A M. Chevalier , premier Médecin de fon
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.