Résultats : 1588 texte(s)
Détail
Liste
1451
p. 207-209
« Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Début :
Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...]
Mots clefs :
Duc de Biren, Magistrat, Garde, Magistrats, Exécution militaire, Régence, Couronne, Troupes russes, Artillerie, Attaque, Lituanie, Noblesse, Armée, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : « Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Le Duc de Biren eſt arrivé avec . La famille
""
20
208 MERCURE DE FRANCE.
•
•
à Mittau , & y a fait fon entrée folemnelle k
22 du mois dernier . Le Magiſtrat & les Gardes
de la Bourgeoifie , qui ont d'abord refuſé de
prêter fement de fidélité au nouveau Duc , y
'ont été contraints par des éxécutions militaires.
Le fieur Simolin a même fait menacer les Magiftrats
de les faire enlever. La nuit avant cette
entrée folemnelle , on avoit enlevé de l'arc de
triomphe érigé en 1759 pour l'hommage rendu
au Prince Charles comme Duc de Courlande ,
la Couronne Royale & Ducale de ce Prince , fes
armes & celles de la Couronne de Pologne ,
ainfi que les infcriptions qui avoient été gra
vées fur ce monument. Les Membres de la Régence
Ducale ont été fommés par un Officier
Ruffe envoyé par le fieur Simolin de reconnoître
& de fervir le Duc de Biren comme légitime Duc
de Courlande ; mais ils ont répondu qu'ils ne
pouvoient le faire ; fans manquet à la fidélité
qu'ils doivent au Roi & à la République comme
Seigneurs Suzerains de ces Duchés , & au double
ferment de Vaffaux & de Serviteurs qu'ils ont
prêté au Prince Charles leur légitime Duc. Le
Dimanche fuivant , les troupes Ruffes ont forcé
la porte de la Tribune Ducale dans la principale
Eglife Luthérienne de Mittau. Le Duc de Biren
s'y est rendu ; & le Sur-Intendant Luthérien a
été forcé de le haranguer en qualité de Souverain
du pays , & d'entonner le Te Deum , qui
a été chanté au bruit d'une décharge de l'artillerie
Ruffe. La Bourgeoisie a été forcée de nouveau
à illuminer fes maifons le foir. Mais tour cet appareil
& ces actes de violence n'ont pu ébranler
la fermeté du Prince Charles , qui perfifte à refter
dans fon Palais jufqu'à la dernière extrémité.
AVRIL. 1763. 209
Du 17 Février..
Des nouvelles de Lithuanie nous apprennent
que le fieur Zabielo , Grand Veneur de ce Duché
, préfidant à la Diétine qui s'eft affemblée le
de ce mois à Kowno pour l'élection des Députés
au Tribunal annuel de Lithuanie , a haran-.
gué la Nobleffe de ce diftrict , & lui a expoſé d'une
manière G pathétique fes droits & la fituation du.
Duc Charles , qu'il a déterminé tous les Gentilshommes
de ce canton , au nombre de près de
cinq cens , à marcher avec leur fuité à Mittau ,
qui n'eft qu'à deux petites journées de Kowno ,
pour y foutenir la caufe du fils de leur Roi , y
défendre fa perfonne , & fe joindre à la partie
de la Nobleffe Courlandoiſe qui lui eſt reſtée fidelle.
Toute cette troupe s'eft mife en marche le 8 ,
accompagnée de quelques Dragons de l'armée de
Lithuanie , & elle a du être rendue le lendemain
à Mittau. On ignore encore quel effet cet événement
aura produit parmi les Partifans du Duc
de Biren , & ce qui s'eft paffé dans l'affemblée
de la Nobleife qu'il avoit indiquée pour le ro..
""
20
208 MERCURE DE FRANCE.
•
•
à Mittau , & y a fait fon entrée folemnelle k
22 du mois dernier . Le Magiſtrat & les Gardes
de la Bourgeoifie , qui ont d'abord refuſé de
prêter fement de fidélité au nouveau Duc , y
'ont été contraints par des éxécutions militaires.
Le fieur Simolin a même fait menacer les Magiftrats
de les faire enlever. La nuit avant cette
entrée folemnelle , on avoit enlevé de l'arc de
triomphe érigé en 1759 pour l'hommage rendu
au Prince Charles comme Duc de Courlande ,
la Couronne Royale & Ducale de ce Prince , fes
armes & celles de la Couronne de Pologne ,
ainfi que les infcriptions qui avoient été gra
vées fur ce monument. Les Membres de la Régence
Ducale ont été fommés par un Officier
Ruffe envoyé par le fieur Simolin de reconnoître
& de fervir le Duc de Biren comme légitime Duc
de Courlande ; mais ils ont répondu qu'ils ne
pouvoient le faire ; fans manquet à la fidélité
qu'ils doivent au Roi & à la République comme
Seigneurs Suzerains de ces Duchés , & au double
ferment de Vaffaux & de Serviteurs qu'ils ont
prêté au Prince Charles leur légitime Duc. Le
Dimanche fuivant , les troupes Ruffes ont forcé
la porte de la Tribune Ducale dans la principale
Eglife Luthérienne de Mittau. Le Duc de Biren
s'y est rendu ; & le Sur-Intendant Luthérien a
été forcé de le haranguer en qualité de Souverain
du pays , & d'entonner le Te Deum , qui
a été chanté au bruit d'une décharge de l'artillerie
Ruffe. La Bourgeoisie a été forcée de nouveau
à illuminer fes maifons le foir. Mais tour cet appareil
& ces actes de violence n'ont pu ébranler
la fermeté du Prince Charles , qui perfifte à refter
dans fon Palais jufqu'à la dernière extrémité.
AVRIL. 1763. 209
Du 17 Février..
Des nouvelles de Lithuanie nous apprennent
que le fieur Zabielo , Grand Veneur de ce Duché
, préfidant à la Diétine qui s'eft affemblée le
de ce mois à Kowno pour l'élection des Députés
au Tribunal annuel de Lithuanie , a haran-.
gué la Nobleffe de ce diftrict , & lui a expoſé d'une
manière G pathétique fes droits & la fituation du.
Duc Charles , qu'il a déterminé tous les Gentilshommes
de ce canton , au nombre de près de
cinq cens , à marcher avec leur fuité à Mittau ,
qui n'eft qu'à deux petites journées de Kowno ,
pour y foutenir la caufe du fils de leur Roi , y
défendre fa perfonne , & fe joindre à la partie
de la Nobleffe Courlandoiſe qui lui eſt reſtée fidelle.
Toute cette troupe s'eft mife en marche le 8 ,
accompagnée de quelques Dragons de l'armée de
Lithuanie , & elle a du être rendue le lendemain
à Mittau. On ignore encore quel effet cet événement
aura produit parmi les Partifans du Duc
de Biren , & ce qui s'eft paffé dans l'affemblée
de la Nobleife qu'il avoit indiquée pour le ro..
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Résumé : « Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Le Duc de Biren a fait une entrée solennelle à Mittau le 22 du mois dernier. Initialement, le magistrat et les gardes bourgeois avaient refusé de prêter serment de fidélité au nouveau duc, mais ils y ont été contraints par des exécutions militaires. La nuit précédant cette entrée, des éléments symboliques, tels que la couronne royale et ducale du Prince Charles, ont été enlevés d'un arc de triomphe. Les membres de la régence ducale ont refusé de reconnaître le Duc de Biren comme légitime duc de Courlande, invoquant leur fidélité au Roi et à la République. Les troupes russes ont forcé l'accès à la tribune ducale dans la principale église luthérienne de Mittau, où le Duc de Biren a été acclamé par le sur-intendant luthérien. Malgré ces actes de violence, le Prince Charles persiste à rester dans son palais. En Lituanie, le sieur Zabielo, Grand Veneur, a harangué la noblesse lors d'une diétine à Kowno, les incitant à soutenir le Duc Charles. Près de cinq cents gentilshommes se sont mis en marche vers Mittau pour défendre le Duc Charles, accompagnés de quelques dragons de l'armée de Lituanie.
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1452
p. 128-130
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS, du 3 Mars 1763.
Début :
M. DE GAYON, Lieutenant Général des Armées du Roi, né à Bésiers, [...]
Mots clefs :
Lieutenant général, Commandant, Vertus médicinales, Associés, Commissaire des Guerres, Corse, Médecin, Théologie
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS, du 3 Mars 1763.
M. DE GAYON , Lieutenant Général
des Armées du Roi , né à Béfiers ,
fut inftallé en la place d'honoraire vacante
par la mort de M. le Baron de
Codere , Commandant en cette Ville ,
après un court remerciment qui fut
fort applaudi ; après quoi M. Barbier,
Préfident au Préfidial , & Directeur cette
année lui répondit , & lut quelques recherches
qu'il avoit faites fur les fermens.
M. Bouillet , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , fit l'analyfe de trois Mémoires
qui avoient été communiqués
à la Compagnie depuis la dernière affemblée
publique , & dont l'un rouloit
fur les vertus médicinales du Pin &
M A I. 1763. 129
des différentes fubftances qu'on en retire
, par M. Darbaud , Médecin a Aix ,
l'un de nos Affociés ; l'autre fur la
parallaxe du Soleil déduite des obfervations
du paffage de Vénus au-deffous
de cet aftre , faites à Béfiers le 6
Juin 1761 , & comparées par Mde
le Paute notre Affociée , avec celles que
fit le même jour M. Pingré de l'Académie
Royale des Sciences , dans
l'Ifle Rodrigues ; de laquelle comparaifon
il a réfulté la même parallaxe
qu'avoit trouvée M. de la Lande , en
comparant fes propres obfervations à
celles qui avoient été faites dans les
Pays les plus éloignés ; le troifiéme
concernoit une expérience faite dans
l'Automne de 1761 , laquelle prouve
évidemment l'avantage du fémoir de
M. l'Abbé Soumille , fur la façon ordinaire
d'enfemencer les terres : expérience
que le même Auteur , qui eft un
Citoyen de cette Ville , a répétée à la
fin de l'année dernière , & du fuccès
de laquelle il a promis . de nous inſ、
truire après la récolte prochaine .
M. de la Rouvière d'Eyfartier , Chevalier
de S. Louis & Commiffaire des
Guerres , parla fur un engrais propre
hâter l'accroiffement des arbres , & dont
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
il dit qu'il avoit fait faire l'expérience
en Corfe , pendant le féjour qu'il
avoit fait dans cette Ifle. Cet engrais
n'eft autre chofe que les cendres
des branches du même arbre , ou
d'autres arbres de même eſpèce , & que
par cette raifon il appella Engrais fym.
Fatique ou homogène..
M. Brouzet , Médecin , lut quelques
réfléxions fur l'éducation des enfans ;
& M. l'Abbé Foulquier , termina la féance
par l'éloge de M. Caillé , Bachelier en
Théologie , Prêtre , Prébendier de la
Cathédrale , & Membre de l'Académie
depuis l'inftitution en 1723 lequel s'y
étoit diftingué par plufieurs favans Mémoires
& par quelques inventions curieufes
.
des Armées du Roi , né à Béfiers ,
fut inftallé en la place d'honoraire vacante
par la mort de M. le Baron de
Codere , Commandant en cette Ville ,
après un court remerciment qui fut
fort applaudi ; après quoi M. Barbier,
Préfident au Préfidial , & Directeur cette
année lui répondit , & lut quelques recherches
qu'il avoit faites fur les fermens.
M. Bouillet , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , fit l'analyfe de trois Mémoires
qui avoient été communiqués
à la Compagnie depuis la dernière affemblée
publique , & dont l'un rouloit
fur les vertus médicinales du Pin &
M A I. 1763. 129
des différentes fubftances qu'on en retire
, par M. Darbaud , Médecin a Aix ,
l'un de nos Affociés ; l'autre fur la
parallaxe du Soleil déduite des obfervations
du paffage de Vénus au-deffous
de cet aftre , faites à Béfiers le 6
Juin 1761 , & comparées par Mde
le Paute notre Affociée , avec celles que
fit le même jour M. Pingré de l'Académie
Royale des Sciences , dans
l'Ifle Rodrigues ; de laquelle comparaifon
il a réfulté la même parallaxe
qu'avoit trouvée M. de la Lande , en
comparant fes propres obfervations à
celles qui avoient été faites dans les
Pays les plus éloignés ; le troifiéme
concernoit une expérience faite dans
l'Automne de 1761 , laquelle prouve
évidemment l'avantage du fémoir de
M. l'Abbé Soumille , fur la façon ordinaire
d'enfemencer les terres : expérience
que le même Auteur , qui eft un
Citoyen de cette Ville , a répétée à la
fin de l'année dernière , & du fuccès
de laquelle il a promis . de nous inſ、
truire après la récolte prochaine .
M. de la Rouvière d'Eyfartier , Chevalier
de S. Louis & Commiffaire des
Guerres , parla fur un engrais propre
hâter l'accroiffement des arbres , & dont
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
il dit qu'il avoit fait faire l'expérience
en Corfe , pendant le féjour qu'il
avoit fait dans cette Ifle. Cet engrais
n'eft autre chofe que les cendres
des branches du même arbre , ou
d'autres arbres de même eſpèce , & que
par cette raifon il appella Engrais fym.
Fatique ou homogène..
M. Brouzet , Médecin , lut quelques
réfléxions fur l'éducation des enfans ;
& M. l'Abbé Foulquier , termina la féance
par l'éloge de M. Caillé , Bachelier en
Théologie , Prêtre , Prébendier de la
Cathédrale , & Membre de l'Académie
depuis l'inftitution en 1723 lequel s'y
étoit diftingué par plufieurs favans Mémoires
& par quelques inventions curieufes
.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS, du 3 Mars 1763.
Lors d'une réunion de l'Académie, M. de Gayon a été installé à la place laissée vacante par M. le Baron de Codere. M. Barbier, Président au Présidial, a répondu à cette installation et a présenté des recherches sur les ferments. M. Bouillet, Secrétaire perpétuel, a analysé trois mémoires : celui de M. Darbaud sur les vertus médicinales du pin, celui de Mme le Paute comparant les observations de la parallaxe du Soleil lors du passage de Vénus en 1761 avec celles de M. Pingré, et celui de l'Abbé Soumille sur une expérience agricole. M. de la Rouvière d'Eyfartier a discuté d'un engrais à base de cendres d'arbres pour accélérer la croissance des arbres. M. Brouzet a partagé des réflexions sur l'éducation des enfants. L'Abbé Foulquier a rendu hommage à M. Caillé, membre de l'Académie depuis 1723, pour ses mémoires savants et ses inventions curieuses.
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1453
p. 206-211
DE PARIS, le 18 Mars 1763.
Début :
Le Comte de Monteynard, Enseigne de la seconde Compagnie des Mousquetaires, ayant [...]
Mots clefs :
Comte, Compagnie des Mousquetaires, Statue du roi, Place, Piédestal, Ordonnances du roi, Compagnies, Réduction, Grenadiers, Officiers réformés, Régiment, Infanterie, Dragons, Colonel, Général, Soldes, Paix, Guerre, Soldats, Pensions militaires, Congé, Archevêque, Duc
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 18 Mars 1763.
DE PARIS. , le 18 Mars 1763.
Le Comte de Monteynard , Enſeigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , ayant
obtenu du Roi la permifion de fe démettre de
cet emploi , Sa Majesté a diſpoſé de la cornette
vacante en faveur du Marquis du Hallay , Capitaine
au Régiment Royal- Etranger , Cavalerie.
Le 17 du mois dernier , fur les huit heures
du matin , le Statue du Roi , que Sa Majesté
a permis à la Ville de Paris de lui ériger , &
qui a été fondue fur le modéle du feu Sieur
Bouchardon , a commencé d'être conduite de
l'Attelier vers la place où elle doit être poſée ;
on avoit eu la précaution de la renfermer dans
une cage de charpente roulante ; par le moyen
< de Vindas & de mains d'hommes , on lui a fait
parcourir , dans l'espace de trois jours , le chemin
qu'elle avoit à tenir depuis la fortie de
l'Attelier , hors de la barrière du Fauxbourg
du Roule , jufqu'à la Place de Louis XV , en
lui faifant fuivre toute la rue dudit Fauxbourgi
& le 23 elle a été établie fur fon piedeſtal , aux
acclamations d'un grand concours de peuple.
Le fervice s'eft fait en préfence du Duc de Chevreuſe
, Gouverneur de Paris , du Prévôt des
Marchands & du Bureau de la Ville , avec tout
le fuccès que l'on pouvoit attendre des ſoins & de
l'intelligence des différentes perfonnes qui y
cétoient proposées , & en particulier du fieur
3
16
·M A 1. 1763. 207
2
'Herbette , Maître Charpentier à S. Denis , Entrepreneur
des Ponts & Chauffées & des Bâtimens
du Roi , Auteur des machines. En paffant devant
la porte de la maiſon où eft décédé le fieur Bouchardon
, on a fait une décharge de Canons &
de Boetes , pour honorer la mémoire d'un Ar
tifte fi excellent , qui par cet ouvrage immortel ,
s'eft afferé une gloire que la Nation partage
avec lui.
Il paroît quatre Ordonnances du Roi.
Par la première , en date du 21 Décembre dernier
,"Sa Majesté réduit à trente Compagnies les
quarante qui compofent actuellement le Régiment
des Carabiniers de Monfeigneur le Comte
de Provence. Les difpofitions qui concernent la
nouvelle compofition & la difcipline de ces Corps
font conformes à celles qui ont été établies par
P'Ordonnance de la Cavalerie.
Dans la feconde, du 20 Janvier 1763 , S. M.
réforme le Corps des Grenadiers- Royaux revenus
de la Martinique.
La troifiéme du 31 - da même mois , concerne
le traitement des Officiers réformés des Régimens
de Foix , de Boulonnois , de Quercy & d'Angoumois
, qui étoit de fervice à S. Domingue.
Par la quatrième , du même jour , S. M. réforme
les fx piquets d'Infanterie employés à S.
Domingue.
11 paroît encore quatres autres Ordonnances
du Roi datées du 21 Décembre dernier.
Par la première , concernant le Régiment
Royal- Italien , le Roi fupprime le Régiment d'In-
#fanterie Royal- Corfe dont les neuf Compagnies
feront incorporées dans le Régiment Royal d'Infanterie
Italienne , lequel , au n: oyen de cette inccorporation
, fera compofée de deux Bataillons."
208 MERCURE DE FRANCE.
Par la feconde , concernant les Régimens d'In
fanterie Allemande , Sa Majefté conferve fur pied
ceux d'Altace , d'Anhalt , la Marck , Royal- Bavière
, Royal - Suédois , Naffau , Royal - Deux- Ponts &
celui de Bouillon . Le Régiment d'Alface ne formera
plus que trois Bataillons ; chacun de ceux d'Anhalt
, la Marck , Royal- Bavière , Royal - Suédois ,
Naffau & Royal - Deux-Ponts ne feront compofés
que de deux , & celui de Bouillon d'un feulement
Le Bataillons excédens feront réformés & incorporés
dans ceux que Sa Majefté a jugé à propos
de conferver fur pied . Quant à ce qui concerne
la compofition des Bataillons & Compagnies ,
la création des nouvelles places , le choix & les
fonctions des Officiers , la paye de paix & de guerre
, le traitement des Officiers réformés , &c.
Les difpofitions de ces deux Ordonnances font
conformes à celles qui feront fuivies à l'égard de
l'Infanterie Françoife . Ces deux nouvelles Ordonnances
ont cela de particulier que S. M. accorde
un fol par jour avec une ration de pain aux
femmes des étrangers mariés qui voudront fervir
dans les fufdits Régimens ; mais ce traitement
n'aura lieu que tant qu'elles refteront au quartier
d'affemblée , & que leurs maris feront attachés
aux Régimens.
Par la troifiéme , Sa Majefté conferve fur
pied dix -fept Régimens de Dragons , fçavoir ,
Colonel - Général ; Meftrede Camp - Géné
ral , Royal , du Roi , de la Reine , Dauphin ,
Orléans , Bauffremont , Choifeul , d'Autichamp ,
Chabot , Coigny , Nicolaï , Chapt , Chabril
lant , Languedoc & Schomberg . Chacun de ces
Régimens fera compofé en tout temps de huit
compagnies celui de Schomberg confervera
les huit qui le compoſent ; & les feize de
MA I. 1763 . 208
shacun des autres Régimens feront doublées
pour n'en former également que huit. Chaque
compagnie fera compofée , en temps de paix
de quatre Maréchaux-des- Logis , un Fourrier ,
huit Brigadiers , huit Appointés , vingt-quatra
Dragons & un Tambour , formant quarante- fix
hommes , dont trente feront montés , & feize
refteront à pied. La paye de paix & de guerre.
eft fixée de la maniere fuivante,
COMPAGNIE S A chaque Capitaine ;
1800 livres en paix , & 3600 livres en guerre ;
à chaque Capitaine - Lieutenant des Compagnies ,
Colonel- Général & Meftre- de - Camp- Général , &
à chaque Lieutenant des autres Compagnies
800 livres en paix , & 1000 livres en guerres
au Sous- Lieutenant de la Compagnie du Colonel-
Général des Dragons , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; au Cornette de ladite
Compagnie , 540 livres en paix , & 800 livres
en guerre ; au Sous- Lieutenant des autres Compagnies
, 500 livres en paix , & 800 livres en .
guerre à chaque Maréchal- des- Logis , 216
livres en paix , & 252 livres en guerre ; à chaque
Fourrier , 189 livres en paix , &-225 livres
en guerre ; à chaque Brigadier , 135 livres enpaix
, & 171 livres en guerre ; à chaque Appointé
, 126 livres en paix , & 162 livres en
guerre ; à chaque Dragon ou Tambour , 117
livres en paix , & 153 livres , en guerre. ETATMAJOR.
Au Meftre- de- Camp , y compris fes .
appointemens de Capitaine , 6000 livres en
paix , & 6600 livres en guerre; au Lieutenant-Colonel
, y compris fes appointemens de Capitai
ne , 3600 livres en paix , & 5400 livres en ½
guerre à chacun des Meftre- de- Camp en fe- ..
cond des Régimens du Meftre- de Camp Gé
210 MERCURE DE FRANCE.
néral , d'Orléans & de Schomberg , 2500 livres
en paix , & 3000 livres en guerre ; au Major ,
3000 livres en paix , & 4500 livres en guerre ;
à chaque Aide - Major , avec commiſſion de Capitaine
, 1800 livres en paix , & 3000 livres
en guerre à chaque Aide- Major , fans commillion
de Capitaine , 1500 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; à chaque Sous - Aide-
Major , 1000 livres en paix , & 1200 livres en
guerre; au Quartier- Maître , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; à chaque Porte - Guidon
, 480 livres en paix , & 540 livres en guerre
; au Tréforier , 2000 livres en paix , & 3.000
livres en guerre à l'Aumônier & au Chirurgien
, à chacun 720 livres en temps de guerre
feulement.
Les Capitaines réformés jouiront en penfion
fur le Tréfor Royal de soo livres ; les Lieutenans
, qui auront fervi dix ans , de 250 livres
; & les Cornettes , qui auront été Maréchaux-
des- Logis , de 150 livres. Quant aux Offi
ciers incorporés & réformés , à la fuite des Régimens
, ils fe retireront chez eux , & y toucheront
les appointemens qui leur ont été précédemment
accordés ; Sa Majesté ne voulant
plus entretenir d'Officiers incorporés ou réformés
à la fuite des Régimens de Dragons. Cette
* Ordonnance eft terminée par un état de l'uniforme
réglé par le Roi pour les Régimens cidefus.
Par la derniere , Sa Majesté conferve fur pied
les trois Régimens de Houflards de, Berchiny , de
Chamborant & de Royal - Naffau , dont chacun
fera composé de douze compagnies , formant
trois escadrons en temps de paix , & fix en
temps de guerre..Chaque compagnie fera comM
A I. 1763.
2.11
pofée de vingt- neuf hommes , dont dix monstés
, & dix -neuf à pied . Les Tymbales & Eten-.
dards de ces trois Régimens , ainfi que le Prevôt
qui eft dans le Régiment Royal - Nallau ,
feront fupprimés. Sa Majefté regle auffi pour
les Régimens confervés une paye de paix & une
paye de guerre , ainfi que l'uniforme de leur
habillement. L'Ordonnance de la Cavalerie fert
de regle aux deux nouvelles Ordonnances pour
ce qui concerne le choix , le rang & les fonctions
des Officiers , la fuppreffion de certaines
places , la création de nouvelles , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens &
la délivrance actuelle des congés , &c.
Le Comte de Taflo , jeune Seigneur Polonois ,
qui étoit en France depuis dix - huit mois , en est
reparti le deux de ce mois, pour retourner en Pologne
, après avoit eu l'honneur de prendre congé
de la Reine , qui luia marqué beaucoup de bonté.
Charles-Antoine de la Roche- Aymon Grand
Aumônier de France , ci-devant Archevêque de
Narbonne , aujourd'hui Archevêque de Rheims ,
& en cette qualité premier Pair Eccléfiaftique du
Royaume ; & le Duc de Sully , Prince d'Enrichemont
, ont été reçus le 14 de ce mois au Parlement,
& y ont pris féance en qualité de Pairs de
France. Le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres ,
le Prince de Condé , le Prince de Conti , & le
Comte de la Marche , ont aſſiſté à leur récep-
Ation .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Le Comte de Monteynard , Enſeigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , ayant
obtenu du Roi la permifion de fe démettre de
cet emploi , Sa Majesté a diſpoſé de la cornette
vacante en faveur du Marquis du Hallay , Capitaine
au Régiment Royal- Etranger , Cavalerie.
Le 17 du mois dernier , fur les huit heures
du matin , le Statue du Roi , que Sa Majesté
a permis à la Ville de Paris de lui ériger , &
qui a été fondue fur le modéle du feu Sieur
Bouchardon , a commencé d'être conduite de
l'Attelier vers la place où elle doit être poſée ;
on avoit eu la précaution de la renfermer dans
une cage de charpente roulante ; par le moyen
< de Vindas & de mains d'hommes , on lui a fait
parcourir , dans l'espace de trois jours , le chemin
qu'elle avoit à tenir depuis la fortie de
l'Attelier , hors de la barrière du Fauxbourg
du Roule , jufqu'à la Place de Louis XV , en
lui faifant fuivre toute la rue dudit Fauxbourgi
& le 23 elle a été établie fur fon piedeſtal , aux
acclamations d'un grand concours de peuple.
Le fervice s'eft fait en préfence du Duc de Chevreuſe
, Gouverneur de Paris , du Prévôt des
Marchands & du Bureau de la Ville , avec tout
le fuccès que l'on pouvoit attendre des ſoins & de
l'intelligence des différentes perfonnes qui y
cétoient proposées , & en particulier du fieur
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·M A 1. 1763. 207
2
'Herbette , Maître Charpentier à S. Denis , Entrepreneur
des Ponts & Chauffées & des Bâtimens
du Roi , Auteur des machines. En paffant devant
la porte de la maiſon où eft décédé le fieur Bouchardon
, on a fait une décharge de Canons &
de Boetes , pour honorer la mémoire d'un Ar
tifte fi excellent , qui par cet ouvrage immortel ,
s'eft afferé une gloire que la Nation partage
avec lui.
Il paroît quatre Ordonnances du Roi.
Par la première , en date du 21 Décembre dernier
,"Sa Majesté réduit à trente Compagnies les
quarante qui compofent actuellement le Régiment
des Carabiniers de Monfeigneur le Comte
de Provence. Les difpofitions qui concernent la
nouvelle compofition & la difcipline de ces Corps
font conformes à celles qui ont été établies par
P'Ordonnance de la Cavalerie.
Dans la feconde, du 20 Janvier 1763 , S. M.
réforme le Corps des Grenadiers- Royaux revenus
de la Martinique.
La troifiéme du 31 - da même mois , concerne
le traitement des Officiers réformés des Régimens
de Foix , de Boulonnois , de Quercy & d'Angoumois
, qui étoit de fervice à S. Domingue.
Par la quatrième , du même jour , S. M. réforme
les fx piquets d'Infanterie employés à S.
Domingue.
11 paroît encore quatres autres Ordonnances
du Roi datées du 21 Décembre dernier.
Par la première , concernant le Régiment
Royal- Italien , le Roi fupprime le Régiment d'In-
#fanterie Royal- Corfe dont les neuf Compagnies
feront incorporées dans le Régiment Royal d'Infanterie
Italienne , lequel , au n: oyen de cette inccorporation
, fera compofée de deux Bataillons."
208 MERCURE DE FRANCE.
Par la feconde , concernant les Régimens d'In
fanterie Allemande , Sa Majefté conferve fur pied
ceux d'Altace , d'Anhalt , la Marck , Royal- Bavière
, Royal - Suédois , Naffau , Royal - Deux- Ponts &
celui de Bouillon . Le Régiment d'Alface ne formera
plus que trois Bataillons ; chacun de ceux d'Anhalt
, la Marck , Royal- Bavière , Royal - Suédois ,
Naffau & Royal - Deux-Ponts ne feront compofés
que de deux , & celui de Bouillon d'un feulement
Le Bataillons excédens feront réformés & incorporés
dans ceux que Sa Majefté a jugé à propos
de conferver fur pied . Quant à ce qui concerne
la compofition des Bataillons & Compagnies ,
la création des nouvelles places , le choix & les
fonctions des Officiers , la paye de paix & de guerre
, le traitement des Officiers réformés , &c.
Les difpofitions de ces deux Ordonnances font
conformes à celles qui feront fuivies à l'égard de
l'Infanterie Françoife . Ces deux nouvelles Ordonnances
ont cela de particulier que S. M. accorde
un fol par jour avec une ration de pain aux
femmes des étrangers mariés qui voudront fervir
dans les fufdits Régimens ; mais ce traitement
n'aura lieu que tant qu'elles refteront au quartier
d'affemblée , & que leurs maris feront attachés
aux Régimens.
Par la troifiéme , Sa Majefté conferve fur
pied dix -fept Régimens de Dragons , fçavoir ,
Colonel - Général ; Meftrede Camp - Géné
ral , Royal , du Roi , de la Reine , Dauphin ,
Orléans , Bauffremont , Choifeul , d'Autichamp ,
Chabot , Coigny , Nicolaï , Chapt , Chabril
lant , Languedoc & Schomberg . Chacun de ces
Régimens fera compofé en tout temps de huit
compagnies celui de Schomberg confervera
les huit qui le compoſent ; & les feize de
MA I. 1763 . 208
shacun des autres Régimens feront doublées
pour n'en former également que huit. Chaque
compagnie fera compofée , en temps de paix
de quatre Maréchaux-des- Logis , un Fourrier ,
huit Brigadiers , huit Appointés , vingt-quatra
Dragons & un Tambour , formant quarante- fix
hommes , dont trente feront montés , & feize
refteront à pied. La paye de paix & de guerre.
eft fixée de la maniere fuivante,
COMPAGNIE S A chaque Capitaine ;
1800 livres en paix , & 3600 livres en guerre ;
à chaque Capitaine - Lieutenant des Compagnies ,
Colonel- Général & Meftre- de - Camp- Général , &
à chaque Lieutenant des autres Compagnies
800 livres en paix , & 1000 livres en guerres
au Sous- Lieutenant de la Compagnie du Colonel-
Général des Dragons , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; au Cornette de ladite
Compagnie , 540 livres en paix , & 800 livres
en guerre ; au Sous- Lieutenant des autres Compagnies
, 500 livres en paix , & 800 livres en .
guerre à chaque Maréchal- des- Logis , 216
livres en paix , & 252 livres en guerre ; à chaque
Fourrier , 189 livres en paix , &-225 livres
en guerre ; à chaque Brigadier , 135 livres enpaix
, & 171 livres en guerre ; à chaque Appointé
, 126 livres en paix , & 162 livres en
guerre ; à chaque Dragon ou Tambour , 117
livres en paix , & 153 livres , en guerre. ETATMAJOR.
Au Meftre- de- Camp , y compris fes .
appointemens de Capitaine , 6000 livres en
paix , & 6600 livres en guerre; au Lieutenant-Colonel
, y compris fes appointemens de Capitai
ne , 3600 livres en paix , & 5400 livres en ½
guerre à chacun des Meftre- de- Camp en fe- ..
cond des Régimens du Meftre- de Camp Gé
210 MERCURE DE FRANCE.
néral , d'Orléans & de Schomberg , 2500 livres
en paix , & 3000 livres en guerre ; au Major ,
3000 livres en paix , & 4500 livres en guerre ;
à chaque Aide - Major , avec commiſſion de Capitaine
, 1800 livres en paix , & 3000 livres
en guerre à chaque Aide- Major , fans commillion
de Capitaine , 1500 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; à chaque Sous - Aide-
Major , 1000 livres en paix , & 1200 livres en
guerre; au Quartier- Maître , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; à chaque Porte - Guidon
, 480 livres en paix , & 540 livres en guerre
; au Tréforier , 2000 livres en paix , & 3.000
livres en guerre à l'Aumônier & au Chirurgien
, à chacun 720 livres en temps de guerre
feulement.
Les Capitaines réformés jouiront en penfion
fur le Tréfor Royal de soo livres ; les Lieutenans
, qui auront fervi dix ans , de 250 livres
; & les Cornettes , qui auront été Maréchaux-
des- Logis , de 150 livres. Quant aux Offi
ciers incorporés & réformés , à la fuite des Régimens
, ils fe retireront chez eux , & y toucheront
les appointemens qui leur ont été précédemment
accordés ; Sa Majesté ne voulant
plus entretenir d'Officiers incorporés ou réformés
à la fuite des Régimens de Dragons. Cette
* Ordonnance eft terminée par un état de l'uniforme
réglé par le Roi pour les Régimens cidefus.
Par la derniere , Sa Majesté conferve fur pied
les trois Régimens de Houflards de, Berchiny , de
Chamborant & de Royal - Naffau , dont chacun
fera composé de douze compagnies , formant
trois escadrons en temps de paix , & fix en
temps de guerre..Chaque compagnie fera comM
A I. 1763.
2.11
pofée de vingt- neuf hommes , dont dix monstés
, & dix -neuf à pied . Les Tymbales & Eten-.
dards de ces trois Régimens , ainfi que le Prevôt
qui eft dans le Régiment Royal - Nallau ,
feront fupprimés. Sa Majefté regle auffi pour
les Régimens confervés une paye de paix & une
paye de guerre , ainfi que l'uniforme de leur
habillement. L'Ordonnance de la Cavalerie fert
de regle aux deux nouvelles Ordonnances pour
ce qui concerne le choix , le rang & les fonctions
des Officiers , la fuppreffion de certaines
places , la création de nouvelles , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens &
la délivrance actuelle des congés , &c.
Le Comte de Taflo , jeune Seigneur Polonois ,
qui étoit en France depuis dix - huit mois , en est
reparti le deux de ce mois, pour retourner en Pologne
, après avoit eu l'honneur de prendre congé
de la Reine , qui luia marqué beaucoup de bonté.
Charles-Antoine de la Roche- Aymon Grand
Aumônier de France , ci-devant Archevêque de
Narbonne , aujourd'hui Archevêque de Rheims ,
& en cette qualité premier Pair Eccléfiaftique du
Royaume ; & le Duc de Sully , Prince d'Enrichemont
, ont été reçus le 14 de ce mois au Parlement,
& y ont pris féance en qualité de Pairs de
France. Le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres ,
le Prince de Condé , le Prince de Conti , & le
Comte de la Marche , ont aſſiſté à leur récep-
Ation .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : DE PARIS, le 18 Mars 1763.
Le 18 mars 1763, le Comte de Monteynard, Enseigne des Mousquetaires, a obtenu la permission du Roi de démissionner. Le Marquis du Hallay, Capitaine au Régiment Royal-Étranger de Cavalerie, a été nommé pour le remplacer. Le 17 mars, la statue du Roi, fondue d'après le modèle du défunt Bouchardon, a été transportée de l'atelier à la Place de Louis XV. Installée sur son piédestal le 23 mars, elle a été acclamée par une grande foule en présence du Duc de Chevreuse et d'autres dignitaires. Le Maître Charpentier Herbette a supervisé les machines utilisées pour le transport. Quatre ordonnances royales ont été publiées. La première, datée du 21 décembre 1762, réduit le Régiment des Carabiniers de Monseigneur le Comte de Provence à trente compagnies. La deuxième, du 20 janvier 1763, réforme le Corps des Grenadiers-Royaux revenus de la Martinique. La troisième, du 31 janvier, concerne le traitement des officiers réformés des régiments de Foix, de Boulonnois, de Quercy et d'Angoumois, en service à Saint-Domingue. La quatrième réforme les six piquets d'infanterie employés à Saint-Domingue. Quatre autres ordonnances, datées du 21 décembre 1762, ont également été publiées. La première supprime le Régiment d'Infanterie Royal-Corse et incorpore ses compagnies dans le Régiment Royal d'Infanterie Italienne. La deuxième conserve plusieurs régiments d'infanterie allemande et réforme les bataillons excédentaires. La troisième conserve dix-sept régiments de Dragons et réforme leur composition et leur paye. La quatrième conserve trois régiments de Houzards et réforme leur composition et leur paye. Le Comte de Tarslo, un jeune seigneur polonais, a quitté la France le 2 mars pour retourner en Pologne après avoir pris congé de la Reine. Charles-Antoine de la Roche-Aymon, Grand Aumônier de France et Archevêque de Reims, et le Duc de Sully ont été reçus au Parlement le 14 mars et y ont pris séance en qualité de Pairs de France. Le Duc d'Orléans, le Duc de Chartres, le Prince de Condé, le Prince de Conti et le Comte de la Marche ont assisté à leur réception.
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1454
p. 211-212
De VIENNE, le 16 Mars 1763.
Début :
Le Comte de Montazet, Lieutenant Général des Armées du Roi de France, [...]
Mots clefs :
Comte, Lieutenant général, Campagnes militaires, Troupes, Commandement, Prince Charles, Maréchal, Duchesse de Saxe, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 16 Mars 1763.
De VIENNE , le 16 Mars 1763 .
Le Comte de Montazer , Lieutenant Général
des Armées du Roi de France , qui a fait par
ordre de Sa Majesté Très- Chrétienne , toutes les
campagnes depuis 1757 dans les Armées de
l'Impératrice Reine , part demain pour retourner
en France , comblé des bontés que lui ont
témoigné Leurs Majestés Impériales & Royales
pendant le ſéjour qu'il a fait ici.
La Cour a réglé définitivement la répartition
des troupesdans les Etats de Lears Majestés Impériales
, & les Commandemens en Chef ont été
diſtribués de la manière ſuivante . Le Prince
Charles commande dans les Pays-Bas ; le Duc
de Modene en Italie ; le Prince des Deux- Ponts.
212 MERCURE DE FRANCE.
en Bohême ; le Maréchal de Kollowrath dans la
Moravie ; le Maréchal de Neyperg dans la haute
&Balle-Autriche ; & le Maréchal de Palfy dans
la Hongrie& la Tranfilvanie .
Anne Chriſtine , Ducheſſe de Saxe , Juliers ,
Cléves & Berg- Engern & Westphalie Landgrave
de Thuringe , Margrave de Meillen , de la
Haute & Bafle Luſace , Comteile de Henneberg ,
de la Marck , Ravemperg & Barby , Dame de
Ravenſtein , & demi Soeur des Princes Joſeph-
Wenceslas & Emmanuel de Lichtenſtein , frères ,
Ducs de Toppau & Jagerndorff en Siléſie , eſt
morte ici les de ce mois , âgée de ſoixante- treize
ans.
Le Comte de Montazer , Lieutenant Général
des Armées du Roi de France , qui a fait par
ordre de Sa Majesté Très- Chrétienne , toutes les
campagnes depuis 1757 dans les Armées de
l'Impératrice Reine , part demain pour retourner
en France , comblé des bontés que lui ont
témoigné Leurs Majestés Impériales & Royales
pendant le ſéjour qu'il a fait ici.
La Cour a réglé définitivement la répartition
des troupesdans les Etats de Lears Majestés Impériales
, & les Commandemens en Chef ont été
diſtribués de la manière ſuivante . Le Prince
Charles commande dans les Pays-Bas ; le Duc
de Modene en Italie ; le Prince des Deux- Ponts.
212 MERCURE DE FRANCE.
en Bohême ; le Maréchal de Kollowrath dans la
Moravie ; le Maréchal de Neyperg dans la haute
&Balle-Autriche ; & le Maréchal de Palfy dans
la Hongrie& la Tranfilvanie .
Anne Chriſtine , Ducheſſe de Saxe , Juliers ,
Cléves & Berg- Engern & Westphalie Landgrave
de Thuringe , Margrave de Meillen , de la
Haute & Bafle Luſace , Comteile de Henneberg ,
de la Marck , Ravemperg & Barby , Dame de
Ravenſtein , & demi Soeur des Princes Joſeph-
Wenceslas & Emmanuel de Lichtenſtein , frères ,
Ducs de Toppau & Jagerndorff en Siléſie , eſt
morte ici les de ce mois , âgée de ſoixante- treize
ans.
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Résumé : De VIENNE, le 16 Mars 1763.
Le 16 mars 1763, à Vienne, le Comte de Montazer, Lieutenant Général des Armées du Roi de France, quitte Vienne pour retourner en France. Il a servi dans les armées de l'Impératrice Reine depuis 1757 et a reçu les faveurs des Majestés Impériales et Royales durant son séjour. La Cour a finalisé la répartition des troupes dans les États des Majestés Impériales et attribué les commandements en chef. Le Prince Charles commande dans les Pays-Bas, le Duc de Modène en Italie, le Prince des Deux-Ponts en Bohême, le Maréchal de Kollowrath en Moravie, le Maréchal de Neyperg en Haute et Basse-Autriche, et le Maréchal de Palfy en Hongrie et Transylvanie. Par ailleurs, Anne Christine, Duchesse de Saxe, Juliers, Cléves et Berg, est décédée à l'âge de soixante-treize ans. Elle était également demi-sœur des Princes Joseph-Wenceslas et Emmanuel de Lichtenstein, Ducs de Toppau et Jägerndorff en Silésie.
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1455
p. 213
De NAPLES le 26 Mars 1763.
Début :
Le Conseil de Rêgence a pris la résolution de repeupler & de fortifier l'Isle [...]
Mots clefs :
Conseil, Régence, Chebecs, Bâtiments, Officier, Soldats, Artillerie, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De NAPLES le 26 Mars 1763.
De NAPLES le 26 Mars 1763 .
Le Conſeil de Régence a pris la réſolution de
repeupler & de fortifier l'Ile d'Uſtica qui avoie
été ravagée l'année dernière par les Barbareſques,
en conſequence , deux Chebecs ont eu ordre
de mettre à la voilele 23 de ce mois , ayant ſous
leur eſcorte pluſieurs Bâtimens de tranſport , ſur
leſquels eſt embarqué l'Officier qui doit commanderdans
cette Iſle avec deux cens Soldats , un Ingénieur
, pluſieurs Ouvriers , des piéces d'artillerie
, de munitions & différentes fortes des matériaux
.
Le Conſeil de Régence a pris la réſolution de
repeupler & de fortifier l'Ile d'Uſtica qui avoie
été ravagée l'année dernière par les Barbareſques,
en conſequence , deux Chebecs ont eu ordre
de mettre à la voilele 23 de ce mois , ayant ſous
leur eſcorte pluſieurs Bâtimens de tranſport , ſur
leſquels eſt embarqué l'Officier qui doit commanderdans
cette Iſle avec deux cens Soldats , un Ingénieur
, pluſieurs Ouvriers , des piéces d'artillerie
, de munitions & différentes fortes des matériaux
.
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Résumé : De NAPLES le 26 Mars 1763.
Le 26 mars 1763, le Conseil de Régence de Naples a décidé de repeupler et de fortifier l'île d'Ustica. Deux chebecs et plusieurs bâtiments de transport ont quitté Naples le 23 mars avec un officier, deux cents soldats, un ingénieur, des ouvriers, des pièces d'artillerie, des munitions et des matériaux de construction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1456
p. 213
De BRUXELLES le 1 Avril 1763.
Début :
Le Marquis de Monteynard, qui commande les Troupes de France restées sur le [...]
Mots clefs :
Marquis, Troupes, Comte, Mouvements des troupes, Retour, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES le 1 Avril 1763.
De BRUXELLES le 1 Avril 1763 .
Le Marquis de Monteynard , qui commande
Ies Troupes de France reſtées ſur le Bas-Rhin , a
paffé hier dans cette Ville avec le Comte d'Eſparbés
, & tous deux prennent la route de Paris. Le
Régiment de Champagne qui ferme la marche
des Troupes qui retournent en France , eſt arrivé
hier à Louvain , & doit être rendu le 6 à Valenciennes.
Le Marquis de Monteynard , qui commande
Ies Troupes de France reſtées ſur le Bas-Rhin , a
paffé hier dans cette Ville avec le Comte d'Eſparbés
, & tous deux prennent la route de Paris. Le
Régiment de Champagne qui ferme la marche
des Troupes qui retournent en France , eſt arrivé
hier à Louvain , & doit être rendu le 6 à Valenciennes.
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1457
p. 214-222
TRAITÉ de paix conclu entre sa Majesté le Roi de POLOGNE, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de PRUSSE, au Château de Hubertzbourg, le 15 Février 1763.
Début :
Sa Majesté le Roi de Pologne, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de Prusse, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Électeur de Saxe, Roi de Prusse, Guerre, Paix, États, Assemblée, Conseiller, Traité de paix, Articles, Voisinage, Amitié, Amnistie générale, Harmonie, Contributions, Troupes, Évacuation, Règlement, Officiers, Soldats, Artillerie, Fortifications, Obligation, Justice, Accords, Intérêts, Diète, Paiements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ de paix conclu entre sa Majesté le Roi de POLOGNE, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de PRUSSE, au Château de Hubertzbourg, le 15 Février 1763.
TRAITÉ de paix conclu entre Sa Majesté le Roi
de POLOGNE , Electeur de Saxe , & Sa Majesté
le Roi de PRUSSE , au Château de Hubertzbourg
,le 15 Février 1763 .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , & Sa Majesté le Roi de Pruſſe , animés du
defir réciproque de mettre fin aux calamités de
la guerre , & de rétablir l'union , la bonne intelligence&
le bon voiſinage entre eux & leurs Etats
reſpectifs , ayant réfléchi ſur les moyens les plus
propres pour parvenir à un but ſi ſalutaire , & le
Prince Royal de Pologne & Electoral Héréditaire
de Saxe s'étant employé à concerter une aſſemblée
de Plénipotentiaires , qui fut ſuivie d'une négociation:
pour en avancer le ſuccès , & pour écarter
les retardemens que l'éloignement auroit pû faire
naître, Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , a confié à Son Alteſſe Royale le ſoin d'y
ménager ſes intérêts : on eſt convenu de faire tenir
au château de Huberzbourg des conférences
depaix.
En conféquence de quoi Leurs Majeſtés ont
nommé & autoriſé des Plénipotentiaires , ſavoir :
Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
le ſieur Thomas , Baron de Fritſch , ſon Conſeiller
Privé ; & Sa Majeſté le Roi de Pruſſe, le ſieur
Ewald- Frederic de Hertzberg , ſon conſeiller Privé
d'Ambaſſade, leſquels , après s'etre duement
communiqué & avoir échangé leurs pleins pouvoirs
en bonne forme, ont arrêté , conclu & figné
les Articles ſuivans d'un Traité de paix.
JUIN. 1763 . 215
ARTICLE I. Il y aura une paix ſolide , une
amitié ſincère & un bon voifinage entre S. M. le
Roi de Pologne , Electeur de Saxe , & S. M. le
Roi de Pruſie & leurs Héritiers , Etats , Pays &
Sujets : & en conféquence , il y aura une amnif
tie générale & un oubli éternel de tout ce qui eſt
arrivé entre les hautes Parties contractantes , à
l'occaſion de la préſente guerre , de quelque nature
que cela puiſſe avoir été , & il ne ſera point
demandé de dédommagement de part& d'autre ;
ſous quelque prétexte ou nom que ce puiſſe être ,
mais toutes les prétentions réciproques , occafionnées
par cette guerre , demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties .
Les hautes Parties contractantes & leurs Héritiers
cultiveront à l'avenir entr'elles une bonne
harmonie & parfaite intelligence, en tâchant d'avancer
leurs intérêts réciproques , & d'écarter
tout ce qui pourroity nuire ou y donner la moindreatteinte
.
Sa Majeſté le Roi de Pruſſe promet en particulier
que , dans les occaſions qui ſe préſenteront de
pouvoir procurer des convenances à Sa Majefté
le Roi de Pologne , Electeur de Saxe , ou à la
Maiſon , ſans que ce ſoit aux dépens de Sadite
Majesté Pruſienne. Elle y contribuera avec le
plus grand zéle , & ſe concertera à cet effet avec
Sa Majesté Polonoiſe & avec leurs Amis communs
.
ART . II . Toutes les hoftilités ceſſeront entiérement
à compter du II Février incluſivement ;
&depűis le même jour Sa Majesté Pruſſienne fera
ceffer entiérement & pleinement toutes contributions
ordinaires & extraordinaires , toutes livraiſons
de proviſions de bouche , fourrages , chevaux
& autre bérail ou autres effets ; toutes demandes
216 MERCURE DE FRANCE.
1
de recrues , valets , travailleurs & voitures , &
généralement toutes fortes de preſtations , de
quelque nature & dénomination qu'elles puiffent
être , & fous quelque titre ou prétexte qu'elles
foient demandées & éxigées , comme auſſi toute
coupe de bois & autres endommagemens dans
tout l'Electorat de Saxe & toutes les parties &
dépendances , y compris la Haute & Balle- Luface.
Si les ordres que Sa Majeſté le Roi de Pruſſe a
donnés là-deſſus, n'étoient pas parvenus leditjour
en tous les endroits occupés par les Troupes de
Sa Majesté Pruſſienne , & que par cette raiſon ,
ou fous d'autres prétextes , il dût arriver qu'on
eût encore pris ou éxigé des caiſſes ou des Sujets
de Sa Majeſté Polonoiſe quelque argent ou quelque
autre preſtation de quelque nature ou valeur
qu'elle pût être , ou qu'on eût cauſé d'autres
dommages , Sa Majesté Pruſſienne fera reſtituer
ſans délai tout ce qui auroit été pris ou éxigé ,
& bonifier toutdommage & perte. En conféquence
de cette ceſſation générale de toute forte de
preſtations , Sa Majesté Pruſſienne renonce également
à tous les arrérages des contributions , livraiſons
& autres preſtations antérieurement demandées
& éxigées , & déclare que toutes les
prétentions y relatives ſeront & demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties , de
forte qu'il n'en ſera jamais plus fait mention.
ART. III . Sa Majefté le Roi de Pruſſe promet
de commencer les diſpoſitions néceſſaires pour
une prompte évacuation de la Saxe , dès que le
préfent Traité ſera ſigné , & d'effectuer & achever
l'évacuation & la reſtitution de tous les Etats
& Pays , Villes , Places & Forts de S. M.Polonoiſe,
&généralement de toutes parties & dépen' ances
deldirs Etats que S. M. Polonoiſe a poſlédés avant
la
JUIN. 1763. 217
la préſente guerre , dans l'eſpace de trois ſemai
nes , à compter du jour de l'échange des ratificasions;
bien entendu que les Troupes de S. M.
l'Impératrice-Reine de Hongrie & de Bohême
évacueront toute la Saxe dans le même eſpace de
temps. Y
Dès le de Février , Sa Majeſté le Roi de
Pruffe fera nourrir ſes Troupes de ſes propres
magaſins ſans qu'elles foient à charge au pays ,
&on procédera inceſſamment au réglement des
routes que leſdites Troupes prendront en quittant
les Etats de Sa Majesté le Roi de Pologne ,
dans leſquelles elles ſeront conduites & logées
par les Commiſſaires nommés par Sa' Majeſté
Polonoile, qui auront pareillement ſoin des Vorfpanndont
les Troupes auront beſoin pour leurs
marches , &qui leur feront fournisgratuitement ,
à condition que ces Vorſpann ne feront obligés
depafler les frontières de Saxe , quejuſqu'au premier
gîte.
ART. IV. Sa Majesté le Roi de Pruſſe renverra
fans rançon & ſans délai tous lesGénéraux , Officiers
& Soldats de Sa Majesté le Roi de Pologne
, Electeur de Saxe , qui font encore priſonniers
de guerre , & les autres Sujets de Sa lite
Majesté Polonoiſe qui ne voudront pas reſter
dans le ſervice & dans les Etats de Sa Majeſté
Pruſſienne , bien entendu que chacun payera
préalablement les dettes qu'il aura contractées. I
Sadite Majeſté le Roi de Pruſſe rendra auffe
toute l'artillerie , appartenante à Sa Majeſté le
Roi de Pologne , qui ſe trouve encore en Saxe ,
&qui eft marquée aux armes de, Sadire Majesté
Polonoiſe.
En particulier les Villes de Léipfic , Torgau
&Wittemberg feront reftituées par rapport aux
K
218 MERCURE DE FRANCE.
fortifications , dans le même état où elles ſont à
préſent & avec l'artillerie qui s'y trouve marquée
aux armes de Sa Majesté Polonoife.
Sa Majesté Pruſſienne mettra auſſi en liberté
les otages& autres perſonnes qui ont été arrêtées
àl'occaſion de la préſente guerre , & fera rendre
tous les papiers qui appartiennent aux archives
de Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , ou aux autres bureaux du Pays , & à l'avenir
il n'en ſera rien allégué ou inféré contre
Sa Majeftéie Roi de Pologne , ni contre ſes Héritiers
& Etats.
ART . V. Le Traité de paix conclu à Dreſde le
25 Décembre 1745 eſt expreſſement renouvellé
&confirmé dans la meilleure forme & dans toute
fa teneur autant que le préſent Traité n'y dérogera
pas , & que les obligations y contenues ſeront
de nature à pouvoir encore avoir lieu .
ART . VI . Pour redreſſer réciproquement tous
les abus qui ſe ſont gliffés dans le commerce au
préjudice des Pays , Etats & Sujets reſpectifs des
hautesParties contractantes , on eft convenu que ,
d'abord après la paix conclue on nommera de
part & d'autre des Commiſlaires qui régleront
les affaires de Commerce fur des principes équitables
& réciproquement utiles.
ILferacaufli réciproquement adminiſtré bonne
& prompte juſtice à ceux des Sujets reſpectifs qui
aurontdesprocès&des prétentions liquides dans
1s Etats de l'une ou de l'autre Partie , & quand
il y en aura qui auront change ou voudrontencore
changer de domicile & paffer de la domination
de l'une fous celle de l'autre des hautes. Parties
contractantes , on ne leur fera point de difficulté
à cet égard.
ART. VII. Sa Majesté le Roi de Pruſſe conſent
1
JUIN. 1763 . 219
d'accéder & fera accéder ſes Sujets créanciers de
la Steuer de Saxe aux arrangemens qu'on prendra
inceſſamment par rapport aux intérêts à payer ,
& pour l'établiſſement d'un fonds d'amortiſſement
folide & durable ſans aucune préférence .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , affure & promet d'un autre côté que ,
conformément auxdits arrangemens , tous les
Sujets de Sa Majeſté Pruſſienne , qui ont ou auront
des capitaux dans la Steuer de Saxe , recevront
leurs intérêts exactement , & que les capitaux
leur feront auſſi rembourſés en entier , ſans
la moindre réduction ni diminution , & dans un
eſpacede temps raiſonnable.
ART . VIII . L'échange de la Ville & du Péage
de Furstenberg & du Village de Schildlo contre
un equivalent an Land und Leuten , ſtipulé dans
l'Article VII de la paix de Dreſde , ayant rencontré
beaucoup de difficultés dans l'éxécution , on
eſt ultérieurement convenu que pour le faciliter
la Ville de Furstenberg , avec ſes dépendances ſituées
en-deçà de l'Oder , ne ſera pas compriſe
dans ce troc & reſtera à Sa Majesté Polonoiſe
mais que d'un autre côté Sadite Majesté le Roi
de Pologne , Électeur de Saxe , cédera à S. M.
Pruſſienne non- ſeulement le Péage de l'Oder ,
qu'Elle a perçu juſqu'ici à Furstenberg , & le
Village de Schildlo avec ſes appartenances au-delà
de l'Oder , maisauſſi généralement tout ce qu'Elle
a poſſédé juſqu'ici des bords & rives de l'Oder ,
tant du côté de la Luſace que de celui de la Marche
, de forte que la rivière de l'Oder faſſe la limite
territoriale , & que la ſupériorité des deux
rives & bords de l'Oder , & de tout ce qui eſt audelà
de l'Oder du côté de la Marche , appartienne
déſormais en entier & excluſivement à Sa Majeſté
le Roi de Pruſſe , ſes Succeſſeurs & Héritiers à
perpétuité. Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Il eſt auſſi convenu que l'équivalent à donner à
Sa Majefté Polonoiſe ne pourra être évalué qu'à
proportion du revenu réel qu'Elle a tiré juſqu'ici
des poffeflions qu'Elle cédera àSa Majesté Pruffienne
, en conféquence de quoi Sa Majesté Polonoiſe
ſe contentera d'un équivalent an Landund
Leuten , dont le revenu réel ſeroit égal au revenu
réel des poſſeſſions qu'Eile cédera à Sa Majeſté
Brufſienne.
Au reſte dans tous les autres points relatifs à cet
échange , l'Article VII de la paix de Dreſde ſera
éxactement obſervé & éxécuté.
ART. IX. Sa Majeſté le Roi de Pruffe accorde
à Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , le libre paſſage en tout temps par la Siléfie
en Pologne , & renouvelle en particulier ce
qui a été ſtipulé là- deſſus dans l'Article X du Traitéde
paix conclu à Dreſde en 1745 .
ART. X. Les hautes Parties contractantes ſe gas
rantiſſent réciproquement l'abſervation & l'éx
cution du préſent Traité de paix , & tâcheront
d'en obtenir la garantie des Puillances avec lefquellesElles
font en amitié.
ART . XI . Le préſent Traité de paix ſera ratifié
de part & d'autre , & les ratifications feront expédiées
en bonne & due forme ,& échangéesdans
F'eſpace de quinze jours , ou plutôt fi faire ſe
peut , àcompter du jour de leur ſignature.
En foi de quoi , les ſouſſignés Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe, & de Sa Majesté le Roi de Pruſſe , en vertu
de leurs pleins pouvoirs , ont ſigné le préſent
Traité de paix , & y ont fait appoſer les cachets
de leurs armes.
Fait au Château de Hubertzbourg , le is Février
1763.
THOMAS, BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD-FREDERIC DE HERTZBERG .
JUI N. 1763 . 221
ARTICLES SÉPARÉS.
ART. I. On est convenu que dans les arrérages
ou autres preſtations arriérées , qui devront
ceffer du II Février 1763 , ne ſera pascompris ce
qui eſt encore dû fur les lettres de change & autres
engagemens par écrit , énoncés dans la ſpécification
ci -jointe ,que Sa Majeſté le Roide Pruſſe
ſe réſerve expreffément , & que Sa Majesté le Roi
dePologne promet de faire acquitter éxactement ,
&ſelon la teneur deſdites lettres de change &
autres engagemens par écrit donnés là-deſſus ,
ſans le moindre rabais ou défalcation , & dans
les monnoiesy promiſes.
ART. II . Pour ne laiſſer aucun doute ſur la
rrature& la ſolidité des arrangemens à prendre
fur les affaires de la Steuer , dont il a été fait
mention dans l'Article VII du Traité de paix ,
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
déclare qu'Elle prendra des arrangemens pour
qu'aucun des créanciers de la Steuer ne perde
riende ſon capital.
Qu'il eſt impoſſible de leur payer les intérêts
arriérés après que tous les revenus du pays ont
été notoirement abſorbés par les calamités de
laguerre.
Que la même raiſon doit valoir pour l'année
préſente après toutes les charges auxquelles le
pays a déja été obligé de fournir.
Mais qu'à l'avenir Sa Majeſté prendra inceſſam.
ment avec les Etats de la Saxe , aſſemblés en
Diéte , les arrangemens néceſſaires pour établir
un fonds prélevable ſur les revenus les plus clairs
du pays , lequel ſera , 10. principalement employé
pour payer éxactement les intérêts qui ne
pourront pas être fixés au-deſſous de trois pour
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
cent , tout comme ils ne pourront pas paffer lefdits
trois pour cent. 2°. Que le reſte fera le fonds
d'amortiſſement pour l'acquit ſucceſſif des capitaux
, qui augmentera à proportion de l'acquit
des capitaux & de la diminution des intérêts , &
dont la diſtribution ſe fera annuellement par le
fort , ſans aucune préférence pour perſonne à
quelque titre que ce ſoit. 30. Que l'adminiſtration
dudit fonds total deſtiné au payement des
intérêts & au rembourſement des capitaux ſera
fixée en la ſuſmentionnée Diete prochaine des
Etats de Saxe , de façon qu'il s'y trouve pleine
sûreté , Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , promettant de donner là-deſſus
toutes les aſſurances convenables.
ART. III. Il a été convenu & arrêté que les
titres employés ou omis de part & d'autre à
l'occaſion de la préſente négociation dans les
pleins pouvoirs & autres actes , ou partout ailleurs
, ne pourront être cités ou tirés à conféquence
, & qu'il ne pourra jamais en réſulter
aucun préjudice pour aucune des Parties intéreffées.
Les trois préſens Articles ſéparés auront la
même force que s'ils étoient mot à mot inférés
dans le Traité principal , & ils ſeront également
ratifiés des deux hautes Parties contractantes .
En foi de quoi les ſouſſignés , Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Électeur de
Saxe , & de Sa Majeſte le Roi de Pruſſe , ont
ſigné ces préſens Articles ſéparés , & y ont fait
appoſer les cachets de leurs armes.
• Fait au Château de Huberzbourg le is Février
1763.
THOMAS , BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD- FRÉDÉRIC DE HERTZBERG ,
de POLOGNE , Electeur de Saxe , & Sa Majesté
le Roi de PRUSSE , au Château de Hubertzbourg
,le 15 Février 1763 .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , & Sa Majesté le Roi de Pruſſe , animés du
defir réciproque de mettre fin aux calamités de
la guerre , & de rétablir l'union , la bonne intelligence&
le bon voiſinage entre eux & leurs Etats
reſpectifs , ayant réfléchi ſur les moyens les plus
propres pour parvenir à un but ſi ſalutaire , & le
Prince Royal de Pologne & Electoral Héréditaire
de Saxe s'étant employé à concerter une aſſemblée
de Plénipotentiaires , qui fut ſuivie d'une négociation:
pour en avancer le ſuccès , & pour écarter
les retardemens que l'éloignement auroit pû faire
naître, Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , a confié à Son Alteſſe Royale le ſoin d'y
ménager ſes intérêts : on eſt convenu de faire tenir
au château de Huberzbourg des conférences
depaix.
En conféquence de quoi Leurs Majeſtés ont
nommé & autoriſé des Plénipotentiaires , ſavoir :
Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
le ſieur Thomas , Baron de Fritſch , ſon Conſeiller
Privé ; & Sa Majeſté le Roi de Pruſſe, le ſieur
Ewald- Frederic de Hertzberg , ſon conſeiller Privé
d'Ambaſſade, leſquels , après s'etre duement
communiqué & avoir échangé leurs pleins pouvoirs
en bonne forme, ont arrêté , conclu & figné
les Articles ſuivans d'un Traité de paix.
JUIN. 1763 . 215
ARTICLE I. Il y aura une paix ſolide , une
amitié ſincère & un bon voifinage entre S. M. le
Roi de Pologne , Electeur de Saxe , & S. M. le
Roi de Pruſie & leurs Héritiers , Etats , Pays &
Sujets : & en conféquence , il y aura une amnif
tie générale & un oubli éternel de tout ce qui eſt
arrivé entre les hautes Parties contractantes , à
l'occaſion de la préſente guerre , de quelque nature
que cela puiſſe avoir été , & il ne ſera point
demandé de dédommagement de part& d'autre ;
ſous quelque prétexte ou nom que ce puiſſe être ,
mais toutes les prétentions réciproques , occafionnées
par cette guerre , demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties .
Les hautes Parties contractantes & leurs Héritiers
cultiveront à l'avenir entr'elles une bonne
harmonie & parfaite intelligence, en tâchant d'avancer
leurs intérêts réciproques , & d'écarter
tout ce qui pourroity nuire ou y donner la moindreatteinte
.
Sa Majeſté le Roi de Pruſſe promet en particulier
que , dans les occaſions qui ſe préſenteront de
pouvoir procurer des convenances à Sa Majefté
le Roi de Pologne , Electeur de Saxe , ou à la
Maiſon , ſans que ce ſoit aux dépens de Sadite
Majesté Pruſienne. Elle y contribuera avec le
plus grand zéle , & ſe concertera à cet effet avec
Sa Majesté Polonoiſe & avec leurs Amis communs
.
ART . II . Toutes les hoftilités ceſſeront entiérement
à compter du II Février incluſivement ;
&depűis le même jour Sa Majesté Pruſſienne fera
ceffer entiérement & pleinement toutes contributions
ordinaires & extraordinaires , toutes livraiſons
de proviſions de bouche , fourrages , chevaux
& autre bérail ou autres effets ; toutes demandes
216 MERCURE DE FRANCE.
1
de recrues , valets , travailleurs & voitures , &
généralement toutes fortes de preſtations , de
quelque nature & dénomination qu'elles puiffent
être , & fous quelque titre ou prétexte qu'elles
foient demandées & éxigées , comme auſſi toute
coupe de bois & autres endommagemens dans
tout l'Electorat de Saxe & toutes les parties &
dépendances , y compris la Haute & Balle- Luface.
Si les ordres que Sa Majeſté le Roi de Pruſſe a
donnés là-deſſus, n'étoient pas parvenus leditjour
en tous les endroits occupés par les Troupes de
Sa Majesté Pruſſienne , & que par cette raiſon ,
ou fous d'autres prétextes , il dût arriver qu'on
eût encore pris ou éxigé des caiſſes ou des Sujets
de Sa Majeſté Polonoiſe quelque argent ou quelque
autre preſtation de quelque nature ou valeur
qu'elle pût être , ou qu'on eût cauſé d'autres
dommages , Sa Majesté Pruſſienne fera reſtituer
ſans délai tout ce qui auroit été pris ou éxigé ,
& bonifier toutdommage & perte. En conféquence
de cette ceſſation générale de toute forte de
preſtations , Sa Majesté Pruſſienne renonce également
à tous les arrérages des contributions , livraiſons
& autres preſtations antérieurement demandées
& éxigées , & déclare que toutes les
prétentions y relatives ſeront & demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties , de
forte qu'il n'en ſera jamais plus fait mention.
ART. III . Sa Majefté le Roi de Pruſſe promet
de commencer les diſpoſitions néceſſaires pour
une prompte évacuation de la Saxe , dès que le
préfent Traité ſera ſigné , & d'effectuer & achever
l'évacuation & la reſtitution de tous les Etats
& Pays , Villes , Places & Forts de S. M.Polonoiſe,
&généralement de toutes parties & dépen' ances
deldirs Etats que S. M. Polonoiſe a poſlédés avant
la
JUIN. 1763. 217
la préſente guerre , dans l'eſpace de trois ſemai
nes , à compter du jour de l'échange des ratificasions;
bien entendu que les Troupes de S. M.
l'Impératrice-Reine de Hongrie & de Bohême
évacueront toute la Saxe dans le même eſpace de
temps. Y
Dès le de Février , Sa Majeſté le Roi de
Pruffe fera nourrir ſes Troupes de ſes propres
magaſins ſans qu'elles foient à charge au pays ,
&on procédera inceſſamment au réglement des
routes que leſdites Troupes prendront en quittant
les Etats de Sa Majesté le Roi de Pologne ,
dans leſquelles elles ſeront conduites & logées
par les Commiſſaires nommés par Sa' Majeſté
Polonoile, qui auront pareillement ſoin des Vorfpanndont
les Troupes auront beſoin pour leurs
marches , &qui leur feront fournisgratuitement ,
à condition que ces Vorſpann ne feront obligés
depafler les frontières de Saxe , quejuſqu'au premier
gîte.
ART. IV. Sa Majesté le Roi de Pruſſe renverra
fans rançon & ſans délai tous lesGénéraux , Officiers
& Soldats de Sa Majesté le Roi de Pologne
, Electeur de Saxe , qui font encore priſonniers
de guerre , & les autres Sujets de Sa lite
Majesté Polonoiſe qui ne voudront pas reſter
dans le ſervice & dans les Etats de Sa Majeſté
Pruſſienne , bien entendu que chacun payera
préalablement les dettes qu'il aura contractées. I
Sadite Majeſté le Roi de Pruſſe rendra auffe
toute l'artillerie , appartenante à Sa Majeſté le
Roi de Pologne , qui ſe trouve encore en Saxe ,
&qui eft marquée aux armes de, Sadire Majesté
Polonoiſe.
En particulier les Villes de Léipfic , Torgau
&Wittemberg feront reftituées par rapport aux
K
218 MERCURE DE FRANCE.
fortifications , dans le même état où elles ſont à
préſent & avec l'artillerie qui s'y trouve marquée
aux armes de Sa Majesté Polonoife.
Sa Majesté Pruſſienne mettra auſſi en liberté
les otages& autres perſonnes qui ont été arrêtées
àl'occaſion de la préſente guerre , & fera rendre
tous les papiers qui appartiennent aux archives
de Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , ou aux autres bureaux du Pays , & à l'avenir
il n'en ſera rien allégué ou inféré contre
Sa Majeftéie Roi de Pologne , ni contre ſes Héritiers
& Etats.
ART . V. Le Traité de paix conclu à Dreſde le
25 Décembre 1745 eſt expreſſement renouvellé
&confirmé dans la meilleure forme & dans toute
fa teneur autant que le préſent Traité n'y dérogera
pas , & que les obligations y contenues ſeront
de nature à pouvoir encore avoir lieu .
ART . VI . Pour redreſſer réciproquement tous
les abus qui ſe ſont gliffés dans le commerce au
préjudice des Pays , Etats & Sujets reſpectifs des
hautesParties contractantes , on eft convenu que ,
d'abord après la paix conclue on nommera de
part & d'autre des Commiſlaires qui régleront
les affaires de Commerce fur des principes équitables
& réciproquement utiles.
ILferacaufli réciproquement adminiſtré bonne
& prompte juſtice à ceux des Sujets reſpectifs qui
aurontdesprocès&des prétentions liquides dans
1s Etats de l'une ou de l'autre Partie , & quand
il y en aura qui auront change ou voudrontencore
changer de domicile & paffer de la domination
de l'une fous celle de l'autre des hautes. Parties
contractantes , on ne leur fera point de difficulté
à cet égard.
ART. VII. Sa Majesté le Roi de Pruſſe conſent
1
JUIN. 1763 . 219
d'accéder & fera accéder ſes Sujets créanciers de
la Steuer de Saxe aux arrangemens qu'on prendra
inceſſamment par rapport aux intérêts à payer ,
& pour l'établiſſement d'un fonds d'amortiſſement
folide & durable ſans aucune préférence .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , affure & promet d'un autre côté que ,
conformément auxdits arrangemens , tous les
Sujets de Sa Majeſté Pruſſienne , qui ont ou auront
des capitaux dans la Steuer de Saxe , recevront
leurs intérêts exactement , & que les capitaux
leur feront auſſi rembourſés en entier , ſans
la moindre réduction ni diminution , & dans un
eſpacede temps raiſonnable.
ART . VIII . L'échange de la Ville & du Péage
de Furstenberg & du Village de Schildlo contre
un equivalent an Land und Leuten , ſtipulé dans
l'Article VII de la paix de Dreſde , ayant rencontré
beaucoup de difficultés dans l'éxécution , on
eſt ultérieurement convenu que pour le faciliter
la Ville de Furstenberg , avec ſes dépendances ſituées
en-deçà de l'Oder , ne ſera pas compriſe
dans ce troc & reſtera à Sa Majesté Polonoiſe
mais que d'un autre côté Sadite Majesté le Roi
de Pologne , Électeur de Saxe , cédera à S. M.
Pruſſienne non- ſeulement le Péage de l'Oder ,
qu'Elle a perçu juſqu'ici à Furstenberg , & le
Village de Schildlo avec ſes appartenances au-delà
de l'Oder , maisauſſi généralement tout ce qu'Elle
a poſſédé juſqu'ici des bords & rives de l'Oder ,
tant du côté de la Luſace que de celui de la Marche
, de forte que la rivière de l'Oder faſſe la limite
territoriale , & que la ſupériorité des deux
rives & bords de l'Oder , & de tout ce qui eſt audelà
de l'Oder du côté de la Marche , appartienne
déſormais en entier & excluſivement à Sa Majeſté
le Roi de Pruſſe , ſes Succeſſeurs & Héritiers à
perpétuité. Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Il eſt auſſi convenu que l'équivalent à donner à
Sa Majefté Polonoiſe ne pourra être évalué qu'à
proportion du revenu réel qu'Elle a tiré juſqu'ici
des poffeflions qu'Elle cédera àSa Majesté Pruffienne
, en conféquence de quoi Sa Majesté Polonoiſe
ſe contentera d'un équivalent an Landund
Leuten , dont le revenu réel ſeroit égal au revenu
réel des poſſeſſions qu'Eile cédera à Sa Majeſté
Brufſienne.
Au reſte dans tous les autres points relatifs à cet
échange , l'Article VII de la paix de Dreſde ſera
éxactement obſervé & éxécuté.
ART. IX. Sa Majeſté le Roi de Pruffe accorde
à Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , le libre paſſage en tout temps par la Siléfie
en Pologne , & renouvelle en particulier ce
qui a été ſtipulé là- deſſus dans l'Article X du Traitéde
paix conclu à Dreſde en 1745 .
ART. X. Les hautes Parties contractantes ſe gas
rantiſſent réciproquement l'abſervation & l'éx
cution du préſent Traité de paix , & tâcheront
d'en obtenir la garantie des Puillances avec lefquellesElles
font en amitié.
ART . XI . Le préſent Traité de paix ſera ratifié
de part & d'autre , & les ratifications feront expédiées
en bonne & due forme ,& échangéesdans
F'eſpace de quinze jours , ou plutôt fi faire ſe
peut , àcompter du jour de leur ſignature.
En foi de quoi , les ſouſſignés Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe, & de Sa Majesté le Roi de Pruſſe , en vertu
de leurs pleins pouvoirs , ont ſigné le préſent
Traité de paix , & y ont fait appoſer les cachets
de leurs armes.
Fait au Château de Hubertzbourg , le is Février
1763.
THOMAS, BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD-FREDERIC DE HERTZBERG .
JUI N. 1763 . 221
ARTICLES SÉPARÉS.
ART. I. On est convenu que dans les arrérages
ou autres preſtations arriérées , qui devront
ceffer du II Février 1763 , ne ſera pascompris ce
qui eſt encore dû fur les lettres de change & autres
engagemens par écrit , énoncés dans la ſpécification
ci -jointe ,que Sa Majeſté le Roide Pruſſe
ſe réſerve expreffément , & que Sa Majesté le Roi
dePologne promet de faire acquitter éxactement ,
&ſelon la teneur deſdites lettres de change &
autres engagemens par écrit donnés là-deſſus ,
ſans le moindre rabais ou défalcation , & dans
les monnoiesy promiſes.
ART. II . Pour ne laiſſer aucun doute ſur la
rrature& la ſolidité des arrangemens à prendre
fur les affaires de la Steuer , dont il a été fait
mention dans l'Article VII du Traité de paix ,
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
déclare qu'Elle prendra des arrangemens pour
qu'aucun des créanciers de la Steuer ne perde
riende ſon capital.
Qu'il eſt impoſſible de leur payer les intérêts
arriérés après que tous les revenus du pays ont
été notoirement abſorbés par les calamités de
laguerre.
Que la même raiſon doit valoir pour l'année
préſente après toutes les charges auxquelles le
pays a déja été obligé de fournir.
Mais qu'à l'avenir Sa Majeſté prendra inceſſam.
ment avec les Etats de la Saxe , aſſemblés en
Diéte , les arrangemens néceſſaires pour établir
un fonds prélevable ſur les revenus les plus clairs
du pays , lequel ſera , 10. principalement employé
pour payer éxactement les intérêts qui ne
pourront pas être fixés au-deſſous de trois pour
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
cent , tout comme ils ne pourront pas paffer lefdits
trois pour cent. 2°. Que le reſte fera le fonds
d'amortiſſement pour l'acquit ſucceſſif des capitaux
, qui augmentera à proportion de l'acquit
des capitaux & de la diminution des intérêts , &
dont la diſtribution ſe fera annuellement par le
fort , ſans aucune préférence pour perſonne à
quelque titre que ce ſoit. 30. Que l'adminiſtration
dudit fonds total deſtiné au payement des
intérêts & au rembourſement des capitaux ſera
fixée en la ſuſmentionnée Diete prochaine des
Etats de Saxe , de façon qu'il s'y trouve pleine
sûreté , Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , promettant de donner là-deſſus
toutes les aſſurances convenables.
ART. III. Il a été convenu & arrêté que les
titres employés ou omis de part & d'autre à
l'occaſion de la préſente négociation dans les
pleins pouvoirs & autres actes , ou partout ailleurs
, ne pourront être cités ou tirés à conféquence
, & qu'il ne pourra jamais en réſulter
aucun préjudice pour aucune des Parties intéreffées.
Les trois préſens Articles ſéparés auront la
même force que s'ils étoient mot à mot inférés
dans le Traité principal , & ils ſeront également
ratifiés des deux hautes Parties contractantes .
En foi de quoi les ſouſſignés , Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Électeur de
Saxe , & de Sa Majeſte le Roi de Pruſſe , ont
ſigné ces préſens Articles ſéparés , & y ont fait
appoſer les cachets de leurs armes.
• Fait au Château de Huberzbourg le is Février
1763.
THOMAS , BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD- FRÉDÉRIC DE HERTZBERG ,
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Résumé : TRAITÉ de paix conclu entre sa Majesté le Roi de POLOGNE, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de PRUSSE, au Château de Hubertzbourg, le 15 Février 1763.
Le traité de paix de Hubertusbourg, signé le 15 février 1763 entre le Roi de Pologne, Électeur de Saxe, et le Roi de Prusse, vise à mettre fin aux conflits et à rétablir la paix et l'amitié entre les deux monarchies. Les points essentiels du traité incluent : 1. **Paix et amitié** : Une paix durable et une amitié sincère doivent prévaloir entre les deux souverains et leurs héritiers, avec une amnistie générale et un oubli des événements de la guerre. Aucune demande de dédommagement ne sera faite. 2. **Cessation des hostilités** : Toutes les hostilités doivent cesser à partir du 11 février 1763. La Prusse cessera toutes contributions et prestations en Saxe et restituera les sommes prises ou exigées. 3. **Évacuation de la Saxe** : La Prusse doit commencer les dispositions pour évacuer la Saxe dans les trois semaines suivant la ratification du traité. Les troupes prussiennes et celles de l'Impératrice-Reine de Hongrie et de Bohême doivent quitter la Saxe dans le même délai. 4. **Restitution des prisonniers et des biens** : La Prusse doit libérer sans rançon tous les prisonniers de guerre saxons et restituer l'artillerie saxonne. Les villes de Leipzig, Torgau et Wittenberg doivent être restituées avec leurs fortifications. 5. **Renouvellement des traités antérieurs** : Le traité de paix de Dresde de 1745 est renouvelé et confirmé, sauf en ce qui concerne les dispositions contraires au présent traité. 6. **Commerce et justice** : Des commissaires seront nommés pour régler les abus dans le commerce et administrer justice aux sujets des deux parties. Les sujets qui changent de domicile ne rencontreront pas de difficultés. 7. **Affaires de la Steuer** : La Prusse accepte les arrangements concernant les créanciers de la Steuer de Saxe, et la Saxe assure le remboursement des capitaux sans réduction. 8. **Échange territorial** : La ville de Fürstenberg reste à la Pologne, mais la Saxe cède le péage de l'Oder, le village de Schildlo et ses possessions sur les rives de l'Oder à la Prusse. Un équivalent en terres et en sujets sera donné à la Saxe. 9. **Passage en Silésie** : La Prusse accorde à la Pologne le libre passage en Silésie. 10. **Garantie du traité** : Les deux parties se garantissent réciproquement l'observation et l'exécution du traité et chercheront la garantie des puissances amies. Le traité doit être ratifié et les ratifications échangées dans les quinze jours suivant la signature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1458
p. 225-229
De PARIS, le 18 Avril 1763.
Début :
Le 14 du mois dernier, l'Académie Françoise a élu l'Abbé de [...]
Mots clefs :
Académie française, Élection, Comte, Assemblée, Cardinal, Cérémonie, Ordonnance du roi, Régiments, Compagnie, Légion royale, Dragons, Grenadiers, Capitaine, Pensions militaires, Soldats, Guerre, Paix, Colonels, Infanterie, Procureur du roi, Académie royale, Bibliothèque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 18 Avril 1763.
De PARIS, le 18 Avril 1763.
Le 14 du mois dernier , l'Académie Françoiſe
a élu l'Abbé de Radonvilliers , Sous- Précepteur
de Mgr le Duc de Berri & de Mgr le Comte de
Provence, pour remplir la place vacante par la
mort du ſieur Carlet de Marivaux. Le 26 , certe
Académie tint une aſſemblée publique dans la-
Kv
226 MERCURE DE FRANCE .
1
quelle il prononcé ſon diſcours de réception,
Le Cardinalde Luynės a répondu au remerciment
de ce nouvel Académicien .
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſolemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
enmémoire de la réduction de cette Capitale
ſous l'obéillance de Henri IV. Le Corps de Ville
aſſiſta , ſelon l'uſage , à cette cérémonie.
,
:
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du
1 Mars 1763 concernant les troupes légéres ,
par laquelle Sa Majesté conſerve ſur pied quatre
légions de ces troupes , indépendamment
des Régimens des Volontaires de Clermont & de
Soubiſe , & fupprime le Régiment des Volontaires
Etrangers de Wurmſer & la Compagnie de
ChaffeursdePoncet. La Légion Royale ſera la premièredes
quatre que S. M. entretiendra,&elle conſervera
fon nom. La ſeconde ſera compoſée du Régimentdes
Volontaires de Flandres & de celui des
Volontaires du Dauphiné qui ſeront incorporés
enſemble: cette Légion ſera ſous la dénomination
de Légion de Flandre , & commandée par
le Chevalier de Jaucourt. La troiſſéme , ſous la
dénomination de Légion du Haynaut , & commandée
par le ſieur de Grandmaiſon , ſera
compoſéedu Régiment des Volontaires du Haynaut
& de celui des Volontaires d'Auſtraſie qui
feront incorporés enſemble. Le Régiment de Dragons
chaſſeurs de Conflans ſera à l'avenir ſous
la dénomintion de Légion de Conflans , & formera
la quatriéme Légion. Ces Légions ou Régimens
continueront de marcher entr'eux ſuivant
le rang dont ils jouiſſent actuellement.
Chaque Légion ſera compoſée en tout temps de
dix-ſept compagnies , dont une de Grenadiers ,
huisde Fufiliers & huit de Dragons ; & chacun
JUIN. 1763 . 227
des Régimens des Volontaires de Clermont St.
de Soubiſe de neuf Compagnies , dont une de
Grenadiers , quatre de Fuſiliers & quatre de Dragons.
Indépendamment de pluſieurs autres difpoſitions
contenues dans cetteOrdonnance , relativement
à la ſuppreſſion de certaines places &
àla créationde quelques autres , à l'ordre quidoit
être obſervé dans chaque Compagnie , au choix
des Officiers , à la manutention de la caiffe
terme des engagemens , &c. Sa Majesté a réglé
une paye de paix & une paye de guerre de
la manière ſuivante .
,
au
COMPAGNIES DE GRENADIERS. A chaque
Capitaine , 2000 1. par an enpaix , & 3000l. en
guerre, à chaque Lieutenant , 900l . en paix, &
1200 1. en guerre , à chaque Sous- Lieutenant ,
600 l. en paix , & 900 1. en guerre , à chaque
Sergent , 222 1. en paix , & 228 1. en guerre ; à
chaque Fourrier, 180 1. en paix, & 186 1. en guerre
; à chaque Caporal , 156 1. en paix , & 162 1.
en guerre ; à chaque appointé , 1381, en paix , &
144 1. en guerre ; à chaque Grenadier & au Tambour
, 120 1. en paix , & 126 1. en guerre. Сом-
PAGNIES DE FUSILIERS . A chaque Capitaine ,
1500 1. en paix , & 2400 l. en guerre , à chaque
Lieutenant , 600.1. en paix , & 1000 l. en guerre;
à chaque Sous - Lieutenant , 5401. en paix , & 800
1. en guerre ; à chaque Sergent , 204 1. en paix ,
& 210 1. en guerre ; à chaque Fourrier , 162 l. en
paix , & 168 1. en guerre ; à chaque Caporal, 138
1. en paix,& 144 1. en guerres à chaqueAppointé,
120 1. en paix & 126 1. en guerre , à chaque Fufilier
& Tambour, 102 1. en paix , & 108 1. en
guerre. COMPAGNIES DE DRAGONS. A chaque
Capitaine , 1800 1. en paix , & 3600 l . en guerre;.
à chaque Lieutenant , 800 1. en paix , & 10001.
en guerre , à chaque Sous - Lieutenant , soul. en
228 MERCURE DE FRANCE,
paix , & 800 1. en guerre ; à chaque Maréchaldes
Logis, 216 1. en paix , & 252 1. en guerre ; à
-chaque Fourrier , 189 1. en paix,& 225 l. enguerre;
à chaque Brigadier , 135 1. en paix, & 171 1.
en guerre, àchaque Dragon ou Tambour , 117
1. en paix , & 1.53 1. en guerre. ETAT- MAJOR. AU
Colonel de Chaque Légion & au Colonel-Lieutenant
du Réglement des Volontaires de Clermont
, 4500 l . en paix , & 6000 l. en guerre; au
Colonel du Régiment des Volontaires de Soubiſe ,
2400 1. en tout temps , au Colonel en ſeconddudit
Régiment , 2100 1. en paix, & 3600 l. en guerre
; au Colonel-Commandant de chaque Légion
3600 1. en paix, 5400.1. en guerre; à chaque Lieutenant-
Colonel , 35001. en paix, & 5400 l. en
guerre,à chaque Major , 2880 1. en paix , & 4000
I. en guerre, à chaque Aide- Major d'Infanterie ,
avec commiffion de Capitaine , 1500 1. en prix , &
2400 l. en guerresà chaque Aide- Major d'Infanterie,
ſans commiſſion de Capitaine , 900 l . en paix ,
&1800 1. enguerre , à chaque Aide - Major de
-Dragons , avec commiſſion de Capitaine , 18001.
en paix, & 3000l . en guerre , à chaque Aide- Ma
jor de Dragons , ſans commiſſion de Capitaine',
1500 1. en paix , & 2000l. en guerre ; au Sous-Aide-
Major d'Infanterie , qui ſera créé en tempsde
guerre, 1200l.au Sous-Aide Major deDragonsqui
fera créé en tempsde guerre 12001. au Tréſorier ,
en temps deguerre ſeulement , 3000 l . au Quartier
Maître , en tems de guerre ſeulement 800 L.
àl'Aumônier&au Chirurgien en temps de guerre
feulement, sool.
Suivant la même Ordonnance , les Officiers réformés
jouïront annuellement en appointemens,
ſçavoir , les Colonels , de 3600 1. les Colonels-
Commandans , de 2000 l. les Lieutenans-Colo
JUI N. 1763 . 229
nels , de 1200 l . les Majors & les Commandansde
l'Infanterie , de 800 1. les Capitaines des Grenadiers
, de 600 l. ceux de Fuſiliers , de soo 1. les
Capitaines en ſecond , & les Aides - Majors d'Infanterie
, de 4001, les Capitaines des Dragons ,
de soo l . les Capitaines en ſecond , & les Aides-
Majors de Dragons , de 4501. , les Lieutenans--
Colonels réformés ala ſuitedeſdits Corps, de 1200
1. les Capitaines réformés des Dragons , de so०
1. & ceux d'infanterie , de 400 l. Les Lieutenans
qui ont paflé par les grades de Sergent ou de
Maréchal des Logis , de 300 1. Les Sous- Lieutenans
, qui auront paſſé par les mêmes gardes , de
270 1. A l'égard des Lieutenans & Sous-Lieutenans
, qui n'auront point pallé par ces grades ,
mais qui ſe trouveront avoir ſervi au moins dıx
ans , ils jouiront auſſi en appointemens , ſçavoir ,
les Lieutenans , de 200 l.& les Sous- Lieutenans ,
de 150 l . Cette Ordonnance eſt terminée par l'état
de l'uniforme réglé par Sa Majeſté pour l'habillement&
l'équipementde ces troupes.
LE FEU SR MORIAU , Procureur du Roi &de
laVille , ayant légué par teſtament ſa Bibliothéque
à la Ville de Paris , à condition qu'elle ſeroit
publique , le ſieur de Viarmes , Prévôt des
Marchands & les Echevins ont accepté le legs ,
&en conféquence ont nommé pour Bibliothécaire
, le ſieur de Bonamy, de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , & pour Sous-
Bibliothécaire l'Abbé Ameithon . Ainfi cette Bibliotheque
, qui eſt placée à l'Hôtel de Lamoignon,
rue Pavée au Marais , a été ouverte au
Public pour la première fois le 13 de ce mois
après midi , & elle continuera de l'être tous les
Mercredis & Samedis de l'année juſqu'aux Vacances.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Le 14 du mois dernier , l'Académie Françoiſe
a élu l'Abbé de Radonvilliers , Sous- Précepteur
de Mgr le Duc de Berri & de Mgr le Comte de
Provence, pour remplir la place vacante par la
mort du ſieur Carlet de Marivaux. Le 26 , certe
Académie tint une aſſemblée publique dans la-
Kv
226 MERCURE DE FRANCE .
1
quelle il prononcé ſon diſcours de réception,
Le Cardinalde Luynės a répondu au remerciment
de ce nouvel Académicien .
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſolemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
enmémoire de la réduction de cette Capitale
ſous l'obéillance de Henri IV. Le Corps de Ville
aſſiſta , ſelon l'uſage , à cette cérémonie.
,
:
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du
1 Mars 1763 concernant les troupes légéres ,
par laquelle Sa Majesté conſerve ſur pied quatre
légions de ces troupes , indépendamment
des Régimens des Volontaires de Clermont & de
Soubiſe , & fupprime le Régiment des Volontaires
Etrangers de Wurmſer & la Compagnie de
ChaffeursdePoncet. La Légion Royale ſera la premièredes
quatre que S. M. entretiendra,&elle conſervera
fon nom. La ſeconde ſera compoſée du Régimentdes
Volontaires de Flandres & de celui des
Volontaires du Dauphiné qui ſeront incorporés
enſemble: cette Légion ſera ſous la dénomination
de Légion de Flandre , & commandée par
le Chevalier de Jaucourt. La troiſſéme , ſous la
dénomination de Légion du Haynaut , & commandée
par le ſieur de Grandmaiſon , ſera
compoſéedu Régiment des Volontaires du Haynaut
& de celui des Volontaires d'Auſtraſie qui
feront incorporés enſemble. Le Régiment de Dragons
chaſſeurs de Conflans ſera à l'avenir ſous
la dénomintion de Légion de Conflans , & formera
la quatriéme Légion. Ces Légions ou Régimens
continueront de marcher entr'eux ſuivant
le rang dont ils jouiſſent actuellement.
Chaque Légion ſera compoſée en tout temps de
dix-ſept compagnies , dont une de Grenadiers ,
huisde Fufiliers & huit de Dragons ; & chacun
JUIN. 1763 . 227
des Régimens des Volontaires de Clermont St.
de Soubiſe de neuf Compagnies , dont une de
Grenadiers , quatre de Fuſiliers & quatre de Dragons.
Indépendamment de pluſieurs autres difpoſitions
contenues dans cetteOrdonnance , relativement
à la ſuppreſſion de certaines places &
àla créationde quelques autres , à l'ordre quidoit
être obſervé dans chaque Compagnie , au choix
des Officiers , à la manutention de la caiffe
terme des engagemens , &c. Sa Majesté a réglé
une paye de paix & une paye de guerre de
la manière ſuivante .
,
au
COMPAGNIES DE GRENADIERS. A chaque
Capitaine , 2000 1. par an enpaix , & 3000l. en
guerre, à chaque Lieutenant , 900l . en paix, &
1200 1. en guerre , à chaque Sous- Lieutenant ,
600 l. en paix , & 900 1. en guerre , à chaque
Sergent , 222 1. en paix , & 228 1. en guerre ; à
chaque Fourrier, 180 1. en paix, & 186 1. en guerre
; à chaque Caporal , 156 1. en paix , & 162 1.
en guerre ; à chaque appointé , 1381, en paix , &
144 1. en guerre ; à chaque Grenadier & au Tambour
, 120 1. en paix , & 126 1. en guerre. Сом-
PAGNIES DE FUSILIERS . A chaque Capitaine ,
1500 1. en paix , & 2400 l. en guerre , à chaque
Lieutenant , 600.1. en paix , & 1000 l. en guerre;
à chaque Sous - Lieutenant , 5401. en paix , & 800
1. en guerre ; à chaque Sergent , 204 1. en paix ,
& 210 1. en guerre ; à chaque Fourrier , 162 l. en
paix , & 168 1. en guerre ; à chaque Caporal, 138
1. en paix,& 144 1. en guerres à chaqueAppointé,
120 1. en paix & 126 1. en guerre , à chaque Fufilier
& Tambour, 102 1. en paix , & 108 1. en
guerre. COMPAGNIES DE DRAGONS. A chaque
Capitaine , 1800 1. en paix , & 3600 l . en guerre;.
à chaque Lieutenant , 800 1. en paix , & 10001.
en guerre , à chaque Sous - Lieutenant , soul. en
228 MERCURE DE FRANCE,
paix , & 800 1. en guerre ; à chaque Maréchaldes
Logis, 216 1. en paix , & 252 1. en guerre ; à
-chaque Fourrier , 189 1. en paix,& 225 l. enguerre;
à chaque Brigadier , 135 1. en paix, & 171 1.
en guerre, àchaque Dragon ou Tambour , 117
1. en paix , & 1.53 1. en guerre. ETAT- MAJOR. AU
Colonel de Chaque Légion & au Colonel-Lieutenant
du Réglement des Volontaires de Clermont
, 4500 l . en paix , & 6000 l. en guerre; au
Colonel du Régiment des Volontaires de Soubiſe ,
2400 1. en tout temps , au Colonel en ſeconddudit
Régiment , 2100 1. en paix, & 3600 l. en guerre
; au Colonel-Commandant de chaque Légion
3600 1. en paix, 5400.1. en guerre; à chaque Lieutenant-
Colonel , 35001. en paix, & 5400 l. en
guerre,à chaque Major , 2880 1. en paix , & 4000
I. en guerre, à chaque Aide- Major d'Infanterie ,
avec commiffion de Capitaine , 1500 1. en prix , &
2400 l. en guerresà chaque Aide- Major d'Infanterie,
ſans commiſſion de Capitaine , 900 l . en paix ,
&1800 1. enguerre , à chaque Aide - Major de
-Dragons , avec commiſſion de Capitaine , 18001.
en paix, & 3000l . en guerre , à chaque Aide- Ma
jor de Dragons , ſans commiſſion de Capitaine',
1500 1. en paix , & 2000l. en guerre ; au Sous-Aide-
Major d'Infanterie , qui ſera créé en tempsde
guerre, 1200l.au Sous-Aide Major deDragonsqui
fera créé en tempsde guerre 12001. au Tréſorier ,
en temps deguerre ſeulement , 3000 l . au Quartier
Maître , en tems de guerre ſeulement 800 L.
àl'Aumônier&au Chirurgien en temps de guerre
feulement, sool.
Suivant la même Ordonnance , les Officiers réformés
jouïront annuellement en appointemens,
ſçavoir , les Colonels , de 3600 1. les Colonels-
Commandans , de 2000 l. les Lieutenans-Colo
JUI N. 1763 . 229
nels , de 1200 l . les Majors & les Commandansde
l'Infanterie , de 800 1. les Capitaines des Grenadiers
, de 600 l. ceux de Fuſiliers , de soo 1. les
Capitaines en ſecond , & les Aides - Majors d'Infanterie
, de 4001, les Capitaines des Dragons ,
de soo l . les Capitaines en ſecond , & les Aides-
Majors de Dragons , de 4501. , les Lieutenans--
Colonels réformés ala ſuitedeſdits Corps, de 1200
1. les Capitaines réformés des Dragons , de so०
1. & ceux d'infanterie , de 400 l. Les Lieutenans
qui ont paflé par les grades de Sergent ou de
Maréchal des Logis , de 300 1. Les Sous- Lieutenans
, qui auront paſſé par les mêmes gardes , de
270 1. A l'égard des Lieutenans & Sous-Lieutenans
, qui n'auront point pallé par ces grades ,
mais qui ſe trouveront avoir ſervi au moins dıx
ans , ils jouiront auſſi en appointemens , ſçavoir ,
les Lieutenans , de 200 l.& les Sous- Lieutenans ,
de 150 l . Cette Ordonnance eſt terminée par l'état
de l'uniforme réglé par Sa Majeſté pour l'habillement&
l'équipementde ces troupes.
LE FEU SR MORIAU , Procureur du Roi &de
laVille , ayant légué par teſtament ſa Bibliothéque
à la Ville de Paris , à condition qu'elle ſeroit
publique , le ſieur de Viarmes , Prévôt des
Marchands & les Echevins ont accepté le legs ,
&en conféquence ont nommé pour Bibliothécaire
, le ſieur de Bonamy, de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , & pour Sous-
Bibliothécaire l'Abbé Ameithon . Ainfi cette Bibliotheque
, qui eſt placée à l'Hôtel de Lamoignon,
rue Pavée au Marais , a été ouverte au
Public pour la première fois le 13 de ce mois
après midi , & elle continuera de l'être tous les
Mercredis & Samedis de l'année juſqu'aux Vacances.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
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Résumé : De PARIS, le 18 Avril 1763.
En avril 1763, l'Académie Françoise a élu l'Abbé de Radonvilliers pour succéder à Marivaux. Le 26 avril, l'Abbé a prononcé son discours de réception lors d'une assemblée publique, auquel le Cardinal de Luynes a répondu. Le 22 avril, une procession solennelle a commémoré la réduction de Paris sous l'obéissance de Henri IV, en présence du Corps de Ville. Le 1er mars 1763, une ordonnance royale a réorganisé les troupes légères. Le roi a décidé de maintenir quatre légions de troupes légères, en plus des régiments des Volontaires de Clermont et de Soubise, et de supprimer le régiment des Volontaires Étrangers de Wurmser et la compagnie des Chauffeurs de Poncet. Les légions sont nommées Légion Royale, Légion de Flandre, Légion du Hainaut et Légion de Conflans. Chaque légion est composée de dix-sept compagnies, incluant des grenadiers, fusiliers et dragons. Les régiments des Volontaires de Clermont et de Soubise comptent neuf compagnies chacun. L'ordonnance régit également les soldes de paix et de guerre pour les différents grades des compagnies de grenadiers, fusiliers et dragons, ainsi que pour l'état-major. Les officiers réformés recevront des appointements annuels en fonction de leur grade. L'ordonnance précise aussi l'uniforme des troupes. Par ailleurs, le sieur Moriau, ancien Procureur du Roi et de la Ville, a légué sa bibliothèque à la Ville de Paris à condition qu'elle soit publique. La bibliothèque, placée à l'Hôtel de Lamoignon, a été ouverte au public le 13 avril et le sera tous les mercredis et samedis jusqu'aux vacances. Le sieur de Bonamy et l'Abbé Ameithon ont été nommés bibliothécaire et sous-bibliothécaire respectivement.
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1459
p. 68-84
SUITE du second Livre de la PHARSALE.
Début :
Tandis que ces choses se passoient dans Rome, Pompée à la tête d'une multitude [...]
Mots clefs :
Guerre, Fortune, Guerre, Flots, Fleuves, Passage, Livre, Cote, Rochers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du second Livre de la PHARSALE.
SUITE du fecond Livre de la
PHARSALE.
Tandis que ces chofes fe paffoient dans
Rome , Pompée à la tête d'une multitude
tremblante avoit gagné les murs de
Capoue : il y établit le fiége de la guerre ;
& pour s'oppofer aux entrepriſes de
Céfar , il envoya des Corps détachés
vers ces collines d'où l'Apennin s'éleve
& commande le vafte horizon .
D'un côté l'Apennin - touche aux Alpes
& domine la Gaule ; c'eft là qu'il
eft le plus voifin des Cieux : de l'autre
il s'étendoit autrefois jufques dans la
*Sicile ; mais depuis que les flots ont rompu
la chaîne , il fe termine au détroit de ·
Scylla. Ainfi la croupe de cette montagne
chargée de noires forêts de pins ,
fe prolonge à travers les contrées du
Latium , entre la mer de Tirrhene &
le golfe Adriatique ; & des flancs de
JUILLET: 1763. 69
fes rochers coulent ces fleuves majeftueux
qui fe répandent dans l'Italie &
vont fe perdre dans les deux mers .
D'un côté fe précipitent le Metaure
fugitif, & l'impétueux Cruftume , & la
Senna , & le Sapis que l'Ifaure enfle de
fes eaux , & l'Aufidus dont la rapidité.
fend les ondes Adriatiques ; & Eridan
celui de tous les fleuves dont la
fource eft la plus féconde , l'Eridan
qui roule au fond des mers les forêts brifées
fur fon paffage , l'Eridan , qui femble
épuifer toutes les eaux de l'Italie .
Ce fleuve égaleroit le Nil , fi comme le
Nil, il pouvoit s'étendre & fe repofer
fur de vaftes plaines ; il égaleroit le Danube
, fi le Danube en parcourant le
monde , ne fe groffiffoit des torrens qu'il
rencontre , & qu'il entraine avec lui dans
Euxin. L'Eridan fut le premier des
fleuves , dit la fable , dont le Peuplier
couronna les bords. Ce fut dans fon
fein que tomba Phaëton , lorfqu'ayant
pris en main les rênes brûlantes des courfiers
du jour , il s'écarta de la route prefcrite.
La terre étoit embrafée jufques.
dans fes entrailles ; tous les fleuves étoient
défféchés ; l'Eridan lui feul fut capable
d'éteindre les flammes du char du Soleil.
70 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux qui coulent fur la pente oppofée
, forment le Vulturne rapide , &
le Sarné nébuleux , & le Liris , qui coulé
à l'ombre des forets de Marice , &
le Siler , qui arrofe les fertiles champs de
Salerne , & le Macre , qui roule fur des
écueils jufqu'au port de Lune voifin
de fa fource , fans pouvoir porter une
barque légère ; & le Rutube aux bords
efcarpés , & le Tibre qui donne la loi
à tous les fleuves de l'Univers. Céfar
qui refpire la guerre , & qui ne fe plaît
à marcher que par des chemins arrofés
de fang , gémit de trouver l'Italie ouverte.
Il fe flatoit que Pompée lui difputeroit
le paffage & que des débris
marqueroient fes pas. On lui ouvre les
portes ; il voudroit les rompre le laboureur
tremblant lui laiffe envahir fes
campagnes ; c'eft par le fer , c'eft par
la flamme qu'il eut voulu les ravager
if rougit de fuivre une route permife ,
& de paroître encore. Citoyen .
Les Villes d'Italie incertaines &
chancelantes entre la crainte & le devoir
, n'attendent pour fe livrer à lui
que les approches de la guerre ; cependant
leur frayeur fe déguiſe fous l'appareil
d'une longue défenfe . On éléve
des remparts , on creufe des foffés , on
JUILLET. 1763. 71
prépare fur le haut des tours de lourdes
maffes de rochers & des machines à
lancer les traits pour accabler les affiégeans
. Le peuple penche du côté de
Pompée , & la fidélité qu'il lui doit
balance l'effroi que Céfar infpire.
Ainfi lor que le bruyant Aufter s'eft
emparé de l'Océan , toutes les vagues
lui obéiffent . Si la terre alors entr'ouverte
d'un fecond coup du trident d'Eole
, lance l'Aquilon fur les flots agités ,
quoique pouffés par un vent nouveau ,
c'eft au premier qu'ils cédent encore ;
& tandis que l'Aquilon domine au Ciel
& commande aux nuages , le feul Aufter
régne fur les eaux.
,
Mais il étoit facile à la terreur de changer
les efprits
& la foi qu'ils gardoient
à Pompée étoit flottante comme
fa fortune. Bientôt la fuite de Libon
laiffa l'Hétrurie fans défenſe : Thermon
abandonna l'Ombrie : Sylla qui
n'eut dans les guerres civiles ni le courage
ni le bonheur de fon père , prit
la fuite au nom de Céfar : à peine quelquesTroupes
légères menacent les murs.
d'Auximon , Varus en fort épouvanté ,
jette l'allarme dans les Villes voifines
& s'échape à travers les forêts : Lentu- .
lus chaffé & Afculum , & fuivi de près
72 MERCURE DE FRANCE .
dans fa fuite , voit fes cohortes difperfées
le laiffer feul avec fes drapeaux ,
& fe tourner du côté du vainqueur :
tói , Scipion , tu vas bientôt livrer les
murs de Lucère confiés à tes foins , ces
murs défendus par la plus vaillante jeureffe.
Pompée a furtout mis fon efpoir
dans la réfiftance de Corfinium que Domitius
défend avec dix cohortes. Céfar
y
L
marche , & Domitius voyant à travers
un nuage immenfe de pouffière ,
les rayons du foleil réfléchis par le brillant
acier des armées, » A moi , compa-
" gnons , s'écria-t- il , courez au fleuve ,
coupez le pont. Dieux , faites que ce-
» torrent lui-même enfle fes eaux pour
» le brifer. Que ce foit ici le terme de
» la guerre ; qu'ici du moins l'ardeur
» de l'ennemi fe ralentiffe , & fe con-
» fume en longs efforts : retardons fes
progrès rapides : ce fera pour nous
une victoire que d'avoir les premiers
arrêté Céfar. Il n'en dit pas davantage,
& les cohortes à fa voix accourent au
fleuve ; il n'eft plus temps . Cefar qui
s'avance & qui voit de loin qu'on veut
lui couper le paffage , s'écrie enflammé
de colère : » Hé quoi , lâches , ce n'eſt
» pas affez des murs ténébreux qui vous
a couvrent fi des fleuves ne nous féparent
,
t
JUILLET. 1763. 73
,
parent , vous tremblez ! vos efforts
font vains. Le Gange même , le Gan-
» ge débordé feroit une foible bar-
» rière. Céfar a paffé le Rubicon il
» n'eft plus de fleuve qui l'arrête. Mar-
» chez amis que la Cavalerie s'élance ,
» que l'Infanterie fe précipite fur ce pont
» qui va s'écrouler «. A peine il a donné
l'ordre , on lache la bride aux courfiers
la plaine fuit fous leurs pas rapides ; les
bras nerveux des archers font voler audelà
du fleuve une grêle de dards ; le
pont eft abandonné ; Céfar s'en empare
, il le traverfe , & chaffe l'ennemi
jufques dans fes murs. Il fait conftruite
des tours affez fortes pour porter d'énormes
fardeaux , & des toits fous lefquels
fes foldats foient à couvert au
pied des murailles . Mais tandis que l'affaut
fe prépare , ô crimel â trahifon !
?
les portes s'ouvrent, & les foldats de Domitius
le traînent captif aux pieds de Céfar,
aux pieds d'un Citoyen fuperbe.
Domitius loin de laiffer abattre par le
malheur la noble fierté de fon âme
préfente à la mort un front menaçant.
Céfar fçait bien qu'il la defire , & qu'il
ne craint que le pardon, a Vis , malgré
» toi , lui dit-il , & vois le jour que
" Céfør te hilfe. Sois pour les nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
" vaincues l'exemple & le gage de ma
» clémence. Tu es libre , tu peux ten-
» ter de nouveau contre moi le fort des
» armes , & s'il me livre jamais en tes
mains , je te difpenfe du retour. « A
ces mots , il ordonna que fes liens fuffent
rompus.
Quelle honte la fortune eût épargnée
à ce Romain s'il eût obtenu le
trépas ! Sans doute le dernier fupplice
pour un Citoyen fut de s'entendre pardonner
d'avoir fuivi Pompée & le Sénat
, fous les drapeaux de la patrie .
Domitius cependant diffimule & renferme
fa rage ; mais bientôt livré à luimême
, " Malheureux ! dit- il , irai-je
" cacher ma honte au fein de Rome , à
» l'ombre de la paix ? fuirai-je les dan-
»gers de la guerre , moi qui rougis de
»voir le jour ? précipitons-nous à tra-
» vers mille morts courons au terme
» d'une vie odieufe & rejettons ce bien-
»" fait de Céfar.
Pompée qui n'étoit pas inftruit du
malheur de Domitius fe preparoient à
le foutenir. Réfolu de marcher le jour
fuivant , il crut devoir éprouver le zéle
de fes Troupes , & d'une voix qui imprimoit
le refpect , » Vengeurs des forfaits
, leur dit-il , défenfeurs de la caufe
JUILLET. 1763. 75
publique , feule armée de vrais Ro-
» mains , vous à qui le Sénat donne à
foutenir , non l'ambition d'un feul
» homme , mais les droits , la liberté
» de tous ; faites des voeux pour le combat.
Le fer & le feu ravagent l'Hef-
» perie , les Gaulois defcendent comme
» un torrent du fommet des Alpes , le
fang Remain à déja fouillé le glaive
» de Cefar graces aux Dieux , c'eſt
» nous qui avons reçu les premiers ou-
" trages de la guerre ; c'eft fur l'agref
feur que le cime en retombe ; & Rome
qui daigne me confier fes droits
nous en demande le châtiment. Ce
n'eft point un jufte ennemi que nous
allons combattre ; c'eft un Citoyen
rebelle & perfide que nous allons pu-
» nir ; & fon attentat mérite auffi peu
» le nom de guerre que le complot
» de Catilina , lorfqu'avec Lentulus &
» Cethegus fes conjurés , il réfolut d'em-
» brafer Rome. O Céfar , quelle rage
»
t'aveugle toi , que le deftin appel-
» loit au rang des Metellus & des Ca-
» milles , tu préferes de groffir le nom-
" bre des Marius & des Cinna ! Viens
» donc périr comme Lepide , Carbon ,
» Sertorius ont péri . Encore eft- ce
» m'avilir que de tourner contre toi mes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
armes je rougis que Rome occupe
» mes mains à terraffer un furieux, Que
» n'est-il revenu vainqueur des Partes
» ce Craffus qui nous délivra de Spar-
» tacus & de les complices ! ce feroit à
» lui de nous venger de tai, Mais puif-
»que les Dieux daignent l'accorder
» l'honneur de tomber fous mes coups ,
» tu vas éprouver fi les ans ont énervé
» mon bras , ou glasé le fang qui coule
» dans mes veines ; fi pour avoir fouf
» fert la paix , nous fommes effrayés
de la guerre. Laiffez , Romains , laif-
» fez croire à Céfar que Pompée et
» amoli par le repos ou abattu fous le
» poids des années : l'âge n'a rien déf
» frayant dans un Chef: marchez fans
» crainte fous un vieux guerrier contre
» une armée qu'un Soldat commande . Fe
» fuis arrivé au plus haut point de gran
» deur auquel un fimple Giroyen puiffe
» être élevé par un
» an, deffus de moi que
» la place d'un Tyran. Gelui qui dans
me na laiff
Peuple libre. Roat
veut me furpaffer n'afpire dong.
plus sau rang d'un Citoyen mais d'un
» Monarque, Auffi voyez-vous dans
» mon armée tout ce que Rome a de
plus illuftre , les Pères de la Patrie ,
» les Confuls eux- mêmes fous les drae
JUILLET. 1763. 77
" peaux de la liberté . Lequel des deux
» fera vainqueur ou de Céfar ou du Sé-
» nat ? J'ofe craite que la fortune auroit
» honte de balancer. Et de quoi s'en-
» orgueillit ce jeune audacieux ? Eft-ce
» d'avoir employé dix ans à conquérir
" la Gaule Effce d'avoit abandonné
» honteufement les bords du Rhin ?
» Eft- ce d'avoir été chaffé du rivage Bri-
» tannique, & d'avoir attribué le mauvais
» fuccès de fa folle entreprife aux obf-
» tacles d'une mer inconftante & pleine
» d'écueils ? fon audace tiompheroit- elle
» de voir Rome entière fous les armes ,
» s'éloigner du fein de fes Dieux? Ahjeu-
» ne infenfe , connois mieux ce peuple :
» il ne te fuit pas , il me fuit ; il me fuit ,
» moi qui dans deux mois ai purgé la
» mer de pirates , moi qui plus heureux
» que Sylla , ai vu ce Mitridate qu'on
» ne pouvoit d'ompter , & qui depuis fi
longtems retardoit les deftins de Ro-
» me , errant dans les déferts du Bofpho-
" re & de la Scithie , réduit à fe don-
» ner la mort. Oui Romains , j'afe le
» dire pour juftifier votre confiance & la
» mienne . Fat porté la gloire de nos ar-
» mes dans tous les climats que le Soleif
» éclaire ; & la guerre civile eft la feule
» que j'aye laiffée à faire à Céfar.
"
D iij
78. MERCURE DE FRANCE.
Cette harangue ne fut point fuivie
de l'acclamation des Cohortes : elles ne
demanderent point le fignal du combat
qu'on leur annonçoit. Pompée luimême
intimidé par ce filence , crut .
devoir s'éloigner , plutôt que de courir .
les rifques d'un combat d'où dépendoit
le fort du monde , avec une armée .
déja vaincue au feul bruit du nom de
Céfar.
*
Tel qu'un Taureau chaffé des pâturages
par un Taureau plus vigoureux ,
va fe cacher au fond des forêts , & ne
revient tenter le combat que lorfque
fon front, que l'âge affermit , fe fent armé
de toutes fes forces. Tel Pompée.
trop foible encore pour réfifter & Céfar
, lui abandonne l'Italie , & fe retire
à travers les campagnes de la Pouille
dans les murs de Brundufium.
a
Cette Ville fut jadis habitée par
des
Crétois , qui s'étoient embarqués avec
Théfée , vainqueur du Minautore , &
que les Vaiffeaux Athéniens avoient
dépofés fur nos bords. Elle eft fituée
vers la pointe de l'Italie , au bord de la
mer Adriatique , fur une langue de terre
qui s'avance & fe courbe en croiffant
, comme pour embraffer les flots.
Ce feroit un port mal affuré, s'il n'étoit
JUILLET. 1763. 79
couvert par une Ifle dont les rochers
brifent l'effort des vents & des ondes .
Des deux côtés du port , la Nature a
élevé deux chaînes de montagnes qui
repouffent la mer , & qui défendent aux
vents orageux de troubler l'afyle des
Vaiffeaux que des cables tremblans y
retiennent. De-là , on gagne la pleine
mer, foit qu'on faffe voile vers l'Ifle
de Corcyre , foit que du côté de l'Illyrie
, on veuille arriver au Port d'Epidaure.
C'eſt le réfuge des Nochers, lorfque
tous les flots de la mer Adriatique
font foulévés ; que les nuages enveloppent
les montagnes de l'Epire , &
que l'Ifle de Safon difparoît fous les
vagues écumantes. Là , Pompée , qui
ne pouvoit plus compter fur l'Italie , ni
tranfporter la guerre en Efpagne , dont
il étoit féparé par la chaîne immenſe
des Alpes , dit à l'aîné de fes enfans :
» Allez , mon fils , parcourez le mon-
» de ; foulevez le Nil & l'Euphrate ;
» armez tous les Peuples à qui le nom
» de Pompée eft connu , toutes les Villes
où mes exploits ont rendu Rome
» recommandable ; que les Pirates de
" Cilicie abandonnent les champs que
» jeje leur ai donnés en partage , & fe
répandent de nouveau fur les mers
ค
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'où je les ai chaffés : appellez à mon
» fecours Ptolomée , dont je fus l'appui,
» & Tigrane , qui me doit fa Couron-
» ne , & Pharnace , que j'ai revêtu de
» la dépouille de fon père n'oubliez
» ni les habitans vagabonds de l'une &
» de l'autre Arménie , ni les Nations
" féroces qui occupent les bords de
» l'Euxin , ni celles qui couvrent les
» fommets du Riphée , ni celles qui
» voyagent fur les glaces du Palus Méo-
» tide : que vous dirai-je enfin ? Allu-
» mez la guerre dans tout l'Orient ;
» que tout ce que j'ai vaincu fur laterre
» embraffe ma défenfe , & que mes
»triomphes viennent groffir mon camp.
» Vous , Confuls , au premier fouffle
» de Borée , paffez en Epire ; allez
» amaffer de nouvelles forces dans les
» champs de la Grèce & de la Macé-
» deine , tandis que l'Hyver nous laif
» fe refpiter . Il commande ; on met
à la voile & on s'empreffe de lui
obéir.
Cependant Cefar qui ne peut laiffer
repofer les armes , pour ne pas donner
au fort le tems de changer , preffe Pompée,&
le fuit pas-à-pas.Tout autre quelui
feroit content d'avoir d'une première
courſe réduit tans de Villes, forcé tant de
JUILLET. 1763.
81
&
remparts , conquis fans obftacle certe
Reine du monde , cette Rome , le plus
haur prix que la Victoire ait jamais offert.
Mais Ceferqui ne perd jamais un inflanr ,
& qui ne compte avoir rien fait , tant
qu'il lui refte encore à faire ; Céfar s'attache
avec fureur à la pourfuite de fon
rival . Quoiqu'il pofféde route l'Tralie , fi
Pompée en occupe le rivage , il lui
femble qu'elle leur foit commune
fon chagrin ne peut ly fouffrir. C'eſt
peu de le chaffer de Italie , il veur lui
interdire les Mers ; & pour Nur couper
le paffage , il entreprend d'élever devant
le port , une barrière de rochers . Ces
immenfes travaux fent perdus ; les rochers
tombent , la mer les dévore , &
des montagnes entaffées font englouties
fous le fable . Cefarvoyant que ces
maffés énormes ne trouvoient pas de
fond qui les fourint , prit le parti de
faire abattre des forêts , & de lier les
arbres l'un à l'autre par des longues chat
nes. Xerxès autrefois , dit- on , fe fit
fur les flots une route femblable ; il joignit
l'Europe avec l'Afie par un pont
de vaiffeaux , & fur ce pont , it traverfa
le Bofphore à la tête de fon armée
lorfqu'il força la mer de porter fes voiles
autour du mont Athos. Ainfi les forêts
2
Dv
82. MERCURE DE FRANCE.
enchaînées & flottantes , ferment l'embouchure
du port où Céfar affiége Pompée.
Les travaux s'avancent , des remparts
s'élévent , & des tours mouvantes
femblent fortir des eaux.
Le
Pompée éffrayé de voir une terre nouvelle
s'éleverentre la mer & lui , cherche
avec une frayeur mortelle le moyen de
s'ouvrir un paffage, & d'affoiblir fon ennemi
en difperfant la guèrre fur des bords
éloignés. Il fait avancer contre la digue :
des navires armés que les vents pouffent ,
à pleines voiles ; les pierres , les dards ,
les torches allumées volent au milieu
des ténébres ; les ouvrages s'écroulent ,
& la mer eft ouverte. Pompée à la faveur
de la nuit , faifit enfin le moment de ,
s'échapper ; il défend que le fon de la,
trompette , le cri des matelots faffent
retentir le rivage , & que l'on donne le
fignal du départ . On n'entendit pas une
feule voix dans le moment qu'on dreffa
les mats , qu'on leva l'ancre , & qu'on
mit à la voile. Les Pilotes glacés de crain
te gardérent un profond filence ; les
Matelots fufpendus aux cordages , furent
même attentifs à ne pas les agiter , de
peur que le bruit excité dans l'air net
décelât l'évafion de la flotte. Emphol
Le Soleil entroit dans le figne, de las
JUILLET. 1763. 83
Balance lorfque Pompée partit de ces
bords. O Fortune il te demande
comme une faveur , de lui permettre
d'abandonner l'Italie puifque tu lui
défends de la conferver. A peine en-,
core les deftins y confentent : l'onde
entrouverte & refoulée par tant de vaiffeaux
qui la fillonnoient , fit entendre
un - long mugiffement . Alors les foldats'
de Céfar , à qui cette ville infidelle , &
qui changeoit avec la fortune , avoit ouvert
fes portes & livré fes murs , courent
à l'entrée du port par les deux ances qui
en forment l'enceinte , & ils frémiffent
de voir la flotté ennemie gagner la mer.
O comble d'orguei !! la fuite de Pompée
eft pour Cefar une foible victoire.
Le paffage étoit plus étroit que cefur
qui fépare l'Eubée de laBéorie :deux vaif
feaux s'y arrêtent , on les attire au bord ,
& là , pour la première fois , les flots de
la mer font rougis du fang de la guerre
civile. Le reste de la flotte s'échappe
& abandonne ces deux vaiffeaux.
Déja les couleurs dont brille l'Orient
annoncent le retour de l'aurore ; fa lu
mière eft teinte d'un rouge vermeil
fon éclat naiffant efface les étoiles voifines
la Pléyade commence à pâlir ,
l'Ourfe languiffante fe plonge dans l'azur
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
du Ciel , & Lucifer lui -même ſe dérobe
à l'éclat du jour. Toi Pompée, tu vogues
à voiles déployées ; mais tu n'as
plus avec toi cette fortune qui t'accompagnoir
, lonfque tu forçois les Pirates
à te céder l'empire des mers. Chaffé du
feir de ta patrie avec ton Epoufe & tes
Enfans, chargé de tes Dieux domeftiques,
& traînant la guèrre après toi ,
mais grand encore dans ton exil , tu
vois les peuples marcher à ta fuite : le
deftin femble chercher des régions
éloignées , pour y confommer l'horreur
de ta ruine : non que les Dieux veuillent
te refufer un tombeau dans les murs
qui t'ont vû naître ; mais en condamnant
l'Egypte à porter l'opprobre de ta
mort , ils ont fait grace à l'Italie. Ils
ordonnent à la fortune d'aller cacher
fon crime fous un Ciel étranger : ils
veulent épargner à Rome la douleur de
voir fes campagnes fouillées du fang de
fon Héros
PHARSALE.
Tandis que ces chofes fe paffoient dans
Rome , Pompée à la tête d'une multitude
tremblante avoit gagné les murs de
Capoue : il y établit le fiége de la guerre ;
& pour s'oppofer aux entrepriſes de
Céfar , il envoya des Corps détachés
vers ces collines d'où l'Apennin s'éleve
& commande le vafte horizon .
D'un côté l'Apennin - touche aux Alpes
& domine la Gaule ; c'eft là qu'il
eft le plus voifin des Cieux : de l'autre
il s'étendoit autrefois jufques dans la
*Sicile ; mais depuis que les flots ont rompu
la chaîne , il fe termine au détroit de ·
Scylla. Ainfi la croupe de cette montagne
chargée de noires forêts de pins ,
fe prolonge à travers les contrées du
Latium , entre la mer de Tirrhene &
le golfe Adriatique ; & des flancs de
JUILLET: 1763. 69
fes rochers coulent ces fleuves majeftueux
qui fe répandent dans l'Italie &
vont fe perdre dans les deux mers .
D'un côté fe précipitent le Metaure
fugitif, & l'impétueux Cruftume , & la
Senna , & le Sapis que l'Ifaure enfle de
fes eaux , & l'Aufidus dont la rapidité.
fend les ondes Adriatiques ; & Eridan
celui de tous les fleuves dont la
fource eft la plus féconde , l'Eridan
qui roule au fond des mers les forêts brifées
fur fon paffage , l'Eridan , qui femble
épuifer toutes les eaux de l'Italie .
Ce fleuve égaleroit le Nil , fi comme le
Nil, il pouvoit s'étendre & fe repofer
fur de vaftes plaines ; il égaleroit le Danube
, fi le Danube en parcourant le
monde , ne fe groffiffoit des torrens qu'il
rencontre , & qu'il entraine avec lui dans
Euxin. L'Eridan fut le premier des
fleuves , dit la fable , dont le Peuplier
couronna les bords. Ce fut dans fon
fein que tomba Phaëton , lorfqu'ayant
pris en main les rênes brûlantes des courfiers
du jour , il s'écarta de la route prefcrite.
La terre étoit embrafée jufques.
dans fes entrailles ; tous les fleuves étoient
défféchés ; l'Eridan lui feul fut capable
d'éteindre les flammes du char du Soleil.
70 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux qui coulent fur la pente oppofée
, forment le Vulturne rapide , &
le Sarné nébuleux , & le Liris , qui coulé
à l'ombre des forets de Marice , &
le Siler , qui arrofe les fertiles champs de
Salerne , & le Macre , qui roule fur des
écueils jufqu'au port de Lune voifin
de fa fource , fans pouvoir porter une
barque légère ; & le Rutube aux bords
efcarpés , & le Tibre qui donne la loi
à tous les fleuves de l'Univers. Céfar
qui refpire la guerre , & qui ne fe plaît
à marcher que par des chemins arrofés
de fang , gémit de trouver l'Italie ouverte.
Il fe flatoit que Pompée lui difputeroit
le paffage & que des débris
marqueroient fes pas. On lui ouvre les
portes ; il voudroit les rompre le laboureur
tremblant lui laiffe envahir fes
campagnes ; c'eft par le fer , c'eft par
la flamme qu'il eut voulu les ravager
if rougit de fuivre une route permife ,
& de paroître encore. Citoyen .
Les Villes d'Italie incertaines &
chancelantes entre la crainte & le devoir
, n'attendent pour fe livrer à lui
que les approches de la guerre ; cependant
leur frayeur fe déguiſe fous l'appareil
d'une longue défenfe . On éléve
des remparts , on creufe des foffés , on
JUILLET. 1763. 71
prépare fur le haut des tours de lourdes
maffes de rochers & des machines à
lancer les traits pour accabler les affiégeans
. Le peuple penche du côté de
Pompée , & la fidélité qu'il lui doit
balance l'effroi que Céfar infpire.
Ainfi lor que le bruyant Aufter s'eft
emparé de l'Océan , toutes les vagues
lui obéiffent . Si la terre alors entr'ouverte
d'un fecond coup du trident d'Eole
, lance l'Aquilon fur les flots agités ,
quoique pouffés par un vent nouveau ,
c'eft au premier qu'ils cédent encore ;
& tandis que l'Aquilon domine au Ciel
& commande aux nuages , le feul Aufter
régne fur les eaux.
,
Mais il étoit facile à la terreur de changer
les efprits
& la foi qu'ils gardoient
à Pompée étoit flottante comme
fa fortune. Bientôt la fuite de Libon
laiffa l'Hétrurie fans défenſe : Thermon
abandonna l'Ombrie : Sylla qui
n'eut dans les guerres civiles ni le courage
ni le bonheur de fon père , prit
la fuite au nom de Céfar : à peine quelquesTroupes
légères menacent les murs.
d'Auximon , Varus en fort épouvanté ,
jette l'allarme dans les Villes voifines
& s'échape à travers les forêts : Lentu- .
lus chaffé & Afculum , & fuivi de près
72 MERCURE DE FRANCE .
dans fa fuite , voit fes cohortes difperfées
le laiffer feul avec fes drapeaux ,
& fe tourner du côté du vainqueur :
tói , Scipion , tu vas bientôt livrer les
murs de Lucère confiés à tes foins , ces
murs défendus par la plus vaillante jeureffe.
Pompée a furtout mis fon efpoir
dans la réfiftance de Corfinium que Domitius
défend avec dix cohortes. Céfar
y
L
marche , & Domitius voyant à travers
un nuage immenfe de pouffière ,
les rayons du foleil réfléchis par le brillant
acier des armées, » A moi , compa-
" gnons , s'écria-t- il , courez au fleuve ,
coupez le pont. Dieux , faites que ce-
» torrent lui-même enfle fes eaux pour
» le brifer. Que ce foit ici le terme de
» la guerre ; qu'ici du moins l'ardeur
» de l'ennemi fe ralentiffe , & fe con-
» fume en longs efforts : retardons fes
progrès rapides : ce fera pour nous
une victoire que d'avoir les premiers
arrêté Céfar. Il n'en dit pas davantage,
& les cohortes à fa voix accourent au
fleuve ; il n'eft plus temps . Cefar qui
s'avance & qui voit de loin qu'on veut
lui couper le paffage , s'écrie enflammé
de colère : » Hé quoi , lâches , ce n'eſt
» pas affez des murs ténébreux qui vous
a couvrent fi des fleuves ne nous féparent
,
t
JUILLET. 1763. 73
,
parent , vous tremblez ! vos efforts
font vains. Le Gange même , le Gan-
» ge débordé feroit une foible bar-
» rière. Céfar a paffé le Rubicon il
» n'eft plus de fleuve qui l'arrête. Mar-
» chez amis que la Cavalerie s'élance ,
» que l'Infanterie fe précipite fur ce pont
» qui va s'écrouler «. A peine il a donné
l'ordre , on lache la bride aux courfiers
la plaine fuit fous leurs pas rapides ; les
bras nerveux des archers font voler audelà
du fleuve une grêle de dards ; le
pont eft abandonné ; Céfar s'en empare
, il le traverfe , & chaffe l'ennemi
jufques dans fes murs. Il fait conftruite
des tours affez fortes pour porter d'énormes
fardeaux , & des toits fous lefquels
fes foldats foient à couvert au
pied des murailles . Mais tandis que l'affaut
fe prépare , ô crimel â trahifon !
?
les portes s'ouvrent, & les foldats de Domitius
le traînent captif aux pieds de Céfar,
aux pieds d'un Citoyen fuperbe.
Domitius loin de laiffer abattre par le
malheur la noble fierté de fon âme
préfente à la mort un front menaçant.
Céfar fçait bien qu'il la defire , & qu'il
ne craint que le pardon, a Vis , malgré
» toi , lui dit-il , & vois le jour que
" Céfør te hilfe. Sois pour les nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
" vaincues l'exemple & le gage de ma
» clémence. Tu es libre , tu peux ten-
» ter de nouveau contre moi le fort des
» armes , & s'il me livre jamais en tes
mains , je te difpenfe du retour. « A
ces mots , il ordonna que fes liens fuffent
rompus.
Quelle honte la fortune eût épargnée
à ce Romain s'il eût obtenu le
trépas ! Sans doute le dernier fupplice
pour un Citoyen fut de s'entendre pardonner
d'avoir fuivi Pompée & le Sénat
, fous les drapeaux de la patrie .
Domitius cependant diffimule & renferme
fa rage ; mais bientôt livré à luimême
, " Malheureux ! dit- il , irai-je
" cacher ma honte au fein de Rome , à
» l'ombre de la paix ? fuirai-je les dan-
»gers de la guerre , moi qui rougis de
»voir le jour ? précipitons-nous à tra-
» vers mille morts courons au terme
» d'une vie odieufe & rejettons ce bien-
»" fait de Céfar.
Pompée qui n'étoit pas inftruit du
malheur de Domitius fe preparoient à
le foutenir. Réfolu de marcher le jour
fuivant , il crut devoir éprouver le zéle
de fes Troupes , & d'une voix qui imprimoit
le refpect , » Vengeurs des forfaits
, leur dit-il , défenfeurs de la caufe
JUILLET. 1763. 75
publique , feule armée de vrais Ro-
» mains , vous à qui le Sénat donne à
foutenir , non l'ambition d'un feul
» homme , mais les droits , la liberté
» de tous ; faites des voeux pour le combat.
Le fer & le feu ravagent l'Hef-
» perie , les Gaulois defcendent comme
» un torrent du fommet des Alpes , le
fang Remain à déja fouillé le glaive
» de Cefar graces aux Dieux , c'eſt
» nous qui avons reçu les premiers ou-
" trages de la guerre ; c'eft fur l'agref
feur que le cime en retombe ; & Rome
qui daigne me confier fes droits
nous en demande le châtiment. Ce
n'eft point un jufte ennemi que nous
allons combattre ; c'eft un Citoyen
rebelle & perfide que nous allons pu-
» nir ; & fon attentat mérite auffi peu
» le nom de guerre que le complot
» de Catilina , lorfqu'avec Lentulus &
» Cethegus fes conjurés , il réfolut d'em-
» brafer Rome. O Céfar , quelle rage
»
t'aveugle toi , que le deftin appel-
» loit au rang des Metellus & des Ca-
» milles , tu préferes de groffir le nom-
" bre des Marius & des Cinna ! Viens
» donc périr comme Lepide , Carbon ,
» Sertorius ont péri . Encore eft- ce
» m'avilir que de tourner contre toi mes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
armes je rougis que Rome occupe
» mes mains à terraffer un furieux, Que
» n'est-il revenu vainqueur des Partes
» ce Craffus qui nous délivra de Spar-
» tacus & de les complices ! ce feroit à
» lui de nous venger de tai, Mais puif-
»que les Dieux daignent l'accorder
» l'honneur de tomber fous mes coups ,
» tu vas éprouver fi les ans ont énervé
» mon bras , ou glasé le fang qui coule
» dans mes veines ; fi pour avoir fouf
» fert la paix , nous fommes effrayés
de la guerre. Laiffez , Romains , laif-
» fez croire à Céfar que Pompée et
» amoli par le repos ou abattu fous le
» poids des années : l'âge n'a rien déf
» frayant dans un Chef: marchez fans
» crainte fous un vieux guerrier contre
» une armée qu'un Soldat commande . Fe
» fuis arrivé au plus haut point de gran
» deur auquel un fimple Giroyen puiffe
» être élevé par un
» an, deffus de moi que
» la place d'un Tyran. Gelui qui dans
me na laiff
Peuple libre. Roat
veut me furpaffer n'afpire dong.
plus sau rang d'un Citoyen mais d'un
» Monarque, Auffi voyez-vous dans
» mon armée tout ce que Rome a de
plus illuftre , les Pères de la Patrie ,
» les Confuls eux- mêmes fous les drae
JUILLET. 1763. 77
" peaux de la liberté . Lequel des deux
» fera vainqueur ou de Céfar ou du Sé-
» nat ? J'ofe craite que la fortune auroit
» honte de balancer. Et de quoi s'en-
» orgueillit ce jeune audacieux ? Eft-ce
» d'avoir employé dix ans à conquérir
" la Gaule Effce d'avoit abandonné
» honteufement les bords du Rhin ?
» Eft- ce d'avoir été chaffé du rivage Bri-
» tannique, & d'avoir attribué le mauvais
» fuccès de fa folle entreprife aux obf-
» tacles d'une mer inconftante & pleine
» d'écueils ? fon audace tiompheroit- elle
» de voir Rome entière fous les armes ,
» s'éloigner du fein de fes Dieux? Ahjeu-
» ne infenfe , connois mieux ce peuple :
» il ne te fuit pas , il me fuit ; il me fuit ,
» moi qui dans deux mois ai purgé la
» mer de pirates , moi qui plus heureux
» que Sylla , ai vu ce Mitridate qu'on
» ne pouvoit d'ompter , & qui depuis fi
longtems retardoit les deftins de Ro-
» me , errant dans les déferts du Bofpho-
" re & de la Scithie , réduit à fe don-
» ner la mort. Oui Romains , j'afe le
» dire pour juftifier votre confiance & la
» mienne . Fat porté la gloire de nos ar-
» mes dans tous les climats que le Soleif
» éclaire ; & la guerre civile eft la feule
» que j'aye laiffée à faire à Céfar.
"
D iij
78. MERCURE DE FRANCE.
Cette harangue ne fut point fuivie
de l'acclamation des Cohortes : elles ne
demanderent point le fignal du combat
qu'on leur annonçoit. Pompée luimême
intimidé par ce filence , crut .
devoir s'éloigner , plutôt que de courir .
les rifques d'un combat d'où dépendoit
le fort du monde , avec une armée .
déja vaincue au feul bruit du nom de
Céfar.
*
Tel qu'un Taureau chaffé des pâturages
par un Taureau plus vigoureux ,
va fe cacher au fond des forêts , & ne
revient tenter le combat que lorfque
fon front, que l'âge affermit , fe fent armé
de toutes fes forces. Tel Pompée.
trop foible encore pour réfifter & Céfar
, lui abandonne l'Italie , & fe retire
à travers les campagnes de la Pouille
dans les murs de Brundufium.
a
Cette Ville fut jadis habitée par
des
Crétois , qui s'étoient embarqués avec
Théfée , vainqueur du Minautore , &
que les Vaiffeaux Athéniens avoient
dépofés fur nos bords. Elle eft fituée
vers la pointe de l'Italie , au bord de la
mer Adriatique , fur une langue de terre
qui s'avance & fe courbe en croiffant
, comme pour embraffer les flots.
Ce feroit un port mal affuré, s'il n'étoit
JUILLET. 1763. 79
couvert par une Ifle dont les rochers
brifent l'effort des vents & des ondes .
Des deux côtés du port , la Nature a
élevé deux chaînes de montagnes qui
repouffent la mer , & qui défendent aux
vents orageux de troubler l'afyle des
Vaiffeaux que des cables tremblans y
retiennent. De-là , on gagne la pleine
mer, foit qu'on faffe voile vers l'Ifle
de Corcyre , foit que du côté de l'Illyrie
, on veuille arriver au Port d'Epidaure.
C'eſt le réfuge des Nochers, lorfque
tous les flots de la mer Adriatique
font foulévés ; que les nuages enveloppent
les montagnes de l'Epire , &
que l'Ifle de Safon difparoît fous les
vagues écumantes. Là , Pompée , qui
ne pouvoit plus compter fur l'Italie , ni
tranfporter la guerre en Efpagne , dont
il étoit féparé par la chaîne immenſe
des Alpes , dit à l'aîné de fes enfans :
» Allez , mon fils , parcourez le mon-
» de ; foulevez le Nil & l'Euphrate ;
» armez tous les Peuples à qui le nom
» de Pompée eft connu , toutes les Villes
où mes exploits ont rendu Rome
» recommandable ; que les Pirates de
" Cilicie abandonnent les champs que
» jeje leur ai donnés en partage , & fe
répandent de nouveau fur les mers
ค
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'où je les ai chaffés : appellez à mon
» fecours Ptolomée , dont je fus l'appui,
» & Tigrane , qui me doit fa Couron-
» ne , & Pharnace , que j'ai revêtu de
» la dépouille de fon père n'oubliez
» ni les habitans vagabonds de l'une &
» de l'autre Arménie , ni les Nations
" féroces qui occupent les bords de
» l'Euxin , ni celles qui couvrent les
» fommets du Riphée , ni celles qui
» voyagent fur les glaces du Palus Méo-
» tide : que vous dirai-je enfin ? Allu-
» mez la guerre dans tout l'Orient ;
» que tout ce que j'ai vaincu fur laterre
» embraffe ma défenfe , & que mes
»triomphes viennent groffir mon camp.
» Vous , Confuls , au premier fouffle
» de Borée , paffez en Epire ; allez
» amaffer de nouvelles forces dans les
» champs de la Grèce & de la Macé-
» deine , tandis que l'Hyver nous laif
» fe refpiter . Il commande ; on met
à la voile & on s'empreffe de lui
obéir.
Cependant Cefar qui ne peut laiffer
repofer les armes , pour ne pas donner
au fort le tems de changer , preffe Pompée,&
le fuit pas-à-pas.Tout autre quelui
feroit content d'avoir d'une première
courſe réduit tans de Villes, forcé tant de
JUILLET. 1763.
81
&
remparts , conquis fans obftacle certe
Reine du monde , cette Rome , le plus
haur prix que la Victoire ait jamais offert.
Mais Ceferqui ne perd jamais un inflanr ,
& qui ne compte avoir rien fait , tant
qu'il lui refte encore à faire ; Céfar s'attache
avec fureur à la pourfuite de fon
rival . Quoiqu'il pofféde route l'Tralie , fi
Pompée en occupe le rivage , il lui
femble qu'elle leur foit commune
fon chagrin ne peut ly fouffrir. C'eſt
peu de le chaffer de Italie , il veur lui
interdire les Mers ; & pour Nur couper
le paffage , il entreprend d'élever devant
le port , une barrière de rochers . Ces
immenfes travaux fent perdus ; les rochers
tombent , la mer les dévore , &
des montagnes entaffées font englouties
fous le fable . Cefarvoyant que ces
maffés énormes ne trouvoient pas de
fond qui les fourint , prit le parti de
faire abattre des forêts , & de lier les
arbres l'un à l'autre par des longues chat
nes. Xerxès autrefois , dit- on , fe fit
fur les flots une route femblable ; il joignit
l'Europe avec l'Afie par un pont
de vaiffeaux , & fur ce pont , it traverfa
le Bofphore à la tête de fon armée
lorfqu'il força la mer de porter fes voiles
autour du mont Athos. Ainfi les forêts
2
Dv
82. MERCURE DE FRANCE.
enchaînées & flottantes , ferment l'embouchure
du port où Céfar affiége Pompée.
Les travaux s'avancent , des remparts
s'élévent , & des tours mouvantes
femblent fortir des eaux.
Le
Pompée éffrayé de voir une terre nouvelle
s'éleverentre la mer & lui , cherche
avec une frayeur mortelle le moyen de
s'ouvrir un paffage, & d'affoiblir fon ennemi
en difperfant la guèrre fur des bords
éloignés. Il fait avancer contre la digue :
des navires armés que les vents pouffent ,
à pleines voiles ; les pierres , les dards ,
les torches allumées volent au milieu
des ténébres ; les ouvrages s'écroulent ,
& la mer eft ouverte. Pompée à la faveur
de la nuit , faifit enfin le moment de ,
s'échapper ; il défend que le fon de la,
trompette , le cri des matelots faffent
retentir le rivage , & que l'on donne le
fignal du départ . On n'entendit pas une
feule voix dans le moment qu'on dreffa
les mats , qu'on leva l'ancre , & qu'on
mit à la voile. Les Pilotes glacés de crain
te gardérent un profond filence ; les
Matelots fufpendus aux cordages , furent
même attentifs à ne pas les agiter , de
peur que le bruit excité dans l'air net
décelât l'évafion de la flotte. Emphol
Le Soleil entroit dans le figne, de las
JUILLET. 1763. 83
Balance lorfque Pompée partit de ces
bords. O Fortune il te demande
comme une faveur , de lui permettre
d'abandonner l'Italie puifque tu lui
défends de la conferver. A peine en-,
core les deftins y confentent : l'onde
entrouverte & refoulée par tant de vaiffeaux
qui la fillonnoient , fit entendre
un - long mugiffement . Alors les foldats'
de Céfar , à qui cette ville infidelle , &
qui changeoit avec la fortune , avoit ouvert
fes portes & livré fes murs , courent
à l'entrée du port par les deux ances qui
en forment l'enceinte , & ils frémiffent
de voir la flotté ennemie gagner la mer.
O comble d'orguei !! la fuite de Pompée
eft pour Cefar une foible victoire.
Le paffage étoit plus étroit que cefur
qui fépare l'Eubée de laBéorie :deux vaif
feaux s'y arrêtent , on les attire au bord ,
& là , pour la première fois , les flots de
la mer font rougis du fang de la guerre
civile. Le reste de la flotte s'échappe
& abandonne ces deux vaiffeaux.
Déja les couleurs dont brille l'Orient
annoncent le retour de l'aurore ; fa lu
mière eft teinte d'un rouge vermeil
fon éclat naiffant efface les étoiles voifines
la Pléyade commence à pâlir ,
l'Ourfe languiffante fe plonge dans l'azur
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
du Ciel , & Lucifer lui -même ſe dérobe
à l'éclat du jour. Toi Pompée, tu vogues
à voiles déployées ; mais tu n'as
plus avec toi cette fortune qui t'accompagnoir
, lonfque tu forçois les Pirates
à te céder l'empire des mers. Chaffé du
feir de ta patrie avec ton Epoufe & tes
Enfans, chargé de tes Dieux domeftiques,
& traînant la guèrre après toi ,
mais grand encore dans ton exil , tu
vois les peuples marcher à ta fuite : le
deftin femble chercher des régions
éloignées , pour y confommer l'horreur
de ta ruine : non que les Dieux veuillent
te refufer un tombeau dans les murs
qui t'ont vû naître ; mais en condamnant
l'Egypte à porter l'opprobre de ta
mort , ils ont fait grace à l'Italie. Ils
ordonnent à la fortune d'aller cacher
fon crime fous un Ciel étranger : ils
veulent épargner à Rome la douleur de
voir fes campagnes fouillées du fang de
fon Héros
Fermer
1460
p. 169-174
Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
Début :
Le Roi ayant reconnu que la constitution solide qu'il veut donner à ses Troupes, [...]
Mots clefs :
Constitution, Ordonnance, Provinces, Régiments, Royaume, Compagnies, Capitaine, Paix, Commandant, Service, Duc, Commissaire, Incendie, Opéra, Académie royale, Église, Village, Loterie, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
L. Roi ayant reconnu que la conftitution ſolide
qu'il veut donner à fes Troupes , dépend
du premier choix des hommes qui la compoſent ,
a rendu une Ordonnance , datée du premier
Fevrier 1763 , par laquelle Sa Majesté établit
trente & un Régimens de recrue d'un Bataillon
, dans les Provinces de Picardie , de Champagne
, de Rouen , de Caen , d'Alençon , de
Moulins , d'Auvergne , de Flandre & d'Artois ,
de Montauban , d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers
, de Lyonnois , de la Rochelle , de Tours,
du Dauphiné , de Paris , de Soiffons , de Limoges
, d'Orléans , de Bretagne , du Pays Melfin
, de Bourges , du Haynaut , d'Alface , de
Rouffillon , du Duché de Bourgogne , de Languedoc
, du Comté de Bourgogne , de la Provence
& de la Lorraine ; & un Régiment de
deux Bataillons de la Ville de Paris ; ces Régimens
feront défignés fous les noms des principales
Villes ou Généralités , & marcheront
entre eux fuivant le rang dans lequel ils font
infcrits ci-après : fçavoir , Régime nt d'Abbeville ,
de Châlons , de Rouen , de Caen , d'Alençon
de Moulins , de Riom , de Lille , de Montauban
, d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers , de
Lyon , de la Rochelle , de Tours , de Gre noble
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
de Sens , de Soiffons , de Limoges , de Blois ,
de Rennes , de Metz , de Bourges , de Valen
ciennes de Strasbourg , de Perpignan , de Dijon
, de Toulouſe de Befançon , d'Aiz , de
Nancy , & de la Ville de Paris . Chaque Régiment
fera compofé de huit Compagnies , lefquelles
feront commandées chacune , en temps de
paix , par un Capitaine & un Lieutenant , &
compofées de deux Sergens , quatre Caporaux ,
quatre Appointés & un Tambour , & d'un nombre
égal d'hommes proportionnément à celui
dont Sa Majefté aura ordonné chaque année
la levée dans chaque Département ; lefquels
feront exercés dans des quartiers particuliers ,
& mis par-là en état de remplacer les hommes
qui manqueront dans les Troupes de Sa Majefté.
En temps de guerre , chaque Compagnie
fera commandée par un Capitaine , un Lieutenant
& un Sous-Lieutenant , & compofé de quatre
Sergens , d'un Fourrier , de huit Caporaux , de
huit Appointés , un Tambour & d'autant d'hom❤
mes que les circonftances les requerront. Les
Officiers de ces Régimens feront choifis parmi
ceux qui viennent d'être réformés à l'occaſion
de la Paix , lefquels , en ce cas , & du jour
qu'ils recevront les appointemens , cefferont de
jouir des penfions de réforme qu'ils pourroient
avoir obtenues. Chaque Compagnie fera payée,
fur le pied fuivant ; à chaque Capitaine , 1080
1. par an ; à chaque Lieutenant , 450 1. à chaque,
Sous-Lieutenant , 360 1. à chaque Fourrier , 162 l.,
à chaque Caporal , 138 1. à chaque Appointé, 120.
1. à chaque homme , 102 l. au Tambour, 138.
1. ETAT-MAJOR. Au Commandant de chaque ,
Régiment , 1800 1. à l'Aide- Major , 1080l . au
Sous-Aide-Major, 450 1. au Chirurgien, 300 1. Le
JUILLET. 1763. 171
Lieutenant Général de Police de la Ville de Paris,
pour ce qui rgarde le Régiment de cette Ville ,
& les Intendans des Provinces , feront chargés fupérieurement
de la levée detdits Régimens , de
laquelle ils rendront compte au Secrétaire d'Etat
ayant le Département de la Guerre : ils établiront
à cet effet , un dépôt particulier dans leur Département.
Il y aura dans chaque Ville , Bourg
ou Village dépendant de chaque Généralité , des
prépofés à l'enrôlement & un prépofé principal
dans le chef- lieu où fera établi le dépôt parti
culier. Ces préposés n'employeront , pour les
enrôlemens , ni féduction , ni violence , ni fu
percherie , & n'admettront que des hommes de
dix-fept ans accomplis jufqu'à quarante pendant
la paix , & de l'âge de dix - huit jufqu'à quarante
cinq ans pendant la guerre , de la taille de
cinq pieds un pouce au moins en temps de guer
re , & de cinq pieds deux pouces en temps de
paix. Le temps de fervice fera de huit années ,
pendant lefquelles ils ne pourront s'abfenter fans
congé de leur troupe , à peine d'être pourful
vis & punis comme déferteurs ; & à l'expiration
deſdites huit années , ils auront leurs congés abfolus
en temps de guerre comme en temps de
paix. Si quelqu'un d'entr'eux eft admis à renouveller
fon engagement , il aura pour prix de ce
fecond engagement , fçavoir , 30 liv. à l'expiration
du premier, & 30 1. au commencement de
la cinquième année du fecond. Ces Régimen's fe
conformeront en tout aux Ordonnances concernant
l'Infanterie , mais ils ne feront alujettis ,
en temps de paix , à d'autre fervice qu'à celui
de fournir une garde de Police dans l'intérieur de
leur quartier. Lorfque des hommes de recrue
feront envoyés aux Régimens qui en auront be- ›
€
3
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
foin , il fera adreffé au Commandant du REgiment
de recrue les routes néceffaires pour
conduire lefdits hommes à leur deſtination . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
particulieres , concernant le fervice , la dif
cipline , l'habillement , &c. de ces nouveaux Régimens.
Le Duc de Bedfort eft parti d'ici le 9 de ce
mois , pour le rendre en Angleterre. La commiflion
établie au Châtelet pour l'affaire du Canada
, a commencé fes Séances le 7 , pour le
jugement de cette affaire , au rapport du fieur
Dupont , Confeiller au Châtelet , Commiffaire-
Rapporteur de ce Procès.
Le 6 , entre les onze heures & midi , le feu prit
à la falle de l'Opéra & fe communiqua avec une
violence extrême à la partie du bâtiment qui tient
au Palais Royal. L'incendie fit en peu de temps
les plus terribles progrès , & la falle fut prèfque
confumée avant nême qu'il eût été poffible d'apporter
aucun fecours. Bientôt l'aîle de la première
Cour du Palais fut embrafée. Le feu fe communiquoit
au corps du bâtiment neuf & à celui qui
partage les deux cours ; & ce nefut que vers les
quatre heures qu'on parvint à arrêter le progrès
des flammes en mettant bas la charpente par laquelle
l'incendie eût infailliblement gagné l'appartement
du Duc d'Orléans, Le premier foin
dont on s'eft occupé à été d'enlever les Archives
& de mettre en fûreté la collection précieufe
des Tableaux du Palais Royal . Les Cours
& les Jardins de ce Palais étoient remplis de
meubles & d'effets tant du Duc d'Orléans que
des perfonnes qui lui font attachées & dont les
logemens étoient menacés d'embrâſement. Le
comble du grand efcaljer s'eft écroulé vers une
JUILLET. 1763. 173
:
heure & demie heureufement perfonne n'y a
péri. A neuf heures & demie du foir , toure
communication du feu a été coupée . Le foyer
n'étoit plus que dans les machines du Théâtre
de l'Opéra . Le Maréchal Duc de Biron , le
Duc de Chevreufe , le Prévôt des Marchands ,
le Lieutenant de Police , fe font tranfportés fur
le lieu , & ont donné tous les ordres néceffaires.
Les Gardes Françoifes & Suiffes , les Gens de
Police , des Religieux de différens Ordies , &
furtout les Peres Capucins fe font diftingués
par le zèle le plus courageux , par le travail
le plus infatigable. On ne tardera pas à conſtruire
une nouvelle Salle pour l'Opéra ; mais en attendant
, il paroît décidé que l'Académie Royale de
Mufique donnera fes repréſentations au Palais des
Thuilleries fur le Théâtre des machines qu'on
va difpofer pour cet objet.
Le 12 du mois dernier , il y eut à Effoyes
fur l'Ourſe , en Champagne , un incendie confidérable
qui , en moins de cinq heures , réduifit
en cendres deux cens foixante- dix maiſons .
Meubles , effets , denrées , proviſions , près de
de quatorze mille muids , tant de vin que d'eau
de vie , deux troupeaux confidérables de bêtes
à cornes , tour a été confumé : l'Eglife & le
Clocher ont été entiérement détruits , & les Cloches
fondues. Il ne refte fur pied dans tout le
Village que trente & une maiſons. Quatre perfonnes
ont péri dans les flâmes , & quatre autres
font mortes des impreffions du feu. Cet
accident réduit à la dernière mifère douze cens
perfonnes.
Dans la nuit du 12 au 13 , le feu a pris auffi
à une maison du Fauxbourg de Vervins en Thiéraches
, & le progrès des flammes a été fi rapide
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
qu'en quatre heures de temps elles ont confumé
tout ce Fauxbourg & un autre adjacent. Soixantedix
Maifons , neuf Granges pleines , fix Ecuries
particulières , & cinq Tanneries ont été détruites
, ainsi que les Meubles , Grains , Fourages ,
Beftiaux , Marchandifes , & autres effets qui y
étoient renfermés , & quatre perfonnes ont péri
dans les flammes.
Le 12 encore , le feu a pris au Village de Ste
Marie à Py , Election de Retel - Mazarin. Les
flammes étant excitées par la violence du Vent ,
confumèrent en peu de tems vingt - fept Maifons ,
trente & une Granges , & quatre-vingt- trois autres
petits Bâtimens, avec les meubles , les grains
& les provifions qui s'y trouvoient. Trente- cinq
Familles , dont treize de Laboureurs , le trouvent
par cet affreux événement fans habitation &
fans pain.
-
Le vingt - feptiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 Mars , en la
manière accoutumée . Le Lot de cinquante-mille
livres eft échu au numero 98886 , celui de
vingt mille livres au numéro 98 09 , & les
deux de dix mille livres aux numéros 85968 &
97960.
Le 6 de ce mois , on a tiré la Loterie de l'École-
Royale-Militaire. Les numéros fortis de la roue
de fortune , font , 86 , 61 , 2 , 14.7. Le prom
chain tirage fe fera les Mai .
L. Roi ayant reconnu que la conftitution ſolide
qu'il veut donner à fes Troupes , dépend
du premier choix des hommes qui la compoſent ,
a rendu une Ordonnance , datée du premier
Fevrier 1763 , par laquelle Sa Majesté établit
trente & un Régimens de recrue d'un Bataillon
, dans les Provinces de Picardie , de Champagne
, de Rouen , de Caen , d'Alençon , de
Moulins , d'Auvergne , de Flandre & d'Artois ,
de Montauban , d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers
, de Lyonnois , de la Rochelle , de Tours,
du Dauphiné , de Paris , de Soiffons , de Limoges
, d'Orléans , de Bretagne , du Pays Melfin
, de Bourges , du Haynaut , d'Alface , de
Rouffillon , du Duché de Bourgogne , de Languedoc
, du Comté de Bourgogne , de la Provence
& de la Lorraine ; & un Régiment de
deux Bataillons de la Ville de Paris ; ces Régimens
feront défignés fous les noms des principales
Villes ou Généralités , & marcheront
entre eux fuivant le rang dans lequel ils font
infcrits ci-après : fçavoir , Régime nt d'Abbeville ,
de Châlons , de Rouen , de Caen , d'Alençon
de Moulins , de Riom , de Lille , de Montauban
, d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers , de
Lyon , de la Rochelle , de Tours , de Gre noble
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
de Sens , de Soiffons , de Limoges , de Blois ,
de Rennes , de Metz , de Bourges , de Valen
ciennes de Strasbourg , de Perpignan , de Dijon
, de Toulouſe de Befançon , d'Aiz , de
Nancy , & de la Ville de Paris . Chaque Régiment
fera compofé de huit Compagnies , lefquelles
feront commandées chacune , en temps de
paix , par un Capitaine & un Lieutenant , &
compofées de deux Sergens , quatre Caporaux ,
quatre Appointés & un Tambour , & d'un nombre
égal d'hommes proportionnément à celui
dont Sa Majefté aura ordonné chaque année
la levée dans chaque Département ; lefquels
feront exercés dans des quartiers particuliers ,
& mis par-là en état de remplacer les hommes
qui manqueront dans les Troupes de Sa Majefté.
En temps de guerre , chaque Compagnie
fera commandée par un Capitaine , un Lieutenant
& un Sous-Lieutenant , & compofé de quatre
Sergens , d'un Fourrier , de huit Caporaux , de
huit Appointés , un Tambour & d'autant d'hom❤
mes que les circonftances les requerront. Les
Officiers de ces Régimens feront choifis parmi
ceux qui viennent d'être réformés à l'occaſion
de la Paix , lefquels , en ce cas , & du jour
qu'ils recevront les appointemens , cefferont de
jouir des penfions de réforme qu'ils pourroient
avoir obtenues. Chaque Compagnie fera payée,
fur le pied fuivant ; à chaque Capitaine , 1080
1. par an ; à chaque Lieutenant , 450 1. à chaque,
Sous-Lieutenant , 360 1. à chaque Fourrier , 162 l.,
à chaque Caporal , 138 1. à chaque Appointé, 120.
1. à chaque homme , 102 l. au Tambour, 138.
1. ETAT-MAJOR. Au Commandant de chaque ,
Régiment , 1800 1. à l'Aide- Major , 1080l . au
Sous-Aide-Major, 450 1. au Chirurgien, 300 1. Le
JUILLET. 1763. 171
Lieutenant Général de Police de la Ville de Paris,
pour ce qui rgarde le Régiment de cette Ville ,
& les Intendans des Provinces , feront chargés fupérieurement
de la levée detdits Régimens , de
laquelle ils rendront compte au Secrétaire d'Etat
ayant le Département de la Guerre : ils établiront
à cet effet , un dépôt particulier dans leur Département.
Il y aura dans chaque Ville , Bourg
ou Village dépendant de chaque Généralité , des
prépofés à l'enrôlement & un prépofé principal
dans le chef- lieu où fera établi le dépôt parti
culier. Ces préposés n'employeront , pour les
enrôlemens , ni féduction , ni violence , ni fu
percherie , & n'admettront que des hommes de
dix-fept ans accomplis jufqu'à quarante pendant
la paix , & de l'âge de dix - huit jufqu'à quarante
cinq ans pendant la guerre , de la taille de
cinq pieds un pouce au moins en temps de guer
re , & de cinq pieds deux pouces en temps de
paix. Le temps de fervice fera de huit années ,
pendant lefquelles ils ne pourront s'abfenter fans
congé de leur troupe , à peine d'être pourful
vis & punis comme déferteurs ; & à l'expiration
deſdites huit années , ils auront leurs congés abfolus
en temps de guerre comme en temps de
paix. Si quelqu'un d'entr'eux eft admis à renouveller
fon engagement , il aura pour prix de ce
fecond engagement , fçavoir , 30 liv. à l'expiration
du premier, & 30 1. au commencement de
la cinquième année du fecond. Ces Régimen's fe
conformeront en tout aux Ordonnances concernant
l'Infanterie , mais ils ne feront alujettis ,
en temps de paix , à d'autre fervice qu'à celui
de fournir une garde de Police dans l'intérieur de
leur quartier. Lorfque des hommes de recrue
feront envoyés aux Régimens qui en auront be- ›
€
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172 MERCURE DE FRANCE.
foin , il fera adreffé au Commandant du REgiment
de recrue les routes néceffaires pour
conduire lefdits hommes à leur deſtination . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
particulieres , concernant le fervice , la dif
cipline , l'habillement , &c. de ces nouveaux Régimens.
Le Duc de Bedfort eft parti d'ici le 9 de ce
mois , pour le rendre en Angleterre. La commiflion
établie au Châtelet pour l'affaire du Canada
, a commencé fes Séances le 7 , pour le
jugement de cette affaire , au rapport du fieur
Dupont , Confeiller au Châtelet , Commiffaire-
Rapporteur de ce Procès.
Le 6 , entre les onze heures & midi , le feu prit
à la falle de l'Opéra & fe communiqua avec une
violence extrême à la partie du bâtiment qui tient
au Palais Royal. L'incendie fit en peu de temps
les plus terribles progrès , & la falle fut prèfque
confumée avant nême qu'il eût été poffible d'apporter
aucun fecours. Bientôt l'aîle de la première
Cour du Palais fut embrafée. Le feu fe communiquoit
au corps du bâtiment neuf & à celui qui
partage les deux cours ; & ce nefut que vers les
quatre heures qu'on parvint à arrêter le progrès
des flammes en mettant bas la charpente par laquelle
l'incendie eût infailliblement gagné l'appartement
du Duc d'Orléans, Le premier foin
dont on s'eft occupé à été d'enlever les Archives
& de mettre en fûreté la collection précieufe
des Tableaux du Palais Royal . Les Cours
& les Jardins de ce Palais étoient remplis de
meubles & d'effets tant du Duc d'Orléans que
des perfonnes qui lui font attachées & dont les
logemens étoient menacés d'embrâſement. Le
comble du grand efcaljer s'eft écroulé vers une
JUILLET. 1763. 173
:
heure & demie heureufement perfonne n'y a
péri. A neuf heures & demie du foir , toure
communication du feu a été coupée . Le foyer
n'étoit plus que dans les machines du Théâtre
de l'Opéra . Le Maréchal Duc de Biron , le
Duc de Chevreufe , le Prévôt des Marchands ,
le Lieutenant de Police , fe font tranfportés fur
le lieu , & ont donné tous les ordres néceffaires.
Les Gardes Françoifes & Suiffes , les Gens de
Police , des Religieux de différens Ordies , &
furtout les Peres Capucins fe font diftingués
par le zèle le plus courageux , par le travail
le plus infatigable. On ne tardera pas à conſtruire
une nouvelle Salle pour l'Opéra ; mais en attendant
, il paroît décidé que l'Académie Royale de
Mufique donnera fes repréſentations au Palais des
Thuilleries fur le Théâtre des machines qu'on
va difpofer pour cet objet.
Le 12 du mois dernier , il y eut à Effoyes
fur l'Ourſe , en Champagne , un incendie confidérable
qui , en moins de cinq heures , réduifit
en cendres deux cens foixante- dix maiſons .
Meubles , effets , denrées , proviſions , près de
de quatorze mille muids , tant de vin que d'eau
de vie , deux troupeaux confidérables de bêtes
à cornes , tour a été confumé : l'Eglife & le
Clocher ont été entiérement détruits , & les Cloches
fondues. Il ne refte fur pied dans tout le
Village que trente & une maiſons. Quatre perfonnes
ont péri dans les flâmes , & quatre autres
font mortes des impreffions du feu. Cet
accident réduit à la dernière mifère douze cens
perfonnes.
Dans la nuit du 12 au 13 , le feu a pris auffi
à une maison du Fauxbourg de Vervins en Thiéraches
, & le progrès des flammes a été fi rapide
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
qu'en quatre heures de temps elles ont confumé
tout ce Fauxbourg & un autre adjacent. Soixantedix
Maifons , neuf Granges pleines , fix Ecuries
particulières , & cinq Tanneries ont été détruites
, ainsi que les Meubles , Grains , Fourages ,
Beftiaux , Marchandifes , & autres effets qui y
étoient renfermés , & quatre perfonnes ont péri
dans les flammes.
Le 12 encore , le feu a pris au Village de Ste
Marie à Py , Election de Retel - Mazarin. Les
flammes étant excitées par la violence du Vent ,
confumèrent en peu de tems vingt - fept Maifons ,
trente & une Granges , & quatre-vingt- trois autres
petits Bâtimens, avec les meubles , les grains
& les provifions qui s'y trouvoient. Trente- cinq
Familles , dont treize de Laboureurs , le trouvent
par cet affreux événement fans habitation &
fans pain.
-
Le vingt - feptiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 Mars , en la
manière accoutumée . Le Lot de cinquante-mille
livres eft échu au numero 98886 , celui de
vingt mille livres au numéro 98 09 , & les
deux de dix mille livres aux numéros 85968 &
97960.
Le 6 de ce mois , on a tiré la Loterie de l'École-
Royale-Militaire. Les numéros fortis de la roue
de fortune , font , 86 , 61 , 2 , 14.7. Le prom
chain tirage fe fera les Mai .
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Résumé : Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
En février 1763, le roi de France a émis une ordonnance visant à renforcer les troupes en créant trente-et-un nouveaux régiments de recrues, chacun composé d'un bataillon. Ces régiments portent les noms des principales villes ou généralités et sont organisés par ordre de rang. Chaque régiment est structuré en huit compagnies, dirigées par des officiers et des sous-officiers. Les effectifs varient selon les périodes de paix ou de guerre. Les officiers sont sélectionnés parmi ceux récemment réformés, ce qui entraîne la perte de leurs pensions de réforme. Les soldats doivent avoir entre 17 et 40 ans en temps de paix, et entre 18 et 45 ans en temps de guerre, avec une taille minimale de cinq pieds un pouce en temps de guerre et de cinq pieds deux pouces en temps de paix. Le service militaire dure huit ans, avec des congés absolus à l'expiration de cette période. Des dispositions spécifiques concernent le service, la discipline et l'habillement de ces nouveaux régiments. Par ailleurs, plusieurs incidents notables ont été rapportés. Le 6 juillet, un incendie a détruit une partie de l'Opéra et menacé le Palais Royal à Paris. Les secours ont permis de sauver les archives et les tableaux précieux. Le même mois, des incendies ont ravagé les villages d'Effoyes en Champagne, de Vervins en Thiérache, et de Sainte-Marie à Py, causant des destructions massives et des pertes humaines. Enfin, les résultats des tirages de la loterie de l'Hôtel de Ville et de l'École Royale Militaire ont été annoncés, avec des gains allant jusqu'à cinquante mille livres.
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1461
p. 190-191
De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Début :
Suivant les nouvelles de Wetzlar, le 8 de ce mois, à deux heures du matin, [...]
Mots clefs :
Corps de troupes, Arrivée imprévue, Alarme, Régiments, Infanterie, Bataillons, Landgrave, Députés, Conclusion de paix, Garnison, Officiers, Magistrats, Chambre, Séance
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texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
De RATISBONNE , le 10 Juin 1763.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
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Résumé : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Le 10 juin 1763, à Ratisbonne, une alarme générale a été déclenchée à deux heures du matin par l'arrivée inattendue de troupes au service du landgrave de Hesse-Darmstadt. Composées de deux régiments d'infanterie, quatre bataillons de milice et environ cinq cents cavaliers, dragons et hussards, ces troupes ont forcé les portes de la ville et pris le contrôle des principales avenues. Elles ont investi les maisons des bourgmestres, sénateurs et bourgeois, contraignant plusieurs magistrats à répondre devant des députés nommés par le landgrave. La ville est maintenant remplie de troupes armées de trente pièces de canon, et les habitants sont confinés chez eux, sauf pour les postes de garde. Cet événement est attribué à une altercation précédente où des troupes alliées, soutenues par la garnison et quelques bourgeois, ont attaqué les troupes de Hesse-Darmstadt après la conclusion de la paix. Le landgrave a demandé réparation pour l'affront subi mais, n'ayant pas obtenu satisfaction, a décidé d'agir par la force. Une séance extraordinaire des assemblées de la Chambre a eu lieu ce matin, mais son résultat n'est pas encore connu.
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1462
p. 192
De GESNES, le 14 Mai 1763.
Début :
Les Rebelles étant venus au nombre de deux cent, pour attaquer le poste [...]
Mots clefs :
Rebelles, Poste, Attaques, Perte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GESNES, le 14 Mai 1763.
De GESNES , le 14 Mai 1763 .
Les Rebelles étant venus au nombre de deux
cent , pour attaquer le pofte de l'Alguairla , ont
éte vigoureuſement repouflés , & ont perdu dans
cette action plus de quarante hommes , parmi
lefquels fe trouve un de leurs Chefs. Il y a eu à
Venaco , dans la Pieve de Bofio , une affaire plus
importante , dans laquelle les rebelles ont été
battus avec une perte fort confidérable. On a
appris en même tems , que les troupes de la Ré
publique fe font emparées de l'lfle Rolla , qu'occupoient
les Rebelles . On croit qu'il y aura eu le
12 une affaire générale , dont on attend la nouvelle
d'un moment à l'autre.
Les Rebelles étant venus au nombre de deux
cent , pour attaquer le pofte de l'Alguairla , ont
éte vigoureuſement repouflés , & ont perdu dans
cette action plus de quarante hommes , parmi
lefquels fe trouve un de leurs Chefs. Il y a eu à
Venaco , dans la Pieve de Bofio , une affaire plus
importante , dans laquelle les rebelles ont été
battus avec une perte fort confidérable. On a
appris en même tems , que les troupes de la Ré
publique fe font emparées de l'lfle Rolla , qu'occupoient
les Rebelles . On croit qu'il y aura eu le
12 une affaire générale , dont on attend la nouvelle
d'un moment à l'autre.
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Résumé : De GESNES, le 14 Mai 1763.
Le 14 mai 1763, à De Gesnes, les rebelles ont attaqué un poste avec deux cents hommes et subi des pertes dépassant quarante hommes, dont un chef. À Venaco, les rebelles ont été battus avec des pertes considérables. Les troupes de la République ont pris l'île Rolla. Une bataille générale est anticipée le 12 mai.
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1463
p. 192
Du 23 Mai 1763.
Début :
Nous apprenons que le Général Matra, après les deux affaires du 12 [...]
Mots clefs :
Général, Pertes, Soldats, Blessés et morts, Troupes, Place
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 23 Mai 1763.
Du 23 Mai 1763.
Nous apprenons que le Général Matra , aprés.
les deux affaires du i où nous perdîmes environ
deux cens hommes , tant morts que bleffés & déferteurs
, ne pouvant fubfifter à Aleria faute de
vivres , s'eft retiré vers la Baſtie . On a déja envoyé
de cette Ville des Batimens pour embarquer les
Troupes de ce Général ; une grande partie eft
arrivée dans cette place , & le refte y eft attendu
d'un moment à l'autre .
Nous apprenons que le Général Matra , aprés.
les deux affaires du i où nous perdîmes environ
deux cens hommes , tant morts que bleffés & déferteurs
, ne pouvant fubfifter à Aleria faute de
vivres , s'eft retiré vers la Baſtie . On a déja envoyé
de cette Ville des Batimens pour embarquer les
Troupes de ce Général ; une grande partie eft
arrivée dans cette place , & le refte y eft attendu
d'un moment à l'autre .
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1464
p. 192-193
Du 6 Juin 1763.
Début :
On a appris que les rebelles, ayant forcé les Troupes de la République [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Attaques, Lieutenant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 6 Juin 1763.
Du 6 Juin 17630.
On a appris que les rebelles , ayant forcé les
Troupes de la République de fe retirer d'Aleria ,
à la Baftie , s'étoient approchés de Calvicty avoient
caufé un grand dommage dans la Campagne,
d'où ils ne s'étoient retirés qu'après avoir fait
couper
JUILLET. 1763. 193
couper les Bleds encore en herbe . Suivant les
mêmes avis , Pafchal Paoli à fait attaquer par
quelques-uns des fiens le Village d'Algaiola , dans
lequel le Général Marra avoit laiffé foixante hommes
commandés par le Lieutenant Colonel Thonard
. Les rebelles ont été repouffés , mais font revenus
enfuite en plus grand nombre.
On a appris que les rebelles , ayant forcé les
Troupes de la République de fe retirer d'Aleria ,
à la Baftie , s'étoient approchés de Calvicty avoient
caufé un grand dommage dans la Campagne,
d'où ils ne s'étoient retirés qu'après avoir fait
couper
JUILLET. 1763. 193
couper les Bleds encore en herbe . Suivant les
mêmes avis , Pafchal Paoli à fait attaquer par
quelques-uns des fiens le Village d'Algaiola , dans
lequel le Général Marra avoit laiffé foixante hommes
commandés par le Lieutenant Colonel Thonard
. Les rebelles ont été repouffés , mais font revenus
enfuite en plus grand nombre.
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Résumé : Du 6 Juin 1763.
En juin 1763, des rebelles ont chassé les troupes de la République d'Aleria et de la Bastie, puis ont attaqué Calvi, endommageant les cultures. En juillet, Pascal Paoli a ordonné une attaque sur Algaiola, où soixante hommes étaient stationnés. Les rebelles ont été repoussés lors de la première attaque, mais sont revenus en plus grand nombre par la suite.
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1465
p. 195-204
De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
Début :
Le Vendredi 27 du mois dernier, la Cour a pris un deuil de huit [...]
Mots clefs :
Cour, Deuil, Margrave, Chevaliers, Officiers, Audience, Prince, Comte, Duc, Roi, Chambre, Ministre plénipotentiaire de Naples, Famille royale, Nominations, Représentations, Ambassadeur, Serment, Cérémonie, Contrat de mariage, Marquis, Colonel, Abbaye, Diocèse, Ordre, Famille royale, Ouvrages, Nouvelles parutions, Ordonnances du roi, Promotion, Lieutenant-colonel, Régiments, Infanterie, Cavalerie, Dragons, Pensions, Fonctions, Gratification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
De VERSAILLES , le 22 Juin 1763.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
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Résumé : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
En juin 1763, la cour de Versailles observa plusieurs événements marquants. Le 22 juin, un deuil de huit jours fut décrété en mémoire du Margrave Frédéric de Brandebourg Culmback, décédé en février précédent. Le 22 mai, les membres de l'Ordre du Saint-Esprit se réunirent pour une messe à la chapelle, où le roi, accompagné de princes et dignitaires, portait les insignes des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d'or. Le 24 mai, le Comte de Cantillana présenta le Prince Sanfeverino, ministre plénipotentiaire de Naples à la cour du Portugal, et le Duc de Nivernois, de retour de Londres, fut présenté aux souverains. La Duchesse de Bedford prit congé le même jour. Le 30 mai, la Comtesse de Henneberg quitta la cour pour se rendre à Luneville puis à Plombières. Le 7 juin, le Duc de Bedford remit ses lettres de rappel au roi, et l'ambassadeur de Venise présenta les ambassadeurs Morosini et Guerini. Le Comte Dubois de la Mothe prêta serment en tant que Vice-Amiral, et les députés des États d'Artois furent reçus par le roi le 9 juin. Plusieurs contrats de mariage furent signés, notamment celui du Duc de la Trémoille avec la Princesse Marie de Salm. Un deuil de huit jours fut également observé pour la Princesse Marie-Victoire-Anne de Savoie. Différents ouvrages furent présentés au roi, tels que des globes et mécanismes par l'ingénieur Passemant, une nouvelle édition des 'Essais historiques sur Paris' par Saint-Foix, et l''Histoire des Druzes' par Puget de Saint-Pierre. La Société d'Agriculture, du Commerce et des Arts et Métiers de France présenta des volumes sur l'agriculture et les arts. Le roi nomma plusieurs officiers au grade de Maréchal de Camp et disposa des régiments vacants. Une ordonnance concernant la gendarmerie fut publiée, précisant les compagnies conservées et supprimées, ainsi que les nouvelles structures et paies. Les gendarmes ayant servi vingt ans et incapables de continuer leurs services pouvaient choisir entre être reçus à l'Hôtel Royal des Invalides ou se retirer chez eux avec leur solde entière. Ceux ayant moins de vingt ans de service mais blessés pouvaient également être reçus comme Lieutenants ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes atteignant vingt ans de service grâce à leur temps passé dans d'autres corps pouvaient être reçus comme Bas-Officiers ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes excédant le nombre fixé étaient réformés et recevaient des congés avec leurs habits, chapeau, épée et une gratification de 36 livres.
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1466
p. 204
De BELLEISLE, le 11 Mai 1763.
Début :
Le Chevalier de Warren, Maréchal de Camp, nommé par le Roi pour commander [...]
Mots clefs :
Chevalier, Maréchal de camp, Troupes, Gouverneur, Citadelle, Anglais, Belle-Île
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BELLEISLE, le 11 Mai 1763.
De BELLEISLE , le 11 Mai 1763 .
Le Chevalier de Warren , Maréchal de Camp ,
nommé par le Roi pour commander les troupes
deftinées à reprendre poffeffion de cette Ile ,
ayant remis hier au Gouverneur Anglõis la let-:
tre par laquelle Sa Majeſté Britannique ordonne
que l'lfle , la Citadelle , le Fort , &c , foient re- .
mis entre les mains des François ; les Anglois fe
font retirés , & le Chevalier de Warren a pris poffeffion
de l'Ifle.
Le Chevalier de Warren , Maréchal de Camp ,
nommé par le Roi pour commander les troupes
deftinées à reprendre poffeffion de cette Ile ,
ayant remis hier au Gouverneur Anglõis la let-:
tre par laquelle Sa Majeſté Britannique ordonne
que l'lfle , la Citadelle , le Fort , &c , foient re- .
mis entre les mains des François ; les Anglois fe
font retirés , & le Chevalier de Warren a pris poffeffion
de l'Ifle.
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1467
p. 185
De LISBONNE, le 22 Juin 1763.
Début :
On mande de Bahia que deux Corsaires Anglois le Lord-Clive [...]
Mots clefs :
Corsaires anglais, Troupes, Colonie, Attaque, Vaisseaux, Rio de Janeiro, Capitaine, Cargaison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LISBONNE, le 22 Juin 1763.
De LISBONNE , le 22 Juin 1763 .
On mande de Bahia que deux Corfaires Anglois
le Lord - Clive & l'Embuscade ayant pris à bord
quelques troupes & s'étant joints à une Frégate
Portugaife, avoient attaqué la Colonie du S. Sacrement.
Après une Canonnade vive & opiniâtre ,
les Anglois avoient forcé les Eſpagnols à fe retirer ,
quand tout-à-coup le feu prit au bâtiment du Lord-
Clive qui fauta en l'air. Alors les Espagnols revinrentfur
leurs pas , & forcerent les autres Vaiffeaux
de retourner à Rio- Janeiro . Les Corfaires Anglois
avoient fait plufieurs prifes confidérables ; mais on
fuppofe que l'argent & les effets les plus précieux
étant à bord du Lord- Clive auront été perdus. Suivant
quelques relations , le Capitaine Macnamara,
qui commandoit ce Corfaire , défefperé de la perte
de fon Vaiffeau, s'eft brûlé la cervelle d'un coup de
Piftolet ; mais fuivant un autre récit plus probable,
il a péri avec trois cens- cinquante hommes de fon
équipage.
On mande de Bahia que deux Corfaires Anglois
le Lord - Clive & l'Embuscade ayant pris à bord
quelques troupes & s'étant joints à une Frégate
Portugaife, avoient attaqué la Colonie du S. Sacrement.
Après une Canonnade vive & opiniâtre ,
les Anglois avoient forcé les Eſpagnols à fe retirer ,
quand tout-à-coup le feu prit au bâtiment du Lord-
Clive qui fauta en l'air. Alors les Espagnols revinrentfur
leurs pas , & forcerent les autres Vaiffeaux
de retourner à Rio- Janeiro . Les Corfaires Anglois
avoient fait plufieurs prifes confidérables ; mais on
fuppofe que l'argent & les effets les plus précieux
étant à bord du Lord- Clive auront été perdus. Suivant
quelques relations , le Capitaine Macnamara,
qui commandoit ce Corfaire , défefperé de la perte
de fon Vaiffeau, s'eft brûlé la cervelle d'un coup de
Piftolet ; mais fuivant un autre récit plus probable,
il a péri avec trois cens- cinquante hommes de fon
équipage.
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Résumé : De LISBONNE, le 22 Juin 1763.
Le 22 juin 1763, deux navires anglais et une frégate portugaise attaquent la colonie espagnole du Sacrement. Après une canonnade, les Anglais se retirent, mais le Lord Clive explose. Les Espagnols repoussent les autres vaisseaux. Le capitaine Macnamara et 350 membres d'équipage périssent. Les prises anglaises sont perdues.
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1468
p. 186-187
Du 27 Juin.
Début :
On a appris de la Bastie qu'outre les deux Capitaines qui avoient été tués [...]
Mots clefs :
Capitaines, Lieutenant, Assassinat, Destruction de la place, Artillerie, Défense, Rebelles, Coup monté, Prise de la ville, Otages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 27 Juin.
·Du 27 Juin
•
On a appris de la Baftie qu'outre les deux
Capitaines qui avoient été tués dans la tranchée
près de Furiani , le Lieutenant - Colonel Kiniek ,
avoit aufli été emporté d'un coup de Canon . Le
Général Matra a prefque détruit cette place qui
continue à être battue par fon Artillerie ; & il
eft certain que les Rebelles ont abandonné le
fiege du Fort Algaiola pour venir défendre le
Village de Furiani.
On dit qu'un nommé Cicco , Corfe Napoli-
Bain & attaché à la République , avoit médité
AOUST. 1763. 187
un coup important contre les Rebelles , & voici
ee qu'on rapporte à ce fujet. Cet homme , qui
étoit à Calvi , entretenoit une correſpondance
avec Pafchal - Paoli ; & de concert avec le Général
Matra , le Commiflaire de la Baſtie & celui
de Calvi , il avoit propofé à ce Chef des Rebelles
de lui livrer cette derniere place . Paoli
avoit accepté l'offre ; & dans la nuit qui avoit
été fixée entr'eux , il s'étoit approché de la place
avec environ ſept cens hommes . On fit de part
& d'autre les fignaux convenus. Cicco engagea le
Commiffaire de Calvi à faire fortir les habitans
de la Ville & à les mettre en embuscade , de
manière que les Rebelles fe trouvaffent entre le
feu de cette troupe & celui de la Garniſon ;
mais le Commiffaire pour s'affurer de la fidélité
de cet homme éxigea qu'il lui remît fon fils en
ôtage. Cicco ayant répondu qu'il l'auroit donné
fi on le lui eût demandé plutôt , le Commiffaire
fit mettre la Garniſon fous les armes & envoya
deux hommes pour reconnoître les Rebelles
, qui s'apperçevant qu'on les avoit trahis , fe
retirérent avec précipitation.
•
On a appris de la Baftie qu'outre les deux
Capitaines qui avoient été tués dans la tranchée
près de Furiani , le Lieutenant - Colonel Kiniek ,
avoit aufli été emporté d'un coup de Canon . Le
Général Matra a prefque détruit cette place qui
continue à être battue par fon Artillerie ; & il
eft certain que les Rebelles ont abandonné le
fiege du Fort Algaiola pour venir défendre le
Village de Furiani.
On dit qu'un nommé Cicco , Corfe Napoli-
Bain & attaché à la République , avoit médité
AOUST. 1763. 187
un coup important contre les Rebelles , & voici
ee qu'on rapporte à ce fujet. Cet homme , qui
étoit à Calvi , entretenoit une correſpondance
avec Pafchal - Paoli ; & de concert avec le Général
Matra , le Commiflaire de la Baſtie & celui
de Calvi , il avoit propofé à ce Chef des Rebelles
de lui livrer cette derniere place . Paoli
avoit accepté l'offre ; & dans la nuit qui avoit
été fixée entr'eux , il s'étoit approché de la place
avec environ ſept cens hommes . On fit de part
& d'autre les fignaux convenus. Cicco engagea le
Commiffaire de Calvi à faire fortir les habitans
de la Ville & à les mettre en embuscade , de
manière que les Rebelles fe trouvaffent entre le
feu de cette troupe & celui de la Garniſon ;
mais le Commiffaire pour s'affurer de la fidélité
de cet homme éxigea qu'il lui remît fon fils en
ôtage. Cicco ayant répondu qu'il l'auroit donné
fi on le lui eût demandé plutôt , le Commiffaire
fit mettre la Garniſon fous les armes & envoya
deux hommes pour reconnoître les Rebelles
, qui s'apperçevant qu'on les avoit trahis , fe
retirérent avec précipitation.
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Résumé : Du 27 Juin.
Le 27 juin, des rapports de la Baftie signalent la mort du Lieutenant-Colonel Kiniek, tué par un coup de canon près de Furiani, en plus des deux capitaines déjà tués. Le Général Matra a presque détruit une position ennemie, toujours sous bombardement. Les rebelles ont quitté le siège du Fort Algaiola pour défendre Furiani. Un individu nommé Cicco, loyal à la République, avait prévu une opération contre les rebelles. Basé à Calvi, Cicco correspondait avec Pascal Paoli et avait proposé de livrer Calvi à Paoli, avec l'accord du Général Matra et des commissaires de la Bastie et de Calvi. Paoli s'est approché de la ville avec environ sept cents hommes. Cependant, le commissaire de Calvi, méfiant, a exigé que Cicco lui remette son fils en otage. Malgré l'accord de Cicco, le commissaire a armé la garnison et envoyé des hommes reconnaître les rebelles, qui se sont retirés en se sentant trahis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1469
p. 187-188
De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
Début :
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier, le Colonel Lambart est arrivé [...]
Mots clefs :
Minorque, Colonel, Gibraltar, Régiments, Fort Saint-Philippe, Prise de possession, Fortifications, Garnison, Vaisseaux de guerre, Officier
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texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
De LONDRES, le 8 Juillet 1763-
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier ,
le Colonel Lambart eft arrivé de Gibraltar en
cette Ifle , avec trois Régimens Anglois , qui ont
débarqué fous fes ordres , & ont pris poffeffion
du Fort- Saint- Philippe & du reste de l'ifle , don't
les Fortifications fe font trouvées en bon état,
188 MERCURE DE FRANCE.
La Garniſon françoife s'eft embarquée le 4 do
mois dernier fur trois Vaiffeaux de Guerre qui
ont dû mettre inceffamment à la voile . Ce jourlà
il ne reftoit à Minorque d'autres François
qu'un Officier d'Artillerie , chargé de remettre
les Magafins & les Provifions , & quelques foldats
malades pour le traitement defquels on a
laiffé les perſonnes & les médicamens néceſſaires .
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier ,
le Colonel Lambart eft arrivé de Gibraltar en
cette Ifle , avec trois Régimens Anglois , qui ont
débarqué fous fes ordres , & ont pris poffeffion
du Fort- Saint- Philippe & du reste de l'ifle , don't
les Fortifications fe font trouvées en bon état,
188 MERCURE DE FRANCE.
La Garniſon françoife s'eft embarquée le 4 do
mois dernier fur trois Vaiffeaux de Guerre qui
ont dû mettre inceffamment à la voile . Ce jourlà
il ne reftoit à Minorque d'autres François
qu'un Officier d'Artillerie , chargé de remettre
les Magafins & les Provifions , & quelques foldats
malades pour le traitement defquels on a
laiffé les perſonnes & les médicamens néceſſaires .
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Résumé : De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
Le 8 juillet 1763, des nouvelles de Minorque rapportent que le 31 mai, le Colonel Lambart est arrivé de Gibraltar avec trois régiments anglais. Ces troupes ont pris possession du Fort Saint-Philippe et de l'île, dont les fortifications étaient en bon état. La garnison française a quitté l'île le 4 mai. Quelques Français sont restés, dont un officier d'artillerie et des soldats malades.
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1470
p. 188-190
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Début :
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier a apporté hier des nouvelles [...]
Mots clefs :
Navire, Colonie, Troupes, Secours, Rivière, Attaque, Indigènes, Rebelles, Maltraitance, Liberté, Négociation, Paix, Plantations
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texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
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Résumé : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Le 8 juillet 1763, des nouvelles de la colonie des Berbices ont été rapportées par un navire parti de Surinam le 9 mai précédent. Cinq cents hommes de troupes, envoyés de Surinam, sont arrivés le 28 avril et ont trouvé le gouverneur à bord d'un brigantin à l'embouchure de la rivière. Le gouverneur avait dû abandonner le fort après y avoir mis le feu et fuir avec environ vingt-trois colons, seuls survivants du massacre perpétré par les esclaves révoltés, qui ont tué entre soixante-dix et quatre-vingts personnes. À l'arrivée des renforts, il a été décidé de reprendre les plantations voisines de l'embouchure de la rivière. Les troupes ont été attaquées par les esclaves révoltés le lendemain matin. Le combat a duré de sept heures à une heure de l'après-midi, laissant plusieurs morts et blessés parmi les esclaves, et un directeur de plantation tué du côté des Hollandais. Le jour suivant, un jeune gentilhomme des Berbices, maltraité par les esclaves, a été envoyé au gouverneur avec une lettre du chef des rebelles. Ce dernier exprimait son regret pour les violences commises et souhaitait vivre en paix avec les Blancs. Il demandait la liberté et la moitié de la colonie pour s'y établir avec leurs familles. En gage de bonne foi, le chef des rebelles a envoyé des boucles d'or prises lors du pillage des plantations. Les troupes de Surinam ont décidé de maintenir leurs positions jusqu'à l'arrivée de renforts d'Europe. En attendant, des négociations sont en cours pour faire rentrer les esclaves dans leur devoir, avec l'espoir que l'offre d'une amnistie dissuadera certains de rester dans la rébellion. Les plantations de Timerary ne sont plus menacées grâce aux renforts envoyés par les Anglais, qui possèdent trois quarts des plantations de la Barbade.
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1471
p. 201-203
De GENES, le 1 Août 1763.
Début :
On a reçu les détails suivant d'une affaire qui s'est passée le 18 [...]
Mots clefs :
Rebelles, Général, Assaut, Troupes, Furiani, Artillerie, Ennemi, Officiers, Soldats, Blessés et morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 1 Août 1763.
De GENES , le 1 Août 1763.
ON
Na reçu les délails fuivant d'un affaire qui
selt pafféele 18 Juillet à Furiani entre nos trous
pes & les Rebelles . Le Général Matra , ayant pris
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
la réfolution de donner l'affaut le 18 aux retranchemens
des Rebelles, fit faire avant le jour toutes
les difpofitions néceflaires pour cette attaque.
Nos troupes marcherent de grand matin vers
Furiani ; mais comme elles étoient entierement à
découvert , le Rebelles ne tarderent pas à s'appercevoir
de leur marche , & à faire jouer leur
artillerie & leur moufqueterie. Nos troupes ,
quoique fort incommodées par le feu de l'ennemi
, s'avancerent néanmoins avec tant de célérité,
qu'en peu de minutes , elles arrivérent fous les
retranchemens, où le feu des Rebelles devint pour
le moment fans effet. Alors ceux - ci firent rouler
une quantité immenfe de pierres qu'ils avoient
préparées pour ce deffein , ce qui répandit la confufion
parmi les Affaillans , & en mit un grand
nombre hors de combat . malgré le feu des Rebelles
qui avoit recommencé & une grêle continuelle
de pierres , nos gens firent pendant plus
d'une heure des efforts furprenans de conftance
& de valeur plufieurs d'entr'eux voyant qu'ils
ne pouvoient eſcalader le retranchement à cauſe
de la trop grande hauteur , s'approchérent de la
barriére dans le deffein de s'en emparer & de
chaffer l'ennemi , mais comme ils ne pouvoient
marcher fans être apperçus cette tentative ,
malgré la bravoure avec laquelle ils l'exécuterent,
ne put avoir de fuccès : il fallut céder au défavantage
de la poſition , & le Général fut contraint
d'ordonner, la retraite qui fe fit en très-bon
ordre. L'action avoit duré environ trois heures :
nous y avons eu cinq Officiers & foixante & un
foldats tués , dix- neuf Officiers & quatre - vingtdouze
foldats bleflés . Vers le foir , les Rebelles
firent propofer une fufpenfion d'hoftilités pour
donner la fépulture aux morts , & le GénéralOCTOBRE
. 1763. 203
Matray confentit après avoir pris les précautions
ordinaires. On a été informé depuis que , le 23,
il avoit abandonné le fiége de Furiani , & s'étoit
retiré à la Baftie avec toutes les Troupes & fon
artillerie.
ON
Na reçu les délails fuivant d'un affaire qui
selt pafféele 18 Juillet à Furiani entre nos trous
pes & les Rebelles . Le Général Matra , ayant pris
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
la réfolution de donner l'affaut le 18 aux retranchemens
des Rebelles, fit faire avant le jour toutes
les difpofitions néceflaires pour cette attaque.
Nos troupes marcherent de grand matin vers
Furiani ; mais comme elles étoient entierement à
découvert , le Rebelles ne tarderent pas à s'appercevoir
de leur marche , & à faire jouer leur
artillerie & leur moufqueterie. Nos troupes ,
quoique fort incommodées par le feu de l'ennemi
, s'avancerent néanmoins avec tant de célérité,
qu'en peu de minutes , elles arrivérent fous les
retranchemens, où le feu des Rebelles devint pour
le moment fans effet. Alors ceux - ci firent rouler
une quantité immenfe de pierres qu'ils avoient
préparées pour ce deffein , ce qui répandit la confufion
parmi les Affaillans , & en mit un grand
nombre hors de combat . malgré le feu des Rebelles
qui avoit recommencé & une grêle continuelle
de pierres , nos gens firent pendant plus
d'une heure des efforts furprenans de conftance
& de valeur plufieurs d'entr'eux voyant qu'ils
ne pouvoient eſcalader le retranchement à cauſe
de la trop grande hauteur , s'approchérent de la
barriére dans le deffein de s'en emparer & de
chaffer l'ennemi , mais comme ils ne pouvoient
marcher fans être apperçus cette tentative ,
malgré la bravoure avec laquelle ils l'exécuterent,
ne put avoir de fuccès : il fallut céder au défavantage
de la poſition , & le Général fut contraint
d'ordonner, la retraite qui fe fit en très-bon
ordre. L'action avoit duré environ trois heures :
nous y avons eu cinq Officiers & foixante & un
foldats tués , dix- neuf Officiers & quatre - vingtdouze
foldats bleflés . Vers le foir , les Rebelles
firent propofer une fufpenfion d'hoftilités pour
donner la fépulture aux morts , & le GénéralOCTOBRE
. 1763. 203
Matray confentit après avoir pris les précautions
ordinaires. On a été informé depuis que , le 23,
il avoit abandonné le fiége de Furiani , & s'étoit
retiré à la Baftie avec toutes les Troupes & fon
artillerie.
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Résumé : De GENES, le 1 Août 1763.
Le 18 juillet 1763, les troupes françaises dirigées par le Général Matra ont attaqué les retranchements des rebelles à Furiani. Malgré une préparation avant l'aube, les rebelles ont rapidement riposté avec leur artillerie et leur mousqueterie. Les Français ont atteint les retranchements mais ont été stoppés par des pierres lancées par les rebelles, causant confusion et pertes. Après trois heures de combat, le Général Matra a ordonné la retraite. L'affrontement a causé la mort de cinq officiers et soixante-et-un soldats, et blessé dix-neuf officiers et quatre-vingt-douze soldats. Les rebelles ont ensuite proposé une suspension des hostilités pour enterrer les morts, à laquelle le Général Matra a consenti. Le 23 juillet, les rebelles ont quitté Furiani pour se retirer à la Bastie avec leurs troupes et leur artillerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1472
p. 15-19
DISCOURS prononcé par un des Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, le jour de la S. LOUIS.
Début :
PAR des jeux, des combats noble & frappante image, [...]
Mots clefs :
Amour, Héros, Rois, Noble, Succès, Gloire, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé par un des Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, le jour de la S. LOUIS.
DISCOURS prononcé par un des Éléves
de M. l'Abbé CHOCQU ART , le
jour de la S. LOUIS .
PAR des jeux , des combats noble & frappante
image ,
La Gréce à fes Héros exprimoit fon hommage .
O vous , dont le grand nom préfide à nos ella is
LOUIS ! ah fi le zéle enfante les fuccès ,
Jamais les bords vantés de Corinthe & d'Elide ,
Ni les champs Néméens où combattit Alcide ,
Ni le Cirque pompeux où brilloient les Céfars ,
16 MERCURE DE FRANCE.
T
De plus hardis tableaux n'ont frappé les regards .
Mais , ô frivole eſpoir ! une enfance débile
Rend , malgré tous nos voeux, tant de zéle inutile.
Trop heureux d'allier , à force de fecours,
L'aurore des talens à celle de nos jours.
Sous l'aufpice éclairé d'un Miniftre* , d'un Sage,
De ces premiers rayons nous cultivons l'ulage.
Son nom qui fous dix Rois foutint avec ſplendeur
Le poids fi dangereux de l'extrême faveur ,
Son nom de ce Lycée eft l'appui tutélaire :
Pour nos fuccès futurs préfage falataire !
Tel on voit à l'afpect d'un Aftre bienfaisant
S'accroître , s'embellir un arbriffeau naiffant.
Déja le noble eſpoir qui germe dans notre âme ,
S'allume , & de la gloire y fait briller la flâme :
Déja dans la carrière heureufement rivaux ,
De Minerve & de Mars nous fuivons les drapeaux :
Déja tout fait goûter à notre âme attendrie ,
Dans l'amour de nos Rois l'amour de la Patrie.
Ah ! recueillez longtemps ce tribut précieux ,
Le plus digne de vous , le plus cher à vos yeux;
Ce tribut de tendreffe & fi cher & fi rare !
OmonRoi trop fouvent un Peuple en eft avare :
Souvent par d'autres foins fes voeux font balances;
Mais Titus en jouit & vous en jouiffez.
Vous fçutes réunir à la Grandeur ſuprême
Ce titre préférable à cette fplendeur même ;
* Mgr le Comte de Saint-Florentin.
1
+
1
OCTOBRE . 1763 .
17
Nom dicté par l'amour , nom chéri , nom facré
Dont feul parmi cent Rois Louis fut décoré .
De titres faftueux fouvent l'erreur commune
Honora des fuccès qu'enfanta la Fortune ;
Mais un Roi qui combat pour affetmir fes droits,
Pour défendre fon Peuple , ou protéger des Rois,
Qui toujours ennemi d'une injuſte puiſſance ,
Au glaive deſtructeur fçait unir la balance ,
Qui fçait chérir la paix & braver les hazards ;
Un Roi qui foudreyant les plus fermes remparts;
Contre fon bras puiffant impuiffantes barrières ,
Vit tomber à ſes pieds vingt Nations altières ;
Qui fçut combattre & vaincre , & pour dire encor
plus ,
Un Roi qui fit chérir la victoire aux vaincus :
Tel eft du vrai Héros le noble caractère ;
Tel aux belgiques champs un vainqueur débon
naire ,
Louis au fier Anglois de les remords preſſé ,
Fit adorer la main qui l'avoit terraſſé .
Non ,fans cette vertu , la valeur la plus rare
N'eft qu'un inftinet farouche , un délire barbare ;
Cette féroce ardeur forma vingt Conquérans ,
Tout Peuple eut fes Heros , mais non pas fes
Trajans.
Rome eut cet avantage. O France ! ôma Patrie !
Au bonheur des Romains ne portes point envie ;
Quel fiécle vit briller plus qu'en nos heureux jours
De progrès oppofés le fublime concours ?
18 MERCURE DE FRANCE.
Si du Temple des Arts j'ofe entr'ouvrir l'enceinte,
Des bienfaits de L UIs par toutje vois l'empreinte.
Appelle & Phidias & leurs dignes rivaux
Par lui font excités dans leurs nobles travaux.
Sophocle eft à fes pieds , & fa main le décore
Du précieux laurier qu'elle ennoblit encore.
Les fublimes talens renaiffent à la voix :
Plus loin formant leur bras à d'illuſtres exploits à
D'éléves de Bellone une troupe naiffante *
Régle de fa valeur l'audace impatiente.
Lovis par fes bienfaits fe plaît à prévenir
L'éclat qu'à leur travaux réſerve l'avenir .
Ainfi lorfque de Mars il éteint le tonnerre ,
Lorsqu'il ferme à nos yeux le Temple de la guerre,
Louis ranime encore fa belliqueufe ardeur,
Appui de cet état fource de fa fplendeur.
Par là Rome , autrefois en héros fi féconde;
Affervit à fon joug & Carthage & le Monde.
Cette ardeur s'éteignit , & bientôt l'Univers
Vengea fur fes Vainqueurs la honte des fes fers
Ce coloffe effrayant , maffe informe & groffière ,
Tombe & de fes débris couvre la terre entière .
Ah ! dans fon coeur alors par la crainte abbattu
Si Rome eût appellé fon antique vertu ,
Ce courage indompté , cet amour de la gloire ,
Partout fon aigle encor fixeroit la victoire.
Eh ! que n'a - t- on pas vû dans ces jours orageux,
Où du Carthaginois le bras victorieux
* L'Ecole Militaire.
OCTOBRE. 1763 I
De flots du fang Romain inonda l'Italie ?
Scipion , qu'enflammoit l'amour de la Patrie ,
Efpére , ofe , combat , change un deſtin fatal ,
Et , pour tout dire enfin , triomphe d'Annibal.
François dignes rivaux , à la gloire fenfibles ,
Songez que ce beau nom doit vous rendre invin
cibles.
Dans leur fublime courfe atteignons nos ayeur ,
Servons nous-même enfin d'exemple à nos neveux;
Et fi la voix de Mars nous appelle aux allarmes ,
Si les chants de la paix font place au bruit des
armes ;
Combattons fous Lours, guidés par ce grand Roir
Retrouvons avec lui , Laufeld & Fontenoi.
de M. l'Abbé CHOCQU ART , le
jour de la S. LOUIS .
PAR des jeux , des combats noble & frappante
image ,
La Gréce à fes Héros exprimoit fon hommage .
O vous , dont le grand nom préfide à nos ella is
LOUIS ! ah fi le zéle enfante les fuccès ,
Jamais les bords vantés de Corinthe & d'Elide ,
Ni les champs Néméens où combattit Alcide ,
Ni le Cirque pompeux où brilloient les Céfars ,
16 MERCURE DE FRANCE.
T
De plus hardis tableaux n'ont frappé les regards .
Mais , ô frivole eſpoir ! une enfance débile
Rend , malgré tous nos voeux, tant de zéle inutile.
Trop heureux d'allier , à force de fecours,
L'aurore des talens à celle de nos jours.
Sous l'aufpice éclairé d'un Miniftre* , d'un Sage,
De ces premiers rayons nous cultivons l'ulage.
Son nom qui fous dix Rois foutint avec ſplendeur
Le poids fi dangereux de l'extrême faveur ,
Son nom de ce Lycée eft l'appui tutélaire :
Pour nos fuccès futurs préfage falataire !
Tel on voit à l'afpect d'un Aftre bienfaisant
S'accroître , s'embellir un arbriffeau naiffant.
Déja le noble eſpoir qui germe dans notre âme ,
S'allume , & de la gloire y fait briller la flâme :
Déja dans la carrière heureufement rivaux ,
De Minerve & de Mars nous fuivons les drapeaux :
Déja tout fait goûter à notre âme attendrie ,
Dans l'amour de nos Rois l'amour de la Patrie.
Ah ! recueillez longtemps ce tribut précieux ,
Le plus digne de vous , le plus cher à vos yeux;
Ce tribut de tendreffe & fi cher & fi rare !
OmonRoi trop fouvent un Peuple en eft avare :
Souvent par d'autres foins fes voeux font balances;
Mais Titus en jouit & vous en jouiffez.
Vous fçutes réunir à la Grandeur ſuprême
Ce titre préférable à cette fplendeur même ;
* Mgr le Comte de Saint-Florentin.
1
+
1
OCTOBRE . 1763 .
17
Nom dicté par l'amour , nom chéri , nom facré
Dont feul parmi cent Rois Louis fut décoré .
De titres faftueux fouvent l'erreur commune
Honora des fuccès qu'enfanta la Fortune ;
Mais un Roi qui combat pour affetmir fes droits,
Pour défendre fon Peuple , ou protéger des Rois,
Qui toujours ennemi d'une injuſte puiſſance ,
Au glaive deſtructeur fçait unir la balance ,
Qui fçait chérir la paix & braver les hazards ;
Un Roi qui foudreyant les plus fermes remparts;
Contre fon bras puiffant impuiffantes barrières ,
Vit tomber à ſes pieds vingt Nations altières ;
Qui fçut combattre & vaincre , & pour dire encor
plus ,
Un Roi qui fit chérir la victoire aux vaincus :
Tel eft du vrai Héros le noble caractère ;
Tel aux belgiques champs un vainqueur débon
naire ,
Louis au fier Anglois de les remords preſſé ,
Fit adorer la main qui l'avoit terraſſé .
Non ,fans cette vertu , la valeur la plus rare
N'eft qu'un inftinet farouche , un délire barbare ;
Cette féroce ardeur forma vingt Conquérans ,
Tout Peuple eut fes Heros , mais non pas fes
Trajans.
Rome eut cet avantage. O France ! ôma Patrie !
Au bonheur des Romains ne portes point envie ;
Quel fiécle vit briller plus qu'en nos heureux jours
De progrès oppofés le fublime concours ?
18 MERCURE DE FRANCE.
Si du Temple des Arts j'ofe entr'ouvrir l'enceinte,
Des bienfaits de L UIs par toutje vois l'empreinte.
Appelle & Phidias & leurs dignes rivaux
Par lui font excités dans leurs nobles travaux.
Sophocle eft à fes pieds , & fa main le décore
Du précieux laurier qu'elle ennoblit encore.
Les fublimes talens renaiffent à la voix :
Plus loin formant leur bras à d'illuſtres exploits à
D'éléves de Bellone une troupe naiffante *
Régle de fa valeur l'audace impatiente.
Lovis par fes bienfaits fe plaît à prévenir
L'éclat qu'à leur travaux réſerve l'avenir .
Ainfi lorfque de Mars il éteint le tonnerre ,
Lorsqu'il ferme à nos yeux le Temple de la guerre,
Louis ranime encore fa belliqueufe ardeur,
Appui de cet état fource de fa fplendeur.
Par là Rome , autrefois en héros fi féconde;
Affervit à fon joug & Carthage & le Monde.
Cette ardeur s'éteignit , & bientôt l'Univers
Vengea fur fes Vainqueurs la honte des fes fers
Ce coloffe effrayant , maffe informe & groffière ,
Tombe & de fes débris couvre la terre entière .
Ah ! dans fon coeur alors par la crainte abbattu
Si Rome eût appellé fon antique vertu ,
Ce courage indompté , cet amour de la gloire ,
Partout fon aigle encor fixeroit la victoire.
Eh ! que n'a - t- on pas vû dans ces jours orageux,
Où du Carthaginois le bras victorieux
* L'Ecole Militaire.
OCTOBRE. 1763 I
De flots du fang Romain inonda l'Italie ?
Scipion , qu'enflammoit l'amour de la Patrie ,
Efpére , ofe , combat , change un deſtin fatal ,
Et , pour tout dire enfin , triomphe d'Annibal.
François dignes rivaux , à la gloire fenfibles ,
Songez que ce beau nom doit vous rendre invin
cibles.
Dans leur fublime courfe atteignons nos ayeur ,
Servons nous-même enfin d'exemple à nos neveux;
Et fi la voix de Mars nous appelle aux allarmes ,
Si les chants de la paix font place au bruit des
armes ;
Combattons fous Lours, guidés par ce grand Roir
Retrouvons avec lui , Laufeld & Fontenoi.
Fermer
1473
p. 68-90
LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
Début :
TANDIS que le vent du midi enfloit la voile, & poussoit la flote sur [...]
Mots clefs :
Guerre, Rome, Peuples, Dieux, Bords, Rivage, Fortune, Drapeaux, Enfers
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texteReconnaissance textuelle : LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
LA PHARSALE , Livre 3.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
1474
p. 209
LETTRE de M. MENTELLE, Professeur d'Histoire, & Inspecteur des Etudes de l'Ecole Royale Militaire, à M. DE LA PLACE.
Début :
COMME il a couru différens bruits, Monsieur, sur le sort des deux Vaisseaux [...]
Mots clefs :
Bruits, Vaisseaux, Commandant, Colonnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MENTELLE, Professeur d'Histoire, & Inspecteur des Etudes de l'Ecole Royale Militaire, à M. DE LA PLACE.
LETTRE de M. MENTELLE , Profeffeur
d'Hiftoire , & Infpecteur des
Etudes de l'Ecole Royale Militaire
à M. DE LA PLACE.
COMM
COMME il a couru différens bruits .
Monfieur , fur le fort des deux Vaiffeaux
qui font partis avec M. le Commandant
, pour fe rendre au lieu où va
s'établir la nouvelle Colonie , je crois
que vous voudrez bien raffurer le Public
à cet égard en plaçant dans votre
Mercure une Lettre que j'en viens de
recevoir. Elle m'eft adreffée par mon
frère , qui affurément ne cherchoit qu'à
dire la vérité , & ne s'attendoit guère
pour cette Lettre , à l'honneur duquel
je la deftine.
J'ai l'honneur d'être & c.
*A l'E, R. M. ce 18 Septembre 1763.
d'Hiftoire , & Infpecteur des
Etudes de l'Ecole Royale Militaire
à M. DE LA PLACE.
COMM
COMME il a couru différens bruits .
Monfieur , fur le fort des deux Vaiffeaux
qui font partis avec M. le Commandant
, pour fe rendre au lieu où va
s'établir la nouvelle Colonie , je crois
que vous voudrez bien raffurer le Public
à cet égard en plaçant dans votre
Mercure une Lettre que j'en viens de
recevoir. Elle m'eft adreffée par mon
frère , qui affurément ne cherchoit qu'à
dire la vérité , & ne s'attendoit guère
pour cette Lettre , à l'honneur duquel
je la deftine.
J'ai l'honneur d'être & c.
*A l'E, R. M. ce 18 Septembre 1763.
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1475
p. 210-211
A CAYENNE, le 14 Juillet 1763.
Début :
MON cher frère, je t'écris à la hâte notre arrivée dans le pays. Il y a quelques [...]
Mots clefs :
Pays, Fruits, Figures, Chaleurs, Frère, Sucre, Tortues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CAYENNE, le 14 Juillet 1763.
A CAYENNE , le 14 Juillet 1763.
*
MON ON cher frère , je t'écris à la hâte
notre arrivée dans le pays. Il y a quelques
jours que nous y fommes arrivés
en bonne fanté..... J'ai mangé du gibier,"
du poiffon & des fruits du pays. On
ne fçauroit trop fe louer de M. de
Présfontaine. Ses fruits, fon fucre , les
beftiaux, tout y va ; il nous a acheté aujourd'hui
trois ou quatre tortues. Nous
aurons des Mouftiquiéres , ce font des
rideaux de gaze pour fe préferver des
mouches nommées Mouftiques. J'ai
dans un flacon de l'eau de Ste Luce qui
eft fouveraine contre la morfure des
ferpens , & j'ai outre cela un bon fabre
, ainfi tu ne dois avoir aucune inquiétude.
Le pays où nous allons eft
délicieux. Les vivres , le gibier , les bef
tiaux , les légumes , le poiffon , les fruits,
tout y abonde. Il y a une Miffion de
Jéfuites qui pous y procurera de gran-
* Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Commandant de la nouvelle Colonie. Il eſt
parti avec les deux Vaiſſeaux de la rade de Ro
chefort le 17 Mai.
OCTOBRE. 1763.
211
des facilités . J'ai déja vu beaucoup
d'Indiens : tu fçais qu'ils ont le corps
& les cheveux frottés de Roucou ; mais
de plus il fe deffinent des Fleurs- de-Lys
& d'autres figures fur le vifage , avec
une teinte beaucoup plus forte que celle
qu'ils ont fur le refte du corps . M.
de Présfontaine eft très-aimé de tous ces
gens- là . Nous avons été témoins de la
furpriſe d'un Indien qui ne le connoiffoit
que de nom . Dès qu'il s'eft nommé , l'In-
» dien lui a dit » Ah ! toi Présfontaine ?
» toi Banari ! ..... Les chaleurs font
» fupportables , & la faifon des pluyes
» eft paffée. Adieu ; une autre fois je t'en
» écrirai davantage. » Je fuis ton frère
"
L
MENTELLE , Ingenieur Géographe du Rof.
*
MON ON cher frère , je t'écris à la hâte
notre arrivée dans le pays. Il y a quelques
jours que nous y fommes arrivés
en bonne fanté..... J'ai mangé du gibier,"
du poiffon & des fruits du pays. On
ne fçauroit trop fe louer de M. de
Présfontaine. Ses fruits, fon fucre , les
beftiaux, tout y va ; il nous a acheté aujourd'hui
trois ou quatre tortues. Nous
aurons des Mouftiquiéres , ce font des
rideaux de gaze pour fe préferver des
mouches nommées Mouftiques. J'ai
dans un flacon de l'eau de Ste Luce qui
eft fouveraine contre la morfure des
ferpens , & j'ai outre cela un bon fabre
, ainfi tu ne dois avoir aucune inquiétude.
Le pays où nous allons eft
délicieux. Les vivres , le gibier , les bef
tiaux , les légumes , le poiffon , les fruits,
tout y abonde. Il y a une Miffion de
Jéfuites qui pous y procurera de gran-
* Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Commandant de la nouvelle Colonie. Il eſt
parti avec les deux Vaiſſeaux de la rade de Ro
chefort le 17 Mai.
OCTOBRE. 1763.
211
des facilités . J'ai déja vu beaucoup
d'Indiens : tu fçais qu'ils ont le corps
& les cheveux frottés de Roucou ; mais
de plus il fe deffinent des Fleurs- de-Lys
& d'autres figures fur le vifage , avec
une teinte beaucoup plus forte que celle
qu'ils ont fur le refte du corps . M.
de Présfontaine eft très-aimé de tous ces
gens- là . Nous avons été témoins de la
furpriſe d'un Indien qui ne le connoiffoit
que de nom . Dès qu'il s'eft nommé , l'In-
» dien lui a dit » Ah ! toi Présfontaine ?
» toi Banari ! ..... Les chaleurs font
» fupportables , & la faifon des pluyes
» eft paffée. Adieu ; une autre fois je t'en
» écrirai davantage. » Je fuis ton frère
"
L
MENTELLE , Ingenieur Géographe du Rof.
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1476
p. 127-128
HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Trente-huitiéme & trente-neuvième Traitement depuis son Etablissement.
Début :
Noms des Soldats. Compagnies. La Réjouissance, Pronleroy. La Fage, Rasilly. [...]
Mots clefs :
Hôpital, Duc de Biron, Louis-Antoine de Gontaut, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Trente-huitiéme & trente-neuvième Traitement depuis son Etablissement.
HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON.
Trente-huitiéme & trente-neuvième Traitement depuis son Etablissement.
Noms des Soldats. Compagnies.
La Réjouissance, Pronleroy. La Fage, Rasilly.
La Fage ,
La Fortune ,
Goffray ,
Violet ,
Doré ,
Bar ,
127
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Le Febvre ,
Durs ,
Moter ,
Laverdure ,
Tardif ,
Clément ,
Julien ,
Dhalem ,
Compagnies.
Pronleroy.
Rafilly.
Pronleroy'
Dampierre.
Mithon .
Degraffe .
Pronleroy.
Dampierre.
Pronleroy.
Baudouin,
Dudreneuc
Dampierre.
Fiv
Villers.
Rafilly.
Viennay.
Viennay,
128 MERCURE DE FRANCE.
La Croix ,
Demoges,
Paben
Viennay.
Callem eau 9:
Viennay.
Ruelle
Demoges
Fauvel ,
Viennay.
Marc ,
Pronleroy.
Duval ,
Rafilly.
Lapierre ,
Viennay.
Robin ,
Coettrieu,
S. Etienne ,
Dudreneuc
Lamotte
Demoges
Marbré ,
Coettrieu.
Rouffeau ,
Viennay.
Croinier 2.
Demoges.
Ces 30 foldats ont été à l'ordinaire:
traités & guéris radicalement ; la plupart
étoient attaqués de maladies très - gra-
ves. Et onze d'entr'eux avoient été trai-
tés inutilement par les frictions.
Le nombre des foldats , cavaliers
& dragons traités & guéris jufqu'à ce
jour dans tous les Hôpitaux militaires
fe montent actuellement à 13244. Et il
paroît que plus on connoit & l'on fuit
les effets du reméde , plus la fatisfaction
devient générale.
Trente-huitiéme & trente-neuvième Traitement depuis son Etablissement.
Noms des Soldats. Compagnies.
La Réjouissance, Pronleroy. La Fage, Rasilly.
La Fage ,
La Fortune ,
Goffray ,
Violet ,
Doré ,
Bar ,
127
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Le Febvre ,
Durs ,
Moter ,
Laverdure ,
Tardif ,
Clément ,
Julien ,
Dhalem ,
Compagnies.
Pronleroy.
Rafilly.
Pronleroy'
Dampierre.
Mithon .
Degraffe .
Pronleroy.
Dampierre.
Pronleroy.
Baudouin,
Dudreneuc
Dampierre.
Fiv
Villers.
Rafilly.
Viennay.
Viennay,
128 MERCURE DE FRANCE.
La Croix ,
Demoges,
Paben
Viennay.
Callem eau 9:
Viennay.
Ruelle
Demoges
Fauvel ,
Viennay.
Marc ,
Pronleroy.
Duval ,
Rafilly.
Lapierre ,
Viennay.
Robin ,
Coettrieu,
S. Etienne ,
Dudreneuc
Lamotte
Demoges
Marbré ,
Coettrieu.
Rouffeau ,
Viennay.
Croinier 2.
Demoges.
Ces 30 foldats ont été à l'ordinaire:
traités & guéris radicalement ; la plupart
étoient attaqués de maladies très - gra-
ves. Et onze d'entr'eux avoient été trai-
tés inutilement par les frictions.
Le nombre des foldats , cavaliers
& dragons traités & guéris jufqu'à ce
jour dans tous les Hôpitaux militaires
fe montent actuellement à 13244. Et il
paroît que plus on connoit & l'on fuit
les effets du reméde , plus la fatisfaction
devient générale.
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1477
p. 129-130
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. DUBARQUIER, Commissaire des Guerres à Toulon, à Mgr LE DUC DE CHOISEUL.
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. DUBARQUIER, Commissaire des Guerres à Toulon, à Mgr LE DUC DE CHOISEUL.
EXTRAIT d'une Lettre écrite
par M. DUBARQUIER, Commissaire des Guerres à Toulon, à Mgr LE DUC
DE CHOISEUL.
MONSEIGNEUR,
J'ai l'honneur de vous envoyer ci-
joint l'état des foldats qui ont été traités
dans l'Hôpital Militaire de cette Ville
des maladies vénériennes par les Dra-
Ce reméde y a opéré 3 cures fingu-
liéres. La premiere eft d'une tumeur
cancerreufe à la lévre fupérieure d'un
foldat d'artillerie qui n'avoit aucun au-
tre fymptôme vérolique ordinaire. Il
eft forti de l'Hôpital depuis quelque
temps.
La feconde , d'une lépre affreufe dont
un foldat du régiment de Royal Corfe
étoit couvert par tout fon corps.
La troifiéme , d'une groffe tumeur
fquirreufe qu'un foldat de Périgord avoit
au col du côté droit : celui - ci avoit
paffé ci-devant dans plufieurs Hôpitaux
caufe d'autres fymptômes véroliques
pendant quatre fois par les frictions ,
fans avoir pu être guéri de cette tumeur
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
qui aujourd'hui tend fur fa fin au moyen
des Dragées , n'y ayant que 26 jours
que ce foldat eft dans le traitement.
Ces fortes de. cures font l'admiration
des Chirurgiens de cet Hôpital ; j'ai
remarqué que les foldats en fortant de
ce traitement ne font point énervés ni
défaits comme ils l'étoient par les fric-
tions.
J'ai obfervé auffi , Monfeigneur
qu'il eft néceffaire que MM . les Com-
miffaires des Guerres , chargés de la
Police des Hôpitaux , fe donnent des
foins, en portant leur attention à ce que
les foldats trairés obéiffent à continuer
éxactement les dragées jufqu'à parfaite
guérifon. C'eſt à quoi j'ai réuffi par mès
exhortations & par la punition ; de forte
qu'il n'y en a actuellement aucun dans
cet Hôpital , qui ne les prenne avec une
entiere confiance ; & cette attention eft
d'autant plus néceffaire , que les fymp-
tomes de la maladie difparoiffans peu
de jours après , les foldats fe croyent
guéris & veulent fortir de l'Hôpital
&c. Je fuis avec un profond reſpect.
Signé DUBARQUIER.
par M. DUBARQUIER, Commissaire des Guerres à Toulon, à Mgr LE DUC
DE CHOISEUL.
MONSEIGNEUR,
J'ai l'honneur de vous envoyer ci-
joint l'état des foldats qui ont été traités
dans l'Hôpital Militaire de cette Ville
des maladies vénériennes par les Dra-
Ce reméde y a opéré 3 cures fingu-
liéres. La premiere eft d'une tumeur
cancerreufe à la lévre fupérieure d'un
foldat d'artillerie qui n'avoit aucun au-
tre fymptôme vérolique ordinaire. Il
eft forti de l'Hôpital depuis quelque
temps.
La feconde , d'une lépre affreufe dont
un foldat du régiment de Royal Corfe
étoit couvert par tout fon corps.
La troifiéme , d'une groffe tumeur
fquirreufe qu'un foldat de Périgord avoit
au col du côté droit : celui - ci avoit
paffé ci-devant dans plufieurs Hôpitaux
caufe d'autres fymptômes véroliques
pendant quatre fois par les frictions ,
fans avoir pu être guéri de cette tumeur
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
qui aujourd'hui tend fur fa fin au moyen
des Dragées , n'y ayant que 26 jours
que ce foldat eft dans le traitement.
Ces fortes de. cures font l'admiration
des Chirurgiens de cet Hôpital ; j'ai
remarqué que les foldats en fortant de
ce traitement ne font point énervés ni
défaits comme ils l'étoient par les fric-
tions.
J'ai obfervé auffi , Monfeigneur
qu'il eft néceffaire que MM . les Com-
miffaires des Guerres , chargés de la
Police des Hôpitaux , fe donnent des
foins, en portant leur attention à ce que
les foldats trairés obéiffent à continuer
éxactement les dragées jufqu'à parfaite
guérifon. C'eſt à quoi j'ai réuffi par mès
exhortations & par la punition ; de forte
qu'il n'y en a actuellement aucun dans
cet Hôpital , qui ne les prenne avec une
entiere confiance ; & cette attention eft
d'autant plus néceffaire , que les fymp-
tomes de la maladie difparoiffans peu
de jours après , les foldats fe croyent
guéris & veulent fortir de l'Hôpital
&c. Je fuis avec un profond reſpect.
Signé DUBARQUIER.
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1478
p. 184
DE PETERSBOURG, le 30 Septembre 1763.
Début :
Suivant les nouveaux avis qu'on a reçus de la partie méridionale de la Sibérie, [...]
Mots clefs :
Sibérie, Chinois, Domination, Frontières, Levée de soldats, Déplacement des troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PETERSBOURG, le 30 Septembre 1763.
DE PETERSBOURG , le 30 Septembre 1763.
SUIVANT les nouveaux avis qu'on a reçus de la
partie méridionale de la Sibérie , les Chinois fe
font rendus maîtres de tout le Pays qui obéilloit
autrefois au Contaifch. Cet événement a fait pren
dre la réfolution d'envoyer trente mille hommes
fur ces frontières ; mais comme un Corps de
Troupes fi confidérable ne pourroit parcourir plufieurs
milliers de werftes avec la célérité que les
circonftances paroiffent éxiger , il a été décidé
qu'elles marcheroient par échelons. On ne tarde→
ra pas à les faire mettre en route.
SUIVANT les nouveaux avis qu'on a reçus de la
partie méridionale de la Sibérie , les Chinois fe
font rendus maîtres de tout le Pays qui obéilloit
autrefois au Contaifch. Cet événement a fait pren
dre la réfolution d'envoyer trente mille hommes
fur ces frontières ; mais comme un Corps de
Troupes fi confidérable ne pourroit parcourir plufieurs
milliers de werftes avec la célérité que les
circonftances paroiffent éxiger , il a été décidé
qu'elles marcheroient par échelons. On ne tarde→
ra pas à les faire mettre en route.
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Résumé : DE PETERSBOURG, le 30 Septembre 1763.
Le 30 septembre 1763, les Chinois ont pris le contrôle de la région méridionale de la Sibérie. En réponse, trente mille hommes ont été envoyés pour renforcer les frontières. Les troupes avanceront par échelons pour gagner en célérité. Les préparatifs pour leur départ commenceront rapidement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1479
p. 184
Du 7 Octobre 1763.
Début :
La nouvelle des hostilités que les Chinois commettent sur nos frontieres, [...]
Mots clefs :
Chinois, Hostilités, Général, Frontières, Troupes, Marche des soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 7 Octobre 1763.
Du 7 Octobre 1763.
La nouvelle des hoftilités que les Chinois commettent
fur nos frontieres , fe confirme de jour en
jour : on affure que le Général Springer eſt défigné
pour commander les Troupes qu'on fait marcher
contre eux.
La nouvelle des hoftilités que les Chinois commettent
fur nos frontieres , fe confirme de jour en
jour : on affure que le Général Springer eſt défigné
pour commander les Troupes qu'on fait marcher
contre eux.
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1480
p. 185-187
DE GENES, le 29 Octobre 1763.
Début :
Il est arrivé ici de Bonifacio, le 25 de ce mois un Bâtiment qui a apporté [...]
Mots clefs :
Bonifacio, Complots, Rebelles, Attaque, Commandant, Troupes, Menaces, Paoli, Armes, Patron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE GENES, le 29 Octobre 1763.
DE GENES, le 29 Octobre 1763.
Il eſt arrivé ici de Bonifacio , le 25 de ce mois
un Bâtiment qui a apporté les nouvelles fuivantes .
Paoli entretenoit une intelligence fecrette avec le
nommé Maffaria , habitant d'Ajaccio , qui , de
concert avec fon fils , deux Eccléfiaftiques & deux
Sardes , avoit formé le complot d'introduire dans
186 MERCURE DE FRANCE.
la Ville le Chef des Rebelles. Maſſaria & ſes conpagnons
trouverent en effet moyen d'entrer le
dans le Château : ils tuérent d'abord deux fentinelles
; mais une troifiéme fentinelle ayant entendu
quelque bruit , tira un coup de fufil qui donna
l'allarme à la Garniſon. Le Commandant fit met
tre auffi-tôt les troupes fous les armes ; le fils de
Maffaria fut tué , & il fut lui - même dangereufement
bleffé , & arrêté avec fes camarades. On le
menaça de le faire mourir , s'il ne déclare it le motif
d'une entrepriſe fi hardie : ces menaces lui arrachèrent
l'aveu de tous les détails du complot.
Sur cette dépofition , le Commandant fit mettre en
ordre fon artillerie , & fur le champ envoya chercher
à Bonifacio des munitions de guerre & les
troupes dont il avoit befoin. Paoli , de fon côté ,
avoit fait marcher au- delà des Monts un corps
confidérable de Rebelles , foutenu de quelques
troupes réglées , & s'étoit approché d'Ajaccio , où
il fe flattoit d'être introduit par Maffaria . Mais le
renfort que le Commandant y avoit fait venir , &
auquel le joignirent un grand nombre d'habitans ,
& plufieurs Grecs qui font leur réfidence en cette
Ville , força les Rebelles de fe retirer , & d'abandonner
les deux Couvens de Franciſcains où ils s'étoient
fortifiés. Les Rebelles euffent peut-être réuffi
dans leur entrepriſe , fi le feu eût pris au canon
que Maffaria devoit tirer pour les avertir : c'étoit
le fignal dont il étoit convenu avec eux . Le Patron
d'un Pinque Génois , arrivé avant- hier de Calvi , a
aufli rapporté que le 16 le Commandant de cette
Place lui avoit ordonné de prendre ſur ſon bord fix
à fept Rebelles qui s'étoient rendus chez ce Commandant
, pour lui déclarer qu'ils avoient quitté le
fervice de Paoli , & vouloient entrer dans celui de
la République. Le Patron y confentit , mais lés
JANVIER. 1764. 187
voyant bien armés , il leur déclara qu'il ne les recevroit
point avec leurs armes. Les Corfes propoferent
de laiffer les armes à feu ; mais , le Patron
infiftant à ne les point recevoir qu'ils ne fuffent
entièrement défarmés , ils ne voulurent point y
confentir , & fe retirèrent. On conjecture que
leur deffein étoit de faire main-baffe fur tout l'équipage
de fe rendre maître du Bâtiment , & de
s'en fervir pour l'entrepriſe d'Ajaccio.
Il eſt arrivé ici de Bonifacio , le 25 de ce mois
un Bâtiment qui a apporté les nouvelles fuivantes .
Paoli entretenoit une intelligence fecrette avec le
nommé Maffaria , habitant d'Ajaccio , qui , de
concert avec fon fils , deux Eccléfiaftiques & deux
Sardes , avoit formé le complot d'introduire dans
186 MERCURE DE FRANCE.
la Ville le Chef des Rebelles. Maſſaria & ſes conpagnons
trouverent en effet moyen d'entrer le
dans le Château : ils tuérent d'abord deux fentinelles
; mais une troifiéme fentinelle ayant entendu
quelque bruit , tira un coup de fufil qui donna
l'allarme à la Garniſon. Le Commandant fit met
tre auffi-tôt les troupes fous les armes ; le fils de
Maffaria fut tué , & il fut lui - même dangereufement
bleffé , & arrêté avec fes camarades. On le
menaça de le faire mourir , s'il ne déclare it le motif
d'une entrepriſe fi hardie : ces menaces lui arrachèrent
l'aveu de tous les détails du complot.
Sur cette dépofition , le Commandant fit mettre en
ordre fon artillerie , & fur le champ envoya chercher
à Bonifacio des munitions de guerre & les
troupes dont il avoit befoin. Paoli , de fon côté ,
avoit fait marcher au- delà des Monts un corps
confidérable de Rebelles , foutenu de quelques
troupes réglées , & s'étoit approché d'Ajaccio , où
il fe flattoit d'être introduit par Maffaria . Mais le
renfort que le Commandant y avoit fait venir , &
auquel le joignirent un grand nombre d'habitans ,
& plufieurs Grecs qui font leur réfidence en cette
Ville , força les Rebelles de fe retirer , & d'abandonner
les deux Couvens de Franciſcains où ils s'étoient
fortifiés. Les Rebelles euffent peut-être réuffi
dans leur entrepriſe , fi le feu eût pris au canon
que Maffaria devoit tirer pour les avertir : c'étoit
le fignal dont il étoit convenu avec eux . Le Patron
d'un Pinque Génois , arrivé avant- hier de Calvi , a
aufli rapporté que le 16 le Commandant de cette
Place lui avoit ordonné de prendre ſur ſon bord fix
à fept Rebelles qui s'étoient rendus chez ce Commandant
, pour lui déclarer qu'ils avoient quitté le
fervice de Paoli , & vouloient entrer dans celui de
la République. Le Patron y confentit , mais lés
JANVIER. 1764. 187
voyant bien armés , il leur déclara qu'il ne les recevroit
point avec leurs armes. Les Corfes propoferent
de laiffer les armes à feu ; mais , le Patron
infiftant à ne les point recevoir qu'ils ne fuffent
entièrement défarmés , ils ne voulurent point y
confentir , & fe retirèrent. On conjecture que
leur deffein étoit de faire main-baffe fur tout l'équipage
de fe rendre maître du Bâtiment , & de
s'en fervir pour l'entrepriſe d'Ajaccio.
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Résumé : DE GENES, le 29 Octobre 1763.
Le 29 octobre 1763, des informations provenant de Bonifacio révèlent un complot impliquant Pasquale Paoli. Ce dernier avait des contacts secrets avec Massaria, un habitant d'Ajaccio, et ses complices, incluant deux ecclésiastiques et deux Sardes. Leur plan consistait à introduire Paoli dans la ville en tuant des sentinelles au château. Cependant, une sentinelle donna l'alerte, permettant au commandant de mobiliser ses troupes. Massaria et ses complices furent arrêtés après que Massaria eut révélé les détails du complot sous la menace. Simultanément, Paoli avait envoyé des rebelles vers Ajaccio, soutenus par des troupes régulières. Le commandant, renforcé par des habitants et des Grecs résidents, repoussa les rebelles, qui durent abandonner leurs positions. Le complot échoua également en raison de la non-exécution d'un signal convenu, un coup de canon. Par ailleurs, un patron de pinque génois rapporta que six à sept rebelles, ayant quitté le service de Paoli, tentèrent de monter à bord de son navire pour se rendre à Ajaccio. Le patron refusa de les embarquer armés, et les rebelles se retirèrent. On suspecte qu'ils voulaient s'emparer du navire pour participer à l'attaque d'Ajaccio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1481
p. 54-66
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY, par M. THOMAS.
Début :
MONSIEUR, DANS un Ouvrage périodique intitulé, l'Année Littéraire, qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY, par M. THOMAS.
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur
du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY,
par M. THOMAS.
MONSIEUR,
DANS un Ouvrage périodique intitulé,
l'Année Littéraire, qui fe vend à Pa-
ris chez Panckouke , on a imprimé une
Lettre contre l'Eloge de Sully , par M.
Thomas. On y accufe cet Ecrivain d'a-
voir pris plufieurs morceaux de fon Dif-
cours dans les Confidérations fur les Fi-
nances , de M. de Forbonnais . J'ai voulu
examiner par moi - même fur quoi cette
accufation pouvoit être fondée : voici le
réfultat de mes recherches. Permettez-
moi , Monfieur , de vous en rendre
compte. J'avois efpéré quelque temps ,
que M. Thomas pourroit répondre lui-
même mais fans doute il a dédaigné
des accufations qui étoient trop inju
JANVIER. 1764.
55
rieufes pour pouvoir lui nuire. Je me
charge très-volontiers de ce qu'il n'a
pas voulu faire ; & c'eft encore plus par
Pintérêt de la vérité ,que par l'eftime par-
ticulière qui m'attache à cet Ecrivain .
Je vais commencer par le Diſcours , &
je viendrai enfuite aux notes.
M. Thomas , dans fon Difcours , a dit,
page 30 , que les Membres du Confeil des
Financesforçoient, par d'indignes délais,
des Créanciers de l'Etat à réduire eux-
mêmes leurs fommes , & les portoient en-
fuite toutes entières fur leurs comptes ;
pag. 37 , que Sully commença par remet-
tre aux Provinces vingt millions d'arré-
rages de Taille; que depuis il diminua
d'année en année cet impôt de deux mil-
lions qu'ilregardoit la Taille comme un
impôt vicieux de fa nature , & fur- tout
la Taille arbitraire. Il rapporte , p. 41 ,
ce mot célébre de Sully , contre les Offi-
ciers de Juftice qui avoient ofé défendre
la fortie des bleds de leur Province :
SIRE , fi chaque Officier en faifoit au-
tant , votre Peuple feroit bientôt fans ar-
gent , & par conféquent VOTRE MA-
JESTE. Je vois dans ces trois articles
trois faits qui fe trouvent exactement
Trapportés dans les Mémoires de Sully :
& il feroit affez difficile de prouver que
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ces faits appartiennent à M. de Forbon-
nais , parce qu'il les a tranfcrits dans fes
Confidérationsfur les Finances.
On a ofé avancer que le parallèle de
Colbert & de Sully étoit puifé tout entier
dans l'Ouvrage de M. de Forbonnais. II
eft vrai que M. Thomas n'a point créé
lesfaits , fur lefquels eft fondé ce paral-
lèle ; il eft vrai encore que les mots de
courage , d'activité , d'ordre , d'œcono-
mie , de droits intérieurs , de commerce ,
de calculs politiques , d'Agriculture , de
combinaifon d'impôts , fe trouvent éga-
lement dans les deux Ouvrages : mais
voilà à - peu - près ce qu'ils ont de com-
mun. M. de Forbonnais a fait quelques
réfléxions générales fur le Ministère de
Sully , p. 88 , & fur celui de Colbert , p.
271
mais il n'y a pas la moindre trace
d'un parallèle. M. Thomas , dans fon
Difcours , a rapproché ces deux grands
Hommes , & il a comparé fucceffive-
ment leurs opérations , leurs principes ,
leurs fuccès , leurs talens , & leur carac-
tère. Il a fait voir en quoi ces deux Mi-
niftres fe reffembloient, en quoi ils dif-
féroient l'un de l'autre. Ce parallèle exact
& détaillé n'avoit été fait , ni par M. de
Forbonnais , ni par aucun Ecrivain avant
l'Auteur de l'Eloge de Sully. S'il y a,
-
JANVIER. 1764.
57
dans les recherches & dans l'Eloge, quel-
ques mots qui fe reffemblent , c'eft que
les faits , dont l'un & l'autre parlent ,
font précisément les mêmes pour tout
le monde ; c'est qu'on ne peut parler
d'adminiſtration , fans employer les ter-
mes d'Agriculture , de Navigation , de
Commerce , d'Impôt ;
c'eft qu'enfin il
n'y a qu'une manière de juger de certai
nes opérations , pour tous ceux qui ont
des lumières & du bon fens.
Je paffe maintenant aux notes. Voyons
fi l'accufation de plagiat , pour cette
partie , eft mieux fondée. M. Thomas ,
pag. 71 , dit que Sully fe transporta en
1596 dans les principales Généralités
du Royaume , pour en connoître les reve-
.nus , હ que les Financiers n'omirent rien
-
pour le traverfer. Il entre là -deffus dans
quelque détail fur les difficultés qu'il eur
à effuyer. Qui ne voit que ce font- là
des faits qui appartiennent à l'Hiftoire ?
Et de quel front ofe- t- on attribuer ces
-faits à M. de Forbonnais , comme fi c'é-
toit un bien qui lui appartînt en propre ?
Qu'on ouvre les Mémoires de Sully , &
F'on trouvera ces faits tels que l'Auteur
de l'Eloge les a rapportés. Falloit- il donc
qu'il les falfifiât , pour ne pas fe rencon-
trer avec M. de Forbonnais ? On cite en-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE.
core trois notes , l'une fur les opérations
de Sully dans les Monnoyes , l'autre fur
la Gabelle , & la dernière fur la réduc-
tion de l'intérêt. Ces trois notes roulent-
également fur des faits. M. Thomas dit:
que les opérations de Sully fur les Mon-
noyes ne valurent rien , & il en rapporte
les raifons. Devoit-il donc en apporter de
fauffes , parce qu'on avoit déja écrit là-
deffus avant lui ? Et ne lui étoit-il pas
auffi permis de dire , qu'il y avoit en
France beaucoup d'Espèces étrangères ,,
& que , malgrél'Ordonnance du Roi , on:
ne voulut pas les porter à la Monnoye ,
parce qu'on devoit y retenir des droits con-
fidérables ? M. Thomas rapporte enfuite
quelle étoit la proportion de l'or à l'ar-
gent en France , en Espagne , en Angle--
terre , & en Allemagne
mais il avoue
de très-bonne foi qu'il n'a pas inventé
cela. Il n'y a pas d'apparence que M. de
Forbonnais l'ait plus inventé que lui ; &
probablement cent perfonnes , qui au-
roient à parler de cette proportion , fe-
roient toutes obligées de dire la même
chofe . Car une opération d'Arithméti-
que , lorfqu'elle eft jufte , appartient , je
crois , à tous ceux qui fçavent compter..
Des faits que M. Thomas cite fur la Ga-.
belle , les uns font dans les Mémoires de
JANVIER. 1754.
59
-Sully , les autres font connus de toute
la France. Qui ne fçait, par exemple ,
que le Sel eft une denrée très-commune
& qu'on la vend fort cher à des pauvres ?
Qui ne fçait que les Troupeaux , faute de
Sel , périffent de plufieurs maladies ; &
qu'on les écarte même des bords de la
Imer, où ilspourroient fe guérir? Qui eſt-
ce qui ne fe plaint tous les jours de ce
grand nombre de brigands qui paffent
leur vie aufaux-faunage , & qui auroient
pu exercer une profeffion utile ? Quoi !
parce que M de Forbonnais a écrit fur
ces abus , il feroit défendu de dire que
ces abus fubfiftent encore ? Il s'agit bien
ici de répéter ou non une phrafe qui ait
déja été dite ; il s'agit du bien de l'Etat ,
& de vérités utiles ; & , ces vérités , il :
-faut les répéter fans ceffe , jufqu'à ce
qu'elles ayent enfin produit leur effet.
Enfin , dans fa note fur la réduction de
Pintérêt , M. Thomas a dit que cette opé-
·ration de Sully avoit été fort utile à la
~France ; & il a remarqué que toutes les
Nations voisines pavent aujourd hui l'in-
térêt de l'argent moins cher que nous. Il
n'y a pas de Banquier , d'Agioteur , ou
d'Agent de Change , qui ne fcache cela ,
& probablement , fans avoir jamais lû les
recherchés de M. de Forbonnais fur les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Finances. Pourquoi M. Thomas n'au-
roit-il point eu le même avantage ?
Voilà pourtant à quoi fe réduir cette
prétendue accufation de plagiat. 1º:Quel-
ques faits qui fe trouvent dans les Mé-
moires de Sully , où M. de Forbonnais les
a puifés ainfi que M. Thomas ; desfaits
liés néceffairement à l'Eloge , & qu'il
étoit impoffible de paffer fous filence.
2º. Quelques autres faits , qui ne font
point à la vérité dans les Mémoires , mais
dont les uns font connus de tout le mon-
de , comme les abus de la Gabelle ; les
autres font des faits de calcul , comme
la proportion de l'or à l'argent du temps
de Sully. Il faut voir cependant com-
ment l'Auteur de la Lettre s'accroche à
tous les mots , pour tâcher de trouver
quelque reffemblanche entre les Recher
ches fur les Finances & l'Eloge de Sully.
M. de Forbonnais a employé l'expreffion
puifer dans les mines , & elle fe trouve
auffi dans l'Ouvrage de M. Thomas.
L'Auteur des Recherches a dit , que Sully
foutint en homme de Guerre fon opération
de Finance. L'Auteur de l'Eloge a dit , ce
n'eft point à Sully à trembler ; comme Mi-
niftre , il écrase l'injuftice ; comme Guer-
rier , il brave les menaces. Voilà ce qu'on
appelle plagiat ! En effet , il y a dans les
JANVIER. 1764.
61
deux phraſes le mot de Sully , & le mot
de Guerier reffemble affez à celui d'hom-
me de Guerre.
Quelles accufations ! On prouveroit
de même que l'Oraifon funèbre de Tu-
renne , par Flechier , a été prife toute en-
tière de celle de Mafcaron , parce qu'on
trouve tous les mêmes mots dans l'une
& dans l'autre. En vérité , M. de For-
bonnais lui-même a dû être plus indigné
que M. Thomas contre l'Auteur de cette
Lettre , quel qu'il foit. Connu par un
bon Ouvrage fur les Finances , n'a-t-il
point affez de fa propre gloire , fans
qu'on s'efforce de lui attribuer encore
les Ouvrages des autres ; & fon mérite
a-t-il donc befoin d'être relevé par un fi
petit artifice ?
Il ne tient pas à l'Auteur de la Lettre
qu'on ne croye que tout l'Eloge de Sully
fe trouve dans les Recherches fur les Fi
nances. Il commence d'abord par retran-
cher les deux premières parties , comme
n'ayant pas réuffi . Je conviens qu'elles
ne devoient ni ne pouvoient pas être auffi
intéreffantes que la troifiéme ; mais elles
ont tout le degré d'intérêt & d'éloquen-
ce dont elles étoient fufceptibles : & il
me femble que le Public a retrouvé dans
ces deux parties le Panégyrifte du Maré
(
62 MERCURE DE FRANCE.
chal de Saxe , dù Chandelier Dague
feau, & de Duguay-Trouin. A l'égard
de la troifième partie , l'Auteur de la
Lettre eft forcé d'avouer qu'elle a eu du
fuccès : mais , dit-il , elle n'appartient
point à M. Thomas. Il est bien fingulier
que , cette partie ayant déja été faite ,
پہ
M. Thomas foit le feul qui l'ait trouvée ,
& que perfonne avant lui n'eût fait cette
heureufe découverte. Mais , je demande
à l'Auteur de la Lettre , fi M. Thomas a
trouvé dans les Recherches furles Finan-
ces , le portrait du Miniftre ou de l'Hom-
me d'Etat qui ouvre fa troifiéme partie;
s'il a trouvé cette peinture fi forte de l'é
tat des Finances fous Henri IV , des hor-
ribles déprédations des Financiers , & de
tous les maux qui défoloient les Provint
ces; s'il a trouvé le tableau affreux des
véxations qu'entraîne la Taille arbitrai-
i
re, & tout le morceau où il peint à
grands traits Sully réformant les abus ,
& créant l'Etat une feconde fois ; & ce-
lui où il développe , avec autant de cha
leur que de netteté , les principes de fon
adminiſtration , & tout ce qu'il dit d'é-
loquent fur les Impôts , fur l'Agricul→
ture , fur le Commerce & fur l'Econo
mie ? Je demande enfin s'il a trouvé la
peinture qu'il fait de l'Homme moral
JANVIER, 1764:
63:
dans Sully; ce portrait fi vrai d'une ver-
-tu antique & auftère , & ces détails fi
touchans fur fa retraite , & cette pérorai--
fon qui a paru tout à la fois noble , coul
tageufe & fimple ? Qu'on ofe dire fi
rien de tout cela fe trouve dans les Cón-
fiderations fur les Finances ou ailleurs ?
Voilà pourtant prèfque tout ce qui com
pofe cette troifiéme partie.
A l'égard des faits , comme j'ai déja
dit , on fent bien qu'ils doivent fe trou-
ver dans les Mémoires de Sully , & dans
l'Ouvrage de M. dé Forbonnais ; puifque
M. de Forbonnais a travaillé , comme
M. Thomas , fur ces Mémoires. Pourla
reffemblance d'expreffion , qui paroît
marquée dans trois ou quatre endroits des
notes feulement , ce font fans doute des
-formes qui font reftées dans la tête de
M. Thomas , fans qu'il s'enfoit apperçu
lui-même ; & la plus grande preuve.
qu'il n'a point copié , c'est cette reffem-
-blance même. Car rien affurément . ne
lui eût été plus facile que de changer.ces
phrafes , & de leur donner une autre
tournure. Le plus mince Ecolier n'y au-
roit pas manqué ; à plus forte raiſon un
Ecrivain connu , & qui peut être jaloux
de fa gloire.
Une réfléxion qui fe préfente naturel-
64 MERCURE DE FRANCE.
lement en lifant l'Eloge de Sully , c'eff
que M. Thomas , pour le faire , a dû étu-
dier les Finances , comme il avoit étudié
l'Art Militaire pour l'Eloge du Maréchal
de Saxe , la Jurifprudence pour l'Eloge de
Dagueffeau , & la Marine pour celui de
Duguay-Trouin. Il a donc fallu qu'il lût
beaucoup d'Ouvrages fur les Finances ,
parce que probablement il ne pouvoit pas
s'inftruire de cette matière par lui-même ;
ainfi fon premier travail a conſiſté à exa-
miner une grande partie de ce qui avoit
été écrit là- deffus ; à démêler les vrais prin-
cipes des faux , à fe faire un ſyſtême d'a-
près lequel il pût connoître & juger les
différentes opérations de Sully , & qui
pût lui fervir de guide dans fon Ouvrage.
C'eft après ce travail qu'il a fans doute
compofé fon Difcours , qui lui appar-
tient tout entier comme Orateur. Ceux
qui lui reprochent que tout ce qu'il dit
fur les Finances n'eft pas de lui , font à-
peu-près auffi raifonnables que s'ils pré-
tendoient qu'un Architecte n'a aucun
mérite à avoir conftruit un bel Edifice ,
parce qu'il n'a point créé les matériaux
qui le compofent.
L'Auteur de la Lettre , après avoir ci-
té encore quelques phrafes , qui , pour
la plupart , font tirées des Mémoires de
JANVIER. 1764;
65
Sully , ou qui fe trouvent par-tout com-
me celle-ci , la liberté eft l'âme du Com-
merce ; après avoir tâché de rapprocher
des chofes qui n'ont aucune reffemblan-
ce entre elles , ou qui n'ont que celle
des mots ; après avoir jetté des foupçons
où les accufations lui manquent ; ofe
demander ce qui reftera à M. Thomas.
On répond qu'il lui reftera la première
la feconde & la troifiéme partie de fon
Difcours , excepté ces mots , en parlant
de la Taille , impôt vicieux defa nature ;
& ces autres mots , en parlant de la fa-
meuſe réponſe de Sully fur la fortie des
bleds , paroles mémorables , & qui méri-
teroient d'être écrites.... On avoue que
ces deux bouts de phrafes , qui ne font
pas des faits , fe trouvent dans les Re-
cherches fur les Finances.
I lui reftera
toutes les notes , à l'exception de quel-
ques lignes éparfes çà & la dans les deux
volumes in-4 °. des Recherches fur les Fi
nances , & qui ne contiennent encore
que desfaits , comme on l'a détaillé plus
haut.
Il lui reftera l'ordonnance & le
plan de fon Difcours , la manière dont
il préfente les faits , les réfléxions qu'il y
mêle , l'ordre & l'enchaînement des vé-
rités , l'éloquence qu'il a pu y joindre ,
les fentimens de Citoyen qui l'animent
戛
66 MERCURE DE FRANCE.
Il lui reftera enfin tout fon Ouvrage
excepté les faits hiftoriques qu'il n'a pu
ni dù créer , qui étoient néceffairement
le canevas de l'Eloge , & qui lui appar
tenoient fans doute comme ils appartien
nent à tous ceux qui ont écrit , qui écri
vent , & qui écriront après lui . J'ai
Phonneur d'être , Monfieur , votre très-
humble & rrès-obéiffant Serviteur ,
D'A ***.
du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY,
par M. THOMAS.
MONSIEUR,
DANS un Ouvrage périodique intitulé,
l'Année Littéraire, qui fe vend à Pa-
ris chez Panckouke , on a imprimé une
Lettre contre l'Eloge de Sully , par M.
Thomas. On y accufe cet Ecrivain d'a-
voir pris plufieurs morceaux de fon Dif-
cours dans les Confidérations fur les Fi-
nances , de M. de Forbonnais . J'ai voulu
examiner par moi - même fur quoi cette
accufation pouvoit être fondée : voici le
réfultat de mes recherches. Permettez-
moi , Monfieur , de vous en rendre
compte. J'avois efpéré quelque temps ,
que M. Thomas pourroit répondre lui-
même mais fans doute il a dédaigné
des accufations qui étoient trop inju
JANVIER. 1764.
55
rieufes pour pouvoir lui nuire. Je me
charge très-volontiers de ce qu'il n'a
pas voulu faire ; & c'eft encore plus par
Pintérêt de la vérité ,que par l'eftime par-
ticulière qui m'attache à cet Ecrivain .
Je vais commencer par le Diſcours , &
je viendrai enfuite aux notes.
M. Thomas , dans fon Difcours , a dit,
page 30 , que les Membres du Confeil des
Financesforçoient, par d'indignes délais,
des Créanciers de l'Etat à réduire eux-
mêmes leurs fommes , & les portoient en-
fuite toutes entières fur leurs comptes ;
pag. 37 , que Sully commença par remet-
tre aux Provinces vingt millions d'arré-
rages de Taille; que depuis il diminua
d'année en année cet impôt de deux mil-
lions qu'ilregardoit la Taille comme un
impôt vicieux de fa nature , & fur- tout
la Taille arbitraire. Il rapporte , p. 41 ,
ce mot célébre de Sully , contre les Offi-
ciers de Juftice qui avoient ofé défendre
la fortie des bleds de leur Province :
SIRE , fi chaque Officier en faifoit au-
tant , votre Peuple feroit bientôt fans ar-
gent , & par conféquent VOTRE MA-
JESTE. Je vois dans ces trois articles
trois faits qui fe trouvent exactement
Trapportés dans les Mémoires de Sully :
& il feroit affez difficile de prouver que
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ces faits appartiennent à M. de Forbon-
nais , parce qu'il les a tranfcrits dans fes
Confidérationsfur les Finances.
On a ofé avancer que le parallèle de
Colbert & de Sully étoit puifé tout entier
dans l'Ouvrage de M. de Forbonnais. II
eft vrai que M. Thomas n'a point créé
lesfaits , fur lefquels eft fondé ce paral-
lèle ; il eft vrai encore que les mots de
courage , d'activité , d'ordre , d'œcono-
mie , de droits intérieurs , de commerce ,
de calculs politiques , d'Agriculture , de
combinaifon d'impôts , fe trouvent éga-
lement dans les deux Ouvrages : mais
voilà à - peu - près ce qu'ils ont de com-
mun. M. de Forbonnais a fait quelques
réfléxions générales fur le Ministère de
Sully , p. 88 , & fur celui de Colbert , p.
271
mais il n'y a pas la moindre trace
d'un parallèle. M. Thomas , dans fon
Difcours , a rapproché ces deux grands
Hommes , & il a comparé fucceffive-
ment leurs opérations , leurs principes ,
leurs fuccès , leurs talens , & leur carac-
tère. Il a fait voir en quoi ces deux Mi-
niftres fe reffembloient, en quoi ils dif-
féroient l'un de l'autre. Ce parallèle exact
& détaillé n'avoit été fait , ni par M. de
Forbonnais , ni par aucun Ecrivain avant
l'Auteur de l'Eloge de Sully. S'il y a,
-
JANVIER. 1764.
57
dans les recherches & dans l'Eloge, quel-
ques mots qui fe reffemblent , c'eft que
les faits , dont l'un & l'autre parlent ,
font précisément les mêmes pour tout
le monde ; c'est qu'on ne peut parler
d'adminiſtration , fans employer les ter-
mes d'Agriculture , de Navigation , de
Commerce , d'Impôt ;
c'eft qu'enfin il
n'y a qu'une manière de juger de certai
nes opérations , pour tous ceux qui ont
des lumières & du bon fens.
Je paffe maintenant aux notes. Voyons
fi l'accufation de plagiat , pour cette
partie , eft mieux fondée. M. Thomas ,
pag. 71 , dit que Sully fe transporta en
1596 dans les principales Généralités
du Royaume , pour en connoître les reve-
.nus , હ que les Financiers n'omirent rien
-
pour le traverfer. Il entre là -deffus dans
quelque détail fur les difficultés qu'il eur
à effuyer. Qui ne voit que ce font- là
des faits qui appartiennent à l'Hiftoire ?
Et de quel front ofe- t- on attribuer ces
-faits à M. de Forbonnais , comme fi c'é-
toit un bien qui lui appartînt en propre ?
Qu'on ouvre les Mémoires de Sully , &
F'on trouvera ces faits tels que l'Auteur
de l'Eloge les a rapportés. Falloit- il donc
qu'il les falfifiât , pour ne pas fe rencon-
trer avec M. de Forbonnais ? On cite en-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE.
core trois notes , l'une fur les opérations
de Sully dans les Monnoyes , l'autre fur
la Gabelle , & la dernière fur la réduc-
tion de l'intérêt. Ces trois notes roulent-
également fur des faits. M. Thomas dit:
que les opérations de Sully fur les Mon-
noyes ne valurent rien , & il en rapporte
les raifons. Devoit-il donc en apporter de
fauffes , parce qu'on avoit déja écrit là-
deffus avant lui ? Et ne lui étoit-il pas
auffi permis de dire , qu'il y avoit en
France beaucoup d'Espèces étrangères ,,
& que , malgrél'Ordonnance du Roi , on:
ne voulut pas les porter à la Monnoye ,
parce qu'on devoit y retenir des droits con-
fidérables ? M. Thomas rapporte enfuite
quelle étoit la proportion de l'or à l'ar-
gent en France , en Espagne , en Angle--
terre , & en Allemagne
mais il avoue
de très-bonne foi qu'il n'a pas inventé
cela. Il n'y a pas d'apparence que M. de
Forbonnais l'ait plus inventé que lui ; &
probablement cent perfonnes , qui au-
roient à parler de cette proportion , fe-
roient toutes obligées de dire la même
chofe . Car une opération d'Arithméti-
que , lorfqu'elle eft jufte , appartient , je
crois , à tous ceux qui fçavent compter..
Des faits que M. Thomas cite fur la Ga-.
belle , les uns font dans les Mémoires de
JANVIER. 1754.
59
-Sully , les autres font connus de toute
la France. Qui ne fçait, par exemple ,
que le Sel eft une denrée très-commune
& qu'on la vend fort cher à des pauvres ?
Qui ne fçait que les Troupeaux , faute de
Sel , périffent de plufieurs maladies ; &
qu'on les écarte même des bords de la
Imer, où ilspourroient fe guérir? Qui eſt-
ce qui ne fe plaint tous les jours de ce
grand nombre de brigands qui paffent
leur vie aufaux-faunage , & qui auroient
pu exercer une profeffion utile ? Quoi !
parce que M de Forbonnais a écrit fur
ces abus , il feroit défendu de dire que
ces abus fubfiftent encore ? Il s'agit bien
ici de répéter ou non une phrafe qui ait
déja été dite ; il s'agit du bien de l'Etat ,
& de vérités utiles ; & , ces vérités , il :
-faut les répéter fans ceffe , jufqu'à ce
qu'elles ayent enfin produit leur effet.
Enfin , dans fa note fur la réduction de
Pintérêt , M. Thomas a dit que cette opé-
·ration de Sully avoit été fort utile à la
~France ; & il a remarqué que toutes les
Nations voisines pavent aujourd hui l'in-
térêt de l'argent moins cher que nous. Il
n'y a pas de Banquier , d'Agioteur , ou
d'Agent de Change , qui ne fcache cela ,
& probablement , fans avoir jamais lû les
recherchés de M. de Forbonnais fur les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Finances. Pourquoi M. Thomas n'au-
roit-il point eu le même avantage ?
Voilà pourtant à quoi fe réduir cette
prétendue accufation de plagiat. 1º:Quel-
ques faits qui fe trouvent dans les Mé-
moires de Sully , où M. de Forbonnais les
a puifés ainfi que M. Thomas ; desfaits
liés néceffairement à l'Eloge , & qu'il
étoit impoffible de paffer fous filence.
2º. Quelques autres faits , qui ne font
point à la vérité dans les Mémoires , mais
dont les uns font connus de tout le mon-
de , comme les abus de la Gabelle ; les
autres font des faits de calcul , comme
la proportion de l'or à l'argent du temps
de Sully. Il faut voir cependant com-
ment l'Auteur de la Lettre s'accroche à
tous les mots , pour tâcher de trouver
quelque reffemblanche entre les Recher
ches fur les Finances & l'Eloge de Sully.
M. de Forbonnais a employé l'expreffion
puifer dans les mines , & elle fe trouve
auffi dans l'Ouvrage de M. Thomas.
L'Auteur des Recherches a dit , que Sully
foutint en homme de Guerre fon opération
de Finance. L'Auteur de l'Eloge a dit , ce
n'eft point à Sully à trembler ; comme Mi-
niftre , il écrase l'injuftice ; comme Guer-
rier , il brave les menaces. Voilà ce qu'on
appelle plagiat ! En effet , il y a dans les
JANVIER. 1764.
61
deux phraſes le mot de Sully , & le mot
de Guerier reffemble affez à celui d'hom-
me de Guerre.
Quelles accufations ! On prouveroit
de même que l'Oraifon funèbre de Tu-
renne , par Flechier , a été prife toute en-
tière de celle de Mafcaron , parce qu'on
trouve tous les mêmes mots dans l'une
& dans l'autre. En vérité , M. de For-
bonnais lui-même a dû être plus indigné
que M. Thomas contre l'Auteur de cette
Lettre , quel qu'il foit. Connu par un
bon Ouvrage fur les Finances , n'a-t-il
point affez de fa propre gloire , fans
qu'on s'efforce de lui attribuer encore
les Ouvrages des autres ; & fon mérite
a-t-il donc befoin d'être relevé par un fi
petit artifice ?
Il ne tient pas à l'Auteur de la Lettre
qu'on ne croye que tout l'Eloge de Sully
fe trouve dans les Recherches fur les Fi
nances. Il commence d'abord par retran-
cher les deux premières parties , comme
n'ayant pas réuffi . Je conviens qu'elles
ne devoient ni ne pouvoient pas être auffi
intéreffantes que la troifiéme ; mais elles
ont tout le degré d'intérêt & d'éloquen-
ce dont elles étoient fufceptibles : & il
me femble que le Public a retrouvé dans
ces deux parties le Panégyrifte du Maré
(
62 MERCURE DE FRANCE.
chal de Saxe , dù Chandelier Dague
feau, & de Duguay-Trouin. A l'égard
de la troifième partie , l'Auteur de la
Lettre eft forcé d'avouer qu'elle a eu du
fuccès : mais , dit-il , elle n'appartient
point à M. Thomas. Il est bien fingulier
que , cette partie ayant déja été faite ,
پہ
M. Thomas foit le feul qui l'ait trouvée ,
& que perfonne avant lui n'eût fait cette
heureufe découverte. Mais , je demande
à l'Auteur de la Lettre , fi M. Thomas a
trouvé dans les Recherches furles Finan-
ces , le portrait du Miniftre ou de l'Hom-
me d'Etat qui ouvre fa troifiéme partie;
s'il a trouvé cette peinture fi forte de l'é
tat des Finances fous Henri IV , des hor-
ribles déprédations des Financiers , & de
tous les maux qui défoloient les Provint
ces; s'il a trouvé le tableau affreux des
véxations qu'entraîne la Taille arbitrai-
i
re, & tout le morceau où il peint à
grands traits Sully réformant les abus ,
& créant l'Etat une feconde fois ; & ce-
lui où il développe , avec autant de cha
leur que de netteté , les principes de fon
adminiſtration , & tout ce qu'il dit d'é-
loquent fur les Impôts , fur l'Agricul→
ture , fur le Commerce & fur l'Econo
mie ? Je demande enfin s'il a trouvé la
peinture qu'il fait de l'Homme moral
JANVIER, 1764:
63:
dans Sully; ce portrait fi vrai d'une ver-
-tu antique & auftère , & ces détails fi
touchans fur fa retraite , & cette pérorai--
fon qui a paru tout à la fois noble , coul
tageufe & fimple ? Qu'on ofe dire fi
rien de tout cela fe trouve dans les Cón-
fiderations fur les Finances ou ailleurs ?
Voilà pourtant prèfque tout ce qui com
pofe cette troifiéme partie.
A l'égard des faits , comme j'ai déja
dit , on fent bien qu'ils doivent fe trou-
ver dans les Mémoires de Sully , & dans
l'Ouvrage de M. dé Forbonnais ; puifque
M. de Forbonnais a travaillé , comme
M. Thomas , fur ces Mémoires. Pourla
reffemblance d'expreffion , qui paroît
marquée dans trois ou quatre endroits des
notes feulement , ce font fans doute des
-formes qui font reftées dans la tête de
M. Thomas , fans qu'il s'enfoit apperçu
lui-même ; & la plus grande preuve.
qu'il n'a point copié , c'est cette reffem-
-blance même. Car rien affurément . ne
lui eût été plus facile que de changer.ces
phrafes , & de leur donner une autre
tournure. Le plus mince Ecolier n'y au-
roit pas manqué ; à plus forte raiſon un
Ecrivain connu , & qui peut être jaloux
de fa gloire.
Une réfléxion qui fe préfente naturel-
64 MERCURE DE FRANCE.
lement en lifant l'Eloge de Sully , c'eff
que M. Thomas , pour le faire , a dû étu-
dier les Finances , comme il avoit étudié
l'Art Militaire pour l'Eloge du Maréchal
de Saxe , la Jurifprudence pour l'Eloge de
Dagueffeau , & la Marine pour celui de
Duguay-Trouin. Il a donc fallu qu'il lût
beaucoup d'Ouvrages fur les Finances ,
parce que probablement il ne pouvoit pas
s'inftruire de cette matière par lui-même ;
ainfi fon premier travail a conſiſté à exa-
miner une grande partie de ce qui avoit
été écrit là- deffus ; à démêler les vrais prin-
cipes des faux , à fe faire un ſyſtême d'a-
près lequel il pût connoître & juger les
différentes opérations de Sully , & qui
pût lui fervir de guide dans fon Ouvrage.
C'eft après ce travail qu'il a fans doute
compofé fon Difcours , qui lui appar-
tient tout entier comme Orateur. Ceux
qui lui reprochent que tout ce qu'il dit
fur les Finances n'eft pas de lui , font à-
peu-près auffi raifonnables que s'ils pré-
tendoient qu'un Architecte n'a aucun
mérite à avoir conftruit un bel Edifice ,
parce qu'il n'a point créé les matériaux
qui le compofent.
L'Auteur de la Lettre , après avoir ci-
té encore quelques phrafes , qui , pour
la plupart , font tirées des Mémoires de
JANVIER. 1764;
65
Sully , ou qui fe trouvent par-tout com-
me celle-ci , la liberté eft l'âme du Com-
merce ; après avoir tâché de rapprocher
des chofes qui n'ont aucune reffemblan-
ce entre elles , ou qui n'ont que celle
des mots ; après avoir jetté des foupçons
où les accufations lui manquent ; ofe
demander ce qui reftera à M. Thomas.
On répond qu'il lui reftera la première
la feconde & la troifiéme partie de fon
Difcours , excepté ces mots , en parlant
de la Taille , impôt vicieux defa nature ;
& ces autres mots , en parlant de la fa-
meuſe réponſe de Sully fur la fortie des
bleds , paroles mémorables , & qui méri-
teroient d'être écrites.... On avoue que
ces deux bouts de phrafes , qui ne font
pas des faits , fe trouvent dans les Re-
cherches fur les Finances.
I lui reftera
toutes les notes , à l'exception de quel-
ques lignes éparfes çà & la dans les deux
volumes in-4 °. des Recherches fur les Fi
nances , & qui ne contiennent encore
que desfaits , comme on l'a détaillé plus
haut.
Il lui reftera l'ordonnance & le
plan de fon Difcours , la manière dont
il préfente les faits , les réfléxions qu'il y
mêle , l'ordre & l'enchaînement des vé-
rités , l'éloquence qu'il a pu y joindre ,
les fentimens de Citoyen qui l'animent
戛
66 MERCURE DE FRANCE.
Il lui reftera enfin tout fon Ouvrage
excepté les faits hiftoriques qu'il n'a pu
ni dù créer , qui étoient néceffairement
le canevas de l'Eloge , & qui lui appar
tenoient fans doute comme ils appartien
nent à tous ceux qui ont écrit , qui écri
vent , & qui écriront après lui . J'ai
Phonneur d'être , Monfieur , votre très-
humble & rrès-obéiffant Serviteur ,
D'A ***.
Fermer
1482
p. 157-167
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ESSAI critique sur l'Etat présent de la République des Lettres, par M. l'Abbé [...]
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SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Fermer
1483
p. 191-192
De COPPENHAGUE, le 3 Décembre 1763.
Début :
Le Président Ogier, Ambassadeur de France en cette Cour, remit, le 20 du mois [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Majesté très chrétienne, Épée d'or, Capitaine, Service, Distinction, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPPENHAGUE, le 3 Décembre 1763.
De COPPENHAGUE , le 3 Décembre 1763 .
Le Préfident Ogier , Ambaffadeur de France.
en cette Cour , remit , le 20 du mois dernier ,
au nom de Sa Majefté Très- Chrétienne , une
épée d'or au fieur Laub , Capitaine- Lieutenant
de la Marine Danoife , lequel a fervi avec diftination
pendant la derniere guerre dans la Marine
de France . Des fept Officiers Danois qui ont
été admis à fervir conjointement avec les Offi192
MERCURE DE FRANCE .
ciers François , le fieur Laub eft le quatrième qui
air reçu des marques diftinguées de la bienveillance
de Sa Majesté Très- Chrétienne ; deux autres
ont été tués en combattant avec vvaleur fur
les Vailleaux François , & un troifiéme eft mort
ici peu de temps après fon retour en cette Ca- cette Capitale.
Le Préfident Ogier , Ambaffadeur de France.
en cette Cour , remit , le 20 du mois dernier ,
au nom de Sa Majefté Très- Chrétienne , une
épée d'or au fieur Laub , Capitaine- Lieutenant
de la Marine Danoife , lequel a fervi avec diftination
pendant la derniere guerre dans la Marine
de France . Des fept Officiers Danois qui ont
été admis à fervir conjointement avec les Offi192
MERCURE DE FRANCE .
ciers François , le fieur Laub eft le quatrième qui
air reçu des marques diftinguées de la bienveillance
de Sa Majesté Très- Chrétienne ; deux autres
ont été tués en combattant avec vvaleur fur
les Vailleaux François , & un troifiéme eft mort
ici peu de temps après fon retour en cette Ca- cette Capitale.
Fermer
Résumé : De COPPENHAGUE, le 3 Décembre 1763.
Le 3 décembre 1763, à Copenhague, l'ambassadeur de France Ogier remit une épée d'or au capitaine danois Laub pour ses services distingués dans la Marine française. Sept officiers danois avaient servi avec les Français, deux étaient morts au combat, et un autre après son retour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1484
p. 107-111
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Début :
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
Fermer
1484
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
1485
p. 200-230
ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Début :
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions / DE toutes les passions qui élévent & échauffent le coeur de l'homme, la plus noble, la plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
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ed
ja
pa
l'a
fu
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C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
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ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
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première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
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raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
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ja
pa
l'a
fu
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C
L
Π
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FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
Fermer
1486
p. 60-62
ODE. DE PACE ET LUDOVICI DECIMI QUINTI LAUDIBUS.
Début :
QUIS tibi nodo triplici, Gradive, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE. DE PACE ET LUDOVICI DECIMI QUINTI LAUDIBUS.
ODE.
DE PACE ET LUDOVICI DECIMI
QUINTI LAUDIBUS.
QUIS tibi nodo triplici, Gradive,
Membra contraxit , fuper arma letho
Fractadejectus furis ore frendens ,
Lumine torvus.
Diva ferpentumredimita nexu ,
Quid fremens Orco ruis , & forores
Inter accindis Furias atroci
Bellaflagello.
En redit tandem comitata Mufis
Pax , fimul ludi redeuntjocique ,
Pax diu noftris miferata Gallos
Regnet in oris.
MARS. 1764.
Ecquis hic heros , phaleratus illum
Fert equus , fceptrum , fimilisjubenti ,
Dextraprætendit , placidas finiftra
Flectit habenas.
Spirat augusto pietas in ore.
Mollis arridet gravitas tuenti.
Te probat pectus , LODOICE , patrem ,
Dextera regem.
Tolle formofum caput inter undas
Nympha præcurrens , tuus ecce lætis
*Rex adest ripis , recreat benigno
Littora vultu.
Faune , Sylvani , Dryades puellæ ,
• Nuncdecet cantus renovare , ludis
Annuit Princeps , quatienda certo
Nunc pede tellus.
Gallici quem tu populiparentem ,
Fama , commendas , medio fuorum
* Afpice , hunc circum generosa promunt
Pectora nati.
'Aſſidetjuxta Themis , hunccorona
Cingit inventrix olea Minerva
Corde virtutes LODOICUS omnes
Colligit unus.
61
62 MERCURE DE FRANCE .
Te triumphantem celebravit orbis
Hoftepercuffſo ; tibi nunc , amicæ
Pacis authori Monumenta longum
Tollat in ævum.
Tollat , afpectu furor armafrangat ,
Thraciam pleno repetet volatu ,
Dum fuosplaufu celebrat fecundo
Gallia amores .
Quod tuas audet memorare laudes ,
Parce Mufarum , LODOIX , alumno ;
Eftfui parvumlicet at fidele
Pignus amoris.
DE PACE ET LUDOVICI DECIMI
QUINTI LAUDIBUS.
QUIS tibi nodo triplici, Gradive,
Membra contraxit , fuper arma letho
Fractadejectus furis ore frendens ,
Lumine torvus.
Diva ferpentumredimita nexu ,
Quid fremens Orco ruis , & forores
Inter accindis Furias atroci
Bellaflagello.
En redit tandem comitata Mufis
Pax , fimul ludi redeuntjocique ,
Pax diu noftris miferata Gallos
Regnet in oris.
MARS. 1764.
Ecquis hic heros , phaleratus illum
Fert equus , fceptrum , fimilisjubenti ,
Dextraprætendit , placidas finiftra
Flectit habenas.
Spirat augusto pietas in ore.
Mollis arridet gravitas tuenti.
Te probat pectus , LODOICE , patrem ,
Dextera regem.
Tolle formofum caput inter undas
Nympha præcurrens , tuus ecce lætis
*Rex adest ripis , recreat benigno
Littora vultu.
Faune , Sylvani , Dryades puellæ ,
• Nuncdecet cantus renovare , ludis
Annuit Princeps , quatienda certo
Nunc pede tellus.
Gallici quem tu populiparentem ,
Fama , commendas , medio fuorum
* Afpice , hunc circum generosa promunt
Pectora nati.
'Aſſidetjuxta Themis , hunccorona
Cingit inventrix olea Minerva
Corde virtutes LODOICUS omnes
Colligit unus.
61
62 MERCURE DE FRANCE .
Te triumphantem celebravit orbis
Hoftepercuffſo ; tibi nunc , amicæ
Pacis authori Monumenta longum
Tollat in ævum.
Tollat , afpectu furor armafrangat ,
Thraciam pleno repetet volatu ,
Dum fuosplaufu celebrat fecundo
Gallia amores .
Quod tuas audet memorare laudes ,
Parce Mufarum , LODOIX , alumno ;
Eftfui parvumlicet at fidele
Pignus amoris.
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1487
p. 62-65
TRADUCTION.
Début :
QUELS transports de fureur & de rage ! Le regard menaçant, la bouche écumante : Mars. [...]
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
TRADUCTION.
QUELS transports de fureur & de rage ! Le
regard menaçant, la bouche écumante : Mars.
qui t'a précipité fur ce monceau d'Armes fan-
glantes que la mort a brisées ? Qui t'a chargé
de ces fers ? Qui t'a donné ces entraves ?
Dééſſe impitoyable , monſtre couronné de
Serpents. Quel déſeſpoir te faitprécipiterjuſques
au fond des Abîmes ! L'Enfer retentit des horri-
bles fifflements de ton fouer. Chaffée de deffus
la terre ,tu vas donc dans le ſeindes ténébres
MARS. 1764.
63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes
Sœurs.
La Paix , l'aimable Paix , revient enfinhabiter
parmi nous. Divinités ennemies,fuyez : elle vient
accompagnée des Muſes. Les Jeux & les Ris
volent ſur ſes pas. Déeſſe ſecourable , jettez
enfin des yeux de compaſſion ſur les François.
Régnez ; mais régnez àjamais ſur leurs Contrées.
Quel est donc ce Héros qui s'offre à ma vue ?
Il eſt monté ſur un ſuperbe Courſier. D'un main
il préſente ſon Sceptre : on diroit qu'il com-
mande, De l'autre il laiſſe flotter paiſiblement
les Rênes.
Une auguſte Majeſté brille ſur ſon front. On
litdans ſes regards la douceur & la tendreſſe. Ses
yeux animés d'une noble fierté , laiſſent échapper
un aimable ſourire ſur ceux qui le contemplent.
Aces traits je tereconnois, Louis ; ton cœur dit
quetu es Père , & ta main montre que tu es Roi.
Léveta tête au-deſſus des eaur, heureuſe Nym
phe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C'eſt
lui qui vient habiter tes rivages ,& qui réjouit par
fa préſence , cette ſuperbe Ville que tu arrofes
dans ton Cours .
Accourez , Déeſſes des Bois. Jeunes Dryades ,
Faunes, Satyres, accourez ? renouvellez vos Chan
64 MERCURE DE FRANCE.
ſons, redoublez vos Concerts,formez des Chœurs
dedanſes: il eſt temps.Louis a donné le ſignal,
Et toi,puiſſante Renommée ! toi qui apprends à
tout l'Universque Lovis eſt le Pèredela France:
viens voir ce Prince au milieu de ſes enfans. Ils lui
préſentent à l'envi , un cœur que le reſpect &
l'Amour lui ont aſſujetti.
Contemple ce Monarque aſſis ſur ſon Trône.
Thémis eſt à ſes côtés , Minerve le couronne. Il
ouvre ſon cœur à toutes les vertus , & ſe plaît à
les y réunir toutes enſemble.
GrandRoi ,lorſque tu foudroyois tes ennemis ,
1'Univers célébroit tes triomphes& ta gloire.Au-
jourd'hui que jaloux du bonheur de ton Peuple ,
tu donnes laPaix à la France , elle éléve en ton
honneur un Monument éternel.
Qu'à l'aſpectde ce glorieux Trophée, la fureur
briſe elle-même ſes traits. Que d'un vol précipité
elle retourne chez les Thraces , où elletient fon
empire. Tandis que la France tranquille déſor-
mais , célébre par des applaudiſſements réitérés ,
l'unique objetde ſatendreſſe.
Pardonne, Louis ! pardonne , à un jeune éleve
desMuſes,qui oſe élever ſa voix,trop foibleencore
MARS. 1764.
65
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de ſon
génie,comme untémoignage foible , il eſt vrai ,
mais ſincère de ſon amour pour toi.
Par M. l'Abbé DESFIEUX, Boursier au
Collége du Plessis-Sorbonne.
QUELS transports de fureur & de rage ! Le
regard menaçant, la bouche écumante : Mars.
qui t'a précipité fur ce monceau d'Armes fan-
glantes que la mort a brisées ? Qui t'a chargé
de ces fers ? Qui t'a donné ces entraves ?
Dééſſe impitoyable , monſtre couronné de
Serpents. Quel déſeſpoir te faitprécipiterjuſques
au fond des Abîmes ! L'Enfer retentit des horri-
bles fifflements de ton fouer. Chaffée de deffus
la terre ,tu vas donc dans le ſeindes ténébres
MARS. 1764.
63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes
Sœurs.
La Paix , l'aimable Paix , revient enfinhabiter
parmi nous. Divinités ennemies,fuyez : elle vient
accompagnée des Muſes. Les Jeux & les Ris
volent ſur ſes pas. Déeſſe ſecourable , jettez
enfin des yeux de compaſſion ſur les François.
Régnez ; mais régnez àjamais ſur leurs Contrées.
Quel est donc ce Héros qui s'offre à ma vue ?
Il eſt monté ſur un ſuperbe Courſier. D'un main
il préſente ſon Sceptre : on diroit qu'il com-
mande, De l'autre il laiſſe flotter paiſiblement
les Rênes.
Une auguſte Majeſté brille ſur ſon front. On
litdans ſes regards la douceur & la tendreſſe. Ses
yeux animés d'une noble fierté , laiſſent échapper
un aimable ſourire ſur ceux qui le contemplent.
Aces traits je tereconnois, Louis ; ton cœur dit
quetu es Père , & ta main montre que tu es Roi.
Léveta tête au-deſſus des eaur, heureuſe Nym
phe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C'eſt
lui qui vient habiter tes rivages ,& qui réjouit par
fa préſence , cette ſuperbe Ville que tu arrofes
dans ton Cours .
Accourez , Déeſſes des Bois. Jeunes Dryades ,
Faunes, Satyres, accourez ? renouvellez vos Chan
64 MERCURE DE FRANCE.
ſons, redoublez vos Concerts,formez des Chœurs
dedanſes: il eſt temps.Louis a donné le ſignal,
Et toi,puiſſante Renommée ! toi qui apprends à
tout l'Universque Lovis eſt le Pèredela France:
viens voir ce Prince au milieu de ſes enfans. Ils lui
préſentent à l'envi , un cœur que le reſpect &
l'Amour lui ont aſſujetti.
Contemple ce Monarque aſſis ſur ſon Trône.
Thémis eſt à ſes côtés , Minerve le couronne. Il
ouvre ſon cœur à toutes les vertus , & ſe plaît à
les y réunir toutes enſemble.
GrandRoi ,lorſque tu foudroyois tes ennemis ,
1'Univers célébroit tes triomphes& ta gloire.Au-
jourd'hui que jaloux du bonheur de ton Peuple ,
tu donnes laPaix à la France , elle éléve en ton
honneur un Monument éternel.
Qu'à l'aſpectde ce glorieux Trophée, la fureur
briſe elle-même ſes traits. Que d'un vol précipité
elle retourne chez les Thraces , où elletient fon
empire. Tandis que la France tranquille déſor-
mais , célébre par des applaudiſſements réitérés ,
l'unique objetde ſatendreſſe.
Pardonne, Louis ! pardonne , à un jeune éleve
desMuſes,qui oſe élever ſa voix,trop foibleencore
MARS. 1764.
65
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de ſon
génie,comme untémoignage foible , il eſt vrai ,
mais ſincère de ſon amour pour toi.
Par M. l'Abbé DESFIEUX, Boursier au
Collége du Plessis-Sorbonne.
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1488
p. 72-95
SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
Début :
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se rendre auprès de D. Jean dont les intrigues [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
SUITE de la dissertation historique &
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
Fermer
1489
p. 120
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
Début :
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI,
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
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1489
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
1490
p. 132-133
« THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...] »
Début :
THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...] »
THÉATRE de la dernière Guerre en
Allemagne, &c, en six Volumes in- 2.
chez Langlois , fils , Libraire à Paris
,
rue de la Harpe , près de la rue Poupée ,
à la Couronne d'Or.
Ce Libraire propoſe de le donner
au Public par forme de ſouſcription
avec une diminution de prix confidéra-
ble. Juſqu'ici les fix premiers Volumes
ont toujours été vendus chacun 3 liv.
en Feuilles ; ce qui faisoit pour le tout
18 liv. Chaque Volume pareillement
en Feuilles , fera donné pour 2 livres &
relié coûtera 2. liv. 12 ſols. Cela fait
fur les fix Volumes une diminution
du tiers , ou une réduction de 18 liv.
à 12 liv. Les deux derniers Volumes
fept & huit qui paroîtront dans le
mois de Mai prochain 1764 , ne feront
auffi vendus chacun en feuilles que 2
livres à ceux qui auront pris les fix pré-
cédens ; c'est-à-dire , à ceux qui auront
ſouſcrit juſqu'au mois de Mai : ainfi
l'Ouvrage entier composé de huit Volu-
mes , ne coûtera plus que 16 livres au
lieu de 24 livres , & l'on aura dans cet
Ouvrage une collection complette &
très-bien gravéedes Plans de Batailles ,
Siéges , Combats , Marches , & autres
actions de la dernière Guerre. Cette in
MARS. 1764 .
133
téreſſante collection,recommandable par
la beauté & la quantité des Gravures
qui monteront à plus de cent Planches ,
ainſi que par l'exactitude & par la fin-
gularité desdétails , ſera très-utile pour
PHiſtoire. La diminution qu'on annon-
се, n'aura lieu que juſqu'au premier
Mai 1764. Ce terme paſſé , l'Ouvrage
entier ſera vendu comme auparavant
trois livres chaque Volume en feuilles.
Allemagne, &c, en six Volumes in- 2.
chez Langlois , fils , Libraire à Paris
,
rue de la Harpe , près de la rue Poupée ,
à la Couronne d'Or.
Ce Libraire propoſe de le donner
au Public par forme de ſouſcription
avec une diminution de prix confidéra-
ble. Juſqu'ici les fix premiers Volumes
ont toujours été vendus chacun 3 liv.
en Feuilles ; ce qui faisoit pour le tout
18 liv. Chaque Volume pareillement
en Feuilles , fera donné pour 2 livres &
relié coûtera 2. liv. 12 ſols. Cela fait
fur les fix Volumes une diminution
du tiers , ou une réduction de 18 liv.
à 12 liv. Les deux derniers Volumes
fept & huit qui paroîtront dans le
mois de Mai prochain 1764 , ne feront
auffi vendus chacun en feuilles que 2
livres à ceux qui auront pris les fix pré-
cédens ; c'est-à-dire , à ceux qui auront
ſouſcrit juſqu'au mois de Mai : ainfi
l'Ouvrage entier composé de huit Volu-
mes , ne coûtera plus que 16 livres au
lieu de 24 livres , & l'on aura dans cet
Ouvrage une collection complette &
très-bien gravéedes Plans de Batailles ,
Siéges , Combats , Marches , & autres
actions de la dernière Guerre. Cette in
MARS. 1764 .
133
téreſſante collection,recommandable par
la beauté & la quantité des Gravures
qui monteront à plus de cent Planches ,
ainſi que par l'exactitude & par la fin-
gularité desdétails , ſera très-utile pour
PHiſtoire. La diminution qu'on annon-
се, n'aura lieu que juſqu'au premier
Mai 1764. Ce terme paſſé , l'Ouvrage
entier ſera vendu comme auparavant
trois livres chaque Volume en feuilles.
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1491
p. 53
AUTRE.
Début :
DANS les forêts j'ai pris naissance, [...]
Mots clefs :
Bâton de maréchal de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R JE.
D A N s les forêts j'ai pris naiſſance,
Et rien n'eſt égal à mon ſort,
Puiſque ce n'eſt qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiſſance.
- Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me poſſéde, on peut avec raiſon
Croire à l'Etat être des plus utiles,
A la Cour chacun me deſire ;
Je ſuis ſi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
- Quelque marque de ſon Empire ;
Mon régne eſt celui de la guerre ;
Et bien qu'eſclave des humains,
Quand je tombe en de bonnes mains,
Je fais trembler toute la Terre.
D A N s les forêts j'ai pris naiſſance,
Et rien n'eſt égal à mon ſort,
Puiſque ce n'eſt qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiſſance.
- Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me poſſéde, on peut avec raiſon
Croire à l'Etat être des plus utiles,
A la Cour chacun me deſire ;
Je ſuis ſi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
- Quelque marque de ſon Empire ;
Mon régne eſt celui de la guerre ;
Et bien qu'eſclave des humains,
Quand je tombe en de bonnes mains,
Je fais trembler toute la Terre.
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1493
p. 195-200
« Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Début :
Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Assemblée, Ouvrages, Régiments, Gardes françaises, Services, Honneur, Officiers, Soldats, Ordonnance, Compagnies, Bataillons, Capitaines, Soldes, Uniforme, Règlement, Commandant, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
L, 24 Février, l'Académie Royale de Peinture ,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
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Résumé : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Le 24 février, l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a accueilli le sieur Prince, peintre de l'Impératrice de Russie, parmi les agrégés. Il a présenté quatre tableaux et plusieurs dessins, appréciés par les membres de l'Académie. Le sieur Brisson, de l'Académie Royale des Sciences, débutera un cours de physique expérimentale le 14 du mois suivant, les lundis, mercredis et vendredis au Collège de Navarre. Sa Majesté a exprimé sa satisfaction envers le Régiment des Gardes Françaises pour ses services distingués. Elle a décidé d'accorder une augmentation de traitement aux officiers et soldats, et a rendu une ordonnance le 29 janvier pour réorganiser le régiment. Ce dernier sera composé de trois compagnies de grenadiers et de trente compagnies de fusiliers, formant six bataillons. L'ordonnance précise la composition et les fonctions de chaque grade, ainsi que les conditions de service et les retraites. Les soldats ayant servi seize ans recevront la moitié de leur solde s'ils se retirent chez eux, tandis que ceux ayant servi vingt-quatre ans pourront choisir entre l'Hôtel des Invalides ou une retraite avec solde complète. Les traitements des officiers et soldats sont détaillés, et les capitaines seront déchargés du recrutement, remplacé par l'État-Major. Les nouvelles recrues devront avoir moins de vingt-cinq ans et une taille minimale de cinq pieds quatre pouces, avec un certificat de bonnes mœurs et de domicile. Le régiment continuera de jouir de ses anciens privilèges et prérogatives. Le 24 mars, le trente-huitième tirage de la Loterie de l'Hôtel de Ville a attribué un lot de cinquante mille livres au numéro 13765, un lot de vingt mille livres au numéro 13573, et deux lots de dix mille livres aux numéros 1891 et 12694. Le 5 mars, la Loterie de l'École Royale Militaire a également eu lieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1494
p. 136-137
De WARSOVIE, le 14 Juillet 1764.
Début :
On voit ici une relation du combat qui s'est donné le 26 [...]
Mots clefs :
Combat, Troupes, Prince, Attaques, Déplacement des troupes, Colonel, Bataille, Cavalerie, Espions, Pertes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 14 Juillet 1764.
De WARSOVIE , le 14 Juillet 1764.
OnN voit ici une relation du combat qui s'eft
donné le 26 du mois dernier , entre les Trou-
Pes de la République & celles du Prince Radziwill:
fuivant cette Relation publiée de la part de
ce Prince , il partit le 26 de Kepla pour ſe rendre
dans les Terres , & arriva à Hadzviltowize , à
deux lieues de Slonim . Après avoir foutenu en
chemin fon Avant-Garde continuellement harcelée
par de fauffes attaques dès fon arrivée en
cet endroit , il apprit que l'Avant-Garde des Ruf-
Les étoit renforcée , & que le Colonel Block
étoit rangé en bataille fur les hauteurs avec un
Corps de cinq mille hommes . Le Prince Radziwill
fe détermina à l'attaquer à trois heures après
midi , le délogea & le poursuivit jufqu'à Slonim
où ce Colonel , qui avoit déja fait préparer les
Batteries fe forma de nouveau. Alors la Cavalerie
du Prince Radziwill fut attaquée de toutes parts &
effaya feule le feu des Batteries depuis cinq heures
jufqu'à dix ayant été jointe par l'Infanterie , le
combat devint général & dura juſqu'à minuit. Les
Ruffes furent rompus deux fois & pouffés derrière
NOVEMBRE. 1764. 137
leurs Batteries : un Boulet rouge ayant fait fauter le
Magazin des poudres du Prince Radziwill , le feu
de les Troupes ceffa ainfi que celui des Ruffes.
Les deux Partis pafferent la nuit fous les armes.
Le Prince fe retira à trois heures du matin , en
très-bon ordre , du côté de fes Terres entre la
Polefie & la Volhynie. Il n'a eu dans cette occafion
que quatorze hommes tués , & vingt-deux
bleffés . Suivant le rapport des Eſpions , les Ruffes
ont enterré deux cent foixante - trois hommes , &
ont eu plus de cinq cens bleffés ; mais ces détails
font pas encore bien conftatés .
OnN voit ici une relation du combat qui s'eft
donné le 26 du mois dernier , entre les Trou-
Pes de la République & celles du Prince Radziwill:
fuivant cette Relation publiée de la part de
ce Prince , il partit le 26 de Kepla pour ſe rendre
dans les Terres , & arriva à Hadzviltowize , à
deux lieues de Slonim . Après avoir foutenu en
chemin fon Avant-Garde continuellement harcelée
par de fauffes attaques dès fon arrivée en
cet endroit , il apprit que l'Avant-Garde des Ruf-
Les étoit renforcée , & que le Colonel Block
étoit rangé en bataille fur les hauteurs avec un
Corps de cinq mille hommes . Le Prince Radziwill
fe détermina à l'attaquer à trois heures après
midi , le délogea & le poursuivit jufqu'à Slonim
où ce Colonel , qui avoit déja fait préparer les
Batteries fe forma de nouveau. Alors la Cavalerie
du Prince Radziwill fut attaquée de toutes parts &
effaya feule le feu des Batteries depuis cinq heures
jufqu'à dix ayant été jointe par l'Infanterie , le
combat devint général & dura juſqu'à minuit. Les
Ruffes furent rompus deux fois & pouffés derrière
NOVEMBRE. 1764. 137
leurs Batteries : un Boulet rouge ayant fait fauter le
Magazin des poudres du Prince Radziwill , le feu
de les Troupes ceffa ainfi que celui des Ruffes.
Les deux Partis pafferent la nuit fous les armes.
Le Prince fe retira à trois heures du matin , en
très-bon ordre , du côté de fes Terres entre la
Polefie & la Volhynie. Il n'a eu dans cette occafion
que quatorze hommes tués , & vingt-deux
bleffés . Suivant le rapport des Eſpions , les Ruffes
ont enterré deux cent foixante - trois hommes , &
ont eu plus de cinq cens bleffés ; mais ces détails
font pas encore bien conftatés .
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Résumé : De WARSOVIE, le 14 Juillet 1764.
Le 14 juillet 1764, une relation du combat entre les troupes de la République et celles du Prince Radziwill est publiée. Le 26 juin, le Prince Radziwill partit de Kepla pour se rendre dans les Terres et arriva à Hadzviltowize, près de Slonim. Son avant-garde fut harcelée dès son arrivée. Il apprit que l'avant-garde des Russes, renforcée par le Colonel Block, comptait cinq mille hommes. Le Prince Radziwill attaqua à trois heures de l'après-midi, délogea les Russes et les poursuivit jusqu'à Slonim. La cavalerie du Prince Radziwill fut attaquée de toutes parts et combattit pendant cinq heures. À dix heures, l'infanterie rejoignit la bataille, rendant le combat général jusqu'à minuit. Les Russes furent repoussés deux fois derrière leurs batteries. Un boulet rouge fit sauter le magasin de poudre du Prince Radziwill, stoppant le feu des troupes. Les deux parties passèrent la nuit sous les armes. Le Prince Radziwill se retira à trois heures du matin vers ses terres entre la Pologne et la Volhynie. Il déplora quatorze hommes tués et vingt-deux blessés. Selon des espions, les Russes auraient enterré deux cent soixante-trois hommes et compté plus de cinq cents blessés, mais ces détails ne sont pas confirmés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1495
p. 137
De POSANIE, le 1. Juillet 1764.
Début :
On apprend que le Prince Radziwill, Palatin de Wilna, a emporté [...]
Mots clefs :
Prince Radziwill, Assaut, Garnison, Place, Commandant, Troupes, Ordres, Combattre, Expédition, Russes
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texteReconnaissance textuelle : De POSANIE, le 1. Juillet 1764.
De POSNANIE , le 1. Juillet 1764.
On apprend que le Prince Radziwill , Palatin
de Wilna , a emporté d'affaut la Ville de Terefpol
, a forcé la Garnifon de fe rendre à difcrétion ,
& a mis à contribution la Place & les dépendan
ces ; après quoi il a marché droit au fecours de
fon Château de Niefwien . Mais on a appris ,
comme on l'a annoncé , que le Commandant
de ce Château l'avoit rendu par Capitulation aux
Confédérés & aux Ruffes qui l'affiégeoient. Ceuxci
feront joints par les Généraux Poniatowski &
Ronicker qui commandent un Corps de Troupes
de la Couronne , ainfi que par le Prince Repnin,
Miniftre Plénipotentiaire de Ruffie , qui a fous fes
ordres un Détachement confidérable de Troupes
de fa Nation. Leur projet eft de combattre le
Prince Radziwill , & de mettre en même temps
à couvert les Terres du Prince Czatoriski. Les
huit mille Ruffes qui pafferent dernierement à
Minsk , & le Corps de Troupes de la même Nation
qui eft arrivé à Novogrodeck , ſont auffi deftinés
pour la même expédition.
On apprend que le Prince Radziwill , Palatin
de Wilna , a emporté d'affaut la Ville de Terefpol
, a forcé la Garnifon de fe rendre à difcrétion ,
& a mis à contribution la Place & les dépendan
ces ; après quoi il a marché droit au fecours de
fon Château de Niefwien . Mais on a appris ,
comme on l'a annoncé , que le Commandant
de ce Château l'avoit rendu par Capitulation aux
Confédérés & aux Ruffes qui l'affiégeoient. Ceuxci
feront joints par les Généraux Poniatowski &
Ronicker qui commandent un Corps de Troupes
de la Couronne , ainfi que par le Prince Repnin,
Miniftre Plénipotentiaire de Ruffie , qui a fous fes
ordres un Détachement confidérable de Troupes
de fa Nation. Leur projet eft de combattre le
Prince Radziwill , & de mettre en même temps
à couvert les Terres du Prince Czatoriski. Les
huit mille Ruffes qui pafferent dernierement à
Minsk , & le Corps de Troupes de la même Nation
qui eft arrivé à Novogrodeck , ſont auffi deftinés
pour la même expédition.
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Résumé : De POSANIE, le 1. Juillet 1764.
Le 1er juillet 1764, à Posnanie, des nouvelles rapportent que le Prince Radziwill, Palatin de Wilna, a pris la ville de Terefpol par la force, contraignant la garnison à se rendre. Il a ensuite mis à contribution la place et ses dépendances avant de se diriger vers le château de Nieswień pour le secourir. Cependant, il a appris que le commandant du château avait capitulé face aux confédérés et aux Russes qui l'assiégeaient. Les généraux Poniatowski et Ronicker, à la tête d'un corps de troupes de la Couronne, ainsi que le Prince Repnin, ministre plénipotentiaire de Russie, ont rejoint les assiégeants avec un détachement significatif de troupes russes. Leur objectif est de combattre le Prince Radziwill et de protéger les terres du Prince Czartoryski. Les huit mille Russes récemment passés par Minsk et les troupes russes arrivées à Novogrodek sont également destinés à cette expédition.
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1496
p. 138
De GENES, le 21 Juillet 1764.
Début :
La nouvelle de la prise de la Tour de Ciraglia, [...]
Mots clefs :
Pris de la tour, Cap corse, Galère, Soldats, Officiers, Rebelles, Canons, Siège
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 21 Juillet 1764.
De GENES , le 21 Juillet 1764.
La nouvelle de la prife de la Tour de Ciraglia , qui
eft a la pointe du Cap Corfe, vient d'etre confirmée
par une de nos Galères arrivée de Corfe le 18
de ce mois : trois foldats de la garniſon ont pro
fité de l'absence de deux Officiers pour livrer ce
pofte aux Rebelles . Comme cette Tour fervoit
d'abri a nos Bâtimens , furtout dans le trajet de la
Baftie de Saint Florent , la perte qu'on en a faire
nous devient très préjudiciable. La même Galère
a rapporté que les Rebelles armoient à Centuri
une Barque Tolcane de huit pièces de Canon
pourfaire la courſe contre les Bâtimens Génois ;
ils continuent le Siége de Saint Florent , mais
toujours avec la même lenteur.
La nouvelle de la prife de la Tour de Ciraglia , qui
eft a la pointe du Cap Corfe, vient d'etre confirmée
par une de nos Galères arrivée de Corfe le 18
de ce mois : trois foldats de la garniſon ont pro
fité de l'absence de deux Officiers pour livrer ce
pofte aux Rebelles . Comme cette Tour fervoit
d'abri a nos Bâtimens , furtout dans le trajet de la
Baftie de Saint Florent , la perte qu'on en a faire
nous devient très préjudiciable. La même Galère
a rapporté que les Rebelles armoient à Centuri
une Barque Tolcane de huit pièces de Canon
pourfaire la courſe contre les Bâtimens Génois ;
ils continuent le Siége de Saint Florent , mais
toujours avec la même lenteur.
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Résumé : De GENES, le 21 Juillet 1764.
Le 21 juillet 1764, la Tour de Ciraglia en Corse a été prise par des rebelles. Trois soldats ont livré la tour, utilisée par les Génois, aux insurgés. Une galère a rapporté que les rebelles armaient une barque pour attaquer les bâtiments génois et poursuivaient le siège de Saint-Florent.
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1497
p. 139-144
De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
Début :
Les Régimens de la Marine, Infanterie, ceux de Royal Normandie, [...]
Mots clefs :
Régiments, Infanterie, Marine, Cavalerie, Famille royale, Exercices, Ordonnance, Camp de l'artillerie , Duc, Prince, Visite des troupes, Intendant, Serment de fidélité, Ambassadeur, Cardinal, Nominations, Prix, Bénéfices donnés, Abbayes, Religieuses, Madame la Dauphine, Monseigneur le Dauphin, Reine
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texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
De COMPIEGNE , le 15 Acût 1764.
ES Régimens de la Marine , Infanterie , ceux
de Royal Normandie , & de la Reine , Cavalerie ,
ainsi que la Brigade de Defmazis , du Corps
Royal de l'Artillerie , ont eu ordre de fe rendre à
Compiegne , où ils font arrivés fucceffivement
au 18 du mois dernier : ces différens
Corps ont campé léparément.
du ta
Le 15 , Leurs Majeftés, accompagnées de toute
la Famille Royale , fe font rendues au Camp de
l'Artillerie. La Brigade , après avoir éxécuté les.
différens temps de l'éxercice prefcrits par la
nouvelle Ordonnance , a défilé devant le Roi ,
& a enfuite éxécuté , en préſence de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale, l'école des bombes ,
des obus & du canon. Le Roi à paru très- fatis
fait de la préciſion avec laquelle cette Troupe a
fait l'Exercice , & fur- tout de la jufteffe avec laquelle
les Canoniers ont tiré les différentes bouches
à feu.
Le
17 , le Roi
s'eft
rendu
une
feconde
fois
avec
la
Reine
& toute
la Famille
Royale
au
Camp
de l'Artillerie
, & les
Canoniers
ont
éxécuré
de nouveau
, en préſence
de Leurs
Majefiés
,
l'Exercice
de la Bombe
, de l'Obus
& du Canon
,
& le
cheminement
de la Sappe
.
Le 18 , le Roi & la Reine , accompagnés de
140 MERCURE DE FRANCE.
la Famille Royale , & du Duc de Chartres , du
Prince de Condé & du Prince de Lamballe , fe
font rendus au Camp de la Cavalerie . Les deux
Régimens qui le compofoient ont éxécuté en préfence
de Leurs Majeftés , différentes manoeuvres
dont le Roi a paru très - fatisfait.
Le 22 , Leurs Majeftés & toute la Famille
Royale , accompagnées du Duc de Chartres , du
Prince de Condé , & du Prince de Lamballe , fe
fe font rendues au Camp du Régiment de la Marine
, qui a éxécuté devant le Roi, & à la fatisfac
tion de Sa Majefté , les différens temps de l'Exercice
, & les manoeuvres prefcrites par l'Ordonnance
du 20 Mars dernier .
Ces différens Corps font partis de leurs Camps
pour fe rendre à leurs deftinations refpectives.
Le Regiment de Royal Normandie eft parti le
23 , celui de la Reine , Cavalerie , le 24 , & celui
de la Marine , ainfi que la Brigade d'Artillerie
, le 25. Sa Majefté le propofe de faire venir
fucceffivement & chaque année les différentes parties
de fes Troupes , afin de juger par Elle- même
fi fes Ordonnances font bien éxécutées . Le
Şieur Amelot ayant été nommé à l'Intendance
de Bourgogne , le Roi a nommé pour remplir
la place de Préfident du Grand- Conſeil , dont il
étoit pourvu , le Sieur de Monthyon , qui , en
cette qualité a été préſenté le 18 , à Sa Majeſté.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur du Roi
auprès du Roi de la Grande- Bretagne , eft arrivé
ici le 24 , & a été préſenté le 25 au matin à Sa
Majefté. Avant que de quitter la Cour de Londres ,
il a préfenté à Sa Majefté Britannique le Marquis
de Bloffet , Colonel d'un Régiment de Gre
nadiers-Royaux , que le Roi a nommé pour ré6-
NOVEMBRE . 1764. 141
der à ladite Cour en qualité de Miniſtre pendant
l'abſence de fon Ambaffadeur.
Les Sieurs Amelot, Intendant deBourgogne, le
Peletier de Morfontaine , Intendant de la Rochelle
, & Rouillé- d'Orfeuil , Intendant de Châlons
en Champagne , furent préfentés le 22 au
Roi par le Sieur de l'Averdy , Contrôleur -Gé
néral des Finances. Le même jour la Marquife
de Maulde fut auffi préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , par la Comteſſe de
Maulde .
Le 28 , Leopold- Charles de Choiſeul , Arche
vêque de Cambrai , a prêté ferment de fidélité
entre les mains du Roi.
ג
Le
23 , le
Comte
de
Woronzow
Grand
Chancelier
de
Ruffie
, a été
préſenté
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
.
Le 29 , le fieur de Maupeou , fils du Premier
Préfident du Parlement de Paris , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi par fon Père , &
a remercié Sa Majefté de l'agrément qu'elle a
bien voulu lui accorder pour une Charge de
Confeiller au même Parlement , & pour celle
de Préfident à Mortier dont fon Père étoit revêtu.
mois ,
Le Marquis de Paulmy , Miniftre & ci-devant
Secrétaire d'Etat , ayant le Département de la
Guerre , Ambaffadeur du Roi auprès de la République
de Pologne , arriva ici le 6 de ce
& fut préſenté par le Duc de Praſlin .
Le Cardinal de Bernis a prêté ferment ,
9 , entre les mains du Roi , dans la Chapelle
du Château , pour l'Archevêché d'Alby . Il s'étoit
rendu , le 3 de ce mois , à Sens où il a
été facré dans la Cathédrale par le Cardinal
le
142 MERCURE DE FRANCE.
de Laynes qui avoit pour Alliſtans l'Evêque
d'Auxerre & celui de Béziers .
Le Sieur Turgot , Préfident à Mortier au Parlement
de Paris , ayant donné la démiffion de
fa Charge , le Roi vient d'y nommer le Sieur
Peletier de S. Fargeau , Avocat Général dudit
Parlement , dont la Place a été donnée au Sieur
Barentin . Le Sieur le Peletier de S. Fargeau &
le Sieur Barentin ont eu l'honneur d'erre préfentés
, à cette occafion , à Sa Majeſté.
Le fieur de Lamoignon de Montrevault ayant
donné fa démiffion de la Charge de Préfident
à Mortier du Parlement de Paris , le Roi y a
nommé le fieur de Gourgue , qui , à cette occafion
, a eu l'honneur d'être préfenté , le 8
à Sa Majesté.
Le 7 , le Sieur Mathieu , Principal du Collége
Royal de cette Ville , a eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfeigneur le Dauphin ,
à Monfeigneur le Duc de Berry & à Monfeigneur
le Comte de Provence le Programme
de l'exercice qui s'eft fait le 9 dans lédit Collége
pour la diftribution folemnelle des Prix
accordés par Sa Majesté. Monfeigneur le Due
de Berry en a accordé un particulier au fieur
Herbet qui a foutenu l'exercice.
Le Roi a accordé au Duc de Trefmes &
au Comte de Guerchy les entrées du Ca
binet.
Sa Majesté à donné l'Abbaye de S. Méen
Ordre de S. Benoît , Diocéfe de S. Malo , à
l'Abbé de Moftueges , Sous- Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye Régulière & Elective
de S. Nicolas d'Arrouaize , Ordre de S. Auguftin
, Diocéfe d'Arras , à Don Floride Tabary ,
Religieux de la même Abbaye ; & celle de Bon
N
NOVEM BR E. 1764 . 143
deville , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Rouen ,
à la Dame de Fontenailles , Religieufe de l'Abbaye
de Bonlieu , même Ordre , Diocéfe du
Mans.
La Reine donna , le 4 de ce mois , le voile
noir à deux Religieufes Carmelites ; la Cérémonie
en fut faite par le Cardinal de Rochechouart.
Le Père Celaire , Carme Déchauffé
prêcha , à cette occaſion en préfence de la
Reine.
•
Le Sieur Maliffet , Munitionnaire chargé de
la fourniture du pain pour les Troupes duCamp
de Compiegne & de l'approvisionnement de
Paris , fe tranſporta , le 22 du mois dernier
au Camp du Régiment de la Reine , Cavalerie
, en conféquence des ordres du Duc de Choi
feul , & eut l'honneur de préfenter au Roi ,
après la revue , le pain qu'il avoit fait fuivant
la nouvelle méthode qu'il a imaginée. Sa Majeſté
en fit Elle-même l'eſſai , ainfi que les Princes
qui l'accompagnoient , & en parut fatisfaite.
Les Troupes auxquelles il a été diftribué , l'ont
trouvé très- bon . On donnera bientôt au Public
la coupe des différens moulins néceffaires
pour la nouvelle mouture que le feur Maliffer
emploie & par laquelle on gagne un fixiéme
fur le produit du grain , en même temps
qu'on donne au pain une qualité fupérieure
non feulement pour le goût , mais même pour
la couleur.
:
L'Evêque de S. Omer a donné le Pallium à
l'Archevêque Duc de Cambrai cette Cérémo
nie s'eft faite dans la Chapelle des Dames de la
Congrégation de cette Ville , le 4 de ce mois.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monseigneur
le Comte de Provence font partis d'ici le 13
144 MERCURE DE FRANCE.
pour retourner à Versailles . Le Roi le propoſe
de partir demain pour le rendre à S. Ouen
où Sa Majefté foupera avec Monfeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine , Madame Adélaïde
, & Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe
qui s'y rendront auffi ; le foir , Sa Majesté ira
coucher au Château de la Muette , d'où Elle
partira le lendemain pour le rendre à Verſailles
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame Adélaïde , Mefdames
Victoire , Sophie & Louife. La Reine quittera
cette Ville le 17 pour retourner à Verſailles.
ES Régimens de la Marine , Infanterie , ceux
de Royal Normandie , & de la Reine , Cavalerie ,
ainsi que la Brigade de Defmazis , du Corps
Royal de l'Artillerie , ont eu ordre de fe rendre à
Compiegne , où ils font arrivés fucceffivement
au 18 du mois dernier : ces différens
Corps ont campé léparément.
du ta
Le 15 , Leurs Majeftés, accompagnées de toute
la Famille Royale , fe font rendues au Camp de
l'Artillerie. La Brigade , après avoir éxécuté les.
différens temps de l'éxercice prefcrits par la
nouvelle Ordonnance , a défilé devant le Roi ,
& a enfuite éxécuté , en préſence de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale, l'école des bombes ,
des obus & du canon. Le Roi à paru très- fatis
fait de la préciſion avec laquelle cette Troupe a
fait l'Exercice , & fur- tout de la jufteffe avec laquelle
les Canoniers ont tiré les différentes bouches
à feu.
Le
17 , le Roi
s'eft
rendu
une
feconde
fois
avec
la
Reine
& toute
la Famille
Royale
au
Camp
de l'Artillerie
, & les
Canoniers
ont
éxécuré
de nouveau
, en préſence
de Leurs
Majefiés
,
l'Exercice
de la Bombe
, de l'Obus
& du Canon
,
& le
cheminement
de la Sappe
.
Le 18 , le Roi & la Reine , accompagnés de
140 MERCURE DE FRANCE.
la Famille Royale , & du Duc de Chartres , du
Prince de Condé & du Prince de Lamballe , fe
font rendus au Camp de la Cavalerie . Les deux
Régimens qui le compofoient ont éxécuté en préfence
de Leurs Majeftés , différentes manoeuvres
dont le Roi a paru très - fatisfait.
Le 22 , Leurs Majeftés & toute la Famille
Royale , accompagnées du Duc de Chartres , du
Prince de Condé , & du Prince de Lamballe , fe
fe font rendues au Camp du Régiment de la Marine
, qui a éxécuté devant le Roi, & à la fatisfac
tion de Sa Majefté , les différens temps de l'Exercice
, & les manoeuvres prefcrites par l'Ordonnance
du 20 Mars dernier .
Ces différens Corps font partis de leurs Camps
pour fe rendre à leurs deftinations refpectives.
Le Regiment de Royal Normandie eft parti le
23 , celui de la Reine , Cavalerie , le 24 , & celui
de la Marine , ainfi que la Brigade d'Artillerie
, le 25. Sa Majefté le propofe de faire venir
fucceffivement & chaque année les différentes parties
de fes Troupes , afin de juger par Elle- même
fi fes Ordonnances font bien éxécutées . Le
Şieur Amelot ayant été nommé à l'Intendance
de Bourgogne , le Roi a nommé pour remplir
la place de Préfident du Grand- Conſeil , dont il
étoit pourvu , le Sieur de Monthyon , qui , en
cette qualité a été préſenté le 18 , à Sa Majeſté.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur du Roi
auprès du Roi de la Grande- Bretagne , eft arrivé
ici le 24 , & a été préſenté le 25 au matin à Sa
Majefté. Avant que de quitter la Cour de Londres ,
il a préfenté à Sa Majefté Britannique le Marquis
de Bloffet , Colonel d'un Régiment de Gre
nadiers-Royaux , que le Roi a nommé pour ré6-
NOVEMBRE . 1764. 141
der à ladite Cour en qualité de Miniſtre pendant
l'abſence de fon Ambaffadeur.
Les Sieurs Amelot, Intendant deBourgogne, le
Peletier de Morfontaine , Intendant de la Rochelle
, & Rouillé- d'Orfeuil , Intendant de Châlons
en Champagne , furent préfentés le 22 au
Roi par le Sieur de l'Averdy , Contrôleur -Gé
néral des Finances. Le même jour la Marquife
de Maulde fut auffi préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , par la Comteſſe de
Maulde .
Le 28 , Leopold- Charles de Choiſeul , Arche
vêque de Cambrai , a prêté ferment de fidélité
entre les mains du Roi.
ג
Le
23 , le
Comte
de
Woronzow
Grand
Chancelier
de
Ruffie
, a été
préſenté
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
.
Le 29 , le fieur de Maupeou , fils du Premier
Préfident du Parlement de Paris , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi par fon Père , &
a remercié Sa Majefté de l'agrément qu'elle a
bien voulu lui accorder pour une Charge de
Confeiller au même Parlement , & pour celle
de Préfident à Mortier dont fon Père étoit revêtu.
mois ,
Le Marquis de Paulmy , Miniftre & ci-devant
Secrétaire d'Etat , ayant le Département de la
Guerre , Ambaffadeur du Roi auprès de la République
de Pologne , arriva ici le 6 de ce
& fut préſenté par le Duc de Praſlin .
Le Cardinal de Bernis a prêté ferment ,
9 , entre les mains du Roi , dans la Chapelle
du Château , pour l'Archevêché d'Alby . Il s'étoit
rendu , le 3 de ce mois , à Sens où il a
été facré dans la Cathédrale par le Cardinal
le
142 MERCURE DE FRANCE.
de Laynes qui avoit pour Alliſtans l'Evêque
d'Auxerre & celui de Béziers .
Le Sieur Turgot , Préfident à Mortier au Parlement
de Paris , ayant donné la démiffion de
fa Charge , le Roi vient d'y nommer le Sieur
Peletier de S. Fargeau , Avocat Général dudit
Parlement , dont la Place a été donnée au Sieur
Barentin . Le Sieur le Peletier de S. Fargeau &
le Sieur Barentin ont eu l'honneur d'erre préfentés
, à cette occafion , à Sa Majeſté.
Le fieur de Lamoignon de Montrevault ayant
donné fa démiffion de la Charge de Préfident
à Mortier du Parlement de Paris , le Roi y a
nommé le fieur de Gourgue , qui , à cette occafion
, a eu l'honneur d'être préfenté , le 8
à Sa Majesté.
Le 7 , le Sieur Mathieu , Principal du Collége
Royal de cette Ville , a eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfeigneur le Dauphin ,
à Monfeigneur le Duc de Berry & à Monfeigneur
le Comte de Provence le Programme
de l'exercice qui s'eft fait le 9 dans lédit Collége
pour la diftribution folemnelle des Prix
accordés par Sa Majesté. Monfeigneur le Due
de Berry en a accordé un particulier au fieur
Herbet qui a foutenu l'exercice.
Le Roi a accordé au Duc de Trefmes &
au Comte de Guerchy les entrées du Ca
binet.
Sa Majesté à donné l'Abbaye de S. Méen
Ordre de S. Benoît , Diocéfe de S. Malo , à
l'Abbé de Moftueges , Sous- Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye Régulière & Elective
de S. Nicolas d'Arrouaize , Ordre de S. Auguftin
, Diocéfe d'Arras , à Don Floride Tabary ,
Religieux de la même Abbaye ; & celle de Bon
N
NOVEM BR E. 1764 . 143
deville , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Rouen ,
à la Dame de Fontenailles , Religieufe de l'Abbaye
de Bonlieu , même Ordre , Diocéfe du
Mans.
La Reine donna , le 4 de ce mois , le voile
noir à deux Religieufes Carmelites ; la Cérémonie
en fut faite par le Cardinal de Rochechouart.
Le Père Celaire , Carme Déchauffé
prêcha , à cette occaſion en préfence de la
Reine.
•
Le Sieur Maliffet , Munitionnaire chargé de
la fourniture du pain pour les Troupes duCamp
de Compiegne & de l'approvisionnement de
Paris , fe tranſporta , le 22 du mois dernier
au Camp du Régiment de la Reine , Cavalerie
, en conféquence des ordres du Duc de Choi
feul , & eut l'honneur de préfenter au Roi ,
après la revue , le pain qu'il avoit fait fuivant
la nouvelle méthode qu'il a imaginée. Sa Majeſté
en fit Elle-même l'eſſai , ainfi que les Princes
qui l'accompagnoient , & en parut fatisfaite.
Les Troupes auxquelles il a été diftribué , l'ont
trouvé très- bon . On donnera bientôt au Public
la coupe des différens moulins néceffaires
pour la nouvelle mouture que le feur Maliffer
emploie & par laquelle on gagne un fixiéme
fur le produit du grain , en même temps
qu'on donne au pain une qualité fupérieure
non feulement pour le goût , mais même pour
la couleur.
:
L'Evêque de S. Omer a donné le Pallium à
l'Archevêque Duc de Cambrai cette Cérémo
nie s'eft faite dans la Chapelle des Dames de la
Congrégation de cette Ville , le 4 de ce mois.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monseigneur
le Comte de Provence font partis d'ici le 13
144 MERCURE DE FRANCE.
pour retourner à Versailles . Le Roi le propoſe
de partir demain pour le rendre à S. Ouen
où Sa Majefté foupera avec Monfeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine , Madame Adélaïde
, & Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe
qui s'y rendront auffi ; le foir , Sa Majesté ira
coucher au Château de la Muette , d'où Elle
partira le lendemain pour le rendre à Verſailles
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame Adélaïde , Mefdames
Victoire , Sophie & Louife. La Reine quittera
cette Ville le 17 pour retourner à Verſailles.
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Résumé : De COMPIEGNE, le 15 Août 1764.
Du 15 au 25 août 1764, plusieurs régiments de l'armée française, incluant ceux de la Marine, de l'Infanterie, de la Cavalerie, ainsi que la Brigade de l'Artillerie, se sont rassemblés à Compiègne. Le 15 août, Leurs Majestés et la Famille Royale ont assisté à des exercices militaires au Camp de l'Artillerie. La Brigade a exécuté divers exercices, tels que le tir des bombes, des obus et du canon, sous le regard satisfait du Roi. Le 17 août, le Roi et la Reine ont de nouveau assisté à des exercices de l'Artillerie. Le 18 août, ils ont observé des manœuvres de la Cavalerie. Le 22 août, le Régiment de la Marine a exécuté des exercices devant le Roi. Après ces démonstrations, les différents corps ont quitté Compiègne pour rejoindre leurs destinations respectives. Le Roi a exprimé son intention de faire venir chaque année les différentes parties de ses troupes pour vérifier l'exécution de ses ordonnances. Plusieurs nominations et présentations ont eu lieu, notamment celle du Sieur de Monthyon au poste de Président du Grand Conseil, du Comte de Guerchy comme Ambassadeur auprès du Roi de Grande-Bretagne, et de divers intendants. Le Cardinal de Bernis a prêté serment pour l'Archevêché d'Alby. Le Roi a également accordé diverses abbayes et charges, et la Reine a donné le voile noir à deux religieuses carmélites. Le Sieur Maliffet a présenté une nouvelle méthode de fabrication du pain, approuvée par le Roi et les Princes. L'Évêque de Saint-Omer a remis le Pallium à l'Archevêque de Cambrai. Enfin, la Famille Royale a quitté Compiègne pour retourner à Versailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1498
p. 146
De WARSOVIE, le 20 Août 1764.
Début :
La Confédération formée à Hallicz par le Comte Potocki, ancien [...]
Mots clefs :
Confédération, Comte, Attaque, Troupes, Prince, Combat, Commandant russe, Forteresse, Prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 20 Août 1764.
De WARSOVIE , le 20 Août 1764.
La Confédération formée à Hallicz par le
Comte Potocki , ancien Caſtellan de Lubackow ,
réuni à trois autres jeunes Potocki , a été attaquée
par les Troupes Rufles du Corps du Prince d'Afchow
fous Stonifla wow , Fortereffe appartenante
à la Maifon de Potocki. Les Confédérés , après
un combat très-vif , dans lequel il y a eu des
morts & des bleffés de part & d'autre , ont été
forcés de fe retirer dans la ville . Le Commandant
Ruffe les ayant fommés de fe rendre , ils ont
répondu qu'ils étoient difpofés à capituler , à
condition qu'ils refteroient neutres , qu'ils n'agiroient
point pendant tout le refte de l'interrégne ,
& qu'ils auroient la liberté de fe retirer chacun de
leur côté avec leurs Troupes refpectives . Sur ces
entrefaites le Général Branicki , Starofte de Hallicz
, ayant formé une Confédération contraire
dans ce même Canton , eft furvenu & a prétendu
que le Commandant Ruffe n'avoit pas de pouvoir
pour accorder une pareille Capitulation , & qu'il
n'avoit pas dû traiter avec les Chefs du Parti
contraire ; en confequence , il a annullé tout ce
qui a été fait , & a éxigé que les Confédérés
remiffent la Place & fe rendillent à difcrétion .
Ainfi ces quatre Seigneurs ont été faits priſonniers
avec leurs Troupes , & la Confédération de
Hallicz a été difperfée . On a trouvé dans la For
tereffe quarante-deux pièces de canon .
La Confédération formée à Hallicz par le
Comte Potocki , ancien Caſtellan de Lubackow ,
réuni à trois autres jeunes Potocki , a été attaquée
par les Troupes Rufles du Corps du Prince d'Afchow
fous Stonifla wow , Fortereffe appartenante
à la Maifon de Potocki. Les Confédérés , après
un combat très-vif , dans lequel il y a eu des
morts & des bleffés de part & d'autre , ont été
forcés de fe retirer dans la ville . Le Commandant
Ruffe les ayant fommés de fe rendre , ils ont
répondu qu'ils étoient difpofés à capituler , à
condition qu'ils refteroient neutres , qu'ils n'agiroient
point pendant tout le refte de l'interrégne ,
& qu'ils auroient la liberté de fe retirer chacun de
leur côté avec leurs Troupes refpectives . Sur ces
entrefaites le Général Branicki , Starofte de Hallicz
, ayant formé une Confédération contraire
dans ce même Canton , eft furvenu & a prétendu
que le Commandant Ruffe n'avoit pas de pouvoir
pour accorder une pareille Capitulation , & qu'il
n'avoit pas dû traiter avec les Chefs du Parti
contraire ; en confequence , il a annullé tout ce
qui a été fait , & a éxigé que les Confédérés
remiffent la Place & fe rendillent à difcrétion .
Ainfi ces quatre Seigneurs ont été faits priſonniers
avec leurs Troupes , & la Confédération de
Hallicz a été difperfée . On a trouvé dans la For
tereffe quarante-deux pièces de canon .
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Résumé : De WARSOVIE, le 20 Août 1764.
Le 20 août 1764, à Varsovie, une confédération dirigée par le comte Potocki et réunissant trois autres jeunes Potocki a été attaquée par les troupes russes du prince d'Afchow à Stonifla, une forteresse appartenant à la maison de Potocki. Après un combat intense, les confédérés se sont retirés dans la ville. Le commandant russe leur a ordonné de se rendre, et ils ont accepté de capituler à condition de rester neutres et de pouvoir se retirer avec leurs troupes respectives. Cependant, le général Branicki, staroste de Hallicz, a formé une confédération contraire et a annulé la capitulation, exigeant la reddition des confédérés. Ces derniers ont été faits prisonniers, et la confédération de Hallicz a été dissoute. Quarante-deux pièces de canon ont été trouvées dans la forteresse.
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1499
p. *150-150
De GENES, le 18 Août 1764.
Début :
On a appris de Corse que Pascal Paoli s'étoit rendu maître [...]
Mots clefs :
Corse, Pascal de Paoli, Poste, Rebelles, Trahison, Troupes, Escarmouche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 18 Août 1764.
De GENES , le 18 Août 1764.
On a appris de Corfe que Pafcal Paoli s'étoit
renda maître du Pofte de Brando , qui lui a
été livré par trahifon , & où il a fait quelques
prifonniers. Comme les Rebelles s'approchent
toujours plus près de la Baftie , le Commiffaire
Général de la République a réfolu de faire évacuer
le Pofte des Capucins , fitué près de ladite Ville ,
pour ne pas expofer les Troupes qui y font à
être enlevées par les Rebelles . Il y a eu près
d'Algaiola , entre nos Troupes & les Rebelles
une efcarmouche dans laquelle ces derniers nous
ont fait dix prifonniers ; ils continuent toujours
de bloquer S. Florent par terre & par mer.
On a appris de Corfe que Pafcal Paoli s'étoit
renda maître du Pofte de Brando , qui lui a
été livré par trahifon , & où il a fait quelques
prifonniers. Comme les Rebelles s'approchent
toujours plus près de la Baftie , le Commiffaire
Général de la République a réfolu de faire évacuer
le Pofte des Capucins , fitué près de ladite Ville ,
pour ne pas expofer les Troupes qui y font à
être enlevées par les Rebelles . Il y a eu près
d'Algaiola , entre nos Troupes & les Rebelles
une efcarmouche dans laquelle ces derniers nous
ont fait dix prifonniers ; ils continuent toujours
de bloquer S. Florent par terre & par mer.
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Résumé : De GENES, le 18 Août 1764.
Le 18 août 1764, Pascal Paoli prend le poste de Brando par trahison et fait des prisonniers. Les rebelles approchent de la Bastie, menant à l'évacuation du poste des Capucins. Près d'Algaiola, une escarmouche entraîne la capture de dix prisonniers. Les rebelles maintiennent le blocus de Saint-Florent par terre et par mer.
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1500
p. 162-167
De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Début :
Les circonstances de l'événement qui s'est passé dans la Forteresse [...]
Mots clefs :
Forteresse, Décès, Prince, Impératrice, Manifeste, Catherine II, Sujets, Couronne, Décrets, Héritière, Légitime, Actions justes, Compassion, Caractère, Officiers, Trouble, Récompense, Scélérat, Serment de fidélité, Patrie, Attaque, Providence, Ennemis, Révolte, Commandant, Crime, Lieutenant, Synode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
De PETERSBOURG , le 28 Août 1764.
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Le 28 août 1764, Catherine II publie un manifeste concernant la mort du Prince Iwan, également connu sous le nom de Prince Jean. À son avènement, Catherine apprend que le Prince Jean, fils du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel et de la Princesse Anne de Mecklenbourg, avait été illégitimement désigné pour porter la Couronne Impériale de Russie, mais avait été exclu par la Providence. Le sceptre revint alors à Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Catherine décide d'adoucir le sort du Prince Jean, qu'elle trouve dépourvu d'esprit et de raison. Elle lui assure une vie tranquille et lui attribue une garde sûre composée du Capitaine Wlassieff et du Lieutenant Tischekin. Malgré ces précautions, un sous-lieutenant du régiment de Smolensko, Basile Miranowitz, tente de s'emparer du Prince pour faire fortune. Lors de cette tentative, les officiers préfèrent tuer le Prince pour éviter un bain de sang. Miranowitz, face au corps sans vie du Prince, reconnaît son erreur et se repent. Les officiers rétablissent l'ordre et informent le Sénateur Panin. Catherine ordonne une enquête dirigée par le Lieutenant-Général Weymarn, qui remet les preuves et les aveux du scélérat. L'affaire est ensuite confiée au Sénat et au Synode pour jugement selon les lois de l'Empire.
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