L'INVENTION DE LA POUDRE, Poëme divisé en trois Chants , dédié à S. A. S.M. le
Duc du Maine. Rue S. Jacques , chez.
J. F. Josse , 1732. in 8. de 54. pages,
Ce Poëme commence ainsi.
J'entreprends de chanter une Poudre fatale ;
Cruelle invention de la rage infernale ,
Dont les terribles feur à nos ardens souhaits ,
Rendent plus cher encor le regne de la Paix.
Ovous qui tant de fois en faveur de la France , :
Fêtes de cette Pondre éclater la puissance ,
Lorsque du Grand Louis secondant les efforts ,
De l'Escaut er du Rhin vous foudroyież les bords,.
Et bravant des dangers l'impuissante menace ,
D'un Peuple d'Alliez vous confondiez l'audace :
Grand Prince, si marchant sur les pas des Ce
sars ,
La Paix vous rend, comme eux , tout entier aux
Beaux Arts , &c. n 10 dag se da
Ala page 9. le Poëte fait en ces termes ,
la description du lieu où l'Auteur de la
Poudre travailloit dans le fond d'une Fo
rêt du Tirol.
Sous le toit redouté de cos antiques Tours ,
Un
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Un farouche Vieillard usoit ses derniers jours
On le nommoit Teter. La pénible Chimie ,
Faisoit l'unique emploi des restes de sa vie.
Là tantôt avec soin allumant ses Fourneaux
Il fouilloit à loisir dans le sein des Métaux ;
Tantôt dans un Mortier rappellant son courage
Et réchauffant un bras déja glacé par l'âge
Des Mineraux divers au hazard assemblez ,>
Il formoit un seul tout sous ses coups redoublez
Dans ce rude travail il devançoit l'Aurore
Et l'Astre de Venus l'y retrouvoit encore ,
Lorque sur l'horison en dépit du sommeil ,
Il venoit annoncer le retour du Soleil ,
Heureux, si dans cet Art sa longue experience,
Eût au bien des Mortels , consacré sa science !
Mais un jaloux Demon de haine et de fureur ,
Contre eux dès sa jeunesse empoisonna son cœur
Triste de leurs plaisirs, et joyeux de leurs larmes,
Le seul amour de nuire eut pour lui quelques charmes ,
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De son ame cruelle il eut seul, tous les vœux ;
Et jamais il ne vit assez de malheureux, *
Comme en un Pré que baigne une Onde fayo rable ,
Des Troupeaux du pays , pasturage agréable ' ,
Si par hazard sous l'herbe un dangereux Serpent,
Cache soncorps livide et se traîne en rampant,
Le sinistre animal dans ses routes obscures &
Ne
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Ne s'attachera point aux Plantes les plus pures,
Mais toujours à l'écart d'un simple redouté ,
Nourrira sa colere et sa malignité.
Ainsi , loin de chercher quels secours efficaces ,
La Nature en secret prépare à nos disgraces ,
Le Chymiste infernal , par d'odieux efforts ,
Ramassoit les poisons dispersez dans les corps ,
Et sous l'éclat menteur des liqueurs les plus belles,
En semoit en tous lieux les essences cruelles.
Ala fin du premier Livre , la Discorde
se présente à Teter , et lui parle ainsi :
Puisque fidelle encor au culte de tes Dieux ,
Le bonheur des Humains blesse toujours tes yeux
Pour leur porter enfin un coup inévitable ,
Et détruire à jamais leur race détestable ,
Ecoute et voy , Teter. Alors ouvrant les mains
Elle montre au Chimiste un tas de petits grains ,
Un noir amas de corps de figure conique ,
De la Poudre à canon , modele qu'elle explique.
Elle dit , quel mêlange a composé ces corps ,
Quel art ingénieux pourra , sans trop d'efforts ,
Pour leur donner à tous une grosseur égale ,
Diviser sagement leur masse generale .
Leur effet , poursuit-elle , est de lancer aux Cieux,
Des plus vastes Rochers , les poids prodigieux
Et dumilieu des Airs, ainsi que le Tonnerre,
Faire
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Faire passer le jour au centre de la Terre :
Aidé du feu secret dans leur sein préparé ,
Tu peux de l'Univers te jouer à ton gré ,
Troubler les Élemens , et dépeuplant le Monde,-
A leur premier-cahos rendre la Terre et l'Onde.
Rallume donc pour moi ton ancienne ferveur ,
Et sois digne , Teter , de toute ma faveur , &c.
Ce Poëme est plein d'imagination et
de traits poëtiques.