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1
p. 72-82
DIALOGUE entre ALCINOUS & un FINANCIER.
Début :
LE FINANCIER. AVOUEZ que vous futes heureux qu'Homère ait daigné chanter votre prétendue [...]
Mots clefs :
Financier, Terre, Richesses, Femmes, Accord, Ordre primitif, Uniforme, Variée, Artistes
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre ALCINOUS & un FINANCIER.
DIA LOGUE entre ALCINOUS & un
FINANCIER.
LE FINANCIER.
Ανοι
T
VOUEZ que vous futes heureux
qu'Homère ait daigné chanter votre prétendue
magnificence ?
ALCINOUS.
Que fignifie ce langage ! N'ai- je pas
été le Prince le plus magnifique de mon
temps ?
LE FINANCIER.
Il falloit être auffi pauvre qu'un Roi
d'Itaque pour admirer d'auffi minces richeffes.
ALCINO US.
Qui donc êtes -vous , pour en parler
ainfi futes- vous Roi de Memphis , ou
de Babylone ?
LE FINANCIER .
Je ne fus que l'un des Receveurs d'un
Monarque
I
M A I. 1763. 73
Monarque dont la demeure pourroit à
jufte titre émerveiller plus d'un Ulyſſe,
& les vertus occuper lus d'un Homère. }
ALCINOU S.
Quoi ? un Traitant ( car je crois que
c'est là le mot ) ofera faire affaut de
luxe avec moi ?
LE FINANCIER.
Mon cher Souverain de Phéacie ( car
vous fçavez qu'ici l'on fe parle fans façon
) apprenez que le moindre de ces
Traitans peut furpaffer en richeſſes un
Roi des temps héroïques .
ALCINO U S.
Voilà un grand mot qui fort de votre
bouche... Connoiffez vous bien les tems
dont vous parlez ? Homère lui - même
vous eft-il bien connu ? Il me femble
que vos prédéceffeurs ne fçavoient que
chiffrer.
LE FINANCIER.
Tout change d'un fiécle à l'autre. Aujourd'hui
plufieurs de mes pareils peuvent
lire Homère dans fa langue. D'autres
même compofent dans la leur des
ouvrages qu'ils ne donneroient pas
pour Iliade & Odyffée.
ALCINO U S.
Ils ont donc admiré , ainſi que vous,
ces portes , ces chambranles , ces an-
D
74 MERCURE DE FRANCE .
neaux , ces chiens , ces efclaves d'or &
d'argent , & tant d'autres merveilles
qu'Homère dit avoir décoré mon Palais.
LE FINANCIER .
Je ne vois dans toutes ces chofes , que
de l'or en barre & en maffe ; genre de
fpectacle où un Financier pourroit l'emporter
fur plus d'un Potentat. La vraie
magnificence ne confifte point dans ce
vain étalage ; mais bien à prodiguer
l'or pour acquérir certains ornemens de
caprice.
ALCINOUS.
Eh , quels ornemens ?
LE
FINANCIER.
Par exemple, des Vafes , des Pagodes,
des Magots , des Peintures , & c.
ALCINO u s.
J'entends. C'eſt- à- dire qu'il n'éxiſte
parmi vous ni arts ni induſtrie , & que
c'eft un tribut que vous payez à celle
des Chinois .
LE FINANCIER .
C'est tout le contraire. Nos Artiſtes
produifent des chefs- d'oeuvres qu'on admire
en paffant , felon l'ufage. De plus ,
ma Nation eft affez fertile en productions
fantaftiques pour ruiner toutes les
Nations de l'Europe & de l'Afie ce
qui lui réuffit à l'égard de quelquesM
A I. 1763. 73
unes. Quant à elle , fa méthode eft de
rendre cette efpéce de tribut aux Chinois,
qui jufqu'à préfent ont eu celle
de ne le rendre à perfonne.
ALCINO U S.
Ce trait feul fait leur éloge : ils s'en
tiennent au folide , & ma conduite fut
leur exemple. Mes richeffes étoient des
richeffes réelles.
LE FINANCIER.
Peut-être le bon Homère en parle-t-il
un peu en aveugle . Autrement vous
euffiez bien fait de fubftituer à vos efclaves
, des efclaves naturels qui euffent
épargné à la Princeffe votre fille le foin
de laver elle- même fes robes & celles
de fes frères .
ALCINOUS.
Quoi ? vos femmes ne prennent- elles
pas le même foin ?
LE FINANCIER .
Les esclaves de leurs efclaves dédaigneroient
de le prendre. J'aime auffi
beaucoup à voir la Reine , votre augufte
épouſe , filer fa quenouille depuis le
point du jour jufques long-temps après
Îe crépuscule.
ALCINOUS.
Ne faut-il pas qu'une femme s'occLE
pe ?
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
LE FINANCIER .
Oh , les nôtres ne font pas inutiles.
ALCINO US.
Apparemment que leurs travaux font
plus importans que ceux qui captivoient
ma chère Areté.
LE FINANCIER .
N'en doutez pas . Ce font elles qui
repréfentent , qui tiennent le jeu , la
table & le peu de converfation qui eft
aujourd'hui d'ufage. De là , elles vont
fe montrer au Spectacle , y faire des
noeuds , juger la Piéce , protéger ou
dénigrer l'Auteur. Ce font elles auffi
qui difpenfent aux gens de Lettres les
fortunes , les honneurs , les réputations ,
le rang , l'eftime & jufqu'au ridicule.
ALCINOU s .
Leur crédit fut moins étendu parmi
nous. J'eus cependant beaucoup d'égards
pour ma chère Areté , qui eut
pour moi celui de n'en abuſer jamais.
LE FINANCIER.
,
De quoi pouvoit abuſer une Reine
dont la fonction journalière étoit de filer
? Vous-même , quels pouvoient être
vos plaifirs.
ALCINOUS .
J'en eus de plus d'une efpéce. J'aimai
la bonne chère , la mufique , la
M A 1. 1763. 77
danfe. Homère a dû vous inftruire de
mes goûts. Ne me repréfente-t il pas
quelque part , affis à table comme un
Dieu?
LE FINANCIER .
Il me femble que les repas de l'Olympe
durent être différens des vôtres ; ou
Comus , à coup fûr , étoit mauvais cuifinier.
ALCINOUS.
Quoi done ? n'ai -je pas traité fplendi
dement le fage Ulyffe , mon hôte ?
LE FINANCIER.
Ulyffe trouva chez vous de quoi affouvir
fa faim dévorante . Lui-même
n'étoit pas accoutumé à des feftins plus
délicats . Mais quel eft le fou -traitant ,
qui voudroit s'accommoder de pareils
mets ? Le dos d'un boeuf , d'un veau ,
d'un mouton
, d'un porc , fervi tout
entier devant un convive n'étoit- il
pas bien propre à ranimer fon appétit
?
ALCINOUS.
Eh , qu'euffiez-vous donc fervi au Roi
d'Itaque ?
LE FINANCIER .
Ce qu'on peut décemment offrir à
un honnête homme ; c'eft-à-dire quelques
mets légers. & piquans ; tels qu'u-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
ne aîle de faifan , ou de perdrix , tant
foit peu du rable ou du ventre d'un
liévre , quelques poiffons rares , quelques
menus entremets , & c . Que n'aije
ici le Dictionnaire de Cuifine , les
Dons de Comus , le Cuifinier François ,
& tant d'autres ouvrages effentiels compofés
fur cette matière difficile & inépuifable
! vous verriez ....
ALCINOUS.
Quoi , l'on s'amufe chez vous à écrire.
fur un pareil fujer ?
LE FINANCIER.
Voilà une queftion bien digne d'un
Roi , qui fut , comme un fimple Contrôleur
de nos Fermes , borné à une
fimple cuifinière ! Apprenez que nous
avons plus d'écrits fur la cuifine , qu'il
n'y en eut de votre temps
fur toutes les
autres matières enfemble. Mais revenons
à notre objet. Il me femble qu'on
ne fervoit même dans vos grands repas ,
que d'une feule efpéce de vin ?
ALCINO U S.
N'étoit- ce pas affez ? Nous buvions
d'excellent vin grec ; vin dont quelques
rafades fans eau , fuffifoient pour enyvrer
un Polypheme.
LE FINANCIER .
Ce vin- là nous eft connu , & nous
MA I. 1763. 79
en ufons parce qu'il vient d'outre - mer.
Mais que je vous plains de n'avoir jamais
goûté ni du Bourgogne , ni du
Champagne , ni du Grave , ni du Tocai
, ni du Malaga , ni du...
ALCINO US.
Arrêtez ! cette énumération devient
fuperflue. Je n'ai
pas même connu de
nom ces vins que vous citez , & je
doute qu'aucun d'eux l'eût emporté fur
grec.
mon vin
LE FINANCIER .
J'oubliois les liqueurs , autre avantage
précieux que vous ne connûtes jamais..
Ces liqueurs & la plûpart de ces vins font,
pour l'ordinaire , verfés par les femmes ,
par les femmes toujours charmantes vers
la fin d'un repas , & que vous aviez la
mal-adreffe d'éloigner des vôtres.
ALCINO U S.
En revanche , nous les chargions de
certains emplois qui n'étoient pas fans
agrément pour elles & pour nous. C'étoient
elles qui ....
LE FINANCIER .
Je fcais en quoi confiftoient ces fonctions
, & j'avoue qu'elles avoient leur
mérite. Mais en être réduit au feul vin
grec !...
D iv
80 MERCURE DE FRANCE .
ALCINOUS.
Hé bien ! je vous paffe cet article. Il
m'en reste affez d'autres à faire valoir.
Parlons d'abord du divin chantre Démodocus
, lui qui marioit fi ingénieuſement
fa lyre avec fa voix . Je doute que
vous ayez connu cette heureuſe manière
d'égayer un repas.
LE
FINANCIER .
Il faut , mon Prince , vous réfoudre
à cliffer fur cet article comme fur les
précédens . Votre mufique fut auffi uniforme
que votre cuiſine & votre cellier.
La nôtre , au contraire , fut auffi variée
que nos mets & nos vins. Il nous faut
un concert complet , & non la fimple
voix d'un homme & le fimple fon d'une
lyre , fuffent-ils même divins , à la manière
de votre temps.
ALCINOUS.
Je vois qu'il vous faut de la profufion
partout. Mais que pourrez-vous oppofer
à la grandeur , à la beauté de mes
jardins ? Vous favez avec quel enthoufiafme
Homère en parle.
LE FINANCIER.
Souvenez-vous bien qu'ils n'étoient
peuplés que d'arbres à fruits , & qu'une
pareille décoration eft ignoble
.
MA I. 1763.
81
ALCINOUS.
Comment ! vous m'étonnez . De quels
arbres voudriez -vous donc faire uſage ?
Eft-il naturel de cultiver ceux qui ne
produisent rien ?
LE FINANCIER.
Ce qui eft fi naturel , eft rarement
digne qu'on s'en occupe . Il faut du fingulier
, du piquant. Il faut dérober au
foleil l'afpect de la terre , & ne laiſſer
à la terre même qu'une fécondité ſtérile .
Autrement votre parc & l'enclos de votre
Jardinier , feront abfolument femblables.
J'ai , moi qui vous parle , arraché
au domaine de Cérès , plus de terrain
que fon Triptoleme n'en eût
pu culfiver
en un an .
ALCINOUS.
Voilà une fingulière manie ! Mais du
moins aurez -vous refpecté l'ordre primitif
des chofes ; laiffé couler une fontaine
, ferpenter un ruiffeau , fubfifter
une colline , un vallon , un bofquet comme
la nature l'avoit d'abord difpofé. En
un mot , l'art n'aura fait que la feconder
au lieu de l'anéantir.
LE FINANCIER
Au contraire , j'ai voulu qu'il la
domptât en tout point. J'ai parlé &
bientôt une terraffe a fuccédé à un val-
D.V
82 MERCURE DE FRANCE.
lon , un baffin à une colline , le gazon
au gravier , le gravier au gazon , l'eau.
à la terre , la terre à l'eau ; en un mot
j'ai voulu être créateur & j'y ai réuffi .
Par-là , mon jardin eft devenu auffi
éxactement compaflé que les vers du
Poëte qui a chanté le vôtre.
ALCINO U S.
Je ne fçais , mais je préfume que cette
exacte fymétrie , eft auffi infipide en fait
de jardins qu'elle eft agréable en fait de
vers.
LE FINANCIER .
Il me femble que nous vifons fort
nous trouver d'accord.
peu à
ALGINO U S.,
J'avoue que cet accord me paroît difficile.
LE FINANCIER .
Effayons toutefois de nous rappro
cher. Je vous laiffe juge de la question ;:
mais foyez fincère.
ALCINO U S.
Je le ferai , & voici ma déciſion.
Peut-être de mon temps fuivions- nous
la nature de trop près ; mais à coup für
vous vous en êtes trop éloignés.
Par M. DE LA DIXmerie,
FINANCIER.
LE FINANCIER.
Ανοι
T
VOUEZ que vous futes heureux
qu'Homère ait daigné chanter votre prétendue
magnificence ?
ALCINOUS.
Que fignifie ce langage ! N'ai- je pas
été le Prince le plus magnifique de mon
temps ?
LE FINANCIER.
Il falloit être auffi pauvre qu'un Roi
d'Itaque pour admirer d'auffi minces richeffes.
ALCINO US.
Qui donc êtes -vous , pour en parler
ainfi futes- vous Roi de Memphis , ou
de Babylone ?
LE FINANCIER .
Je ne fus que l'un des Receveurs d'un
Monarque
I
M A I. 1763. 73
Monarque dont la demeure pourroit à
jufte titre émerveiller plus d'un Ulyſſe,
& les vertus occuper lus d'un Homère. }
ALCINOU S.
Quoi ? un Traitant ( car je crois que
c'est là le mot ) ofera faire affaut de
luxe avec moi ?
LE FINANCIER.
Mon cher Souverain de Phéacie ( car
vous fçavez qu'ici l'on fe parle fans façon
) apprenez que le moindre de ces
Traitans peut furpaffer en richeſſes un
Roi des temps héroïques .
ALCINO U S.
Voilà un grand mot qui fort de votre
bouche... Connoiffez vous bien les tems
dont vous parlez ? Homère lui - même
vous eft-il bien connu ? Il me femble
que vos prédéceffeurs ne fçavoient que
chiffrer.
LE FINANCIER.
Tout change d'un fiécle à l'autre. Aujourd'hui
plufieurs de mes pareils peuvent
lire Homère dans fa langue. D'autres
même compofent dans la leur des
ouvrages qu'ils ne donneroient pas
pour Iliade & Odyffée.
ALCINO U S.
Ils ont donc admiré , ainſi que vous,
ces portes , ces chambranles , ces an-
D
74 MERCURE DE FRANCE .
neaux , ces chiens , ces efclaves d'or &
d'argent , & tant d'autres merveilles
qu'Homère dit avoir décoré mon Palais.
LE FINANCIER .
Je ne vois dans toutes ces chofes , que
de l'or en barre & en maffe ; genre de
fpectacle où un Financier pourroit l'emporter
fur plus d'un Potentat. La vraie
magnificence ne confifte point dans ce
vain étalage ; mais bien à prodiguer
l'or pour acquérir certains ornemens de
caprice.
ALCINOUS.
Eh , quels ornemens ?
LE
FINANCIER.
Par exemple, des Vafes , des Pagodes,
des Magots , des Peintures , & c.
ALCINO u s.
J'entends. C'eſt- à- dire qu'il n'éxiſte
parmi vous ni arts ni induſtrie , & que
c'eft un tribut que vous payez à celle
des Chinois .
LE FINANCIER .
C'est tout le contraire. Nos Artiſtes
produifent des chefs- d'oeuvres qu'on admire
en paffant , felon l'ufage. De plus ,
ma Nation eft affez fertile en productions
fantaftiques pour ruiner toutes les
Nations de l'Europe & de l'Afie ce
qui lui réuffit à l'égard de quelquesM
A I. 1763. 73
unes. Quant à elle , fa méthode eft de
rendre cette efpéce de tribut aux Chinois,
qui jufqu'à préfent ont eu celle
de ne le rendre à perfonne.
ALCINO U S.
Ce trait feul fait leur éloge : ils s'en
tiennent au folide , & ma conduite fut
leur exemple. Mes richeffes étoient des
richeffes réelles.
LE FINANCIER.
Peut-être le bon Homère en parle-t-il
un peu en aveugle . Autrement vous
euffiez bien fait de fubftituer à vos efclaves
, des efclaves naturels qui euffent
épargné à la Princeffe votre fille le foin
de laver elle- même fes robes & celles
de fes frères .
ALCINOUS.
Quoi ? vos femmes ne prennent- elles
pas le même foin ?
LE FINANCIER .
Les esclaves de leurs efclaves dédaigneroient
de le prendre. J'aime auffi
beaucoup à voir la Reine , votre augufte
épouſe , filer fa quenouille depuis le
point du jour jufques long-temps après
Îe crépuscule.
ALCINOUS.
Ne faut-il pas qu'une femme s'occLE
pe ?
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
LE FINANCIER .
Oh , les nôtres ne font pas inutiles.
ALCINO US.
Apparemment que leurs travaux font
plus importans que ceux qui captivoient
ma chère Areté.
LE FINANCIER .
N'en doutez pas . Ce font elles qui
repréfentent , qui tiennent le jeu , la
table & le peu de converfation qui eft
aujourd'hui d'ufage. De là , elles vont
fe montrer au Spectacle , y faire des
noeuds , juger la Piéce , protéger ou
dénigrer l'Auteur. Ce font elles auffi
qui difpenfent aux gens de Lettres les
fortunes , les honneurs , les réputations ,
le rang , l'eftime & jufqu'au ridicule.
ALCINOU s .
Leur crédit fut moins étendu parmi
nous. J'eus cependant beaucoup d'égards
pour ma chère Areté , qui eut
pour moi celui de n'en abuſer jamais.
LE FINANCIER.
,
De quoi pouvoit abuſer une Reine
dont la fonction journalière étoit de filer
? Vous-même , quels pouvoient être
vos plaifirs.
ALCINOUS .
J'en eus de plus d'une efpéce. J'aimai
la bonne chère , la mufique , la
M A 1. 1763. 77
danfe. Homère a dû vous inftruire de
mes goûts. Ne me repréfente-t il pas
quelque part , affis à table comme un
Dieu?
LE FINANCIER .
Il me femble que les repas de l'Olympe
durent être différens des vôtres ; ou
Comus , à coup fûr , étoit mauvais cuifinier.
ALCINOUS.
Quoi done ? n'ai -je pas traité fplendi
dement le fage Ulyffe , mon hôte ?
LE FINANCIER.
Ulyffe trouva chez vous de quoi affouvir
fa faim dévorante . Lui-même
n'étoit pas accoutumé à des feftins plus
délicats . Mais quel eft le fou -traitant ,
qui voudroit s'accommoder de pareils
mets ? Le dos d'un boeuf , d'un veau ,
d'un mouton
, d'un porc , fervi tout
entier devant un convive n'étoit- il
pas bien propre à ranimer fon appétit
?
ALCINOUS.
Eh , qu'euffiez-vous donc fervi au Roi
d'Itaque ?
LE FINANCIER .
Ce qu'on peut décemment offrir à
un honnête homme ; c'eft-à-dire quelques
mets légers. & piquans ; tels qu'u-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
ne aîle de faifan , ou de perdrix , tant
foit peu du rable ou du ventre d'un
liévre , quelques poiffons rares , quelques
menus entremets , & c . Que n'aije
ici le Dictionnaire de Cuifine , les
Dons de Comus , le Cuifinier François ,
& tant d'autres ouvrages effentiels compofés
fur cette matière difficile & inépuifable
! vous verriez ....
ALCINOUS.
Quoi , l'on s'amufe chez vous à écrire.
fur un pareil fujer ?
LE FINANCIER.
Voilà une queftion bien digne d'un
Roi , qui fut , comme un fimple Contrôleur
de nos Fermes , borné à une
fimple cuifinière ! Apprenez que nous
avons plus d'écrits fur la cuifine , qu'il
n'y en eut de votre temps
fur toutes les
autres matières enfemble. Mais revenons
à notre objet. Il me femble qu'on
ne fervoit même dans vos grands repas ,
que d'une feule efpéce de vin ?
ALCINO U S.
N'étoit- ce pas affez ? Nous buvions
d'excellent vin grec ; vin dont quelques
rafades fans eau , fuffifoient pour enyvrer
un Polypheme.
LE FINANCIER .
Ce vin- là nous eft connu , & nous
MA I. 1763. 79
en ufons parce qu'il vient d'outre - mer.
Mais que je vous plains de n'avoir jamais
goûté ni du Bourgogne , ni du
Champagne , ni du Grave , ni du Tocai
, ni du Malaga , ni du...
ALCINO US.
Arrêtez ! cette énumération devient
fuperflue. Je n'ai
pas même connu de
nom ces vins que vous citez , & je
doute qu'aucun d'eux l'eût emporté fur
grec.
mon vin
LE FINANCIER .
J'oubliois les liqueurs , autre avantage
précieux que vous ne connûtes jamais..
Ces liqueurs & la plûpart de ces vins font,
pour l'ordinaire , verfés par les femmes ,
par les femmes toujours charmantes vers
la fin d'un repas , & que vous aviez la
mal-adreffe d'éloigner des vôtres.
ALCINO U S.
En revanche , nous les chargions de
certains emplois qui n'étoient pas fans
agrément pour elles & pour nous. C'étoient
elles qui ....
LE FINANCIER .
Je fcais en quoi confiftoient ces fonctions
, & j'avoue qu'elles avoient leur
mérite. Mais en être réduit au feul vin
grec !...
D iv
80 MERCURE DE FRANCE .
ALCINOUS.
Hé bien ! je vous paffe cet article. Il
m'en reste affez d'autres à faire valoir.
Parlons d'abord du divin chantre Démodocus
, lui qui marioit fi ingénieuſement
fa lyre avec fa voix . Je doute que
vous ayez connu cette heureuſe manière
d'égayer un repas.
LE
FINANCIER .
Il faut , mon Prince , vous réfoudre
à cliffer fur cet article comme fur les
précédens . Votre mufique fut auffi uniforme
que votre cuiſine & votre cellier.
La nôtre , au contraire , fut auffi variée
que nos mets & nos vins. Il nous faut
un concert complet , & non la fimple
voix d'un homme & le fimple fon d'une
lyre , fuffent-ils même divins , à la manière
de votre temps.
ALCINOUS.
Je vois qu'il vous faut de la profufion
partout. Mais que pourrez-vous oppofer
à la grandeur , à la beauté de mes
jardins ? Vous favez avec quel enthoufiafme
Homère en parle.
LE FINANCIER.
Souvenez-vous bien qu'ils n'étoient
peuplés que d'arbres à fruits , & qu'une
pareille décoration eft ignoble
.
MA I. 1763.
81
ALCINOUS.
Comment ! vous m'étonnez . De quels
arbres voudriez -vous donc faire uſage ?
Eft-il naturel de cultiver ceux qui ne
produisent rien ?
LE FINANCIER.
Ce qui eft fi naturel , eft rarement
digne qu'on s'en occupe . Il faut du fingulier
, du piquant. Il faut dérober au
foleil l'afpect de la terre , & ne laiſſer
à la terre même qu'une fécondité ſtérile .
Autrement votre parc & l'enclos de votre
Jardinier , feront abfolument femblables.
J'ai , moi qui vous parle , arraché
au domaine de Cérès , plus de terrain
que fon Triptoleme n'en eût
pu culfiver
en un an .
ALCINOUS.
Voilà une fingulière manie ! Mais du
moins aurez -vous refpecté l'ordre primitif
des chofes ; laiffé couler une fontaine
, ferpenter un ruiffeau , fubfifter
une colline , un vallon , un bofquet comme
la nature l'avoit d'abord difpofé. En
un mot , l'art n'aura fait que la feconder
au lieu de l'anéantir.
LE FINANCIER
Au contraire , j'ai voulu qu'il la
domptât en tout point. J'ai parlé &
bientôt une terraffe a fuccédé à un val-
D.V
82 MERCURE DE FRANCE.
lon , un baffin à une colline , le gazon
au gravier , le gravier au gazon , l'eau.
à la terre , la terre à l'eau ; en un mot
j'ai voulu être créateur & j'y ai réuffi .
Par-là , mon jardin eft devenu auffi
éxactement compaflé que les vers du
Poëte qui a chanté le vôtre.
ALCINO U S.
Je ne fçais , mais je préfume que cette
exacte fymétrie , eft auffi infipide en fait
de jardins qu'elle eft agréable en fait de
vers.
LE FINANCIER .
Il me femble que nous vifons fort
nous trouver d'accord.
peu à
ALGINO U S.,
J'avoue que cet accord me paroît difficile.
LE FINANCIER .
Effayons toutefois de nous rappro
cher. Je vous laiffe juge de la question ;:
mais foyez fincère.
ALCINO U S.
Je le ferai , & voici ma déciſion.
Peut-être de mon temps fuivions- nous
la nature de trop près ; mais à coup für
vous vous en êtes trop éloignés.
Par M. DE LA DIXmerie,
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Résumé : DIALOGUE entre ALCINOUS & un FINANCIER.
Le dialogue oppose Alcinoüs, roi de Phéacie, et un financier contemporain. Alcinoüs se vante de sa magnificence et de ses richesses, telles que décrites par Homère, tandis que le financier minimise ces richesses en les comparant à celles des traitants modernes. Il affirme que les financiers d'aujourd'hui surpassent en richesse les rois des temps héroïques. Alcinoüs, sceptique, interroge le financier sur sa connaissance des temps anciens et d'Homère. Le financier répond que les temps changent et que les financiers modernes sont également lettrés. Alcinoüs mentionne les merveilles de son palais, ornées d'or et d'argent, que le financier réduit à de simples barres d'or. Le financier explique que la véritable magnificence réside dans l'acquisition d'objets de caprice, comme des vases, des pagodes et des peintures. Alcinoüs critique cette vision, estimant que les financiers dépendent des productions chinoises. Le financier rétorque que leur nation produit également des chefs-d'œuvre et ruine les autres nations par ses productions. Le dialogue aborde ensuite les rôles des femmes. Alcinoüs défend les tâches domestiques de sa femme et de sa fille, tandis que le financier décrit les femmes modernes comme des figures influentes dans la société, contrôlant les arts, les lettres et les spectacles. Alcinoüs admire la musique et la bonne chère, mais le financier trouve ses goûts trop simples, préférant des mets plus raffinés et variés. Le financier énumère également les vins et liqueurs modernes, inconnus d'Alcinoüs. Enfin, ils discutent de la musique et des jardins. Alcinoüs vante le chanteur Démodocus, mais le financier préfère les concerts complets. Alcinoüs admire ses jardins naturels, tandis que le financier préfère des jardins artificiels et symétriques. Le dialogue se termine sur un désaccord quant à la préférence pour la nature ou l'artifice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 195-200
« Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Début :
Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Assemblée, Ouvrages, Régiments, Gardes françaises, Services, Honneur, Officiers, Soldats, Ordonnance, Compagnies, Bataillons, Capitaines, Soldes, Uniforme, Règlement, Commandant, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
L, 24 Février, l'Académie Royale de Peinture ,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
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Résumé : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Le 24 février, l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a accueilli le sieur Prince, peintre de l'Impératrice de Russie, parmi les agrégés. Il a présenté quatre tableaux et plusieurs dessins, appréciés par les membres de l'Académie. Le sieur Brisson, de l'Académie Royale des Sciences, débutera un cours de physique expérimentale le 14 du mois suivant, les lundis, mercredis et vendredis au Collège de Navarre. Sa Majesté a exprimé sa satisfaction envers le Régiment des Gardes Françaises pour ses services distingués. Elle a décidé d'accorder une augmentation de traitement aux officiers et soldats, et a rendu une ordonnance le 29 janvier pour réorganiser le régiment. Ce dernier sera composé de trois compagnies de grenadiers et de trente compagnies de fusiliers, formant six bataillons. L'ordonnance précise la composition et les fonctions de chaque grade, ainsi que les conditions de service et les retraites. Les soldats ayant servi seize ans recevront la moitié de leur solde s'ils se retirent chez eux, tandis que ceux ayant servi vingt-quatre ans pourront choisir entre l'Hôtel des Invalides ou une retraite avec solde complète. Les traitements des officiers et soldats sont détaillés, et les capitaines seront déchargés du recrutement, remplacé par l'État-Major. Les nouvelles recrues devront avoir moins de vingt-cinq ans et une taille minimale de cinq pieds quatre pouces, avec un certificat de bonnes mœurs et de domicile. Le régiment continuera de jouir de ses anciens privilèges et prérogatives. Le 24 mars, le trente-huitième tirage de la Loterie de l'Hôtel de Ville a attribué un lot de cinquante mille livres au numéro 13765, un lot de vingt mille livres au numéro 13573, et deux lots de dix mille livres aux numéros 1891 et 12694. Le 5 mars, la Loterie de l'École Royale Militaire a également eu lieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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