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p. 1-337
JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Début :
Je vous l'ay promis, Madame. Il faut vous satisfaire [...]
Mots clefs :
Roi, Luxembourg, Sa Majesté, Prince, Place, Voyage, Ville, Cour, Gardes, Église, Verdun, François-Henri de Montmorency-Bouteville, Maison, Duc de Luxembourg, Honneur, Bonté, Paris, Comte, Fortifications, Troupes, Officiers, Évêché, Abbé, Versailles, France, Médailles, Corps, Personnes, Messe, Châlons-en-Champagne, Évêque, Marquis, Lieux, Régiment, Champagne
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
JOURNAL
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
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Résumé : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Le roi entreprit un voyage à Luxembourg pour inspecter la place forte, suscitant des inquiétudes en Europe. Il assura qu'il n'avait pas l'intention de rompre la paix et ordonna à son ministre, le Marquis de Croissy Colbert, d'écrire au Cardinal Ranuzzi pour rassurer les États voisins et l'Empereur. La lettre, datée du 4 avril, expliquait que le voyage était motivé par la curiosité du roi et qu'il serait de retour dans trois semaines. Le roi voyagea à petites journées, accompagné de quelques membres de la cour et de ses fils, les Ducs du Maine et de Toulouse, avec une sécurité assurée par les Gardes du Corps, les Mousquetaires et l'Infanterie. Le départ du roi de Versailles fut marqué par la présence de ministres étrangers et de personnalités distinguées. Le voyage, initialement prévu pour le 2 mai, fut reporté au 10 mai en raison de la rougeole de la Duchesse. Le roi quitta Versailles après la messe, accompagné d'une partie des troupes et de personnes de distinction. À Paris, le peuple acclama le roi, qui passa par la Place des Victoires et examina la statue dorée à son effigie. Il traversa ensuite les rues de Paris, où il fut acclamé, et se rendit au village de Bondy. Il dîna avec plusieurs dames de la cour et tint conseil à Claye. La cour se déplaça ensuite à Monceaux, puis à Montmirel en raison du mauvais temps. Le roi visita plusieurs villes, dont Châlons et Verdun, où il fut reçu par les autorités locales et participa à des cérémonies religieuses. Le texte mentionne également plusieurs décès, dont ceux de Mademoiselle de Simiane et de l'Évêque d'Amiens. Le roi inspecta les fortifications de Verdun et des régiments, exprimant sa satisfaction envers le marquis de Vaubecour, gouverneur de Châlons. Il visita également Estain et Longwy, une place forte récemment construite pour faciliter la prise de Luxembourg. À Longwy, il inspecta des troupes et des fortifications, exprimant sa satisfaction quant à leur état et leur discipline. Le roi entreprit des travaux de fortification dans plusieurs villes, notamment à l'extrémité du plan de lapins, où une source fournira de l'eau à la ville. Les fortifications incluent des bastions et des redoutes pour défendre le passage de la rivière. Les travaux avancent rapidement avec sept bataillons et d'autres troupes, suscitant l'étonnement et l'admiration. Le roi compare ses efforts à ceux des Chinois avec leur muraille, soulignant que la France est protégée par deux rangs de places fortes construites selon sa volonté. Louvois, ministre du roi, inspecta plusieurs places fortes telles que Sarrelouis, Thionville et Luxembourg, et trouva les troupes et les fortifications en excellent état. Il reçut des compliments de divers magistrats et gouverneurs. Le roi et sa cour participèrent à des cérémonies religieuses à Verdun et Sainte-Menehould, où ils assistèrent à des messes, des processions et des saluts chantés en musique. Le roi fit preuve de générosité envers les curés, les capucins et les musiciens. Le roi visita Étoges, admirant la vertu et la piété des habitants. Informé de la maladie de la princesse de Conti, il ordonna son transfert à Montmirail. Le texte mentionne également la galerie du château d'Étoges, contenant les portraits de grands hommes européens, et la simplicité de bon goût qui y règne. Le roi quitta Étoges pour Montmirail, où la princesse de Conti était alitée en raison de sa maladie. Le texte relate ensuite les derniers jours du voyage royal et le retour du roi à Versailles. La cour commença à quitter le lieu de séjour, et plusieurs messes furent célébrées. Le Dauphin partit rejoindre la Dauphine à Versailles. Le roi, informé de la maladie de la princesse de Conti, ordonna la préparation de messes et d'une procession. Le roi et sa suite continuèrent leur voyage, s'arrêtant à divers endroits comme Vieu-Maison et Caye, où ils furent accueillis par des dignitaires locaux. Ils arrivèrent finalement au château de Livry, où le roi fut reçu par la famille Sanguin. Un dîner somptueux fut servi, et le roi exprima sa satisfaction. Le roi passa l'après-midi à Paris avant de retourner à Versailles, où il fut accueilli par de nombreuses personnalités. Il visita les jardins et les nouvelles constructions du palais. À son retour, le roi récompensa ses médecins et chirurgiens pour leurs soins et organisa un repas en l'honneur des dames ayant participé au voyage. Le comte de Toulouse et la princesse de Conti rejoignirent la cour, apportant de la joie à l'ensemble des courtisans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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202
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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203
p. 352-353
Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Début :
Il me reste un grand détail à vous donner de ce qui s'est passé à Siam [...]
Mots clefs :
Roi, Paix, Constantin Phaulkon, Siam, Intrépidité, Vaisseaux, Alger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Il me reste un grand détail à vous
donner de ce qui s'est passé à Siam
àla défaite & à la mort du Roy de
Maccassar,où M.Constance,accom-»
pagné de quelques François & Anglois,
a fait des actions d'une grande
valeur, & d'une grande intrepidité.
Je suisobligéde remettre
aussi tout ce qui s'est fait à la prise
de plusieurs Vaisseauxd'Alger , &
au Combat de M. le Chevalier de
Tourville & de M. de Coetlogon ,
contre neuf Vaisseauxde cetre Nation.
Les infrasons continuelles.,
rpgue les A lgériens ont faites au derrnier
Traité de Paix, ont esté cause
'IXlu'on s'est cru obligé de les pour-
~LYuivre. Il y avoit icy pendant ce
~sremps-là des Envoyez deTripoly,
~jpqui ont paru bien resolus à garder
~Iqplus inviolablement la Paix qu'il a
~[qplû au Roy de leur accorder. J'ay
~idbeaucoup de choses à vous appren- dre touchant tout ce qu'ils ont fait
~Diicy
; ie vous en feray part le mois
~['j'prochain, ainsi que depluseurs
~autres Articles qui n'ont pu trouver
opiacé dans cette Lettre. Jesuis
~A Madame,Vostre
, &c.
AParisce30. Septembre1687.
donner de ce qui s'est passé à Siam
àla défaite & à la mort du Roy de
Maccassar,où M.Constance,accom-»
pagné de quelques François & Anglois,
a fait des actions d'une grande
valeur, & d'une grande intrepidité.
Je suisobligéde remettre
aussi tout ce qui s'est fait à la prise
de plusieurs Vaisseauxd'Alger , &
au Combat de M. le Chevalier de
Tourville & de M. de Coetlogon ,
contre neuf Vaisseauxde cetre Nation.
Les infrasons continuelles.,
rpgue les A lgériens ont faites au derrnier
Traité de Paix, ont esté cause
'IXlu'on s'est cru obligé de les pour-
~LYuivre. Il y avoit icy pendant ce
~sremps-là des Envoyez deTripoly,
~jpqui ont paru bien resolus à garder
~Iqplus inviolablement la Paix qu'il a
~[qplû au Roy de leur accorder. J'ay
~idbeaucoup de choses à vous appren- dre touchant tout ce qu'ils ont fait
~Diicy
; ie vous en feray part le mois
~['j'prochain, ainsi que depluseurs
~autres Articles qui n'ont pu trouver
opiacé dans cette Lettre. Jesuis
~A Madame,Vostre
, &c.
AParisce30. Septembre1687.
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Résumé : Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs événements militaires et diplomatiques impliquant la France. M. Constance a montré du courage à Siam lors de la défaite et de la mort du roi de Maccassar, en compagnie de quelques Français et Anglais. La France a pris plusieurs vaisseaux algériens après que ces derniers aient violé le dernier traité de paix. Un combat notable a opposé le Chevalier de Tourville et M. de Coetlogon à neuf vaisseaux algériens. Parallèlement, des envoyés de Tripoli ont assuré leur intention de respecter la paix avec le roi de France. L'auteur prévoit de fournir plus de détails dans une prochaine lettre. La missive est datée du 30 septembre 1687.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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204
p. 108-119
ODE Sur le soin que le Roy prend de l'éducation d[e] la Noblesse.
Début :
Depuis que les Prix ont esté donnez, on a sceu que / Toy, par qui les Mortels rendent leurs noms celebres, [...]
Mots clefs :
Éducation, Terreur, Prix de poésie, Roi, Noblesse, Héros, Écoles, Fils, Filles, Portrait, Louis, Bienfaits, Trône, Protecteur des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le soin que le Roy prend de l'éducation d[e] la Noblesse.
donnez, on a
sceu que
les deux Discours qui ont
Concouru sur cette mesme
matiere, estoient, l'un de Mcj l'AbbéRaguenet,& l'autre
de MrdeClervillç. Ils mentent tent l'un &c l'autreJde grandes louanges, ayant écrit
d'une maniérétres-noble, &
faitleportrait delaPatience
Chrestienne avec des traits
vifs qui la font aimer. Le
sujetsque Mrs de l'Academie
avoient donné pour le Prix
de Poësie,estoit l'éducation
de laNoblesse dans lesEcoles des Gentilshommes, &
dans la Maison de S. Cir,
Vous seriez contente de la
,.
--, - -,
-'
mianiere dont Mademoisel
le des Houlieres l'a traité»
quand mesme l'estime que
vous avez pour son nom &
l'interest que vous devez
prendre à tout ce qui fait ]
honneur à vostre Sexe, ne ]
vous engageroient pasà IirCJf
c.et Ouvrage avec plaisir.
ODE
Sur le foin que le Roy prend 4^ l'éducation da la Noblesse. T Oy, par qui les"Mortelsretî*
dent leurs noms célébrés,
Toy, quej'invoque icy pour la pre*
miere fois,
De mon ejprit confus dissipe les ter
nebres,
Etfoutiens ma timide voix,
teprojet queje faiscftbardy ,jâ
l'avoue
,
Il auroit effrayé le Pdfieur de Man.
touë
Etj'en connois tout le danger.
Mais9 Apollon, par toy si je fuk
inspirée
)
MesVerspourront desifens égaler
laduréei
Hasse-toy
,
viens m'snconwer*
»i,tf¿ dujour, tu me dois lesecours
que j'implore3
C'eficeHérossigrand,sicraint dans
irnivers,
te Protecteur des Arts, LOVIS que
l'on adose
,
[Fers.
Jî>ueje veux chanter dans mes
pepuis que chaque jour lufirs du
fein de l'onde,
1y n'as rien veu d'égal dans l'un
& l'autre monde,
Nysidigne dufoindesDieux.
,C'ejl peu pour enparler qu'un lan.
gageordinaire,
,
Etpour le bien louer, ce n-efipojnt
IlJlèZftire
Dés que l'on pourra faire mieux,
#
Ilsçait que triompher des erreurs &
desvices,
Répandre la terreur du Gange aux
flots glacez,
Elever en tous lieux de pompeux
Edifices,
Tour ungrandRoyn'efipas assiz.
Jî>uilfaut pourbien remplir cesi.
1
cre caraftere,
ght'au dessein d'arracherfin Peuple
-
a
la misere,
Cedent tous les autres projets,
Et que,quelque fierté que le Trône
demande,
bllfaut à tous momens quesa bonté
1 le rende
t
Le PeredetousifesSujets.
(1 peine a-t-il calme les troubles de
la Terre,
i
J^ue cefage Héros consulte avec la
Paix,
Les moyens deffacer les horreurs de
la Guerre
Par de mémorables bienfaits.
Il dérobe les cœursdesa jeune Nobkjji
Aux funefiesappas d'une indigne
molejfi
>
Compagne d'un trop long repos.
"France,quelsfoins pour toy prend'
ton au^ufieMaifire !
Ils s'en vont pourjamaisdans to& s
finfairenaifire
Vn nombre injiny de Heros.
Il établitpour eux des EcolesJille
vantes ( les mœurs\ ( Ou l'on régléa la sots le couUge &Î
D'où l'en les fait entrer dans
cesn
Mutes brillantes
G)ui menent aux plus grands
honncttrs.
On leur enseigne l'art de forcer des
murailles,
De bien asseoir un Camp3 de gagner
des batailles,
Etdedéfendre des remparts.
Dignes de commander au sortir de
l'enfance
,
-
ils verront Iii Victoireattachée à U
Erancê
Nefkivre que. fis Etendars?
Tel cet Eflre infinydonï LuFIS *cfil'Image,
Par lesifcrets ?effortsd'un pouvoir
,
atie,
Des dufferënspérils ou la mifire Desgage en-
»
1
SceutdcVvnrfion'Peuple
élu.
Long-tempsdans un Defiertfous de
fidelles Guides
il conduisitsespas vers les Vertus
solides,
Sources des grdndes allions,
Mtquand ileut acquis deparfaites
lumieresy
Il luyfîtfubjuguerdesNations entieres,
Terreur des autres Nations
Hais cyejt peu pour LOVIS d'élever
dansses Places
Les Fils de tantdevieux &sidelies
Guerriers,
.!<!!,i dans les champs de Mars
J
en
rnarchantsurses traces,
Ontfait des moiffins de lauriers,
four
feurs
Filles il montre autant de *
prévoyance
VMSmarne l'afilefiacrej]u'ildonne à l'in*
Contre tout ce qui la détruit;
Htpar les foins pieux d'une illufire
perflnne,
£)ue le Sort oHtrAgea, que la Vertu
couronne,
Vnsi beau dejjeinfut conduit.
Dans unsuperbe enclos ou lAflgeffi
habite,
Ou l'on fuit des rertus le sentier
épineux
,
D'un âge plein d'erreursmonfoiblc
Sexe évite
Les égarements dangereux.
D'enfans infortunez cent Familles
chargées,
Du foin de Uspourvoirse trouvent
fiulagées,
Jpjtelsecourscontreunfortingrat?
Pdr luy ce Héros paye en couronnant
leurspeines-
Lepingdont leurs AJeux ont épuisé
leurs veines
Tour la défense de l'Etat.
.dinfi dans les jardins l'on voit de
jeunes Plantes,
JZfu'on ne peut conserver que par
desfoins divers)
Vivre cf;. croiflre à l'abry des ardeurs
violentes
,
Etde la rigueurdes Hyvers.
far une habile main sans ceJlè cultivées
,
Et d'une eau vive dépure au besoin
abreuvées
,
Ellesflettriflènt dans leur temps:
Tandis qu'a la inercy des fatfons
orageuses
•
, Les autres au milieu des. campagxçs
pierrcùfes
Se flêtriffint dés leurPrintemps.
Mais quel brillant éclairvient de frâperma veuë!
.f<!!.i m'appelle? qu'entensje? &
qtt'efi-cequeje v»y?
Mon cœur efi transportéd'une joye
inconnue
,
,Zteets font ces presages pour
moy ?
Ne m'annoncent-ils point que je
verray la cheute
Des celebresRivaux avec qui je disi
pute
L'honneur de la lice où je cours?
.f<!je de gloire & quel prix! Ji le
Ciel me l'envoyé
>
Le Portrait de LOVIS à mes regards
en proye
Les occupera tousles jours.
sceu que
les deux Discours qui ont
Concouru sur cette mesme
matiere, estoient, l'un de Mcj l'AbbéRaguenet,& l'autre
de MrdeClervillç. Ils mentent tent l'un &c l'autreJde grandes louanges, ayant écrit
d'une maniérétres-noble, &
faitleportrait delaPatience
Chrestienne avec des traits
vifs qui la font aimer. Le
sujetsque Mrs de l'Academie
avoient donné pour le Prix
de Poësie,estoit l'éducation
de laNoblesse dans lesEcoles des Gentilshommes, &
dans la Maison de S. Cir,
Vous seriez contente de la
,.
--, - -,
-'
mianiere dont Mademoisel
le des Houlieres l'a traité»
quand mesme l'estime que
vous avez pour son nom &
l'interest que vous devez
prendre à tout ce qui fait ]
honneur à vostre Sexe, ne ]
vous engageroient pasà IirCJf
c.et Ouvrage avec plaisir.
ODE
Sur le foin que le Roy prend 4^ l'éducation da la Noblesse. T Oy, par qui les"Mortelsretî*
dent leurs noms célébrés,
Toy, quej'invoque icy pour la pre*
miere fois,
De mon ejprit confus dissipe les ter
nebres,
Etfoutiens ma timide voix,
teprojet queje faiscftbardy ,jâ
l'avoue
,
Il auroit effrayé le Pdfieur de Man.
touë
Etj'en connois tout le danger.
Mais9 Apollon, par toy si je fuk
inspirée
)
MesVerspourront desifens égaler
laduréei
Hasse-toy
,
viens m'snconwer*
»i,tf¿ dujour, tu me dois lesecours
que j'implore3
C'eficeHérossigrand,sicraint dans
irnivers,
te Protecteur des Arts, LOVIS que
l'on adose
,
[Fers.
Jî>ueje veux chanter dans mes
pepuis que chaque jour lufirs du
fein de l'onde,
1y n'as rien veu d'égal dans l'un
& l'autre monde,
Nysidigne dufoindesDieux.
,C'ejl peu pour enparler qu'un lan.
gageordinaire,
,
Etpour le bien louer, ce n-efipojnt
IlJlèZftire
Dés que l'on pourra faire mieux,
#
Ilsçait que triompher des erreurs &
desvices,
Répandre la terreur du Gange aux
flots glacez,
Elever en tous lieux de pompeux
Edifices,
Tour ungrandRoyn'efipas assiz.
Jî>uilfaut pourbien remplir cesi.
1
cre caraftere,
ght'au dessein d'arracherfin Peuple
-
a
la misere,
Cedent tous les autres projets,
Et que,quelque fierté que le Trône
demande,
bllfaut à tous momens quesa bonté
1 le rende
t
Le PeredetousifesSujets.
(1 peine a-t-il calme les troubles de
la Terre,
i
J^ue cefage Héros consulte avec la
Paix,
Les moyens deffacer les horreurs de
la Guerre
Par de mémorables bienfaits.
Il dérobe les cœursdesa jeune Nobkjji
Aux funefiesappas d'une indigne
molejfi
>
Compagne d'un trop long repos.
"France,quelsfoins pour toy prend'
ton au^ufieMaifire !
Ils s'en vont pourjamaisdans to& s
finfairenaifire
Vn nombre injiny de Heros.
Il établitpour eux des EcolesJille
vantes ( les mœurs\ ( Ou l'on régléa la sots le couUge &Î
D'où l'en les fait entrer dans
cesn
Mutes brillantes
G)ui menent aux plus grands
honncttrs.
On leur enseigne l'art de forcer des
murailles,
De bien asseoir un Camp3 de gagner
des batailles,
Etdedéfendre des remparts.
Dignes de commander au sortir de
l'enfance
,
-
ils verront Iii Victoireattachée à U
Erancê
Nefkivre que. fis Etendars?
Tel cet Eflre infinydonï LuFIS *cfil'Image,
Par lesifcrets ?effortsd'un pouvoir
,
atie,
Des dufferënspérils ou la mifire Desgage en-
»
1
SceutdcVvnrfion'Peuple
élu.
Long-tempsdans un Defiertfous de
fidelles Guides
il conduisitsespas vers les Vertus
solides,
Sources des grdndes allions,
Mtquand ileut acquis deparfaites
lumieresy
Il luyfîtfubjuguerdesNations entieres,
Terreur des autres Nations
Hais cyejt peu pour LOVIS d'élever
dansses Places
Les Fils de tantdevieux &sidelies
Guerriers,
.!<!!,i dans les champs de Mars
J
en
rnarchantsurses traces,
Ontfait des moiffins de lauriers,
four
feurs
Filles il montre autant de *
prévoyance
VMSmarne l'afilefiacrej]u'ildonne à l'in*
Contre tout ce qui la détruit;
Htpar les foins pieux d'une illufire
perflnne,
£)ue le Sort oHtrAgea, que la Vertu
couronne,
Vnsi beau dejjeinfut conduit.
Dans unsuperbe enclos ou lAflgeffi
habite,
Ou l'on fuit des rertus le sentier
épineux
,
D'un âge plein d'erreursmonfoiblc
Sexe évite
Les égarements dangereux.
D'enfans infortunez cent Familles
chargées,
Du foin de Uspourvoirse trouvent
fiulagées,
Jpjtelsecourscontreunfortingrat?
Pdr luy ce Héros paye en couronnant
leurspeines-
Lepingdont leurs AJeux ont épuisé
leurs veines
Tour la défense de l'Etat.
.dinfi dans les jardins l'on voit de
jeunes Plantes,
JZfu'on ne peut conserver que par
desfoins divers)
Vivre cf;. croiflre à l'abry des ardeurs
violentes
,
Etde la rigueurdes Hyvers.
far une habile main sans ceJlè cultivées
,
Et d'une eau vive dépure au besoin
abreuvées
,
Ellesflettriflènt dans leur temps:
Tandis qu'a la inercy des fatfons
orageuses
•
, Les autres au milieu des. campagxçs
pierrcùfes
Se flêtriffint dés leurPrintemps.
Mais quel brillant éclairvient de frâperma veuë!
.f<!!.i m'appelle? qu'entensje? &
qtt'efi-cequeje v»y?
Mon cœur efi transportéd'une joye
inconnue
,
,Zteets font ces presages pour
moy ?
Ne m'annoncent-ils point que je
verray la cheute
Des celebresRivaux avec qui je disi
pute
L'honneur de la lice où je cours?
.f<!je de gloire & quel prix! Ji le
Ciel me l'envoyé
>
Le Portrait de LOVIS à mes regards
en proye
Les occupera tousles jours.
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Résumé : ODE Sur le soin que le Roy prend de l'éducation d[e] la Noblesse.
Le texte présente deux discours sur la même matière, l'un de l'Abbé Raguenet et l'autre de Monsieur de Clervillç, tous deux loués pour leur style noble et leur description vivante de la patience chrétienne. Le sujet donné par les membres de l'Académie pour le prix de poésie était l'éducation de la noblesse, tant dans les écoles des gentilshommes que dans la Maison de Saint-Cyr. Une œuvre de Mademoiselle des Houlières sur ce sujet est également mentionnée, appréciée pour sa qualité intrinsèque indépendamment de la réputation de son auteur. Une ode suit, dédiée à l'éducation de la noblesse. L'auteur invoque Apollon pour dissiper ses doutes et inspirer sa voix. Il loue le roi Louis, protecteur des arts, et chante les bienfaits de son règne. Le roi est décrit comme un héros qui arrache son peuple à la misère, consulte avec la paix pour effacer les horreurs de la guerre, et établit des écoles illustres pour former la jeunesse noble. Ces écoles enseignent l'art de la guerre et préparent les jeunes nobles à commander et à défendre la France. Le roi est également loué pour sa prévoyance envers les filles, les protégeant des dangers et les conduisant vers la vertu. Le texte compare l'éducation des jeunes plantes dans un enclos protégé à celle des jeunes nobles formés par le roi. Enfin, l'auteur exprime sa joie à la vue du portrait du roi, qui occupera tous ses regards.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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205
p. 1-9
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Si les Sujets d'un Prince qui fait les delices de [...]
Mots clefs :
Roi, Parties, Prince, Règlements, Procureurs, Lettres, Siam, Mercure, Missionnaires, Siamois, Avocats, Conseillers, Plaideurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
I les Sujets d'un
Prince qui fait les
delices de fon Peu
ple , & l'admiration
de toute la Terre , doivent
chercher à l'envy à mettre fa
gloire dans fon plus beau jour,
& principalement lors qu'il a
porté celle de l'Eftat jufques au
plus haut degré d'élevation où
Ianvier 1688. A
2 MERC VRE
elle puiffe monter , quelle joye
ne dois-je pas reffentir d'avoir
parlé des grandes & incomparables
actions de l'augufte Souverain
qui nous gouverne, au
commencement de prés de
deux cens de mes Lettres , qui
ont paffé jufqu'au fond des Indes
, & qui y font en quelque
confideration , parce qu'elles
y apprennent les merveilles.
d'un Prince, que quelque Monarques
Indiens commencent.
déja à imiter ! On voit dans la
Relation du Voyage de Siam ,
écrite par Monfieur l'Abbé de
Choify , qu'ayant demandé
des Livres à Batavia , on luy
offrit d'abord le Mercure , comme
le plus curieux qu'on cuft
en ce pays là. Il y avoit longtemps
que les Miffionnaires
établi dans ce Royaume l'y faiGALANT.
3
foient venir . Ils en traduifoient
en Siamois , tous les endroits
qui parloient de ce que
Sa Majesté fait de grand , & de
fes Conqueftes , pour les faire
lire au Roy de Siam . Ie n'avance
rien que je n'aye par
écrit. lugez par là , Madame,
combien vous devez eftre contente
de m'avoir engagé depuis
tant d'années à vous écri
re tous les mois ce qui fe paffe
de plus curieux dans le monde,
puis que vous avez contribué
en quelque façon à faire publier
la gloire du Roy. Ie vais
pourfuivre , &
commenceray
à mon ordinaire par une ac
tion éclatante de ce grand
Monarque , qui m'en fournit
toûjours non
falement pour
en faire une peinture à la tefte
de toutes mes Lettres ,
A 2
4 MERCVRE
mais encore pour en embellir
d'autres endroits . Il fembloit
qu'on ne puft rien ajoûter à
tout ce qu'a fait ce Prince en
faveur de ceux de fes Sujets
qui ont le malheur d'étre obligez
de plaider. On a vû pa
roiftre fous fon regne , un
nouveau Code Civil , & un
Criminel , avec une infinité
de beaux Reglemens , & de
fages Ordonnances fur toutes
les chofes qui peuvent donner
fujet à des conteftations . Il
n'y avoit autrefois qu'à fe prefenter
pour eftre receu Avocat
; on ne refufoit perfonne,
& il n'en coutoit qu'une fomme
tres-modique pour quelques
droits qu'il falloit payer.
Il n'en eft plus de mefme aujourd'huy
; on oblige à étudier
trois ans en droit , & fi quelGALANT.
5.
ques Avocats font prefentement
fouffrir les Parties, il faut
que leur pareffe , & quelques
interefts particuliers en foient
caufe . Les Confeillers ne font
receus qu'après avoir fait voir
leur capacité dans plufieurs
Plaidoyers , & on leur fait fubir
un examen affez rigoureux
pour leur faire peine , fi tout
ce qui a efté ordonné là - deffus
n'engageoit pas les plus pareffeux
à fe rendre habiles . Le
Roy a fait auffi de belles &
judicieufes Ordonnances für
les degrez de parenté des Confeillers
, qui pouvoient quelquefois
caufer du préjudice
aux Parties . Comme on ne
peut apporter de trop exactes
précautions pour leur faire
avoir une bonne & prompte
juftice , fans les expofer à
A. S
6 MERCVRE
d'exceffives dépenfes , tant de
Reglemens ont efté faits , que
quoy qu'il y en euft encore
quelques -uns à fouhaiter , il
fembloit qu'on n'en defiraſt
pas davantage . Cependant Sa
Majefté qui veille plus au
bien de fes Peuples , qu'ils n'ofent
eux - meimes l'attendre
de fa bonté , & qui á toûjours
les yeux ouverts fur tous leurs
befoins , s'applique fans ceffe
à chercher de feurs moyens
pour faire que la neceffité de
plaider foit moins onereuſe à
ceux qui ne s'en peuvent défendre.
C'est pour cela que
le 13. du mois paffé il fut donné
un Arreftau Confeil d'Eftat
du Roy , pour la taxe des Offices
de Procureur.Vous fçavez
Madame , qu'il n'y a point de
Profeffion , quelque utile , &
GALANT. 7
quelque parfaite qu'elle foit
par elle - mefme , dans laquelle
les particuliers de la meſme
profeffion n'introduiſent des
abus. Cela ne fe voit que trop
fouvent parmy les Procureurs
dont plufieurs foulent leurs
Parties , par une fâcheufe
multiplicité de procedures extraordinaires
, & inutiles . Enfuite
ils vendent leurs Charfur
ce pied - là , & ceux qui les
achetent
, croyent
faire peu
de mal en les imitant parce
qu'ayant acheté ces Charges
fort cher, ils feroient mal leurs
affaires s'ils en ufoient autrement.
Ileft doux de prendre ,
& les Plaideurs croiroient fe
mettre au hazard de perdre
leurs cauſes , ou du moins ,
qu'elles feroient pourfuivies
avec une dangereufe: negli-
A
4
8 MERCURE
gence , s'ils refufoient quelque
chofe. Ainfi l'on ne doit
pas s'étonner s'il y a des Procureurs
qui s'enrichiffent . Il
fuffic pour cela qu'ils foient
d'humeur à faire quantité de
procedures , & à exiger des
droits. Les Parties qui ont tout
à craindre d'eux , n'ofent leur
rien refufer ; & il y en a méme
beaucoup qui donnent fans
qu'on leur demande , ce qui
incommode fort le donneur,
qui fe trouve prefque toûjours
ruiné , s'il perd fon procés . Le
Roy voit tout , conçoit tout ,
entre dans tout , & comme il
fuit toûjours l'équité , il pourvoit
à tout par des Reglemens
utiles à tous les intereffez .
Ceux qui fervent à foulager
le plaideur , & qui luy donnent
, pour ainfi dire , la vie ,
>
9
GALANT I
en l'empéchant de fe ruiner,
oftent aux Procureurs le moyen
de rien exiger d'injufte,
& dont leur confcience puiffe
eftre chargée . Voicy l'Arreft
dont je viens de vous parler .
Prince qui fait les
delices de fon Peu
ple , & l'admiration
de toute la Terre , doivent
chercher à l'envy à mettre fa
gloire dans fon plus beau jour,
& principalement lors qu'il a
porté celle de l'Eftat jufques au
plus haut degré d'élevation où
Ianvier 1688. A
2 MERC VRE
elle puiffe monter , quelle joye
ne dois-je pas reffentir d'avoir
parlé des grandes & incomparables
actions de l'augufte Souverain
qui nous gouverne, au
commencement de prés de
deux cens de mes Lettres , qui
ont paffé jufqu'au fond des Indes
, & qui y font en quelque
confideration , parce qu'elles
y apprennent les merveilles.
d'un Prince, que quelque Monarques
Indiens commencent.
déja à imiter ! On voit dans la
Relation du Voyage de Siam ,
écrite par Monfieur l'Abbé de
Choify , qu'ayant demandé
des Livres à Batavia , on luy
offrit d'abord le Mercure , comme
le plus curieux qu'on cuft
en ce pays là. Il y avoit longtemps
que les Miffionnaires
établi dans ce Royaume l'y faiGALANT.
3
foient venir . Ils en traduifoient
en Siamois , tous les endroits
qui parloient de ce que
Sa Majesté fait de grand , & de
fes Conqueftes , pour les faire
lire au Roy de Siam . Ie n'avance
rien que je n'aye par
écrit. lugez par là , Madame,
combien vous devez eftre contente
de m'avoir engagé depuis
tant d'années à vous écri
re tous les mois ce qui fe paffe
de plus curieux dans le monde,
puis que vous avez contribué
en quelque façon à faire publier
la gloire du Roy. Ie vais
pourfuivre , &
commenceray
à mon ordinaire par une ac
tion éclatante de ce grand
Monarque , qui m'en fournit
toûjours non
falement pour
en faire une peinture à la tefte
de toutes mes Lettres ,
A 2
4 MERCVRE
mais encore pour en embellir
d'autres endroits . Il fembloit
qu'on ne puft rien ajoûter à
tout ce qu'a fait ce Prince en
faveur de ceux de fes Sujets
qui ont le malheur d'étre obligez
de plaider. On a vû pa
roiftre fous fon regne , un
nouveau Code Civil , & un
Criminel , avec une infinité
de beaux Reglemens , & de
fages Ordonnances fur toutes
les chofes qui peuvent donner
fujet à des conteftations . Il
n'y avoit autrefois qu'à fe prefenter
pour eftre receu Avocat
; on ne refufoit perfonne,
& il n'en coutoit qu'une fomme
tres-modique pour quelques
droits qu'il falloit payer.
Il n'en eft plus de mefme aujourd'huy
; on oblige à étudier
trois ans en droit , & fi quelGALANT.
5.
ques Avocats font prefentement
fouffrir les Parties, il faut
que leur pareffe , & quelques
interefts particuliers en foient
caufe . Les Confeillers ne font
receus qu'après avoir fait voir
leur capacité dans plufieurs
Plaidoyers , & on leur fait fubir
un examen affez rigoureux
pour leur faire peine , fi tout
ce qui a efté ordonné là - deffus
n'engageoit pas les plus pareffeux
à fe rendre habiles . Le
Roy a fait auffi de belles &
judicieufes Ordonnances für
les degrez de parenté des Confeillers
, qui pouvoient quelquefois
caufer du préjudice
aux Parties . Comme on ne
peut apporter de trop exactes
précautions pour leur faire
avoir une bonne & prompte
juftice , fans les expofer à
A. S
6 MERCVRE
d'exceffives dépenfes , tant de
Reglemens ont efté faits , que
quoy qu'il y en euft encore
quelques -uns à fouhaiter , il
fembloit qu'on n'en defiraſt
pas davantage . Cependant Sa
Majefté qui veille plus au
bien de fes Peuples , qu'ils n'ofent
eux - meimes l'attendre
de fa bonté , & qui á toûjours
les yeux ouverts fur tous leurs
befoins , s'applique fans ceffe
à chercher de feurs moyens
pour faire que la neceffité de
plaider foit moins onereuſe à
ceux qui ne s'en peuvent défendre.
C'est pour cela que
le 13. du mois paffé il fut donné
un Arreftau Confeil d'Eftat
du Roy , pour la taxe des Offices
de Procureur.Vous fçavez
Madame , qu'il n'y a point de
Profeffion , quelque utile , &
GALANT. 7
quelque parfaite qu'elle foit
par elle - mefme , dans laquelle
les particuliers de la meſme
profeffion n'introduiſent des
abus. Cela ne fe voit que trop
fouvent parmy les Procureurs
dont plufieurs foulent leurs
Parties , par une fâcheufe
multiplicité de procedures extraordinaires
, & inutiles . Enfuite
ils vendent leurs Charfur
ce pied - là , & ceux qui les
achetent
, croyent
faire peu
de mal en les imitant parce
qu'ayant acheté ces Charges
fort cher, ils feroient mal leurs
affaires s'ils en ufoient autrement.
Ileft doux de prendre ,
& les Plaideurs croiroient fe
mettre au hazard de perdre
leurs cauſes , ou du moins ,
qu'elles feroient pourfuivies
avec une dangereufe: negli-
A
4
8 MERCURE
gence , s'ils refufoient quelque
chofe. Ainfi l'on ne doit
pas s'étonner s'il y a des Procureurs
qui s'enrichiffent . Il
fuffic pour cela qu'ils foient
d'humeur à faire quantité de
procedures , & à exiger des
droits. Les Parties qui ont tout
à craindre d'eux , n'ofent leur
rien refufer ; & il y en a méme
beaucoup qui donnent fans
qu'on leur demande , ce qui
incommode fort le donneur,
qui fe trouve prefque toûjours
ruiné , s'il perd fon procés . Le
Roy voit tout , conçoit tout ,
entre dans tout , & comme il
fuit toûjours l'équité , il pourvoit
à tout par des Reglemens
utiles à tous les intereffez .
Ceux qui fervent à foulager
le plaideur , & qui luy donnent
, pour ainfi dire , la vie ,
>
9
GALANT I
en l'empéchant de fe ruiner,
oftent aux Procureurs le moyen
de rien exiger d'injufte,
& dont leur confcience puiffe
eftre chargée . Voicy l'Arreft
dont je viens de vous parler .
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Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
La lettre décrit les actions et réformes d'un souverain, probablement Louis XIV, et leur impact sur ses sujets et au-delà. L'auteur exprime sa satisfaction d'avoir relaté les grandes actions du roi dans ses lettres, qui ont été lues jusqu'aux Indes et admirées par des monarques locaux. Les missionnaires en Siam traduisent même les exploits du roi pour le roi de Siam. La lettre met en avant les réformes judiciaires entreprises par le souverain. Celui-ci a créé de nouveaux codes civil et criminel, ainsi que des règlements stricts pour les avocats et les conseillers. Le roi a également instauré des mesures pour réduire les coûts et les abus dans les procédures judiciaires, comme la taxation des offices de procureur. Ces réformes visent à garantir une justice équitable et accessible, évitant ainsi la ruine des plaideurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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206
p. 239-247
Baptesme des deux Princes de Macassar, avec plusieurs particularitez contenant l'histoire de ces deux Princes. [titre d'après la table]
Début :
Je vous appris il y a quelques mois l'arrivée des deux [...]
Mots clefs :
Roi, Makassar, Princes de Makassar, Prince, Daeng Ruru, Daen Troulolo, Daen Maalle, Roi de Siam, Zèle, Religion, Madame la Dauphine, Mahométans, Baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Baptesme des deux Princes de Macassar, avec plusieurs particularitez contenant l'histoire de ces deux Princes. [titre d'après la table]
Je vous appris il y a quelques
mois l'arrivée des deux
Princes de Macaffar en France
, & je vous fis un détail de
240 MERCURE
ce qui avoit obligé le Roy
de Siam , chez qui ils eftoient,
à les envoyer en cette Cour.
L'aifné qui eft âgé de quinze
ans , s'appelle Daen Bourou ,
& l'autre qui n'en a que treize ,
s'appelle Daen Troulolo . Ils
font nez Mahometans , & Fils
de Daën Maallé , Frere du feu
Roy de Macaffar . Ce Prince
dés fon plus jeune âge eut
part au Gouvernement de
I'Eftat , & foit que fon humeur
guerriere & entreprenante
fift apprehender au
Roy fon Frere qu'il ne cherchaft
à le mettre hors du
Trône,
GALANT 241
foit qu'il prétaft trop facilement
l'oreille aux rapports de
ceux que des interefts parciculiers
portoient à vouloir fa
perte , il commença à le regarder
comme ennemy , &
prit le deffein de s'en défaire .
Ce complot ne put eftre fi
fecret , que Daën Maallé n'en
fuft averty. La confpiration
eftant fur le point d'eſtre executée
, ce malheureux Prince
fut obligé d'ufer d'adreffe &
de diligence pour fauver fa
vie. Comme la Ville de Macaffar
n'eft pas fort éloignée
de la Mer , il fit équiper une
Mars 16884
X
242 MERCURE
grande Chaloupe , & fortit le
foir du Palais chargé d'or , &
de ce qu'il trouva de plus précieux
. Il eftoit feulement accompagné
de deux de fes plus
fidelles ferviteurs , dont l'un
portoit fon Sabre , & l'autre
fon Bouclier. Il s'embarqua
la nuit , & fe rendit en peu
d'heures à l'Ifle de Java auprés
d'un petit Prince Souverain
fon Allié . Il en fut receu tresfavorablement
, y demeura
environ trois ans , & mefme
s'y maria. Il prit pour Femme
Anec Sapiha , Fille d'un
des principaux Seigneurs de
GALANT 243
I'Ifle , qni eftoit Mahometan
comme luy , & c'eſt d'elle
qu'il a eu les deux jeunes Princes
dont je vous ay parlé. La
nouvelle de fa fuite hors de
fon pays eftant venuë juſques
au Roy de Siam , parce que
les Canots de te Prince an
loient trafiquer fouvent à Jal
va Il n'eut pas eſté plûroſt
informé de la valeur & des
autres grandes qualitez de
Daen Maalle qu'il voulut
l'attirer dans fes Etats . Il luy
envoya un de fes meilleurs
Canots , & luy écrivit d'une
maniere.fr obligeante , que
X. ij
244 MERCURE
ce Prince accepta l'offre qui
luy eftoit faite. Il arriva enquinze
ou vingt jours à Siam,
où le Roy le receut avec tou
te l'amitié & toute l'eftime
qu'il pouvoit attendre. Il luy
donna le titre de Doia Pacdy,
ou Grand Treforierade ela
Couronne , & une penſion
confiderable avec un Village
& fes dépendances . Il y a
vêcu environ vingt ans avec
honneur , aimé du Roy, &
fort eftimé du Peuple , mais
enfin ayant oublié ce qu'il
devoit à fon Bienfaicteur, le
zele de la Religion Mahome
GALANT . 245
tane le fit confpirer contre le
Roy de Siam , & il fut tué
dans cette Confpiration, dont
je vous ay donné le détail
dans ma Lettre d'Octobre
dernier. Daën Bourou , &
Daën Troulolo fes Fils, eftant
arrivez en France , Sa Majesté
qui connoift le talent & le
zele qu'ont les Jefuites pour
l'inftruction de la jeuneffe ,
tant pour ce qui regarde le
culte de Dieu , que pour
Lettres , les mit Penfionnaires
chez eux , afin qu'ils
les
euffent foin de leur éduca
tion, & ils y ont fi bien réüffi ,
X iij
246 MERCURE
fur tout à l'égard de la Religion
Catholique , que leur
en ayant enfeigné les veritez ,
ils les ont mis en eftat de recevoir
le Baptefme . La Ceremonie
s'en fit le
mois dans l'Eglife de leur
Maifon Profeffe , par Mr l'E-
7.
de ce
vefque du Mans , premier
Aumônier de Monfieur , en
prefence de M Hameau , Curé
de S. Paul , qui eftoit en Surplis
& en Etole . Un fort
grand nombre de jeunes gens
de la premiere qualité , dont
le College de Louis le Grand
eft remply , & qui y font en
t GALANT
. 247
Madame
Penfion ,les
accompagnerent.
Le Roy fut Parrain de l'aifné
de ces deux Freres , & Madame
la Dauphine en fut la
Marraine.Il fut nommé Louis
par M le Marquis de la Sale
pour le Roy , & par
la Marquife de Bellefonds
pour Madame la Dauphine ;
& le cadet fut nommé Louis
Dauphin par M le Comte
de Matignon , au nom de
Monfeigneur le Dauphin , &
par Madame la Comteffe de
Maré , au nom de Madame .
mois l'arrivée des deux
Princes de Macaffar en France
, & je vous fis un détail de
240 MERCURE
ce qui avoit obligé le Roy
de Siam , chez qui ils eftoient,
à les envoyer en cette Cour.
L'aifné qui eft âgé de quinze
ans , s'appelle Daen Bourou ,
& l'autre qui n'en a que treize ,
s'appelle Daen Troulolo . Ils
font nez Mahometans , & Fils
de Daën Maallé , Frere du feu
Roy de Macaffar . Ce Prince
dés fon plus jeune âge eut
part au Gouvernement de
I'Eftat , & foit que fon humeur
guerriere & entreprenante
fift apprehender au
Roy fon Frere qu'il ne cherchaft
à le mettre hors du
Trône,
GALANT 241
foit qu'il prétaft trop facilement
l'oreille aux rapports de
ceux que des interefts parciculiers
portoient à vouloir fa
perte , il commença à le regarder
comme ennemy , &
prit le deffein de s'en défaire .
Ce complot ne put eftre fi
fecret , que Daën Maallé n'en
fuft averty. La confpiration
eftant fur le point d'eſtre executée
, ce malheureux Prince
fut obligé d'ufer d'adreffe &
de diligence pour fauver fa
vie. Comme la Ville de Macaffar
n'eft pas fort éloignée
de la Mer , il fit équiper une
Mars 16884
X
242 MERCURE
grande Chaloupe , & fortit le
foir du Palais chargé d'or , &
de ce qu'il trouva de plus précieux
. Il eftoit feulement accompagné
de deux de fes plus
fidelles ferviteurs , dont l'un
portoit fon Sabre , & l'autre
fon Bouclier. Il s'embarqua
la nuit , & fe rendit en peu
d'heures à l'Ifle de Java auprés
d'un petit Prince Souverain
fon Allié . Il en fut receu tresfavorablement
, y demeura
environ trois ans , & mefme
s'y maria. Il prit pour Femme
Anec Sapiha , Fille d'un
des principaux Seigneurs de
GALANT 243
I'Ifle , qni eftoit Mahometan
comme luy , & c'eſt d'elle
qu'il a eu les deux jeunes Princes
dont je vous ay parlé. La
nouvelle de fa fuite hors de
fon pays eftant venuë juſques
au Roy de Siam , parce que
les Canots de te Prince an
loient trafiquer fouvent à Jal
va Il n'eut pas eſté plûroſt
informé de la valeur & des
autres grandes qualitez de
Daen Maalle qu'il voulut
l'attirer dans fes Etats . Il luy
envoya un de fes meilleurs
Canots , & luy écrivit d'une
maniere.fr obligeante , que
X. ij
244 MERCURE
ce Prince accepta l'offre qui
luy eftoit faite. Il arriva enquinze
ou vingt jours à Siam,
où le Roy le receut avec tou
te l'amitié & toute l'eftime
qu'il pouvoit attendre. Il luy
donna le titre de Doia Pacdy,
ou Grand Treforierade ela
Couronne , & une penſion
confiderable avec un Village
& fes dépendances . Il y a
vêcu environ vingt ans avec
honneur , aimé du Roy, &
fort eftimé du Peuple , mais
enfin ayant oublié ce qu'il
devoit à fon Bienfaicteur, le
zele de la Religion Mahome
GALANT . 245
tane le fit confpirer contre le
Roy de Siam , & il fut tué
dans cette Confpiration, dont
je vous ay donné le détail
dans ma Lettre d'Octobre
dernier. Daën Bourou , &
Daën Troulolo fes Fils, eftant
arrivez en France , Sa Majesté
qui connoift le talent & le
zele qu'ont les Jefuites pour
l'inftruction de la jeuneffe ,
tant pour ce qui regarde le
culte de Dieu , que pour
Lettres , les mit Penfionnaires
chez eux , afin qu'ils
les
euffent foin de leur éduca
tion, & ils y ont fi bien réüffi ,
X iij
246 MERCURE
fur tout à l'égard de la Religion
Catholique , que leur
en ayant enfeigné les veritez ,
ils les ont mis en eftat de recevoir
le Baptefme . La Ceremonie
s'en fit le
mois dans l'Eglife de leur
Maifon Profeffe , par Mr l'E-
7.
de ce
vefque du Mans , premier
Aumônier de Monfieur , en
prefence de M Hameau , Curé
de S. Paul , qui eftoit en Surplis
& en Etole . Un fort
grand nombre de jeunes gens
de la premiere qualité , dont
le College de Louis le Grand
eft remply , & qui y font en
t GALANT
. 247
Madame
Penfion ,les
accompagnerent.
Le Roy fut Parrain de l'aifné
de ces deux Freres , & Madame
la Dauphine en fut la
Marraine.Il fut nommé Louis
par M le Marquis de la Sale
pour le Roy , & par
la Marquife de Bellefonds
pour Madame la Dauphine ;
& le cadet fut nommé Louis
Dauphin par M le Comte
de Matignon , au nom de
Monfeigneur le Dauphin , &
par Madame la Comteffe de
Maré , au nom de Madame .
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Résumé : Baptesme des deux Princes de Macassar, avec plusieurs particularitez contenant l'histoire de ces deux Princes. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée en France des princes de Macaffar, Daen Bourou et Daen Troulolo, âgés respectivement de 15 et 13 ans. Ces princes sont les fils de Daën Maallé, frère du roi de Macaffar. Daën Maallé, menacé par un complot, s'est réfugié à l'île de Java où il s'est marié et a eu deux fils. Attiré par le roi de Siam en raison de ses qualités, Daën Maallé a reçu un titre et une pension. Cependant, il a conspiré contre le roi de Siam et a été exécuté. Après sa mort, ses fils ont été envoyés en France. À leur arrivée, ils ont été placés sous la tutelle des Jésuites pour recevoir une éducation religieuse et académique. Ils ont été baptisés dans la religion catholique et ont reçu le prénom de Louis. Le roi de France a été le parrain de l'aîné, Daen Bourou, tandis que la dauphine a été sa marraine. Le cadet, Daen Troulolo, a été nommé par le dauphin et la comtesse de Maré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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207
p. 56-97
Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Début :
Nous commençons d'entrer dans une Saison où l'on [...]
Mots clefs :
Prix de l'Arquebuse, Autun, Ville, Prix, Chevaliers, Mr Dorné, Roi, Armes, Loges, Bal, Villes, Capitaine, Tente, Comte, Trompettes, Compagnie, Broderie, Ordre, Livrées, Tirer, Dames, Jeunesse, Plumes, Logis, Vin, Tambours, Vierg, Magistrats, Province, Roi de Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
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Résumé : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
La ville d'Autun, ancienne capitale des Gaules, organisa une fête incluant des compétitions de tir à l'arquebuse et au pistolet. Monsieur Dorné, capitaine désigné par la jeunesse autunoise, invita plusieurs villes à participer. Dijon, Beaune et Louën acceptèrent et arrivèrent avec des équipages impressionnants et des musiciens. Le 28 juin, les chevaliers se réunirent sur le Champ de Mars, accueillis par les habitants d'Autun. Après des rafraîchissements et des visites officielles, les Autunois, élégamment vêtus et armés, se dirigèrent vers l'hôtel du Comte de Roussillon, lieutenant du Roi, salués par des salves de mousqueterie et de canons. La compétition se déroula dans un édifice orné d'une effigie du roi en marbre. La cérémonie, solennelle et festive, comprenait des loges pour les marchands et les représentants étrangers. Monsieur Dorné offrit un grand repas et du vin aux participants. Le soir, un bal fut organisé, suivi d'exercices de tir le lendemain. Les festivités durèrent trois jours, avec des repas somptueux et des divertissements. Le quatrième jour, les Chevaliers furent escortés jusqu'aux portes de la ville et reçurent un repas. Un concours de tir au pistolet eut lieu, avec la noblesse présente en grand apparat. Les compagnies d'Autun, du Charolois et de Luzy défilèrent en armes, accompagnées par la jeunesse locale. La soirée se conclut par une danse improvisée éclairée par des flambeaux. Le lendemain, une nouvelle compétition de tir fut remportée par Monsieur de Siry de Serandey. La fête se termina par des divertissements et la décision de renouveler la compétition au printemps suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 1-322
LA FESTE DE CHANTILLY.
Début :
Il n'y a point d'Empire sur la terre [...]
Mots clefs :
Chantilly, Fête, Prince, Canal, Alidor, Roi, Plaisir, Choeur, Bois, Table, Théâtre, Chasse, Forêt, Allée, Allées, Marbre, Jardin, Agréable, Parterre, Amour, Fleurs, Feu, Arbres, Divertissement, Galerie, Orontée, Ordre, Reine, Gelon, Danse, Architecture, Corbeilles, Bassin, Château, Salle, Fontaine, Figures, Divertissements, Monseigneur le Dauphin, Cascade
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texteReconnaissance textuelle : LA FESTE DE CHANTILLY.
LA FESTE
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
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Résumé : LA FESTE DE CHANTILLY.
Le Prince de Condé organisa une fête somptueuse à Chantilly en l'honneur du Dauphin, fils du roi de France. Cette célébration soulignait l'amour et le respect des sujets envers les souverains français, reconnus pour leur accessibilité et leur communication directe. La fête comprenait divers divertissements, tels qu'une chasse et des danses exécutées par des groupes de danseurs représentant des satyres, accompagnés par des musiciens. Le Dauphin félicita l'organisation et l'inventivité des divertissements. Le château de Chantilly, en rénovation, abritait des tableaux illustrant les campagnes militaires du Prince de Condé, comme la Bataille de Rocroy et le siège de Dunkerque. Les jardins comprenaient un grand escalier, des parterres ornés de fontaines et de statues, ainsi qu'un opéra construit dans l'orangerie. La fête incluait des spectacles de statues animées et des oracles prédisant l'avenir. Les jardins offraient des pavillons, des cascades, des fontaines et des bassins. Des divertissements nautiques et des chasses étaient organisés, suivis de réceptions et de concerts. Le prince et les invités participèrent à diverses activités, comme la jouste sur l'eau et la chasse au cerf. Après le repas, Monseigneur fut invité à chercher le dessert dans un labyrinthe orné de statues de marbre représentant Thésée, Ariane et le Minotaure, ainsi que des figures d'enfants effrayés et des bancs de marbre avec des énigmes gravées. Le centre du labyrinthe abritait une salle découverte avec une table décorée de corbeilles d'argent et de fleurs. La fête comprenait également une partie de tir suivie d'un spectacle dirigé par le dieu Pan, représentant une forêt peuplée de nymphes, bergers, satyres, faunes et silvains. Le dimanche, des feux d'artifice et une illumination spectaculaire du grand escalier du château furent organisés, transformant celui-ci en une vision éclatante avec des colonnes, arcs rampants, statues mythologiques, fontaines et sculptures de fleuves et dauphins. Les fontaines, alimentées par des sources naturelles, formaient des cascades et des jets d'eau illuminés. La journée inclut une chasse, un dîner, une collation dans le labyrinthe et un spectacle de théâtre. Les feux d'artifice comportaient des fusées innovantes, des girandoles, une gerbe de feu suivie d'un feu d'eau, et des artifices sur l'eau simulant des combats entre les fusées et l'eau. La fête se conclut par des discussions sur la galanterie et la magnificence des divertissements. Le prince exprima sa satisfaction et participa à une chasse le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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209
p. 7-11
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Je ne dis rien de nouveau, Madame, en vous disant [...]
Mots clefs :
Académie royale d'Angers, Prix de poésie, Roi, Peuples éloignés, Admiration, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
Ene dis rien de
nouveau, Madame,
en vous disant
que toute la Terre
est remplie de la reputation
du Roy. Mille actions qui
ébloüissent jusques aux Jaloux
de sa grandeur
,
leur
arrachent les loüanges qu'il
est impossible de refuser à
la vérité. Elles font dans la
bouche des Peuples les plus
éloignez,dont les Souverains
luy ont envoyé des Ambassadeurs
pour estretémoins
des merveilles de sa vie. Ses
Sujets qui luy doivent plus
que les Nations Etran gères;
parlent à toute heure avec
admiration de ses grandes
qualitez; mais quelques justes
que soient les divers Eloges
qui luy font donnez de toutes
parts, il est certain que
l'on n'en voit point de meilleur
goust, que ceux qu'on
trouve employez dans les
Ouvrages qui remportent les
Prix proposez par les Academies
des Gens de Lettres. Il
n'y en a aucune aujourd'huy,
qui ne choisisse quelque action
de ce grand Monarque
pour le sujet de ces Prix
, &
comme la matiere est toûjours
belle, que l'émulation
de ceux qui travaillent est
grande, &que les Juges font
fort éclairez, il ne faut pas
s'étonner si les Ouvrages de
cette nature sont plus reguliers
& plusachevez que
beaucoup d'autres. Voicy celuy
qui a remporté cette année
le prix dePoësiepar le jugement
de l'Academie Royale
d'Angers. Elle avoit marqué
pour sujet,les sentimens
de respect & d'admiration
dont les Peuples les plus
éloignez ont donné des témoignages
au Roy par de
celebres Ambassades. La
Priere que vous trouverez à
la fin de cette Piece, est
d'une obligation indispensable,
& c'est par là que doiventfinir
tous ceux qui veulent
entrer dans cette forte
de lice.
nouveau, Madame,
en vous disant
que toute la Terre
est remplie de la reputation
du Roy. Mille actions qui
ébloüissent jusques aux Jaloux
de sa grandeur
,
leur
arrachent les loüanges qu'il
est impossible de refuser à
la vérité. Elles font dans la
bouche des Peuples les plus
éloignez,dont les Souverains
luy ont envoyé des Ambassadeurs
pour estretémoins
des merveilles de sa vie. Ses
Sujets qui luy doivent plus
que les Nations Etran gères;
parlent à toute heure avec
admiration de ses grandes
qualitez; mais quelques justes
que soient les divers Eloges
qui luy font donnez de toutes
parts, il est certain que
l'on n'en voit point de meilleur
goust, que ceux qu'on
trouve employez dans les
Ouvrages qui remportent les
Prix proposez par les Academies
des Gens de Lettres. Il
n'y en a aucune aujourd'huy,
qui ne choisisse quelque action
de ce grand Monarque
pour le sujet de ces Prix
, &
comme la matiere est toûjours
belle, que l'émulation
de ceux qui travaillent est
grande, &que les Juges font
fort éclairez, il ne faut pas
s'étonner si les Ouvrages de
cette nature sont plus reguliers
& plusachevez que
beaucoup d'autres. Voicy celuy
qui a remporté cette année
le prix dePoësiepar le jugement
de l'Academie Royale
d'Angers. Elle avoit marqué
pour sujet,les sentimens
de respect & d'admiration
dont les Peuples les plus
éloignez ont donné des témoignages
au Roy par de
celebres Ambassades. La
Priere que vous trouverez à
la fin de cette Piece, est
d'une obligation indispensable,
& c'est par là que doiventfinir
tous ceux qui veulent
entrer dans cette forte
de lice.
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Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière la renommée du roi, dont les actions admirables suscitent l'admiration, même parmi ses détracteurs. Sa grandeur est reconnue par des peuples lointains, qui lui envoient des ambassadeurs pour témoigner de ses exploits. Les sujets du roi ainsi que les nations étrangères louent ses qualités exceptionnelles. Les éloges les plus authentiques proviennent des œuvres littéraires primées par les académies. Chaque année, ces académies choisissent une action du roi comme sujet pour leurs prix littéraires, assurant ainsi des œuvres de haute qualité grâce à l'émulation des auteurs et à la sagacité des juges. Cette année, l'Académie Royale d'Angers a décerné le prix de poésie pour un ouvrage sur les sentiments de respect et d'admiration exprimés par des ambassades célèbres. Le texte se termine par une prière, indispensable pour ceux qui souhaitent participer à cette compétition littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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210
p. 126-139
PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
Début :
Je ne doute pas qu'aprés vous estre fait un si grand / Donne, Seigneur, au Fils du plus grand de nos Rois, [...]
Mots clefs :
Roi, Rois, Efforts, Héros, Lois, Peuples, Valeur, Gloire, Dauphin, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
Je ne doute point qu'après
vous estre fait un
si
grand
plaisir des diversOuvrages
que je vous ayenvoyez sur
les Conquestes de Monseigneur
le Dauphin, vous ne
soyez extrêmement sâtisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il estdeMr l'Abbé de Viani,
Prieur de l'Eglise de S. Jean
d'Aix, qui l'a adîefleà Mf:,
e Duc de Montausier.Cest
£.'a ParaphraseAllégorique
£Tun P/eaume que David
):zzomposa pour souhaiter à
Ton Fils Salomon) les vertus
rpqui luy estoient necessaires
pour bien regner. Vous y
werrez un juste rapport à tout
ixe qui est connu de lapiet,é
àôc des vertus admirables de
nostre Auguste Monarque.
C'est une matière jnépuifable
J
& qui renouvelle de
I( jour en jour.
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE 1
Aux Victoires de Monfcïgneui
le Dauphin.
oDu PsEAUJvIE LXXI. - Onne,Seig&èar, AtéXiù.dté.
plusgrâtîdde nos Rois
1 Vamour ferme &- confiant de tes di^
vines Loix ; ,
Fais quesans s*écartet de la droite
lufiiee, -'
¡fa Pauvre ilfoittoujours fivcrible
& propice)
Et que ses lugemens des Peuples
¡zdgreZ,
Contre l'opprcjjlon les rendent assiren.
kVdiS que ceux qu'unhAut Rang at-.
tache àsaPersonne,
Soutenant a l'envy le poids de la
Couronne )
\Hin ftffint respecter £Augufie Majessé
) [leurVietéy
x'Sien mainspar leur Valeur que par
\*Et que les Magifirats qui dans leur
Rangsuprème
,
\Ont lesacrêdêpojt des droits du Dia*
dême,
\¥ou/fcZ de ton esprit,remplisde
leurdevoir
,
!3En fiachent menager le fouveraw
pouvoir? .-
7Wousverrons dans ces lieux la rAleu",
laPuiss.-.nce
,
Tfaire reg.icrU P:'; ,
la Vertu, VA- bondd
,
fiN&usverrons uj; '(.!i/u' Roy
,
leplus
grand desù Guera^/-s>
De la main definFils recevoir der-
Lauriers,
Etsentir le tranifport de cette doltce--
gloire
£)ne donne , aux leunes Coeurs lapremiert
Viffoire.
Nous verrons ce Vainqueur par fis
premiers exploits,
Biglerdes opprimeZ les légitimés
droits;
Etpar les beaux efforts desa valeur *
guerriere
Rétablir dansfies biens une Augufie
Héritiere.
Cesien vain, Thilisbourg
, que
ceint de toutes parts5 - far des Marais profonds) pardefermes
Rempartsy
Tu mépriflis les coups delàfiere
Tempefie : [ quefie3
De cejeune Héros tu fieras la Con,..
VSi deton Difevfenr le nomsifort
vanté3
-j?,r uniraplus célébré à lapofierrté>
'Q'avoir pu quelques jours arreflet
fin audace>
£^fte d*avoirsurmonté les efforts de
la rhrdce.
Martheinsuivra ta chcllle, &fin
JîerFalAtin
fuyant de ses Eflats le rigoureux
Jifin,
yprés avoir canfé cette cruelle
guerre,
Sentira le premier les éclats du Tonnerre.
Malgréses Bastions & ses fiperbes
Forts,
13frankendal tombera fins les nob, les
efforts
M'un Heros qui suivant sa course
glorieuse
>
Mangerafousses Loix & le Rhin di-
, laMeuse.
En vain,fer Hollandois de fii
grandeurjaloux,
Tu te crois dans tes eaux à couvert
de.fiscoups ;
On aJeu tedomptermalgrétes fortes
Digues,
Et trancherpar le Fer tes Traitez&
tes Ligues , Et te donnant ia Loy dans us propresEtats9
Te rendre le mépris de tous les Potentats..
Jïuinsidelie à fin Sang, à fin
Pere perfide>
Ton ingratProtecteurm:dite un Parricide
4
Jïuefier de ces Vaijjcaux
,
plein de
va/les projets, [ Sujets;
Il arme contre un Roy fis rebelles
*arfespremierssucc,éss*accoAutu,m0'a- n- t
aa crime, ( gitime,
gytfil traite en fippofél'heritier le.
St de la calomnieemprllntaitt le
pinceau, Quil attaque sans honte un Enfant
au Berceau,
\e Cielpour le punirformera des
orages5
Et le Prince anime par tant d'hen.
reuxpréfiges*
ïcrafcra ce Monstre ennemy de la Foy,
57surfinTroneAugufie affermira,
ce Roy.
Rome deceshautsfaits heureusement
sûrprise,
Voyant dans ce Héroslesoutien de
l'Eglifi,
De tous nos démèter, oubliant le
malheur, (Valeur.
De mon Roy
>
defin Fils bénira la
- Cefialors que LOFIS AU dejjk*
de l'Envie,
Prolongeant par fin Fils la gloire
deJaVie,
formera par fis foins des Frinces
genereNx,
Et si verra revivre encor dans siJs
Neveux,
Dont la posterité dessiécles reverée"
Aura du Firmament£éternelle
durée.;
Ettoujoursplus féconde en Héros
immortels,
Expofem fin Sang en faveur des
Autels ;
Et par elle bientost, les Sultans de
Bifance
Malgré , tous leurs efforts, & leur
vaste JNiffince,
rerront far les rayons de ce Soleil
naissant,
Çpbjcurcir a jamais leur funejïe
Croissant.
Ce DAFPHIN que la France&
que le Monde adn ire,
"SDes Fleuves & des Mers hornera
son Empire,
hJEt ses jalonx craignant la force de
son bras, [ pas.
Udifèront,par refpecl la trace deses
Les Flotes de Siam à travers les
orages
t porteront leurs Tresorssur nos heureux
Rivages,
i Et Us Barbares Rois des Peuples
basanez,,
Seront à sesgenoux humblement
profiernez
Le Pirated'Alger cent foisplus
redoutable
Au timideMarchand qu'un écûeil
efrojat-iei
Sous les débrisfumonsdeses MufSte
embrasez,,
Se reverra purty des maux q"
caufcT^.
Des méchants ilflra /'impitoyable
luge,
Des pauvres opprimez, ilfera h\
refuge,
Contre leurs ennemis il fera lettmrî
apuy ; [ lu
Etleur étatabjeEtferagrand devante
L'Indien parfin Orviendra le\
reconnoijlre,
Et les Peuples diversvoulantFavoirtw
pour Maifire
Par de riches Tributsobligeront
leurs Rois
De venirpromptement se foumetire
a ses Loix.
Sous un Regnesifiint, si remply
de lufiiee,
.!."a Vermfousfispiedspra tremblerleVice.
"Nas monts ou ne croisoient que
d'aridesbuissons,
Produiront sans travail de fertiles
moiffins,
\=-t ceux dont Dieu bénit le chasle
Mariage, [partage.
à(De Vertueux Ensansauront le doux
^>ui repeuplant nos Camps des plus
braves soldats
, ^Deviendront lejoûticn desesvases
Etats.
Apres tant de bcn-hcuricevrince
incomparable
Mura dans l'Vnivers une gloire
d/trable.
rTiés Ennernisfrilpe- de sa vivt
splendeur,
tenteront vainement d'affaiblir sa
grandeur,
Ori te verra briller d'une lè,2
lumiere,
Tant que fAstre dit jour fournirai
sa carriere.
Grand Dieu, de qui les Rois 0;;1\\
toute leurgrandeur,
jtjïnqunu Monde entier t'adore-v
avec ardeur GonfervedansLOV,IS ton plusw
p.zrJait ouvrage ;
Conflrve en son DArPHI NV
sa rejfemblantc image;
ParEux ton sacré Nom des Mor—\
tels refpcffê
,
Regnera dans son lufire di dansvt , sa Maio/fé.
liluftr* MOKTAFSIER , dcmÀf\
l'ame genereuse
A toâjous protégé la rerlll mal»'
heureuse s
2Toy qui receu du Ciel la Candeur,
la Bonté)
Et du mondenaissant l'antique
Probli'té;
uanddes Cygnes fameux
,
qui , charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles
„ Daigne encore écouter ce quauxbords
du Jourdain
Pn Saint Roy prononça par un
esprit Divin,
Et ne refufl pas de presenter (lM;
PRINCE,
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
vous estre fait un
si
grand
plaisir des diversOuvrages
que je vous ayenvoyez sur
les Conquestes de Monseigneur
le Dauphin, vous ne
soyez extrêmement sâtisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il estdeMr l'Abbé de Viani,
Prieur de l'Eglise de S. Jean
d'Aix, qui l'a adîefleà Mf:,
e Duc de Montausier.Cest
£.'a ParaphraseAllégorique
£Tun P/eaume que David
):zzomposa pour souhaiter à
Ton Fils Salomon) les vertus
rpqui luy estoient necessaires
pour bien regner. Vous y
werrez un juste rapport à tout
ixe qui est connu de lapiet,é
àôc des vertus admirables de
nostre Auguste Monarque.
C'est une matière jnépuifable
J
& qui renouvelle de
I( jour en jour.
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE 1
Aux Victoires de Monfcïgneui
le Dauphin.
oDu PsEAUJvIE LXXI. - Onne,Seig&èar, AtéXiù.dté.
plusgrâtîdde nos Rois
1 Vamour ferme &- confiant de tes di^
vines Loix ; ,
Fais quesans s*écartet de la droite
lufiiee, -'
¡fa Pauvre ilfoittoujours fivcrible
& propice)
Et que ses lugemens des Peuples
¡zdgreZ,
Contre l'opprcjjlon les rendent assiren.
kVdiS que ceux qu'unhAut Rang at-.
tache àsaPersonne,
Soutenant a l'envy le poids de la
Couronne )
\Hin ftffint respecter £Augufie Majessé
) [leurVietéy
x'Sien mainspar leur Valeur que par
\*Et que les Magifirats qui dans leur
Rangsuprème
,
\Ont lesacrêdêpojt des droits du Dia*
dême,
\¥ou/fcZ de ton esprit,remplisde
leurdevoir
,
!3En fiachent menager le fouveraw
pouvoir? .-
7Wousverrons dans ces lieux la rAleu",
laPuiss.-.nce
,
Tfaire reg.icrU P:'; ,
la Vertu, VA- bondd
,
fiN&usverrons uj; '(.!i/u' Roy
,
leplus
grand desù Guera^/-s>
De la main definFils recevoir der-
Lauriers,
Etsentir le tranifport de cette doltce--
gloire
£)ne donne , aux leunes Coeurs lapremiert
Viffoire.
Nous verrons ce Vainqueur par fis
premiers exploits,
Biglerdes opprimeZ les légitimés
droits;
Etpar les beaux efforts desa valeur *
guerriere
Rétablir dansfies biens une Augufie
Héritiere.
Cesien vain, Thilisbourg
, que
ceint de toutes parts5 - far des Marais profonds) pardefermes
Rempartsy
Tu mépriflis les coups delàfiere
Tempefie : [ quefie3
De cejeune Héros tu fieras la Con,..
VSi deton Difevfenr le nomsifort
vanté3
-j?,r uniraplus célébré à lapofierrté>
'Q'avoir pu quelques jours arreflet
fin audace>
£^fte d*avoirsurmonté les efforts de
la rhrdce.
Martheinsuivra ta chcllle, &fin
JîerFalAtin
fuyant de ses Eflats le rigoureux
Jifin,
yprés avoir canfé cette cruelle
guerre,
Sentira le premier les éclats du Tonnerre.
Malgréses Bastions & ses fiperbes
Forts,
13frankendal tombera fins les nob, les
efforts
M'un Heros qui suivant sa course
glorieuse
>
Mangerafousses Loix & le Rhin di-
, laMeuse.
En vain,fer Hollandois de fii
grandeurjaloux,
Tu te crois dans tes eaux à couvert
de.fiscoups ;
On aJeu tedomptermalgrétes fortes
Digues,
Et trancherpar le Fer tes Traitez&
tes Ligues , Et te donnant ia Loy dans us propresEtats9
Te rendre le mépris de tous les Potentats..
Jïuinsidelie à fin Sang, à fin
Pere perfide>
Ton ingratProtecteurm:dite un Parricide
4
Jïuefier de ces Vaijjcaux
,
plein de
va/les projets, [ Sujets;
Il arme contre un Roy fis rebelles
*arfespremierssucc,éss*accoAutu,m0'a- n- t
aa crime, ( gitime,
gytfil traite en fippofél'heritier le.
St de la calomnieemprllntaitt le
pinceau, Quil attaque sans honte un Enfant
au Berceau,
\e Cielpour le punirformera des
orages5
Et le Prince anime par tant d'hen.
reuxpréfiges*
ïcrafcra ce Monstre ennemy de la Foy,
57surfinTroneAugufie affermira,
ce Roy.
Rome deceshautsfaits heureusement
sûrprise,
Voyant dans ce Héroslesoutien de
l'Eglifi,
De tous nos démèter, oubliant le
malheur, (Valeur.
De mon Roy
>
defin Fils bénira la
- Cefialors que LOFIS AU dejjk*
de l'Envie,
Prolongeant par fin Fils la gloire
deJaVie,
formera par fis foins des Frinces
genereNx,
Et si verra revivre encor dans siJs
Neveux,
Dont la posterité dessiécles reverée"
Aura du Firmament£éternelle
durée.;
Ettoujoursplus féconde en Héros
immortels,
Expofem fin Sang en faveur des
Autels ;
Et par elle bientost, les Sultans de
Bifance
Malgré , tous leurs efforts, & leur
vaste JNiffince,
rerront far les rayons de ce Soleil
naissant,
Çpbjcurcir a jamais leur funejïe
Croissant.
Ce DAFPHIN que la France&
que le Monde adn ire,
"SDes Fleuves & des Mers hornera
son Empire,
hJEt ses jalonx craignant la force de
son bras, [ pas.
Udifèront,par refpecl la trace deses
Les Flotes de Siam à travers les
orages
t porteront leurs Tresorssur nos heureux
Rivages,
i Et Us Barbares Rois des Peuples
basanez,,
Seront à sesgenoux humblement
profiernez
Le Pirated'Alger cent foisplus
redoutable
Au timideMarchand qu'un écûeil
efrojat-iei
Sous les débrisfumonsdeses MufSte
embrasez,,
Se reverra purty des maux q"
caufcT^.
Des méchants ilflra /'impitoyable
luge,
Des pauvres opprimez, ilfera h\
refuge,
Contre leurs ennemis il fera lettmrî
apuy ; [ lu
Etleur étatabjeEtferagrand devante
L'Indien parfin Orviendra le\
reconnoijlre,
Et les Peuples diversvoulantFavoirtw
pour Maifire
Par de riches Tributsobligeront
leurs Rois
De venirpromptement se foumetire
a ses Loix.
Sous un Regnesifiint, si remply
de lufiiee,
.!."a Vermfousfispiedspra tremblerleVice.
"Nas monts ou ne croisoient que
d'aridesbuissons,
Produiront sans travail de fertiles
moiffins,
\=-t ceux dont Dieu bénit le chasle
Mariage, [partage.
à(De Vertueux Ensansauront le doux
^>ui repeuplant nos Camps des plus
braves soldats
, ^Deviendront lejoûticn desesvases
Etats.
Apres tant de bcn-hcuricevrince
incomparable
Mura dans l'Vnivers une gloire
d/trable.
rTiés Ennernisfrilpe- de sa vivt
splendeur,
tenteront vainement d'affaiblir sa
grandeur,
Ori te verra briller d'une lè,2
lumiere,
Tant que fAstre dit jour fournirai
sa carriere.
Grand Dieu, de qui les Rois 0;;1\\
toute leurgrandeur,
jtjïnqunu Monde entier t'adore-v
avec ardeur GonfervedansLOV,IS ton plusw
p.zrJait ouvrage ;
Conflrve en son DArPHI NV
sa rejfemblantc image;
ParEux ton sacré Nom des Mor—\
tels refpcffê
,
Regnera dans son lufire di dansvt , sa Maio/fé.
liluftr* MOKTAFSIER , dcmÀf\
l'ame genereuse
A toâjous protégé la rerlll mal»'
heureuse s
2Toy qui receu du Ciel la Candeur,
la Bonté)
Et du mondenaissant l'antique
Probli'té;
uanddes Cygnes fameux
,
qui , charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles
„ Daigne encore écouter ce quauxbords
du Jourdain
Pn Saint Roy prononça par un
esprit Divin,
Et ne refufl pas de presenter (lM;
PRINCE,
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
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Résumé : PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
L'œuvre 'Paraphrase Allégorique' de l'Abbé de Viani, dédiée au Duc de Montausier, est une paraphrase du Psaume 71 de David destinée à Salomon. Elle met en avant les vertus requises pour gouverner et établit un parallèle avec les qualités du Dauphin. Le texte célèbre les exploits militaires du Dauphin, le comparant à un héros guerrier victorieux. Il mentionne des victoires telles que la prise de Thionville et de Frankerdal, ainsi que la soumission des Hollandais. Le Dauphin est également décrit comme un protecteur des opprimés et un défenseur de la foi, capable de soumettre les ennemis et de rétablir les droits légitimes. La lettre souligne la grandeur et la bravoure du Dauphin, prédisant une ère de prospérité et de justice sous son règne. Elle évoque l'impact positif de son règne sur la France et le monde, avec des peuples lointains reconnaissant sa suprématie et apportant des tributs. La gloire éternelle du Dauphin et la bénédiction divine sur son règne sont également exaltées. Le texte se présente comme une prière ou une ode adressée à Dieu, soulignant Sa grandeur et Son adoration universelle. Il mentionne la conservation de l'image divine dans un temple et l'invocation du nom sacré de Dieu pour régner dans la lumière et la majesté. La prière loue un prince jeune, doté d'une âme généreuse, protégé par Dieu, et possédant des qualités telles que la candeur, la bonté et l'antique probité. Des cygnes célèbres chantent ses mérites. La prière demande à Dieu d'écouter les paroles prononcées par un saint roi près du Jourdain, inspirées par un esprit divin, et de ne pas refuser l'hommage venant du cœur d'une province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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211
p. 99-122
Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Début :
Les quatre volumes que je vous ay envoyez depuis deux [...]
Mots clefs :
Ville, Port, Père Tachard, Prince, Roi, Mandarins, Rome, Sa Sainteté, Siam, Dépendance, Duc, Montagne, Palais, Gênes, Mer, Envoyés de Siam, Ambassadeurs, Felouques, Monaco, Suisses, Bruit, Barques, Civitavecchia, Argent, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Les quatre volumes que je
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
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Résumé : Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs français revenus du Siam informèrent le roi de ce pays de la grandeur et des honneurs reçus en France, proposant une alliance et l'accueil de troupes françaises. En réponse, une nouvelle ambassade siamaise, dirigée par le mandarin Racan et accompagnée de Tonkinois, fut envoyée en France sous la direction du Père Tachard. Leur trajet inclut Cannes, Monaco, Gênes, Livourne et Porto Ercole, où ils examinèrent les fortifications et les paysages. Monaco fut décrit comme une place forte imprenable, tandis que Gênes possédait une citadelle remarquable. Des conditions météorologiques défavorables modifièrent leur itinéraire. Une ville côtière, non identifiée, était protégée par trois forteresses et offrait un port sûr pour les petites embarcations. La région entre Livourne et Civita Vecchia était décrite comme inculte et malsaine, avec des villages dispersés et des tours de guet. À Civita Vecchia, le Père Tachard remit les mandarins au consul de France avant de se rendre à Rome. Le cardinal Cibo organisa un accueil somptueux pour les mandarins, qui étaient perçus comme des dignitaires siamais venus pour se faire baptiser. Une audience au Vatican fut organisée, où les mandarins offrirent des présents du roi de Siam au pape, entouré de plusieurs cardinaux. Le Père Tachard prononça une harangue en tant qu'envoyé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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212
p. 13-22
ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Début :
Comme tous ceux qui ont du talent pour les Vers ou / Grand Roy, tout est grand dans toy, le coeur, l'air, [...]
Mots clefs :
Roi, Coeur, Mars, Bras, Oeil, Corps, Foi, Rhin, Voeux, Peur, Éloge, Monosyllabes, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Comme tous ceux qui
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
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Résumé : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Le texte est un éloge du roi de France, rédigé en vers monosyllabiques et publié dans le Mercure. L'auteur, M. Hongnant, exalte les qualités et les actions du roi. Le poème souligne la grandeur du souverain, sa justice, ainsi que son autorité sur la paix et la guerre. Il met en lumière les succès militaires du roi, tels que la prise de forteresses et la soumission des ennemis. Le texte aborde également la maladie du roi et les vœux de rétablissement exprimés par le peuple, ainsi que les hommages reçus de rois étrangers. Les exploits du fils du roi, notamment lors de campagnes militaires, sont également célébrés. Enfin, le poème se conclut par une référence aux préparatifs militaires en Bretagne et à l'attente des ordres du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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213
p. 3-35
ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
Début :
Plus les choses sont rares & extraordinaires, plus elles font [...]
Mots clefs :
France, Ennemis, Alliés, Siège de Namur, Argent, Campagne, Places, Place, Roi, Angleterre, Troupes, Pays, Siège, Hommes, Remporter, Lieu, Prix, Armée, Casale Monferrato, Casal, Guerre, Conquêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
ETAT PRESENT
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
Fermer
214
p. 246-268
ARTICLES PROPOSEZ.
Début :
I. Que le Chasteau de Namur avec la basse-Ville [...]
Mots clefs :
Siège de Namur, Garnison, Château, Alliés, Givet, Assiégés, Basse ville, Officiers, Mortiers, Temps, Roi, Chemin, Sûreté, Équipages, Bateaux, Son Altesse Électorale, Troupes, Matin, Comte, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES PROPOSEZ.
ARTICLES
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
Fermer
215
p. 5-27
Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez esté contente des Ouvrages composez à [...]
Mots clefs :
Éloge, Souverain, Justice, Ordres, Sagesse, Roi, Mazarin, Orateur, Père Cottin, Royaume, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
I vous avez eſté contente
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
Fermer
Résumé : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Le texte relate la satisfaction du destinataire concernant les œuvres et éloges en l'honneur du roi, précédemment envoyés. Il annonce un article résumant les grandes actions du monarque au profit de ses sujets. Le Père Cottin, professeur d'éloquence à Lyon, a prononcé un éloge du roi lors de la fête de Saint-André, en présence du prévôt des marchands et du consulat. Cet éloge mettait en avant l'amour paternel du roi pour ses sujets et les actions entreprises pour leur bien-être. Le discours était divisé en deux parties. La première rendait hommage aux ministres et échevins pour leur zèle et leur administration difficile dans un contexte stérile et rigoureux. La seconde partie soulignait l'héroïsme, la justice, la prudence, la pénétration et la modération du roi, illustrées par ses campagnes militaires, notamment celle de 1672. Le Père Cottin a souligné l'amour paternel du roi, naturel et acquis, qui tempère le pouvoir arbitraire et prévient la tyrannie. Il a évoqué les premières manifestations de cet amour dès les débuts du règne, après la mort du Cardinal Mazarin. Le roi a promulgué des ordonnances sages et justes, assurant la majesté des lois et le repos des familles. L'orateur a comparé Louis le Grand à des législateurs antiques comme Licurgue et Codrus, soulignant son dévouement pour son peuple. Il a mentionné divers édits et ordonnances pour assurer la paix et la justice, comme l'édit contre les duels et les régulations contre le luxe excessif. Le discours a également abordé la prévoyance du roi en temps de disette, rappelant les rigueurs de la fin du XVIIe siècle. L'orateur a loué le roi pour avoir purgé le royaume de l'hérésie et pour sa fermeté face aux offres tentantes, notamment en défendant la religion catholique contre les princes protestants. Enfin, le Père Cottin a conclu en soulignant la grandeur de l'amour paternel du roi, illustrée par ses actions en faveur de la France et de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
216
p. 238-252
Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
Début :
Sa Majesté a donn l'Abbaye de Toussaints d'Angers [...]
Mots clefs :
Roi, Promotion, Abbayes, Coadjutorerie, Bénéfices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
a Majesté a donné l'Ab
baye de Touffaints d'Angers
à Mrl'Abbé de Bruffi GrandVicaire d'Angers. Il a beaucoup de fçavoir , & il a paffé
une partie de fa vie dans les
Seminaires , où il s'eft inftruit
•
GALANT 239
} ་
de fes devoirs. L'Abbaye
dont il vient d'eftre pourvû
a produit des Religieux d'une
grande reputarion , & fur
tout dans le 15° ficcle ; & dans
le temps du Concile de Conftance. J'aurois beaucoup de
chofes àvous dire de Mrl'Abbé de Bruffi , fi j'entrois dans
ces fortes d'Articles dans ce
qui regarde les familles de
tous ceux qui font nommez à
quelques Benefices ; mais commedans toutes les Promotions
que fait Sa Majefté , elle n'a
égard qu'au merite perfonnel.
de ceux qu'elle pourvoit de
240 MERCURE
quelques Benefices & aux vertus Ecclefiaftiques , s'il m'eſt
permis de parler ainfi , & qu'elle ne donne rien à la naiffance
& à la faveur , je pafferay fous
filence beaucoup de chofes
que je pourois dire à l'avantade leurs Maifons. ge
*
Sa Majesté donna dans la
même Promotion l'Abbaye
de Mureau à Mr l'Abbé de
Laigle Grand Vicaire de Toul.
Cette Abbaye eft de l'Ordre
de Premontré & dans le
Dioceſe de Toul. Mr l'Abbé
de Laigle eft Chanoine de la
Cathedrale de la même Ville ,
>
&
GALANT 241.
& il en a efté Grand Vicaire
fous trois Evêques confecutifs.
Ainfi l'on peut juger qu'il a
acquis une grande experience
dans le Gouvernement Ecclefiaftique ; il a la reputation
d'eftre un des plus habiles
hommes qu'il y ait dans l'Eglife de France pour la Difcipline. Il eft confulté des Provinces les plus éloignées cù
l'on fouhaite d'avoir fouvent
defes décifions ; elle font refpectables , & appuyées fur les
maximes les plus juftes & les
mieux fondées du Droit Canon. Cet Abbé eft d'une
X
Fanvier 1710.
#
242 MERCURE.
Maifon fort ancienne & origi
naire de Lorraine où elle étoit
connue dés le 14. fiecle.
L'Abbaye de la Buffiere , fut
donnée enmême temps à Mr
l'Abbé Morey , cy-devant
Chapelain de Sa Majeſté. Certe Abbaye eft de l'Ordre de
Cifteaux , & dans le Dioceſe
d'Autun. Mr l'Abbé Morey
pendant fon féjour à la Cour
& le fervice qu'il y a rendu
dans la Chapelle de Sa Majefté,
s'y eft fait generalement eftimer. Ileft fort verfé dans les
antiquitez Ecclefiaftiques &
fur tout dans la partie qui
GALANT 243
regarde les Ceremonies >. &
s'il n'eut efté prevenu par Mr
l'Abbé Archon , il auroit donné une Hiſtoirede la Chapelle
de nos Rois.
Mrl'Abbé de Viffat la Fayette , fur pourvû le même jour
de l'Abbaye de faint Seine.
Cette Abbaye eft dans le
Dioceſe de Langres , &de l'Ordre de faint Benoift Mrl'Abbé de Viffat eft Docteur- de
Sorbonne , & Comtede faint
Julien de Brioude. Je vous
diray feulement pour vous
faire connoiftre fa Maiſon
qu'il eft de celle du Maréchal
X ij
244 MERCURE
de la Fayette , qui vivoit en
1449. Mr l'Abbé Viffat , eft
fort eftimé à caufe de fa
droiture & d'une grande
bonté de cœur qui luy ont
attiré la bien-veillance & l'amitié de toute la Nobleffe d'Auvergne fa Patrie.
>
Mr l'Abbé de Lée , a cu
dans la même Promotion
l'Abbaye de Villeloin , qui
eft dans le Diocefe de Tours
& de l'Ordre de faint Benoift.
Le merite de cet Abbé eſt
connu , & quoyqu'il meritaſt
par luy mêmel'Abbaye que le
Royvient de luy donner , je
GALANT 245
me trouve neanmoins obligé
de dire qu'il eft proche parent
de Mr de Lée , Lieutenant
General des Armées du Roy;
qu'ils font tous deux Irlandois & alliez àl'illuftre Maiſon
de Drummont & à celle de
Mahony , pour vous faire
connoiftre que le Roy ne
reconnoift pas moins le merite
des Etrangers que celuy de les
fujers.
Mr l'Abbé le Roy de Chauvigny a eu auffi l'Abbaye de
Belle fontaine. Les qualitez
de fon cœur & de fon efprit
ne le rendent par moins cftiX
iij
246 MERCURE
mable fa conduite qui a
que
toujours paru fage à ceux qui
le connoiffent. Il a toûjours
mené une vie unie & digne
d'un Ecclefiaftique , & fa Religion , ainfi quefa grandepieté ,
ont toûjours édifié tout le
monde. Je ne vous dis rien icy
de ſa Maiſon , dont je vous ay
amplement parlé en d'autres
occafions. L'Abbaye de Bellefontaine , eft fous le vocable
de Noftre-Dame de l'Abfie , de
l'Ordre de Saint Benoist & du
Diocefe de la Rochelle.
Mrl'Abbé de Vifnich, grand
Vicaire d'Auxerre , a efté en
GALANT 247
mefme temps nommé à l'Abbaye des Roches , Dioceſe
d'Auxerre & de l'Ordre de
Cifteaux. Mr l'Evêque d'Auxerre , qui connoift le merite
de cet Abbé , qui travaille depuis quelques années fous fes
ordres , a demandé pour luy
cette Abbaye qu'il a obtenue
avec beaucoup d'agrément, le
Roy fe faifant un plaifir de
recompenfer les Ouvriers de
l'Evangile, & de déferer en ces
occafions au témoignage des
Evêques qui peuvent mieux
connoiftre que qui que ce foit
ceux qui travaillent fous leurs
X iiij
248 MERCURE
ordres. Mr l'Abbé de Vifnich
a beaucoup de talent pour la
Predication , & il l'a exercé
avec fuccés dans les meilleures
Chaires de la Province où il
cft employé , & dans celles de
Paris. Il s'eft fort appliqué depuis que fes études font finies,
à celles du droit Canon , & il
y a fait de grands progrés. Il
a fur tout beaucoup travaillé
fur les matieres qui regardent
les Libertez de l'Eglife Galli- :
cane ; & il eſt peu de perſonnes
qui entendent mieux que luy
ce qui appartient à cette
importante matiere, & à celles
GALANT 249
de la difcipline de l'Eglife. Ce
nouvel Abbé cft parent de Mr
l'Evêque d'Auxerre , & d'une
ancienne Maiſon fortie du
Roüergue , où elle eftoit déja
connue dans le 13 ° fiecle.
Mr l'Abbé du Vignau , frere de Mr du Vignau , Maréchal des Logis de l'une des
Compagnies des Moufquetaires , a eu l'Abbaye de Turpenay. Cette Abbaye eft de l'Ordre de S. Benoift , & du Diocefe de Tours. Mr l'Abbé du
Vignau a beaucoup de merite..
Il a fait de grands progrés.
250 MERCURE
dans les Sciences , & fur tout
dans l'étude de la Jurifprudence Canonique. Mr l'Archevêque de Tours , qui le
confidere beaucoup , l'a fouvent employé dans fon Diocefe pour les affaires qui regardent la difcipline Ecclefiaftique.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de S. Pierre du Puy , a
efté donnée à Me de la Fare.
On doit diftinguer cette Ab.
baye d'une autre qui porte
mefme nom ; mais qui eft une
Abbaye d'hommes , & qui eft
le
7
GALANT 251
l'une des plus anciennes du
Royaume, & dont l'Abbé eft
membre du Chapitre de la
Cathedrale; celle de S. Pierre,
qui donne lieu à cet article,
cft auffi tres ancienne , puifqu'elle eftoit déja celebre du
temps de Durand de S. Portien , de Pierre d'Ailly qui fut
enfuite Cardinal & Evêque de
Cambray , & du celebre Raymond Deagiles Chanoine du
Puy , qui a écrit une Hiftoire
de la guerre Sainte. Me de la
Fare a beaucoup de merite, &
s'eſt diſtinguée par la pratique
252 MERCURE
*
de toutes les vertus qui conviennent à fon eftat ; & elle a
fait voir dans tous les emplois
qu'elle a exercez , une habileté
& des lumieres fur tout ce qui
regarde le gouvernement Ec
clefiaftique , qui luy ont acquis unegrande reputation. La
Maifon de la Fare a donné de
grands fujets à l'Eglife, & particulierement dans le 15. &
dans le 16 fiecle. Elle eft fi
illuftre , qu'il n'eft pas neceffaire que je vous en dife rien
pour vous la faire connoitre.
baye de Touffaints d'Angers
à Mrl'Abbé de Bruffi GrandVicaire d'Angers. Il a beaucoup de fçavoir , & il a paffé
une partie de fa vie dans les
Seminaires , où il s'eft inftruit
•
GALANT 239
} ་
de fes devoirs. L'Abbaye
dont il vient d'eftre pourvû
a produit des Religieux d'une
grande reputarion , & fur
tout dans le 15° ficcle ; & dans
le temps du Concile de Conftance. J'aurois beaucoup de
chofes àvous dire de Mrl'Abbé de Bruffi , fi j'entrois dans
ces fortes d'Articles dans ce
qui regarde les familles de
tous ceux qui font nommez à
quelques Benefices ; mais commedans toutes les Promotions
que fait Sa Majefté , elle n'a
égard qu'au merite perfonnel.
de ceux qu'elle pourvoit de
240 MERCURE
quelques Benefices & aux vertus Ecclefiaftiques , s'il m'eſt
permis de parler ainfi , & qu'elle ne donne rien à la naiffance
& à la faveur , je pafferay fous
filence beaucoup de chofes
que je pourois dire à l'avantade leurs Maifons. ge
*
Sa Majesté donna dans la
même Promotion l'Abbaye
de Mureau à Mr l'Abbé de
Laigle Grand Vicaire de Toul.
Cette Abbaye eft de l'Ordre
de Premontré & dans le
Dioceſe de Toul. Mr l'Abbé
de Laigle eft Chanoine de la
Cathedrale de la même Ville ,
>
&
GALANT 241.
& il en a efté Grand Vicaire
fous trois Evêques confecutifs.
Ainfi l'on peut juger qu'il a
acquis une grande experience
dans le Gouvernement Ecclefiaftique ; il a la reputation
d'eftre un des plus habiles
hommes qu'il y ait dans l'Eglife de France pour la Difcipline. Il eft confulté des Provinces les plus éloignées cù
l'on fouhaite d'avoir fouvent
defes décifions ; elle font refpectables , & appuyées fur les
maximes les plus juftes & les
mieux fondées du Droit Canon. Cet Abbé eft d'une
X
Fanvier 1710.
#
242 MERCURE.
Maifon fort ancienne & origi
naire de Lorraine où elle étoit
connue dés le 14. fiecle.
L'Abbaye de la Buffiere , fut
donnée enmême temps à Mr
l'Abbé Morey , cy-devant
Chapelain de Sa Majeſté. Certe Abbaye eft de l'Ordre de
Cifteaux , & dans le Dioceſe
d'Autun. Mr l'Abbé Morey
pendant fon féjour à la Cour
& le fervice qu'il y a rendu
dans la Chapelle de Sa Majefté,
s'y eft fait generalement eftimer. Ileft fort verfé dans les
antiquitez Ecclefiaftiques &
fur tout dans la partie qui
GALANT 243
regarde les Ceremonies >. &
s'il n'eut efté prevenu par Mr
l'Abbé Archon , il auroit donné une Hiſtoirede la Chapelle
de nos Rois.
Mrl'Abbé de Viffat la Fayette , fur pourvû le même jour
de l'Abbaye de faint Seine.
Cette Abbaye eft dans le
Dioceſe de Langres , &de l'Ordre de faint Benoift Mrl'Abbé de Viffat eft Docteur- de
Sorbonne , & Comtede faint
Julien de Brioude. Je vous
diray feulement pour vous
faire connoiftre fa Maiſon
qu'il eft de celle du Maréchal
X ij
244 MERCURE
de la Fayette , qui vivoit en
1449. Mr l'Abbé Viffat , eft
fort eftimé à caufe de fa
droiture & d'une grande
bonté de cœur qui luy ont
attiré la bien-veillance & l'amitié de toute la Nobleffe d'Auvergne fa Patrie.
>
Mr l'Abbé de Lée , a cu
dans la même Promotion
l'Abbaye de Villeloin , qui
eft dans le Diocefe de Tours
& de l'Ordre de faint Benoift.
Le merite de cet Abbé eſt
connu , & quoyqu'il meritaſt
par luy mêmel'Abbaye que le
Royvient de luy donner , je
GALANT 245
me trouve neanmoins obligé
de dire qu'il eft proche parent
de Mr de Lée , Lieutenant
General des Armées du Roy;
qu'ils font tous deux Irlandois & alliez àl'illuftre Maiſon
de Drummont & à celle de
Mahony , pour vous faire
connoiftre que le Roy ne
reconnoift pas moins le merite
des Etrangers que celuy de les
fujers.
Mr l'Abbé le Roy de Chauvigny a eu auffi l'Abbaye de
Belle fontaine. Les qualitez
de fon cœur & de fon efprit
ne le rendent par moins cftiX
iij
246 MERCURE
mable fa conduite qui a
que
toujours paru fage à ceux qui
le connoiffent. Il a toûjours
mené une vie unie & digne
d'un Ecclefiaftique , & fa Religion , ainfi quefa grandepieté ,
ont toûjours édifié tout le
monde. Je ne vous dis rien icy
de ſa Maiſon , dont je vous ay
amplement parlé en d'autres
occafions. L'Abbaye de Bellefontaine , eft fous le vocable
de Noftre-Dame de l'Abfie , de
l'Ordre de Saint Benoist & du
Diocefe de la Rochelle.
Mrl'Abbé de Vifnich, grand
Vicaire d'Auxerre , a efté en
GALANT 247
mefme temps nommé à l'Abbaye des Roches , Dioceſe
d'Auxerre & de l'Ordre de
Cifteaux. Mr l'Evêque d'Auxerre , qui connoift le merite
de cet Abbé , qui travaille depuis quelques années fous fes
ordres , a demandé pour luy
cette Abbaye qu'il a obtenue
avec beaucoup d'agrément, le
Roy fe faifant un plaifir de
recompenfer les Ouvriers de
l'Evangile, & de déferer en ces
occafions au témoignage des
Evêques qui peuvent mieux
connoiftre que qui que ce foit
ceux qui travaillent fous leurs
X iiij
248 MERCURE
ordres. Mr l'Abbé de Vifnich
a beaucoup de talent pour la
Predication , & il l'a exercé
avec fuccés dans les meilleures
Chaires de la Province où il
cft employé , & dans celles de
Paris. Il s'eft fort appliqué depuis que fes études font finies,
à celles du droit Canon , & il
y a fait de grands progrés. Il
a fur tout beaucoup travaillé
fur les matieres qui regardent
les Libertez de l'Eglife Galli- :
cane ; & il eſt peu de perſonnes
qui entendent mieux que luy
ce qui appartient à cette
importante matiere, & à celles
GALANT 249
de la difcipline de l'Eglife. Ce
nouvel Abbé cft parent de Mr
l'Evêque d'Auxerre , & d'une
ancienne Maiſon fortie du
Roüergue , où elle eftoit déja
connue dans le 13 ° fiecle.
Mr l'Abbé du Vignau , frere de Mr du Vignau , Maréchal des Logis de l'une des
Compagnies des Moufquetaires , a eu l'Abbaye de Turpenay. Cette Abbaye eft de l'Ordre de S. Benoift , & du Diocefe de Tours. Mr l'Abbé du
Vignau a beaucoup de merite..
Il a fait de grands progrés.
250 MERCURE
dans les Sciences , & fur tout
dans l'étude de la Jurifprudence Canonique. Mr l'Archevêque de Tours , qui le
confidere beaucoup , l'a fouvent employé dans fon Diocefe pour les affaires qui regardent la difcipline Ecclefiaftique.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de S. Pierre du Puy , a
efté donnée à Me de la Fare.
On doit diftinguer cette Ab.
baye d'une autre qui porte
mefme nom ; mais qui eft une
Abbaye d'hommes , & qui eft
le
7
GALANT 251
l'une des plus anciennes du
Royaume, & dont l'Abbé eft
membre du Chapitre de la
Cathedrale; celle de S. Pierre,
qui donne lieu à cet article,
cft auffi tres ancienne , puifqu'elle eftoit déja celebre du
temps de Durand de S. Portien , de Pierre d'Ailly qui fut
enfuite Cardinal & Evêque de
Cambray , & du celebre Raymond Deagiles Chanoine du
Puy , qui a écrit une Hiftoire
de la guerre Sainte. Me de la
Fare a beaucoup de merite, &
s'eſt diſtinguée par la pratique
252 MERCURE
*
de toutes les vertus qui conviennent à fon eftat ; & elle a
fait voir dans tous les emplois
qu'elle a exercez , une habileté
& des lumieres fur tout ce qui
regarde le gouvernement Ec
clefiaftique , qui luy ont acquis unegrande reputation. La
Maifon de la Fare a donné de
grands fujets à l'Eglife, & particulierement dans le 15. &
dans le 16 fiecle. Elle eft fi
illuftre , qu'il n'eft pas neceffaire que je vous en dife rien
pour vous la faire connoitre.
Fermer
Résumé : Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
En janvier 1710, Sa Majesté a procédé à plusieurs nominations d'abbayes. L'Abbaye de Touffaints d'Angers a été attribuée à l'Abbé de Bruffi, Grand Vicaire d'Angers, distingué pour ses connaissances et son expérience dans les séminaires. L'Abbaye de Mureau, située dans le Diocèse de Toul et appartenant à l'Ordre de Prémontré, a été donnée à l'Abbé de Laigle, Grand Vicaire de Toul, reconnu pour son expertise en discipline ecclésiastique. L'Abbaye de la Buffière, de l'Ordre de Cîteaux et dans le Diocèse d'Autun, a été attribuée à l'Abbé Morey, ancien Chapelain de Sa Majesté, connu pour ses compétences en antiquités ecclésiastiques. L'Abbé de Viffat la Fayette a reçu l'Abbaye de Saint-Seine, dans le Diocèse de Langres, et est apprécié pour sa droiture et sa bonté. L'Abbé de Lée a obtenu l'Abbaye de Villeloin, dans le Diocèse de Tours, et est proche parent du Lieutenant Général des Armées du Roy. L'Abbé le Roy de Chauvigny a été nommé à l'Abbaye de Bellefontaine, dans le Diocèse de la Rochelle, et est reconnu pour sa conduite sage et sa piété. L'Abbé de Vifnich, Grand Vicaire d'Auxerre, a été nommé à l'Abbaye des Roches, dans le Diocèse d'Auxerre, et est apprécié pour ses talents en prédication et en droit canon. L'Abbé du Vignau a reçu l'Abbaye de Turpenay, dans le Diocèse de Tours, et est reconnu pour ses compétences en jurisprudence canonique. Enfin, la Coadjutorerie de l'Abbaye de Saint-Pierre du Puy a été attribuée à Me de la Fare, distinguée pour ses vertus et son habileté en gouvernement ecclésiastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
217
p. 253-270
Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Début :
Comme le Roy fait tous les jours des dons de toutes manieres, [...]
Mots clefs :
Dons, Roi, Mr de Barillon, Mr d'Albaret, Chevalier de S. Olon, Ambassadeur, Commissions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Comme le Roy fait tous
les jours des dons de toutes
manieres , Sa Majefté a donné
à Mr de Barillon, M° des Requeftes, l'Intendance de la Province de Rouffillon, & de l'Armée que commande Mr le
Duc de Noailles. Mr d'Albaret
Piemontois , & d'une Maifon
confiderable , cy devant
mier Prefident à
voit cet employ avec la
preapremiere Prefidence du Confeil
Souverain du Rouffillon. Mais
comme chacun de ces deux
emplois demande un homme
254 MERCURE
tout entier , S. M. a laiffé à
Mr d'Albaret la place de Pre-`
mier Preſident , &luy a donné
une penfion de 2000. écus
pour marquer la fatisfaction
qu'Elle a de fes fervices. Mr
de Barillon eft d'une des meilleures familles de la Robe. Je
vous en ay parlé tant de fois,
qu'il eft inutile que je repete
ce que je vous en ay dit. Il eft
fils de Mr de Barillon Confeiller d'Eftat ordinaire, qui avoit
efté pendant 12. ans Ambaffadeur en Angleterre , Plenipotentiaire au Congrez de Colo.
GALANT 255
gne , & fucceffivement Intendant de Paris , de Picardie , &
des Armées du Roy , & Commiffaire pour les limites , en
execution du Traité d'Aix-laChapelle. Ce dernier eftoit fils
de Mr le Prefident Barillon,
Magiftrat d'une vertuſi diſtinguée , que fa memoire eft encore honorée dans le Parlement , & neveu de Mr de Morangis , qui avoit cfté Directeur des Finances , & qui eft
mort tres - ancien Confeiller
d'Eftat , avec une reputation
auffi grande dans le Confeil,
8
256 MERCURE
que
celle
Mr fon frere a- que
voit dans le Parlement. Mr
de Barillon l'Ambaffadeur , avoit épousé Marie Magdeleine
Mangot , petite fille du Garde
des Sceaux Mangot , &fille de
Mr Mangot, grand Doyen de
Mrs les Maiftres des Requeſtes,
& de Marie Phelipeaux fa femme, fœur de Mr le Preſident
Pontchartrain , pere de Mr
le Chancelier. On ne doit pas
s'eftonner fi Mr de Barillon,
forty de tels parens paternels
& maternels , & aprés avoir
fervy avecdiftinction pendant
de
GALANT 257
huit années , en qualité de
Confeiller, tant aux Requeſtes
du Palais, qu'au Parlement , &
pendant dix autres au Confeil,
a efté choisi pour un employ
d'autant plus beau que la victoire a toûjours paru attachéc
à cette Armée, ou plûtoſt enchaînée par la capacité du General auquel le Roy en confic
la conduite.
Le Roy a donné au fils de
Mr le Chevalier de Saint Olon,
la furvivance de la Charge qu'il
poffede de Gentilhomme ordinaire de fa Maifon. Ceux
qui font pourvûs de ces CharFanvier 1710.
Y
258 MERCURE
ges doivent avoir un efprit
univerfel , beaucoup de politeffe , fçavoir s'énoncer agreablement , & fur tout fçavoir
le monde , fans quoy ils ne
pouroient remplir dignement
Ies Commiffions dont le Roy
les honore tous les jours. Ils
font deſtinez à une infinité de
differens emplois, &Sa Majeſté
en doit toûjours avoir quelqu'un auprés de fa Perfonne,
afin que felon les évenemens
qu'Elle apprend , Elle les envoye, felon qu'Elle le juge à
propos , faire des complimens
de congratulation fur la naif-
GALANT
259
&
fance des Princes & autres perfonnes d'une grande diftinction , ainfi que fur leur mariage , & fur quantité d'incidens
qui leur peuvent arriver ,
des complimens de condoleance fur les morts qui arrivent
dans leurs familles . Ils vont
auffi recevoir des Princes étrangers, qui paffent dans le Royaume , ou qui viennent pour y
demeurer ; & quand le Roy a
connu qu'ils fe font bien acquittez de toutes ces chofes,
& qu'ils ont un genie élevé,
penetrant & propre aux
affaires il les employe à
Y ij
260 MERCURE
des chofes plus importantes ;
à des negociations épineu
fes , & leur donne quelquefois le titre d'Envoyez Extraordinaires , & mefme d'Ambaffadeurs.
Je ne puis mieux vous faire
voir à quoy ces Meffieurs font
employez , qu'en vous faifant
un détail de la plus grande
partie des Commiffions dont
Mr. de S. Olon a etté honoré,
puifqu'il paroift conftant que
jamais Gentilhomme ordinaire
n'a eu le bonheur d'en avoir
un fi grand nombre.
Aprés avoir fait connoiſtre
GALANT 261
}
par fes premieres Commiffions
dequoy il eftoit capable, & les
fervices qu'il pouvoit rendre
au Roy & à l'Etat ; & aprés
avoir accompagné S. M. dans
plufieurs de fes Campagnes ,
pendant lefquelles il s'acquitta
toûjours au gré de S. M. des
Commiffions dont il fut honoré, il eut en 1673. celle de
conduire Mr le Comte de Molina Ambaffadeur d'Espagne,
jufqu'à la frontiere, & de faire
à l'Ile de la Conference l'échange de ce Comte avec Mr
de Villars Ambaffadeur , de
France en Espagne.
262 MERCURE
En 1681. il fut envoyé à
Genes , & il n'en revint qu'en
1684.
En 1688. il fut mis par le
Roy auprés de Mr le Cardinal
Ranuzzi Nonce du Pape, & il
demeura neuf mois avec luy
dans S. Lazare , où il avoit jugé à propos de ſe retirer .
Il fut chargé en 1690. de
la conduite de Mr le Marquis
de Dogliani Ambaffadeur de
Savoye jufqu'à Antibes , & de
l'échanger fur le Var avec Mr
le Comte deRebenac, Ambaffadeur de France en Savoye.
Il fut nommé en 1692.
GALANT 263
2
Ambaffadeur auprés du Roy
de Maroc , d'où il ne revint
qu'à la fin de 1693. & il donna auPublic à fon retour , un
Volume tres curieux , & qui
contenoit la Relation de cette
Ambaſſade.
En 1698. il fut envoyé à
Breft avec un plein pouvoir du
Roypour y conclure unTraité de Paix & de Commerce avec le General Ben- Arſche
Ambaffadeur du Roy de Maroc & conjointement avec
Mr le Comte de Chafteau Renault , qui à eſté fait depuis
Vice-Amiral & Maréchal de
264 MERCURE
France. Mais à peine fut- il arrivé à Breſt , qu'il y reçut l'ordre d'amener cet Ambaffadeur
à la Cour , de l'accompagner
par tout , & de demeurer auprés de luy jufqu'à fon retour.
Le Roy le miten 1703. auprés de Mr le Comte de Valdftein Ambaffadeur de l'Empereur en Portugal , & pris fur
Mer par
le conduifit de Vincennes à
Bourges , où il demeura dix
mois avec luy , à la fin defquels S. M. luy ayant accordé
fa liberté , Elle luy ordonna
de le mener jufqu'à Geneve.
Mr de Coëtlogon. Il
Il
GALANT 265
Il fut envoyé à Bayonne
fur la fin de 1709. pour faire
au nom du Roy le compliment de condoleance à la Reine Doüairiere d'Eſpagne , ſur
la mort de l'Electrice Douairiere Palatine fa Mere.
Il a eu quantité d'autres
Commiffions auprés de rous
les Princes , Princeffes , & Seigneurs & Dames de la Cour ;
auprés du Roy & de la Reine
d'Angleterre ; auprés de Mr
de Strafbourg ; de M° de Mekelbourg ; de Mr le Cardinal
de Coiflin , & de Mes les Princeffes de Baden , de Carignan,
Fanvier 1710.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Soubize. Il reçut pour
le Roy , les dernieres paroles
du Grand Condé agonifant à
Fontainebleau , & celles de Mr
de Montaufier à Paris.
Il alla vifieer trois fois par
ordre du Roy en 1675. &
1676. feu Mr de Longueville
à Chezal Benoift & à Bourgueil , à l'occafion des differens que ce Prince avoit avec
Mes de Longueville & de Nemours.
En 1672. il fut chargé des
Ordres du Roy pour Mr le
Chevalier de Rohan , au fujet
du démêlé qu'il y eût pour
GALANT 267
lors entre luy & Mr le Chevalier de Lorraine.
En 1664. le Roy ayant permis à Mr le Prince d'enyoyer
Mr de S. Olon en Espagne
pour des interefts particuliers
qu'il avoit à y traiter , la Reine le chargea à cette occafion
de faire des complimens de la
part de Monfeigneur le Dauphin , à l'Infant d'Espagne,
qui a efté depuis Charles II.
Il fut admis à fon Audiance
avec tout le ceremonial qu'on
a coûtume d'obſerver dans ces
fortes de fonctions , & il
fe glorifier d'avoir efté le prepeut
Z ij
268 MERCURE
mier des Envoyez que Monfei
gneur le Dauphin a cus
pourra avoir. Il demeura fix
mois à la Cour d'Espagne , &
il
y
&
eut trois Audiances de
Philippes IV.
*
Je n'ay pas tout- à fait fuivy
l'ordre des temps , en vous
parlant de la plus grande partie des Commiffions attachées
à fa Charge , dont il a efté
honoré , lors qu'il ne s'eft
point agy de negociations
dont je vous ay marqué exactement les temps. Mr de S.
Olon fils , qui a eſté reçu en
furvivance , a fait quatre cam-
GALANT 269
pagnes dans les Moufquetaires , & cinq en qualité d Officier aux Gardes. Il a efté d'abord Enſeigne , &depuis quatre mois , le Roy l'a fait SousLieutenant. Il a efté eftropié
de la main droite, à l'affaire de
Ramillies. Il ya lieu de croire
que le Roy luy a donné la furvivance que S. M. luy vienr
d'accorder › parce qu'eftant
inftruit par l'exemple & par
les Memoires d'un pere qui
s'eft fi bien acquitté de toutes
les fonctions d'une Charge
dont l'exercice n'eft pas facile,
ayant les mefmes lumieres que
Z iij
270 MERCURE
fon pere, y fervira de mefme,
& avec autant de zele & de
fidelité , le Roy & l'Etat
les jours des dons de toutes
manieres , Sa Majefté a donné
à Mr de Barillon, M° des Requeftes, l'Intendance de la Province de Rouffillon, & de l'Armée que commande Mr le
Duc de Noailles. Mr d'Albaret
Piemontois , & d'une Maifon
confiderable , cy devant
mier Prefident à
voit cet employ avec la
preapremiere Prefidence du Confeil
Souverain du Rouffillon. Mais
comme chacun de ces deux
emplois demande un homme
254 MERCURE
tout entier , S. M. a laiffé à
Mr d'Albaret la place de Pre-`
mier Preſident , &luy a donné
une penfion de 2000. écus
pour marquer la fatisfaction
qu'Elle a de fes fervices. Mr
de Barillon eft d'une des meilleures familles de la Robe. Je
vous en ay parlé tant de fois,
qu'il eft inutile que je repete
ce que je vous en ay dit. Il eft
fils de Mr de Barillon Confeiller d'Eftat ordinaire, qui avoit
efté pendant 12. ans Ambaffadeur en Angleterre , Plenipotentiaire au Congrez de Colo.
GALANT 255
gne , & fucceffivement Intendant de Paris , de Picardie , &
des Armées du Roy , & Commiffaire pour les limites , en
execution du Traité d'Aix-laChapelle. Ce dernier eftoit fils
de Mr le Prefident Barillon,
Magiftrat d'une vertuſi diſtinguée , que fa memoire eft encore honorée dans le Parlement , & neveu de Mr de Morangis , qui avoit cfté Directeur des Finances , & qui eft
mort tres - ancien Confeiller
d'Eftat , avec une reputation
auffi grande dans le Confeil,
8
256 MERCURE
que
celle
Mr fon frere a- que
voit dans le Parlement. Mr
de Barillon l'Ambaffadeur , avoit épousé Marie Magdeleine
Mangot , petite fille du Garde
des Sceaux Mangot , &fille de
Mr Mangot, grand Doyen de
Mrs les Maiftres des Requeſtes,
& de Marie Phelipeaux fa femme, fœur de Mr le Preſident
Pontchartrain , pere de Mr
le Chancelier. On ne doit pas
s'eftonner fi Mr de Barillon,
forty de tels parens paternels
& maternels , & aprés avoir
fervy avecdiftinction pendant
de
GALANT 257
huit années , en qualité de
Confeiller, tant aux Requeſtes
du Palais, qu'au Parlement , &
pendant dix autres au Confeil,
a efté choisi pour un employ
d'autant plus beau que la victoire a toûjours paru attachéc
à cette Armée, ou plûtoſt enchaînée par la capacité du General auquel le Roy en confic
la conduite.
Le Roy a donné au fils de
Mr le Chevalier de Saint Olon,
la furvivance de la Charge qu'il
poffede de Gentilhomme ordinaire de fa Maifon. Ceux
qui font pourvûs de ces CharFanvier 1710.
Y
258 MERCURE
ges doivent avoir un efprit
univerfel , beaucoup de politeffe , fçavoir s'énoncer agreablement , & fur tout fçavoir
le monde , fans quoy ils ne
pouroient remplir dignement
Ies Commiffions dont le Roy
les honore tous les jours. Ils
font deſtinez à une infinité de
differens emplois, &Sa Majeſté
en doit toûjours avoir quelqu'un auprés de fa Perfonne,
afin que felon les évenemens
qu'Elle apprend , Elle les envoye, felon qu'Elle le juge à
propos , faire des complimens
de congratulation fur la naif-
GALANT
259
&
fance des Princes & autres perfonnes d'une grande diftinction , ainfi que fur leur mariage , & fur quantité d'incidens
qui leur peuvent arriver ,
des complimens de condoleance fur les morts qui arrivent
dans leurs familles . Ils vont
auffi recevoir des Princes étrangers, qui paffent dans le Royaume , ou qui viennent pour y
demeurer ; & quand le Roy a
connu qu'ils fe font bien acquittez de toutes ces chofes,
& qu'ils ont un genie élevé,
penetrant & propre aux
affaires il les employe à
Y ij
260 MERCURE
des chofes plus importantes ;
à des negociations épineu
fes , & leur donne quelquefois le titre d'Envoyez Extraordinaires , & mefme d'Ambaffadeurs.
Je ne puis mieux vous faire
voir à quoy ces Meffieurs font
employez , qu'en vous faifant
un détail de la plus grande
partie des Commiffions dont
Mr. de S. Olon a etté honoré,
puifqu'il paroift conftant que
jamais Gentilhomme ordinaire
n'a eu le bonheur d'en avoir
un fi grand nombre.
Aprés avoir fait connoiſtre
GALANT 261
}
par fes premieres Commiffions
dequoy il eftoit capable, & les
fervices qu'il pouvoit rendre
au Roy & à l'Etat ; & aprés
avoir accompagné S. M. dans
plufieurs de fes Campagnes ,
pendant lefquelles il s'acquitta
toûjours au gré de S. M. des
Commiffions dont il fut honoré, il eut en 1673. celle de
conduire Mr le Comte de Molina Ambaffadeur d'Espagne,
jufqu'à la frontiere, & de faire
à l'Ile de la Conference l'échange de ce Comte avec Mr
de Villars Ambaffadeur , de
France en Espagne.
262 MERCURE
En 1681. il fut envoyé à
Genes , & il n'en revint qu'en
1684.
En 1688. il fut mis par le
Roy auprés de Mr le Cardinal
Ranuzzi Nonce du Pape, & il
demeura neuf mois avec luy
dans S. Lazare , où il avoit jugé à propos de ſe retirer .
Il fut chargé en 1690. de
la conduite de Mr le Marquis
de Dogliani Ambaffadeur de
Savoye jufqu'à Antibes , & de
l'échanger fur le Var avec Mr
le Comte deRebenac, Ambaffadeur de France en Savoye.
Il fut nommé en 1692.
GALANT 263
2
Ambaffadeur auprés du Roy
de Maroc , d'où il ne revint
qu'à la fin de 1693. & il donna auPublic à fon retour , un
Volume tres curieux , & qui
contenoit la Relation de cette
Ambaſſade.
En 1698. il fut envoyé à
Breft avec un plein pouvoir du
Roypour y conclure unTraité de Paix & de Commerce avec le General Ben- Arſche
Ambaffadeur du Roy de Maroc & conjointement avec
Mr le Comte de Chafteau Renault , qui à eſté fait depuis
Vice-Amiral & Maréchal de
264 MERCURE
France. Mais à peine fut- il arrivé à Breſt , qu'il y reçut l'ordre d'amener cet Ambaffadeur
à la Cour , de l'accompagner
par tout , & de demeurer auprés de luy jufqu'à fon retour.
Le Roy le miten 1703. auprés de Mr le Comte de Valdftein Ambaffadeur de l'Empereur en Portugal , & pris fur
Mer par
le conduifit de Vincennes à
Bourges , où il demeura dix
mois avec luy , à la fin defquels S. M. luy ayant accordé
fa liberté , Elle luy ordonna
de le mener jufqu'à Geneve.
Mr de Coëtlogon. Il
Il
GALANT 265
Il fut envoyé à Bayonne
fur la fin de 1709. pour faire
au nom du Roy le compliment de condoleance à la Reine Doüairiere d'Eſpagne , ſur
la mort de l'Electrice Douairiere Palatine fa Mere.
Il a eu quantité d'autres
Commiffions auprés de rous
les Princes , Princeffes , & Seigneurs & Dames de la Cour ;
auprés du Roy & de la Reine
d'Angleterre ; auprés de Mr
de Strafbourg ; de M° de Mekelbourg ; de Mr le Cardinal
de Coiflin , & de Mes les Princeffes de Baden , de Carignan,
Fanvier 1710.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Soubize. Il reçut pour
le Roy , les dernieres paroles
du Grand Condé agonifant à
Fontainebleau , & celles de Mr
de Montaufier à Paris.
Il alla vifieer trois fois par
ordre du Roy en 1675. &
1676. feu Mr de Longueville
à Chezal Benoift & à Bourgueil , à l'occafion des differens que ce Prince avoit avec
Mes de Longueville & de Nemours.
En 1672. il fut chargé des
Ordres du Roy pour Mr le
Chevalier de Rohan , au fujet
du démêlé qu'il y eût pour
GALANT 267
lors entre luy & Mr le Chevalier de Lorraine.
En 1664. le Roy ayant permis à Mr le Prince d'enyoyer
Mr de S. Olon en Espagne
pour des interefts particuliers
qu'il avoit à y traiter , la Reine le chargea à cette occafion
de faire des complimens de la
part de Monfeigneur le Dauphin , à l'Infant d'Espagne,
qui a efté depuis Charles II.
Il fut admis à fon Audiance
avec tout le ceremonial qu'on
a coûtume d'obſerver dans ces
fortes de fonctions , & il
fe glorifier d'avoir efté le prepeut
Z ij
268 MERCURE
mier des Envoyez que Monfei
gneur le Dauphin a cus
pourra avoir. Il demeura fix
mois à la Cour d'Espagne , &
il
y
&
eut trois Audiances de
Philippes IV.
*
Je n'ay pas tout- à fait fuivy
l'ordre des temps , en vous
parlant de la plus grande partie des Commiffions attachées
à fa Charge , dont il a efté
honoré , lors qu'il ne s'eft
point agy de negociations
dont je vous ay marqué exactement les temps. Mr de S.
Olon fils , qui a eſté reçu en
furvivance , a fait quatre cam-
GALANT 269
pagnes dans les Moufquetaires , & cinq en qualité d Officier aux Gardes. Il a efté d'abord Enſeigne , &depuis quatre mois , le Roy l'a fait SousLieutenant. Il a efté eftropié
de la main droite, à l'affaire de
Ramillies. Il ya lieu de croire
que le Roy luy a donné la furvivance que S. M. luy vienr
d'accorder › parce qu'eftant
inftruit par l'exemple & par
les Memoires d'un pere qui
s'eft fi bien acquitté de toutes
les fonctions d'une Charge
dont l'exercice n'eft pas facile,
ayant les mefmes lumieres que
Z iij
270 MERCURE
fon pere, y fervira de mefme,
& avec autant de zele & de
fidelité , le Roy & l'Etat
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Résumé : Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs nominations et distinctions accordées par le roi. Monsieur de Barillon, Maître des Requêtes, a été nommé Intendant de la Province de Roussillon et de l'armée dirigée par le Duc de Noailles. Monsieur d'Albaret, ancien Premier Président, a conservé sa charge avec une pension de 2000 écus en reconnaissance de ses services. Monsieur de Barillon provient d'une famille distinguée de la robe, son père ayant été ambassadeur en Angleterre et intendant de plusieurs régions et armées. Le roi a également accordé la survivance de la charge de Gentilhomme ordinaire de sa maison au fils du Chevalier de Saint Olon. Cette charge exige un esprit universel, beaucoup de politesse et une connaissance approfondie du monde. Les titulaires de cette charge sont souvent envoyés en missions diplomatiques, pour des compliments de congratulation ou de condoléances, et peuvent être promus à des rôles plus importants comme envoyés extraordinaires ou ambassadeurs. Le Chevalier de Saint Olon a effectué de nombreuses missions diplomatiques, incluant des échanges d'ambassadeurs, des négociations de traités et des missions auprès de diverses cours européennes et non européennes. Son fils, également nommé Gentilhomme ordinaire, a servi dans les Mousquetaires et les Gardes et a été blessé à la bataille de Ramillies.
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218
p. 307-312
Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Comme la variété des Articles de mes Lettres doit faire [...]
Mots clefs :
Bénéfice, Roi, Claude Franchet de Ran
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Comme la varieté des Articles des mes Lettres doit faire
un agrément , il ne faut pas
Ccij
308 MERCURE
s'étonner fi je paffe fouvent
d'une matiere à une autre qui
ne peut avoir de liaiſon avec
la precedente , & cela donne
même lieu de fe repofer l'ef
prit en ceffant la lecture de
mes Lettres , ce que l'on a de
la peine à faire pour ne point
interomprela lecture de tout
ce qui regarde à peu prés la
même matiere , & c'est pourquoy je fais fuivre icy un Article bien diferent de celuy
quevous venez de lire, & quoy
qu'il s'agiffe dans cet Article
d'un Benefice donné par le
Roy , & que dans ces fortes
GALANT 309
d'Articles je parle moins de
ceux à qui Sa Majefté les donne que de leurs vertus , & de
ce qu'ils ont fait pour le fervice
de l'Eglife en confideration
duquel le Roy donne feulement des dignitez Ecclefiaftiques comme cet Article regarde une Province dont plufieurs des familles de ceux qui
l'habitent ne font pas connues
icy , je crois vous devoir en
voyer cet Article de la maniere
que je l'ayreçu .
Le Roy a donné le Prieuré
de Vaux , Ordre du Val- desChoux, Dioceſe de Langres ,
310 MERCURE
à M Claude Francher de Ran,
Docteur en Theologie , d'une
famille ancienne de FrancheComté, & dont le quatrième
aycul fut annobli par l'Empereur Charlequint en 1550. Il
cft fils de Jean Claude Franchet
Seigneur de Cendrey, Confeiller au Parlement, de la même
Province , & de Dame AnneIgnace de Chaillot , frere de
Charles - Ignace Elprit Franchet de Ran , auffi Confeiller
au même Parlement , qui s'y
diftinguent par leur fçavoir ;
& neveu de Charles - François
Franchet Chanoine de la Me-
GALANT 311
tropolitaine de Befançon , Ar
chidiacre de Luxeul , Prieur
Commendataire de Fontaine,.
& ci- devant Confeiller au même Parlement. Ceux de cette
famille ont l'avantage d'eftre
reçus & Jurez dans les Corps
de Nobleffe , ainfi que dans les
Maiſons & Monafteres de l'un
& de l'autre fexe , où l'on n'eft
point admis fans preuve. Elle
a produit des fujets confidera
bles par leurs Emplois ; un
ayeul paternel de ce Prieur ,
ainfi que fon bifaycul & fon
trifayeul , ayant efté du nom.
bredes Gouverneurs de Befan-
312 MERCURE
çon , lorfque cette Ville eftoit
du Corps de l'Empire ; & elle
eft alliée à plufieurs familles
principales de la Province ; fçavoir à celles de Petremand , de
Chaillor d'Athume , d'Elpoutot , Champd hyver , de Pra ,
de Rincourt , de Malpas , & à
celle de Varax en Savoye.
un agrément , il ne faut pas
Ccij
308 MERCURE
s'étonner fi je paffe fouvent
d'une matiere à une autre qui
ne peut avoir de liaiſon avec
la precedente , & cela donne
même lieu de fe repofer l'ef
prit en ceffant la lecture de
mes Lettres , ce que l'on a de
la peine à faire pour ne point
interomprela lecture de tout
ce qui regarde à peu prés la
même matiere , & c'est pourquoy je fais fuivre icy un Article bien diferent de celuy
quevous venez de lire, & quoy
qu'il s'agiffe dans cet Article
d'un Benefice donné par le
Roy , & que dans ces fortes
GALANT 309
d'Articles je parle moins de
ceux à qui Sa Majefté les donne que de leurs vertus , & de
ce qu'ils ont fait pour le fervice
de l'Eglife en confideration
duquel le Roy donne feulement des dignitez Ecclefiaftiques comme cet Article regarde une Province dont plufieurs des familles de ceux qui
l'habitent ne font pas connues
icy , je crois vous devoir en
voyer cet Article de la maniere
que je l'ayreçu .
Le Roy a donné le Prieuré
de Vaux , Ordre du Val- desChoux, Dioceſe de Langres ,
310 MERCURE
à M Claude Francher de Ran,
Docteur en Theologie , d'une
famille ancienne de FrancheComté, & dont le quatrième
aycul fut annobli par l'Empereur Charlequint en 1550. Il
cft fils de Jean Claude Franchet
Seigneur de Cendrey, Confeiller au Parlement, de la même
Province , & de Dame AnneIgnace de Chaillot , frere de
Charles - Ignace Elprit Franchet de Ran , auffi Confeiller
au même Parlement , qui s'y
diftinguent par leur fçavoir ;
& neveu de Charles - François
Franchet Chanoine de la Me-
GALANT 311
tropolitaine de Befançon , Ar
chidiacre de Luxeul , Prieur
Commendataire de Fontaine,.
& ci- devant Confeiller au même Parlement. Ceux de cette
famille ont l'avantage d'eftre
reçus & Jurez dans les Corps
de Nobleffe , ainfi que dans les
Maiſons & Monafteres de l'un
& de l'autre fexe , où l'on n'eft
point admis fans preuve. Elle
a produit des fujets confidera
bles par leurs Emplois ; un
ayeul paternel de ce Prieur ,
ainfi que fon bifaycul & fon
trifayeul , ayant efté du nom.
bredes Gouverneurs de Befan-
312 MERCURE
çon , lorfque cette Ville eftoit
du Corps de l'Empire ; & elle
eft alliée à plufieurs familles
principales de la Province ; fçavoir à celles de Petremand , de
Chaillor d'Athume , d'Elpoutot , Champd hyver , de Pra ,
de Rincourt , de Malpas , & à
celle de Varax en Savoye.
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Résumé : Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Le texte examine la diversité des sujets traités dans les lettres de l'auteur, notant que les changements fréquents de thème sont délibérés pour captiver le lecteur. Il présente ensuite un article distinct concernant un bénéfice ecclésiastique accordé par le roi. Cet article concerne le Prieuré de Vaux, dans l'Ordre du Val-des-Choux, diocèse de Langres, attribué à Claude Francher de Ran, Docteur en Théologie. La famille de Ran, originaire de Franche-Comté, a été anoblie par l'Empereur Charles Quint en 1550. Claude Francher de Ran est le fils de Jean Claude Franchet, Seigneur de Cendrey et Conseiller au Parlement, et de Dame Anne-Ignace de Chaillot. Il est également le frère de Charles-Ignace Esprit Franchet de Ran, Conseiller au Parlement, et le neveu de Charles-François Franchet, Chanoine de la Métropolitaine de Besançon. La famille Franchet est bien intégrée dans la noblesse et compte plusieurs membres distingués par leurs fonctions. Elle est alliée à diverses familles principales de la province, notamment les Petremand, Chaillot d'Athume, Elpoutot, Champdhyver, Pra, Rincourt, Malpas, et Varax en Savoie.
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219
p. 275-278
Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja dit que feu Mr l'Archevêque de Reims a [...]
Mots clefs :
Charge, Testament, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Je vous ay déja dit quefeu
276 MERCURE
Mr l'Archevêque de Reims a
donné par fon Teftament Choute
fa
Maifon de Verſailles
meublée à Mr l'Abbé de Louvois ; mais vous ignorez peuteftre que l'Appartement qu'il
avoit dans le Chasteau , a efté
donné par Sa Majesté à S. A,
S. Monfieur le Duc du Maine
pour Les Enfans.
Le Roy a auffi donné à Mt
de Chanlay , dont vous fçavez
les long & affidus fervices , un
Brevet de retenuë fort confiderable fur fa Charge de Maréchal general des Camps &
Armées de Sa Majesté.
GALANT 277
Mr Bourdelin , ci - devant
Secretaire de l'Ambaffade , lors
que Mr de Bonrepos alla Ambaffadeur en Dannemarck , a
a efté reçu Ordinaire du Roy.
Il a efté Confeiller au Chaftelet. Il fçait parfaitement les
Langues étrangeres , & Mr le
Comte de Pontchartrain le
mit auprés de luy pour traduire
les Lettres particulieres qui luy
venoient de divers Pays étrangers , & qui demandoient un
homme de confiance. Il a l'efprit univerfel , & quoy que
fort jeune encore , il eft Veterant de l'Academic Royale des
278 MERCURE
Medailles & Infcriptions. Il a
beaucoup d'efprit ; l'air fort
gracieux , & toutes les qualitez neceſſaires pour bien s'acquitter de la Charge dont Sa
Majefté luy a donné l'agréement avec plaifir , & il est déja
entré en exercice.
276 MERCURE
Mr l'Archevêque de Reims a
donné par fon Teftament Choute
fa
Maifon de Verſailles
meublée à Mr l'Abbé de Louvois ; mais vous ignorez peuteftre que l'Appartement qu'il
avoit dans le Chasteau , a efté
donné par Sa Majesté à S. A,
S. Monfieur le Duc du Maine
pour Les Enfans.
Le Roy a auffi donné à Mt
de Chanlay , dont vous fçavez
les long & affidus fervices , un
Brevet de retenuë fort confiderable fur fa Charge de Maréchal general des Camps &
Armées de Sa Majesté.
GALANT 277
Mr Bourdelin , ci - devant
Secretaire de l'Ambaffade , lors
que Mr de Bonrepos alla Ambaffadeur en Dannemarck , a
a efté reçu Ordinaire du Roy.
Il a efté Confeiller au Chaftelet. Il fçait parfaitement les
Langues étrangeres , & Mr le
Comte de Pontchartrain le
mit auprés de luy pour traduire
les Lettres particulieres qui luy
venoient de divers Pays étrangers , & qui demandoient un
homme de confiance. Il a l'efprit univerfel , & quoy que
fort jeune encore , il eft Veterant de l'Academic Royale des
278 MERCURE
Medailles & Infcriptions. Il a
beaucoup d'efprit ; l'air fort
gracieux , & toutes les qualitez neceſſaires pour bien s'acquitter de la Charge dont Sa
Majefté luy a donné l'agréement avec plaifir , & il est déja
entré en exercice.
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Résumé : Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs événements et nominations. L'Archevêque de Reims a légué sa maison de Versailles, meublée, à l'Abbé de Louvois par testament. Le roi a attribué l'appartement de l'archevêque au Duc du Maine pour ses enfants. Monsieur de Chanlay a reçu un brevet de retenue substantiel en reconnaissance de ses loyaux et assidus services en tant que Maréchal général des camps et armées du roi. Monsieur Bourdelin, ancien secrétaire de l'ambassade en Danemark, a été nommé Ordinaire du roi et conseiller au Châtelet. Il maîtrise les langues étrangères et a été chargé par le Comte de Pontchartrain de traduire des lettres provenant de divers pays étrangers. Bourdelin, jeune mais expérimenté, est membre de l'Académie Royale des Médailles et Inscriptions. Il possède un esprit universel et les qualités nécessaires pour bien exercer sa charge, pour laquelle il a reçu l'agrément du roi avec plaisir et a déjà commencé à exercer ses fonctions.
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220
p. 5-11
Prelude, dans lequel on voit la bonté du Roy, qui remet le Don gratuit aux Etats d'Artois, [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez que les Députez des Etats d'Artois ont esté [...]
Mots clefs :
Don, Abbé de Valbelle, Roi, États d'Artois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude, dans lequel on voit la bonté du Roy, qui remet le Don gratuit aux Etats d'Artois, [titre d'après la table]
Vous
US que les Dé,
fçavez que
putez des Etats d'Artois
ont efté prefentez à Sa Majeſté
en la maniere accoûtumée , &
les Nouvelles publiques qui
s'impriment chaque femaine
A iij
6 MERCURE
vous ont apris tout ce qui a
regardé le Ceremonial de cette
Audiance ; ainfi il ne me refte
qu'à vous dire que M' l'Abbé
de Valbelle , Maistre de l'Oratoire du Roy ; nommé à l'Evêché de Saint Omer , & Député
du Clergé , porta la parole &
fit un Difcours qui plut beaucoup à Sa Majefté , & qui attira de grands applaudiffemens
de tous ceux qui furent prefens à cette Audiance , & qui
eurent le bonheur de l'entendre. Il dit qu'il venoit aux pieds
de Sa Majesté pour l'aßeurer de
lafidelité inviolable defes Sujets
GALANT 7
le de
que Sa Made la Province d'Artois ; qu'Elle
n'en avoit point de plus dévouez
àfon fervice , & qu'ils eftoient
penetrez de la bonté
jeſté avoit euë de leur remettre le
Don gratuit.
Il parla enfuite de la BatailMalplaquet ; de la fermeté des Troupes de Sa Majeſté ,
& de la grande perte des Ennemis en cette occafion , qui leur
avoit fait connoiftre qu'elles
pouvoient encore vaincre
parce que bien qu'elles fe fuffent retirées , elles avoient fait
cette retraite avec un fi grand
ordre , &une fi grande intreA iiij.
8 MERCURE
pidité, que leur marche avoit
paru aux ennemis même , plutoft une victoire qu'une retraite.
la
On ne peut faire trop de
reflexion fur les grandes bontez dont Sa Majesté donne
tous les jours d'éclatantes & de
fenfibles marques à fes Sujets.
Quoyque les Saifons luy ayent
déclaré la guerre , & que
France ait prefque efté la feule
qui ait fouffert des malheurs
caufez l'année derniere par leur
dureté , & que je vous aye fait
le détail de ce qui a caufé le
malheur dont la France n'eft ·
"
GALANT 9
B
pas encore remife, Sa Majefté
qui depuis une année a remis
à fes Sujets la plufpart de fes
droits , & leur a fait à plufieurs
fois de groffes remifes fur les
Tailles , vient encore par une
bonté toutefinguliere , & dont
l'Histoire fournit peu d'exemples , de remettre le Don gracuit aux Etats d'Artois. Cen'eſt
point moy qui donne des
loüanges à Sa Majesté. Je ne
rapporte jamais que des faits
lors que je vous en parle , &
ces faits font fi dignes d'admiration qu'ils loüent affez ce
Monarque fans qu'il foit be-
10 MERCURE
foin de le loüer.
Al'égard de l'intrepidité des
Troupes du Roy dont M² de
Valbelle a parlé dans fon Difcours , il n'y a point d'exemples d'une intrepidité pareille
à celle qu'elles ont fait voir
dans cette Bataille , & plus on
approfondira les chofes , plus
on connoiftra qu'elles ont gagné dix Batailles contre une
depuis le commencement de
la guerre , qu'elles n'ont jamais
fuy; mais que par des fatalitez
que le Ciel a permis , trois ou
quatre Affaires importantes
leur ont efté defavantageufes
GALANT II
ay
fans leur eftre honteufes , &fi
on les examinoit avec attention comme j'ay fait quelquesfois , & que je vous fait re
marquer, celles dont les fuitesont eſté deſavantageuſes n'ont
pas efté celles qui leur ont eſté
les moins glorieufes.
US que les Dé,
fçavez que
putez des Etats d'Artois
ont efté prefentez à Sa Majeſté
en la maniere accoûtumée , &
les Nouvelles publiques qui
s'impriment chaque femaine
A iij
6 MERCURE
vous ont apris tout ce qui a
regardé le Ceremonial de cette
Audiance ; ainfi il ne me refte
qu'à vous dire que M' l'Abbé
de Valbelle , Maistre de l'Oratoire du Roy ; nommé à l'Evêché de Saint Omer , & Député
du Clergé , porta la parole &
fit un Difcours qui plut beaucoup à Sa Majefté , & qui attira de grands applaudiffemens
de tous ceux qui furent prefens à cette Audiance , & qui
eurent le bonheur de l'entendre. Il dit qu'il venoit aux pieds
de Sa Majesté pour l'aßeurer de
lafidelité inviolable defes Sujets
GALANT 7
le de
que Sa Made la Province d'Artois ; qu'Elle
n'en avoit point de plus dévouez
àfon fervice , & qu'ils eftoient
penetrez de la bonté
jeſté avoit euë de leur remettre le
Don gratuit.
Il parla enfuite de la BatailMalplaquet ; de la fermeté des Troupes de Sa Majeſté ,
& de la grande perte des Ennemis en cette occafion , qui leur
avoit fait connoiftre qu'elles
pouvoient encore vaincre
parce que bien qu'elles fe fuffent retirées , elles avoient fait
cette retraite avec un fi grand
ordre , &une fi grande intreA iiij.
8 MERCURE
pidité, que leur marche avoit
paru aux ennemis même , plutoft une victoire qu'une retraite.
la
On ne peut faire trop de
reflexion fur les grandes bontez dont Sa Majesté donne
tous les jours d'éclatantes & de
fenfibles marques à fes Sujets.
Quoyque les Saifons luy ayent
déclaré la guerre , & que
France ait prefque efté la feule
qui ait fouffert des malheurs
caufez l'année derniere par leur
dureté , & que je vous aye fait
le détail de ce qui a caufé le
malheur dont la France n'eft ·
"
GALANT 9
B
pas encore remife, Sa Majefté
qui depuis une année a remis
à fes Sujets la plufpart de fes
droits , & leur a fait à plufieurs
fois de groffes remifes fur les
Tailles , vient encore par une
bonté toutefinguliere , & dont
l'Histoire fournit peu d'exemples , de remettre le Don gracuit aux Etats d'Artois. Cen'eſt
point moy qui donne des
loüanges à Sa Majesté. Je ne
rapporte jamais que des faits
lors que je vous en parle , &
ces faits font fi dignes d'admiration qu'ils loüent affez ce
Monarque fans qu'il foit be-
10 MERCURE
foin de le loüer.
Al'égard de l'intrepidité des
Troupes du Roy dont M² de
Valbelle a parlé dans fon Difcours , il n'y a point d'exemples d'une intrepidité pareille
à celle qu'elles ont fait voir
dans cette Bataille , & plus on
approfondira les chofes , plus
on connoiftra qu'elles ont gagné dix Batailles contre une
depuis le commencement de
la guerre , qu'elles n'ont jamais
fuy; mais que par des fatalitez
que le Ciel a permis , trois ou
quatre Affaires importantes
leur ont efté defavantageufes
GALANT II
ay
fans leur eftre honteufes , &fi
on les examinoit avec attention comme j'ay fait quelquesfois , & que je vous fait re
marquer, celles dont les fuitesont eſté deſavantageuſes n'ont
pas efté celles qui leur ont eſté
les moins glorieufes.
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Résumé : Prelude, dans lequel on voit la bonté du Roy, qui remet le Don gratuit aux Etats d'Artois, [titre d'après la table]
Lors d'une audience, les États d'Artois ont rendu hommage au roi. L'abbé de Valbelle, maître de l'oratoire du roi et député du clergé, a prononcé un discours apprécié. Il a exprimé la fidélité et la dévotion des sujets de la province d'Artois envers le roi, soulignant leur gratitude pour la remise du don gratuit. Valbelle a également évoqué la bataille de Malplaquet, mettant en avant la fermeté des troupes royales et les lourdes pertes ennemies, malgré une retraite ordonnée et rapide. Le texte insiste sur les bienfaits du roi envers ses sujets, notamment la remise des droits et des tailles, malgré les ravages causés par les Saifons. Il conclut en louant l'intrepidité des troupes royales, qui ont remporté de nombreuses victoires malgré quelques défaites non honteuses.
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221
p. 299-325
Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay si souvent parlé de ces illustres familles, & [...]
Mots clefs :
Clergé, Église des grands Augustins, Messe de Saint Esprit, Versailles, Cardinal de Noailles, Discours, Roi, Gloire, Religion, Coeur, Naissance, Dieu, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Je vous ay fi fouvent parlé
de ces illuftres familles , &
en particulier du merite de
ceux qui les compofent , &
des actions par lesquelles ils
fe font diftinguez que je ne
crois pas vous en devoir dire
d'avantage aujourd'huy.
Je vous ay déja parlé de
tout ce qui fe paffa aux grands
Auguftins les de ce mois
с
300 MERCURE
y
lors queLle Clergé s'y affem .>
bla pour la premiere fois , de
la Meffe du Saint Efprit qui
fut celebrée , & je vous ay
donné un Extrait du Sermon
qui yfut prêché le mêmejour.
al Le 19.cet Auguſte Corps
fe rendit à Verfailles dans un
Appartement du Chateau
qui luy avoit efté preparé. Mr
le Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat l'y vint prendre avec Mr le Marquis de
Dreux Grand Maiftre des
Ceremonies ,& Mr des Granges Maiftre des Ceremonies,
& il fut ainfi conduit à l'Au
GALANT gor ༢or
diance du Roy les Gardes du
Corps eftant en haye dans
leur Salle , & fous les Armes ,
&les deux battans des Portes
ayant cfté ouverts. Monfieur
le Cardinal de Noailles prit
la parole , & fit au Roy le
Difcours fuivant. bl
१
IMSIRE,
-
Nous venons avecjoye & eme
preſſement rendre àVoſtre Majefté
nos tres - humbles hommages , &
ceux de tout le Clergé de France
que cette Affembléereprefente , &
qui eft beaucoup moins le premier
302 MERCURE
Corps de voftre Royaume parfon
rang, que parfon zele pour vostre
fervice,
༢༠༡༥།
Nous venons en renouveller à
V. M.les proteftations lesplusfinceres , nousfouhaiterions qu'il
nous fuft poffible d'en donner des
preuves plus fortes coplus écla osdans le cours de cet Affemblée, que nous n'avons fait encore
dans les autres.ian bus
La mesure de noftre zele nefera
jamais celle de nos forces , telles
qu'elles puiffent eftre, grandes ou
perites , entieres ou épuifées , il ira
toûjours beaucoup au-delà , ilfera
au deffus de tous les évenemens
GALANT 303
rien ne le diminuëtajamais.
** Ce qui pourroit affaiblir celuy des autres , ne fervira , qu'
fortifier le nostre. Les malheurs
de cette vie , les revolutions qui
arrivent dans tous les Etats ,
peuvent ébranler la fidelité des
peuples conduits par des vûës bafJes e intereffées , mais elles ne
font qu'affermircelle des Miniftrès
de Dieu , qui doivent entrer dans
fes deffeins , & avoir des vûës
plus élevées.
1
Que David foit heureux ou
malheureux, le grand Preftre eft
également attaché à luy , ilfe déclare même plus hautement enfa
304 MERCURE
faveur, &faitplus d'effortspour
Le fecourir , quand il le voit dans
unplusgrand befoin.
Illuy donne les pains offerts à
Dieu , qui eftoient dans le Temple ,
dont il n'eftoit permis qu'aux
Preftres de manger. Il luy laiffe
prendre l'épée de Goliath , confacrée à la gloire du Seigneur ,parce
qu'il n'en avoitpoint d'autre à lug
donner, &il s'expofe genereufe
mentpar cet office de religion à la
mort que Sail luy fit fouffrir peu
aprés.
C'est une leçon pour nous , &
un exemple que nos cœurs ne nous
preffent pas moins que noftre de-
GALANT 305
voir de remplirà l'égard de Voftre
Majesté.
Sile cours defes victoires a été interrompu parar les ordres fecrets &
impenetrables de lafageffe deDieu,
qui fait ce qu'il luy plaift desplus
grands hommes , comme des plus petits pendap
pourfaire د que
grandeur & toute puiffance vient
de luy. Si
Vos armed
à qui rien
•
toune refiftoit autresfois n'ont pas
jours eu le mêmefort. Sicette gloire
humaine qu'elles vous ont attirée ,
qui a étonné le monde entier , au
point qu'on enen peut dire ce que
Ecriture dit de celle d'Alexandre
le Grand , que toute la terre en
Mars 1710.
Ca
306 MERCURE
eft tombée dans le filence. Sz
cette gloire , dis je , a reçu quelque
atteinte par les malheurs de la
guerre , noftre attachement pour
V. M. n'en eft que plusferme
plus ardent.
Nous adorons la main qui vous
frape , nous vous refpectonsda
vantage , s'il eftpoffible ,fous cette
main divine , dont les coupsfalu
taires vous rendent plus reſpectable auxyeux de la Foy.
Elle nous apprend qu'une trop
longue e trop grande profperité
annonce un malheurplus grand
plus long, puifqu'il fera éternel ,
&que le bonheur continuel de
GALANT: 307
cette vie eft le Paradis des repron
me ?• +
· L'experience ne l'enſeigne pas
moins que la Foy ; car ne voit on
pas dans toutes les biftoires , que
Les Princes qui n'ont jamais fenti
la main de Dieu , qu'il a laiſſe
joüirpaiſiblement des plaiſirs , des
grandeurs &'rde toute la gloire de
ce monde,fans y répandre aucunè
amertume, ont eſté enyvrez de leur
bonheur , ont vecu dans l'aveuglement , font morts dans l'impenitence nu
2.Se font done ,felon l'esprit de
la Religion, des graces & desfam
yeurs que ce que le monde appelle
Ccij
308 MERCURE
malheur & difgrace ; cefont des
moyens de meriter unbonheurplus
pur & plus folide que celuy de
cette vie , Dieu compte pour rien
ce qui n'eft pas éternel , & netrou
ve dans aucun bien periſſable une
digne récompenfe pour fes: Elús
ainfi il ne leur ofte lafauffegloire
de ce monde , que les hommes onta
beau appeller immortelle , &qui
paffe toujours , que pour les pre
parer à la gloire de l'éternitéfeule
folide & veritable immortelle.
C'eftce quenous envifageons ,
SIRE , dans vos peines nous
yvozons avecconfolation la bonté
de Dieu pour vous , & nous
GALANT 309
admirons avec veneration lecou
rage & la foy que vous yfaites
paroître sap sailo Tag
Ellemeritefans doute beaucoup
mieux , que les exploits militaires
d'Alexandre , ce filence d'admira."
tion où toute la terre tomba devant luy , & elle est encore plus
digne du refpect , de l'amour
du zele de vos Evêques , &de
tout le Clergé attaché à V. M.
par des liens plus purs & plus
facrez que vos autres Sujets.
Mais ce qui doit les remplir
tous , de quelque profeffion qu'ils
foient , de reconnoiffance , auffi
bienque d'admirationpourV. M.
30 MERCURE
eft le grand defir qu'elle a de
leur donner lapaix. I's fçavent
tous ce qu'elle veut bien facrifier
pour leur procurer un bien
precieux & fi neceffaire , es
qu'elle ne l'a retarde quepour le
rendre plus feur & plus folide
& ne pas prendre l'ombre
l'apparence d'une paix ; pour une
paix réelle veritable.
Perfonne n'ignore que V. M.
s'oublie elle même , pour ne fe
fouvenir que de l'extrême befoin
defespeuples qu'elle abandonne
genereufement fespropres interefts
pour leur repos ; que même la
tendreffe paternelle Jemimentfo
GALANT 311
t
jufte , fi vif, & fi puiffant
fur tout pour les bons cœurs , ne
peut l'emporter fur le defir que
vous avezdefoulagervospeuples.
Quelfacrifice & quel effort
de vostre bonté pour eux ; mais
il est vrai qu'ils l'ont bien
merité par tout ce qu'ils ont fait
&fouffert pour voftre fervice
dans des guerres fi frequentes
fi longues & fi dures :
jufte qu'eftant les meilleurs detous
les peuples , ils trouvent en "yous
le meilleur de tous les Rois.
Mais ce n'eft pas feulement
l'intereft de vos Sujets , c'est la
caufe de sans les peuples que vous
il eft
310 MERCURE
ils
foûtenez, en travaillant fifortement à la paix de l'Europe's car
ne fçait- on pas que par tout
fouffrent, & que vos Ennemis
avec toute la joye de leursfuccés,
n'en ont pas moins la douleur de
voir leur pays ruiné , leurs peuples gémir comme les autres ,
qu'ils n'ontque les évenemenspour
eux. Fantil eft vray que la guerre eft un mal univerfel que Dieu
fait fentir aux heureux ,
heureux , comme
aux malheureux , pour les punir
tous.
S'il vous en coûte donc, SIRE,
pourfaire lapaix , fi vous l'achetez cherement, que vous enferez
avanta-
GALANT 313
avantageufement & glorieufement dédommagé par la grandeur
d'ame que vousyferez paroiftre ,
par le bien infini que vous procurerez à tant de peuples accablez ,
&fur toutpar le trefor pretieux
que vous acquererez de nouveau ,
en vous attachantplus fortement
que jamais les cœurs de vos Sujets.
Quelle richeffe & quelle force
pour un Roy, que la tendreffe &
la confiance de fes Sujets ; que ne
trouve- t-il pas dans leurs cœurs
quand ils font veritablement à
luy?
Quel Empire , écrivoit ungrand
Mars 1710.
Dd .
314 MERCURE
Evefque aun Empereur , y a-t-il
mieux établi , & dont les fondemens foient plus folides &
plus feurs , que celuy qui eft
muni par l'affection & lattachement des peuples ? Qui eftce qui eft plus en affurance &
a moins à craindre , qu'un
Prince qu'on ne craint point,
&pour qui tous fes Sujets craignent ?
Que n'avez vous donc pas
attendre, SIRE , des voftres ,
leur donnant des preuvesfi effecti
ves de vostre bonté pour eux ?
Que ne devons-nous pas faire en
noftre particulier , pour vous en
à
GALANT 3'5
1
marquer noftre reconnoiffance ;
nous qui fommes les Pafteurs &
les peres fpirituels de vos peuples ,
plus intereffez & plus fenfibles
que d'autres à leurs miferes ; nous
quipar noftre caractere fommes
des Miniftres depaix obligez àla
defirer , à la demander , & à la
procurer par tous les moyens qui
peuvent dépendre de nous ?
Heureux fi nous pouvons y
1 contribuerparquelqu'endroit, nonfeulement par nos vœux & nos
prieres , mais auffi par nos biens.
Nous les tiendrons bien employez
à payer un don fi pretieux, &
nous ne craindrons point d'en chanう
Dd ij
316 MERCURE
ger la deftination, ce que nouspourrions fairefans crime , en les faifantfervirà foulager vos peuples,
à les faire jouir de la paix , ou à
les deffendre par une bonne guerre
de la fureur de vos Ennemis , &
en deffendre mefme l'Eglife , qui
n'eftpas moins attaquée que vostre
Royaume, dont les interefts ne
peuvent estre feparez de ceux de
Voſtre Majefté , parce qu'elle en
eft le plus ferme & le plus folide
appuy.
Faffe le Ciel que lesgrands
importans fervices que V. M. a
rendus , & rend encore tous les
jours à la Religion , foient prom-
GALANT 317
& les
ptement recompenfezpar unepaix
feure durable. Que Dieu de
quifeul elle dépend, & qui l'arefuféejufqu'à prefentdans fa juftice enpunition despechez du monde, appaife par les prieres
gemiffemens de tant de peuples
affligez l'accorde enfin dans fa
mifericorde. Que Voftre Majefté
aprés avoir efté long- temps un
David guerrier & genereux ,
foit le refte de fes jours un pacifique Salomon. Que fes jours fi
pretieux pour nous , &pour tous
fes Sujets , approchent autant qu'il
fera poffible de ceux des Patriarches avantle deluge. Qu'elle voye
Dd iii
318 MERCURE
,
naiſtre encore dans fa Famille
Royale plufieurs Princes , quiperpetuëntfaRace & lafaſſent durer jufqu' à la confommation du
ficcle ; qu'elle ait la joye de les former elle-même, & de leur infpirer
parſesgrands exemples & fesfages maximes des fentimens dignes
de leur augufte naiffance. Mais
qu'elle ait auffi la confolation de
voirfes peuples heureux ; qu'ils
puiffent fe repofer tranquilement,felon l'expreffion d'un Prophete , chacun fous fa vigne &
fous fon figuier , fans craindre
aucun Ennemi ; qu'ils faffent
de leurs épées des focs de char-
GALANT 319
rues , & deleurs lances des inftrumens à remuer la terre.
QueV. M regne deplus en plus
dans leur cœur , & qu'elle yfot
tienne toûjours plus fortement le
Royaume de Dieu par une Relis
gion pure & fans tache e' une
pieté fincere e folide , telle qui
convient à un Roy & à un
Royaume tres-Chreftien.
es
Le Clergé fe rendit enfuite
chez Monfeigneur le Dau
phin , & Monfieur le Cardinal
de Noailles luy parla en ces
termes :
Dd iiij
320 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Cleft toûjours avec la même
joyer le même empreffement
que nous venons vous rendre nos ›
tres - profonds refpects. C'est un
devoir où nous ne trouvons pas
moins de plaifir que dejuftice.
Nous reconnoiffons ce qui eft
dú aurangque vous donne vostre
augufte naiffance ; mais nous
ne fentons pas moins ce que
mande de nous voſtre bonté
naturelle , qualitéfi rare , quoyque
neceſſaire , dans une fi grande
élevation , parce que le cœur
s'éleve ordinairement àproportion
de-
GALANT 321
de ce qu'il fe voit au deffus des
autres.
Combien de Princes croyent
n'eftre fur le Trône que pour
eux-mêmes , que pour fatisfaire
leurs defirs ne regardent leurs
Sujets que comme leurs efclaves ,
&font infenfibles à leurs peines.
Voftre religion , MONSEIGNEUR , & voftre
bon cœur vous donnent d'autres
fentimens vous fçavez que
Dieun'a mis les Souverains fur
la tête des autres hommes, quepour
les proteger, les fecourir
foulagerdans leurs maux , qu'ils
doivent comme luy defcendre de
les
A
322 MERCURE
leur élevation pour voir ce que
les peuples fouffrent entrer
dans leurspeines , & travailler
à les en délivrer
&
DNA ?
l'attaEn rempliffant un fojufte devoir , non feulement ils rendent
à Dieu ce qu'ils luy doivent,
mais ils fe foutiennent & fe
fortifient eux - mêmes , parce
qu'ils gagnent le cœur
chement des peuples , qui fait la
plus grande force des Rois. La
mifericorde & la verité gar
dent le Roy , & la clemence
affermit fon Trône , difoit le
plus fage & le plus heureux de
tous les Rois tant qu'il s'eft
GALANT 323
laiffe conduire par lafageffe de
Dieu.
Confervez donc , MONSEIGNEUR , cette bonté
fi agreable à Dieu , fi aimable
• pour tous ceux qui dépendent de
vous fi utile pour vousmême. Augmentez - la pour le
Clergé attaché à vous par tant
de liens , par religion , par reconnoiffance , par zelepour le Roy ,
dont on ne peut vous feparer
puifque le cœur & la tendreffe
vous unit à Sa Majesté encore
plus que la naiffance & le devoir.
Vous fçavez à quel point
nous luyfommes dévoüez , quels
1
324 MERCURE
efforts nous avons fait & voulons faire encore pourfonfervice ,
&que nous ne confultons plus
que nos cœurs &point nosforces
d'abord qu'il a beſoin de nous.
Tout cela vous répond
MONSEIGNEUR , de
noftre attachement pour vous
&nousfait efperer vostre bonté
pour nous , la continuation de
l'honneur de votre protection
pour tout le Clergé , nous vous
la demandons avec inftance ;
nous ofons affeurer que nous la
meritonspar noftreprofond respect,
par une fidelité à toute épreuve ,
& par les vœux finceres &
GALANT 25
• ardens que nous faifons pour
voftre longue confervation , pour
voftre profperité ,
de toute la Maifon Royale."
pour cel
de ces illuftres familles , &
en particulier du merite de
ceux qui les compofent , &
des actions par lesquelles ils
fe font diftinguez que je ne
crois pas vous en devoir dire
d'avantage aujourd'huy.
Je vous ay déja parlé de
tout ce qui fe paffa aux grands
Auguftins les de ce mois
с
300 MERCURE
y
lors queLle Clergé s'y affem .>
bla pour la premiere fois , de
la Meffe du Saint Efprit qui
fut celebrée , & je vous ay
donné un Extrait du Sermon
qui yfut prêché le mêmejour.
al Le 19.cet Auguſte Corps
fe rendit à Verfailles dans un
Appartement du Chateau
qui luy avoit efté preparé. Mr
le Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat l'y vint prendre avec Mr le Marquis de
Dreux Grand Maiftre des
Ceremonies ,& Mr des Granges Maiftre des Ceremonies,
& il fut ainfi conduit à l'Au
GALANT gor ༢or
diance du Roy les Gardes du
Corps eftant en haye dans
leur Salle , & fous les Armes ,
&les deux battans des Portes
ayant cfté ouverts. Monfieur
le Cardinal de Noailles prit
la parole , & fit au Roy le
Difcours fuivant. bl
१
IMSIRE,
-
Nous venons avecjoye & eme
preſſement rendre àVoſtre Majefté
nos tres - humbles hommages , &
ceux de tout le Clergé de France
que cette Affembléereprefente , &
qui eft beaucoup moins le premier
302 MERCURE
Corps de voftre Royaume parfon
rang, que parfon zele pour vostre
fervice,
༢༠༡༥།
Nous venons en renouveller à
V. M.les proteftations lesplusfinceres , nousfouhaiterions qu'il
nous fuft poffible d'en donner des
preuves plus fortes coplus écla osdans le cours de cet Affemblée, que nous n'avons fait encore
dans les autres.ian bus
La mesure de noftre zele nefera
jamais celle de nos forces , telles
qu'elles puiffent eftre, grandes ou
perites , entieres ou épuifées , il ira
toûjours beaucoup au-delà , ilfera
au deffus de tous les évenemens
GALANT 303
rien ne le diminuëtajamais.
** Ce qui pourroit affaiblir celuy des autres , ne fervira , qu'
fortifier le nostre. Les malheurs
de cette vie , les revolutions qui
arrivent dans tous les Etats ,
peuvent ébranler la fidelité des
peuples conduits par des vûës bafJes e intereffées , mais elles ne
font qu'affermircelle des Miniftrès
de Dieu , qui doivent entrer dans
fes deffeins , & avoir des vûës
plus élevées.
1
Que David foit heureux ou
malheureux, le grand Preftre eft
également attaché à luy , ilfe déclare même plus hautement enfa
304 MERCURE
faveur, &faitplus d'effortspour
Le fecourir , quand il le voit dans
unplusgrand befoin.
Illuy donne les pains offerts à
Dieu , qui eftoient dans le Temple ,
dont il n'eftoit permis qu'aux
Preftres de manger. Il luy laiffe
prendre l'épée de Goliath , confacrée à la gloire du Seigneur ,parce
qu'il n'en avoitpoint d'autre à lug
donner, &il s'expofe genereufe
mentpar cet office de religion à la
mort que Sail luy fit fouffrir peu
aprés.
C'est une leçon pour nous , &
un exemple que nos cœurs ne nous
preffent pas moins que noftre de-
GALANT 305
voir de remplirà l'égard de Voftre
Majesté.
Sile cours defes victoires a été interrompu parar les ordres fecrets &
impenetrables de lafageffe deDieu,
qui fait ce qu'il luy plaift desplus
grands hommes , comme des plus petits pendap
pourfaire د que
grandeur & toute puiffance vient
de luy. Si
Vos armed
à qui rien
•
toune refiftoit autresfois n'ont pas
jours eu le mêmefort. Sicette gloire
humaine qu'elles vous ont attirée ,
qui a étonné le monde entier , au
point qu'on enen peut dire ce que
Ecriture dit de celle d'Alexandre
le Grand , que toute la terre en
Mars 1710.
Ca
306 MERCURE
eft tombée dans le filence. Sz
cette gloire , dis je , a reçu quelque
atteinte par les malheurs de la
guerre , noftre attachement pour
V. M. n'en eft que plusferme
plus ardent.
Nous adorons la main qui vous
frape , nous vous refpectonsda
vantage , s'il eftpoffible ,fous cette
main divine , dont les coupsfalu
taires vous rendent plus reſpectable auxyeux de la Foy.
Elle nous apprend qu'une trop
longue e trop grande profperité
annonce un malheurplus grand
plus long, puifqu'il fera éternel ,
&que le bonheur continuel de
GALANT: 307
cette vie eft le Paradis des repron
me ?• +
· L'experience ne l'enſeigne pas
moins que la Foy ; car ne voit on
pas dans toutes les biftoires , que
Les Princes qui n'ont jamais fenti
la main de Dieu , qu'il a laiſſe
joüirpaiſiblement des plaiſirs , des
grandeurs &'rde toute la gloire de
ce monde,fans y répandre aucunè
amertume, ont eſté enyvrez de leur
bonheur , ont vecu dans l'aveuglement , font morts dans l'impenitence nu
2.Se font done ,felon l'esprit de
la Religion, des graces & desfam
yeurs que ce que le monde appelle
Ccij
308 MERCURE
malheur & difgrace ; cefont des
moyens de meriter unbonheurplus
pur & plus folide que celuy de
cette vie , Dieu compte pour rien
ce qui n'eft pas éternel , & netrou
ve dans aucun bien periſſable une
digne récompenfe pour fes: Elús
ainfi il ne leur ofte lafauffegloire
de ce monde , que les hommes onta
beau appeller immortelle , &qui
paffe toujours , que pour les pre
parer à la gloire de l'éternitéfeule
folide & veritable immortelle.
C'eftce quenous envifageons ,
SIRE , dans vos peines nous
yvozons avecconfolation la bonté
de Dieu pour vous , & nous
GALANT 309
admirons avec veneration lecou
rage & la foy que vous yfaites
paroître sap sailo Tag
Ellemeritefans doute beaucoup
mieux , que les exploits militaires
d'Alexandre , ce filence d'admira."
tion où toute la terre tomba devant luy , & elle est encore plus
digne du refpect , de l'amour
du zele de vos Evêques , &de
tout le Clergé attaché à V. M.
par des liens plus purs & plus
facrez que vos autres Sujets.
Mais ce qui doit les remplir
tous , de quelque profeffion qu'ils
foient , de reconnoiffance , auffi
bienque d'admirationpourV. M.
30 MERCURE
eft le grand defir qu'elle a de
leur donner lapaix. I's fçavent
tous ce qu'elle veut bien facrifier
pour leur procurer un bien
precieux & fi neceffaire , es
qu'elle ne l'a retarde quepour le
rendre plus feur & plus folide
& ne pas prendre l'ombre
l'apparence d'une paix ; pour une
paix réelle veritable.
Perfonne n'ignore que V. M.
s'oublie elle même , pour ne fe
fouvenir que de l'extrême befoin
defespeuples qu'elle abandonne
genereufement fespropres interefts
pour leur repos ; que même la
tendreffe paternelle Jemimentfo
GALANT 311
t
jufte , fi vif, & fi puiffant
fur tout pour les bons cœurs , ne
peut l'emporter fur le defir que
vous avezdefoulagervospeuples.
Quelfacrifice & quel effort
de vostre bonté pour eux ; mais
il est vrai qu'ils l'ont bien
merité par tout ce qu'ils ont fait
&fouffert pour voftre fervice
dans des guerres fi frequentes
fi longues & fi dures :
jufte qu'eftant les meilleurs detous
les peuples , ils trouvent en "yous
le meilleur de tous les Rois.
Mais ce n'eft pas feulement
l'intereft de vos Sujets , c'est la
caufe de sans les peuples que vous
il eft
310 MERCURE
ils
foûtenez, en travaillant fifortement à la paix de l'Europe's car
ne fçait- on pas que par tout
fouffrent, & que vos Ennemis
avec toute la joye de leursfuccés,
n'en ont pas moins la douleur de
voir leur pays ruiné , leurs peuples gémir comme les autres ,
qu'ils n'ontque les évenemenspour
eux. Fantil eft vray que la guerre eft un mal univerfel que Dieu
fait fentir aux heureux ,
heureux , comme
aux malheureux , pour les punir
tous.
S'il vous en coûte donc, SIRE,
pourfaire lapaix , fi vous l'achetez cherement, que vous enferez
avanta-
GALANT 313
avantageufement & glorieufement dédommagé par la grandeur
d'ame que vousyferez paroiftre ,
par le bien infini que vous procurerez à tant de peuples accablez ,
&fur toutpar le trefor pretieux
que vous acquererez de nouveau ,
en vous attachantplus fortement
que jamais les cœurs de vos Sujets.
Quelle richeffe & quelle force
pour un Roy, que la tendreffe &
la confiance de fes Sujets ; que ne
trouve- t-il pas dans leurs cœurs
quand ils font veritablement à
luy?
Quel Empire , écrivoit ungrand
Mars 1710.
Dd .
314 MERCURE
Evefque aun Empereur , y a-t-il
mieux établi , & dont les fondemens foient plus folides &
plus feurs , que celuy qui eft
muni par l'affection & lattachement des peuples ? Qui eftce qui eft plus en affurance &
a moins à craindre , qu'un
Prince qu'on ne craint point,
&pour qui tous fes Sujets craignent ?
Que n'avez vous donc pas
attendre, SIRE , des voftres ,
leur donnant des preuvesfi effecti
ves de vostre bonté pour eux ?
Que ne devons-nous pas faire en
noftre particulier , pour vous en
à
GALANT 3'5
1
marquer noftre reconnoiffance ;
nous qui fommes les Pafteurs &
les peres fpirituels de vos peuples ,
plus intereffez & plus fenfibles
que d'autres à leurs miferes ; nous
quipar noftre caractere fommes
des Miniftres depaix obligez àla
defirer , à la demander , & à la
procurer par tous les moyens qui
peuvent dépendre de nous ?
Heureux fi nous pouvons y
1 contribuerparquelqu'endroit, nonfeulement par nos vœux & nos
prieres , mais auffi par nos biens.
Nous les tiendrons bien employez
à payer un don fi pretieux, &
nous ne craindrons point d'en chanう
Dd ij
316 MERCURE
ger la deftination, ce que nouspourrions fairefans crime , en les faifantfervirà foulager vos peuples,
à les faire jouir de la paix , ou à
les deffendre par une bonne guerre
de la fureur de vos Ennemis , &
en deffendre mefme l'Eglife , qui
n'eftpas moins attaquée que vostre
Royaume, dont les interefts ne
peuvent estre feparez de ceux de
Voſtre Majefté , parce qu'elle en
eft le plus ferme & le plus folide
appuy.
Faffe le Ciel que lesgrands
importans fervices que V. M. a
rendus , & rend encore tous les
jours à la Religion , foient prom-
GALANT 317
& les
ptement recompenfezpar unepaix
feure durable. Que Dieu de
quifeul elle dépend, & qui l'arefuféejufqu'à prefentdans fa juftice enpunition despechez du monde, appaife par les prieres
gemiffemens de tant de peuples
affligez l'accorde enfin dans fa
mifericorde. Que Voftre Majefté
aprés avoir efté long- temps un
David guerrier & genereux ,
foit le refte de fes jours un pacifique Salomon. Que fes jours fi
pretieux pour nous , &pour tous
fes Sujets , approchent autant qu'il
fera poffible de ceux des Patriarches avantle deluge. Qu'elle voye
Dd iii
318 MERCURE
,
naiſtre encore dans fa Famille
Royale plufieurs Princes , quiperpetuëntfaRace & lafaſſent durer jufqu' à la confommation du
ficcle ; qu'elle ait la joye de les former elle-même, & de leur infpirer
parſesgrands exemples & fesfages maximes des fentimens dignes
de leur augufte naiffance. Mais
qu'elle ait auffi la confolation de
voirfes peuples heureux ; qu'ils
puiffent fe repofer tranquilement,felon l'expreffion d'un Prophete , chacun fous fa vigne &
fous fon figuier , fans craindre
aucun Ennemi ; qu'ils faffent
de leurs épées des focs de char-
GALANT 319
rues , & deleurs lances des inftrumens à remuer la terre.
QueV. M regne deplus en plus
dans leur cœur , & qu'elle yfot
tienne toûjours plus fortement le
Royaume de Dieu par une Relis
gion pure & fans tache e' une
pieté fincere e folide , telle qui
convient à un Roy & à un
Royaume tres-Chreftien.
es
Le Clergé fe rendit enfuite
chez Monfeigneur le Dau
phin , & Monfieur le Cardinal
de Noailles luy parla en ces
termes :
Dd iiij
320 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Cleft toûjours avec la même
joyer le même empreffement
que nous venons vous rendre nos ›
tres - profonds refpects. C'est un
devoir où nous ne trouvons pas
moins de plaifir que dejuftice.
Nous reconnoiffons ce qui eft
dú aurangque vous donne vostre
augufte naiffance ; mais nous
ne fentons pas moins ce que
mande de nous voſtre bonté
naturelle , qualitéfi rare , quoyque
neceſſaire , dans une fi grande
élevation , parce que le cœur
s'éleve ordinairement àproportion
de-
GALANT 321
de ce qu'il fe voit au deffus des
autres.
Combien de Princes croyent
n'eftre fur le Trône que pour
eux-mêmes , que pour fatisfaire
leurs defirs ne regardent leurs
Sujets que comme leurs efclaves ,
&font infenfibles à leurs peines.
Voftre religion , MONSEIGNEUR , & voftre
bon cœur vous donnent d'autres
fentimens vous fçavez que
Dieun'a mis les Souverains fur
la tête des autres hommes, quepour
les proteger, les fecourir
foulagerdans leurs maux , qu'ils
doivent comme luy defcendre de
les
A
322 MERCURE
leur élevation pour voir ce que
les peuples fouffrent entrer
dans leurspeines , & travailler
à les en délivrer
&
DNA ?
l'attaEn rempliffant un fojufte devoir , non feulement ils rendent
à Dieu ce qu'ils luy doivent,
mais ils fe foutiennent & fe
fortifient eux - mêmes , parce
qu'ils gagnent le cœur
chement des peuples , qui fait la
plus grande force des Rois. La
mifericorde & la verité gar
dent le Roy , & la clemence
affermit fon Trône , difoit le
plus fage & le plus heureux de
tous les Rois tant qu'il s'eft
GALANT 323
laiffe conduire par lafageffe de
Dieu.
Confervez donc , MONSEIGNEUR , cette bonté
fi agreable à Dieu , fi aimable
• pour tous ceux qui dépendent de
vous fi utile pour vousmême. Augmentez - la pour le
Clergé attaché à vous par tant
de liens , par religion , par reconnoiffance , par zelepour le Roy ,
dont on ne peut vous feparer
puifque le cœur & la tendreffe
vous unit à Sa Majesté encore
plus que la naiffance & le devoir.
Vous fçavez à quel point
nous luyfommes dévoüez , quels
1
324 MERCURE
efforts nous avons fait & voulons faire encore pourfonfervice ,
&que nous ne confultons plus
que nos cœurs &point nosforces
d'abord qu'il a beſoin de nous.
Tout cela vous répond
MONSEIGNEUR , de
noftre attachement pour vous
&nousfait efperer vostre bonté
pour nous , la continuation de
l'honneur de votre protection
pour tout le Clergé , nous vous
la demandons avec inftance ;
nous ofons affeurer que nous la
meritonspar noftreprofond respect,
par une fidelité à toute épreuve ,
& par les vœux finceres &
GALANT 25
• ardens que nous faifons pour
voftre longue confervation , pour
voftre profperité ,
de toute la Maifon Royale."
pour cel
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Résumé : Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
En août 1710, le clergé français a organisé une assemblée marquée par plusieurs événements notables. Le clergé a célébré pour la première fois la Messe du Saint-Esprit. Le 19 août, les membres du clergé se sont rendus à Versailles, où ils ont été accueillis par le comte de Pontchartrain, le marquis de Dreux et le maître des cérémonies des Granges. Le cardinal de Noailles a prononcé un discours au roi, exprimant la loyauté et le zèle du clergé envers la monarchie. Il a souligné que les malheurs et les révolutions n'affaiblissent pas leur fidélité, citant l'exemple du grand prêtre de David. Le cardinal a également évoqué les victoires du roi et les épreuves actuelles, exhortant à voir dans les peines une occasion de mériter un bonheur éternel. Il a loué le désir du roi de procurer la paix à ses sujets et à l'Europe, soulignant que la tendresse et la confiance des sujets sont les plus grandes richesses d'un roi. Par la suite, le clergé a rendu visite au Dauphin, où le cardinal de Noailles a réitéré les mêmes sentiments de respect et de dévouement, insistant sur la nécessité pour les souverains de protéger et de soulager leurs sujets. Le texte est également une lettre adressée à un haut dignitaire, probablement un membre de la famille royale ou un représentant du roi. Les auteurs expriment leur loyauté et leur dévouement envers le roi, affirmant que leur attachement est plus profond que les simples obligations de naissance et de devoir. Ils déclarent leur volonté de servir le roi avec dévotion et de mettre toutes leurs forces à sa disposition lorsqu'il en a besoin. La lettre demande la continuité de la protection et de l'honneur du dignitaire envers le clergé, assurant que cette protection est méritée par leur respect profond, leur fidélité inébranlable et leurs vœux sincères et ardents pour la longue conservation et la prospérité de la maison royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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222
p. 325-339
Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain les Commissaires du Roy, Mrs le Pelletier [...]
Mots clefs :
Assemblée du Clergé, Commissaires, Abbés, Cardinaux, Cardinal de Noailles, Mr le Pelletier, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Le lendemain les Commiffaires du Roy, Mrs le Pelletier
de Souzy , Dagueffeau , Confeillers d Etat ordinaires, Mrle
Comte de Pontchartrain , Secretaire d'Etat , & Mr des Maretz , ConGeneral des Finances .
trolltre
d'Etat
&
s'étant rendus vers les dix heures du matin au Convent des
Grands Auguftins , ils y furent.
complimentez à leur arrivée
7
326 MERCURE
par les Agens du Clergé , qui
font , Mrs les Abez de Broglio & de Coiflin , & conduits
dans une Salle qui leur avoir
eftépreparée. Peu de temps aprés le Clergé députa pour les
aller recevoir & les accompa
gner jufques à lagrande Salle
de l'Affemblée Mr l'Archevê
que deBordeaux, Mr l'Evêque
de Laon , Mr. l'Evêque de
Troyes, Mr l'Evêque de faint
Pol de Leon ; Mrs les Abbez
de Dromefnil , de S. Georges,
de Crillou , & d'Aubuffon.
Voicy l'ordre dans lequel on
marcha ; fçavoir , unEvêque,
CALANT 327
unCommiſſaire du Roy, &un
Abbé , & ainfi des autres. Ils
avoient eſté reçus à la moitié
du chemin , àla maniereaccoucumée. Lorsqu'ils entrerent
dans la grande Salle toute l'Af
femblée feleva pour les faluer,
&Mrs lcs Commiffaires ayant
pris les fauteuls qui leur avoient cité préparez devant le
Bureau où ils s'affirent tous en
mêmetemps , & ils fe couvrirent. Mr le Comte de Pontchartrain remit entre les mains
de Mr l'Abbé Turgot , ancien
Agent du Clergé , Secretaire
de l'Affemblée , la Lettre du
328 MERCURE
Roy, qui la porta à Monfieur
le Cardinal de Noailles qui
l'ouvrit , & la remit à Mr l'Abbé Turgot pour en faire la lecture à toute l'Affemblée. Elle
portoit , que Sa Majeſté avoit
envoyé ces Meffieurs pour
marquer fes intentions au
Clergé , & l'eftime qu'Elle en
faifoit , & qu'il ajoûtaft toute
creance à ce que le Sicur le Pelletier luy diroit de fa part.
La lecture faite, Mrle Pelle
tier prit la parole , & témoigna d'abordla veneration que
le Roy avoit pour l'Eglife ;
l'eftime qu'il avoit pour le
↑ GALANI 329
1
Clergé , & la confideration
qu'il avoirpour ceux qui com..
pofoient cette Affemblée. Il
fit voir enfuite la liaiſon étroite qu'il y avoit entre les interefts de l'Etat & ceux de la Religion ; de quelle neceffité il étoit que le Clergé s'efforçaft de
foûtenir par de folides moyens
les juftes droits de Sa Majefparticulierement dans ces
temps calamiteux , afin de procurer à fon Peuple une paix
fûre & durable ; & enfin qu'il
ne devoit pas fe contenter
de lever les mains au Ciel; mais
qu'il devoit imiter ce Grand
té,
Mars 1710.
Ec
330 MERCURE
Preftre qui donna les Pains de
Propofition qui eftoient defti
nez pour la nourriture des Prê
tres.
Monfieur le Cardinal de
Noailles , aprés avoir donné
les louanges qui eftoient dûes
au Difcours de Mr le Pelletier,
dit qu'autrefois le Clergé ne
s'affembloit que pour concourir auxacclamations publiques
du glorieux Etat de la France;
mais que quelques ruïnées que
fuffent prefentement les Affaires du même Clergé , cependant le zele de fervir la Patrie
& d'employer tout ce qui eft
GALANT 331
dans le pouvoir de l'Eglife Gallicane pour la défenſe du
Royaume, n'étoit point ralenty , qu'il étoit tout difpofé à
donner au Roy de nouvelles
preuves de fon refpect , de fon
attachement , & de ſa juſte reconnoiffance.
Mellieurs les Commiffaires
furent enfuite reconduits pat
les mêmes Deputez jufqu'au
milieu du Cloître , où ils les avoient efté prendre, & les deux
Agens les accompagnerentjuf
qu'à leurs Caroffes.
Le 27. ils revinrent àla même heure, & ils furent reçûs
Ecij
332 MERCURE
comme la premiere fois ; &
Mr le Pelletier avant que d'entrer dans le détail de la demande qu'il avoit à faire , parla à
peu prés en ces termes.
L'homme prudent fe fert dans
toutes fes actions des précautions
requifes pour réüffir ; mais le fuccés ne dépend point de fes fages
prévoyances. Ainfi lei le Laboureur
difpofe & choifit aurc attention
les grains qu'il veut confier à la
terre, & tâche d'en connoiftre la
valeur &le temperamment. Le
Pilotte choifit luy-mefme le Vaiffeau fur lequel il veut confter fa
vie &fafortune. Il l'équippe de
GALANT 333.
tout ce qui eft neceffaire pour rendrefon voyageheureux , &prend
fon temps pour partir par un vent
favorable. Le General profite des
avantages du lieupour mettre fon
Armée en bataille , &faire une
difpofition qui puiffe luy donner
une efperance certaine de vaincre
fon ennemi. Cependant il arrive
que l'intemperie de l'air , la rigueur desfaifons , des accidens
imprevus , rendent l'efperance du
Laboureur inutile, &détruiſent
en un moment le fruit de tousfes
travaux. La Mer & les Vents
rompent tres -fouvent lesfages me.
fures que le Pilote à prifes , من
334 MERCURE
une défaite fanglante rend inutibe lesfages difpofitions d'un General experimenté. Cependantle Laboureur ne renonce point àfon travail , & une malheureufe recol
te ne fait que l'exciter à reparer
fes pertespar une Moiffon avan
tagenfe. Le Pilote radoube fon
Vaiffeau fe met en état d'entreprendre un voyage plus beureux pourfe confoler de fon naufrage. Le General ralliefes Troupes , reparefon Armée & faitté
te tout de nouveau àfon Ennemi.
Nousavons vú, Mrs, laplus belle
recolte détruite par la rigueur de la
faifon qui a glacé les femences.
GALANT 335
dans le fein de la terre qui ne nous
a pas voulu rendre le grain qu'on
luy avoit confié. Nous avons vût
le Printemps fans Moiffon
l'Etéfansfruits ; mais l'apparence d'une recolte abondante , les
Campagnes toutes vertes nous
font déja oublier nos malheurs
paffez. La Meraréparéce qu'elle nous avoit pú caufer de défordre , nous a apporté des bled's
que nous n'avions pas femez. Le
fort des armes nous a esté favorable en Espagne , en Allemagne,
en Dauphiné, où nous avons
rendu les efforts de nos Ennemis
inutiles. Si la Victoire a paruba
336 MERCURE
1
lancer aux Pays- Bas ,finos Ennemis fe font rendus maistres de
quelques- unes de nos Places , ils
le doivent plûtoft à la difette de
viores qu'aux prodigieux efforts
qu'ils ont faits .Ils ont connu dans
la derniere Bataille qu'il en coûtoit davantage aux Vainqueurs
qu'aux Vaincus. Si le fort de nos
Armes n'a plus cette fuite innom
brable de profperitez qu'elle avoit
autrefois, c'eft à vous, Mrs, àfai
re denouveaux efforts pour mettre
S. M. en étatderefifter àfes Ennemis , oude redonner la tranqui
lité à l'Europe par une bonne
durablepaix. Tous les Sujets de
Sa
GALANT 337
1
S. M.concourent ensemble pour
luy donner de nouveauxfecours.
La Cour s'eft non feulement privée defes ornemensfuperflus,mais
encoredefa Vaiffelle ,
#fes qui luyparoiffoient les plusneceffaires. Les Magiftrats ont tedes chomoigné leur zele par leurempreffement à racheter la Capitation ;
J
nousfommesperfuadez, Mrs, que
vous fuivrez defi beaux exem
ples . Outre Pintereft qui vous eft
commun avec eux , il y en a un
qui vous est tout particulier.
Nous ne combatons pas ici feulementpour défendre vos foyers. Il
s'agit de défendrela caufe deDieu,
Mars 1710.
Ff
338 MERCURE
d'empêcher laprofanation de vos
Eglifes , & d'oppofer une barriere à l'Herefte qui eft toute prefte
de penetrer dans le fein de ce
Royaume.
Il fit enfuite la demande de
vingt- quatre millions par cmprunt au denier douze , pour
le rachat & l'extinction à perpetuité du fubfidequi tient licu
de la Capitation. Monfieut le Cardinal de
Noailles répondit que l'Affemblée eftoit toute difpofée à
accorder au Roy , ce que Sa
Majefté luy demandoit , &
aprés avoir ainfi donné des
GALANT 339
marques de la foumiffion du
Clergé aux ordres du Roy ,
Meffieurs les Commiffaires
furent reconduits comme ils
l'avoient efté la premiere fois.
Rien n'eftoit fi difficile que
cet Article , tant à cauſe du
Ceremonial que du grand
nombre defaits qu'il contient.
Ils font tous veritables ; mais
je ne vous affure pas qu'il n'y
en ait point quelques uns de
tranfpolez.
de Souzy , Dagueffeau , Confeillers d Etat ordinaires, Mrle
Comte de Pontchartrain , Secretaire d'Etat , & Mr des Maretz , ConGeneral des Finances .
trolltre
d'Etat
&
s'étant rendus vers les dix heures du matin au Convent des
Grands Auguftins , ils y furent.
complimentez à leur arrivée
7
326 MERCURE
par les Agens du Clergé , qui
font , Mrs les Abez de Broglio & de Coiflin , & conduits
dans une Salle qui leur avoir
eftépreparée. Peu de temps aprés le Clergé députa pour les
aller recevoir & les accompa
gner jufques à lagrande Salle
de l'Affemblée Mr l'Archevê
que deBordeaux, Mr l'Evêque
de Laon , Mr. l'Evêque de
Troyes, Mr l'Evêque de faint
Pol de Leon ; Mrs les Abbez
de Dromefnil , de S. Georges,
de Crillou , & d'Aubuffon.
Voicy l'ordre dans lequel on
marcha ; fçavoir , unEvêque,
CALANT 327
unCommiſſaire du Roy, &un
Abbé , & ainfi des autres. Ils
avoient eſté reçus à la moitié
du chemin , àla maniereaccoucumée. Lorsqu'ils entrerent
dans la grande Salle toute l'Af
femblée feleva pour les faluer,
&Mrs lcs Commiffaires ayant
pris les fauteuls qui leur avoient cité préparez devant le
Bureau où ils s'affirent tous en
mêmetemps , & ils fe couvrirent. Mr le Comte de Pontchartrain remit entre les mains
de Mr l'Abbé Turgot , ancien
Agent du Clergé , Secretaire
de l'Affemblée , la Lettre du
328 MERCURE
Roy, qui la porta à Monfieur
le Cardinal de Noailles qui
l'ouvrit , & la remit à Mr l'Abbé Turgot pour en faire la lecture à toute l'Affemblée. Elle
portoit , que Sa Majeſté avoit
envoyé ces Meffieurs pour
marquer fes intentions au
Clergé , & l'eftime qu'Elle en
faifoit , & qu'il ajoûtaft toute
creance à ce que le Sicur le Pelletier luy diroit de fa part.
La lecture faite, Mrle Pelle
tier prit la parole , & témoigna d'abordla veneration que
le Roy avoit pour l'Eglife ;
l'eftime qu'il avoit pour le
↑ GALANI 329
1
Clergé , & la confideration
qu'il avoirpour ceux qui com..
pofoient cette Affemblée. Il
fit voir enfuite la liaiſon étroite qu'il y avoit entre les interefts de l'Etat & ceux de la Religion ; de quelle neceffité il étoit que le Clergé s'efforçaft de
foûtenir par de folides moyens
les juftes droits de Sa Majefparticulierement dans ces
temps calamiteux , afin de procurer à fon Peuple une paix
fûre & durable ; & enfin qu'il
ne devoit pas fe contenter
de lever les mains au Ciel; mais
qu'il devoit imiter ce Grand
té,
Mars 1710.
Ec
330 MERCURE
Preftre qui donna les Pains de
Propofition qui eftoient defti
nez pour la nourriture des Prê
tres.
Monfieur le Cardinal de
Noailles , aprés avoir donné
les louanges qui eftoient dûes
au Difcours de Mr le Pelletier,
dit qu'autrefois le Clergé ne
s'affembloit que pour concourir auxacclamations publiques
du glorieux Etat de la France;
mais que quelques ruïnées que
fuffent prefentement les Affaires du même Clergé , cependant le zele de fervir la Patrie
& d'employer tout ce qui eft
GALANT 331
dans le pouvoir de l'Eglife Gallicane pour la défenſe du
Royaume, n'étoit point ralenty , qu'il étoit tout difpofé à
donner au Roy de nouvelles
preuves de fon refpect , de fon
attachement , & de ſa juſte reconnoiffance.
Mellieurs les Commiffaires
furent enfuite reconduits pat
les mêmes Deputez jufqu'au
milieu du Cloître , où ils les avoient efté prendre, & les deux
Agens les accompagnerentjuf
qu'à leurs Caroffes.
Le 27. ils revinrent àla même heure, & ils furent reçûs
Ecij
332 MERCURE
comme la premiere fois ; &
Mr le Pelletier avant que d'entrer dans le détail de la demande qu'il avoit à faire , parla à
peu prés en ces termes.
L'homme prudent fe fert dans
toutes fes actions des précautions
requifes pour réüffir ; mais le fuccés ne dépend point de fes fages
prévoyances. Ainfi lei le Laboureur
difpofe & choifit aurc attention
les grains qu'il veut confier à la
terre, & tâche d'en connoiftre la
valeur &le temperamment. Le
Pilotte choifit luy-mefme le Vaiffeau fur lequel il veut confter fa
vie &fafortune. Il l'équippe de
GALANT 333.
tout ce qui eft neceffaire pour rendrefon voyageheureux , &prend
fon temps pour partir par un vent
favorable. Le General profite des
avantages du lieupour mettre fon
Armée en bataille , &faire une
difpofition qui puiffe luy donner
une efperance certaine de vaincre
fon ennemi. Cependant il arrive
que l'intemperie de l'air , la rigueur desfaifons , des accidens
imprevus , rendent l'efperance du
Laboureur inutile, &détruiſent
en un moment le fruit de tousfes
travaux. La Mer & les Vents
rompent tres -fouvent lesfages me.
fures que le Pilote à prifes , من
334 MERCURE
une défaite fanglante rend inutibe lesfages difpofitions d'un General experimenté. Cependantle Laboureur ne renonce point àfon travail , & une malheureufe recol
te ne fait que l'exciter à reparer
fes pertespar une Moiffon avan
tagenfe. Le Pilote radoube fon
Vaiffeau fe met en état d'entreprendre un voyage plus beureux pourfe confoler de fon naufrage. Le General ralliefes Troupes , reparefon Armée & faitté
te tout de nouveau àfon Ennemi.
Nousavons vú, Mrs, laplus belle
recolte détruite par la rigueur de la
faifon qui a glacé les femences.
GALANT 335
dans le fein de la terre qui ne nous
a pas voulu rendre le grain qu'on
luy avoit confié. Nous avons vût
le Printemps fans Moiffon
l'Etéfansfruits ; mais l'apparence d'une recolte abondante , les
Campagnes toutes vertes nous
font déja oublier nos malheurs
paffez. La Meraréparéce qu'elle nous avoit pú caufer de défordre , nous a apporté des bled's
que nous n'avions pas femez. Le
fort des armes nous a esté favorable en Espagne , en Allemagne,
en Dauphiné, où nous avons
rendu les efforts de nos Ennemis
inutiles. Si la Victoire a paruba
336 MERCURE
1
lancer aux Pays- Bas ,finos Ennemis fe font rendus maistres de
quelques- unes de nos Places , ils
le doivent plûtoft à la difette de
viores qu'aux prodigieux efforts
qu'ils ont faits .Ils ont connu dans
la derniere Bataille qu'il en coûtoit davantage aux Vainqueurs
qu'aux Vaincus. Si le fort de nos
Armes n'a plus cette fuite innom
brable de profperitez qu'elle avoit
autrefois, c'eft à vous, Mrs, àfai
re denouveaux efforts pour mettre
S. M. en étatderefifter àfes Ennemis , oude redonner la tranqui
lité à l'Europe par une bonne
durablepaix. Tous les Sujets de
Sa
GALANT 337
1
S. M.concourent ensemble pour
luy donner de nouveauxfecours.
La Cour s'eft non feulement privée defes ornemensfuperflus,mais
encoredefa Vaiffelle ,
#fes qui luyparoiffoient les plusneceffaires. Les Magiftrats ont tedes chomoigné leur zele par leurempreffement à racheter la Capitation ;
J
nousfommesperfuadez, Mrs, que
vous fuivrez defi beaux exem
ples . Outre Pintereft qui vous eft
commun avec eux , il y en a un
qui vous est tout particulier.
Nous ne combatons pas ici feulementpour défendre vos foyers. Il
s'agit de défendrela caufe deDieu,
Mars 1710.
Ff
338 MERCURE
d'empêcher laprofanation de vos
Eglifes , & d'oppofer une barriere à l'Herefte qui eft toute prefte
de penetrer dans le fein de ce
Royaume.
Il fit enfuite la demande de
vingt- quatre millions par cmprunt au denier douze , pour
le rachat & l'extinction à perpetuité du fubfidequi tient licu
de la Capitation. Monfieut le Cardinal de
Noailles répondit que l'Affemblée eftoit toute difpofée à
accorder au Roy , ce que Sa
Majefté luy demandoit , &
aprés avoir ainfi donné des
GALANT 339
marques de la foumiffion du
Clergé aux ordres du Roy ,
Meffieurs les Commiffaires
furent reconduits comme ils
l'avoient efté la premiere fois.
Rien n'eftoit fi difficile que
cet Article , tant à cauſe du
Ceremonial que du grand
nombre defaits qu'il contient.
Ils font tous veritables ; mais
je ne vous affure pas qu'il n'y
en ait point quelques uns de
tranfpolez.
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Résumé : Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Le 27 mars 1710, des commissaires du roi, incluant Messieurs le Pelletier de Souzy, Dagueffeau, le comte de Pontchartrain, et des Maretz, se rendirent au couvent des Grands Augustins. Ils furent accueillis par les abbés de Broglie et de Coislin, puis conduits dans une salle préparée. Une délégation du clergé, dirigée par l'archevêque de Bordeaux et plusieurs évêques, vint les recevoir et les accompagner jusqu'à la grande salle de l'assemblée. Dans cette salle, les commissaires prirent place sur des fauteuils après avoir été salués par l'assemblée. Le comte de Pontchartrain remit une lettre du roi à l'abbé Turgot, qui la lut à haute voix. La lettre exprimait les intentions du roi envers le clergé et l'importance de leur soutien en ces temps difficiles. Le Pelletier de Souzy souligna la vénération du roi pour l'Église et la nécessité de soutenir les droits du roi. Le cardinal de Noailles répondit en affirmant le zèle du clergé à servir la patrie et son attachement au roi. Les commissaires furent ensuite reconduits jusqu'au cloître. Le lendemain, les commissaires revinrent à la même heure et furent reçus de la même manière. Le Pelletier de Souzy parla des précautions prises par les hommes prudents et des imprévus qui peuvent ruiner leurs efforts. Il compara cette situation à celle de la France, qui avait subi des revers mais restait déterminée à se relever. Il demanda au clergé un emprunt de vingt-quatre millions pour racheter et extinguer le subside de la capitation. Le cardinal de Noailles répondit que l'assemblée était prête à accorder cette demande au roi, marquant ainsi la soumission du clergé aux ordres du roi. Les commissaires furent reconduits comme la première fois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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223
p. 5-9
Prélude qui contient plusieurs faits curieux qui regardent le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Je ferois un Volume entier si je vous rapportois tout [...]
Mots clefs :
Religion, Roi, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude qui contient plusieurs faits curieux qui regardent le Roy. [titre d'après la table]
E ferois un Volume entier
je vous rapportois tout
ce que l'on a dit à l'égard du
Roy dans la Chaire de verité
dans tous les Sermons qui ont
efté faits pendant tout le Caref
medans tout le Royaume , afin
A iij
6 MERCURE
d'exciter les Peuples à prier
Dieu pour un fi grand Monarque dans les conjonctures
prefentes , & fur tout de l'obligation qu'ils luy avoient
d'avoir tout facrifié pour eux ,
& pour la gloire de Dieu & de
la Religion. Je vous rapporteray feulement ce que
Brunet,de l'Ordre de S. Auguf
tin de la Congregation de S.
Ruf, qui a prêché le Carefme
dernier devant M's les Comtes de Lyon , a dit dans celuy
qu'il fit fur le Scandale , qui eut
grands applaudiffemens. Il
parla de la revocation de l'Ele Pere
GALANT 7
dit de Nantes , & de l'extinction de la Religion Proteftante en France. Il dit que lefcandale que caufoit à l'Eglife de
France l'égarement d'une partie
defes enfans lafaifoit gemir &
la rempliffoit d'amertume ; que
le Roy , toûjours zelé pour ſa
Religion, & fermant les yeux
fur tous les avantages qu'une conduite contraire pouvoit luy apporter , avoit rétabli le culte du
ray Dieu dans fes Etats : plus
Grandparce feal endroit que
les Heros de l'Antiquité que
l'Hiftoire nous vante tant. Le
zele de la Religion & de la MaiAiiij .
tous
8 MERCURE
fon deDieu, ont fait , ajoûta'til , taire en luy toutes les autres
paffions , & il n'a écouté que celle
defairefervirfon Dieu.
que nous
Je crois devoir ajoûter icy
ce que Mrle Prefident de Mefmes dit en parlant du Roy le
jour de fa reception à l'Academie Françoife. Tel
avons vû le Roy dans la profperité defes Armes toûjours victorieufes fous fa conduite , tel nous
le voyons aujourd'huy , que tant
de Nations jaloufes de fa gloire
fefont réunies contre luy, &que
les Saifons mefme ont ſembléſe
foulever contre l'Empire Fran-
GALANT 9
çois ; qu'aurois-je dit qui ne foit
de beaucoup inferieur à la
deur à la nobleffe de fon caractere?
gran
la
Il fçait ce Prince auffi diftingué
parfapieté quepar laprééminence
defa Couronne , que que les bons &
les mauvais fuccés viennent tous
de la main du Maistre des Rois ;
c'eft de l'a qu'iltire ce conftant
amourpourla Religion &pour
faineDoctrine; ce fonds inépuifable de reffources dans les temps les
plus difficiles , cette inébranlable
fermeté d'ame, cette force d'efprit
toujoursfuperieure à l'inconftance
aux caprices de la Fortune.
je vous rapportois tout
ce que l'on a dit à l'égard du
Roy dans la Chaire de verité
dans tous les Sermons qui ont
efté faits pendant tout le Caref
medans tout le Royaume , afin
A iij
6 MERCURE
d'exciter les Peuples à prier
Dieu pour un fi grand Monarque dans les conjonctures
prefentes , & fur tout de l'obligation qu'ils luy avoient
d'avoir tout facrifié pour eux ,
& pour la gloire de Dieu & de
la Religion. Je vous rapporteray feulement ce que
Brunet,de l'Ordre de S. Auguf
tin de la Congregation de S.
Ruf, qui a prêché le Carefme
dernier devant M's les Comtes de Lyon , a dit dans celuy
qu'il fit fur le Scandale , qui eut
grands applaudiffemens. Il
parla de la revocation de l'Ele Pere
GALANT 7
dit de Nantes , & de l'extinction de la Religion Proteftante en France. Il dit que lefcandale que caufoit à l'Eglife de
France l'égarement d'une partie
defes enfans lafaifoit gemir &
la rempliffoit d'amertume ; que
le Roy , toûjours zelé pour ſa
Religion, & fermant les yeux
fur tous les avantages qu'une conduite contraire pouvoit luy apporter , avoit rétabli le culte du
ray Dieu dans fes Etats : plus
Grandparce feal endroit que
les Heros de l'Antiquité que
l'Hiftoire nous vante tant. Le
zele de la Religion & de la MaiAiiij .
tous
8 MERCURE
fon deDieu, ont fait , ajoûta'til , taire en luy toutes les autres
paffions , & il n'a écouté que celle
defairefervirfon Dieu.
que nous
Je crois devoir ajoûter icy
ce que Mrle Prefident de Mefmes dit en parlant du Roy le
jour de fa reception à l'Academie Françoife. Tel
avons vû le Roy dans la profperité defes Armes toûjours victorieufes fous fa conduite , tel nous
le voyons aujourd'huy , que tant
de Nations jaloufes de fa gloire
fefont réunies contre luy, &que
les Saifons mefme ont ſembléſe
foulever contre l'Empire Fran-
GALANT 9
çois ; qu'aurois-je dit qui ne foit
de beaucoup inferieur à la
deur à la nobleffe de fon caractere?
gran
la
Il fçait ce Prince auffi diftingué
parfapieté quepar laprééminence
defa Couronne , que que les bons &
les mauvais fuccés viennent tous
de la main du Maistre des Rois ;
c'eft de l'a qu'iltire ce conftant
amourpourla Religion &pour
faineDoctrine; ce fonds inépuifable de reffources dans les temps les
plus difficiles , cette inébranlable
fermeté d'ame, cette force d'efprit
toujoursfuperieure à l'inconftance
aux caprices de la Fortune.
Fermer
Résumé : Prélude qui contient plusieurs faits curieux qui regardent le Roy. [titre d'après la table]
Le texte traite de la dévotion et des actions du roi de France en matière de religion. Un volume entier pourrait détailler les sermons prononcés pendant le Carême pour encourager les peuples à prier pour le roi. Brunet, un moine augustin, a prêché devant les Comtes de Lyon, soulignant la révocation de l'Édit de Nantes et l'extinction du protestantisme en France. Il a loué le zèle du roi pour la religion catholique et a comparé ses actions à celles des héros de l'Antiquité, notant que le roi avait rétabli le culte du vrai Dieu malgré les avantages potentiels d'une autre conduite. Le Président de Mesmes, lors de sa réception à l'Académie Française, a également loué le roi pour sa conduite victorieuse et son amour constant pour la religion, même face à l'adversité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
224
p. 266-310
Article concernant tous les nouveaux Brigadiers, & qui fait connoistre leurs services, & les Corps dont ils ont esté tirez. [titre d'après la table]
Début :
Je vous marquay dans ma derniere Lettre que je ne vous [...]
Mots clefs :
Nouveaux brigadiers, Colonel, Régiment, Marquis, Chevalier, Bataille, Roi, Lieutenants généraux
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texteReconnaissance textuelle : Article concernant tous les nouveaux Brigadiers, & qui fait connoistre leurs services, & les Corps dont ils ont esté tirez. [titre d'après la table]
Je vous marquay dans Ima
derniere Lettre que ju nd vous
dirois rien des nouveaux Lieutenans Generaux , & des nouveaux Maréchaux de Camp ,
parce que je vous en ay parlé à
meſure qu'ils font montez à
ces premiers poftes de la guer
re ; mais comme il left plus
difficile de parler des nouveaux
3GALANT 267
Brigadiers , à caufe que n'ayant
point encore rempli le pofte
d'Officiers generaux , ils ne font
fouvent connus que par leurs
noms , & que l'on a mefme de
la peine à fçavoir quels eftoient
leurs Emplois avant que d'avoir la qualité de Brigadiers.
La recherchequ'il en faut faire
pour en parler jufte , eſt tresgrande , & je crois en eftre venu à boutàa peu de chofe prés;
carab eft prefque impoffible
que l'on ne faffe quelques fau
tes en parlant d'un fi grand
nombre d Officiers. Je com
mence par les Brigadiers d'InZ ij
268 MERCURE
fanterie fuivant l'ordre de leur
nomination. AM Steegia
Mr.Reynold de Valier , Capitaine aux Gardes Suiffes , &
Chevalier de S. Louis. Il fert
en France il y a plus de 20.
ans. Il fe trouva à la Bataille de
Nerwinde où il fut bleffery
n'eftant alors qu'Officier fubalterne.
ede
Mr Reding, Capitaine aux
Gardes Suiffes , avec Brevet de
Colonel. Il eft attaché au Service de la France depuis prés de
25. ans. Il eft parent de Mrs
Stoupe & de Mollondin qui
Occupent les premieres places.
$
GALANT 209
de la Magiftrature de la Prin
cipauté de Neufchaftel. left
auffi parent de Mrs Courte &
Grenu , Brigadiers & de la mês
me Nation.
Mr Mergeret, Capitaine aux
Girdes Françoiſes. Il eft de
Paris ; fon fon pere a efté longtemps dans les Illes, où il avoit
un Commandemenr tres confiderable. Ce nouveau Brigadier a donné de grandes preu
ves de fa valeur à la Bataille de
Malplaquet.
Mrde Villiers, Capitaine aux
Gardes Françoifes, avec Brevet
de Colonel. Il fert depuis l'âge
Z iij
270 MERCURE
يا
de 15 ans avec beaucoup de
diftinction. Il a fervi en Italie
fous Monfieur de Vendofme
qui l'a employé dans des occafions importantes qui luy
ont fait beaucoup d'honneur.
Il eft d'une famille originaire
de l'Ile de France , & alliée à
celle de Mr Poitevin Confeil
ler au Parlement. Il eft parent
deMrideVilliers leMorier,Ma
jor du Regiment de la Reine
Dragons , & Brigadier , & de
Mr de Villiers le Morier Ma
réchal de Camp.
Mr le Comte de Mongon,
Capitaine de Grenadiers aux
GALANT 271
易
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel alpa donné des
marques de fa valeur en plu
fieurs occafions. It eft fils de
Mr de Mongon , Lieutenant
General & Inſpecteur d'Infanterie , & de feuë Dame N...!
Sublet d'Heudicourt , fille de
Mr le Marquis d'Heudicourt
-grand Louvetier de France , &
foeur de Mr.le Comte d'Heudicourt Brigadier des Armées
du Roy, & de feu Mr l'Abbé
d'Heudicourt , mort nommé
Evêque d'Evreux. Feuë Me la
Comteffe de Mongon eftoit
Dame du Palais de Madame
Z iiij
រឺ
272 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne. 19
Mr le Marquis de Gallion ,
Colonel du Regimens de Nav
varre, Il combattit à la Batailleb
de Malplaquet a côté de Mrle
Maréchal deBoufflers ,
lorfque
les Ennemis furent fi mal-trai
tez à la droite du bois , par la
Brigade de Navarre. Ce Maréchal & tous ceux qui fe trous
verent en cet endroit rendirenca
juſtice à la valeur de Mr dep
Gaffion , dont le Roy d'Anglet
terre fut auffi témoin , & ill
combattit juſqu'à ce que Mrs
de Boufflers craignant quel'Infanterie ne fût coupée, la fitp
BALANT 273
pric
retirer. Il repric quelques drapeaux que les Ennemis nous
avoient pris , & leur en
des leurs nye lats if
Mr le Chevalier de Givry,
Colonel du Regiment de la
Marche. Il y a 22, ans qu'il
fert , & il n'a point laiffe paffer
d'occafions fans donner des
marques de fa valeur. Il s'eft
trouvé à la Bataille de Malplaquet , où il a fait des actions
furprenantes. Voyant que les
Ennemis avoient penetré dans
un Pofte important , il marcha
à eux avec fon Regiment
qu'on avoit mis en reſerve , &
+
274 MERCUR
les en chafla. Mr de Gaffion
fon oncle commandoit alors
l'aifle droite de la Cavalerie , &
*
fit à la tête de la Maifon du
Roy les plus belles charges de
Cavalerie qui ayent jamais eſté
faites.
Mr le Comte du Montal ,
Colonel du Regiment de Poitou. Il est petit fils de Mr du
Montal , mort Chevalier des
Ordres du Roy , & l'un des
plus grands hommes de guerre
que la France ait eus dans
dernier fiecle. Celuy qui donne
lieu à cet Article avoit d'abord
efté destiné à l'Eglife ; mais fe
GALANT 275
fentant plus d'inclination pour
la profeffion des Armes , il
s'y attacha , & y a donné de
frequentes preuves de fa valeur.
24 Mr de Colandres , Colonel
du Regiment des Vaiffeaux. Il
eft fils de feu Mr le Gendre
de Rouen , frere de Mr de
Barville Capitaine aux Cardes
qui a épousé Alle de Saillant ;
de MePecoil , femme du Maître des Requeftes de ce nom ,
&de Mc la Prefidente de Feu
mechon 'de Rouen. Un de fes
freres , auffi Colonel , fut tué
à la Bataille d'Hochfter.
276 MERCURE
Mr le Comtede Guiraud, Co
lonel du Regiment de Bour
gogne. Il porte un nom des
plus illuftres , & tous ceux qui
le portent ont toûjours fair
voir dans les occaſions autant
de valeur que de fidelitépins
Mr le Comte de Laval , Com
lonel du Regiment de Bourq
bon. Il a donné des marques
de fa valeur dans les principa
les actions de cette guerre où
il s'eft trouvé, & où il a foû
tenu glorieufement l'illuftre
nom qu'il porte. Mr de Buran
lure , fon Lieutenant Colonel,
l'a tiré deux fois des bras de la
GALANT 277
mort , où fon courage l'avoit
precipité. Il eſt de la Maiſon
de Montmorency, & never
de Mc la Ducheffe de Roquelaure.zochild
僖
Mr le Comte Marquis de
Lannion , Colonel du Regiment de Xaintonge. Il paſſe
pour un des plus braves de
l'Armée. Il est d'une ancienne
famille de Bretagne , dont je
yous ai amplement parlé en
vous apprenant fon mariager
Il eft parent de Mr le Marquis
de Lannion , Lieutenant GCneral des Armées du Roy. øj
Mr leMarquis deFeryaques
278 MERCURE
Colonel du Regiment de Piémont. Il a donné plufieurs
preuves de fon courage dans
cette guerre,& fur tout dans
la Bataille de Malplaquet , oùil
ſe trouva , &de qui un Officier
du Regiment de Monfieur le
Prince de Baviere , dit dans fa
Relation que c'eftoit un hom
me d'un grand merite , & un
fort bon Officier , qui meri
toit d'entre loué. Heft fils de
MrleMarquis de Bullion, Prevoſt de Paris , & frere de Mt
le Marquis de Bonnelles , mort
des bleffures qu'il reçût au com
mencement de cette guerre,
GALANT 299
dans une des premières Batailles qui fe font données. Il eſt
auffi frere de M la Ducheffe
d'Uzés , & de MⓇ la Princeffe
deTalmont. Visuel asi
Mr le Marquis d'Aubigné,
Colonel du Regiment Royal.
Hefe trouva à la Bataille
d'Hochfter , ou il donna des
marques de fa valeur , & ou
MrdeSaint Maurice, fon Lieutenant Colonel, luy fauva la
vielen de fecourant à propos
contre un peloton d'ennemis
qui adlavoient invefti , & qui
Fauroient fait perit fans ce fecours qui
སྙ
vine fort à propos
280 MERCURE
2
pour luy. Il a acquis dans d'autres occafions fa reputation
d'un Officier fort entendu dans
la difcipline militaire. L'Offi
cier dont j'ay parlé dans l'Ar,
ticle precedent , dit de Mr
d'Aubigné qu'il fit dans cette
Bataille merveilles , & qu'il s'y
comporta en bon Officier, & en
brave homme; ce font fes termes auſquels je nechange rich,
Il eft certain que ce Colonel à
la tefte de fon Regiment, chargea jufqu'à onze fois douze
Bataillons retranchez dans un
Village, duquel il les chaffa
enfin. Mr de Villars fut fi char,
*
GALANT 281
mede cette action de vigueur,
qu'il dit en embraffant ce jeune Colonel , qu'il mourroit
content s'il avoit une femblable action pardevers luy. Ce
Colonel emporta auffi dans la
mefme journée fept traverſes ,
avec le retranchement qui les
lioit , & lorfqu'il en voulut attaquer un autre , il fut bleffé
d'un coup de Fufil dans la
cuiffe. Il eft fils de Mr le Marquis de Tigny de Poitou , neveu de Mr. l'Archevêque de
Rouen , & proche parent de
Madame de Maintenon,
Mr Berthelot de Bourceau ,
Aa
Avril 1710.
282 MERCURE
Colonel du Regiment de Bretagne. Il fert depuis l'âge de
15. ans , & il s'eft trouvédans
dans toutes les occafions confiderables de fon temps. A la
Bataille de Nerwinde , où il
n'eftoit que fimple Capitaine,
il merita par la valeur qu'il y
fit paroître des louanges de Mr
le Maréchal de Luxembourg,
qui en écrivit mefme à la Cour.
Il eft parent de Mr le Lieutenant de Roy de Châlons , &
d'une famille originaire de Paris , qui a efté dans les Charges
de la Robbe depuis plus d'un
ficcle & demy.
@GALANT 283
Mr de la Chau-Montauban ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie qui porte fon nom.
Il s'eft trouvé à la Bataille que
Mr le Comtedu Bourggagna
fur le General Mercy P'Elte
dernier prés de Rumersheim.
Il eftoit à la tefte de la Brigade
de l'Auxerrois , & il tua de fa
main d'un coup de Sponton
le Colonel du Bataillon ennemyqui marchoirà luy. Il eftoit
alors auprés de Mr le Comte
de Tallard , & de Mfl de Bethune Monime. Ce nouveau
Brigadier eft de Creft en Dauphiné, & d'une Maiſon tresqualifiée.
Aa ij
3
284 MERCURE
Mdle Marquis de Crecy ,
Colonel du Regiment de Boulonnois. Il eft fils de feu Mre
Louis Verjus , Chevalier Com
te de Crecy, MarquisdeTreon
& Fort Ifle , Baron de Couvé,
Seigneur du Boulay, les deux:
Eglifes , le Menillet , &c. Confeiller d'Etat ordinaire , cys
devant Envoyé Extraordinaire
dans toutes les Cours d'Alle
magne, & Ambaſſadeur Extraordinaire à la Paix Genera
le de Rifwick. Le nouveau
Brigadier eft neveu de Mr l'E
vêque de Graffe, & du feu
Pere Verjus Jefuite. to d
*
GALANT 2899
Me le Comte de Sauvebeof,
Colonel du Regiment de Blai- >
fois. Il adonné des preuves de
fa valeur dans toutes les occafions où il s'eft trouvé , & l'on
ena rendu uncompte à la Cour
dont le Roy s'eft ſouvenu. Ik
fçait parfaitement la difcipline militaire. Il eft parent de
Mrs les Abbez de Sauvebeuf.
Mr leMarquis de Balincourt,
Colonel du Regiment d'Ar
tois. Il fervoit la Campagne
derniere en Rouffillon , où Mr
le Duc de Noailles a efté plufieurs fois témoin de fa valeur.
Il eft fils de Mr le Marquis de
286 MERCURE
Balincourt , & de Dame N. de
Seve fa premiere femme.
Mr le Chevalier Sanguin
de Livry , Colonel du Regiment de Nivernois. Il joint à
une grande experience de tout
ce qui regarde la guerre , un
courage éprouvé en plufieurs
occafions , &fur tour aux ders
nieres actions de certe guerre.
Il eft fils de Mr le Marquis de
Livry , Premier Maiftre d'Hô
tel du Roy, & perit neveu de
feu Mr l'Evêque de Senlis 5
Mr le Marquis de Gondrin
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom. Il a donnédes
GALANT 287
1.
preuves éclatantes de fon courage à Hochftet & à Ramilly.
Ileft fils aîné de Mr le Marquis d'Antin , & beau - frere de
Mr le Duc de Noailles. Perfonne n'ignore la grandeur &
l'éclat de la Maifon de Gondrin Pardaillan.
Mr Obrien , Chevalier de
S. Louis , & Colonel d'un Regiment Irlandois qui porte fon
nom. A la tefte de fon Regiment, & avec celuy de Lee,
auffi Irlandois , il a foûtenu à
la Bataille de Malplaquet , malgré le grand feu des Ennemis
noftre Artillerie , & à la faveur
1
88 MERCURE
e ces deux Regimens , celuy
ui commandoit cette Artille- rie leur renverfa des Batailons entiers , qui furent obligezde fe retirer pour fe cacher
à fes coups redoublez. Mr
Obrien & un autre Mr Obrien,
auffi Chevalier de Saint Louis,
Lieutenant Colonel fe diftinguerent beaucoup dans cette
occafion.
Mr Perrin , Chevalier de S.
Louis , Colonel d'un Regiment
qui portoit le nom de Beaufermé , & qu'on appelle prefentement Noailles. Il eft fort
attaché à la Maifon de Noailles.
GALANT 289
les. Le Duc de ce nom qui
connoît les gens de merite,
ayant connu il y a long- temps
tout celuy de Mr Perrin ,
l'eft voulu attacher.
fe
Mr de Saint Morel , Lieutenant Colonel du Regiment
dePoitou dont Mr du Montal eft Colonel , a prés de 35.
ans de fervice. Il brilla dans
la derniere guerre par un
grand nombre d'actions de
valeur , & Mr le Maréchal de
Luxembourg qui en fut ſouvent témoin en rendit des
temoignages avantageaux à la
-Cour. Il a toujours fervi dans
Avril 1710. Bb
290 MERCURE
Infanterie , & il eft peu
d'Officiers qui l'entendent,
mieux que luy. H&M
Mr de Chaftenet , Licutenant Colonel duRegiment de
Xaintonge , dont Mr le Mar-
* quis de Lannion qui a auffi efté
fait Brigadier, eft Colonel , eft
un vieux Officier qui n'a pas
manqué une feule Campagne
depuis prés de 35 ans qu'il
porte les armes pour le Service
du Roy. Il fut bleffe dangereufement à la Bataille de Nerwinde, n'eftant alors que
ple Capitaine. Il y fit des actions de valeur qui luy artirofim-
IGALANT 291
es
rent de grandes loüanges des
Generaux.
Mr de Curty, Chevalier de
S. Louis , Lieutenant Colonel
du Regiment de Provence,
dont Mr le Comte de Nonant
eft Colonel. Il fert depuis plus
de 30. ans avec beaucoup de
reputation. Il fervit au commencement de la Guerre en
Efpagne, oùil merita par quelques actions de valeur des témoignages d'eftime de S. M.C.
qui luy ont fait beaucoup
d'honneur.
Mr le Marquis de la Deveze,
Chevalier de S. Louis , Lieute
Bb ij
292 MERCURE
nant Colonel du Royal Artil
lerie. Il eft Lieutenant de Roy
de la haute Guyenne , & de
l'illuftre Maiſon de Loupiat.
Il a plufieurs parens de fon
nom dans le Service.
Mr de Roiffy Major du Re
giment de Leuville , & Major
general de l'Armée d'Italie , où
il a fervy dans les premieres
années de la Guerre. Il fe trouva à la Bataille de Luzzara , ou
il fut bleffé d'un coup de Fau
conneau à coté de Mr le Marquis de Crequy qui fut tué
dans le mefme temps. Monfieur de Vendôme qui l'avoit
A-
戀情
GALANT 293
fouvent employé , & qui avoit
efté témoin de ce qu'il avoit
fait à la Journée de Luzzara ,
rendit un bon témoignage en
fa faveur à la Cour.
Mr du Magny Chevalier de
S. Louis , Lieutenant general
d'Artillerie.
Mr le Chevalier de Saint
Perrier , Chevalier de S. Louis,
Lieutenant general d'Artillerie,
& Chefen Espagne. C'eſt un
des Officiers de S. M. qui entend le mieux l'Artillerie, ayant
efté élevé fous les yeux de Mr
de Saint Hilaire.
Je paffe à ce qui regarde
Bb iij
294 MERCURE
ceuxqui ont efté nommez Brigadiers de Cavalerie. "obs zalew
Mr le Comte de Voluiré
fecond Sous- Lieutenant des
Gendarmes du Roy. Il s'eft
diftingué par tout où ce Corps
qui eft des plus braves du
Royaume a combattu. Je ne
vous dis rien de la naiffance de
Mrde Voluire ; perfonne n'ignore qu'elle cft des plus illuftres ; fon nom eft Ruffec.
Mr le Comte de Biffy, Colo
nel de Cavalerie. Il est proche
parent de Mr le Marquis de
Biffy auffiBrigadier , & Colonel de Cavalerie , & neveu de
GALANT 295
Mrile Marquis de Biffy Che
valier de S. Louis, Gouverneur
d'Auffonne, & Lieutenant ge
neral des Armées du Roy , &
de Mr. l'Evêque de Meaux. Le
nom.deMrs.de Biffy,elt Thyard,
Cette Maiſon eft originaire de
Bourgogne , & elle a donné
plufieurs Evêques à l'Eglife de
Châlons fur Saone. Elle eſtoir
connue en Bourgogne dés le
temps des Ducs de Bourgo
gne.
Mr le Comte de S. Sernin,
Colonel de Dragons. Il a longtemps fervy en Italie ; & il ya
merité par plufieurs actions de
Bb iiij
296 MERCURE
valeur , l'eltime & la confiance
de Mr le Duc de Vendofnio.
Il eft d'une tres grandes naiffance. Sa famille eft originaire
de Languedoc, où elle a toujours tenu un rang confide
rable.
Mr le Chevalier de Montmain , Capitaine des Gendar- i
mes dOrleans. Il a beaucoup
de valeur , & il en a fouvent l
donné des marques à la reftest
du Regiment qui a porté fon
nom , & qui a prefque toûjours fervy en Flandre. Il eft
d'une illuftre Maifon originaiz 3
re d'Auvergne , & allié à Mr
GALANT 297
le Duc de la Feuillade , feue
Me la Comteffe de Montmain .
fœur de Me de la Ville auxClercs , eftant de la Maifon
d'Aubuffon. Les deux fils de
certe Dame , & coufins de celuy qui donne lieu à cet Article,font tous deux morts dans
le Service. Ainfi Mr de Montmain que le Roy vient de faire
Brigadier , eft devenu l'aîné de
fa Maiſon.
Mr le Comte de Bouzols ,
Colonel d'un Regiment de
Cavalerie qui porte fon nom,
& dont Mr de Blangy fon parent eft Lieutenant Colonel.
298 MERCURE
Il est proche parent de Mrle
Marquis de Bouzols , Brigadier
&Inspecteur de Cavalerie , &
Breaufrere de Mr le Marquis
de Torcy. Ce nouveau Briga
dier s'eft diftingué dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
& fur tout en Rouffillon & en
Allemagne , où il a prefque
toûjours fervy.
non
Mr le Comte Marquis de la
Fare Tournac , Chevalier de
S. Loüis, Colonel du Regiment
du petit Languedoc Dragons,
Ce nouveau Brigadier, qui por
te dans fes Titres la qualité de
Comte- Marquis, ainsi queplus
THEQUE
GALANT 299
fieurs autres Seigneurs Fran
çois , eft d'une illuftre Mailon
originaire de Guyenne, & pro
che parent de Mr le Marquis
de la Fare- Laugere , Capitaine
des Gardes de Monfieur le
Duc d'Orleans ; de Mr de la
Fare Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui porte fon
nom, & de Mr de la Fare Lau
gere Brigadier & Colonel du
Regiment de Gaftinois.
3.Mr le Marquis de Bouville ,
Colonel d'un Regiment de
Dragons qui porte fon nom.
Il s'eft acquis une grande repu
tation en Espagne , où il a
BE
LA
300 MERCURE
à lá
long tempsfervy. Il donna des
marques de fon courage
Bataille que Mr de Barwick y
gagna en 1707. Il eft de l'ancienne Maifon de Jubert , &
frere de Mr de Bouville Intent
dant d'Alençon , & de Mrle
Marquis de Bizy; ils font neq
yeux de Mr Defmaretz , Controlleur General des Finances,
Mede Bouville leur Mere étang
fœur de ce Miniftre. Mr de
Bouville leur pere ,
a efté longtemps Intendant d'Orleans. D
Mr de Skelton , Colonel Reformé de Cavalerie ; il eft Ches
valier de Saint Louis , & l'on
GALANT 3or
4
ne parvient point à ce degré
d'honneur fans avoir efté blef
fé , ou avoir efté fort longtemps dans le fervice.
Mr de Montiers , Capitaine
de Gendarmerie. Il s'eft diftingué dans plufieurs actions importantes. Il fut bleffé à la Bataille d'Hochfter , & à celle de
Malplaquet. Il fert dés fa plus
grande jeuneffe ; il s'eft trouvé à toutes les Campagnes, &
il a donné prefque dans toutes,
des marques de fa valeur.
Mr de la Billarderie, Exempt
& Ayde Major de la Compagnie de Boufflers. Il eft Cheva-
302 MERCURI
lier de Saint Louis de la promotion de 1705. Il eſt d'une ancienne famille originaire de
Normandie. Il eft dans la Maifon du Roy depuis plus de 20.
ans , & il y a donné des marques de fa valeur dans des
Journées de Fleurus , de Leuze,
de Steinkerque , & de Nerwinde. Mr le Prince de Turenne
fut bleffé à mort àfes coftez,
à la Bataille de Steinkerque. Il
fut bleffe au Siege de Mons
d'un coup de fufil au bras.
Mr le Chevalier de Velleron
Enfeigne des Gardes du Corps.
Il a un Brevet de Colonel de
GALANT 303
Cavalerie , que fes longs fervices luy ontfait meriter. Depuis
qu'il eft entré dans le fervice,
-il n'a pas manqué une feule
Campagne. Il fut dangereufement bleffé au Siege de Naamur.
Mr le Marquis de Courcil-
-don , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie qui porte fon
nom, & qui portoit auparavant celuy de Furftemberg. Il cft
Chevalier de Saint Lazare , &
fut le fecond de la promotion
side: 1704. Il eft fils de Mr le
Marquis de Dangeau Grand-
•Maître de cet Ordre , & Che-
304 MERCURE
valier de l'Ordre du S. Efprit ,
& petit neveu de feu Mr le
Cardinal de Furftemberg par
Me la Marquife de Dangeau
fa Mere, qui al'honneur d'appartenir à S. A. R. Madame.
Ce jeune Marquis a époufé
l'heritiere de l'illuftre Maiſon
de Pompadour. Je ne vous
parle point de la naiffance ny
de la valeur de Mr le Marquis
de Courcillon. Sa naiffance eſt
.connue de toute la France. , &
fa valeur n'éclara que trop à la
Bataille de Malplaquet , puifqu'il en porte de triftes marques.
GALANT 305
Mr le Marquis d'Ancenis ,
Colonel du Regiment de Bourgogne Cavaleric. Il eſt ſecond
fils de Mr le Duc de CharoftBethune,& de fa premiere femme Louife- Therefe - Marie de
Meleun fille d'Alexandre Guillaume Prince d'Epinoy , & de
Louife Marie- Anne de Bethune fa premiere femme. Mr le
Marquis d'Ancenis n'a que 28.
ans , & Mr Lauret fon LieutenantColonel, a fouvent témoigné que dans les Batailles où il
s'eft trouvé, fa plus grande application n'avoit efté que de retenir Mrle Marquis d'Ancenis.
Avril 1710. Cc
306 MERCURE
Mr de Pujol Capitaine Lientenant des Carabiniers. Il eft
Chevalier de S. Louis de la promotion de 1707. Il a donné
des preuves de fon courage
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé avec la Maifon du
Roy. Il eft d'une ancienne Maifon originaire du Rouergue.
Mr Darifat Chevalier de S.
Louis , Enfeigne des Moufque
toires gris. Il fut bleffé à la
Bataille de Nerwinde , où une
partie de la Maiſon du Roy fe
trouva , & il y donna de grana
des marques de fa valeur ,ainfi
que toutes les Relations de cet-
GALANT 307
te Bataille le font connoître.
Il fut du détachement qui ac
compagna le Roy d'Espagne
jufqu'à la Frontiere d'Espagne,
& lorfqu'il prit congé de ce
Prince S. M. C. luy témoigna
beaucoup de fatisfaction de
fes fervices , & eut pour luy
des diftinctions particulieres.
2 Mr de Trudaine , Enfeigne
de Gendarmerie , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis. C'eft un
Gentilhomme de Picardie qui
depuis 20. ans fert le Roy dans
fa Gendarmerie avec beaucoup
de diftinction. Il a eu le malheur de perdre une jambe à
Cc ij
308 M* RCURE
la Bataille de Malplaquet. Il eft
de la mefme famille que Me
Voyfin & Mr Trudaine , cy
devant Intendant de Lyon , &
àprefent Intendant de Dijon .
Mr Miran , Chevalier de
de S. Louis , Enfeigne de Gendarmerie. Il a fervy en Elpagne & en Catalogne au com
mencement de cette guerre ,
& fur la fin de la precedente.
Il fut bleffé à la Bataille de
Nerwinde , où il donna des
preuves fignalées de fon cou->
'rage. Mr le Maréchal de Luxembourg dans la Relation
qu'il envoya au Roy de cette-
GALANY 309
Journée , fit un éloge particu
lier de Mr Miran , quifut applaudy de toute l'Armée.
Mr le Comte de Coëtanfão,
Aide Major de la Gendarmerie , Chevalier de Saint Louis,
de la promotion de 1705. Il eft
neveu de Mr l'Evêque d'A
vranches , & de Mr le Marquis de Coëtanfao Maréchal
de Camp, & Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde. Ils font d'une ancienne famille de Normandie. Ce nouveau Brigadier s'eft diftingué
dans toutes les occafions où il
' eft trouvé depuis qu'il fert
310 MERCURE
& il a toûjours donné des preuves de fa valeur , & de fon experience en tout ce qui regarde la guerre. Il a commencé à
porter les armes à l'âge de 29.
ans , & depuis ce temps- là il
n'a pas manqué une feule Cam
pagne. Il porte un nom celebre parmy les gens de guerre.
Tout ce que je viens de vous
dire de ces nouveaux Brigadiers, doit vous faire connoître
qu'il n'y en a pas un feul qui
n'ait merité le pofte d'honneur auquel le Royle vient d'élever.
derniere Lettre que ju nd vous
dirois rien des nouveaux Lieutenans Generaux , & des nouveaux Maréchaux de Camp ,
parce que je vous en ay parlé à
meſure qu'ils font montez à
ces premiers poftes de la guer
re ; mais comme il left plus
difficile de parler des nouveaux
3GALANT 267
Brigadiers , à caufe que n'ayant
point encore rempli le pofte
d'Officiers generaux , ils ne font
fouvent connus que par leurs
noms , & que l'on a mefme de
la peine à fçavoir quels eftoient
leurs Emplois avant que d'avoir la qualité de Brigadiers.
La recherchequ'il en faut faire
pour en parler jufte , eſt tresgrande , & je crois en eftre venu à boutàa peu de chofe prés;
carab eft prefque impoffible
que l'on ne faffe quelques fau
tes en parlant d'un fi grand
nombre d Officiers. Je com
mence par les Brigadiers d'InZ ij
268 MERCURE
fanterie fuivant l'ordre de leur
nomination. AM Steegia
Mr.Reynold de Valier , Capitaine aux Gardes Suiffes , &
Chevalier de S. Louis. Il fert
en France il y a plus de 20.
ans. Il fe trouva à la Bataille de
Nerwinde où il fut bleffery
n'eftant alors qu'Officier fubalterne.
ede
Mr Reding, Capitaine aux
Gardes Suiffes , avec Brevet de
Colonel. Il eft attaché au Service de la France depuis prés de
25. ans. Il eft parent de Mrs
Stoupe & de Mollondin qui
Occupent les premieres places.
$
GALANT 209
de la Magiftrature de la Prin
cipauté de Neufchaftel. left
auffi parent de Mrs Courte &
Grenu , Brigadiers & de la mês
me Nation.
Mr Mergeret, Capitaine aux
Girdes Françoiſes. Il eft de
Paris ; fon fon pere a efté longtemps dans les Illes, où il avoit
un Commandemenr tres confiderable. Ce nouveau Brigadier a donné de grandes preu
ves de fa valeur à la Bataille de
Malplaquet.
Mrde Villiers, Capitaine aux
Gardes Françoifes, avec Brevet
de Colonel. Il fert depuis l'âge
Z iij
270 MERCURE
يا
de 15 ans avec beaucoup de
diftinction. Il a fervi en Italie
fous Monfieur de Vendofme
qui l'a employé dans des occafions importantes qui luy
ont fait beaucoup d'honneur.
Il eft d'une famille originaire
de l'Ile de France , & alliée à
celle de Mr Poitevin Confeil
ler au Parlement. Il eft parent
deMrideVilliers leMorier,Ma
jor du Regiment de la Reine
Dragons , & Brigadier , & de
Mr de Villiers le Morier Ma
réchal de Camp.
Mr le Comte de Mongon,
Capitaine de Grenadiers aux
GALANT 271
易
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel alpa donné des
marques de fa valeur en plu
fieurs occafions. It eft fils de
Mr de Mongon , Lieutenant
General & Inſpecteur d'Infanterie , & de feuë Dame N...!
Sublet d'Heudicourt , fille de
Mr le Marquis d'Heudicourt
-grand Louvetier de France , &
foeur de Mr.le Comte d'Heudicourt Brigadier des Armées
du Roy, & de feu Mr l'Abbé
d'Heudicourt , mort nommé
Evêque d'Evreux. Feuë Me la
Comteffe de Mongon eftoit
Dame du Palais de Madame
Z iiij
រឺ
272 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne. 19
Mr le Marquis de Gallion ,
Colonel du Regimens de Nav
varre, Il combattit à la Batailleb
de Malplaquet a côté de Mrle
Maréchal deBoufflers ,
lorfque
les Ennemis furent fi mal-trai
tez à la droite du bois , par la
Brigade de Navarre. Ce Maréchal & tous ceux qui fe trous
verent en cet endroit rendirenca
juſtice à la valeur de Mr dep
Gaffion , dont le Roy d'Anglet
terre fut auffi témoin , & ill
combattit juſqu'à ce que Mrs
de Boufflers craignant quel'Infanterie ne fût coupée, la fitp
BALANT 273
pric
retirer. Il repric quelques drapeaux que les Ennemis nous
avoient pris , & leur en
des leurs nye lats if
Mr le Chevalier de Givry,
Colonel du Regiment de la
Marche. Il y a 22, ans qu'il
fert , & il n'a point laiffe paffer
d'occafions fans donner des
marques de fa valeur. Il s'eft
trouvé à la Bataille de Malplaquet , où il a fait des actions
furprenantes. Voyant que les
Ennemis avoient penetré dans
un Pofte important , il marcha
à eux avec fon Regiment
qu'on avoit mis en reſerve , &
+
274 MERCUR
les en chafla. Mr de Gaffion
fon oncle commandoit alors
l'aifle droite de la Cavalerie , &
*
fit à la tête de la Maifon du
Roy les plus belles charges de
Cavalerie qui ayent jamais eſté
faites.
Mr le Comte du Montal ,
Colonel du Regiment de Poitou. Il est petit fils de Mr du
Montal , mort Chevalier des
Ordres du Roy , & l'un des
plus grands hommes de guerre
que la France ait eus dans
dernier fiecle. Celuy qui donne
lieu à cet Article avoit d'abord
efté destiné à l'Eglife ; mais fe
GALANT 275
fentant plus d'inclination pour
la profeffion des Armes , il
s'y attacha , & y a donné de
frequentes preuves de fa valeur.
24 Mr de Colandres , Colonel
du Regiment des Vaiffeaux. Il
eft fils de feu Mr le Gendre
de Rouen , frere de Mr de
Barville Capitaine aux Cardes
qui a épousé Alle de Saillant ;
de MePecoil , femme du Maître des Requeftes de ce nom ,
&de Mc la Prefidente de Feu
mechon 'de Rouen. Un de fes
freres , auffi Colonel , fut tué
à la Bataille d'Hochfter.
276 MERCURE
Mr le Comtede Guiraud, Co
lonel du Regiment de Bour
gogne. Il porte un nom des
plus illuftres , & tous ceux qui
le portent ont toûjours fair
voir dans les occaſions autant
de valeur que de fidelitépins
Mr le Comte de Laval , Com
lonel du Regiment de Bourq
bon. Il a donné des marques
de fa valeur dans les principa
les actions de cette guerre où
il s'eft trouvé, & où il a foû
tenu glorieufement l'illuftre
nom qu'il porte. Mr de Buran
lure , fon Lieutenant Colonel,
l'a tiré deux fois des bras de la
GALANT 277
mort , où fon courage l'avoit
precipité. Il eſt de la Maiſon
de Montmorency, & never
de Mc la Ducheffe de Roquelaure.zochild
僖
Mr le Comte Marquis de
Lannion , Colonel du Regiment de Xaintonge. Il paſſe
pour un des plus braves de
l'Armée. Il est d'une ancienne
famille de Bretagne , dont je
yous ai amplement parlé en
vous apprenant fon mariager
Il eft parent de Mr le Marquis
de Lannion , Lieutenant GCneral des Armées du Roy. øj
Mr leMarquis deFeryaques
278 MERCURE
Colonel du Regiment de Piémont. Il a donné plufieurs
preuves de fon courage dans
cette guerre,& fur tout dans
la Bataille de Malplaquet , oùil
ſe trouva , &de qui un Officier
du Regiment de Monfieur le
Prince de Baviere , dit dans fa
Relation que c'eftoit un hom
me d'un grand merite , & un
fort bon Officier , qui meri
toit d'entre loué. Heft fils de
MrleMarquis de Bullion, Prevoſt de Paris , & frere de Mt
le Marquis de Bonnelles , mort
des bleffures qu'il reçût au com
mencement de cette guerre,
GALANT 299
dans une des premières Batailles qui fe font données. Il eſt
auffi frere de M la Ducheffe
d'Uzés , & de MⓇ la Princeffe
deTalmont. Visuel asi
Mr le Marquis d'Aubigné,
Colonel du Regiment Royal.
Hefe trouva à la Bataille
d'Hochfter , ou il donna des
marques de fa valeur , & ou
MrdeSaint Maurice, fon Lieutenant Colonel, luy fauva la
vielen de fecourant à propos
contre un peloton d'ennemis
qui adlavoient invefti , & qui
Fauroient fait perit fans ce fecours qui
སྙ
vine fort à propos
280 MERCURE
2
pour luy. Il a acquis dans d'autres occafions fa reputation
d'un Officier fort entendu dans
la difcipline militaire. L'Offi
cier dont j'ay parlé dans l'Ar,
ticle precedent , dit de Mr
d'Aubigné qu'il fit dans cette
Bataille merveilles , & qu'il s'y
comporta en bon Officier, & en
brave homme; ce font fes termes auſquels je nechange rich,
Il eft certain que ce Colonel à
la tefte de fon Regiment, chargea jufqu'à onze fois douze
Bataillons retranchez dans un
Village, duquel il les chaffa
enfin. Mr de Villars fut fi char,
*
GALANT 281
mede cette action de vigueur,
qu'il dit en embraffant ce jeune Colonel , qu'il mourroit
content s'il avoit une femblable action pardevers luy. Ce
Colonel emporta auffi dans la
mefme journée fept traverſes ,
avec le retranchement qui les
lioit , & lorfqu'il en voulut attaquer un autre , il fut bleffé
d'un coup de Fufil dans la
cuiffe. Il eft fils de Mr le Marquis de Tigny de Poitou , neveu de Mr. l'Archevêque de
Rouen , & proche parent de
Madame de Maintenon,
Mr Berthelot de Bourceau ,
Aa
Avril 1710.
282 MERCURE
Colonel du Regiment de Bretagne. Il fert depuis l'âge de
15. ans , & il s'eft trouvédans
dans toutes les occafions confiderables de fon temps. A la
Bataille de Nerwinde , où il
n'eftoit que fimple Capitaine,
il merita par la valeur qu'il y
fit paroître des louanges de Mr
le Maréchal de Luxembourg,
qui en écrivit mefme à la Cour.
Il eft parent de Mr le Lieutenant de Roy de Châlons , &
d'une famille originaire de Paris , qui a efté dans les Charges
de la Robbe depuis plus d'un
ficcle & demy.
@GALANT 283
Mr de la Chau-Montauban ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie qui porte fon nom.
Il s'eft trouvé à la Bataille que
Mr le Comtedu Bourggagna
fur le General Mercy P'Elte
dernier prés de Rumersheim.
Il eftoit à la tefte de la Brigade
de l'Auxerrois , & il tua de fa
main d'un coup de Sponton
le Colonel du Bataillon ennemyqui marchoirà luy. Il eftoit
alors auprés de Mr le Comte
de Tallard , & de Mfl de Bethune Monime. Ce nouveau
Brigadier eft de Creft en Dauphiné, & d'une Maiſon tresqualifiée.
Aa ij
3
284 MERCURE
Mdle Marquis de Crecy ,
Colonel du Regiment de Boulonnois. Il eft fils de feu Mre
Louis Verjus , Chevalier Com
te de Crecy, MarquisdeTreon
& Fort Ifle , Baron de Couvé,
Seigneur du Boulay, les deux:
Eglifes , le Menillet , &c. Confeiller d'Etat ordinaire , cys
devant Envoyé Extraordinaire
dans toutes les Cours d'Alle
magne, & Ambaſſadeur Extraordinaire à la Paix Genera
le de Rifwick. Le nouveau
Brigadier eft neveu de Mr l'E
vêque de Graffe, & du feu
Pere Verjus Jefuite. to d
*
GALANT 2899
Me le Comte de Sauvebeof,
Colonel du Regiment de Blai- >
fois. Il adonné des preuves de
fa valeur dans toutes les occafions où il s'eft trouvé , & l'on
ena rendu uncompte à la Cour
dont le Roy s'eft ſouvenu. Ik
fçait parfaitement la difcipline militaire. Il eft parent de
Mrs les Abbez de Sauvebeuf.
Mr leMarquis de Balincourt,
Colonel du Regiment d'Ar
tois. Il fervoit la Campagne
derniere en Rouffillon , où Mr
le Duc de Noailles a efté plufieurs fois témoin de fa valeur.
Il eft fils de Mr le Marquis de
286 MERCURE
Balincourt , & de Dame N. de
Seve fa premiere femme.
Mr le Chevalier Sanguin
de Livry , Colonel du Regiment de Nivernois. Il joint à
une grande experience de tout
ce qui regarde la guerre , un
courage éprouvé en plufieurs
occafions , &fur tour aux ders
nieres actions de certe guerre.
Il eft fils de Mr le Marquis de
Livry , Premier Maiftre d'Hô
tel du Roy, & perit neveu de
feu Mr l'Evêque de Senlis 5
Mr le Marquis de Gondrin
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom. Il a donnédes
GALANT 287
1.
preuves éclatantes de fon courage à Hochftet & à Ramilly.
Ileft fils aîné de Mr le Marquis d'Antin , & beau - frere de
Mr le Duc de Noailles. Perfonne n'ignore la grandeur &
l'éclat de la Maifon de Gondrin Pardaillan.
Mr Obrien , Chevalier de
S. Louis , & Colonel d'un Regiment Irlandois qui porte fon
nom. A la tefte de fon Regiment, & avec celuy de Lee,
auffi Irlandois , il a foûtenu à
la Bataille de Malplaquet , malgré le grand feu des Ennemis
noftre Artillerie , & à la faveur
1
88 MERCURE
e ces deux Regimens , celuy
ui commandoit cette Artille- rie leur renverfa des Batailons entiers , qui furent obligezde fe retirer pour fe cacher
à fes coups redoublez. Mr
Obrien & un autre Mr Obrien,
auffi Chevalier de Saint Louis,
Lieutenant Colonel fe diftinguerent beaucoup dans cette
occafion.
Mr Perrin , Chevalier de S.
Louis , Colonel d'un Regiment
qui portoit le nom de Beaufermé , & qu'on appelle prefentement Noailles. Il eft fort
attaché à la Maifon de Noailles.
GALANT 289
les. Le Duc de ce nom qui
connoît les gens de merite,
ayant connu il y a long- temps
tout celuy de Mr Perrin ,
l'eft voulu attacher.
fe
Mr de Saint Morel , Lieutenant Colonel du Regiment
dePoitou dont Mr du Montal eft Colonel , a prés de 35.
ans de fervice. Il brilla dans
la derniere guerre par un
grand nombre d'actions de
valeur , & Mr le Maréchal de
Luxembourg qui en fut ſouvent témoin en rendit des
temoignages avantageaux à la
-Cour. Il a toujours fervi dans
Avril 1710. Bb
290 MERCURE
Infanterie , & il eft peu
d'Officiers qui l'entendent,
mieux que luy. H&M
Mr de Chaftenet , Licutenant Colonel duRegiment de
Xaintonge , dont Mr le Mar-
* quis de Lannion qui a auffi efté
fait Brigadier, eft Colonel , eft
un vieux Officier qui n'a pas
manqué une feule Campagne
depuis prés de 35 ans qu'il
porte les armes pour le Service
du Roy. Il fut bleffe dangereufement à la Bataille de Nerwinde, n'eftant alors que
ple Capitaine. Il y fit des actions de valeur qui luy artirofim-
IGALANT 291
es
rent de grandes loüanges des
Generaux.
Mr de Curty, Chevalier de
S. Louis , Lieutenant Colonel
du Regiment de Provence,
dont Mr le Comte de Nonant
eft Colonel. Il fert depuis plus
de 30. ans avec beaucoup de
reputation. Il fervit au commencement de la Guerre en
Efpagne, oùil merita par quelques actions de valeur des témoignages d'eftime de S. M.C.
qui luy ont fait beaucoup
d'honneur.
Mr le Marquis de la Deveze,
Chevalier de S. Louis , Lieute
Bb ij
292 MERCURE
nant Colonel du Royal Artil
lerie. Il eft Lieutenant de Roy
de la haute Guyenne , & de
l'illuftre Maiſon de Loupiat.
Il a plufieurs parens de fon
nom dans le Service.
Mr de Roiffy Major du Re
giment de Leuville , & Major
general de l'Armée d'Italie , où
il a fervy dans les premieres
années de la Guerre. Il fe trouva à la Bataille de Luzzara , ou
il fut bleffé d'un coup de Fau
conneau à coté de Mr le Marquis de Crequy qui fut tué
dans le mefme temps. Monfieur de Vendôme qui l'avoit
A-
戀情
GALANT 293
fouvent employé , & qui avoit
efté témoin de ce qu'il avoit
fait à la Journée de Luzzara ,
rendit un bon témoignage en
fa faveur à la Cour.
Mr du Magny Chevalier de
S. Louis , Lieutenant general
d'Artillerie.
Mr le Chevalier de Saint
Perrier , Chevalier de S. Louis,
Lieutenant general d'Artillerie,
& Chefen Espagne. C'eſt un
des Officiers de S. M. qui entend le mieux l'Artillerie, ayant
efté élevé fous les yeux de Mr
de Saint Hilaire.
Je paffe à ce qui regarde
Bb iij
294 MERCURE
ceuxqui ont efté nommez Brigadiers de Cavalerie. "obs zalew
Mr le Comte de Voluiré
fecond Sous- Lieutenant des
Gendarmes du Roy. Il s'eft
diftingué par tout où ce Corps
qui eft des plus braves du
Royaume a combattu. Je ne
vous dis rien de la naiffance de
Mrde Voluire ; perfonne n'ignore qu'elle cft des plus illuftres ; fon nom eft Ruffec.
Mr le Comte de Biffy, Colo
nel de Cavalerie. Il est proche
parent de Mr le Marquis de
Biffy auffiBrigadier , & Colonel de Cavalerie , & neveu de
GALANT 295
Mrile Marquis de Biffy Che
valier de S. Louis, Gouverneur
d'Auffonne, & Lieutenant ge
neral des Armées du Roy , &
de Mr. l'Evêque de Meaux. Le
nom.deMrs.de Biffy,elt Thyard,
Cette Maiſon eft originaire de
Bourgogne , & elle a donné
plufieurs Evêques à l'Eglife de
Châlons fur Saone. Elle eſtoir
connue en Bourgogne dés le
temps des Ducs de Bourgo
gne.
Mr le Comte de S. Sernin,
Colonel de Dragons. Il a longtemps fervy en Italie ; & il ya
merité par plufieurs actions de
Bb iiij
296 MERCURE
valeur , l'eltime & la confiance
de Mr le Duc de Vendofnio.
Il eft d'une tres grandes naiffance. Sa famille eft originaire
de Languedoc, où elle a toujours tenu un rang confide
rable.
Mr le Chevalier de Montmain , Capitaine des Gendar- i
mes dOrleans. Il a beaucoup
de valeur , & il en a fouvent l
donné des marques à la reftest
du Regiment qui a porté fon
nom , & qui a prefque toûjours fervy en Flandre. Il eft
d'une illuftre Maifon originaiz 3
re d'Auvergne , & allié à Mr
GALANT 297
le Duc de la Feuillade , feue
Me la Comteffe de Montmain .
fœur de Me de la Ville auxClercs , eftant de la Maifon
d'Aubuffon. Les deux fils de
certe Dame , & coufins de celuy qui donne lieu à cet Article,font tous deux morts dans
le Service. Ainfi Mr de Montmain que le Roy vient de faire
Brigadier , eft devenu l'aîné de
fa Maiſon.
Mr le Comte de Bouzols ,
Colonel d'un Regiment de
Cavalerie qui porte fon nom,
& dont Mr de Blangy fon parent eft Lieutenant Colonel.
298 MERCURE
Il est proche parent de Mrle
Marquis de Bouzols , Brigadier
&Inspecteur de Cavalerie , &
Breaufrere de Mr le Marquis
de Torcy. Ce nouveau Briga
dier s'eft diftingué dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
& fur tout en Rouffillon & en
Allemagne , où il a prefque
toûjours fervy.
non
Mr le Comte Marquis de la
Fare Tournac , Chevalier de
S. Loüis, Colonel du Regiment
du petit Languedoc Dragons,
Ce nouveau Brigadier, qui por
te dans fes Titres la qualité de
Comte- Marquis, ainsi queplus
THEQUE
GALANT 299
fieurs autres Seigneurs Fran
çois , eft d'une illuftre Mailon
originaire de Guyenne, & pro
che parent de Mr le Marquis
de la Fare- Laugere , Capitaine
des Gardes de Monfieur le
Duc d'Orleans ; de Mr de la
Fare Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui porte fon
nom, & de Mr de la Fare Lau
gere Brigadier & Colonel du
Regiment de Gaftinois.
3.Mr le Marquis de Bouville ,
Colonel d'un Regiment de
Dragons qui porte fon nom.
Il s'eft acquis une grande repu
tation en Espagne , où il a
BE
LA
300 MERCURE
à lá
long tempsfervy. Il donna des
marques de fon courage
Bataille que Mr de Barwick y
gagna en 1707. Il eft de l'ancienne Maifon de Jubert , &
frere de Mr de Bouville Intent
dant d'Alençon , & de Mrle
Marquis de Bizy; ils font neq
yeux de Mr Defmaretz , Controlleur General des Finances,
Mede Bouville leur Mere étang
fœur de ce Miniftre. Mr de
Bouville leur pere ,
a efté longtemps Intendant d'Orleans. D
Mr de Skelton , Colonel Reformé de Cavalerie ; il eft Ches
valier de Saint Louis , & l'on
GALANT 3or
4
ne parvient point à ce degré
d'honneur fans avoir efté blef
fé , ou avoir efté fort longtemps dans le fervice.
Mr de Montiers , Capitaine
de Gendarmerie. Il s'eft diftingué dans plufieurs actions importantes. Il fut bleffé à la Bataille d'Hochfter , & à celle de
Malplaquet. Il fert dés fa plus
grande jeuneffe ; il s'eft trouvé à toutes les Campagnes, &
il a donné prefque dans toutes,
des marques de fa valeur.
Mr de la Billarderie, Exempt
& Ayde Major de la Compagnie de Boufflers. Il eft Cheva-
302 MERCURI
lier de Saint Louis de la promotion de 1705. Il eſt d'une ancienne famille originaire de
Normandie. Il eft dans la Maifon du Roy depuis plus de 20.
ans , & il y a donné des marques de fa valeur dans des
Journées de Fleurus , de Leuze,
de Steinkerque , & de Nerwinde. Mr le Prince de Turenne
fut bleffé à mort àfes coftez,
à la Bataille de Steinkerque. Il
fut bleffe au Siege de Mons
d'un coup de fufil au bras.
Mr le Chevalier de Velleron
Enfeigne des Gardes du Corps.
Il a un Brevet de Colonel de
GALANT 303
Cavalerie , que fes longs fervices luy ontfait meriter. Depuis
qu'il eft entré dans le fervice,
-il n'a pas manqué une feule
Campagne. Il fut dangereufement bleffé au Siege de Naamur.
Mr le Marquis de Courcil-
-don , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie qui porte fon
nom, & qui portoit auparavant celuy de Furftemberg. Il cft
Chevalier de Saint Lazare , &
fut le fecond de la promotion
side: 1704. Il eft fils de Mr le
Marquis de Dangeau Grand-
•Maître de cet Ordre , & Che-
304 MERCURE
valier de l'Ordre du S. Efprit ,
& petit neveu de feu Mr le
Cardinal de Furftemberg par
Me la Marquife de Dangeau
fa Mere, qui al'honneur d'appartenir à S. A. R. Madame.
Ce jeune Marquis a époufé
l'heritiere de l'illuftre Maiſon
de Pompadour. Je ne vous
parle point de la naiffance ny
de la valeur de Mr le Marquis
de Courcillon. Sa naiffance eſt
.connue de toute la France. , &
fa valeur n'éclara que trop à la
Bataille de Malplaquet , puifqu'il en porte de triftes marques.
GALANT 305
Mr le Marquis d'Ancenis ,
Colonel du Regiment de Bourgogne Cavaleric. Il eſt ſecond
fils de Mr le Duc de CharoftBethune,& de fa premiere femme Louife- Therefe - Marie de
Meleun fille d'Alexandre Guillaume Prince d'Epinoy , & de
Louife Marie- Anne de Bethune fa premiere femme. Mr le
Marquis d'Ancenis n'a que 28.
ans , & Mr Lauret fon LieutenantColonel, a fouvent témoigné que dans les Batailles où il
s'eft trouvé, fa plus grande application n'avoit efté que de retenir Mrle Marquis d'Ancenis.
Avril 1710. Cc
306 MERCURE
Mr de Pujol Capitaine Lientenant des Carabiniers. Il eft
Chevalier de S. Louis de la promotion de 1707. Il a donné
des preuves de fon courage
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé avec la Maifon du
Roy. Il eft d'une ancienne Maifon originaire du Rouergue.
Mr Darifat Chevalier de S.
Louis , Enfeigne des Moufque
toires gris. Il fut bleffé à la
Bataille de Nerwinde , où une
partie de la Maiſon du Roy fe
trouva , & il y donna de grana
des marques de fa valeur ,ainfi
que toutes les Relations de cet-
GALANT 307
te Bataille le font connoître.
Il fut du détachement qui ac
compagna le Roy d'Espagne
jufqu'à la Frontiere d'Espagne,
& lorfqu'il prit congé de ce
Prince S. M. C. luy témoigna
beaucoup de fatisfaction de
fes fervices , & eut pour luy
des diftinctions particulieres.
2 Mr de Trudaine , Enfeigne
de Gendarmerie , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis. C'eft un
Gentilhomme de Picardie qui
depuis 20. ans fert le Roy dans
fa Gendarmerie avec beaucoup
de diftinction. Il a eu le malheur de perdre une jambe à
Cc ij
308 M* RCURE
la Bataille de Malplaquet. Il eft
de la mefme famille que Me
Voyfin & Mr Trudaine , cy
devant Intendant de Lyon , &
àprefent Intendant de Dijon .
Mr Miran , Chevalier de
de S. Louis , Enfeigne de Gendarmerie. Il a fervy en Elpagne & en Catalogne au com
mencement de cette guerre ,
& fur la fin de la precedente.
Il fut bleffé à la Bataille de
Nerwinde , où il donna des
preuves fignalées de fon cou->
'rage. Mr le Maréchal de Luxembourg dans la Relation
qu'il envoya au Roy de cette-
GALANY 309
Journée , fit un éloge particu
lier de Mr Miran , quifut applaudy de toute l'Armée.
Mr le Comte de Coëtanfão,
Aide Major de la Gendarmerie , Chevalier de Saint Louis,
de la promotion de 1705. Il eft
neveu de Mr l'Evêque d'A
vranches , & de Mr le Marquis de Coëtanfao Maréchal
de Camp, & Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde. Ils font d'une ancienne famille de Normandie. Ce nouveau Brigadier s'eft diftingué
dans toutes les occafions où il
' eft trouvé depuis qu'il fert
310 MERCURE
& il a toûjours donné des preuves de fa valeur , & de fon experience en tout ce qui regarde la guerre. Il a commencé à
porter les armes à l'âge de 29.
ans , & depuis ce temps- là il
n'a pas manqué une feule Cam
pagne. Il porte un nom celebre parmy les gens de guerre.
Tout ce que je viens de vous
dire de ces nouveaux Brigadiers, doit vous faire connoître
qu'il n'y en a pas un feul qui
n'ait merité le pofte d'honneur auquel le Royle vient d'élever.
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Résumé : Article concernant tous les nouveaux Brigadiers, & qui fait connoistre leurs services, & les Corps dont ils ont esté tirez. [titre d'après la table]
Le texte traite de la nomination de nouveaux brigadiers et des difficultés à les connaître en raison de leur manque d'expérience dans les postes d'officiers généraux. L'auteur a effectué des recherches approfondies pour fournir des informations précises sur ces nouveaux brigadiers, en commençant par lister les brigadiers d'infanterie dans l'ordre de leur nomination. Parmi les brigadiers d'infanterie mentionnés, on trouve Mr. Reynold de Valier, capitaine aux Gardes Suisses, chevalier de Saint-Louis, en France depuis plus de 20 ans, blessé à la bataille de Nerwinde. Mr. Reding, capitaine aux Gardes Suisses avec brevet de colonel, est au service de la France depuis près de 25 ans et est parent de plusieurs personnalités influentes. Mr. Mergeret, capitaine aux Gardes Françaises, originaire de Paris, a montré sa valeur à la bataille de Malplaquet. Mr. de Villiers, capitaine aux Gardes Françaises avec brevet de colonel, a servi en Italie sous Monsieur de Vendôme. Mr. le Comte de Mongon, capitaine de grenadiers aux Gardes Françaises avec brevet de colonel, est le fils de Mr. de Mongon, lieutenant général et inspecteur d'infanterie. D'autres brigadiers notables incluent Mr. le Marquis de Gallion, colonel du régiment de Navarre, qui a combattu à la bataille de Malplaquet, et Mr. le Chevalier de Givry, colonel du régiment de la Marche, ayant servi pendant 22 ans et s'étant distingué à la bataille de Malplaquet. Mr. le Comte du Montal, colonel du régiment de Poitou, est le petit-fils d'un célèbre homme de guerre. Mr. de Colandres, colonel du régiment des Vaisseaux, est le fils de feu Mr. le Gendre de Rouen. Mr. le Comte de Guiraud, colonel du régiment de Bourgogne, porte un nom illustre. Mr. le Comte de Laval, colonel du régiment de Bourbon, a montré sa valeur dans plusieurs actions de guerre. Mr. le Marquis de Lannion, colonel du régiment de Xaintonge, est connu pour sa bravoure. Mr. le Marquis de Fériac, colonel du régiment de Piémont, a montré son courage à la bataille de Malplaquet. Mr. le Marquis d'Aubigné, colonel du régiment Royal, a montré sa valeur à la bataille d'Hochstädt. Mr. Berthelot de Bourceau, colonel du régiment de Bretagne, a servi depuis l'âge de 15 ans. Mr. de la Chau-Montauban, colonel d'un régiment d'infanterie portant son nom, a combattu près de Rumersheim. Mr. le Marquis de Crécy, colonel du régiment de Boulonnais, est le fils de feu Mr. Louis Verjus, chevalier comte de Crécy. Mr. le Comte de Sauvebeuf, colonel du régiment de Blaisois, a montré sa valeur dans plusieurs occasions. Mr. le Marquis de Balincourt, colonel du régiment d'Artois, a servi en Rouffillon. Mr. le Chevalier Sanguin de Livry, colonel du régiment de Nivernois, a montré son courage dans plusieurs actions de guerre. Mr. le Marquis de Gondrin, colonel d'un régiment portant son nom, a montré son courage à Hochstädt et à Ramillies. Mr. Obrien, colonel d'un régiment irlandais portant son nom, a combattu à la bataille de Malplaquet. Mr. Perrin, colonel du régiment de Beaufremé, actuellement Noailles, est attaché à la maison de Noailles. Mr. de Saint Morel, lieutenant colonel du régiment de Poitou, a servi pendant près de 35 ans. Mr. de Chastenet, lieutenant colonel du régiment de Xaintonge, a servi pendant près de 35 ans. Mr. de Curty, chevalier de Saint-Louis, lieutenant colonel du régiment de Provence, a servi pendant plus de 30 ans. Le texte se termine par la mention de l'année 1710.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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225
p. 353-354
Affaires de France. [titre d'après la table]
Début :
Quant à la situation de nos Affaires, vous me permettrez de n'en rien dire, [...]
Mots clefs :
Affaires, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Affaires de France. [titre d'après la table]
Quant à la fituation de nos Affaires ,
vous me permettrez de n'en rien dire ,
parce qu'elles ne font pas deux jours de
fuite dans un même érat , & que vous ne
.pouvez recevoir ma Lettre que quatre
ou cinqjours aprés qu'elle fera achevée.
D'ailleurs tous ceux qui fe mêlent d'en
"
354 MERCURE
>
raiſonner , n'en peuvent parler felon fr
verité qu'ils ne fçavent pas ; mais chacun felon le caractere qui luy eft naturel.
Le timide craint toujours ; le fanfaron
extermine tout ; le feditieux porte les
chofes à la derniere extrêmité , & fait
toûjours grand bruit. Enfin l'on peut dire que la moderation n'eft point du
partage des hommes, & que chacunparle felon fon inclination naturelle & felon
fon enteftement. Ainfi comme la veritable fituation des Affaires eft ignorée , &
qu'un évenement en fait naître unautre,
il n'en faut qu'un avantageux pour faire
changer toute la face des Affaires. Cependant on peut affurer que lorfque les
Troupes du Royferont affemblées, elles
feront nombreuſes, belles, & qu'elles ne
manqueront de rien , & ce fera alors que
le fort decidera de l'évenement de cette
guerre. Je fuis Madame, vôtre , &c.
AParis ce 4. May 1710
vous me permettrez de n'en rien dire ,
parce qu'elles ne font pas deux jours de
fuite dans un même érat , & que vous ne
.pouvez recevoir ma Lettre que quatre
ou cinqjours aprés qu'elle fera achevée.
D'ailleurs tous ceux qui fe mêlent d'en
"
354 MERCURE
>
raiſonner , n'en peuvent parler felon fr
verité qu'ils ne fçavent pas ; mais chacun felon le caractere qui luy eft naturel.
Le timide craint toujours ; le fanfaron
extermine tout ; le feditieux porte les
chofes à la derniere extrêmité , & fait
toûjours grand bruit. Enfin l'on peut dire que la moderation n'eft point du
partage des hommes, & que chacunparle felon fon inclination naturelle & felon
fon enteftement. Ainfi comme la veritable fituation des Affaires eft ignorée , &
qu'un évenement en fait naître unautre,
il n'en faut qu'un avantageux pour faire
changer toute la face des Affaires. Cependant on peut affurer que lorfque les
Troupes du Royferont affemblées, elles
feront nombreuſes, belles, & qu'elles ne
manqueront de rien , & ce fera alors que
le fort decidera de l'évenement de cette
guerre. Je fuis Madame, vôtre , &c.
AParis ce 4. May 1710
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Résumé : Affaires de France. [titre d'après la table]
Le texte aborde la situation des affaires militaires sans fournir de détails précis, en raison de l'évolution rapide des informations. Les personnes impliquées décrivent la situation selon leur tempérament : les timides expriment toujours des craintes, les fanfarons exagèrent, et les séditieux dramatisent. La véritable situation reste donc méconnue, et un événement peut rapidement modifier le cours des choses. L'auteur assure que les troupes du roi, une fois rassemblées, seront nombreuses, bien équipées et ne manqueront de rien. Le succès dépendra alors de la force militaire. La lettre est datée du 4 mai 1710.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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226
p. 160-187
Benefices donnez dans la dernière Promotion, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à l'Article des Benefices donnez par la Roy dans la [...]
Mots clefs :
Bénéfices donnés, Roi, Promotion, Abbayes, Ordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benefices donnez dans la dernière Promotion, [titre d'après la table]
Je passe à
l' Article des Benefices donnez par le Roy dansla
derniere Promotion, & je
commence à l'ordinaire par
vous marquer ce que ceux qui
en ontelle pourvusont merité
ducosté de l'Eglise; car, ainj
que je vous ay (OU;O\.lrs marque
,
ce n'est ny aux services
ny à la naissance que le Roy
donne les Benefices; mais cela
ne m'empêche pas de vous parler ensuire de lanaissance&des
services de ceux qui sont distinguez par quelques endroits,
quoy que ce ne soit pas à ces
services & àcettenaissanceque
le Roy ait donné ces Benefices.
** S. M. a
donné l'Abbaye
de S. Sulpice, Ordre de Cifteaux
,
Diocese de Bellay, &
dépendante de Pontigny, à
Dom Languet Prieur de la Fer.
té, & frere de Mr le Comte de
RochefortConseiller
au Par-
lemenf de Bourgogne; de Mr
le Comte de Gergy
,
Gentilhomme ordinaire de Sa Majesté, & son Envoyé Extraordinaire prés du Grand Duc de
Toscane, & qui a
esté ci devant en la mêmequalité prés
des Ducs de Mantouë
,
de
Parme, de Wirtemberg
,
& de
plusieurs autres Princes & Etats
de l'Empire en Allemagne. Il
est aussï frere de Mr le Baron
de Montigny, Colonel de Cuirassiersau service de Monsieur
l'Eleveur de Baviere ;
de Mr
l'AbbéLanguet, Vicaire de
la Paroisse de S. Sulpice, & de
Mr l'Abbé de Coetmaloin
Aumônier de Madame la Duchesse de Bourgogne, & grand
Vicaire de l'Evêché d'Autun,
actuellement à Moulins.
Dom Languet est Docteur
de Sorbonne. Il est très- confideré, & aimé dans son Ordre.
Le feu Abbé de laFertéen faisoit tant de cas qu'il le fie
Prieur de cette Abbaye, & il
a
dit plusieurs fois qu'il desiroit fort qu'il luy fuccedaft.
Cet Abbé estant mort il y a
environ cinq mois, on a procedé à l'élection, & de vingtdeux voix Dom Lai)cyuctcii.,,,i
eu dix pour luy, & celuy qui
estoit Abbé de Saint Sulpice
en a eu douze, & par consequent estant élu Abbé de la
Ferré, l'Abbaye de S. Sulpice
qu'ilpossedoit & qui est à la
nomination du Roy, estant
vacante, Sa Majesté y a
nommé
Dom Languet.
Languer Hubert,- Ministred'Etat d'AugusteDuc deSaxe,
naquit enBourgogne en ij18,
à Viteaux
,
dont estoit GDUverneurson pere Germain Languet, Gentilhomme d'une an- -
cienne famille de l'Autunnois.
Le desir de voyager l'engagea
dés sa jeunesse à passer en Allemagne
,
où il s'attacha à sa
personne & aux sentimens de
Melancthon
;
Auguste ayant
èonnu (on esprit & son habileté pour les négociations se fit
un plaisir de les mettre enœuvre ;
il l'envoya deux fois en
France auprès de Charles IX.
& le fit son Plenipotentiaire à
la Paix de Stetin
,
lorsque cet
Electeur eut esté choisi avec
d'autres Princes pour Médiateur entre les Suédois & les
Moscovites
;
enfin il le retint
en son Conseil pour estlre plus
à portée de le consulter
; Lan-
guet donna dans toutes ces occassons des preuves de son habileté; mais dans la suite mécontent de ce qu'on le foupçonnoit d'avoir voulu répandre en Saxe la doctrine de
Zuingle
,
il se retira de cette
Cour en 1577.le célébré Guillaume Prince d'Orange l'attira
prés de luy, & te servir utilement des conseils de Languer,
qui mourut entre les bras de ce
Prince en 1581. à Anvers ou
il sur enterré. Il avoit eu deux
freres
,
l'un Claude Languet
Seigneur de Saint COrine, qui
s'attacha à lu Cour de la Reine
Catherine de Medicis, & l'autre Guy Languet qui fut Chancelier de Savoye. La famille du
premier subsiste
encore en
Bourgogne avec distinction,
dans les enfans de Denys Languer Seigneur de Rochefort,
Baron de Saffres & Gergy, &c..
Procureur General au Parlement de Dijon. La vie d'Hubert Languet a
esté imprimée
à Hall en Saxe, en 1700. L'on
y a
imprime en mesme temps
un Recueil de Lettres Secrettes
qui regardent ses négociations;
on a
aussi de luy un volume
des Lettres Latines à Camera-
rius,imprime pour la dernière
fois
a
Leipsic, un autre des Let.
tres au Chevalier Sydney fils
du Viceroy d'Irlande,imprime
en 1646.chez Elzewir, une
Relation de l'expedirion d'Augustede Saxe contre Guillaume
Grumbach, & les Revolrez de
cette Province; une Harangue
Françoise à Charles 1 X. Outre
l'ouvrage intitulé, Vindicia contra Ty annos
3
fous le nom de
Stephanusjunius Brutus, Libelle
fameux dont l'Auteur a
esté si
long temps inconnu, & un
Discours des Etats de l'Empire
qui n'a jamais esté imprinlé:
on
on luy attribuë aussi une Apologie pour, Guillaume Prince
d'Orange contre leBan& Edit
du Roy d' Espigne.Joach.Cetmerarius in njitd ph. Aîelanctbonis; Jacq. Auguste de Thou,
L. 74- de son Histoire. Dupleffis Mornay
,
Préfacé de l edir.
latinc du Livre dela Véritable
Religion: Bodinus Dærnon. l. z.
t. C.Jian. VolsPresace des Annales de GuaguinEdit.lar. Gerard Jean Vossius dans la Vie
de Fabien Burgrave de DonaJ
&c. Mr Biyle,Dissertacion sur
le Livre de Stephanus Junïus
I
Brurus.
Sa Majesté ayant esté inforlnée que Dom Perdu Religieux
Profex de l'Abbayedu Gard,
Ordre de Cîceaux, Diocese
d'Ârokns, & Prieurde l'Abbaye de la RIVOUX, de la £lia—
tionde Clevaux depuis qu'il
aembrassé la vie. Monastique,
,
y a
toûjours vécu avec beaucoup de pieré ,-de respict 5C
de sourmssion aux vo docez de
ses Supérieurs
,
d'humilité & 1
de tendresse pour ses Confreres
,
d'amour Se de douceur
envers ceux donc la conduire
luya esté confiée,qu'il
a
passé j
par toutes les chai gc5 deson
Ordre, dans l'exercice dequelles il a
pendant vingt années,
donné des preuves d'une bonne conduite
,
en ayant remply
les devoirs avec toute l'édification, la modesselavigilance,
l'exactitude
,
& la modération
possibles, & convenables à son
état
,
qu'il s'est acquis l'estime
&la consideration de tous ceux
dont il estoit connu, & qu'il
estoit tres capable de remplir
les premieres dignitez de ton
Ordre,l'Abbaye de la GraceDieu du mesme Ordre au
Diocese de Bezançon en Franche-Comté, étant venue à
va-
quer par la mort de Dom Claude François Jou ff oy de Noütllard dernier Abbé, le Roy a
honoré de son choix Dom
Louis Perdu. & l'a nommé à
cette Abbaye. Il estfilsdeMre
Augustin Perdu, & de Dame
Funçoise Lagrené des plusanciennes familles de la Ville d'Amiens,&alliées aux Maisons
les r'u, con fiderables de lamême Ville.
Du costé de son pere, il cft
petit
- neveu de Mis Perdu
Avocats d-ilin-Tuez par leur
merice
,
qui oac excellé dans
leur profession & se [ont,ftC-
quis l'estime & la consideration de toute la Province.
Il est cousin germain deMr
PerduAvocat de la Ville d Amiens, l'un des plus beaux
genies de son temps, qui s'est
ddhngué par son éloquence
& par sa grande érudition, ÔC
qui Lit mort à la stur de sort
âge, regrettélde1 -
tous ceux qui
l'ontconnu.
Il elt aussi cousin de Mr Perdu Tresorier de France de la
même Ville, qui estoit fils de
Mr Perdu Bailly d'Eu.
* Du costé de Me sa mere il
estpetit-neveu de DameMa-
delainePezé, qui estoitundes
plus beaux génies de son sexe,
& de son siecle, laquelle après
avoir mis la Reforme dans
l'Abbaye de Maubuisson Ordre de Cisteaux, & dans rrois
autres Maisons du même Ordrea esté nommée par feu
Giston Duc d'Orléans en
1640. à l'Abbaye de Voysins
pré, de cette Ville,& y
est morte en 1644 en très-bonne
odeur,ayant par savie & par ses
mœursédifiénon feulement les
encore toute la Province, &.
mérité les regrets de tous ceux
donc elleestoit connue. îfljr
<
Il cil arriere petit neveu dcÏ
Mre Francis Rose, qui fut
d'abord Licencié en Droit Canon & Civil, en suite Doyen
de la Cat hédrale. d' Amiens
,, d'où il estoit natifs,&Official
de l'Evêque du même heu, ôc.
qui fut enfin par son rare merite, & par sa pieté profonde
nommé par HenryIV. à l'E.
vêch-é d Orléans en ifyj. &;
qui mourut peu de temps après
regrettéde son Prince qui I 1-ior
noroit de ses bontez, ez de plufleurspersonnes de distinction,
Il a eu aussi pour grand 011-:
cle Mre Nicôlas Lagrené
,
qui*
futélûen1513.Abbédel'Abbaye de Saint Jean d'Amiens, i
Ordre des Chanoines Regu
-
liers de Premonstré
,
& fut
nommé en 1510. par François
I.à l'Evêché d'Ebron
,
& fait i
Suffragant de Mre François de -j
Halleuvin Evêque d'Amiens,
ilfut encore en 1522. élû Abj
bé du Mont Saint Martin, &
mourut le premier Juin1540.
Sa memoire a
esté si recommandable, qu'on a mis son
corps au milieu de la Nef de J
l'Eglise de ladite Abbaye de
SaintJean, fous une tombe de
marbre blanc, soutenuë pn fjx
lions, sur laquelle il est en re- lief couché accompagné de
quatre Anges aux quatre coins;
à l'entour de cette tombe sont
gravez ces mots:Nicolans Lagrene 1540. afifivabat domum
miam
,
& atria m~,atipsum
elegi mibi in filium. 1. i Paral.
t
Ila aussi pour parens, dans
I,E"I!cc) dans l'Epée,& dans
la Robbe
,
un grand nombre
de personnes de nlerite, &
d honneur.
L'AbbayedeS.Sigismonds
a
estédonnée à Me de la Lan-
de, fort estimée dans son Ordre,quoy que Jeune, ce qui
luy a
fait meriter
9
la nominanon du Roy Elle est proche
parente de Mr de la Lande,
ci-devant Colonel de Dragons
,o& Lieurenant général]
pour le Roy dans rOtleanois>
Employqu'ilaeu aprèsla morc^
de Mr le Marquis de la Lan ic
son pere. Le pere <5c le fils DAtl
îous- deux esté honorez du mrcj
de Lieutenans généraux des
Armées du Roy.
Me Carher
a eu
l'Abbaye]
de Blandecque Elle ^exercé
ks principales Charges de sa
Communauté, & toûjours au
gré & à la satisfactionde celles
quiluy estoient (eûmifcs. Elle
porte un nom respéctable dans
l'Eglise, de grands Serviteurs
de Dieu l'ayant porté dans les
deux derniers siecles. L'Abbaye de Blandecque est de l'Ordre de Cisteaux dans le Diocese
de
r
S
Celle
Orner*
de Mouchy
*
a
esté donnée à Me de Monbel de la Menardiere. Cette Dame joint à
une naifrlnce tres distinguée
une vertu qui luy a
souvent
attiré des éloges de ses Superieurs & qui luy a
procuré une
grande consideration dans son
0 dre. Elle a eu coûtes lesprincipales Charges de sa Communauté&elle les a
toujours exercées avec beaucoupde prudence. Elle a un genie superieur
& propre pour les plus grande> affaires. On affure qu'elle
a
fait des progrés surprenans
dans l étude des saintes Lettres.
Cette Abbaye est très ancimJ
ne, & edea eu depuis plusieurs
siecles une alliance de Confraternité avec celle de la Fcrfe,
Diocese de Nismes, & cellede
Goriau, Diocese de Lodeve.
Celle de laBuffiereàMcSe-
i"u deVillerault, qui a
estéélevée dans la Religion depuis sa
plus grande jiuncflè
;
de maniere qu'elle en a
prisde bonne heure l'espnt 6c les ITj;¡xi-,
mes Cette Abbayeestde Ordre de Cisteaux
,
dans le Docese de Bou gcs. Elle est fort
ancienne.
I Celle de Sainte Claire de
Sisteron
,
à
laquelle le Prieuré
de S. Pierre de Souribe
,
autrefois Abbaye, Diocese de Gap,
est uni, à Me de Salamarre de
Revis. L'Abbaye de Sainte
Claire est la trosiéme de ce
Diocese. Celles de Lure & de
~Croiiis sont les deux premieres, & cette derniere est unie
à lEvêché. MrThomassinEvêque de Sisteron
,
un des plus
dignes Prelats du Royaume,
avoit beaucoup d'rlhnle pour
feuë ~Me l'Abbesse de Sainte
Claire, & c'est sur son témoignage que le R>y a
nommé
celle-cy
,
qui joint à une naissance distinguée un merite &
une vertu connuë de toute la
Provence. Ellea iurrourbeau.
coc p
d habileté dans le goUJ
veiûemcnt Ecclesiastique,&il
y a peu de personnes qui s'y
ÍOltllt autant appliquees.
Le Prieuré de Saint Louis de
Rouen à Me de Pommerval
,
Religieuse du même Convent.
Savertu & son merite la distinguent beaucoup. Ellea~lOÛ"
jours accompli avec une fidelité bien édifiante les devoirs
Je son état depuis qu'elle est
dans la Religion; & elle y a
toûjours menéunevietrèspe-
~nitente & tres
-
retirée. On la
consulte de bien des endroits
sur les matieres de spiritualité
;
parcequ'onsçaitqu'elle a
sur
cela de grandes lumieres, &
une expérience de pl ufieursannées.Mrl'Archevêque dcT
Rouen l'estime beaucoup
,
&
c'est le témoignageque cePrélat a
rendu au Royen sa faveur qui a
déterminéce Prince
qui ne cherche dans les choix
qu'ilfait pour l'Eglise, que la
Vertu & lemerile,à luy dpn-
~Der cette ~Digniré. Elle ixfilla
quelquetempsàl' honneur que
SaMajestéluy faisoit,maisenfin des ordres absolus l'ontdeterminée à se charger d un fardeau qu'on a
jugé depuis longtemps n'estre pas rrop pesant
pour elle. Le Prieuré de Saint
Louis d. Rouen est tres -
ancien. Il està peu pté§ de lamê-
me ancienneté que l'Abbaye
de S. Amand qui ell dans la
même Ville, & que celle de
Gomerfontaine. Il a une affinité particuliereavecl'Abbaye
de Filles de Montiers Villiers
qui est dans le même Diocese.
C'est un usage de l'Antiquité
& des premiers Siecles de 1 Ordre Monastique que ces fortes.
de Confraternitez
:
elles formoientune union tres-étroite,
& les Monasteres ainsi liez se
fournissoient reciproquement
les secours spirituels & lestemporels
;
ils s'armoient même
quelquefois -
pour la ~dtffenfe
les unsdes autres; mais c'est sur
tout les Suffrages & les Prieres
que ces sortes d'unions avoient
pour objet principal, comme
le remarque le sçavant Pere
Mabillon, quia fait de si grandes recherches sur l'ordre Monastique.
Le Roy a
donnédepuis quelque temps un Canonicar qui
vacquoit dans l'Eglis Royale
& Collegiale de Nostre Dame
de Ville-neuve lez Avignon,à
Mr l'Abbé Ycard, Ecclesiastiqu.e d'un grand merite, &qui
a
toûjours fait une exacte profcŒoa des vertus & des devoirs
de son e(hc. Il est proche pirent du R. Pere Dom ~Variel
,
Prieur de la ChartreusedeVille neuve, & un des plus grands
sujets de son Ordre. Cet Abbé
est un grand Theologien,&il
estpeud'~Eccltsiftiques mieux
instruits que luy des Principes
de la Morale chrestienne. Il a.
d'autres talens qui luy font
auni beaucoup d'honneur.
l' Article des Benefices donnez par le Roy dansla
derniere Promotion, & je
commence à l'ordinaire par
vous marquer ce que ceux qui
en ontelle pourvusont merité
ducosté de l'Eglise; car, ainj
que je vous ay (OU;O\.lrs marque
,
ce n'est ny aux services
ny à la naissance que le Roy
donne les Benefices; mais cela
ne m'empêche pas de vous parler ensuire de lanaissance&des
services de ceux qui sont distinguez par quelques endroits,
quoy que ce ne soit pas à ces
services & àcettenaissanceque
le Roy ait donné ces Benefices.
** S. M. a
donné l'Abbaye
de S. Sulpice, Ordre de Cifteaux
,
Diocese de Bellay, &
dépendante de Pontigny, à
Dom Languet Prieur de la Fer.
té, & frere de Mr le Comte de
RochefortConseiller
au Par-
lemenf de Bourgogne; de Mr
le Comte de Gergy
,
Gentilhomme ordinaire de Sa Majesté, & son Envoyé Extraordinaire prés du Grand Duc de
Toscane, & qui a
esté ci devant en la mêmequalité prés
des Ducs de Mantouë
,
de
Parme, de Wirtemberg
,
& de
plusieurs autres Princes & Etats
de l'Empire en Allemagne. Il
est aussï frere de Mr le Baron
de Montigny, Colonel de Cuirassiersau service de Monsieur
l'Eleveur de Baviere ;
de Mr
l'AbbéLanguet, Vicaire de
la Paroisse de S. Sulpice, & de
Mr l'Abbé de Coetmaloin
Aumônier de Madame la Duchesse de Bourgogne, & grand
Vicaire de l'Evêché d'Autun,
actuellement à Moulins.
Dom Languet est Docteur
de Sorbonne. Il est très- confideré, & aimé dans son Ordre.
Le feu Abbé de laFertéen faisoit tant de cas qu'il le fie
Prieur de cette Abbaye, & il
a
dit plusieurs fois qu'il desiroit fort qu'il luy fuccedaft.
Cet Abbé estant mort il y a
environ cinq mois, on a procedé à l'élection, & de vingtdeux voix Dom Lai)cyuctcii.,,,i
eu dix pour luy, & celuy qui
estoit Abbé de Saint Sulpice
en a eu douze, & par consequent estant élu Abbé de la
Ferré, l'Abbaye de S. Sulpice
qu'ilpossedoit & qui est à la
nomination du Roy, estant
vacante, Sa Majesté y a
nommé
Dom Languet.
Languer Hubert,- Ministred'Etat d'AugusteDuc deSaxe,
naquit enBourgogne en ij18,
à Viteaux
,
dont estoit GDUverneurson pere Germain Languet, Gentilhomme d'une an- -
cienne famille de l'Autunnois.
Le desir de voyager l'engagea
dés sa jeunesse à passer en Allemagne
,
où il s'attacha à sa
personne & aux sentimens de
Melancthon
;
Auguste ayant
èonnu (on esprit & son habileté pour les négociations se fit
un plaisir de les mettre enœuvre ;
il l'envoya deux fois en
France auprès de Charles IX.
& le fit son Plenipotentiaire à
la Paix de Stetin
,
lorsque cet
Electeur eut esté choisi avec
d'autres Princes pour Médiateur entre les Suédois & les
Moscovites
;
enfin il le retint
en son Conseil pour estlre plus
à portée de le consulter
; Lan-
guet donna dans toutes ces occassons des preuves de son habileté; mais dans la suite mécontent de ce qu'on le foupçonnoit d'avoir voulu répandre en Saxe la doctrine de
Zuingle
,
il se retira de cette
Cour en 1577.le célébré Guillaume Prince d'Orange l'attira
prés de luy, & te servir utilement des conseils de Languer,
qui mourut entre les bras de ce
Prince en 1581. à Anvers ou
il sur enterré. Il avoit eu deux
freres
,
l'un Claude Languet
Seigneur de Saint COrine, qui
s'attacha à lu Cour de la Reine
Catherine de Medicis, & l'autre Guy Languet qui fut Chancelier de Savoye. La famille du
premier subsiste
encore en
Bourgogne avec distinction,
dans les enfans de Denys Languer Seigneur de Rochefort,
Baron de Saffres & Gergy, &c..
Procureur General au Parlement de Dijon. La vie d'Hubert Languet a
esté imprimée
à Hall en Saxe, en 1700. L'on
y a
imprime en mesme temps
un Recueil de Lettres Secrettes
qui regardent ses négociations;
on a
aussi de luy un volume
des Lettres Latines à Camera-
rius,imprime pour la dernière
fois
a
Leipsic, un autre des Let.
tres au Chevalier Sydney fils
du Viceroy d'Irlande,imprime
en 1646.chez Elzewir, une
Relation de l'expedirion d'Augustede Saxe contre Guillaume
Grumbach, & les Revolrez de
cette Province; une Harangue
Françoise à Charles 1 X. Outre
l'ouvrage intitulé, Vindicia contra Ty annos
3
fous le nom de
Stephanusjunius Brutus, Libelle
fameux dont l'Auteur a
esté si
long temps inconnu, & un
Discours des Etats de l'Empire
qui n'a jamais esté imprinlé:
on
on luy attribuë aussi une Apologie pour, Guillaume Prince
d'Orange contre leBan& Edit
du Roy d' Espigne.Joach.Cetmerarius in njitd ph. Aîelanctbonis; Jacq. Auguste de Thou,
L. 74- de son Histoire. Dupleffis Mornay
,
Préfacé de l edir.
latinc du Livre dela Véritable
Religion: Bodinus Dærnon. l. z.
t. C.Jian. VolsPresace des Annales de GuaguinEdit.lar. Gerard Jean Vossius dans la Vie
de Fabien Burgrave de DonaJ
&c. Mr Biyle,Dissertacion sur
le Livre de Stephanus Junïus
I
Brurus.
Sa Majesté ayant esté inforlnée que Dom Perdu Religieux
Profex de l'Abbayedu Gard,
Ordre de Cîceaux, Diocese
d'Ârokns, & Prieurde l'Abbaye de la RIVOUX, de la £lia—
tionde Clevaux depuis qu'il
aembrassé la vie. Monastique,
,
y a
toûjours vécu avec beaucoup de pieré ,-de respict 5C
de sourmssion aux vo docez de
ses Supérieurs
,
d'humilité & 1
de tendresse pour ses Confreres
,
d'amour Se de douceur
envers ceux donc la conduire
luya esté confiée,qu'il
a
passé j
par toutes les chai gc5 deson
Ordre, dans l'exercice dequelles il a
pendant vingt années,
donné des preuves d'une bonne conduite
,
en ayant remply
les devoirs avec toute l'édification, la modesselavigilance,
l'exactitude
,
& la modération
possibles, & convenables à son
état
,
qu'il s'est acquis l'estime
&la consideration de tous ceux
dont il estoit connu, & qu'il
estoit tres capable de remplir
les premieres dignitez de ton
Ordre,l'Abbaye de la GraceDieu du mesme Ordre au
Diocese de Bezançon en Franche-Comté, étant venue à
va-
quer par la mort de Dom Claude François Jou ff oy de Noütllard dernier Abbé, le Roy a
honoré de son choix Dom
Louis Perdu. & l'a nommé à
cette Abbaye. Il estfilsdeMre
Augustin Perdu, & de Dame
Funçoise Lagrené des plusanciennes familles de la Ville d'Amiens,&alliées aux Maisons
les r'u, con fiderables de lamême Ville.
Du costé de son pere, il cft
petit
- neveu de Mis Perdu
Avocats d-ilin-Tuez par leur
merice
,
qui oac excellé dans
leur profession & se [ont,ftC-
quis l'estime & la consideration de toute la Province.
Il est cousin germain deMr
PerduAvocat de la Ville d Amiens, l'un des plus beaux
genies de son temps, qui s'est
ddhngué par son éloquence
& par sa grande érudition, ÔC
qui Lit mort à la stur de sort
âge, regrettélde1 -
tous ceux qui
l'ontconnu.
Il elt aussi cousin de Mr Perdu Tresorier de France de la
même Ville, qui estoit fils de
Mr Perdu Bailly d'Eu.
* Du costé de Me sa mere il
estpetit-neveu de DameMa-
delainePezé, qui estoitundes
plus beaux génies de son sexe,
& de son siecle, laquelle après
avoir mis la Reforme dans
l'Abbaye de Maubuisson Ordre de Cisteaux, & dans rrois
autres Maisons du même Ordrea esté nommée par feu
Giston Duc d'Orléans en
1640. à l'Abbaye de Voysins
pré, de cette Ville,& y
est morte en 1644 en très-bonne
odeur,ayant par savie & par ses
mœursédifiénon feulement les
encore toute la Province, &.
mérité les regrets de tous ceux
donc elleestoit connue. îfljr
<
Il cil arriere petit neveu dcÏ
Mre Francis Rose, qui fut
d'abord Licencié en Droit Canon & Civil, en suite Doyen
de la Cat hédrale. d' Amiens
,, d'où il estoit natifs,&Official
de l'Evêque du même heu, ôc.
qui fut enfin par son rare merite, & par sa pieté profonde
nommé par HenryIV. à l'E.
vêch-é d Orléans en ifyj. &;
qui mourut peu de temps après
regrettéde son Prince qui I 1-ior
noroit de ses bontez, ez de plufleurspersonnes de distinction,
Il a eu aussi pour grand 011-:
cle Mre Nicôlas Lagrené
,
qui*
futélûen1513.Abbédel'Abbaye de Saint Jean d'Amiens, i
Ordre des Chanoines Regu
-
liers de Premonstré
,
& fut
nommé en 1510. par François
I.à l'Evêché d'Ebron
,
& fait i
Suffragant de Mre François de -j
Halleuvin Evêque d'Amiens,
ilfut encore en 1522. élû Abj
bé du Mont Saint Martin, &
mourut le premier Juin1540.
Sa memoire a
esté si recommandable, qu'on a mis son
corps au milieu de la Nef de J
l'Eglise de ladite Abbaye de
SaintJean, fous une tombe de
marbre blanc, soutenuë pn fjx
lions, sur laquelle il est en re- lief couché accompagné de
quatre Anges aux quatre coins;
à l'entour de cette tombe sont
gravez ces mots:Nicolans Lagrene 1540. afifivabat domum
miam
,
& atria m~,atipsum
elegi mibi in filium. 1. i Paral.
t
Ila aussi pour parens, dans
I,E"I!cc) dans l'Epée,& dans
la Robbe
,
un grand nombre
de personnes de nlerite, &
d honneur.
L'AbbayedeS.Sigismonds
a
estédonnée à Me de la Lan-
de, fort estimée dans son Ordre,quoy que Jeune, ce qui
luy a
fait meriter
9
la nominanon du Roy Elle est proche
parente de Mr de la Lande,
ci-devant Colonel de Dragons
,o& Lieurenant général]
pour le Roy dans rOtleanois>
Employqu'ilaeu aprèsla morc^
de Mr le Marquis de la Lan ic
son pere. Le pere <5c le fils DAtl
îous- deux esté honorez du mrcj
de Lieutenans généraux des
Armées du Roy.
Me Carher
a eu
l'Abbaye]
de Blandecque Elle ^exercé
ks principales Charges de sa
Communauté, & toûjours au
gré & à la satisfactionde celles
quiluy estoient (eûmifcs. Elle
porte un nom respéctable dans
l'Eglise, de grands Serviteurs
de Dieu l'ayant porté dans les
deux derniers siecles. L'Abbaye de Blandecque est de l'Ordre de Cisteaux dans le Diocese
de
r
S
Celle
Orner*
de Mouchy
*
a
esté donnée à Me de Monbel de la Menardiere. Cette Dame joint à
une naifrlnce tres distinguée
une vertu qui luy a
souvent
attiré des éloges de ses Superieurs & qui luy a
procuré une
grande consideration dans son
0 dre. Elle a eu coûtes lesprincipales Charges de sa Communauté&elle les a
toujours exercées avec beaucoupde prudence. Elle a un genie superieur
& propre pour les plus grande> affaires. On affure qu'elle
a
fait des progrés surprenans
dans l étude des saintes Lettres.
Cette Abbaye est très ancimJ
ne, & edea eu depuis plusieurs
siecles une alliance de Confraternité avec celle de la Fcrfe,
Diocese de Nismes, & cellede
Goriau, Diocese de Lodeve.
Celle de laBuffiereàMcSe-
i"u deVillerault, qui a
estéélevée dans la Religion depuis sa
plus grande jiuncflè
;
de maniere qu'elle en a
prisde bonne heure l'espnt 6c les ITj;¡xi-,
mes Cette Abbayeestde Ordre de Cisteaux
,
dans le Docese de Bou gcs. Elle est fort
ancienne.
I Celle de Sainte Claire de
Sisteron
,
à
laquelle le Prieuré
de S. Pierre de Souribe
,
autrefois Abbaye, Diocese de Gap,
est uni, à Me de Salamarre de
Revis. L'Abbaye de Sainte
Claire est la trosiéme de ce
Diocese. Celles de Lure & de
~Croiiis sont les deux premieres, & cette derniere est unie
à lEvêché. MrThomassinEvêque de Sisteron
,
un des plus
dignes Prelats du Royaume,
avoit beaucoup d'rlhnle pour
feuë ~Me l'Abbesse de Sainte
Claire, & c'est sur son témoignage que le R>y a
nommé
celle-cy
,
qui joint à une naissance distinguée un merite &
une vertu connuë de toute la
Provence. Ellea iurrourbeau.
coc p
d habileté dans le goUJ
veiûemcnt Ecclesiastique,&il
y a peu de personnes qui s'y
ÍOltllt autant appliquees.
Le Prieuré de Saint Louis de
Rouen à Me de Pommerval
,
Religieuse du même Convent.
Savertu & son merite la distinguent beaucoup. Ellea~lOÛ"
jours accompli avec une fidelité bien édifiante les devoirs
Je son état depuis qu'elle est
dans la Religion; & elle y a
toûjours menéunevietrèspe-
~nitente & tres
-
retirée. On la
consulte de bien des endroits
sur les matieres de spiritualité
;
parcequ'onsçaitqu'elle a
sur
cela de grandes lumieres, &
une expérience de pl ufieursannées.Mrl'Archevêque dcT
Rouen l'estime beaucoup
,
&
c'est le témoignageque cePrélat a
rendu au Royen sa faveur qui a
déterminéce Prince
qui ne cherche dans les choix
qu'ilfait pour l'Eglise, que la
Vertu & lemerile,à luy dpn-
~Der cette ~Digniré. Elle ixfilla
quelquetempsàl' honneur que
SaMajestéluy faisoit,maisenfin des ordres absolus l'ontdeterminée à se charger d un fardeau qu'on a
jugé depuis longtemps n'estre pas rrop pesant
pour elle. Le Prieuré de Saint
Louis d. Rouen est tres -
ancien. Il està peu pté§ de lamê-
me ancienneté que l'Abbaye
de S. Amand qui ell dans la
même Ville, & que celle de
Gomerfontaine. Il a une affinité particuliereavecl'Abbaye
de Filles de Montiers Villiers
qui est dans le même Diocese.
C'est un usage de l'Antiquité
& des premiers Siecles de 1 Ordre Monastique que ces fortes.
de Confraternitez
:
elles formoientune union tres-étroite,
& les Monasteres ainsi liez se
fournissoient reciproquement
les secours spirituels & lestemporels
;
ils s'armoient même
quelquefois -
pour la ~dtffenfe
les unsdes autres; mais c'est sur
tout les Suffrages & les Prieres
que ces sortes d'unions avoient
pour objet principal, comme
le remarque le sçavant Pere
Mabillon, quia fait de si grandes recherches sur l'ordre Monastique.
Le Roy a
donnédepuis quelque temps un Canonicar qui
vacquoit dans l'Eglis Royale
& Collegiale de Nostre Dame
de Ville-neuve lez Avignon,à
Mr l'Abbé Ycard, Ecclesiastiqu.e d'un grand merite, &qui
a
toûjours fait une exacte profcŒoa des vertus & des devoirs
de son e(hc. Il est proche pirent du R. Pere Dom ~Variel
,
Prieur de la ChartreusedeVille neuve, & un des plus grands
sujets de son Ordre. Cet Abbé
est un grand Theologien,&il
estpeud'~Eccltsiftiques mieux
instruits que luy des Principes
de la Morale chrestienne. Il a.
d'autres talens qui luy font
auni beaucoup d'honneur.
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Résumé : Benefices donnez dans la dernière Promotion, [titre d'après la table]
Le texte traite de la promotion de bénéfices ecclésiastiques accordés par le roi, soulignant que ces nominations ne sont pas basées sur les services ou la naissance, mais sur les mérites ecclésiastiques. Plusieurs nominations sont mentionnées, notamment celle de Dom Languet à l'Abbaye de Saint-Sulpice, Ordre de Cîteaux, Diocèse de Bellay. Dom Languet est décrit comme un homme respecté et confié dans son ordre, et frère de plusieurs personnalités influentes. Le texte détaille également la vie et les réalisations de Languer Hubert, un ministre d'État d'Auguste Duc de Saxe, connu pour ses habilités en négociations et ses écrits. D'autres nominations incluent Dom Perdu à l'Abbaye de la Grâce-Dieu en Franche-Comté, Me de la Lande à l'Abbaye de Saint-Sigismond, Me de Salmarre de Revis à l'Abbaye de Sainte Claire de Sisteron, et Me de Pommerval au Prieuré de Saint Louis de Rouen. Ces personnes sont louées pour leurs vertus, leurs mérites et leurs contributions à leurs ordres respectifs. Le texte mentionne également des alliances de confraternité entre certaines abbayes et des usages monastiques anciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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227
s. p.
PREFACE.
Début :
Par où commencer ma Preface ? quel caractere prendrai-je ? [...]
Mots clefs :
Préface, Charge, Roi, Mes amusements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREFACE.
PREFACE.
PAroùcommencer ma
Preface? quel caractere
prendrai-je? le serieuxou
le comique. UnePreface
serieuse à la teste d'un
Mercure Galant, c'est
s'engager par écrit à ennuyer
le Public toute
annee; mais aussi une
Préfacé comique promet
un Livre de même
,
c'est
trop promettre, & l'on
n'est jamais moins réjoüissant
que quand on
a promis de l'estre.
Quel parti prendre? Il
est bien triste d'ennuyer
d'honnestes gens & tresdifficile
de les réjoüir. Il
faut pourtant caracteriser
une Préface;elle doit
annoncerparsoncaractere
celuy du Livre & de
l'Auteur; c'estce quime
fait trembler. Lesconsequencesqu'on
tire d'une
Preface décident quelquefois
de la réüssice du
Livre. Il faut si peu de
chose pour prévenir les
hommes
, & la prévention
a tant de part à leurs
décidons !
Macrainte redouble:
le choix d'un caractere
me tiens en suspens ; tirons
parti de cette incertitude.
Ouy., mon incertitude
me détermine, ôc
puisqu'une Préface tire à
consequenceje me déter
mine à n'en point faire.
Point de Préfacé,s'écriera-
t-on ! Il en faut
une; on s'y attends:vous
nous la -devez. J'enconviens;
l'einploy dont on
111a chargéest une espece
de Charge publique.
Ilfaut enfin que je me
fkffe recevoir Auteur à
la tête du Mercure Ga"
lant, & c'est par une
humble Préfacé qu'un
Auteur doit prêter serment
entre les mains du
Publicqu'il travaillera fidellement
à luy plaire.
Je jure que j'y tâcheray:
ceux qui font ferment de
plaire sont Cujets à fausser
leur ferment.
VnAuteur efi bien embarraJJéàlatejfc
defion
Livre: il ne fiait quelle
contenance tenir. J'tlfait
lefietonfefiaita rabattre
safierté; s'il affecte de t
s'humilier, on le méprifl;
s'ilditqueson travailfera
merveilleux, on n'en croit
rien;s'il dit que cejlpeu
de chose, on le croitfurfa
parole.Neparlera-t-il
point de Jes Ouvrages j
la dure neceJlitépour un
Auteur.
J'en juge par moy-même.
Je n'ay pû m'empêcher
de citer icy un article
de mes Amusements
sérieux&comiques.Mais
puisquej'ay tant fait que
de franchir les bornes de
la modestie, disons que
ce Livre a eu de la reiiilîte.
Peut-être que celapréviendra
en faveur de
celui-ci. Peut-être aussi
que cela luy fera tort;
On s'attendra à trouver
dans celui-ci certain air
ncuf& original qui a plû
dans l'autre: & c'est ce
quon ne trouvera point
icy. J'estois Auteur dans
mes Amusements; mais
dans un Mercure, je ne
puis estre qu'un Compilateur
de bons ou de
mauvais matériaux,tels
quon me les fournira.
Onn'en doit attendre de
moy que le choix & l'arrangement.
Ce qu'on
pourrait exiger est un
long Avant-propos que
j'ay resolu de ne point
faire, &: ce qui vous paroîtra
singulier, plus j'ay
de choses à vous dire
pour vousmettre aufait
de mon Ouvrage, &:
plus il est à propos que je
retranche ma Preface.
Ceparadoxe affecté est
en effet tres-singulier;
dira malignement ua
Critique:à cette singularité
je reconnois eneen
re l'Auteur des Amust
ments.
Je n'affecte jamais d'.J
tre singulie,& le bon
sens seul m'éloigne icy
de l'usage ordinaire. Il
me viendra tant de sujets
à traiter que je n'en prévois
pas la difference.
Quel ordre puis- je vous
promettre la-dessus.
Il est donc plus sensé
d'attendre que chaque
sujet s'offrant à moy, fasse
naître les reflexions
qui lui conviennent. Mes
reflexions seront plusjustes
& moins ennuyeuses
séparément, que si je les
faisois ici toutes ensembles.
Je vous promets
donc à chaque Article
un petit préambule : il
ne tiendra qu'à vous de
l'appeller Preface. Ainsi,
pour peu que mes préambules
soient ennuyeux;
vous aurez plus de Préfaces
que vous ne voudrez.
On a jugé à propos
que je misse au commencement
de mon Mercu.
re le Placet en vers que
j'ay eu l'honneur depresenter
au Roy. Je ne
vous le donne que comme
un simple badinage,
& je dois dire icy pour
l'intelligence de ce Placet,
que le Roy qui sçait
jetter les yeux sur les
plus petites choses, sans
perdre de vûë les plus
grandes, a souvent daignés'amuser
demesOuvrages.
PAroùcommencer ma
Preface? quel caractere
prendrai-je? le serieuxou
le comique. UnePreface
serieuse à la teste d'un
Mercure Galant, c'est
s'engager par écrit à ennuyer
le Public toute
annee; mais aussi une
Préfacé comique promet
un Livre de même
,
c'est
trop promettre, & l'on
n'est jamais moins réjoüissant
que quand on
a promis de l'estre.
Quel parti prendre? Il
est bien triste d'ennuyer
d'honnestes gens & tresdifficile
de les réjoüir. Il
faut pourtant caracteriser
une Préface;elle doit
annoncerparsoncaractere
celuy du Livre & de
l'Auteur; c'estce quime
fait trembler. Lesconsequencesqu'on
tire d'une
Preface décident quelquefois
de la réüssice du
Livre. Il faut si peu de
chose pour prévenir les
hommes
, & la prévention
a tant de part à leurs
décidons !
Macrainte redouble:
le choix d'un caractere
me tiens en suspens ; tirons
parti de cette incertitude.
Ouy., mon incertitude
me détermine, ôc
puisqu'une Préface tire à
consequenceje me déter
mine à n'en point faire.
Point de Préfacé,s'écriera-
t-on ! Il en faut
une; on s'y attends:vous
nous la -devez. J'enconviens;
l'einploy dont on
111a chargéest une espece
de Charge publique.
Ilfaut enfin que je me
fkffe recevoir Auteur à
la tête du Mercure Ga"
lant, & c'est par une
humble Préfacé qu'un
Auteur doit prêter serment
entre les mains du
Publicqu'il travaillera fidellement
à luy plaire.
Je jure que j'y tâcheray:
ceux qui font ferment de
plaire sont Cujets à fausser
leur ferment.
VnAuteur efi bien embarraJJéàlatejfc
defion
Livre: il ne fiait quelle
contenance tenir. J'tlfait
lefietonfefiaita rabattre
safierté; s'il affecte de t
s'humilier, on le méprifl;
s'ilditqueson travailfera
merveilleux, on n'en croit
rien;s'il dit que cejlpeu
de chose, on le croitfurfa
parole.Neparlera-t-il
point de Jes Ouvrages j
la dure neceJlitépour un
Auteur.
J'en juge par moy-même.
Je n'ay pû m'empêcher
de citer icy un article
de mes Amusements
sérieux&comiques.Mais
puisquej'ay tant fait que
de franchir les bornes de
la modestie, disons que
ce Livre a eu de la reiiilîte.
Peut-être que celapréviendra
en faveur de
celui-ci. Peut-être aussi
que cela luy fera tort;
On s'attendra à trouver
dans celui-ci certain air
ncuf& original qui a plû
dans l'autre: & c'est ce
quon ne trouvera point
icy. J'estois Auteur dans
mes Amusements; mais
dans un Mercure, je ne
puis estre qu'un Compilateur
de bons ou de
mauvais matériaux,tels
quon me les fournira.
Onn'en doit attendre de
moy que le choix & l'arrangement.
Ce qu'on
pourrait exiger est un
long Avant-propos que
j'ay resolu de ne point
faire, &: ce qui vous paroîtra
singulier, plus j'ay
de choses à vous dire
pour vousmettre aufait
de mon Ouvrage, &:
plus il est à propos que je
retranche ma Preface.
Ceparadoxe affecté est
en effet tres-singulier;
dira malignement ua
Critique:à cette singularité
je reconnois eneen
re l'Auteur des Amust
ments.
Je n'affecte jamais d'.J
tre singulie,& le bon
sens seul m'éloigne icy
de l'usage ordinaire. Il
me viendra tant de sujets
à traiter que je n'en prévois
pas la difference.
Quel ordre puis- je vous
promettre la-dessus.
Il est donc plus sensé
d'attendre que chaque
sujet s'offrant à moy, fasse
naître les reflexions
qui lui conviennent. Mes
reflexions seront plusjustes
& moins ennuyeuses
séparément, que si je les
faisois ici toutes ensembles.
Je vous promets
donc à chaque Article
un petit préambule : il
ne tiendra qu'à vous de
l'appeller Preface. Ainsi,
pour peu que mes préambules
soient ennuyeux;
vous aurez plus de Préfaces
que vous ne voudrez.
On a jugé à propos
que je misse au commencement
de mon Mercu.
re le Placet en vers que
j'ay eu l'honneur depresenter
au Roy. Je ne
vous le donne que comme
un simple badinage,
& je dois dire icy pour
l'intelligence de ce Placet,
que le Roy qui sçait
jetter les yeux sur les
plus petites choses, sans
perdre de vûë les plus
grandes, a souvent daignés'amuser
demesOuvrages.
Fermer
Résumé : PREFACE.
L'auteur de la préface exprime d'abord son dilemme quant au ton à adopter, oscillant entre sérieux et comique, afin d'éviter d'ennuyer ou de décevoir le public. Il souligne la complexité de rédiger une préface, qui doit révéler le caractère du livre et de l'auteur, et peut influencer le succès de l'ouvrage. L'auteur avoue son incertitude et décide finalement de ne pas écrire de préface, bien qu'il reconnaisse que cela soit attendu de lui. Il compare sa situation à celle d'un auteur embarrassé par la rédaction de sa préface, soulignant les risques de se vanter ou de s'humilier. L'auteur mentionne un de ses ouvrages précédents, 'Amusements sérieux et comiques', dont il cite un article. Il explique que dans le Mercure Galant, il ne peut être qu'un compilateur de matériaux. Il refuse de rédiger un long avant-propos et préfère que chaque sujet traité dans le livre soit introduit par un petit préambule. Enfin, il conclut en mentionnant l'ajout d'un placet en vers adressé au roi, présenté comme un simple badinage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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228
s. p.
PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
Début :
Plaise au Roy, par Brevet, vouloir autoriser, [...]
Mots clefs :
Roi, Apollon, Mercure, Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
PLACET
AUROY.
POUR LE PRIVILEGE
du Mercure Galant.
Plaije auRoy,parBrt
'Vtt, vouloirautoriser,
LePrivilege ancien que
fay de tamufer.
Tlai/e à ma Mufe au/fi
d'être badine&fage.
Plaist à moy3 me bornant
auprudentbadinagef
De nepasressemblerà ces
fouxferieux,
Qui veulentpenetrerjufqu'auxfecretsdesDieux.
De louersansjlater3 de
blâmersans médire,
D*êtrelibresansmoubier
,Polnt ridicule enfaisant
rtre
Etserieuxsansennuyer.
Enunmotplaife au Roy,
quejetâche a luyplaire,
Maissur tout plaise au
Boy mon desir de bien
faire.
slassè auRoy mon Mer
cure,& de-las'enjitivra
Qtiauxgens de bon cJPrit
mon Mercureplaira.
Ilaplûà saMajesté
de m'accorder le Privilege
que je luy demandois
; plaise à Apollon
m'inspirer quelques vers
dignes de ma reconnois
sance & de mon zele.
Hier me promenant
dans les Bosquets de
Marly, je les pris pour
ceux du Parnasse. Je crus
y voir Apollon, je m'imaginay
estre Mercure,
& voicy la Scene qui fè
passa entre Apollon &
moy.
AUROY.
POUR LE PRIVILEGE
du Mercure Galant.
Plaije auRoy,parBrt
'Vtt, vouloirautoriser,
LePrivilege ancien que
fay de tamufer.
Tlai/e à ma Mufe au/fi
d'être badine&fage.
Plaist à moy3 me bornant
auprudentbadinagef
De nepasressemblerà ces
fouxferieux,
Qui veulentpenetrerjufqu'auxfecretsdesDieux.
De louersansjlater3 de
blâmersans médire,
D*êtrelibresansmoubier
,Polnt ridicule enfaisant
rtre
Etserieuxsansennuyer.
Enunmotplaife au Roy,
quejetâche a luyplaire,
Maissur tout plaise au
Boy mon desir de bien
faire.
slassè auRoy mon Mer
cure,& de-las'enjitivra
Qtiauxgens de bon cJPrit
mon Mercureplaira.
Ilaplûà saMajesté
de m'accorder le Privilege
que je luy demandois
; plaise à Apollon
m'inspirer quelques vers
dignes de ma reconnois
sance & de mon zele.
Hier me promenant
dans les Bosquets de
Marly, je les pris pour
ceux du Parnasse. Je crus
y voir Apollon, je m'imaginay
estre Mercure,
& voicy la Scene qui fè
passa entre Apollon &
moy.
Fermer
Résumé : PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
L'auteur demande au roi un privilège pour le Mercure Galant, souhaitant un ton badin et sage. Il veut louer sans flatter, blâmer sans médire, être libre sans ridicule et sérieux sans ennui. Le roi accorde le privilège. Inspiré par Marly, l'auteur imagine une rencontre avec Apollon, se voyant comme Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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229
p. 121-141
AUTRES NOUVELLES de Juillet.
Début :
De Paris le 3. Juillet. LE 2. JUILLET, le Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Parlement, Évêché, Toulouse, Montmorin, Martyrs, Cardinal, Abbaye, Maréchal, Conversion, Paris, Versailles, Agde
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texteReconnaissance textuelle : AUTRES NOUVELLES de Juillet.
AUTRES NOUVELLES
Ac Juillet.
De Parie le Juillet.
Lei. JUILLET, leRoy
a donné à Mr le Maréchal
de Villars, les Gouvernements
desVilles,Pays3 &,
Evêchez de Metz, ôc-de
Verdun, & de la Citadelle
de la première deces Villes.
Ces Gouvernementsvacquoient
par la mort deMr
dejoyeuse.
DeParùlej.juillet.
LE 3. JUILLET, Monsieur
le Cardinal de Jansonn,
Grand-Aumônier de
France, administra les ceremoniesdu
Baptême a
Monsieur le Duc de Chartres.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne fut le Parrain,
& Madame, la Marraine;
ils le nommèrent LOUIS.
Mademoisellede Valois
reçut aum les cérémonies
du Baptême.
Elle fut tenuë par Monseigneur
le Duc de Berry,
&: par Mademoiselle qui
la nommerent Charlotte-
Aglaé.
A l'occauon du nom
,d'Aglaé:l je diray deux mots
de la conversion de cette
Sainte,parce que cette conversionest
fort singuliere,
& peu connue Mr l'Abbé
Fleury en parle dans son
Histoire de l'Eglise.
- Je vous donne cette Di.
gression historique, seulement
comme un essay des
soins queje prendray pour
varier mes nouvelles. Je
saisiray la moindre occasion
: le nom d'une Ville
ou d'une Famille suffira
pour me faire citer quel
-
questraitscurieux ou d'histoireoud'érudition.
Enun
mot avec le temps je vous
donneray millechoses que
je ne vous promets point;
mais pour me dédommager
jemanquerayquelquefois
à vous donnerce queje
vous auray promis.
CONVERSIOND'AGLAE
AGlaé, Dame Romaine
,
fille d'Alsace
,
qui avoitesléProconsul,
& si riche quelleavoit
un grand nombre d'Intendarits,
trouva tant de
méritéa Fund'eux, quelle
l'aima passionément,
f5 réfiolut de l'époufer.
rUnefeule difficultél'arressoit.
Cet Intendtlnt qui
avoit nom BonavenrureMépriroitfortles
Chre-
Jïiens que l'onperfecutoit
alors en Oriént. Àglaé au
contraire
> ne parloit au
jeune Pajen que de laferveur
des Chrestiens pour
le Dieu qu'ils adoroient.
Elle luy ordonnad'aller
luy-même en Orient, f5
de Imy apporter des Reli
ques de ces Saints Martyrs
dontonparIcittant a
Rome) & IUJI déclara
quellene repoujeroitpoine
qu'il ne lujen eutappor-
,
té. luy en eut appor-
Bonaventurefut forcé
d'obeir.AglaéluYdonna
des équipagesr/Jagnijiques,
ê5 des parfumspour
embaumer un de ces corps
Saints quelle vouloitvoiy
ahfolur/Jellt. Bonaventure
part;Aglaé¡¡ttendJon
retour avec impatience;
elle ne doute point qu'il
ne revienne Chretlien dés
quil aura vu ce nombre'
infini de Martyrs.Bonaventure
arrive dans la
* ville de Tharfi
,
e5 voit
en effet tant de Martyrs
& tant de miracles, quetouché
de ces grands cxemples
3
il voulut les
suivre.IlfutJepresenter
au Tyran j il se déclara
Cbreftien, eS ilfutlivré
aux tourments,ou avant
que d'expirer il ordonna
à Ces gens de porter fort
corps a Aglaepouracheverde
la convertir.
Cela fut executé; le
Cc(o)rrtetgeegearrivaaRRoommee'
avec la mêmepompe qu -
jigléavoit ordonnée pour
apporter le corps d'un
Martyr. Dti, plus- loinquelle
le vit, trarjortée
dejoyeelle courut au devant
des Reliques qu'elle
attendott ; mais trouvant
à leur place celuy quelle
dévottépoufer3quellefÙrj
j' -'
prijt! elle enJut frappee
>
comme d'un coup de foudre
iînats ce fut un coup
heureux de la grâce, qui
d'Aglaé Payenne encore
jusqua ce jour, sa une
grande Sainte que noas
honorons.
De Versailles le n.-Juillet,
LE II. JUILLET, le
Roy a nommé à l'Archevesché
de Reims,Mr l'Archevesque
d'Arles.
Il est de la Maison de lit Mailly, frere de Mr l'Evesque
de Lavaur;de Me de
Mailly, Prieure perpétuelle
à la nomination duRoy,
du Monastere Royal de
S. Louis dePoissy ,&de
Me de Mailly Religieuse à
Longchamps
LEIF.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evescl é de
Seez
,
Mr l'Abbé Turgot,
Aumosnier de Sa Majessé.
IlaestéAgent duClergé
«LE II.JUILLET;leRoy,
a nomme a l'Evéché de
Vabres
,
Mr l'Abbé de la
Chapelle
,
Grand-Vicaire
deMende.
Il étoit Député à laderniere
Assemblée du Cler-
•
gé"
LEII.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Comminges
,
Mr l'Abbé
du Boucher.
Ilest de S.Pourçainen
Auvergne, & il se nomme
Gabriel Olivier de Nubieres
du Boucher.
LEII. JUI LLET,Roy
a nomméàl'Evêché d'Aire
y
Mr l'Abbé de Montmorin,,
Grand-Vicaire de
Vienne.
Il est de la Maison de
S. Heran de Montmorin.
La Terre de Montmorin
est l'une des quatre premières
& plus anciennes
Baronies d'Auvergne.
LEII.JUI LLET,leRoy
a nommé à l'Evesché d'Autun
,
Mr l'Abbé de Dromesnil
,
Aumosnier de Sa
Majesté.
Mr l'Abbé de Maulévrier
aussi Aumosuier de
Sa Majesté, qui avoit cydevant
elle nomme a cet
Evesché, s'en étoit démis
volontairement.
Mr l'Abbé de Dromefnil
est proche parent de
Mr le Maréchal de Bout
fiers.
LEII. JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Nismes, Mr l'Abbé de la
Parifiere.
Il est parentde Mr l'Archevefque
de Rouen.
Le Roya donné sur cet
Evesché, une pension à Mr
l'Abbé du Doucet, fils de
Mrepierre du Doucet, Chepalier
Seigneur de Cussac,
d'uneancienne noblesse de
Poitou.
LElLiE.J1U1JuIiLLLLEETT.J, IeeRRooyy
a nomméà l'Evesché d'Evreux,
Mr l'Abbé le Normand
,Chanoine de Saine
Honoréa & Officiai de
Paris.
Il est parent de Mr le
Normand Fermier General.
LE 11. JuiLLETJeRoy
a donné l'Abbaye de Saint
Remy de Reims, à Mrle
Cardinal Gualteri'o.
Il a esté Vice-Legat
d'Avignon ,&ensuite
Nonce du Pape en France.
LF-II.JUILLET,leRoy
a donnél'Abbaye de Saint
Etienne de Caen à Mrle
Cardinal delaTrimoille.
Cette Abbaye est dans
le Diocese de Bayeux, de
l'Ordre de S. Benoist,&
de la Congregation de
S. Maur;elleavoit été fondée
par Guillaume le Conquérant
Roy d'Angleterre.
i
DeParisle 13.Juillet.
LE 12. JUI LLET, Mre
François Berthier, ChevalierSeigneur
de S. Géniés,
cy -devant Avocat
General au Parlement de
Toulouse,innommépremier
President au Parlement de
Pau en 17°. a été fait Premier
President du Parlement
de Toulouse par la
démission volontaire de
Mre Alexandre Morant
que Ces incommoditez ont
obligé de se retirer.
On trouve le nom de
Berthier dans les Fastes de
la ville de Toulouse du18e
siecle
-$
& dans les Registres
du Parlement du icc
siecle.
Les Annales Ecclesiastiques
font mention de cinq
Prelats que cette Maison a
donnez à l'Eglise, dont il
y a eu aussi-
Un Chancelier de la
Reine Marguerite, qui
estoit en mesme temps
Conseiller d'Etat.
Un premier President:
du Parlement deToulouse,
outre celuy qui donne lieu
à cet Article.
Deux Presidents a Mortier
,
& plusieurs autres
Magistrats.
c? 4
D'Agde en Languedoc
le 14. Jurllet.
LE 13. JUILLET
,
Mr
( l'Abbé Maboul Evesque
dAlet fut sacré dans FEglise
Cathedrale de cette
Vilie, par les mains de Mr
l'Evesqued'Agde,a{ïifté
de Mrs les Evesques de
Beziers & de Castres.
De Paris le 15
,
Juillet. -
LE 15. JUI llet ,
Mr - l'Abbé Anselme a esté reçu
à l'Académie des Médailles
&Inscriptions.
De Paris le 16.Juillet,
Le.Juillet,le
Roya nomme Me la Duchesse
de S. Simon
,
fille
de feu Mr le Maréchal de
Lorge, Dame d'Honneur
de Madame la Duchesse
deBerry. : 1
MedelaVieuville,Da
med'Atour. \1.
Et Mled'Aveze premiere
Femme de Chambre.
Autre interruption
de Nouvelles. Je les interromps
icy par pure
envie de les interrompre,
c'est- d ire, pour
varier.
Ac Juillet.
De Parie le Juillet.
Lei. JUILLET, leRoy
a donné à Mr le Maréchal
de Villars, les Gouvernements
desVilles,Pays3 &,
Evêchez de Metz, ôc-de
Verdun, & de la Citadelle
de la première deces Villes.
Ces Gouvernementsvacquoient
par la mort deMr
dejoyeuse.
DeParùlej.juillet.
LE 3. JUILLET, Monsieur
le Cardinal de Jansonn,
Grand-Aumônier de
France, administra les ceremoniesdu
Baptême a
Monsieur le Duc de Chartres.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne fut le Parrain,
& Madame, la Marraine;
ils le nommèrent LOUIS.
Mademoisellede Valois
reçut aum les cérémonies
du Baptême.
Elle fut tenuë par Monseigneur
le Duc de Berry,
&: par Mademoiselle qui
la nommerent Charlotte-
Aglaé.
A l'occauon du nom
,d'Aglaé:l je diray deux mots
de la conversion de cette
Sainte,parce que cette conversionest
fort singuliere,
& peu connue Mr l'Abbé
Fleury en parle dans son
Histoire de l'Eglise.
- Je vous donne cette Di.
gression historique, seulement
comme un essay des
soins queje prendray pour
varier mes nouvelles. Je
saisiray la moindre occasion
: le nom d'une Ville
ou d'une Famille suffira
pour me faire citer quel
-
questraitscurieux ou d'histoireoud'érudition.
Enun
mot avec le temps je vous
donneray millechoses que
je ne vous promets point;
mais pour me dédommager
jemanquerayquelquefois
à vous donnerce queje
vous auray promis.
CONVERSIOND'AGLAE
AGlaé, Dame Romaine
,
fille d'Alsace
,
qui avoitesléProconsul,
& si riche quelleavoit
un grand nombre d'Intendarits,
trouva tant de
méritéa Fund'eux, quelle
l'aima passionément,
f5 réfiolut de l'époufer.
rUnefeule difficultél'arressoit.
Cet Intendtlnt qui
avoit nom BonavenrureMépriroitfortles
Chre-
Jïiens que l'onperfecutoit
alors en Oriént. Àglaé au
contraire
> ne parloit au
jeune Pajen que de laferveur
des Chrestiens pour
le Dieu qu'ils adoroient.
Elle luy ordonnad'aller
luy-même en Orient, f5
de Imy apporter des Reli
ques de ces Saints Martyrs
dontonparIcittant a
Rome) & IUJI déclara
quellene repoujeroitpoine
qu'il ne lujen eutappor-
,
té. luy en eut appor-
Bonaventurefut forcé
d'obeir.AglaéluYdonna
des équipagesr/Jagnijiques,
ê5 des parfumspour
embaumer un de ces corps
Saints quelle vouloitvoiy
ahfolur/Jellt. Bonaventure
part;Aglaé¡¡ttendJon
retour avec impatience;
elle ne doute point qu'il
ne revienne Chretlien dés
quil aura vu ce nombre'
infini de Martyrs.Bonaventure
arrive dans la
* ville de Tharfi
,
e5 voit
en effet tant de Martyrs
& tant de miracles, quetouché
de ces grands cxemples
3
il voulut les
suivre.IlfutJepresenter
au Tyran j il se déclara
Cbreftien, eS ilfutlivré
aux tourments,ou avant
que d'expirer il ordonna
à Ces gens de porter fort
corps a Aglaepouracheverde
la convertir.
Cela fut executé; le
Cc(o)rrtetgeegearrivaaRRoommee'
avec la mêmepompe qu -
jigléavoit ordonnée pour
apporter le corps d'un
Martyr. Dti, plus- loinquelle
le vit, trarjortée
dejoyeelle courut au devant
des Reliques qu'elle
attendott ; mais trouvant
à leur place celuy quelle
dévottépoufer3quellefÙrj
j' -'
prijt! elle enJut frappee
>
comme d'un coup de foudre
iînats ce fut un coup
heureux de la grâce, qui
d'Aglaé Payenne encore
jusqua ce jour, sa une
grande Sainte que noas
honorons.
De Versailles le n.-Juillet,
LE II. JUILLET, le
Roy a nommé à l'Archevesché
de Reims,Mr l'Archevesque
d'Arles.
Il est de la Maison de lit Mailly, frere de Mr l'Evesque
de Lavaur;de Me de
Mailly, Prieure perpétuelle
à la nomination duRoy,
du Monastere Royal de
S. Louis dePoissy ,&de
Me de Mailly Religieuse à
Longchamps
LEIF.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evescl é de
Seez
,
Mr l'Abbé Turgot,
Aumosnier de Sa Majessé.
IlaestéAgent duClergé
«LE II.JUILLET;leRoy,
a nomme a l'Evéché de
Vabres
,
Mr l'Abbé de la
Chapelle
,
Grand-Vicaire
deMende.
Il étoit Député à laderniere
Assemblée du Cler-
•
gé"
LEII.JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Comminges
,
Mr l'Abbé
du Boucher.
Ilest de S.Pourçainen
Auvergne, & il se nomme
Gabriel Olivier de Nubieres
du Boucher.
LEII. JUI LLET,Roy
a nomméàl'Evêché d'Aire
y
Mr l'Abbé de Montmorin,,
Grand-Vicaire de
Vienne.
Il est de la Maison de
S. Heran de Montmorin.
La Terre de Montmorin
est l'une des quatre premières
& plus anciennes
Baronies d'Auvergne.
LEII.JUI LLET,leRoy
a nommé à l'Evesché d'Autun
,
Mr l'Abbé de Dromesnil
,
Aumosnier de Sa
Majesté.
Mr l'Abbé de Maulévrier
aussi Aumosuier de
Sa Majesté, qui avoit cydevant
elle nomme a cet
Evesché, s'en étoit démis
volontairement.
Mr l'Abbé de Dromefnil
est proche parent de
Mr le Maréchal de Bout
fiers.
LEII. JUILLET,leRoy
a nommé à l'Evesché de
Nismes, Mr l'Abbé de la
Parifiere.
Il est parentde Mr l'Archevefque
de Rouen.
Le Roya donné sur cet
Evesché, une pension à Mr
l'Abbé du Doucet, fils de
Mrepierre du Doucet, Chepalier
Seigneur de Cussac,
d'uneancienne noblesse de
Poitou.
LElLiE.J1U1JuIiLLLLEETT.J, IeeRRooyy
a nomméà l'Evesché d'Evreux,
Mr l'Abbé le Normand
,Chanoine de Saine
Honoréa & Officiai de
Paris.
Il est parent de Mr le
Normand Fermier General.
LE 11. JuiLLETJeRoy
a donné l'Abbaye de Saint
Remy de Reims, à Mrle
Cardinal Gualteri'o.
Il a esté Vice-Legat
d'Avignon ,&ensuite
Nonce du Pape en France.
LF-II.JUILLET,leRoy
a donnél'Abbaye de Saint
Etienne de Caen à Mrle
Cardinal delaTrimoille.
Cette Abbaye est dans
le Diocese de Bayeux, de
l'Ordre de S. Benoist,&
de la Congregation de
S. Maur;elleavoit été fondée
par Guillaume le Conquérant
Roy d'Angleterre.
i
DeParisle 13.Juillet.
LE 12. JUI LLET, Mre
François Berthier, ChevalierSeigneur
de S. Géniés,
cy -devant Avocat
General au Parlement de
Toulouse,innommépremier
President au Parlement de
Pau en 17°. a été fait Premier
President du Parlement
de Toulouse par la
démission volontaire de
Mre Alexandre Morant
que Ces incommoditez ont
obligé de se retirer.
On trouve le nom de
Berthier dans les Fastes de
la ville de Toulouse du18e
siecle
-$
& dans les Registres
du Parlement du icc
siecle.
Les Annales Ecclesiastiques
font mention de cinq
Prelats que cette Maison a
donnez à l'Eglise, dont il
y a eu aussi-
Un Chancelier de la
Reine Marguerite, qui
estoit en mesme temps
Conseiller d'Etat.
Un premier President:
du Parlement deToulouse,
outre celuy qui donne lieu
à cet Article.
Deux Presidents a Mortier
,
& plusieurs autres
Magistrats.
c? 4
D'Agde en Languedoc
le 14. Jurllet.
LE 13. JUILLET
,
Mr
( l'Abbé Maboul Evesque
dAlet fut sacré dans FEglise
Cathedrale de cette
Vilie, par les mains de Mr
l'Evesqued'Agde,a{ïifté
de Mrs les Evesques de
Beziers & de Castres.
De Paris le 15
,
Juillet. -
LE 15. JUI llet ,
Mr - l'Abbé Anselme a esté reçu
à l'Académie des Médailles
&Inscriptions.
De Paris le 16.Juillet,
Le.Juillet,le
Roya nomme Me la Duchesse
de S. Simon
,
fille
de feu Mr le Maréchal de
Lorge, Dame d'Honneur
de Madame la Duchesse
deBerry. : 1
MedelaVieuville,Da
med'Atour. \1.
Et Mled'Aveze premiere
Femme de Chambre.
Autre interruption
de Nouvelles. Je les interromps
icy par pure
envie de les interrompre,
c'est- d ire, pour
varier.
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Résumé : AUTRES NOUVELLES de Juillet.
En juillet, plusieurs événements et nominations ont eu lieu. Le roi a attribué au Maréchal de Villars les gouvernements des villes, pays et évêchés de Metz, Verdun, et la citadelle de Metz, suite au décès de Monsieur de Joyeuse. Le Cardinal de Janson a administré le baptême au Duc de Chartres, nommé Louis, avec le Duc de Bourgogne comme parrain et Madame comme marraine. Mademoiselle de Valois a été baptisée Charlotte-Aglaé par le Duc de Berry et Mademoiselle. Le texte mentionne également la conversion de Sainte Aglaé, une dame romaine qui a converti son fiancé Bonaventure au christianisme. Le roi a nommé plusieurs prélats à divers évêchés : Monsieur l'Archevêque d'Arles à Reims, l'Abbé Turgot à Seez, l'Abbé de la Chapelle à Vabres, l'Abbé du Boucher à Comminges, l'Abbé de Montmorin à Aire, l'Abbé de Dromesnil à Autun, l'Abbé de la Parisière à Nîmes, et l'Abbé le Normand à Évreux. Le Cardinal Gualterio a reçu l'Abbaye de Saint-Rémy de Reims, et le Cardinal de la Trémoille celle de Saint-Étienne de Caen. François Berthier, ancien Avocat Général au Parlement de Toulouse, a été nommé Premier Président du Parlement de Toulouse. L'Abbé Maboul a été sacré évêque d'Alet. Enfin, la Duchesse de Saint-Simon a été nommée Dame d'Honneur de Madame la Duchesse de Berry, et Mademoiselle de Vieuville et Mademoiselle d'Avezé ont été nommées premières femmes de chambre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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230
p. 169-181
AUTRES NOUVELLES DE JUILLET.
Début :
Je retombe toûjours avec peine dans les Nouvelles ; & parce [...]
Mots clefs :
Roi, Abbaye, Paris, Marquis, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES NOUVELLES DE JUILLET.
AUTRES
NOUVELLES
DE JUILLET.
Je retombe toujours
avec peine dans les Nouvelles;
& parce qu'elles
m'ennuyent naturellement,
jem'imagine quelles
doivent ennuyer les
autres. Ilyaura peut-être
dans celles-cy quelque
Mariage,&la nouvelle
d'un Mariage fait toûjours
sur l'imagination
une petite impressionde
joye; mais aussi les Morts
font affligeantes,
En vérité on ne peut
gueres estre seur dans la
vie de ce qui peut réjouir
ou affiiger. Les
Morts n'affligent ps
toûjours) & les Mariages
ne réjouissent pas
tout lemonde.
Depuis deux jours, une
riche Veuve, dont la
mort eûtréjoiiy les héritiers,
les a fort affligez
par un second mariage.
Qui peut douter qu'il
n'y ait des Morts réjouis
fautes, & des Mariages
affligeants ? J'en prens à
témoin les Maris & les
Femmes.
De Paris le 19.Juillet.
LE15. JUILLET Mr
Thomé
,
Fermier General
est mort.
De Paris le 19, Juillet.
LE 30. JUIN MreGaspard
de Lamer,de Matha,
Evgucd)Aire, est mort en
son Diocese.
Il estoit orignaire d'Auvergne
;il avoit esté nommé
à l'Abbaye de S. Cyran en
1 7. aprés le decés de Mr
l'Abbé de Mouchy,& à
l'Evêchéd'Aire en 1706.
par la translation de Gaston
Floriot à l'Evêché d'Orleans.
De Paris le 19.Juillet.
LE14. JUILLET M:CJen-
Baptisse-Michel Colbert
,
Archevêque de Toulouse
,
est mort en cettc
Ville,âgéde71.ans.
Il estoit frere de feu Mr
le Marquis de Villacerf, Se
de Mr le Marquis de Saint-
Poange.
Le 17. le Chapitre de la
Cathedrale s'est assemblé ,
& a ordonné un Service
pour le 19. qui a esté fait
solemnellement.
Le lendemain on a procedé
à l'élection des Grands-
Vicaires & autres Officiers;
voicy les noms de ceux qui
ont esté élus Grands
-
Vicaires.
Mrl'AbbéOlierdeVerneüll,
Chancelier.
Mrl'AbbédeCastelan,
Chantre.
Mr l'Abbé de Glatens.
Mr l'Abbé de S. Orens.
Mr l'Abbé de Compaing.
Da e P- arisle -19.JNillet.
LE JUIN,Mr le
Marquisde Renty est mort
ensonChasteau de Renty
en Basse - Normandie. Il
estoit Lieutenant General
&s Armées du Roy,&
Lieutenant General de la
Franche-Comté.
Feu Mr le Marquis de Renty
estoit fils de Mrc Gaston-
Jean-Baptiste de Renty, Baron
de Landelles, mort à
Paris en odeur de sainteté le
24. Avril 1649, âgé de 37.
ans, dont le Pere de S. Jure,
Jesuite, a écrit lavie.
Sa mereestoit Elizabeth
de Balzac d'Entragues.
De Versailles le zy.
Juillet.
LE 15, JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Saint Denis de Reims à Mr
l'Archevêque d'Aix.
LE IJ. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye
d'Elan à Mr l'Evêque de
Noyon.
LE IJ. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Cyran à Mr l'Evêque de
Nevers.
LE ZJ. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Mouzon à Mr l'Abbé de
Polignac. LE 25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Benigne de Dijon à Mr
l'Abbé Defmarctz.
LE25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Belle fontaine à Mr l'Abbé
d'Iliers-d'Enrragues, Au
mônier du Roy.
LE 2 5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Clairmont à Mr l'Abbé de
Dangeau
,
Lecteur du Roy,
& frere de Mr le Marquis
de Dangeau.
*
Il a elle Camerier d'honneur
des Papes Clement X.
& Innocent XI.
LEJUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Bonne-Fontaine à Mr l'Abbé
Maréchal.
LE 25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Breteüil à Mr l'Abbé d'Aspremont.
LE 25.JUILLET le
Roy a donnél'Abbaye de
Sauve Majeure à Mr l'Abbé
des Halles, Grand
- Vicaire
de Vienne. , LE 2.J.JU1LLET le
Roy a donnel'Abbayede
S. Serge d'A ngers à Mr
l'AbbédeVassé.
LE 2 5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Severin à Mr l'Abbé de
Cotte.
LE 2.5. JUILLET le Roy
a donné l'Abbaye de la Roë
à Mr l'Abbé d'Arche s Grand Vicaire de Bordeaux.
LE 2.5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
BaigneàMrl'AbbédeCrillon
,Grand-Vicaire de Vence.
LE 2. 5.JUILLET LE
Roy a donné l'Abbaye de
Jonselle à Mr l'Abbé Massilian.
Le 25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Genlis à Mr l'AbbéCrozar.
LE I 5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Celefroin à Mr l'Abbé de
la Vieville.
LE i 5. JUILLET le
Roya donnél'Abbaye de
Bouras à Mr l'Abbé de Lesseville.
LE 25. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Leger de Soissons,au Pere
Colas de l'Ordre de S.
Augustin.
LE 1 5.JUILLET le
Roy a donné le Prieuré Ample
de Sainte Radegonde a
Mr l'Abbé Bergier.
NOUVELLES
DE JUILLET.
Je retombe toujours
avec peine dans les Nouvelles;
& parce qu'elles
m'ennuyent naturellement,
jem'imagine quelles
doivent ennuyer les
autres. Ilyaura peut-être
dans celles-cy quelque
Mariage,&la nouvelle
d'un Mariage fait toûjours
sur l'imagination
une petite impressionde
joye; mais aussi les Morts
font affligeantes,
En vérité on ne peut
gueres estre seur dans la
vie de ce qui peut réjouir
ou affiiger. Les
Morts n'affligent ps
toûjours) & les Mariages
ne réjouissent pas
tout lemonde.
Depuis deux jours, une
riche Veuve, dont la
mort eûtréjoiiy les héritiers,
les a fort affligez
par un second mariage.
Qui peut douter qu'il
n'y ait des Morts réjouis
fautes, & des Mariages
affligeants ? J'en prens à
témoin les Maris & les
Femmes.
De Paris le 19.Juillet.
LE15. JUILLET Mr
Thomé
,
Fermier General
est mort.
De Paris le 19, Juillet.
LE 30. JUIN MreGaspard
de Lamer,de Matha,
Evgucd)Aire, est mort en
son Diocese.
Il estoit orignaire d'Auvergne
;il avoit esté nommé
à l'Abbaye de S. Cyran en
1 7. aprés le decés de Mr
l'Abbé de Mouchy,& à
l'Evêchéd'Aire en 1706.
par la translation de Gaston
Floriot à l'Evêché d'Orleans.
De Paris le 19.Juillet.
LE14. JUILLET M:CJen-
Baptisse-Michel Colbert
,
Archevêque de Toulouse
,
est mort en cettc
Ville,âgéde71.ans.
Il estoit frere de feu Mr
le Marquis de Villacerf, Se
de Mr le Marquis de Saint-
Poange.
Le 17. le Chapitre de la
Cathedrale s'est assemblé ,
& a ordonné un Service
pour le 19. qui a esté fait
solemnellement.
Le lendemain on a procedé
à l'élection des Grands-
Vicaires & autres Officiers;
voicy les noms de ceux qui
ont esté élus Grands
-
Vicaires.
Mrl'AbbéOlierdeVerneüll,
Chancelier.
Mrl'AbbédeCastelan,
Chantre.
Mr l'Abbé de Glatens.
Mr l'Abbé de S. Orens.
Mr l'Abbé de Compaing.
Da e P- arisle -19.JNillet.
LE JUIN,Mr le
Marquisde Renty est mort
ensonChasteau de Renty
en Basse - Normandie. Il
estoit Lieutenant General
&s Armées du Roy,&
Lieutenant General de la
Franche-Comté.
Feu Mr le Marquis de Renty
estoit fils de Mrc Gaston-
Jean-Baptiste de Renty, Baron
de Landelles, mort à
Paris en odeur de sainteté le
24. Avril 1649, âgé de 37.
ans, dont le Pere de S. Jure,
Jesuite, a écrit lavie.
Sa mereestoit Elizabeth
de Balzac d'Entragues.
De Versailles le zy.
Juillet.
LE 15, JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Saint Denis de Reims à Mr
l'Archevêque d'Aix.
LE IJ. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye
d'Elan à Mr l'Evêque de
Noyon.
LE IJ. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Cyran à Mr l'Evêque de
Nevers.
LE ZJ. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Mouzon à Mr l'Abbé de
Polignac. LE 25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Benigne de Dijon à Mr
l'Abbé Defmarctz.
LE25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Belle fontaine à Mr l'Abbé
d'Iliers-d'Enrragues, Au
mônier du Roy.
LE 2 5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Clairmont à Mr l'Abbé de
Dangeau
,
Lecteur du Roy,
& frere de Mr le Marquis
de Dangeau.
*
Il a elle Camerier d'honneur
des Papes Clement X.
& Innocent XI.
LEJUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Bonne-Fontaine à Mr l'Abbé
Maréchal.
LE 25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Breteüil à Mr l'Abbé d'Aspremont.
LE 25.JUILLET le
Roy a donnél'Abbaye de
Sauve Majeure à Mr l'Abbé
des Halles, Grand
- Vicaire
de Vienne. , LE 2.J.JU1LLET le
Roy a donnel'Abbayede
S. Serge d'A ngers à Mr
l'AbbédeVassé.
LE 2 5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Severin à Mr l'Abbé de
Cotte.
LE 2.5. JUILLET le Roy
a donné l'Abbaye de la Roë
à Mr l'Abbé d'Arche s Grand Vicaire de Bordeaux.
LE 2.5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
BaigneàMrl'AbbédeCrillon
,Grand-Vicaire de Vence.
LE 2. 5.JUILLET LE
Roy a donné l'Abbaye de
Jonselle à Mr l'Abbé Massilian.
Le 25.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Genlis à Mr l'AbbéCrozar.
LE I 5.JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
Celefroin à Mr l'Abbé de
la Vieville.
LE i 5. JUILLET le
Roya donnél'Abbaye de
Bouras à Mr l'Abbé de Lesseville.
LE 25. JUILLET le
Roy a donné l'Abbaye de
S. Leger de Soissons,au Pere
Colas de l'Ordre de S.
Augustin.
LE 1 5.JUILLET le
Roy a donné le Prieuré Ample
de Sainte Radegonde a
Mr l'Abbé Bergier.
Fermer
Résumé : AUTRES NOUVELLES DE JUILLET.
En juillet, les nouvelles mettent en lumière la nature imprévisible des événements joyeux ou tristes. Les mariages et les décès peuvent avoir des effets variés sur les personnes. Par exemple, une riche veuve a récemment épousé un second mari, ce qui a affligé ses héritiers. Plusieurs décès notables sont rapportés, notamment celui de Mr Thomé, Fermier Général, le 15 juillet, de Mre Gaspard de Lamer, évêque d'Aire, le 30 juin, et de Mr Jean-Baptiste-Michel Colbert, archevêque de Toulouse, le 14 juillet. Le texte détaille également les funérailles de l'archevêque de Toulouse et l'élection de nouveaux Grands-Vicaires. De plus, il liste plusieurs nominations royales d'abbayes à divers ecclésiastiques, notamment l'abbaye de Saint-Denis de Reims à l'archevêque d'Aix, et plusieurs autres abbayes à divers abbés et Grands-Vicaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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231
p. 263-282
« De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Début :
De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...]
Mots clefs :
Roi, Duc, Lieutenant, Abbaye, Extraordinaire, Marquis, Audience, Évêque, Échevins, Duc de Lorraine, Famille royale, Parlement, Fête, Princesse, Paris, Versailles, Madrid, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
DeParule
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
Fermer
Résumé : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Le document relate divers événements survenus entre juin et août. Le 18 juin, Mlle de Rohan a épousé le Prince de Bergh. Le 20 juin, des lettres de Bayonne ont annoncé l'arrivée d'une flûte hollandaise chargée de sucre, d'indigo, de cacao et d'autres marchandises, estimées à cent mille écus. Le 24 juin, le Cardinal de Noailles a été reçu Doyen d'Honneur de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. En Espagne, le 16 juin, le roi a envoyé des officiers prendre des villes et des convois. Le 30 juin, l'Archevêque d'Alby a été reçu à l'Académie Française. Le 6 juillet, le Baron de Huart a pris la ville de Naval. La nuit du 7 au 8 juillet, Don Juan de Montenegro a pris la ville de Miranda de Duero. Le 26 juillet, le roi a nommé Monsieur de Brindelet Lieutenant Général de ses Armées. Le 18 juillet, Jean le Camus, Maître des Requestes, est décédé à l'âge de 74 ans. Le 6 août, Alamanno Salviati, Nonce Extraordinaire du Pape, a eu son audience de congé. Le même jour, Creffer, nommé Envoyé en Angleterre, est mort d'apoplexie. Le 9 août, le Duc d'Harcourt a été reçu Pair de France. Le 12 août, le Marquis de Lamberti, Envoyé Extraordinaire du Duc de Lorraine, a eu sa première audience publique. Le 13 août, les députés des États de Languedoc ont été reçus par le roi. Le 15 août, une procession a eu lieu pour la fête de l'Assomption de la Vierge. Le 17 août, le roi a attribué plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques. Le 18 août, les nouveaux échevins ont prêté serment. Le 19 août, Agostino Cusani, Nonce ordinaire du Pape, et le Marquis de Lamberti ont eu leurs audiences de congé. Le 20 août, Charles Bernardin Gigault, Marquis de Bessons, est décédé. Le 25 août, les académies française, des sciences et des médailles et inscriptions ont célébré la fête de Saint Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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232
p. 339-369
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
Les Ennemis en abandonnant Tolede pour prendre la route d'Arragon, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Roi, Général, Vendôme, Armée, Troupes, Cavalerie, Infanterie, Bataille, Canon, Dragons, Guadalajara, Reine, Guerre, Prisonniers, Brihuega, Général Stanhope, Staremberg, Gérone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des Nouvelles
d'Espagne.
Les Ennemis en abandonnant
Tolede pour prendre
la route d'Arragon
, ont
divisé leur Armée en differensCorps,
observant toujours
de les mettre à une
distancc qui ne leur ostast
pas les moyens de s'entresecouririles
uns les autres,
en casque quelqu'un fust
attaqué. Ils croyoient qu'-
ils pourroient estre harcelez
par quelques détachefmens
; mais ils ne com- eroienc pas que l'on pust
faire des démarches allez
promptes pour les attaquer
avec toute l'Armée.
Le Roy d'Espagne pour
leur ôter le soupçon qu'on
pust les suivre, estoit allé
exprés avec Monsieur de
Vendosme à Madrid pendant
que les Troupes, par
differens Corps, déroboient
aux Ennemis desmarches
précipitées.SaMajesté Catholique,
avant de partir
ordonna au Détachement 1
detous lesGrenadiers de I
Itil'Armée
&de cent hommes
choisis par Bataillon avec
trente- deux Escadrons de
Cavalerie & de Dragons de
marcher le plus legerement
qu'ils pourroient pour tâ.
cher de joindre les Ennemis.
Mr de Vallejo reçut
ordre de les attaquer par
tout où il les trouveroit
avec douze cens Maistres
qu'il commandoit, afin de
les arrester.
Apres ces précautions.
le Roy & Vendosme arrivèrent
le 7. Décembre à
Alcala, où ils apprirens
qu'il y avoit à une lieuë de
là un Régiment des Ennemis.
Sa Majestéordonna à
Don Feliciano de Bracamonte
d'y marcher avec sa
Brigade. Il fit tant de diligence
qu'il surprit ce Regiment
& le fit prisonnier.
LETTRE
De sa Adajefté Catholique
à la Reine.
Du Camp de Brihuega,
le 9 Décembre.
Je vous dépêche un Courrier
pour vous apprendre une
nouvelle aussi agréablequ'importante.
Mous menons défaire
huit Bataillons & huit Escadrons
prisonniers de guerre.
Nous avons fait donner l'af
faut après midi à Brihuega , aprèsl'avoir battu toute 1,4
matinée avec notre Canon.
LesBrèches étoientfort petites
&les Ennemis avoient retranchemens
sur retranchemens.
L'affaire a esléfort disputée&
a duré plus de deux heures;
mais enfin nos Troupes étant
entrées dans la Ville de maison
en maison
, 0* les Ennemis
s'étant retirez dans un retranchement
qu'ils avoient fait
dans la Place, ont battu la
Chamade. Il n'y a eu aucune
contestation au sujet de la Ca.
pitulation, puifqu'ils ont proposéd'obordqu'on
les reçutprisonniers
de guerre, ce qui leur
a esteaccordé. Tous les Officiers
Generaux Anglois sont du
nombre des Prisonniers. Ce
font Stanhope, Wills &Carpenter.
De notre côté le Marquis
deThouy a esté blesséà la
main ; de celui des EnnemÙ,
Carpenter est bllJé. L'action
a estéfort chaude, (y notre In.
fanterie a hit'# séparécequ'elle
fit à laBataille de Sarragosse ,
en faisant des merveilles aujourd'hui.
Des huit Bataillons
ily en a sept Anglais & un
Portugais, mais à la solde de
la Reine Anne, Les huit Ef.
cadrons consistent en trois Pe.
ymens de Dragons & un de
Cavalerie, tousAnglois;c'etoientles
meilleure, Troupes des
Ennemis,
Je joins à cette bonne nouvelle,
la prise que fit hier Braamonte,
d'un Bataillon Allemand.
Le Comte de Suremberg
sefl avancé aujourd'hui avec
plus de quatre mille hommes à
deux lieuësd'icy ,suivant les
avisquej'en ay eu, apparemmentpoursecourir
Stanhope.
Le Roy d'Espagne estanc
parti le 8 au marin de Guadalaxara
avec toute Ca Cava-
-
lerie pour donner sur l'arriere-
garde des Ennemis,
il eut avis que le General
Stanhopeestoit dans Brihuega
; il marcha droit à
lui1
pourl'attaquer,mais voyant
qu'il s'y estoit retranché de
maniere à se bien deffendre,
il fit invertirlaVille sur tout
du côcé de la Rivière par ou
il jugeoit qu'il pourroit se
retirer à la faveur de la nuit.
La Ville de Brihuega située
à six lieuës de Guadalaxara,
efl: fermée d'une muraille
fort haute, fort épaisse &
revêtue d'une Terrasse en
quelques endroits, avec des
Tours antiques & un alîez
~on Château. Apres avoir
tiré quelques coups de ca-
- ~on on somma les Ennemis
le se rendre,& surle refus
qu'ils en firent on dressa pen-
~ant la nuit de nouvelles bateries
qui commencerent à
tirer le9 au matin & firent
une bréche qui devint inutile
à cause des Terrasses,
Mais Monsieur de Vendome
ayant remarqué plusieurs
maisons attachéesàl'enceinte
des murailles en dehors,
lesfit occuper pour attacher
par là le Mineur &faire une
Brèche pratiquable de ce côté
là. Quand tout sur disposé,
Sa Majesté fitfaire deux
attaques & donna ordre
pour soûtenir la gauche, qui
estoit la veritable. Enfin on
donna l'assaut; l'action fut
long-temps disputée, & les
notres se voyant arrêtez par
le grand nombre & par des
retranchemens qu'ils trouvoient
dans les ruës de 20
en 20 pas, se retrancherent
de leur coté sur la Brèche
pour y attendre du renfort.
Peu de temps après Monsieur
le Duc de Vendosme
y mena quelques Bataillons
qui s'étant jointà eux,pousserentles
Ennemis en garnant:
toujoursle Terrain
le maisonen maison & do
etranchement en rctranchement,
en quoy ilsfurent
aidez par les habitans qui
démolissoient leurs propres
maisons pour assommer les
Ennemis à coups de pierres;
ils penetrent enfin jusqu'au
centre de laVille, pendant
que d'autres Troupes commandées
à l'attaque de la
droite, faisoient diversion;
ce qui obligea les Ennemis
à battre la Chamade & à
capituler. Ils répugnoient
à sedésarmer dès le foir &
à livrer' une des Portes du
Château, maisonles y obligea
sur l'avis que Sa Majesté
eut que le General Sta~
remberg s'avançoit pour les
ecourir. MrdeZuniga fut
chargé du foin de faire
xecuter la Capitulation,
pendant que le Roy & Mr
le Vendôme se disposoient
aller combattre Mr de
taremberg.
D'autres Lettres portent
~ue Mrde Bracamontedé-
~ché par le Roy, cmpêcha
le General Starcm-
~erg de rompre le Pont de
Guadalaxara,ce qui facilitapassage
de l'Armée pour
~atcher à Brihuega.
Un Lieutenant general
& deux Lieutenans Colonels
vinrent capituler. Ils
consentirent d'abord àestre
Prisonniers de guerre. On
accorda aux principaux Officiers,
leurs chevaux & bagages,
à l'exception des Vases
sacrez
, en cas qu'ils'en
trouvast.
; Pendant laCapitulation,
on entendit plusieurs coups
de canon ; c'estoit le signal
de l'Armée ennemie, pour
avertir le General Stanhope
qu'onvenoitlesecourir.
Le 10. au matin le Roy
fut avertique les Ennemis
paroissoient sur la hauteur
de Villa-viciosa, où Monsieur
de Vendosme avoit
posté dès le soir toute la Cavalerie
, ayant prévu que
Mr de Staremberg hafarderoit
le tout pour le tout.
On rangea l'Armée en baaille,
la droite appuyée à
un grand ravin, & la gauhe
à un petit Bois d'Oliiers
où les Ennemis ne pû-
~ent pasallonger leur droite
pour donner une étendue à
~ur gauche qu'ils connucnt
que nous débordions
considerablement par nôtre
droite. Nous avions dans;
nôtre centre un terrain desavantageux
par quantité de
ravins & de petites murailles
de terre séche de la hauteur
de deux pieds & demi.
Nostre droite de Cavalerie
estoit commandée par Mr
le Marquis de Val deCanas;
nostre gauche par Mr le
Comte d'Aguilar,& nostre
centre d'Infanterie par
Mr le Comte de las Torrés,
au deffaut de Mr le
Marquis de Thouy qui avoit
estéblessé la veille à la main
& au pied, & qui ne laissa
pas,malgré toutes les remontrances
qu'on luy faisoit,
de combattre à la te-fte
d'un Escadron ; les Ennemis
à la portée du canon en
mirent vingt pieces en batterie
avec deux mortiers:
le nostre costé nous en mimes
22.pieces. Sur les deux
~eures la canonnade commençant
de part & d'au-
~e,le Roy passa à la droite,
ontre laquelle jcs Ennemis
voient dressé une batterie
leneufpieces, qui faifoienc
~un
feu très-vif.Monsieur
de Vendosme passa à la gauche
& dés qu'il fut arrivé
l'Armée marcha. Nostre
droite que le Roy conduisoit
passa un grand ravin,
& se reforma en presence
de l'Ennemi du costé de
Villa viciosa, qui a donné le
nom à cette Bataille. Monsieur
de Vendosme estantà
la gauche envoya ordre à
Mr Mahoni, qui commandoit
le Corps de Dragons
de marcher au grand
trot, & de gagner les derrieres
des Ennemis pour faciliter
la jonction de Mr de
Bracamonté,qui arriva avec
mille chevaux précisément
à l'heure qui luy avoit esté
prescrite dans le temps que
les deux Armées estoient aux
mains. Cette précaution
nous donna le moyen de gagner
les derrieres de leur Infanterie
, où la Cavalerie de
nostre droite avoir penetré ,
en renversant l'aîle gauche
quîluyestoitopposée. Cette
Infanterie ainsi enveloppée
,fitd esefforts de valeur
si étonnans qu'elle gagna
même duterrain sur la nôtre,
ce qui a fait dire dans
quelques Lettres, qu'elle
avoit plié d'abord. Mais enfin
les Gardes Walonnes &
Espagnoles percerent les
deux Lignes & la Reserve
des Ennemis,& renversérent
un gros Bataillon quarré
au milieu duquel estoit
Mr de Staremberg. Les
Gardes du Roy avec le Regiment
de a Reine commandé
par' Mrle Marquis
de Reaucour, penetrerent
deux fois le centre des Ennemis
,& il ne se seroit pas
fauvé un homme sans la
nuit quisavorisa la retraite
d'une partie decette Infanterie
qui se retira avec preci
pitation du cofté de Siguença.
Il nous est resté avec le
Champ de Bataille, vingt
piéces de canon,deux Mortiers
, tous les équipages
d'Artillerieavecquantitéde
chariots longs,attelezchacun
de huit Mulets;ceschariots
sont nommez Galleres
par les Espagnols. Parmi les
Bagages, il s'esttrouvé environ
huit millefusils. Mr
Mahoni a pris d'un autre
:osié sept cens Mulets chargez
, & les Troupes fefonr
enrichies du butin que les
ennemis avoient pillé dans
la Castille. On Soldat courut
porter à Monsieur de
Vendoime, un Ecendart qu'-
il avoit pris, & refusa l'argent
que ce Prince vouloit
luy donner;illuy dit en luy
montrant une bourse pleine
d'or,voila ce que l'ongagne en
combattant pourson Roy.
Il est demeuré plus de
quatre mille hommes sur le
Champ de Bataille, & on a
fait trois mille prifonniersy,
parmi lesquels font Mr de 1
Belcastel,
Belcastel, Commandant les
Troupes deHollande, Mr
leS.Amant,Lieutenants
Generaux,&un grand nom. -
ne d'autres Omciers.; outre
leux mille trois cens autres
risonniers
,
presque tous
Cavaliers, qui ont esté pris
ar Mr de Vallejo le lendemain
de la Bataille. En forque
decestrois journées,
ous avons neuf mille prionnierseffectifs.
Il y a quanté
de-Drapeaux , d'Etenarts
, & de Timbales;on
en sçait pas le nombre,
arcequ'on en apportoit encore
lois que.Mr deZuniga
est parti pour apposer
ce détail au Roy. Loçfcjtjc
sa Majesté Cajthpliqwe l'a
dépesché,on ne f<jqvjûiitpa$
non plus au juste, latv>r#:
bre desmorts & des blessez
, tant ducoftp.âe.$cru>crnief
que cJecelVy;cUs££psrt
gnoltyquiQaripcfrdftfàsn
PedrodeRonquillo,-.tué
danslaBataille,&Mr le
ComtedûRucetoondetle
premier MiréchaldcGar$>p,
& le dernier Brigadier, mort
des blesures qu'il avoit re-t
çuës la veille àla prise do &nht~ ';,
Mt Maboni poursuivoit
vivement le General
Staremberg
; on assurequ'-
ill'avoitatteint, &fait sommerdeserendre;
onattend
unCourrier pour estre éclaircidelafin
de cette grande
affaire.
* On aprend qu'onapris
encore autres deux mille
hommes aprés la déroute.
•.
Extrait d',une Lettre de
devant Gironne.
Mr le Duc de Noailles
alla camper le 14. à Cervia
& le 15. on a investi Gironne
; tous les Miquclets&
Sommetans des Ennemis,
voulant disputerun costé de
la Montagne, ont esté repoussez
& défaits par Mr de
Planque.
On vient d'apprendre depuis
cette Lettre que la tranchée
est ouverte devant Gironne
,& que Mr le Duc de
Noailles est parti avec une
bonne partie de sa Cavalc
d'Espagne.
Les Ennemis en abandonnant
Tolede pour prendre
la route d'Arragon
, ont
divisé leur Armée en differensCorps,
observant toujours
de les mettre à une
distancc qui ne leur ostast
pas les moyens de s'entresecouririles
uns les autres,
en casque quelqu'un fust
attaqué. Ils croyoient qu'-
ils pourroient estre harcelez
par quelques détachefmens
; mais ils ne com- eroienc pas que l'on pust
faire des démarches allez
promptes pour les attaquer
avec toute l'Armée.
Le Roy d'Espagne pour
leur ôter le soupçon qu'on
pust les suivre, estoit allé
exprés avec Monsieur de
Vendosme à Madrid pendant
que les Troupes, par
differens Corps, déroboient
aux Ennemis desmarches
précipitées.SaMajesté Catholique,
avant de partir
ordonna au Détachement 1
detous lesGrenadiers de I
Itil'Armée
&de cent hommes
choisis par Bataillon avec
trente- deux Escadrons de
Cavalerie & de Dragons de
marcher le plus legerement
qu'ils pourroient pour tâ.
cher de joindre les Ennemis.
Mr de Vallejo reçut
ordre de les attaquer par
tout où il les trouveroit
avec douze cens Maistres
qu'il commandoit, afin de
les arrester.
Apres ces précautions.
le Roy & Vendosme arrivèrent
le 7. Décembre à
Alcala, où ils apprirens
qu'il y avoit à une lieuë de
là un Régiment des Ennemis.
Sa Majestéordonna à
Don Feliciano de Bracamonte
d'y marcher avec sa
Brigade. Il fit tant de diligence
qu'il surprit ce Regiment
& le fit prisonnier.
LETTRE
De sa Adajefté Catholique
à la Reine.
Du Camp de Brihuega,
le 9 Décembre.
Je vous dépêche un Courrier
pour vous apprendre une
nouvelle aussi agréablequ'importante.
Mous menons défaire
huit Bataillons & huit Escadrons
prisonniers de guerre.
Nous avons fait donner l'af
faut après midi à Brihuega , aprèsl'avoir battu toute 1,4
matinée avec notre Canon.
LesBrèches étoientfort petites
&les Ennemis avoient retranchemens
sur retranchemens.
L'affaire a esléfort disputée&
a duré plus de deux heures;
mais enfin nos Troupes étant
entrées dans la Ville de maison
en maison
, 0* les Ennemis
s'étant retirez dans un retranchement
qu'ils avoient fait
dans la Place, ont battu la
Chamade. Il n'y a eu aucune
contestation au sujet de la Ca.
pitulation, puifqu'ils ont proposéd'obordqu'on
les reçutprisonniers
de guerre, ce qui leur
a esteaccordé. Tous les Officiers
Generaux Anglois sont du
nombre des Prisonniers. Ce
font Stanhope, Wills &Carpenter.
De notre côté le Marquis
deThouy a esté blesséà la
main ; de celui des EnnemÙ,
Carpenter est bllJé. L'action
a estéfort chaude, (y notre In.
fanterie a hit'# séparécequ'elle
fit à laBataille de Sarragosse ,
en faisant des merveilles aujourd'hui.
Des huit Bataillons
ily en a sept Anglais & un
Portugais, mais à la solde de
la Reine Anne, Les huit Ef.
cadrons consistent en trois Pe.
ymens de Dragons & un de
Cavalerie, tousAnglois;c'etoientles
meilleure, Troupes des
Ennemis,
Je joins à cette bonne nouvelle,
la prise que fit hier Braamonte,
d'un Bataillon Allemand.
Le Comte de Suremberg
sefl avancé aujourd'hui avec
plus de quatre mille hommes à
deux lieuësd'icy ,suivant les
avisquej'en ay eu, apparemmentpoursecourir
Stanhope.
Le Roy d'Espagne estanc
parti le 8 au marin de Guadalaxara
avec toute Ca Cava-
-
lerie pour donner sur l'arriere-
garde des Ennemis,
il eut avis que le General
Stanhopeestoit dans Brihuega
; il marcha droit à
lui1
pourl'attaquer,mais voyant
qu'il s'y estoit retranché de
maniere à se bien deffendre,
il fit invertirlaVille sur tout
du côcé de la Rivière par ou
il jugeoit qu'il pourroit se
retirer à la faveur de la nuit.
La Ville de Brihuega située
à six lieuës de Guadalaxara,
efl: fermée d'une muraille
fort haute, fort épaisse &
revêtue d'une Terrasse en
quelques endroits, avec des
Tours antiques & un alîez
~on Château. Apres avoir
tiré quelques coups de ca-
- ~on on somma les Ennemis
le se rendre,& surle refus
qu'ils en firent on dressa pen-
~ant la nuit de nouvelles bateries
qui commencerent à
tirer le9 au matin & firent
une bréche qui devint inutile
à cause des Terrasses,
Mais Monsieur de Vendome
ayant remarqué plusieurs
maisons attachéesàl'enceinte
des murailles en dehors,
lesfit occuper pour attacher
par là le Mineur &faire une
Brèche pratiquable de ce côté
là. Quand tout sur disposé,
Sa Majesté fitfaire deux
attaques & donna ordre
pour soûtenir la gauche, qui
estoit la veritable. Enfin on
donna l'assaut; l'action fut
long-temps disputée, & les
notres se voyant arrêtez par
le grand nombre & par des
retranchemens qu'ils trouvoient
dans les ruës de 20
en 20 pas, se retrancherent
de leur coté sur la Brèche
pour y attendre du renfort.
Peu de temps après Monsieur
le Duc de Vendosme
y mena quelques Bataillons
qui s'étant jointà eux,pousserentles
Ennemis en garnant:
toujoursle Terrain
le maisonen maison & do
etranchement en rctranchement,
en quoy ilsfurent
aidez par les habitans qui
démolissoient leurs propres
maisons pour assommer les
Ennemis à coups de pierres;
ils penetrent enfin jusqu'au
centre de laVille, pendant
que d'autres Troupes commandées
à l'attaque de la
droite, faisoient diversion;
ce qui obligea les Ennemis
à battre la Chamade & à
capituler. Ils répugnoient
à sedésarmer dès le foir &
à livrer' une des Portes du
Château, maisonles y obligea
sur l'avis que Sa Majesté
eut que le General Sta~
remberg s'avançoit pour les
ecourir. MrdeZuniga fut
chargé du foin de faire
xecuter la Capitulation,
pendant que le Roy & Mr
le Vendôme se disposoient
aller combattre Mr de
taremberg.
D'autres Lettres portent
~ue Mrde Bracamontedé-
~ché par le Roy, cmpêcha
le General Starcm-
~erg de rompre le Pont de
Guadalaxara,ce qui facilitapassage
de l'Armée pour
~atcher à Brihuega.
Un Lieutenant general
& deux Lieutenans Colonels
vinrent capituler. Ils
consentirent d'abord àestre
Prisonniers de guerre. On
accorda aux principaux Officiers,
leurs chevaux & bagages,
à l'exception des Vases
sacrez
, en cas qu'ils'en
trouvast.
; Pendant laCapitulation,
on entendit plusieurs coups
de canon ; c'estoit le signal
de l'Armée ennemie, pour
avertir le General Stanhope
qu'onvenoitlesecourir.
Le 10. au matin le Roy
fut avertique les Ennemis
paroissoient sur la hauteur
de Villa-viciosa, où Monsieur
de Vendosme avoit
posté dès le soir toute la Cavalerie
, ayant prévu que
Mr de Staremberg hafarderoit
le tout pour le tout.
On rangea l'Armée en baaille,
la droite appuyée à
un grand ravin, & la gauhe
à un petit Bois d'Oliiers
où les Ennemis ne pû-
~ent pasallonger leur droite
pour donner une étendue à
~ur gauche qu'ils connucnt
que nous débordions
considerablement par nôtre
droite. Nous avions dans;
nôtre centre un terrain desavantageux
par quantité de
ravins & de petites murailles
de terre séche de la hauteur
de deux pieds & demi.
Nostre droite de Cavalerie
estoit commandée par Mr
le Marquis de Val deCanas;
nostre gauche par Mr le
Comte d'Aguilar,& nostre
centre d'Infanterie par
Mr le Comte de las Torrés,
au deffaut de Mr le
Marquis de Thouy qui avoit
estéblessé la veille à la main
& au pied, & qui ne laissa
pas,malgré toutes les remontrances
qu'on luy faisoit,
de combattre à la te-fte
d'un Escadron ; les Ennemis
à la portée du canon en
mirent vingt pieces en batterie
avec deux mortiers:
le nostre costé nous en mimes
22.pieces. Sur les deux
~eures la canonnade commençant
de part & d'au-
~e,le Roy passa à la droite,
ontre laquelle jcs Ennemis
voient dressé une batterie
leneufpieces, qui faifoienc
~un
feu très-vif.Monsieur
de Vendosme passa à la gauche
& dés qu'il fut arrivé
l'Armée marcha. Nostre
droite que le Roy conduisoit
passa un grand ravin,
& se reforma en presence
de l'Ennemi du costé de
Villa viciosa, qui a donné le
nom à cette Bataille. Monsieur
de Vendosme estantà
la gauche envoya ordre à
Mr Mahoni, qui commandoit
le Corps de Dragons
de marcher au grand
trot, & de gagner les derrieres
des Ennemis pour faciliter
la jonction de Mr de
Bracamonté,qui arriva avec
mille chevaux précisément
à l'heure qui luy avoit esté
prescrite dans le temps que
les deux Armées estoient aux
mains. Cette précaution
nous donna le moyen de gagner
les derrieres de leur Infanterie
, où la Cavalerie de
nostre droite avoir penetré ,
en renversant l'aîle gauche
quîluyestoitopposée. Cette
Infanterie ainsi enveloppée
,fitd esefforts de valeur
si étonnans qu'elle gagna
même duterrain sur la nôtre,
ce qui a fait dire dans
quelques Lettres, qu'elle
avoit plié d'abord. Mais enfin
les Gardes Walonnes &
Espagnoles percerent les
deux Lignes & la Reserve
des Ennemis,& renversérent
un gros Bataillon quarré
au milieu duquel estoit
Mr de Staremberg. Les
Gardes du Roy avec le Regiment
de a Reine commandé
par' Mrle Marquis
de Reaucour, penetrerent
deux fois le centre des Ennemis
,& il ne se seroit pas
fauvé un homme sans la
nuit quisavorisa la retraite
d'une partie decette Infanterie
qui se retira avec preci
pitation du cofté de Siguença.
Il nous est resté avec le
Champ de Bataille, vingt
piéces de canon,deux Mortiers
, tous les équipages
d'Artillerieavecquantitéde
chariots longs,attelezchacun
de huit Mulets;ceschariots
sont nommez Galleres
par les Espagnols. Parmi les
Bagages, il s'esttrouvé environ
huit millefusils. Mr
Mahoni a pris d'un autre
:osié sept cens Mulets chargez
, & les Troupes fefonr
enrichies du butin que les
ennemis avoient pillé dans
la Castille. On Soldat courut
porter à Monsieur de
Vendoime, un Ecendart qu'-
il avoit pris, & refusa l'argent
que ce Prince vouloit
luy donner;illuy dit en luy
montrant une bourse pleine
d'or,voila ce que l'ongagne en
combattant pourson Roy.
Il est demeuré plus de
quatre mille hommes sur le
Champ de Bataille, & on a
fait trois mille prifonniersy,
parmi lesquels font Mr de 1
Belcastel,
Belcastel, Commandant les
Troupes deHollande, Mr
leS.Amant,Lieutenants
Generaux,&un grand nom. -
ne d'autres Omciers.; outre
leux mille trois cens autres
risonniers
,
presque tous
Cavaliers, qui ont esté pris
ar Mr de Vallejo le lendemain
de la Bataille. En forque
decestrois journées,
ous avons neuf mille prionnierseffectifs.
Il y a quanté
de-Drapeaux , d'Etenarts
, & de Timbales;on
en sçait pas le nombre,
arcequ'on en apportoit encore
lois que.Mr deZuniga
est parti pour apposer
ce détail au Roy. Loçfcjtjc
sa Majesté Cajthpliqwe l'a
dépesché,on ne f<jqvjûiitpa$
non plus au juste, latv>r#:
bre desmorts & des blessez
, tant ducoftp.âe.$cru>crnief
que cJecelVy;cUs££psrt
gnoltyquiQaripcfrdftfàsn
PedrodeRonquillo,-.tué
danslaBataille,&Mr le
ComtedûRucetoondetle
premier MiréchaldcGar$>p,
& le dernier Brigadier, mort
des blesures qu'il avoit re-t
çuës la veille àla prise do &nht~ ';,
Mt Maboni poursuivoit
vivement le General
Staremberg
; on assurequ'-
ill'avoitatteint, &fait sommerdeserendre;
onattend
unCourrier pour estre éclaircidelafin
de cette grande
affaire.
* On aprend qu'onapris
encore autres deux mille
hommes aprés la déroute.
•.
Extrait d',une Lettre de
devant Gironne.
Mr le Duc de Noailles
alla camper le 14. à Cervia
& le 15. on a investi Gironne
; tous les Miquclets&
Sommetans des Ennemis,
voulant disputerun costé de
la Montagne, ont esté repoussez
& défaits par Mr de
Planque.
On vient d'apprendre depuis
cette Lettre que la tranchée
est ouverte devant Gironne
,& que Mr le Duc de
Noailles est parti avec une
bonne partie de sa Cavalc
Fermer
Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Les forces ennemies, après avoir quitté Tolède, se dirigèrent vers l'Aragon en divisant leur armée en plusieurs corps pour se protéger mutuellement. Le roi d'Espagne, afin de dissimuler ses intentions, se rendit à Madrid avec Monsieur de Vendôme, tandis que les troupes espagnoles se préparèrent à attaquer les ennemis. Le roi ordonna à un détachement de grenadiers et de cavalerie de marcher rapidement pour intercepter les ennemis. Le 7 décembre, le roi et Vendôme arrivèrent à Alcala et apprirent la présence d'un régiment ennemi à proximité. Don Feliciano de Bracamonte surprit et captura ce régiment. Le 9 décembre, le roi d'Espagne informa la reine de la capture de huit bataillons et huit escadrons ennemis à Brihuega, après un assaut intense. Les ennemis, bien retranchés, furent finalement contraints de se rendre. Parmi les prisonniers figuraient les généraux Stanhope, Wills et Carpenter. Le roi d'Espagne, ayant appris que Stanhope était à Brihuega, marcha vers la ville et ordonna un assaut. Après une bataille acharnée, les ennemis capitulèrent. Le roi et Vendôme se préparèrent ensuite à affronter le comte de Starhemberg, qui avançait avec des renforts. Le 10 décembre, les deux armées s'affrontèrent près de Villa-Viciosa. Les troupes espagnoles, bien commandées, parvinrent à envelopper et à repousser les ennemis, capturant de nombreux prisonniers et du matériel. Dans les jours suivants, les troupes espagnoles continuèrent à faire des prisonniers et à capturer des drapeaux et des timbales. Le duc de Noailles, quant à lui, investit Gironne et repoussa les forces ennemies qui tentaient de défendre la montagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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233
p. 66-86
NOUVELLES d'Espagne.
Début :
On a marqué dans les Relations de la Bataille de [...]
Mots clefs :
Espagne, Ennemis, Roi, Staremberg, Duc de Noailles, Batterie, Canon, Daroca, Gérone
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Espagne.
NO,UVELLES d'EJpagne.
On a marqué dans les
Relations de la Bataille de
Villaviciosa
, que Mr le
Marquis de Thoy
,
quoy
qu'il eustesté blessé à lac-A
taque de Brihuega, ne laissa
»
pas de combatre à la telle;
d'un Escad ron; maison n'a
pu rien dire de l'avanture
qui luy arriva ;n'en ayant
esté informé que depuis
peu.
Il avoir percéjusqu'â la
Batterie des ennemis, lorsque
quatre de leursBatail-
Ions & un de leurs Escadrons
, ayant esté jusques
entre nos deux Lignes, se
retiroient en bon ordre.
Il reconnut bien leurInfanterie
; mais ayant crû que
f l'Escadron ennemi estoit un
des nostres, il alla se mettte
à la teste, en disant qu'il
falloitaller charger. Ilfut
Ï
reçu a coups de sabre, ôc
ensuite menéà la teste des
quatre Bataillons qui se formoient
en un Bataillon
quarré pour se retirer,
voyant que la Bataille estoit
perduë- Le Colonel d'un
Regiment Palatin qui avoit
esté entierement deffait répondit
de Mr deThoy aux
Officiers qui estoient presens.
On le relâcha,&il
vint ensuite rejoindre le
Royd'Espagne.
Sa Majesté Catholique
aprés avoir envoyé des détachemens
pour suivre le
General Staremberg
- ,
alla
camper le 12. à Fuentes, &-
arriva le ià Siguença. Les
habitans de cette Ville ont
donné des marques de fidelité
pourleur Roy légitime,
en se délivrant eux-mêmes
des Ennemis Le General
Staremberg y avoit envoyé
un Bataillon qu'ils contraignirent
de mettre bas les
armes.
Mr de Bracamonte avoit
fait prisonniers deux cens
hommes qui estoient dans
Hita ;& Mr de Valejoen
avoit encore pris deux cens
cinquante qui estoient sortis
de Médina- celipourailes1
jboindreele Grenergal Star.em-
A Daroca le 31. Decembre.
L'Armée du Roy a estéobligée
desejourner à Siguençajusqu'au
24.àcause de la difficulté
des subsistances.Lesmêmes
raisons avaient retenu les Ennemis
icy oùils avoient marchéjour
& nuit , ce quifait
quenous leuravonsencorepris
plus de quinzecens hommes.
Mr de Villarealqui suivoit
Mf de Staremberg avec cinq
cens Fantassins des Regimens
ds Staremberg& de Revent-
Itfw
, (.fJ' trente Maistres, a
rfié coupé par Mr de Valejo fl
£7*s'efl jetté dans le Chasteau
dïllli*c*a à trois lieuës de Calatajudoù
il s'estrendu prisonnier
deguerre. Nous avons trouvé
dans ce Chasteau d'Illuega a
trois lieuës de Calatajud où il
s'estrenduprisonnier de guerre,
Nous avons trouvé dans ce
Chasseau cinq mille sacs de
graindeux pieces de canon.
Nous prîmes encore hier le
Ghasteau d'Afil!d.J où ilyavoit
deux cens hommes des vieilles
Troupes de l'Empereur qui J'y
tf/oient" trouvées envelopées
par les détachemens que nous
avonsà lasuite des Ennemis.
Le 2. 3. MI de Staremberg
Arriva à Saragosse avec les débris
de fin Armée. M* de
Valejoquile sui voit toujours
attaqua son Atriere-garde, &
le culbuta dans cette Ville.
Monsieur de Vendosme a envoyéordre
àMr de Valejo&
à Mr de Bracamonté de paffit
l'Ebre, l'un audessus&l'au-
Ire au dessous de Sarragosse ,
pour couperentierementla communication
des Ennemis avec
Barcelone.
Barcelone. Mr de Valdecanas
ostà quatre lieuës de Sarragossse
avec la teste de nostre Cavalerie,&
nostre Infanteriey arrivera
le 2. du moisprochain.
D'autres Lettres portent
que tous les habitans des
lieux situez dans les Pyrenées
& le long de l Ebre font
soumis à SaMajesté Catholique;
que Mr le Chevalier
de Croix,Lieutenant gencral
ayant assemblé les Troupes
Efpagnolcs de la Navarre
à Tudela avoit marché
de l'autre costé de l'Ebre
à la droite de soncoursvers,
Sarragosse ; que leColonel
Nebor, sellant joint à,
un Corps de Miquelets.
avoit entrepris de faire des
courses dans le Royaume de
Valence,où il avoit esté battu
& obligé de seretirer en
desordre, & que les Troupes
de ce Royaume-là
, avoient
reçu ordre de marcher
vers Tortose pour en-
- trer dans la Catalogne; que
l'Archiduc estoitarrivé à
Barcelone avec une escorte
de cinquante Cavaliers seulement,&
environcinquante
de ses Officiers&Domestiques;
que le lendemain
18. à minuit, on entendit
une décharge de canon &
de mousqueterie
,
suivie de
grandes illuminations;que
ce qui avoit donné lieu de
faire ces réjoüissances,estoit
l'arrivée d'un Courrier de
Mr de Staremberg qui avoic
apporté la nouvelle que ce
General avoit entierement
défait l'Armée du Roy Philippe
; qu'en même temps
l'Archiduc sortit de son Palais
, &alla à l'Eglise pour y
faire chanter le Te Deum;
que pendant toutla jour on
parladecette V ctoire,mais
que le lendemain on n'en
parla prefquc plus; que trois
jours s'estant passez sans
qu'on en reçust la confirmation
, les plus sensez commencerent
-
d'en douter;
qu'il arriva ensuite quelques
fuyards qui dirent qu'il n'y
avoir point de Victoire gagnée
,mais qu'après le Combat
on s'estoit retiré de part
& d'autre accablé de fatigues,
& que Mr de Staremberg
s'en revenait, & que
Mr de Vendosme le suivoit;
que le General Staremberg
qui estoit arrivé le 23. à Sarragosse,
en estoit sorti le
2. 7.
qu'il avoir abandonné dix
pieces Pde canon, quantité
munitions, & un magasin
d'habits pour ses Troupes;
qu'il n'avoit pas dix
-
huit
cens hommes
, y compris
quelque Cavalerie
, avec
quatre pieces de campagne ;
que la Reine y devoir arriver
incessamment de Navacarra,
& que le Roy devoit
l'y attendre.,
Du Camp de Gironne, le
27Decembre 1711.
Nous avons ejlé quinze
jours en marche& en mouvement,
tant pourl'embarquementquepour
le débarquement.
Nous sommes venusensuite
droit à Gironne ,où dés le lendemain
nous avons travaillé
à nos Batteries. Ce n'a pas
estésansrisque. Nous estions
fort exposez au feu des Ennemis
; mais nous sommes en
état de leurfaire tête. La tranchéefut
ouverte la nuit du23.
au 24. Nous n'avons encore
perdu quedeux Officiers, dont
l'un estoit Officier de l'Artillerie.
On commence d'aujourd'hui
à monter la tranchée avec les
drapeaux, & ce n'ej}propre*,
ment aussi que d'aujourd'hui
que Mr le Duc de Noailles
compte la tranchée ouverte;
mais dés qu'on a remué la
terre devant une place
, on dit
la tranchée ouverte. Nous
sommes à present en état de
presser la place. On ne s'y épargnera
pas.
Du Camp devant Gironne,
le 29 Décembre 1710.
La tranchée fut ouvertele
2.7 ausoir,Mr le Comte de
Fienney commandoit ; hier ce fut Monsieur de Guerchy
Adr le Duc , de Noailles envoya
s'emparer d'un Poste au
dessus du Calvaire ; aujourd'hui
laBréche paroissoit déja
considérable & notre tranchée
vajusqu'à dix toises prés du
chemin couvert. Mr le Duc
de Noailles afait monterà ta
Bréche en sa presence , un
Lieutenant des Grenadiers
d'Auvergne,suivi desept ou
huit Grenadiers pour reconnaître.
Ils ont faitleurdécharge,
& ensuiteMonsteur le Duc
de Noailles leur afaitsigne de
se retirer. Ce Lieutenanta tfle
ble,Selégerement à la joue. Mr
le Duc de Noailles estoit résolu
de faire monter cefoir à l'as
faut; mais on apprend dans le
moment que les Ennemis ont
faitjouertrois Fourneaux à ce
Fort dans le dessein de l'abandonner.
Un moment après que
les Mines ont eu fait leur esset
on y a fait entrer les Grenadiers.
On n'y a trouvé que
trois pieces de Canon deFer&
un de Bronze ; ils ontapparemment
enlevé le reste cette nuit;
ce font les deux Bastions enface
de notre Tranchée qu'ils ont
faitsauter, leflanc decelui du
cosséde leur droite, & la face
de celui du cossé de leur gauche.
Il n'est pas aisé de comprendrequel
a estéle dessein des
Ennemis en cela. On travailla
dés ce soir à faire une Batterie
au dessous du Fort pour battre
une Redoute qui est entre le
Fort& la Ville, & je crois
qu'on l'attaquera cette nuit.
Pendantl'après
-
dîné quelques
Grenadierssesont rendusmaitres
d'une des dernieresmaisons
duFAuxbourg; elle estoit retranchée
en forte qu'ayant occupé
ce posse
,
cela nous facilite
les aproches de la Ville. On
croit qu'on s'enrendra maître
dans peu.
Du Camp devant Gironnc , le 2 Janvier 1711.
Depuis la prise du Fort
rouge, Mr le Duc deNoailles
a fait dressersur la même
hauteur,par où on l'avoit attaqué
,une Batterie de quatre
pieces de Canonqui tire sur le
Fort du Calvaire,cer a même
déjà ruinéses~d;nfisJdesorte
qu'il ne peut plus nom incommoder.
Il a fait dresseruneautre
Batterie de l'autre cossé du
Ter, pour battre en breche /4
Ville. Cette Batterie a commencé
a tirer ce matin
,
elle est
de onze pièces de canon; on
l'augmentera encore. Les Ennemis
font un grand feu sur
cette batterie.Du Fort Connestable
on a tiré une espece de
Boyau au dessous duFortrouge
, pour approcher d'une redoute
que les Ennemis occupent
à une demieportée du Mousquet
de la Place. Ilya aussi
une batterie de trots pieces de
Canon dans ce boyauqui tire
sur aire redoute, dont on n'a
pû encore s'emparer. Onvo:
w luten faire latentative lanuit
dernieretmais ayanttrouvéquelle
estoittropbien diffenduë,&
même soutenuë par quatre ou
cinq cens Miquelets, on se retira.
La Batterie des Mortiers
a mis lefeu à quelques endroits;
il a esté éteintpar les habitans.
.Alr le Duc de Noailles doit
encore faire faire une batterie
de Canon cette nuit, dans le
Fauxbourg, sur le chemin ,du
Pont-Major pour battre de ce
costé-la la Ville en brechs.
Un Courrier que Mr le
Duc deNoaillessir partir de
Gironnc le17,3esté54 heures
à venir à Perpignan. Ce
General mande au Roy que
les grandes pluyes&les torrcns
continuels ont retardé
ses ouvrages,mus que les
bréches sonten bon état,&
quemalgré les d fficultcz de
faire venir exactement les
provisions au Camp,il cfpereestremaistre
de la Ville le
20 dece mois, après quoi le
reste desForts ne l'em baraffcra
pas.
On a marqué dans les
Relations de la Bataille de
Villaviciosa
, que Mr le
Marquis de Thoy
,
quoy
qu'il eustesté blessé à lac-A
taque de Brihuega, ne laissa
»
pas de combatre à la telle;
d'un Escad ron; maison n'a
pu rien dire de l'avanture
qui luy arriva ;n'en ayant
esté informé que depuis
peu.
Il avoir percéjusqu'â la
Batterie des ennemis, lorsque
quatre de leursBatail-
Ions & un de leurs Escadrons
, ayant esté jusques
entre nos deux Lignes, se
retiroient en bon ordre.
Il reconnut bien leurInfanterie
; mais ayant crû que
f l'Escadron ennemi estoit un
des nostres, il alla se mettte
à la teste, en disant qu'il
falloitaller charger. Ilfut
Ï
reçu a coups de sabre, ôc
ensuite menéà la teste des
quatre Bataillons qui se formoient
en un Bataillon
quarré pour se retirer,
voyant que la Bataille estoit
perduë- Le Colonel d'un
Regiment Palatin qui avoit
esté entierement deffait répondit
de Mr deThoy aux
Officiers qui estoient presens.
On le relâcha,&il
vint ensuite rejoindre le
Royd'Espagne.
Sa Majesté Catholique
aprés avoir envoyé des détachemens
pour suivre le
General Staremberg
- ,
alla
camper le 12. à Fuentes, &-
arriva le ià Siguença. Les
habitans de cette Ville ont
donné des marques de fidelité
pourleur Roy légitime,
en se délivrant eux-mêmes
des Ennemis Le General
Staremberg y avoit envoyé
un Bataillon qu'ils contraignirent
de mettre bas les
armes.
Mr de Bracamonte avoit
fait prisonniers deux cens
hommes qui estoient dans
Hita ;& Mr de Valejoen
avoit encore pris deux cens
cinquante qui estoient sortis
de Médina- celipourailes1
jboindreele Grenergal Star.em-
A Daroca le 31. Decembre.
L'Armée du Roy a estéobligée
desejourner à Siguençajusqu'au
24.àcause de la difficulté
des subsistances.Lesmêmes
raisons avaient retenu les Ennemis
icy oùils avoient marchéjour
& nuit , ce quifait
quenous leuravonsencorepris
plus de quinzecens hommes.
Mr de Villarealqui suivoit
Mf de Staremberg avec cinq
cens Fantassins des Regimens
ds Staremberg& de Revent-
Itfw
, (.fJ' trente Maistres, a
rfié coupé par Mr de Valejo fl
£7*s'efl jetté dans le Chasteau
dïllli*c*a à trois lieuës de Calatajudoù
il s'estrendu prisonnier
deguerre. Nous avons trouvé
dans ce Chasteau d'Illuega a
trois lieuës de Calatajud où il
s'estrenduprisonnier de guerre,
Nous avons trouvé dans ce
Chasseau cinq mille sacs de
graindeux pieces de canon.
Nous prîmes encore hier le
Ghasteau d'Afil!d.J où ilyavoit
deux cens hommes des vieilles
Troupes de l'Empereur qui J'y
tf/oient" trouvées envelopées
par les détachemens que nous
avonsà lasuite des Ennemis.
Le 2. 3. MI de Staremberg
Arriva à Saragosse avec les débris
de fin Armée. M* de
Valejoquile sui voit toujours
attaqua son Atriere-garde, &
le culbuta dans cette Ville.
Monsieur de Vendosme a envoyéordre
àMr de Valejo&
à Mr de Bracamonté de paffit
l'Ebre, l'un audessus&l'au-
Ire au dessous de Sarragosse ,
pour couperentierementla communication
des Ennemis avec
Barcelone.
Barcelone. Mr de Valdecanas
ostà quatre lieuës de Sarragossse
avec la teste de nostre Cavalerie,&
nostre Infanteriey arrivera
le 2. du moisprochain.
D'autres Lettres portent
que tous les habitans des
lieux situez dans les Pyrenées
& le long de l Ebre font
soumis à SaMajesté Catholique;
que Mr le Chevalier
de Croix,Lieutenant gencral
ayant assemblé les Troupes
Efpagnolcs de la Navarre
à Tudela avoit marché
de l'autre costé de l'Ebre
à la droite de soncoursvers,
Sarragosse ; que leColonel
Nebor, sellant joint à,
un Corps de Miquelets.
avoit entrepris de faire des
courses dans le Royaume de
Valence,où il avoit esté battu
& obligé de seretirer en
desordre, & que les Troupes
de ce Royaume-là
, avoient
reçu ordre de marcher
vers Tortose pour en-
- trer dans la Catalogne; que
l'Archiduc estoitarrivé à
Barcelone avec une escorte
de cinquante Cavaliers seulement,&
environcinquante
de ses Officiers&Domestiques;
que le lendemain
18. à minuit, on entendit
une décharge de canon &
de mousqueterie
,
suivie de
grandes illuminations;que
ce qui avoit donné lieu de
faire ces réjoüissances,estoit
l'arrivée d'un Courrier de
Mr de Staremberg qui avoic
apporté la nouvelle que ce
General avoit entierement
défait l'Armée du Roy Philippe
; qu'en même temps
l'Archiduc sortit de son Palais
, &alla à l'Eglise pour y
faire chanter le Te Deum;
que pendant toutla jour on
parladecette V ctoire,mais
que le lendemain on n'en
parla prefquc plus; que trois
jours s'estant passez sans
qu'on en reçust la confirmation
, les plus sensez commencerent
-
d'en douter;
qu'il arriva ensuite quelques
fuyards qui dirent qu'il n'y
avoir point de Victoire gagnée
,mais qu'après le Combat
on s'estoit retiré de part
& d'autre accablé de fatigues,
& que Mr de Staremberg
s'en revenait, & que
Mr de Vendosme le suivoit;
que le General Staremberg
qui estoit arrivé le 23. à Sarragosse,
en estoit sorti le
2. 7.
qu'il avoir abandonné dix
pieces Pde canon, quantité
munitions, & un magasin
d'habits pour ses Troupes;
qu'il n'avoit pas dix
-
huit
cens hommes
, y compris
quelque Cavalerie
, avec
quatre pieces de campagne ;
que la Reine y devoir arriver
incessamment de Navacarra,
& que le Roy devoit
l'y attendre.,
Du Camp de Gironne, le
27Decembre 1711.
Nous avons ejlé quinze
jours en marche& en mouvement,
tant pourl'embarquementquepour
le débarquement.
Nous sommes venusensuite
droit à Gironne ,où dés le lendemain
nous avons travaillé
à nos Batteries. Ce n'a pas
estésansrisque. Nous estions
fort exposez au feu des Ennemis
; mais nous sommes en
état de leurfaire tête. La tranchéefut
ouverte la nuit du23.
au 24. Nous n'avons encore
perdu quedeux Officiers, dont
l'un estoit Officier de l'Artillerie.
On commence d'aujourd'hui
à monter la tranchée avec les
drapeaux, & ce n'ej}propre*,
ment aussi que d'aujourd'hui
que Mr le Duc de Noailles
compte la tranchée ouverte;
mais dés qu'on a remué la
terre devant une place
, on dit
la tranchée ouverte. Nous
sommes à present en état de
presser la place. On ne s'y épargnera
pas.
Du Camp devant Gironne,
le 29 Décembre 1710.
La tranchée fut ouvertele
2.7 ausoir,Mr le Comte de
Fienney commandoit ; hier ce fut Monsieur de Guerchy
Adr le Duc , de Noailles envoya
s'emparer d'un Poste au
dessus du Calvaire ; aujourd'hui
laBréche paroissoit déja
considérable & notre tranchée
vajusqu'à dix toises prés du
chemin couvert. Mr le Duc
de Noailles afait monterà ta
Bréche en sa presence , un
Lieutenant des Grenadiers
d'Auvergne,suivi desept ou
huit Grenadiers pour reconnaître.
Ils ont faitleurdécharge,
& ensuiteMonsteur le Duc
de Noailles leur afaitsigne de
se retirer. Ce Lieutenanta tfle
ble,Selégerement à la joue. Mr
le Duc de Noailles estoit résolu
de faire monter cefoir à l'as
faut; mais on apprend dans le
moment que les Ennemis ont
faitjouertrois Fourneaux à ce
Fort dans le dessein de l'abandonner.
Un moment après que
les Mines ont eu fait leur esset
on y a fait entrer les Grenadiers.
On n'y a trouvé que
trois pieces de Canon deFer&
un de Bronze ; ils ontapparemment
enlevé le reste cette nuit;
ce font les deux Bastions enface
de notre Tranchée qu'ils ont
faitsauter, leflanc decelui du
cosséde leur droite, & la face
de celui du cossé de leur gauche.
Il n'est pas aisé de comprendrequel
a estéle dessein des
Ennemis en cela. On travailla
dés ce soir à faire une Batterie
au dessous du Fort pour battre
une Redoute qui est entre le
Fort& la Ville, & je crois
qu'on l'attaquera cette nuit.
Pendantl'après
-
dîné quelques
Grenadierssesont rendusmaitres
d'une des dernieresmaisons
duFAuxbourg; elle estoit retranchée
en forte qu'ayant occupé
ce posse
,
cela nous facilite
les aproches de la Ville. On
croit qu'on s'enrendra maître
dans peu.
Du Camp devant Gironnc , le 2 Janvier 1711.
Depuis la prise du Fort
rouge, Mr le Duc deNoailles
a fait dressersur la même
hauteur,par où on l'avoit attaqué
,une Batterie de quatre
pieces de Canonqui tire sur le
Fort du Calvaire,cer a même
déjà ruinéses~d;nfisJdesorte
qu'il ne peut plus nom incommoder.
Il a fait dresseruneautre
Batterie de l'autre cossé du
Ter, pour battre en breche /4
Ville. Cette Batterie a commencé
a tirer ce matin
,
elle est
de onze pièces de canon; on
l'augmentera encore. Les Ennemis
font un grand feu sur
cette batterie.Du Fort Connestable
on a tiré une espece de
Boyau au dessous duFortrouge
, pour approcher d'une redoute
que les Ennemis occupent
à une demieportée du Mousquet
de la Place. Ilya aussi
une batterie de trots pieces de
Canon dans ce boyauqui tire
sur aire redoute, dont on n'a
pû encore s'emparer. Onvo:
w luten faire latentative lanuit
dernieretmais ayanttrouvéquelle
estoittropbien diffenduë,&
même soutenuë par quatre ou
cinq cens Miquelets, on se retira.
La Batterie des Mortiers
a mis lefeu à quelques endroits;
il a esté éteintpar les habitans.
.Alr le Duc de Noailles doit
encore faire faire une batterie
de Canon cette nuit, dans le
Fauxbourg, sur le chemin ,du
Pont-Major pour battre de ce
costé-la la Ville en brechs.
Un Courrier que Mr le
Duc deNoaillessir partir de
Gironnc le17,3esté54 heures
à venir à Perpignan. Ce
General mande au Roy que
les grandes pluyes&les torrcns
continuels ont retardé
ses ouvrages,mus que les
bréches sonten bon état,&
quemalgré les d fficultcz de
faire venir exactement les
provisions au Camp,il cfpereestremaistre
de la Ville le
20 dece mois, après quoi le
reste desForts ne l'em baraffcra
pas.
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Résumé : NOUVELLES d'Espagne.
Le texte décrit plusieurs événements militaires en Espagne et autour de Girone. Lors de la bataille de Villaviciosa, le Marquis de Thoy, bien que blessé, participa activement et fut capturé après avoir confondu un escadron adverse avec un escadron allié. Il fut ensuite relâché et rejoignit le roi d'Espagne. Les troupes espagnoles, dirigées par Sa Majesté Catholique, se déplacèrent vers Fuentes et Siguença, où les habitants montrèrent leur fidélité en expulsant les ennemis. Plusieurs actions militaires eurent lieu, notamment la capture de prisonniers et de châteaux, comme ceux d'Illueca et d'Afilion. L'armée du roi dut séjourner à Siguença en raison des difficultés de subsistance. Le général Staremberg, après avoir été poursuivi, arriva à Saragosse avec les restes de son armée. Les troupes espagnoles, sous les ordres de Monsieur de Vendosme, continuèrent à harceler les ennemis. À Barcelone, l'Archiduc célébra une victoire annoncée par Staremberg, mais des informations contradictoires émergèrent rapidement. Le texte mentionne également les opérations devant Girone, où les troupes françaises, sous le commandement du Duc de Noailles, travaillèrent à ouvrir des tranchées et à installer des batteries pour assiéger la ville. Plusieurs actions notables, comme la prise du Fort Rouge et les préparatifs pour attaquer la ville, sont détaillées. Malgré les difficultés dues aux intempéries, le Duc de Noailles prévoyait de prendre Girone d'ici le 20 janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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234
p. 102-108
Nouvelles de Marine, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Févre, Commandant la Fregate le S. François de [...]
Mots clefs :
Bayonne, Le Havre, Calais, Dunkerque, Port, Capitaine, Roi, Navires, Commandant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Marine, [titre d'après la table]
DeBayonne le 17. Decembre
1 7 10.
Le sieur Févre, Commandant
la Fregate le S.
François de S. Malo,a
pris ujn Vaisseau Port*ugais,
venantdu Bresil
d'environ600. Ton-,
neaux ,
qu'il a conduit à
Castres.
Du Havre leDécembre1710.
Deux prises Angloises,
l'unede120 Tonneaux,
& l'autre de 80. conduite
ce Port par la Frégate
laCouronne de S. Malo,
estimées 200000. livrçs.
r- 'y
f
DeCalais le 11. Décembre1710.
.-
Le Capitaine Marc-
Teste, Commandant le
Dogre le Comte de
Toulouse,amené en ce
Port, une prise de 60.
l
Tonneaux , chargée de
t Beurre.
De Dunkerque le 7.y.
Decembre 1710.
Le Capitaine Sauss, a
conduit en ce Port,uné
priie Angloise,& a tire
d'une prise Portugaise,
faisant partie de la flotte
du Bresîl, 600. Caisses
de Sucre blanc & 25. livres
de poudre d'or.
M. le Chevalier de
Rochepiere, a pris un
Pinck vuide, qu'il a conduit
en ce Port.
DE CALAIS
ce 20 Janvier 1711.
Je vous envoyé Monsieur
une letre que Mr de Beauharnois
m'a adressée pour
vous; je profite de cette occasion,
pour vous faire part
d'une belle & bonne capture
que Mr Saufs, Capitaine
de Fregatte du Roy a
faite; il commande le Vad:"
seau l'Auguste, Mr Battement
le Blakoal,& Mr Pomet
le Prothée, &il s'estoit
joint à eux trois Corsaires
deCalais; ils ont rencontré
11.Navires Anglois venant
de la Virginie,escortez par
deux Vaisseaux de Guerre
de 36 , &40 Canons Mr
Saufs ayant fait signal d'abordage
, les convois ont
pris la'- suite avec 4 Navires
Marchands
,
dont deux fo
sont échouez & bruslez ;
quatorze ont ésté pris. Il
est aussi arrivé à Calaisquatreautres
prises faites par
des Corsaires de ce Port
chargées , de différentes Marchandises
,
dans lesquelles
Mr Sauffa part.
Mrsde la Jaillecommandant
la Fregatte du Roy
l'Amazonne&du Bois dela
Mothe commandant l'Argonaute,
ont pris trois Navires
Anglois. venant de la
nouvefter>York,chargez de
bled, farine & biscuirs;un
Navire de la même Nation
allant de Bristol à Venise
chargé de saumon & floc-J
fich,& un autre venant de
Ligourne, chargé debled ôc
de rit.
On a appris de Malthe
que le Commandeur de S
Aulaire, dela Maison de
Beaupoil,Capitaine de Vaisseau
du Roy, Secretaire des
Commandemens & Grand
Maistre pour les affaires de
France, son Grand Ecuyer,
& Gouverneur de cette Ville,
aesté fait Grand Croix
& Maréchal de l'Ordre.
1 7 10.
Le sieur Févre, Commandant
la Fregate le S.
François de S. Malo,a
pris ujn Vaisseau Port*ugais,
venantdu Bresil
d'environ600. Ton-,
neaux ,
qu'il a conduit à
Castres.
Du Havre leDécembre1710.
Deux prises Angloises,
l'unede120 Tonneaux,
& l'autre de 80. conduite
ce Port par la Frégate
laCouronne de S. Malo,
estimées 200000. livrçs.
r- 'y
f
DeCalais le 11. Décembre1710.
.-
Le Capitaine Marc-
Teste, Commandant le
Dogre le Comte de
Toulouse,amené en ce
Port, une prise de 60.
l
Tonneaux , chargée de
t Beurre.
De Dunkerque le 7.y.
Decembre 1710.
Le Capitaine Sauss, a
conduit en ce Port,uné
priie Angloise,& a tire
d'une prise Portugaise,
faisant partie de la flotte
du Bresîl, 600. Caisses
de Sucre blanc & 25. livres
de poudre d'or.
M. le Chevalier de
Rochepiere, a pris un
Pinck vuide, qu'il a conduit
en ce Port.
DE CALAIS
ce 20 Janvier 1711.
Je vous envoyé Monsieur
une letre que Mr de Beauharnois
m'a adressée pour
vous; je profite de cette occasion,
pour vous faire part
d'une belle & bonne capture
que Mr Saufs, Capitaine
de Fregatte du Roy a
faite; il commande le Vad:"
seau l'Auguste, Mr Battement
le Blakoal,& Mr Pomet
le Prothée, &il s'estoit
joint à eux trois Corsaires
deCalais; ils ont rencontré
11.Navires Anglois venant
de la Virginie,escortez par
deux Vaisseaux de Guerre
de 36 , &40 Canons Mr
Saufs ayant fait signal d'abordage
, les convois ont
pris la'- suite avec 4 Navires
Marchands
,
dont deux fo
sont échouez & bruslez ;
quatorze ont ésté pris. Il
est aussi arrivé à Calaisquatreautres
prises faites par
des Corsaires de ce Port
chargées , de différentes Marchandises
,
dans lesquelles
Mr Sauffa part.
Mrsde la Jaillecommandant
la Fregatte du Roy
l'Amazonne&du Bois dela
Mothe commandant l'Argonaute,
ont pris trois Navires
Anglois. venant de la
nouvefter>York,chargez de
bled, farine & biscuirs;un
Navire de la même Nation
allant de Bristol à Venise
chargé de saumon & floc-J
fich,& un autre venant de
Ligourne, chargé debled ôc
de rit.
On a appris de Malthe
que le Commandeur de S
Aulaire, dela Maison de
Beaupoil,Capitaine de Vaisseau
du Roy, Secretaire des
Commandemens & Grand
Maistre pour les affaires de
France, son Grand Ecuyer,
& Gouverneur de cette Ville,
aesté fait Grand Croix
& Maréchal de l'Ordre.
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Résumé : Nouvelles de Marine, [titre d'après la table]
En décembre 1710 et janvier 1711, plusieurs captures de navires ont été réalisées par des commandants français. Le sieur Févre, à bord du Saint-François de Saint-Malo, a capturé un vaisseau portugais de 600 tonneaux venant du Brésil, conduit à Castres. Au Havre, la Couronne de Saint-Malo a amené deux prises anglaises, d'une valeur estimée à 200 000 livres. À Calais, le capitaine Marc-Teste a capturé un navire de 60 tonneaux chargé de beurre. À Dunkerque, le capitaine Sauss a conduit une prise anglaise et a récupéré 600 caisses de sucre blanc et 25 livres de poudre d'or d'une prise portugaise. Le chevalier de Rochepiere a capturé un pinck vide. En janvier 1711, à Calais, le capitaine Saufs a capturé onze navires anglais venant de Virginie, escortés par deux vaisseaux de guerre. Quatre autres prises ont été faites par des corsaires de Calais. Les commandants de la Jaille et du Bois de la Mothe ont capturé plusieurs navires anglais chargés de blé, farine, biscuits, saumon et autres marchandises. Par ailleurs, le commandeur de Saulxure a été nommé Grand Croix et Maréchal de l'Ordre de Malte.
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235
p. 262-265
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
De Saragosse le 11. Janvier 1711. La Reine devoit partir [...]
Mots clefs :
Espagne, Saragosse, Troupes, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des l\oi/,ruelles
d'Espagne..
De Saragosse le II..
Janvier 1711.
La Reine devoitpartir
avant-hierdeNajera où Elle
avoitsejourné plusieurs jours
en attendantlesordres du Roy
peurvenir à Saragosse
,
d'où
Sa Majesté partiraMercredy
prochain 14. de ce mois pour
aller au devant de la Reine
jusqu'à Mallen
,
Village
neuflieuës de cette Ville. Le
lendemain
15. Leurs Majestez
en partiront, ter irontcoucher
àAlagon, & le 16. Ellesarriveront
icy où ily a apparence
qu'Ellespasseront le reste de
thyver. Le Roy ayantenvoyé
toutes ses Troupes dans des
quartierspourse delassre des
fatigues qu'elles
O rteuës depuis
plusieursmois.
Le debris de l'Armée du
Comte Staremberg
,
suivant
les derniers avis , a Iht/lé L
Se<gre-à)B<ala"gu)err pourentrer en Catalogne
, où le Roy a
actuellement deux detachements
de Cavalerie, commandez
par Dom Feliciano Bracamonte,
Maréchalde Camp,
&DomJoseph Vallejo, Brigadier
qui font tousjours à la
poursuite des Ennemis. On attendincessamment
la nouvelle
de la prise de Gironne, dont la
conquestefacilitera beaucoup
a
celle du reste de la Catalogue.
, Des Deserteurs rapportent
que les habitants deBarcelone
sont partagez en deux partis
cantonnez l'un contre l'autre ;'
que celuy du RoyPhilippe
grossit tous les jours,& qu'il
n'attend que l'approche de nos
Troupes pour se declarer ouvertement
; de sorte qu'on a
estéobligéde mettre une forte
Garde au Palais ou loge t,lr-.
chiduc.
d'Espagne..
De Saragosse le II..
Janvier 1711.
La Reine devoitpartir
avant-hierdeNajera où Elle
avoitsejourné plusieurs jours
en attendantlesordres du Roy
peurvenir à Saragosse
,
d'où
Sa Majesté partiraMercredy
prochain 14. de ce mois pour
aller au devant de la Reine
jusqu'à Mallen
,
Village
neuflieuës de cette Ville. Le
lendemain
15. Leurs Majestez
en partiront, ter irontcoucher
àAlagon, & le 16. Ellesarriveront
icy où ily a apparence
qu'Ellespasseront le reste de
thyver. Le Roy ayantenvoyé
toutes ses Troupes dans des
quartierspourse delassre des
fatigues qu'elles
O rteuës depuis
plusieursmois.
Le debris de l'Armée du
Comte Staremberg
,
suivant
les derniers avis , a Iht/lé L
Se<gre-à)B<ala"gu)err pourentrer en Catalogne
, où le Roy a
actuellement deux detachements
de Cavalerie, commandez
par Dom Feliciano Bracamonte,
Maréchalde Camp,
&DomJoseph Vallejo, Brigadier
qui font tousjours à la
poursuite des Ennemis. On attendincessamment
la nouvelle
de la prise de Gironne, dont la
conquestefacilitera beaucoup
a
celle du reste de la Catalogue.
, Des Deserteurs rapportent
que les habitants deBarcelone
sont partagez en deux partis
cantonnez l'un contre l'autre ;'
que celuy du RoyPhilippe
grossit tous les jours,& qu'il
n'attend que l'approche de nos
Troupes pour se declarer ouvertement
; de sorte qu'on a
estéobligéde mettre une forte
Garde au Palais ou loge t,lr-.
chiduc.
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
En janvier 1711, la Reine et le Roi se déplacèrent en Espagne. La Reine quitta Najera pour Saragosse, où elle rejoignit le Roi. Ensemble, ils se rendirent à Mallen, puis à Alagon, et enfin à Saragosse pour y passer l'hiver. Le Roi avait envoyé ses troupes en quartiers pour les reposer après plusieurs mois de fatigue. Les restes de l'armée du Comte Staremberg se dirigeaient vers Balaguer pour entrer en Catalogne. Deux détachements de cavalerie, commandés par Dom Feliciano Bracamonte et Dom Joseph Vallejo, poursuivaient les ennemis. La prise de Gérone était attendue, facilitant ainsi la conquête du reste de la Catalogne. À Barcelone, les habitants étaient divisés en deux partis, celui du Roi Philippe gagnant en influence chaque jour. Une forte garde avait été placée au palais du duc pour assurer la sécurité.
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236
p. 287-293
Dons faits par le Roy.
Début :
On a oublié de dire dans le dernier mois que [...]
Mots clefs :
Chevaliers, Dons, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy.
DonsfaitsparleRoy.
On a oublié de dire
dans le dernier mois que
Mr le Marquis de Miromeni
aestéfait Maréchal
deCamp,en consideration
de ses services. Il estoit
auparavant Brigadier d'Infanterie,
commandant celle
de la Garnison de Bethune
pendant le siege de
cette Ville, on il fit cette
grande sortie dont on a
tant parlé, danslaquelle il
pousse les Ennemissort
loin,tuaungrand nombre
de ceuxde la Tranchée,&
rasa tous leurstravaux. ,: Mr Boucher d'Orsay,
.-
Maistredes Requestes,&
fils duConseiller d'Estat,
de mesmenom
, a esté fait
Intendant de Limoges.
.y ,..
.# Chevaliers
CHEVALIERS
del'Ordre.
Le 31 Decembre1710,
le Roy fit Chevaliers de
S. Michel.
M. le Prince de Conry.
M.le ComtedeMédavi.
M. le Comte du Bourg.
M.d'Albergoty. 7
M.lbe MrairqauisndedGoe.f-
Et le premier Janv.1711.
illes fit Chevaliers du saint
Esprit.
Voicy leurs noms & ceux de
leurs peres &meres.
Louis-Armand de Bourbon
,Prince de Conty, fils
de François Louis de Bourbon,
Prince de Conry&de
Marie-Theresede Bburbon
deCondé.
Jacques. Léonor Rouxel
Comtede Médavi & de
Grancey, Lieutenant Generaldes
Armées du Roy,
Gouverneur dfeDu'nkl'sque,
fils de Pierre Rouxcl Comte
de Grancey,& d'Henriette
de la Pallu de Bouligneux,
& petit-fils de Jacques
Rouxel Comte de Grancey
Maréchalde.France, Chevalier
des Ordres.,
Léonor-Marie du Maine
Comte du Bourg, Marquis
de S.Ciran, Lieutenant
General des Armées du Roy
fils de Philippe du Maine,
Comte du Bourg & deLéonor
de Damas de Thianges.
François Zénobe. Philippe
Albergoti, Lieutenant
General desArmées du
Roy Gouverneur deSancLouis,
fils de Rerovio Albergoti
Sénateur de Florencc
,
& de Madeleine
Bardi. Les Albergoti sont
originaires d'Arerzo établis
depuis long-temps à Florencc.
Ilsont possedé plusieurs
Charges dans ces Villes
lorsqu'elles estoient en
République.
Louis-François Marquis
de Goësbriand
,
Lieutenant
General desArmées du Roy,
fils d'Yves Marquis de Coëfbriand.
& de Francoife-
Gabrielle de Kerquesay.
CetteMaison est originaire
de Bretagne & possede la
- Terre de Goësbriand dans
l'Evêché de Treguier,de
temps immémorial.
On a oublié de dire
dans le dernier mois que
Mr le Marquis de Miromeni
aestéfait Maréchal
deCamp,en consideration
de ses services. Il estoit
auparavant Brigadier d'Infanterie,
commandant celle
de la Garnison de Bethune
pendant le siege de
cette Ville, on il fit cette
grande sortie dont on a
tant parlé, danslaquelle il
pousse les Ennemissort
loin,tuaungrand nombre
de ceuxde la Tranchée,&
rasa tous leurstravaux. ,: Mr Boucher d'Orsay,
.-
Maistredes Requestes,&
fils duConseiller d'Estat,
de mesmenom
, a esté fait
Intendant de Limoges.
.y ,..
.# Chevaliers
CHEVALIERS
del'Ordre.
Le 31 Decembre1710,
le Roy fit Chevaliers de
S. Michel.
M. le Prince de Conry.
M.le ComtedeMédavi.
M. le Comte du Bourg.
M.d'Albergoty. 7
M.lbe MrairqauisndedGoe.f-
Et le premier Janv.1711.
illes fit Chevaliers du saint
Esprit.
Voicy leurs noms & ceux de
leurs peres &meres.
Louis-Armand de Bourbon
,Prince de Conty, fils
de François Louis de Bourbon,
Prince de Conry&de
Marie-Theresede Bburbon
deCondé.
Jacques. Léonor Rouxel
Comtede Médavi & de
Grancey, Lieutenant Generaldes
Armées du Roy,
Gouverneur dfeDu'nkl'sque,
fils de Pierre Rouxcl Comte
de Grancey,& d'Henriette
de la Pallu de Bouligneux,
& petit-fils de Jacques
Rouxel Comte de Grancey
Maréchalde.France, Chevalier
des Ordres.,
Léonor-Marie du Maine
Comte du Bourg, Marquis
de S.Ciran, Lieutenant
General des Armées du Roy
fils de Philippe du Maine,
Comte du Bourg & deLéonor
de Damas de Thianges.
François Zénobe. Philippe
Albergoti, Lieutenant
General desArmées du
Roy Gouverneur deSancLouis,
fils de Rerovio Albergoti
Sénateur de Florencc
,
& de Madeleine
Bardi. Les Albergoti sont
originaires d'Arerzo établis
depuis long-temps à Florencc.
Ilsont possedé plusieurs
Charges dans ces Villes
lorsqu'elles estoient en
République.
Louis-François Marquis
de Goësbriand
,
Lieutenant
General desArmées du Roy,
fils d'Yves Marquis de Coëfbriand.
& de Francoife-
Gabrielle de Kerquesay.
CetteMaison est originaire
de Bretagne & possede la
- Terre de Goësbriand dans
l'Evêché de Treguier,de
temps immémorial.
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Résumé : Dons faits par le Roy.
En décembre 1710, le roi a promu le Marquis de Miromeni au rang de Maréchal de camp pour ses services, notamment lors du siège de Béthune où il avait commandé les troupes. Mr Boucher d'Orsay, Maître des Requêtes et fils du Conseiller d'État, a été nommé Intendant de Limoges. Le 31 décembre 1710, plusieurs personnalités ont été faites Chevaliers de Saint-Michel, dont le Prince de Conty, le Comte de Médavi, le Comte du Bourg, M. d'Albergoty et le Marquis de Goësbriand. Le 1er janvier 1711, ces mêmes individus ont été élevés au rang de Chevaliers du Saint-Esprit. Parmi eux, Louis-Armand de Bourbon, Prince de Conty, fils de François Louis de Bourbon et de Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, et Jacques Léonor Rouxel, Comte de Médavi, Lieutenant Général des Armées du Roi et Gouverneur de Dunquerque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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237
p. 293-303
NOUVELLES de Turquie.
Début :
A Vienne en Autriche, le 9 Janvier 1711. Il n'est [...]
Mots clefs :
Roi, Troupes, Empereur, Turquie, Vienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Turquie.
NOUVELLES
de Turquie.
A Vienne en Autriche, le
9 Janvier 1711.
Il n'est plus question de
douter de la déclaration de
la guerre quele Grand Seigneur
a faite au Czar,
au Roy Auguste & à leurs
adherans; elle a elle publiée
à Belgrade & dans toutes
les Villes de Livonie & de
Pologne, d'où on mande
que le Czarenavoit lanouvelle.
Il y a des avis à Vienne
que l'Ambassadeur de
Moscovie a estéarrêté à
Consraminople; & il est certain
que le sieur d'Alman
Envoyé de l'Empereur en
cette Ville a écrit que l'on
se tint sur ses gardes, qu'il
y avoit un corps, de Troupesde
quarante mille hommesqui
ne tarderoit pas à
faire des incursions; & cela
s'accorde assez avec ce que
l'on m'écrit deDuntzic,dont
je parlerai tout à l'heure.
Voicy comment les Turcs ont
disposé leurs forces.
Le Kam des Tarrates
commanderaune armée qui
agira en Moscovie au delà
du Boristhéne.
Le Roy de Suéde en
commandera une autre,
composée de ce qu'il a pu
conserver desesTroupes,
de lapetite armée- du P^lia«.
tCinosdaeKqiuoveies&.ddecqquliecllqouuecss
Eciatroilieme de cent
mille hommes, sera commandée
par le Grand Seigneur
en personne, assisté
de Cuproly dernier Visir
déposé, que sa Hautesse a
rappelle auprés d Elle.Cette
armée, doit estre le15 Mars
à Andrinople;& si cela est
vrai, il n'y a presque point
à douter que le Turc n'ait
formé un dessein sur la
Tranfilvanieou la Hongrie;
car si le seulobjet estoit d'aller
contre les Moscovites;
il ne faudroit pas prendre
une route si détournée.
Quoiqu'il en soit, jamais
la Cour de Vienne na
esté plus intriguée qu'elle
l'est aujourd'hui. Elle a donné
ses ordres à ses Generaux
qui font en Hongrie,
malgré la saison si avancée;
le besoin que souffrent les
Troupes, & le dégât que
fait dans ce pays la contagion,
de pour suivre les avantages
qu'ils y ont eu depuis
quelques mois.
Sa Majesté Imperiale
risque beaucoup pour son
armée à cause de la contagion
qui cil: parmi lesHongrois,
mais le peril presse y
& l'on regarde comme un,
grand bien la conqueste do
quelques Places qui peuvent
servir à barrer le Turc.
Aprés ia prisc d'Esperies les
Allemands venoient de se
rendre Maistre deScharkat
petitePlace, mais tres-forte,
qui en le passage entre
Arath & le grand Wacadin.
Les conseils quel'on tient
tous les jours à la Cour de
Vienne sont assez connoître
à l'Empereur de quelle
importance il est pour lui
d''aaVvoOiIrr une ggrroossec aarrnmlCéCe cn;i
Hongrie, qui le rende respectabte
au Turc, & pour
cela on netrouve point de
plus prompt moyen que celui
d'y faire repasser ses
Troupes d'Italie, mais l'on
craint en même temps que
les Princes Italiens se voyant
délivrezdeces Hôtes quileur
ontesté si onereux,
ne fassent entr'euxune ligue
pourleur liberté;& l'on
m' écrit que cetteconsiderationadéterminél'Empereur
à les y laisser,afin de s'y
maintenir en credit, cependant
comme il estimpossible
que dansces embarras
pressans l'on se détermine
tout d'un coup à un parti.
Sa Majesté Imperiale a fait
demander au Nonce du Pape
si Sa Sainteté ne voudra
pas contribuer, à l'imitation
d'Innocent XI. à une
guerre quiinteresse toute la
Chrétienté ,puisqu'elle se
fait contre les Moscovites,
avec qui le Roy Auguste a
de tres - étroites liaisons.
Il a recommandé au Nonce
d'avoir incessamment réponse
du Pape sur cela
,
pour prendre ses mesures;
j tous les Couriers, qu'il Ireçoit de Catalogne ne
sont que pour avoir de
prompts secours, &tous
ceux que le Comte deZinzendorf
envoye de la Haye,
tendent à la même chose.
L'on dit donc que l'Empereur
fera passer en Catalogne
quelques Regimens qui
sont en Italie,& qu'on les
remplacera le mieux que
l'on pourra par des recruës
que l'on y fera filer; en ce
cas il restera peu de Troupes
en Hongrie & en Italie.
L'on me mande de Dantzick
que l'on y avoit des
nouvelles que quarante milleTarcares,
lesquels devoient
estrejoints par douze mille
Janissaires,estoinet entrez en
Valachie; qu'on craignoit
pour Caminiek, où le Roy
Augusteavoit donné ordre
d'envoyer incessamment
quelque argent pour payer
la Garnison&relever les
Fortificationsde cette Place
;quece Prince seroitobligéde
retirer les Troupes
du service des Hollandois,
& que l'onest d'autant plus
Jemba-
rrae sasé' pourl'a1,rmé1e
d'Allemagne qui doit maintenir
laneutralitéduNord,
qu'on avoit appris que l'on
préparoit en Suéde douze
mille hommes pour les faire
passer en Pomeranie & se
joindre au General Craffaw,
Le Moscovice jusqu'à..prosent
fait bonne mine;ilprétend
qu'après avoitassuré
ses conquestes en Livonie;
il opposera quatre-vingt-dix
mille hommes au Royde
Suéde.
de Turquie.
A Vienne en Autriche, le
9 Janvier 1711.
Il n'est plus question de
douter de la déclaration de
la guerre quele Grand Seigneur
a faite au Czar,
au Roy Auguste & à leurs
adherans; elle a elle publiée
à Belgrade & dans toutes
les Villes de Livonie & de
Pologne, d'où on mande
que le Czarenavoit lanouvelle.
Il y a des avis à Vienne
que l'Ambassadeur de
Moscovie a estéarrêté à
Consraminople; & il est certain
que le sieur d'Alman
Envoyé de l'Empereur en
cette Ville a écrit que l'on
se tint sur ses gardes, qu'il
y avoit un corps, de Troupesde
quarante mille hommesqui
ne tarderoit pas à
faire des incursions; & cela
s'accorde assez avec ce que
l'on m'écrit deDuntzic,dont
je parlerai tout à l'heure.
Voicy comment les Turcs ont
disposé leurs forces.
Le Kam des Tarrates
commanderaune armée qui
agira en Moscovie au delà
du Boristhéne.
Le Roy de Suéde en
commandera une autre,
composée de ce qu'il a pu
conserver desesTroupes,
de lapetite armée- du P^lia«.
tCinosdaeKqiuoveies&.ddecqquliecllqouuecss
Eciatroilieme de cent
mille hommes, sera commandée
par le Grand Seigneur
en personne, assisté
de Cuproly dernier Visir
déposé, que sa Hautesse a
rappelle auprés d Elle.Cette
armée, doit estre le15 Mars
à Andrinople;& si cela est
vrai, il n'y a presque point
à douter que le Turc n'ait
formé un dessein sur la
Tranfilvanieou la Hongrie;
car si le seulobjet estoit d'aller
contre les Moscovites;
il ne faudroit pas prendre
une route si détournée.
Quoiqu'il en soit, jamais
la Cour de Vienne na
esté plus intriguée qu'elle
l'est aujourd'hui. Elle a donné
ses ordres à ses Generaux
qui font en Hongrie,
malgré la saison si avancée;
le besoin que souffrent les
Troupes, & le dégât que
fait dans ce pays la contagion,
de pour suivre les avantages
qu'ils y ont eu depuis
quelques mois.
Sa Majesté Imperiale
risque beaucoup pour son
armée à cause de la contagion
qui cil: parmi lesHongrois,
mais le peril presse y
& l'on regarde comme un,
grand bien la conqueste do
quelques Places qui peuvent
servir à barrer le Turc.
Aprés ia prisc d'Esperies les
Allemands venoient de se
rendre Maistre deScharkat
petitePlace, mais tres-forte,
qui en le passage entre
Arath & le grand Wacadin.
Les conseils quel'on tient
tous les jours à la Cour de
Vienne sont assez connoître
à l'Empereur de quelle
importance il est pour lui
d''aaVvoOiIrr une ggrroossec aarrnmlCéCe cn;i
Hongrie, qui le rende respectabte
au Turc, & pour
cela on netrouve point de
plus prompt moyen que celui
d'y faire repasser ses
Troupes d'Italie, mais l'on
craint en même temps que
les Princes Italiens se voyant
délivrezdeces Hôtes quileur
ontesté si onereux,
ne fassent entr'euxune ligue
pourleur liberté;& l'on
m' écrit que cetteconsiderationadéterminél'Empereur
à les y laisser,afin de s'y
maintenir en credit, cependant
comme il estimpossible
que dansces embarras
pressans l'on se détermine
tout d'un coup à un parti.
Sa Majesté Imperiale a fait
demander au Nonce du Pape
si Sa Sainteté ne voudra
pas contribuer, à l'imitation
d'Innocent XI. à une
guerre quiinteresse toute la
Chrétienté ,puisqu'elle se
fait contre les Moscovites,
avec qui le Roy Auguste a
de tres - étroites liaisons.
Il a recommandé au Nonce
d'avoir incessamment réponse
du Pape sur cela
,
pour prendre ses mesures;
j tous les Couriers, qu'il Ireçoit de Catalogne ne
sont que pour avoir de
prompts secours, &tous
ceux que le Comte deZinzendorf
envoye de la Haye,
tendent à la même chose.
L'on dit donc que l'Empereur
fera passer en Catalogne
quelques Regimens qui
sont en Italie,& qu'on les
remplacera le mieux que
l'on pourra par des recruës
que l'on y fera filer; en ce
cas il restera peu de Troupes
en Hongrie & en Italie.
L'on me mande de Dantzick
que l'on y avoit des
nouvelles que quarante milleTarcares,
lesquels devoient
estrejoints par douze mille
Janissaires,estoinet entrez en
Valachie; qu'on craignoit
pour Caminiek, où le Roy
Augusteavoit donné ordre
d'envoyer incessamment
quelque argent pour payer
la Garnison&relever les
Fortificationsde cette Place
;quece Prince seroitobligéde
retirer les Troupes
du service des Hollandois,
& que l'onest d'autant plus
Jemba-
rrae sasé' pourl'a1,rmé1e
d'Allemagne qui doit maintenir
laneutralitéduNord,
qu'on avoit appris que l'on
préparoit en Suéde douze
mille hommes pour les faire
passer en Pomeranie & se
joindre au General Craffaw,
Le Moscovice jusqu'à..prosent
fait bonne mine;ilprétend
qu'après avoitassuré
ses conquestes en Livonie;
il opposera quatre-vingt-dix
mille hommes au Royde
Suéde.
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Résumé : NOUVELLES de Turquie.
En janvier 1711, la déclaration de guerre du Grand Seigneur contre le Czar, le roi Auguste et leurs alliés est confirmée. Cette guerre est annoncée à Belgrade et dans diverses villes de Livonie et de Pologne. À Vienne, des rumeurs indiquent l'arrestation de l'ambassadeur de Moscovie à Constantinople et la présence d'un corps de troupes turques de quarante mille hommes prêt à attaquer. Les Turcs ont déployé leurs forces de manière stratégique. Le Khan des Tartares commandera une armée en Moscovie au-delà du Dniestr. Le roi de Suède dirigera une autre armée composée de ses troupes restantes et de celles du prince de Moldavie. Une troisième armée, forte de cent mille hommes, sera commandée par le Grand Seigneur en personne, assisté du dernier vizir déposé. Cette armée doit se rassembler à Andrinople le 15 mars, suggérant une possible attaque sur la Transylvanie ou la Hongrie. La Cour de Vienne est en alerte maximale. Malgré la saison avancée et la contagion parmi les troupes, l'Empereur a ordonné à ses généraux de poursuivre les avantages militaires. Les conseils à la Cour de Vienne soulignent l'importance de maintenir une grande armée en Hongrie pour dissuader les Turcs. Cependant, l'Empereur craint que les princes italiens, libérés des troupes impériales, ne forment une ligue pour leur liberté. L'Empereur a également sollicité l'aide du Pape pour une guerre contre les Moscovites, alliés du roi Auguste. Des renforts sont demandés en Catalogne et en Allemagne pour maintenir la neutralité du Nord. Le roi Auguste prépare des défenses en Valachie et envisage de retirer ses troupes du service des Hollandais. Le Czar, quant à lui, affirme qu'il opposera quatre-vingt-dix mille hommes au roi de Suède après avoir sécurisé ses conquêtes en Livonie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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238
p. 82-120
ARTICLE des Morts & des Mariages, où l'on trouvera plusieurs remarques historiques.
Début :
Ferdinand Obizzi, Marquis du Saint Empire, Chambellan & Conseiller d'Etat [...]
Mots clefs :
Saintes, Mirandole, Roi, Ville de Grasse, Ville de Pas
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE des Morts & des Mariages, où l'on trouvera plusieurs remarques historiques.
ARTICLE
desMorts & desMa
riages , où l'on trou
vera plufieurs remar
ques biftoriques.
Ferdinand
Obizzi
Marquis
du Saint Empire
Chambellan
& Confeiller
d'Etat , Maréchal General
de Camp , Sur-Intendant
General des Ordonnances
de fa M. I. & cy- devant
Colonel & Commandant
à
Vienne
, eft mort en cette
Ville le 12. Decembre
GALANT. 83
1710. âgé de 70. ans , dont
il en avoit paffé so . au fervice
de la Maiſon d'Autriche
; ſon corps a eſté tranſporté
dans le tombeau de
ces Anceftres.Il avoit épousé
en premieres nôces Marie-
Thereſe Palfi , veuve
d'Augufte
Comte de Sin,
zendolfe
; & en fecondes
;
Anne Marie Elizabeth
Comteffe de Rathmansdorf.
II prit enfuite une
troifiéme alliance avecMarie
Claire - Apolline Comteſſe
de Staremberg
, veuve
de François LeopoldComte
84 MERCURE
臭
de Sclavata , defquelles if
n'a point eu d'Enfants . Ce
fut luy qui enleva en 1674.
le Cardinal Furftemberg.
La Marquife d'Obizzi
fa mere nous a donné
un ſecond exemple de
ces chaftetez à l'épreuve
du poignard dont Lucrece
nous fournit jadis
le premier exemple ; cela
nous fait voir qu'il nous
en viendra peut-eftre un
troifiéme dans quelques
fiécles d'icy , & que la
GALANT : 85
chafteté n'eſt pas ſi rare
qu'on
croit.
Un Gentilhomme de
Padoue fort amoureux
de cette Marquife , qui
eftoit jeune & belle
trouva le moyen d'entrer
dans fa chambrependant
qu'elle dormoit encore
au lit ; fon fils unique
âgé de cinq ans y eftoit
avec elle , mais le Gentilhomme
le transporta
dans une chambre voifine,
afin qu'il nevift pas
86 MERCURE
ce qui fe pafferoit , &
revint enfuite dans la
chambre de laMarquiſe
.
Il fe fervit d'abord des
voyes de douceur & de
perfuafion , avant que
d'en venir auxactions de
violence , & n'ayant pû
rien obtenir ni d'une façon
, ni d'autre fon
amour degenera en fureur
, & fa rage le porta
à un tel point , qu'il poignarda
cette vertueufe
Dame.
GALANT. 87.
La chofe ayant éclatté
, on arreſta le Gentilhomme
fur les foupçons
qu'on cuft contre luy.
On fçavoit qu'il avoiteu
de l'attachement pour la
Marquiſe ; l'Enfant dit
quelque chofe , des voi
fins rapporterent qu'on
avoit vû ce Gentilhomme
dans le quartier ; &
l'on trouva fur le Lit un
bouton de manchette
tout femblable à un autre
bouton , qu'il avoit
88 MERCURE
encore : Tout cela donna
de grands indices
contre lui , on l'appliqua
diverfes fois à la
queftion ordinaire &
extraordinaire , mais il
nia toûjours le fait ; enfin
aprés 15. ans de Prifon
fes amis firent fi
bien qu'ils le fauverent ,
mais quelque tems aprés
le jeune Marquis.
d'Obizzi qui eft ce mef
me Enfant dont j'ay
parlé , luy donna un
coup
GALANT. 89
coup de Pistolet dans
la tefte & vangea ainſi
la mort de fa mere.
VOICI L'EPITAPHE
Latine qu'on a miſe .
1 fur fon Tombeau.
victi
Venerare pudicitia
fimulacrum
mam,lucretiam de Dondis
ab horrologio Pranca
de ObizZonibus , Or
ciani Marchionis uxorem.
Hac inter noctis t
Fevrier
1711..
P
90 MERCURE
nebras , maritales afferent
tades , furiales recentis
Tarquini faces ,
cafto cruore extinxit . Sicque
Romanam Lucretiam
intemerati - tori
gloria vincit. Tanta fua
heroine generofis Manibus
hanc dicavit aram
civitas Patavina.
François Marie Pico ,
Prince de la Mirandole &
de Concordia , accablé de
douleur de fe voir dépouillé
de fon Patrimoine par
GALANT DI
l'Empereur , eft mort à Bologne
en Italie le mois de
Decembre 1710. Il eftoit né
le 50. Septembre 1688. fils
unique de François Pico ,
Prince de la Mirandole ,
mort le 19. Avril 1689. &
d'Anne Camille Borgheze
fille du Prince de Sulmone
Mirandola , ou Mirandole
, eft une petite
Ville d'Italie , à cinq
lieu de Mantoue avec
titre de Duché dont
la Maifon des Pies eft
en poffeffion depuis
*
Hij
92 MERGURE
l'an 1300. Cette Souveraineté
qui ne contient
pas plus de 6000 , hommes
, rapporte environ
quatre vingt-mille ducats.
La Ville de Mi-
1
randole , a une Collegiale
tres - confiderable
& foumife à l'Evefque
de Modene ; Le Palais
du Dúc , eft bien meu
blé & rempli de Peintures
exquifes de l'Ecole
de Fologne. Cette
Ville qui eft fituée en
GALANT . 93
tre le Ferrarois , le Modenois
& le Mantouan,
eft reveſtuë de ſept Baftions
Royaux , avec
un fort Chateau outre
-le fort de la Rocca ,
& enceinte d'un large
& profond Foffe remply
d'eau , & qu'on ne
peut mettre à fec.
X
La nuit du 19. au 20 .
du Mois d'Avril 1795 .
Mr de Lapara fit ouvrir
la tranchée devant
Mirandole , où Mr del
94 MERCURE
Coningfexcommanaoit
elle fe rendit le Mois
fuivant , & le Baron
d Irtrik en apporta
au
Roy la Capitulation
qui fut fignée le 1.
May. La Garniſon fut
faite prifonniere deGuer
re , & l'on trouva dans
la Place so . picces de
Canon avec quelques
Mortiers. Plus de 350.
Officiers ou Soldats fe
deguiferent en Paifans
pour éviter d'eftre fait
GALANT .
25
Prifonniers. On Y mit
Garniſon Françoiſe , &
Eſpagnole , & le Duc
Jean de la Mirandole
qui eftoit au fervice
des deux Couronnes
fut remis en poffeffion
de fon Duché dont les
Imperiaux l'avoient depouillé
. Jean , & Jean
Francois Pics Princes
de la Mirandole, fe font
rendus plus illuftres
dans la Republique des
lettres que par leur rang
96 MERCURE
& leurs exploits 5 & le
plus grand adverfaire
qu'ait jamais eu l'Af
trologue Siennois a efté
le fçavant Jean Pic de
de la Mirandole
; cependant
il ne paffa pas
la 33. année de ſon âge,
comme le luy avoit predit
Lucius Bollentius
La conjecture de cet
Aftrologue eftoit fondée
fur la complexion
bilieufe de ce Prince.
Meffire François Verjus
Evêque ar
GALANT 97
Evefque de Graffe & Abbé
de Barbery eft mort le
mois de Janvier 1711 .
REMARQUES.
Graffe eft une Ville
Epifcopale de la Hautte
Provence , fituée fur une
colline : Son Eveſché.
eft fuffragant de l'Archevefché
d'Ambrun :
Sa Cathedrale,eft dediće
àla Vierge, & fon Chapitre
compoſé d'un Archidiacre
, d'un Sacrif-
Février 1711. I
28. MERCURE
tin d'un Capifcol
,
d'un Archipreftre
, d'un,
Theologal & de fix
Chanoines
: Il y a outre
cette Cathedrale , plu
fieurs Paroiffes avec di
verfes Maifons Reli-.
gicufes. La Prevofté qui
eftoit la premiere dignité
du Chapitre , a cſté
reumie à l'Evefché depuis
environ 30. années
.
Cette ville eft fituée .
dans un Terroir le plus
IBLIOT
LYON
DE
เกาะ
ALLE
GALANT.
agreable du monde tant
par fa fertilité que par
la beauté du payfage .
Son Evefché fut d'abord
eftabli à Antibe ,
mais le mauvais air &
les courfes continuelles
des Pirates ,
obligerent
Bertrand II. fon Evef
que , de transferer fon
Siege à Graffe vers l'an
cette tranflation
1250 .
fut
confirmée par les
Papes Innocent
IV. &
Gregoire X. Il n'y a
I ij
100 MERCURE
qu'une Abbaye dans ce
Diccefe , où l'on compte
feulement 22. Paroiffes.
Quelques Hiftoriens
veulent que Graflus
Conful Romain ait
donné , on nom à Graffe
, mais ce fentiment
n'eft pas general; Quoyqu'il
en foit les Latins
la nomment Gr.nnių r.
Meffire Alexandre de
Chevriere de faint Mau .
ris , Docteur de Sorbonne
& Evefque de Saintes
GALANT . 101
eft morr le mois de Jan
vier 71. Il avoit eſté
Chanoine
Macon . Il
& Doyen de
toit frere de
Claude Jofeph de Chevriere
Comte de S. Mauris
en Maçonnois , & Seigneur
du Til & de Salagny,
du Commandeur de
faint Mauris Treforier de
l'Ordre deMalthe, àLyon ,
& de l'Abbé de S. Mauris
Chanoine , & Treforier
de l'Eglife Noble de
S. Pierre de Macon aprés
fon frere. Honoré de Chevriere
leur Pere , Comte
I iij
101 MERCURE
de S. Mauris , qui avoit
époufé en 1604. Claudine
Damas du Breuil, Branche
de l'illuftre Maifon de
Damas - Thiange , eftoit
neveu de Francois de Chevriere
defaint Mauris Seigneur
de S. Salagni , qui
fut le premier pourveu de
la charge de Juge Géné
ral des Armes & des Blafons
de France , lorfqu'elle
fut créé en 1614. & ce
fut aprés fa mort arrivée
l'an 1641. que le celebre
Pierre d'Hofier y fucceda
la mefme année .
GALANT. 103
Venons prefentement
aux particularitez
de la
Ville de Saintes .
REMARQUES
.
Saintes ou Xaintes
,
eft la ville Capitale de
Saintonge
; les Latins la
nomment
Mediolanum
Santonum ou Vrbs
a
Santoria. Elle eft à 4 .
lieux de Coignac , à 7.
de Brouages , à 11. de
la Rochelle , & à vingt
de Bordeaux , & fitué
fur la Riviere de Charente
, dans un Terroir
104 MERCURE
fi charmant que les
Romains l'avoient choi- >
fie pour y faire leur fe
jour. C'eſt ce qui fait
qu'on y voit plufieurs
antiquitez , fur- tout un
Amphitheatre long de
80.pas communs & large
de 45. Le Parterre qui
fervoit à reprefenter les
jeux & les combats :
eft prefentement
un
champs qu'on laboure ;
& toutes les autres qui
fouftenoient les bancs
GALANT. 105
L
& les fieges font encore
en bon eſtat quoy qu'el
lesne foient faites que de
petites pierres ainſi que
l'Amphitheatre.
Ce qu'on y remarque
de plus curieux eft
une Fontaine qui fortant
d'un rocher audeffous
d'une de ces voutes
, va fe perdre dans
une prairie qu'on reconnoift
avoir efté fermée
de murailles. Il y
a grande apparence que
106 MERCURE
ce lieu eſtant rempli des
eaux de cette Fontaine
on y
faifoit des Naumachies
; il y paroift
naturellement difpofé ,
à caufe qu'il fait une
petite vallée bordée de
rochers , dont l'entrée
eft occupée par l'Amphitheatre.
On voit prés
de ce lieu dans un grand
Fauxbourg , l'Abbaye
de fainte Eutrope ; dont
le clocher eft bafti de '
petites pierres , & la nef
GALANT. 107
faite d'une facon particuliere
; les Reliques de
faint Eutrope font renfermées
fous le maiftre
Autel. Ce Fauxbourg
qui eft au pied du Chafteau
de Saintes, eft elévé
fur un rocher qui le
rend imprenable de ce
cofte- la . Le pont de cette
Ville a efté baſtie
par les Romains ; on
voit à fon entrée une
haute tour & plus avant
un Arc de triomphe fait
108 MERCURE
de deux portiques ; on
y lit ces paroles écrites
en groffes Lettres CASARI
NEP. D. JULII
PONTIFICI AUGURIS.
On voit fur le revers
quelques lettres à demi
effacés. Les pierres dont
eft fait l'Arc de triomphe
font fort groffes
& pofez feulement les
unes fur les autres , fans
mortier, qui eftoit la maniere
de baftir chez les
Romains . Le pont fert
GALANT. 109
à paffer de la ville au
Fauxbourg des Dames ,
ainfi appellé d'une Abbaye
de ce nom , où les
Religieufes font d'un
rang diftingué. On remarque
valléans
une
petite
vallée à main gauche
de cette Abbaye , les
reftes d'un ancien Aqueduc
des Romains , L'Eglife
Epifcopale de cette
ville , eft ded ée à S.
Pierre ; c'eft un Chapitre
compofé d'un
110 MERCURE
.
1
Doyen , d'un Archidiacre
& de 24. Chanoines
. Cette Eglife que
Charlemagne
avoit fait
baftir a esté fort endommagée
en fon toit
& en fes voutes par les
Religionnaires
. Sa tour,
l'une des plus groffes
du Royaume
eft demeurée
dans fon entier ;
on y remarque
deux
degrez : L'ancien qui
eft à main droite en entrant
eft merveilleux
1
GALANT. III
dans fon Architecture ,
mais il ne va que jufqu'à
la voute de l'Eglife
; L'autre a 246. marches
& quand on eft en
haut , on peut voir toute
l'eftenduë de la ville ,
qui n'eft pas grande. On
remarque de la quelle
eft adoffée fur une coline
, fur laquelle on à
baſti une Citadelle , qui
ne paroift plus que par
la ruine de quelques
Baſtions. Au pied de
112 MERCURE
cette colline tou eft aujourd'huy
le convent
des Auguſtins , on avoit
autre fois bafti une autre
Citadelle , dont il
refte encore au milieu
le chaft au du Roy ,
qui fervoit ancienncment
demeure aux comtes
de faintes . On voit
fur le haut , le grand
Arfenal , ou l'on fait
plufieurs canons de fonte
le cofé de la muraille
de la ville qui eſt
proche
GALANT . 113
proche cet Arſenal
paroift avoir efté baſti
du temps des Romains ;
On le juge par des colomnes
prefque toutes
entieres qu'on y voit
encore , par des pieces
de marbres ,
&
par
quelque parties de figures
maçonnées avec cette
muraille ancienne , à la
qu'elle on a ajouté par
derriere de belles Fortifications
afin de rendre
ce cofté de la ville où
Février 1711. K
114 MERCURE
11
eftoit la Citadelle le
plus difficile à attaquer.
Antoine du Pas Marquis
de Feuquieres , Lieutenant
General des Armées
du Roy & Gouver
neur de Verdun mourut
le 27. Janvier 1711. âgé
de 61. an , laiffant pofterité
de Marie Magdelaine
Therefe Genevieve
Monchi fille de George &
de Monchi Marquis d'Hoquincourt
, Chevalier des
Ordres du Roy, & de Maric
Molé.
de
GALANT. IT'S
+
REMARQUES .
Monfieur de Feuquieres
tire l'Origine de fon illuftre
nom de la Ville de Pas en
Artois , fituée fur la riviere
d'Ori dans la Comté de
faint Pol.
En 13-0 . Jean de Pas
Seigneur de Martinfart ſe
rendit celebre fous le nom
de jeune Feuquieres ; il fit
une fin femblable à celle
d'Epaminondas
? car fe
voyant bleffé à mort , il ſe
fit porter fur un Brancard
pour reconnoistre la ville
Kij
116 MERCURE
de la Charité fur Loire ,
qu'il affiegeoit comme
Maréchal de camp du
Prince Palatin Cafimir Duc
de Deux - ponts ; & employa
les derniers moinens
de fa vie à faire emporter
cette ville d'affaut. Il
y mourut avec la gloire
d'avoir fauvé l'Armée de
fon parti , qui eftoit pourfuivie
par celle de fes En .
$
(
nemis beaucoup plus puif.
fante , & à qui cette vil'e
fervoit de pallage pour alles
joindre le Roy de Navarre
.
GALANT. N7
Voicy la Lettre que
Mr de Feuquieres à écrire
au Roy dans les derniers
momens de fa vie,
SIRE ,
Aprés avoir mis entre les
mains de Dieu ma vie que je
vais luy rendre , il ne me refte
plus rien à faire avant de la
quitter , que de me jetter aux
pieds de voſtre Majefté. Si je
croyois avoir encore plus de: 4.
heures à paffer en ce monde
je n'oferois pas prendre la liberté
que je prends. Je feay
que j'ay déplû à V M. &
118 MERCURE
quoyque je ne fache pas en
quoi,je ne m'en crois pas moins
coupable .Fefpere SIRE¸que
Dieu me pardonnera
, parceque
jefens en moy un repentir
fincere. Vous eftes l'image de
Dieu, &jofe vousfupplier de
pardonner du moins à mon
fils les fautes queje voudrois
avoir expicés de mon fang.
Ce font elles , SIRE , qui
ont donné à V. M. de l'éloignement
pour moy , & qui
font caufe que je meurs dans
mon lit , au lieu que je devrois.
facrifier à vostre fervice les
derniers momens de ma vie
GALANT. 119
les dernieres goutes de mon
fang. Comme je l'ay toûjours
fouhaité , SIRE , au nom
du Roy des Rois devant qui
je vais paroifire , daignez jetter
des yeux de compaffionfur
un fils unique que je laiffe en
ce monde fans appuy & fans
bien. Il eft innocent de mes
malheurs , & forti d'un fang
qui a toujours bien fervi V
M. Je prends confiance en la
bonté de vostre coeur , & aprés
vous avoir demandé encore
une fois pardon , je vais me
remettre entre les mains de
Dieu à qui je demande pour
120 MERCURE
Voftre Majefté toutes les profperités
que meritent vos vertus.
desMorts & desMa
riages , où l'on trou
vera plufieurs remar
ques biftoriques.
Ferdinand
Obizzi
Marquis
du Saint Empire
Chambellan
& Confeiller
d'Etat , Maréchal General
de Camp , Sur-Intendant
General des Ordonnances
de fa M. I. & cy- devant
Colonel & Commandant
à
Vienne
, eft mort en cette
Ville le 12. Decembre
GALANT. 83
1710. âgé de 70. ans , dont
il en avoit paffé so . au fervice
de la Maiſon d'Autriche
; ſon corps a eſté tranſporté
dans le tombeau de
ces Anceftres.Il avoit épousé
en premieres nôces Marie-
Thereſe Palfi , veuve
d'Augufte
Comte de Sin,
zendolfe
; & en fecondes
;
Anne Marie Elizabeth
Comteffe de Rathmansdorf.
II prit enfuite une
troifiéme alliance avecMarie
Claire - Apolline Comteſſe
de Staremberg
, veuve
de François LeopoldComte
84 MERCURE
臭
de Sclavata , defquelles if
n'a point eu d'Enfants . Ce
fut luy qui enleva en 1674.
le Cardinal Furftemberg.
La Marquife d'Obizzi
fa mere nous a donné
un ſecond exemple de
ces chaftetez à l'épreuve
du poignard dont Lucrece
nous fournit jadis
le premier exemple ; cela
nous fait voir qu'il nous
en viendra peut-eftre un
troifiéme dans quelques
fiécles d'icy , & que la
GALANT : 85
chafteté n'eſt pas ſi rare
qu'on
croit.
Un Gentilhomme de
Padoue fort amoureux
de cette Marquife , qui
eftoit jeune & belle
trouva le moyen d'entrer
dans fa chambrependant
qu'elle dormoit encore
au lit ; fon fils unique
âgé de cinq ans y eftoit
avec elle , mais le Gentilhomme
le transporta
dans une chambre voifine,
afin qu'il nevift pas
86 MERCURE
ce qui fe pafferoit , &
revint enfuite dans la
chambre de laMarquiſe
.
Il fe fervit d'abord des
voyes de douceur & de
perfuafion , avant que
d'en venir auxactions de
violence , & n'ayant pû
rien obtenir ni d'une façon
, ni d'autre fon
amour degenera en fureur
, & fa rage le porta
à un tel point , qu'il poignarda
cette vertueufe
Dame.
GALANT. 87.
La chofe ayant éclatté
, on arreſta le Gentilhomme
fur les foupçons
qu'on cuft contre luy.
On fçavoit qu'il avoiteu
de l'attachement pour la
Marquiſe ; l'Enfant dit
quelque chofe , des voi
fins rapporterent qu'on
avoit vû ce Gentilhomme
dans le quartier ; &
l'on trouva fur le Lit un
bouton de manchette
tout femblable à un autre
bouton , qu'il avoit
88 MERCURE
encore : Tout cela donna
de grands indices
contre lui , on l'appliqua
diverfes fois à la
queftion ordinaire &
extraordinaire , mais il
nia toûjours le fait ; enfin
aprés 15. ans de Prifon
fes amis firent fi
bien qu'ils le fauverent ,
mais quelque tems aprés
le jeune Marquis.
d'Obizzi qui eft ce mef
me Enfant dont j'ay
parlé , luy donna un
coup
GALANT. 89
coup de Pistolet dans
la tefte & vangea ainſi
la mort de fa mere.
VOICI L'EPITAPHE
Latine qu'on a miſe .
1 fur fon Tombeau.
victi
Venerare pudicitia
fimulacrum
mam,lucretiam de Dondis
ab horrologio Pranca
de ObizZonibus , Or
ciani Marchionis uxorem.
Hac inter noctis t
Fevrier
1711..
P
90 MERCURE
nebras , maritales afferent
tades , furiales recentis
Tarquini faces ,
cafto cruore extinxit . Sicque
Romanam Lucretiam
intemerati - tori
gloria vincit. Tanta fua
heroine generofis Manibus
hanc dicavit aram
civitas Patavina.
François Marie Pico ,
Prince de la Mirandole &
de Concordia , accablé de
douleur de fe voir dépouillé
de fon Patrimoine par
GALANT DI
l'Empereur , eft mort à Bologne
en Italie le mois de
Decembre 1710. Il eftoit né
le 50. Septembre 1688. fils
unique de François Pico ,
Prince de la Mirandole ,
mort le 19. Avril 1689. &
d'Anne Camille Borgheze
fille du Prince de Sulmone
Mirandola , ou Mirandole
, eft une petite
Ville d'Italie , à cinq
lieu de Mantoue avec
titre de Duché dont
la Maifon des Pies eft
en poffeffion depuis
*
Hij
92 MERGURE
l'an 1300. Cette Souveraineté
qui ne contient
pas plus de 6000 , hommes
, rapporte environ
quatre vingt-mille ducats.
La Ville de Mi-
1
randole , a une Collegiale
tres - confiderable
& foumife à l'Evefque
de Modene ; Le Palais
du Dúc , eft bien meu
blé & rempli de Peintures
exquifes de l'Ecole
de Fologne. Cette
Ville qui eft fituée en
GALANT . 93
tre le Ferrarois , le Modenois
& le Mantouan,
eft reveſtuë de ſept Baftions
Royaux , avec
un fort Chateau outre
-le fort de la Rocca ,
& enceinte d'un large
& profond Foffe remply
d'eau , & qu'on ne
peut mettre à fec.
X
La nuit du 19. au 20 .
du Mois d'Avril 1795 .
Mr de Lapara fit ouvrir
la tranchée devant
Mirandole , où Mr del
94 MERCURE
Coningfexcommanaoit
elle fe rendit le Mois
fuivant , & le Baron
d Irtrik en apporta
au
Roy la Capitulation
qui fut fignée le 1.
May. La Garniſon fut
faite prifonniere deGuer
re , & l'on trouva dans
la Place so . picces de
Canon avec quelques
Mortiers. Plus de 350.
Officiers ou Soldats fe
deguiferent en Paifans
pour éviter d'eftre fait
GALANT .
25
Prifonniers. On Y mit
Garniſon Françoiſe , &
Eſpagnole , & le Duc
Jean de la Mirandole
qui eftoit au fervice
des deux Couronnes
fut remis en poffeffion
de fon Duché dont les
Imperiaux l'avoient depouillé
. Jean , & Jean
Francois Pics Princes
de la Mirandole, fe font
rendus plus illuftres
dans la Republique des
lettres que par leur rang
96 MERCURE
& leurs exploits 5 & le
plus grand adverfaire
qu'ait jamais eu l'Af
trologue Siennois a efté
le fçavant Jean Pic de
de la Mirandole
; cependant
il ne paffa pas
la 33. année de ſon âge,
comme le luy avoit predit
Lucius Bollentius
La conjecture de cet
Aftrologue eftoit fondée
fur la complexion
bilieufe de ce Prince.
Meffire François Verjus
Evêque ar
GALANT 97
Evefque de Graffe & Abbé
de Barbery eft mort le
mois de Janvier 1711 .
REMARQUES.
Graffe eft une Ville
Epifcopale de la Hautte
Provence , fituée fur une
colline : Son Eveſché.
eft fuffragant de l'Archevefché
d'Ambrun :
Sa Cathedrale,eft dediće
àla Vierge, & fon Chapitre
compoſé d'un Archidiacre
, d'un Sacrif-
Février 1711. I
28. MERCURE
tin d'un Capifcol
,
d'un Archipreftre
, d'un,
Theologal & de fix
Chanoines
: Il y a outre
cette Cathedrale , plu
fieurs Paroiffes avec di
verfes Maifons Reli-.
gicufes. La Prevofté qui
eftoit la premiere dignité
du Chapitre , a cſté
reumie à l'Evefché depuis
environ 30. années
.
Cette ville eft fituée .
dans un Terroir le plus
IBLIOT
LYON
DE
เกาะ
ALLE
GALANT.
agreable du monde tant
par fa fertilité que par
la beauté du payfage .
Son Evefché fut d'abord
eftabli à Antibe ,
mais le mauvais air &
les courfes continuelles
des Pirates ,
obligerent
Bertrand II. fon Evef
que , de transferer fon
Siege à Graffe vers l'an
cette tranflation
1250 .
fut
confirmée par les
Papes Innocent
IV. &
Gregoire X. Il n'y a
I ij
100 MERCURE
qu'une Abbaye dans ce
Diccefe , où l'on compte
feulement 22. Paroiffes.
Quelques Hiftoriens
veulent que Graflus
Conful Romain ait
donné , on nom à Graffe
, mais ce fentiment
n'eft pas general; Quoyqu'il
en foit les Latins
la nomment Gr.nnių r.
Meffire Alexandre de
Chevriere de faint Mau .
ris , Docteur de Sorbonne
& Evefque de Saintes
GALANT . 101
eft morr le mois de Jan
vier 71. Il avoit eſté
Chanoine
Macon . Il
& Doyen de
toit frere de
Claude Jofeph de Chevriere
Comte de S. Mauris
en Maçonnois , & Seigneur
du Til & de Salagny,
du Commandeur de
faint Mauris Treforier de
l'Ordre deMalthe, àLyon ,
& de l'Abbé de S. Mauris
Chanoine , & Treforier
de l'Eglife Noble de
S. Pierre de Macon aprés
fon frere. Honoré de Chevriere
leur Pere , Comte
I iij
101 MERCURE
de S. Mauris , qui avoit
époufé en 1604. Claudine
Damas du Breuil, Branche
de l'illuftre Maifon de
Damas - Thiange , eftoit
neveu de Francois de Chevriere
defaint Mauris Seigneur
de S. Salagni , qui
fut le premier pourveu de
la charge de Juge Géné
ral des Armes & des Blafons
de France , lorfqu'elle
fut créé en 1614. & ce
fut aprés fa mort arrivée
l'an 1641. que le celebre
Pierre d'Hofier y fucceda
la mefme année .
GALANT. 103
Venons prefentement
aux particularitez
de la
Ville de Saintes .
REMARQUES
.
Saintes ou Xaintes
,
eft la ville Capitale de
Saintonge
; les Latins la
nomment
Mediolanum
Santonum ou Vrbs
a
Santoria. Elle eft à 4 .
lieux de Coignac , à 7.
de Brouages , à 11. de
la Rochelle , & à vingt
de Bordeaux , & fitué
fur la Riviere de Charente
, dans un Terroir
104 MERCURE
fi charmant que les
Romains l'avoient choi- >
fie pour y faire leur fe
jour. C'eſt ce qui fait
qu'on y voit plufieurs
antiquitez , fur- tout un
Amphitheatre long de
80.pas communs & large
de 45. Le Parterre qui
fervoit à reprefenter les
jeux & les combats :
eft prefentement
un
champs qu'on laboure ;
& toutes les autres qui
fouftenoient les bancs
GALANT. 105
L
& les fieges font encore
en bon eſtat quoy qu'el
lesne foient faites que de
petites pierres ainſi que
l'Amphitheatre.
Ce qu'on y remarque
de plus curieux eft
une Fontaine qui fortant
d'un rocher audeffous
d'une de ces voutes
, va fe perdre dans
une prairie qu'on reconnoift
avoir efté fermée
de murailles. Il y
a grande apparence que
106 MERCURE
ce lieu eſtant rempli des
eaux de cette Fontaine
on y
faifoit des Naumachies
; il y paroift
naturellement difpofé ,
à caufe qu'il fait une
petite vallée bordée de
rochers , dont l'entrée
eft occupée par l'Amphitheatre.
On voit prés
de ce lieu dans un grand
Fauxbourg , l'Abbaye
de fainte Eutrope ; dont
le clocher eft bafti de '
petites pierres , & la nef
GALANT. 107
faite d'une facon particuliere
; les Reliques de
faint Eutrope font renfermées
fous le maiftre
Autel. Ce Fauxbourg
qui eft au pied du Chafteau
de Saintes, eft elévé
fur un rocher qui le
rend imprenable de ce
cofte- la . Le pont de cette
Ville a efté baſtie
par les Romains ; on
voit à fon entrée une
haute tour & plus avant
un Arc de triomphe fait
108 MERCURE
de deux portiques ; on
y lit ces paroles écrites
en groffes Lettres CASARI
NEP. D. JULII
PONTIFICI AUGURIS.
On voit fur le revers
quelques lettres à demi
effacés. Les pierres dont
eft fait l'Arc de triomphe
font fort groffes
& pofez feulement les
unes fur les autres , fans
mortier, qui eftoit la maniere
de baftir chez les
Romains . Le pont fert
GALANT. 109
à paffer de la ville au
Fauxbourg des Dames ,
ainfi appellé d'une Abbaye
de ce nom , où les
Religieufes font d'un
rang diftingué. On remarque
valléans
une
petite
vallée à main gauche
de cette Abbaye , les
reftes d'un ancien Aqueduc
des Romains , L'Eglife
Epifcopale de cette
ville , eft ded ée à S.
Pierre ; c'eft un Chapitre
compofé d'un
110 MERCURE
.
1
Doyen , d'un Archidiacre
& de 24. Chanoines
. Cette Eglife que
Charlemagne
avoit fait
baftir a esté fort endommagée
en fon toit
& en fes voutes par les
Religionnaires
. Sa tour,
l'une des plus groffes
du Royaume
eft demeurée
dans fon entier ;
on y remarque
deux
degrez : L'ancien qui
eft à main droite en entrant
eft merveilleux
1
GALANT. III
dans fon Architecture ,
mais il ne va que jufqu'à
la voute de l'Eglife
; L'autre a 246. marches
& quand on eft en
haut , on peut voir toute
l'eftenduë de la ville ,
qui n'eft pas grande. On
remarque de la quelle
eft adoffée fur une coline
, fur laquelle on à
baſti une Citadelle , qui
ne paroift plus que par
la ruine de quelques
Baſtions. Au pied de
112 MERCURE
cette colline tou eft aujourd'huy
le convent
des Auguſtins , on avoit
autre fois bafti une autre
Citadelle , dont il
refte encore au milieu
le chaft au du Roy ,
qui fervoit ancienncment
demeure aux comtes
de faintes . On voit
fur le haut , le grand
Arfenal , ou l'on fait
plufieurs canons de fonte
le cofé de la muraille
de la ville qui eſt
proche
GALANT . 113
proche cet Arſenal
paroift avoir efté baſti
du temps des Romains ;
On le juge par des colomnes
prefque toutes
entieres qu'on y voit
encore , par des pieces
de marbres ,
&
par
quelque parties de figures
maçonnées avec cette
muraille ancienne , à la
qu'elle on a ajouté par
derriere de belles Fortifications
afin de rendre
ce cofté de la ville où
Février 1711. K
114 MERCURE
11
eftoit la Citadelle le
plus difficile à attaquer.
Antoine du Pas Marquis
de Feuquieres , Lieutenant
General des Armées
du Roy & Gouver
neur de Verdun mourut
le 27. Janvier 1711. âgé
de 61. an , laiffant pofterité
de Marie Magdelaine
Therefe Genevieve
Monchi fille de George &
de Monchi Marquis d'Hoquincourt
, Chevalier des
Ordres du Roy, & de Maric
Molé.
de
GALANT. IT'S
+
REMARQUES .
Monfieur de Feuquieres
tire l'Origine de fon illuftre
nom de la Ville de Pas en
Artois , fituée fur la riviere
d'Ori dans la Comté de
faint Pol.
En 13-0 . Jean de Pas
Seigneur de Martinfart ſe
rendit celebre fous le nom
de jeune Feuquieres ; il fit
une fin femblable à celle
d'Epaminondas
? car fe
voyant bleffé à mort , il ſe
fit porter fur un Brancard
pour reconnoistre la ville
Kij
116 MERCURE
de la Charité fur Loire ,
qu'il affiegeoit comme
Maréchal de camp du
Prince Palatin Cafimir Duc
de Deux - ponts ; & employa
les derniers moinens
de fa vie à faire emporter
cette ville d'affaut. Il
y mourut avec la gloire
d'avoir fauvé l'Armée de
fon parti , qui eftoit pourfuivie
par celle de fes En .
$
(
nemis beaucoup plus puif.
fante , & à qui cette vil'e
fervoit de pallage pour alles
joindre le Roy de Navarre
.
GALANT. N7
Voicy la Lettre que
Mr de Feuquieres à écrire
au Roy dans les derniers
momens de fa vie,
SIRE ,
Aprés avoir mis entre les
mains de Dieu ma vie que je
vais luy rendre , il ne me refte
plus rien à faire avant de la
quitter , que de me jetter aux
pieds de voſtre Majefté. Si je
croyois avoir encore plus de: 4.
heures à paffer en ce monde
je n'oferois pas prendre la liberté
que je prends. Je feay
que j'ay déplû à V M. &
118 MERCURE
quoyque je ne fache pas en
quoi,je ne m'en crois pas moins
coupable .Fefpere SIRE¸que
Dieu me pardonnera
, parceque
jefens en moy un repentir
fincere. Vous eftes l'image de
Dieu, &jofe vousfupplier de
pardonner du moins à mon
fils les fautes queje voudrois
avoir expicés de mon fang.
Ce font elles , SIRE , qui
ont donné à V. M. de l'éloignement
pour moy , & qui
font caufe que je meurs dans
mon lit , au lieu que je devrois.
facrifier à vostre fervice les
derniers momens de ma vie
GALANT. 119
les dernieres goutes de mon
fang. Comme je l'ay toûjours
fouhaité , SIRE , au nom
du Roy des Rois devant qui
je vais paroifire , daignez jetter
des yeux de compaffionfur
un fils unique que je laiffe en
ce monde fans appuy & fans
bien. Il eft innocent de mes
malheurs , & forti d'un fang
qui a toujours bien fervi V
M. Je prends confiance en la
bonté de vostre coeur , & aprés
vous avoir demandé encore
une fois pardon , je vais me
remettre entre les mains de
Dieu à qui je demande pour
120 MERCURE
Voftre Majefté toutes les profperités
que meritent vos vertus.
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Résumé : ARTICLE des Morts & des Mariages, où l'on trouvera plusieurs remarques historiques.
Le texte présente plusieurs événements historiques et biographies. Ferdinand Obizzi, Marquis du Saint Empire, Chambellan et Conseiller d'État, Maréchal Général de Camp, Sur-Intendant Général des Ordonnances de la Maison d'Autriche, est décédé à Vienne le 12 décembre 1710 à l'âge de 70 ans. Il avait passé 50 ans au service de la Maison d'Autriche. Son corps a été transporté dans le tombeau de ses ancêtres. Il avait épousé Marie-Therese Palfi, veuve du Comte de Sinzendorf, puis Anne Marie Elizabeth Comtesse de Rathmansdorf, et enfin Marie Claire-Apolline Comtesse de Starhemberg, veuve du Comte de Slavata, mais n'a pas eu d'enfants. En 1674, il a enlevé le Cardinal Fürstenberg. La Marquise d'Obizzi, mère de Ferdinand, a été assassinée par un gentilhomme de Padoue amoureux d'elle. Cet homme a été arrêté et emprisonné pendant 15 ans avant d'être sauvé par ses amis. Plus tard, le jeune Marquis d'Obizzi, fils de la Marquise, a vengé sa mère en tuant le gentilhomme. François Marie Pico, Prince de la Mirandole et de Concordia, est mort à Bologne en décembre 1710, accablé de douleur après avoir été dépouillé de son patrimoine par l'Empereur. Né le 50 septembre 1688, il était fils unique de François Pico et d'Anne Camille Borgheze. Mirandole est une petite ville d'Italie, possession de la Maison des Pies depuis 1300, avec un Duché rapportant environ quatre-vingt-mille ducats. En avril 1795, Mirandole a été assiégée et capturée par les troupes françaises commandées par Monsieur de Lapara et Monsieur del Coningfex. La garnison a été faite prisonnière de guerre et la ville a été mise sous occupation française et espagnole. Le Duc Jean de la Mirandole a été remis en possession de son Duché. Le texte mentionne également plusieurs décès d'hommes d'Église et de nobles, tels que Meffire François Verjus, Évêque de Graffe et Abbé de Barbery, mort en janvier 1711, et Meffire Alexandre de Chevrière de Saint Mauris, Docteur de Sorbonne et Évêque de Saintes, également décédé en janvier 1711. Enfin, la ville de Saintes, capitale de la Saintonge, est décrite avec ses antiquités romaines, notamment un amphithéâtre et un aqueduc. La ville est située sur la rivière Charente et possède une cathédrale dédiée à Saint Pierre, endommagée par les religionnaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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239
p. 120
« Le Roy a donné le Gouvernement de Verdun à Mr [...] »
Début :
Le Roy a donné le Gouvernement de Verdun à Mr [...]
Mots clefs :
Roi, Gouvernement de Verdun, Lieutenant général des armées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a donné le Gouvernement de Verdun à Mr [...] »
Le Roy a donné le
Gouvernement de Verdun
à Mr le Marquis
de Goefbriand Lieutenant
General des Armées
du Roy & Chevalier
de fes Ordres.
Gouvernement de Verdun
à Mr le Marquis
de Goefbriand Lieutenant
General des Armées
du Roy & Chevalier
de fes Ordres.
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240
p. 177-183
Nouvelles du Nord.
Début :
Le Grand-Seigneur a ordonné à tous les Bassas de [...]
Mots clefs :
Nord, Troupes, Seigneur, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles du Nord.
Nouvelles du Nord.
Le Grand - Seigneur a
ordonné à tous les Baffas
de fon Empire la levée des
Troupes , & de les faire
178 MERCURE
avancer vers Conftantinople
, & fes forces de mer
augmentent confiderablement
. L'on affure de plus
fieurs endroits de Pologne ,
que 20000. Turcs eftoient
arrivez à Bender ; que le
Roy de Suede avoit voulu
commencer les operations
de la guerre , mais que l'on
luy avoit reprefenté que
pour porter un coup plus
eertain , il falloit attendre
le Printemps .
1
Cependant le Czar as
voit donné les ordres pour
faire marcher fes Troupes.
GALANT . 179
Heftoit à Peterbourg le 7 .
de Janvier , & il devoit en
partir inceffamment pour
fe rendre à Mofcou , afin
d'eftre plus à portée pour
fe rendre plus promptement
où fa prefence feroit
neceffaire. Il craint pour
Afaf , parce qu'il conçoit
que c'est ce qui conviendroit
le mieux au Grand-
Seigneur.
Les Polonois font bien à
plaindre, de toutes parts ils
ne voyent qu'aby(mes de
malheurs , foit qu'ils fou
siennent le party du Roy
7
No MERCURE
Augufte , foit qu'ils embraffent
celuy du Roy Staniflaş
. Le party de ce der
nier qui eftoit abattu fe releve,
& groffit tous les jours
Il fe doit tenir une Conference
à Magdebourg entre
le Roy Augufte , l'Electeur
Brandebourg, & le Prin
ce de Mofcovie , fur l'em
barras des affaires prefende
tes.
L'Ambaffadeur d'Angleterre
qui eft à Conftantinople
a écrit à Vienne
que le Grand - Seigneur ef
toit dans la refolution d'ob
GALANT. 181
ferver exactement le Traité
de Carlovvits & la Paix
savec d'Empereur . Cette
- nouvelle y a réjoui la Cour
d'autant plus qu'il mande
que le Grand-Seigneur en-
2 voyera pour cela un Amballade
à l'Empereur: mais
il y a bien des gens qui
doutent de cet envoy difant
qu'au contraire qu'il
eft de la bonne politique de
7 fe mettre en eftat de deffenfe
fur les frontieres...
Il eft arrivé à la Haye un
Courrier du Roy Auguſte
à fon Envoyé Mr Gers2
MERCURE
t
dorf , pour déclarer aux
Miniftres des Alliez , qui
y font , qu'en cas qu'ils ne
veulent pas foutenir inceffamment
& fortement la
neutralité du Nord , il fera
-obligé de faire revenir les
Troupes Saxonnes qui font
dans les Pays- Bas , Sur cette
déclaration l'on a tenu des
Conferences , & l'on a affuré
My Gersdorf que l'on
donneroit inceffamment
les ordres pour faire marcher
les Troupes qui doivent
compofer l'armée qui
doit faire valoir cette neutralité.
GALANT. 183
Par le recenfement que
Pon a fait desJuifs deFrancfort
qui fe trouvent fans.
maifons & fans retraite ,
par l'incendie arrivé le 15.
de Janvier dernier , l'on a
trouvé qu'il y en a 24682 .
que les Chreftiens font o
bligez de loger. La perte
caufée par cet incendie eft
eftimée trente millions de
forins d'Allemagne , il y
a quantité de Lettres de
Change qui retournent à
protest.
Le Grand - Seigneur a
ordonné à tous les Baffas
de fon Empire la levée des
Troupes , & de les faire
178 MERCURE
avancer vers Conftantinople
, & fes forces de mer
augmentent confiderablement
. L'on affure de plus
fieurs endroits de Pologne ,
que 20000. Turcs eftoient
arrivez à Bender ; que le
Roy de Suede avoit voulu
commencer les operations
de la guerre , mais que l'on
luy avoit reprefenté que
pour porter un coup plus
eertain , il falloit attendre
le Printemps .
1
Cependant le Czar as
voit donné les ordres pour
faire marcher fes Troupes.
GALANT . 179
Heftoit à Peterbourg le 7 .
de Janvier , & il devoit en
partir inceffamment pour
fe rendre à Mofcou , afin
d'eftre plus à portée pour
fe rendre plus promptement
où fa prefence feroit
neceffaire. Il craint pour
Afaf , parce qu'il conçoit
que c'est ce qui conviendroit
le mieux au Grand-
Seigneur.
Les Polonois font bien à
plaindre, de toutes parts ils
ne voyent qu'aby(mes de
malheurs , foit qu'ils fou
siennent le party du Roy
7
No MERCURE
Augufte , foit qu'ils embraffent
celuy du Roy Staniflaş
. Le party de ce der
nier qui eftoit abattu fe releve,
& groffit tous les jours
Il fe doit tenir une Conference
à Magdebourg entre
le Roy Augufte , l'Electeur
Brandebourg, & le Prin
ce de Mofcovie , fur l'em
barras des affaires prefende
tes.
L'Ambaffadeur d'Angleterre
qui eft à Conftantinople
a écrit à Vienne
que le Grand - Seigneur ef
toit dans la refolution d'ob
GALANT. 181
ferver exactement le Traité
de Carlovvits & la Paix
savec d'Empereur . Cette
- nouvelle y a réjoui la Cour
d'autant plus qu'il mande
que le Grand-Seigneur en-
2 voyera pour cela un Amballade
à l'Empereur: mais
il y a bien des gens qui
doutent de cet envoy difant
qu'au contraire qu'il
eft de la bonne politique de
7 fe mettre en eftat de deffenfe
fur les frontieres...
Il eft arrivé à la Haye un
Courrier du Roy Auguſte
à fon Envoyé Mr Gers2
MERCURE
t
dorf , pour déclarer aux
Miniftres des Alliez , qui
y font , qu'en cas qu'ils ne
veulent pas foutenir inceffamment
& fortement la
neutralité du Nord , il fera
-obligé de faire revenir les
Troupes Saxonnes qui font
dans les Pays- Bas , Sur cette
déclaration l'on a tenu des
Conferences , & l'on a affuré
My Gersdorf que l'on
donneroit inceffamment
les ordres pour faire marcher
les Troupes qui doivent
compofer l'armée qui
doit faire valoir cette neutralité.
GALANT. 183
Par le recenfement que
Pon a fait desJuifs deFrancfort
qui fe trouvent fans.
maifons & fans retraite ,
par l'incendie arrivé le 15.
de Janvier dernier , l'on a
trouvé qu'il y en a 24682 .
que les Chreftiens font o
bligez de loger. La perte
caufée par cet incendie eft
eftimée trente millions de
forins d'Allemagne , il y
a quantité de Lettres de
Change qui retournent à
protest.
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Résumé : Nouvelles du Nord.
En 1789, des tensions politiques et militaires émergent en Europe et en Turquie. Le sultan ottoman mobilise ses troupes vers Constantinople et renforce sa flotte navale. En Pologne, 20 000 Turcs arrivent à Bender, tandis que le roi de Suède envisage des actions militaires, mais attend le printemps. Le tsar russe prépare ses troupes et se dirige vers Moscou. Les Polonais, qu'ils soutiennent Auguste ou Stanislas, font face à des difficultés. Une conférence est prévue à Magdebourg entre Auguste, l'Électeur de Brandebourg et le prince de Moscovie pour discuter des affaires en suspens. L'ambassadeur anglais à Constantinople informe Vienne que le sultan souhaite respecter le traité de Carlovitz et la paix avec l'Empereur, mais cette information est incertaine. À La Haye, Auguste menace de rappeler les troupes saxonnes des Pays-Bas si la neutralité du Nord n'est pas soutenue. Un recensement à Francfort révèle que 24 682 Juifs sont sans abri après un incendie le 15 janvier. Les chrétiens doivent les loger. Les pertes sont estimées à trente millions de forins, et de nombreuses lettres de change sont protestées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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241
p. 132-135
« Il y aura dans la suite un Suplément à la fin de [...] »
Début :
Il y aura dans la suite un Suplément à la fin de [...]
Mots clefs :
Roi, Armée espagnole, Duc de Noailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il y aura dans la suite un Suplément à la fin de [...] »
Il y aura dans la fuite
un Suplément à la fin de
tous les Mercures
, pour
y placer les nouvelles qui
viendront aprés l'impref
fion ; on mettra feulement
deux mots de ces
nouvelles
, dont on fera
le détail dans le mois
fuivant.
Le Roy a fait cinq Maréchaux
de Camp. On
en parlera au Mercure
SUPLEMENT 133
prochain , ainfi que des
articles fuiyants . monol
Monfieur le Duc de
Fronzac a épousé Mademoiſelle
de Noailles.
On apprend par differentes
lettres que Monfieur
le Duc de Ven
dôme s'avance vers Barcelonne
avec l'Armée
Eſpagnole , il doit eftre
joint inceffamment par
Monfieur le Duc de
Noailles , avec 26 Batail
lons & 30 Eſcadrons
134 SUPLEMENT
feulement , ayant ordre
de renvoyer le refte de
fes Troupes en Dauphi- '
né.
P
S. M. C. a fait Monfieur
le Duc de Noilles
Grand d'Espagne , de
la premiere Claffe , &
a donné la Toifon à Mr
de Bafremont & à Mr
le Comte d'Eftaire.
On vient d'apprendre
que plufieurs Vaiſſeaux
des Ennemis qui alloient
à
Barcelonne avec 4000
SUPLEMENT 135
hommes & des provifions
pour l'Archiduc ,
ont efté entierement perdus
par la tempefte , &c.
un Suplément à la fin de
tous les Mercures
, pour
y placer les nouvelles qui
viendront aprés l'impref
fion ; on mettra feulement
deux mots de ces
nouvelles
, dont on fera
le détail dans le mois
fuivant.
Le Roy a fait cinq Maréchaux
de Camp. On
en parlera au Mercure
SUPLEMENT 133
prochain , ainfi que des
articles fuiyants . monol
Monfieur le Duc de
Fronzac a épousé Mademoiſelle
de Noailles.
On apprend par differentes
lettres que Monfieur
le Duc de Ven
dôme s'avance vers Barcelonne
avec l'Armée
Eſpagnole , il doit eftre
joint inceffamment par
Monfieur le Duc de
Noailles , avec 26 Batail
lons & 30 Eſcadrons
134 SUPLEMENT
feulement , ayant ordre
de renvoyer le refte de
fes Troupes en Dauphi- '
né.
P
S. M. C. a fait Monfieur
le Duc de Noilles
Grand d'Espagne , de
la premiere Claffe , &
a donné la Toifon à Mr
de Bafremont & à Mr
le Comte d'Eftaire.
On vient d'apprendre
que plufieurs Vaiſſeaux
des Ennemis qui alloient
à
Barcelonne avec 4000
SUPLEMENT 135
hommes & des provifions
pour l'Archiduc ,
ont efté entierement perdus
par la tempefte , &c.
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Résumé : « Il y aura dans la suite un Suplément à la fin de [...] »
Un supplément du Mercure sera publié pour inclure les nouvelles arrivées après l'impression. Plusieurs événements militaires et nobles sont mentionnés. Le roi a nommé cinq maréchaux de camp, dont les détails seront publiés dans le prochain Mercure. Le duc de Fronzac a épousé Mademoiselle de Noailles. Le duc de Vendôme avance vers Barcelone avec l'armée espagnole et doit être rejoint par le duc de Noailles, qui commande 26 bataillons et 30 escadrons. Le reste des troupes sera renvoyé en Dauphiné. Le duc de Noailles a été nommé Grand d'Espagne de la première classe. La toison d'or a été attribuée à Monsieur de Bâfreumont et au comte d'Effiat. Plusieurs vaisseaux ennemis, transportant 4000 hommes et des provisions pour l'archiduc, ont été perdus lors d'une tempête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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242
p. 249-250
Dons faits par le Roy.
Début :
Sa Majesté a donné le Gouvernement de Valenciennes, vacant [...]
Mots clefs :
Roi, Dons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy.
onsfaitsparle Roy.
Sa Majesté a donné le
Gouvernement de Valenciennes,
vacant par la mort
de MrleMaréchal deChoiseul,
àMr le Chevalier de
Luxembourg; &celuy de
Langrcs à Mr le Chevalier
dePezeux. 'tJ.
Le Roy adonné l'Abbaye
du Port-Royal de Paris
àMe de Montperoux,
Abbesse du Paraclet d'Amiens;
& cette derniereà
Me le Vergeur de Saint
Souplet - Religieuse du
mesme Ordre.
A Peronne ce 25. Mars
1711.
MONSIEUR, :
Sa Majesté a donné le
Gouvernement de Valenciennes,
vacant par la mort
de MrleMaréchal deChoiseul,
àMr le Chevalier de
Luxembourg; &celuy de
Langrcs à Mr le Chevalier
dePezeux. 'tJ.
Le Roy adonné l'Abbaye
du Port-Royal de Paris
àMe de Montperoux,
Abbesse du Paraclet d'Amiens;
& cette derniereà
Me le Vergeur de Saint
Souplet - Religieuse du
mesme Ordre.
A Peronne ce 25. Mars
1711.
MONSIEUR, :
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243
p. 295-298
SUR le recouvrement de la santé du Roy.
Début :
Nous n'avons qu'à nous réjoüir, [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR le recouvrement de la santé du Roy.
SVR le recouvrement
delasantédu Roy.
Nous n'avons qu'à nous
réjouir,
La fanté de Louis cfi: enfin
rétablie;
Nous pouvons seurement
jouir
Des plaisirs innocents d'une
tranquile vie.
C<ontre nostre repos on a beau conspirer,
Observer la paix ou l'enfraindre,
Lui vivant, que pouvons
nous craindre?
Ou que nos Ennemis peu-
- vent ils esperer.
Malgré leurpolitique &
malgré leurpuissance
Nousverrons leurs desseins
sansdanger & sans peur,
Ou ipréllcnusr par sa
; prui- dence, Ou confondus par sa valeur.
En vainiçontre Louis l'Aigle
se fera suivre;
De tous les Partisans armez,
pour l'insulter,
Nous n'avons rien à rcdouter
Que le malheur de lui furvivre.
Aujourd'hui que le Ciel a
voulu nous cüir
Et délivrer nos jours d'une
telle disgrace;
C'est à tort que l'on s'embarasse
De cous ces vains projets qui
vontsévanoüir,
Quoi que toute l'Europe
fafle,
Nous n'avons qu'à nous rc*
joüir.
delasantédu Roy.
Nous n'avons qu'à nous
réjouir,
La fanté de Louis cfi: enfin
rétablie;
Nous pouvons seurement
jouir
Des plaisirs innocents d'une
tranquile vie.
C<ontre nostre repos on a beau conspirer,
Observer la paix ou l'enfraindre,
Lui vivant, que pouvons
nous craindre?
Ou que nos Ennemis peu-
- vent ils esperer.
Malgré leurpolitique &
malgré leurpuissance
Nousverrons leurs desseins
sansdanger & sans peur,
Ou ipréllcnusr par sa
; prui- dence, Ou confondus par sa valeur.
En vainiçontre Louis l'Aigle
se fera suivre;
De tous les Partisans armez,
pour l'insulter,
Nous n'avons rien à rcdouter
Que le malheur de lui furvivre.
Aujourd'hui que le Ciel a
voulu nous cüir
Et délivrer nos jours d'une
telle disgrace;
C'est à tort que l'on s'embarasse
De cous ces vains projets qui
vontsévanoüir,
Quoi que toute l'Europe
fafle,
Nous n'avons qu'à nous rc*
joüir.
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Résumé : SUR le recouvrement de la santé du Roy.
Le texte célèbre la guérison du roi Louis, exprimant joie et soulagement. Il affirme que la prudence et la valeur du roi protègent contre les ennemis et les conspirations. Malgré les menaces, la présence du roi garantit la sécurité. Le texte invite à se réjouir de cette délivrance divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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244
p. 3-7
Mort de MONSEIGNEUR.
Début :
Les Peuples le pleurent, les Grands sont penetrez de douleur [...]
Mots clefs :
Bonté, Dauphin, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Mort de MONSEIGNEUR.
Es Peuples le
pleurent, les
Grands sont pe-
A. netrez de douleur par
sa mort; quel éloge
pourun Prince! sa grandeur
d'ame, sa valeur,
& tant d'autres vertus
se sont fait admirer en
luy:mais on le pleure
parce qu'il estoit bon
sa bonté , ne s'est jamais
démentie; cette bonté
luy estoit naturelle, elle
estoit attachée à son
sang, illa tenoit d'un
Pere, un Fils la tient
de luy&laseuleconsolation
dont nous
soyons capables en considerant
ce que nous
avons perdu, c'estl'e[-
perance de posseder
long-temps ce qui nous
reste.
MONSEIGNEUR,
LoüisDauphin est mort
à Meudon de la petite
Verole, le Mardy 14.
d'Avril1711. sur les onzeheuresdu
soir,âgé de
quarante-neufans,cinq
mois & quatorze jours
estant né à Fontaine-
Bleau le premier Novembre
1661. Il avoit
épousé en 1680. MarieAnne
deBaviere,&il
a eu de ce mariageMon- <
seigneur le Duc de j
Bourgogne ; le1Roy
d'Espagne & Monsei- J
gneur le Duc de Berry. >
Ilavoit toutes les grandes
quaHtez, convena- j
bles a sa haute Naissance,
un fonds d'amour
qu'il avoit naturellement,
pour les vertus éminentes,
cotribuoitencor
plus que les liensdu
sang, à former en luy
1
cet attachement plein
detendresse & de respect
qu'il a toûjours eu
pour le Roy son pere.
Le Roy a donné à
Monseigneur le Dnc
de Bourgogne le tître
de Dauphin.
Voicy un Mémoire
tres curieux sur l'origine
des premiers Dauphins
de France, je le
tiens d'un illustre Auteur
qui a donné un ouvrage
excellent sur
spareilles matieres. Uivant lesTraités
pleurent, les
Grands sont pe-
A. netrez de douleur par
sa mort; quel éloge
pourun Prince! sa grandeur
d'ame, sa valeur,
& tant d'autres vertus
se sont fait admirer en
luy:mais on le pleure
parce qu'il estoit bon
sa bonté , ne s'est jamais
démentie; cette bonté
luy estoit naturelle, elle
estoit attachée à son
sang, illa tenoit d'un
Pere, un Fils la tient
de luy&laseuleconsolation
dont nous
soyons capables en considerant
ce que nous
avons perdu, c'estl'e[-
perance de posseder
long-temps ce qui nous
reste.
MONSEIGNEUR,
LoüisDauphin est mort
à Meudon de la petite
Verole, le Mardy 14.
d'Avril1711. sur les onzeheuresdu
soir,âgé de
quarante-neufans,cinq
mois & quatorze jours
estant né à Fontaine-
Bleau le premier Novembre
1661. Il avoit
épousé en 1680. MarieAnne
deBaviere,&il
a eu de ce mariageMon- <
seigneur le Duc de j
Bourgogne ; le1Roy
d'Espagne & Monsei- J
gneur le Duc de Berry. >
Ilavoit toutes les grandes
quaHtez, convena- j
bles a sa haute Naissance,
un fonds d'amour
qu'il avoit naturellement,
pour les vertus éminentes,
cotribuoitencor
plus que les liensdu
sang, à former en luy
1
cet attachement plein
detendresse & de respect
qu'il a toûjours eu
pour le Roy son pere.
Le Roy a donné à
Monseigneur le Dnc
de Bourgogne le tître
de Dauphin.
Voicy un Mémoire
tres curieux sur l'origine
des premiers Dauphins
de France, je le
tiens d'un illustre Auteur
qui a donné un ouvrage
excellent sur
spareilles matieres. Uivant lesTraités
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Résumé : Mort de MONSEIGNEUR.
Le texte rend hommage à Louis, Dauphin de France, décédé à Meudon le 14 avril 1711 à l'âge de quarante-neuf ans, cinq mois et quatorze jours. Né à Fontainebleau le 1er novembre 1661, il était marié à Marie-Anne de Bavière et avait trois enfants : le Duc de Bourgogne, le Roi d'Espagne et le Duc de Berry. Le Dauphin était admiré pour sa grandeur d'âme, sa valeur et sa bonté naturelle, héritée de son père. Sa mort a suscité une grande douleur parmi les peuples et les grands. Le Roi a accordé au Duc de Bourgogne le titre de Dauphin. Le texte mentionne également un mémoire sur l'origine des premiers Dauphins de France, provenant d'un auteur illustre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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245
p. 8-31
« Suivant les Traités faits en 1343. & 1344. entre Philippe [...] »
Début :
Suivant les Traités faits en 1343. & 1344. entre Philippe [...]
Mots clefs :
Roi, Dauphin, Duc de Normandie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Suivant les Traités faits en 1343. & 1344. entre Philippe [...] »
Voicy un Mémoire
tres curieux sur l'origine
des premiers Dauphins
de France, je le
tiens d'un illustre Auteur
qui a donné un ouvrage
excellent sur
spareilles matieres. Uivant lesTraités
faits en 1543. & 1344.,
entre Ph- il-ippe de Val-ois &
le Dauphin Humbert. CeluidesenfansdeFrancequi
estoit appelle â la fuccJ.
sion de Humbert riypouvoir
pretendre qu'après sa.
mort, encore n'estoit-ce
que fous des conditions
dont l'évenement estoit
incertain: mais le dessein
d'entrer en religion qu'il
formât en 1349. rendit inutiles
toutes ces clauses,
voulant renoncer au monde,
&'ne songeant plus à
consenver la jouissancede
sesEtats,son Successeur
devoitenestremis déslors
en possession, & y estre reconnu
pour Souverain. Le
Royneût pas plûtôt appris
la disposition où il se
trouvoit,&les esperances
qu'il donnoit d'une prochaineabdication,
qu'illui
envoya des Députés pour
le confirmer de plus en
plus dans cette lituation
par de nouvelles offres:
Ceux
- cy s'estant rendus
à Tournon deslemois de
Février y eurent avec ce
Prince des conferences secretes
dont on ne fçût le
resultat que sur la fin du
même mois; ce fut alors
feulement qu'il declara le
party qu'il avoit pris, &
dans le quel il persista malgré
les effortsqu'on fit
pour l'en détournera negociation
fut continuée
à Romans pendant tout
le mois de Mars, c'est là
que rAtte de Transport
reçût la derniere main, il
fût ligné par le Dauphin
& par les Commissaires
du Roy & du Duc de Normandie,
on ne s'y attacha
pas absolument à suivre
les dispositions contenues
dans lestraités precedens
sur , tout à l'égard de la personne
du Succeueur. Le
choix tomba sur Charles,
fils aîné du Duc de Normandie,
pour estre revêtu
déslors des Droits de la
Souveraineté fans- reserves
& sans conditions. Si
on en excepte la remission
des fonds en Terre & en
argent qui devoit estre
faite au Dauphin par le
même Acte.
Il manquoit encore une
solemnité a ce Traité pour
estre dans toute sa. perfection
;
l'entrevûë des parties
paroissoit necessaire
pour donner elles-mêmes
un consentementauthentique
a tout ce qui avoit
esté promis en leur nom;
on convint d'un rendezvous
àLyon au mois de
Juillet suivant, où le Duc,
de Normandie & Charles
son fils aîné devoient se
-
trouver avec le Dauphin,
le dernier s'y rendit quelques
jours auparavant: Dans une Assemblée solemnelle
qui s'y tint le 16.
Juillet où estoient le Duc
de Normandie & plusieurs
Seigneurs de faiuite,
Humbert lit- une cefsion
pure&simpls de ses
Etats à Charles fils aîné
de ce Duc, il l'en mit en
possession par la tradition
du Sceptre,de l'Anneau,
de la Banniere & de l'Epée
ancienne de Dauphiné:
Les Comtes, Barons 8c
Seigneurs qui estoient
presens, dont laplupart
estoient intervenus comme
témoins dans TAde
public qui en fût dressé
prêterent hommage en
même temps au nouveau
Dauphin,& luy firent ferment
de fidelité
;
le Duc
de Bourbon, le Comte
d'Armagnac, le Comte
d'Auxerre & Jacques de
Bourbon, qui n'estoient
pas ses vassaux, en furent
exceptez. Les Baillifs &
les Chatelains de Dauphiné
Suivirentl'exemple de
ces premiers;le lendemain
quelquesautres Seigneurs
satisfirent au même devoir
; on peut voir à la
fuite de cet Acte le nom
-
de la plupart des nobles
du Viennois qui vinrent
reconnoistreleurnouveau
Seigneur, on envoya des
., lettres dans tous les Bailliages
pour informer les
Peuples du changement
arrivé dans le Gouvernement,
& pour leur faire
connoistre le nouveau
Maistre, à qui ils feroient
désormais tenus d'obéir,
ri ils apprirent ensuite par
une Déclaration de Humbert
qu'ils ne devoient
plus le regarder comme
leur Souverain,&qu'ils
estoientaffranchis à son
égard de tous leurs fermens
; c'estainsi que ce
Prince, pour ne se point
démenrir, voulut établir
l'autorité de son Succes.
leur sur le débris de la
sienne, il quitta le monde
dés le lendemain du transport
qu'il avoit fait de ses
Etats, & prit à Lyon ce
jour-là mêmel'Habit de
saint Dominique dans le
Convent des Freres Prêcheurs.
Les
Les chosesen cet: état,
le Duc de Normandie partit
pour retourner à Paris,
oùil rendit compte au Roy
du succés de son voyage; illuy representa en même
temps les consequences
avantageuses du Traité,
qu'il venoit de conclure
avec le Dauphin, &la necessité
de le rendre ferme
ôc stable, en détournant
tout ce qui pourroital'avenir
y donner quelque
atteinte: c'est par cette
confédération qu'il le porta
à faire renoncer Philippes
son second fils aux
esperances qu'il auroit pu
fonder sur la nomination
que Humbert avoir faite
en sa faveur par raéte de
1343. Ce Prince pour se
conformer aux volontez
du Roy,qui eut foin de le
dédommager d'ailleurs,
declara, par des Lettres du
mois de Septembre, que
non feulement il se départoit
de toutes les pretentions
qu'il pouvoit avoir
sur le Dauphiné, comme
héritier designé par Humbert,
mais aussi qu'il approuvoit
&ratifioit le nouvel
acte fait par le même,
en faveur de Charles son
Neveu, à qui il cedoit tous
les droits que les Traitez
precedenspouvoient luy
avoir acquis. Le Roy,qui
l'avoitautorisé pourl'acceptation
du Don, confirma
pareillement la renonciation
qu'il en fit pour la
rendre plus autentique.
Charles prit la qualité
de Dauphin après que les
droits luy en eurent esté
confirmez par l'acte du 16
Juillet, voulant se montrer
àses nouveaux sujets
il parcourut ses principales
Villes: Vienne fut la
premierequ'il visita, après
y avoir fait quelque séjour
il se rendit à Tain,
& de là à Romans, où il ;tomba malade
;
sa santé
s'estant rétablie sur la fin
de l'Automne, il se disposa
à faire son Entrée dans
sa Capitale; il y arriva
quinze jours avant la feste
de Noël, l'ancien Dauphin
s'y trouva dans le
même temps, fous l'habit
de Jacobin, & faisant sa
demeure parmyles Religieux
de cet Ordre. Dans
à une Assemblée où estoit
laprincipale Noblesse du
Bailliage de Graisivaudan,
Humbert declara publiquement
qu'il avoit fait
,
choix de Charles, fils aîné
du premier fils de France
pour estre son successeur,
que luy ayant remis les
•
droits & les honneurs de
la Souveraineté, c'estoit
le seul désormaisqu'ils devoient
reconnoître pour
leur Prince légitimer,&à
qui ils devoient jurer d'estre
toujours obéissans &
fîdeles,sousl'obligation
réciproque où il seroit envers
eux de garder leurs
Loix & leurs Coustumes,
& de conserver sur tout les
Privilèges de la NabletTe;
c'est ce que Charles jura
sur les Saints Evangiles
d'observerinviolablement
en ayant esté requis au
nom detoute l'Assemblée,
par Hugues Allemand,
Disdier deSassenage
,
6c
Estienne d'Arvillars; quelques
jours, après le nou-
,, veau Dauphin fut proclame
solemnellement dans
la même Ville, & reçut le
Serment de fidélité des
habitans
;
plusieurs Seigneurs
des environs s'empresserent
de luy venir
rendre leurs Hommages,
tout le reste du temps que
le Prince passa à Grenoble
fut employéauxaffaires
publiques.
L'Acte d'Investiture des
Estats de Humbert, qui
fut passé à Lyon le 16 Juillet
en execution du tranf-
,
port qu'il avoit fait de ses
Etats le 30. Mars precedent,
contient une clausè
qui merite d'estreremarquée
,il est porté expressement
que Humbertsedefsaisit
ie dévestitréelment
& corporelment, & de
fait desdizd'Alphiné. &
de toutes ses autres Terres,
Seigneuries & Noblesses
& , en saisi & vestireelment
& corporelment (3*
de fait, ledit Charles present
& acceptantpourli &
ses hoirs & Successeurs,present
ledit Monsieur le Duc
son pere, &àce consentant,
& transporta encore audit
CharCharles
jei boirs. &faccesseurs
-&.Ceauls qui murent
Gtufe deliperpetuelment &
heritablement,etsaisine &
propriétéplaine
,
ledit À'Al-,
]>hiné,&toutes lesautresTerres
dessus nomées
:
Il semble
qu'ona voulu expliquer
ces mots Successeurs ècAuvent
cause
, en faveur des.
:
premiers nez de France
- sqeunitesreuls pouvoient reprele
Dauphin Charles
& estre regardez comme
ses Successeurs fous cette
qualité, & non fous celle
de Roy qu'iln'avaitpas
alors: on s'est persuadé
que la condition estoit tacitement
renfermée dans
les termes de rAéteJ &
quoyquelle n'y fut pas
clairement exprimée, que
l'intention du Donateur
ne s'y faisoit pas moins appercevoir
; en effet on a
consideré depuis les premiers
Fils de France comme
Successeurs légitimes
des Dauphins;ils en ont
toûjours porté le titre, qui.
se trouvant réuni en leur
personne à celuy d'heritiers
de la Couronne, a
rendu le nom beaucoup
plus grand & plus auguste,
& l'a mis au-dessus de
toutes les autres Dignitez
du Royaume.
S'il faut chercher l'interpretation
des clauses
qu'on vient de rapporter
dans lexecution qu'elles
ont eu fous les Regnes
suivans, il semble qu'il n'y
a point eu d'usage constant,
qui puisse servir de
Loy sur cet article; les
Roys ont cedé quelquefois
cet état à leurs fils
aînez pour y exercer tous
les droits de la Souveraineté;
quelquefois ils en
ont joüi par eux-mêmes,
& se sont contentezde leur
en donner le Titre,il fèroit
aisé de citer plusieurs
exemples qur fontassez
connoistre qu'ils ont crû
pouvoir en user sur ce
point comme ils le jugeoient
à propos pour le
bien de leurs affaires, &
suivant les dispositions où ils
se trouvoient de gratîfierleurs
filsaînezj8c(ans qu'il
soit necessaire d'entrer sur
cela dans une plus longue
discussion
, on peut dire
qu'ils remplirent euxmêmes
les principales de
ces conditions, comme il
estoit porté par les Actes
du Transport,que le nom
&les Armes des Dauphins
feroient conservez par
ceux qui leur succede.
roientà perpétuité
5
& que
leur état seroit toûjours
possedé separément de la
Couronne de France, à
moins que l'Empire n'y
fût réuni. On ne peut douter
que les Rois nayent
eu en vûë de se conformer
à cette disposition dans
l'usage qu'ils ont toujours
suivi à l'égard des Declarations
& autres Lettres
expediées pour le Dauphinois
n'y ordonnent l'execution
de leur volonté
qu'en qualité de Dauphins
& fous le sceau & les Armes
des anciens Princes
de ce nom. D'ailleurs
quoyque leursOrdonnances
puissent estre générales
pour tout le Royaume
,
elles ne sont reçues
dans cette Province que
comme dans un état separé,
lorsqu'elles portent
les marques particulières
de leur autorité.
tres curieux sur l'origine
des premiers Dauphins
de France, je le
tiens d'un illustre Auteur
qui a donné un ouvrage
excellent sur
spareilles matieres. Uivant lesTraités
faits en 1543. & 1344.,
entre Ph- il-ippe de Val-ois &
le Dauphin Humbert. CeluidesenfansdeFrancequi
estoit appelle â la fuccJ.
sion de Humbert riypouvoir
pretendre qu'après sa.
mort, encore n'estoit-ce
que fous des conditions
dont l'évenement estoit
incertain: mais le dessein
d'entrer en religion qu'il
formât en 1349. rendit inutiles
toutes ces clauses,
voulant renoncer au monde,
&'ne songeant plus à
consenver la jouissancede
sesEtats,son Successeur
devoitenestremis déslors
en possession, & y estre reconnu
pour Souverain. Le
Royneût pas plûtôt appris
la disposition où il se
trouvoit,&les esperances
qu'il donnoit d'une prochaineabdication,
qu'illui
envoya des Députés pour
le confirmer de plus en
plus dans cette lituation
par de nouvelles offres:
Ceux
- cy s'estant rendus
à Tournon deslemois de
Février y eurent avec ce
Prince des conferences secretes
dont on ne fçût le
resultat que sur la fin du
même mois; ce fut alors
feulement qu'il declara le
party qu'il avoit pris, &
dans le quel il persista malgré
les effortsqu'on fit
pour l'en détournera negociation
fut continuée
à Romans pendant tout
le mois de Mars, c'est là
que rAtte de Transport
reçût la derniere main, il
fût ligné par le Dauphin
& par les Commissaires
du Roy & du Duc de Normandie,
on ne s'y attacha
pas absolument à suivre
les dispositions contenues
dans lestraités precedens
sur , tout à l'égard de la personne
du Succeueur. Le
choix tomba sur Charles,
fils aîné du Duc de Normandie,
pour estre revêtu
déslors des Droits de la
Souveraineté fans- reserves
& sans conditions. Si
on en excepte la remission
des fonds en Terre & en
argent qui devoit estre
faite au Dauphin par le
même Acte.
Il manquoit encore une
solemnité a ce Traité pour
estre dans toute sa. perfection
;
l'entrevûë des parties
paroissoit necessaire
pour donner elles-mêmes
un consentementauthentique
a tout ce qui avoit
esté promis en leur nom;
on convint d'un rendezvous
àLyon au mois de
Juillet suivant, où le Duc,
de Normandie & Charles
son fils aîné devoient se
-
trouver avec le Dauphin,
le dernier s'y rendit quelques
jours auparavant: Dans une Assemblée solemnelle
qui s'y tint le 16.
Juillet où estoient le Duc
de Normandie & plusieurs
Seigneurs de faiuite,
Humbert lit- une cefsion
pure&simpls de ses
Etats à Charles fils aîné
de ce Duc, il l'en mit en
possession par la tradition
du Sceptre,de l'Anneau,
de la Banniere & de l'Epée
ancienne de Dauphiné:
Les Comtes, Barons 8c
Seigneurs qui estoient
presens, dont laplupart
estoient intervenus comme
témoins dans TAde
public qui en fût dressé
prêterent hommage en
même temps au nouveau
Dauphin,& luy firent ferment
de fidelité
;
le Duc
de Bourbon, le Comte
d'Armagnac, le Comte
d'Auxerre & Jacques de
Bourbon, qui n'estoient
pas ses vassaux, en furent
exceptez. Les Baillifs &
les Chatelains de Dauphiné
Suivirentl'exemple de
ces premiers;le lendemain
quelquesautres Seigneurs
satisfirent au même devoir
; on peut voir à la
fuite de cet Acte le nom
-
de la plupart des nobles
du Viennois qui vinrent
reconnoistreleurnouveau
Seigneur, on envoya des
., lettres dans tous les Bailliages
pour informer les
Peuples du changement
arrivé dans le Gouvernement,
& pour leur faire
connoistre le nouveau
Maistre, à qui ils feroient
désormais tenus d'obéir,
ri ils apprirent ensuite par
une Déclaration de Humbert
qu'ils ne devoient
plus le regarder comme
leur Souverain,&qu'ils
estoientaffranchis à son
égard de tous leurs fermens
; c'estainsi que ce
Prince, pour ne se point
démenrir, voulut établir
l'autorité de son Succes.
leur sur le débris de la
sienne, il quitta le monde
dés le lendemain du transport
qu'il avoit fait de ses
Etats, & prit à Lyon ce
jour-là mêmel'Habit de
saint Dominique dans le
Convent des Freres Prêcheurs.
Les
Les chosesen cet: état,
le Duc de Normandie partit
pour retourner à Paris,
oùil rendit compte au Roy
du succés de son voyage; illuy representa en même
temps les consequences
avantageuses du Traité,
qu'il venoit de conclure
avec le Dauphin, &la necessité
de le rendre ferme
ôc stable, en détournant
tout ce qui pourroital'avenir
y donner quelque
atteinte: c'est par cette
confédération qu'il le porta
à faire renoncer Philippes
son second fils aux
esperances qu'il auroit pu
fonder sur la nomination
que Humbert avoir faite
en sa faveur par raéte de
1343. Ce Prince pour se
conformer aux volontez
du Roy,qui eut foin de le
dédommager d'ailleurs,
declara, par des Lettres du
mois de Septembre, que
non feulement il se départoit
de toutes les pretentions
qu'il pouvoit avoir
sur le Dauphiné, comme
héritier designé par Humbert,
mais aussi qu'il approuvoit
&ratifioit le nouvel
acte fait par le même,
en faveur de Charles son
Neveu, à qui il cedoit tous
les droits que les Traitez
precedenspouvoient luy
avoir acquis. Le Roy,qui
l'avoitautorisé pourl'acceptation
du Don, confirma
pareillement la renonciation
qu'il en fit pour la
rendre plus autentique.
Charles prit la qualité
de Dauphin après que les
droits luy en eurent esté
confirmez par l'acte du 16
Juillet, voulant se montrer
àses nouveaux sujets
il parcourut ses principales
Villes: Vienne fut la
premierequ'il visita, après
y avoir fait quelque séjour
il se rendit à Tain,
& de là à Romans, où il ;tomba malade
;
sa santé
s'estant rétablie sur la fin
de l'Automne, il se disposa
à faire son Entrée dans
sa Capitale; il y arriva
quinze jours avant la feste
de Noël, l'ancien Dauphin
s'y trouva dans le
même temps, fous l'habit
de Jacobin, & faisant sa
demeure parmyles Religieux
de cet Ordre. Dans
à une Assemblée où estoit
laprincipale Noblesse du
Bailliage de Graisivaudan,
Humbert declara publiquement
qu'il avoit fait
,
choix de Charles, fils aîné
du premier fils de France
pour estre son successeur,
que luy ayant remis les
•
droits & les honneurs de
la Souveraineté, c'estoit
le seul désormaisqu'ils devoient
reconnoître pour
leur Prince légitimer,&à
qui ils devoient jurer d'estre
toujours obéissans &
fîdeles,sousl'obligation
réciproque où il seroit envers
eux de garder leurs
Loix & leurs Coustumes,
& de conserver sur tout les
Privilèges de la NabletTe;
c'est ce que Charles jura
sur les Saints Evangiles
d'observerinviolablement
en ayant esté requis au
nom detoute l'Assemblée,
par Hugues Allemand,
Disdier deSassenage
,
6c
Estienne d'Arvillars; quelques
jours, après le nou-
,, veau Dauphin fut proclame
solemnellement dans
la même Ville, & reçut le
Serment de fidélité des
habitans
;
plusieurs Seigneurs
des environs s'empresserent
de luy venir
rendre leurs Hommages,
tout le reste du temps que
le Prince passa à Grenoble
fut employéauxaffaires
publiques.
L'Acte d'Investiture des
Estats de Humbert, qui
fut passé à Lyon le 16 Juillet
en execution du tranf-
,
port qu'il avoit fait de ses
Etats le 30. Mars precedent,
contient une clausè
qui merite d'estreremarquée
,il est porté expressement
que Humbertsedefsaisit
ie dévestitréelment
& corporelment, & de
fait desdizd'Alphiné. &
de toutes ses autres Terres,
Seigneuries & Noblesses
& , en saisi & vestireelment
& corporelment (3*
de fait, ledit Charles present
& acceptantpourli &
ses hoirs & Successeurs,present
ledit Monsieur le Duc
son pere, &àce consentant,
& transporta encore audit
CharCharles
jei boirs. &faccesseurs
-&.Ceauls qui murent
Gtufe deliperpetuelment &
heritablement,etsaisine &
propriétéplaine
,
ledit À'Al-,
]>hiné,&toutes lesautresTerres
dessus nomées
:
Il semble
qu'ona voulu expliquer
ces mots Successeurs ècAuvent
cause
, en faveur des.
:
premiers nez de France
- sqeunitesreuls pouvoient reprele
Dauphin Charles
& estre regardez comme
ses Successeurs fous cette
qualité, & non fous celle
de Roy qu'iln'avaitpas
alors: on s'est persuadé
que la condition estoit tacitement
renfermée dans
les termes de rAéteJ &
quoyquelle n'y fut pas
clairement exprimée, que
l'intention du Donateur
ne s'y faisoit pas moins appercevoir
; en effet on a
consideré depuis les premiers
Fils de France comme
Successeurs légitimes
des Dauphins;ils en ont
toûjours porté le titre, qui.
se trouvant réuni en leur
personne à celuy d'heritiers
de la Couronne, a
rendu le nom beaucoup
plus grand & plus auguste,
& l'a mis au-dessus de
toutes les autres Dignitez
du Royaume.
S'il faut chercher l'interpretation
des clauses
qu'on vient de rapporter
dans lexecution qu'elles
ont eu fous les Regnes
suivans, il semble qu'il n'y
a point eu d'usage constant,
qui puisse servir de
Loy sur cet article; les
Roys ont cedé quelquefois
cet état à leurs fils
aînez pour y exercer tous
les droits de la Souveraineté;
quelquefois ils en
ont joüi par eux-mêmes,
& se sont contentezde leur
en donner le Titre,il fèroit
aisé de citer plusieurs
exemples qur fontassez
connoistre qu'ils ont crû
pouvoir en user sur ce
point comme ils le jugeoient
à propos pour le
bien de leurs affaires, &
suivant les dispositions où ils
se trouvoient de gratîfierleurs
filsaînezj8c(ans qu'il
soit necessaire d'entrer sur
cela dans une plus longue
discussion
, on peut dire
qu'ils remplirent euxmêmes
les principales de
ces conditions, comme il
estoit porté par les Actes
du Transport,que le nom
&les Armes des Dauphins
feroient conservez par
ceux qui leur succede.
roientà perpétuité
5
& que
leur état seroit toûjours
possedé separément de la
Couronne de France, à
moins que l'Empire n'y
fût réuni. On ne peut douter
que les Rois nayent
eu en vûë de se conformer
à cette disposition dans
l'usage qu'ils ont toujours
suivi à l'égard des Declarations
& autres Lettres
expediées pour le Dauphinois
n'y ordonnent l'execution
de leur volonté
qu'en qualité de Dauphins
& fous le sceau & les Armes
des anciens Princes
de ce nom. D'ailleurs
quoyque leursOrdonnances
puissent estre générales
pour tout le Royaume
,
elles ne sont reçues
dans cette Province que
comme dans un état separé,
lorsqu'elles portent
les marques particulières
de leur autorité.
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Résumé : « Suivant les Traités faits en 1343. & 1344. entre Philippe [...] »
Le mémoire examine l'origine des premiers Dauphins de France, s'appuyant sur des traités de 1543 et 1344 entre Philippe de Valois et le Dauphin Humbert. Humbert, fils de France, envisageait de renoncer à ses droits en entrant en religion en 1349, rendant les clauses des traités inutiles. Informé de cette décision, le roi envoya des députés à Tournon pour confirmer Humbert dans sa résolution. Des négociations secrètes suivirent, et Humbert déclara son intention de renoncer à ses États. En mars 1349, un acte de transport fut rédigé à Romans, désignant Charles, fils aîné du Duc de Normandie, comme successeur sans conditions. Une cérémonie solennelle à Lyon le 16 juillet 1349 officialisa cette décision, où Humbert céda ses États à Charles en présence de nobles et de seigneurs. Humbert quitta le monde le lendemain en prenant l'habit de saint Dominique. Le Duc de Normandie retourna à Paris pour informer le roi, qui fit renoncer Philippe, son second fils, à ses prétentions sur le Dauphiné. Charles, confirmé dans ses droits, parcourut ses principales villes et fut proclamé Dauphin à Grenoble. L'acte d'investiture stipulait que Humbert se dépossédait réellement et corporellement de ses États, les transmettant à Charles et à ses successeurs. Les premiers fils de France furent alors considérés comme successeurs légitimes des Dauphins, portant ce titre en plus de celui d'héritiers de la Couronne. Les rois utilisèrent ce titre selon leurs besoins politiques et dynastiques, conservant les noms et armes des Dauphins dans leurs déclarations et ordonnances.
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246
p. 31-43
SUITE DES ENFANS de France, qui ont porté le titre de Dauphins.
Début :
Le premier Dauphin de France, comme on vient de l'établir [...]
Mots clefs :
Dauphin, Roi, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES ENFANS de France, qui ont porté le titre de Dauphins.
SUITE DES ENFANS
de France, qui ont porte
le titre de Dauphins, LE premier Dauphin
de France,commeon
vient de l'établir par les
actes du transport de Dauphiné,
fut Charles fils aîné
du Duc Jean de Normandie;
illuy succeda au Royaume
de France en 1364.
f1ous le nom de Charles V.
Charles, fils aîné de
Charles V. fut le second
qui porta le nom de Dauphin
du vivant du Roy
son Pere, sans que pourtant
la remission du Dauphiné
luy ait jamais esté
faite; il estvray que l'Empereur
Charles de Bohelue,
estant à Paris, l'établit
par une Bulle du mois
de Janvier 1378. Vicaire
de l'Empire en Dauphiné
& dans les Evêchez de
Valence ôc de Dye, quoiqu'il
ne fût alors âgéque
de dix ansLe
troisieme Dauphin
fut Loüis
,
fils aîné de
ClurlesVI. Le Roy, par
une Declaration du mois
de Janvier 1410. ajouta au
titre de Dauphin, qu'il
portoit déja, la remission
actuelle de cette Province,
dont il prit possession
le 19*,d'Avril [tiivant;-il
confirmaen cette qualité
Reynier Pot, dans le gouvernement
de Dauphiné.
Le même destituaen
1414$.Reynier Pot,&nomma
en sa pl ace Jean d'Angenes
, Seigneur de la
Loupe, après la mort du
DauphinLouis, arrivée le
18. Septembre 1415.Le Roy
commit le Conseil Delphinal
aux fondrions du
Gouvernement.
Le quatrième, fut Jean
puisné de Charles VI. qui
succeda en la possession
adluelledeDauphiné à
son frere Loüis, estant au
Quenoy en 1416. il nomma
Henry de Sassenage
pour exercer les fonctions
degouverneur de Dauphiné
: Ce même Prince ne
joüit pas long-temps du
Titre de Dauphin,estant
mort le 5. d'Avril1417.
On ne compte point
deux autres fils de Charles
VI. qui porterent auni
le-nom de Dauphin, parce
qu'ils moururent fort
jeunes, ¿k qu'il n'en est
point parlé dans l'hstoire.
Le sixiéme Dauphin fut
Charles, autre Fils de
Charles V I. Quclques
jours aprés la mort du
Dauphin Jean son frere le
Roy lui ceda le Dauphiné
par lettres du 18. Avril,
pour en joüir fous le meme
Titre; il confirma
en même temps Henryde
Sassenage dans les
fonctions du Gouvernemenacemême
Prince parvint
ensuiteàla Couronne
souslenom deCharlesVII.
Le sixieme fut Loüis fils
aîné deCharles VII.Quoi-,
qu'il n'eût encore que 5.
ans le Roy son pere lui remit
le Dauphiné le 16.
Juillet 1416. il confirma
ensuite en 1440. le 13. du
mois de Juin5 la cession
qu'il luy en avoit faite
en 1416. Ce n'est que de
ce temps que le Dauphin
Louis commença d'exercer
les droits de la Souveraineté
dans cette Provkw
ce: c'est le même qui eC
tant devenuRoy, est connu
sous le nom de Louis
XI. Depuis ce temps il ne
paroist pas que les Rois
ayent cedé la jouissance
actuelle decette Province
à leurs fils aînez;ils leur ont
feulement donné le Titre
& s'en sont reservélapos
session suivant la facutté
qu'ils en avoient.
Leseptiéme a esté Charles,
fils aisné de Loüis
XI. qui luy a succedé enfuite
sous le nom de Charles
VIII. Il porta le nom
de Dauphin pendant la
vie du Roy Loüis son pere,
sans avoir jamais esté
revêtu de la Souveraineté,
comme quelques-uns de
ceux qui l'avoient précedé.
Oh ne met pas dans le
Rang des Dauphins deux
enfans qu'eut ce Prince de
• son mariage avec Anne
de Bretagne, qui ne vecurent
que peu de jours, &
n'eurent point de nom de
Bâtême.
Charles VIII. & Loüis
XII. son successeurestant
morts sans enfans, la Courone
passa à FrançoisComte
d'Angoulême,quirégna
fous le nom de François I.
François fils de François
I. doit estre compté pour
le huitième des Dauphins
de France; il mourut en
1536. du vivant du Roy son
pere, n'estant encore âgé
que de 19. ans.
Henry II. fils de François
I. succeda au Titre & à
-
la qualité de Dauphin a-
prés la mort de François
son frere aîné
: C'est le
même qui estant devenu
Roy, porta le nom de
Henry II..
François fils aîné de1
Henry II. avoit le Titre
de Dauphin, lorsqu'il (uc-.rceda
au Roy son pere , estans
mort un an ou en-
viron aprèsqu'il fut mon- =
té sur le Trône,il n'y eut
point de son temps de
Prince qui porta le nom
de Dauphin non plus ,
que fous les Régnés de
CharCharles
1 X. &: de Henry
III. ses freres, qui moururent
comme luy sans ensans.
La Couronne ayant passé
dans la Maison de Bourbon
, en la personne de
Henry VI. on n'a point vû
de Dauphins en France
jusqu'àl'aîné de sesenfans
qui futrevêtu de ce
,Titre.
Louis qui esté depuis
Roy, sous le nom
de Louis XIII. est l'onzième
des Princes del'Auguste
Maison. de France, qui
a porté le nom de Dauphin
: il le quitta en 1610.
pour monter sur le Trône.
Ce na esté qu'en 1638.
que le titre de Dauphin a
esté rempli par l'heureue
naissance de Louis XIV.
qui regne apresent;il efl: .;
le douziéme des Dauphins
de France.
Louis, dont nous regrettons
la perte, a occupé
le rang de treizième
Dauphin de France. 1
Louis, petit-fils deLouis
le Grand remplit à pre- ;I
sent la place du 14. Dauphin
: Il est né le
& a esté nommé à cetitre
le Avril 17n.
de France, qui ont porte
le titre de Dauphins, LE premier Dauphin
de France,commeon
vient de l'établir par les
actes du transport de Dauphiné,
fut Charles fils aîné
du Duc Jean de Normandie;
illuy succeda au Royaume
de France en 1364.
f1ous le nom de Charles V.
Charles, fils aîné de
Charles V. fut le second
qui porta le nom de Dauphin
du vivant du Roy
son Pere, sans que pourtant
la remission du Dauphiné
luy ait jamais esté
faite; il estvray que l'Empereur
Charles de Bohelue,
estant à Paris, l'établit
par une Bulle du mois
de Janvier 1378. Vicaire
de l'Empire en Dauphiné
& dans les Evêchez de
Valence ôc de Dye, quoiqu'il
ne fût alors âgéque
de dix ansLe
troisieme Dauphin
fut Loüis
,
fils aîné de
ClurlesVI. Le Roy, par
une Declaration du mois
de Janvier 1410. ajouta au
titre de Dauphin, qu'il
portoit déja, la remission
actuelle de cette Province,
dont il prit possession
le 19*,d'Avril [tiivant;-il
confirmaen cette qualité
Reynier Pot, dans le gouvernement
de Dauphiné.
Le même destituaen
1414$.Reynier Pot,&nomma
en sa pl ace Jean d'Angenes
, Seigneur de la
Loupe, après la mort du
DauphinLouis, arrivée le
18. Septembre 1415.Le Roy
commit le Conseil Delphinal
aux fondrions du
Gouvernement.
Le quatrième, fut Jean
puisné de Charles VI. qui
succeda en la possession
adluelledeDauphiné à
son frere Loüis, estant au
Quenoy en 1416. il nomma
Henry de Sassenage
pour exercer les fonctions
degouverneur de Dauphiné
: Ce même Prince ne
joüit pas long-temps du
Titre de Dauphin,estant
mort le 5. d'Avril1417.
On ne compte point
deux autres fils de Charles
VI. qui porterent auni
le-nom de Dauphin, parce
qu'ils moururent fort
jeunes, ¿k qu'il n'en est
point parlé dans l'hstoire.
Le sixiéme Dauphin fut
Charles, autre Fils de
Charles V I. Quclques
jours aprés la mort du
Dauphin Jean son frere le
Roy lui ceda le Dauphiné
par lettres du 18. Avril,
pour en joüir fous le meme
Titre; il confirma
en même temps Henryde
Sassenage dans les
fonctions du Gouvernemenacemême
Prince parvint
ensuiteàla Couronne
souslenom deCharlesVII.
Le sixieme fut Loüis fils
aîné deCharles VII.Quoi-,
qu'il n'eût encore que 5.
ans le Roy son pere lui remit
le Dauphiné le 16.
Juillet 1416. il confirma
ensuite en 1440. le 13. du
mois de Juin5 la cession
qu'il luy en avoit faite
en 1416. Ce n'est que de
ce temps que le Dauphin
Louis commença d'exercer
les droits de la Souveraineté
dans cette Provkw
ce: c'est le même qui eC
tant devenuRoy, est connu
sous le nom de Louis
XI. Depuis ce temps il ne
paroist pas que les Rois
ayent cedé la jouissance
actuelle decette Province
à leurs fils aînez;ils leur ont
feulement donné le Titre
& s'en sont reservélapos
session suivant la facutté
qu'ils en avoient.
Leseptiéme a esté Charles,
fils aisné de Loüis
XI. qui luy a succedé enfuite
sous le nom de Charles
VIII. Il porta le nom
de Dauphin pendant la
vie du Roy Loüis son pere,
sans avoir jamais esté
revêtu de la Souveraineté,
comme quelques-uns de
ceux qui l'avoient précedé.
Oh ne met pas dans le
Rang des Dauphins deux
enfans qu'eut ce Prince de
• son mariage avec Anne
de Bretagne, qui ne vecurent
que peu de jours, &
n'eurent point de nom de
Bâtême.
Charles VIII. & Loüis
XII. son successeurestant
morts sans enfans, la Courone
passa à FrançoisComte
d'Angoulême,quirégna
fous le nom de François I.
François fils de François
I. doit estre compté pour
le huitième des Dauphins
de France; il mourut en
1536. du vivant du Roy son
pere, n'estant encore âgé
que de 19. ans.
Henry II. fils de François
I. succeda au Titre & à
-
la qualité de Dauphin a-
prés la mort de François
son frere aîné
: C'est le
même qui estant devenu
Roy, porta le nom de
Henry II..
François fils aîné de1
Henry II. avoit le Titre
de Dauphin, lorsqu'il (uc-.rceda
au Roy son pere , estans
mort un an ou en-
viron aprèsqu'il fut mon- =
té sur le Trône,il n'y eut
point de son temps de
Prince qui porta le nom
de Dauphin non plus ,
que fous les Régnés de
CharCharles
1 X. &: de Henry
III. ses freres, qui moururent
comme luy sans ensans.
La Couronne ayant passé
dans la Maison de Bourbon
, en la personne de
Henry VI. on n'a point vû
de Dauphins en France
jusqu'àl'aîné de sesenfans
qui futrevêtu de ce
,Titre.
Louis qui esté depuis
Roy, sous le nom
de Louis XIII. est l'onzième
des Princes del'Auguste
Maison. de France, qui
a porté le nom de Dauphin
: il le quitta en 1610.
pour monter sur le Trône.
Ce na esté qu'en 1638.
que le titre de Dauphin a
esté rempli par l'heureue
naissance de Louis XIV.
qui regne apresent;il efl: .;
le douziéme des Dauphins
de France.
Louis, dont nous regrettons
la perte, a occupé
le rang de treizième
Dauphin de France. 1
Louis, petit-fils deLouis
le Grand remplit à pre- ;I
sent la place du 14. Dauphin
: Il est né le
& a esté nommé à cetitre
le Avril 17n.
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Résumé : SUITE DES ENFANS de France, qui ont porté le titre de Dauphins.
Le texte expose la succession des Dauphins de France, titulaires du titre de Dauphin et héritiers présomptifs du trône de France. Le premier Dauphin fut Charles, fils aîné du Duc Jean de Normandie, qui devint roi en 1364 sous le nom de Charles V. Son fils aîné, également nommé Charles, fut le second Dauphin, établi par une bulle impériale en 1378. Le troisième Dauphin fut Louis, fils de Charles VI, qui reçut la remise du Dauphiné en 1410. Jean, autre fils de Charles VI, fut le quatrième Dauphin en 1416. Charles, fils de Charles VI, devint le cinquième Dauphin après la mort de son frère Jean en 1417 et accéda au trône sous le nom de Charles VII. Louis, fils de Charles VII, fut le sixième Dauphin en 1416 et devint roi sous le nom de Louis XI. Charles, fils de Louis XI, fut le septième Dauphin et succéda à son père sous le nom de Charles VIII. François, fils de François I, fut le huitième Dauphin. Henry II, fils de François I, devint le neuvième Dauphin après la mort de son frère François. François, fils aîné de Henry II, fut le dixième Dauphin mais mourut peu après son accession au trône. La couronne passa ensuite à la Maison de Bourbon avec Henry IV. Louis, fils de Henry IV, fut le onzième Dauphin et devint roi sous le nom de Louis XIII. Louis XIV fut le douzième Dauphin en 1638. Louis, fils de Louis XIV, fut le treizième Dauphin. Enfin, Louis, petit-fils de Louis XIV, fut le quatorzième Dauphin, né en avril 1711.
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247
p. 51-55
EXTRAIT d'un Compliment prononcé à la Martinique à Mr de Phelypeaux.
Début :
MONSIEUR, Quelle obligation n'avons-vous pas à nostre grand [...]
Mots clefs :
Gouverneur, Martinique, Monarque, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Compliment prononcé à la Martinique à Mr de Phelypeaux.
EXTRAIT
d'un ComplimentproflancedlaMartmique
àMrdePhelypeaux.
MONSIEURY
Quelle obligation n'avons-
nous;pas à nostre
grand Monarquequi malgré
tant d'affaires qui sembloient
occuper toute sa
pnidence& son courage
pour soutenir son Royaume
contre l'envie de la
pluspart des Princes de
l'Europe, n'oublie cependant
pas les peuples qu'il a
loin de ses yeux, & leur
donne des marques de son
attention pour leur bonheur,
& a leur fureté en
vous choisissant pour son
Gouverneur general dans
UUEC partie dç l'Arnerique
qu'il possede.
Quel plaisir pour nous
de remarquer que le Roy.
regarde les Isles quoyqu'éloignées
de luy par cette
vaste étendue de mer ,
comme ua membre inseparable
de sa Monarchie,
puisqu'il nous donne un
Gouverneurd'un nom par
lequel non-seulement nostre
Nouvelle France se
soutient depuis si longtemps
,
mais encore qui
luy est si utile dans le coeur
de son Royaume où nous
le voyons remplir & la premiere
Charge de la Couronne
dans la personne de
l'auguste Chancelier
,
&
les grands travaux du ministere
dans ce' le de t'itiustre
Secretaire d'Estat de la
Marine, & enfin les premiersemploisdela
Guerre
&: du Conseil d'ilftat qui
sont réünis en vous.
Ce nom si connu si respecté,
si cheri, nousest un
gage du bonheur que nous
allons gouster. L es Loix la Police, le , COlnnlerce,
ôc la tranquillité vont fleurir
parmy nous, Se nous
aurons la consolation de
rendre long-temps des graces
singulieres au Seigneur
pqouu'ilr les longues années donnera au grand
Monarque,au grand Ministre,
Se àl'illustre Gouverneur,
qui daignent nous
proteger.
d'un ComplimentproflancedlaMartmique
àMrdePhelypeaux.
MONSIEURY
Quelle obligation n'avons-
nous;pas à nostre
grand Monarquequi malgré
tant d'affaires qui sembloient
occuper toute sa
pnidence& son courage
pour soutenir son Royaume
contre l'envie de la
pluspart des Princes de
l'Europe, n'oublie cependant
pas les peuples qu'il a
loin de ses yeux, & leur
donne des marques de son
attention pour leur bonheur,
& a leur fureté en
vous choisissant pour son
Gouverneur general dans
UUEC partie dç l'Arnerique
qu'il possede.
Quel plaisir pour nous
de remarquer que le Roy.
regarde les Isles quoyqu'éloignées
de luy par cette
vaste étendue de mer ,
comme ua membre inseparable
de sa Monarchie,
puisqu'il nous donne un
Gouverneurd'un nom par
lequel non-seulement nostre
Nouvelle France se
soutient depuis si longtemps
,
mais encore qui
luy est si utile dans le coeur
de son Royaume où nous
le voyons remplir & la premiere
Charge de la Couronne
dans la personne de
l'auguste Chancelier
,
&
les grands travaux du ministere
dans ce' le de t'itiustre
Secretaire d'Estat de la
Marine, & enfin les premiersemploisdela
Guerre
&: du Conseil d'ilftat qui
sont réünis en vous.
Ce nom si connu si respecté,
si cheri, nousest un
gage du bonheur que nous
allons gouster. L es Loix la Police, le , COlnnlerce,
ôc la tranquillité vont fleurir
parmy nous, Se nous
aurons la consolation de
rendre long-temps des graces
singulieres au Seigneur
pqouu'ilr les longues années donnera au grand
Monarque,au grand Ministre,
Se àl'illustre Gouverneur,
qui daignent nous
proteger.
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Résumé : EXTRAIT d'un Compliment prononcé à la Martinique à Mr de Phelypeaux.
Le texte est un hommage à Monsieur de Phélypeaux, nouvellement nommé gouverneur général d'une partie de l'Amérique. L'auteur exprime sa gratitude envers le roi pour son attention envers les peuples éloignés, malgré les nombreuses affaires européennes. Le choix de Phélypeaux souligne l'importance des îles américaines pour la monarchie. Phélypeaux est reconnu pour ses multiples rôles prestigieux : chancelier, secrétaire d'État de la Marine, et haut fonctionnaire dans les domaines de la guerre et du Conseil d'État. Son nom inspire respect et confiance, promettant prospérité, justice et tranquillité. L'auteur espère que le roi, le ministre et le gouverneur bénéficieront de longues années pour continuer à protéger et à gouverner.
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248
p. 95-96
BENEFICES.
Début :
Le Roy a donné l'Archevesché d'Arles à Mr [...]
Mots clefs :
Roi, Arles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES.
LBeENEFICES. Royidonnél'Ar-
-n«LeRoyadonnéTArchevesché
d'Arles à Mr
l'Abbé de Janson
,
Grand
Vicaire 6c Chanoine honoraire
de laCathédraledc
Beauvais.
f':- Il estfilsde Laurent de
Fourbin
,
Marquis de Janson
en Provence, & de
Françoise de Briançon la
Saludie, & neveu de Tout
saint de Fourbin,Cardinal
de Janson, Evesque de
Beauvais, Grand-Aumosnier
de France, & Commandeur
des Ordres du
Roy.
-n«LeRoyadonnéTArchevesché
d'Arles à Mr
l'Abbé de Janson
,
Grand
Vicaire 6c Chanoine honoraire
de laCathédraledc
Beauvais.
f':- Il estfilsde Laurent de
Fourbin
,
Marquis de Janson
en Provence, & de
Françoise de Briançon la
Saludie, & neveu de Tout
saint de Fourbin,Cardinal
de Janson, Evesque de
Beauvais, Grand-Aumosnier
de France, & Commandeur
des Ordres du
Roy.
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249
p. 2-66
EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
Début :
La Maison de Choiseul est si connuë dans l'Europe [...]
Mots clefs :
Maréchal Choiseul, Troupes, Roi, Majesté, Prince, Ennemis, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
EXTRAIT
DES FÀITS
V
LES PLUS IMPORTANS
CONCERNANTS
FEUM'LEMARE'CHAL
DE CHOISEUL. LA Maison de Choi-
,-
seul est si connue
dans l'Europe pour son ancienneté,
& la Noblesse de
son origine estsi amplement
rapportçc dans le Nobilier
de la Province de
Champagne, d'où elle la
tire, qu'il suffira pour établir
la haute naissance de
Monsieur le Maréchal de
Choiseul, de dire que dans
la preuve qu'ilfit de sa Noblesleen1688.
lors qu'il
fut faitChevalier de l'Ordre
par une genealogie qui remonte
jusqu'à
17 ayeuls &
ayeules; il justifiequeJean de
Choiseul quivivoit audouziémesiécle
son ;onziéfQc
ayeulfit l'hômage-lige avec
la Princesse Alix de Dreux
sa mère, dans untitre: de
l'Abbaye dela Chancedatté
de l'an 1239qu'ildevoit
à l'Evêque deLangres à cau
fc de son Château de Choiseul
,
qu'ils'obligeaàdeux
cent marcs d'argent pour
les conventions du Mariage
de Margueritte de Navarre
avec Ferry II.Duc de
Lorraine,&endonna Ces
Lettres l'an 1149, qu'il
confirma au moisd'Avril
de l'an 1252,,toutesles dotations
queReignier Seigneur
d'Aigremont perc
d'Alix d'Aigremontsafemme,
avoitfâitaux Religieux
del'Abbayede Moritnont
dontilsfont Fondateurst
&de-* celle de Molesme
,
& qu'au mois d'Aoust de
l'ànnée suivante, il promit
à Hugues Comte de Bourgogne
de faire la guerre
auCotme de Champagne,
& de l'aider de Ces Châteaux
de Choiseul& d'Aigremont
,
& qu'en l'an
126 5 ,
il termina un différent
qu'il avoit avec Thibault
Comte de Bar son
Coufin, au nom duquel il
avoit répondu de mil marcs
d'argent pour laseureté des
conventions du Mariage
de ses Enfans avec ceux du
Comte deBourgogne, son
pere qui écoit Regnard de
Choiseul 1
2e ayeul du
Nom. Sirede Choiseul
assigna l'an im, la moitié
de sonChâteau deChoiseul
pour le douaire de -la.
Princesse Alix de Dreux sa
femme )men: dudit Jean de
Choiseul
,
qui étoit veuve
de Gautier de Bourgogne
frere d'Estienne II. Comte
de Bourgogne ; Elle étoit
fille de Robert11. Comte
de Dreux 4e fils. du Roy
Loiâis VI dit le Gros &
d'Alix de Savoye
,
l'an
12 jj, il fut l'une des cautions
du Mariage de Blanche
fille de Thibault Comte
de Champagne, & Roy
de Navarre, avec Jean fils
de Pierre Duc deBretagne :
cette Maison a toujours été
reputée grande dans son
enginc , tous les Historiens
qui l'ont curieufcmçnt
recherchée la croyant sortie
des anciens Comtes de
Langres, &du Bassignyqui
étoient Souverains, dont
plusieurs Branches se font
conservées, JLïtejuàprêtent.
LesMarquis de Langres, Barons
dïAmbonnéville, & de
Beaupré; les Barons de Meuse
,
Marquis de Germay ; les
Comtes de Che'Vigny) les Bâtonsd'Aguelly
; lesSeigneurs
:
de Villars & de Bussieres ;
les Marquis de Praslain Comtes
du Plessis &Ducs de Choiseul
Pairs de France
,
d'où
sont issus les Maréchaux de
Praflain & du Plejfis ; les
ComtesdHostel> & les Seigneurs
de Voteau.
Mr leMaréchal de Choiseul
cft né le dernier Decembrc
1632.. & morele1j
Mars 1 7 11. âgé de 78 ans
deuxmois& 15 jours. Il
étoit fils de Loüis. de Choiseul
,
Seigneur Marquis de
Francieres, Lieutenant General
des Armées du Roy,
Grand Bailly & Gouverneur
de Langres. Il s'appelloit
Claudede Choiseul Marquis
deFrancieres, Premier
Maréchal de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur des Ville &,
Citadelle de Valenciennes,
GrandBailly&Gouverneur
de laVillede Langres,
-
-
En l'année1649. dés Tige
de 16. ans il commença
à donner des preuves de son
courage,en servant de Vo
lontaire jusqu'au temps que
le Marquis de Franciere fart
pere,luy avant cédé la Compagnie
qu'il avoit dans le
Régiment du Grand Prince
de Condé,il se trouva en
cette qualité au combat de
Vurysur Seine, appelléle
combat S. Antoine, oùil
mérita
, par la valeur qu'il y
fit paroistre
,
le Regiment
de Cavalerie, dont Sa Majessé
lhonnora en 16 3.
temps oùil n' y en avoit que
huit au neufen France, ce
que leCardinal Mazarin luy
ditavant d'obtenir cc Régiment
,est digne de rermaque
; on l'appelloit alors le
Comte de Choiseul, nom
qu'il a toujours porté depuis,
jusquace qu'ilaitesté
fait Maréchal de France : il
avoir combattu en cetce fameusejournée
avec tant de
courage à la tête du Régiment
de Coridé, où la
plupart des Officiers furent
tués, & il s'estoit si fort ex- posé qu'il y futblessé ÔC
pris prisonnier,leCardinal
le voulutvoir,& luy parla
en cette forte: Monsieur
evousavezbienfaitniais voûï
ave% malfaitvous avek bien
fait en combattant en -tre^~
brave hommé, maisvousavez
malfaitdeservircontreleRoy
vôtre Maistre ; le Comte de
Choiseul luy répondir.-Â/arë.
siuerjesuisencore trop jeune
pourfaire des refléélions3jfajf
obéi aveuglémentàmon Pere;
le Cardinal luy répliqua:
Hé bien, fyîonficur
,
le Roy
seravostre premier Pere
y
alltz
Chf'{--WNS attendre fis ordres
Eneffet quelque tempsaprès
onluy envoya le Brevet de
Mettre de Camp de Cavalerie,
qu'ilreçût del'agrément
même de Monsieurle
Prince; il se signalaà la tête
de son RegimentauxSièges
deMouzon & de Sainte
Menehoult,en 1654. àceluy
d'Arras, où les Ennemis
qui attaquoient cette Place,
ayant esté forcez dans leurs
retranchemens,ildeffità
la tête de son Régiment cc:
luy d'Obock, dont ilgagna
les Timballes,SaMajesté eu
fut sicontente,qu'Elle IUY
accorda une pensionde mil
écus, qui estoit pour lors
sort considerable. En16
il se trouva aux Sieges de.
Landrecies, Condé & S.
Guillain, & àce dernier
ayant joint la capacitéauf
courage, il opposa si à propos
quelques Escadrons aux
Ennemis, qu'il facilitabeaucouplaréduction
decette
Place.
1 En1656.ausiege deValenciennes
,
les Ennemis
ayant attaqué le Maréchal
de la Ferté qui y comman-; doit,le Comtede Choiseul ;
par sa vigilance & par sa
valeur
,
donna moyen au
Marquis de Renelde retirer.
les Gardes Suisses restées
dansles Tranchées,où ellles.
auroient esté accablées par
le grand nombre des Ennemis.
En 1657.lorsque feu
Monsieur le Maréchal de
Turenne investitCambray
la fermeté que le Comte do)
Choiseul témoigna en attendant
avec 12. Escadrons
seulementles ennemis, qui
enavoient trente&quivenoient
pourtomber surles
bagagesdel'Armée,qu'ils
auroient pillez, cette fermeté
leséconria tellement,
qu'ils seretirèrentsans oser
rienentreprendre.En1658.
sonmenteaugmentant de
jour en jourluyacquit avec
raison la confiance des Ge"
neraux ,le Maréchal de la
Ferté luy donna le, Commandement
d'unCorps.de
deux mil hommes, pour
couvrir Landrecies, le
Quesnoy &les Places voisines,
pendant qu'il aflîegeoitSaineVenant&
Mardick,
&que le Maréchal de
Turenne&ttaquoit DpnKçtque.
En
En 1664. après la Paix
des Pyrenées, le Comte de
Choiseul n'ayant plus d'occasson
en France designaler
sa valeur, il demanda
d'aller à la tête d'un Regiment
en Hongrie avec
les Troupes que Sa Majesté
envoya au secours de l'Empereur
,
qui arresterent par
le gain du fameux Combat
de Saint Godard le cours
des prosperitez des Armées
Ottomanes. Ilse signala
fort en cette occasion.
En 1667 le Comte de
Choiseulfut faitBrigadier
des ArméesduRoy&dans
la guerre qui recommença
alors il donna de nouvelles
marquesde sa capacité& de
son zele, En 1668. aux sieges
de Tournay., Doüay
& Lisle, que Sa Majestésir
en personne, il fut détaché
pour chercher le Comtede
Martin
,
commandant les
Troupes Espagnolles yit
dessità latête du Regiment
d'Hostein ce célébré Général,
&,fit beaucoup d'Officiers
prisonniers, cette doffaite
fut encore remarquable
par laprise de Don*
Antoine de Cordouë
,
qui
commandoit la Cavalerie
Espagnolle.
En1669. leComte de
Choiseul fut fait Maréchal
de Camp, & envoyé en
Candie, où il demanda d'alleér
avec les Troupes que le
Roy y fit passer au secours
des Venitiens : Il répondit
tellement par ses actions à
la bonne opinion qu'on
avoit de sa capacité
, que
les Venitiens ,& le Sieur
Morosini, leur General, en
firent des Eloges, qui ont
cIe rendus publics partoute
l'Europe ; ils reconnurent
authentiquement combien
sa presence leur avoircfté
necessaire, lorsqu'estant
demeuré à ce Siège feulearjenc
avec six cens hommes
après rembarquement du
leste des Troupes
-
de Sa
Majesté il dit au General
Morosini : Les François n'aandonnent
point leurs amis
sans les mettre au moins en
seureté, quand il est impossible
de leur procurer la victoire.:
Ensuite il fit un tel effort
avec Ces six cens hommes,
(jtui epoussa les Turcs, &
lui donnal ieud'obtenirune
Capitulation honorable, dans le moment qu'il devoitpérir
avec toute &
Garnison.
La Republique de Venise
fut si touchée de cet important
service,qu'elle ordonna
à son Ambassadeur à Paris,
d'aller de sa part faire
des complimens &:des remercimens
au Comte de
Choiseul, dontils'acquitta.
En 1671. àla Guerre de
Hollande il se distingua
aux Sieges d'Arnheim, du
Fort de Schinck, de Nime:
gue, de Crevccoeur
, & de
Bomel.
;
En 1673. à la deffese
de Prague près de Wesel, qu'il ne gardoit qu'avec un
Bataillon & une Compagnie
de Cavallerie
,
il arrêrai
tout court le Prince d'o.
range,qui ne pût le forcer
avec toute son Armée.:
En 1674.il se distingue
au Combat de Seneff. '.;
En 1675.ilcommande
un Corps de Troupes pen..
dant l'EstésurlaMeuse,&
l'Hyver en Lorraine fous le
M^t&chal de Rochefort il
pritla Ville de Deuxponts,,
& plusieursChafteaux.
En 1476. le Comte de
Choiseul fut fait Lieutenant
General des Armées;
du Roy:Il deffit cette même
année une Efcortc tresconfiderable
de Fourageurs,
& lorsque le Maréchal Duc
de Luxembourg se retira
fous Saverne, le Comte de
Choiseul conduifir l'Arrieregarde
de l'Armée qu'il
commandoit, & la garantit
par sa bonne conduite du
rilque qu'elle couroit d'être
entamée par l'Aimée^ çanemie.
En 1677. il se trouva à
la Journée de Cochsberg,
où l'Armée des Ennnemis
fut défaire, il avoir déjà
disposé toute l'Armée,
quand le Maréchal de Crequy
arriva juste pour avoir
Thonneur de la victoire,
MonsieurdeChoiseul finie
cette campagne par le
siege de Fribourg.
En 1677. ilattaqua avec
le même succès un Corps
de Troupes des Ennemis,
fit plusieurs Prisonniers,apprit
beaucoup de bagages
cetteactionfut, suivie d'une
autre
autre prés Rhinfeld
,
où il
força & battit les Ennemis
retranchez, prit SeKingen.
aprés s'être rendu Maistre
d'un Poste qui en estoit
proche.
En 16-, p. il se trouva à
laprise des Forts de Stras
bourg,& battit l'arrieregarde
des Ennemis prés de
Minden.
Son merite & sa capacité
s'estant fait remarquer dans
tous les endroits où ila fer-
.J
vi; le feu Electeurde Cologne
le demanda au Roy
en 1684. pour commander
son Arméeenqualité de General
& FeldMaréchal, & il
est dit dans le monde à ce
sujet, qu'une personne puissante
qui ne lui estoit pas
favorable, dit au Roy que leComte de Choiseulestoit
un Officier tres-capable
,
mais qu'il avoitla veuë basse;
à quoi Sa Majesté répliqua
il en verra mes Ennemis de
plus prés.
Il réduisit la Ville de Liege
à l'obeissance de cet Electeur,
par une action qui eue
esté temeraire s'il y eut eu
unmeilleur party à prendre;
maisla témérité devient pruetice
en certaines extremitez
où l'audace est necessaire
pourintimider ceux qui vous
accableroient par le grand
nombre un petit parti qui
tenoit encore pour l'Electeur
dans la Ville contre
cinquantemille revohez
en armes, lui livrant une
des portes, par laquelle il
entra avec sa seule Compagnie
des Gardes, pendant
que toute son Armée étoit
derriere
, un des Mutins le
coucha en jouë avec un fusil
bandé pour le tuer;son Capitainc
desGardes se jetta dcf,
ÍUs, & l'alloit tuer d'uncoup
depistollet ; mais leComte
de Choiseull'empêcha en;
cliant; ah ne luifaitespointde
mal, ilestassezpuni,puisqu'ila
peur; en fuiteil sempara sans.
perdre temps de toutes les
places&des avenues par le
moyen du party
-
qu'il avoic
dans la Ville,destrouppes
qu'il y fit entrer sur le
champ;cette richeVillevoulut
luyfaire present d'une
somme tres-conisiderablea
qu'il refusa
, coûtent du
present de l'Electeru qui
lui donna uneépée garnie de
diamants, & quatre picces
de canons qui sont sur la
principale Tour du Chas.
tcaud'Irouer en Bourgogne,
parBrevet de Sa Majesté.
En 1689. il commanda
un Corps separé sur le haut
Rhin, pour s'opposer à fEJelèeûr:
de Bavierre qui le
trouva posté, de maniéré
qu'il n'osa rien entreprendre
avec toute son armée, quoy
que le Comte de Choiseul
n'rot que trente-deux Efèadrons
fous ses ordres, & un
RegimentdInfanterie. Il
prie à la fin de la Campagne
Bretten dans le Marquisat de
Baden, fit prifonnicrs 600
hommes quiétoient dedans,
& repoussa un Corps de
Troupes qui s'estoit approché
pour la secourir.
-
En 1690. il continua ses
services en Allemagne fous
le Maréchal de Lorges, en
1 6 9 1. il fut envoyé à
S.Omer, à desseind'yassemblerun
corps detroupes
; les Ennemis menaçany
d'attraquer nos Places Maritimes
,
& en 1692. il servit
en ladite qualité de Lieutenant
général
,
fousle Marechal
de Bellefond
,
le long
des Costes de Normandie.
Au mois de Mars 1693.
le Comte de Choiseul fuy
fait Maréchal de France,
lamêmeCampagne de1693.
il commanda en sécond l'Armée
d'Allemagne,que Mr
le Maréchal de Lor ge comme
son ancien commandoiy
en chef; Mr le Maréchal de
Choiseulla commanda fcul
pendant quelque temps ;
Mr le Maréchal de Lorge
estant allé au devant de
Monseigneur&de son Armée,
que conduisoit Monlïeur.
le Maréchal de Bouf
flers.
En 1694. Mr le MaréchaldeChoiseul
fut nommé
,
pour commander surles
Costes Maritimes du Ponent
une Armée pour s'apporer
aux enrreprifes des Ennemis;
il commandoit dans toute
l'etenduë des Provinces de
Normandie & Bretagne ,
comme General d'Armée,&
comme Gouverneur, de maniéré
que Sa Majesté en l'honorant
de cet Employ
,
lui
dit je vous donne le même
Commandement, avec la
même authorité qu'avoit
mon frere la campagne dernière;
en sorte que ses ordres
depuis le Conquest par delà.
Brest se portoient jusqu'au
Treporc au delà de Dieppe;
ce qui fait plus de cent quatrevingt
lieues.
En 1695. Mr le Maréchal
de Choiseul eut le même
Commandement sur les
Costes de Normandie & de
Bretagne, Dieppe;qui se trouvoie
éloigné de plus de 60
lieues de la Hogue, où il campoit
avec son Armée fut
bombardé par les Ennemis
& sort endommagé, le Maréchal
de Choiseul quelque
.diligence qu'il sit nayant pû
s'y rendre assez tost, il prévint
les Ennemis au Havre qu'ils
bombarderent ensuite avec
furie; mais par sa prévoyance&
par les bons ordres qu'il
donna dans la Ville; les Ennemis
après avoirresté devant
trois jours & trois nuits,
furent obligez de se retirer
après y avoir perdu leur plusgrande
Galiotre, qui fauta
d'une deno s bombes;on prit
tout ce qui estoit dessus ;ils
esperoient dans la terreur où
tout ce Pays se trouvoit;s'emparer
de cette Ville que le
Bourgeois avoit entièrement
abandonné en laissant lesportes
de la Ville ouvertes, &
même le Commandant , quoi- que jusqueslà connu
pour un brave homme, se
trouvoit saisi de la même
crainte,&s'étoit enfermé dans
une tour dont il n'osoit fortir
avant que le Maréchal de
Choiseul fut arrivé; lequel
par sa presence & par ses (agesprécautions
sauva l-el Ville
de l'incendie; il n'y eut seulement
que deux ou trois maifons
endommagées ou brulées.
En 1696 ,
Sa Majesté
nomma Mrle Maréchal de
Choiseul pour commander
en chef son Arméed'Allemagne,
avec laquelle il
passa d'abord le Rhin, &
-
subsista longtems dans le
Marquisat de Baden aux
dépens desEnnemis; cfrfuite
ayant repassé éèfleuvê
avec son Armée, il marcha
jusques auprès de Mayence
,jusqu'à ce que la
substance luy manquant,
il fut obligé de remonter
fut le ruisseau duSpirback,
qu'il occupa dans toute son
étenduë,depuis Neustat jusqu'à
Spire
,
qui font5grandeslieuesd'
Allemagne.Mr le
Prince de Baden ayant passé
le Rhin à Mayencc avec
toutes les forces de l'Empire
qui rendoient son Armée
plus nombreuse d'un
tiers que cclle de Sa Majesté,
quoy qu'elle eûtesté
jointe par un corps détaché
de celle de Flandres , commandé par Mr le Marquisd'Harcourt
Lieutenant
General, publioit aussi-bien
que tous les Alliezqu'il aL
loit faire le siege de philisbourg
ou celuy de Landau
,
& ravager l'Alsice.
Il avoit à sa suite toute
l'artillerie, &les munitions
de guerres necessaires
,
&
ses magasinsassurez ; fou
projet paroissoitbon, aucun
General jusques
-
là
n'avoit pensé de garder un
si grand espace de pays,
avec une Armée fort infe- ;
ricure à celle de son Ennemy
,
n'ayant pour se couvrir
qu'un simple Ruisseau
gayable, & presque deses- ¡,
chépar tout, sans aucuns
retranchemens. Mnsieur
le Maréchal de Choiseul
fit feulement à la haste relever
un peu de terre le long
dece ruisseau,& quelques
abatis d'arbres. Le Prince de
Baden marchoit à luy à
grandes journées, ille trouva
campé en cetétat,ayant
sa droite appuyée à Spire,
c'est à dire, au Rhin, sa
gauche à Neustat
petite
»
Ville au pied de la Montagne,
& son centre fortifié
de quelques redoutes,
&
d'arbres abatus, sa fituation
, & plus encore l'alfu.
rance de son Armée fous
un tel General, arresta tout
court le Prince de Baden ; il s'amusa à cannoner un
Château au-dessus de Neuflac
qu'il ne prit point,
non plus que cette Ville
qui n'auroit pas tenuë contre
un détachement de cent
Dragons, quoy qu'ellefût
de son côté au-delà dudit
ruisseau,& après avoir passé
trois semaines, les deux
Armées en presence à se
cannoner de part & d'autre,
Mrle Prince de Baden fc
retira ,
retira, & finit la campagne,
sonArmée en tres mauvais
état, ayant beaucoup souffert.,
sur tout sa Cavalerie,
celledu Roy ayant auparavant
consommé ce qu'il
y avoit de fourages,au lieu
quecelle deSa Majesté avoit
aborrdahcedetouteschoses;
sanstrop loüer Mr le Maréchalde
Choiseul, on peut
dire que ce parti hardi qu'il
prit de luy-même contré
l'avisde plusieurs Officiers
Généraux, est un trait de
grand Capitaine, & des
plusexpcîrimeiitez.1
En 1627.il continua le
même commandement CD
Allemagne, subsista longtems
avec son Armée aLi
prés de Mayence aux dépens
des Ennemis, pendant que
Mr le Prince de Baden avec
celle de l'Empire assembloit
de l'autre côté du Rhin
plusieurs ponts pour passer.
ce fleuve, & ravagerl'Alsace
; Mr le Marechal de
Choiseul pour l'empêchec
marchaàl'entréedela nuit,
avec tant dediligence qu'cD
moins de trois joursil avoit
passé le Rhinau FortLoüis
avec toute son Armee , armes
, canons & bagages,
& campa au milieu du Mat*
quisatde Baden,ayant fait
plusde trente lieuësd'Allemagne
; Mr le Prince de
l'autre, côté du Rhin, pour
lobserver ,croyant que
nôtre Illustre General, vouloit
feulement couvrir l'Alface
, comme il en faisoit
courir le bruit,fut dans un
étonnement incroyable d'aprendre
que l'Armée du
Roy innondoit son propre
Païs,tous sesprojetsenfurent
deconcertez;ilnepensa
plus qu'à couvrir l'Allemagne
où l'Armée du Roy
subsista la plus grandepartie
de la campagne au desfous
& au-dessus de Strasbourg,
où le Maréchalde
Choiseul auroit emporté de
grands avantages, sans les
pluies qui tomberent pendant
prés d'un mois sans
discontinuation,&qui rendirent
les chemins tellement
impraticables qu'il fut impossible
d'attaquer les Ennemis
dans leurs retranchemens
le long de la Montagne
; cet espece de deluge
embarassa même extrêmement
l'Amée du Roy dans
sa retraite, où les Ennemis
parurent inutilement
pour donner sur l'arrierc..
garde,ils ne purent l'enta.
mer par aucun endroit:
elle subsista le reste de la
campagne toujours aux dépens
des ennemis au Païsde
la Saarre
,
où les ordres
arriverent pour une cessation.
d'Actesd'Hostilitez
de part &d'autres en attendant
la fin du Traité de Paix
qui fut conclu à Rifwick ;
Mrle Mareschal ds Ghoiseul
à son retour à la Cour
aprèsavoir rendu compte
au Roy de sa Campagne, luy representat que sa santé
& sa vûe eftoienr si fort affoiblis
qu'il estoit obligé
de dire à Sa Majesté, avec
regret, qu'il ne se trouvoir.
plus en estat de pouvoir
aller à la guerre à l'avenir,
& qu'il estoit heureux d'en
sortir avec l'honneur de son
<eftimë ; le Roy luy repon?-
dit avec bonté qu'un Homme
commeluy luy seroit
toûjoursnecessaire.
Eusuite SaM. pour mac--
quer qu'Elle étoit contente
de ses services, de son propre
mouvement, ju geant
qu'il n'avoit pas assez de revenupour
subsister convenablement
selon son rang,
changea le Gouvernement
qu'il avoit de Saint Orner
,
qui ne valoir que 12 mil
livres à celuy de Vallenciennes.
quiest de 30 mil
Ivres.,
Au commencement de
Jannéç'1707érpnt.devenu'
leDoyen des. Maréchaux
de France, par la
mort de Mr le, Marefcb^l
d'Estrées, malgré la màtivaisesanté,
il fé donna
tout entier aux affaires de
la Mareschaussée jusqu'au
mois de Fevrier 1711,
que se sentant afforblir
beaucoup
,
il supplia- Sa
lMajcll:é de trouver bon
qu'ilquittât ce tra~ait~~u~c
sa santé neluypouvoit plus
foût-t-ilit-) le Roy k luy
permit avec Eloges,die
qu'ilapi^buvbittôûjours
que-lèsj Ht>mrnSs?dè diftitlaion
,commeluymissent
un intervale entrela vie
& morè ,SaMajestédit
qu'il
qu'il le prioit de conserver
la santéd'un Homme qu'il
avoit toûjours estimé.
A sa mort qui arriva
le quinze Mars, c'est-àdire
, fort peu de tem ps
après,SaMajesté dit publiquement
à son sujet, qu'-
Ellevenoitde perdre un
vertueux Gt--litilï.hon-Ime
:
grandElogo danslabouche
d'un Roy,qui parlant [don
r
son coeurcomprend f-ou'$lc'è-,-
mot devertueuxtout ce
; qui peut faire le Panegirique
d'un grand Homme.
LorsquesaFamilleallaannoncer
cettemort à Sa M;,,,
& témoigner sadouleur sur
cette perte, SaMajestérépondit
je perds aussi un Sujet
qui m'a rendu d'importants
fervices, &qui a sçûrendre
dignementla Justice ;
SaMajestéavoit un si grand,
fonds de confiance en sa
probité &sincerité
, qu'en
plusieurs rencontres Elle a
cité, pour faitsconstants,
cequ'Elle sçavoit par luy,
en disant, Cboifeulmcula
dit. ii On a fort admiré dans
le Monde la maniere
dont il remit la Connétablio
entre les mains du
Mareschal de Villeroy
soïs esprit fain & entier,
sa santé luy promettoit encore
plusieurs annéesde
vie; mais il vouluen'être
plus occupé que des foins
de son salut,& de l'arrangement,
de ses affaires ,-&
lors que quelque tems a près
il vit sa santé diminuer
il preparoit luy-même se,s
Amis à une separation qui
l'attendrissoit sans s*allarmer.
Enfin quand on luy
annnonça qu'il falloitfonger
à ses Sacrements
,
il
dit d'un air ferme & gracieux.
t^ous me faites plaifr
, car je me sens diminuer;
il eut l'aprésmidy
une conversation avec Mr
l'Abbé Fl.., homme
doüé d'un profond sçavoir
& d'une aussi grande pieté,
aveclequel il en avoir déja
eu plusieurs de cette manière
: Le foir il seconter
ôç le sit avec grande présence
d'esprit le lendemainqui
estoit le Vendredy
matin 13 Mars
,
il recût
le saint Viatique & l'Extrême-
Onction; repondant
à toutes les Prières,
avec une humilité, unepiété
& une édification admirable
;le reste dii jour ille
passa tranquillement, , parlantavec
une entiere connoissance
; même le soit
son Domestique luy parlant
d'une querellede deux
Medecins qui estoient prests
à se battre dans son antichambre
,
sur un remède
qu'onvouloitluy donner,
il répondit en riant
,
ilssi
battent pour peu de chose
le peu de , vie qui me reste
ne vaut pas la peine de disputer
; >ynais il faut pourtant
mourrir dans les formes ; la nuit sepassa encore assez
bien; mais sur lesquatre
heuresdumatin, ilfut
fort agité, il fallutle lever
dans son fauteüil
,
où il
resta, du temps ; mais ne
pouvant plus tenir, on le
remit au lit avant midy , auquel temps il ne parla
presqueplus, mais il entendoit
& serroit la main
à son Confesseur en embrassant
le Crucifix; le Samedy
jusqu'à minuit,il
fut à peu prés de Inefrne',
-
en empirant toûjours jut:
qu'au Dimanche à midy
1 5 Mars qu'il expira, sans
aucune violence
, comme
une lumière qui s'éteint
faute d'huile.
, Mr le Maréchal de
Choiseul à la mort de
son pere quil'avoittoûjours
flaté de luy laisser
trente mille livre de rente,
trouva plus de dettes
que debiens; on luy
proposa de prendre des
,
Lettres, d'Etat
3,
pour
.pouvoiravec* le/tenis,
s'aqufetêr petitàpetit
sans s'incommoder;non,
: dit-il ; il vaut mieux
-siftcômàderquedéfaire
attendre ceux a qui l'on
doit ; ensuiteilassembla
tous les Créanciers
de sa Maison, S( leur
distribuà les Terres dont
,
il auroit pû joüir long-
,
tems malgré eux, & seroit
restésans bien si le
Roy parses bien-faits ne
-
l'eût mis en étatdesub-
: sister.fplong -Ilfèroittroplongde
raporter toutes sesactions,
dejufticc,&C de
rgénerofité , ilprenoit
souvent sur fbii necef-
-- saire pour aider ses proches,
ses amis, & ceux
quis'atachoientàluy. Il
n'y a jamais eu un meilleur
parent,un meilleur
Ami, ni un meilleur Maître;
en un mot, le grand
nombre d'actionséclatantes
publiques & particulieres,
Tiinformioé
desoncaracterependant
une longue vie ; le jugement
des plus grands
Hommes du dernier Siecle,
qui l'ont loüéhautement
, prouvent bien
lemérite du coeur &
de l'esprit de ce grand Homme.
En effet, peut-on gagner
tant de suffrages,
réussir dans unsi grand
nombre d'entreprises ,
,
se conduire pendant
soixanteans, à la Cour,
à la Guerre,dans lavie
privée,& dans les conjonctures
les plus delicates,
avecune équité parfaite,
un honneur franc,
une exactebien-seance,
& une fermetéinébranlable
, sans avoir un
grand coeur, un bon
sens, un jugement seur,
& un grand fond de veritableesprit.
Mr le Maréchal de
: Choiseul ne1 se piquoit
<point de cette subtilité
,degenie y&C de cette
-politique rafinée, qui
fait le méritede la plus-
- part des Courtisants;
son grand coeur en ref,
fufoit l'étude, &en mé-
"prifoir l'usage:Iln'avoit
.pas besoin d'Art, lavivacitédu
sentiment luy
rfuffifoic faloit - il agir,
falait-ilparler dans une
occasion importante, il
agissoit, il parloit avec
une promptitude ,. ôc
,. une justesse dont les plus
deliez Courtisants ,au..,
roient fait un grand
honneur à leur esprit. i Ila eu le bonheur de
n'en sçavoir point trop,
&de se laisser conduire
par une nature excellen-
-,
te, quilatoûjoursporté
droit à ce qu'il y avoit
de plus raisonnable, &c
de plus vertueux; aurions-
nous en sa personne
le modelleparfait
d'un Gentil-homme ;1,
s'il eûttantsubtilisé surles
principes de la vertus
-& de l'honneur, & H.
lesentiment chez luy eût?*
été embarassé par les
raisonnements delaPhi-1-
lofofie &delaPolitique,
en plusieurs occasions,
dans des tems dificiles,
son honneur Se la reli—>
giondesonsermentsurent,
tentez par l'interest,
d'une grande fortune;
il né fut point assezrafiné
politiquepour se former
denouveaux devoirs par
des raisonnements fub-
19s
, en ces occasions
,
il répondoit gauloise—
ment; il nJcft pas en
moy de faire cela,j'aimerois
mieux mourIr.
Enfin l'ame du Maréchal
de Choiseul étoit
celled'un véritableChelier
Gaulois, verseuse
> confiance
,
intrepide
:1
comme celle des Guesclins,
& des Bayards
,
Pi pendant soixaute ans
comme le modele denô-î
tre.gncieiiiie ?.&£ verjta-i
hle iClicvaiçe : i:
Je parojtroisufurpec.
les droits de la Chaire,;
&entreprendre. l'Osai-;
son Funebredu Masê-î
chal de Choiseul ,ii je.)
voulois montrer,icy,dans
touc leurjour le$;gfàndsî
sentimens - quil'ani- ,,'
moient 8c qui fori
moient en luy ce çoncert
de vertus qui fait le
parfait honneste hotn.
me & le veritable Chrétien
, cette bonté
, cette
humanité
,
cettecharité1
extrême d
:l ce pardon
courageux des injures,
jointà cette suprême valeur;
cette libéralité exercée
de bonne foy ôtiecrettement
sur desennemis,
sur desingrats; ces
vertus sublimesdansun
homme simple font hon..
neur à l'homme & à la
Religion:oüy, l'on peut
dire que l'homme& la
Religion luy ont obligation
d'avoir fourni une
preuve vivante &inCOfl.
testable, que les conseils
de l'Evangile sont sondez
dans la bonne nature,
&que le véritable
heroïsine du monde ne
peut estre perfectionné
qtuiepaanr
DES FÀITS
V
LES PLUS IMPORTANS
CONCERNANTS
FEUM'LEMARE'CHAL
DE CHOISEUL. LA Maison de Choi-
,-
seul est si connue
dans l'Europe pour son ancienneté,
& la Noblesse de
son origine estsi amplement
rapportçc dans le Nobilier
de la Province de
Champagne, d'où elle la
tire, qu'il suffira pour établir
la haute naissance de
Monsieur le Maréchal de
Choiseul, de dire que dans
la preuve qu'ilfit de sa Noblesleen1688.
lors qu'il
fut faitChevalier de l'Ordre
par une genealogie qui remonte
jusqu'à
17 ayeuls &
ayeules; il justifiequeJean de
Choiseul quivivoit audouziémesiécle
son ;onziéfQc
ayeulfit l'hômage-lige avec
la Princesse Alix de Dreux
sa mère, dans untitre: de
l'Abbaye dela Chancedatté
de l'an 1239qu'ildevoit
à l'Evêque deLangres à cau
fc de son Château de Choiseul
,
qu'ils'obligeaàdeux
cent marcs d'argent pour
les conventions du Mariage
de Margueritte de Navarre
avec Ferry II.Duc de
Lorraine,&endonna Ces
Lettres l'an 1149, qu'il
confirma au moisd'Avril
de l'an 1252,,toutesles dotations
queReignier Seigneur
d'Aigremont perc
d'Alix d'Aigremontsafemme,
avoitfâitaux Religieux
del'Abbayede Moritnont
dontilsfont Fondateurst
&de-* celle de Molesme
,
& qu'au mois d'Aoust de
l'ànnée suivante, il promit
à Hugues Comte de Bourgogne
de faire la guerre
auCotme de Champagne,
& de l'aider de Ces Châteaux
de Choiseul& d'Aigremont
,
& qu'en l'an
126 5 ,
il termina un différent
qu'il avoit avec Thibault
Comte de Bar son
Coufin, au nom duquel il
avoit répondu de mil marcs
d'argent pour laseureté des
conventions du Mariage
de ses Enfans avec ceux du
Comte deBourgogne, son
pere qui écoit Regnard de
Choiseul 1
2e ayeul du
Nom. Sirede Choiseul
assigna l'an im, la moitié
de sonChâteau deChoiseul
pour le douaire de -la.
Princesse Alix de Dreux sa
femme )men: dudit Jean de
Choiseul
,
qui étoit veuve
de Gautier de Bourgogne
frere d'Estienne II. Comte
de Bourgogne ; Elle étoit
fille de Robert11. Comte
de Dreux 4e fils. du Roy
Loiâis VI dit le Gros &
d'Alix de Savoye
,
l'an
12 jj, il fut l'une des cautions
du Mariage de Blanche
fille de Thibault Comte
de Champagne, & Roy
de Navarre, avec Jean fils
de Pierre Duc deBretagne :
cette Maison a toujours été
reputée grande dans son
enginc , tous les Historiens
qui l'ont curieufcmçnt
recherchée la croyant sortie
des anciens Comtes de
Langres, &du Bassignyqui
étoient Souverains, dont
plusieurs Branches se font
conservées, JLïtejuàprêtent.
LesMarquis de Langres, Barons
dïAmbonnéville, & de
Beaupré; les Barons de Meuse
,
Marquis de Germay ; les
Comtes de Che'Vigny) les Bâtonsd'Aguelly
; lesSeigneurs
:
de Villars & de Bussieres ;
les Marquis de Praslain Comtes
du Plessis &Ducs de Choiseul
Pairs de France
,
d'où
sont issus les Maréchaux de
Praflain & du Plejfis ; les
ComtesdHostel> & les Seigneurs
de Voteau.
Mr leMaréchal de Choiseul
cft né le dernier Decembrc
1632.. & morele1j
Mars 1 7 11. âgé de 78 ans
deuxmois& 15 jours. Il
étoit fils de Loüis. de Choiseul
,
Seigneur Marquis de
Francieres, Lieutenant General
des Armées du Roy,
Grand Bailly & Gouverneur
de Langres. Il s'appelloit
Claudede Choiseul Marquis
deFrancieres, Premier
Maréchal de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur des Ville &,
Citadelle de Valenciennes,
GrandBailly&Gouverneur
de laVillede Langres,
-
-
En l'année1649. dés Tige
de 16. ans il commença
à donner des preuves de son
courage,en servant de Vo
lontaire jusqu'au temps que
le Marquis de Franciere fart
pere,luy avant cédé la Compagnie
qu'il avoit dans le
Régiment du Grand Prince
de Condé,il se trouva en
cette qualité au combat de
Vurysur Seine, appelléle
combat S. Antoine, oùil
mérita
, par la valeur qu'il y
fit paroistre
,
le Regiment
de Cavalerie, dont Sa Majessé
lhonnora en 16 3.
temps oùil n' y en avoit que
huit au neufen France, ce
que leCardinal Mazarin luy
ditavant d'obtenir cc Régiment
,est digne de rermaque
; on l'appelloit alors le
Comte de Choiseul, nom
qu'il a toujours porté depuis,
jusquace qu'ilaitesté
fait Maréchal de France : il
avoir combattu en cetce fameusejournée
avec tant de
courage à la tête du Régiment
de Coridé, où la
plupart des Officiers furent
tués, & il s'estoit si fort ex- posé qu'il y futblessé ÔC
pris prisonnier,leCardinal
le voulutvoir,& luy parla
en cette forte: Monsieur
evousavezbienfaitniais voûï
ave% malfaitvous avek bien
fait en combattant en -tre^~
brave hommé, maisvousavez
malfaitdeservircontreleRoy
vôtre Maistre ; le Comte de
Choiseul luy répondir.-Â/arë.
siuerjesuisencore trop jeune
pourfaire des refléélions3jfajf
obéi aveuglémentàmon Pere;
le Cardinal luy répliqua:
Hé bien, fyîonficur
,
le Roy
seravostre premier Pere
y
alltz
Chf'{--WNS attendre fis ordres
Eneffet quelque tempsaprès
onluy envoya le Brevet de
Mettre de Camp de Cavalerie,
qu'ilreçût del'agrément
même de Monsieurle
Prince; il se signalaà la tête
de son RegimentauxSièges
deMouzon & de Sainte
Menehoult,en 1654. àceluy
d'Arras, où les Ennemis
qui attaquoient cette Place,
ayant esté forcez dans leurs
retranchemens,ildeffità
la tête de son Régiment cc:
luy d'Obock, dont ilgagna
les Timballes,SaMajesté eu
fut sicontente,qu'Elle IUY
accorda une pensionde mil
écus, qui estoit pour lors
sort considerable. En16
il se trouva aux Sieges de.
Landrecies, Condé & S.
Guillain, & àce dernier
ayant joint la capacitéauf
courage, il opposa si à propos
quelques Escadrons aux
Ennemis, qu'il facilitabeaucouplaréduction
decette
Place.
1 En1656.ausiege deValenciennes
,
les Ennemis
ayant attaqué le Maréchal
de la Ferté qui y comman-; doit,le Comtede Choiseul ;
par sa vigilance & par sa
valeur
,
donna moyen au
Marquis de Renelde retirer.
les Gardes Suisses restées
dansles Tranchées,où ellles.
auroient esté accablées par
le grand nombre des Ennemis.
En 1657.lorsque feu
Monsieur le Maréchal de
Turenne investitCambray
la fermeté que le Comte do)
Choiseul témoigna en attendant
avec 12. Escadrons
seulementles ennemis, qui
enavoient trente&quivenoient
pourtomber surles
bagagesdel'Armée,qu'ils
auroient pillez, cette fermeté
leséconria tellement,
qu'ils seretirèrentsans oser
rienentreprendre.En1658.
sonmenteaugmentant de
jour en jourluyacquit avec
raison la confiance des Ge"
neraux ,le Maréchal de la
Ferté luy donna le, Commandement
d'unCorps.de
deux mil hommes, pour
couvrir Landrecies, le
Quesnoy &les Places voisines,
pendant qu'il aflîegeoitSaineVenant&
Mardick,
&que le Maréchal de
Turenne&ttaquoit DpnKçtque.
En
En 1664. après la Paix
des Pyrenées, le Comte de
Choiseul n'ayant plus d'occasson
en France designaler
sa valeur, il demanda
d'aller à la tête d'un Regiment
en Hongrie avec
les Troupes que Sa Majesté
envoya au secours de l'Empereur
,
qui arresterent par
le gain du fameux Combat
de Saint Godard le cours
des prosperitez des Armées
Ottomanes. Ilse signala
fort en cette occasion.
En 1667 le Comte de
Choiseulfut faitBrigadier
des ArméesduRoy&dans
la guerre qui recommença
alors il donna de nouvelles
marquesde sa capacité& de
son zele, En 1668. aux sieges
de Tournay., Doüay
& Lisle, que Sa Majestésir
en personne, il fut détaché
pour chercher le Comtede
Martin
,
commandant les
Troupes Espagnolles yit
dessità latête du Regiment
d'Hostein ce célébré Général,
&,fit beaucoup d'Officiers
prisonniers, cette doffaite
fut encore remarquable
par laprise de Don*
Antoine de Cordouë
,
qui
commandoit la Cavalerie
Espagnolle.
En1669. leComte de
Choiseul fut fait Maréchal
de Camp, & envoyé en
Candie, où il demanda d'alleér
avec les Troupes que le
Roy y fit passer au secours
des Venitiens : Il répondit
tellement par ses actions à
la bonne opinion qu'on
avoit de sa capacité
, que
les Venitiens ,& le Sieur
Morosini, leur General, en
firent des Eloges, qui ont
cIe rendus publics partoute
l'Europe ; ils reconnurent
authentiquement combien
sa presence leur avoircfté
necessaire, lorsqu'estant
demeuré à ce Siège feulearjenc
avec six cens hommes
après rembarquement du
leste des Troupes
-
de Sa
Majesté il dit au General
Morosini : Les François n'aandonnent
point leurs amis
sans les mettre au moins en
seureté, quand il est impossible
de leur procurer la victoire.:
Ensuite il fit un tel effort
avec Ces six cens hommes,
(jtui epoussa les Turcs, &
lui donnal ieud'obtenirune
Capitulation honorable, dans le moment qu'il devoitpérir
avec toute &
Garnison.
La Republique de Venise
fut si touchée de cet important
service,qu'elle ordonna
à son Ambassadeur à Paris,
d'aller de sa part faire
des complimens &:des remercimens
au Comte de
Choiseul, dontils'acquitta.
En 1671. àla Guerre de
Hollande il se distingua
aux Sieges d'Arnheim, du
Fort de Schinck, de Nime:
gue, de Crevccoeur
, & de
Bomel.
;
En 1673. à la deffese
de Prague près de Wesel, qu'il ne gardoit qu'avec un
Bataillon & une Compagnie
de Cavallerie
,
il arrêrai
tout court le Prince d'o.
range,qui ne pût le forcer
avec toute son Armée.:
En 1674.il se distingue
au Combat de Seneff. '.;
En 1675.ilcommande
un Corps de Troupes pen..
dant l'EstésurlaMeuse,&
l'Hyver en Lorraine fous le
M^t&chal de Rochefort il
pritla Ville de Deuxponts,,
& plusieursChafteaux.
En 1476. le Comte de
Choiseul fut fait Lieutenant
General des Armées;
du Roy:Il deffit cette même
année une Efcortc tresconfiderable
de Fourageurs,
& lorsque le Maréchal Duc
de Luxembourg se retira
fous Saverne, le Comte de
Choiseul conduifir l'Arrieregarde
de l'Armée qu'il
commandoit, & la garantit
par sa bonne conduite du
rilque qu'elle couroit d'être
entamée par l'Aimée^ çanemie.
En 1677. il se trouva à
la Journée de Cochsberg,
où l'Armée des Ennnemis
fut défaire, il avoir déjà
disposé toute l'Armée,
quand le Maréchal de Crequy
arriva juste pour avoir
Thonneur de la victoire,
MonsieurdeChoiseul finie
cette campagne par le
siege de Fribourg.
En 1677. ilattaqua avec
le même succès un Corps
de Troupes des Ennemis,
fit plusieurs Prisonniers,apprit
beaucoup de bagages
cetteactionfut, suivie d'une
autre
autre prés Rhinfeld
,
où il
força & battit les Ennemis
retranchez, prit SeKingen.
aprés s'être rendu Maistre
d'un Poste qui en estoit
proche.
En 16-, p. il se trouva à
laprise des Forts de Stras
bourg,& battit l'arrieregarde
des Ennemis prés de
Minden.
Son merite & sa capacité
s'estant fait remarquer dans
tous les endroits où ila fer-
.J
vi; le feu Electeurde Cologne
le demanda au Roy
en 1684. pour commander
son Arméeenqualité de General
& FeldMaréchal, & il
est dit dans le monde à ce
sujet, qu'une personne puissante
qui ne lui estoit pas
favorable, dit au Roy que leComte de Choiseulestoit
un Officier tres-capable
,
mais qu'il avoitla veuë basse;
à quoi Sa Majesté répliqua
il en verra mes Ennemis de
plus prés.
Il réduisit la Ville de Liege
à l'obeissance de cet Electeur,
par une action qui eue
esté temeraire s'il y eut eu
unmeilleur party à prendre;
maisla témérité devient pruetice
en certaines extremitez
où l'audace est necessaire
pourintimider ceux qui vous
accableroient par le grand
nombre un petit parti qui
tenoit encore pour l'Electeur
dans la Ville contre
cinquantemille revohez
en armes, lui livrant une
des portes, par laquelle il
entra avec sa seule Compagnie
des Gardes, pendant
que toute son Armée étoit
derriere
, un des Mutins le
coucha en jouë avec un fusil
bandé pour le tuer;son Capitainc
desGardes se jetta dcf,
ÍUs, & l'alloit tuer d'uncoup
depistollet ; mais leComte
de Choiseull'empêcha en;
cliant; ah ne luifaitespointde
mal, ilestassezpuni,puisqu'ila
peur; en fuiteil sempara sans.
perdre temps de toutes les
places&des avenues par le
moyen du party
-
qu'il avoic
dans la Ville,destrouppes
qu'il y fit entrer sur le
champ;cette richeVillevoulut
luyfaire present d'une
somme tres-conisiderablea
qu'il refusa
, coûtent du
present de l'Electeru qui
lui donna uneépée garnie de
diamants, & quatre picces
de canons qui sont sur la
principale Tour du Chas.
tcaud'Irouer en Bourgogne,
parBrevet de Sa Majesté.
En 1689. il commanda
un Corps separé sur le haut
Rhin, pour s'opposer à fEJelèeûr:
de Bavierre qui le
trouva posté, de maniéré
qu'il n'osa rien entreprendre
avec toute son armée, quoy
que le Comte de Choiseul
n'rot que trente-deux Efèadrons
fous ses ordres, & un
RegimentdInfanterie. Il
prie à la fin de la Campagne
Bretten dans le Marquisat de
Baden, fit prifonnicrs 600
hommes quiétoient dedans,
& repoussa un Corps de
Troupes qui s'estoit approché
pour la secourir.
-
En 1690. il continua ses
services en Allemagne fous
le Maréchal de Lorges, en
1 6 9 1. il fut envoyé à
S.Omer, à desseind'yassemblerun
corps detroupes
; les Ennemis menaçany
d'attraquer nos Places Maritimes
,
& en 1692. il servit
en ladite qualité de Lieutenant
général
,
fousle Marechal
de Bellefond
,
le long
des Costes de Normandie.
Au mois de Mars 1693.
le Comte de Choiseul fuy
fait Maréchal de France,
lamêmeCampagne de1693.
il commanda en sécond l'Armée
d'Allemagne,que Mr
le Maréchal de Lor ge comme
son ancien commandoiy
en chef; Mr le Maréchal de
Choiseulla commanda fcul
pendant quelque temps ;
Mr le Maréchal de Lorge
estant allé au devant de
Monseigneur&de son Armée,
que conduisoit Monlïeur.
le Maréchal de Bouf
flers.
En 1694. Mr le MaréchaldeChoiseul
fut nommé
,
pour commander surles
Costes Maritimes du Ponent
une Armée pour s'apporer
aux enrreprifes des Ennemis;
il commandoit dans toute
l'etenduë des Provinces de
Normandie & Bretagne ,
comme General d'Armée,&
comme Gouverneur, de maniéré
que Sa Majesté en l'honorant
de cet Employ
,
lui
dit je vous donne le même
Commandement, avec la
même authorité qu'avoit
mon frere la campagne dernière;
en sorte que ses ordres
depuis le Conquest par delà.
Brest se portoient jusqu'au
Treporc au delà de Dieppe;
ce qui fait plus de cent quatrevingt
lieues.
En 1695. Mr le Maréchal
de Choiseul eut le même
Commandement sur les
Costes de Normandie & de
Bretagne, Dieppe;qui se trouvoie
éloigné de plus de 60
lieues de la Hogue, où il campoit
avec son Armée fut
bombardé par les Ennemis
& sort endommagé, le Maréchal
de Choiseul quelque
.diligence qu'il sit nayant pû
s'y rendre assez tost, il prévint
les Ennemis au Havre qu'ils
bombarderent ensuite avec
furie; mais par sa prévoyance&
par les bons ordres qu'il
donna dans la Ville; les Ennemis
après avoirresté devant
trois jours & trois nuits,
furent obligez de se retirer
après y avoir perdu leur plusgrande
Galiotre, qui fauta
d'une deno s bombes;on prit
tout ce qui estoit dessus ;ils
esperoient dans la terreur où
tout ce Pays se trouvoit;s'emparer
de cette Ville que le
Bourgeois avoit entièrement
abandonné en laissant lesportes
de la Ville ouvertes, &
même le Commandant , quoi- que jusqueslà connu
pour un brave homme, se
trouvoit saisi de la même
crainte,&s'étoit enfermé dans
une tour dont il n'osoit fortir
avant que le Maréchal de
Choiseul fut arrivé; lequel
par sa presence & par ses (agesprécautions
sauva l-el Ville
de l'incendie; il n'y eut seulement
que deux ou trois maifons
endommagées ou brulées.
En 1696 ,
Sa Majesté
nomma Mrle Maréchal de
Choiseul pour commander
en chef son Arméed'Allemagne,
avec laquelle il
passa d'abord le Rhin, &
-
subsista longtems dans le
Marquisat de Baden aux
dépens desEnnemis; cfrfuite
ayant repassé éèfleuvê
avec son Armée, il marcha
jusques auprès de Mayence
,jusqu'à ce que la
substance luy manquant,
il fut obligé de remonter
fut le ruisseau duSpirback,
qu'il occupa dans toute son
étenduë,depuis Neustat jusqu'à
Spire
,
qui font5grandeslieuesd'
Allemagne.Mr le
Prince de Baden ayant passé
le Rhin à Mayencc avec
toutes les forces de l'Empire
qui rendoient son Armée
plus nombreuse d'un
tiers que cclle de Sa Majesté,
quoy qu'elle eûtesté
jointe par un corps détaché
de celle de Flandres , commandé par Mr le Marquisd'Harcourt
Lieutenant
General, publioit aussi-bien
que tous les Alliezqu'il aL
loit faire le siege de philisbourg
ou celuy de Landau
,
& ravager l'Alsice.
Il avoit à sa suite toute
l'artillerie, &les munitions
de guerres necessaires
,
&
ses magasinsassurez ; fou
projet paroissoitbon, aucun
General jusques
-
là
n'avoit pensé de garder un
si grand espace de pays,
avec une Armée fort infe- ;
ricure à celle de son Ennemy
,
n'ayant pour se couvrir
qu'un simple Ruisseau
gayable, & presque deses- ¡,
chépar tout, sans aucuns
retranchemens. Mnsieur
le Maréchal de Choiseul
fit feulement à la haste relever
un peu de terre le long
dece ruisseau,& quelques
abatis d'arbres. Le Prince de
Baden marchoit à luy à
grandes journées, ille trouva
campé en cetétat,ayant
sa droite appuyée à Spire,
c'est à dire, au Rhin, sa
gauche à Neustat
petite
»
Ville au pied de la Montagne,
& son centre fortifié
de quelques redoutes,
&
d'arbres abatus, sa fituation
, & plus encore l'alfu.
rance de son Armée fous
un tel General, arresta tout
court le Prince de Baden ; il s'amusa à cannoner un
Château au-dessus de Neuflac
qu'il ne prit point,
non plus que cette Ville
qui n'auroit pas tenuë contre
un détachement de cent
Dragons, quoy qu'ellefût
de son côté au-delà dudit
ruisseau,& après avoir passé
trois semaines, les deux
Armées en presence à se
cannoner de part & d'autre,
Mrle Prince de Baden fc
retira ,
retira, & finit la campagne,
sonArmée en tres mauvais
état, ayant beaucoup souffert.,
sur tout sa Cavalerie,
celledu Roy ayant auparavant
consommé ce qu'il
y avoit de fourages,au lieu
quecelle deSa Majesté avoit
aborrdahcedetouteschoses;
sanstrop loüer Mr le Maréchalde
Choiseul, on peut
dire que ce parti hardi qu'il
prit de luy-même contré
l'avisde plusieurs Officiers
Généraux, est un trait de
grand Capitaine, & des
plusexpcîrimeiitez.1
En 1627.il continua le
même commandement CD
Allemagne, subsista longtems
avec son Armée aLi
prés de Mayence aux dépens
des Ennemis, pendant que
Mr le Prince de Baden avec
celle de l'Empire assembloit
de l'autre côté du Rhin
plusieurs ponts pour passer.
ce fleuve, & ravagerl'Alsace
; Mr le Marechal de
Choiseul pour l'empêchec
marchaàl'entréedela nuit,
avec tant dediligence qu'cD
moins de trois joursil avoit
passé le Rhinau FortLoüis
avec toute son Armee , armes
, canons & bagages,
& campa au milieu du Mat*
quisatde Baden,ayant fait
plusde trente lieuësd'Allemagne
; Mr le Prince de
l'autre, côté du Rhin, pour
lobserver ,croyant que
nôtre Illustre General, vouloit
feulement couvrir l'Alface
, comme il en faisoit
courir le bruit,fut dans un
étonnement incroyable d'aprendre
que l'Armée du
Roy innondoit son propre
Païs,tous sesprojetsenfurent
deconcertez;ilnepensa
plus qu'à couvrir l'Allemagne
où l'Armée du Roy
subsista la plus grandepartie
de la campagne au desfous
& au-dessus de Strasbourg,
où le Maréchalde
Choiseul auroit emporté de
grands avantages, sans les
pluies qui tomberent pendant
prés d'un mois sans
discontinuation,&qui rendirent
les chemins tellement
impraticables qu'il fut impossible
d'attaquer les Ennemis
dans leurs retranchemens
le long de la Montagne
; cet espece de deluge
embarassa même extrêmement
l'Amée du Roy dans
sa retraite, où les Ennemis
parurent inutilement
pour donner sur l'arrierc..
garde,ils ne purent l'enta.
mer par aucun endroit:
elle subsista le reste de la
campagne toujours aux dépens
des ennemis au Païsde
la Saarre
,
où les ordres
arriverent pour une cessation.
d'Actesd'Hostilitez
de part &d'autres en attendant
la fin du Traité de Paix
qui fut conclu à Rifwick ;
Mrle Mareschal ds Ghoiseul
à son retour à la Cour
aprèsavoir rendu compte
au Roy de sa Campagne, luy representat que sa santé
& sa vûe eftoienr si fort affoiblis
qu'il estoit obligé
de dire à Sa Majesté, avec
regret, qu'il ne se trouvoir.
plus en estat de pouvoir
aller à la guerre à l'avenir,
& qu'il estoit heureux d'en
sortir avec l'honneur de son
<eftimë ; le Roy luy repon?-
dit avec bonté qu'un Homme
commeluy luy seroit
toûjoursnecessaire.
Eusuite SaM. pour mac--
quer qu'Elle étoit contente
de ses services, de son propre
mouvement, ju geant
qu'il n'avoit pas assez de revenupour
subsister convenablement
selon son rang,
changea le Gouvernement
qu'il avoit de Saint Orner
,
qui ne valoir que 12 mil
livres à celuy de Vallenciennes.
quiest de 30 mil
Ivres.,
Au commencement de
Jannéç'1707érpnt.devenu'
leDoyen des. Maréchaux
de France, par la
mort de Mr le, Marefcb^l
d'Estrées, malgré la màtivaisesanté,
il fé donna
tout entier aux affaires de
la Mareschaussée jusqu'au
mois de Fevrier 1711,
que se sentant afforblir
beaucoup
,
il supplia- Sa
lMajcll:é de trouver bon
qu'ilquittât ce tra~ait~~u~c
sa santé neluypouvoit plus
foût-t-ilit-) le Roy k luy
permit avec Eloges,die
qu'ilapi^buvbittôûjours
que-lèsj Ht>mrnSs?dè diftitlaion
,commeluymissent
un intervale entrela vie
& morè ,SaMajestédit
qu'il
qu'il le prioit de conserver
la santéd'un Homme qu'il
avoit toûjours estimé.
A sa mort qui arriva
le quinze Mars, c'est-àdire
, fort peu de tem ps
après,SaMajesté dit publiquement
à son sujet, qu'-
Ellevenoitde perdre un
vertueux Gt--litilï.hon-Ime
:
grandElogo danslabouche
d'un Roy,qui parlant [don
r
son coeurcomprend f-ou'$lc'è-,-
mot devertueuxtout ce
; qui peut faire le Panegirique
d'un grand Homme.
LorsquesaFamilleallaannoncer
cettemort à Sa M;,,,
& témoigner sadouleur sur
cette perte, SaMajestérépondit
je perds aussi un Sujet
qui m'a rendu d'importants
fervices, &qui a sçûrendre
dignementla Justice ;
SaMajestéavoit un si grand,
fonds de confiance en sa
probité &sincerité
, qu'en
plusieurs rencontres Elle a
cité, pour faitsconstants,
cequ'Elle sçavoit par luy,
en disant, Cboifeulmcula
dit. ii On a fort admiré dans
le Monde la maniere
dont il remit la Connétablio
entre les mains du
Mareschal de Villeroy
soïs esprit fain & entier,
sa santé luy promettoit encore
plusieurs annéesde
vie; mais il vouluen'être
plus occupé que des foins
de son salut,& de l'arrangement,
de ses affaires ,-&
lors que quelque tems a près
il vit sa santé diminuer
il preparoit luy-même se,s
Amis à une separation qui
l'attendrissoit sans s*allarmer.
Enfin quand on luy
annnonça qu'il falloitfonger
à ses Sacrements
,
il
dit d'un air ferme & gracieux.
t^ous me faites plaifr
, car je me sens diminuer;
il eut l'aprésmidy
une conversation avec Mr
l'Abbé Fl.., homme
doüé d'un profond sçavoir
& d'une aussi grande pieté,
aveclequel il en avoir déja
eu plusieurs de cette manière
: Le foir il seconter
ôç le sit avec grande présence
d'esprit le lendemainqui
estoit le Vendredy
matin 13 Mars
,
il recût
le saint Viatique & l'Extrême-
Onction; repondant
à toutes les Prières,
avec une humilité, unepiété
& une édification admirable
;le reste dii jour ille
passa tranquillement, , parlantavec
une entiere connoissance
; même le soit
son Domestique luy parlant
d'une querellede deux
Medecins qui estoient prests
à se battre dans son antichambre
,
sur un remède
qu'onvouloitluy donner,
il répondit en riant
,
ilssi
battent pour peu de chose
le peu de , vie qui me reste
ne vaut pas la peine de disputer
; >ynais il faut pourtant
mourrir dans les formes ; la nuit sepassa encore assez
bien; mais sur lesquatre
heuresdumatin, ilfut
fort agité, il fallutle lever
dans son fauteüil
,
où il
resta, du temps ; mais ne
pouvant plus tenir, on le
remit au lit avant midy , auquel temps il ne parla
presqueplus, mais il entendoit
& serroit la main
à son Confesseur en embrassant
le Crucifix; le Samedy
jusqu'à minuit,il
fut à peu prés de Inefrne',
-
en empirant toûjours jut:
qu'au Dimanche à midy
1 5 Mars qu'il expira, sans
aucune violence
, comme
une lumière qui s'éteint
faute d'huile.
, Mr le Maréchal de
Choiseul à la mort de
son pere quil'avoittoûjours
flaté de luy laisser
trente mille livre de rente,
trouva plus de dettes
que debiens; on luy
proposa de prendre des
,
Lettres, d'Etat
3,
pour
.pouvoiravec* le/tenis,
s'aqufetêr petitàpetit
sans s'incommoder;non,
: dit-il ; il vaut mieux
-siftcômàderquedéfaire
attendre ceux a qui l'on
doit ; ensuiteilassembla
tous les Créanciers
de sa Maison, S( leur
distribuà les Terres dont
,
il auroit pû joüir long-
,
tems malgré eux, & seroit
restésans bien si le
Roy parses bien-faits ne
-
l'eût mis en étatdesub-
: sister.fplong -Ilfèroittroplongde
raporter toutes sesactions,
dejufticc,&C de
rgénerofité , ilprenoit
souvent sur fbii necef-
-- saire pour aider ses proches,
ses amis, & ceux
quis'atachoientàluy. Il
n'y a jamais eu un meilleur
parent,un meilleur
Ami, ni un meilleur Maître;
en un mot, le grand
nombre d'actionséclatantes
publiques & particulieres,
Tiinformioé
desoncaracterependant
une longue vie ; le jugement
des plus grands
Hommes du dernier Siecle,
qui l'ont loüéhautement
, prouvent bien
lemérite du coeur &
de l'esprit de ce grand Homme.
En effet, peut-on gagner
tant de suffrages,
réussir dans unsi grand
nombre d'entreprises ,
,
se conduire pendant
soixanteans, à la Cour,
à la Guerre,dans lavie
privée,& dans les conjonctures
les plus delicates,
avecune équité parfaite,
un honneur franc,
une exactebien-seance,
& une fermetéinébranlable
, sans avoir un
grand coeur, un bon
sens, un jugement seur,
& un grand fond de veritableesprit.
Mr le Maréchal de
: Choiseul ne1 se piquoit
<point de cette subtilité
,degenie y&C de cette
-politique rafinée, qui
fait le méritede la plus-
- part des Courtisants;
son grand coeur en ref,
fufoit l'étude, &en mé-
"prifoir l'usage:Iln'avoit
.pas besoin d'Art, lavivacitédu
sentiment luy
rfuffifoic faloit - il agir,
falait-ilparler dans une
occasion importante, il
agissoit, il parloit avec
une promptitude ,. ôc
,. une justesse dont les plus
deliez Courtisants ,au..,
roient fait un grand
honneur à leur esprit. i Ila eu le bonheur de
n'en sçavoir point trop,
&de se laisser conduire
par une nature excellen-
-,
te, quilatoûjoursporté
droit à ce qu'il y avoit
de plus raisonnable, &c
de plus vertueux; aurions-
nous en sa personne
le modelleparfait
d'un Gentil-homme ;1,
s'il eûttantsubtilisé surles
principes de la vertus
-& de l'honneur, & H.
lesentiment chez luy eût?*
été embarassé par les
raisonnements delaPhi-1-
lofofie &delaPolitique,
en plusieurs occasions,
dans des tems dificiles,
son honneur Se la reli—>
giondesonsermentsurent,
tentez par l'interest,
d'une grande fortune;
il né fut point assezrafiné
politiquepour se former
denouveaux devoirs par
des raisonnements fub-
19s
, en ces occasions
,
il répondoit gauloise—
ment; il nJcft pas en
moy de faire cela,j'aimerois
mieux mourIr.
Enfin l'ame du Maréchal
de Choiseul étoit
celled'un véritableChelier
Gaulois, verseuse
> confiance
,
intrepide
:1
comme celle des Guesclins,
& des Bayards
,
Pi pendant soixaute ans
comme le modele denô-î
tre.gncieiiiie ?.&£ verjta-i
hle iClicvaiçe : i:
Je parojtroisufurpec.
les droits de la Chaire,;
&entreprendre. l'Osai-;
son Funebredu Masê-î
chal de Choiseul ,ii je.)
voulois montrer,icy,dans
touc leurjour le$;gfàndsî
sentimens - quil'ani- ,,'
moient 8c qui fori
moient en luy ce çoncert
de vertus qui fait le
parfait honneste hotn.
me & le veritable Chrétien
, cette bonté
, cette
humanité
,
cettecharité1
extrême d
:l ce pardon
courageux des injures,
jointà cette suprême valeur;
cette libéralité exercée
de bonne foy ôtiecrettement
sur desennemis,
sur desingrats; ces
vertus sublimesdansun
homme simple font hon..
neur à l'homme & à la
Religion:oüy, l'on peut
dire que l'homme& la
Religion luy ont obligation
d'avoir fourni une
preuve vivante &inCOfl.
testable, que les conseils
de l'Evangile sont sondez
dans la bonne nature,
&que le véritable
heroïsine du monde ne
peut estre perfectionné
qtuiepaanr
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Résumé : EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
Le texte présente les faits marquants concernant la vie et la carrière militaire du Maréchal de Choiseul. La maison de Choiseul, originaire de Champagne, est réputée pour son ancienneté et sa noblesse, confirmée par une généalogie remontant à 17 aïeuls et aïeules. Jean de Choiseul, ancêtre de Choiseul, fit hommage-lige à la princesse Alix de Dreux en 1239. La famille Choiseul est liée à plusieurs branches nobles, dont les marquis de Langres et les ducs de Choiseul. Claude de Choiseul, né le 16 décembre 1632 et mort le 13 mars 1711, commença sa carrière militaire à 16 ans en 1649. Il se distingua lors du combat de Vurysur Seine et reçut le régiment de cavalerie de Sa Majesté en 1653. Il participa à de nombreux sièges et batailles, notamment à Mouzon, Sainte-Menehoult, Arras, et Valenciennes. En 1664, il combattit en Hongrie au secours de l'Empereur. Promu brigadier en 1667, il se distingua lors des sièges de Tournay, Douay, et Lisle. En 1669, il fut nommé maréchal de camp et envoyé en Candie, où il négocia une capitulation honorable avec les Turcs. En 1671, il se distingua lors de la guerre de Hollande et fut promu lieutenant général en 1676. Il commanda diverses troupes en Lorraine et sur le Rhin, et fut nommé maréchal de France en 1693. Sa carrière militaire fut marquée par son courage, sa capacité stratégique, et son dévouement au service du roi. Entre 1694 et 1697, le Maréchal de Choiseul continua à jouer un rôle crucial sur le plan militaire. En 1694, il fut nommé pour commander les côtes maritimes du Ponant, couvrant la Normandie et la Bretagne, avec une autorité étendue de Brest à Dieppe. En 1695, il défendit Dieppe contre les bombardements ennemis et sauva Le Havre grâce à ses précautions. En 1696, il commanda l'armée en Allemagne, traversa le Rhin et occupa le Marquisat de Baden. Il repoussa les forces du Prince de Baden, malgré leur supériorité numérique, en fortifiant un ruisseau. En 1697, il continua de subsister aux dépens des ennemis près de Mayence et traversa le Rhin pour empêcher les projets de l'ennemi. Sa santé déclinante le força à se retirer en 1697. Le roi exprima publiquement son estime pour lui. Le Maréchal de Choiseul mourut le 15 mars, après avoir réglé ses dettes et aidé ses créanciers. Il fut loué pour son honneur, sa générosité et son courage, incarnant les vertus d'un véritable chevalier et chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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250
p. 61-72
ODE TIRÉE DU PSEAUME 71. Deus judicium tuum Regi da.
Début :
O Dieu qui par un choix propice [...]
Mots clefs :
Homme, Roi, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : ODE TIRÉE DU PSEAUME 71. Deus judicium tuum Regi da.
ODE
TIRE'E DU PSEAUME71.
Deus lulicium tuum Regi da.
~O Dieu qui par un
choix propice
Daignâtes élire entre tous
Un homme qui fut parmi
nous
L'oracle de vostre Justice:
Inspirez à ce digne Roy,
Avec l'amour de vostre
loy,
Et l'horreur de la violence,
Cette clair-voyante éq-uité,
Qui de la fausse vrai-semblance
Sçait discerner la verité.
Que par des jugemens ièveres.
Sa voix rassurel'innocent,
Que de son peuple gemissant
Sa main soulage les mife*
res,
Que jamais le mensonge
obscur,
Des pas de l'homme libre
& pur,
N'ose à ses yeux foüiller
la trace,
Et que le vice fastueux
Ne soit point assis à la
place
Du merite humble & vertueux.
Ainsi du plus hautdes
montagnes -2.
La paix & tous les dons
des Cieux,
Comme un fleuve delicieux,
Viendront inonder les
campagnes: Son regne àses peuples touchez
Sera ce qu'aux épis sechez
Est l'eau que le Ciel leur
envoye,
Et tant que luira le Soleil,
L'homme plein d'une sainte
joye
Le bénira des son reveil.
son
Son Trône deviendra l'asyle
-
pe l'orphelin persecuté
,
Son équitable austerité
Soutiendra le soible pupile;
Le pauvre fous ce defsenseur
Ne craindra plus que l'oppresseur
Luy ravisse son herirage
5 Et le champ qu'il aura
femé
Ne deviendra plus le partage
De l'usurpateur affamé.
Ses dons versez avec justice,
Du passe calomniateur,
Ny du sterile adulateur
N'assouviront point l'avarice:
Pour eux son front fera
glacé.
Le zele desinteressé,
Seul digne de sa confidence,
Fera renaistre pour jamais
Les delices & l'abondance
Inseparable de la paix.
Alors sasuiterenommeé,
Répanduë au-delà des
mers,
Jusqu'aux deux bouts de
l'Univers,
Avec éclat sera femée:
Ses ennemishumiliez
Mettront leur orgüeil à
ses pieds,
Et des plus éloignez rivages,
Les Rois frappez de sa
grandeur,
Viendront par de riches
hommages
Briguer sa puissante faveur.
Ils diront voila le modele
Que doivent suivre tous
les Rois, Fij
C'est de la saintetédes loix
Le protecteur le plusside
le, L'ambitieux immoderé,
Et des eaux du siecle en-
, - yvre,
N'ose paroistre en sa presence
:
Mais l'humble ressent son
appuy,
Et les larmes de l'innocence
,.,,,
Sont precieuses devant
luy.
De fès triomphantes années
,
Le temps respectera le
cours,
Et d'un long ordre d'heureux
jours
Ses vertus feront couronnées.
Leps voaisuseasuxspearzles vents
Vogueront des climats
glacez
Aux bords de l'ardente
Lybie:
La mer enrichira ses ports,
Et pour lui l'heureuseArabie
Epuisera tous fcs tresors.
Tel qu'on voit la teste
chenuë
D'unchesne autrefois arbrisseau,
Egaller le plus haut rameau
Du Cedre caché dans la
nuë., Tel croissant toujours en
grandeur,
Il egalera la splendeur
Du potentat le plus superbe,
Et tes redoutables Sujets
Se multiplieront comme
l'herbe
Autour des humides marets.
Qu'ilvive;&que dansleur
memoire,
Les Rois lui dressènt dés
Autels
y
-
Queles coeursde tous les
mortels
Soient les monumens de
sa gloire:
Et vous, ô maistre des humains
Qui de , vos bienfaisantes
mains
,- Formez les Monarques
celebres
Convertirezl'hommeen--
durcy
,
xÀ
Et daignez chasser les ce- nebres
- Dont vostre nom est obfcurcy.
FIN.
TIRE'E DU PSEAUME71.
Deus lulicium tuum Regi da.
~O Dieu qui par un
choix propice
Daignâtes élire entre tous
Un homme qui fut parmi
nous
L'oracle de vostre Justice:
Inspirez à ce digne Roy,
Avec l'amour de vostre
loy,
Et l'horreur de la violence,
Cette clair-voyante éq-uité,
Qui de la fausse vrai-semblance
Sçait discerner la verité.
Que par des jugemens ièveres.
Sa voix rassurel'innocent,
Que de son peuple gemissant
Sa main soulage les mife*
res,
Que jamais le mensonge
obscur,
Des pas de l'homme libre
& pur,
N'ose à ses yeux foüiller
la trace,
Et que le vice fastueux
Ne soit point assis à la
place
Du merite humble & vertueux.
Ainsi du plus hautdes
montagnes -2.
La paix & tous les dons
des Cieux,
Comme un fleuve delicieux,
Viendront inonder les
campagnes: Son regne àses peuples touchez
Sera ce qu'aux épis sechez
Est l'eau que le Ciel leur
envoye,
Et tant que luira le Soleil,
L'homme plein d'une sainte
joye
Le bénira des son reveil.
son
Son Trône deviendra l'asyle
-
pe l'orphelin persecuté
,
Son équitable austerité
Soutiendra le soible pupile;
Le pauvre fous ce defsenseur
Ne craindra plus que l'oppresseur
Luy ravisse son herirage
5 Et le champ qu'il aura
femé
Ne deviendra plus le partage
De l'usurpateur affamé.
Ses dons versez avec justice,
Du passe calomniateur,
Ny du sterile adulateur
N'assouviront point l'avarice:
Pour eux son front fera
glacé.
Le zele desinteressé,
Seul digne de sa confidence,
Fera renaistre pour jamais
Les delices & l'abondance
Inseparable de la paix.
Alors sasuiterenommeé,
Répanduë au-delà des
mers,
Jusqu'aux deux bouts de
l'Univers,
Avec éclat sera femée:
Ses ennemishumiliez
Mettront leur orgüeil à
ses pieds,
Et des plus éloignez rivages,
Les Rois frappez de sa
grandeur,
Viendront par de riches
hommages
Briguer sa puissante faveur.
Ils diront voila le modele
Que doivent suivre tous
les Rois, Fij
C'est de la saintetédes loix
Le protecteur le plusside
le, L'ambitieux immoderé,
Et des eaux du siecle en-
, - yvre,
N'ose paroistre en sa presence
:
Mais l'humble ressent son
appuy,
Et les larmes de l'innocence
,.,,,
Sont precieuses devant
luy.
De fès triomphantes années
,
Le temps respectera le
cours,
Et d'un long ordre d'heureux
jours
Ses vertus feront couronnées.
Leps voaisuseasuxspearzles vents
Vogueront des climats
glacez
Aux bords de l'ardente
Lybie:
La mer enrichira ses ports,
Et pour lui l'heureuseArabie
Epuisera tous fcs tresors.
Tel qu'on voit la teste
chenuë
D'unchesne autrefois arbrisseau,
Egaller le plus haut rameau
Du Cedre caché dans la
nuë., Tel croissant toujours en
grandeur,
Il egalera la splendeur
Du potentat le plus superbe,
Et tes redoutables Sujets
Se multiplieront comme
l'herbe
Autour des humides marets.
Qu'ilvive;&que dansleur
memoire,
Les Rois lui dressènt dés
Autels
y
-
Queles coeursde tous les
mortels
Soient les monumens de
sa gloire:
Et vous, ô maistre des humains
Qui de , vos bienfaisantes
mains
,- Formez les Monarques
celebres
Convertirezl'hommeen--
durcy
,
xÀ
Et daignez chasser les ce- nebres
- Dont vostre nom est obfcurcy.
FIN.
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Résumé : ODE TIRÉE DU PSEAUME 71. Deus judicium tuum Regi da.
Le texte est une ode inspirée du Psaume 71, adressée à un roi. Il prie Dieu d'accorder au roi la sagesse et la justice pour gouverner avec équité, protéger les innocents et soulager les misères de son peuple. Le roi doit discerner la vérité et rejeter la violence et le mensonge. En gouvernant ainsi, la paix et les bénédictions divines inonderont le royaume, et le roi sera béni par son peuple. Son trône deviendra un refuge pour les opprimés, et il soutiendra les faibles et les pauvres. Ses dons seront distribués avec justice, et il favorisera le zèle désintéressé. La renommée du roi s'étendra à travers le monde, et les rois étrangers viendront lui rendre hommage. Le roi sera un modèle de sainteté et de justice, et ses vertus seront couronnées par des années de triomphe. Son règne sera prospère, et son peuple se multipliera. Le texte se termine par une prière à Dieu pour qu'il forme les monarques célèbres et chasse les ténèbres.
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