour son érudition et ses connaissances en médecine, et organisait des conférences publiques chaque mardi, attirant de nombreux savants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 49-68
Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelle que Mercredy 24 de Janvier dernier, [...]
Mots clefs :
Roi du Portugal, Église, Rome, Cérémonies, Cardinal, Estrade, Ornements, Peintures, Médailles, Alphonse VI, Éminence, Couleurs, Armes, Mausolée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
On a eu nouvelle que le
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
Mercredy 24 de Janvier der
nier , on fit à Rome un Service
folemnel pour Dom Alphonfe
VI. Roy de Portugal .
La Ceremonie fut faite avec
tant d'ordre , déclat & de
pompe , que quoy que ce foit
un lieu où lesfomptueux
Spectacles
foient fort ordinaires,
on ne laiffa pas de l'admirer.
Mars 1685. E
To MERCURE
Ainfi je croy vous faire plai
fir de vous en apprendre les
particularitez , & je me fers
pour cela des mefmes termes
qui ont efté employez dans
une Lettre écrite fur ce fujet
à M' de S. Romain , Ambaſ
fadeur Extraordinaire du Roy
à Lisbonne. L'Eglife Nationnale
de S. Antoine des Por
tugais ayant efté deſtinée
pour cette fonction , par M
le Cardinal d'Eftrées , Prote-
&teur des Affaires de Portugal
, & par Dom Domingos
Barreiros Leita , Refident de
eRoyaume , Son Eminence
GALANT.
ད་
concerta la Décoration de
l'Eglife , avec M ' l'Abbé Benedetti
, Agent de France , à
qui il donna le foin de l'execution.
Il s'en acquitta parfaitement
bien , eftant affifté
de M' l'Abbé Mesquita, & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux.
Toute la Façade de l'Eglife
eftoit couverte & ornée de
Peintures , & de Figures en
relief, qui la rendoient beaucoup
plus belle & plus agréable
qu'elle n'étoit auparavant
,
& qui toutes avoient du rapport
à cette Ceremonie . La
E ij
52 MERCURE
foû
Porte eftoit entourée , ou plû
toft envelopée d'un Drap
noir. Le deffus , ou le Fronton
de la meſine Porte ,
tenoit deux Statues qui reprefentoient
la Religion & la
Force , par lesquelles les Portugais
fe font toûjours diftin
guez ; avec une Infcription
qui marquoit que les Roys
de Portugal par leurs Conqueftes
dans les Païs éloignez
, par leur Pieté , & par
leur Valeur , avoient foûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la
Couronne:
GALANT. 53
La Façade des deux côtez
de la Porte étoit enrichie de
Pilaftres , & de Contrepila.
ftres , ornez de Figures & de
Trophées de Mort & de Feftons
. Les deux vuides qui
reftoient des deux côtez entre
les Pilaftres , étoient remplis
par deux grands Medaillons
ovales, de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur
de Bronze, qui reprefentoient
deux Illuftres Actions de
deux autres Alphonfes , fçavoir
la Bataille d'Ourique, gagnée
par le Roy Alphonfe
E iij
54 MERCURE
Henriquez I. du nom, contre
cinq Roys Mores , & le Siége
de la Ville d'Alcazer en Afrique
, priſe par le Roy Alphonfe
II . On lifoit au def
fous , des Infcriptions qui expliquoient
le fujet de ces
Peintures.
Le deffus , ou le fecond
Ordre de la Façade , étoit
embelly auffi bien que le premier
, de divers Ornemens
d'Architecture: Au milieu
étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots
Calitus Data , pour faire allufion
à ce que les Hiftoriens
GALANT. 55
raportent, qu'elles furent mi
raculeufement
données au
Roy Alphonfe I. Des deux
côtez s'élevoient deux belles
Pyramides , fur lefquelles on
voyoit deux.Infcriptions
Morales
, & convenables
au Sujet.
Les extrémitez de la Façade
foûtenoient
des Vaſes , & fur
le haut étoit placée une Tour
qui faifoit partie des Armes
de Portugal , avec une Mort
armée de fa Faux au deffus,
& deux Etendarts noirs qui
pendoient des deux côtez,
Sur l'un on voyoit une Mort
qui tenoit des Sceptres & des
E iiij .
56 MERCURE
Couronnes , & fur l'autre une
Tefte de Mort avec la Lune,
le tout accompagné de Devifes
& d'autres Ornemens,
qui faifoient un effet tresagréable
à la veuë. Le dedans
de l'Eglife étoit orné d'une
maniere toute lugubre , mais.
avec tant d'Art qu'il ne laiffoit
pas de plaire , & de fatisfaire
les Spectateurs. Sur la
Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient
les Roys Alphonfe III . Alphonfe
IV. & Alphonfe V.
avec une Devife à chacun .
Les Murailles , la Coupole ,
GALANT. 57
ou le Dome ,les Voutes des
Chapelles , & celles de l'Eglife
, étoient entierement
couvertes de Drap noir , qui
fur un fond blanc formoit des.
Coquilles , des Vafes , des
Feftons, & divers autres com
partimens , avec un fi beau
deffein & un fi bel ordre, que
ces Ornemens
, quoy que tres
fimples , faifoient un effet furprenant
en cette trifte Cere
monie. Ils étoient encore relevez
par une large bande de
Satin noir , bordée par le bas
d'une grande Dentelle d'ar
gent , qui couvroit la Corni
$8 MERCURE
che, & faifoit avec elle tour
le tour de l'Eglife.
Les huit Pilaftres qui feparent
les Chapelles éroient
Couverts & peints en Pyramides
, fur lesquelles étoient
écrites des Sentences morales.
De grandes Figures de
Mort en relief, dorées avec
des Manteaux de mefme ,
foûtenues par de beaux Sca
bellons de couleur de Bron
ze & en diverfes attitudes,
étoient appuyées contre ces
Pyramides , & portoient cha
cune un Cierge d'une gran--
deur extraordinaire .
GALANT.
50%
On dreffa devant le grand
Autel un fuperbe Mauſolée,
de pres de trente pieds de
hauteur . Cette Machine étoit
foûtenue par un Soubaffement
de figure ovale, & poſé
fur un Socle qui paroiffoir
eftre de Porphire. Les quatre
Angles qui fortoient hors
d'oeuvre , fervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées,
Couvertes de Manteaux de
deüil de mefme , & qui por
toient des Cierges de pres de
demy pied de Diametre , &
d'une longueur extraordinaire.
Entre les Angles , ou fur
60 MERCURE
les quatre côtez du Soubaf
fement , qui fembloit étre de
Bronze à compartiment
d'or,
on voyoit 4. Medaillons , où
étoient reprefentez
les quatre
Ages de l'Homme , avec une
Mort à chacun, & une Deviſe
qui faifoit entendre que perfonne
n'étoit exempt de fes
Loix . Du côté qui regardoit la
Porte , on lifoit cette Infcription
, en gráds Caracteres d'or.
ALPHONSO VI.
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deffus de tout cela , s'é
GALANT. 61
levoit une grande Urne quarrée
& couverte , & qui paroiffoit
une Maffe d'or cifelée &
enrichie de feuillages , cartouches,
& autres ornemens.
Aux quatre coins , il y avoit
quatre Figures richement vétues
, & qui par leurs Habits
differens , reprefentoient les
quatre Parties du Monde ;
pour faire allufion aux Etats
du Roy de Portugal , qui s'étendent
dans ces quatre par
ties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une
Corne d'abondance d'argent,
& de l'autre une Torche à
62 MERCURE
quatre branches , & fem
bloient marquer
par leurs po-
Aures triftes , qu'elles étoient
affligées de la mort du Roy
Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un
Ange doré, qui mettoit deux
Sceptres fur un Carreau de
brocard d'or, & au deffus une
Couronne d'or , qui terminoit
agréablement ce magnifique
Maufolée.
Toutes ces chofes ayant
eſté ainſi diſpoſées , le matin
du jour que ce Service fut
fait , M' le Cardinal d'Eftrées
fit diftribuer de grandes AuGALANT.
63
mônes à plus de quatre mille
pauvres , afin de les obliger à
prier Dieu pour le repos de
PAme du Roy défunt. Tous
Γ
ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal, s'affemblerent
cependant au Palais Farnefe.
On leur prefenta à tous
& en grande abondance du
Chocolat , des Biſcuits & des
Maſſepains, à cauſe
que fon
Eminence prévoyoit
que la
Ceremonie
feroit longue.
Sur les dix heures Male Cardinal
d'Eftrées partit avec un
Cortege de pres de
cinquante
Prélats, & de quantité d'au64
MERCURE
.
tres Perfonnes confiderables:
On ne fe fouvient point à
Rome, d'avoir veu un fi grand
nombre de Prélats à aucune
fonction , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable
' , qu'il y en avoit de
tous les Ordres, quoy que ce
jour là la plupart des Congregations
& des Tribunaux
fuffent affemblez . Son Eminence
fut reçeue à la Porte
le Refident de Portugal.
par
accompagné des principaux
de la Nation ; & des Officiers
de l'Eglife . Apres que ce Care
dinal eut pris fa Place aupres
GALANT. 65
de l'Autel , fur une Eftrade,
les Prélats à la droite du Maufolée
, du cofté de l'Evangile ,
& le Refident & ceux qui
l'accompagnoient , vis à vis
du cofté de l'Epiftre , la M.ſſe
commença. Elle fut celebrée
par M' l'Archevelque de Trebifonde
, qui étoit affifté de
quatre Evefques , fuivant le
Ceremonial que l'on obferve
aux Obfeques des Roys. Las
Mufique parut merveilleute,,
tant par la beauté de la compofition
, que par le nombre
des voix , & des inftrumens.
Il étoit environ deux heus-
E
Mars 1685.
66 MERCURE
le
res apres midy , lors que tou
tes les Ceremonies furent
achevées . Tous les Prélats à
qui leur fanté ou leurs affaires
purent permettre , accompagnerent
M' le Cardinal
d'Eftrées , à fon retour au Palais
Farneze , où il avoit fait
préparer avec une Magnificence
Royale , un Repas auquel
vingt huit de ces Prélats
affifterent. La Table fut
dreffée dans la Galerie de Farnefe
, fi fameufe par la beauté
des Peintures à freſque , qui
font les Chef d'oeuvres des
Carraches & du DominiGALANT.
67
1
quain. Elle étoit de trentequatre
Couverts , & il y eut
deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent fuivis de
trente-fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées
contre vingt- quatre Soucoupes
chargées de Vins de Li
queur , de Roffolis & d'Hypocras.
Vingt- quatre Sou
coupes fuivirent , garnies deplufieurs
fortes d'Eaux gla
cées , de Sorbets & de Cho--
colats, & toute la Compagnie
fe retira avec une en tiere fa-
Fij tisfaction..
68 MERCURE
Au bout de la Galerie dans:
la Salle des Buftes, ainfi nommée
à cauſe d'un grand nom
bre de Buftes antiques que
f'on y voit , on avoit dreffé
quatre Buffets , le premier de
Vermeil dorée fecond
d'Argent , le troifiéme de
Criftaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- ſix Soucoupes
, garnies de leurs Garaffes.
La Bouteillerie avec les Buf
fets étoit dans une Chambre
voiline .
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Résumé : Description de tout ce qui s'est fait à Rome à l'occasion de Dom Alphonse VI. Roy de Portugal, avec la Description du Mausolée dressé pour cette Cérémonie, [titre d'après la table]
Le 24 janvier 1685, un service funèbre solennel fut organisé à Rome en mémoire de Dom Alphonse VI, roi de Portugal. La cérémonie se déroula à l'église nationale de Saint-Antoine des Portugais, se distinguant par son ordre, son éclat et sa pompe, même selon les standards romains habitués aux spectacles somptueux. Le cardinal d'Estrées, protecteur des affaires du Portugal, et Domingos Barreiros Leita, résident du royaume, supervisèrent les préparatifs. L'abbé Benedetti, assisté de l'abbé Mesquita et de l'architecte Antonio Gherardi, dirigea la décoration de l'église. La façade de l'église fut ornée de peintures et de figures en relief, illustrant des thèmes liés à la cérémonie. La porte principale était drapée de noir, avec des statues symbolisant la Religion et la Force, ainsi qu'une inscription célébrant les conquêtes et la piété des rois de Portugal. Des médaillons ovales représentaient des actions héroïques des rois Alphonse Henriques et Alphonse II. À l'intérieur, les murs et la coupole étaient couverts de drap noir orné de motifs simples mais artistiques. Un mausolée imposant fut érigé devant le grand autel, orné de figures de la Mort et de médaillons représentant les âges de l'homme. Le cardinal d'Estrées distribua des aumônes à plus de quatre mille pauvres et offrit des rafraîchissements aux participants. La messe, célébrée par l'archevêque de Trebisonda, fut suivie d'un repas somptueux au Palais Farnèse, où vingt-huit prélats furent invités. La table fut dressée dans la galerie des Carraches, avec une succession de plats et de desserts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 299-301
Benédiction de la premiere Pierre d'une Eglise des Capucins à Montelimar, [titre d'après la table]
Début :
Les Peres Capucins de Montelimar en Dauphiné, voulant avoir une Eglise [...]
Mots clefs :
Père capucins, Église, Couvent, Bénédiction, Abbé, Cérémonie, Gouverneur de Montelimar
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benédiction de la premiere Pierre d'une Eglise des Capucins à Montelimar, [titre d'après la table]
Les Peres Capucins de
Montelimar en Dauphiné,
voulant avoir une Eglife proportionnée
à leur Convent,
& au zéle qu'ils ont pour le
fervice du Public , en firent
benir la premiere Pierre le 7.
de ce mois , avec autant de
Solemnité que l'on en pouvoit
atendre dans une pareille
occafion . Ml'Abbé Colombet
, Doyen du Chapitre, accompagné
de tout le Cler
300 MERCURE
gé , fit la Ceremonie au bruit
des Tambours & des déchar
ges du Regiment de Poitou,
qui eftoit en Quartier d'hyver
dans la Ville , & rangé
alors en Bataille aux avenuës
du lieu deftiné pour 'cette
Eglife . Elle fera dédiée fous le
nom de S. Iofeph , M' le Comte
de Virreville , Gouverneur
de Montelimar , & Madame
la
Comteffe de Vogne ,mirent
cette premiere Pierre , apres
qu'elle eut efté portée proceffionnellement
par toute la
Ville . Ils eftoient fuivis des
Confuls.en Chaperon , avec
GALANT. 301
la Maiſon de Ville , de la Nobleffe
, & de la Bourgeoisie,
de l'un & de l'autre fexe.
Montelimar en Dauphiné,
voulant avoir une Eglife proportionnée
à leur Convent,
& au zéle qu'ils ont pour le
fervice du Public , en firent
benir la premiere Pierre le 7.
de ce mois , avec autant de
Solemnité que l'on en pouvoit
atendre dans une pareille
occafion . Ml'Abbé Colombet
, Doyen du Chapitre, accompagné
de tout le Cler
300 MERCURE
gé , fit la Ceremonie au bruit
des Tambours & des déchar
ges du Regiment de Poitou,
qui eftoit en Quartier d'hyver
dans la Ville , & rangé
alors en Bataille aux avenuës
du lieu deftiné pour 'cette
Eglife . Elle fera dédiée fous le
nom de S. Iofeph , M' le Comte
de Virreville , Gouverneur
de Montelimar , & Madame
la
Comteffe de Vogne ,mirent
cette premiere Pierre , apres
qu'elle eut efté portée proceffionnellement
par toute la
Ville . Ils eftoient fuivis des
Confuls.en Chaperon , avec
GALANT. 301
la Maiſon de Ville , de la Nobleffe
, & de la Bourgeoisie,
de l'un & de l'autre fexe.
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Résumé : Benédiction de la premiere Pierre d'une Eglise des Capucins à Montelimar, [titre d'après la table]
Les Pères Capucins de Montélimar ont décidé de construire une église dédiée à saint Joseph. La première pierre a été bénie le 7 du mois lors d'une cérémonie présidée par l'abbé Colombet, doyen du chapitre. Le comte de Virrevile et la comtesse de Vogne ont posé la pierre, accompagnés par le clergé, la noblesse et la bourgeoisie. Le régiment de Poitou a participé à la solennité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 301-304
Missions des Capucins, [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas s'étonner si l'on s'empresse pour toutes [...]
Mots clefs :
Capucins, Ordre, Église, Chrétiens, Piété, Sainteté, Missions, Pères, Conversions, Pénitence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Missions des Capucins, [titre d'après la table]
Il ne faut pas s'étonner ſi
l'on s'empreffe pour toutes
les chofes où les Capucins ont
quelque intereft. Ils font d'un
Ordre que l'on eftime par
tout , & qui par mille actions
d'édification pour l'Eglife , &
de charité pour le Prochain ,
donne tous les jours des marques
de l'ardeur qu'ils ont de
voir dans tous les Chreftiens,
une Pieté folide , & une Foy
qui réponde à la Sainteté de
noftre Religion. S'il falloit
"
"
302 MERCURE
prouver cette verité , je vous
donnerois pour un exemple
récent , la Miflion que vient
d'achever à S. Sulpice le Pere
Honoré de Cannes , avec le
Pere Claude de Paris, & vingt
2
autres Capucins . Elle a eu
tout le fuccez qu'on en pouvoit
fouhaiter tant par le
nombre des Reftitutions confiderables
que l'on y a faites,
que par des Converfions furprenantes
, de grandes reconciliations
, & plufieurs pratiques
de Penitence , qui ont
fait connoiſtre la parfaite refolution
où l'on eftoit , de re
GALANT. 303
noncer aux plaifirs du Monde.
Ainfi l'on peut dire que
dans tout le temps du Carnaval,
qui eftoit celuy de la Miffion
, l'on a vécu dans la Paroiffe
de S. Sulpice , avec la
mefme reforme qu'on tafche
d'avoir la femaine Sainte. M
l'Archevefque de Paris en fit
la clofture le 17. de ce mois,
apres avoir affifté au Salut, où
il y eut deux Choeurs de Mufique
, & une excellente Simphonie.
Cette Miffion eſtant achevée
, les mefmes Peres Capucins
en commencerent une
304 MERCURE
autre dés le lendemain dans
l'Eglife de Saint Etienne du
Mont.
l'on s'empreffe pour toutes
les chofes où les Capucins ont
quelque intereft. Ils font d'un
Ordre que l'on eftime par
tout , & qui par mille actions
d'édification pour l'Eglife , &
de charité pour le Prochain ,
donne tous les jours des marques
de l'ardeur qu'ils ont de
voir dans tous les Chreftiens,
une Pieté folide , & une Foy
qui réponde à la Sainteté de
noftre Religion. S'il falloit
"
"
302 MERCURE
prouver cette verité , je vous
donnerois pour un exemple
récent , la Miflion que vient
d'achever à S. Sulpice le Pere
Honoré de Cannes , avec le
Pere Claude de Paris, & vingt
2
autres Capucins . Elle a eu
tout le fuccez qu'on en pouvoit
fouhaiter tant par le
nombre des Reftitutions confiderables
que l'on y a faites,
que par des Converfions furprenantes
, de grandes reconciliations
, & plufieurs pratiques
de Penitence , qui ont
fait connoiſtre la parfaite refolution
où l'on eftoit , de re
GALANT. 303
noncer aux plaifirs du Monde.
Ainfi l'on peut dire que
dans tout le temps du Carnaval,
qui eftoit celuy de la Miffion
, l'on a vécu dans la Paroiffe
de S. Sulpice , avec la
mefme reforme qu'on tafche
d'avoir la femaine Sainte. M
l'Archevefque de Paris en fit
la clofture le 17. de ce mois,
apres avoir affifté au Salut, où
il y eut deux Choeurs de Mufique
, & une excellente Simphonie.
Cette Miffion eſtant achevée
, les mefmes Peres Capucins
en commencerent une
304 MERCURE
autre dés le lendemain dans
l'Eglife de Saint Etienne du
Mont.
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Résumé : Missions des Capucins, [titre d'après la table]
Le texte évoque l'influence des Capucins, un ordre religieux reconnu pour ses actions édifiantes et charitables, visant à renforcer la piété et la foi des chrétiens. Récemment, une mission dirigée par le Père Honoré de Cannes, le Père Claude de Paris et vingt autres Capucins à l'église Saint-Sulpice a connu un grand succès. Cette mission a été marquée par de nombreuses restitutions, conversions, réconciliations et pratiques de pénitence, illustrant une volonté de renoncer aux plaisirs du monde. Pendant le Carnaval, la paroisse de Saint-Sulpice a adopté une atmosphère de réforme similaire à celle de la Semaine Sainte. L'archevêque de Paris a clôturé la mission le 17 du mois après avoir assisté à un salut avec deux chœurs de musique et une excellente symphonie. Immédiatement après, les mêmes Capucins ont entamé une nouvelle mission à l'église Saint-Étienne-du-Mont.
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25
p. 109-111
Mariage de M. le Marquis de Meaux, [titre d'après la table]
Début :
Messire Philippe Hierôme Chenel, Marquis de Meux, Seigneur du [...]
Mots clefs :
Marquis de Meux, Seigneuries, Cavalerie, Messire, Ordres, Mariage, Curé, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Meaux, [titre d'après la table]
Meffire Philippe Hierôme
Chenel , Marquis de Meux,
Seigneur du meſme lieu en
Xaintonge , des Terres &
Seigneuries de Ponceau,Canremy
& Ruiel en Beauvoifis,
Rotonde , Frenel prés Coma
piegne , & de Fink entre
Peronne & Cambray, Meſtre
de Camp du Regiment Colonel
de la Cavalerie de Fran
110 MERCURE
ce , Fils unique de Meſſire
Philippe Chenel , Chevalier
, Marquis de Meux , &
de Dame Elizabeth Sermoiſe
, a épousé Mademoiselle
Thereze- Angelique Collin,
Fille de Meffire Cefar Collin ,
Chevalier des Ordres de
Noftre - Dame du Mont-
Carmel , de Saint Lazare , &
de Saint Jean de Jerufalem ,
Conſeiller & Secretaire du
Roy , Seigneur de Lyancourt
lez Roye en Picardie , Leffarts
& autres lieux. La Mariée
eſt Soeur de Madame
Leſcalopier. Le Mariage fut
GALANT. III
celebré la nuit du 11. au 12.
de ce mois , dans l'Egliſe de
Saint Mederic , par M Blampignon
qui en eſt Curé , en
prefence deM'& de Madame
Collin , Pere & Mere de la
Mariée, de M² d'Aligre Conſeiller
d'Eftat , de M² le Préſident
Molé , de M² Leſcalopier
, Conſeiller à la Premiere
des Enqueftes , de M
le Chevalier de Saint Georges
, & d'un grand nombre
d'autres Perſonnes qualifiées.
Chenel , Marquis de Meux,
Seigneur du meſme lieu en
Xaintonge , des Terres &
Seigneuries de Ponceau,Canremy
& Ruiel en Beauvoifis,
Rotonde , Frenel prés Coma
piegne , & de Fink entre
Peronne & Cambray, Meſtre
de Camp du Regiment Colonel
de la Cavalerie de Fran
110 MERCURE
ce , Fils unique de Meſſire
Philippe Chenel , Chevalier
, Marquis de Meux , &
de Dame Elizabeth Sermoiſe
, a épousé Mademoiselle
Thereze- Angelique Collin,
Fille de Meffire Cefar Collin ,
Chevalier des Ordres de
Noftre - Dame du Mont-
Carmel , de Saint Lazare , &
de Saint Jean de Jerufalem ,
Conſeiller & Secretaire du
Roy , Seigneur de Lyancourt
lez Roye en Picardie , Leffarts
& autres lieux. La Mariée
eſt Soeur de Madame
Leſcalopier. Le Mariage fut
GALANT. III
celebré la nuit du 11. au 12.
de ce mois , dans l'Egliſe de
Saint Mederic , par M Blampignon
qui en eſt Curé , en
prefence deM'& de Madame
Collin , Pere & Mere de la
Mariée, de M² d'Aligre Conſeiller
d'Eftat , de M² le Préſident
Molé , de M² Leſcalopier
, Conſeiller à la Premiere
des Enqueftes , de M
le Chevalier de Saint Georges
, & d'un grand nombre
d'autres Perſonnes qualifiées.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Meaux, [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage de Meffire Philippe Hierôme Chenel, Marquis de Meux, Seigneur de plusieurs terres et Mestre de Camp du Régiment Colonel de la Cavalerie de France. Il est le fils unique de Messire Philippe Chenel, Chevalier, Marquis de Meux, et de Dame Elizabeth Sermoise. La mariée, Mademoiselle Thereze-Angelique Collin, est la fille de Meffire César Collin, Chevalier des Ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel, de Saint Lazare et de Saint Jean de Jérusalem, Conseiller et Secrétaire du Roy, et Seigneur de plusieurs lieux. Elle est également la sœur de Madame Lescalopier. La cérémonie a eu lieu la nuit du 11 au 12 du mois dans l'Église de Saint Mederic, dirigée par Monsieur Blampignon, le curé. De nombreux invités distingués étaient présents, notamment Monsieur et Madame Collin, Monsieur d'Aligre, Conseiller d'État, Monsieur le Président Molé, Monsieur Lescalopier, Conseiller à la Première des Enquêtes, et le Chevalier de Saint Georges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 278-279
Prédicateurs qui se sont faits distinguer à Paris, [titre d'après la table]
Début :
La mesme semaine, Monsieur & Madame ont assisté à S. Cloud [...]
Mots clefs :
Offices, Église, Cérémonies, Paroisse, Dévotion, Carême, Abbé, Pères, Prédicateurs
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texteReconnaissance textuelle : Prédicateurs qui se sont faits distinguer à Paris, [titre d'après la table]
La mefme ſemaine,Mon
ſieur & Madame ont afſiſte
à S. Cloud & à Paris , à tous
les Offices & à toutes les Cel
rémonies de l'Eglife. Ils ont
esté à la Paroifle & auxUrs!
fulines de S. Cloud ; & icy
à S. Roch , aux Feuillans, au
GALANIM 279
Val de Grace, & à Si Eufta
che. Leur exemple a inſpiré
du zéle & de la devotion a
tous ceux qui les ont veus
en ces lieux- là. Elle a eſté
fort grande à Paris pendant
tout le Careſme. Pluſieurs
Prédicateurs s'y ſont diftins
guez , & ont attiré beaucoup
de monde. Ce font le Pere
Bourdalouë , le Pere deulal
Rue , & le Pere d'Orleans,
Jéſuîtes ; le Pere Sonin , le
le Pere Hubert , & le Pere de
la Tour Preſtres de l'Oratoil
re , M' l'Abbé Boileau,
Dom Jerôme Feüillant
ſieur & Madame ont afſiſte
à S. Cloud & à Paris , à tous
les Offices & à toutes les Cel
rémonies de l'Eglife. Ils ont
esté à la Paroifle & auxUrs!
fulines de S. Cloud ; & icy
à S. Roch , aux Feuillans, au
GALANIM 279
Val de Grace, & à Si Eufta
che. Leur exemple a inſpiré
du zéle & de la devotion a
tous ceux qui les ont veus
en ces lieux- là. Elle a eſté
fort grande à Paris pendant
tout le Careſme. Pluſieurs
Prédicateurs s'y ſont diftins
guez , & ont attiré beaucoup
de monde. Ce font le Pere
Bourdalouë , le Pere deulal
Rue , & le Pere d'Orleans,
Jéſuîtes ; le Pere Sonin , le
le Pere Hubert , & le Pere de
la Tour Preſtres de l'Oratoil
re , M' l'Abbé Boileau,
Dom Jerôme Feüillant
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Résumé : Prédicateurs qui se sont faits distinguer à Paris, [titre d'après la table]
Monsieur et Madame ont assisté à des offices religieux à Saint-Cloud et Paris, notamment à Saint-Roch, aux Feuillants, au Val-de-Grâce et à Sainte-Eustache. Leur présence a suscité une grande dévotion. À Paris, la ferveur religieuse était intense durant le Carême, avec des prédicateurs comme le Père Bourdaloue, le Père Duval de la Rue et l'Abbé Boileau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 308-309
Mort de Madame la Premiere Présidente de Novion, [titre d'après la table]
Début :
Madame la Premiere Présidente de Novion mourut icy le 23 de [...]
Mots clefs :
Première Présidente, Décès, Soeur, Église, Clergé, Pauvres, Service funèbre
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texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Premiere Présidente de Novion, [titre d'après la table]
Madame la Premiere Préfidente
de Novion mouruch
icy le 23. de ce mois , âgée
de 62 ans . Elle estoit Soeur
de feu Mile Préſident Gal
lard. Le 26. elle fut portée en
l'Egliſe de S. Medéric fa Paroiſſe
, ſur les dix heures du
matin , tout le Clergé, fes
Domestiques , & un grand
nombre de Pauvres avec des
Flambeaux à fes Armes, pré
cédant le Corps. On y ce
lébra un Service folemnel
apres lequel elle demeura en
dépoſt dans la mesme Eglife
juſques au foir , que le Corps
GALANTM3898
so oblgll
fut tranſporté au Monaftere
des Religieufes de S. Tho
mas , pour y estre inhume;
&lelendemain 27. on fit dans
ce meſme Monaftere un autre
Service , où toute la Fa
mille ſe trouva
de Novion mouruch
icy le 23. de ce mois , âgée
de 62 ans . Elle estoit Soeur
de feu Mile Préſident Gal
lard. Le 26. elle fut portée en
l'Egliſe de S. Medéric fa Paroiſſe
, ſur les dix heures du
matin , tout le Clergé, fes
Domestiques , & un grand
nombre de Pauvres avec des
Flambeaux à fes Armes, pré
cédant le Corps. On y ce
lébra un Service folemnel
apres lequel elle demeura en
dépoſt dans la mesme Eglife
juſques au foir , que le Corps
GALANTM3898
so oblgll
fut tranſporté au Monaftere
des Religieufes de S. Tho
mas , pour y estre inhume;
&lelendemain 27. on fit dans
ce meſme Monaftere un autre
Service , où toute la Fa
mille ſe trouva
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Résumé : Mort de Madame la Premiere Présidente de Novion, [titre d'après la table]
Madame la Première Préfidente de Novion est décédée à 62 ans le 23 du mois. Son corps a été transporté à l'église Saint-Médéric le 26, suivi par le clergé, des domestiques et des pauvres avec des flambeaux. Un service solennel a été célébré, puis le corps a été transféré au monastère des Religieuses de Saint-Thomas pour y être inhumé. Le 27, un autre service a eu lieu en présence de la famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 320-322
Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Début :
Quelques jours aprés Mrs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres [...]
Mots clefs :
Ministres luthériens, Abjuration, Erreurs, Abbé Ratabon, Église, Peuple, Controverse, Conversion
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texteReconnaissance textuelle : Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Quelques no
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
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Résumé : Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion de deux savants ministres luthériens, M. Pistorius et Stachs, qui renoncèrent à leurs erreurs et furent accueillis par l'abbé de Ratabon dans l'église cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. La cérémonie eut lieu en présence de notables locaux et d'une grande foule. Le père Dez, jésuite et recteur du séminaire, supervisa la controverse précédant leur déclaration de conversion. Les paroles des convertis furent si émouvantes que leur conversion fut jugée très réussie. L'église cathédrale de Strasbourg est également louée pour sa grandeur, sa magnificence, ses portes d'airain et la hauteur de sa tour pyramidale, mesurant cinq cent soixante-quatorze pieds. Cette tour, entièrement visible, est considérée comme l'une des plus admirables de la chrétienté.
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29
p. 80-83
A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Début :
Les Vers qui suivent sont du jeune Gentilhomme dont je vous / Illustre & grand Prélat, dont la sagesse exquise [...]
Mots clefs :
Prélat, Église, Ennemis, Religion, Hérésie, Édits, Triomphe, Montélimar, Hérétique
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Les Vers qui fuivent font
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
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Résumé : A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Le texte comprend une lettre et un poème adressés à l'évêque de Valence. La lettre évoque un ouvrage galant sur un jeune gentilhomme, Iris, Damon et Célimène, apprécié par le destinataire. Le poème loue l'évêque pour son zèle religieux et son rôle dans la régulation du peuple face aux ennemis. Il met en avant sa vigilance contre l'hérésie et son soutien aux édits royaux. Pendant que Louis XIV mène des campagnes militaires, telles que la conquête de Luxembourg, l'évêque prépare un triomphe spirituel en démolissant un temple hérétique à Montélimar. L'hérétique, conscient de sa défaite imminente, s'attend à succomber. Le poème exprime l'espoir de voir d'autres miracles grâce à la piété inébranlable de l'évêque, qui ne craint pas les obstacles, comme en témoignent les nombreux temples détruits.
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30
p. 98-107
Autres faites à Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Dans le mesme temps, c'est à dire le 13. du mesme mois [...]
Mots clefs :
Soissons, Procession, Translation de reliques, Saints, Église, Cathédrale, Chapitres, Chanoines, Ennemis de la foi, Habits pontificaux, Abbaye, Panégyrique, Martyre, Erreur calviniste, Amour, Obstination, Bénédiction, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Autres faites à Soissons. [titre d'après la table]
Dans le mefme temps,
GALANT. 99
c'eſt à dire le 13. du meſme
mois on fit à Soiffons une autre
Proceffion fort folemnelle
pour la Tranſlation des Reliques
de Saint Gervais & de
Saint Prothais, Patrons de l'Eglife
Cathedrale , apportées
de la Ville de Briffac , oùleurs
Corps font confervez depuis
plufieurs Siecles. Elles font
des plus anciennes que l'Eglife
honore , l'Invention en
ayant efté revelée à Saint Ambroife
, comme le
comme le rapporte
Saint Auguftin . Tous les
Chapitres , Communautez,
Ordres , & Paroiffes de la Vil-
:-
I ij
100 MERCURE
le affifterent à cette Procef
fion
, ainfi que les Corps du
Préfidial , de l'Election , de la
Maréchauffée , & autres. A
la tefte marchoit la Compagnie
des Arquebufiers , l'une
des plus leftes & des plus
nombreuſes du Royaume.
La Chaffe dans laquelle font
ces préticufes Reliques , fur
portée depuis l'Eglife de Saint
Crefpin le Grand , juſqu'à la
Cathedrale , qui en eſt éloi- -
gné d'un grand quartde lieuë,
par deux Chanoines, accompagnez
de douze Diacres
ayant des Palmes en leurs
GALANT. 101
I
il
y
mains , pour marque de la vi-
&toire que ces SS . ont rempor
tée fur les Ennemis de la Foy
M' l'Evefque de Soiffons
marchoit enfuite revétu de
fes Habits Pontificaux . Depuis
l'Eglife de Saint Crefpin ,
jufques à la Cathedrale , il
avoit cinq Repofoirs , ornez
de differentes manicres . Celuy
de l'Eglife de l'Abbaye
Noftre- Dame , fait par l'ordre
de Madame de la Rochefou
cault qui en eft Abbeffe ,eftoir
le plus riche. Cette Dame accompagnée
de Madame l'Abbeffe
de Saint Sauveur fa
I iij
102 MERCURE
Soeur , & de Madame de Mars
fillac Coadjutrice de cette
derniere , parut à la tefte de fa
Communauté , qui chanta
Is Répons & les Hymnes ordinaires
en de pareilles occafions
, avec une mélodie merveilleufe
, fi toit qu'on y eut
pofé la Chaffe . Elle fut portée
enfuite dans la Nef de la Cathédrale
, & miſe fur un Repofoir
paré d'un nombre infi
finy de Bijoux & de Fleurs.
M' l'Evefque de Soiffons
monta en Chaire dans le mef
me temps , & dans le Panégyrique
qu'il fit de ces Saints ,
GALANT. 103
avec l'éloquence qui luy eft fi
naturelle , il n'oublia , rien de
ce qui pouvoit relever le més
rite du Martyre qu'ils ont
fouffert par la fureur des Idolatres
du Siècle où ils ont vés
cu. Il prit de là occafion de
rendre graces au Ciel , d'avoir
fair naiſtre un Monarque
dont le courage invincible,
& la pureté de la Religion
avoient fi glorieuſement dif
fipé l'erreur des Calviniftes,
Il ajoûta que ce Prince qui
eft l'admiration de toute la
Terre , & l'amour de fes
Sujets avoit efté heureu
7
I iiij
104 MERCURE
fement fervy dans cer
te entreprise par les grands
talens & les forts railonnemens
de M' l'Evefque de
Meaux , dont le bel ouvrage
a prefque achevé la convid
ction de ces Obftinezi M
Boffuet , Frere de M " de
Meaux , qui eft depuis quel
ques jours Intendant de la
Province avec une approba
tion genérale , eftoit prefent
à cette Céremonie . Elle finic
par le Te Deum que M' l'Evef
que de Soiffons entonna , &
qui fut chanté par la Mufi
que ordinaire , au bruit des
GALANT. 105
4
Cloches , des Fifres & des
Tambours Les Reliques
e furent expofées dans le
Choeur jufqu'au Dimanche
fuivant 20. du mefme mois,
jour de l'Octave de cette
folemnité s qui fur fuivie
de la Benédiction de Madame
de Bourlon Abbeffe
P
J
1 de la Barre , faite par le
mefme Prélat fon Frere. C'eft
une Dame qui gouverne fa
Communauté avec toute la
douceur , & toute la fageffe
imaginable. Mefdamies de la
Rochefoucault ,, l'une Abi
beſſerodes noftre Dame de
106 MERCURE
Soiffons , & l'autre de Saint
Sauveur d'Evreux , eftdient .
les Abbeffes affiftantes . Cest
deux Soeurs font d'un mérite
extraordinaire , & l'on peut
dire que quoy qu'elles foient
d'une tres-grande naiffance,
cét avantage eft le moindre
de tous ceux qu'elles poffe.
dent. Aprés la Ceremonie,
M de Soiffons régala magnifiquement
dans fon Palais
Epifcopal , toutes les Dames
Abbeffes & leurs Religieuſes
, M. Boffuet Intendant de
la Province , MT du Chapitrei
de Saint Gervais , & tous les
GALANT. 107
Chefs des Corps & Compagnies
de la Ville.
GALANT. 99
c'eſt à dire le 13. du meſme
mois on fit à Soiffons une autre
Proceffion fort folemnelle
pour la Tranſlation des Reliques
de Saint Gervais & de
Saint Prothais, Patrons de l'Eglife
Cathedrale , apportées
de la Ville de Briffac , oùleurs
Corps font confervez depuis
plufieurs Siecles. Elles font
des plus anciennes que l'Eglife
honore , l'Invention en
ayant efté revelée à Saint Ambroife
, comme le
comme le rapporte
Saint Auguftin . Tous les
Chapitres , Communautez,
Ordres , & Paroiffes de la Vil-
:-
I ij
100 MERCURE
le affifterent à cette Procef
fion
, ainfi que les Corps du
Préfidial , de l'Election , de la
Maréchauffée , & autres. A
la tefte marchoit la Compagnie
des Arquebufiers , l'une
des plus leftes & des plus
nombreuſes du Royaume.
La Chaffe dans laquelle font
ces préticufes Reliques , fur
portée depuis l'Eglife de Saint
Crefpin le Grand , juſqu'à la
Cathedrale , qui en eſt éloi- -
gné d'un grand quartde lieuë,
par deux Chanoines, accompagnez
de douze Diacres
ayant des Palmes en leurs
GALANT. 101
I
il
y
mains , pour marque de la vi-
&toire que ces SS . ont rempor
tée fur les Ennemis de la Foy
M' l'Evefque de Soiffons
marchoit enfuite revétu de
fes Habits Pontificaux . Depuis
l'Eglife de Saint Crefpin ,
jufques à la Cathedrale , il
avoit cinq Repofoirs , ornez
de differentes manicres . Celuy
de l'Eglife de l'Abbaye
Noftre- Dame , fait par l'ordre
de Madame de la Rochefou
cault qui en eft Abbeffe ,eftoir
le plus riche. Cette Dame accompagnée
de Madame l'Abbeffe
de Saint Sauveur fa
I iij
102 MERCURE
Soeur , & de Madame de Mars
fillac Coadjutrice de cette
derniere , parut à la tefte de fa
Communauté , qui chanta
Is Répons & les Hymnes ordinaires
en de pareilles occafions
, avec une mélodie merveilleufe
, fi toit qu'on y eut
pofé la Chaffe . Elle fut portée
enfuite dans la Nef de la Cathédrale
, & miſe fur un Repofoir
paré d'un nombre infi
finy de Bijoux & de Fleurs.
M' l'Evefque de Soiffons
monta en Chaire dans le mef
me temps , & dans le Panégyrique
qu'il fit de ces Saints ,
GALANT. 103
avec l'éloquence qui luy eft fi
naturelle , il n'oublia , rien de
ce qui pouvoit relever le més
rite du Martyre qu'ils ont
fouffert par la fureur des Idolatres
du Siècle où ils ont vés
cu. Il prit de là occafion de
rendre graces au Ciel , d'avoir
fair naiſtre un Monarque
dont le courage invincible,
& la pureté de la Religion
avoient fi glorieuſement dif
fipé l'erreur des Calviniftes,
Il ajoûta que ce Prince qui
eft l'admiration de toute la
Terre , & l'amour de fes
Sujets avoit efté heureu
7
I iiij
104 MERCURE
fement fervy dans cer
te entreprise par les grands
talens & les forts railonnemens
de M' l'Evefque de
Meaux , dont le bel ouvrage
a prefque achevé la convid
ction de ces Obftinezi M
Boffuet , Frere de M " de
Meaux , qui eft depuis quel
ques jours Intendant de la
Province avec une approba
tion genérale , eftoit prefent
à cette Céremonie . Elle finic
par le Te Deum que M' l'Evef
que de Soiffons entonna , &
qui fut chanté par la Mufi
que ordinaire , au bruit des
GALANT. 105
4
Cloches , des Fifres & des
Tambours Les Reliques
e furent expofées dans le
Choeur jufqu'au Dimanche
fuivant 20. du mefme mois,
jour de l'Octave de cette
folemnité s qui fur fuivie
de la Benédiction de Madame
de Bourlon Abbeffe
P
J
1 de la Barre , faite par le
mefme Prélat fon Frere. C'eft
une Dame qui gouverne fa
Communauté avec toute la
douceur , & toute la fageffe
imaginable. Mefdamies de la
Rochefoucault ,, l'une Abi
beſſerodes noftre Dame de
106 MERCURE
Soiffons , & l'autre de Saint
Sauveur d'Evreux , eftdient .
les Abbeffes affiftantes . Cest
deux Soeurs font d'un mérite
extraordinaire , & l'on peut
dire que quoy qu'elles foient
d'une tres-grande naiffance,
cét avantage eft le moindre
de tous ceux qu'elles poffe.
dent. Aprés la Ceremonie,
M de Soiffons régala magnifiquement
dans fon Palais
Epifcopal , toutes les Dames
Abbeffes & leurs Religieuſes
, M. Boffuet Intendant de
la Province , MT du Chapitrei
de Saint Gervais , & tous les
GALANT. 107
Chefs des Corps & Compagnies
de la Ville.
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Résumé : Autres faites à Soissons. [titre d'après la table]
Le 13 du même mois, une procession solennelle a eu lieu à Soissons pour la translation des reliques de Saint Gervais et Saint Prothais, patrons de la cathédrale. Ces reliques, parmi les plus anciennes honorées par l'Église, avaient été conservées à Brissac depuis plusieurs siècles. La procession a rassemblé divers chapitres, communautés, ordres et paroisses, ainsi que des représentants du présidial, de l'élection et de la maréchaussée. La châsse contenant les reliques a été portée depuis l'église Saint-Crepin-le-Grand jusqu'à la cathédrale, distante d'environ un quart de lieue, par deux chanoines accompagnés de douze diacres portant des palmes. L'évêque de Soissons, revêtu de ses habits pontificaux, a suivi la châsse. Cinq reposoirs ornés différemment étaient disposés le long du parcours, celui de l'église de l'abbaye Notre-Dame étant le plus riche, préparé par Madame de La Rochefoucauld, abbesse de cette abbaye. Madame de La Rochefoucauld, accompagnée de Madame l'abbesse de Saint-Sauveur et de Madame de Marsillac, coadjutrice, a dirigé sa communauté qui a chanté des répons et des hymnes. L'évêque a prononcé un panégyrique des saints, soulignant leur martyre et rendant grâce au ciel pour la naissance d'un monarque ayant vaincu l'erreur calviniste. Il a également mentionné les talents de l'évêque de Meaux et la présence de Bossuet, frère de l'évêque de Meaux et nouvel intendant de la province. La cérémonie s'est conclue par un Te Deum chanté par la musique ordinaire, accompagné de cloches, de fifres et de tambours. Les reliques ont été exposées dans le chœur jusqu'au dimanche suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 169-181
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait depuis peu de temps un Mariage, par [...]
Mots clefs :
Mariage, Sexagénaire, Demoiselle, Fortune, Passion, Présents, Dégoût, Ornements, Froideur, Vengeance, Amant, Coeur, Noces, Modération, Église, Refus, Vieillard, Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
Il s'eft fait depuis peu de
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Le texte relate deux histoires distinctes impliquant un mariage entre un homme âgé et une jeune femme. Dans la première histoire, un homme sexagénaire souhaite épouser une jeune femme et obtient l'accord de ses parents. Cependant, la jeune femme hésite en raison de la différence d'âge. Convaincue par ses amis, elle accepte. Le contrat de mariage est rédigé, mais la jeune femme est déçue par les conditions. Elle demande un collier de perles pour tester son influence. Bien que le vieillard promette de l'acheter, il tarde à le faire, ce qui provoque une froideur chez elle. Après trois semaines, il finit par acheter le collier. La jeune femme feint alors de l'aimer davantage, mais refuse de dire 'oui' lors de la cérémonie, invoquant la promesse non tenue. Malgré les explications du vieillard, elle révèle la véritable raison de son comportement. Dans la seconde histoire, un vieillard surnomme la jeune femme 'la Belle' et lui offre un collier de perles. Il affirme que son geste n'est pas motivé par l'amour, mais par le désir de domination. Convaincue par les arguments du vieillard, la Belle accepte le présent et prononce un engagement formel. Leur mariage, conclu pour des perles, se révèle heureux. La Belle adapte son comportement à celui de son mari, influençant toutes ses décisions et obtenant tous ses désirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 254-262
Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
Début :
L'Ouverture de l'Assemblée Generale du Clergé de France, se fit [...]
Mots clefs :
Assemblée générale du Clergé de France, Église, Messe, Archevêque, Prêches, Province de Paris, Évêques, Abbé, Toulouse, Alby, Bourges, Rouen, Bordeaux, Vienne, Reims, Narbonne, Lyon, Marquis, Cérémonies, Audiences, Clercs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
L'Ouverture de l'Affemblée
Generale du Clergé de
France , fe fit à Saint Germain
en Laye le 4. de ce mois , dans
l'Eglife des Recolets , par une-
Meffe du Saint Efprit . M
GALANT: 255
l'Archevefque de Paris officia
en habits Pontificaux ; & M
l'Evefque d'Amiens preſcha
fur le fujet de cette Affemblée.
Ceux qui la compofent
font :
oqmidis
PROVINCE DE PARIS.
M. l'Archevefque.
M. l'Evefque de Chartres.
MIS les Abbez Cheron & de
Lufancy.
SENS.
M. l'Archevefque de Sens.
M. l'Evefque de Troye.
Miles Abbez de Chavigny
& Pecquot.
256 MERCURE
ARLES.
M. le Coadjuteur d'Arles.
M. l'Evefque de Saint Paul
Trois- Chateau.
Mrs les Abbez Roubaut & de
Vintimille.
TOULOUSE.
M. l'Archevelque de Touloufe.
M. l'Evefque de S. Papoul.
MS les Abbez Rouffeau &
de Gives .
ALBY.
M. l'Archevefque d'Alby.
M. l'Evefque de Mande
M's les Abbez Hennequin
& Langlois.
GALANT 257
BOURGES .
M. l'Archevefque de Bourges
.
M. l'Evefque de Tulles .
M's les Abbez du Favoit , de:
Serocourt , & Phelippeaux ,,
Agent.
RoüEN.
M. le Coadjuteur de Rouen..
M. l'Evefque de Lifieux.
M's les Abbez de Grancey
& de Champigny.
BORDEAUX.
M. d'Archevelque de Bor
deaux.
M. l'Evefque de Condomi
Juin 1685
Σ
258 MERCURE
rs
M's les Abbez de Vaillac &
d'Aubigny . "
SAUCH.н.
M. l'Archevefque d'Auch.
M. l'Evefque de l'Eſcar. **
Ms les Abbez de Pibrac &
de Poudenx .
VIENNE.
M. l'Evefqye du Vivier.
M. l'Evefque de Valence.
M's les Abbez le Camus, Bla
che, & de Villars, Agent.
REIMS.
M. l'Evefque d'Amiens.
M. l'Evefque de Boulogne.
-M" les Abbez de Sillery, de
GALANT 259
Beuvron & Deſmarets , an
cien
Agent.yaniduA.D
TOURS.
M. l'Evefque de Quimper.
M. l'Evefque du Mans . M
M's des Abbez Amelor & Ro
rs
bert. washood ob
AIX.
M. l'Evefque d'Apt.
M. l'Evefque de Sifteron .
Ms les Abbez de Fourbin &
de
Vallavoir.
NARBONN E.
M. l'Evefque de Lodeve.
M. l'Evefque de Carcaffonne.
Ms les Abbez de Caftres, de
l'Augnac, & de Befons, an
Y ij
260 MERCURE
cien Agent.
LYON
M. l'Evefque de Chalons .
M. l'Evefque de Mâcon
M's les Abbez de Chalmafel
&
Brochondriaɔ
AMBRUNED
A
M. l'Evefque de Digne.
M. l'Evefque de Vence .
rs
M's les Abbez Drubec & de
Ratabon,
M' l'Archevefque de Paris
prefide à cette Affemblée ,
qui a M's les Abbez Defmarefts
ancien Agent, & Cheron
pour Promoteurs , & M les
Abbez de Beſons ancien A-
;
GALANT. 261
gent, & Hennequin pour Se
cretaires. Deux jours aprés
M" les Prelats & Deputez le
rendirent à Verfailles à l'Aud
dience du Roy , à laquelle ils
furent conduits par Mile Mar
quis de Blainville , Grand Maî
tre des Ceremonies . M'l'Archevefque
de Paris harangua
le Roy , & luy prefenta les
Deputez ; aprés quoy ils eurent
audience de Monfei.
gneur le Dauphin , & de Madame
la Dauphine. Le 1. du
mefme mois , M. le Pelletier
Controlleur general des Finances,
& M. Boucherat Con
262 MERCURE
feiller d'Eftat , s'eftant rendus
à faint Germain à leur Affemblée
, avec M. le Marquis de
Seignelay , y furent receusen
qualité de Commiffaires du
Roy. M. Boucherat porta la
parole , & leur prefenta une
Lettre de Sa Majefté , dont il
leur expliqua les intentions.
Ils y retournerent le 14. & M.
l'Archevelque de Paris , comme
Preſident de l'Affemblée,
leur dit que le Clergé avoit
accordé tout d'une voix la
fomme de trois millions au
Roy, en forme de don gra
quit.
Generale du Clergé de
France , fe fit à Saint Germain
en Laye le 4. de ce mois , dans
l'Eglife des Recolets , par une-
Meffe du Saint Efprit . M
GALANT: 255
l'Archevefque de Paris officia
en habits Pontificaux ; & M
l'Evefque d'Amiens preſcha
fur le fujet de cette Affemblée.
Ceux qui la compofent
font :
oqmidis
PROVINCE DE PARIS.
M. l'Archevefque.
M. l'Evefque de Chartres.
MIS les Abbez Cheron & de
Lufancy.
SENS.
M. l'Archevefque de Sens.
M. l'Evefque de Troye.
Miles Abbez de Chavigny
& Pecquot.
256 MERCURE
ARLES.
M. le Coadjuteur d'Arles.
M. l'Evefque de Saint Paul
Trois- Chateau.
Mrs les Abbez Roubaut & de
Vintimille.
TOULOUSE.
M. l'Archevelque de Touloufe.
M. l'Evefque de S. Papoul.
MS les Abbez Rouffeau &
de Gives .
ALBY.
M. l'Archevefque d'Alby.
M. l'Evefque de Mande
M's les Abbez Hennequin
& Langlois.
GALANT 257
BOURGES .
M. l'Archevefque de Bourges
.
M. l'Evefque de Tulles .
M's les Abbez du Favoit , de:
Serocourt , & Phelippeaux ,,
Agent.
RoüEN.
M. le Coadjuteur de Rouen..
M. l'Evefque de Lifieux.
M's les Abbez de Grancey
& de Champigny.
BORDEAUX.
M. d'Archevelque de Bor
deaux.
M. l'Evefque de Condomi
Juin 1685
Σ
258 MERCURE
rs
M's les Abbez de Vaillac &
d'Aubigny . "
SAUCH.н.
M. l'Archevefque d'Auch.
M. l'Evefque de l'Eſcar. **
Ms les Abbez de Pibrac &
de Poudenx .
VIENNE.
M. l'Evefqye du Vivier.
M. l'Evefque de Valence.
M's les Abbez le Camus, Bla
che, & de Villars, Agent.
REIMS.
M. l'Evefque d'Amiens.
M. l'Evefque de Boulogne.
-M" les Abbez de Sillery, de
GALANT 259
Beuvron & Deſmarets , an
cien
Agent.yaniduA.D
TOURS.
M. l'Evefque de Quimper.
M. l'Evefque du Mans . M
M's des Abbez Amelor & Ro
rs
bert. washood ob
AIX.
M. l'Evefque d'Apt.
M. l'Evefque de Sifteron .
Ms les Abbez de Fourbin &
de
Vallavoir.
NARBONN E.
M. l'Evefque de Lodeve.
M. l'Evefque de Carcaffonne.
Ms les Abbez de Caftres, de
l'Augnac, & de Befons, an
Y ij
260 MERCURE
cien Agent.
LYON
M. l'Evefque de Chalons .
M. l'Evefque de Mâcon
M's les Abbez de Chalmafel
&
Brochondriaɔ
AMBRUNED
A
M. l'Evefque de Digne.
M. l'Evefque de Vence .
rs
M's les Abbez Drubec & de
Ratabon,
M' l'Archevefque de Paris
prefide à cette Affemblée ,
qui a M's les Abbez Defmarefts
ancien Agent, & Cheron
pour Promoteurs , & M les
Abbez de Beſons ancien A-
;
GALANT. 261
gent, & Hennequin pour Se
cretaires. Deux jours aprés
M" les Prelats & Deputez le
rendirent à Verfailles à l'Aud
dience du Roy , à laquelle ils
furent conduits par Mile Mar
quis de Blainville , Grand Maî
tre des Ceremonies . M'l'Archevefque
de Paris harangua
le Roy , & luy prefenta les
Deputez ; aprés quoy ils eurent
audience de Monfei.
gneur le Dauphin , & de Madame
la Dauphine. Le 1. du
mefme mois , M. le Pelletier
Controlleur general des Finances,
& M. Boucherat Con
262 MERCURE
feiller d'Eftat , s'eftant rendus
à faint Germain à leur Affemblée
, avec M. le Marquis de
Seignelay , y furent receusen
qualité de Commiffaires du
Roy. M. Boucherat porta la
parole , & leur prefenta une
Lettre de Sa Majefté , dont il
leur expliqua les intentions.
Ils y retournerent le 14. & M.
l'Archevelque de Paris , comme
Preſident de l'Affemblée,
leur dit que le Clergé avoit
accordé tout d'une voix la
fomme de trois millions au
Roy, en forme de don gra
quit.
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Résumé : Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
L'Assemblée Générale du Clergé de France s'est tenue à Saint-Germain-en-Laye du 4 juin 1685, inaugurée par une messe du Saint-Esprit. L'archevêque de Paris a officié, et l'évêque d'Amiens a prononcé un sermon. Les participants comprenaient divers archevêques, évêques et abbés de provinces françaises telles que Paris, Sens, Arles, Toulouse, et autres. L'archevêque de Paris présidait, assisté par les abbés Desmarets, Cheron, Besons et Hennequin. Deux jours plus tard, les prélats se sont rendus à Versailles pour une audience royale, où ils ont été reçus par le roi, le Dauphin et la Dauphine. Le 1er juin, des commissaires royaux, dont M. Pelletier et M. Boucherat, ont présenté les intentions du roi. Le 14 juin, l'archevêque de Paris a annoncé que le clergé avait accordé un don gratuit de trois millions au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 36-37
« Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Début :
Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...]
Mots clefs :
Arrêt du Conseil d'État, Démolition, Temple, Église, Zèle, Religion prétendue réformée
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texteReconnaissance textuelle : « Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Je vous ay parlé depuis
peu de temps d'un Arreſt
du Confeil d'Etat , qui ordonnoit
la démolition du
Temple de Chaſtillon fur
Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les foins
de M. l'Abbé le Boiteulx
Préchantre , & Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine,
& Sindic du Clergé du Diocéfe
de Sens , qui avoit follicité
cét Arreft. C'eft au
zele de ce mefine Abbé
qu'on eft redevable de la
démolition des autres Temples
qui eftoient dans ce
GALANT. 37
Diocéfe , où il n'y a plus aucun
exercice public de laReligion
Prétendue Réformée.
peu de temps d'un Arreſt
du Confeil d'Etat , qui ordonnoit
la démolition du
Temple de Chaſtillon fur
Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les foins
de M. l'Abbé le Boiteulx
Préchantre , & Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine,
& Sindic du Clergé du Diocéfe
de Sens , qui avoit follicité
cét Arreft. C'eft au
zele de ce mefine Abbé
qu'on eft redevable de la
démolition des autres Temples
qui eftoient dans ce
GALANT. 37
Diocéfe , où il n'y a plus aucun
exercice public de laReligion
Prétendue Réformée.
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Résumé : « Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Un arrêt du Conseil d'État a ordonné la démolition d'un temple à Châtillon-sur-Loing. La démolition a été réalisée sous la direction de l'Abbé Le Boiteux, Prévôt chantre et chanoine de l'Église métropolitaine, également syndic du clergé du diocèse de Sens. Tous les temples du diocèse ont été démolis, supprimant ainsi l'exercice public de la religion prétendue réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
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35
p. 7-21
Ceremonies faites à la Pompe funebre de Monsieur l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay appris la mort de Monsieur l'Electeur Palatin. [...]
Mots clefs :
Décès, Électeur palatin, Cérémonies, Officiers de la Cour, Pompe funèbre, Gardes du corps, Valets, Gentilshommes, Capitaine, Chambre, Procession, Ambassadeur, Ministre, Ecclésiastiques, Seigneurs, Église, Bourgeoisie, Grands vassaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ceremonies faites à la Pompe funebre de Monsieur l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Je vous ay appris la mort
A
iiij
8 MERCURE
de Monfieur l'Electeur Palatin.
Voicy ce que j'ay tiré
d'une Relation tres exacte ,
touchant les Ceremonies
qui ont efté faites à la Pompe
Funebre de ce Prince . Tous
les Officiers de la Cour , qui
devoient y affifter , s'eſtant
rendus le 10. du mois paffé
fur les dix heures & demie
du foir dans la grande Salle
des Gardes , avec de grands
Manteaux trainans , le Corps
de S. A.E. fut tiré de la Chambre
des
Empereurs, par vingt
quatre Seigneurs du Pays ,
Vaffaux de cet Electeur. Ils
GALANT. 9
le porterent fur leurs épaules
jnfqu'au Char lugubre fur
lequel il devoit eftre , & qui
eftoit attelé au pied de l'Efcalier
de la Salle . Ce Char
eftoit couvert de drap noir,
trainant jufqu'à terre . Si toſt
qu'on eut mis le Corps deffus
, on le couvrit auffi d'un
grand drap de velours noir,
bordé d'hermine aux extré
mitez , & pendant à terre
comme le premier. La marche
fut commencée par fix
Gardes du Corps , qui faifoient
retirer la foule , afin de
rendre le paffage libre. Deux
10 MERCURE
Seigneurs Vaffaux fuivoient,
chacun avec un Bafton de
Commandement
. On voyoit
enfuite deux à deux les vingt
quatreSeigneurs,qui avoient
porté le Corps fur le Char
funebre. Six Valets de pied
venoient apres eux. Ils tenoient
chacun deux Flambeaux
de cire blanche , &
marchoient devant M. de
Richt , Ordonnateur des ordres
du Palais, & grand Chabellan
de feu Mofieur l'Ele-
&teur, & M. Dorigny de Cormont,
Maistre d'Hoftel de ce
mefme Prince , qui avoient
GALANT. II
chacun un Bafton de Commandement
à la main. Quelques
pas apres fuivoit leChar
attelé de huit chevaux caparaçonnez
de noir . Quatre
Seigneurs Vaffaux menoient
les quatre premiers . M. de
Purcius , & M. de Geyder,
Gentilshommes de la Cour,
en menoient deux autres ; &
les deux derniers , qui eftoient
les plus proches de ce
Char, eftoient menez par M.
de Chevrieres Montauban ,
& par M" Colembahe
tous deux Gentilshommes.
de la Chambre du feu Prin12
MERCURE
:
ce, & Capitaines dás fes Gardes
. Le grand Drap qui couvroit
le Char, eftoit foûtenu
aux extrémitez de chaque
coin parM.de Barſchs, grand
Maître d'Hoftel de Madame
l'Electrice Mere ; par M. de
Flove , grand Maiſtre d'Hoftel
de Madame l'Electrice
;
par M. de Berneſtein , grand
Bailly d'Heidelberg
; & par
M. Dedelfein
, grand Bailly
de Mofbahc , & Ecuyer de
feu Monfieur l'Electeur.Il
avoit par deffus le Char un
Dais , que foûtenoient fix
Gentilshommes de la Chamy
GALANT. 13
bre de l'Electeur Charles
Loüis , Pere du Defunt , &
fix Seigneurs du Pays. Ce
Dais eftoit de velours noir,
bordé d'hermines. De chaque
cofté du Char , marchoient
feize Gardes du
Corps, & quatorze Trabans,
ayant à leur tefte M. de Feningen,
Lieutenant Colonel
des Gardes, & grand Veneur,
& M. de Vaкerbac
, Capitaine
Lieutenant des Gardes du
Corps. Vingt - quatre Pages
de la Chambre, chacun avec
deux Flambeaux de cire bláche
, marchoient à coſté des
14 MERCURE
Gardes. Apres le Char , venoit
M. le Baron de Stein-
Kandsfelds grand Maréchal
de l'Electorat, & grand Bailly
du Duché de Simmeren,
precedé par fix autres Pages
avec des Flambeaux. Le
Grand Maistre de l'Ordre
Teutonique , Fils de Monfieur
le Duc de Neubourg,
à preſent Electeur, marchoit
enfuite , precedé auſſi par
huit Pages avec des Flambeaux.
Douze Gardes du
Corps eftoient à coſté de fa
Perfonne , & la queuë de
fon Manteau eftoit portée
GALANT
15
par M. de Krelfem , Gentilhomme
de la Chambre du
Defunt , & par M' de Kreit
ges
& d'Altemberg , deux de fes
Gentilshommes
. Quatre Pafuivoient
encore la perfonne
de Monfieur le Grand
Maiſtre, avec douze Gardes
Suiffes armez de leurs Pertuifanes
; apres quoy venoit
M. le Comte de Statemberg
,
Frere du fameuxGouverneur
de Vienne , qui eft Lieutenant
General de l'Artillerie
Imperiale, & Gouverneur de
Philifbourg. Deux Pages le
precedoient avec des Flain16
MERCURE
beaux , & la queuë de fon
Manteau eftoit portée par
un autre Page. M. le Comte
de Caſtel , premier Miniſtre
de feu S. A. E. Grand Maître
de fa Maiſon , & Comte de
l'Empire , paroiffoit enfuite,
& precedoit trois Raugraves.
Les Ambaffadeurs &
Miniftres Etrangers marchoient
aprés eux , avec un
grand nombre de Gentilshommes
& de Pages . Ils eftoient
accompagnez des Envoyez
des Princes ou des
Comtes Souverains Vaffaux
du Prince defunt, & de ceux
GALANT. 17
des Villes Imperiales ou Vaffales
.Apres toute cette Troupe
venoit M. le Comte de
Vikeſtein, Grand Ecuyer de
S. A. E. accompagné de tous
les Officiers de la Cour , des
Gouverneurs des Places du
Pays , des Baillis , & autres
Commandans.Quatre Pages
le precedoient avec des Flabeaux
. Il eftoit fuivy du Con
feil d'Etat en Corps , du Confeil
Ecclefiaftique auffi en´
Corps , des deux Chambres .
de Juftice, & des deux Chambres
des Comptes , menées
parM.le Baron Deſtein, Pre-
Aoust 1685.
B
18 MERCURE
fident de la premiere, & Surintendant
des Finances . Le
Corps de l'Univerfité avec
fon Sceptre de Juſtice parti -
culiere , fuivoit tous ces
Corps , & precedoit celuy
des Ecclefiaftiques d'Heidelberg,
& Meffieurs du Magiftrat
, qui estoient accompagnez
du Corps des Doyens
de chaque Meîtier de la Ville
. Cette Troupe eftoit fuivie
des cent Dragons du
Corps,menez par M.de Marcheville
, qui en eſt le Capitaine
Lieutenant . Deux cens
perfonnes, portant des Flam-
1
GALANT.
19
beaux & de grands Manteaux
, marchoient deux à
deux , & finiffoient le Convoy
funebre . On partit de la
baffe -Court du Chafteau Electoral
, à l'heure que j'ay
marquée au commencemet
de cet article . Tous les Va
lets de pied de feu Monſieur
l'Electeur , des deux Electri--
ces , & des Officiers de la
Cour , marchoient en deux
files fur les ailes de tout ce
Convoy. Ils avoient de grads
Manteaux , & tenoient tous
des Flambeaux pour éclairer
la Ceremonie . On marcha
Bij
20 MERCURE
le
a
dans cet ordre- là , depuis le
Palais Electoral jufques à l'Eglife
du S. Efprit , en paſſant
long des remparts pour
venir à l'entrée de la Ville
par la porte du Fauxbourg,
où l'on avoit commencé à
mettre en haye les Soldats
du Regiment des Gardes,
jufques à la porte de l'Eglife.
Les vingt - quatre Seigneurs
Vaffaux qui avoient
mis le Corps fur le Char, l'en
ayant tiré , le porterent au
Maufolée qu'on luy avoit
prepare. Ils l'y placerent au
bruit de toute la Moufque-
1
GALANT. 21
terie des Soldats , jointe à
celle de la Bourgeoisie en
armes , & à l'Artillerie du
Chafteau & de la Ville , qui
frent dans ce moment une
décharge de tout leur Canon.
Cela eftant fait , M' le
Grand Maiſtre fortit de l'Eglife
, accompagné de toute
la Cour , & monta en Carroffe
, ce que firent la plûpart
de ceux qui s'eftoient
trouvez à cette lugubre Ceremonie,
à caufe du mauvais
temps qui furvint ,
A
iiij
8 MERCURE
de Monfieur l'Electeur Palatin.
Voicy ce que j'ay tiré
d'une Relation tres exacte ,
touchant les Ceremonies
qui ont efté faites à la Pompe
Funebre de ce Prince . Tous
les Officiers de la Cour , qui
devoient y affifter , s'eſtant
rendus le 10. du mois paffé
fur les dix heures & demie
du foir dans la grande Salle
des Gardes , avec de grands
Manteaux trainans , le Corps
de S. A.E. fut tiré de la Chambre
des
Empereurs, par vingt
quatre Seigneurs du Pays ,
Vaffaux de cet Electeur. Ils
GALANT. 9
le porterent fur leurs épaules
jnfqu'au Char lugubre fur
lequel il devoit eftre , & qui
eftoit attelé au pied de l'Efcalier
de la Salle . Ce Char
eftoit couvert de drap noir,
trainant jufqu'à terre . Si toſt
qu'on eut mis le Corps deffus
, on le couvrit auffi d'un
grand drap de velours noir,
bordé d'hermine aux extré
mitez , & pendant à terre
comme le premier. La marche
fut commencée par fix
Gardes du Corps , qui faifoient
retirer la foule , afin de
rendre le paffage libre. Deux
10 MERCURE
Seigneurs Vaffaux fuivoient,
chacun avec un Bafton de
Commandement
. On voyoit
enfuite deux à deux les vingt
quatreSeigneurs,qui avoient
porté le Corps fur le Char
funebre. Six Valets de pied
venoient apres eux. Ils tenoient
chacun deux Flambeaux
de cire blanche , &
marchoient devant M. de
Richt , Ordonnateur des ordres
du Palais, & grand Chabellan
de feu Mofieur l'Ele-
&teur, & M. Dorigny de Cormont,
Maistre d'Hoftel de ce
mefme Prince , qui avoient
GALANT. II
chacun un Bafton de Commandement
à la main. Quelques
pas apres fuivoit leChar
attelé de huit chevaux caparaçonnez
de noir . Quatre
Seigneurs Vaffaux menoient
les quatre premiers . M. de
Purcius , & M. de Geyder,
Gentilshommes de la Cour,
en menoient deux autres ; &
les deux derniers , qui eftoient
les plus proches de ce
Char, eftoient menez par M.
de Chevrieres Montauban ,
& par M" Colembahe
tous deux Gentilshommes.
de la Chambre du feu Prin12
MERCURE
:
ce, & Capitaines dás fes Gardes
. Le grand Drap qui couvroit
le Char, eftoit foûtenu
aux extrémitez de chaque
coin parM.de Barſchs, grand
Maître d'Hoftel de Madame
l'Electrice Mere ; par M. de
Flove , grand Maiſtre d'Hoftel
de Madame l'Electrice
;
par M. de Berneſtein , grand
Bailly d'Heidelberg
; & par
M. Dedelfein
, grand Bailly
de Mofbahc , & Ecuyer de
feu Monfieur l'Electeur.Il
avoit par deffus le Char un
Dais , que foûtenoient fix
Gentilshommes de la Chamy
GALANT. 13
bre de l'Electeur Charles
Loüis , Pere du Defunt , &
fix Seigneurs du Pays. Ce
Dais eftoit de velours noir,
bordé d'hermines. De chaque
cofté du Char , marchoient
feize Gardes du
Corps, & quatorze Trabans,
ayant à leur tefte M. de Feningen,
Lieutenant Colonel
des Gardes, & grand Veneur,
& M. de Vaкerbac
, Capitaine
Lieutenant des Gardes du
Corps. Vingt - quatre Pages
de la Chambre, chacun avec
deux Flambeaux de cire bláche
, marchoient à coſté des
14 MERCURE
Gardes. Apres le Char , venoit
M. le Baron de Stein-
Kandsfelds grand Maréchal
de l'Electorat, & grand Bailly
du Duché de Simmeren,
precedé par fix autres Pages
avec des Flambeaux. Le
Grand Maistre de l'Ordre
Teutonique , Fils de Monfieur
le Duc de Neubourg,
à preſent Electeur, marchoit
enfuite , precedé auſſi par
huit Pages avec des Flambeaux.
Douze Gardes du
Corps eftoient à coſté de fa
Perfonne , & la queuë de
fon Manteau eftoit portée
GALANT
15
par M. de Krelfem , Gentilhomme
de la Chambre du
Defunt , & par M' de Kreit
ges
& d'Altemberg , deux de fes
Gentilshommes
. Quatre Pafuivoient
encore la perfonne
de Monfieur le Grand
Maiſtre, avec douze Gardes
Suiffes armez de leurs Pertuifanes
; apres quoy venoit
M. le Comte de Statemberg
,
Frere du fameuxGouverneur
de Vienne , qui eft Lieutenant
General de l'Artillerie
Imperiale, & Gouverneur de
Philifbourg. Deux Pages le
precedoient avec des Flain16
MERCURE
beaux , & la queuë de fon
Manteau eftoit portée par
un autre Page. M. le Comte
de Caſtel , premier Miniſtre
de feu S. A. E. Grand Maître
de fa Maiſon , & Comte de
l'Empire , paroiffoit enfuite,
& precedoit trois Raugraves.
Les Ambaffadeurs &
Miniftres Etrangers marchoient
aprés eux , avec un
grand nombre de Gentilshommes
& de Pages . Ils eftoient
accompagnez des Envoyez
des Princes ou des
Comtes Souverains Vaffaux
du Prince defunt, & de ceux
GALANT. 17
des Villes Imperiales ou Vaffales
.Apres toute cette Troupe
venoit M. le Comte de
Vikeſtein, Grand Ecuyer de
S. A. E. accompagné de tous
les Officiers de la Cour , des
Gouverneurs des Places du
Pays , des Baillis , & autres
Commandans.Quatre Pages
le precedoient avec des Flabeaux
. Il eftoit fuivy du Con
feil d'Etat en Corps , du Confeil
Ecclefiaftique auffi en´
Corps , des deux Chambres .
de Juftice, & des deux Chambres
des Comptes , menées
parM.le Baron Deſtein, Pre-
Aoust 1685.
B
18 MERCURE
fident de la premiere, & Surintendant
des Finances . Le
Corps de l'Univerfité avec
fon Sceptre de Juſtice parti -
culiere , fuivoit tous ces
Corps , & precedoit celuy
des Ecclefiaftiques d'Heidelberg,
& Meffieurs du Magiftrat
, qui estoient accompagnez
du Corps des Doyens
de chaque Meîtier de la Ville
. Cette Troupe eftoit fuivie
des cent Dragons du
Corps,menez par M.de Marcheville
, qui en eſt le Capitaine
Lieutenant . Deux cens
perfonnes, portant des Flam-
1
GALANT.
19
beaux & de grands Manteaux
, marchoient deux à
deux , & finiffoient le Convoy
funebre . On partit de la
baffe -Court du Chafteau Electoral
, à l'heure que j'ay
marquée au commencemet
de cet article . Tous les Va
lets de pied de feu Monſieur
l'Electeur , des deux Electri--
ces , & des Officiers de la
Cour , marchoient en deux
files fur les ailes de tout ce
Convoy. Ils avoient de grads
Manteaux , & tenoient tous
des Flambeaux pour éclairer
la Ceremonie . On marcha
Bij
20 MERCURE
le
a
dans cet ordre- là , depuis le
Palais Electoral jufques à l'Eglife
du S. Efprit , en paſſant
long des remparts pour
venir à l'entrée de la Ville
par la porte du Fauxbourg,
où l'on avoit commencé à
mettre en haye les Soldats
du Regiment des Gardes,
jufques à la porte de l'Eglife.
Les vingt - quatre Seigneurs
Vaffaux qui avoient
mis le Corps fur le Char, l'en
ayant tiré , le porterent au
Maufolée qu'on luy avoit
prepare. Ils l'y placerent au
bruit de toute la Moufque-
1
GALANT. 21
terie des Soldats , jointe à
celle de la Bourgeoisie en
armes , & à l'Artillerie du
Chafteau & de la Ville , qui
frent dans ce moment une
décharge de tout leur Canon.
Cela eftant fait , M' le
Grand Maiſtre fortit de l'Eglife
, accompagné de toute
la Cour , & monta en Carroffe
, ce que firent la plûpart
de ceux qui s'eftoient
trouvez à cette lugubre Ceremonie,
à caufe du mauvais
temps qui furvint ,
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Résumé : Ceremonies faites à la Pompe funebre de Monsieur l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Le texte décrit les cérémonies funéraires de l'Électeur Palatin. Le 10 du mois précédent, à dix heures et demie du soir, les officiers de la cour se rassemblèrent dans la grande salle des Gardes, vêtus de grands manteaux traînants. Le corps de l'Électeur fut transporté par vingt-quatre seigneurs jusqu'à un char funèbre situé au pied de l'escalier. Ce char, recouvert de drap noir et de velours noir bordé d'hermine, était tiré par huit chevaux caparaçonnés de noir. La procession débuta avec six gardes du corps, suivis par les seigneurs, six valets de pied portant des flambeaux, et divers dignitaires, dont M. de Richt et M. Dorigny de Cormont. Le cortège comprenait également des membres du conseil d'État, du conseil ecclésiastique, des chambres de justice et des chambres des comptes, ainsi que des ambassadeurs étrangers. Il se dirigea de la basse-cour du château électoral à l'église du Saint-Esprit, longeant les remparts. À l'arrivée à l'église, des soldats du régiment des Gardes étaient alignés. Les seigneurs transportèrent le corps jusqu'à un mausolée, accompagnés par une salve d'artillerie provenant des soldats, de la bourgeoisie en armes, ainsi que des canons du château et de la ville. Après la mise en place du corps, Monsieur le Grand Maître sortit de l'église, suivi par la cour, et tous montèrent en carrosse en raison du mauvais temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 42-43
Bout de l'an de feuë Madame la Princesse Palatine. [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudy 9. de ce mois, on fit un Service solemnel du [...]
Mots clefs :
Service solennel, Princesse palatine, Église, Couvent, Duchesse, Duc, Évêque, Oraison funèbre, Éloquence, Pompe funèbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bout de l'an de feuë Madame la Princesse Palatine. [titre d'après la table]
Le Jeudy 9. de ce mois, on
fit un Service folemnel du
bout de l'an pour Madame la
Princeffe Palatine . Il fut fait
dans l'Eglife des Carmelites
du grand Convent du Fauxbourg
Saint Jacques, en prefence
de Monfieur le Duc ,
de Madame la Ducheffe , &
de Monfieur le Duc de Bourbon.
Je ne parle point de
quantité d'autres Perſonnes
de tres-grande qualité qui
s'y trouverent. M. l'Evefque
de Meaux prononça l'OraiGALANT.
43
fon Funebre, avec un fuccés
qui ne furprit point, puiſque
l'éloquence luy eſt naturelle
, & qu'il eft prefque im
poffible d'aller au delà de
ce qu'il fait. Tout ce qui
concernoit la Pompe Funebre
, eftoit tres - bien entendu
; & l'on peut dire qu'il
y avoit de la beauté dans le
tuifte éclat de cette lugubre
magnificence,
fit un Service folemnel du
bout de l'an pour Madame la
Princeffe Palatine . Il fut fait
dans l'Eglife des Carmelites
du grand Convent du Fauxbourg
Saint Jacques, en prefence
de Monfieur le Duc ,
de Madame la Ducheffe , &
de Monfieur le Duc de Bourbon.
Je ne parle point de
quantité d'autres Perſonnes
de tres-grande qualité qui
s'y trouverent. M. l'Evefque
de Meaux prononça l'OraiGALANT.
43
fon Funebre, avec un fuccés
qui ne furprit point, puiſque
l'éloquence luy eſt naturelle
, & qu'il eft prefque im
poffible d'aller au delà de
ce qu'il fait. Tout ce qui
concernoit la Pompe Funebre
, eftoit tres - bien entendu
; & l'on peut dire qu'il
y avoit de la beauté dans le
tuifte éclat de cette lugubre
magnificence,
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Résumé : Bout de l'an de feuë Madame la Princesse Palatine. [titre d'après la table]
Le 9 du mois, un service funèbre pour Madame la Princesse Palatine a eu lieu à l'église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques. Présents : Monsieur le Duc, Madame la Duchesse, Monsieur le Duc de Bourbon et d'autres personnalités. L'évêque de Meaux a prononcé une oraison funèbre acclamée. La cérémonie était marquée par une grande magnificence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 106-107
« Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
Début :
Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...]
Mots clefs :
Église, Service funèbre, Oraison funèbre, Prince, Éloquence, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
Vous fçavez que tous les
ans il fe fait dans l'Eglife de
la Maifon Profeffe des Jefuites
de la rue Saint Antoine,
un Service pour feu Monfieur
le Prince , & qu'il eſt
accompagné d'une Òraifon
funebre . Elle a efté faite au
commencement de ce mois
GALANT
. 107
par le Pere de la Ruë qui pofquen
где
106 MERCURE
Baron d'Afpremont en Lorrain
Phil
a
k
tc
111
fic
ac
fu
W
GALANT. 107
par le Pere de la Ruë , qui poffede
parfaitement l'éloquence
de la Chaire , & qui n'y
fait pas moins Briller l'efprit
& la profonde érudition ,
que dans fesautres Ouvrages .
ans il fe fait dans l'Eglife de
la Maifon Profeffe des Jefuites
de la rue Saint Antoine,
un Service pour feu Monfieur
le Prince , & qu'il eſt
accompagné d'une Òraifon
funebre . Elle a efté faite au
commencement de ce mois
GALANT
. 107
par le Pere de la Ruë qui pofquen
где
106 MERCURE
Baron d'Afpremont en Lorrain
Phil
a
k
tc
111
fic
ac
fu
W
GALANT. 107
par le Pere de la Ruë , qui poffede
parfaitement l'éloquence
de la Chaire , & qui n'y
fait pas moins Briller l'efprit
& la profonde érudition ,
que dans fesautres Ouvrages .
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Résumé : « Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
L'Église de la Maison Professe des Jésuites organise chaque année un service religieux en mémoire de Monsieur le Prince, accompagné d'une oraison funèbre. Cette année, le Père de la Rue a prononcé l'oraison funèbre au début du mois. Il est réputé pour son éloquence, son esprit et son érudition, tant dans ses discours que dans ses autres œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 119-209
Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja donné plusieurs Relations de M. Chassebras [...]
Mots clefs :
Chapelle, Église, Chemin, Bologne, Mer, Vierge, Dame, Rome, Pèlerin, Venise, Biens, Montagne, Reliques, Dévotion, Villages, Anges, Pape, Peuple, Messe, Architecture, Tibre, Récit de voyage, Chrétienté, Cérémonies religieuses, Saint François d'Assise, Lorette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Je vous ay déja donné plufieurs
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
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Résumé : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
En novembre 1684, un gentilhomme français et son ami entreprennent un voyage de Venise à Rome, traversant le fleuve Pô et continuant en chaise roulante jusqu'à Bologne. Bologne est réputée pour ses portiques, palais, églises et cloîtres, notamment celui des Cordeliers. La ville est également connue pour ses innovations telles que les moulins à soie hydrauliques et les savonnettes durables. L'université de Bologne est célèbre pour ses contributions scientifiques. Les Juifs ne peuvent y séjourner qu'une seule nuit. Le voyage se poursuit à travers plusieurs villes italiennes, chacune ayant des particularités culturelles et architecturales. À Pefaro et Ancone, on trouve des synagogues. À Ancone, le narrateur visite un rabbin et observe les préparatifs du sabbat. Le périple se termine à Lorette, célèbre pour son église et son marché abondant. Lorette abrite également une apothicairerie et des caves distribuant du vin aux pèlerins. Lorette est particulièrement célèbre pour la Sainte Chapelle de la Vierge, où la Vierge Marie a été élevée et où l'Ange lui a annoncé la naissance du Christ. Sainte Hélène et Sainte Paule, accompagnée de Saint Jérôme, ont visité cette chapelle. Le roi Saint Louis a manifesté une grande dévotion envers ce lieu. En 1291, la chapelle a été transportée par des anges de Nazareth à son emplacement actuel, devenant ainsi Notre-Dame de Lorette. La chapelle contient des objets sacrés tels qu'une image de la Vierge attribuée à Saint Luc et un crucifix. Elle est ornée de bas-reliefs en marbre blanc et de nombreux ornements précieux offerts par divers papes, empereurs, rois et princes. Un trésor comprenant des bijoux, des vases et des couronnes est exposé dans la grande église entourant la chapelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
39
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
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40
p. 245-252
Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Début :
Je vous diray seulement que le premier des deux Echevins / Sire, Vostre bonne Ville de Paris, en Vous presentant ses [...]
Mots clefs :
Discours, Sa Majesté, Paris, Magistrats, Actions, Bonté, Abondance, Libéralité, Règne, Éloges, Église, Exploits, Illustre, Mr d'Ormesson, Louanges, Serment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Je vous
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
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Résumé : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'élection de deux échevins à Paris, M. Geoffroy et M. Gayot. Maître Février d'Ormesson, Maistre des Requêtes et neveu du Président de Fourcy, les accompagna à Versailles le 19 du mois précédent pour soumettre le scrutin au roi. Il prononça un discours en l'honneur du roi, mettant en avant les bienfaits royaux envers Paris, tels que l'approvisionnement en blé malgré la pénurie et l'emploi des indigents pour l'embellissement des remparts. Le discours évoqua également les victoires militaires du roi en Europe et la soumission de villes italiennes. Maître d'Ormesson exprima sa gratitude pour la charge qui lui avait été confiée et son engagement à servir le roi. Après le discours, les deux échevins prêtèrent serment.
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41
p. 256-257
Nouvelles Cloches benites en l'Eglise de S. Estienne du Mont, & tenuës par les six Docteurs Regens de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. [titre d'après la table]
Début :
On a fait quatre nouvelles Cloches pour l'Eglise de Saint [...]
Mots clefs :
Cloches, Église, Saint-Étienne, Curé
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Cloches benites en l'Eglise de S. Estienne du Mont, & tenuës par les six Docteurs Regens de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. [titre d'après la table]
On a fait quatre nouvelles
Cloches pour l'Eglife de
Saint Etienne du Mont à
Paris ; & elles ont efté benites
depuis peu de temps par.
M. Gardeau Curé de cette
Paroiffe . Elles eurent pour
Parains les fix Docteurs Regens
de la Faculté de Droit
de l'Univerfité de Paris , qui
font Mr Doujat , Hallé , de
Loy , Baudin , Cugnet &
GALANT. 257
Mongin. Ils nommerent la
premiere Eftienne , à cauſe
que cette Eglife eft dédiée
à Saint Etienne , & les trois
autrs furent nommées Jean,,
Pierre , & Michel , du nom
des trois anciens de ces fix
Docteurs.
Cloches pour l'Eglife de
Saint Etienne du Mont à
Paris ; & elles ont efté benites
depuis peu de temps par.
M. Gardeau Curé de cette
Paroiffe . Elles eurent pour
Parains les fix Docteurs Regens
de la Faculté de Droit
de l'Univerfité de Paris , qui
font Mr Doujat , Hallé , de
Loy , Baudin , Cugnet &
GALANT. 257
Mongin. Ils nommerent la
premiere Eftienne , à cauſe
que cette Eglife eft dédiée
à Saint Etienne , & les trois
autrs furent nommées Jean,,
Pierre , & Michel , du nom
des trois anciens de ces fix
Docteurs.
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Résumé : Nouvelles Cloches benites en l'Eglise de S. Estienne du Mont, & tenuës par les six Docteurs Regens de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. [titre d'après la table]
L'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris inaugure quatre nouvelles cloches bénies par Monsieur Gardeau. Les parrains sont six docteurs régents de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. Les cloches portent les noms d'Étienne, Jean, Pierre et Michel, en hommage au saint patron et à trois anciens docteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 13-32
Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres [...]
Mots clefs :
Caen, Statue, Sa Majesté, Prince, Gloire, Cérémonie, Instruments, Église, Université, Devises, Ornements, Magistrats, Opéra, Louanges, Figures, Inscriptions, Repas, Illuminations, Madrigal, Distique, Épigramme, Inscription antique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres à
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
Fermer
Résumé : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 septembre, la ville de Caen a célébré la naissance du roi par l'érigement d'une statue en son honneur sur la grande place de la ville. La cérémonie, marquée par des démonstrations de joie et de loyauté, a débuté à l'aube avec des trompettes, tambours, hautbois, carillons et canons. Les rues étaient nettoyées et les boutiques fermées, et la population s'est rassemblée à l'église des Cordeliers. L'Université avait décoré le frontispice avec une pyramide ornée de devises, trophées et portraits du roi, ainsi que le chœur et la nef avec des tapisseries. Les abbayes voisines, magistrats et religieux ont également participé à la célébration. Une procession solennelle a précédé la messe du Saint-Esprit, suivie d'un panégyrique du roi en latin par le recteur Malouin. L'intendant Morangis, à l'origine de l'idée, a traité les invités avec magnificence. Après un concert et un repas, une procession s'est rendue à l'église des Jacobins où le père Fejacq a prononcé un éloge du roi. Le peuple, charmé par la musique et l'éloquence, a chanté le Te Deum avant de se rendre à la place royale pour allumer un feu de joie. La statue, œuvre d'un sculpteur local, mesure huit pieds de haut sur un piédestal de douze pieds, et est entourée de figures et d'inscriptions en latin et français. Des cris de 'Vive le roi' ont retenti, et des épigrammes et inscriptions latines ont été gravées sur des tables de marbre noir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
43
p. 138-187
Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Début :
Les Habitans de la Ville de Richelieu, avoient trop d'impatience [...]
Mots clefs :
Duchesse de Richelieu, Armes, Obélisques, Théâtre, Devises, Honneur, Fleurs, Église, Triomphe, Artifice, Piédestal, Médailles, Illuminations, Coeur, Comtesse, Compagnie, Mousquetaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Les Habitans de la Ville
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
La ville de Richelieu se préparait avec enthousiasme à l'arrivée de leur nouvelle duchesse. À l'annonce de son arrivée à Tours, la noblesse et une partie de la population l'accueillirent à Hfte-Bouchard et l'escortèrent jusqu'à Richelieu. La ville avait été soigneusement préparée : la porte de Paris était bordée de mousquetaires, et les autorités locales, y compris le sénéchal et les échevins, étaient présentes. Un arc de triomphe orné de tableaux symbolisant l'honneur et la fécondité avait été érigé sur la première place. Des tableaux marquaient les dates de la conception et de la naissance de Mademoiselle de Richelieu, accompagnés de devises latines et de vers. L'obélisque central était orné de divers symboles : un soleil représentant le monarque, un dauphin céleste symbolisant la postérité royale, et des médailles illustrant les devises royales. Pour la duchesse, un alcyon symbolisait la sécurité, et un phénix représentait l'espoir d'un héritier mâle. L'aurore symbolisait l'avenir prometteur de Mademoiselle de Richelieu. Des bas-reliefs représentaient Bacchus et une nymphe, signifiant la franchise et l'allégresse publique. À son arrivée, la duchesse fut accueillie par des salves d'escopetterie et une harangue du sénéchal. Elle fut accompagnée par la Comtesse d'Acigné et des pensionnaires de la Compagnie de Notre-Dame lui offrirent des couronnes de fleurs. Elle traversa la ville sous un dais, saluée par les dames locales et des enfants costumés représentant divers symboles patriotiques. La procession se conclut à l'église, où le clergé l'attendait. Le lendemain, le Duc et la Duchesse visitèrent les Religieuses de la Compagnie de Notre-Dame et assistèrent à une représentation théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 274-345
Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point que vous n'appreniez avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Religion, Conversions, Abjurations, Religion prétendue réformée, Calvinistes, Édits, Roi de France, Évêques, Zèle, Catholiques, Religionnaires, Église, Hérésie, Vérité, Erreurs, Nouveau converti, Communauté, Province, Duc de Noailles, Ennemis, Nîmes, Montpellier, Languedoc, Dauphiné, Déclaration, Interdiction, Ministres, Controverses, M. Allard, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
n'appreniez avec beaucoup
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Au XVIIe siècle, la France a connu plusieurs conversions au catholicisme parmi des figures influentes et des intellectuels protestants. Des personnalités respectées comme Monsieur Dacier et sa femme ont inspiré ces conversions. Des assemblées et des entretiens privés à Castres et Saint-Jean-d'Angély ont encouragé les protestants à revenir au catholicisme, aboutissant à des abjurations publiques. Des villes comme Montpellier, Saint-Gilles, Sommières, et Nîmes ont également vu des conversions massives, influencées par des figures telles que le Duc de Noailles et le Maréchal Duc de Duras. En Dauphiné, des milliers de personnes ont abjuré leur foi réformée à Briançon, Ambrun, et Lyon, grâce à des acteurs clés comme le Père Alexis du Bué. Le texte met en avant les mesures prises par le roi pour promouvoir le catholicisme et met en garde contre les dangers des 'Minières'. Il souligne l'importance de la religion catholique, unique foi des rois prédécesseurs. Le roi est encouragé à se réjouir car Dieu le protégera et étendra son royaume. Un édit royal interdit tout exercice public de la religion prétendue réformée (R.P.R.), révoquant ainsi les édits précédents en faveur des protestants, notamment l'Édit de Nantes de 1598 et celui de Nîmes de 1629. Cet édit ordonne la démolition des temples protestants et interdit tout exercice public ou privé de la religion réformée, sous peine de confiscation de biens et de corps. Les ministres protestants doivent quitter le royaume dans les quinze jours suivant la publication de l'édit, sauf s'ils se convertissent. Les enfants nés de parents protestants doivent être élevés dans la foi catholique. Des figures notables comme le Duc de Richmond et le Marquis de Mirepoix sont mentionnées pour leur zèle dans la conversion des protestants. Grâce à la piété et aux efforts du roi, la France est ainsi presque entièrement purgée de l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 345
« Messire Pierre Camuset, Docteur de Sorbonne, Curé de [...] »
Début :
Messire Pierre Camuset, Docteur de Sorbonne, Curé de [...]
Mots clefs :
Décès, Église, Charité, Chanoine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Messire Pierre Camuset, Docteur de Sorbonne, Curé de [...] »
4Mefïïre Pierre Camuset, Doccteur
de Sorbonne, Curé de l'E.
)"Ile Paroissiale de Saint Hilaire,
) Chapelain de l'Eglise de Paris,
foourut presque subitement le
mundy22demois. Ilavoiresté
disposé deux ou trois jours sans
aucune maladie qui parustconsiderable.
Les grandes charirez qu'il soit ,
le font extremément regretter.
MrJollain, Chanoine de
nûint Marcel, luy a succedé dans
nrtce Cure:
de Sorbonne, Curé de l'E.
)"Ile Paroissiale de Saint Hilaire,
) Chapelain de l'Eglise de Paris,
foourut presque subitement le
mundy22demois. Ilavoiresté
disposé deux ou trois jours sans
aucune maladie qui parustconsiderable.
Les grandes charirez qu'il soit ,
le font extremément regretter.
MrJollain, Chanoine de
nûint Marcel, luy a succedé dans
nrtce Cure:
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46
p. 99-106
Translations. [titre d'après la table]
Début :
On a fait une grande Ceremonie chez les Peres Minimes [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Translation, Ossements, Procession, Rome, Cortège, Dévotion, Piété, Martyre, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Translations. [titre d'après la table]
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
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Résumé : Translations. [titre d'après la table]
Deux cérémonies distinctes ont marqué la translation de reliques de saints. À Péronne, les Pères Minimes ont organisé une grande cérémonie pour la translation des offrandes du corps de Saint Juste Martyr, récemment arrivées de Rome. Une procession a récupéré la châsse dans un dépôt temporaire, traversant des rues ornées de tapisseries. Trente-deux corporations de métiers ont participé, portant leurs drapeaux et armes. La châsse a été placée dans l'église royale et collégiale de Saint-Furcy pour un panégyrique, puis exposée chez les Pères Minimes pendant une octave. À Niort, une cérémonie a célébré la translation du corps presque entier de Saint Victor, offert par le Père Isidore. Cette relique, initialement nommée Aphrodize, a été renommée Victor par le Pape Innocent XI en 1675. Plus de douze mille personnes ont assisté à la procession, marquée par des cérémonies solennelles et des illuminations. La relique a été exposée dans les halles de Niort, décorées pour l'occasion, avec des panégyriques prononcés par le Père Isidore et le Père Mesnard de l'Oratoire.
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47
p. 4-25
Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Début :
Avant que d'entrer dans ce détail, j'ay à vous faire part [...]
Mots clefs :
Procession, Nouveaux convertis, Chrétiens, Fête, Église, Rome, Honneurs, Cortège, Pape, Dévotion, Cérémonie, Martyrs, Nominations, Cardinal, Conclave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Avant
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
Fermer
Résumé : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
En septembre 1685, Rome a été le théâtre de nombreuses festivités religieuses et célébrations. Le 4 août, une fête en l'honneur de Saint Gaëtan a été organisée chez les Pères Théatins, et le pape a décidé que cette fête serait dorénavant célébrée comme une double fête. La même journée a marqué l'inauguration de l'église Saint-Ignace des Jésuites, attirant de nombreux dignitaires. Les Dominicains ont célébré la fête de saint Dominique avec une musique à huit chœurs, tandis que les Franciscains et les Dominicains ont échangé des offices pour symboliser leur union. Le 9 août, la fête de Saint Laurent a été marquée par des arcs de triomphe autour de son église principale. Le 25 août, la fête de Saint Louis a été célébrée avec une musique exceptionnelle et la présence de l'ambassadeur de France, dans une église décorée de damas rouge, de fleurs de lys, de soleils, ainsi que des portraits du roi de France et du pape. Le 2 septembre, le pape a tenu une chapelle extraordinaire pour remercier Dieu des victoires contre les Turcs obtenues par les armées de l'empereur et des Vénitiens. La ville était en liesse avec des feux, des illuminations et des tirs de mortiers. Le cardinal Chigi a exposé des armes turques et des prisonniers sur la façade de son palais. Après les victoires militaires, des trophées macabres, comme une tête de Mahométan et une peau humaine attribuée au Grand Vizir, ont été mis en scène. Le pape a distribué des charités aux pauvres et organisé des prières de Quarante Heures pour demander des victoires contre les infidèles, la paix de l'Église et l'union des princes chrétiens. Une procession a célébré le transfert de nouveaux convertis au catholicisme vers un palais légué par le cardinal Gastaldi, accompagnée de cardinaux et de prélats, et s'est rendue à la basilique Saint-Pierre où étaient exposées des reliques sacrées. Le 2 septembre, le cardinal Paul Savelli-Perretti est décédé à l'âge de soixante-deux ans et a été inhumé dans l'église Santa Maria in Ara Coeli. Son frère est le prince d'Albano, chef de la maison Savelli, une des plus anciennes familles de Rome. Antoine Paoluzi, un auditeur de la Rote vénitien, est également décédé à Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
48
p. 166-270
Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que je vous aye dit beaucoup de choses dans mes [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Hérésie, Erreurs calvinistes, Vérité catholique, Nouveaux convertis, Royaume de France, Déclarations, Arrêts, Édit de Nantes, Révocation de l'édit de Nantes, Piété, Zèle, Famille, Marquis, Interdictions, Religion protestante, Duc de Noailles, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Quoy que je vous aye dit
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
En octobre 1685, la Chambre des Vacations du Parlement de Rouen a enregistré la révocation de l'Édit de Nantes, promulguée par le roi de France. Cette révocation visait à ramener les protestants à l'Église catholique, considérée comme la foi des rois de France. Elle fut justifiée par la violence passée des révoltes protestantes et présentée comme un acte de puissance, de clémence et de piété royale. Dans plusieurs régions, des conversions massives au catholicisme ont eu lieu. À Rouen, plus de mille personnes se sont converties immédiatement. À Caen, l'intendant Morangis a réussi à convertir une grande partie des protestants. À Sedan, le marquis de Saint-Germain a démoli un temple protestant et supervisé la conversion de plus de six cents personnes. Des conversions similaires ont été observées à Saint-Jean-d'Angély, Angoulême, Turenne, Argentac et Limoges, souvent facilitées par des conférences religieuses et des figures locales influentes. Des déclarations royales ont interdit l'exercice du protestantisme et permis la récupération des biens confisqués. Les officiers protestants devaient remettre leurs procurations pour leurs offices et étaient encouragés à se convertir pour conserver leurs fonctions. Les rassemblements secrets de protestants ont été interdits et surveillés par les autorités. Des conversions notables ont été signalées, notamment celles d'Alexandre l'Huillier et de François Forant. Le roi a exprimé sa satisfaction et promis de reconnaître les efforts des convertis. Le nonce papal a présenté un bref du pape, louant le roi comme un véritable roi chrétien. Les actions du roi ont été élogieuses lors des harangues d'ouverture des parlements et des cours de justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 278-296
Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point parlé du Chapitre general qui [...]
Mots clefs :
Abbaye, Chapitre, Cluny, Cardinal, Église, Ordre, Pape, Messe, Saints, Délibérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Je ne vous ay point parlé
GALANT. 279
du Chapitre general qui a
efté tenu depuis deux mois
dans l'Abbaye de Cluny , parce
que les circonstances ne
in'en eftoient pas connuës.
Cette Abbaye a efté fondée
en 910. par Guillaume Duc
d'Aquitaine. Les Monaſteres
qui s'y foûmirent en meſme
temps , attirez par la fainteté
de cette Maiſon , formerent
prefque auffi- toft une Congregation
, qui fut la premiere
de l'Ordre de Saint Benoiſt.
Cette Congregation a
efté le foûtien de l'Egliſe pendant
deux cens ans , & luy a
280 MERCURE
fourny quatre Papes, & une
infinité de grands Hommes.
Elle avoit commencé à déchoir
du temps de Saint Bernard
, & depuis on a fait de
temps en temps divers efforts
pour luy rendre ſon premier
luftre , mais on peut dire que
ç'a efté inutilement . Le defaut
de Chapitres generaux,
fur tout dans ces derniers
temps , a efté en partie cauſe
de ce relâchement. C'eft ce
qui obligea le Roy , toûjours
fenfible aux maux de l'Eglife,
& toûjours appliqué à y procurer
les remedes , d'en faire
GALANT. 281
tenir deux à Paris en 1676. &
1678. pendant la vacance de
l'Abbaye de Cluny . Dans ces
deux Chapitres , on fit de fa
ges Reglemens , qui nean
moins n'ont pas eu tout le
fuccés que l'on s'en eftoit
promis, quelque zele & quelque
application qu'ayent eu
pour cela les Commiffaires
que le Roy avoit nommez
pour y affifter de fa part.
M' le Cardinal de Bouillon
ayant efté depuis élû Abbé
de cette Abbaye , & par là
eftant devenu Chef , Superieur
, & General Admini-
Decembre 1685. A a
282 MERCURE
ftrateur de tout l'Ordre , a
crû ne pouvoir mieux commencer
fon Adminiſtratinn ,
que par la tenuë d'un autre
Chapitre , dans lequel on
puft prendre les mesures neceffaires
pour entrer en execution
des Reglemens des
deux précedens , en former
de nouveaux , s'il eftoit befoin
, & enfin parvenir à une
fainte Reformation . I le
convoqua au Dimanche 21.
du mois d'Octobre dernier,
dans l'Abbaye de Cluny , où
l'on ne s'eftoit point affemblé
en corps de Chapitre de
GALANT. 283
puis celuy que Dom Claude
de Gurfe Abbé Regulier de
cette Abbaye , tint en 1600 .
Plufieurs Abbez, Prieurs, Officiers
, & autres Religieux
de cet Ordre ', fe rendirent
de toutes les Provinces du
Royaume , à cette Affemblée,
dont l'ouverture
fe fit par une
Meffe du Saint Efprit , folemnellement
celebrée par ce
Cardinal , en habits Pontifi
caux .
Tous les Religieux , mefmet
les Preftres , communierent
de fa main , aprés s'eftre donnez
le baifer de paix les uns
A a ij
284 MERCURE
aux autres , & avoir porté à
l'Offrande le Pain dont ils
devoient communier. Le
Chantre prefenta le Vin en
ceremonie. Tous les Officiers
de l'Autel communierent
auffi fous l'efpece du Vin ,
fuivant le premier ufage de
l'Eglife , qui a toûjours con
tinué dans ce celebre Monaftere
; ce qui peut eftre de
quelque edification pour les
nouveaux Convertis , qui doivent
connoiftre & eftre convaincus
par
glife eft éloignée d'avoir pour
l'ufage de la Coupe , les fen
là combien l'EGALANT.
285
timens que luy imputent les
Miniftres Proteftans , puifque
quelques raifons qu'ait
eues le Concile de Trente de
déclarer qu'elle n'erre point,
quand elle ne donne aux
Laïques la Communion que
fous l'efpece du pain , on
voit bien neanmoins qu'elle
veut bien conſerver toûjours
en quelques Eglifes l'ufage
de la donner encore fous
celle du vin .
Aprés la Meffe M' le Cardinal
de Bouillon , revêtu de
fa Chappe rouge , paffa par le
milieu du Choeur , où tous les
286 MERCURE
Religieux l'attendoient , &
alla au Chapitre fuivy premierement
des fix Enfans de
Choeur , puis des Abbez &
de Prieurs, & enfin de tous les
Religieux . Là un Religieux
du Monaftere fit un Difcours
en Latin , qui futfuivy
d'un autre de ce Cardinal,
dans lequel il fit connoiſtre
avec beaucoup d'éloquence
& de pieté le relachement
où la Difcipline de l'Ordre
eftoit tombée , témoignant
fa douleur de l'état où il le
voyoit , & empruntant pour
l'exprimer , les paroles des
GALANT. 287
Prophetes , lors qu'ils déplo
rent la ruïne & la défolation
e de Jerufalem ce qu'il fit
>
d'une maniere vive & touchante
, ayant exhorté enfuite
avec beaucoup de force
tous les Religieux à rentrer
dans la pureté de la Regle
de Saint Benoift , & à reprendre
l'efprit & les Inftitutions.
primitives de cét Ordre , autrefois
la gloire & la ſplendeur
de l'eftat Monaftique ,
ainfi que la joye & l'édification
de toute l'Eglife . On
lût enfuite les Noms des Définiteurs
du Chapitre prece288
MERCURE
dent , qui fortirent en meſme
temps avec M ' le Cardinal
de Bouillon , fuivy des
fix Enfans pour aller dans le
Définitoire , afin d'y élire de
nouveaux Définiteurs ; &
fit
pendant ce temps on lût les
noms des Religieux de l'Ordre
qui eftoient morts depuis
le dernier Chapitre , & on
pour eux les Prieres ordinaires
. M' le Cardinal de
Bouillon acccompagné des
Définiteurs
du Chapitre precedent
, & toûjours fuivy
des Enfans de Choeur , eftant
revenu du Définitoire ,
on
publia
GALANT. 289
publia les nouveaux qu'on
venoit d'élire , & enfuite on
alla au Définitoire , où tout
de monde mangea maigre ;
mefme les Anciens , qui par
un certain mouvement de
pieté , ne voulurent point,
malgré leurs difpenfes, ufer
de viande dans un lieu confa .
cré par l'abſtinence de leurs
Peres , & dans lequel un
contraire ufage n'avoit jamais
encore efte introduit,
à quoy ils furent mefme portez
par l'exemple de M le
Cardinal de Bouillon , qui ſe
trouva auffi- bien qu'eux au
Decembre 1685. Bb
290 MERCURE
Refectoire , où il fit toutes
les fonctions , ayant dit le
Benedicite & les Graces que
l'on finit dans le Chapitre ,
où l'on alla au fortir du Refectoire
, en chantant le Mi
ferere. L'aprés-midy les nouveaux
Définiteurs s'affemblerent
pour la premiere fois ,
& éleurent les Officiers du
Chapitre , fçavoir deux Secretaires
pris du nombre
meſme des Définiteurs , deux
Auditeurs des Cauſes , deux
Auditeurs des Excufes , &
deux Portiers . Ces Définiteurs
font au nombre de
GALANT. 291
» quinze , choifis d'entre les
Abbez ou Prieurs de l'Or
dre, ou Officiers de l'Abbaye
de Cluny , & ils agiffent toûjours
comme Déleguez du
Saint Siege , felon les Bulles
des Papes , en forte que tous
les Statuts & tous les Decrets
qu'ils forment pour le Reglement
de la Difcipline de
L'Ordre, font revêtus de l'Authorité
Apoftolique
. Il y en
avoit huit pris du Corps des
Anciens , & fept de celuy des
Reformez ; & à cela prés , il
yaa toûjours eu fort peu de
difference entre les deux Ob.
Bb ij
292 MERCURE
fervances pendant tout le
Chapitre , puifqu'ils ont pris
tous dans l'Eglife , dans le
Chapitre , dans le Refectoire
, & dans les autres lieux
d'Aſſemblée , le rang de leur
Veſture indifferemment , &
fans autre diftinction d'Obfervance
que celle de l'Habit
& de la Tonfure , furquoy
jufques icy on n'a pû
encore établir d'uniformité .
Le Lundy & les deux jours
fuivans , on tint le Définitoire
foir & matin. L'on y
prit plufieurs Déliberations
avantageufes au bien de l'OrGALANT.
293
\ ·
dre ; & entre autres le nouveau
Breviaire de cét Ordre ,
dont le projet avoit efté loüé
& approuvé déja dans les
precedens Chapitres . Il fut
prefenté tout imprimé par
Dom Paul Rabuffon Souf
chambrier de l'Abbaye de
Cluny , & Dom Claude Devers
Tréforier de la mefme
Abbaye , & trouvé conforme
à la Regle de Saint Benoiſt
, à l'efprit de l'Eglife ,
aux Decrets des Conciles ,
aux Capitulaires de nos
Roys , & à l'intention des
Papes , & particulierement
de Paul V. Bb iij
294 MERCURE
Le Jeudy on ne tint point
le
Définitoire , parce que
c'eftoit le jour de la Dedicace
de l'Eglife de Cluny.
Le grand Prieur de l'Abbaye
fit l'Office , & la Meffe fut
celebrée felon les Ceremo
nies de l'Ordre. Le Vendredy
on continua le Définitoire
, & l'on élut le Procureur
General de l'Ordre &
les Vifiteurs des Provinces .
Le Samedy aprés midy on
conclut le Chapitre par la
lecture des Statuts , & par
Benediction que donna M
le Cardinal de Bouillon.
GALANT. 295
Plufieurs Perfonnes des environs
fe font trouvées à
l'Ouverture de ce Chapirre,
entr-autres -M¹ l'Evefque de
Chaalons fur Saone,le Prieur
des Chartreux de Lyon , &
quelques Jefuites de la meſme
Ville , M. l'Abbé de Septfonds
, M' le Doyen de l'Eglife
d'Autun, quelques Chanoines
de Tournus , & M' de
Santeüil Chanoine Regulier
de l'Abbaye de Saint Victor
de Paris , dont les Hymnes
qu'il a composées
pour le
nouveau Breviaire de Cluny,
furent leues dans le Défini-
Bb iiij
296 MERCURE
toire avec reconnoiffance &
avec applaudiffement.
GALANT. 279
du Chapitre general qui a
efté tenu depuis deux mois
dans l'Abbaye de Cluny , parce
que les circonstances ne
in'en eftoient pas connuës.
Cette Abbaye a efté fondée
en 910. par Guillaume Duc
d'Aquitaine. Les Monaſteres
qui s'y foûmirent en meſme
temps , attirez par la fainteté
de cette Maiſon , formerent
prefque auffi- toft une Congregation
, qui fut la premiere
de l'Ordre de Saint Benoiſt.
Cette Congregation a
efté le foûtien de l'Egliſe pendant
deux cens ans , & luy a
280 MERCURE
fourny quatre Papes, & une
infinité de grands Hommes.
Elle avoit commencé à déchoir
du temps de Saint Bernard
, & depuis on a fait de
temps en temps divers efforts
pour luy rendre ſon premier
luftre , mais on peut dire que
ç'a efté inutilement . Le defaut
de Chapitres generaux,
fur tout dans ces derniers
temps , a efté en partie cauſe
de ce relâchement. C'eft ce
qui obligea le Roy , toûjours
fenfible aux maux de l'Eglife,
& toûjours appliqué à y procurer
les remedes , d'en faire
GALANT. 281
tenir deux à Paris en 1676. &
1678. pendant la vacance de
l'Abbaye de Cluny . Dans ces
deux Chapitres , on fit de fa
ges Reglemens , qui nean
moins n'ont pas eu tout le
fuccés que l'on s'en eftoit
promis, quelque zele & quelque
application qu'ayent eu
pour cela les Commiffaires
que le Roy avoit nommez
pour y affifter de fa part.
M' le Cardinal de Bouillon
ayant efté depuis élû Abbé
de cette Abbaye , & par là
eftant devenu Chef , Superieur
, & General Admini-
Decembre 1685. A a
282 MERCURE
ftrateur de tout l'Ordre , a
crû ne pouvoir mieux commencer
fon Adminiſtratinn ,
que par la tenuë d'un autre
Chapitre , dans lequel on
puft prendre les mesures neceffaires
pour entrer en execution
des Reglemens des
deux précedens , en former
de nouveaux , s'il eftoit befoin
, & enfin parvenir à une
fainte Reformation . I le
convoqua au Dimanche 21.
du mois d'Octobre dernier,
dans l'Abbaye de Cluny , où
l'on ne s'eftoit point affemblé
en corps de Chapitre de
GALANT. 283
puis celuy que Dom Claude
de Gurfe Abbé Regulier de
cette Abbaye , tint en 1600 .
Plufieurs Abbez, Prieurs, Officiers
, & autres Religieux
de cet Ordre ', fe rendirent
de toutes les Provinces du
Royaume , à cette Affemblée,
dont l'ouverture
fe fit par une
Meffe du Saint Efprit , folemnellement
celebrée par ce
Cardinal , en habits Pontifi
caux .
Tous les Religieux , mefmet
les Preftres , communierent
de fa main , aprés s'eftre donnez
le baifer de paix les uns
A a ij
284 MERCURE
aux autres , & avoir porté à
l'Offrande le Pain dont ils
devoient communier. Le
Chantre prefenta le Vin en
ceremonie. Tous les Officiers
de l'Autel communierent
auffi fous l'efpece du Vin ,
fuivant le premier ufage de
l'Eglife , qui a toûjours con
tinué dans ce celebre Monaftere
; ce qui peut eftre de
quelque edification pour les
nouveaux Convertis , qui doivent
connoiftre & eftre convaincus
par
glife eft éloignée d'avoir pour
l'ufage de la Coupe , les fen
là combien l'EGALANT.
285
timens que luy imputent les
Miniftres Proteftans , puifque
quelques raifons qu'ait
eues le Concile de Trente de
déclarer qu'elle n'erre point,
quand elle ne donne aux
Laïques la Communion que
fous l'efpece du pain , on
voit bien neanmoins qu'elle
veut bien conſerver toûjours
en quelques Eglifes l'ufage
de la donner encore fous
celle du vin .
Aprés la Meffe M' le Cardinal
de Bouillon , revêtu de
fa Chappe rouge , paffa par le
milieu du Choeur , où tous les
286 MERCURE
Religieux l'attendoient , &
alla au Chapitre fuivy premierement
des fix Enfans de
Choeur , puis des Abbez &
de Prieurs, & enfin de tous les
Religieux . Là un Religieux
du Monaftere fit un Difcours
en Latin , qui futfuivy
d'un autre de ce Cardinal,
dans lequel il fit connoiſtre
avec beaucoup d'éloquence
& de pieté le relachement
où la Difcipline de l'Ordre
eftoit tombée , témoignant
fa douleur de l'état où il le
voyoit , & empruntant pour
l'exprimer , les paroles des
GALANT. 287
Prophetes , lors qu'ils déplo
rent la ruïne & la défolation
e de Jerufalem ce qu'il fit
>
d'une maniere vive & touchante
, ayant exhorté enfuite
avec beaucoup de force
tous les Religieux à rentrer
dans la pureté de la Regle
de Saint Benoift , & à reprendre
l'efprit & les Inftitutions.
primitives de cét Ordre , autrefois
la gloire & la ſplendeur
de l'eftat Monaftique ,
ainfi que la joye & l'édification
de toute l'Eglife . On
lût enfuite les Noms des Définiteurs
du Chapitre prece288
MERCURE
dent , qui fortirent en meſme
temps avec M ' le Cardinal
de Bouillon , fuivy des
fix Enfans pour aller dans le
Définitoire , afin d'y élire de
nouveaux Définiteurs ; &
fit
pendant ce temps on lût les
noms des Religieux de l'Ordre
qui eftoient morts depuis
le dernier Chapitre , & on
pour eux les Prieres ordinaires
. M' le Cardinal de
Bouillon acccompagné des
Définiteurs
du Chapitre precedent
, & toûjours fuivy
des Enfans de Choeur , eftant
revenu du Définitoire ,
on
publia
GALANT. 289
publia les nouveaux qu'on
venoit d'élire , & enfuite on
alla au Définitoire , où tout
de monde mangea maigre ;
mefme les Anciens , qui par
un certain mouvement de
pieté , ne voulurent point,
malgré leurs difpenfes, ufer
de viande dans un lieu confa .
cré par l'abſtinence de leurs
Peres , & dans lequel un
contraire ufage n'avoit jamais
encore efte introduit,
à quoy ils furent mefme portez
par l'exemple de M le
Cardinal de Bouillon , qui ſe
trouva auffi- bien qu'eux au
Decembre 1685. Bb
290 MERCURE
Refectoire , où il fit toutes
les fonctions , ayant dit le
Benedicite & les Graces que
l'on finit dans le Chapitre ,
où l'on alla au fortir du Refectoire
, en chantant le Mi
ferere. L'aprés-midy les nouveaux
Définiteurs s'affemblerent
pour la premiere fois ,
& éleurent les Officiers du
Chapitre , fçavoir deux Secretaires
pris du nombre
meſme des Définiteurs , deux
Auditeurs des Cauſes , deux
Auditeurs des Excufes , &
deux Portiers . Ces Définiteurs
font au nombre de
GALANT. 291
» quinze , choifis d'entre les
Abbez ou Prieurs de l'Or
dre, ou Officiers de l'Abbaye
de Cluny , & ils agiffent toûjours
comme Déleguez du
Saint Siege , felon les Bulles
des Papes , en forte que tous
les Statuts & tous les Decrets
qu'ils forment pour le Reglement
de la Difcipline de
L'Ordre, font revêtus de l'Authorité
Apoftolique
. Il y en
avoit huit pris du Corps des
Anciens , & fept de celuy des
Reformez ; & à cela prés , il
yaa toûjours eu fort peu de
difference entre les deux Ob.
Bb ij
292 MERCURE
fervances pendant tout le
Chapitre , puifqu'ils ont pris
tous dans l'Eglife , dans le
Chapitre , dans le Refectoire
, & dans les autres lieux
d'Aſſemblée , le rang de leur
Veſture indifferemment , &
fans autre diftinction d'Obfervance
que celle de l'Habit
& de la Tonfure , furquoy
jufques icy on n'a pû
encore établir d'uniformité .
Le Lundy & les deux jours
fuivans , on tint le Définitoire
foir & matin. L'on y
prit plufieurs Déliberations
avantageufes au bien de l'OrGALANT.
293
\ ·
dre ; & entre autres le nouveau
Breviaire de cét Ordre ,
dont le projet avoit efté loüé
& approuvé déja dans les
precedens Chapitres . Il fut
prefenté tout imprimé par
Dom Paul Rabuffon Souf
chambrier de l'Abbaye de
Cluny , & Dom Claude Devers
Tréforier de la mefme
Abbaye , & trouvé conforme
à la Regle de Saint Benoiſt
, à l'efprit de l'Eglife ,
aux Decrets des Conciles ,
aux Capitulaires de nos
Roys , & à l'intention des
Papes , & particulierement
de Paul V. Bb iij
294 MERCURE
Le Jeudy on ne tint point
le
Définitoire , parce que
c'eftoit le jour de la Dedicace
de l'Eglife de Cluny.
Le grand Prieur de l'Abbaye
fit l'Office , & la Meffe fut
celebrée felon les Ceremo
nies de l'Ordre. Le Vendredy
on continua le Définitoire
, & l'on élut le Procureur
General de l'Ordre &
les Vifiteurs des Provinces .
Le Samedy aprés midy on
conclut le Chapitre par la
lecture des Statuts , & par
Benediction que donna M
le Cardinal de Bouillon.
GALANT. 295
Plufieurs Perfonnes des environs
fe font trouvées à
l'Ouverture de ce Chapirre,
entr-autres -M¹ l'Evefque de
Chaalons fur Saone,le Prieur
des Chartreux de Lyon , &
quelques Jefuites de la meſme
Ville , M. l'Abbé de Septfonds
, M' le Doyen de l'Eglife
d'Autun, quelques Chanoines
de Tournus , & M' de
Santeüil Chanoine Regulier
de l'Abbaye de Saint Victor
de Paris , dont les Hymnes
qu'il a composées
pour le
nouveau Breviaire de Cluny,
furent leues dans le Défini-
Bb iiij
296 MERCURE
toire avec reconnoiffance &
avec applaudiffement.
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Résumé : Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Un chapitre général de l'Ordre de Saint Benoît s'est récemment tenu à l'abbaye de Cluny, fondée en 910 par Guillaume Duc d'Aquitaine. Cette abbaye avait été influente pendant deux siècles, produisant quatre papes et de nombreux hommes illustres. Cependant, depuis l'époque de Saint Bernard, elle a connu un déclin malgré des tentatives de réforme. Le manque de chapitres généraux récents a exacerbé ce déclin, conduisant le roi à en organiser deux à Paris en 1676 et 1678. En octobre 1685, le cardinal de Bouillon, nouvel abbé de Cluny, a convoqué un nouveau chapitre pour réformer l'ordre. La cérémonie a débuté par une messe solennelle et un discours du cardinal sur le déclin disciplinaire, exhortant à revenir à la règle de Saint Benoît. Des nouveaux définiteurs ont été élus et des délibérations ont eu lieu lundi, mardi et mercredi, incluant l'approbation d'un nouveau bréviaire conforme à la règle de Saint Benoît et aux décrets des conciles. Jeudi, aucune réunion n'a eu lieu en raison de la dédicace de l'église de Cluny. Vendredi, le définitoire a élu le procureur général et les visiteurs des provinces. Samedi, le chapitre s'est conclu par la lecture des statuts et une bénédiction. Plusieurs personnalités ecclésiastiques ont assisté à l'ouverture du chapitre.
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50
p. 16-18
POUR LE ROY. SONNET.
Début :
Voicy trois Sonnets qui ont esté adressez au Roy sur / De quels sacrez lauriers se va-t-il couronner [...]
Mots clefs :
Lauriers, Église, Révolte, Orgueil, Malheur, Zèle, Terreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY. SONNET.
Voicy trois Sonnets qui ont
efté adreffez au Roy fur cette
meſme matiere . Le premier eft
de Monfieur Boyer , le fecond
de Monfieur le Clerc , tous deux
de l'Academie Françoife , & le
troifiéme de Mademoiſelle de
Rafilly.
GALANT
POUR LE ROY.
SONNET.
E quels facrez lauriers fe va- "
DE
t- il -couronner
Ce grand Roy , qui laiſſant repofer
Ja vaillance ,
Dans le fein de l'Eglife a foin de
ramener
Ceux qu'avoient révoltez l'orgueil
ou l'ignorance?
Au Ciel , en dépit d'eux , il les vent
entraifner ,
Et de fa pieté lafainte impatience,
Contre ces malheureux qui veulent
s'obstiner ,
Joint à fon zele ardent une jute
puiffance.
18 MERCURE
Ainfi contre l'Enfant rebelle à fon
devoir ,
Le Pere heureufement fe fert defon
Douce feverité:falutaire contrainte!
Ainfifur Paul, qu'aveugle un zele
furieux ,
Dieu tonne & le remplit de terreur
& de crainte:
Mais le coup qui l'abat luy fait- onvrir
les yeux.
efté adreffez au Roy fur cette
meſme matiere . Le premier eft
de Monfieur Boyer , le fecond
de Monfieur le Clerc , tous deux
de l'Academie Françoife , & le
troifiéme de Mademoiſelle de
Rafilly.
GALANT
POUR LE ROY.
SONNET.
E quels facrez lauriers fe va- "
DE
t- il -couronner
Ce grand Roy , qui laiſſant repofer
Ja vaillance ,
Dans le fein de l'Eglife a foin de
ramener
Ceux qu'avoient révoltez l'orgueil
ou l'ignorance?
Au Ciel , en dépit d'eux , il les vent
entraifner ,
Et de fa pieté lafainte impatience,
Contre ces malheureux qui veulent
s'obstiner ,
Joint à fon zele ardent une jute
puiffance.
18 MERCURE
Ainfi contre l'Enfant rebelle à fon
devoir ,
Le Pere heureufement fe fert defon
Douce feverité:falutaire contrainte!
Ainfifur Paul, qu'aveugle un zele
furieux ,
Dieu tonne & le remplit de terreur
& de crainte:
Mais le coup qui l'abat luy fait- onvrir
les yeux.
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Résumé : POUR LE ROY. SONNET.
Le texte présente trois sonnets dédiés au roi, écrits par Boyer, le Clerc et Mademoiselle de Rafilly. Le sonnet 'Galant pour le Roy' loue la piété et la justice du roi, qui utilise sa vaillance pour ramener les rebelles. Il est comparé à un père corrigant un enfant et à saint Paul terrassé par la grâce divine, inspirant ainsi la crainte et la conversion.
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