Résultats : 2 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 123-142
A MONSIEUR ***
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre sur les Maladies / Il est vray, Monsieur, que tout le monde voit avec peine [...]
Mots clefs :
Air, Maladies, Année, Terre, Homère, Pluie, Humidité de l'air, Canicule, Printemps, Corps, Chaleurs, Cause, Pluies, Hiver, Malades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR ***
Il m'eft tombé entre les
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
Fermer
2
p. 210-211
A CAYENNE, le 14 Juillet 1763.
Début :
MON cher frère, je t'écris à la hâte notre arrivée dans le pays. Il y a quelques [...]
Mots clefs :
Pays, Fruits, Figures, Chaleurs, Frère, Sucre, Tortues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CAYENNE, le 14 Juillet 1763.
A CAYENNE , le 14 Juillet 1763.
*
MON ON cher frère , je t'écris à la hâte
notre arrivée dans le pays. Il y a quelques
jours que nous y fommes arrivés
en bonne fanté..... J'ai mangé du gibier,"
du poiffon & des fruits du pays. On
ne fçauroit trop fe louer de M. de
Présfontaine. Ses fruits, fon fucre , les
beftiaux, tout y va ; il nous a acheté aujourd'hui
trois ou quatre tortues. Nous
aurons des Mouftiquiéres , ce font des
rideaux de gaze pour fe préferver des
mouches nommées Mouftiques. J'ai
dans un flacon de l'eau de Ste Luce qui
eft fouveraine contre la morfure des
ferpens , & j'ai outre cela un bon fabre
, ainfi tu ne dois avoir aucune inquiétude.
Le pays où nous allons eft
délicieux. Les vivres , le gibier , les bef
tiaux , les légumes , le poiffon , les fruits,
tout y abonde. Il y a une Miffion de
Jéfuites qui pous y procurera de gran-
* Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Commandant de la nouvelle Colonie. Il eſt
parti avec les deux Vaiſſeaux de la rade de Ro
chefort le 17 Mai.
OCTOBRE. 1763.
211
des facilités . J'ai déja vu beaucoup
d'Indiens : tu fçais qu'ils ont le corps
& les cheveux frottés de Roucou ; mais
de plus il fe deffinent des Fleurs- de-Lys
& d'autres figures fur le vifage , avec
une teinte beaucoup plus forte que celle
qu'ils ont fur le refte du corps . M.
de Présfontaine eft très-aimé de tous ces
gens- là . Nous avons été témoins de la
furpriſe d'un Indien qui ne le connoiffoit
que de nom . Dès qu'il s'eft nommé , l'In-
» dien lui a dit » Ah ! toi Présfontaine ?
» toi Banari ! ..... Les chaleurs font
» fupportables , & la faifon des pluyes
» eft paffée. Adieu ; une autre fois je t'en
» écrirai davantage. » Je fuis ton frère
"
L
MENTELLE , Ingenieur Géographe du Rof.
*
MON ON cher frère , je t'écris à la hâte
notre arrivée dans le pays. Il y a quelques
jours que nous y fommes arrivés
en bonne fanté..... J'ai mangé du gibier,"
du poiffon & des fruits du pays. On
ne fçauroit trop fe louer de M. de
Présfontaine. Ses fruits, fon fucre , les
beftiaux, tout y va ; il nous a acheté aujourd'hui
trois ou quatre tortues. Nous
aurons des Mouftiquiéres , ce font des
rideaux de gaze pour fe préferver des
mouches nommées Mouftiques. J'ai
dans un flacon de l'eau de Ste Luce qui
eft fouveraine contre la morfure des
ferpens , & j'ai outre cela un bon fabre
, ainfi tu ne dois avoir aucune inquiétude.
Le pays où nous allons eft
délicieux. Les vivres , le gibier , les bef
tiaux , les légumes , le poiffon , les fruits,
tout y abonde. Il y a une Miffion de
Jéfuites qui pous y procurera de gran-
* Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
& Commandant de la nouvelle Colonie. Il eſt
parti avec les deux Vaiſſeaux de la rade de Ro
chefort le 17 Mai.
OCTOBRE. 1763.
211
des facilités . J'ai déja vu beaucoup
d'Indiens : tu fçais qu'ils ont le corps
& les cheveux frottés de Roucou ; mais
de plus il fe deffinent des Fleurs- de-Lys
& d'autres figures fur le vifage , avec
une teinte beaucoup plus forte que celle
qu'ils ont fur le refte du corps . M.
de Présfontaine eft très-aimé de tous ces
gens- là . Nous avons été témoins de la
furpriſe d'un Indien qui ne le connoiffoit
que de nom . Dès qu'il s'eft nommé , l'In-
» dien lui a dit » Ah ! toi Présfontaine ?
» toi Banari ! ..... Les chaleurs font
» fupportables , & la faifon des pluyes
» eft paffée. Adieu ; une autre fois je t'en
» écrirai davantage. » Je fuis ton frère
"
L
MENTELLE , Ingenieur Géographe du Rof.
Fermer