Résultats : 21932 texte(s)
Détail
Liste
12451
p. 22-23
EPITRE A M. DAVESNE, par M. GUICHARD.
Début :
DE ta saine philosophie [...]
Mots clefs :
Heureux, Fortune, Plaisir, Philosophie, Temps
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DAVESNE, par M. GUICHARD.
E PITRE
A M. DAVESNE , par M.
GUICHARD.
Da ta faine philofophie
J'aime à favourer les douceurs :
Sans chagrin , fans milantropie
Des Mortels abufés excufant les erreurs ,
Sans jargon, fans orgueil, & furtout fans fyſtéme ,
Heureux , mais heureux par toi- même ,
Tes jours font ceux d'un Sage : Ami , viens m'éclairer
:
Achéve d'embellir un réduit folitaire ,
Que déja l'aimable Glycère ,
En t'attendant ſe plaît à décorer.
De l'amour délicat , de l'amitié fincère ,
Viens voir l'afyle fortuné :
Viens voir certain berceau propre à plus d'un myſflère
,
Que le plaifir lui- même a façonné.
Là ; plein de la feule Nature ,
Nous oublîrons tous ces fots opulens ;
Qui fous le trifte poids d'une épaiffe dorure
Ne fçavent être qu'infolens
De notre petite fortune
SEPTEMBRE. 1763. 23
L'emploi bien dirigé nous vaudra leurs trésors ;
Peu curieux des vains dehors ,
Lorfque nous marcherons , d'une foule importune,
Ardente à nous offrir des voeux intérellés ,
Cher Davefne , nos pas ne feront point preffés,
Et c'est beaucoup . Sur les yeux pleins de charmes
De l'objet à qui comme moi ,
Sûrement tu rendras les armes ,
Quand le fommeil prolongera ſa loi
Dans un bosquet , à fa louange ,
Moi , tendre fans foupir , toi , galant fans fadeur ,
Rejettant du fçavoir cette manie étrange ,
Nous ferons quelques vers moins d'efprit que de
coeur.
Viens avec un Ami , viens avec une Belle ,
Noyer dans les doux flots d'un agréable vin
Et les foucis du jour , & ceux du lendemain.
La volupté le montre , & fuit à tire d'aîle ;
Attachons- nous à la faifir :
Ne nous attriftons point du vol de l'infidelle ,
Le temps eft affez long pour qui fçait en jouir ;
Si nous réfléchiffons , que ce foit au plaifir .
De la mort fous des fleurs cachons la faulx cruelle ;
Vivons fans la nommer ; mourons fans la fentir.
A M. DAVESNE , par M.
GUICHARD.
Da ta faine philofophie
J'aime à favourer les douceurs :
Sans chagrin , fans milantropie
Des Mortels abufés excufant les erreurs ,
Sans jargon, fans orgueil, & furtout fans fyſtéme ,
Heureux , mais heureux par toi- même ,
Tes jours font ceux d'un Sage : Ami , viens m'éclairer
:
Achéve d'embellir un réduit folitaire ,
Que déja l'aimable Glycère ,
En t'attendant ſe plaît à décorer.
De l'amour délicat , de l'amitié fincère ,
Viens voir l'afyle fortuné :
Viens voir certain berceau propre à plus d'un myſflère
,
Que le plaifir lui- même a façonné.
Là ; plein de la feule Nature ,
Nous oublîrons tous ces fots opulens ;
Qui fous le trifte poids d'une épaiffe dorure
Ne fçavent être qu'infolens
De notre petite fortune
SEPTEMBRE. 1763. 23
L'emploi bien dirigé nous vaudra leurs trésors ;
Peu curieux des vains dehors ,
Lorfque nous marcherons , d'une foule importune,
Ardente à nous offrir des voeux intérellés ,
Cher Davefne , nos pas ne feront point preffés,
Et c'est beaucoup . Sur les yeux pleins de charmes
De l'objet à qui comme moi ,
Sûrement tu rendras les armes ,
Quand le fommeil prolongera ſa loi
Dans un bosquet , à fa louange ,
Moi , tendre fans foupir , toi , galant fans fadeur ,
Rejettant du fçavoir cette manie étrange ,
Nous ferons quelques vers moins d'efprit que de
coeur.
Viens avec un Ami , viens avec une Belle ,
Noyer dans les doux flots d'un agréable vin
Et les foucis du jour , & ceux du lendemain.
La volupté le montre , & fuit à tire d'aîle ;
Attachons- nous à la faifir :
Ne nous attriftons point du vol de l'infidelle ,
Le temps eft affez long pour qui fçait en jouir ;
Si nous réfléchiffons , que ce foit au plaifir .
De la mort fous des fleurs cachons la faulx cruelle ;
Vivons fans la nommer ; mourons fans la fentir.
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12452
p. 210-212
L'ORDRE.
Début :
Que tout Normand soit un aigle en chicanne, [...]
Mots clefs :
Ordre, Plaire
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texteReconnaissance textuelle : L'ORDRE.
L'ORDRE.
Ue tout Normand foit un aigle en chi→
canne ,
Que du Barreau fon nom foit le foutien ;
Vingt fois par an, qu'un juge le condamne ;
Tout eft dans l'ordre , & je n'en dirai rien :
Mais que je trouve aux lieux qui l'ont vu naïtre','
Riche modefte , & peuple façonné ,
M.... décent , & charitable P....
C'eft contre l'Ordre , & j'en fuis étonné
Que de fes yeux , la gentille Cauchoiſe ,
En tapinois veuille éprouver l'effet ;
Que la friponne à nos coeurs cherche noife ;
Tout eft dans l'Ordre , & j'en fuis fatisfait :
Mais que le fien au fein de la victoire ,
Soit fans pitié pour quelqu'un des vaincus ,
Que fes defirs fe bornent à fa gloire ,
C'eft contre l'Ordre , & j'en fuis tout confus.
܀
Que de ces champs confacrés à Bellonne ,
Mars ait fait fuir & Pomone & Cérès ;
Que le falpêtre à chaque inftant y tonne ,.
Tout eft dans l'ordre , ou du moins fait exprès
NOVEMBRE. 1756.
217
Mais qu'on y trouve un (1 ) Intendant aima
ble ,
A plaire à tous conftamment appliqué ,
Dans fon travail , vif , prompt , infatigable ,
C'eft contre l'Ordre , & j'en fuis très -piqué.
Qu'une ( 2 ) Comteffe en qui les Dieux propices
Ont réunis mille dons précieux ,
Soit de la Cour l'ornement , les délices ,
Tout eft dans l'Ordre , & ne peut être mieux's
Mais qu'un mari feul ait droit de lui plaire ,
. Que pour lui-même elle ait des agrémens ,.
Qu'on croie en eux voir deux tendres amans ,
C'eſt contre l'Ordre , & je ne puis m'en taire,
Qu'un (3 ) Général ait chez lui grande chere ,
: Force vins vieux , Bourgogne velouté ,
Valets nombreux & ne ſçachant rien faire ,
Tout eft dans l'Ordre , & j'en fuis enchanté :
Mais que marchant fur les pas de Turenne ,.
Il foit actif , zélé , laborieux ,
Poli fans fard , & modefte fans gêne ,
C'eſt contre l'Ordre , & j'en fuis furieux.
(1) M. de Brou , Intendant de Rouen ..
(2 ) Madame la Comteffe de Lillebonnes.
(3 ) M. le Duc d'Harcourt.
212 MERCURE DE FRANCE .
Dans les plaifirs qu'un nombreux militaire
Mêle par fois quelques petits excès ,
Que trop fouvent on ait peine à lui plaire ,
Tout eft dans l'Ordre ; on fçait qu'il eft Fraqçois
: -
Mais lorsqu'il offre un pur & tendre hommage
au ( 1 ) Chef chéri dont nous fuivons les loix ,
De fa raiſon il fait un digne ufage ,
Et contre l'ordre , en écoute la voix.
(1 ) M. le Duc d'Harcourt.
Ue tout Normand foit un aigle en chi→
canne ,
Que du Barreau fon nom foit le foutien ;
Vingt fois par an, qu'un juge le condamne ;
Tout eft dans l'ordre , & je n'en dirai rien :
Mais que je trouve aux lieux qui l'ont vu naïtre','
Riche modefte , & peuple façonné ,
M.... décent , & charitable P....
C'eft contre l'Ordre , & j'en fuis étonné
Que de fes yeux , la gentille Cauchoiſe ,
En tapinois veuille éprouver l'effet ;
Que la friponne à nos coeurs cherche noife ;
Tout eft dans l'Ordre , & j'en fuis fatisfait :
Mais que le fien au fein de la victoire ,
Soit fans pitié pour quelqu'un des vaincus ,
Que fes defirs fe bornent à fa gloire ,
C'eft contre l'Ordre , & j'en fuis tout confus.
܀
Que de ces champs confacrés à Bellonne ,
Mars ait fait fuir & Pomone & Cérès ;
Que le falpêtre à chaque inftant y tonne ,.
Tout eft dans l'ordre , ou du moins fait exprès
NOVEMBRE. 1756.
217
Mais qu'on y trouve un (1 ) Intendant aima
ble ,
A plaire à tous conftamment appliqué ,
Dans fon travail , vif , prompt , infatigable ,
C'eft contre l'Ordre , & j'en fuis très -piqué.
Qu'une ( 2 ) Comteffe en qui les Dieux propices
Ont réunis mille dons précieux ,
Soit de la Cour l'ornement , les délices ,
Tout eft dans l'Ordre , & ne peut être mieux's
Mais qu'un mari feul ait droit de lui plaire ,
. Que pour lui-même elle ait des agrémens ,.
Qu'on croie en eux voir deux tendres amans ,
C'eſt contre l'Ordre , & je ne puis m'en taire,
Qu'un (3 ) Général ait chez lui grande chere ,
: Force vins vieux , Bourgogne velouté ,
Valets nombreux & ne ſçachant rien faire ,
Tout eft dans l'Ordre , & j'en fuis enchanté :
Mais que marchant fur les pas de Turenne ,.
Il foit actif , zélé , laborieux ,
Poli fans fard , & modefte fans gêne ,
C'eſt contre l'Ordre , & j'en fuis furieux.
(1) M. de Brou , Intendant de Rouen ..
(2 ) Madame la Comteffe de Lillebonnes.
(3 ) M. le Duc d'Harcourt.
212 MERCURE DE FRANCE .
Dans les plaifirs qu'un nombreux militaire
Mêle par fois quelques petits excès ,
Que trop fouvent on ait peine à lui plaire ,
Tout eft dans l'Ordre ; on fçait qu'il eft Fraqçois
: -
Mais lorsqu'il offre un pur & tendre hommage
au ( 1 ) Chef chéri dont nous fuivons les loix ,
De fa raiſon il fait un digne ufage ,
Et contre l'ordre , en écoute la voix.
(1 ) M. le Duc d'Harcourt.
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Résumé : L'ORDRE.
Le texte 'L'ORDRE' explore divers aspects de la société normande au XVIIIe siècle. L'auteur observe des jugements fréquents contre les Normands, tout en soulignant leur richesse et leur modestie, ainsi que leur charité et leur décence. Il note également la gentillesse des Cauchoises et leur désir de plaire. Le texte mentionne des champs transformés en zones de guerre, où le canon tonne constamment. L'auteur admire un intendant aimable et travailleur, une comtesse aux multiples talents, et un général hospitalier. Cependant, il s'indigne lorsque ces figures manifestent des qualités comme l'activité, la modestie et la tendresse, jugées contraires à l'ordre établi. Le texte se conclut par une réflexion sur les plaisirs excessifs des militaires et un hommage au Duc d'Harcourt, respecté pour sa raison et son autorité.
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12453
p. 201-202
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le sieur Aelt, Ministre de Hesse-Cassel ayant informé le Landgrave son Maître [...]
Mots clefs :
Londres, Ministre Hesse-Cassel, Landgrave, Troupes, Irlande, Régiments, Examen de l'Amiral Byng, Portsmouth, Proclamation du roi, Matelots cachés, Amnistie, Dénonciations
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 7 Janvier.
Le ſieur Aelt , Miniſtre de Heſſe-Caffel ayant
informé le Landgrave ſon Maître de tout ce que
les troupes Heſſoiſes ont fouffert , le Landgrave
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
a chargé ce Miniſtre de demander que le Roi renvoyat
inceſſamment ces troupes. On ne compte
pas cependant qu'elles puiſſent repaſſer de tout le
mois prochain en Allemagne , & le Parlement a
pourvu à leur ſubſiſtance juſqu'au 24 Février. Le
Gouvernement fait lever en Irlande fix nouveaux
Régimens. Il y aura au printempsun camp de dix
mille hommes dans cette partie de la Grande Bre
tagne , & l'on prépare déja les magaſins néceſſarres
à cet effet. L'examen de l'Amiral Byng a commencé
le 27 à Porſmouth. Cet Officier allegue
pour ſa défenſe les délais apportés à fon départ
d'Angleterre , la foibleſſe de ſon Efcadre lorfqu'elle
mit à la voile , & l'impoffibilité de trouver
àGibraltar les Matelots , les Soldats & les munitions
, dont elle avoit beſoin. L'opinion générale
eſt que cet Amiral ne fera point jugé à la rigueur.
On a remarqué que dans ſon paſſage de Greenwich
àPortsmouth , il n'a éprouvé aucune inſulté
de la part de la populace ; ce qui donne lieu de
préſumer qu'elle est fort revenue de fa prévention
contre lui.
८
Par une Proclamation qu'on a publiée ces
jours - ci , le Roi promet une récompenſe aux
perſonnes qui dénonceront des Matelots cachés ,
&Elle accorde une Amniſtie à ceux qui ayant
déſerté , ſe repréſenteront aux Bureaux d'Amirau
sé de leurs Départemens.
DE LONDRES , le 7 Janvier.
Le ſieur Aelt , Miniſtre de Heſſe-Caffel ayant
informé le Landgrave ſon Maître de tout ce que
les troupes Heſſoiſes ont fouffert , le Landgrave
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
a chargé ce Miniſtre de demander que le Roi renvoyat
inceſſamment ces troupes. On ne compte
pas cependant qu'elles puiſſent repaſſer de tout le
mois prochain en Allemagne , & le Parlement a
pourvu à leur ſubſiſtance juſqu'au 24 Février. Le
Gouvernement fait lever en Irlande fix nouveaux
Régimens. Il y aura au printempsun camp de dix
mille hommes dans cette partie de la Grande Bre
tagne , & l'on prépare déja les magaſins néceſſarres
à cet effet. L'examen de l'Amiral Byng a commencé
le 27 à Porſmouth. Cet Officier allegue
pour ſa défenſe les délais apportés à fon départ
d'Angleterre , la foibleſſe de ſon Efcadre lorfqu'elle
mit à la voile , & l'impoffibilité de trouver
àGibraltar les Matelots , les Soldats & les munitions
, dont elle avoit beſoin. L'opinion générale
eſt que cet Amiral ne fera point jugé à la rigueur.
On a remarqué que dans ſon paſſage de Greenwich
àPortsmouth , il n'a éprouvé aucune inſulté
de la part de la populace ; ce qui donne lieu de
préſumer qu'elle est fort revenue de fa prévention
contre lui.
८
Par une Proclamation qu'on a publiée ces
jours - ci , le Roi promet une récompenſe aux
perſonnes qui dénonceront des Matelots cachés ,
&Elle accorde une Amniſtie à ceux qui ayant
déſerté , ſe repréſenteront aux Bureaux d'Amirau
sé de leurs Départemens.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En 1757, le Ministre de Hesse-Cassel, Sieur Aelt, a informé le Landgrave des difficultés rencontrées par les troupes hessoises en Grande-Bretagne et a sollicité leur rapatriement. Leur retour en Allemagne est prévu après février, le Parlement ayant garanti leur subsistance jusqu'au 24 février. Le gouvernement britannique recrute six nouveaux régiments en Irlande et prépare un camp de dix mille hommes pour le printemps en Grande-Bretagne. Parallèlement, l'examen de l'Amiral Byng a débuté le 27 décembre à Portsmouth. Byng a justifié ses actions par les délais de son départ, la faiblesse de son escadre et l'absence de ressources à Gibraltar. L'opinion publique semble favorable à Byng, comme l'a montré son transfert de Greenwich à Portsmouth sans incidents. Enfin, une proclamation royale propose une récompense pour la dénonciation de déserteurs et une amnistie pour ceux qui se rendront.
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12454
p. 189-191
MARIAGES.
Début :
Mre Antoine Gaspard de Colins Comte de Mortagne, cy-devant Premier Ecuyer [...]
Mots clefs :
Mariages, Duchesse, Comte, Dame, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIA GES.
Mre Antoine Gafpard de Colins
Comte de Mortagne , cy- levan :
Premier Ecuyer de S.A. R. Ma-
Qüij
190 LE NOUVEAU
dame Ducheffe d'Orleans , & auf
fi Capitaine Lieutenant des Gendirmes
de Bourgogne a épousé
le.. Mars. Dlle Charlotte deRohau ,
fille aînée de Mre Charles de Rohan
, Prince de Guemené Duc de
мntbazon , Pair de France & de
Dame Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vaurineux ; мr le
Comte de Mortagne fort d'une famille
originaire des Païs - Bas , où
elle tient rang entre les plus diftinguées
, il eft veuf de deux femmes.
La premiere étoit de la mai
fon de Montgommerriy , & la feconde
étoit de celle de Baufremont.
ia paffé de ces Alliances à celle:
de la Maifon de Rohan , dont tout
le monde connoît la grandeur &
l'ancienneté .
Mre Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , Epoufa le 11
Mars 1717. Dlle Anne de la Tour
Taxis , fille de мre François - Sigifmond
de la Tour Taxis , Comte
de Valfaffine , & du S. Empire ,
Lieutenant General des Armées
de l'Empereur & Gouverneur des
Villes & Duché de Limbourg ; &:
MERCURE. * 197
de feüe Dame - Anne du Val. Sans :
entrer ici dans aucun détail généalogique
fur la naiffance de m ' le
Comte de Seignelay ; je vous dirai
feulement , qu'il eft fils & petit
fils de deux des plus grands Miniftres
, que la France ait encore
eûs ; que feu м le marquis de
Seignelay fon frere aîné avoit époufé
mle de Furftemberg , fille du
Prince de Furftemberg , d'une des
plus anciennes , & des plus illutres
Maifons d'Allemagne ; & que m' le
Comte de Creuilly auffi fon frere
aîné , eft marié depuis environ trois
ans avec мle Spinola , fille du
Prince Spinola , Prince de Vergagne
, & de l'Empire , & Grand
d'Espagne , pour la naiffance de la
nouvelle mariée , elle eft auffi desplus
illuftres je remers à vous en
inftruire amplement dans mon
premierJournal.
Mre Antoine Gafpard de Colins
Comte de Mortagne , cy- levan :
Premier Ecuyer de S.A. R. Ma-
Qüij
190 LE NOUVEAU
dame Ducheffe d'Orleans , & auf
fi Capitaine Lieutenant des Gendirmes
de Bourgogne a épousé
le.. Mars. Dlle Charlotte deRohau ,
fille aînée de Mre Charles de Rohan
, Prince de Guemené Duc de
мntbazon , Pair de France & de
Dame Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vaurineux ; мr le
Comte de Mortagne fort d'une famille
originaire des Païs - Bas , où
elle tient rang entre les plus diftinguées
, il eft veuf de deux femmes.
La premiere étoit de la mai
fon de Montgommerriy , & la feconde
étoit de celle de Baufremont.
ia paffé de ces Alliances à celle:
de la Maifon de Rohan , dont tout
le monde connoît la grandeur &
l'ancienneté .
Mre Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , Epoufa le 11
Mars 1717. Dlle Anne de la Tour
Taxis , fille de мre François - Sigifmond
de la Tour Taxis , Comte
de Valfaffine , & du S. Empire ,
Lieutenant General des Armées
de l'Empereur & Gouverneur des
Villes & Duché de Limbourg ; &:
MERCURE. * 197
de feüe Dame - Anne du Val. Sans :
entrer ici dans aucun détail généalogique
fur la naiffance de m ' le
Comte de Seignelay ; je vous dirai
feulement , qu'il eft fils & petit
fils de deux des plus grands Miniftres
, que la France ait encore
eûs ; que feu м le marquis de
Seignelay fon frere aîné avoit époufé
mle de Furftemberg , fille du
Prince de Furftemberg , d'une des
plus anciennes , & des plus illutres
Maifons d'Allemagne ; & que m' le
Comte de Creuilly auffi fon frere
aîné , eft marié depuis environ trois
ans avec мle Spinola , fille du
Prince Spinola , Prince de Vergagne
, & de l'Empire , & Grand
d'Espagne , pour la naiffance de la
nouvelle mariée , elle eft auffi desplus
illuftres je remers à vous en
inftruire amplement dans mon
premierJournal.
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12455
p. 202-203
PAYS-BAS.
Début :
Hier, on reçut avis que le Corsaire le Tigre, de Bristol, avoit attaqué [...]
Mots clefs :
Amsterdam, Corsaire anglais, Capitaine Laurens, Attaque, Pillages, Ostende, Armateur français, Combats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PAYS - BAS.
D'AMSTERDAM , le 22 Décembre.
Hier , on reçut avis que le Corfaire le Tigre ,
deBristol , avoit attaque à la hauteur du Cap Finiſterre
le Navire Hollandois la Marie Galley ,
FEVRIER. 1757.... 203
هللا
ا
commandé par le Capitaine Laurens ; qu'il avoit
bleſfé pluſieurs perſonnes de l'équipage ; que te
Capitaine Anglois &ſes gens étoient entrés enſuite
le ſabre à la main dans ce Bâtiment ; qu'ils
avoient ouvert les caiſſes , coffres & tonneaux , &
qu'ils avoient enlevé pluſieurs marchandiſes.
Quelques jours auparavant , on avoit appris que
le Navire du Capitaine Jean de Groot , ayant rencontré
le 6 de ce mois , près de Goerée , deux autres
Corſaires Anglois , en avoit reçu le même
traitement.
DOSTENDE , le s Janvier.
i
Un Armateur François , croiſant le longde cet
te côte , apperçut à quelque diſtance quatre Bâtimens
Anglois. Dans la perfuafion que c'étoient
des Navires Marchands , il s'en approcha , & il
en ataqua un. Il ne tarda pas à reconnoître que
c'étoient des Corfaires. Comme ils ſe préparoient
à l'envelopper , il ſe retira à pleines voiles dans
ce Port. Les Anglois l'y ſuivirent , & l'y canonnerent.
Le Commandant de la Place , les ayant
fait avertir inutilement de ceſſer leur feu , ordonna
de tirer ſur eux , & les obligea ainſi de regagner
le large.
D'AMSTERDAM , le 22 Décembre.
Hier , on reçut avis que le Corfaire le Tigre ,
deBristol , avoit attaque à la hauteur du Cap Finiſterre
le Navire Hollandois la Marie Galley ,
FEVRIER. 1757.... 203
هللا
ا
commandé par le Capitaine Laurens ; qu'il avoit
bleſfé pluſieurs perſonnes de l'équipage ; que te
Capitaine Anglois &ſes gens étoient entrés enſuite
le ſabre à la main dans ce Bâtiment ; qu'ils
avoient ouvert les caiſſes , coffres & tonneaux , &
qu'ils avoient enlevé pluſieurs marchandiſes.
Quelques jours auparavant , on avoit appris que
le Navire du Capitaine Jean de Groot , ayant rencontré
le 6 de ce mois , près de Goerée , deux autres
Corſaires Anglois , en avoit reçu le même
traitement.
DOSTENDE , le s Janvier.
i
Un Armateur François , croiſant le longde cet
te côte , apperçut à quelque diſtance quatre Bâtimens
Anglois. Dans la perfuafion que c'étoient
des Navires Marchands , il s'en approcha , & il
en ataqua un. Il ne tarda pas à reconnoître que
c'étoient des Corfaires. Comme ils ſe préparoient
à l'envelopper , il ſe retira à pleines voiles dans
ce Port. Les Anglois l'y ſuivirent , & l'y canonnerent.
Le Commandant de la Place , les ayant
fait avertir inutilement de ceſſer leur feu , ordonna
de tirer ſur eux , & les obligea ainſi de regagner
le large.
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Résumé : PAYS-BAS.
Le 22 décembre à Amsterdam, il a été signalé que le navire corsaire britannique Le Tigre, basé à Bristol, avait attaqué le navire hollandais La Marie Galley, commandé par le Capitaine Laurens, près du Cap Finisterre. Plusieurs membres de l'équipage hollandais ont été blessés, et les Britanniques ont pris possession du navire après avoir ouvert les caisses, coffres et tonneaux pour enlever diverses marchandises. Quelques jours auparavant, le navire du Capitaine Jean de Groot avait également été attaqué par deux corsaires britanniques près de Goerée, subissant le même traitement. Le 1er janvier à Ostende, un armateur français croisant le long de la côte a aperçu quatre navires britanniques. Pensant qu'il s'agissait de navires marchands, il en a attaqué un. Reconnaissant qu'il s'agissait de corsaires, il s'est retiré vers le port d'Ostende. Les Britanniques l'ont suivi et ont canonné le port. Le commandant de la place a ordonné de riposter, forçant les Britanniques à se retirer en mer.
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12456
p. 2482-[2483]
TABLE.
Début :
Pieces Fugitives. La Vie Champêtre, Ode, Lettre sur deux Médailles antiques [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE .
Teces Fugitives. La Vie Champêtre,Ode, 2271
Lettre sur deux Médailles antiques
2277
Deux Sonnets , Italien et François , sur la Mort
de M. de la Faye , 2295
Lettre sur la Tragedie d'Astrate , 2297
Idille de Mule de la Vigne , 2309
Ode in Prose de la même , 2311
Vers sur une Figure Renommée , 2317
Lettre de M. Gaullier , contre M. ***
2318
Stances sur les Enigmes , & c ,
2327
La Fauvette Conte , 2338
Remarques sur une Médaille de Posthume , 2329
Képonse aux Remarques sur l'Inscription trouvée
à Auxerre ,
L'Amour et l'Interêt , Fable ,
2334
2352
Réponse à une Lettre de M. de Fontenelle , 2354
Epitre à Mile Camargo , 2318
Reflexions de M Capperon , sur les anciens Tombeaux
,
Enigmes , Logogriphes , &c.
2362
2364
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 2368
Douze Tragédics sur le même sujet d'Edipe, 2 370
Essai sur la Poësie et sur la Peinture , 2374
Bibliotheque raisonnée , &c. 2375
Cures de M de S. Evremont , 2380
Reception deM.de Crebillon à l'Acad. Franç 2384
DesDescription
d'un Globle mouvant , 2391
M.P Lettre au sujet d'un Remede qui dissout la
Pierre , 2394
Maladie et Remede pour les Chevaux et Bestiaux
,
Grape de Raisin , production singuliere ,
Lettre sur la petite Verole ,
2396
2399
2400
Composition de l'Orvietan et du Mitridate, 2402
Lettre et Réponse sur le Bureau Tpographi
que ,
Vers Latins sur M. Chirac ,
Air noté ,
Spectacles , Amadis , &c.
2405
2406
2411
2412
La Réconciliation Normande , Comédie , 2424
Le Chevalier Bayard , &c. 2425
Nouvelles de Turquie et de Perse. Lettre de Constantinople
, &c. 2429
Autre Lett. sur l'Incendie de Constantinople, 2436
De Pologne , Allemagne et Italie , 2438
D'Espagne , d'Angleterre et Pays - Bas , 2456
Morts des Pays Etrangers , 2460
France, Nouvelles de la Cour, de Paris , & c. Ibid.
Promotion d'Gfficiers de Marine , 2466
Lettre écrite de Mons , 2469
Morts , Naissances et Mariages , 2461
Arrêts Notables , 247 I
Teces Fugitives. La Vie Champêtre,Ode, 2271
Lettre sur deux Médailles antiques
2277
Deux Sonnets , Italien et François , sur la Mort
de M. de la Faye , 2295
Lettre sur la Tragedie d'Astrate , 2297
Idille de Mule de la Vigne , 2309
Ode in Prose de la même , 2311
Vers sur une Figure Renommée , 2317
Lettre de M. Gaullier , contre M. ***
2318
Stances sur les Enigmes , & c ,
2327
La Fauvette Conte , 2338
Remarques sur une Médaille de Posthume , 2329
Képonse aux Remarques sur l'Inscription trouvée
à Auxerre ,
L'Amour et l'Interêt , Fable ,
2334
2352
Réponse à une Lettre de M. de Fontenelle , 2354
Epitre à Mile Camargo , 2318
Reflexions de M Capperon , sur les anciens Tombeaux
,
Enigmes , Logogriphes , &c.
2362
2364
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 2368
Douze Tragédics sur le même sujet d'Edipe, 2 370
Essai sur la Poësie et sur la Peinture , 2374
Bibliotheque raisonnée , &c. 2375
Cures de M de S. Evremont , 2380
Reception deM.de Crebillon à l'Acad. Franç 2384
DesDescription
d'un Globle mouvant , 2391
M.P Lettre au sujet d'un Remede qui dissout la
Pierre , 2394
Maladie et Remede pour les Chevaux et Bestiaux
,
Grape de Raisin , production singuliere ,
Lettre sur la petite Verole ,
2396
2399
2400
Composition de l'Orvietan et du Mitridate, 2402
Lettre et Réponse sur le Bureau Tpographi
que ,
Vers Latins sur M. Chirac ,
Air noté ,
Spectacles , Amadis , &c.
2405
2406
2411
2412
La Réconciliation Normande , Comédie , 2424
Le Chevalier Bayard , &c. 2425
Nouvelles de Turquie et de Perse. Lettre de Constantinople
, &c. 2429
Autre Lett. sur l'Incendie de Constantinople, 2436
De Pologne , Allemagne et Italie , 2438
D'Espagne , d'Angleterre et Pays - Bas , 2456
Morts des Pays Etrangers , 2460
France, Nouvelles de la Cour, de Paris , & c. Ibid.
Promotion d'Gfficiers de Marine , 2466
Lettre écrite de Mons , 2469
Morts , Naissances et Mariages , 2461
Arrêts Notables , 247 I
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Résumé : TABLE.
Le document recense diverses œuvres littéraires et correspondances publiées entre 2271 et 2471. Les genres incluent des poèmes, des lettres, des fables, des tragédies, des essais et des nouvelles littéraires. Parmi les titres notables figurent 'Teces Fugitives. La Vie Champêtre' (2271), 'Lettre sur deux Médailles antiques' (2277) et 'Douze Tragédies sur le même sujet d'Edipe' (2370). Les sujets abordés couvrent l'art, l'histoire, la médecine et les événements contemporains. Le document mentionne également des lettres échangées avec des figures telles que M. de Fontenelle et M. de Crebillon. Les nouvelles littéraires traitent de spectacles, de productions singulières et d'événements politiques et sociaux dans divers pays comme la Turquie, la Perse, la Pologne, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre et les Pays-Bas. Le document se conclut par des annonces de promotions, de naissances, de mariages et d'arrêts notables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12457
p. 50-51
VERS de M. C***, sur le portrait de sa femme peint par M. P. de S. A**.
Début :
DANS ce Portrait que d'objets séduisans ! [...]
Mots clefs :
Portrait, Femme, Trait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS de M. C***, sur le portrait de sa femme peint par M. P. de S. A**.
VERs de M. C ***, ſur le portrait
· de ſa femme peint par M. P. de S.A**.
- D A N s ce Portrait que d'objets ſéduiſans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouve ſa figure,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon, ſon maintien, ſa nobleſſe ;
Pallas, ſes talens, ſa ſageſſe;
Apºlloa , ſºn eſprit, ſon goût ;
-
'J U I N. 1764. 5 1
: Et moi, ſans craindre l'Epigramme,
Je ſoutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
· de ſa femme peint par M. P. de S.A**.
- D A N s ce Portrait que d'objets ſéduiſans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouve ſa figure,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon, ſon maintien, ſa nobleſſe ;
Pallas, ſes talens, ſa ſageſſe;
Apºlloa , ſºn eſprit, ſon goût ;
-
'J U I N. 1764. 5 1
: Et moi, ſans craindre l'Epigramme,
Je ſoutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
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12458
p. 212-216
LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
Début :
Je vous l'avois bien dit, Madame, avant de partir de Paris, que vous seriez [...]
Mots clefs :
Fête, Brest, Marquis de Constant, Navire, Fleurs, Colonnes, Décors, Baldaquins, Beauté, Buste du roi, Statues, Musique, Bal, Banquets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
LETTRE à Madame de *** ſur une
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
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Résumé : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
La lettre relate une fête somptueuse organisée par le Marquis de Conflans à Brest, à bord de son vaisseau, en novembre 1756, en l'honneur des victoires du Roi. L'auteure, après avoir voyagé à Brest, met en avant les merveilles observées plutôt que les préparatifs militaires contre les Anglais. Le vaisseau, transformé en palais enchanté, accueillait des femmes de la ville et des étrangères, transportées en canots élégamment équipés. Les invités découvraient un décor enchanteur avec des jardins, des bois et des allées de myrtes et de lauriers. Le pont principal, métamorphosé en promenade délicieuse, était paré de fleurs et de verdure. Un salon spacieux, orné de colonnes et de trophées, abritait un portrait du Roi et des symboles de la gloire maritime. La fête se poursuivait dans une autre salle, tendue de blanc, où un repas somptueux a été servi. Une symphonie et un Te Deum animaient le dîner, suivi d'une salve de mousqueterie et de canons imitant un combat naval. La soirée se concluait par un bal illuminé par des bougies, avec des marins chantant des chansons en l'honneur du Roi et de leurs maîtresses. Les dames de Brest, particulièrement gaies et charmantes, participaient avec enthousiasme à la fête, qui se prolongeait jusqu'au matin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12459
p. 24-32
LETTRE à Madame de.......
Début :
MADAME, Ma plume sera-t-elle assez délicate pour rendre [...]
Mots clefs :
Grâces, Honneur, Lumières, Effet, Sentiment, Mœurs , Erreurs, Cœurs, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de.......
LETTRE à Madame de.......
MADAME,
Ma plume fera- t - elle affez délicate
pour rendre dans leur beauté cet affemblage
heureux de qualités brillantes dont
la nature & l'éducation vous ont embellie
? Quel coloris , quelle touche légère
pourroient peindre autant de graces
dans leur perfection ? Si j'ai jamais
defiré le naturel & la force d'expreffion
de notre premier bel- efprit, l'honneur
éternel du fiécle le plus éclairé , ce
n'eft point pour mériter l'admiration
d'un Peuple ingénieux : vous célébrer
dignement , Madame , feroit ma gloire
la plus flatteufe.
Mais que d'épines accompagneroient
une rofe auffi belle ! Que d'envieux
que
d'ennemis s'étudieroient à ternir fon
éclat , à lui enlever fa fraîcheur !
Ce Public , Madame, qui aujourd'hui
dans l'illufion enchantereffe dont je l'aurois
ébloui m'éléveroit des autels , &
les briferoit demain par un effet de l'amour-
propre ; qui fe refufant à toute
fupériorité
SEPTEMBRE . 1763. 25
›
fupériorité , fe prête à toute calomnie
fe réunit avec moi pour vous louer.Je
n'ai point fes caprices à redouter : fi
la variété des talens , & ce charme inexprimable
que vous leur ajoutez par un
goût inconnu jufques à préfent, répandoient
un nuage dans les efprits , il feroit
bientôt diffipé par votre modeftie ; féduc
tion qu'il n'eft donné qu'à vous de fçavoir
annoblir & de rendre fi touchante !
Une jeune Dame dont l'efprit appliqué
dès l'enfance à des Sciences utiles
, s'eft fait une habitude de penfer
fans dédaigner les talens aimables qui
font les délices de la Société ; également
intéreffante par fes lumières , & par l'art
féducteur de la voix & des inftrumens
eft une Divinité bienfaifante qui en écartant
le fouvenir de nos maux , livre tous
les momens qu'elle nous donne à la
joie la plus douce. C'eft là l'effet infaillible
du vrai beau qui , en forçant notre
eſtime , en place naturellement l'éloge
fur des lévres qui, perfides par
belair
, ne fourioient qu'à la fauffeté & aux
ridicules du jour. La préfence de la
vertu , Madame , eft la minute où les
tons à la mode s'éclipfent & fe changent
en elle-même pour n'être embellis
que de fes attraits.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Nos petites Maîtreſſes vives , maniérées
& fertiles en platitudes que l'on
honore depuis longtemps du nom de
bons mots , & de grâces du jour , ne
vous trouvant ni la fcience des mines ,
ni les petiteffes déifiées , s'écrieront fans
doute , Ah ! peut - on lui reffembler ?
Croyez - moi , Madame , il n'en eft aucune
chez qui la voix du fentiment fe
faifant entendre dans le filence des paffions
, ne vous peignît adorable à leurs
yeux , & ne les fît tomber à vos pieds.
Dans ces momens le triomphe de l'honneur
& de la vertu , tout clinquant
étranger paroît dans fa laideur. Préfentez
-vous , on rougira ; on ne fe croira
au mieux qu'en fe parant de votre maintien
, qu'en fe faifant honneur des qualités
de votre âme. C'eft là l'empire
qu'obtiennent toujours , Madame , les
connoiffances éclairées , la pudeur & la
décence fur les erreurs & la frivolité,
Elles font cette illufion puiffante qui en
réveillant la fenfibilité de nos coeurs
épuisés par une continuité d'émotions
les ramène au naturel & leur fait éprou
ver des plaifirs délicieux , fruits ineftimables
de la Sageffe & de la Raifon ,
Il n'eft que l'intérêt perfonnel qui
puiffe divinifer les égaremens des feinSEPTEMBRE.
1763. 27
mes galantes , & l'inutilité de nos jolis
hommes. Lui feul fçait fe plier à tous
les airs de convention , & leur prêter
un éclat dont il eft glorieux de briller.
Ce font des fleurs que font naître le
defir ; leur beauté nous enchante pendant
qu'il dure ; elle n'existe plus lorſqu'il
eft fatisfait.
Dans un fiécle où l'aménité des
moeurs eft d'une délicateffe fi particulière
qu'une fantaifie fait naître des vapeurs
, & mène à l'évanouiffement , il
faut bien de l'habileté pour en perpétuer
la décence , & la faire reffortir au
fein même du délire . C'eft un rafinement
qu'il n'appartient qu'aux ufages
de pouvoir juftifier.
Le Ton du jour eft une vafte plaine
émaillée de mille fleurs, fur laquelle l'oeil
s'égare avec complaifance. Perſpective
délicieufe pour la molleffe , elle la fixe
par la variété de fes couleurs & la féduit
par fon parfum. Chaque pas qu'elle
y fait eft un plaifir , & ce plaifir eft
bientôt une ivreffe qui en enchaînant
tous fes fens , les affoupit pour toujours
dans les bras du préjugé . Une Coquette
à vingt ans eft une prude à quarante &
une dévote hypocrite à foixante . C'eſt
l'ordinaire effet de l'habitude , de la ſté-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
rilité du fentiment & de l'art de dérai
fonner. On ne ſe fait plus aux jours où
la féduction nous abandonne , à un genre
de vie qui demande des lumières &
des paffions fortes dont on ne jouit que
dans fon printemps.
L'eftime des hommes eft une offenſe
dont on fait peu de cas à l'âge du bonheur
; on y échange volontiers les égards
contre les tranfports ; le refpect y eft
toujours déplacé , & la témérité toujours
excufée. C'eft l'effet d'une éducation
négligée , d'où réſultent néceffairement
un goût pour la flatterie , une oifiveté dangereufe
, un efprit ouvert à toutes les
erreurs , & un coeur vuide qui s'offre
aux premières impreffions. Eft- il étonnant
après cela qu'une jeune perfonne
que l'on a entêtée jufques à quinze ans
de fes charmes extérieurs , qui ne conçoit
d'autre avantage que celui de plaire
& d'intéreffer , ne foit rapidement emportée
vers le tourbillon des ridicules
& des égaremens ?
Une mère qui s'idolâtre & dont la
diffipation a affoibli les principes de religion
& des bonnes moeurs , confie fes
enfans à des flatteurs appointés , vils efclaves.
du tempérament de leurs Elé-
-ves. Sa criminelle indifférence paffe dans
SEPTEMBRE . 1763 . 19
les coeurs de ces Pédagogues . S'occuperoient-
ils à corriger une jeuneffe indocile
, à modérer fes tranfports impétueux
, à éclairer fon efprit , à former
fon coeur, lorsqu'une mère frivole & coupable
ne s'attache qu'aux grâces du
maintien , & ne fait aucun cas des moeurs
& des lumières qu'elle regarde comme
des niaiferies très-déplacées , pour parvenir
à la confidération ? Où trouver cette
probité défintéreffée , attentive à fe foulever
contre les opinions , & les préjugés
en crédit , & à fe refuſer noblement à la
petiteffe des vues des parens qui n'ont
pas le foupçon du bon fens quand on
veut l'obliger à fe dégrader ? Cela eft en
vérité auffi rare , que le peu de foin qu'on
prend à faire de bons choix eft aujourd'hui
commun .
C'eſt un vice du temps qui ne permettant
point à la Raifon de ſe faire entendre
, foutient des erreurs que l'ignorance.
& la vanité ont rendu précieufes .
Une jeune Beauté n'a plus befoin que
de fçavoir figurer : L'étude , le fçavoir ,
travers infoutenables , la feroient fiffler
dans un monde poli qui parle merveilleufement
fur des riens , mais que l'on
excéderoit à périr , en ne fe prêtant
point à fa manière de voir. Ce n'eft
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
point qu'il ne fe croie en droit de juger
& de fe connoître à tout ; vous l'offenferiez
d'en douter ; mais vous vous exprimeriez
mieux , vous l'humiliriez , &
cela feroit , on ne peut pas moins amufant.
La ſcience de la toilette , des airs de
dignité , l'arrangement des mots , d'un
coup d'oeil , d'un gefte font devenus effentiels
pour être dans le meilleur air
& mériter une réputation brillante.
On voudroit fe perfuader que le Public
doit refpecter les écarts des gens
de qualité ; qu'il ne lui convient point
de rapprocher la diftance qui les fépare
, & de cenfurer févérement tout
ce qui bleffe fes moeurs & fon zèle facré
pour les loix de la nature. C'eft une prétention
ridicule . La Naiffance exige, fans
doute,des égards , mais la perfonne qu'elle
couvre de fon voile appartient à la fociété
, lui doit un compte exact de fes
vertus & de fes vices . L'efprit humain
ne fe fait point à ces diſtinctions, filles du
hazard , & de l'opinion . Il voit , il examine
il compare & décide hardiment
que l'on n'eft bien aux premiers gradins
du vaſte théâtre du monde , que par fon
mérite, les lumières & fon utilité au bonSEPTEMBRE
. 1763. 31
heur général. Tout être titré , qui n'eſt
rien par lui-même , eft un poids dont la
terré eft furchargée : c'eft un pavôt
qu'une distraction laiffe croître au milieu
des fleurs les plus rares , mais qui
découvert par un oeil attentif, eft bientôt
faifi par une main indignée pour être fur
le champ foulée aux pieds.
La fpirituelle & refpectable mère ,
MADAME , à laquelle vous devez le
jour , connoiffant parfaitement la vérité
de ces principes ,a compris qu'en ne vous
laiffant que fon nom , elle ne vous donnoit
qu'une enveloppe brillante ; & fon
coeur dans fa tendreffe pour vous a defiré
de vous embellir d'une réalité perfonnelle.
Que j'aime à me tranfporter à ces premiers
momens de votre éducation , où
une mère éclairée vous faifant paffer fucceffivement
de l'utile à l'agréable , vous
trouvoit chaque jour une grace nouvelle,
& s'enorgueilliffoit de vos fuccès !
Quel plaifir pour elle de développer les
difpofitions heureufes que vous teniez
de la nature , & de vous voir acquérir
avec une rapidité inconçevable les connoiffances
de la Morale , de l'Hiftoire
ce fentiment délicat , cette jufteffe de
l'efprit qui entrevoit d'un coup d'oeil , &
Biv Biv
•
32
MERCURE DE FRANCE.
porte fur tous les objets un jugement
Toujours vrai !
Vous ne vous mépreniez pas , Madame
, à l'âge de douze ans , à la valeur
de ces mots que le bel ufage a confacré ,
& dont le coloris eft fi étudié , & l'expreffion
fi éloignée de la vérité. Vous
aviez cette pénétration fine qui analyſe
& fçait apprécier ? ... Eh ! que n'êtesvous
point à feize ? ... Quels efprits ne
fixeriez-vous point par les charmes de
votre converfation ? Quels coeurs ne feroient
pas émus , emportés par la mélodie
de votre voix , & par les fons harmonieux
de ces inftrumens , qui s'animant
fous vos doigts , font paffer dans
nos âmes le fentiment , les tranſports ,
& le délire de toutes les paffions ?
Je ne fçais , Madame , fi dans les momens
d'enthouſiaſme , la fineffe de votre
phyfionomie , & les graces qui fourient
dans vos yeux n'aident point à votre
triomphe. On vous voit , on vous entend
; tous les fens fixés à la fois font
dans une ivreffe qui ne permet point à
l'efprit de réfléchir , & à la Raiſon de
décider.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Paris 11 Août 1963 .
MADAME,
Ma plume fera- t - elle affez délicate
pour rendre dans leur beauté cet affemblage
heureux de qualités brillantes dont
la nature & l'éducation vous ont embellie
? Quel coloris , quelle touche légère
pourroient peindre autant de graces
dans leur perfection ? Si j'ai jamais
defiré le naturel & la force d'expreffion
de notre premier bel- efprit, l'honneur
éternel du fiécle le plus éclairé , ce
n'eft point pour mériter l'admiration
d'un Peuple ingénieux : vous célébrer
dignement , Madame , feroit ma gloire
la plus flatteufe.
Mais que d'épines accompagneroient
une rofe auffi belle ! Que d'envieux
que
d'ennemis s'étudieroient à ternir fon
éclat , à lui enlever fa fraîcheur !
Ce Public , Madame, qui aujourd'hui
dans l'illufion enchantereffe dont je l'aurois
ébloui m'éléveroit des autels , &
les briferoit demain par un effet de l'amour-
propre ; qui fe refufant à toute
fupériorité
SEPTEMBRE . 1763. 25
›
fupériorité , fe prête à toute calomnie
fe réunit avec moi pour vous louer.Je
n'ai point fes caprices à redouter : fi
la variété des talens , & ce charme inexprimable
que vous leur ajoutez par un
goût inconnu jufques à préfent, répandoient
un nuage dans les efprits , il feroit
bientôt diffipé par votre modeftie ; féduc
tion qu'il n'eft donné qu'à vous de fçavoir
annoblir & de rendre fi touchante !
Une jeune Dame dont l'efprit appliqué
dès l'enfance à des Sciences utiles
, s'eft fait une habitude de penfer
fans dédaigner les talens aimables qui
font les délices de la Société ; également
intéreffante par fes lumières , & par l'art
féducteur de la voix & des inftrumens
eft une Divinité bienfaifante qui en écartant
le fouvenir de nos maux , livre tous
les momens qu'elle nous donne à la
joie la plus douce. C'eft là l'effet infaillible
du vrai beau qui , en forçant notre
eſtime , en place naturellement l'éloge
fur des lévres qui, perfides par
belair
, ne fourioient qu'à la fauffeté & aux
ridicules du jour. La préfence de la
vertu , Madame , eft la minute où les
tons à la mode s'éclipfent & fe changent
en elle-même pour n'être embellis
que de fes attraits.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Nos petites Maîtreſſes vives , maniérées
& fertiles en platitudes que l'on
honore depuis longtemps du nom de
bons mots , & de grâces du jour , ne
vous trouvant ni la fcience des mines ,
ni les petiteffes déifiées , s'écrieront fans
doute , Ah ! peut - on lui reffembler ?
Croyez - moi , Madame , il n'en eft aucune
chez qui la voix du fentiment fe
faifant entendre dans le filence des paffions
, ne vous peignît adorable à leurs
yeux , & ne les fît tomber à vos pieds.
Dans ces momens le triomphe de l'honneur
& de la vertu , tout clinquant
étranger paroît dans fa laideur. Préfentez
-vous , on rougira ; on ne fe croira
au mieux qu'en fe parant de votre maintien
, qu'en fe faifant honneur des qualités
de votre âme. C'eft là l'empire
qu'obtiennent toujours , Madame , les
connoiffances éclairées , la pudeur & la
décence fur les erreurs & la frivolité,
Elles font cette illufion puiffante qui en
réveillant la fenfibilité de nos coeurs
épuisés par une continuité d'émotions
les ramène au naturel & leur fait éprou
ver des plaifirs délicieux , fruits ineftimables
de la Sageffe & de la Raifon ,
Il n'eft que l'intérêt perfonnel qui
puiffe divinifer les égaremens des feinSEPTEMBRE.
1763. 27
mes galantes , & l'inutilité de nos jolis
hommes. Lui feul fçait fe plier à tous
les airs de convention , & leur prêter
un éclat dont il eft glorieux de briller.
Ce font des fleurs que font naître le
defir ; leur beauté nous enchante pendant
qu'il dure ; elle n'existe plus lorſqu'il
eft fatisfait.
Dans un fiécle où l'aménité des
moeurs eft d'une délicateffe fi particulière
qu'une fantaifie fait naître des vapeurs
, & mène à l'évanouiffement , il
faut bien de l'habileté pour en perpétuer
la décence , & la faire reffortir au
fein même du délire . C'eft un rafinement
qu'il n'appartient qu'aux ufages
de pouvoir juftifier.
Le Ton du jour eft une vafte plaine
émaillée de mille fleurs, fur laquelle l'oeil
s'égare avec complaifance. Perſpective
délicieufe pour la molleffe , elle la fixe
par la variété de fes couleurs & la féduit
par fon parfum. Chaque pas qu'elle
y fait eft un plaifir , & ce plaifir eft
bientôt une ivreffe qui en enchaînant
tous fes fens , les affoupit pour toujours
dans les bras du préjugé . Une Coquette
à vingt ans eft une prude à quarante &
une dévote hypocrite à foixante . C'eſt
l'ordinaire effet de l'habitude , de la ſté-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
rilité du fentiment & de l'art de dérai
fonner. On ne ſe fait plus aux jours où
la féduction nous abandonne , à un genre
de vie qui demande des lumières &
des paffions fortes dont on ne jouit que
dans fon printemps.
L'eftime des hommes eft une offenſe
dont on fait peu de cas à l'âge du bonheur
; on y échange volontiers les égards
contre les tranfports ; le refpect y eft
toujours déplacé , & la témérité toujours
excufée. C'eft l'effet d'une éducation
négligée , d'où réſultent néceffairement
un goût pour la flatterie , une oifiveté dangereufe
, un efprit ouvert à toutes les
erreurs , & un coeur vuide qui s'offre
aux premières impreffions. Eft- il étonnant
après cela qu'une jeune perfonne
que l'on a entêtée jufques à quinze ans
de fes charmes extérieurs , qui ne conçoit
d'autre avantage que celui de plaire
& d'intéreffer , ne foit rapidement emportée
vers le tourbillon des ridicules
& des égaremens ?
Une mère qui s'idolâtre & dont la
diffipation a affoibli les principes de religion
& des bonnes moeurs , confie fes
enfans à des flatteurs appointés , vils efclaves.
du tempérament de leurs Elé-
-ves. Sa criminelle indifférence paffe dans
SEPTEMBRE . 1763 . 19
les coeurs de ces Pédagogues . S'occuperoient-
ils à corriger une jeuneffe indocile
, à modérer fes tranfports impétueux
, à éclairer fon efprit , à former
fon coeur, lorsqu'une mère frivole & coupable
ne s'attache qu'aux grâces du
maintien , & ne fait aucun cas des moeurs
& des lumières qu'elle regarde comme
des niaiferies très-déplacées , pour parvenir
à la confidération ? Où trouver cette
probité défintéreffée , attentive à fe foulever
contre les opinions , & les préjugés
en crédit , & à fe refuſer noblement à la
petiteffe des vues des parens qui n'ont
pas le foupçon du bon fens quand on
veut l'obliger à fe dégrader ? Cela eft en
vérité auffi rare , que le peu de foin qu'on
prend à faire de bons choix eft aujourd'hui
commun .
C'eſt un vice du temps qui ne permettant
point à la Raifon de ſe faire entendre
, foutient des erreurs que l'ignorance.
& la vanité ont rendu précieufes .
Une jeune Beauté n'a plus befoin que
de fçavoir figurer : L'étude , le fçavoir ,
travers infoutenables , la feroient fiffler
dans un monde poli qui parle merveilleufement
fur des riens , mais que l'on
excéderoit à périr , en ne fe prêtant
point à fa manière de voir. Ce n'eft
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
point qu'il ne fe croie en droit de juger
& de fe connoître à tout ; vous l'offenferiez
d'en douter ; mais vous vous exprimeriez
mieux , vous l'humiliriez , &
cela feroit , on ne peut pas moins amufant.
La ſcience de la toilette , des airs de
dignité , l'arrangement des mots , d'un
coup d'oeil , d'un gefte font devenus effentiels
pour être dans le meilleur air
& mériter une réputation brillante.
On voudroit fe perfuader que le Public
doit refpecter les écarts des gens
de qualité ; qu'il ne lui convient point
de rapprocher la diftance qui les fépare
, & de cenfurer févérement tout
ce qui bleffe fes moeurs & fon zèle facré
pour les loix de la nature. C'eft une prétention
ridicule . La Naiffance exige, fans
doute,des égards , mais la perfonne qu'elle
couvre de fon voile appartient à la fociété
, lui doit un compte exact de fes
vertus & de fes vices . L'efprit humain
ne fe fait point à ces diſtinctions, filles du
hazard , & de l'opinion . Il voit , il examine
il compare & décide hardiment
que l'on n'eft bien aux premiers gradins
du vaſte théâtre du monde , que par fon
mérite, les lumières & fon utilité au bonSEPTEMBRE
. 1763. 31
heur général. Tout être titré , qui n'eſt
rien par lui-même , eft un poids dont la
terré eft furchargée : c'eft un pavôt
qu'une distraction laiffe croître au milieu
des fleurs les plus rares , mais qui
découvert par un oeil attentif, eft bientôt
faifi par une main indignée pour être fur
le champ foulée aux pieds.
La fpirituelle & refpectable mère ,
MADAME , à laquelle vous devez le
jour , connoiffant parfaitement la vérité
de ces principes ,a compris qu'en ne vous
laiffant que fon nom , elle ne vous donnoit
qu'une enveloppe brillante ; & fon
coeur dans fa tendreffe pour vous a defiré
de vous embellir d'une réalité perfonnelle.
Que j'aime à me tranfporter à ces premiers
momens de votre éducation , où
une mère éclairée vous faifant paffer fucceffivement
de l'utile à l'agréable , vous
trouvoit chaque jour une grace nouvelle,
& s'enorgueilliffoit de vos fuccès !
Quel plaifir pour elle de développer les
difpofitions heureufes que vous teniez
de la nature , & de vous voir acquérir
avec une rapidité inconçevable les connoiffances
de la Morale , de l'Hiftoire
ce fentiment délicat , cette jufteffe de
l'efprit qui entrevoit d'un coup d'oeil , &
Biv Biv
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32
MERCURE DE FRANCE.
porte fur tous les objets un jugement
Toujours vrai !
Vous ne vous mépreniez pas , Madame
, à l'âge de douze ans , à la valeur
de ces mots que le bel ufage a confacré ,
& dont le coloris eft fi étudié , & l'expreffion
fi éloignée de la vérité. Vous
aviez cette pénétration fine qui analyſe
& fçait apprécier ? ... Eh ! que n'êtesvous
point à feize ? ... Quels efprits ne
fixeriez-vous point par les charmes de
votre converfation ? Quels coeurs ne feroient
pas émus , emportés par la mélodie
de votre voix , & par les fons harmonieux
de ces inftrumens , qui s'animant
fous vos doigts , font paffer dans
nos âmes le fentiment , les tranſports ,
& le délire de toutes les paffions ?
Je ne fçais , Madame , fi dans les momens
d'enthouſiaſme , la fineffe de votre
phyfionomie , & les graces qui fourient
dans vos yeux n'aident point à votre
triomphe. On vous voit , on vous entend
; tous les fens fixés à la fois font
dans une ivreffe qui ne permet point à
l'efprit de réfléchir , & à la Raiſon de
décider.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Paris 11 Août 1963 .
Fermer
12460
p. 172-184
Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Début :
Jamais le siécle n'a été plus éclairé que celui dans lequel nous vivons. L'esprit géométrique [...]
Mots clefs :
Enseigner le droit, Étudier le droit, Réflexions, Étude, Droit, Science
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Réflexions fur la maniere d'enfeigner &
d'étudier le Droit.
J
de
Amais fiécle n'a été plus éclairé que celui
dans lequel nous vivons. L'efprit géométrique
qui y regne , a porté la lumiere
dans les fciences & dans les arts. On ne fe
contente plus de connoiffances légeres &
fuperficielles , la Philofophie dans fes commencemens
, enveloppée des plus épaifes
ténébres , dans la fuite éclairée par
fauffes lueurs , eft aujourd'hui une ſcience
où l'on n'admet que ce qu'on comprend ,
& où l'on ne fe conduit que par des principes
connus. La Médecine long- tems fondée
fur les préjugés & fur l'expérience , eft
en état de rendre raifon de toutes fes opérations.
Les arts qui dépendent du goût &
de l'intelligence ne s'apprennent plus par
la feule pratique , mais encore par la méthode.
En tout on fe conduit d'une maniere
également prompte & fûre : on rend
raifon de tout , on démontre tout juſqu'aux
beautés de ftyle , jufqu'aux beautés de
fentiment .
Une ſcience feule femble n'avoir aucuSEPTEMBRE
1755. 173
ne part à ces progrès & à ces avantages ;
c'eft la fcience du droit , la plus belle néanmoins
par l'origine de fes maximes , la
plus intéreffante pour le bien de la fociété
, la plus fatisfaifante peut-être fi elle
étoit connue & pratiquée par des efprits
dignes de s'y appliquer. Nous avons vû
paroître de nos jours quelque compilation,
quelques éditions nouvelles augmentées
de notes , quelques abrégés d'ordinaire
fecs & décharnés , mais du refte aucun
ouvrage de génie en cette matiere ,
aucun ouvrage.
d'un caractere nouveau .
Plufieurs cauſes , il eft vrai , peuvent
produire cet inconvénient. Défauts dans
les difpofitions de ceux qui étudient cette
fcience ; défauts dans les livres qui la
renferment ; défaut dans la méthode de
l'enfeigner dans les Univerfités ; difcrédit
où elle eft dans l'efprit du public.
Les perfonnes qui étudient cette fcience
, font quelquefois celles qui l'envifagent
le moins dans fon objet & dans fes
principes. Les uns la regardent fimplement
comme l'inftrument de leur fortune , les
autres comme une occupation attachée à
leur état , & ce n'eft ni le befoin ni l'état
qui déterminent les qualités de l'efprit.
Les livres qui la renferment , font des
livres très-imparfaits. Le recueil des loix
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
compofé par Tribonien , eft un véritable
chaos plein d'obfcurités & de contradictions
vraies ou apparentes , où les vrais
principes font noyés dans la décifion des
cas particuliers répandus en des endroits
tout- à - fait différens , où ce qui eft préfenté
comme principe , n'eft fouvent
qu'une décifion d'un cas particulier , &
où le moindre défaut , quoique par luimême
très-conſidérable , eft le défaut de
méthode .
Malgré l'étendue de ce recueil , il s'en
faut bien qu'il contienne la décifion d'une
infinité de cas , c'eſt ce qui a donné lieu
à plufieurs Auteurs en différens tems de
ramaffer les décifions de ceux qui fe font
préfentés. Ces décifions n'ont pas toujours
été les mêmes fur les mêmes cas , le tems
donne des vûes & diffipe bien des erreurs.
Des réglemens d'ailleurs bons dans de cer
taines circonftances demandent d'être
changés ou modifiés dans d'autres ; mais
fi l'on continue ces fortes d'ouvrages ,
comment n'en fera-t-on pas accablé dans
les fuites ?
›
On trouve bien peu de reffources pour
réfoudre les difficultés dans certains auteurs
qui ont travaillé fur le droit , aucun
d'eux n'a guere connu la vraie méthode .
La plupart de ces interprêtes nés fans goût
SEPTEMBR E. 1755. 175
naturel , & écrivant dans un tems d'ignorance
& de ténébres ont rempli leurs écrits
des plus grandes inepties & des plus grandes
fadaifes. Ceux qui ont travaillé le plus
fenfément , ne ſe font point mis en peine
d'aider les commençans.
Il y en a qui ont travaillé d'une maniere
folide & profonde , on en convient
mais comme ils ne font point législateurs
eux-mêmes , & qu'ils n'ont fouvent que
leur opinion , quoique refpectable . Pour
les bien comprendre , & pour faire un
ufage affuré de leurs découvertes il fau
droit avoir étudié prefque autant qu'eux ,
& bien peu de perfonnes font dans le goût
& la fituation néceffaires pour cela . Au
furplus , ce peu de perfonnes ne feroient
pas , du moins de leur vivant , fort utiles
à la fociété.
Les Profeffeurs de cette fcience , foit
qu'ils n'ayent à faire qu'à une jeuneffe indocile
& ignorante , foit que leur ambition
fe trouve bornée par la place qu'ils
occupent , font fujets à enfeigner le Droit
d'une maniere peu noble & affez infructueufe.
Les fubtilités du Droit romain , &
plufieurs autres inutilités rempliffent leurs
cayers , ils acquierent par là plus de gloire,
& il y en a parmi eux qui ne font que trop
fouvent regardés que comme de vains dif-
Hiiij coureurs.
176 MERCURE DE FRANCE .
On fe contente aujourd'hui , comme on
s'eft prefque toujours contenté dans les
Univerfités , de dicter la premiere année
des études du droit des commentaires fur
les inftitutes de Juftinien , que chacun
compofe à fa fantaisie ; on y fuit communément
le même ordre qui s'y trouve , &
cet ordre n'eft point du tout méthodique.
Il n'y a point de page qui , pour être bien
comprife , n'ait beſoin de la page fuivante.
On eft réduit à expliquer ce qu'il y a
d'obfcur par des citations accablantes des
loix du Digefte , que la jeuneffe comprend
encore moins. C'eft porter un flambeau
éteint dans l'obfcurité de la nuit. On eft
fujet à y mêler une infinité de chofes inutiles
& hors d'ufage , qui font perdre de
vûe ce qu'il feroit utile de retenir.
Les autres années on explique quelques
titres du Digeſte , où il n'y a pas plus d'ordre
; on fe fatigue à concilier les contradictions
des loix par le fentiment des Interprêtes
, qui ne font pas toujours d'accord
entr'eux . On confond l'étude du
Droit romain avec l'étude du droit de fon
pays ; & comme chacun a des principes
différens , au lieu d'employer utilement
fon tems on le perd réellement , & on
n'apprend ni l'un ni l'autre .
Dans ces circonftances , l'expérience fait
1
SEPTEMRE. 1755. 177
voir , qu'il eft difficile a prendre le goût
de cette fcience ; & faute de l'avoir pris ,
le premier ufage qu'on fait de fa liberté ,
après ces études, eft d'oublier tout ce qu'on
a appris , & de fe féliciter de l'avoir oublié.
Il faut pourtant convenir , que malgré
ces difficultés , il fe trouve des perfonnes
qui s'appliquent à l'étude du droit , & qui
font en état de donner leur décifion fur
tous les différens qui fe rencontrent. Il s'en
trouve fans doute , & il s'en trouvera toujours.
Mais à la réferve d'un bien petit nombre
que l'amour de la gloire peut faire agir,
fi l'on confulte les autres , ou qu'on examine
de près leur conduite , on verra que
ce n'eft qu'un intérêt vil & méprifable en
pareil cas qui les conduit. La néceffité leur
fait furmonter les dégoûts inféparables du
commencement de cette étude , & dès
qu'ils en fçavent aſſez
décider ce qui
fe préfente , ils ne vont pas plus loin , &
n'approfondiffent pas.
pour
Il est aisé de voir combien le peu d'élévation
dans les fentimens chez des perfonnes
qui fe deſtinent à cette étude entraîne
d'inconvéniens , leurs lumieres en
deviennent fufpectes , les Juges en deviennent
incertains & irréfolus , les plaideurs
en deviennent capricieux & obſtinés.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Toutes ces miferes font tomber cette
fcience dans le difcrédit , les perfonnes
éclairées , les amateurs des autres fciences
qui n'en jugent que dans ceux qui la pratiquent
, en prennent de fauffes idées . Ils
voyent que certains ne la cultivent que
par un intérêt fordide , & s'ils penfent noblement
ne la regardent que comme un
métier. Ils la voyent pratiquée par des efprits
médiocres , fans goût & fans talens ,
& la regardent par- là comme une fcience
peu fatisfaifante , peu digne des recherches
d'un homme curieux & pénétrant. Ils
font confufément inftruits des longueurs
& des fombres détours de la chicane , de
la fauffe interprétation qu'on peut faire
des loix , & regardent comme effentiel à
cette fcience un abus qui lui eft entierement
étranger. C'eft ainfi que penfent des
connoiffeurs fenfés & judicieux en toute
autre rencontre. D'autre côté , une infinité
de gens oififs qui cherchent néanmoins
à orner leur efprit & à bien conduire leurs
affaires , regardent la plus légere étude du
droit comme quelque chofe entierement
au- deffus de leur portée , héfitent dans les
moindres chofes qui y ont rapport , & ont
toujours befoin des lumieres d'autrui
dans des chofes qu'ils auroient pû , fans
beaucoup de peine , voir diftinctement
par leurs propres yeux.
SEPTEMBRE. 1755. 179
Ainfi cette, fcience ne trouve prefque
plus perfonne qui l'étudie pour elle- même
tandis que plufieurs autres fciences
moins utiles trouvent des amateurs fideles
qui s'y attachent , qui y entrent , qui les
approfondiffent. Auffi eft elle fuivie de
bien peu d'honneur & de bien peu de gloi
re , fi l'on examine celle à laquelle elle
pourroit prétendre , & qui lui a été autrefois
accordée .
Quelle gloire en effet de faire fon occupation
de ce qui fait la vraie utilité
pu
blique , fi on la fait avec les talens , les
motifs , la dignité convénables ? Quelle
gloire n'ont pas eu parmi les Grecs ceux
qui les premiers ont travaillé à écrire & à
faire pratiquer des loix ? Quelle gloire
n'acqueroient pas les Jurifconfultes parmi
les Romains ? La fcience du Droit élevoit
anx emplois les plus brillans , aux poftes
les plus diftingués , & affuroit à ceux qui
la pratiquoient une vénération publique .
Seroit- il avantageux de remédier à l'inconvénient
dont on vient de parler : &
feroit-il impoffible d'y réuffir
Il femble qu'on ne peut méconnoître
les avantages qu'il y auroit de rendre l'étude
du Droit en même tems plus fami
liere & plus recommandable. Sans parler
de l'excellence du droit naturel , qu'on ne
1
>
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
peut méconnoître , qu'en n'étant homme
qu'à demi , fans rapporter les pompeux
éloges qui en font faits , fans parler du
droit public dont , quiconque prend intérêt
au bien de fa patrie , devroit defirer
d'être inftruit , l'étude elle - même du droit
civil n'eft pas fans utilité , ne fut - ce que
pour conduire fes propres affaires , pour
abandonner à propos des prétentions injuftes
, ou incertaines . Pour y parvenir , il
ne feroit pas néceffaire d'être Jurifconfulte
par état , ou Avocat confultant ; il fuffiroit
d'apprendre quelques principes & quelques
régles , dont le détail pourroit être
rendu intéreffant , & qui n'eft pas infini ,
d'y apporter une difpofition & une attention
qu'on emploie pour plufieurs chofes
qui entrent dans une éducation au- deffus
de la commune.
Il feroit donc à fouhaiter qu'on enſeignât
le droit avec la dignité & la méthode
convénables pour en faire naître le
goût de plus en plus , & pour en affurer
le progrès. Pour cet effet il conviendroit
peur- être que ceux qui font prépofés à cet
exercice , fuffent parfaitement inftruits
du droit de la nature & des gens , & qu'ils
viffent clairement dans ce droit le fondement
de tous les autres. On fçait qu'il y
a dans des états voifins , des Univerfités
SEPTEMBRE . 1755. 181
où il y a une chaire particuliere pour le
Droit de la nature & des gens. Il feroit à
fouhaiter qu'on fe départît de l'ancienne
forme d'enſeigner le droit , & qu'on s'appliquât
à donner les vrais élémens de cette
fcience , autant qu'elle en eft fufceptible .
Qu'on divifât les matieres , qu'on fît bien
fentir en chacune ce qui eft d'un droit immuable
d'avec ce qui n'eft que d'un droit
pofitif , qu'un avantage public a néanmoins
fait introduire ; qu'on fçût faire
comprendre ce que c'eft que la rigueur du
droit , & dans quel cas il eft permis d'y
apporter du tempérament. Il feroit fans
doute infiniment plus avantageux d'inftruire
la jeuneffe de ces principes , que de
leur apprendre le détail des régles , ils les
apprendroient affez enfuite d'eux-mêmes.
Les anciens Jurifconfultes qui ont compofé
des inftitutes du Droit romain , fembloient
avoir reconnu la néceffité de fe
fervir de principes dans l'étude de cette
fcience. Ils en avoient pofé au commencement
de leur ouvrage , mais principes fi
primitifs , fi généraux , que l'application
n'en peut pas beaucoup fervir dans le
détail , & d'ailleurs on n'en voit point
dans la fuite de cet ouvrage.
Suivant cette méthode , on pourroit enfeigner
la premiere année ce qui regarde
182 MERCURE DE FRANCE.
les conventions , & les autres engagemens
qui en font les fuites . Dans la feconde , ce
qui regarde les fucceffions & les matieres
teftamentaires. Dans la troifiéme , quelques
matieres qui ont une origine particuliere
, comme les matieres des fiefs , ou
quelques matieres du droit public.
Il eft à préfumer qu'en fuivant ce plan
avec foin , peu à peu le goût de cette fcience
prendroit ; on verroit les perfonnes même
qui ne fe deftinent pas à s'y appliquer
toute leur vie aimer à fe remplir de principes
qui feroient d'ufage dans la conduite
de leurs affaires ; on verroit des perfonnes
qui fe deſtinent à l'état eccléfiaftique
fe rendre capables par ce moyen d'être
dans la fociété d'une utilité infinie.
Un des foins principaux des Profeffeurs
devroit être de difcerner parmi ceux qui
étudient fous eux , ceux qui fe trouvent
avoir le génie de la fcience qu'on leur enfeigne.
On fçait qu'on entend par génie
l'aptitude naturelle que des perfonnes ont
de faire bien au prix d'une légere étude
ce que d'autres avec une étude pénible ne
parviennent à faire qu'imparfaitement . On
ne doit pas douter qu'il ne faille un génie
particulier pour l'étude des loix , un caractere
d'efprit fingulier une heurenfe pofition
de coeur. L'inſtruction ſeule & l'apSEPTEMBRE
. 1755. 183
plication ne fuffifent pas , l'expérience ie
démontre . Où font les compagnies un peu
nombreuſes où l'on ne voie bien fouvent
des Magiftrats qui , fans étude , mais par
une droiture d'efprit qui leur eft naturelle ,
vont au but & à la vraie décifion , tandis
qu'on en voit , qui ayant forcé leurs talens
, & s'étant remplis de connoiffances
femblent ne s'en fervir que pour donner à
gauche avec plus d'obftination .
Ce difcernement mériteroit d'autant
plus d'attention , que parmi ceux qui s'appliquent
à l'étude du droit , c'eft prefque
un hazard s'il en eft quelqu'un qui ait .
pour cette étude les difpofitions naturelles
. Sur cent écoliers qui prendront une
année des dégrés dans une Univerſité de
Droit , c'eft beaucoup s'il y en a trois qui
en faffent dans la fuite leur objet. Les autres
Gradués le négligent entierement. Ce
petit nombre dont on parle , ne fe détermine
que par des circonftances particulie
res où il fe trouve , comme la néceffité
de remplir quelque érat , ou de pourvoir
aux befoins de la vie. Difpofitions infuffifantes
, & avec lefquelles on ne va pas
loin.
Ce difcernement ainfi fait , ce feroit à
des Profeffeurs habiles & zélés pour la
gloire de leur art d'encourager les jeunes
་།
184 MERCURE DE FRANCE.
éleves en qui ils verroient luire les étincelles
de ce génie. Il ne le pourroient gueres
que par leurs exhortations , & par leurs
exemples : mais quand il y auroit dans
l'état quelque diftinction & quelque récompenfe
pour les génies peu communs ,
cela ne paroît pas devoir tirer à une grande
conféquence.
De Ville-Franche , de Rouergue ,
ce 15 Juillet 1755 .
d'étudier le Droit.
J
de
Amais fiécle n'a été plus éclairé que celui
dans lequel nous vivons. L'efprit géométrique
qui y regne , a porté la lumiere
dans les fciences & dans les arts. On ne fe
contente plus de connoiffances légeres &
fuperficielles , la Philofophie dans fes commencemens
, enveloppée des plus épaifes
ténébres , dans la fuite éclairée par
fauffes lueurs , eft aujourd'hui une ſcience
où l'on n'admet que ce qu'on comprend ,
& où l'on ne fe conduit que par des principes
connus. La Médecine long- tems fondée
fur les préjugés & fur l'expérience , eft
en état de rendre raifon de toutes fes opérations.
Les arts qui dépendent du goût &
de l'intelligence ne s'apprennent plus par
la feule pratique , mais encore par la méthode.
En tout on fe conduit d'une maniere
également prompte & fûre : on rend
raifon de tout , on démontre tout juſqu'aux
beautés de ftyle , jufqu'aux beautés de
fentiment .
Une ſcience feule femble n'avoir aucuSEPTEMBRE
1755. 173
ne part à ces progrès & à ces avantages ;
c'eft la fcience du droit , la plus belle néanmoins
par l'origine de fes maximes , la
plus intéreffante pour le bien de la fociété
, la plus fatisfaifante peut-être fi elle
étoit connue & pratiquée par des efprits
dignes de s'y appliquer. Nous avons vû
paroître de nos jours quelque compilation,
quelques éditions nouvelles augmentées
de notes , quelques abrégés d'ordinaire
fecs & décharnés , mais du refte aucun
ouvrage de génie en cette matiere ,
aucun ouvrage.
d'un caractere nouveau .
Plufieurs cauſes , il eft vrai , peuvent
produire cet inconvénient. Défauts dans
les difpofitions de ceux qui étudient cette
fcience ; défauts dans les livres qui la
renferment ; défaut dans la méthode de
l'enfeigner dans les Univerfités ; difcrédit
où elle eft dans l'efprit du public.
Les perfonnes qui étudient cette fcience
, font quelquefois celles qui l'envifagent
le moins dans fon objet & dans fes
principes. Les uns la regardent fimplement
comme l'inftrument de leur fortune , les
autres comme une occupation attachée à
leur état , & ce n'eft ni le befoin ni l'état
qui déterminent les qualités de l'efprit.
Les livres qui la renferment , font des
livres très-imparfaits. Le recueil des loix
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
compofé par Tribonien , eft un véritable
chaos plein d'obfcurités & de contradictions
vraies ou apparentes , où les vrais
principes font noyés dans la décifion des
cas particuliers répandus en des endroits
tout- à - fait différens , où ce qui eft préfenté
comme principe , n'eft fouvent
qu'une décifion d'un cas particulier , &
où le moindre défaut , quoique par luimême
très-conſidérable , eft le défaut de
méthode .
Malgré l'étendue de ce recueil , il s'en
faut bien qu'il contienne la décifion d'une
infinité de cas , c'eſt ce qui a donné lieu
à plufieurs Auteurs en différens tems de
ramaffer les décifions de ceux qui fe font
préfentés. Ces décifions n'ont pas toujours
été les mêmes fur les mêmes cas , le tems
donne des vûes & diffipe bien des erreurs.
Des réglemens d'ailleurs bons dans de cer
taines circonftances demandent d'être
changés ou modifiés dans d'autres ; mais
fi l'on continue ces fortes d'ouvrages ,
comment n'en fera-t-on pas accablé dans
les fuites ?
›
On trouve bien peu de reffources pour
réfoudre les difficultés dans certains auteurs
qui ont travaillé fur le droit , aucun
d'eux n'a guere connu la vraie méthode .
La plupart de ces interprêtes nés fans goût
SEPTEMBR E. 1755. 175
naturel , & écrivant dans un tems d'ignorance
& de ténébres ont rempli leurs écrits
des plus grandes inepties & des plus grandes
fadaifes. Ceux qui ont travaillé le plus
fenfément , ne ſe font point mis en peine
d'aider les commençans.
Il y en a qui ont travaillé d'une maniere
folide & profonde , on en convient
mais comme ils ne font point législateurs
eux-mêmes , & qu'ils n'ont fouvent que
leur opinion , quoique refpectable . Pour
les bien comprendre , & pour faire un
ufage affuré de leurs découvertes il fau
droit avoir étudié prefque autant qu'eux ,
& bien peu de perfonnes font dans le goût
& la fituation néceffaires pour cela . Au
furplus , ce peu de perfonnes ne feroient
pas , du moins de leur vivant , fort utiles
à la fociété.
Les Profeffeurs de cette fcience , foit
qu'ils n'ayent à faire qu'à une jeuneffe indocile
& ignorante , foit que leur ambition
fe trouve bornée par la place qu'ils
occupent , font fujets à enfeigner le Droit
d'une maniere peu noble & affez infructueufe.
Les fubtilités du Droit romain , &
plufieurs autres inutilités rempliffent leurs
cayers , ils acquierent par là plus de gloire,
& il y en a parmi eux qui ne font que trop
fouvent regardés que comme de vains dif-
Hiiij coureurs.
176 MERCURE DE FRANCE .
On fe contente aujourd'hui , comme on
s'eft prefque toujours contenté dans les
Univerfités , de dicter la premiere année
des études du droit des commentaires fur
les inftitutes de Juftinien , que chacun
compofe à fa fantaisie ; on y fuit communément
le même ordre qui s'y trouve , &
cet ordre n'eft point du tout méthodique.
Il n'y a point de page qui , pour être bien
comprife , n'ait beſoin de la page fuivante.
On eft réduit à expliquer ce qu'il y a
d'obfcur par des citations accablantes des
loix du Digefte , que la jeuneffe comprend
encore moins. C'eft porter un flambeau
éteint dans l'obfcurité de la nuit. On eft
fujet à y mêler une infinité de chofes inutiles
& hors d'ufage , qui font perdre de
vûe ce qu'il feroit utile de retenir.
Les autres années on explique quelques
titres du Digeſte , où il n'y a pas plus d'ordre
; on fe fatigue à concilier les contradictions
des loix par le fentiment des Interprêtes
, qui ne font pas toujours d'accord
entr'eux . On confond l'étude du
Droit romain avec l'étude du droit de fon
pays ; & comme chacun a des principes
différens , au lieu d'employer utilement
fon tems on le perd réellement , & on
n'apprend ni l'un ni l'autre .
Dans ces circonftances , l'expérience fait
1
SEPTEMRE. 1755. 177
voir , qu'il eft difficile a prendre le goût
de cette fcience ; & faute de l'avoir pris ,
le premier ufage qu'on fait de fa liberté ,
après ces études, eft d'oublier tout ce qu'on
a appris , & de fe féliciter de l'avoir oublié.
Il faut pourtant convenir , que malgré
ces difficultés , il fe trouve des perfonnes
qui s'appliquent à l'étude du droit , & qui
font en état de donner leur décifion fur
tous les différens qui fe rencontrent. Il s'en
trouve fans doute , & il s'en trouvera toujours.
Mais à la réferve d'un bien petit nombre
que l'amour de la gloire peut faire agir,
fi l'on confulte les autres , ou qu'on examine
de près leur conduite , on verra que
ce n'eft qu'un intérêt vil & méprifable en
pareil cas qui les conduit. La néceffité leur
fait furmonter les dégoûts inféparables du
commencement de cette étude , & dès
qu'ils en fçavent aſſez
décider ce qui
fe préfente , ils ne vont pas plus loin , &
n'approfondiffent pas.
pour
Il est aisé de voir combien le peu d'élévation
dans les fentimens chez des perfonnes
qui fe deſtinent à cette étude entraîne
d'inconvéniens , leurs lumieres en
deviennent fufpectes , les Juges en deviennent
incertains & irréfolus , les plaideurs
en deviennent capricieux & obſtinés.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Toutes ces miferes font tomber cette
fcience dans le difcrédit , les perfonnes
éclairées , les amateurs des autres fciences
qui n'en jugent que dans ceux qui la pratiquent
, en prennent de fauffes idées . Ils
voyent que certains ne la cultivent que
par un intérêt fordide , & s'ils penfent noblement
ne la regardent que comme un
métier. Ils la voyent pratiquée par des efprits
médiocres , fans goût & fans talens ,
& la regardent par- là comme une fcience
peu fatisfaifante , peu digne des recherches
d'un homme curieux & pénétrant. Ils
font confufément inftruits des longueurs
& des fombres détours de la chicane , de
la fauffe interprétation qu'on peut faire
des loix , & regardent comme effentiel à
cette fcience un abus qui lui eft entierement
étranger. C'eft ainfi que penfent des
connoiffeurs fenfés & judicieux en toute
autre rencontre. D'autre côté , une infinité
de gens oififs qui cherchent néanmoins
à orner leur efprit & à bien conduire leurs
affaires , regardent la plus légere étude du
droit comme quelque chofe entierement
au- deffus de leur portée , héfitent dans les
moindres chofes qui y ont rapport , & ont
toujours befoin des lumieres d'autrui
dans des chofes qu'ils auroient pû , fans
beaucoup de peine , voir diftinctement
par leurs propres yeux.
SEPTEMBRE. 1755. 179
Ainfi cette, fcience ne trouve prefque
plus perfonne qui l'étudie pour elle- même
tandis que plufieurs autres fciences
moins utiles trouvent des amateurs fideles
qui s'y attachent , qui y entrent , qui les
approfondiffent. Auffi eft elle fuivie de
bien peu d'honneur & de bien peu de gloi
re , fi l'on examine celle à laquelle elle
pourroit prétendre , & qui lui a été autrefois
accordée .
Quelle gloire en effet de faire fon occupation
de ce qui fait la vraie utilité
pu
blique , fi on la fait avec les talens , les
motifs , la dignité convénables ? Quelle
gloire n'ont pas eu parmi les Grecs ceux
qui les premiers ont travaillé à écrire & à
faire pratiquer des loix ? Quelle gloire
n'acqueroient pas les Jurifconfultes parmi
les Romains ? La fcience du Droit élevoit
anx emplois les plus brillans , aux poftes
les plus diftingués , & affuroit à ceux qui
la pratiquoient une vénération publique .
Seroit- il avantageux de remédier à l'inconvénient
dont on vient de parler : &
feroit-il impoffible d'y réuffir
Il femble qu'on ne peut méconnoître
les avantages qu'il y auroit de rendre l'étude
du Droit en même tems plus fami
liere & plus recommandable. Sans parler
de l'excellence du droit naturel , qu'on ne
1
>
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
peut méconnoître , qu'en n'étant homme
qu'à demi , fans rapporter les pompeux
éloges qui en font faits , fans parler du
droit public dont , quiconque prend intérêt
au bien de fa patrie , devroit defirer
d'être inftruit , l'étude elle - même du droit
civil n'eft pas fans utilité , ne fut - ce que
pour conduire fes propres affaires , pour
abandonner à propos des prétentions injuftes
, ou incertaines . Pour y parvenir , il
ne feroit pas néceffaire d'être Jurifconfulte
par état , ou Avocat confultant ; il fuffiroit
d'apprendre quelques principes & quelques
régles , dont le détail pourroit être
rendu intéreffant , & qui n'eft pas infini ,
d'y apporter une difpofition & une attention
qu'on emploie pour plufieurs chofes
qui entrent dans une éducation au- deffus
de la commune.
Il feroit donc à fouhaiter qu'on enſeignât
le droit avec la dignité & la méthode
convénables pour en faire naître le
goût de plus en plus , & pour en affurer
le progrès. Pour cet effet il conviendroit
peur- être que ceux qui font prépofés à cet
exercice , fuffent parfaitement inftruits
du droit de la nature & des gens , & qu'ils
viffent clairement dans ce droit le fondement
de tous les autres. On fçait qu'il y
a dans des états voifins , des Univerfités
SEPTEMBRE . 1755. 181
où il y a une chaire particuliere pour le
Droit de la nature & des gens. Il feroit à
fouhaiter qu'on fe départît de l'ancienne
forme d'enſeigner le droit , & qu'on s'appliquât
à donner les vrais élémens de cette
fcience , autant qu'elle en eft fufceptible .
Qu'on divifât les matieres , qu'on fît bien
fentir en chacune ce qui eft d'un droit immuable
d'avec ce qui n'eft que d'un droit
pofitif , qu'un avantage public a néanmoins
fait introduire ; qu'on fçût faire
comprendre ce que c'eft que la rigueur du
droit , & dans quel cas il eft permis d'y
apporter du tempérament. Il feroit fans
doute infiniment plus avantageux d'inftruire
la jeuneffe de ces principes , que de
leur apprendre le détail des régles , ils les
apprendroient affez enfuite d'eux-mêmes.
Les anciens Jurifconfultes qui ont compofé
des inftitutes du Droit romain , fembloient
avoir reconnu la néceffité de fe
fervir de principes dans l'étude de cette
fcience. Ils en avoient pofé au commencement
de leur ouvrage , mais principes fi
primitifs , fi généraux , que l'application
n'en peut pas beaucoup fervir dans le
détail , & d'ailleurs on n'en voit point
dans la fuite de cet ouvrage.
Suivant cette méthode , on pourroit enfeigner
la premiere année ce qui regarde
182 MERCURE DE FRANCE.
les conventions , & les autres engagemens
qui en font les fuites . Dans la feconde , ce
qui regarde les fucceffions & les matieres
teftamentaires. Dans la troifiéme , quelques
matieres qui ont une origine particuliere
, comme les matieres des fiefs , ou
quelques matieres du droit public.
Il eft à préfumer qu'en fuivant ce plan
avec foin , peu à peu le goût de cette fcience
prendroit ; on verroit les perfonnes même
qui ne fe deftinent pas à s'y appliquer
toute leur vie aimer à fe remplir de principes
qui feroient d'ufage dans la conduite
de leurs affaires ; on verroit des perfonnes
qui fe deſtinent à l'état eccléfiaftique
fe rendre capables par ce moyen d'être
dans la fociété d'une utilité infinie.
Un des foins principaux des Profeffeurs
devroit être de difcerner parmi ceux qui
étudient fous eux , ceux qui fe trouvent
avoir le génie de la fcience qu'on leur enfeigne.
On fçait qu'on entend par génie
l'aptitude naturelle que des perfonnes ont
de faire bien au prix d'une légere étude
ce que d'autres avec une étude pénible ne
parviennent à faire qu'imparfaitement . On
ne doit pas douter qu'il ne faille un génie
particulier pour l'étude des loix , un caractere
d'efprit fingulier une heurenfe pofition
de coeur. L'inſtruction ſeule & l'apSEPTEMBRE
. 1755. 183
plication ne fuffifent pas , l'expérience ie
démontre . Où font les compagnies un peu
nombreuſes où l'on ne voie bien fouvent
des Magiftrats qui , fans étude , mais par
une droiture d'efprit qui leur eft naturelle ,
vont au but & à la vraie décifion , tandis
qu'on en voit , qui ayant forcé leurs talens
, & s'étant remplis de connoiffances
femblent ne s'en fervir que pour donner à
gauche avec plus d'obftination .
Ce difcernement mériteroit d'autant
plus d'attention , que parmi ceux qui s'appliquent
à l'étude du droit , c'eft prefque
un hazard s'il en eft quelqu'un qui ait .
pour cette étude les difpofitions naturelles
. Sur cent écoliers qui prendront une
année des dégrés dans une Univerſité de
Droit , c'eft beaucoup s'il y en a trois qui
en faffent dans la fuite leur objet. Les autres
Gradués le négligent entierement. Ce
petit nombre dont on parle , ne fe détermine
que par des circonftances particulie
res où il fe trouve , comme la néceffité
de remplir quelque érat , ou de pourvoir
aux befoins de la vie. Difpofitions infuffifantes
, & avec lefquelles on ne va pas
loin.
Ce difcernement ainfi fait , ce feroit à
des Profeffeurs habiles & zélés pour la
gloire de leur art d'encourager les jeunes
་།
184 MERCURE DE FRANCE.
éleves en qui ils verroient luire les étincelles
de ce génie. Il ne le pourroient gueres
que par leurs exhortations , & par leurs
exemples : mais quand il y auroit dans
l'état quelque diftinction & quelque récompenfe
pour les génies peu communs ,
cela ne paroît pas devoir tirer à une grande
conféquence.
De Ville-Franche , de Rouergue ,
ce 15 Juillet 1755 .
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Résumé : Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Le texte 'Réflexions sur la manière d'enseigner et d'étudier le Droit' met en lumière le retard de la science juridique par rapport aux autres disciplines, telles que la philosophie et la médecine, qui ont progressé grâce à des méthodes rigoureuses et à la raison. Plusieurs facteurs expliquent ce retard, notamment les défauts des étudiants, les imperfections des livres de droit et les méthodes d'enseignement inefficaces dans les universités. Les étudiants voient souvent le droit comme un moyen de fortune ou une obligation professionnelle, plutôt que comme une science à étudier pour elle-même. Les livres de droit, comme le recueil des lois compilé par Tribonien, sont décrits comme chaotiques et pleins de contradictions. Les auteurs de ces ouvrages sont critiqués pour leur manque de méthode et de clarté. Les professeurs, quant à eux, enseignent de manière peu noble et infructueuse, se concentrant sur des subtilités inutiles et des inutilités. L'enseignement du droit dans les universités est critiqué pour son manque de méthode et d'ordre. Les étudiants sont souvent submergés par des citations et des explications obscures, ce qui rend l'apprentissage difficile et inefficace. En conséquence, beaucoup d'étudiants perdent rapidement l'intérêt pour cette science après leurs études. Le texte suggère que l'étude du droit pourrait être rendue plus attrayante et utile en adoptant une méthode d'enseignement plus structurée et en se concentrant sur les principes fondamentaux. Il propose de diviser les matières en sections distinctes, comme les conventions, les successions et les matières testamentaires, et d'enseigner les principes immuables du droit naturel et des gens. Cela permettrait aux étudiants de mieux comprendre et d'appliquer les règles juridiques dans leur vie quotidienne et professionnelle. Le texte insiste également sur l'importance pour les professeurs de distinguer les étudiants dotés d'un génie particulier pour la science qu'ils enseignent. Le génie est défini comme une aptitude naturelle permettant de réussir avec peu d'efforts, contrairement à ceux qui nécessitent des études pénibles pour obtenir des résultats imparfaits. Cette aptitude est particulièrement cruciale dans l'étude des lois, où l'instruction et l'application seules ne suffisent pas. Le texte observe que dans certaines compagnies, des magistrats sans étude approfondie mais avec une droiture d'esprit naturelle parviennent à des décisions justes, tandis que d'autres, malgré leurs connaissances, les utilisent de manière inefficace. Le texte souligne que parmi les étudiants en droit, il est rare de trouver ceux ayant des dispositions naturelles pour cette étude. Sur cent écoliers obtenant un diplôme en droit, seulement trois environ poursuivront cette carrière par la suite. Les autres négligent cette voie, souvent poussés par des circonstances spécifiques comme la nécessité de subvenir à leurs besoins. Après avoir identifié ces étudiants talentueux, les professeurs devraient les encourager par leurs exhortations et leurs exemples. Cependant, l'instauration de distinctions ou de récompenses pour ces génies dans l'état semble avoir une portée limitée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12461
p. 51
VERS à M. LEGROS, nouvelle Haute-contre de l'Opéra.
Début :
QU'ENTENS-je ! Est-ce un Mortel qui rend de si beaux sons ? [...]
Mots clefs :
Opéra, Mortel, Dieux, Sons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à M. LEGROS, nouvelle Haute-contre de l'Opéra.
VERs à M. LEGRos, nouvelle Haute
contre de l'Opéra.
#
-
-
Qº'nrrns-je Eſt-ce un Mortel qui rend de
ſi beaux ſons ?
Quels accens ! quels éclats ! grands Dieux, quelle
merveille !
Depuis ſi longtemps mon oreille
Eſt ſi peu faite à ces ſublimes tons,
Que je doute encor ſi je veille.
Mais c'eſt lui, je le reconnais ;
C'eſt Apollon, c'eſt mon Dieu tutélaire ;
, C'eſt lui qui deſcend ſur la Tèrre
Pour mettre fin à nos regrèts.
Ce Dieu très-ſûr qu'il étoit impoſſible
Qu'un Mortel remplacât le divin enchanteur,
Dont chaque jour la perte trop ſenſible
. Renouvelloit notre juſte douleur ;
Touché de notre peine extrême,
Quitte exprès le ſéjour des Dieux,
Se rend viſible, & vient dans ces beaux lieux,
Sous les traits de LE GRos , nous enchanter lui
· · même.
Mipimºgimiyºsºmeie ;
contre de l'Opéra.
#
-
-
Qº'nrrns-je Eſt-ce un Mortel qui rend de
ſi beaux ſons ?
Quels accens ! quels éclats ! grands Dieux, quelle
merveille !
Depuis ſi longtemps mon oreille
Eſt ſi peu faite à ces ſublimes tons,
Que je doute encor ſi je veille.
Mais c'eſt lui, je le reconnais ;
C'eſt Apollon, c'eſt mon Dieu tutélaire ;
, C'eſt lui qui deſcend ſur la Tèrre
Pour mettre fin à nos regrèts.
Ce Dieu très-ſûr qu'il étoit impoſſible
Qu'un Mortel remplacât le divin enchanteur,
Dont chaque jour la perte trop ſenſible
. Renouvelloit notre juſte douleur ;
Touché de notre peine extrême,
Quitte exprès le ſéjour des Dieux,
Se rend viſible, & vient dans ces beaux lieux,
Sous les traits de LE GRos , nous enchanter lui
· · même.
Mipimºgimiyºsºmeie ;
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12462
p. 191-192
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Début :
Vous n'ignorez pas M. que dans la distribution des graces, il [...]
Mots clefs :
Grâces, Régent, Marquis, Maréchal, Régiment, Compagnie, Mousquetaires, Corrections
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
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12463
p. [2483]-[2484]
Errata du mois de Septembre.
Début :
Page 2111.ligne 18.Romancé, lisez Romanée, Ibid. Les Serrieres , l. les Perrieres. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata du mois de Septembre.
Errata du mois de Septembre.
Page 2111.ligne 18.Romancé, liſez Romanée;
Ibid. Les Serrieres , l. les Perrieres .
Pag. 2112. lig. 15. echauffée , L. exhaussée .
Pag- 2114. lig 27. 130 et 140 liv . l . 140 et 150
livres .
Ce dernier prix est celui du Vin de M.le Prieur
de Saint-Marien.
Pag. 2115, lig. 28. Tabeliers , l . Gabeliers;
Pag. 2116. lig. 21. Ecouleves , l . Ecoulives.
Pag. 2119. lig. 2. laboureur , l. laborieux.
Ibid. lig. 7. vente , vertu.
Pug. 2122. lig. 3. de la note , 1723. l. 1724.
Pag. 2157.
Page 2111.ligne 18.Romancé, liſez Romanée;
Ibid. Les Serrieres , l. les Perrieres .
Pag. 2112. lig. 15. echauffée , L. exhaussée .
Pag- 2114. lig 27. 130 et 140 liv . l . 140 et 150
livres .
Ce dernier prix est celui du Vin de M.le Prieur
de Saint-Marien.
Pag. 2115, lig. 28. Tabeliers , l . Gabeliers;
Pag. 2116. lig. 21. Ecouleves , l . Ecoulives.
Pag. 2119. lig. 2. laboureur , l. laborieux.
Ibid. lig. 7. vente , vertu.
Pug. 2122. lig. 3. de la note , 1723. l. 1724.
Pag. 2157.
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Résumé : Errata du mois de Septembre.
Le document liste les corrections pour un texte en septembre, spécifiant page, ligne et mot incorrect. Exemples : 'Romancé' en 'Romanée' à la page 2111, 'Les Serrieres' en 'les Perrieres'. Il inclut aussi une correction de prix pour le vin de M. le Prieur de Saint-Marien et une correction de date de 1723 à 1724.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12464
p. [2484]
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 2276. ligne 3. humides, lisez Numides. Pag. 2296.lig. 2. che , ôtez ce mot. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.",
Page 2276. ligne 3. humides, lifez Numides.
Pag. 2296.lig. 2. che , ôtez ce mot.
Pag. 2306. lig. 9. jusqu'à , l. jusques à.
Pag. 2308. lig. 7. cocher , l. cacher.
Pag. 2357. lig. 19. tros , l . trop.
Pag. 2358. lig. 8. juger , 1. juges,
Pag. 2365.lig. 19. Secte , Italique.
P. 2366. après le Vers Si vous &c. ajoûtez ,
qui me possede un jour , peut imposer des
Loix. Enfin &c.
Pe 2432. l. 6. son lisez de son
P.
2434 1.
> "
7. auprès , l. au prix.
de ses.
P. 2374. l. 9. l'obscurité , 1. l'obscenité.
P. 2385. l. 6. luisoit , l. luiroit.
> P. 2388. 1. 2. M. de la Motte
mettez entre
deux Parantheses.
P. 2437. l. 15. fruits , l. fours.
P. 2442. l. 15. est au lit , l est retenu au.
P. 2447. 1. 23. quinte , l. 15.
P. 2452. l. 11. öptetaire , 1. opterre.
P. 2453. l. 15. plus , 1. plût.
P. 2457. l. 7. Despannes , l. Despennes
Page 2276. ligne 3. humides, lifez Numides.
Pag. 2296.lig. 2. che , ôtez ce mot.
Pag. 2306. lig. 9. jusqu'à , l. jusques à.
Pag. 2308. lig. 7. cocher , l. cacher.
Pag. 2357. lig. 19. tros , l . trop.
Pag. 2358. lig. 8. juger , 1. juges,
Pag. 2365.lig. 19. Secte , Italique.
P. 2366. après le Vers Si vous &c. ajoûtez ,
qui me possede un jour , peut imposer des
Loix. Enfin &c.
Pe 2432. l. 6. son lisez de son
P.
2434 1.
> "
7. auprès , l. au prix.
de ses.
P. 2374. l. 9. l'obscurité , 1. l'obscenité.
P. 2385. l. 6. luisoit , l. luiroit.
> P. 2388. 1. 2. M. de la Motte
mettez entre
deux Parantheses.
P. 2437. l. 15. fruits , l. fours.
P. 2442. l. 15. est au lit , l est retenu au.
P. 2447. 1. 23. quinte , l. 15.
P. 2452. l. 11. öptetaire , 1. opterre.
P. 2453. l. 15. plus , 1. plût.
P. 2457. l. 7. Despannes , l. Despennes
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Résumé : Fautes à corriger dans ce Livre.
Le document liste des corrections à apporter dans un livre. Les modifications concernent des erreurs de mots, d'orthographe et de typographie sur diverses pages et lignes. Par exemple, remplacer 'lifez' par 'humides Numides' à la page 2276, ligne 3, et mettre 'Secte' en italique à la page 2365, ligne 19.
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12465
p. [2484]
« La Médaille gravée doit regarder la page 2278 L'Air noté, celle de 2411 [...] »
Début :
La Médaille gravée doit regarder la page 2278 L'Air noté, celle de 2411 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Médaille gravée doit regarder la page 2278 L'Air noté, celle de 2411 [...] »
La Médaille gravée doit regarder la page 2278 L'Air noté, celle de 2411
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12466
p. 192-195
Avis au Public.
Début :
L'Auteur du Mercure reconnoît tous les jours de plus [...]
Mots clefs :
Lecteur, Auteur, Matières, Mémoire, Réflexions politiques, Annonce, Roman de chevalerie, Chants, Traducteur, Poème
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texteReconnaissance textuelle : Avis au Public.
Avis au Public.
L'Auteur du Mercure reconnoît
tous les jours de plus en plus , qu'il
a befin neceffairement des bontez
du Public , pour la continuation de fon
Journal : c'eft un ouvrage qui ne peut
fe fûtenir, que par quelque forte
d'indulgence pour fon travail. Il la
MERCURE. 193
lui demande donc tres -humblement,
& prie en même temps les perfonnes
curieufes de ne lui point refufer les
fecours de leur Porte-feüille ; fi elles
fouhaitent , qu'il n'abandonne pas un
livre qui deviendroit infailliblement
à charge , autant au Lecteur qu'à
l'Auteur. On adreffera les pacquets
deſtinez pour le Mercure , affranchis
de port, à M. Pierre Ribou , Quay des
Auguftins, à l'Image S. Louis ; finon
ils resteront au rebut.
On a efté obligé par l'abondance
des ma:ieres du temps , de renvoyer
differentes Pieces au mois d'Avril.
Entr'autres ,unMemoire trés - curieux
de feu M. le Maréchal de Rofen ;
l'Extrait des Reflexions Politiques &
Morales ; la fuite des Tables de l'extinction
des Rentes amorties,depuis
l'impofition des Taxes fur les Gens
d'affaires ; le précis des Edits &
Declarations , &c . l'Annonce des Livres
nouveaux ; le Compliment de
Meffieurs de la Bafoche , & c.
On vend chez Pierre Ribou , fur
le Quay des Auguftins , à l'Image
S.,Loüis, un Livre nouvellement imprimé
lous le Titre de Roland l'A194
LE NOUVEAU
moureux de Matheo Maria Boyardo,
Conte di Scandiano , en deux vol.
In douze , ornez de figures , le prix
eft de 5. liv .
tes y
Cet ouvrage eft un de ces Romans
de Chevalerie, qui ne plaifent que
par la varieté & la fingularité des
Avantures , mais où l'on ne doit
point efpérer de vrai - femblance
d'ordre , ni de liaifon ; les Hiftoriefont
contées naivement , les
Fictions galantes font heureufement
imaginées. Le fublime cependant
ne s'y rencontre que rarement : ce
n'eft pas à la verité manque de
Heros ; car on pouroit prefque en
conter dans ce Poëme , autant qu'il
y a de Chants ; mais quoique Pairs
de France , ils font par fois brutaux
& groffiers : pour s'en convaincre ,
qu'on fe donne la peine de lire le
Combat de Renaud & de Roland
devantAlbraque, on y verra le Comte
d'Angers , traiter le Seigneur de
Montauban,de Voleur de grand chemin
, & celui-ci, reprocher à l'autre ,
d'avoir employé la trahifon contre
tous les Guerriers qu'il avoit vaincu .
Le nouveau Traducteur avoit trop
MER CURE. 195
de difcernement pour ne pas fentir
qu'une querelle digne des Achilles
& des Agamemnon , ne feroit nullement
de nôtre goût . auffi l'a-t'il judicieufement
retranchée & adoucie :
il en a fait autant de la converfation
de ces deux Paladins à leur fortie de
chez la Fée Morgagne , du combat
d'Agrican fuivi de fa converfion &
quelques chants après de fa Canonization
; enfin dans plufieurs endroits
, il a fçu réformer avec difcernement,
la plupart des Avantures
qui , dans l'Original , ne font quelquesfois
ni ammenées , ni finies . De
forte que par tous les petits changements
que le Traducteur a fait à
propos ; ce Poëme Italien eft devenu
très amuſant dans nôtre Langue :
car quoique le ftile du Boyard pêche
par la baffeffe : on ne s'en aperçoit
point du tout dans la nouvelle Traduction,
d'où je conclus que l'Auteur
s'eft fait du moins autant d'honneur,
qu'auPoëte, qu'il nous a fait conoître
On trouve chez Pierre Prault , à
l'entrée du Quay de Gêvres , tous
les Edits , Déclarations , Arrefts & c ,
tant anciens , que nouveaux.
FIN.
L'Auteur du Mercure reconnoît
tous les jours de plus en plus , qu'il
a befin neceffairement des bontez
du Public , pour la continuation de fon
Journal : c'eft un ouvrage qui ne peut
fe fûtenir, que par quelque forte
d'indulgence pour fon travail. Il la
MERCURE. 193
lui demande donc tres -humblement,
& prie en même temps les perfonnes
curieufes de ne lui point refufer les
fecours de leur Porte-feüille ; fi elles
fouhaitent , qu'il n'abandonne pas un
livre qui deviendroit infailliblement
à charge , autant au Lecteur qu'à
l'Auteur. On adreffera les pacquets
deſtinez pour le Mercure , affranchis
de port, à M. Pierre Ribou , Quay des
Auguftins, à l'Image S. Louis ; finon
ils resteront au rebut.
On a efté obligé par l'abondance
des ma:ieres du temps , de renvoyer
differentes Pieces au mois d'Avril.
Entr'autres ,unMemoire trés - curieux
de feu M. le Maréchal de Rofen ;
l'Extrait des Reflexions Politiques &
Morales ; la fuite des Tables de l'extinction
des Rentes amorties,depuis
l'impofition des Taxes fur les Gens
d'affaires ; le précis des Edits &
Declarations , &c . l'Annonce des Livres
nouveaux ; le Compliment de
Meffieurs de la Bafoche , & c.
On vend chez Pierre Ribou , fur
le Quay des Auguftins , à l'Image
S.,Loüis, un Livre nouvellement imprimé
lous le Titre de Roland l'A194
LE NOUVEAU
moureux de Matheo Maria Boyardo,
Conte di Scandiano , en deux vol.
In douze , ornez de figures , le prix
eft de 5. liv .
tes y
Cet ouvrage eft un de ces Romans
de Chevalerie, qui ne plaifent que
par la varieté & la fingularité des
Avantures , mais où l'on ne doit
point efpérer de vrai - femblance
d'ordre , ni de liaifon ; les Hiftoriefont
contées naivement , les
Fictions galantes font heureufement
imaginées. Le fublime cependant
ne s'y rencontre que rarement : ce
n'eft pas à la verité manque de
Heros ; car on pouroit prefque en
conter dans ce Poëme , autant qu'il
y a de Chants ; mais quoique Pairs
de France , ils font par fois brutaux
& groffiers : pour s'en convaincre ,
qu'on fe donne la peine de lire le
Combat de Renaud & de Roland
devantAlbraque, on y verra le Comte
d'Angers , traiter le Seigneur de
Montauban,de Voleur de grand chemin
, & celui-ci, reprocher à l'autre ,
d'avoir employé la trahifon contre
tous les Guerriers qu'il avoit vaincu .
Le nouveau Traducteur avoit trop
MER CURE. 195
de difcernement pour ne pas fentir
qu'une querelle digne des Achilles
& des Agamemnon , ne feroit nullement
de nôtre goût . auffi l'a-t'il judicieufement
retranchée & adoucie :
il en a fait autant de la converfation
de ces deux Paladins à leur fortie de
chez la Fée Morgagne , du combat
d'Agrican fuivi de fa converfion &
quelques chants après de fa Canonization
; enfin dans plufieurs endroits
, il a fçu réformer avec difcernement,
la plupart des Avantures
qui , dans l'Original , ne font quelquesfois
ni ammenées , ni finies . De
forte que par tous les petits changements
que le Traducteur a fait à
propos ; ce Poëme Italien eft devenu
très amuſant dans nôtre Langue :
car quoique le ftile du Boyard pêche
par la baffeffe : on ne s'en aperçoit
point du tout dans la nouvelle Traduction,
d'où je conclus que l'Auteur
s'eft fait du moins autant d'honneur,
qu'auPoëte, qu'il nous a fait conoître
On trouve chez Pierre Prault , à
l'entrée du Quay de Gêvres , tous
les Edits , Déclarations , Arrefts & c ,
tant anciens , que nouveaux.
FIN.
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12467
p. 52-55
LE DÉPART D'HYLAS, IDYLLE.
Début :
LA fuite des étoiles avoit annoncé le retour du matin. Daphné, dont les inquiétudes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DÉPART D'HYLAS, IDYLLE.
LE DÉPART D'HYLAS,
IDYLLE. *
ger, & prononça ces paroles :
•
LA fuite des étoiles avoit annoncé le
retour du matin. Daphné, dont les inquiétudes
n'avoient pû céder aux dou
ceurs du ſommeil, s'élança vers la porte
de ſa cabane , & vit avec affliction l'o-
rient qui promettoit un beau jour : elle
ſerra en ſoupirant la main de ſon ber
Les rayons ſalutaires du ſoleil ont
diſſipé les frimats qui tenoient la nature
captive : déja nous voyons la pointe blan
châtre des jeunes plantes fendre la glébe
amollie : un ſuc nourricier s'éleve du
ſein de la terre dans leurs frêles canaux ,
& y porte la force & la vie.
La vigne déploye ce feuillage verd qui
doit un jour protéger ſon délicieux
fruit. De ſes foibles rameaux elle em
braſſe l'orme qui la ſoutient : la ſurface
des campagnes ſemées de fleurs, & par
(*) Il eſt d'uſage ( dit l'Auteur ) d'écrire ces
ſortes de Paſtorales en vers. Mais n'y a-t-il que
lesvers qui puiſſent peNde la Nºured * ;
J U I N. 1764.
-
| 53
fumées d'eſſences , varie tous les matins
le ſpectacle de ſes atours.
* L'hirondelle rappellée d'un autre hé
miſphère célebre le plus bel inſtant de
l'année : ſon bec artiſan maçonne &
tapiſſe le réduit où elle dépoſera bientôt
le fruit de ſes amours. On entend au
loin le chant plaintif du genêt qui ſe ba
lance ſur la cime des arbuſtes, & les ac- .
cens vifs du roitelet caché dans l'épaiſ
ſeur des buiſſons. .
·
La brebis bêlante tond l'herbe fraî
che : le chévreau bondit à côté de ſa
mère, qui broute l'hyſſope ſur le pen
chant du rocher : d'une aîle tremblante
l'abeille économe regagne ſes bruyans
pavillons, & y dépoſe le fardeau qu'elle
a recueilli ſur les fleurs.
: º
L'haleine du zéphir ſéche la roſée de
la terre.
Le frémiſſement des branchages bat
tus d'un vent leger , le roucoulement
de la tourterelle & le bruit des eaux voi
ſines interrompent le ſilence champêtre
ſans troubler la douceur de la ſolitude.
· A ce touchant aſpect un nouveau
charme ſaiſit, fait treſſaillir les cœurs , &
les avertit de partager le bonheur de la
nature.
-
Cependant Hylas a choiſi cette heu
· C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
reuſe ſaiſon pour s'éloigner de nos
champs ! il l'a choiſie pour abandonner
ſa Daphné, pour la livrer aux ennuis de
l'abſence !
O mon ami ! qu'il te ſouvienne de ta
tendre moitié, de ton épouſe : rappelle
toi ſa chaſte flamme , ſes ſaintes & dou
ces careſſes , ce ſon de voix flatteur ,
les grâces que tes yeux croyoient voir
ſur ſon viſage, la tendreſſe qui animoit
ſes regards.
|
-
-
Souviens-toi que la roſe épanouie le
matin perd au déclin du jour ſon coloris
& ſon parfum , & que dans la ſaiſon
qui va ſuccéder , ces couronnes fanées
& cette verdure ſéchées n'offriront plus
que la triſte dépouille du Printems.
Souviens toi qu'un jour courbés ſous
le poids de la vieilleſſe, nous ſentirons
chanceller nos pas, & que les cheveux
blancs, les rides, la maigreur, nous
attendent à la porte du tombeau.
Va donc , & que les bergères d'un
nouveau ſéjour n'enchantent pas ton
eſprit ; que les promeſſes faites à ta
Daphné ſoient contre leurs ſéductions
la ſauvegarde de ton âme; que le ſort te
ramène fidéle à ces yeux qui les pre
miers ont charmé ton cœur.
.
Va donc , emporte avec toi mes ſou
pirs , les ſoupirs & les mortelles inquié
-
-
-
•
J U I N.
1764.
55
tudes d'une tendre amie : pars pour préci
piter ton 1etour ; & qu'il te ſouvienne de
nos campagnes , de l'amour...& de moi.
*** de Reims.
IDYLLE. *
ger, & prononça ces paroles :
•
LA fuite des étoiles avoit annoncé le
retour du matin. Daphné, dont les inquiétudes
n'avoient pû céder aux dou
ceurs du ſommeil, s'élança vers la porte
de ſa cabane , & vit avec affliction l'o-
rient qui promettoit un beau jour : elle
ſerra en ſoupirant la main de ſon ber
Les rayons ſalutaires du ſoleil ont
diſſipé les frimats qui tenoient la nature
captive : déja nous voyons la pointe blan
châtre des jeunes plantes fendre la glébe
amollie : un ſuc nourricier s'éleve du
ſein de la terre dans leurs frêles canaux ,
& y porte la force & la vie.
La vigne déploye ce feuillage verd qui
doit un jour protéger ſon délicieux
fruit. De ſes foibles rameaux elle em
braſſe l'orme qui la ſoutient : la ſurface
des campagnes ſemées de fleurs, & par
(*) Il eſt d'uſage ( dit l'Auteur ) d'écrire ces
ſortes de Paſtorales en vers. Mais n'y a-t-il que
lesvers qui puiſſent peNde la Nºured * ;
J U I N. 1764.
-
| 53
fumées d'eſſences , varie tous les matins
le ſpectacle de ſes atours.
* L'hirondelle rappellée d'un autre hé
miſphère célebre le plus bel inſtant de
l'année : ſon bec artiſan maçonne &
tapiſſe le réduit où elle dépoſera bientôt
le fruit de ſes amours. On entend au
loin le chant plaintif du genêt qui ſe ba
lance ſur la cime des arbuſtes, & les ac- .
cens vifs du roitelet caché dans l'épaiſ
ſeur des buiſſons. .
·
La brebis bêlante tond l'herbe fraî
che : le chévreau bondit à côté de ſa
mère, qui broute l'hyſſope ſur le pen
chant du rocher : d'une aîle tremblante
l'abeille économe regagne ſes bruyans
pavillons, & y dépoſe le fardeau qu'elle
a recueilli ſur les fleurs.
: º
L'haleine du zéphir ſéche la roſée de
la terre.
Le frémiſſement des branchages bat
tus d'un vent leger , le roucoulement
de la tourterelle & le bruit des eaux voi
ſines interrompent le ſilence champêtre
ſans troubler la douceur de la ſolitude.
· A ce touchant aſpect un nouveau
charme ſaiſit, fait treſſaillir les cœurs , &
les avertit de partager le bonheur de la
nature.
-
Cependant Hylas a choiſi cette heu
· C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
reuſe ſaiſon pour s'éloigner de nos
champs ! il l'a choiſie pour abandonner
ſa Daphné, pour la livrer aux ennuis de
l'abſence !
O mon ami ! qu'il te ſouvienne de ta
tendre moitié, de ton épouſe : rappelle
toi ſa chaſte flamme , ſes ſaintes & dou
ces careſſes , ce ſon de voix flatteur ,
les grâces que tes yeux croyoient voir
ſur ſon viſage, la tendreſſe qui animoit
ſes regards.
|
-
-
Souviens-toi que la roſe épanouie le
matin perd au déclin du jour ſon coloris
& ſon parfum , & que dans la ſaiſon
qui va ſuccéder , ces couronnes fanées
& cette verdure ſéchées n'offriront plus
que la triſte dépouille du Printems.
Souviens toi qu'un jour courbés ſous
le poids de la vieilleſſe, nous ſentirons
chanceller nos pas, & que les cheveux
blancs, les rides, la maigreur, nous
attendent à la porte du tombeau.
Va donc , & que les bergères d'un
nouveau ſéjour n'enchantent pas ton
eſprit ; que les promeſſes faites à ta
Daphné ſoient contre leurs ſéductions
la ſauvegarde de ton âme; que le ſort te
ramène fidéle à ces yeux qui les pre
miers ont charmé ton cœur.
.
Va donc , emporte avec toi mes ſou
pirs , les ſoupirs & les mortelles inquié
-
-
-
•
J U I N.
1764.
55
tudes d'une tendre amie : pars pour préci
piter ton 1etour ; & qu'il te ſouvienne de
nos campagnes , de l'amour...& de moi.
*** de Reims.
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12468
p. 204-216
Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
Début :
Louis, &c. A tous présens & à venir ; Salut. Nous avons toujours regardé [...]
Mots clefs :
Édit du roi, Offices, Enquêtes, Chambres, Parlement, Conseillers, Présidents, Commissaires, Prix, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
Edit du Roi , portantfuppreſſion de deux Chambres
des Enquêtes , & de plusieurs Offices dans le
Parlement de Paris.
LOUIS , &c. A tous préſens & à venir ; Salut.
Nous avons toujours régardé l'adminiſtration de
la justice comme la fonction la plus auguſte de
notre puiſſance ſouveraine , &la plus importante
pour le bonheur & la tranquillité de nos ſujets.
Nous fentons tout ce qu'elle exige de notre attentiondans
le choix des Magiſtrats auxquels nous
confions le ſoinde la rendre , & qui deviennent
en cette partie , dépositaires de notre autorité.
Rien ne nous a jamais paru plus contraire au bien
de la justice , que le relâchement dans ce choix ,
&riende plus propre à l'introduire , que la multiplicité
desoffices dejudicature : auſſi nous avons
dans tous les temps envisagé la réduction de leur
nombre comme un véritable bien , & comme
unmoyen de conferver l'honneur & la dignité
de la Magiftrature , que nous avons à coeur
de maintenir. Ces mêmes ſentimens ont animé
les Rois nos prédéceſſeurs ; & fi la difficulté
des circonstances les a quelquefois obligés de
multiplier le nombre des offices, les édits mêmes
de leur création ſont autant de monumens qui
conferveront à jamais le regret qu'ils ont eude
faire uſage de ces reſſources , & qui rappelleront
fans ceſſe la néceflité de le réduire. Nous avons
FEVRIER. 1757 . 205
déja , dans cette vue , ſupprimé un grand nombre
de juridictions inférieures; & quoique les circonftances
actuelles euſſent pu nous engager à ſuſpendre
un ouvrage ſi utile , nous n'avons pu nous
refuſer plus long-temps au voeu des anciennes ordonnances
, & au defir que nous avons de procurer
cet avantage à notre Parlement de Paris.
Nous avons été également touché des viciffitudes
qu'ont éprouvé les prix des offices de notredit
Parlement; elles font ſentir la ſageſſe des ordonnances
, qui avoient pourvu à la fixation du prix
de ces offices , & la néceſſité d'en renouveller les
diſpoſitions. Enfin , ayant reconnu que le droit de
préſider appartient detoute anciennetéà nos Préſidens
du Parlement , dans tous les ſervices ou bureaux
denotredit Parlement , & que les offices de
Préſidens aux Enquêtes , qui n'étoient dans leur
origine que des commiſſions , n'ont été crées en
titre d'office que par l'édit du mois de Mai 1704 ,
Nous voulons rétablir nos Préſidens du Parlement
danslaplénitude des fonctions qui appartiennent
à leurs offices , avec d'autant plus de raiſon ,
que leur nombre , tel qu'il eſt fixé actuellement
&qu'il le demeure irrevocablement, nous femble
ſuffifant pour remplir avec exactitude toutes
les fonctions de la préſidence dans les différens fervices
de notredit Parlement. A ces cauſes , & autres
conſidérations à ce nous mouvant, de l'avis de
notre Conſeil, &de notre certaine ſcience , pleine
puiffance & autorité royale , Nous avons ,
par notre préſent édit perpétuel & irrévocable ,
dit, ſtatué & ordonné , diſons , ſtatuons & ordonnons
, voulons & nous plaît ce qui ſuit.
ART. I. Notre Cour de Parlement ſera com
poſée à l'avenir , & à comptes de ce jour , des
Grand-Chambre & Tournelle , de trois Chambres
206 MERCURE DE FRANCE .
des Enquêtes , &de deux Chambres des Requêtes
du Palais . Avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons , à compter pareillement de ce
jour , la quatrieme &lacinquieme Chambre des
Enquêtes; en conféquence , défendons à tous les
Prétidens & Confeillers ſervant actuellement dans
lefdites quatrieme & cinquieme Chambres des
Enquêtes , de s'y aſſembler ſous quelque prétexte
que ce puifle être , déclarant nuls toute délibération
, jugemens , arrêts & procédures qui
pourroient y intervenir , comme contraires à la
preſente diſpoſitions ſaufà être par Nous ſtatué
ci-après ſur le ſervice & la diſtribution des Préfidens&
Confeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes.
II. Nous avons pareillement éteint &fupprimé,
éteignons & fupprimons par le préſent édit , à
compter de ce jour , deux offices de Préſidens
aux Enquêtes actuellement vacans par le décès des
titulaires. Eteignons pareillement & fupprimons
par le préſent édit , & fans qu'il en ſoit beſoin
d'autre, le ſurplus des offices de Préſidens aux
Enquêtes , créés par l'édit du mois de Mai 1604 ,
lorſque leſdits offices viendront à vaquer par mort
ou par démiſſion.
III. Nous avons auſſi éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons foixante offices de Confeillers
laïcs ,& quatre offices de Confeillers clercs en
notredit Parlement de Paris , & une Commiflion
aux Requêtes du Palais ; laquelle fuppreffion aura
lieu dès-à-préſent &à compter de ce jour pour
ceux deſdits offices de Conſeillers laïcs & Conſeillers
cleres , & pour ladite Commiffion , qui
vaquent actuellement; & ne fera effectuée pour
leſurplus que dans les cas de vacance deſdits offi
ees, par mortou par démiſſion ; Nous réſervam
FEVRIER. 1757 . 207
!
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1
:
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F
néanmoins la liberté de pourvoir alternativement
àun de deux deſdits offices de Conſeillers laïcs ou
clercs qui viendront à vaquer dans la fuite , & ce ,
juſqu'à ce que la ſuppreſſion par Nous ordonnée
ait eu fon plein&entier effet. :
IV. La Grand-Chambre ſera compoſée du Premier
Préſident , des neufPréfidens du Parlement ,
auquel nombre nous avons fixé irrévocablement
leurs offices , ſans que , ſous prétexte des diſpoſitions
du préſent édit , ou de tout autre , le
nombre deſdits offices puiſſe être augmenté: de
vingt-cinq Conſeillers laïcs , &de douze Conſeillers
clercs ; àl'effet de quoi les quatre plus anciensConſeillers
laïcs des Enquêtes , pafferont actuellement
au ſervice de la Grand-Chambre ; &
pourront leſdits quatre Conſeillers rapporter pendant
une année les procès qui leur auroient été
diftribués dans la Chambre où ils étoientde fervice
, conformément à l'uſage obſervé dans notredit
Parlement de Paris , ſi ce n'est qu'ils fortiffent
de la quatrieme ou cinquieme Chambre des Enquêtes
, ſupprimées par notre préſent édit : au
quel cas ils pourront rapporter leſdits procès pendant
ledit temps d'une année dans l'une des trois
Chambres deſdites Enquêtes.
V. Le Premier Préſident & trois des Préſidens
du Parlement feront toujours de ſervice à la
Grand Chambre , trois deſdits Préfidens du Parlement
ſerviront dans laChambre de la Tournelle,
avec douze Conſeillers laïcs de ladite Grand
Chambre, quatre Confeillers auffi laïcs de chacunedes
trois Chambres des Enquêtes qui y feront
le ſervice pendant les temps accoutumés ; & les
trois autres Préſidens du Parlement préſideront
à chacune deſdites trois Chambres des Enquêtes.
Autoriſons à cet effet lefdits neuf Préſidens du Par
208 MERCURE DE FRANCE.
lement à faire entr'eux, de concert avec le premier
Préſident , tous les ans à la Saint-Martin , la diftribution
de leur ſervice dans lesdites Grand-
Chambre , Tournelle & Chambres des Enquêtes ,
*ainſi qu'ils aviſeront bon être ; & néanmoins ,
voulons & ordonnons que , pour le temps ſeulement
qui reſte à expirer de la tenue actuelle de
notredit Parlement , le Premier Préſident , le ſecond,
le ſeptieme & le huitieme deſdits Préſidens
denotre Parlement , en ordre de réception , fervent
en laGrand-Chambre ; que le troiſieme préfide
en la Tournelle , & que les deux derniers ,
aufli en ordre de réception , y faſſent le ſervice ;
que le quatrieme , dans le même ordre , préſide
enlapremiere Chambre des Enquêtes, le cinquie
me en la ſeconde Chambre des Enquêtes , & le
fixieme en la troiſieme Chambre des Enquêtes :
leur enjoignons de ſe conformer à la diſpotion du
préſent article , à compter de ce jour.
: VI. LesConſeillersde la quatrieme &de la cinquieme
Chambre des Enquêtes paſſeront en nombre
égal dans la premiere , deuxieme & troifieme
Chambre des enquêtes , à l'effet d'y continuer
leurs fonctions , d'y prendre ſéance ſuivant
P'ordre de leur réception , d'y avoir voix & opinion
délibérative , même d'y rapporter les procès
qui leur auroient été diſtribuésdans les Chambres
dans leſquelles ils étoient de ſervice , & d'avoir
part à la diſtribution des procès qui feront échus
auxdites Chambres. Voulons que les Doyens des
Conſeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes continuent dejouirchacunde
la penſion de mille livres dont ilsjouiffoient
, juſqu'a ce qu'ils ſoient en tour de monter
en la Grand-Chambre.
VII. Après que la ſuppreſſion ordonnée par no
FEVRIER. 1757. 209
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tre préſent édit , de ſoixante offices deConſeillers
laïcs , de quatre de Conſeillers clercs, &d'une
commiſſion aux Requêtes du Palais , aura eu
ſa pleine& entiere exécution , chacune des trois
Chambres des Enquêtes , préſidées par l'un des
Préſidens du Parlement , ainſi qu'il eſt porté par
l'article V du préſent édit , ſera compoſée detrente-
quatre Conſeillers tant laïcs que clercs , & les
deux Chambres des Requêtes du Palais feront
compoſées chacune de trois Préſidens auxdites
Requêtes , & de quatorze Conſeillers-Commiſſaires
aux Requêtes du Palais.
VIII. Voulons , en conféquence de la diſpoſitiondes
articles V & VII du préſent édit , que les
Préſidens de la premiere , ſeconde & troiſieme
Chambre des Enquêtes , ſoient tenus , à compter
de ce jour , de céder la préſidence dans lesdites
Chambres à nos Préſidens de notredit Parlement
, tant aux audiences , qu'aux jugemens des
procès derapport & viſite des procés de petit ou de
grand Commiſſaire , auxquels néanmoins ils
continueront , fi bon leur ſemble , d'aſſiſter ,
ſans toutefois faire partie du nombre deſdits
Commiffaires, lequel ,pour la viſite des procès de
petit Commiſſaire, ſera compoſé de notredit Préfident
du Parlement , & des quatre plus anciens
Conſeillers deſdites trois Chambres des Enquêtes
&pour ceux des procès qui ſe jugent par Commiſſaires
, le nombre deſdits Commiſſaires ſera
rempli par les dix anciens Conſeillers de chacune
deſdites Chambres & notredit Préſident ; en telle
forte que noſdits Préſidens des Enquêtes ne puiſſent
dorénavant qu'aſſiſter & intervenir dans les
-jugemens eſdites Chambres , ſans y exercer aucune
préſidence , mais ſeulement y conſerver la
ſéance qu'ils y ont eue juſqu'à ce jour. Mainte
210 MERCURE DE FRANCE.
nons & gardons au ſurplus noſdits Préſidens des
Enquêtes dans le rang & féance qui leur ont été
attribués par leur édit de création , du mois de
Mai 1704 , tant aux affemblées de Chambres ,
qu'aux cérémonies publiques & accoutumées.
IX. Les Préfidens de la quatrieme & cinquieme
Chambre des Enquêtes , fupprimées par l'article
premier du préſent édit , pourront choiſir celle
defdites Chambres des Enquêtes qui leur agréera
le plus , pour ycontinuer leur ſervice , conformément
à la diſpoſition de l'article précédent : Et
voulant traiter favorablement tous les Préſidens
des Enquêtes , & les dédommager des droits d'affiſtance&
de la viſite des procès de grand & petit
Commiſſaire, attribuons à tous leſdits Préſidens les
mêmes gages qui avoient été fixés par ledit édit du
mois de Mai 1704 , pour le troiſieme Préſident
ſeulement de chacune des Chambres deſdites Enquêtes.
Ordonnons en conféquence qu'ils foient
tous employés pour leſdits gages dans l'état an.
nuel des gages de notredit Parlement de Paris ;
defquels néanmoins feront retranchés dudit état,
avenant le cas de vacance de chacun deſdits offices
par mort ou par démiſſion : confervons pareillement
aux deux anciens Préſidens des Enquêtes ,
leur vie durant , la penſion de quinze cens livres
que nous leur avons ci-devant accordée .
X. Et dans le cas où aucuns deſdits Préſidens
préféreroient de ſe démettre actuellement de leurs
offices , ordonnons qu'ils en ſoient remboursés ,
fuivant qu'il fera dit ci - après ; & dans ledit cas ſeront
expédiées auxdits Préſidens des Lettres d'Honoraires
, encore même qu'ils n'euſſent exercé
leurs offices pendant l'eſpace de vingt années ,
dont nous les difpenfons , pour , en vertu defdites
lettres , jouir pareux , leurs veuves & eй-
FEVRIER. 1757. : 211
1
E
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$
fans des honneurs , féances & privileges y attachés.
XI . Les Conſeillers qui , après avoir ſervi dans la
quatrieme & cinquieme Chambre des Enquêtes ,
auront obtenu des lettres d'Honoraires pour continuer
d'y prendre place , feront tenus d'opter de
la premiere , de la ſeconde ou de la troiſfieme
Chambre des enquêtes , pour continuer leur fervice
dans l'une deſdites trois Chambres , juſqu'à
ce qu'ils foient en tour de monter à la Grand-
Chambre, fans qu'après ladite option ils puiffent
paffer dans une autre deſdites trois Chambres.
XII . Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les offices de Commis aux
greffes & de Buvetiers des quatrieme & cinquteme
Chambres des Enquêtes , enſemble les offices
des huiffiers ſervans près leſdites Chambres ;
maintenons néanmoins leſditsCommis aux greffes ,
Huiffiers & Buvetiers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes dans tous les
privileges attribués à leurs offices , deſquels privileges
voulons qu'ils jouiffent pendant leur vie :
autoriſons notre Cour de Parlement à faire tel
reglement qu'elle jugera convenable pour la ſûreté
& conſervation des minutes , pieces , effets
ou deniers qui pourroient ſe trouver dans les
greffes deſdites deux Chambres fupprimées.
XIII. Au cas que leſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes aient contracté
quelques dettes , par conſtitution de rente ou
autre ſemblable emprunt; deſquelles rentes ou
dettes les créanciers auroient coutume de percevoir
les arrérages ſur les deniers communs appartenans
auxdites Chambres ; nous déclarons que
nous entendons nous charger de l'acquittement
defdites rentes& dettes; à l'effet de quoi ſera par
212 MERCURE DE FRANCE .
l'ancien Préſident actuel deſdites Chambres , &
les Doyens des Conſeillers d'icelles , remis ès
mains du fieur Contrôleur général de nos finances
un état ſigné d'eux , contenant la qualité &
quotité deſdites dettes , & le nom deſdits créanciers
, pour , ſur ledit état ainſi ſigné&certifié
véritable , être fait fonds ès mains du Payeur des
gages de notredit Parlement , du montant annuel
des arrérages deſdites rentes ou dettes , lefquels
feront par ledit payeur délivrés aux créanciers
ſur leurs quittances, en la forme accoutumée,
tant& fi longuement que leſdites rentes auront
cours , &juſqu'à ce qu'il nous ait plu d'en ordonner
le rembourſement : voulons en outreque tous
les Préſidens & Conſeillers deſdites deux Chambres
demeurent déchargés , comme nous les déchargeons
par notre préſent édit , de tout acquittement
deſdites dettes ; faiſons défenſes de faire à ce
ſujet aucune demande & pourſuite contr'eux ,
àpeine nullité.
XIV. Les offices de Préſidens aux Enquêtes actuellement
vacans , enſemble ceux qui vaqueront
foit par mort ou par démiſſion , feront rembourfés
, ledit cas avenant , ſur le pied de deux cens
mille livres pour chacun deſdits offices , conformément
au prix porté par l'édit de création d'iceux
du mois de Mai 1704 , ou ſur le prix porté
par le contrat d'acquifition , pour ceux qui les auront
acquis àun prix inférieur à celui de ladite
fixation& création. Les offices de Conſeillers laïcs
& clercs , & commiſſions aux Requêtes du Palais
qui vaquent actuellement , & qui ſont ſupprimés
par notre préſent édit, feront rembourſés ſur le
pieddu prix du dernier contrat de vente de ſemblables
offices & commiffions ; & pour ceux qui
viendront à vaquer dans la ſuite , juſqu'à ce que
FEVRIER . 1757 . 213
ladite ſuppreſſion ſoit entièrement effectuée ,
-voulons qu'ils foient rembourſés ſur le pied du prix
du contrat d'acquiſition de chacun d'iceux, pourvu
- que ledit prix n'excede pas la ſomme de cinquante
mille livres. Les offices de Commis aux greffes ,
d'Huiſſiers & de Buvetiers deſdites quatrieme, cinquieme
Chambres des Enquêtes , ſupprimés par
notre préſent édit , feront remboursés aux titulaires
ou repréſentans , ſur le pied du prix des con
trats d'acquifition d'iceux ; même leur ferontpa
reillement rembourſés les frais de réception , à
l'effet de quoi les titulaires ou propriétaires defdits
offices ſupprimés feront tenus de remettre
leurs quittances de finance , contrats d'acquiſition
&autres titres de propriété de leurs offices
entre les mains du ſieur Contrôleur général de nos
finances , pour par eux recevoir leur rembourſement
des deniers qui ſeront par nous deſtinés à cet
effet.
Che
تا
de
XV. Ordonnons que les gages , augmenta
tions de gages attachés aux offices , fi aucuny
a, franc- falés& autres droits attribués aux offices
ſupprimés par notre édit , feront rejettés de nos
états à compter de ce jour ; ce qui n'aura lieu
toutefois à l'égard deſdits offices de Préſidens aux
Enquêtes, de Conſeillers laïes & clercs qui ne font
pas actuellement vacans , que lors de la vacance
d'iceux , juſqu'à la réductiondu nombre fixé par
le préſent édit pour leſdits officesde Conſeillers.
XVI. Defirant de fixer le prix des offices de notre
Parlement de Paris , nous avons ordonné &
ordonnons que le prix des offices de Préſidens de
notredit Parlement, demeurera fixé à la ſomme
de cinq cens mille livres , ſans que , ſous quelque
prétexte que ce ſoit , le prix deſdits offices puiffe
tre augmenté ; celui des offices dePréſidens aux
214 MERCURE DE FRANCE.
Requêtes du Palais , à celle de deux cens mille lilivres;
le prix des offices de Conſeillers laïcs , à la
ſomme de cinquante mille livres ; celui des offices
de Confeillers clercs , à la ſomme de quarante
mille livres ; celui des commiſſions aux Requêtes
du Palais , àcellede vingt mille livres; & le prix
des offices de nos Avocats généraux , à la ſomme
detrois cens mille livres ; révoquant à cet effet
les fixations faites deſdits offices , tant par nous
que par les Rois nos prédéceſſeurs .
,
XVII. Ceux qui defireront être pourvus d'offices
de Préfidens du Parlement Préſidens ès
Chambres des Requêtes du Palais , Conſeillers
laïcs ou clercs , de commiſſions aux Requêtes du
Palais , & d'offices d'Avocats généraux en notre
Parlement de Paris , après en avoir de nous obtenu
l'agrément , ſeront tenus , pour obtenir des
proviſions , de remettre ès mains de notre trèscher
& féal Chevalier Chancelier de France , une
copie en forme du contrat d'acquiſition qu'ils auroient
fait deſdits offices , avec une déclaration
également en forme , ſignée tant de l'acquéreur
que du vendeur deſdits offices , contenant que
le prix porté audit contrat eſt ſincere& véritable ,
qu'il n'y a enaucune façon été contrevenu au préſent
édit , & qu'il n'eſt ni excédant ni au deſſous
de celui porté par la préſente fixation , le tout à
peine de nullité des contrats d'acquifition , & d'êtredéchus
de notre agrément pour leſdits offices ;
en conféquence, défendons à tous Notaires & Tabellions
de paſſer aucun contrat deſdits offices , ni
ftipuler aucun autre prix que celui fixé par le préfent
édit, comme auſſi de recevoir aucune déclaration
ou contre- lettre tendante à diminuer ou augmenter
ledit prix , à peine de nullité deſdits actes
, & d'interdictions contre leſdits Notaires&
Tabellions.
FEVRIER . 1757 . 215
!
XVIII . Voulons & ordonnons que les Conſeillers.
Commiſſaires aux Requêtes du Palais , puiffent à
l'avenir , & à compter de ce jour , monter à la
Grand-Chambre , en ſuivant la date de leur réception
, & ce concurremment avec les Confeillers
des trois Chambres des Enquêtes ; à la charge
néanmoins par ceux deſdits Confeillers- Commiffaires
aux Requêtes du Palais qui voudront monter
à la Grand-Chambre , de ſe démettre de leur
commiſſion trois années avant qu'ils puiſſent
monter à ladite Grand-Chambre , & de venir pendant
leſdites trois années ſervir en l'une des
Chambres des Enquêtes , ou ils ſeront diftribués
en la maniere ordinaire ; & au cas que celui des
Conſeillers Commiſſaires aux Requêtes du Palais ,
qui, par ſon rangde réception, ſeroit naturellement
endroitdemonter à la Grand Chambre, ſe trouvât,
avenant la vacance d'une place en ladite Chambre,
poſſéder encore ſa commiſſion aux Requêtes du
Palais , il perdra pour cette fois ſon rang , ſauf
à le reprendre quand il aura ſervi , comme dit eſt ,
trois années en une Chambre des Enquêtes. Si donnons
en Mandement à nos amés & féaux Conſeillers
les Gens tenant notre Cour de Parlement à
Paris ; que notre préſent édit ils aient à faire lire ,
publier & régiſtrer , & le contenu en icelui garder,
obſerver& exécuter ſelon ſa forme&teneur.
Cartel eſt notre plaiſir. Et afin que ce ſoit choſe
ferme & ſtable àtoujours, nousy avons fait mettre
notre ſcel . Donné à Versailles au mois de Décembre
, l'an de grace mil ſept cent cinquante- fix ,
&de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
Louis. Et plus bas , par le Roi , M.P. De Voyer
d'Argenſon. Visa Machault. Vu au Conſeil ,
Peirenc de Moras. Et ſcellé du grand ſceau de cise
verte , en lacs de foie rouge & verte .
?
>
216 MERCURE DE FRANCE.
:
Lu & publié , le Roiſéant enſon Lit de Justice,
& registré , oui , & ce requérant le Procureurgénéral
du Roi , pour être exécuté ſelonsa forme&
teneur. A Paris , en Parlement , le Roi tenantfon
Lit de Justice , le treize Décembre mil ſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
des Enquêtes , & de plusieurs Offices dans le
Parlement de Paris.
LOUIS , &c. A tous préſens & à venir ; Salut.
Nous avons toujours régardé l'adminiſtration de
la justice comme la fonction la plus auguſte de
notre puiſſance ſouveraine , &la plus importante
pour le bonheur & la tranquillité de nos ſujets.
Nous fentons tout ce qu'elle exige de notre attentiondans
le choix des Magiſtrats auxquels nous
confions le ſoinde la rendre , & qui deviennent
en cette partie , dépositaires de notre autorité.
Rien ne nous a jamais paru plus contraire au bien
de la justice , que le relâchement dans ce choix ,
&riende plus propre à l'introduire , que la multiplicité
desoffices dejudicature : auſſi nous avons
dans tous les temps envisagé la réduction de leur
nombre comme un véritable bien , & comme
unmoyen de conferver l'honneur & la dignité
de la Magiftrature , que nous avons à coeur
de maintenir. Ces mêmes ſentimens ont animé
les Rois nos prédéceſſeurs ; & fi la difficulté
des circonstances les a quelquefois obligés de
multiplier le nombre des offices, les édits mêmes
de leur création ſont autant de monumens qui
conferveront à jamais le regret qu'ils ont eude
faire uſage de ces reſſources , & qui rappelleront
fans ceſſe la néceflité de le réduire. Nous avons
FEVRIER. 1757 . 205
déja , dans cette vue , ſupprimé un grand nombre
de juridictions inférieures; & quoique les circonftances
actuelles euſſent pu nous engager à ſuſpendre
un ouvrage ſi utile , nous n'avons pu nous
refuſer plus long-temps au voeu des anciennes ordonnances
, & au defir que nous avons de procurer
cet avantage à notre Parlement de Paris.
Nous avons été également touché des viciffitudes
qu'ont éprouvé les prix des offices de notredit
Parlement; elles font ſentir la ſageſſe des ordonnances
, qui avoient pourvu à la fixation du prix
de ces offices , & la néceſſité d'en renouveller les
diſpoſitions. Enfin , ayant reconnu que le droit de
préſider appartient detoute anciennetéà nos Préſidens
du Parlement , dans tous les ſervices ou bureaux
denotredit Parlement , & que les offices de
Préſidens aux Enquêtes , qui n'étoient dans leur
origine que des commiſſions , n'ont été crées en
titre d'office que par l'édit du mois de Mai 1704 ,
Nous voulons rétablir nos Préſidens du Parlement
danslaplénitude des fonctions qui appartiennent
à leurs offices , avec d'autant plus de raiſon ,
que leur nombre , tel qu'il eſt fixé actuellement
&qu'il le demeure irrevocablement, nous femble
ſuffifant pour remplir avec exactitude toutes
les fonctions de la préſidence dans les différens fervices
de notredit Parlement. A ces cauſes , & autres
conſidérations à ce nous mouvant, de l'avis de
notre Conſeil, &de notre certaine ſcience , pleine
puiffance & autorité royale , Nous avons ,
par notre préſent édit perpétuel & irrévocable ,
dit, ſtatué & ordonné , diſons , ſtatuons & ordonnons
, voulons & nous plaît ce qui ſuit.
ART. I. Notre Cour de Parlement ſera com
poſée à l'avenir , & à comptes de ce jour , des
Grand-Chambre & Tournelle , de trois Chambres
206 MERCURE DE FRANCE .
des Enquêtes , &de deux Chambres des Requêtes
du Palais . Avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons , à compter pareillement de ce
jour , la quatrieme &lacinquieme Chambre des
Enquêtes; en conféquence , défendons à tous les
Prétidens & Confeillers ſervant actuellement dans
lefdites quatrieme & cinquieme Chambres des
Enquêtes , de s'y aſſembler ſous quelque prétexte
que ce puifle être , déclarant nuls toute délibération
, jugemens , arrêts & procédures qui
pourroient y intervenir , comme contraires à la
preſente diſpoſitions ſaufà être par Nous ſtatué
ci-après ſur le ſervice & la diſtribution des Préfidens&
Confeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes.
II. Nous avons pareillement éteint &fupprimé,
éteignons & fupprimons par le préſent édit , à
compter de ce jour , deux offices de Préſidens
aux Enquêtes actuellement vacans par le décès des
titulaires. Eteignons pareillement & fupprimons
par le préſent édit , & fans qu'il en ſoit beſoin
d'autre, le ſurplus des offices de Préſidens aux
Enquêtes , créés par l'édit du mois de Mai 1604 ,
lorſque leſdits offices viendront à vaquer par mort
ou par démiſſion.
III. Nous avons auſſi éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons foixante offices de Confeillers
laïcs ,& quatre offices de Confeillers clercs en
notredit Parlement de Paris , & une Commiflion
aux Requêtes du Palais ; laquelle fuppreffion aura
lieu dès-à-préſent &à compter de ce jour pour
ceux deſdits offices de Conſeillers laïcs & Conſeillers
cleres , & pour ladite Commiffion , qui
vaquent actuellement; & ne fera effectuée pour
leſurplus que dans les cas de vacance deſdits offi
ees, par mortou par démiſſion ; Nous réſervam
FEVRIER. 1757 . 207
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néanmoins la liberté de pourvoir alternativement
àun de deux deſdits offices de Conſeillers laïcs ou
clercs qui viendront à vaquer dans la fuite , & ce ,
juſqu'à ce que la ſuppreſſion par Nous ordonnée
ait eu fon plein&entier effet. :
IV. La Grand-Chambre ſera compoſée du Premier
Préſident , des neufPréfidens du Parlement ,
auquel nombre nous avons fixé irrévocablement
leurs offices , ſans que , ſous prétexte des diſpoſitions
du préſent édit , ou de tout autre , le
nombre deſdits offices puiſſe être augmenté: de
vingt-cinq Conſeillers laïcs , &de douze Conſeillers
clercs ; àl'effet de quoi les quatre plus anciensConſeillers
laïcs des Enquêtes , pafferont actuellement
au ſervice de la Grand-Chambre ; &
pourront leſdits quatre Conſeillers rapporter pendant
une année les procès qui leur auroient été
diftribués dans la Chambre où ils étoientde fervice
, conformément à l'uſage obſervé dans notredit
Parlement de Paris , ſi ce n'est qu'ils fortiffent
de la quatrieme ou cinquieme Chambre des Enquêtes
, ſupprimées par notre préſent édit : au
quel cas ils pourront rapporter leſdits procès pendant
ledit temps d'une année dans l'une des trois
Chambres deſdites Enquêtes.
V. Le Premier Préſident & trois des Préſidens
du Parlement feront toujours de ſervice à la
Grand Chambre , trois deſdits Préfidens du Parlement
ſerviront dans laChambre de la Tournelle,
avec douze Conſeillers laïcs de ladite Grand
Chambre, quatre Confeillers auffi laïcs de chacunedes
trois Chambres des Enquêtes qui y feront
le ſervice pendant les temps accoutumés ; & les
trois autres Préſidens du Parlement préſideront
à chacune deſdites trois Chambres des Enquêtes.
Autoriſons à cet effet lefdits neuf Préſidens du Par
208 MERCURE DE FRANCE.
lement à faire entr'eux, de concert avec le premier
Préſident , tous les ans à la Saint-Martin , la diftribution
de leur ſervice dans lesdites Grand-
Chambre , Tournelle & Chambres des Enquêtes ,
*ainſi qu'ils aviſeront bon être ; & néanmoins ,
voulons & ordonnons que , pour le temps ſeulement
qui reſte à expirer de la tenue actuelle de
notredit Parlement , le Premier Préſident , le ſecond,
le ſeptieme & le huitieme deſdits Préſidens
denotre Parlement , en ordre de réception , fervent
en laGrand-Chambre ; que le troiſieme préfide
en la Tournelle , & que les deux derniers ,
aufli en ordre de réception , y faſſent le ſervice ;
que le quatrieme , dans le même ordre , préſide
enlapremiere Chambre des Enquêtes, le cinquie
me en la ſeconde Chambre des Enquêtes , & le
fixieme en la troiſieme Chambre des Enquêtes :
leur enjoignons de ſe conformer à la diſpotion du
préſent article , à compter de ce jour.
: VI. LesConſeillersde la quatrieme &de la cinquieme
Chambre des Enquêtes paſſeront en nombre
égal dans la premiere , deuxieme & troifieme
Chambre des enquêtes , à l'effet d'y continuer
leurs fonctions , d'y prendre ſéance ſuivant
P'ordre de leur réception , d'y avoir voix & opinion
délibérative , même d'y rapporter les procès
qui leur auroient été diſtribuésdans les Chambres
dans leſquelles ils étoient de ſervice , & d'avoir
part à la diſtribution des procès qui feront échus
auxdites Chambres. Voulons que les Doyens des
Conſeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes continuent dejouirchacunde
la penſion de mille livres dont ilsjouiffoient
, juſqu'a ce qu'ils ſoient en tour de monter
en la Grand-Chambre.
VII. Après que la ſuppreſſion ordonnée par no
FEVRIER. 1757. 209
1
f
f
tre préſent édit , de ſoixante offices deConſeillers
laïcs , de quatre de Conſeillers clercs, &d'une
commiſſion aux Requêtes du Palais , aura eu
ſa pleine& entiere exécution , chacune des trois
Chambres des Enquêtes , préſidées par l'un des
Préſidens du Parlement , ainſi qu'il eſt porté par
l'article V du préſent édit , ſera compoſée detrente-
quatre Conſeillers tant laïcs que clercs , & les
deux Chambres des Requêtes du Palais feront
compoſées chacune de trois Préſidens auxdites
Requêtes , & de quatorze Conſeillers-Commiſſaires
aux Requêtes du Palais.
VIII. Voulons , en conféquence de la diſpoſitiondes
articles V & VII du préſent édit , que les
Préſidens de la premiere , ſeconde & troiſieme
Chambre des Enquêtes , ſoient tenus , à compter
de ce jour , de céder la préſidence dans lesdites
Chambres à nos Préſidens de notredit Parlement
, tant aux audiences , qu'aux jugemens des
procès derapport & viſite des procés de petit ou de
grand Commiſſaire , auxquels néanmoins ils
continueront , fi bon leur ſemble , d'aſſiſter ,
ſans toutefois faire partie du nombre deſdits
Commiffaires, lequel ,pour la viſite des procès de
petit Commiſſaire, ſera compoſé de notredit Préfident
du Parlement , & des quatre plus anciens
Conſeillers deſdites trois Chambres des Enquêtes
&pour ceux des procès qui ſe jugent par Commiſſaires
, le nombre deſdits Commiſſaires ſera
rempli par les dix anciens Conſeillers de chacune
deſdites Chambres & notredit Préſident ; en telle
forte que noſdits Préſidens des Enquêtes ne puiſſent
dorénavant qu'aſſiſter & intervenir dans les
-jugemens eſdites Chambres , ſans y exercer aucune
préſidence , mais ſeulement y conſerver la
ſéance qu'ils y ont eue juſqu'à ce jour. Mainte
210 MERCURE DE FRANCE.
nons & gardons au ſurplus noſdits Préſidens des
Enquêtes dans le rang & féance qui leur ont été
attribués par leur édit de création , du mois de
Mai 1704 , tant aux affemblées de Chambres ,
qu'aux cérémonies publiques & accoutumées.
IX. Les Préfidens de la quatrieme & cinquieme
Chambre des Enquêtes , fupprimées par l'article
premier du préſent édit , pourront choiſir celle
defdites Chambres des Enquêtes qui leur agréera
le plus , pour ycontinuer leur ſervice , conformément
à la diſpoſition de l'article précédent : Et
voulant traiter favorablement tous les Préſidens
des Enquêtes , & les dédommager des droits d'affiſtance&
de la viſite des procès de grand & petit
Commiſſaire, attribuons à tous leſdits Préſidens les
mêmes gages qui avoient été fixés par ledit édit du
mois de Mai 1704 , pour le troiſieme Préſident
ſeulement de chacune des Chambres deſdites Enquêtes.
Ordonnons en conféquence qu'ils foient
tous employés pour leſdits gages dans l'état an.
nuel des gages de notredit Parlement de Paris ;
defquels néanmoins feront retranchés dudit état,
avenant le cas de vacance de chacun deſdits offices
par mort ou par démiſſion : confervons pareillement
aux deux anciens Préſidens des Enquêtes ,
leur vie durant , la penſion de quinze cens livres
que nous leur avons ci-devant accordée .
X. Et dans le cas où aucuns deſdits Préſidens
préféreroient de ſe démettre actuellement de leurs
offices , ordonnons qu'ils en ſoient remboursés ,
fuivant qu'il fera dit ci - après ; & dans ledit cas ſeront
expédiées auxdits Préſidens des Lettres d'Honoraires
, encore même qu'ils n'euſſent exercé
leurs offices pendant l'eſpace de vingt années ,
dont nous les difpenfons , pour , en vertu defdites
lettres , jouir pareux , leurs veuves & eй-
FEVRIER. 1757. : 211
1
E
1
1
$
fans des honneurs , féances & privileges y attachés.
XI . Les Conſeillers qui , après avoir ſervi dans la
quatrieme & cinquieme Chambre des Enquêtes ,
auront obtenu des lettres d'Honoraires pour continuer
d'y prendre place , feront tenus d'opter de
la premiere , de la ſeconde ou de la troiſfieme
Chambre des enquêtes , pour continuer leur fervice
dans l'une deſdites trois Chambres , juſqu'à
ce qu'ils foient en tour de monter à la Grand-
Chambre, fans qu'après ladite option ils puiffent
paffer dans une autre deſdites trois Chambres.
XII . Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les offices de Commis aux
greffes & de Buvetiers des quatrieme & cinquteme
Chambres des Enquêtes , enſemble les offices
des huiffiers ſervans près leſdites Chambres ;
maintenons néanmoins leſditsCommis aux greffes ,
Huiffiers & Buvetiers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes dans tous les
privileges attribués à leurs offices , deſquels privileges
voulons qu'ils jouiffent pendant leur vie :
autoriſons notre Cour de Parlement à faire tel
reglement qu'elle jugera convenable pour la ſûreté
& conſervation des minutes , pieces , effets
ou deniers qui pourroient ſe trouver dans les
greffes deſdites deux Chambres fupprimées.
XIII. Au cas que leſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes aient contracté
quelques dettes , par conſtitution de rente ou
autre ſemblable emprunt; deſquelles rentes ou
dettes les créanciers auroient coutume de percevoir
les arrérages ſur les deniers communs appartenans
auxdites Chambres ; nous déclarons que
nous entendons nous charger de l'acquittement
defdites rentes& dettes; à l'effet de quoi ſera par
212 MERCURE DE FRANCE .
l'ancien Préſident actuel deſdites Chambres , &
les Doyens des Conſeillers d'icelles , remis ès
mains du fieur Contrôleur général de nos finances
un état ſigné d'eux , contenant la qualité &
quotité deſdites dettes , & le nom deſdits créanciers
, pour , ſur ledit état ainſi ſigné&certifié
véritable , être fait fonds ès mains du Payeur des
gages de notredit Parlement , du montant annuel
des arrérages deſdites rentes ou dettes , lefquels
feront par ledit payeur délivrés aux créanciers
ſur leurs quittances, en la forme accoutumée,
tant& fi longuement que leſdites rentes auront
cours , &juſqu'à ce qu'il nous ait plu d'en ordonner
le rembourſement : voulons en outreque tous
les Préſidens & Conſeillers deſdites deux Chambres
demeurent déchargés , comme nous les déchargeons
par notre préſent édit , de tout acquittement
deſdites dettes ; faiſons défenſes de faire à ce
ſujet aucune demande & pourſuite contr'eux ,
àpeine nullité.
XIV. Les offices de Préſidens aux Enquêtes actuellement
vacans , enſemble ceux qui vaqueront
foit par mort ou par démiſſion , feront rembourfés
, ledit cas avenant , ſur le pied de deux cens
mille livres pour chacun deſdits offices , conformément
au prix porté par l'édit de création d'iceux
du mois de Mai 1704 , ou ſur le prix porté
par le contrat d'acquifition , pour ceux qui les auront
acquis àun prix inférieur à celui de ladite
fixation& création. Les offices de Conſeillers laïcs
& clercs , & commiſſions aux Requêtes du Palais
qui vaquent actuellement , & qui ſont ſupprimés
par notre préſent édit, feront rembourſés ſur le
pieddu prix du dernier contrat de vente de ſemblables
offices & commiffions ; & pour ceux qui
viendront à vaquer dans la ſuite , juſqu'à ce que
FEVRIER . 1757 . 213
ladite ſuppreſſion ſoit entièrement effectuée ,
-voulons qu'ils foient rembourſés ſur le pied du prix
du contrat d'acquiſition de chacun d'iceux, pourvu
- que ledit prix n'excede pas la ſomme de cinquante
mille livres. Les offices de Commis aux greffes ,
d'Huiſſiers & de Buvetiers deſdites quatrieme, cinquieme
Chambres des Enquêtes , ſupprimés par
notre préſent édit , feront remboursés aux titulaires
ou repréſentans , ſur le pied du prix des con
trats d'acquifition d'iceux ; même leur ferontpa
reillement rembourſés les frais de réception , à
l'effet de quoi les titulaires ou propriétaires defdits
offices ſupprimés feront tenus de remettre
leurs quittances de finance , contrats d'acquiſition
&autres titres de propriété de leurs offices
entre les mains du ſieur Contrôleur général de nos
finances , pour par eux recevoir leur rembourſement
des deniers qui ſeront par nous deſtinés à cet
effet.
Che
تا
de
XV. Ordonnons que les gages , augmenta
tions de gages attachés aux offices , fi aucuny
a, franc- falés& autres droits attribués aux offices
ſupprimés par notre édit , feront rejettés de nos
états à compter de ce jour ; ce qui n'aura lieu
toutefois à l'égard deſdits offices de Préſidens aux
Enquêtes, de Conſeillers laïes & clercs qui ne font
pas actuellement vacans , que lors de la vacance
d'iceux , juſqu'à la réductiondu nombre fixé par
le préſent édit pour leſdits officesde Conſeillers.
XVI. Defirant de fixer le prix des offices de notre
Parlement de Paris , nous avons ordonné &
ordonnons que le prix des offices de Préſidens de
notredit Parlement, demeurera fixé à la ſomme
de cinq cens mille livres , ſans que , ſous quelque
prétexte que ce ſoit , le prix deſdits offices puiffe
tre augmenté ; celui des offices dePréſidens aux
214 MERCURE DE FRANCE.
Requêtes du Palais , à celle de deux cens mille lilivres;
le prix des offices de Conſeillers laïcs , à la
ſomme de cinquante mille livres ; celui des offices
de Confeillers clercs , à la ſomme de quarante
mille livres ; celui des commiſſions aux Requêtes
du Palais , àcellede vingt mille livres; & le prix
des offices de nos Avocats généraux , à la ſomme
detrois cens mille livres ; révoquant à cet effet
les fixations faites deſdits offices , tant par nous
que par les Rois nos prédéceſſeurs .
,
XVII. Ceux qui defireront être pourvus d'offices
de Préfidens du Parlement Préſidens ès
Chambres des Requêtes du Palais , Conſeillers
laïcs ou clercs , de commiſſions aux Requêtes du
Palais , & d'offices d'Avocats généraux en notre
Parlement de Paris , après en avoir de nous obtenu
l'agrément , ſeront tenus , pour obtenir des
proviſions , de remettre ès mains de notre trèscher
& féal Chevalier Chancelier de France , une
copie en forme du contrat d'acquiſition qu'ils auroient
fait deſdits offices , avec une déclaration
également en forme , ſignée tant de l'acquéreur
que du vendeur deſdits offices , contenant que
le prix porté audit contrat eſt ſincere& véritable ,
qu'il n'y a enaucune façon été contrevenu au préſent
édit , & qu'il n'eſt ni excédant ni au deſſous
de celui porté par la préſente fixation , le tout à
peine de nullité des contrats d'acquifition , & d'êtredéchus
de notre agrément pour leſdits offices ;
en conféquence, défendons à tous Notaires & Tabellions
de paſſer aucun contrat deſdits offices , ni
ftipuler aucun autre prix que celui fixé par le préfent
édit, comme auſſi de recevoir aucune déclaration
ou contre- lettre tendante à diminuer ou augmenter
ledit prix , à peine de nullité deſdits actes
, & d'interdictions contre leſdits Notaires&
Tabellions.
FEVRIER . 1757 . 215
!
XVIII . Voulons & ordonnons que les Conſeillers.
Commiſſaires aux Requêtes du Palais , puiffent à
l'avenir , & à compter de ce jour , monter à la
Grand-Chambre , en ſuivant la date de leur réception
, & ce concurremment avec les Confeillers
des trois Chambres des Enquêtes ; à la charge
néanmoins par ceux deſdits Confeillers- Commiffaires
aux Requêtes du Palais qui voudront monter
à la Grand-Chambre , de ſe démettre de leur
commiſſion trois années avant qu'ils puiſſent
monter à ladite Grand-Chambre , & de venir pendant
leſdites trois années ſervir en l'une des
Chambres des Enquêtes , ou ils ſeront diftribués
en la maniere ordinaire ; & au cas que celui des
Conſeillers Commiſſaires aux Requêtes du Palais ,
qui, par ſon rangde réception, ſeroit naturellement
endroitdemonter à la Grand Chambre, ſe trouvât,
avenant la vacance d'une place en ladite Chambre,
poſſéder encore ſa commiſſion aux Requêtes du
Palais , il perdra pour cette fois ſon rang , ſauf
à le reprendre quand il aura ſervi , comme dit eſt ,
trois années en une Chambre des Enquêtes. Si donnons
en Mandement à nos amés & féaux Conſeillers
les Gens tenant notre Cour de Parlement à
Paris ; que notre préſent édit ils aient à faire lire ,
publier & régiſtrer , & le contenu en icelui garder,
obſerver& exécuter ſelon ſa forme&teneur.
Cartel eſt notre plaiſir. Et afin que ce ſoit choſe
ferme & ſtable àtoujours, nousy avons fait mettre
notre ſcel . Donné à Versailles au mois de Décembre
, l'an de grace mil ſept cent cinquante- fix ,
&de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
Louis. Et plus bas , par le Roi , M.P. De Voyer
d'Argenſon. Visa Machault. Vu au Conſeil ,
Peirenc de Moras. Et ſcellé du grand ſceau de cise
verte , en lacs de foie rouge & verte .
?
>
216 MERCURE DE FRANCE.
:
Lu & publié , le Roiſéant enſon Lit de Justice,
& registré , oui , & ce requérant le Procureurgénéral
du Roi , pour être exécuté ſelonsa forme&
teneur. A Paris , en Parlement , le Roi tenantfon
Lit de Justice , le treize Décembre mil ſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Fermer
Résumé : Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
En février 1757, le roi Louis promulgue un édit visant à réformer l'administration de la justice en supprimant deux Chambres des Enquêtes et plusieurs offices au Parlement de Paris. Le roi considère la justice comme une fonction souveraine essentielle pour le bonheur et la tranquillité de ses sujets. Il souligne l'importance de la sélection rigoureuse des magistrats et la nécessité de réduire le nombre d'offices pour maintenir l'honneur et la dignité de la magistrature. L'édit supprime la quatrième et la cinquième Chambre des Enquêtes, ainsi que deux offices de Présidents aux Enquêtes vacants. Il supprime également soixante offices de Conseillers laïcs, quatre offices de Conseillers clercs, et une commission aux Requêtes du Palais. Les Conseillers et Présidents des Chambres supprimées sont redistribués dans les Chambres restantes. Le Premier Président et les Présidents du Parlement sont rétablis dans leurs fonctions de présidence, avec une répartition annuelle de leurs services. Les Conseillers des Chambres supprimées intègrent les Chambres restantes en conservant leurs droits et pensions. Les offices de Commis aux greffes, huissiers et buvetiers des Chambres supprimées sont également supprimés, mais leurs titulaires conservent leurs privilèges. L'édit est présenté comme perpétuel et irrévocable, visant à améliorer l'efficacité et la dignité de l'administration judiciaire. Le roi prend en charge le remboursement des dettes contractées par les Chambres supprimées, via un état signé par l'ancien Président et les Doyens des Conseillers, remis au Contrôleur général des finances. Les créanciers recevront les arrérages annuels jusqu'à ce que le roi ordonne le remboursement complet. Les Présidents et Conseillers sont déchargés de toute responsabilité concernant ces dettes. Les modalités de remboursement des offices vacants ou supprimés sont précisées. Les offices de Présidents aux Enquêtes seront remboursés à 200 000 livres, conformément à l'édit de mai 1704 ou au prix d'acquisition. Les offices de Conseillers laïcs et clercs, ainsi que les commissions aux Requêtes du Palais, seront remboursés au prix du dernier contrat de vente, avec une limite de 50 000 livres. Les offices de Commis aux greffes, d'Huissiers et de Buvetiers seront remboursés au prix d'acquisition, incluant les frais de réception. Les gages et autres droits attachés aux offices supprimés seront rejetés des états à compter de la date de l'édit, sauf pour les offices non vacants, qui le seront lors de leur vacance. Le prix des différents offices du Parlement de Paris est fixé, notamment ceux de Présidents, Conseillers laïcs et clercs, et Avocats généraux, avec interdiction d'augmenter ces prix. Enfin, les Conseillers Commissaires aux Requêtes du Palais pourront monter à la Grand-Chambre en suivant la date de leur réception, à condition de se démettre de leur commission trois années auparavant et de servir dans une Chambre des Enquêtes pendant cette période. L'édit est signé par le roi Louis et enregistré au Parlement de Paris le 13 décembre 1756.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12469
p. 216-234
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Messire Louis-Georges de Johanne de la Carre, Marquis de Saumeri, [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Maison de Montaynard, Maison de Chambrai, Maison de Villeneuve, Maison de Chamborant, Duc, Comte, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
MEffire Louis- Georges de Johanne de la Carre,
Marquis de Saumeri , Gouverneur & grand Bailli
de Blois , & Gouverneur en ſurvivance du Château
Royal de Chambord , époufa le 2 Juin Demoiselle
Henriette -Françoife de Menou , fille de Meffire
Louis-Jofeph , Comte de Menou , Baron de Pontchâteau
, Maréchal des Camps & Armées du
Roi , & de feue Dame Marie - Louiſe de Charitte.
La bénédiction nuptiale leur a été donné dans
l'Eglife paroiffiale de Saint Sulpice par l'Abbé
de Menou. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 Mai précédent par leurs Majeftés &
la Famille Royale.
François , Comte de Montaynard , épousa le
21 Juin , dans la Chapelle du Château de Bellevue
, Henriette - Lucie-Magdeleine de Bafchi ,
troisieme fille de Francois , des Comtes de Bafchi ,
Comte de Bafchi- Saint -Efteve , Chevalier des Ordres
du Roi , Confeiller d'Etat d'épée , Ambaſſadeur
de Sa Majefté à la Cour de Portugal , & de
Dame Charlotte- Victoire Le Normant. L'Evêque
de Digne leur donna la bénédiction nuptiale.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 15
dx
NOVEMBRE. 1756. 217
du même mois par Leurs Majeftés & par la Famille
Royale.
- La Maifon de Montaynard, qui eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du Royaume, eft trop
connue pour qu'il foit befoin d'en donner un détail
fort étendu. Il fuffit de dire que cette Maifon
ale rare avantage de prouver fa filiation depuis
Rodolphe , l'un des plus grands Seigneurs du Gréfivaudan
, qui vivoit vers l'an 969 , jufqu'à nos
jours. Ce Rodolphe fut pere d'Ainard , qui fonda
vers l'an 1027, dans la terre de Domene un Prieuré
qui fubfifte encore aujourd'hui. Sa postérité prit
le nom d'Ainard jufqu'à Pierre , fon ſeptieme defcendant
, qui le premier prit le nom de Montagnard
, d'une de les terres près Grenoble , de laquelle
il fit hommage au Dauphin Guigue l'an
1329. Sa postérité a confervé le nom de Montaynard.
Il eut pour fils Raimond , qui fut ayeul de
Raimond III , Lieutenant Général de la Province
de Dauphiné en 1445 , pere d'Hector de Montaynard
, Gouverneur du Comté d'Afti pour le Roi
Louis XII, qui fut affaffiné en 1501. Il avoit époufé
Marguerite , fille de Boniface , Marquis de
Montferrat , de laquelle il eut Louis de Montaynard
, bifayeul de Marie de Montaynard , qui devint
Seigneur de Montfrin par la donation que lui
en fit en 1598, fa coufine Marguerite d'Arpajon.
Marie de Montaynard eut pour petit fils Hector
de Montaynard , Marquis de Montfrin , mort
Maréchal de Camp le 7 Janvier 1687. Il avoit
époufé Chriftine- Marguerite de la Gorée , dont naquit
François de Montaynard , Marquis de Montfrin
, décède le 12 Juillet 1728 , laiffant de fa femme
Louiſe Lottet-de Cauviffon , Jofeph de Montaynard
, Marquis de Montfrin , Comte de Souternon
, Grand Sénéchal de Niſmes & de Beau-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
caire , né le 14 Février 1703 , marié le 9 Juin
1732 , à Diane - Henriette de Baſchi- d' . ubais .
morte le 18 Mars 1755. fille de Charles des Comtes
de Bafchi , Marquis d'Aubais , Baron du Cayla,
& de Diane de Rofel, Dame de Cors & de Beaumont.
De ce mariage font fortis :
1º. François , Marquis de Montaynard , né le
28 Août 1735 , qui donne lieu à cet article.
2º. Françoife-Marie de Montaynard , née le 29
Avril 1734
3°. Marie-Henriette de Montaynard , née le
14 Juin 1750.
Meffire Erneft- Louis , Comte de Mortaigne ;
Lieutenant-général des armées du Roi , & Commandant
dans les trois Evêches , fut marié le s
Août à Demoiſelle Françoife- Félicité de Montmorillon
, ci- devant Chanoineffe du chapitre de
Sainte-Marie de Metz . La bénédiction nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle du château de
Begny , par l'Abbé de Montmorillon , Comte de
Lyon.
Marie-Sophie de Courcillon , veuve de Hercules-
Meriadec de Rohan , Duc de Rohan- Rohan , Pair
de France , Prince de Soubife & de Maubuiffon ,
Marquis d'Annonay , Comte de la Voute & de
Tournon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , ci- devant Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Garde de Sa Majeſté , & Gouverneur des
Provinces de Champagne & de Brie , mourut à
Paris le 4 Avril , âgée de 43 ans. La Princeffe
Douairiere de Rohan étoit fille unique de Philippe-
Egon de Courcillon , Marquis de Dangeau ,
Baron de Lucé , &c , Gouverneur de Touraine ,
&c , & de Françoile de Pompadour, Dame du Duché
de la Vallette. Elle avoit époufé en premieres
noces le 20 Janvier 1717 , Charles-François d'AlNOVEMBRE.
1756. 219
bert d'Ailly , Duc de Picquigni , mort le 14 Juin
1731. De ce mariage il n'y a point d'enfans . Elle
s'étoit remariée au Prince de Rohan le 2 Septembre
1732 , & en étoit restée veuve fans enfans le
26 Janvier 1749.
Frere Jacques -François de Chambrai , Grand-
Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
des Commanderies de Sainte Vaubourg
dans le Grand Prieuré de France , de Virecourt
dans celui de Champagne , & de la Commanderie
Magiftrale de Metz au même Grand Prieuré , ci
devant Lieutenant Général & Commandant des
vaiffeaux de la Religion , eft mort à Malte le 8
Avril . Le Bailli de Chambrai a été un des plus
grands hommes de mer de ce fiecle. Il a pris
fur les ennemis de la Religion la Sultane neuve
commandée par le Contre - Amiral , & portant
pavillon du Grand Seigneur , la Patrone de Tripoli
, & neuf autres Bâtimens. Après s'être figna
lé par fes exploits , il a fait conftruire à fes frais
dans l'Ile du Goze une Fortereffe qui porte le nom
de Cité neuve de Chambrai. Cet ouvrage impor
tant qui met les Gozetins à l'abri des infultes des
Barbarefques , eft prefque achevé . Le Grand Maî
tre de Malte a réſolu de fubvenir aux dépenfes des
travaux qui restent encore à faire pour conduire
cet ouvrage à fa perfection , & en confidération
des fervices du Bailli de Chambrai , il a accordé
au Marquis de Chambrai , petit neven de
cet homme illuftre , la permiffion de porter la
Croix de l'Ordre.
La Maiſon de Chambrai eft une branche de
celle de la Ferté- Fresnel , qui eft connue dès le
onzieme fiecle . Richard II du nom , Baron de la
Ferté- Fresnel , qui vivoit dans le douzieme , épou
fa Emmeline , fille de Richard II du nom , Baron
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
de l'Aigle , & en eut pour fecond fils, Simon de la
Ferté Frefnel, qui eut en partage la terre de Chambrai-
fur Yton , en Normandie , Baillage d'Evreux,
de laquelle il prit le nom qu'il tranſmit à fa poftérité.
De lui defcendit Jean de Chambrai , Chambellan
du Roi Charles le Bel , lequel fut pere de
Roger de Chambrai & ayeul de François , Bailli &
Capitaine d'Evreux en 1379 , mort en 1399. Ce
dernier eut pour fils Roger de Chambrai II du
nom , marié à Catherine , Dame de Ménille & de
Thévrai , qui le rendit pere de Jean III , lequel fit
rentrer par échange dans fa maifon la terre de
Chambrai, qui avoit été portée dans une autre par
une fille héritiere d'une branche aînée. Le Roi
Chales VII, en confidération de fa fidélité à fon
fervice , & de celle de fes prédéceffeurs, le rétablit
en 1450 , avec fes freres Simon & Gui dans les
biens de leur famille , qui avoient été confifqués
en 1430 , par Henri VI , Roi d'Angleterre. Jean
de Chambrai mourut en 1460 , ayant eu pour enfans
de fa femme Gillette Chollet, Dame d'Urbois,
Guerville, Bretoncelles , la Roche - Turpin en Vendômois,
& c , Jean IV du nom qui fuit, & Jacques
de Chambrai. Ce dernier fut Chevalier de l'Ordre
du Roi , fon Chambellan , Grand Bailli &
Gouverneur d'Evreux , & l'un des députés pour la
ratification de la paix à Eſtaple en 1499. & décéda
le 4 Mars 1504.
Jean IV du nom , Chevalier , Seigneur de
Chambrai , Châtelain de Ponfcei , Baron de la Roche-
Turpin , &c , époufa Françoife de Tillai ,
Baronne d'Auffay au pays de Caux , & Dame d'Afpiftres
& de S. Remi - des-Landes , dont naquit
entr'autres Nicolas , Seigneur de Chambrai , Baron
d'Auffay , & c , allié les Janvier 1530 , à
Bonaventure de Prunelé. Leur fils Gabriel , SeiNOVEMBRE
. 1756. 221
gneur de Chambrai , député de la Nobleffe du
Bailliage d'Evreux aux EtatsGénéraux du Royaume,
tenus à Blois en 1976, futfait par Henri III , Chevalier
de fon Ordre & Gentilhomme de fa Cham
bre , le 17 Mai 1587 , & en 1590 Capitaine de
cinquante hommes d'armes par Henri IV. Sa fe
conde femme Jeanne d'Angenne , qui fut Dame du
Palais de la Reine , le fit pere de Tannegui , Baron de
Chambrai , mort Maréchal de Camp en 1645.
Celui- ci avoit eu de fon fecond mariage , fait en
1636, avec Helene Baignart , Nicolas II du nom ,
Baron de Chambrai , Capitaine ès Armées navales
, qui époufa le 10 Septembre 1669 , Anne
le Doux de Melleville. Il en lailla , entr'autres enfans
, François-Nicolas & Jacques - François de
Chambrai , dont nous annonçons la mort.
*
Son Frere aîné François Nicolas , Baron de
Chambrai , Colonel d'Infanterie en 1702 , fut allié
le 1 Avril 1704 , avec Marie - Louife de Folloville
de Manancourt , de laquelle il a eu :
I. Louis , Marquis de Chambrai & de Conflans,
né le 16 Juin 1713 , `marié 1 ° . le 6 Avril 1734 , à
Françoife de Bonnigalle , morte le 17: Mai 1737 :
20. en 1741 , à Anne-Catherine d'Aubenton-de
Malicorne , décédée au mois de Juillet 1743 : 3 °.
le 9 Juillet 1747 , à Jacqueline - Anne- Magdeleine
de Bernard, Dame & Patrone de la Befliere , Francheville-
le- Moncel, Rofnay , &c . Ses enfans font
du premier lit :
i. Louis- François de Chambrai , né le 23. Mai
1737.
Du fecond lit :
2. François- Nicolas de Chambrai , né en Juin
1742.
Du troisieme lit :
3. Bernard , né le 19 Mai 1752.
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
4. Helene-Marthe- Cécile , née le 3 Novem
bre 1749.
5. Louife-Françoise-Charlotte , née le 22 Noyembre
1750.
II. Marie-Anne de Chambrai , mariée en 1725 ,
à Charles-Gabriel du Four, Ecuyer , Seigneur de
S. Léger , fon coufin germain.
III . Clémence-Renée de Chambrai , née le 6
Août 1706 , Prieure Royale de Bellefond à Rouen.
IV. Marthe -Gabrielle de Chambrai , née le 6
Mars 1709 , Abbeffe de l'Abbaye Royale d'Almanefches
, dioceſe de Seez ; c'eít la troifieme Abbeffe
de fon nom en cette Abbaye.
V. Marie-Henriette de Chambrai , née le 1
Mars 1711. Religieufe à l'Abbaye Royale de S.
Sauveur à Evreux.
Dame Claude Canablin , époufe de N.....
Comte de Salvert – Montrognon , eft morte le 9
Avril dans la quarante- huitieme année de fon âge.
Dom Jofeph Vaiffette , Religieux Bénédictin ,
célebre par fon Hiftoire de Languedoc , & par une
Géographie univerfelle qu'il venoit de donner
au public , mourut le 10 à l'Abbaye de S. Germain
des Prez .
Dom Jean-Bernard Senfarie du même Ordre,
& Prédicateur ordinaire du Roi , eft mort le même
jour dans la même Abbaye.
Dame Elizabeth - Olive de Saint- Georges-de-
Verac , veuve de Meffire Benjamin- Louis Fratsier
, Marquis de la Meffeliere , mourut à Paris le
23 Avril âgé de 87 ans.
Frere Thomas de Villeneuve -Trans , Chevalier
profès de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
de la Commanderie de Montfrin en
Languedoc , & Meftre de camp réformé de Dragons
, mourut à Paris le 30 Avril , âgé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1756. 223
Le Chevalier de Villeneuve étoit fils de Pierre-
Jean de Villeneuve , Marquis de Trans , lequel
avoit épousé en 1665 , Marie- Françoile de Bitand,
& étoit iffu de Raimond de Villeneuve , Général
des troupes d'Aragon , qui vint en Provence avec
le Comte de Barcelone , vers l'an 1114 , & s'y établit
ayant eu la terre de Gandelet , appellée depuis
Villeneuve . Ce Raimond fut pere de Geraud
de Villeneuve , Gouverneur de Tarafcon , auquel
Alphonfe Comte de Provence fit don l'an 1201
de la Baronie de Trans. Geraud fut pere de Romée
de Villeneuve , fi connu dans l'Hiftoire de
Provence , & de Geraud II . de Villeneuve , defquels
la poftérité ſubſiſte .
Romée de Villeneuve , Connétable de Provence ,
reçut en 1230 , la Seigneurie de Vence de Raimond-
Bérenger , Comte de Provence , dont il
étoit Miniftre , & qui le nomma Régent de fes
états , & un des Tuteurs de fa fille Béatrix , qui
par fes négociations fut mariée avec Clales I ,
Comte d'Anjou . Ce Seigneur qui mourut en 1250,
fut le onzieme ayeul de Claude de Villeneuve
créé Marquis de Vence ; celui - ci fut pere d'Alexandre
& de Jean- Baptifte de Villeneuve .
Alexandre de Villeneuve , Marquis de Vence ,
eft l'ayeul d'Alexandre -Gafpard de Villeneuve ,
Marquis de Vence , qui de fon mariage fait en
Juin 1723 , avec Magdeleine-Sophie de Simiane ,
a pour enfans :
1º. Jean - Alexandre-Romée, Vicomte de Vence,
Colonel en fecond du régiment Royal Corfe , par
brevet du premier Février 1749 , né le 7 Novembre
1727 , marié à Angélique- Louiſe de la Rochefoucaud-
de Surgeres , dont 10. Jules- Alexandre-
Romée de Villeneuve , né le 21 Mars 1755. 2º.
Alexandrine - Charlotte- Adélaïde , née le 14 Jan-
K iy
vier 1793.
224 MERCURE DE FRANCE.
2º. Pauline de Villeneuve , mariée en 1741 à
Jofeph-Ours de Villeneuve , Marquis de Floyofc.
Jean Baptifte de Villeneuve , Comte de Vence,
frere d'Alexandre , Marquis de Vence , mourut en
1724 capitaine de vaiffeau . Il avoit été allié en
1700 , à Françoife de Graffe , morte le 10 Septem
bre 1748 , de laquelle il eut : 1 ° . Claude - Alexandre
, Comte de Vence , né en Novembre 1701 ,
Colonel du régiment Royal Corfe en 1739 , Brigadier
des armées du Roi le premier Mai 1745 ,
Maréchal de camp le 10 Mai 1748 : 2 ° . Jacques
de Villeneuve, dit le Chevalier de Vence , Lieute
nant de vaiffeau en 1744 : 3º . Claudine de Villeneuve
, née le 13 Juillet 1701 , veuve d'Antoine-
Jofeph d'Arcy , Comte de la Varenne.
Geraud de Villeneuve , deuxieme du nom , frere
du fameux Romée , fat Baron de Trans , des Arcs,
&c. Son petit- fils Geraud , troifieme du nom ,
époufa , 1º. Aigline d'Uzès : 2º . Philippe Dame
d'Efclapons & de Tourette , iffue des Princes de
Callian. Il eut du premier mariage : Arnaud II
de Villeneuve qui fuit , & Hugues - Raimond de
Villeneuve , Baron de Tourette , dont il fera parlé
après fon frere.
Arnaud de Villeneuve , deuxieme du nom , fut
bifayeul d'Arnaud quatrieme du nom . Chambellan
de la Reine Jeanne , & Gouverneur d'Avignon,
dit le Grand , tant à caufe de fes grar des qualités
qu'à caufe des grands biens qu'il poffeda , ayant
été Seigneur , en tout ou en partie , de quatrevingt-
deux terres nobles , foit en Provence , foit
au royaume de Naples . Il eut de fon mariage avec
Philippe de Caftellane de Salernes , trois enfans ,
fçavoir : 1 ° . Giraud , dont la poftérité s'eft éteinte
en 1672 ; de lui , defcendoit Louis de Villeneuve,
Comte d'Aveline , Ambaffadeur de Louis XII , à
1
NOVEMBRE . 1756. 225
Rome , en faveur duquel la Baronie de Trans fur
érigée en Marquifat Pan 1505. 2º . Hélion , duquel
la postérité n'a pas duré. 3°. Antoine , qui
fut Baron de Flayofc. Alexandre- François de
Villeneuve , Baron de Flayofc , un des defcendans
de ce dernier , eft ayeul de Joſeph- Ours de Villeneuve
, Marquis de Flayofc , marié en 1741 , à
Pauline de Villeneuve , foeur du Vicomte de Vence
, Colonel en fecond du régiment Royal - Corfe.
Leurs enfans font :
1º. Alexandre- Gaſpard - Balthaſar de Villeneu
ve , né en 1745 .
2º. Claude -Alexandre - Romée de Villeneuve ,
né en 1746 .
3°. Martin de Villeneuve , né en Décembre
1750.
4°. Sophie de Villeneuve .
Le Marquis de Flayofc a pour foeur Julie de
Villeneuve , qui a épousé le 31 Mai 1746 , Julės-
François de Fauris , Seigneur de Saint - Vincent ,
Préfident du Parlement de Provence.
Hugues- Raimond de Villeneuve , fils du fecond
lit de Geraud , troifieme du nom , Baron de Trans ,
fat Baron de Tourette , & époufa Béatrix de Savoye
, de laquelle il eut Raimond de Villeneuve ,
marié avec Alix des Baux , des Princes d'Orange ,
laquelle fut mere de Pons -Albert , mort avant
l'an 1321 celui- ci eut d'Andalafie de Mujols ,
Bertrand de Villeneuve , allié , vers l'an 1331 , à
Sancie de Signe , des Vicomtes de Marſeille , dont
vint Jean mort en 1361 , ayant été marié à Dracone
Ricavi. Leur fecond fils , Pons de Villeneuve
, Seigneur de Barjemont , époufa en 1380 , Catherine
Dame de Vauclaufe , mere de Jean de
Villeneuve , auteur de la branche de Villeneuve-
Barjemont , & d'Antoine de Villeneuve , Baron
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
de Tourette en 1445 , lequel époufa en 1455 , Pau
line du Puget , de laquelle il eut Honoré de Villeneuve
, qui tefta en 1502. Celui - ci fut pere par
Blanche Grimaldi- de Monaco , de Jean de Villeneuve
, Baron de Tourette , Chevalier de P'Ordre
du Roi , Capitaine de cinquante hommes d'armes,
allié eenn 1922 , à Marguerite de Foix- Meille , dont
naquit Jean II de Villeneuve , Chevalier de l'Ordre
du Roi Gouverneur de Frejus , mort en 1586.
Il avoit épousé en 1562 Perette d'Oraiſon , qui
le fit père de Jean de Villeneuve , troifieme du
nom , lequel fut nommé àl'Ordre du Saint- Elprit,
& mourut en 1631 , laiffant de Baptiftine de la
Lande , Gafpard de Villeneuve , Comte de Tourette,
mort le 29 Novembre 1649. Celui- ci époufa
Marguerite de Graffe , de laquelle il eut Pierre
de Villeneuve , allié en 1665 à Marie-Françoife
de Bitaud , qui fut mere de Pierre-Jean de Villeneuve
qui fuit , & de Thomas de Villeneuve dont
nous annonçons la mort.
Pierre-Jean de Villeneuve , Marquis de Trans,
mourut le 17 Février 1730 , laillant de Marie-
Thérefe de Barthelemi Sainte- Croix , qu'il avoit
épousée en 1711 , Louis de Villeneuve , Marquis
de Trans , Comte de Tourette , Enſeigne de galeres
en 1733 , mort le 13 Juin 1753. Il avoit
époufé le 29 Octobre 1738 , Louiſe- Catherine
Pernot - du-Buat , morte le 11 Mars 1751. Ils ont
eu de leur mariage :
1º. Louis -Henri de Villeneuve , né le 18 Octo
bre 1739:
2º. Thomas- Alexandre - Balthafar de Villeneu
ve , né le 18 Mars 1742 .
3 °. Rofaline- Victoire-Martial de Villeneuve,
né le 18 Mai 1744.
4. Alexandre-Marie de Villeneuve , né le s
Février 1748.
NOVEMBRE. 1756. 227
Pauline- Nicole de Villeneuve , née le 18
Octobre 1745 .
Dame Félice -Marie de Roque de Garceival ,
épouse de Meffire Philibert- Louis , Comte de Saint.
Jal- de Laftic , Brigadier de cavalerie , & Meftre
de camp d'un régiment de fon nom , mourut en
- Rouergue le 20 Avril , âgée de 27 ans .
Le Marquis de Ceberet , Lieutenant général des
armées du Roi , Grand Croix de l'Ordre royal &
militaire de Saint Louis , Gouverneur des ville
fort & château d'Aire , & Commandant en chef
dans la province d'Artois , eft mort , le 25 Avril , à
Aire , dans la quatre - vingt- quatrieme année de fon
âge. La Marquife de Ceberet , la mere , qui vit encore
, a eu au mois de Juillet dernier 100 ans
accomplis, & elle ne fe reffent d'aucune infirmité.
Le Roi a donné fon gouvernement au Sieur de
Cremille , Lieutenant général des armées de Sa
Majefté , Commandeur de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , & Infpecteur général des
troupes du Roi,
Meffire Charles- Louis de Rogres de Lufignan ,
Marquis de Champignelles , eft mort le 27 Avril
dans une de ſes terres , âgé de 81 ans. Il avoit été
premier Maître - d'hôtel de Monfeigneur le Duc
de Berry.
eft
Meffire Louis - Jacques - François de Vocance ,
Evêque de Senez , & Abbé de l'Abbaye de Simorre
, Ordre de faint Benoît , dioceſe d'Auch ,
mort à Riez , au commencement du mois de Mai ,
dans la foixante & quinzieme année de fon âge.
Claude de Chamborant , Comte de la Claviere ,
Lieutenant général des armées du Roi , Gonverneur
du Pont d'Arlos & de Mont- Medi, & premier
Gentilhomme de la chambre du Comte de la Marche
, Prince du fang , de la perfonne duquel il
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
avoit été Gouverneur , mourut à Paris le 18 Mai ,
âgé de 65 ans. Il a fervi avec beaucoup de réputatation
, & il s'eft diftingué à la tête des brigades de
Limofin & de Bretagne , ainfi qu'à la défenſe d'Egra,
en Boheme .
Le Comte de la Claviere avoit époufé , le 18 Juin
1728 , Marie-Anne Moret- de Bournonville, de laquelle
il a eu :
1º. André- Claude de Chamborant , né le 23 Février
1732 , Capitaine de cavalerie .
2º. Marie-Anne- Therefe de Chamborant , née
le 14 Septembre 1734.
La maison de Chamborant tient un rang diſtingué
dans la nobleffe de France , tant par l'ancienneté
de fon origine , que par fes alliances & fes
emplois honorables , foit à la cour , ſoit dans les
armées. Elle tire fon origine de la terre de Chamborant
, premier Fief & Baronie du Vicomté de
Bridiers en Poitou . L'Abbaye de Bénévent , diocefe
de Limoges , compte parmi fes bienfaiteurs
les Seigneurs de Chamborant , qui fe trouvent qualifiés
Chevaliers , dès le onzieme fiecle . Gosfrid
de Chamborant eft nommé avec les Chevaliers ,
qui fignerent une charte en faveur de l'églife de
Limoges , fous l'épiſcopat de l'Evêque Ithier , vers
l'an 1060.
Cette Maifon s'eſt partagée en deux branches
principales celle de Droux , & celle de la Claviere
, deux terres , la premiere en Limofin , l'autre
dans la haute Marche , que Marguerite de Forges
porta en dot, vers l'an 1330 , à Pierre de Chamborant
, Chevalier , Seigneur de Chamborant
frere de Guillaume de Chamborant , Ecuyer du
corps du Roi , Baron d'Afnebec & de Rannes en
Normandie , qu'il vendit en 1383. Du mariage
de Pierre de Chamborant , & de Marguerite de
NOVEMBRE. 1756. 229
Forges , vint Foucaud , Seigneur de Chamborant ,
de Droux & de la Claviere , qui fut pere par Jaquette
de Clays-de Gui , Seigneur de Chamborant
, & de Jacques de Chamborant , qui de Marguerite
Chauvet- de Sampnac , eut pour fecond fils
Gui de Chamborant , Seigneur de Droux & de la
Claviere , allié avec Françoife de Salagnac , dont
les deux fils Pierre & Gafpard ont formé les deux
branches de Droux & de la Claviere.
L'aîné eut de Philippe de Loube , pour ſecond
fils , Pierre Chamborant , fecond du nom , Baron
de Neuvi-Saint- Sépulchre, Lieutenant Général de
la province de Berri , Gouverneur de la groffe tour
de Bourges , Chevalier de l'Ordre du Roi , Chambellan
& Colonel des Gardes étrangeres du Duc
d'Anjou. Il épouſa Anne de la Foreft, qui fut Gouvernante
des Dames de France , foeurs du Roi
Louis XIII , & eut pour enfans Marguerite de
Chamborant , fille d'honneur de la Reine Marie
de Médicis , & Louis de Chamborant , Baron de
Neuvi - Saint - Sépulchre , mort à Madrid le 19
Avril 1615 , en odeur de fainteté. Son oncle Jean
de Chamborant , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Seigneur de Droux , fut pere , par fa feconde femme
Catherine de Châteauvieux , de Gafpard de
Chamborant , dont l'arriere - petite fille Marie-
Anne de Chamborant, Dame de Droux, a épousé,
en 1728 , Jean de Chamborant, Seigneur de Villevert
, fon parent.
Gafpard de Chamborant , Seigneur de la Claviere
, fecond fils de Gui & de Françoife de Salagnac
, devint Seigneur d'Azai - le - Feron en Touraine
, par fon mariage avec Louife de Reilhac , des
Vicomtes de Brigueuil , qui fut mere de Jean de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , Chevalier
de l'Ordre du Roi, marié en 1571 , à Anne Razès.
230 MERCURE DE FRANCE.
Leur fils Pierre de Chamborant , Seigneur de la
Claviere , qui époufa Diane de Gentils , fut Lieutenant
de la compagnie des cent Gentilhommes ordinaires
de la Maifon du Roi , appellés les cent
Gentilshommes à bec de Corbin , charge dans laquelle
lui fuccéda , en 1660 , fon fils Etienne de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , d'Aiguzon,
de Lavye & de Puilaurent , Confeiller d'Etat d'épée
, qui avoit été fait en 1647 Maréchal de
Camp, en gardant par une diftinction particuliere
fes deux régimens, l'un de cavalerie , & l'autre d'infanterie
, & en 1650 Gouverneur de Philisbourg ,
ayant commandé la cavalerie légere fous M. le
Prince. Il avoit époufé en 1639 , Marie Phelipes,
de laquelle il eut Pierre de Chamborant , Seigneur
de la Claviere , de Puilaurent , &c. mort en 1714 ,
ayant été allié à Marie- Anne le Fort-de Villemandor
, fille de Georges le Fort , Baron de Cernoi ,
& Seigneur de Villemander. Il laiffa pour enfans.
1º. Alexandre- Etienne de Chamborant , appellé
le Marquis de Puilaurent , né le 26 Novembre
1685 , Lieutenant de vaiffeau en 1728 , & Chevalier
de l'Ordre royal & militaire de faint Louis.
2º. Claude de Chamborant, Comte de la Claviere
, qui donne lieu à cet article.
3°. Henri de Chamborant , reçu Chevalier de
Malte de minorité en 1704.
4°. Marie-Anne de Chamborant,mariée le 14 Novembre
1721 , à André Hébert, Seigneur , Baron de
Chateldon , alors Introducteur des Ambaffadeurs.
Pierre-Emmanuel - Jofeph-Timoleon de Coffé-
Briffac , Marquis de Briffac , fils de Jean- Paul
Timoleon de Coffé, Duc de Briffac, Pair & grand
Pannetier de France, Chevalier des Ordres du Roi,
& Lieutenant général des armées de Sa Majesté ,
NOVEMBRE . 1756. 23
mourut à Paris le 27 Mai , âgé de 14 ans . Marie-
Jofephe Durey de Sauroy, une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouse du Duc de
Briffac , & mere du Marquis de Briffac , eft morte
le 18 Juin fuivant , dans la quarantieme année de
fon âge.
Meffire N.... Comte de Crefnay , Vice- Amiral
de France , dans les mers du Ponent , & Grand-
Croix de l'Ordre de faint Louis , eft mort le 31
Mai , au château de la Riviere , près Fontainebleau ,
âgé de 65 ans. Il étoit entré dans la marine en
1705, & s'étoit diftingué dans les différens grades
de ce fervice .
Agnès Miotte de Ravane , époufe de Charles-
Anne-Sigifmond de Montmorenci - Luxembourg ,
Duc d'Olonne, Maréchal des camps & armées du
Roi , mourut à Paris le 1 Jain , âgée de 31 ans.
Elle avoit épousé le Duc d'Olonne le 2 Juin 1753,
étant veuve de Matthieu - Roch de la Rochefoucauld,
Marquis de Bayers.
Dame Magdeleine- Elizabeth de Rieux de Far
gis , veuve de Meffire Pierre-Eléonor de la Ville ,
Marquis de Ferolles , Gouverneur des Ifle & terre
ferme de Cayenne en Amérique , eft morte à Paris
le 2 Juin , dans la foixante & dix-huitieme année
de fon âge.
Jean-Louis Mocénigo, Noble Vénitien , Chevalier
de l'Ordre de l'Etole d'or , l'un des fix Sages
grands , d'abord Ambaffadeur de la République
de Venise à la Cour d'Eſpagne en 1747 , à celle
de France en 1751 , & nommé en 1754 pour
PAmbaffade de Rome , eft mort à Paris le 12 Juin
dans fa quarante-fixieme année.
De fon mariage contracté en 1737, avec Blanche
Morofini , fille de Louis , Noble Vénitien , &
l'un des Membres du Sénat , il laiffe pour enfans ,
232 MERCURE DE FRANCE.
1º. Jean- Louis Mocénigo , né en 1738. 2 ° . Jean-
Louis , né en 1744. 3 °. Marie Mocénigo , née en
1739. 4º . Hélene Mocénigo , née en 1743.
Meffire Henri -Charles Arnauld de Pomponne ,
Abbé de Saint-Médard de Soiffons , Ordre de
Saint Benoît , Doyen du Confeil d'Etat , Commandeur-
Chancelier , Garde des Sceaux & Sur-
Intendant des Finances des Ordres du Roi , &
honoraire de l'Académie Royale des Belles - Lettres
, eft mort à Paris le 26 Juin , âgé de 87 ans
moins 14 jours.
Armand de Rohan-Soubife , Cardinal Prêtre ,
Evêque- Prince de Strasbourg , Abbé de l'Abbaye
de la Chaife-Dieu , Ordre de S. Benoit , Dioceſe
de Clermont , Grand Aumonier de France, Commandeur
des Ordres du Roi , & l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , mourut à Saverne le
28 Juin , âgé de 38 ans , 6 mois & 27 jours. Le
Pape l'avoit créé Cardinal à la nomination du Chevalier
de S. Georges , dans la promotion faite en
1747, pour les Couronnes. Il étoit fils de Jules-
François de Rohan- Rohan , Prince de Soubife ,
mort le 6 Mai 1724. & d'Anne- Julie- Adélaïde de
Melun , décédée le 18 Mai de la même année
1724.
Meffire Charles Beaupoil de Saint Aulaire ;
Abbé de l'Abbaye de Mortemer, Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Rouen , & de celle de S. Jean de Falaife
, Ordre de Prémontré , Diocefe de Seez , &
Aumonier ordinaire de la Reine , eft mort le 29 ,
âgé de près de 87. ans .
Agnès- Marie de la Rochefoucauld de Lafcaris
d'Urfé , veuve de Meffire Paul-Edouard Colbert ,
Comte de Creuilly , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , décédé le 28 Février de cette année,
eft morte à Paris le 1 Juillet , dans la vingt- cinNOVEMBRE.
1756 . 233
quieme année de fon âge. Elle avoit épousé le
Comte de Creuilly le 4 Avril 1754.
François - Maximilien de Tenczin - Offolinski ,
Duc d'Offolinski , Prince du Saint Empire , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de l'Aigle
blanc , Grand Maître de la Maiſon du Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar ; & Gouvelneur
des Château & Ville de Lunéville , mourut
au Château de la Malgrange près de Nanci , le 1
Juillet , âgé de 80. ans .
En 1725 il fut Maréchal de la Diete générale
de Pologne ; il a été enfuite Grand- Tréforier de la
Couronne. Il fuivit le Roi Staniflas en France ,
dans l'année 1736 , & le Roi cette même année lui
accorda un brevet de Duc. Sa Majefté , l'année
fuivante , le nomma Chevalier de fes Ordres ..
Il étoit fils de Maximilien , Comte de Tenczin-
Offolinski , Grand Veneur du Palatinat de Podlachie
, & de Théodore , Comteffe de Kraffouska.
Il avoit été marié en premieres nôces à N... fille
de N... Comte de Méviézinski , Palatin de Vo-
Ihinie en Pologne ; & en fecondes nôces à Catherine
Jablonowska , fille de Jean né Prince Jablonowski
, Grand Enfeigne de la Couronne de Pologne
, Palatin de Volhinie & de la petite Ruffie ,
& foeur du Prince Jablonowski , Chevalier des
Ordres du Roi , & de la Princeffe de Talmont.
Il a eu de fa premiere femme :
1º. Jofeph , dit le Comte de Tenczin - Offolinf
ki , Starofte de Sandomir , qui eft marié en Pologne.
2 Thomas , dit auffi Comte de Tenczin - Offolinski
, ci- devant Chevalier d'honneur de la Reine
de Pologne , Ducheffe de Lorraine & de Bar.
3°. Anne de Tenczin - Offolinski , alliée à Jofaphat
, Comte de Zamewski , Grand Sous - Pannetier
du Royaume de Pologne.
234 MERCURE DE FRANCE.
4° . Thérefe de Tenczin- Offolinski.
Dame Conftance de Harville , veuve de Meffire
Nicolas-Simon Arnauld, Marquis de Pomponne ,
Brigadier des armées du Roi , & ancien Lieutenant
Général au Gouvernement de l'Ile de France , eft
morte en cette Ville le 4 Juillet , âgée de 84 ans.
Dame Michele- Gabriele Dugué- de Bagnols ,
veave de Meffire Jacques Tannegui le Veneur,
Comte de Tillieres, eft morte à Paris le 22 Juillet,
âgée de 83 ans.
Charles- Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Pair & premier Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & ci - devant Gouverneur des
Ville & Citadelle de Landau , mourut en cette
Ville le 23 Juillet , âgé de 93 ans moins quelques
Jours.
Au mois de Juin 1598 , la Baronie de Biron avoit
été érigée en Duché- Pairie pour Charles de Gontaut-
de Biron , Maréchal & Amiral de France ,
Maréchal Général des Camps & Armées du Roi ,
Gouverneur & Lieutenant- Général du Duché de
Bourgogne & du pays de Breffe , & Chevalier des
Ordres du Roi. Ce Seigneur étant mort en 1602 ,
& n'ayant point laiffé de postérité, le Duché- Pairie
de Biron fut éteint . Le Roi a de nouveau érigé à
perpétuité pour le Maréchal de Biron qui vient de
mourir , la Baronie de Biron en Duche-Pairie par
Lettres du Mois de Février 1723. Le 22 du même
mois ce nouveau Duc , arriere petit neveu du
premier Duc de Biron , prit féance au Parlement ,
Sa Majesté y tenant fon lit de juftice , pour la déclaration
de fa Majorité.
Par la mort du Maréchal Duc de Biron , le Maréchal
Duc de Noailles devient premier Maréchal
de France.
MEffire Louis- Georges de Johanne de la Carre,
Marquis de Saumeri , Gouverneur & grand Bailli
de Blois , & Gouverneur en ſurvivance du Château
Royal de Chambord , époufa le 2 Juin Demoiselle
Henriette -Françoife de Menou , fille de Meffire
Louis-Jofeph , Comte de Menou , Baron de Pontchâteau
, Maréchal des Camps & Armées du
Roi , & de feue Dame Marie - Louiſe de Charitte.
La bénédiction nuptiale leur a été donné dans
l'Eglife paroiffiale de Saint Sulpice par l'Abbé
de Menou. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 Mai précédent par leurs Majeftés &
la Famille Royale.
François , Comte de Montaynard , épousa le
21 Juin , dans la Chapelle du Château de Bellevue
, Henriette - Lucie-Magdeleine de Bafchi ,
troisieme fille de Francois , des Comtes de Bafchi ,
Comte de Bafchi- Saint -Efteve , Chevalier des Ordres
du Roi , Confeiller d'Etat d'épée , Ambaſſadeur
de Sa Majefté à la Cour de Portugal , & de
Dame Charlotte- Victoire Le Normant. L'Evêque
de Digne leur donna la bénédiction nuptiale.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 15
dx
NOVEMBRE. 1756. 217
du même mois par Leurs Majeftés & par la Famille
Royale.
- La Maifon de Montaynard, qui eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du Royaume, eft trop
connue pour qu'il foit befoin d'en donner un détail
fort étendu. Il fuffit de dire que cette Maifon
ale rare avantage de prouver fa filiation depuis
Rodolphe , l'un des plus grands Seigneurs du Gréfivaudan
, qui vivoit vers l'an 969 , jufqu'à nos
jours. Ce Rodolphe fut pere d'Ainard , qui fonda
vers l'an 1027, dans la terre de Domene un Prieuré
qui fubfifte encore aujourd'hui. Sa postérité prit
le nom d'Ainard jufqu'à Pierre , fon ſeptieme defcendant
, qui le premier prit le nom de Montagnard
, d'une de les terres près Grenoble , de laquelle
il fit hommage au Dauphin Guigue l'an
1329. Sa postérité a confervé le nom de Montaynard.
Il eut pour fils Raimond , qui fut ayeul de
Raimond III , Lieutenant Général de la Province
de Dauphiné en 1445 , pere d'Hector de Montaynard
, Gouverneur du Comté d'Afti pour le Roi
Louis XII, qui fut affaffiné en 1501. Il avoit époufé
Marguerite , fille de Boniface , Marquis de
Montferrat , de laquelle il eut Louis de Montaynard
, bifayeul de Marie de Montaynard , qui devint
Seigneur de Montfrin par la donation que lui
en fit en 1598, fa coufine Marguerite d'Arpajon.
Marie de Montaynard eut pour petit fils Hector
de Montaynard , Marquis de Montfrin , mort
Maréchal de Camp le 7 Janvier 1687. Il avoit
époufé Chriftine- Marguerite de la Gorée , dont naquit
François de Montaynard , Marquis de Montfrin
, décède le 12 Juillet 1728 , laiffant de fa femme
Louiſe Lottet-de Cauviffon , Jofeph de Montaynard
, Marquis de Montfrin , Comte de Souternon
, Grand Sénéchal de Niſmes & de Beau-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
caire , né le 14 Février 1703 , marié le 9 Juin
1732 , à Diane - Henriette de Baſchi- d' . ubais .
morte le 18 Mars 1755. fille de Charles des Comtes
de Bafchi , Marquis d'Aubais , Baron du Cayla,
& de Diane de Rofel, Dame de Cors & de Beaumont.
De ce mariage font fortis :
1º. François , Marquis de Montaynard , né le
28 Août 1735 , qui donne lieu à cet article.
2º. Françoife-Marie de Montaynard , née le 29
Avril 1734
3°. Marie-Henriette de Montaynard , née le
14 Juin 1750.
Meffire Erneft- Louis , Comte de Mortaigne ;
Lieutenant-général des armées du Roi , & Commandant
dans les trois Evêches , fut marié le s
Août à Demoiſelle Françoife- Félicité de Montmorillon
, ci- devant Chanoineffe du chapitre de
Sainte-Marie de Metz . La bénédiction nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle du château de
Begny , par l'Abbé de Montmorillon , Comte de
Lyon.
Marie-Sophie de Courcillon , veuve de Hercules-
Meriadec de Rohan , Duc de Rohan- Rohan , Pair
de France , Prince de Soubife & de Maubuiffon ,
Marquis d'Annonay , Comte de la Voute & de
Tournon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , ci- devant Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Garde de Sa Majeſté , & Gouverneur des
Provinces de Champagne & de Brie , mourut à
Paris le 4 Avril , âgée de 43 ans. La Princeffe
Douairiere de Rohan étoit fille unique de Philippe-
Egon de Courcillon , Marquis de Dangeau ,
Baron de Lucé , &c , Gouverneur de Touraine ,
&c , & de Françoile de Pompadour, Dame du Duché
de la Vallette. Elle avoit époufé en premieres
noces le 20 Janvier 1717 , Charles-François d'AlNOVEMBRE.
1756. 219
bert d'Ailly , Duc de Picquigni , mort le 14 Juin
1731. De ce mariage il n'y a point d'enfans . Elle
s'étoit remariée au Prince de Rohan le 2 Septembre
1732 , & en étoit restée veuve fans enfans le
26 Janvier 1749.
Frere Jacques -François de Chambrai , Grand-
Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
des Commanderies de Sainte Vaubourg
dans le Grand Prieuré de France , de Virecourt
dans celui de Champagne , & de la Commanderie
Magiftrale de Metz au même Grand Prieuré , ci
devant Lieutenant Général & Commandant des
vaiffeaux de la Religion , eft mort à Malte le 8
Avril . Le Bailli de Chambrai a été un des plus
grands hommes de mer de ce fiecle. Il a pris
fur les ennemis de la Religion la Sultane neuve
commandée par le Contre - Amiral , & portant
pavillon du Grand Seigneur , la Patrone de Tripoli
, & neuf autres Bâtimens. Après s'être figna
lé par fes exploits , il a fait conftruire à fes frais
dans l'Ile du Goze une Fortereffe qui porte le nom
de Cité neuve de Chambrai. Cet ouvrage impor
tant qui met les Gozetins à l'abri des infultes des
Barbarefques , eft prefque achevé . Le Grand Maî
tre de Malte a réſolu de fubvenir aux dépenfes des
travaux qui restent encore à faire pour conduire
cet ouvrage à fa perfection , & en confidération
des fervices du Bailli de Chambrai , il a accordé
au Marquis de Chambrai , petit neven de
cet homme illuftre , la permiffion de porter la
Croix de l'Ordre.
La Maiſon de Chambrai eft une branche de
celle de la Ferté- Fresnel , qui eft connue dès le
onzieme fiecle . Richard II du nom , Baron de la
Ferté- Fresnel , qui vivoit dans le douzieme , épou
fa Emmeline , fille de Richard II du nom , Baron
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
de l'Aigle , & en eut pour fecond fils, Simon de la
Ferté Frefnel, qui eut en partage la terre de Chambrai-
fur Yton , en Normandie , Baillage d'Evreux,
de laquelle il prit le nom qu'il tranſmit à fa poftérité.
De lui defcendit Jean de Chambrai , Chambellan
du Roi Charles le Bel , lequel fut pere de
Roger de Chambrai & ayeul de François , Bailli &
Capitaine d'Evreux en 1379 , mort en 1399. Ce
dernier eut pour fils Roger de Chambrai II du
nom , marié à Catherine , Dame de Ménille & de
Thévrai , qui le rendit pere de Jean III , lequel fit
rentrer par échange dans fa maifon la terre de
Chambrai, qui avoit été portée dans une autre par
une fille héritiere d'une branche aînée. Le Roi
Chales VII, en confidération de fa fidélité à fon
fervice , & de celle de fes prédéceffeurs, le rétablit
en 1450 , avec fes freres Simon & Gui dans les
biens de leur famille , qui avoient été confifqués
en 1430 , par Henri VI , Roi d'Angleterre. Jean
de Chambrai mourut en 1460 , ayant eu pour enfans
de fa femme Gillette Chollet, Dame d'Urbois,
Guerville, Bretoncelles , la Roche - Turpin en Vendômois,
& c , Jean IV du nom qui fuit, & Jacques
de Chambrai. Ce dernier fut Chevalier de l'Ordre
du Roi , fon Chambellan , Grand Bailli &
Gouverneur d'Evreux , & l'un des députés pour la
ratification de la paix à Eſtaple en 1499. & décéda
le 4 Mars 1504.
Jean IV du nom , Chevalier , Seigneur de
Chambrai , Châtelain de Ponfcei , Baron de la Roche-
Turpin , &c , époufa Françoife de Tillai ,
Baronne d'Auffay au pays de Caux , & Dame d'Afpiftres
& de S. Remi - des-Landes , dont naquit
entr'autres Nicolas , Seigneur de Chambrai , Baron
d'Auffay , & c , allié les Janvier 1530 , à
Bonaventure de Prunelé. Leur fils Gabriel , SeiNOVEMBRE
. 1756. 221
gneur de Chambrai , député de la Nobleffe du
Bailliage d'Evreux aux EtatsGénéraux du Royaume,
tenus à Blois en 1976, futfait par Henri III , Chevalier
de fon Ordre & Gentilhomme de fa Cham
bre , le 17 Mai 1587 , & en 1590 Capitaine de
cinquante hommes d'armes par Henri IV. Sa fe
conde femme Jeanne d'Angenne , qui fut Dame du
Palais de la Reine , le fit pere de Tannegui , Baron de
Chambrai , mort Maréchal de Camp en 1645.
Celui- ci avoit eu de fon fecond mariage , fait en
1636, avec Helene Baignart , Nicolas II du nom ,
Baron de Chambrai , Capitaine ès Armées navales
, qui époufa le 10 Septembre 1669 , Anne
le Doux de Melleville. Il en lailla , entr'autres enfans
, François-Nicolas & Jacques - François de
Chambrai , dont nous annonçons la mort.
*
Son Frere aîné François Nicolas , Baron de
Chambrai , Colonel d'Infanterie en 1702 , fut allié
le 1 Avril 1704 , avec Marie - Louife de Folloville
de Manancourt , de laquelle il a eu :
I. Louis , Marquis de Chambrai & de Conflans,
né le 16 Juin 1713 , `marié 1 ° . le 6 Avril 1734 , à
Françoife de Bonnigalle , morte le 17: Mai 1737 :
20. en 1741 , à Anne-Catherine d'Aubenton-de
Malicorne , décédée au mois de Juillet 1743 : 3 °.
le 9 Juillet 1747 , à Jacqueline - Anne- Magdeleine
de Bernard, Dame & Patrone de la Befliere , Francheville-
le- Moncel, Rofnay , &c . Ses enfans font
du premier lit :
i. Louis- François de Chambrai , né le 23. Mai
1737.
Du fecond lit :
2. François- Nicolas de Chambrai , né en Juin
1742.
Du troisieme lit :
3. Bernard , né le 19 Mai 1752.
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
4. Helene-Marthe- Cécile , née le 3 Novem
bre 1749.
5. Louife-Françoise-Charlotte , née le 22 Noyembre
1750.
II. Marie-Anne de Chambrai , mariée en 1725 ,
à Charles-Gabriel du Four, Ecuyer , Seigneur de
S. Léger , fon coufin germain.
III . Clémence-Renée de Chambrai , née le 6
Août 1706 , Prieure Royale de Bellefond à Rouen.
IV. Marthe -Gabrielle de Chambrai , née le 6
Mars 1709 , Abbeffe de l'Abbaye Royale d'Almanefches
, dioceſe de Seez ; c'eít la troifieme Abbeffe
de fon nom en cette Abbaye.
V. Marie-Henriette de Chambrai , née le 1
Mars 1711. Religieufe à l'Abbaye Royale de S.
Sauveur à Evreux.
Dame Claude Canablin , époufe de N.....
Comte de Salvert – Montrognon , eft morte le 9
Avril dans la quarante- huitieme année de fon âge.
Dom Jofeph Vaiffette , Religieux Bénédictin ,
célebre par fon Hiftoire de Languedoc , & par une
Géographie univerfelle qu'il venoit de donner
au public , mourut le 10 à l'Abbaye de S. Germain
des Prez .
Dom Jean-Bernard Senfarie du même Ordre,
& Prédicateur ordinaire du Roi , eft mort le même
jour dans la même Abbaye.
Dame Elizabeth - Olive de Saint- Georges-de-
Verac , veuve de Meffire Benjamin- Louis Fratsier
, Marquis de la Meffeliere , mourut à Paris le
23 Avril âgé de 87 ans.
Frere Thomas de Villeneuve -Trans , Chevalier
profès de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
de la Commanderie de Montfrin en
Languedoc , & Meftre de camp réformé de Dragons
, mourut à Paris le 30 Avril , âgé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1756. 223
Le Chevalier de Villeneuve étoit fils de Pierre-
Jean de Villeneuve , Marquis de Trans , lequel
avoit épousé en 1665 , Marie- Françoile de Bitand,
& étoit iffu de Raimond de Villeneuve , Général
des troupes d'Aragon , qui vint en Provence avec
le Comte de Barcelone , vers l'an 1114 , & s'y établit
ayant eu la terre de Gandelet , appellée depuis
Villeneuve . Ce Raimond fut pere de Geraud
de Villeneuve , Gouverneur de Tarafcon , auquel
Alphonfe Comte de Provence fit don l'an 1201
de la Baronie de Trans. Geraud fut pere de Romée
de Villeneuve , fi connu dans l'Hiftoire de
Provence , & de Geraud II . de Villeneuve , defquels
la poftérité ſubſiſte .
Romée de Villeneuve , Connétable de Provence ,
reçut en 1230 , la Seigneurie de Vence de Raimond-
Bérenger , Comte de Provence , dont il
étoit Miniftre , & qui le nomma Régent de fes
états , & un des Tuteurs de fa fille Béatrix , qui
par fes négociations fut mariée avec Clales I ,
Comte d'Anjou . Ce Seigneur qui mourut en 1250,
fut le onzieme ayeul de Claude de Villeneuve
créé Marquis de Vence ; celui - ci fut pere d'Alexandre
& de Jean- Baptifte de Villeneuve .
Alexandre de Villeneuve , Marquis de Vence ,
eft l'ayeul d'Alexandre -Gafpard de Villeneuve ,
Marquis de Vence , qui de fon mariage fait en
Juin 1723 , avec Magdeleine-Sophie de Simiane ,
a pour enfans :
1º. Jean - Alexandre-Romée, Vicomte de Vence,
Colonel en fecond du régiment Royal Corfe , par
brevet du premier Février 1749 , né le 7 Novembre
1727 , marié à Angélique- Louiſe de la Rochefoucaud-
de Surgeres , dont 10. Jules- Alexandre-
Romée de Villeneuve , né le 21 Mars 1755. 2º.
Alexandrine - Charlotte- Adélaïde , née le 14 Jan-
K iy
vier 1793.
224 MERCURE DE FRANCE.
2º. Pauline de Villeneuve , mariée en 1741 à
Jofeph-Ours de Villeneuve , Marquis de Floyofc.
Jean Baptifte de Villeneuve , Comte de Vence,
frere d'Alexandre , Marquis de Vence , mourut en
1724 capitaine de vaiffeau . Il avoit été allié en
1700 , à Françoife de Graffe , morte le 10 Septem
bre 1748 , de laquelle il eut : 1 ° . Claude - Alexandre
, Comte de Vence , né en Novembre 1701 ,
Colonel du régiment Royal Corfe en 1739 , Brigadier
des armées du Roi le premier Mai 1745 ,
Maréchal de camp le 10 Mai 1748 : 2 ° . Jacques
de Villeneuve, dit le Chevalier de Vence , Lieute
nant de vaiffeau en 1744 : 3º . Claudine de Villeneuve
, née le 13 Juillet 1701 , veuve d'Antoine-
Jofeph d'Arcy , Comte de la Varenne.
Geraud de Villeneuve , deuxieme du nom , frere
du fameux Romée , fat Baron de Trans , des Arcs,
&c. Son petit- fils Geraud , troifieme du nom ,
époufa , 1º. Aigline d'Uzès : 2º . Philippe Dame
d'Efclapons & de Tourette , iffue des Princes de
Callian. Il eut du premier mariage : Arnaud II
de Villeneuve qui fuit , & Hugues - Raimond de
Villeneuve , Baron de Tourette , dont il fera parlé
après fon frere.
Arnaud de Villeneuve , deuxieme du nom , fut
bifayeul d'Arnaud quatrieme du nom . Chambellan
de la Reine Jeanne , & Gouverneur d'Avignon,
dit le Grand , tant à caufe de fes grar des qualités
qu'à caufe des grands biens qu'il poffeda , ayant
été Seigneur , en tout ou en partie , de quatrevingt-
deux terres nobles , foit en Provence , foit
au royaume de Naples . Il eut de fon mariage avec
Philippe de Caftellane de Salernes , trois enfans ,
fçavoir : 1 ° . Giraud , dont la poftérité s'eft éteinte
en 1672 ; de lui , defcendoit Louis de Villeneuve,
Comte d'Aveline , Ambaffadeur de Louis XII , à
1
NOVEMBRE . 1756. 225
Rome , en faveur duquel la Baronie de Trans fur
érigée en Marquifat Pan 1505. 2º . Hélion , duquel
la postérité n'a pas duré. 3°. Antoine , qui
fut Baron de Flayofc. Alexandre- François de
Villeneuve , Baron de Flayofc , un des defcendans
de ce dernier , eft ayeul de Joſeph- Ours de Villeneuve
, Marquis de Flayofc , marié en 1741 , à
Pauline de Villeneuve , foeur du Vicomte de Vence
, Colonel en fecond du régiment Royal - Corfe.
Leurs enfans font :
1º. Alexandre- Gaſpard - Balthaſar de Villeneu
ve , né en 1745 .
2º. Claude -Alexandre - Romée de Villeneuve ,
né en 1746 .
3°. Martin de Villeneuve , né en Décembre
1750.
4°. Sophie de Villeneuve .
Le Marquis de Flayofc a pour foeur Julie de
Villeneuve , qui a épousé le 31 Mai 1746 , Julės-
François de Fauris , Seigneur de Saint - Vincent ,
Préfident du Parlement de Provence.
Hugues- Raimond de Villeneuve , fils du fecond
lit de Geraud , troifieme du nom , Baron de Trans ,
fat Baron de Tourette , & époufa Béatrix de Savoye
, de laquelle il eut Raimond de Villeneuve ,
marié avec Alix des Baux , des Princes d'Orange ,
laquelle fut mere de Pons -Albert , mort avant
l'an 1321 celui- ci eut d'Andalafie de Mujols ,
Bertrand de Villeneuve , allié , vers l'an 1331 , à
Sancie de Signe , des Vicomtes de Marſeille , dont
vint Jean mort en 1361 , ayant été marié à Dracone
Ricavi. Leur fecond fils , Pons de Villeneuve
, Seigneur de Barjemont , époufa en 1380 , Catherine
Dame de Vauclaufe , mere de Jean de
Villeneuve , auteur de la branche de Villeneuve-
Barjemont , & d'Antoine de Villeneuve , Baron
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
de Tourette en 1445 , lequel époufa en 1455 , Pau
line du Puget , de laquelle il eut Honoré de Villeneuve
, qui tefta en 1502. Celui - ci fut pere par
Blanche Grimaldi- de Monaco , de Jean de Villeneuve
, Baron de Tourette , Chevalier de P'Ordre
du Roi , Capitaine de cinquante hommes d'armes,
allié eenn 1922 , à Marguerite de Foix- Meille , dont
naquit Jean II de Villeneuve , Chevalier de l'Ordre
du Roi Gouverneur de Frejus , mort en 1586.
Il avoit épousé en 1562 Perette d'Oraiſon , qui
le fit père de Jean de Villeneuve , troifieme du
nom , lequel fut nommé àl'Ordre du Saint- Elprit,
& mourut en 1631 , laiffant de Baptiftine de la
Lande , Gafpard de Villeneuve , Comte de Tourette,
mort le 29 Novembre 1649. Celui- ci époufa
Marguerite de Graffe , de laquelle il eut Pierre
de Villeneuve , allié en 1665 à Marie-Françoife
de Bitaud , qui fut mere de Pierre-Jean de Villeneuve
qui fuit , & de Thomas de Villeneuve dont
nous annonçons la mort.
Pierre-Jean de Villeneuve , Marquis de Trans,
mourut le 17 Février 1730 , laillant de Marie-
Thérefe de Barthelemi Sainte- Croix , qu'il avoit
épousée en 1711 , Louis de Villeneuve , Marquis
de Trans , Comte de Tourette , Enſeigne de galeres
en 1733 , mort le 13 Juin 1753. Il avoit
époufé le 29 Octobre 1738 , Louiſe- Catherine
Pernot - du-Buat , morte le 11 Mars 1751. Ils ont
eu de leur mariage :
1º. Louis -Henri de Villeneuve , né le 18 Octo
bre 1739:
2º. Thomas- Alexandre - Balthafar de Villeneu
ve , né le 18 Mars 1742 .
3 °. Rofaline- Victoire-Martial de Villeneuve,
né le 18 Mai 1744.
4. Alexandre-Marie de Villeneuve , né le s
Février 1748.
NOVEMBRE. 1756. 227
Pauline- Nicole de Villeneuve , née le 18
Octobre 1745 .
Dame Félice -Marie de Roque de Garceival ,
épouse de Meffire Philibert- Louis , Comte de Saint.
Jal- de Laftic , Brigadier de cavalerie , & Meftre
de camp d'un régiment de fon nom , mourut en
- Rouergue le 20 Avril , âgée de 27 ans .
Le Marquis de Ceberet , Lieutenant général des
armées du Roi , Grand Croix de l'Ordre royal &
militaire de Saint Louis , Gouverneur des ville
fort & château d'Aire , & Commandant en chef
dans la province d'Artois , eft mort , le 25 Avril , à
Aire , dans la quatre - vingt- quatrieme année de fon
âge. La Marquife de Ceberet , la mere , qui vit encore
, a eu au mois de Juillet dernier 100 ans
accomplis, & elle ne fe reffent d'aucune infirmité.
Le Roi a donné fon gouvernement au Sieur de
Cremille , Lieutenant général des armées de Sa
Majefté , Commandeur de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , & Infpecteur général des
troupes du Roi,
Meffire Charles- Louis de Rogres de Lufignan ,
Marquis de Champignelles , eft mort le 27 Avril
dans une de ſes terres , âgé de 81 ans. Il avoit été
premier Maître - d'hôtel de Monfeigneur le Duc
de Berry.
eft
Meffire Louis - Jacques - François de Vocance ,
Evêque de Senez , & Abbé de l'Abbaye de Simorre
, Ordre de faint Benoît , dioceſe d'Auch ,
mort à Riez , au commencement du mois de Mai ,
dans la foixante & quinzieme année de fon âge.
Claude de Chamborant , Comte de la Claviere ,
Lieutenant général des armées du Roi , Gonverneur
du Pont d'Arlos & de Mont- Medi, & premier
Gentilhomme de la chambre du Comte de la Marche
, Prince du fang , de la perfonne duquel il
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
avoit été Gouverneur , mourut à Paris le 18 Mai ,
âgé de 65 ans. Il a fervi avec beaucoup de réputatation
, & il s'eft diftingué à la tête des brigades de
Limofin & de Bretagne , ainfi qu'à la défenſe d'Egra,
en Boheme .
Le Comte de la Claviere avoit époufé , le 18 Juin
1728 , Marie-Anne Moret- de Bournonville, de laquelle
il a eu :
1º. André- Claude de Chamborant , né le 23 Février
1732 , Capitaine de cavalerie .
2º. Marie-Anne- Therefe de Chamborant , née
le 14 Septembre 1734.
La maison de Chamborant tient un rang diſtingué
dans la nobleffe de France , tant par l'ancienneté
de fon origine , que par fes alliances & fes
emplois honorables , foit à la cour , ſoit dans les
armées. Elle tire fon origine de la terre de Chamborant
, premier Fief & Baronie du Vicomté de
Bridiers en Poitou . L'Abbaye de Bénévent , diocefe
de Limoges , compte parmi fes bienfaiteurs
les Seigneurs de Chamborant , qui fe trouvent qualifiés
Chevaliers , dès le onzieme fiecle . Gosfrid
de Chamborant eft nommé avec les Chevaliers ,
qui fignerent une charte en faveur de l'églife de
Limoges , fous l'épiſcopat de l'Evêque Ithier , vers
l'an 1060.
Cette Maifon s'eſt partagée en deux branches
principales celle de Droux , & celle de la Claviere
, deux terres , la premiere en Limofin , l'autre
dans la haute Marche , que Marguerite de Forges
porta en dot, vers l'an 1330 , à Pierre de Chamborant
, Chevalier , Seigneur de Chamborant
frere de Guillaume de Chamborant , Ecuyer du
corps du Roi , Baron d'Afnebec & de Rannes en
Normandie , qu'il vendit en 1383. Du mariage
de Pierre de Chamborant , & de Marguerite de
NOVEMBRE. 1756. 229
Forges , vint Foucaud , Seigneur de Chamborant ,
de Droux & de la Claviere , qui fut pere par Jaquette
de Clays-de Gui , Seigneur de Chamborant
, & de Jacques de Chamborant , qui de Marguerite
Chauvet- de Sampnac , eut pour fecond fils
Gui de Chamborant , Seigneur de Droux & de la
Claviere , allié avec Françoife de Salagnac , dont
les deux fils Pierre & Gafpard ont formé les deux
branches de Droux & de la Claviere.
L'aîné eut de Philippe de Loube , pour ſecond
fils , Pierre Chamborant , fecond du nom , Baron
de Neuvi-Saint- Sépulchre, Lieutenant Général de
la province de Berri , Gouverneur de la groffe tour
de Bourges , Chevalier de l'Ordre du Roi , Chambellan
& Colonel des Gardes étrangeres du Duc
d'Anjou. Il épouſa Anne de la Foreft, qui fut Gouvernante
des Dames de France , foeurs du Roi
Louis XIII , & eut pour enfans Marguerite de
Chamborant , fille d'honneur de la Reine Marie
de Médicis , & Louis de Chamborant , Baron de
Neuvi - Saint - Sépulchre , mort à Madrid le 19
Avril 1615 , en odeur de fainteté. Son oncle Jean
de Chamborant , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Seigneur de Droux , fut pere , par fa feconde femme
Catherine de Châteauvieux , de Gafpard de
Chamborant , dont l'arriere - petite fille Marie-
Anne de Chamborant, Dame de Droux, a épousé,
en 1728 , Jean de Chamborant, Seigneur de Villevert
, fon parent.
Gafpard de Chamborant , Seigneur de la Claviere
, fecond fils de Gui & de Françoife de Salagnac
, devint Seigneur d'Azai - le - Feron en Touraine
, par fon mariage avec Louife de Reilhac , des
Vicomtes de Brigueuil , qui fut mere de Jean de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , Chevalier
de l'Ordre du Roi, marié en 1571 , à Anne Razès.
230 MERCURE DE FRANCE.
Leur fils Pierre de Chamborant , Seigneur de la
Claviere , qui époufa Diane de Gentils , fut Lieutenant
de la compagnie des cent Gentilhommes ordinaires
de la Maifon du Roi , appellés les cent
Gentilshommes à bec de Corbin , charge dans laquelle
lui fuccéda , en 1660 , fon fils Etienne de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , d'Aiguzon,
de Lavye & de Puilaurent , Confeiller d'Etat d'épée
, qui avoit été fait en 1647 Maréchal de
Camp, en gardant par une diftinction particuliere
fes deux régimens, l'un de cavalerie , & l'autre d'infanterie
, & en 1650 Gouverneur de Philisbourg ,
ayant commandé la cavalerie légere fous M. le
Prince. Il avoit époufé en 1639 , Marie Phelipes,
de laquelle il eut Pierre de Chamborant , Seigneur
de la Claviere , de Puilaurent , &c. mort en 1714 ,
ayant été allié à Marie- Anne le Fort-de Villemandor
, fille de Georges le Fort , Baron de Cernoi ,
& Seigneur de Villemander. Il laiffa pour enfans.
1º. Alexandre- Etienne de Chamborant , appellé
le Marquis de Puilaurent , né le 26 Novembre
1685 , Lieutenant de vaiffeau en 1728 , & Chevalier
de l'Ordre royal & militaire de faint Louis.
2º. Claude de Chamborant, Comte de la Claviere
, qui donne lieu à cet article.
3°. Henri de Chamborant , reçu Chevalier de
Malte de minorité en 1704.
4°. Marie-Anne de Chamborant,mariée le 14 Novembre
1721 , à André Hébert, Seigneur , Baron de
Chateldon , alors Introducteur des Ambaffadeurs.
Pierre-Emmanuel - Jofeph-Timoleon de Coffé-
Briffac , Marquis de Briffac , fils de Jean- Paul
Timoleon de Coffé, Duc de Briffac, Pair & grand
Pannetier de France, Chevalier des Ordres du Roi,
& Lieutenant général des armées de Sa Majesté ,
NOVEMBRE . 1756. 23
mourut à Paris le 27 Mai , âgé de 14 ans . Marie-
Jofephe Durey de Sauroy, une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouse du Duc de
Briffac , & mere du Marquis de Briffac , eft morte
le 18 Juin fuivant , dans la quarantieme année de
fon âge.
Meffire N.... Comte de Crefnay , Vice- Amiral
de France , dans les mers du Ponent , & Grand-
Croix de l'Ordre de faint Louis , eft mort le 31
Mai , au château de la Riviere , près Fontainebleau ,
âgé de 65 ans. Il étoit entré dans la marine en
1705, & s'étoit diftingué dans les différens grades
de ce fervice .
Agnès Miotte de Ravane , époufe de Charles-
Anne-Sigifmond de Montmorenci - Luxembourg ,
Duc d'Olonne, Maréchal des camps & armées du
Roi , mourut à Paris le 1 Jain , âgée de 31 ans.
Elle avoit épousé le Duc d'Olonne le 2 Juin 1753,
étant veuve de Matthieu - Roch de la Rochefoucauld,
Marquis de Bayers.
Dame Magdeleine- Elizabeth de Rieux de Far
gis , veuve de Meffire Pierre-Eléonor de la Ville ,
Marquis de Ferolles , Gouverneur des Ifle & terre
ferme de Cayenne en Amérique , eft morte à Paris
le 2 Juin , dans la foixante & dix-huitieme année
de fon âge.
Jean-Louis Mocénigo, Noble Vénitien , Chevalier
de l'Ordre de l'Etole d'or , l'un des fix Sages
grands , d'abord Ambaffadeur de la République
de Venise à la Cour d'Eſpagne en 1747 , à celle
de France en 1751 , & nommé en 1754 pour
PAmbaffade de Rome , eft mort à Paris le 12 Juin
dans fa quarante-fixieme année.
De fon mariage contracté en 1737, avec Blanche
Morofini , fille de Louis , Noble Vénitien , &
l'un des Membres du Sénat , il laiffe pour enfans ,
232 MERCURE DE FRANCE.
1º. Jean- Louis Mocénigo , né en 1738. 2 ° . Jean-
Louis , né en 1744. 3 °. Marie Mocénigo , née en
1739. 4º . Hélene Mocénigo , née en 1743.
Meffire Henri -Charles Arnauld de Pomponne ,
Abbé de Saint-Médard de Soiffons , Ordre de
Saint Benoît , Doyen du Confeil d'Etat , Commandeur-
Chancelier , Garde des Sceaux & Sur-
Intendant des Finances des Ordres du Roi , &
honoraire de l'Académie Royale des Belles - Lettres
, eft mort à Paris le 26 Juin , âgé de 87 ans
moins 14 jours.
Armand de Rohan-Soubife , Cardinal Prêtre ,
Evêque- Prince de Strasbourg , Abbé de l'Abbaye
de la Chaife-Dieu , Ordre de S. Benoit , Dioceſe
de Clermont , Grand Aumonier de France, Commandeur
des Ordres du Roi , & l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , mourut à Saverne le
28 Juin , âgé de 38 ans , 6 mois & 27 jours. Le
Pape l'avoit créé Cardinal à la nomination du Chevalier
de S. Georges , dans la promotion faite en
1747, pour les Couronnes. Il étoit fils de Jules-
François de Rohan- Rohan , Prince de Soubife ,
mort le 6 Mai 1724. & d'Anne- Julie- Adélaïde de
Melun , décédée le 18 Mai de la même année
1724.
Meffire Charles Beaupoil de Saint Aulaire ;
Abbé de l'Abbaye de Mortemer, Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Rouen , & de celle de S. Jean de Falaife
, Ordre de Prémontré , Diocefe de Seez , &
Aumonier ordinaire de la Reine , eft mort le 29 ,
âgé de près de 87. ans .
Agnès- Marie de la Rochefoucauld de Lafcaris
d'Urfé , veuve de Meffire Paul-Edouard Colbert ,
Comte de Creuilly , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , décédé le 28 Février de cette année,
eft morte à Paris le 1 Juillet , dans la vingt- cinNOVEMBRE.
1756 . 233
quieme année de fon âge. Elle avoit épousé le
Comte de Creuilly le 4 Avril 1754.
François - Maximilien de Tenczin - Offolinski ,
Duc d'Offolinski , Prince du Saint Empire , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de l'Aigle
blanc , Grand Maître de la Maiſon du Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar ; & Gouvelneur
des Château & Ville de Lunéville , mourut
au Château de la Malgrange près de Nanci , le 1
Juillet , âgé de 80. ans .
En 1725 il fut Maréchal de la Diete générale
de Pologne ; il a été enfuite Grand- Tréforier de la
Couronne. Il fuivit le Roi Staniflas en France ,
dans l'année 1736 , & le Roi cette même année lui
accorda un brevet de Duc. Sa Majefté , l'année
fuivante , le nomma Chevalier de fes Ordres ..
Il étoit fils de Maximilien , Comte de Tenczin-
Offolinski , Grand Veneur du Palatinat de Podlachie
, & de Théodore , Comteffe de Kraffouska.
Il avoit été marié en premieres nôces à N... fille
de N... Comte de Méviézinski , Palatin de Vo-
Ihinie en Pologne ; & en fecondes nôces à Catherine
Jablonowska , fille de Jean né Prince Jablonowski
, Grand Enfeigne de la Couronne de Pologne
, Palatin de Volhinie & de la petite Ruffie ,
& foeur du Prince Jablonowski , Chevalier des
Ordres du Roi , & de la Princeffe de Talmont.
Il a eu de fa premiere femme :
1º. Jofeph , dit le Comte de Tenczin - Offolinf
ki , Starofte de Sandomir , qui eft marié en Pologne.
2 Thomas , dit auffi Comte de Tenczin - Offolinski
, ci- devant Chevalier d'honneur de la Reine
de Pologne , Ducheffe de Lorraine & de Bar.
3°. Anne de Tenczin - Offolinski , alliée à Jofaphat
, Comte de Zamewski , Grand Sous - Pannetier
du Royaume de Pologne.
234 MERCURE DE FRANCE.
4° . Thérefe de Tenczin- Offolinski.
Dame Conftance de Harville , veuve de Meffire
Nicolas-Simon Arnauld, Marquis de Pomponne ,
Brigadier des armées du Roi , & ancien Lieutenant
Général au Gouvernement de l'Ile de France , eft
morte en cette Ville le 4 Juillet , âgée de 84 ans.
Dame Michele- Gabriele Dugué- de Bagnols ,
veave de Meffire Jacques Tannegui le Veneur,
Comte de Tillieres, eft morte à Paris le 22 Juillet,
âgée de 83 ans.
Charles- Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Pair & premier Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & ci - devant Gouverneur des
Ville & Citadelle de Landau , mourut en cette
Ville le 23 Juillet , âgé de 93 ans moins quelques
Jours.
Au mois de Juin 1598 , la Baronie de Biron avoit
été érigée en Duché- Pairie pour Charles de Gontaut-
de Biron , Maréchal & Amiral de France ,
Maréchal Général des Camps & Armées du Roi ,
Gouverneur & Lieutenant- Général du Duché de
Bourgogne & du pays de Breffe , & Chevalier des
Ordres du Roi. Ce Seigneur étant mort en 1602 ,
& n'ayant point laiffé de postérité, le Duché- Pairie
de Biron fut éteint . Le Roi a de nouveau érigé à
perpétuité pour le Maréchal de Biron qui vient de
mourir , la Baronie de Biron en Duche-Pairie par
Lettres du Mois de Février 1723. Le 22 du même
mois ce nouveau Duc , arriere petit neveu du
premier Duc de Biron , prit féance au Parlement ,
Sa Majesté y tenant fon lit de juftice , pour la déclaration
de fa Majorité.
Par la mort du Maréchal Duc de Biron , le Maréchal
Duc de Noailles devient premier Maréchal
de France.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En 1756, plusieurs événements familiaux et décès ont marqué la noblesse française. Le marquis Louis-Georges de Johanne de la Carre, gouverneur de Blois et de Chambord, a épousé Henriette-Françoise de Menou le 2 juin. Leur contrat de mariage a été signé le 16 mai par la famille royale. Le comte François de Montaynard a épousé Henriette-Lucie-Magdeleine de Baschi le 21 juin. Leur contrat de mariage a été signé le 15 juin par la famille royale. La maison de Montaynard est l'une des plus anciennes et illustres du royaume, remontant à Rodolphe, seigneur du Grésivaudan au Xe siècle. Le comte Ernest-Louis de Mortaigne, lieutenant-général des armées du roi, a épousé Françoise-Félicité de Montmorillon, ancienne chanoinesse du chapitre de Sainte-Marie de Metz. Marie-Sophie de Courcillon, veuve du duc de Rohan-Rohan, est décédée à Paris le 4 avril à l'âge de 43 ans. Elle avait été mariée en premières noces au duc de Picquigny et en secondes noces au prince de Rohan. Le frère Jacques-François de Chambrai, grand-croix de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé à Malte le 8 avril. Il est connu pour ses exploits maritimes et la construction d'une forteresse à Gozo. Plusieurs autres décès notables sont mentionnés, notamment ceux de Dom Joseph Vaissette, historien du Languedoc, de Dom Jean-Bernard Sensarie, prédicateur du roi, de Dame Elizabeth-Olive de Saint-Georges-de-Vérac, veuve du marquis de la Messelière, et du chevalier de Villeneuve-Trans, commandeur de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Le texte présente également une généalogie détaillée de la famille de Villeneuve et de Chamborant. Géraud de Villeneuve, deuxième du nom, fut Baron de Trans et des Arcs. Son petit-fils, Géraud, troisième du nom, épousa Aigline d'Uzès et Philippe Dame d'Escoublons et de Tourette. Arnaud de Villeneuve, deuxième du nom, fut chambellan de la Reine Jeanne et Gouverneur d'Avignon. Il posséda quatre-vingt-deux terres nobles en Provence et au royaume de Naples. Il eut trois enfants : Giraud, Hélion et Antoine. Alexandre-François de Villeneuve, Baron de Flayosc, est l'aïeul de Joseph-Ours de Villeneuve, Marquis de Flayosc, marié en 1741 à Pauline de Villeneuve. Ils eurent quatre enfants : Alexandre-Gaspard-Balthasar, Claude-Alexandre-Romée, Martin et Sophie de Villeneuve. Le Marquis de Flayosc a également une sœur, Julie, mariée à Jules-François de Fauris. Hugues-Raimond de Villeneuve, fils du second lit de Géraud, troisième du nom, fut Baron de Tourette et épousa Béatrix de Savoie. Leur descendance inclut Raimond de Villeneuve, marié à Alix des Baux, et Pons-Albert, mort avant 1321. La lignée continue avec Bertrand de Villeneuve, allié à Sancie de Signe, et Jean, mort en 1361. Pons de Villeneuve, Seigneur de Barjemont, épousa Catherine Dame de Vauclause. Leur fils, Jean de Villeneuve, est l'auteur de la branche de Villeneuve-Barjemont. Antoine de Villeneuve, Baron de Tourette en 1445, épousa Pauline du Puget et eut Honoré de Villeneuve, qui testa en 1502. Jean de Villeneuve, Chevalier de l'Ordre du Roi, fut Gouverneur de Fréjus et mourut en 1586. Jean II de Villeneuve, Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, mourut en 1631. Gaspard de Villeneuve, Comte de Tourette, mourut en 1649. Pierre-Jean de Villeneuve, Marquis de Trans, mourut en 1730. Louis de Villeneuve, Marquis de Trans, mourut en 1753. Ils eurent quatre enfants : Louis-Henri, Thomas-Alexandre-Balthasar, Rosaline-Victoire-Martial et Alexandre-Marie de Villeneuve, ainsi qu'une fille, Pauline-Nicole.
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12470
p. 195
« De l'Imprimerie de J François GROU, rue de la Huchette, [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J François GROU, rue de la Huchette, [...]
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De l'Imprimeried J FRANCO'S GROU
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12471
p. 55-56
VERS sur la diversité des goûts, à Mde de S. B.
Début :
ON connoît peu l'Amour & quelle est sa nature, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur la diversité des goûts, à Mde de S. B.
VERS sur la diversité des goûts, à Mde de S. B.
ON connoît peu l'Amour & quelle est sa nature,
Quand on veut le ſoumettre à d'importunes loix -
Il n'eſt pour nous charmer aucune régle ſûre,
Et c'eſt de notre goût que dépend notre choix.
Un regard, un ſourire, un mot nous intéreſſe ;
Unbadinage, un geſte, un rien peut nous charmers
Un rien plonge nos ſens dans la plus douce ivreſſe ;
Bt ſouvent par un rien nous nous faiſons aimer.
Les ſons mélodieux d'une voix délicate,
De l'oreille aiſément parviennent juſqu'au cœur.
La candeur, les vertus & la douceur qui flatte,
Pour une âme ſenſible ont un attrait vainqueur.
Il eſt d'autres Amans qui ne rendent les armes
Qu'aux grâces de l'eſprit, qu'au charme des talens.
Partout enfin l'Amour fait ſentir ſes allarmes ;
Mais comme les Beautés, les goûts ſont différens.
Pour moi j'avois juré, de n'engager mon âme,
Qu'aux vertus, à l'eſprit, aux talens, aux attraits.
· C iv
-
|
|
|
56 MERCURE DE FRANCE.
Sans rompre mes ſermens, de la plus vive ffâme ;
En vous voyant, Eglé, j'ai reſſenti les traits.
B.... à Metz.
ON connoît peu l'Amour & quelle est sa nature,
Quand on veut le ſoumettre à d'importunes loix -
Il n'eſt pour nous charmer aucune régle ſûre,
Et c'eſt de notre goût que dépend notre choix.
Un regard, un ſourire, un mot nous intéreſſe ;
Unbadinage, un geſte, un rien peut nous charmers
Un rien plonge nos ſens dans la plus douce ivreſſe ;
Bt ſouvent par un rien nous nous faiſons aimer.
Les ſons mélodieux d'une voix délicate,
De l'oreille aiſément parviennent juſqu'au cœur.
La candeur, les vertus & la douceur qui flatte,
Pour une âme ſenſible ont un attrait vainqueur.
Il eſt d'autres Amans qui ne rendent les armes
Qu'aux grâces de l'eſprit, qu'au charme des talens.
Partout enfin l'Amour fait ſentir ſes allarmes ;
Mais comme les Beautés, les goûts ſont différens.
Pour moi j'avois juré, de n'engager mon âme,
Qu'aux vertus, à l'eſprit, aux talens, aux attraits.
· C iv
-
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56 MERCURE DE FRANCE.
Sans rompre mes ſermens, de la plus vive ffâme ;
En vous voyant, Eglé, j'ai reſſenti les traits.
B.... à Metz.
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12472
s. p.
TABLE.
Début :
Avant-propos. Dissertation sur les langues en general, & sur la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Avant-propos.
viffercation fur les Langues en general , & fur
la Langue Francife en particulier , par Mr
l'Abbé de Pons.
Epitre de Mr Arroüet à Madame de Gondrin.
Vers à un Gouteux .
7
48
Ode fur la promotion de M. le Chane Dagueffeau.sz
Lettre curiere de Conftantinople fur les affaires du
Tems. 16
Filiation des 6. derniers Empereurs Otomans. 69
Traduction de la Let . duG. S. à l'Emper.deFrance.y
Traduction des Lettres écrites au Roy , par Ibrahim
Pacha & le Mufty. 74877
Nouvelles de Paris. 80
Harangue fa te au Koi par M. de Montempuis Rec
de l'Univerfice
Extrag au Traie d'Alliance entre la France , l'Aṇ-
geterte & la Hollar de . 89
Ex air de la Comedie intitulée la vie eft unfonge 93
Les Tina , Poëme du P. D. C.
-Nouvel es Ecrangeres.
104
157
Extrot les Lettres du Comte de Gyllenborg , des
Barons Gostz , Sperr &c.
Placet à S.AR. Monfeigrant leDuc Regent, préfenté
par les peti's enfans du lieur Duperter
Chap tre des Engines.
Chanfon.
Bouts timez à replir.
Suite des Nouvelles de Paris.
143
549
་་་
159
Difcours de Mle Chinc. à la Chambre de Justice .168
Extrait de l'edit da Roy , portant ex-inétion de la
Chambre de Juftice.
Extrait du Difcours que M. l'Abbé Bion prononça
devant le Roy 1 jour de la Céne.
171
175
Autre Extrait disifcours que le R. P.Terraffon prononça
dev. le Roy le jour de Palques. 182
Mor s.
Mariages.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure.
Avis au Publi:.
Avant-propos.
viffercation fur les Langues en general , & fur
la Langue Francife en particulier , par Mr
l'Abbé de Pons.
Epitre de Mr Arroüet à Madame de Gondrin.
Vers à un Gouteux .
7
48
Ode fur la promotion de M. le Chane Dagueffeau.sz
Lettre curiere de Conftantinople fur les affaires du
Tems. 16
Filiation des 6. derniers Empereurs Otomans. 69
Traduction de la Let . duG. S. à l'Emper.deFrance.y
Traduction des Lettres écrites au Roy , par Ibrahim
Pacha & le Mufty. 74877
Nouvelles de Paris. 80
Harangue fa te au Koi par M. de Montempuis Rec
de l'Univerfice
Extrag au Traie d'Alliance entre la France , l'Aṇ-
geterte & la Hollar de . 89
Ex air de la Comedie intitulée la vie eft unfonge 93
Les Tina , Poëme du P. D. C.
-Nouvel es Ecrangeres.
104
157
Extrot les Lettres du Comte de Gyllenborg , des
Barons Gostz , Sperr &c.
Placet à S.AR. Monfeigrant leDuc Regent, préfenté
par les peti's enfans du lieur Duperter
Chap tre des Engines.
Chanfon.
Bouts timez à replir.
Suite des Nouvelles de Paris.
143
549
་་་
159
Difcours de Mle Chinc. à la Chambre de Justice .168
Extrait de l'edit da Roy , portant ex-inétion de la
Chambre de Juftice.
Extrait du Difcours que M. l'Abbé Bion prononça
devant le Roy 1 jour de la Céne.
171
175
Autre Extrait disifcours que le R. P.Terraffon prononça
dev. le Roy le jour de Palques. 182
Mor s.
Mariages.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure.
Avis au Publi:.
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12473
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION .
J'ai lu par ordrede Monfeigneur le Chancelier, te MIRCULE de Mars 1717 , où je n'ay rien trouvé
qui ne m'ait paru mériter l'impreffion . Fait à Paris ,
28 Mars 1717. TERRASSON.
J'ai lu par ordrede Monfeigneur le Chancelier, te MIRCULE de Mars 1717 , où je n'ay rien trouvé
qui ne m'ait paru mériter l'impreffion . Fait à Paris ,
28 Mars 1717. TERRASSON.
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12474
p. 56
MADRIGAL. A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec un habit d'hiver.
Début :
EXPRESSION, dessein, contour & coloris, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec un habit d'hiver.
MADRIGAL.
A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec
un habit d'hiver.
EXPRESSION, dessein, contour & coloris,
Aminte, en ton portrait, me ſemblent réunis :
Dans les efforts de l'art j'admire la nature.
D'un défaut, cependant, mes regards ſont ſurpris ;
C'eſt d'y voir le Printemps en habit de fourure.
A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec
un habit d'hiver.
EXPRESSION, dessein, contour & coloris,
Aminte, en ton portrait, me ſemblent réunis :
Dans les efforts de l'art j'admire la nature.
D'un défaut, cependant, mes regards ſont ſurpris ;
C'eſt d'y voir le Printemps en habit de fourure.
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12475
p. 56-57
MADRIGAL, A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
Début :
A CUPIDON, Dame Cypris [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
MADRIGAL,
A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
A CUPIDON, Dame Cypris
Faiſoit n'aguère une querelle
De ce qu'il avoit chez Cloris,
Aſſez mal fait la ſentinelle.
Petit négligent, diſoit-elle,
Voilà donc le ſoin qu'avez pris
Des Beautés qu'avois mis ſous votre curatelle.
Amour lui dit, ne vous fâchez
Belle maman ! mais bien ſçachez
Que ce mal des miens eſt l'ouvrage :
cloris leur faiſoit maint outrage ,
Sans repos autour d'elle , il falloit voltiger à
·
J U I N. 1764.
57
Et n'en vouloit aucun dans ſon cœur héberger.
Ils ont cru pouvoir ſans ſcrupule,
Se creuſer ſur ſon corps chacun une cellule,
| s
Afin d'avoir où ſe loger.
qui m'entretenir.
Par M.... d'Auxerre.
A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
A CUPIDON, Dame Cypris
Faiſoit n'aguère une querelle
De ce qu'il avoit chez Cloris,
Aſſez mal fait la ſentinelle.
Petit négligent, diſoit-elle,
Voilà donc le ſoin qu'avez pris
Des Beautés qu'avois mis ſous votre curatelle.
Amour lui dit, ne vous fâchez
Belle maman ! mais bien ſçachez
Que ce mal des miens eſt l'ouvrage :
cloris leur faiſoit maint outrage ,
Sans repos autour d'elle , il falloit voltiger à
·
J U I N. 1764.
57
Et n'en vouloit aucun dans ſon cœur héberger.
Ils ont cru pouvoir ſans ſcrupule,
Se creuſer ſur ſon corps chacun une cellule,
| s
Afin d'avoir où ſe loger.
qui m'entretenir.
Par M.... d'Auxerre.
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12478
p. 57-61
DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
Début :
NÉRON. J'ATTENDOIS avec impatience un homme tel que vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
DIALOGUE DES MORTS.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
Fermer
12479
p. 44
LOGOGRYPHE.
Début :
Les peines, les travaux n'ont rien qui m'épouvante, [...]
Mots clefs :
Courage
12480
p. 33
A UNE SEULE PERSONNE.
Début :
DE ma timidité tu vois ici l'ouvrage : [...]
Mots clefs :
Timidité, Hommage, Dieux, Aveu, Ardeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A UNE SEULE PERSONNE.
A UNE SEULE PERSONN E.
D. ma timidité tu vois ici l'ouvrage :
Pour mieux t'ouvrir mon coeur j'ai choifi ce détour.
Ce n'eft point Apollon qui déte mon hommage
....
Je n'ai plus d'autres Dieux que toi - même & l'A
mour.
Je t'aime.....cet aveu pourroit-il te furprendre ?...
Celle de t'étonner de te voir mon vainqueur ;
D'un fijufte penchant on fçait peu fe défendre :
Tout ce qu'onjuge aimable , a des droits fur un
coeur.
Quand je ne crois qu'aimer , je fens que je t'adore
D'un li doux fentiment que je chéris l'erreur !
Mon âme à l'augmenter s'efforceroit encore ,
S'il étoit un degré de plus pour fon ardeur.
Par M. le Comte de C *** Capitaine de Dragons
au Régiment de C ***
D. ma timidité tu vois ici l'ouvrage :
Pour mieux t'ouvrir mon coeur j'ai choifi ce détour.
Ce n'eft point Apollon qui déte mon hommage
....
Je n'ai plus d'autres Dieux que toi - même & l'A
mour.
Je t'aime.....cet aveu pourroit-il te furprendre ?...
Celle de t'étonner de te voir mon vainqueur ;
D'un fijufte penchant on fçait peu fe défendre :
Tout ce qu'onjuge aimable , a des droits fur un
coeur.
Quand je ne crois qu'aimer , je fens que je t'adore
D'un li doux fentiment que je chéris l'erreur !
Mon âme à l'augmenter s'efforceroit encore ,
S'il étoit un degré de plus pour fon ardeur.
Par M. le Comte de C *** Capitaine de Dragons
au Régiment de C ***
Fermer
12481
p. 45-46
AUTRE. A M. FABRE, à Strasbourg.
Début :
L'amant auprès de sa maîtresse [...]
Mots clefs :
Louange
12482
p. 34-35
CONTE MORAL.
Début :
ANNETTEE un jour s'en alloit à grands pas [...]
Mots clefs :
Char, Dame, Berger, Amour, Cour, Être suprême, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTE MORAL.
CONTE MORAL.
ANNNNEETTTTEE un jour s'en alloit à grands pas
Vendre au marché la marchandiſe ;
Son petit coeur battoit , & defiroit tout bas
D'être auprès du Berger dont fon âme eft éprile,
Et qui brûle pour les appas.
L'ardeur de le revoir lui fourniffoit des aîles ;.
Mais la force manquoit.
Amour ! Auteur de deux flâmes fi belles ,
N'entendois- tu pas fon fouhait ?
Annette , éperdue , harallée ,
Maudiffant fon deftin ,
Et jufqu'au fon i du coeur bleffée ,
Ne peut pourfuivre fon chemin ! ...
Paſſe alors un lefte équipage
Où plus brillante que le jour ,
Une Dame de haut parage
Alloit étaler à la Cour
Son fafte ; & des paffans attiroit tout l'hommage.
Qn'on eft heureux de pouvoir à fon-gré ,
Sans embarras comme fans peine ,
Dans un beau cabinet doré ,
S'écrie Annette en per tant prefque haleine ,
Etre ainfi par tout voituré ! ...
Annette , en parlant de la forte ,
SEPTEMBRE. 1763. 35
Suivoit le char de tous les yeux ;
Lorfque d'un choc la fecouffe trop forte,
Préfage un deftin malheureux .
Le Char verfe & fe rompt ; une fraieur fubite
Animant les chevaux , ils déchirent leurs mords ,
S'élancent , & d'un pas que la peur précipite ,
Traînent la Dame à travers mille morts.
Annette alors , rentrant en elle- même ,
Et béniffant l'Etre Suprême ,
}
Difoit , oublie , ô Ciel ! ce dont je t'ai prić :
Mieux vaut encore aller à pied ,
Qu'avec apparence fi belle ,
Rifquer la mort la plus cruelle.
Par M. de Vis... le fils.
ANNNNEETTTTEE un jour s'en alloit à grands pas
Vendre au marché la marchandiſe ;
Son petit coeur battoit , & defiroit tout bas
D'être auprès du Berger dont fon âme eft éprile,
Et qui brûle pour les appas.
L'ardeur de le revoir lui fourniffoit des aîles ;.
Mais la force manquoit.
Amour ! Auteur de deux flâmes fi belles ,
N'entendois- tu pas fon fouhait ?
Annette , éperdue , harallée ,
Maudiffant fon deftin ,
Et jufqu'au fon i du coeur bleffée ,
Ne peut pourfuivre fon chemin ! ...
Paſſe alors un lefte équipage
Où plus brillante que le jour ,
Une Dame de haut parage
Alloit étaler à la Cour
Son fafte ; & des paffans attiroit tout l'hommage.
Qn'on eft heureux de pouvoir à fon-gré ,
Sans embarras comme fans peine ,
Dans un beau cabinet doré ,
S'écrie Annette en per tant prefque haleine ,
Etre ainfi par tout voituré ! ...
Annette , en parlant de la forte ,
SEPTEMBRE. 1763. 35
Suivoit le char de tous les yeux ;
Lorfque d'un choc la fecouffe trop forte,
Préfage un deftin malheureux .
Le Char verfe & fe rompt ; une fraieur fubite
Animant les chevaux , ils déchirent leurs mords ,
S'élancent , & d'un pas que la peur précipite ,
Traînent la Dame à travers mille morts.
Annette alors , rentrant en elle- même ,
Et béniffant l'Etre Suprême ,
}
Difoit , oublie , ô Ciel ! ce dont je t'ai prić :
Mieux vaut encore aller à pied ,
Qu'avec apparence fi belle ,
Rifquer la mort la plus cruelle.
Par M. de Vis... le fils.
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12483
p. 211-212
DU NORD.
Début :
Entre les différens effets que le tremblement de terre, du premier [...]
Mots clefs :
Stockholm, Copenhague, Tremblements de terre, Affaissement des terres, Crue, Globe de feu, Débordement des lacs, Dégâts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NORD.
DE STOCKHOLM , le 30 Décembre.
Entre les différens effets que le tremblentent de
tërre, du premier Novembre , a produits en Dale
earlie , on a remarqué que pendant la crue extraordinaire
des eaux des lacs de Frixem & de
Stora-Leed , le terrein des environs s'eft affaillé
avec un grand bruit , & qu'il s'eft relevé à meſure
que ces lacs font rentrés dans leur lit. Les lettres
de Wexio dans le Smaland marquent , que le 28
du même mois , à huit heures cinquante-une minutes
du foir , on apperçut au ciel un globe de
feu , dont le diametre apparent étoit de la grandeur
de celui de la lune , lorfqu'elle eft dans fon
plein. Ce globe courut rapidement du fud - oueft
au nord- est. Ainfi que plufieurs cometes il traînoit
après lui une queue lumineufe . Il ſe détacha
de ce globe une portion , qui après s'être développée
, remplit un très-grand efpace , & répandit
une clarté égale à celle du jour. La durée de
ce phénomene fut de trente fecondes.
Selon les avis reçus de la Gothie occidentale
, le tremblement de teire du premier Novembre
s'y eft fait fentir avec beaucoup de violence.
De très-gros arbres ont été renversés. En plufieurs
endroits , les eaux ont páru mugir . Sut le lac de
(
212 MERCURE DE FRANCE.
Miorn, près de Gothenbourg , la plupart des ra
deaux ont été emportés & difperfés de côté &
d'autre .
DE COPPENHAGUE, le 19 Déc.
Le 10 Septembre , vers minuit , on fentit une
violente fecouffe de tremblement de terre dans le
diftrict de Hufewig. Il y en eut le lendemain
plufieurs autres . Celle des deux heures après-midi
renverfa un grand nombre de maiſons. On a
perdu par ces accidens une quantité confidérable
de provifions d'hyver. Pendant prefque toute la
journée du 12 , les eaux d'une petite riviere , qui
coule près de Nord- Syffel , devinrent blanches
comme du lait.
DE STOCKHOLM , le 30 Décembre.
Entre les différens effets que le tremblentent de
tërre, du premier Novembre , a produits en Dale
earlie , on a remarqué que pendant la crue extraordinaire
des eaux des lacs de Frixem & de
Stora-Leed , le terrein des environs s'eft affaillé
avec un grand bruit , & qu'il s'eft relevé à meſure
que ces lacs font rentrés dans leur lit. Les lettres
de Wexio dans le Smaland marquent , que le 28
du même mois , à huit heures cinquante-une minutes
du foir , on apperçut au ciel un globe de
feu , dont le diametre apparent étoit de la grandeur
de celui de la lune , lorfqu'elle eft dans fon
plein. Ce globe courut rapidement du fud - oueft
au nord- est. Ainfi que plufieurs cometes il traînoit
après lui une queue lumineufe . Il ſe détacha
de ce globe une portion , qui après s'être développée
, remplit un très-grand efpace , & répandit
une clarté égale à celle du jour. La durée de
ce phénomene fut de trente fecondes.
Selon les avis reçus de la Gothie occidentale
, le tremblement de teire du premier Novembre
s'y eft fait fentir avec beaucoup de violence.
De très-gros arbres ont été renversés. En plufieurs
endroits , les eaux ont páru mugir . Sut le lac de
(
212 MERCURE DE FRANCE.
Miorn, près de Gothenbourg , la plupart des ra
deaux ont été emportés & difperfés de côté &
d'autre .
DE COPPENHAGUE, le 19 Déc.
Le 10 Septembre , vers minuit , on fentit une
violente fecouffe de tremblement de terre dans le
diftrict de Hufewig. Il y en eut le lendemain
plufieurs autres . Celle des deux heures après-midi
renverfa un grand nombre de maiſons. On a
perdu par ces accidens une quantité confidérable
de provifions d'hyver. Pendant prefque toute la
journée du 12 , les eaux d'une petite riviere , qui
coule près de Nord- Syffel , devinrent blanches
comme du lait.
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Résumé : DU NORD.
Le 30 décembre, des effets du tremblement de terre du 1er novembre ont été observés en Dalécarlie, où le terrain s'est affaissé puis relevé lors d'une crue extraordinaire des lacs de Frixem et de Stora-Leed. Le 28 novembre à 8 heures 51 minutes, un globe de feu apparut dans le ciel au-dessus de Wexio, dans le Småland, se déplaçant rapidement du sud-ouest au nord-est avec une queue lumineuse. Une partie de ce globe se détacha, illuminant la région pendant trente secondes. En Gothie occidentale, le tremblement de terre du 1er novembre fut violent, renversant des arbres et dispersant des radeaux sur le lac de Mjörn près de Göteborg. À Copenhague, un violent tremblement de terre fut ressenti le 10 septembre vers minuit, suivi de plusieurs secousses le lendemain, causant la destruction de nombreuses maisons et la perte de provisions d'hiver. Le 12 septembre, les eaux d'une petite rivière près de Nord-Syssel devinrent blanches comme du lait pendant presque toute la journée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12484
p. 35-39
EPITRE A Madame la Marquise D. ...
Début :
O VOUS, que l'amour idolâtre, [...]
Mots clefs :
Amour, Tendre, Longtemps, Volupté, Muse, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame la Marquise D. ...
EPITRE
D.... A Madame la Marquife D.
O
1
VOUS , que l'amour idolâtre ,
Et qui l'outragez chaque jour !
Voyez ma` Mufe tour- à- tour ,
Tendre , indifférente & folâtre ,
Ne plus refpirer que l'amour.
Des erreurs d'un efprit volage
L'enchanteinent eſt diſſipé
Et des jeux du papillonage Mu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur longtemps préoccupé ,
Ne fe fait plus un badinage
De tromper ni d'être trompé.
Ce changement eft votre ouvrage::
Eglé , vous fixez mes defirs ;
Et je chéris mon elclavage :
Ce n'eft qu'au midi de mon âge
Que vont commencer mes plaifirs.
Facile , inconftante & coquette ,
Lifette m'amufa longtemps ;
Et ma main des fleurs du printemps
A longtemps couronné Lifette.
Léger comme on l'eſt a vingt ans ,
On m'a vu groffir près des belles
La lifte des amis fidels,
Et des infidèles amans :
L'amour m'avoit donné les aîles ;
Et vous avez les trai : s charmans.
Eglé , vous êtes embellie
Des trésors de chaque pays
Vous devez à la Georgie
Ces petits globes arrondis ,
Ces bras d'ivoire.cque jadis
La voluptueule Idalie
Pour ceux de Vénus auroit priss
Vos yeux brillans font d'Italie ,
Et vos grâces font de Paris...
Vous valez bien , lans flatterie,
SEPTEMBRE. 1763. 37
Les Beautés dont la Circaffie
Remplit les Sérails faftueux ,
Où les defpotes de l'Afie
Coulent des jours voluptueux
Sur de beaux tapis de Turquie.
A vos pieds le plus fier Soudin
Comme Augufle à ceux de Livie ,
Mettront fon Sceptre & fon Turban ;
Et je fçais bien que Roxelane
N'auroit jamais été Sultane ,
Si j'avois été Soliman.
En vérité je crois qu'Alcide ,
Jadis auroit filé pour vous ,;
E que la Grèce , à vos genoux ,
Eut vû tomber e Dieu de Gnide.
Ce Dieu fur les bords de Lignon ,
Abandonnant Flore & Thémire
Vint fur les rives du Litton ,
Près de vous fixer fon empire.
Avec douceur , à votre nom
On le voit quelquefois fourire :
Mais il fe plaint avec railon ,
Que vous êtes un peu cruelle.
Ignorez- vous que ce fripon
Gouverne: tout à ſa façon ,
Rois & Bergers trône & ruelle?
Il a des droits fur chaque Belle:
Vous avez les traits de Ninon ;
38 MERCURE DE FRANGE .
Et vous devez aimer comme elle.
Ah ! fijamais le Die ' vainqueur
A quelque amant tendre & fidèle
Donnoit des droits fur votre coeur ,
Vous le verriez , plein de délire ,
Près de vous toujours ſoupirer ,
Exiſter pour vous adorer ,
Et vous chercher pour vous le dire.
Eglé , lorsqu'on a vos appas ,
On doit immoler , à votre âge ,
Le ftérile honneur d'être lage
Au plaifir de ne l'être pas.
Croyez que la volupté pure
Offre des plaifirs délicats :
Aimable enfant de la Nature
Elle vous appelle en fes bras .
De fleurs nouvellement écloſes ,
Elle ornera votre beau ſein :
Eglé , c'eſt pour vous que fa main
A préparé des lits de roſes ,
Et des guirlandes de jaſmin.
Son haleine répand fans ceffe
Les plus dour parfums dans les airs:
La molleffe de fes concerts
Aux tranfports d'une tendre ivreffe ,
Semble inviter tout l'univers.
Qu'un pâle élève d'Uranie ,
Sur les aîles de fon génie
>
SEPTEMBRE . 1763. 39
S'élance , & meſure les cieux
De fon compas audacieux :
Moi , j'aime à raffembler le groupe
Des ris , des amours & des jeux :
La Volupté m'offre la coupe ;
Elle eft pour moi celle des Dieux.
Je veux encor , quand la vieilleſſe
Aura blanchi mes noirs cheveux ,
Chanter l'amour & la pareſſe ;
Et vous offrir encor des voeux.
Par M. LEGIER.
D.... A Madame la Marquife D.
O
1
VOUS , que l'amour idolâtre ,
Et qui l'outragez chaque jour !
Voyez ma` Mufe tour- à- tour ,
Tendre , indifférente & folâtre ,
Ne plus refpirer que l'amour.
Des erreurs d'un efprit volage
L'enchanteinent eſt diſſipé
Et des jeux du papillonage Mu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur longtemps préoccupé ,
Ne fe fait plus un badinage
De tromper ni d'être trompé.
Ce changement eft votre ouvrage::
Eglé , vous fixez mes defirs ;
Et je chéris mon elclavage :
Ce n'eft qu'au midi de mon âge
Que vont commencer mes plaifirs.
Facile , inconftante & coquette ,
Lifette m'amufa longtemps ;
Et ma main des fleurs du printemps
A longtemps couronné Lifette.
Léger comme on l'eſt a vingt ans ,
On m'a vu groffir près des belles
La lifte des amis fidels,
Et des infidèles amans :
L'amour m'avoit donné les aîles ;
Et vous avez les trai : s charmans.
Eglé , vous êtes embellie
Des trésors de chaque pays
Vous devez à la Georgie
Ces petits globes arrondis ,
Ces bras d'ivoire.cque jadis
La voluptueule Idalie
Pour ceux de Vénus auroit priss
Vos yeux brillans font d'Italie ,
Et vos grâces font de Paris...
Vous valez bien , lans flatterie,
SEPTEMBRE. 1763. 37
Les Beautés dont la Circaffie
Remplit les Sérails faftueux ,
Où les defpotes de l'Afie
Coulent des jours voluptueux
Sur de beaux tapis de Turquie.
A vos pieds le plus fier Soudin
Comme Augufle à ceux de Livie ,
Mettront fon Sceptre & fon Turban ;
Et je fçais bien que Roxelane
N'auroit jamais été Sultane ,
Si j'avois été Soliman.
En vérité je crois qu'Alcide ,
Jadis auroit filé pour vous ,;
E que la Grèce , à vos genoux ,
Eut vû tomber e Dieu de Gnide.
Ce Dieu fur les bords de Lignon ,
Abandonnant Flore & Thémire
Vint fur les rives du Litton ,
Près de vous fixer fon empire.
Avec douceur , à votre nom
On le voit quelquefois fourire :
Mais il fe plaint avec railon ,
Que vous êtes un peu cruelle.
Ignorez- vous que ce fripon
Gouverne: tout à ſa façon ,
Rois & Bergers trône & ruelle?
Il a des droits fur chaque Belle:
Vous avez les traits de Ninon ;
38 MERCURE DE FRANGE .
Et vous devez aimer comme elle.
Ah ! fijamais le Die ' vainqueur
A quelque amant tendre & fidèle
Donnoit des droits fur votre coeur ,
Vous le verriez , plein de délire ,
Près de vous toujours ſoupirer ,
Exiſter pour vous adorer ,
Et vous chercher pour vous le dire.
Eglé , lorsqu'on a vos appas ,
On doit immoler , à votre âge ,
Le ftérile honneur d'être lage
Au plaifir de ne l'être pas.
Croyez que la volupté pure
Offre des plaifirs délicats :
Aimable enfant de la Nature
Elle vous appelle en fes bras .
De fleurs nouvellement écloſes ,
Elle ornera votre beau ſein :
Eglé , c'eſt pour vous que fa main
A préparé des lits de roſes ,
Et des guirlandes de jaſmin.
Son haleine répand fans ceffe
Les plus dour parfums dans les airs:
La molleffe de fes concerts
Aux tranfports d'une tendre ivreffe ,
Semble inviter tout l'univers.
Qu'un pâle élève d'Uranie ,
Sur les aîles de fon génie
>
SEPTEMBRE . 1763. 39
S'élance , & meſure les cieux
De fon compas audacieux :
Moi , j'aime à raffembler le groupe
Des ris , des amours & des jeux :
La Volupté m'offre la coupe ;
Elle eft pour moi celle des Dieux.
Je veux encor , quand la vieilleſſe
Aura blanchi mes noirs cheveux ,
Chanter l'amour & la pareſſe ;
Et vous offrir encor des voeux.
Par M. LEGIER.
Fermer
12485
p. 212-213
ALLEMAGNE.
Début :
Une forte secousse de tremblement de terre se fit sentir ici [...]
Mots clefs :
Munich, Töplitz, Secousses, Bains thermaux, Dégâts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE TEPLITZ , le 9 Décembre.
Une forte fecouffe de tremblement de terre fa
fit fentir ici le premier de ce mois . Elle ne cauſa
aucun dommage , mais elle affecta fingulierement
les bains chauds de cette ville , qui , ayant
été découverts en 762 , n'avoient point éprouvé
depuis près de mille ans le moindre changement.
Sur le midi , l'eau de la fource fe troubla. Bien
tot elle ceffa de couler. Quelques minutes après
elle revint à grands flots , mais fort épaiffe , &
auffi rouge que du fang. Pendant un quart-d'heure
elle fut abfolument froide. Elle reprit infenfiblement
fa limpidité & fon dégré de chaleur
ordinaire. Depuis cette fecouffe ," la fontaine eft
devenue plus abondante. Lorsqu'on avoit vuidé
les bains , il falloit huit heures pour les remplin,
à préfent il n'en faut plus que quatre. On foupFEVRIER.
1756. 213
çonne qu'il s'eft formé une feconde fource à côsé
de la premiere.
DE MUNICH , le 20 Décembre.
Il y eut ici le 9 de ce mois une légere ſecouſſe
de tremblement de terre . Le même jour on en
fentit une à Donawert. Elle a ébranlé le couvent
des Capucins , & endommagé une partie des murailles
de l'Abbaye de Sainte Croix. A Ingolstadt,
les eaux des fontaines baifferent confidérablement
, & devinrent d'une couleur rouffâtre. Le
11 , on éprouva une nouvelle fecouffe en divers
endroits de cet Electorat.
DE TEPLITZ , le 9 Décembre.
Une forte fecouffe de tremblement de terre fa
fit fentir ici le premier de ce mois . Elle ne cauſa
aucun dommage , mais elle affecta fingulierement
les bains chauds de cette ville , qui , ayant
été découverts en 762 , n'avoient point éprouvé
depuis près de mille ans le moindre changement.
Sur le midi , l'eau de la fource fe troubla. Bien
tot elle ceffa de couler. Quelques minutes après
elle revint à grands flots , mais fort épaiffe , &
auffi rouge que du fang. Pendant un quart-d'heure
elle fut abfolument froide. Elle reprit infenfiblement
fa limpidité & fon dégré de chaleur
ordinaire. Depuis cette fecouffe ," la fontaine eft
devenue plus abondante. Lorsqu'on avoit vuidé
les bains , il falloit huit heures pour les remplin,
à préfent il n'en faut plus que quatre. On foupFEVRIER.
1756. 213
çonne qu'il s'eft formé une feconde fource à côsé
de la premiere.
DE MUNICH , le 20 Décembre.
Il y eut ici le 9 de ce mois une légere ſecouſſe
de tremblement de terre . Le même jour on en
fentit une à Donawert. Elle a ébranlé le couvent
des Capucins , & endommagé une partie des murailles
de l'Abbaye de Sainte Croix. A Ingolstadt,
les eaux des fontaines baifferent confidérablement
, & devinrent d'une couleur rouffâtre. Le
11 , on éprouva une nouvelle fecouffe en divers
endroits de cet Electorat.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 1er décembre, une forte secousse sismique a été ressentie à Teplitz, affectant les bains chauds de la ville, découverts en 762. L'eau de la source s'est troublée, a cessé de couler, puis est revenue en grands flots, épaissie et rougeâtre, avant de retrouver sa limpidité et sa température habituelle. Depuis cet événement, la fontaine est devenue plus abondante, remplissant les bains en quatre heures au lieu de huit. On suspecte la formation d'une seconde source à côté de la première. Le 9 décembre, une légère secousse a été ressentie à Munich et à Donawert, endommageant partiellement les murailles de l'Abbaye de Sainte Croix. À Ingolstadt, les eaux des fontaines ont changé de couleur, devenant rouillées. Le 11 décembre, une nouvelle secousse a été ressentie dans divers endroits de l'Électorat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12486
p. 184-186
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, les deux articles que vous avez insérés sous mon nom [...]
Mots clefs :
Public, Histoire naturelle, Artois
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Leure à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR , les deux articles que
M inférés fous mon nom Vous avez
dans le Mercure du mois de Mai dernier ,
ont furpris certaines perfonnes réellement
fçavantes , ou fimplement curieufes , &
les ont engagées à me demander fi les faits
dont je parle , font auffi réels qu'ils font
intéreffans , & pour quelles raifons j'en
cachois au public les preuves & les détails.
Un particulier de Paris ne s'eft pas contentéde
faire ces demandes générales , il en
a fait de particulieres , & paroît exiger que
je lui communique à lui-même les détails
de mes découvertes dans l'Artois. Je crois
SEPTEMBRE. 1755. 185
devoir répondre en deux mots à ces interrogations.
Je ferois difpenfé de le faire ,
fi on n'avoit pas fouftrait , * fans mon aven ,
dans un de mes deux derniers extraits
quelques termes qui annonçoient mes travaux
& mes projets , & qui auroient prévenu
les demandes qu'on me fait aujourd'hui.
Je travaille depuis plufieurs années
à de mémoires fur l'Hiftoire naturelle &
ancienne de la province d'Artois , que j'ef
pere donner au public , quand j'aurai un
peu plus de tems. Les preuves de détail
qu'on me demande , font des richeffes que
j'ai acquifes , & dont je n'ai point envie
de me dépouiller fi -tôt en faveur de qui
que ce foit , parce qu'elles doivent faire
une partie de mon ouvrage ; je me fuis
contenté d'en indiquer en général quelques-
unes dans un difcours fur l'Hiftoire
naturelle , lû à l'Affemblée publique de la
Société Littéraire d'Arras en 1754 ; mais
je réſerve les détails circonftanciés pour
l'ouvrage que je deftine au public. Il n'eft
pas naturel que je les communique à un
particulier avant le tems. Les faits que j'ai
annoncés ' , font réels. La chauffée romaine
a été découverte. Il en exifte encore une
partie : on ne peut fe tromper aux marques
caracteristiques qu'elle a offertes aux
* C'eſt la Société d'Arras qui a fait cette fuppreffon.
186 MERCURE DE FRANCE .
travailleurs. Les monnoies celtiques , ou
du moins que je crois telles , trouvées dans
l'Artois , ne préfentent pas toutes des caracteres
celtiques; vous fçavez , Monſieur,
qu'il y en a de différentes efpeces ; celle
qui en a de deux côtés , n'en eft pas pour
cela plus lifible. Quand je les aurai fait
graver exactement , je fupplierai Meffieurs
de l'Académie royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , de les examiner , & de
m'aider à en donner l'explication . Je me
ferai toujours gloire de foumettre à leurs
lumieres toutes mes découvertes & mes
obfervations.
Les tombeaux trouvés à Dinville ne
peuvent autorifer que des conjectures fur
leur antiquité ; c'eft pourquoi j'ai ajouté ,
quand j'en ai parlé , que peut - être ils
avoient plus de deux mille ans. Leur matiere
& leur forme femblent confirmer ce
que j'ai avancé : au refte ils feront gravés ,
& j'expoferai dans le tems les raifons qui
me paroiffent indiquer la plus haute antiquité.
Si les vafes trouvés dans la fabliere de
Baralle ne font pas Romains , leur forme
paroît l'être , & une gravûre exacte affurera
peut- être qu'ils le font en effet.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J.M. Lucas , de la Compagnie de Jefus.
A Arras , ce 22 Juillet 1755.
ONSIEUR , les deux articles que
M inférés fous mon nom Vous avez
dans le Mercure du mois de Mai dernier ,
ont furpris certaines perfonnes réellement
fçavantes , ou fimplement curieufes , &
les ont engagées à me demander fi les faits
dont je parle , font auffi réels qu'ils font
intéreffans , & pour quelles raifons j'en
cachois au public les preuves & les détails.
Un particulier de Paris ne s'eft pas contentéde
faire ces demandes générales , il en
a fait de particulieres , & paroît exiger que
je lui communique à lui-même les détails
de mes découvertes dans l'Artois. Je crois
SEPTEMBRE. 1755. 185
devoir répondre en deux mots à ces interrogations.
Je ferois difpenfé de le faire ,
fi on n'avoit pas fouftrait , * fans mon aven ,
dans un de mes deux derniers extraits
quelques termes qui annonçoient mes travaux
& mes projets , & qui auroient prévenu
les demandes qu'on me fait aujourd'hui.
Je travaille depuis plufieurs années
à de mémoires fur l'Hiftoire naturelle &
ancienne de la province d'Artois , que j'ef
pere donner au public , quand j'aurai un
peu plus de tems. Les preuves de détail
qu'on me demande , font des richeffes que
j'ai acquifes , & dont je n'ai point envie
de me dépouiller fi -tôt en faveur de qui
que ce foit , parce qu'elles doivent faire
une partie de mon ouvrage ; je me fuis
contenté d'en indiquer en général quelques-
unes dans un difcours fur l'Hiftoire
naturelle , lû à l'Affemblée publique de la
Société Littéraire d'Arras en 1754 ; mais
je réſerve les détails circonftanciés pour
l'ouvrage que je deftine au public. Il n'eft
pas naturel que je les communique à un
particulier avant le tems. Les faits que j'ai
annoncés ' , font réels. La chauffée romaine
a été découverte. Il en exifte encore une
partie : on ne peut fe tromper aux marques
caracteristiques qu'elle a offertes aux
* C'eſt la Société d'Arras qui a fait cette fuppreffon.
186 MERCURE DE FRANCE .
travailleurs. Les monnoies celtiques , ou
du moins que je crois telles , trouvées dans
l'Artois , ne préfentent pas toutes des caracteres
celtiques; vous fçavez , Monſieur,
qu'il y en a de différentes efpeces ; celle
qui en a de deux côtés , n'en eft pas pour
cela plus lifible. Quand je les aurai fait
graver exactement , je fupplierai Meffieurs
de l'Académie royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , de les examiner , & de
m'aider à en donner l'explication . Je me
ferai toujours gloire de foumettre à leurs
lumieres toutes mes découvertes & mes
obfervations.
Les tombeaux trouvés à Dinville ne
peuvent autorifer que des conjectures fur
leur antiquité ; c'eft pourquoi j'ai ajouté ,
quand j'en ai parlé , que peut - être ils
avoient plus de deux mille ans. Leur matiere
& leur forme femblent confirmer ce
que j'ai avancé : au refte ils feront gravés ,
& j'expoferai dans le tems les raifons qui
me paroiffent indiquer la plus haute antiquité.
Si les vafes trouvés dans la fabliere de
Baralle ne font pas Romains , leur forme
paroît l'être , & une gravûre exacte affurera
peut- être qu'ils le font en effet.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J.M. Lucas , de la Compagnie de Jefus.
A Arras , ce 22 Juillet 1755.
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
J.M. Lucas, membre de la Compagnie de Jésus, répond à des interrogations soulevées par la publication de deux articles dans le Mercure de mai 1755. Il travaille depuis plusieurs années sur des mémoires concernant l'histoire naturelle et ancienne de l'Artois, qu'il prévoit de publier. Lucas ne souhaite pas divulguer les preuves détaillées de ses découvertes avant la publication de son ouvrage, mais il a déjà présenté certaines preuves lors d'un discours à la Société Littéraire d'Arras en 1754. Il confirme la réalité des faits annoncés, notamment la découverte d'une chaussée romaine et de monnaies celtiques. Il prévoit de faire graver ces monnaies pour les soumettre à l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Concernant les tombeaux trouvés à Dinville, Lucas estime leur antiquité à plus de deux mille ans. Les vases trouvés dans la fablière de Baralle pourraient être d'origine romaine. Lucas exprime son honneur de soumettre ses découvertes à l'examen des experts.
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12487
p. 62-64
STANCES IRRÉGULIÈRES à M....
Début :
DANS ce séjour d'où la tendresse [...]
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texteReconnaissance textuelle : STANCES IRRÉGULIÈRES à M....
STANCES IRRÉGULIÈRES
à M....
DANS ce séjour d'où la tendresse
Bannit tous coupables deſirs,
Où jamais l'aimable Sageſſe
N'admit que d'innocens plaiſirs ;
Qui cauſe ce morne ſilence ?
Les yeux, ce fidéle miroir Qui du cœur peignoit la décence,
Les yeux évitent de ſe voir !
Hélas !je perce le myſtère ;
Lesjours précieux d'un bon père
En ce moment ſont menacés,
Si tes loix ſont inévitables ,
Mort barbare, que tardes-tu ?
"
D'effroi tous les cœurs ſont glacés ;
Écraſe les têtes coupables,
Et reſpecte au moins la vertu !
Mais inſenſible à nos allarmes 2
Tu ne ſuis que ta cruauté ;
Déjà ſur l'objet de nos larmes
Le coup redoutable eſt porté.
Je finis , dit-il, ma carrière,
• Mes enfans, vous me regrettez :
•
·
·
J U I N. 1764.
» Ma peine à mon heure dernière
» Eſt celle que vous reſſentez.
O vous qui lui futes ſi chère,
Vous, digne épouſe de ſon fils ,
Tendre & vertueuſe Gr. . .
Reprenez enfin vos eſprits !
Calmez cette douleur profonde
Vivez, pour l'exemple du monde,
Mais quel coup affreux ſe prépare
A frapper de nouveau mon cœur !
Dieu : quelle ſoudaine terreur
63
Qui nous fait tout craindre pour vous : -
Pour vos enfans, pour votre époux !
De mes ſens agités s'empare !
Qu'entens-je ? ... aux portes du trépas ! .. •
Arrête-toi, Parque inhumaine ! ..
Je vole ... Eſpérance trop vaine !. • .
Mon père eſt mourant dans mes bras. .. • •
C'en eſt fait, la nuit l'environne ;
· Il meurt, infortuné vieillard ,
En jettant ſon dernier regard
Sur l'épouſe qu'il abandonne. .. :
Mon père ! vos yeux ſont témoins
Du haut de la céleſte ſphère
Que maintenant ma tendre mère
Eſt l'unique objet de mes ſoins !
A.
-
64 MERCURE DE FRANCE.
E N V O I.
VoUs, en qui pendant ma jeuneſſe
Je trouvai l'objet de mes pleurs !
Unis par les mêmes malheurs,
Unis par la même triſteſſe ;
Dans votre ſein il m'eſt bien doux
De verſer mon âme attendrie.
Puiſſé-je être toute ma vie
Digne d'un ami tel que vous.
Par M. D.
à M....
DANS ce séjour d'où la tendresse
Bannit tous coupables deſirs,
Où jamais l'aimable Sageſſe
N'admit que d'innocens plaiſirs ;
Qui cauſe ce morne ſilence ?
Les yeux, ce fidéle miroir Qui du cœur peignoit la décence,
Les yeux évitent de ſe voir !
Hélas !je perce le myſtère ;
Lesjours précieux d'un bon père
En ce moment ſont menacés,
Si tes loix ſont inévitables ,
Mort barbare, que tardes-tu ?
"
D'effroi tous les cœurs ſont glacés ;
Écraſe les têtes coupables,
Et reſpecte au moins la vertu !
Mais inſenſible à nos allarmes 2
Tu ne ſuis que ta cruauté ;
Déjà ſur l'objet de nos larmes
Le coup redoutable eſt porté.
Je finis , dit-il, ma carrière,
• Mes enfans, vous me regrettez :
•
·
·
J U I N. 1764.
» Ma peine à mon heure dernière
» Eſt celle que vous reſſentez.
O vous qui lui futes ſi chère,
Vous, digne épouſe de ſon fils ,
Tendre & vertueuſe Gr. . .
Reprenez enfin vos eſprits !
Calmez cette douleur profonde
Vivez, pour l'exemple du monde,
Mais quel coup affreux ſe prépare
A frapper de nouveau mon cœur !
Dieu : quelle ſoudaine terreur
63
Qui nous fait tout craindre pour vous : -
Pour vos enfans, pour votre époux !
De mes ſens agités s'empare !
Qu'entens-je ? ... aux portes du trépas ! .. •
Arrête-toi, Parque inhumaine ! ..
Je vole ... Eſpérance trop vaine !. • .
Mon père eſt mourant dans mes bras. .. • •
C'en eſt fait, la nuit l'environne ;
· Il meurt, infortuné vieillard ,
En jettant ſon dernier regard
Sur l'épouſe qu'il abandonne. .. :
Mon père ! vos yeux ſont témoins
Du haut de la céleſte ſphère
Que maintenant ma tendre mère
Eſt l'unique objet de mes ſoins !
A.
-
64 MERCURE DE FRANCE.
E N V O I.
VoUs, en qui pendant ma jeuneſſe
Je trouvai l'objet de mes pleurs !
Unis par les mêmes malheurs,
Unis par la même triſteſſe ;
Dans votre ſein il m'eſt bien doux
De verſer mon âme attendrie.
Puiſſé-je être toute ma vie
Digne d'un ami tel que vous.
Par M. D.
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12488
p. 213-216
ESPAGNE.
Début :
Nous avons éprouvé le même tremblement, dont les lettres de Portugal [...]
Mots clefs :
Ceuta, Belém, Compostelle, Cadix, Málaga, Tremblements de terre, Crue de la mer, Décrue de la mer, Dégâts, Vols et brigandages, Maladies
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE CEUTA , le 24 Novembre.
Nous avons éprouvé le même tremblement ,
dont les lettres de Portugal rapportent des effets
fi funcftes. Le premier de ce mois , à dix heures
dix minutes du matin , nous eûmes une fecouffe
qui dura environ trente fecondes . Elle fut fuivie
peu après de quelques autres plus légeres , dont
la durée fut de trois minutes. Les fept pointes
du fommet de la montagnedes Sept Freres ont
paru s'élever & s'abaiffer , foit que ce mouvement
ait été réel , foit que ce n'ait été qu'une apparence
occafionnée dans les yeux des Spectateurs
par le propre mouvement de leurs corps.
La mer monta de la hauteur de fept pieds , & un
quart-d'heure après elle baiffa tellement , qu'il
refta quantité de barques & de poiffons à fec fur
le fable. Ces flux & feflux fe fuccéderent alternativement
jufqu'au lendemain matin ; mais à
deux heures après-midi ils commencerent à diminuer
par dégrés . Le 3 , à fept heures du matin ,
214 MERCURE DE FRANCE.
nous effuyâmes une nouvelle fecouffe affez vi
ve , mais très-courte. Il y en eut une légere le
4 , à deux heures après-midi. Les , à huit heures
un quart du foir , nouvelle fecouffle plus forte
que les deux précédentes. On en a eu encore
quelques- unes depuis le 6 jufqu'au 16. Le 17 , à
dix heures & demie du matin , on en reffentit
une autre plus confidérable , accompagnée d'une
horrible tempête . Pendant les fecoufles du premier
de ce mois , les fontaines de cette ville &
du château ont ceffé de couler. Leurs eaux font
enfuite revenues avec autant de rapidité que d'abondance.
Les Maures qui bloquent cette ville , épouvantés
par le tremblement , s'étoient réfugiés
dans l'intérieur des terres. Ils font revenus dans
leur camp , depuis que leur premiere terreur eſt
diffipée.
On mande de Tanger , que de même qu'ici ,
pendant le tremblement les fontaines ont tari , &
qu'enfuite elles ont donné une grande abondance
d'eau rouge comme du fang ; que la mer fur
la côte voisine a monté de cinquante pieds , &
que fes eaux dans cette crue ont perdu prefque
toute leur amertume & toute leur falure.
DE BELEM , le 19 Décembre.
Les exemples de févérité étant néceffaires pour
réprimer les brigandages qui fe commettent journellement
dans ce Royaume , on a exécuté depuis
quinze jours plus de deux cens perfonnes
convaincues de différens délits . Quoique les tremblemens
de terre n'ayent pas entiérement ceffé ,
les & qu'il y ait eu encore le 11 une fecouffe ,
habitans de Lifbonne commencent à ſe remettre
เอา
Les
OL
D
C
FEVRIER. 1756. 215
T
de leur épouvante. Ils font occupés à chercher
dans les ruines de cette malheureufe ville ceux
de leurs effets , qui ont échappé à la voracité des
Hammes , & à l'avidité des voleurs . Il regne quantité
de maladies cauſées par la rigueur de la faifon,
& par les autres incommodités auxquelles
les riches comme les pauvres , ont été exposés
dans le défaftre général. Sa Majesté ne s'eft point
encore expliquée , & elle feroit rebâtir Lisbonne ,
ou fi elle fonderoit iei une nouvelle ville .
DE COMPOSTELLE , le 22 Novemb.
Cette ville n'a pas été exemte du fléau , qui a
caufé en plufieurs endroits tant de ravage ; mais
elle en a peu fouffert. Celle de la Corogne a
efluyé des allarmes plus confidérables. Voici la
copie d'une lettre écrite de ce port. « Le trem-
» blement de terre du premier de ce mois s'eft
» fait fentir ici d'une façon très -violente . Il a du-
» ré cinq minutes. Tous les édifices en ont été
» ébranlés ; cependant il n'y en a eu aucun de
>> renverfé . La mier pendant les fecouffes s'enfla
» prodigieufement. En plufieurs endroits elle Ra-
» roiffoit bouillonner. A midi elle monta telle-
» ment , qu'on ne l'avoit jamais vue à une pa-
» reille hauteur. Depuis une heure jufqu'à une
» heure & demie , elle monta & baiffa fept fois,
> On devoit avoir la baffe mer à fix heures du
» foir , à fept heures & demie on ne l'avoit pas
encore. Peu après la mer baiffa un tiers de plus
que dans les plus vives eaux. La pleine mer paroiffant
devoir venir à proportion , l'on crai-
» gnit que la ville ne fût fubmergée Les flux &
>> reflux ne cefferent que fur les dix heures du ma-
» tin du jour fuivant , que l'oude reprit enfin fon
» affiette ordinaire .
216 MERCURE DE FRANCE .
DE CADIX , le 14 Décembre.
A quelque diſtance de ce port on a découvert
depuis peu un rocher , qui juſqu'à préſent
n'avoit pas été apperçu des Navigateurs . On conjecture
qu'il a été formé par les effets du dernier
tremblement. Le vaiffeau de guerre Anglois le
Briſtol, en allant au devant d'une flotte qui
de Turquie , a heurté contre cet écueil. Ce bâtiment
a été obligé de relâcher ici pour réparer le
dommage qu'il a fouffert.
revient
DE MALAGA , le 10 Décembre.
On fentit le 27 du mois dernier à Cordoue une
fecoufle affez forte. Il y en eut une ici le 29.
Pendant plufieurs jours on a remarqué une agitation
extraordinaire dans les eaux.
DE CEUTA , le 24 Novembre.
Nous avons éprouvé le même tremblement ,
dont les lettres de Portugal rapportent des effets
fi funcftes. Le premier de ce mois , à dix heures
dix minutes du matin , nous eûmes une fecouffe
qui dura environ trente fecondes . Elle fut fuivie
peu après de quelques autres plus légeres , dont
la durée fut de trois minutes. Les fept pointes
du fommet de la montagnedes Sept Freres ont
paru s'élever & s'abaiffer , foit que ce mouvement
ait été réel , foit que ce n'ait été qu'une apparence
occafionnée dans les yeux des Spectateurs
par le propre mouvement de leurs corps.
La mer monta de la hauteur de fept pieds , & un
quart-d'heure après elle baiffa tellement , qu'il
refta quantité de barques & de poiffons à fec fur
le fable. Ces flux & feflux fe fuccéderent alternativement
jufqu'au lendemain matin ; mais à
deux heures après-midi ils commencerent à diminuer
par dégrés . Le 3 , à fept heures du matin ,
214 MERCURE DE FRANCE.
nous effuyâmes une nouvelle fecouffe affez vi
ve , mais très-courte. Il y en eut une légere le
4 , à deux heures après-midi. Les , à huit heures
un quart du foir , nouvelle fecouffle plus forte
que les deux précédentes. On en a eu encore
quelques- unes depuis le 6 jufqu'au 16. Le 17 , à
dix heures & demie du matin , on en reffentit
une autre plus confidérable , accompagnée d'une
horrible tempête . Pendant les fecoufles du premier
de ce mois , les fontaines de cette ville &
du château ont ceffé de couler. Leurs eaux font
enfuite revenues avec autant de rapidité que d'abondance.
Les Maures qui bloquent cette ville , épouvantés
par le tremblement , s'étoient réfugiés
dans l'intérieur des terres. Ils font revenus dans
leur camp , depuis que leur premiere terreur eſt
diffipée.
On mande de Tanger , que de même qu'ici ,
pendant le tremblement les fontaines ont tari , &
qu'enfuite elles ont donné une grande abondance
d'eau rouge comme du fang ; que la mer fur
la côte voisine a monté de cinquante pieds , &
que fes eaux dans cette crue ont perdu prefque
toute leur amertume & toute leur falure.
DE BELEM , le 19 Décembre.
Les exemples de févérité étant néceffaires pour
réprimer les brigandages qui fe commettent journellement
dans ce Royaume , on a exécuté depuis
quinze jours plus de deux cens perfonnes
convaincues de différens délits . Quoique les tremblemens
de terre n'ayent pas entiérement ceffé ,
les & qu'il y ait eu encore le 11 une fecouffe ,
habitans de Lifbonne commencent à ſe remettre
เอา
Les
OL
D
C
FEVRIER. 1756. 215
T
de leur épouvante. Ils font occupés à chercher
dans les ruines de cette malheureufe ville ceux
de leurs effets , qui ont échappé à la voracité des
Hammes , & à l'avidité des voleurs . Il regne quantité
de maladies cauſées par la rigueur de la faifon,
& par les autres incommodités auxquelles
les riches comme les pauvres , ont été exposés
dans le défaftre général. Sa Majesté ne s'eft point
encore expliquée , & elle feroit rebâtir Lisbonne ,
ou fi elle fonderoit iei une nouvelle ville .
DE COMPOSTELLE , le 22 Novemb.
Cette ville n'a pas été exemte du fléau , qui a
caufé en plufieurs endroits tant de ravage ; mais
elle en a peu fouffert. Celle de la Corogne a
efluyé des allarmes plus confidérables. Voici la
copie d'une lettre écrite de ce port. « Le trem-
» blement de terre du premier de ce mois s'eft
» fait fentir ici d'une façon très -violente . Il a du-
» ré cinq minutes. Tous les édifices en ont été
» ébranlés ; cependant il n'y en a eu aucun de
>> renverfé . La mier pendant les fecouffes s'enfla
» prodigieufement. En plufieurs endroits elle Ra-
» roiffoit bouillonner. A midi elle monta telle-
» ment , qu'on ne l'avoit jamais vue à une pa-
» reille hauteur. Depuis une heure jufqu'à une
» heure & demie , elle monta & baiffa fept fois,
> On devoit avoir la baffe mer à fix heures du
» foir , à fept heures & demie on ne l'avoit pas
encore. Peu après la mer baiffa un tiers de plus
que dans les plus vives eaux. La pleine mer paroiffant
devoir venir à proportion , l'on crai-
» gnit que la ville ne fût fubmergée Les flux &
>> reflux ne cefferent que fur les dix heures du ma-
» tin du jour fuivant , que l'oude reprit enfin fon
» affiette ordinaire .
216 MERCURE DE FRANCE .
DE CADIX , le 14 Décembre.
A quelque diſtance de ce port on a découvert
depuis peu un rocher , qui juſqu'à préſent
n'avoit pas été apperçu des Navigateurs . On conjecture
qu'il a été formé par les effets du dernier
tremblement. Le vaiffeau de guerre Anglois le
Briſtol, en allant au devant d'une flotte qui
de Turquie , a heurté contre cet écueil. Ce bâtiment
a été obligé de relâcher ici pour réparer le
dommage qu'il a fouffert.
revient
DE MALAGA , le 10 Décembre.
On fentit le 27 du mois dernier à Cordoue une
fecoufle affez forte. Il y en eut une ici le 29.
Pendant plufieurs jours on a remarqué une agitation
extraordinaire dans les eaux.
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Résumé : ESPAGNE.
Le 1er novembre, Ceuta a été frappée par un tremblement de terre d'environ trente secondes, suivi de secousses plus légères durant trois minutes. Les habitants ont observé des mouvements dans les montagnes et une montée de la mer de sept pieds, suivie d'un reflux laissant des barques échouées. Ces flux et reflux se sont succédé jusqu'au lendemain matin, diminuant progressivement. Des secousses ont continué jusqu'au 17 novembre, accompagnées d'une tempête. Pendant les secousses, les fontaines de la ville ont cessé de couler avant de revenir avec abondance. Les Maures, qui bloquaient la ville, se sont réfugiés à l'intérieur des terres avant de revenir. À Tanger, les fontaines ont également tari puis ont produit de l'eau rouge. La mer a monté de cinquante pieds, perdant son amertume et sa salure. À Lisbonne, malgré les tremblements persistants, les habitants commencent à se remettre de leur épouvante et cherchent leurs effets parmi les ruines. De nombreuses maladies sévissent en raison du froid et des autres inconvénients. Le roi n'a pas encore décidé s'il reconstruira Lisbonne ou fondera une nouvelle ville. À Compostelle, la ville a peu souffert du séisme, contrairement à La Corogne où le tremblement a duré cinq minutes, ébranlant les édifices sans en renverser. La mer a monté et baissé de manière inhabituelle, causant des inquiétudes de submersion. À Cadix, un nouveau rocher a été découvert, probablement formé par le tremblement, endommageant un vaisseau anglais. À Malaga, une secousse a été ressentie le 29 novembre, accompagnée d'une agitation extraordinaire des eaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12489
p. 64
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de
la ſeconde eſt la Chemiſe. Celui du pre
mier Logogryphe eſt Roſſignol,où l'on
trouve lion, loir, or, loi, ſoir , ſon,
Roi , Sion, og, nil, noir, Solon , Io,
lis , Signor , lin. Celui du ſecond eſt
Régiment , où l'on trouve gîte , rien,
mérite , main, neige, mirte , mine, ri
me , Reine, mitre, tigre, ment, mère ,
· germe & régime.
Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de
la ſeconde eſt la Chemiſe. Celui du pre
mier Logogryphe eſt Roſſignol,où l'on
trouve lion, loir, or, loi, ſoir , ſon,
Roi , Sion, og, nil, noir, Solon , Io,
lis , Signor , lin. Celui du ſecond eſt
Régiment , où l'on trouve gîte , rien,
mérite , main, neige, mirte , mine, ri
me , Reine, mitre, tigre, ment, mère ,
· germe & régime.
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12490
p. 216-223
« Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...] »
Début :
Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...]
Mots clefs :
Récit de l'attaque du roi, Versailles, Trianon, Monseigneur le Dauphin, Horreur, Pleurs, Blessure du roi, Rétablissement, Procès, Colonel, Comte, Marquis, Brigadier, Maitre de camp, Capitaine, Cavalerie, Cérémonie, Audience, Prières collectives, Députés, Duc, Coupable, Corsaires, Marchandises, Anglais
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texteReconnaissance textuelle : « Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...] »
Dans les premiers momens du trouble & de
la conſternation générale qu'a cauſé le danger où
le Roi s'eſt trouvé , on a publié précipitemment
le procès - verbal dreſſé par MM. Senac , Premier
Médecin , & de la Martiniere , Premier Chirurgien
de Sa Majesté , ſans ſonger même à donner
les ſoins ordinaires au récit de l'événement.
Le Roi étoit revenu de Trianon à Versailles ,
pour voir Madame Victoire qui ſetrouvoit indiſpoſée.
Sa Majesté , après avoir fatisfait ſon inquiétude
paternelle , alloit remonter en carroſſe
pour retourner à Trianon , lorſqu'elle fut frappée
à deux pas de Monſeigneur le Dauphin. Sa
Majeſté eut la force de remonter l'eſcalier , qui
conduit à ſon appartement. Elle demanda ſon
confeſſeur & l'extrême-onction , & elle fut confeſſée
un moment après. Comment retracer ce
moment de ſurpriſe & d'horreur ? Comment ſurtout
repréſenter le profond accablement de la
Reine , celui de Monſeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & Meſdames
de France ? Toute la cour étoit en pleurs :
le Roi ſeul , ferme , & réſigné , donnoit ſes
penſées à la Religion , conſoloit tendrement
ſa famille , & s'occupoit du ſoin de ſes peuples,
A la nouvelle de la bleſſure du Roi , qui fut
rapidement portée à Paris , & répandue dans la
nuit même , les Princes &les Princeſſes duSang,
les Miniftres , les Grands du Royaume , & un
concours prodigieux de perſonnes de tout état
accoururent
JANVIER . 1757. 217
1
1
&
accoururent à Verſailles. Heureuſement cette blef
fure , dont l'étendue avoit effrayé , étant peu profonde
, n'a eu aucune fuite fâcheuſe , & a été
promptement cicatriſée. Le Roi a envoyé des
lettres d'attribution à la Grand Chambre du Parlement
de Paris , pour inſtruirele procès de ce
ſcélérat. Sa Majeſté a été purgée le 9 , & s'eſt
levée l'après-midi en très bonne ſanté. Le 10
les Députés des Etats de Bretagne eurent audience
du Roi. Ils furent préſentés à Sa Majesté par M.
le Duc de Penthievre , Gouverneur de la Province
, & par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit
compoſée , pour le Clergé , de l'Evêque de Quimper
, qui porta la parole ; du Comte de Morant ,
Mestre de Camp , Lieutenant du Régiment de
Dragons de la Reine , pour la Nobleffe , &du
ſieur de Prévin , Maire de la ville de Nantes , pour
le Tiers - Etat . Le 11 , le Roi dîna en public
en robe de chambre dans ſon grand Cabiner.
Sur les neuf heures du ſoir , Sa Majefté reçut
les révérences des Dames de la Cour. Hier le
Roi s'eſt habille , & a tenu conſeil d'Etat. La
Famille Royale & la nation ont fait ſuccéder aux
pleurs &aux inquiétudes , les plus vifs tranſporns
de joie; & les Eglifes ne retentiſſent que d'actions
de graces.
: Sa Majesté , la ſurveille de ce déſaftre , avoit
fait lacérémonie de recevoir Chevaliers de l'Ordre
de Saint Louis le Prince de Robecq , Brigadier ,
Colonel du Régiment d'Infanterie de Limofin; le
Marquis de Cambis , Brigadier , Meſtre de Camp
Lieutenant du Régiment de Cavalerie de Bour
bon ; le Prince de Rohan , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte de Civrac , Colonel
du Régiment Royal des Vaiſſeaux ; le Comte du
K
218 MERCURE DE FRANCE.
4
,
Châtelet- Lomont,Colonel du Régiment de Navarre;
le Comte de Montmorency- Laval , Colonel
duRégiment de Guyenne ; le Comte d'Estaing ,
Colonel du Régiment de Rouergue ; le Marquis
de Chaſtelux , Colonel du Régiment d'Auvergne;
le Comtede la Tour-Dupin , Colonel dans
le Corps des Grenadiers de France ; le Marquis
de Saint - Chamond , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte d'Uffons-de Bonnac , Réformé
dans le Régimentde Briffac; le ſieur de Laubepine
, Mestre de Camp Réformé à la ſuite du
Régiment de Cavalerie de Bauvillier ; le Comte
de Bethune Meſtre de Camp du Régiment
Royal Pologne , Cavalerie, le Marquis de Clermont-
Tonnerre , Capitaine au Régiment duMeftre
de Camp Général de la Cavalerie , avec rang
de Mestre de Camp; le Compte de Fumel , Meltre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; le
Marquis de Caraman , Mestre de Camp d'un Régiment
deDragons; le Marquis de Cruffol-d'Amboiſe
, Capitaine-Lieutenantdes Chevaux- Légers
deBerry; le ſieur Farges ; Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie de Harcourt , avec rang de
Meſtre de Camp; le Comte de Saint-Chamans
Premier Cornette des Chevaux- Légers de Bourgogne;
le Marquis de Janſon, Enſeigne des Gendarmes
d'Aquitaine ; le ſieur du Hamel de Maifoncelle
, Lieutenant-Colonel du Régiment de
Cavalerie de Montcalm; & le Marquis de Chaftenai
Mouſquetaire , ci-devant Enſeigne des
Gendarmes Anglois. Le 10 , jour de l'audience
des Députés des Etats de Bretagne , le Roi reçut
auffi Chevalier de Saint Louis le Comte deMorant
, Députéde ces Etats pour la Nobleſſe , auquel
Sa Majesté avoit accordé précédemment la
Croix..
,
FEVRIER . 1757 . 219
-
!
!
1
Le Roi a nommé Lieutenant-Général de ſes
Armées le Prince Louis de Wirtemberg , Maréchal
de Camp , Meſtre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie Allemande. Sa Majesté a accordé le
grade de Brigadier de Cavalerie au Comte de Lameth,
MeſtredeCamp d'unRegiment de Cavalerie.
Elle a donné la Brigade , vacante dans le Régiment
Royal des Carabiniers par la retraite du
Chevalier de Montmorency , au Vicomte de
Dutfort , Meſtre de Camp Réformé de Cavalerie;
celle qui vaquoit par la retraite du Comte
de Buffy - Lameth , à M. de la Tour , Lieutenant-
Colonel de la Brigade ci-devant Braſſac ;
&celle dont le Marquis de Braſſac s'eſt démis ,
à M. Pinon-de Saint-Georges , Capitaine dans
le Régiment du Colonel Général de la Cavalerie,
avec rangdeMestre de Camp.
Monſeigneur leDauphin prit ſéance le is Jan
vier au Conſeil d'Etat.
-Les Prevôt des Marchands & Echevins terminerent
le 15 la Neuvaine qu'ils ont faite dans l'Egliſe
de Sainte Geneviève , où le concours des
Citoyens de cette Capitale & la ferveur de leurs
prieres ont marqué tout leur amour pour la per-
Tonne du Roi , & le 16 , ils aſſiſterent dans la
même Egliſe à une Meſſe ſolemnelle , ſuivie du
Te Deum , en action de graces de l'heureux &
prompt rétabliſſement de la ſanté de Sa Majesté.
Le Roi étant parfaitement rétabli , entendit
le 16 de ce mois la Meſſe dans la Chapelle. On
y chanta le Te Deum , de la compoſition du
ſieur Rebel , Surintendant de la Muſique de la
Chambre de Sa Majefté. Cette Hymne fut entonnée
par l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire
de la Chapelle-Muſique , revêtu du Surplis &
de l'Etole.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
4
Le même jour , le Roi fit l'honneur à la ville
de Rheims de recevoir ſes Députés , qui complimenterent
Sa Majesté ſur l'heureux rétabliſſement
de ſa ſanté. Ils furent préſentés au Roi
par M. le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Gouverneur de la Province de Champagne , &
par M. le Comte de Saint-Florentin , Miniſtre &
Secretaire d'Etat. Les Députés étoient MM. Rogier
, de la Salle -de l'Etang , de Bourgogne , &
Mopinot-de la Chapotte , Capitaine de Cavalerie
au Régiment Dauphin .
Le 19 les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi , & furent préſentés à Sa Majefié
par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la
Province, & par M. le Comte d'Argenſon , Minif.
tre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit compoſée
, pour le Clergé , de l'Evêque de Saint-
Omer , qui porta la parole ; du Marquis de Creny
, pour la Nobleſſe ; & du ſieur De Canchy',
Maire d'Arras , pour le tiers Etat.
Le Roi a accordé au Duc de Bouillon la permiſſion
de lever dans le Duché de Bouillon ,
pour le ſervice de Sa Majesté , un Régiment d'Infanterie
de deux Bataillons , ſur le pied étranger,
dont le Prince de Bouillon , ſon petit fils , a été
nommé Colonel .
Sa Majesté ayant permis au Corps de ſaMuſique-
Chapelle , de célébrer ſa convalefcence par
un Te Deum chanté dans la Chapelle du Château
, ce Corps s'eſt acquitté le vingt de ce devoir.
La Reine & la Famille Royale ont affiſté
à cette cérémonie. L'Abbé Gergoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle-Muſique , a entonné
'Hymne. Le Motet étoit de la compoſition , &
a été exécuté ſous la direction du ſieur Mondonville
, Maître de Muſique de la Chapelle.
FEVRIER. 1757 . 221
i
1
に
1
2
LeRoi a fait remettre cent mille écus aux Curés
de Paris , pour être diſtribués aux pauvres de leur
Paroiſſes .
La nuit du 17 au 18 Janvier , le ſcélérat ,
qui a oſé attenter à la vie du Roi , fut amené
de Verſailles à Paris. Il a été mis à la Conciergerie
dans la Tour de Montgommery. Cet afſaſſin
a été eſcorté par des Sergens & des Grenadiers
des Gardes Françoiſes , la bayonnette au
bout du fufil , leurs Officiers à cheval , ainſi que
par les Gardes de la Prevôté de l'Hôtel. Il étoit
dans une gondole accompagné d'un Lieutenant ,
d'un Exempt, de deux Gardes&du Chirurgien
de la Prevôté. La gondole étoit ſuivie de deux
caroſſes , dans l'un deſquels étoit un priſonnier
avec deux Gardes.
Pendant le cours de l'année derniere , il eſt
mort à Paris dix- sept mille deux cens trente - fix
perſonnes : il s'y eſt fait quatre mille ſept cens
dix mariages , & vingt mille fix baptêmes : le
nombre des enfans trouvés a été de quatre mille
ſept cens vingt-deux.
On mande de Calais , que les Capitaines Canon
& Bachelier , qui commandent les Corſaires
le Prince de Soubize & le Saint- Louis , de Dunkerque
, ont pris & ont conduit dans ce premier
Port les Navires Anglois le Château d'Edimbourg
, de 160 tonneaux , chargé d'huile , & le
Guillaume , de 100 tonneaux , dont la cargaiſon
eſt compoſée d'oranges , de citrons , de limons
&de raiſins.
Les mêmes Corſaires ont pris , & ont fait comduire
à Fécamp un troiſieme Navire Anglois appellé
le Nansey & Betty , de 150 tonneaux
chargé de farines , de ſucre , de tabac , de draps
&d'autres marchandises.
Kij
222 MERCURE DE FRANCE.
Le Navire Anglois la Concorde , de 250 tonneaux;
chargé de tabac &de fer , a été pris par
leCorfaire le Poftillon , de Morlaix , qui l'a fait
conduire à Cherbourg.
,
Il eſt arrivé à Saint-Valleryen Caux un Senaw
'Anglois , d'environ 100 tonneaux qui a été
pris par le Corfaire le Sainte-Barbe , de Morlaix
, & qui eft chargé de tabac , de brai & de
goudron.
Le Corfaire leMachault, deGranville , commandé
par le Capitaine Magnonnet , y a fait conduire
le Navire Anglois le London , de Poole ,
de 130 tonneaux , chargé de vin , de ſel , d'orange&
de citrons , dont ils'eſt emparé.
On écrit de Morlaix , que le Corfaire la Cigale
, de Saint-Malo , ya fait conduire les NaviresAnglois
le Luk , de 180 tonneaux , chargé de
tabac & de fer , & le Rodalan , de 120 tonneaux ,
chargé de diverſes marchandises .
Le Navire Anglois le Neptune , de Boſton ,
chargé de quatorze cens quintaux de morue , a
été pris par le Capitaine Laurent Hirigoyen ,
commandant leCorſaire le Saint-Jean-Baptiste ,
deBayonne.
Un autre BâtimentAnglois appellé le Friendfip
, de 60 tonneaux , chargé de faumon , ayant
été jetté par le mauvais temps ſur la Barre de
Bayonne , a été conduit en ce Port par le nommé
Sallenave , Pilote Lamaneur.
Le Corfaire l'Aimable Dauphin , de Saint-
Jean- de- Luz , s'eſt emparé d'un Navire Anglois
qui est arrivé au Paſſage , &dont la cargaiſon eſt
compoſée de 180 boucauts de tabac.
On apprend par des lettres écrites de la Ciotat
, qu'il y est arrivé un Navire Anglois , qui
avec la cargaiſon eſt eſtimé environ trois cens
FEVRIER. 1757 . 223
1
mille livres , & qui a été pris par le Corſaire le
Fleuron , de Marseille , dont eſt Capitaine Jean-
André Arnoux.
On apprend par des lettres écrites de Saint-
Malo , que le Corfaire la Vengeance , de ce Port ,
y eſt rentré avec le Navire le Grand Alexandre,
de Nantes , de 350 tonneaux , armé de 14
canons , chargé de ſucre , de café, de coton &
d'indigo , qu'il a enlevé au Corſaire Anglois le
Terrible , de Londres , de 24 canons & de 202
hommes d'équipage , dont il s'eſt auffi rendu
maître , & qui a été conduit à Morlaix. Le ſieur
Bourdas , Capitaine de la Vengeance, ayant été
tuédès lecommencement du combat, le commandement
eſt échu au ſieur de Breville , qui , par
fa bravoure & fa belle manoeuvre , a mis ces
deux bâtimens dans l'impoſſibilité de lui échapper.
On mande de Marseille , que le Capitaine
Pierre-Antoine Martiche , qui commande le Corfaire
le Grand Alexandre , de ce Port, y a conduit
un Navire , dont le Capitaine a déclaré que
le chargement , qui eſt eſtimé plus de quinze
cens mille livres, appartient aux Anglois.
Le 20 Janvier , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à quinze cens deux livres , dix
fols: les Billets de la premiere Loterie Royal , à
neuf cens ſoixante ; ceux de la troiſieme Loterie
àfix cens quatre-vingts. Ceux de la ſeconde Lote
rie n'avoient point de prix fixe.
la conſternation générale qu'a cauſé le danger où
le Roi s'eſt trouvé , on a publié précipitemment
le procès - verbal dreſſé par MM. Senac , Premier
Médecin , & de la Martiniere , Premier Chirurgien
de Sa Majesté , ſans ſonger même à donner
les ſoins ordinaires au récit de l'événement.
Le Roi étoit revenu de Trianon à Versailles ,
pour voir Madame Victoire qui ſetrouvoit indiſpoſée.
Sa Majesté , après avoir fatisfait ſon inquiétude
paternelle , alloit remonter en carroſſe
pour retourner à Trianon , lorſqu'elle fut frappée
à deux pas de Monſeigneur le Dauphin. Sa
Majeſté eut la force de remonter l'eſcalier , qui
conduit à ſon appartement. Elle demanda ſon
confeſſeur & l'extrême-onction , & elle fut confeſſée
un moment après. Comment retracer ce
moment de ſurpriſe & d'horreur ? Comment ſurtout
repréſenter le profond accablement de la
Reine , celui de Monſeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & Meſdames
de France ? Toute la cour étoit en pleurs :
le Roi ſeul , ferme , & réſigné , donnoit ſes
penſées à la Religion , conſoloit tendrement
ſa famille , & s'occupoit du ſoin de ſes peuples,
A la nouvelle de la bleſſure du Roi , qui fut
rapidement portée à Paris , & répandue dans la
nuit même , les Princes &les Princeſſes duSang,
les Miniftres , les Grands du Royaume , & un
concours prodigieux de perſonnes de tout état
accoururent
JANVIER . 1757. 217
1
1
&
accoururent à Verſailles. Heureuſement cette blef
fure , dont l'étendue avoit effrayé , étant peu profonde
, n'a eu aucune fuite fâcheuſe , & a été
promptement cicatriſée. Le Roi a envoyé des
lettres d'attribution à la Grand Chambre du Parlement
de Paris , pour inſtruirele procès de ce
ſcélérat. Sa Majeſté a été purgée le 9 , & s'eſt
levée l'après-midi en très bonne ſanté. Le 10
les Députés des Etats de Bretagne eurent audience
du Roi. Ils furent préſentés à Sa Majesté par M.
le Duc de Penthievre , Gouverneur de la Province
, & par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit
compoſée , pour le Clergé , de l'Evêque de Quimper
, qui porta la parole ; du Comte de Morant ,
Mestre de Camp , Lieutenant du Régiment de
Dragons de la Reine , pour la Nobleffe , &du
ſieur de Prévin , Maire de la ville de Nantes , pour
le Tiers - Etat . Le 11 , le Roi dîna en public
en robe de chambre dans ſon grand Cabiner.
Sur les neuf heures du ſoir , Sa Majefté reçut
les révérences des Dames de la Cour. Hier le
Roi s'eſt habille , & a tenu conſeil d'Etat. La
Famille Royale & la nation ont fait ſuccéder aux
pleurs &aux inquiétudes , les plus vifs tranſporns
de joie; & les Eglifes ne retentiſſent que d'actions
de graces.
: Sa Majesté , la ſurveille de ce déſaftre , avoit
fait lacérémonie de recevoir Chevaliers de l'Ordre
de Saint Louis le Prince de Robecq , Brigadier ,
Colonel du Régiment d'Infanterie de Limofin; le
Marquis de Cambis , Brigadier , Meſtre de Camp
Lieutenant du Régiment de Cavalerie de Bour
bon ; le Prince de Rohan , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte de Civrac , Colonel
du Régiment Royal des Vaiſſeaux ; le Comte du
K
218 MERCURE DE FRANCE.
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,
Châtelet- Lomont,Colonel du Régiment de Navarre;
le Comte de Montmorency- Laval , Colonel
duRégiment de Guyenne ; le Comte d'Estaing ,
Colonel du Régiment de Rouergue ; le Marquis
de Chaſtelux , Colonel du Régiment d'Auvergne;
le Comtede la Tour-Dupin , Colonel dans
le Corps des Grenadiers de France ; le Marquis
de Saint - Chamond , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte d'Uffons-de Bonnac , Réformé
dans le Régimentde Briffac; le ſieur de Laubepine
, Mestre de Camp Réformé à la ſuite du
Régiment de Cavalerie de Bauvillier ; le Comte
de Bethune Meſtre de Camp du Régiment
Royal Pologne , Cavalerie, le Marquis de Clermont-
Tonnerre , Capitaine au Régiment duMeftre
de Camp Général de la Cavalerie , avec rang
de Mestre de Camp; le Compte de Fumel , Meltre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; le
Marquis de Caraman , Mestre de Camp d'un Régiment
deDragons; le Marquis de Cruffol-d'Amboiſe
, Capitaine-Lieutenantdes Chevaux- Légers
deBerry; le ſieur Farges ; Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie de Harcourt , avec rang de
Meſtre de Camp; le Comte de Saint-Chamans
Premier Cornette des Chevaux- Légers de Bourgogne;
le Marquis de Janſon, Enſeigne des Gendarmes
d'Aquitaine ; le ſieur du Hamel de Maifoncelle
, Lieutenant-Colonel du Régiment de
Cavalerie de Montcalm; & le Marquis de Chaftenai
Mouſquetaire , ci-devant Enſeigne des
Gendarmes Anglois. Le 10 , jour de l'audience
des Députés des Etats de Bretagne , le Roi reçut
auffi Chevalier de Saint Louis le Comte deMorant
, Députéde ces Etats pour la Nobleſſe , auquel
Sa Majesté avoit accordé précédemment la
Croix..
,
FEVRIER . 1757 . 219
-
!
!
1
Le Roi a nommé Lieutenant-Général de ſes
Armées le Prince Louis de Wirtemberg , Maréchal
de Camp , Meſtre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie Allemande. Sa Majesté a accordé le
grade de Brigadier de Cavalerie au Comte de Lameth,
MeſtredeCamp d'unRegiment de Cavalerie.
Elle a donné la Brigade , vacante dans le Régiment
Royal des Carabiniers par la retraite du
Chevalier de Montmorency , au Vicomte de
Dutfort , Meſtre de Camp Réformé de Cavalerie;
celle qui vaquoit par la retraite du Comte
de Buffy - Lameth , à M. de la Tour , Lieutenant-
Colonel de la Brigade ci-devant Braſſac ;
&celle dont le Marquis de Braſſac s'eſt démis ,
à M. Pinon-de Saint-Georges , Capitaine dans
le Régiment du Colonel Général de la Cavalerie,
avec rangdeMestre de Camp.
Monſeigneur leDauphin prit ſéance le is Jan
vier au Conſeil d'Etat.
-Les Prevôt des Marchands & Echevins terminerent
le 15 la Neuvaine qu'ils ont faite dans l'Egliſe
de Sainte Geneviève , où le concours des
Citoyens de cette Capitale & la ferveur de leurs
prieres ont marqué tout leur amour pour la per-
Tonne du Roi , & le 16 , ils aſſiſterent dans la
même Egliſe à une Meſſe ſolemnelle , ſuivie du
Te Deum , en action de graces de l'heureux &
prompt rétabliſſement de la ſanté de Sa Majesté.
Le Roi étant parfaitement rétabli , entendit
le 16 de ce mois la Meſſe dans la Chapelle. On
y chanta le Te Deum , de la compoſition du
ſieur Rebel , Surintendant de la Muſique de la
Chambre de Sa Majefté. Cette Hymne fut entonnée
par l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire
de la Chapelle-Muſique , revêtu du Surplis &
de l'Etole.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
4
Le même jour , le Roi fit l'honneur à la ville
de Rheims de recevoir ſes Députés , qui complimenterent
Sa Majesté ſur l'heureux rétabliſſement
de ſa ſanté. Ils furent préſentés au Roi
par M. le Comte de Clermont , Prince du Sang ,
Gouverneur de la Province de Champagne , &
par M. le Comte de Saint-Florentin , Miniſtre &
Secretaire d'Etat. Les Députés étoient MM. Rogier
, de la Salle -de l'Etang , de Bourgogne , &
Mopinot-de la Chapotte , Capitaine de Cavalerie
au Régiment Dauphin .
Le 19 les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi , & furent préſentés à Sa Majefié
par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la
Province, & par M. le Comte d'Argenſon , Minif.
tre & Secretaire d'Etat. La Députation étoit compoſée
, pour le Clergé , de l'Evêque de Saint-
Omer , qui porta la parole ; du Marquis de Creny
, pour la Nobleſſe ; & du ſieur De Canchy',
Maire d'Arras , pour le tiers Etat.
Le Roi a accordé au Duc de Bouillon la permiſſion
de lever dans le Duché de Bouillon ,
pour le ſervice de Sa Majesté , un Régiment d'Infanterie
de deux Bataillons , ſur le pied étranger,
dont le Prince de Bouillon , ſon petit fils , a été
nommé Colonel .
Sa Majesté ayant permis au Corps de ſaMuſique-
Chapelle , de célébrer ſa convalefcence par
un Te Deum chanté dans la Chapelle du Château
, ce Corps s'eſt acquitté le vingt de ce devoir.
La Reine & la Famille Royale ont affiſté
à cette cérémonie. L'Abbé Gergoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle-Muſique , a entonné
'Hymne. Le Motet étoit de la compoſition , &
a été exécuté ſous la direction du ſieur Mondonville
, Maître de Muſique de la Chapelle.
FEVRIER. 1757 . 221
i
1
に
1
2
LeRoi a fait remettre cent mille écus aux Curés
de Paris , pour être diſtribués aux pauvres de leur
Paroiſſes .
La nuit du 17 au 18 Janvier , le ſcélérat ,
qui a oſé attenter à la vie du Roi , fut amené
de Verſailles à Paris. Il a été mis à la Conciergerie
dans la Tour de Montgommery. Cet afſaſſin
a été eſcorté par des Sergens & des Grenadiers
des Gardes Françoiſes , la bayonnette au
bout du fufil , leurs Officiers à cheval , ainſi que
par les Gardes de la Prevôté de l'Hôtel. Il étoit
dans une gondole accompagné d'un Lieutenant ,
d'un Exempt, de deux Gardes&du Chirurgien
de la Prevôté. La gondole étoit ſuivie de deux
caroſſes , dans l'un deſquels étoit un priſonnier
avec deux Gardes.
Pendant le cours de l'année derniere , il eſt
mort à Paris dix- sept mille deux cens trente - fix
perſonnes : il s'y eſt fait quatre mille ſept cens
dix mariages , & vingt mille fix baptêmes : le
nombre des enfans trouvés a été de quatre mille
ſept cens vingt-deux.
On mande de Calais , que les Capitaines Canon
& Bachelier , qui commandent les Corſaires
le Prince de Soubize & le Saint- Louis , de Dunkerque
, ont pris & ont conduit dans ce premier
Port les Navires Anglois le Château d'Edimbourg
, de 160 tonneaux , chargé d'huile , & le
Guillaume , de 100 tonneaux , dont la cargaiſon
eſt compoſée d'oranges , de citrons , de limons
&de raiſins.
Les mêmes Corſaires ont pris , & ont fait comduire
à Fécamp un troiſieme Navire Anglois appellé
le Nansey & Betty , de 150 tonneaux
chargé de farines , de ſucre , de tabac , de draps
&d'autres marchandises.
Kij
222 MERCURE DE FRANCE.
Le Navire Anglois la Concorde , de 250 tonneaux;
chargé de tabac &de fer , a été pris par
leCorfaire le Poftillon , de Morlaix , qui l'a fait
conduire à Cherbourg.
,
Il eſt arrivé à Saint-Valleryen Caux un Senaw
'Anglois , d'environ 100 tonneaux qui a été
pris par le Corfaire le Sainte-Barbe , de Morlaix
, & qui eft chargé de tabac , de brai & de
goudron.
Le Corfaire leMachault, deGranville , commandé
par le Capitaine Magnonnet , y a fait conduire
le Navire Anglois le London , de Poole ,
de 130 tonneaux , chargé de vin , de ſel , d'orange&
de citrons , dont ils'eſt emparé.
On écrit de Morlaix , que le Corfaire la Cigale
, de Saint-Malo , ya fait conduire les NaviresAnglois
le Luk , de 180 tonneaux , chargé de
tabac & de fer , & le Rodalan , de 120 tonneaux ,
chargé de diverſes marchandises .
Le Navire Anglois le Neptune , de Boſton ,
chargé de quatorze cens quintaux de morue , a
été pris par le Capitaine Laurent Hirigoyen ,
commandant leCorſaire le Saint-Jean-Baptiste ,
deBayonne.
Un autre BâtimentAnglois appellé le Friendfip
, de 60 tonneaux , chargé de faumon , ayant
été jetté par le mauvais temps ſur la Barre de
Bayonne , a été conduit en ce Port par le nommé
Sallenave , Pilote Lamaneur.
Le Corfaire l'Aimable Dauphin , de Saint-
Jean- de- Luz , s'eſt emparé d'un Navire Anglois
qui est arrivé au Paſſage , &dont la cargaiſon eſt
compoſée de 180 boucauts de tabac.
On apprend par des lettres écrites de la Ciotat
, qu'il y est arrivé un Navire Anglois , qui
avec la cargaiſon eſt eſtimé environ trois cens
FEVRIER. 1757 . 223
1
mille livres , & qui a été pris par le Corſaire le
Fleuron , de Marseille , dont eſt Capitaine Jean-
André Arnoux.
On apprend par des lettres écrites de Saint-
Malo , que le Corfaire la Vengeance , de ce Port ,
y eſt rentré avec le Navire le Grand Alexandre,
de Nantes , de 350 tonneaux , armé de 14
canons , chargé de ſucre , de café, de coton &
d'indigo , qu'il a enlevé au Corſaire Anglois le
Terrible , de Londres , de 24 canons & de 202
hommes d'équipage , dont il s'eſt auffi rendu
maître , & qui a été conduit à Morlaix. Le ſieur
Bourdas , Capitaine de la Vengeance, ayant été
tuédès lecommencement du combat, le commandement
eſt échu au ſieur de Breville , qui , par
fa bravoure & fa belle manoeuvre , a mis ces
deux bâtimens dans l'impoſſibilité de lui échapper.
On mande de Marseille , que le Capitaine
Pierre-Antoine Martiche , qui commande le Corfaire
le Grand Alexandre , de ce Port, y a conduit
un Navire , dont le Capitaine a déclaré que
le chargement , qui eſt eſtimé plus de quinze
cens mille livres, appartient aux Anglois.
Le 20 Janvier , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à quinze cens deux livres , dix
fols: les Billets de la premiere Loterie Royal , à
neuf cens ſoixante ; ceux de la troiſieme Loterie
àfix cens quatre-vingts. Ceux de la ſeconde Lote
rie n'avoient point de prix fixe.
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Résumé : « Dans les premiers momens de trouble & la consternation générale qu'a causé le danger [...] »
En janvier 1757, un attentat fut perpétré contre le Roi alors qu'il se trouvait à Versailles pour voir Madame Victoire. Le Roi fut blessé près du Dauphin. Malgré la gravité de la situation, il monta à son appartement, demanda les derniers sacrements et consola sa famille. La nouvelle de l'attentat se répandit rapidement, provoquant une grande consternation à la cour et à Paris. Le Roi, bien que blessé, se montra ferme et résigné, s'occupant du bien-être de ses peuples. La blessure, bien que superficielle, fut rapidement soignée. Le Roi reprit ses activités, recevant des députés et des dignitaires, et nomma plusieurs officiers à l'Ordre de Saint-Louis. La famille royale et la nation exprimèrent leur soulagement et leur joie par des actions de grâce. L'assassin fut arrêté et incarcéré. Parallèlement, diverses activités administratives et militaires furent menées, telles que des nominations et des prises de navires anglais par des corsaires français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12491
p. 65
ENIGME.
Début :
AVEC les Rois je prends naissance ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
E N I G M E.
A v E c les Rois je prends naiſſance ;
Ils ont beſoin de moi, je ne ſuis rien ſans eux ;
Je ſers à leur grandeur, j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux,
Je ſuis partout d'une même nature ;
Te ſuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure,
Selon la mode du Pays.
Quoique je ſois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs,
Je ſuis ſoumis dedans l'Egliſe
Aux Abbés, Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds, plus j'en tire avan
tage,
Plus c'eſt ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrages
Je fais ſa gloire & ſa grandeur.
A v E c les Rois je prends naiſſance ;
Ils ont beſoin de moi, je ne ſuis rien ſans eux ;
Je ſers à leur grandeur, j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux,
Je ſuis partout d'une même nature ;
Te ſuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure,
Selon la mode du Pays.
Quoique je ſois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs,
Je ſuis ſoumis dedans l'Egliſe
Aux Abbés, Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds, plus j'en tire avan
tage,
Plus c'eſt ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrages
Je fais ſa gloire & ſa grandeur.
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12492
p. 65-66
AUTRE.
Début :
LES Enfers & les Mers, la Terre [...]
Mots clefs :
Logogriphe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E.
L E s Enfers & les Mers, la Terre
Et ſes ambitieux Enfans,
-
L'humide ſéjour du Tonnèrre,
• Les Cieux & leurs ſaints habitans,
66 MERCURE DE FRANCE.
Tout, juſqu'à notre commun père,
Oui, juſqu'à Dieu, mon cher Lecteur,
Tout eſt ſoumis à ma puiſſance.
Tremble : mon empire eſt immenſe :
J'unis la joie & la douleur...
Si pourtant quelquefois je vole,
Ce que je rends fidélement,
C'eſt pour prolonger d'un moment,.
Une exiſtence très-frivole,
Oubliée auſſi promptement
Que le ſon léger qui s'envole.
Au ſurplus, connois-moi donc mieux ,
Lecteur; mon nom eſt ſous tes yeux.
C. D. V. C. D. N.
L E s Enfers & les Mers, la Terre
Et ſes ambitieux Enfans,
-
L'humide ſéjour du Tonnèrre,
• Les Cieux & leurs ſaints habitans,
66 MERCURE DE FRANCE.
Tout, juſqu'à notre commun père,
Oui, juſqu'à Dieu, mon cher Lecteur,
Tout eſt ſoumis à ma puiſſance.
Tremble : mon empire eſt immenſe :
J'unis la joie & la douleur...
Si pourtant quelquefois je vole,
Ce que je rends fidélement,
C'eſt pour prolonger d'un moment,.
Une exiſtence très-frivole,
Oubliée auſſi promptement
Que le ſon léger qui s'envole.
Au ſurplus, connois-moi donc mieux ,
Lecteur; mon nom eſt ſous tes yeux.
C. D. V. C. D. N.
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12493
p. 187-191
Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Début :
Si tout écrivain est obligé de prendre la vérité pour guide, nul ne contracte [...]
Mots clefs :
Vérité, Médecin, Observation, Observateur, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Réflexions fur la fixiéme obfervation que le
fieur Darluc , Médecin de Callian , a
fait inférer dans le premier volume du
Mercure de Juin.
Sla
vérité
I tout écrivain eft obligé de prendre
la vérité pour guide , nul ne contracte
plus étroitement cette obligation que celui
qui écrit pour l'inftruction du public , &
pour le bien de la fociété . Plus on eft louable
par le motif que l'on fe propofe , plus
on eft blamable quand on s'écarte des bornes
de la vérité .
J'avoue qu'en lifant les obfervations
que M. Darluc , Médcin de Callian , a fait
inférer dans le Mercure du mois de Juin $
je fus fort édifié du zéle qui l'animoit , &
des fentimens qu'il y étaloit fous l'enveloppe
de la modeftie ; mais en jettant les
yeux fur la fixiéme obfervation , j'eus
beaucoup à rabattre de cette premiere idée.
Elle roule fur un fait dont j'ai été témoin ,
que M. Darluc a accommodé à fa guife
pour en faire une obfervation qui augmentât
le nombre des autres , & leur donnât
du poids.
&
L'Obfervateur devoit plus de juftice
1
188 MERCURE DE FRANCE.
à ·la vérité qu'il a fardée avec art , & à moi
qu'il a déprimé avec une habileté maligne.
L'honneur m'engage à rendre compte aú
public de ma conduite pour me juftifier à
fes yeux , & l'amour de la vérité veut que
j'expoſe ingénuement le fait , afin que ce
même public réduife l'obſervation à fa
jufte valeur.
Ce fut au mois de Septembre 1754 ,
que je fus appellé pour traiter la fille du Sr
Ferran , Aubergifte de la ville de Graffe ,
mordue par un chien au métacarpe gauche.
Cette morfure étoit fort légere , quoiqu'en
dife l'obfervateur , elle n'intéreffoit
que la peau.
Cependant , comme en pareil cas rien
n'eſt à négliger , & que tout peut tirer à
conféquence , je traitai cette maladie avec
toute la précaution poffible. Mon premier
foin fut de faire des fcarifications , & une
ligature au-deffus du poignet , & je laiſſai
faigner la partie plus de tems même que ne
demandoit l'état de la maladie. Je lavai la
main avec une eau thériacale , j'appliquai
enfuite fur la plaie , partie égale de thériaque
& d'huile de fcorpion. Quelque
tems après j'employai pendant huit à dix
jours un doux fuppuratif , qui n'empêcha
pourtant pas la playe de fe confolider. En
me fervant de ces topiques , je ne manquai
SEPTEMBRE. 1755 189
point de donner à la malade les antidotes
convénables. Les remédes ainfi adminif
trés , étoient , comme l'on voit , plus que
fuffifans pour remédier à tout inconvé
nient , fuppofé même que la maladie n'eût
pas été équivoque.
On peut fe perfuader aifément que M.
Darluc , appellé fur cette entrefaite , ne
pouvoit manquer d'avoir beau jeu . Il fut
préfenté au fieur Ferran par fon maître de
Mufique , comme un renommé guériffeur
de la rage. Le Chirurgien ne fut point
appellé , ce qui affurement n'eft pas une
preuve de la prudence du Médecin ;
auffi n'agit- il que par maniere d'acquit.
Je ne fçais comment il ofe avancer que la
cicatrice de la plaie étoit fort douloureuſe ;
puifque de l'aveu de tous les parens , la
malade n'y a jamais reffenti la moindre
douleur : convenons auffi que fes remédes
euſſent éte bien infuffifans , fi la perfonne
eût été réellement hydrophobique.
1°. La pommade mercurielle étoit en
trop petite quantité pour produire l'effet
qu'on s'en promettoit . Il eft certain que
dans quinze jours le virus devoit avoir
fait bien des progrès , & avoir impreigné
toute la maffe des humeurs , par conféquent
fuffiroit- il de faire quelques légeres
frictions fur la partie offenſée ?
190 MERCURE DE FRANCE.
2º . Les frictions furent faites par la
mere de la fille ; rare prudence de la part
du Médecin , de confier à une femme cette
opération délicate , & d'où il fait dépendre
la guérifon de la maladie !
3 °. La malade ne fut affujettie à aucune
eſpèce de régime.
Le turbith minéral , dont l'obfervateur
faifoit un fecret de l'air , n'a du tout point
été pris par la fille , fes parens ayant affez
de lumiere pour comprendre l'inutilité &
le danger de ce remède donné à un âge
fi tendre ( environ quatre ans. )
Au furplus M. Darluc auroit dû , avant
que d'employer fon prétendu fpécifique ,
prendre les informations néceffaires , il
auroit appris que le même chien , qu'il dit
vraisemblablement enragé , ne l'étoit vraifemblablement
pas ; puifqu'il en avoit
mordu bien d'autres qui ne le furent jamais
: D'ailleurs , m'étant enquis avec ſoin
de tout ce qu'avoit fait ce chien , je n'ai
pas pû tirer la moindre induction qu'il
fut attaqué de la rage.
Voilà en abrégé l'hiftoire véritable de
tout ce qui s'eft paffé au fujet de cette prétendue
maladie . J'ai crû que la justice &
la vérité exigeoient de moi cet élairciffement.
Je n'ai pas prétendu par - là nuire à
la réputation de M. Darluc , qui peut être
SEPTEMBRE. 1755. 191
d'ailleurs un homme très- eftimable . Je ne
voudrois pas même que l'on mît fes autres
obfervations en parallele avec celle - ci ,
je voudrois feulement , je ne m'en cache
point , le rendre plus exact obfervateur &
plus équitable juge.
Crefp , Doyen des Maîtres
en Chirurgie.
A Graffe , ce 5 Juillet 1755 .
fieur Darluc , Médecin de Callian , a
fait inférer dans le premier volume du
Mercure de Juin.
Sla
vérité
I tout écrivain eft obligé de prendre
la vérité pour guide , nul ne contracte
plus étroitement cette obligation que celui
qui écrit pour l'inftruction du public , &
pour le bien de la fociété . Plus on eft louable
par le motif que l'on fe propofe , plus
on eft blamable quand on s'écarte des bornes
de la vérité .
J'avoue qu'en lifant les obfervations
que M. Darluc , Médcin de Callian , a fait
inférer dans le Mercure du mois de Juin $
je fus fort édifié du zéle qui l'animoit , &
des fentimens qu'il y étaloit fous l'enveloppe
de la modeftie ; mais en jettant les
yeux fur la fixiéme obfervation , j'eus
beaucoup à rabattre de cette premiere idée.
Elle roule fur un fait dont j'ai été témoin ,
que M. Darluc a accommodé à fa guife
pour en faire une obfervation qui augmentât
le nombre des autres , & leur donnât
du poids.
&
L'Obfervateur devoit plus de juftice
1
188 MERCURE DE FRANCE.
à ·la vérité qu'il a fardée avec art , & à moi
qu'il a déprimé avec une habileté maligne.
L'honneur m'engage à rendre compte aú
public de ma conduite pour me juftifier à
fes yeux , & l'amour de la vérité veut que
j'expoſe ingénuement le fait , afin que ce
même public réduife l'obſervation à fa
jufte valeur.
Ce fut au mois de Septembre 1754 ,
que je fus appellé pour traiter la fille du Sr
Ferran , Aubergifte de la ville de Graffe ,
mordue par un chien au métacarpe gauche.
Cette morfure étoit fort légere , quoiqu'en
dife l'obfervateur , elle n'intéreffoit
que la peau.
Cependant , comme en pareil cas rien
n'eſt à négliger , & que tout peut tirer à
conféquence , je traitai cette maladie avec
toute la précaution poffible. Mon premier
foin fut de faire des fcarifications , & une
ligature au-deffus du poignet , & je laiſſai
faigner la partie plus de tems même que ne
demandoit l'état de la maladie. Je lavai la
main avec une eau thériacale , j'appliquai
enfuite fur la plaie , partie égale de thériaque
& d'huile de fcorpion. Quelque
tems après j'employai pendant huit à dix
jours un doux fuppuratif , qui n'empêcha
pourtant pas la playe de fe confolider. En
me fervant de ces topiques , je ne manquai
SEPTEMBRE. 1755 189
point de donner à la malade les antidotes
convénables. Les remédes ainfi adminif
trés , étoient , comme l'on voit , plus que
fuffifans pour remédier à tout inconvé
nient , fuppofé même que la maladie n'eût
pas été équivoque.
On peut fe perfuader aifément que M.
Darluc , appellé fur cette entrefaite , ne
pouvoit manquer d'avoir beau jeu . Il fut
préfenté au fieur Ferran par fon maître de
Mufique , comme un renommé guériffeur
de la rage. Le Chirurgien ne fut point
appellé , ce qui affurement n'eft pas une
preuve de la prudence du Médecin ;
auffi n'agit- il que par maniere d'acquit.
Je ne fçais comment il ofe avancer que la
cicatrice de la plaie étoit fort douloureuſe ;
puifque de l'aveu de tous les parens , la
malade n'y a jamais reffenti la moindre
douleur : convenons auffi que fes remédes
euſſent éte bien infuffifans , fi la perfonne
eût été réellement hydrophobique.
1°. La pommade mercurielle étoit en
trop petite quantité pour produire l'effet
qu'on s'en promettoit . Il eft certain que
dans quinze jours le virus devoit avoir
fait bien des progrès , & avoir impreigné
toute la maffe des humeurs , par conféquent
fuffiroit- il de faire quelques légeres
frictions fur la partie offenſée ?
190 MERCURE DE FRANCE.
2º . Les frictions furent faites par la
mere de la fille ; rare prudence de la part
du Médecin , de confier à une femme cette
opération délicate , & d'où il fait dépendre
la guérifon de la maladie !
3 °. La malade ne fut affujettie à aucune
eſpèce de régime.
Le turbith minéral , dont l'obfervateur
faifoit un fecret de l'air , n'a du tout point
été pris par la fille , fes parens ayant affez
de lumiere pour comprendre l'inutilité &
le danger de ce remède donné à un âge
fi tendre ( environ quatre ans. )
Au furplus M. Darluc auroit dû , avant
que d'employer fon prétendu fpécifique ,
prendre les informations néceffaires , il
auroit appris que le même chien , qu'il dit
vraisemblablement enragé , ne l'étoit vraifemblablement
pas ; puifqu'il en avoit
mordu bien d'autres qui ne le furent jamais
: D'ailleurs , m'étant enquis avec ſoin
de tout ce qu'avoit fait ce chien , je n'ai
pas pû tirer la moindre induction qu'il
fut attaqué de la rage.
Voilà en abrégé l'hiftoire véritable de
tout ce qui s'eft paffé au fujet de cette prétendue
maladie . J'ai crû que la justice &
la vérité exigeoient de moi cet élairciffement.
Je n'ai pas prétendu par - là nuire à
la réputation de M. Darluc , qui peut être
SEPTEMBRE. 1755. 191
d'ailleurs un homme très- eftimable . Je ne
voudrois pas même que l'on mît fes autres
obfervations en parallele avec celle - ci ,
je voudrois feulement , je ne m'en cache
point , le rendre plus exact obfervateur &
plus équitable juge.
Crefp , Doyen des Maîtres
en Chirurgie.
A Graffe , ce 5 Juillet 1755 .
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Résumé : Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Le texte est une réfutation d'une observation médicale publiée par le médecin Darluc dans le Mercure de Juin. L'auteur, un chirurgien de Graffe, critique la cinquième observation de Darluc, qui concerne le traitement d'une fille mordue par un chien. L'auteur affirme avoir été témoin des faits et conteste la version de Darluc, qu'il juge inexacte et malveillante. Il décrit son propre traitement de la morsure, qui était légère et n'affectait que la peau. Il a utilisé des scarifications, une ligature, des lavages avec une eau thériacale, et des applications de thériaque et d'huile de scorpion, ainsi que des antidotes appropriés. Darluc, appelé plus tard, a utilisé des remèdes insuffisants et n'a pas suivi les précautions nécessaires. L'auteur souligne que le chien n'était probablement pas enragé, car il avait mordu d'autres personnes sans les rendre malades. Il conclut en affirmant que la justice et la vérité l'ont poussé à clarifier les faits, sans intention de nuire à la réputation de Darluc, mais pour encourager une observation plus exacte et équitable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12494
p. 39-50
LES TROIS AMIES ET LES TROIS FRERES, CONTE MORAL.
Début :
LUCIE, Aglaé & Zulmis s'aimoient dès leur plus tendre enfance ; leurs parens [...]
Mots clefs :
Amies, Confrères, Jour, Amant, Confidences, Nature, Envie de plaire, Jalousie
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texteReconnaissance textuelle : LES TROIS AMIES ET LES TROIS FRERES, CONTE MORAL.
LES TROIS AMIES
ET LES TROIS FRERES ,
CONTE MORAL.
LUCIE , Aglaé & Zulmis s'aimoient
dès leur plus tendre enfance ; leurs pa-
*ens étoient voifins & amis tout enfem→
ble ; elles avoient reçu la même éducation
dans le même Couvent. Depuis
qu'elles en étoient forties elles n'avoient
pas paffé un jour fans fe voir & fe renouveller
les affurances de l'attachement
le plus tendre. A mefure qu'elles
avançoient en âge , la Raifon perfectionnoit
l'ouvrage de l'instinct & reffer
40 MERCURE DE FRANCE.
V
roit les liens de la fympathie qui les
uniffoient. Des careffes touchantes , des
jeux innocens , des confidences mutuelles
ne permettoient pas à l'ennui de
troubler la férénité de leurs beaux jours.
Tous leurs momens étoient remplis.
Tantôt elles s'occupoient à former des
pas avoués par les Grâces , tantôt elles
exerçoient leur voix , en corrigeoient
les défauts & en faifoient valoir les agrémens.
Ignorant l'envie , elles pouffoient
le défintéreffement jufqu'à fe parer de
tout ce qui pouvoit relever l'éclat de
leur beauté mutuelle . Toutes les trois
entroient dans leur quinziéme année ; &
leur amitié fembloit devoir durer toujours
, lorfque Damis , Arifte & Timur
s'offrirent àleurs yeux.
s'éte Ils étoient frères. Leurs parens
toient appliqués à développer le germe
du fentiment que la Nature avoit placé
dans leurs coeurs , & jufqu'à ce jour
rien n'avoit pu altérer l'affection qui y
étoit née . Dans cet âge où il fuffit de
voir un objet aimable pour aimer , Damis
fe déclara pour Lucie , Arifte pour
Aglaé , & Timur pour Zulmis Ils furent
écoutés , l'amour fe plut à les combler
de fes faveurs pour les rendre pius
fenfibles aux tourmens que ce Dieu
cruel leur préparoit.
SEPTEMBRE. 1763 . 41
L'envie de plaire ne tarda pas à nuire
à l'amitié . On ne confulta plus fon
amie fur le choix d'un ruban ou fur
la façon de placer une aigrette . On ne
donna plus de confeils qui ne fuffent
dictés par la malignité. Zulmis eft brune
, Aglaé l'engage à mettre des mouches.
Lucie , eft blonde , Aglaé & Zulmis
le réuniffent pour l'affurer que le
blanc lui fied à ravir. Elles ne goûtent
plus ce charme paifible que procurent
la confiance & la vertu . Elles ne fe
voyent plus avec ce vif intérêt qui les
enflammoit d'une falutaire émulation.
Leurs oreilles ouvertes aux propos féducteurs
d'un amant ne font plus flattées
de oes difcours ingénus qui ont
fait l'amufement de leur enfance. Elles
diffimulent fans motifs , elles fe craignent
fans raifons. Si Damis laiffe tomber
un coup d'oeil fur Aglaé , Lucie en
pâlit , Arifte en murmure. Cette paffion
baffe & honteuse , que nous décorons
du titre de délicateffe & qui prend fon
origine dans nos idées plutôt que dans
nos fens , la Jaloufie a rompu tous les
noeuds qu'avoit tiffus l'Amitié .
Damis, en qualité d'aîné, devoit prendre
le premier un établiffement . Il ne
négligeoit rien pour faire déclarer Lucie .
42 MERCURE DE FRANCE .
en fa faveur , & fe ménageoit auprès
de fes parens de puiffantes recommandations
pour obtenir d'eux fa main ,
auffitôt qu'elle lui auroit donné fon
coeur. Cependant cette jeune perfonne
ne fe hâtoit pas de prononcer ces mots
qu'un père jaloux de fon autorité interdit
jufqu'au jour du Contrat. Je vous
aime eft une terrible expreffion en effet
! Une fille qui n'en connoît pas encore
toute la fignification ne peut s'empêcher
d'en rougir en s'en fervant. Heu
reux amans , avez-vous pû l'entendre
pour la première fois fans mourir de
plaifir ?
Damis ne l'avoit pas entendue : il
s'imagina qu'Aglaé emploiroit volon
tiers le crédit qu'il lui fuppofoit fur
l'efprit de fon amie , pour l'engager à
lui faire cet aveu fouhaité . Il lui fit vifite
dans ce deffein . Sa mere étoit avec
elle ; Damis n'eut pas de peines à les
gagner l'une & l'autre.Elles lui promirent
tout ce qu'il en exigea. C'étoit l'heure
de l'Opéra elles devoient s'y rendre :
Damis ne put pas fe difpenfer d'offrir
fa main ; elle fut acceptée ; & quoiqu'il
ne fe fouciât pas beaucoup du fpectacle
ce jour-là , il fut obligé d'y aller & d'y
refter par bienséance ..
SEPTEMBRE . 1763. 43
*
Le premier objet qui les frappa en
entrant dans la falle , ce fut Arifte au parterre
. Il n'y refta guères dès qu'il les
eut apperçues. Aglaé lui avoit paru interdite
, & fon frere embarraffé . L'air
dont il les avoit falués en étoit la caufe
; mais il ne croyoit pas avoir manifefté
fi clairement l'agitation de fon
âme & les mouvemvns tumultueux qui
s'y étoient élevés tout-à- coup . Son premier
deffein avoit été d'aller trouver
fa maîtreffe . Son mauvais génie l'arrêta
à la porte de fa loge , & fans s'avouer
à lui- même fes foupçons injurieux , il
fe mit à écouter comme s'il eût eu à
s'éclaircit de quelques complots . Des
termes paffionnés qu'il entendit , & la
chaleur avec laquelle Damis entretenoit.
Aglaé ne lui permirent pas de douter
que fon frere ne fùt devenu fon rival ;
& il ne lui vint pas même dans l'efprit
qu'il lui parloit de l'amour qu'il
reffentoit pour fon amie.
Damis ne s'en tint pas aux affurances
réitérées qu'il avoit reçues d'Aglaé &
de fa mere . Les objets que nous voyons
à travers l'ardeur de nos defirs nous
paroiffent environnés d'obstacles & de
difficultés . Il nous femble que nous n'en
approcherons jamais nous craignons
44 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne nous échappent lorfque nous
en fommes le plus près : Notre imagination
troublée apperçoit des torrens
formidables à franchir , tandis que nous
n'avons que des petits ruiffeaux à paffer.
Damis , toujours inquiet & tremblant
, eut recours à Zulmis & à fon
père , qui avoit un grand crédit fur celui
de Lucie. Il fe rendit chez lui dans
l'inftant que ce père fe préparoit à partir
pour la campagne avec fa fille. C'étoit
un de ces hommes d'un facile accès
, qui ont , comme on dit vulgairement
, le coeur fur les lèvres. Il trouva
Damis , à fon gré , lui propofa de devenir
fon ami à condition de l'accompagner
& de refter avec lui pendant le
peu de jours qu'il devoit paffer hors, de
Paris. J'aurai le tems de vous con-
» noître , lui dit-il , & cela m'eft nécef-
» faire pour me mettre à même de tra
» vailler avec plus de zèle à vos intérêts,
» Cette offre étoit fi preffante &
fi avantageufe que Damis ne balança
pas à l'accepter.
"
Ils montérent en carroffe & prirent
leur route par le Boulevard. Timur s'y
promenoit alors tout occupé de fa chère
Zulmis : il fut étonné & piqué de l'appercevoir
avec Damis dans le fonds de
SEPTEMBRE. 1763. 45
-
par
la voiture. Il courut fur le champ à
l'hôtel du père de Zulmis , où un portier
bavard acheva d'aigrir fa douleur
des propos qui lui donnerent matiére à
foupçonner que fon frère étoit fecrétement
fon rival. Timur étoit malheureuſement
né jaloux. Le crime de fon
frère & l'infidélité de Zulmis fe trouverent
dès cet inftant réalisés dans fon
coeur.
Ce même portier dont l'imbécile bavardage
fut bien payé, fe chargea de faire remettre
à Zulmis une lettre que Timur
écrivit fur le champ . Juftement offenſée
de l'aigreur du ftyle & des reproches
qu'elle ne méritoit pas , elle prit de tous
les partis le plus cruel pour un amant ;
celui du filence.Les doutes de Timur font
alors changés en certitude ; une haine
violente fuccéde chez lui à l'amour le
plus tendre. Ce changement étoit trop
prompt pour être véritable : tout autre
que lui s'en feroit méfié. Un coeur qui
n'aime plus n'eft pas fufceptible de haine;
il ne connoît que l'indifférence ou le
mépris. Cependant abufé par un fentiment
momentané & trompeur , il fe
perfuada qu'il pourroit oublier Zulmis;
il fit plus , il fe crut capable d'en aimer
une autre. Lucie avoit des attraits ; elle
46 MERCURE DE FRANCE .
)
étoit la dupe d'un amant volage ; fa fituation
telle qu'il fe la figuroit , reffembloit
parfaitement à la fienne. Il étoi
à préfumer que rapprochés par le malheur
, ils fentiroient tous deux le befoin
de s'aimer. Ce fut donc à Lucie qu'il
adreffa fes voeux , & il ne tint qu'à elle
en les couronnant, de fe priver & Timur
auffi ,des douceurs qu'ils avoient eſpérées
dans un autre établiffement. Cet amant
ne fût pas affligé des refus conftans qu'il
éffuya 11 reconnut le véritable état de
fon coeur. Les fureurs de la jaloufie s'agitérent
plus violemment que jamais ; il
brûloit de la foif de la vengeance ; & dans
l'excès de fon emportement il méditoit
les plus fanglans projets contre la vie
d'un frère qu'il auroit rachetée autrefois
par le facrifice de la fienne .
Arifte n'étoit pas dans une fituation
plus tranquille. Quoiqu'il n'eût d'autres
preuves de l'infidélité de fa maîtreffe que
ce qu'il avoit entendu à la Comédie , fon
coeur en étoit mortellement bleffé . Le caractere
d'Arifte reffembloit beaucoup à
celui de Timur: ils n'avoient pour ainfi
dire , que la même façon de voir & de
fentir; dans une circonftance femblable.il
fe comporta comme lui . Guidé par le dépit
, il fut quelques jours fans voir Aglaé,
SEPTEMBRE . 1763 . 47
en revanche il voyoit affidûment Lucie
& mettoit en ufage , tout ce qui pouvoit
lui faire oublier Damis , qu'il lui repréfentoit
fous des couleurs odieufes.Enfinaprès
avoir joué auprès d'elle un rôle qui les ennuyoit
beaucoup l'un & l'autre , il reparut
chez Aglaée ; mais la fierté de cette
jeune perfonne foutenue par fon innocence
, lui fit rejetter les marques de fon
amour & de fon repentir , & l'obligea
de lui défendre fa préfence. Cet ordre
loin de la juftifier , la rendit plus coupable
aux yeux de fon amant ; le malheu
reux Arifte , fentit renaître toute fa fureur
, & ne defira plus que l'inftant où
fon frère pouvoit en reffentir les effets.
Damis , loin de prévoir tout ce qui fe
paffoit à Paris pendant fon abfence , travailloit
à fon bonheur fans négliger celui
de fes frères. Il ne fe laffoit pas d'en dire
du bien au père de Zulmis , & méritoit
toute leur reconnoiffance , tandis qu'ils
n'étoient occupés que du deffein de lui
ôter la vie. Le jour même de fon arrivée
il reçut trois lettres . La premiere étoit
de Lucie , en voici le contenu.
Je vous avois crûl aſſez honnête- homme ,
Monfieur , pour ne pas employer le langage
des proteftations & des fermens pour
mepeindre un amour que vous ne reffenti48
MERCURE DE FRANCE.
tes jamais. Soyez heureux , fi vous pou
vez l'être , auprès de la nouvelle conquête
que vous avezfaite fur unfrère. Cet exploit
eft digne de vous. Le fort de votre
famille eft de chercher à me tromper. Ariſte
& Timur n'ont rien négligé pour vous
chaffer de mon coeur , comme fi on avoit befoin
d'un fecours , étranger pour oublier.
les traîtres & les parjures. Adieu
Monfieur , ne me revoyez plus , car je ne
pourroisfuporterfans horreur la vue d'un
homme tel que vous.
Il eft aifé de juger de l'effet que fit
cette Lettre fur l'efprit de Damis. La lecture
des deux autres redoubla fa ſurpriſe
& fa douleur. L'une étoit d'Arifte , il y
trouva ces mots,
Je ne vivois que pour Aglaé. Aglaé
étoit le feul bien que jeuffe au monde.
On me l'enlève par la plus noire des perfidies.
Nepenfes pas,lâche raviffeur , trouver
l'impunité dans les droits du fang;
tu les reclamerois en vain ! indique- moi
pour ce foir le lieu & l'heure où je pourrois
te rencontrer. Songe à défendre ta vie : la
fortune fe laffe quelquefois de protéger
les fcélérats.
Timur étoit l'Auteur de la troifiéme
letres: elle étoit conçue en ces termes.
Monfrère , ilfaut nous couperla gorge;
Yous
SEPTEMBRE. 1763 . 49
du
vous êtes maître du choix des armes ,
lieu & de l'heure , pourvu que ce foit dans
la journée.
Vous m'avezravi ma maîtreſſe ; il ne
yous reste plus qu'à me priver du jour.
Damis , dans les réponfes qu'il fit à
ces deux dernières Lettres , marqua à fes
frères le même lieu & la même heure
pour le rendez -vous qu'ils demandoient.
Vous m'accufez , leur dit- il , dès qu'il
les eut appperçus , de vous avoir enlevé
le coeur de vos maîtreffes ; il m'eft plus
aifé de me juftifier fur cet article que
vous fur les tentatives que vous avez
faites pour me rendre odieux à Lucie
& pour vous en faire aimer. Jamais on
ne s'eft trouvé dans une fituation auffi
étrange que la mienne. Pendant que je
m'occupe de leur bonheur mes frères
me trahiffent. Arifte m'impute le même
crime que Timur. Dans l'efpace de huit
jours j'aurai quitté une maîtreffe que j'idolâtre
, j'aurai féduit tour-à- tour Aglaé
& Zulmis ; je me ſerai fait un jeu cruel
de tromper trois perfonnes à la fois.
Mais accordez-vous vous- mêmes , ingrats
que vous êtes. Quel a pû être mon
but ? Suis-je charmé de ces trois perfonnes
? Puis- je eſpérer de les rendre fenfibles
& de conferver leur tendreffe ?
C
So MERCURE DE FRANCE.
Hélas ! je ne brûle que pour Lucie. Sans
vous elle répondroit à mon amour. Eftil
poffible que la jaloufie vous ait aveuglé
jufqu'au point de méconnoître les
loix facrées de la Nature & les régles de
la Raifon ! Que ne doit- on pas redouter
d'une paffion qui porte au crime des
coeurs tels que les nôtres ?
Damis, en parlant ainfi , tenoit Arifte &
Timur étroitement embraffés. Ils commençoient
à connoître toute l'étendue
de leurs torts. Leurs larmes couloient en
abondance. Damis en fut touché. Ils
furent tous trois chez Lucie , & n'eurent
pas de peine à la convaincre de la conftance
de fon Amant. Sa famille prévenue
en faveur de Damis , ne le laiffa pas
danguir dans l'attente de l'hyménée. Les
trois frères & les trois amies s'unirent par
des noeuds indiffolubles. Ils vivent heureux
, & ne penfent qu'en frémiffant ,
qu'ils ont été à la veille , par leur imprudente
jaloufie , d'être féparés & malheu
reux à jamais.
Par M. de C *** à Lyon.
ET LES TROIS FRERES ,
CONTE MORAL.
LUCIE , Aglaé & Zulmis s'aimoient
dès leur plus tendre enfance ; leurs pa-
*ens étoient voifins & amis tout enfem→
ble ; elles avoient reçu la même éducation
dans le même Couvent. Depuis
qu'elles en étoient forties elles n'avoient
pas paffé un jour fans fe voir & fe renouveller
les affurances de l'attachement
le plus tendre. A mefure qu'elles
avançoient en âge , la Raifon perfectionnoit
l'ouvrage de l'instinct & reffer
40 MERCURE DE FRANCE.
V
roit les liens de la fympathie qui les
uniffoient. Des careffes touchantes , des
jeux innocens , des confidences mutuelles
ne permettoient pas à l'ennui de
troubler la férénité de leurs beaux jours.
Tous leurs momens étoient remplis.
Tantôt elles s'occupoient à former des
pas avoués par les Grâces , tantôt elles
exerçoient leur voix , en corrigeoient
les défauts & en faifoient valoir les agrémens.
Ignorant l'envie , elles pouffoient
le défintéreffement jufqu'à fe parer de
tout ce qui pouvoit relever l'éclat de
leur beauté mutuelle . Toutes les trois
entroient dans leur quinziéme année ; &
leur amitié fembloit devoir durer toujours
, lorfque Damis , Arifte & Timur
s'offrirent àleurs yeux.
s'éte Ils étoient frères. Leurs parens
toient appliqués à développer le germe
du fentiment que la Nature avoit placé
dans leurs coeurs , & jufqu'à ce jour
rien n'avoit pu altérer l'affection qui y
étoit née . Dans cet âge où il fuffit de
voir un objet aimable pour aimer , Damis
fe déclara pour Lucie , Arifte pour
Aglaé , & Timur pour Zulmis Ils furent
écoutés , l'amour fe plut à les combler
de fes faveurs pour les rendre pius
fenfibles aux tourmens que ce Dieu
cruel leur préparoit.
SEPTEMBRE. 1763 . 41
L'envie de plaire ne tarda pas à nuire
à l'amitié . On ne confulta plus fon
amie fur le choix d'un ruban ou fur
la façon de placer une aigrette . On ne
donna plus de confeils qui ne fuffent
dictés par la malignité. Zulmis eft brune
, Aglaé l'engage à mettre des mouches.
Lucie , eft blonde , Aglaé & Zulmis
le réuniffent pour l'affurer que le
blanc lui fied à ravir. Elles ne goûtent
plus ce charme paifible que procurent
la confiance & la vertu . Elles ne fe
voyent plus avec ce vif intérêt qui les
enflammoit d'une falutaire émulation.
Leurs oreilles ouvertes aux propos féducteurs
d'un amant ne font plus flattées
de oes difcours ingénus qui ont
fait l'amufement de leur enfance. Elles
diffimulent fans motifs , elles fe craignent
fans raifons. Si Damis laiffe tomber
un coup d'oeil fur Aglaé , Lucie en
pâlit , Arifte en murmure. Cette paffion
baffe & honteuse , que nous décorons
du titre de délicateffe & qui prend fon
origine dans nos idées plutôt que dans
nos fens , la Jaloufie a rompu tous les
noeuds qu'avoit tiffus l'Amitié .
Damis, en qualité d'aîné, devoit prendre
le premier un établiffement . Il ne
négligeoit rien pour faire déclarer Lucie .
42 MERCURE DE FRANCE .
en fa faveur , & fe ménageoit auprès
de fes parens de puiffantes recommandations
pour obtenir d'eux fa main ,
auffitôt qu'elle lui auroit donné fon
coeur. Cependant cette jeune perfonne
ne fe hâtoit pas de prononcer ces mots
qu'un père jaloux de fon autorité interdit
jufqu'au jour du Contrat. Je vous
aime eft une terrible expreffion en effet
! Une fille qui n'en connoît pas encore
toute la fignification ne peut s'empêcher
d'en rougir en s'en fervant. Heu
reux amans , avez-vous pû l'entendre
pour la première fois fans mourir de
plaifir ?
Damis ne l'avoit pas entendue : il
s'imagina qu'Aglaé emploiroit volon
tiers le crédit qu'il lui fuppofoit fur
l'efprit de fon amie , pour l'engager à
lui faire cet aveu fouhaité . Il lui fit vifite
dans ce deffein . Sa mere étoit avec
elle ; Damis n'eut pas de peines à les
gagner l'une & l'autre.Elles lui promirent
tout ce qu'il en exigea. C'étoit l'heure
de l'Opéra elles devoient s'y rendre :
Damis ne put pas fe difpenfer d'offrir
fa main ; elle fut acceptée ; & quoiqu'il
ne fe fouciât pas beaucoup du fpectacle
ce jour-là , il fut obligé d'y aller & d'y
refter par bienséance ..
SEPTEMBRE . 1763. 43
*
Le premier objet qui les frappa en
entrant dans la falle , ce fut Arifte au parterre
. Il n'y refta guères dès qu'il les
eut apperçues. Aglaé lui avoit paru interdite
, & fon frere embarraffé . L'air
dont il les avoit falués en étoit la caufe
; mais il ne croyoit pas avoir manifefté
fi clairement l'agitation de fon
âme & les mouvemvns tumultueux qui
s'y étoient élevés tout-à- coup . Son premier
deffein avoit été d'aller trouver
fa maîtreffe . Son mauvais génie l'arrêta
à la porte de fa loge , & fans s'avouer
à lui- même fes foupçons injurieux , il
fe mit à écouter comme s'il eût eu à
s'éclaircit de quelques complots . Des
termes paffionnés qu'il entendit , & la
chaleur avec laquelle Damis entretenoit.
Aglaé ne lui permirent pas de douter
que fon frere ne fùt devenu fon rival ;
& il ne lui vint pas même dans l'efprit
qu'il lui parloit de l'amour qu'il
reffentoit pour fon amie.
Damis ne s'en tint pas aux affurances
réitérées qu'il avoit reçues d'Aglaé &
de fa mere . Les objets que nous voyons
à travers l'ardeur de nos defirs nous
paroiffent environnés d'obstacles & de
difficultés . Il nous femble que nous n'en
approcherons jamais nous craignons
44 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne nous échappent lorfque nous
en fommes le plus près : Notre imagination
troublée apperçoit des torrens
formidables à franchir , tandis que nous
n'avons que des petits ruiffeaux à paffer.
Damis , toujours inquiet & tremblant
, eut recours à Zulmis & à fon
père , qui avoit un grand crédit fur celui
de Lucie. Il fe rendit chez lui dans
l'inftant que ce père fe préparoit à partir
pour la campagne avec fa fille. C'étoit
un de ces hommes d'un facile accès
, qui ont , comme on dit vulgairement
, le coeur fur les lèvres. Il trouva
Damis , à fon gré , lui propofa de devenir
fon ami à condition de l'accompagner
& de refter avec lui pendant le
peu de jours qu'il devoit paffer hors, de
Paris. J'aurai le tems de vous con-
» noître , lui dit-il , & cela m'eft nécef-
» faire pour me mettre à même de tra
» vailler avec plus de zèle à vos intérêts,
» Cette offre étoit fi preffante &
fi avantageufe que Damis ne balança
pas à l'accepter.
"
Ils montérent en carroffe & prirent
leur route par le Boulevard. Timur s'y
promenoit alors tout occupé de fa chère
Zulmis : il fut étonné & piqué de l'appercevoir
avec Damis dans le fonds de
SEPTEMBRE. 1763. 45
-
par
la voiture. Il courut fur le champ à
l'hôtel du père de Zulmis , où un portier
bavard acheva d'aigrir fa douleur
des propos qui lui donnerent matiére à
foupçonner que fon frère étoit fecrétement
fon rival. Timur étoit malheureuſement
né jaloux. Le crime de fon
frère & l'infidélité de Zulmis fe trouverent
dès cet inftant réalisés dans fon
coeur.
Ce même portier dont l'imbécile bavardage
fut bien payé, fe chargea de faire remettre
à Zulmis une lettre que Timur
écrivit fur le champ . Juftement offenſée
de l'aigreur du ftyle & des reproches
qu'elle ne méritoit pas , elle prit de tous
les partis le plus cruel pour un amant ;
celui du filence.Les doutes de Timur font
alors changés en certitude ; une haine
violente fuccéde chez lui à l'amour le
plus tendre. Ce changement étoit trop
prompt pour être véritable : tout autre
que lui s'en feroit méfié. Un coeur qui
n'aime plus n'eft pas fufceptible de haine;
il ne connoît que l'indifférence ou le
mépris. Cependant abufé par un fentiment
momentané & trompeur , il fe
perfuada qu'il pourroit oublier Zulmis;
il fit plus , il fe crut capable d'en aimer
une autre. Lucie avoit des attraits ; elle
46 MERCURE DE FRANCE .
)
étoit la dupe d'un amant volage ; fa fituation
telle qu'il fe la figuroit , reffembloit
parfaitement à la fienne. Il étoi
à préfumer que rapprochés par le malheur
, ils fentiroient tous deux le befoin
de s'aimer. Ce fut donc à Lucie qu'il
adreffa fes voeux , & il ne tint qu'à elle
en les couronnant, de fe priver & Timur
auffi ,des douceurs qu'ils avoient eſpérées
dans un autre établiffement. Cet amant
ne fût pas affligé des refus conftans qu'il
éffuya 11 reconnut le véritable état de
fon coeur. Les fureurs de la jaloufie s'agitérent
plus violemment que jamais ; il
brûloit de la foif de la vengeance ; & dans
l'excès de fon emportement il méditoit
les plus fanglans projets contre la vie
d'un frère qu'il auroit rachetée autrefois
par le facrifice de la fienne .
Arifte n'étoit pas dans une fituation
plus tranquille. Quoiqu'il n'eût d'autres
preuves de l'infidélité de fa maîtreffe que
ce qu'il avoit entendu à la Comédie , fon
coeur en étoit mortellement bleffé . Le caractere
d'Arifte reffembloit beaucoup à
celui de Timur: ils n'avoient pour ainfi
dire , que la même façon de voir & de
fentir; dans une circonftance femblable.il
fe comporta comme lui . Guidé par le dépit
, il fut quelques jours fans voir Aglaé,
SEPTEMBRE . 1763 . 47
en revanche il voyoit affidûment Lucie
& mettoit en ufage , tout ce qui pouvoit
lui faire oublier Damis , qu'il lui repréfentoit
fous des couleurs odieufes.Enfinaprès
avoir joué auprès d'elle un rôle qui les ennuyoit
beaucoup l'un & l'autre , il reparut
chez Aglaée ; mais la fierté de cette
jeune perfonne foutenue par fon innocence
, lui fit rejetter les marques de fon
amour & de fon repentir , & l'obligea
de lui défendre fa préfence. Cet ordre
loin de la juftifier , la rendit plus coupable
aux yeux de fon amant ; le malheu
reux Arifte , fentit renaître toute fa fureur
, & ne defira plus que l'inftant où
fon frère pouvoit en reffentir les effets.
Damis , loin de prévoir tout ce qui fe
paffoit à Paris pendant fon abfence , travailloit
à fon bonheur fans négliger celui
de fes frères. Il ne fe laffoit pas d'en dire
du bien au père de Zulmis , & méritoit
toute leur reconnoiffance , tandis qu'ils
n'étoient occupés que du deffein de lui
ôter la vie. Le jour même de fon arrivée
il reçut trois lettres . La premiere étoit
de Lucie , en voici le contenu.
Je vous avois crûl aſſez honnête- homme ,
Monfieur , pour ne pas employer le langage
des proteftations & des fermens pour
mepeindre un amour que vous ne reffenti48
MERCURE DE FRANCE.
tes jamais. Soyez heureux , fi vous pou
vez l'être , auprès de la nouvelle conquête
que vous avezfaite fur unfrère. Cet exploit
eft digne de vous. Le fort de votre
famille eft de chercher à me tromper. Ariſte
& Timur n'ont rien négligé pour vous
chaffer de mon coeur , comme fi on avoit befoin
d'un fecours , étranger pour oublier.
les traîtres & les parjures. Adieu
Monfieur , ne me revoyez plus , car je ne
pourroisfuporterfans horreur la vue d'un
homme tel que vous.
Il eft aifé de juger de l'effet que fit
cette Lettre fur l'efprit de Damis. La lecture
des deux autres redoubla fa ſurpriſe
& fa douleur. L'une étoit d'Arifte , il y
trouva ces mots,
Je ne vivois que pour Aglaé. Aglaé
étoit le feul bien que jeuffe au monde.
On me l'enlève par la plus noire des perfidies.
Nepenfes pas,lâche raviffeur , trouver
l'impunité dans les droits du fang;
tu les reclamerois en vain ! indique- moi
pour ce foir le lieu & l'heure où je pourrois
te rencontrer. Songe à défendre ta vie : la
fortune fe laffe quelquefois de protéger
les fcélérats.
Timur étoit l'Auteur de la troifiéme
letres: elle étoit conçue en ces termes.
Monfrère , ilfaut nous couperla gorge;
Yous
SEPTEMBRE. 1763 . 49
du
vous êtes maître du choix des armes ,
lieu & de l'heure , pourvu que ce foit dans
la journée.
Vous m'avezravi ma maîtreſſe ; il ne
yous reste plus qu'à me priver du jour.
Damis , dans les réponfes qu'il fit à
ces deux dernières Lettres , marqua à fes
frères le même lieu & la même heure
pour le rendez -vous qu'ils demandoient.
Vous m'accufez , leur dit- il , dès qu'il
les eut appperçus , de vous avoir enlevé
le coeur de vos maîtreffes ; il m'eft plus
aifé de me juftifier fur cet article que
vous fur les tentatives que vous avez
faites pour me rendre odieux à Lucie
& pour vous en faire aimer. Jamais on
ne s'eft trouvé dans une fituation auffi
étrange que la mienne. Pendant que je
m'occupe de leur bonheur mes frères
me trahiffent. Arifte m'impute le même
crime que Timur. Dans l'efpace de huit
jours j'aurai quitté une maîtreffe que j'idolâtre
, j'aurai féduit tour-à- tour Aglaé
& Zulmis ; je me ſerai fait un jeu cruel
de tromper trois perfonnes à la fois.
Mais accordez-vous vous- mêmes , ingrats
que vous êtes. Quel a pû être mon
but ? Suis-je charmé de ces trois perfonnes
? Puis- je eſpérer de les rendre fenfibles
& de conferver leur tendreffe ?
C
So MERCURE DE FRANCE.
Hélas ! je ne brûle que pour Lucie. Sans
vous elle répondroit à mon amour. Eftil
poffible que la jaloufie vous ait aveuglé
jufqu'au point de méconnoître les
loix facrées de la Nature & les régles de
la Raifon ! Que ne doit- on pas redouter
d'une paffion qui porte au crime des
coeurs tels que les nôtres ?
Damis, en parlant ainfi , tenoit Arifte &
Timur étroitement embraffés. Ils commençoient
à connoître toute l'étendue
de leurs torts. Leurs larmes couloient en
abondance. Damis en fut touché. Ils
furent tous trois chez Lucie , & n'eurent
pas de peine à la convaincre de la conftance
de fon Amant. Sa famille prévenue
en faveur de Damis , ne le laiffa pas
danguir dans l'attente de l'hyménée. Les
trois frères & les trois amies s'unirent par
des noeuds indiffolubles. Ils vivent heureux
, & ne penfent qu'en frémiffant ,
qu'ils ont été à la veille , par leur imprudente
jaloufie , d'être féparés & malheu
reux à jamais.
Par M. de C *** à Lyon.
Fermer
12496
p. 216-217
ITALIE.
Début :
Depuis trois semaines on a essuyé dans toute la partie méridionale de [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Milan, Orages violents, Découverte archéologique, Tremblement de terre, Dégâts, Incendie, Guerre Tunis - Alger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
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Résumé : ITALIE.
En décembre 1755, l'Italie méridionale a subi des orages violents, provoquant des dommages dans les campagnes et les villes, ainsi que des naufrages sur les côtes. À Rome, une découverte archéologique a été réalisée près d'Orte, incluant un chandelier et un piédestal en métal. Le pape a ordonné des fouilles supplémentaires. À Milan, un tremblement de terre le 26 décembre a endommagé la bibliothèque Ambrosienne et le Collège de Brève, tandis qu'un incendie a ravagé le quartier de la porte du Tessin. Par ailleurs, un incendie au Grand Caire a détruit plus de six mille maisons, causant une perte estimée à vingt millions. Des combats intenses se poursuivaient entre les régences de Tunis, Alger et Tripoli sur les côtes de Barbarie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12497
p. 66-67
LOGOGRYPHE.
Début :
FILLE de la Nécessité, [...]
Mots clefs :
Charette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
L o c o c R Y P H E.
F, L L E de la Néceſſité,
Je ſuis d'un aſſez grand uſage ;
J'aide l'homme, je le ſoulage ;.
Si ce qu'il faut m'eſt ajouté.
Par plaiſir , qu'on me décompoſe :
O l'étrange métamorphoſe !
· Mon buſte ſoutient un vainqueur ,
Ou tout au moins un Empereur.
Que d'objets j'offre encore ! une Iſle ;
Une ſoeur d'un troupeau ſouvent bien dangereuxs
J U I N. 1764. 67
Qui, par haſard ſecondant un heureux,
De mille mécontens ſouléve, aigrit la bile ;
L'adverbe propre à confirmer un fait ;
D'une profeſſion le noble ſynonyme ;
Ce qui rend l'enfant guilleret ;
Le digne ſalaire d'un crime ;
Un utile animal qui n'eſt chaud à demi,
Sa fémelle, & leur ennemi ;
L'arme de certaine Déeſſe ,
Et ce dont un Friand recherche la fineſſe.
F, L L E de la Néceſſité,
Je ſuis d'un aſſez grand uſage ;
J'aide l'homme, je le ſoulage ;.
Si ce qu'il faut m'eſt ajouté.
Par plaiſir , qu'on me décompoſe :
O l'étrange métamorphoſe !
· Mon buſte ſoutient un vainqueur ,
Ou tout au moins un Empereur.
Que d'objets j'offre encore ! une Iſle ;
Une ſoeur d'un troupeau ſouvent bien dangereuxs
J U I N. 1764. 67
Qui, par haſard ſecondant un heureux,
De mille mécontens ſouléve, aigrit la bile ;
L'adverbe propre à confirmer un fait ;
D'une profeſſion le noble ſynonyme ;
Ce qui rend l'enfant guilleret ;
Le digne ſalaire d'un crime ;
Un utile animal qui n'eſt chaud à demi,
Sa fémelle, & leur ennemi ;
L'arme de certaine Déeſſe ,
Et ce dont un Friand recherche la fineſſe.
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