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1
p. 177-186
LE RUISSEAU. IDYLE. DE MADAME DES HOULIERES.
Début :
Préparez[-]vous, Madame, à battre des mains. Je vous / Ruisseau, nous paroisosns avoir un mesme sort, [...]
Mots clefs :
Ruisseau, Nature, Coeur, Vieillesse, Poissons, Nourrir, Animaux, Empire, Homme, Sein
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texteReconnaissance textuelle : LE RUISSEAU. IDYLE. DE MADAME DES HOULIERES.
réparez-vous , Madame,,
à battre des mains. Je vous
envoye un Ouvrage de l'Il
luftreMadame desHoulieres.
Ce Nom vous promet quel
que chofe d'achevé ; vous le
trouverez affeurément , & fi
cette expreffion peut rien.
178 MERCURE
fouffrir qui aille au delà, vous
pouvez attendre plus , fans
crainte d'eftré trompée. Tout
eſt penſé delicatement, tout
eft exprimé de mefme, & il y
a par tout fujet d'admirer.
SSSSSSS: 25S2535
LE RUISSEAU.
IDYLE.
DE MADAME DES HOULIERES..
avoir Viffeau, nous paroiffons at
Rifleme unefmeefort yo ,
D'un coursprécipité nous allons l'un
&l'autre,
Vous à la Mer, nous à la mort;
Maishélas !que d'ailleursje voyper
de rapport
GALANT. 179
Entre voftre courfe &la noſtre!
Vous vous abandonnez fans remords,
fansterreur,
Avoftrepente naturelle;
Pointde Loyparmy vous ne la rend
criminelle,
La vicilleffe chez vous n'a rien qui
faffe horreur.
Présde lafin de vostre courſe
Vous cftesplus fort &plus beau
Que vous n'eftes à vôtrefource,
Vous retrouvez toûjours quelque agrément nouveau.
Side ces paisibles Bocages
Lafraifcheurde vos eaux augmente
tes
oppas,
Koftre bienfaitnefeperdpasi
Par de délicieux ombrages
Ils embelliffent vos rivages.
Sur unfable brillant, entre des Freza.
fleuris
180 MERCURE
Coule voftre Onde toûjours pure,
Mille &mille Poiſons dans votre
fein nourris
Ne vous attirent point de chagrins, de 1
mépris.
Avectantde bonheur d'où vient vôtre
murmure?
Hélas ! voftrefortestfi doux.
Taifez- vous, Ruiffeau , c'est à nous
Anousplaindrede la Nature.
De tantdepaffions que nourrit noftre
cœur,
Aprenez qu'iln'en est pas une
Qui ne traifne apresfoy le trouble,
la douleur,
Le repentir, ou l'infortune.
Elles déchirent nuit &jour
Les cœurs dontellesfont maîtreffes;
Mais de cesfatalesfoibleffes
La plus à craindre, c'est l' Amour,
Ses douceursmefmefont cruelles.
GALANT. 181
Elles font cependant l'objet de tous les
vœux,
Tous les autres plaiſirs ne touchent
pointfans elles;
Mais des plusforts liens le temps ufe
les nœuds,
Et le cœur le plus amoureux
Devient tranquille , ou paffe à des
Amours nouvelles.
Ruiffeau, que vous eftes heureux! 5.
In'estpointparmy vous deRuiffeaux
infidelles!
Lors que les ordres abfolus
De l'Eftre indépendant qui gouverne
le Monde,
Fontqu'un autreRuiffeaufe mefle avec
voftre Onde,
Quandvous eftes unis, vous ne vous
quitter plus.
Ace que vous voulezjamais il ne
sopofe,
182 MERCURE
Dans votrefein ilcherche às'abîmer,
Vous&luyjufques à la Mer
Vousn'eftes qu'une mefme chofe.
De toutesfortes d'unions
Que noftre vie est éloignée!
De trahisons, d'horreurs, & de diffentions
Elle est toujours accompagnée.
Qu'avez- vousmerité, Ruiſſeau tranquile & doux,
Poureftre mieuxtraitéque nous?
Qu'on neme vantepoint ces Biens
imaginaires,
Ces Prérogatives, ces Droits,
Qu'inventa noftre orgueilpour masquernosmiferes;
C'estluyfeul qui nous dit que par un
jufte choix
LeCielmitenformant les Hommes,
Lesautres Eftres fous leurs loix.
Anenouspointflaier, nousfommes
GALANT. 183
Leurs Tyransplutoft queleursRoys.
Pourquoy vous mettre à la torture?
Pourquoy vous renfermer dans cent
Canaux divers,
Etpourquoy renverser l'ordre de la
Nature
En vousforçant àjaillir dans les
airs?
Si tout doitobeirà nos ordresfuprémes,
Si toutestfaitpour nous, s'il nefaut
que vouloir,
Que n'employons nous mieux cefouverainpouvoir?
Que ne regnons- nousfur nousmefmes?
Maishélas! defesfens Efclavemalheureux,
L'Hommeofefedire le Maistre
Des Animaux, quifontpeut eftre
Plus libres qu'il ne l'est, plus doux,
plus genéreux,
184 MERCURE
Etdont la foibleffe afait naiftre
Cet Empire infolentqu'il ufurpefur reux .
Mais quefais -je? Où vamecon- duire
Lapitié des rigueurs dontcontre eux
nous ufons?
Ay -je quelque efpoir de détruire
Des erreurs où nous nous plaifons?
Non, pour l'orgueil &pour les injuftices
Le cœur humainfemble eftre fait.
Tandis qu'on fe pardonne aiſément
tous les vices,
On n'en peutfouffrir le portrait.
Hélas !on n'a plus rien à craindre,
Les vices n'ont plus de Cenfeurs,
Le Monde n'estremply que de lâches
Flateurs,
Sçavoir vivre,c'eftfçavoirfeindre.
Ruiffeau,ce n'eftplus que chez vous
GALANT. 185
Qu'ontrouve encordelafranchiſe,
any voitla laideurou la beauté qu'en
nous
La bizarre Nature amife,
Aucun defaut ne s'y déguife ,
Aux Roys comme aux Bergers vous
les reprochez tous.
Auffi ne confulte- tion guere
De vos tranquiles eaux lefidele cristal.
On évite de même un Amy tropfincere.·
Cedéplorablegouft eft legouftgenéral..
Lesleçonsfont rougir, perfonne ne less
foufre,
Le Fourbe veutparoiftre Hommede~
probité;
Enfin dans cethorrible gouffre
De mifere & de vanité,
Fe meperds ; &plusj'envisage
La foibleffe de l'Homme &fa mali--
gnités
Et moins delaDivinité
Mars 1685, Q
186 MERCURE
·En luyje reconnois l'Image,
Courez, Ruiſſeau, courez,fuyez- nou
reportez
Vos Ondesdanslefein des Mers dont
vaus fortez,
.
Tandis que pour remplir la dure de...
ftinée
Oùnoussommes affujettis,
Nous irons reporter la vie infortunée
Que le hazardnous a donnée,
Dans le fein du ncantd'où nousfom.
mesfortis.
à battre des mains. Je vous
envoye un Ouvrage de l'Il
luftreMadame desHoulieres.
Ce Nom vous promet quel
que chofe d'achevé ; vous le
trouverez affeurément , & fi
cette expreffion peut rien.
178 MERCURE
fouffrir qui aille au delà, vous
pouvez attendre plus , fans
crainte d'eftré trompée. Tout
eſt penſé delicatement, tout
eft exprimé de mefme, & il y
a par tout fujet d'admirer.
SSSSSSS: 25S2535
LE RUISSEAU.
IDYLE.
DE MADAME DES HOULIERES..
avoir Viffeau, nous paroiffons at
Rifleme unefmeefort yo ,
D'un coursprécipité nous allons l'un
&l'autre,
Vous à la Mer, nous à la mort;
Maishélas !que d'ailleursje voyper
de rapport
GALANT. 179
Entre voftre courfe &la noſtre!
Vous vous abandonnez fans remords,
fansterreur,
Avoftrepente naturelle;
Pointde Loyparmy vous ne la rend
criminelle,
La vicilleffe chez vous n'a rien qui
faffe horreur.
Présde lafin de vostre courſe
Vous cftesplus fort &plus beau
Que vous n'eftes à vôtrefource,
Vous retrouvez toûjours quelque agrément nouveau.
Side ces paisibles Bocages
Lafraifcheurde vos eaux augmente
tes
oppas,
Koftre bienfaitnefeperdpasi
Par de délicieux ombrages
Ils embelliffent vos rivages.
Sur unfable brillant, entre des Freza.
fleuris
180 MERCURE
Coule voftre Onde toûjours pure,
Mille &mille Poiſons dans votre
fein nourris
Ne vous attirent point de chagrins, de 1
mépris.
Avectantde bonheur d'où vient vôtre
murmure?
Hélas ! voftrefortestfi doux.
Taifez- vous, Ruiffeau , c'est à nous
Anousplaindrede la Nature.
De tantdepaffions que nourrit noftre
cœur,
Aprenez qu'iln'en est pas une
Qui ne traifne apresfoy le trouble,
la douleur,
Le repentir, ou l'infortune.
Elles déchirent nuit &jour
Les cœurs dontellesfont maîtreffes;
Mais de cesfatalesfoibleffes
La plus à craindre, c'est l' Amour,
Ses douceursmefmefont cruelles.
GALANT. 181
Elles font cependant l'objet de tous les
vœux,
Tous les autres plaiſirs ne touchent
pointfans elles;
Mais des plusforts liens le temps ufe
les nœuds,
Et le cœur le plus amoureux
Devient tranquille , ou paffe à des
Amours nouvelles.
Ruiffeau, que vous eftes heureux! 5.
In'estpointparmy vous deRuiffeaux
infidelles!
Lors que les ordres abfolus
De l'Eftre indépendant qui gouverne
le Monde,
Fontqu'un autreRuiffeaufe mefle avec
voftre Onde,
Quandvous eftes unis, vous ne vous
quitter plus.
Ace que vous voulezjamais il ne
sopofe,
182 MERCURE
Dans votrefein ilcherche às'abîmer,
Vous&luyjufques à la Mer
Vousn'eftes qu'une mefme chofe.
De toutesfortes d'unions
Que noftre vie est éloignée!
De trahisons, d'horreurs, & de diffentions
Elle est toujours accompagnée.
Qu'avez- vousmerité, Ruiſſeau tranquile & doux,
Poureftre mieuxtraitéque nous?
Qu'on neme vantepoint ces Biens
imaginaires,
Ces Prérogatives, ces Droits,
Qu'inventa noftre orgueilpour masquernosmiferes;
C'estluyfeul qui nous dit que par un
jufte choix
LeCielmitenformant les Hommes,
Lesautres Eftres fous leurs loix.
Anenouspointflaier, nousfommes
GALANT. 183
Leurs Tyransplutoft queleursRoys.
Pourquoy vous mettre à la torture?
Pourquoy vous renfermer dans cent
Canaux divers,
Etpourquoy renverser l'ordre de la
Nature
En vousforçant àjaillir dans les
airs?
Si tout doitobeirà nos ordresfuprémes,
Si toutestfaitpour nous, s'il nefaut
que vouloir,
Que n'employons nous mieux cefouverainpouvoir?
Que ne regnons- nousfur nousmefmes?
Maishélas! defesfens Efclavemalheureux,
L'Hommeofefedire le Maistre
Des Animaux, quifontpeut eftre
Plus libres qu'il ne l'est, plus doux,
plus genéreux,
184 MERCURE
Etdont la foibleffe afait naiftre
Cet Empire infolentqu'il ufurpefur reux .
Mais quefais -je? Où vamecon- duire
Lapitié des rigueurs dontcontre eux
nous ufons?
Ay -je quelque efpoir de détruire
Des erreurs où nous nous plaifons?
Non, pour l'orgueil &pour les injuftices
Le cœur humainfemble eftre fait.
Tandis qu'on fe pardonne aiſément
tous les vices,
On n'en peutfouffrir le portrait.
Hélas !on n'a plus rien à craindre,
Les vices n'ont plus de Cenfeurs,
Le Monde n'estremply que de lâches
Flateurs,
Sçavoir vivre,c'eftfçavoirfeindre.
Ruiffeau,ce n'eftplus que chez vous
GALANT. 185
Qu'ontrouve encordelafranchiſe,
any voitla laideurou la beauté qu'en
nous
La bizarre Nature amife,
Aucun defaut ne s'y déguife ,
Aux Roys comme aux Bergers vous
les reprochez tous.
Auffi ne confulte- tion guere
De vos tranquiles eaux lefidele cristal.
On évite de même un Amy tropfincere.·
Cedéplorablegouft eft legouftgenéral..
Lesleçonsfont rougir, perfonne ne less
foufre,
Le Fourbe veutparoiftre Hommede~
probité;
Enfin dans cethorrible gouffre
De mifere & de vanité,
Fe meperds ; &plusj'envisage
La foibleffe de l'Homme &fa mali--
gnités
Et moins delaDivinité
Mars 1685, Q
186 MERCURE
·En luyje reconnois l'Image,
Courez, Ruiſſeau, courez,fuyez- nou
reportez
Vos Ondesdanslefein des Mers dont
vaus fortez,
.
Tandis que pour remplir la dure de...
ftinée
Oùnoussommes affujettis,
Nous irons reporter la vie infortunée
Que le hazardnous a donnée,
Dans le fein du ncantd'où nousfom.
mesfortis.
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Résumé : LE RUISSEAU. IDYLE. DE MADAME DES HOULIERES.
Le texte est une lettre accompagnant un ouvrage de Madame Deshoulières, une poétesse. L'auteur exprime son admiration pour l'œuvre et invite la destinataire à l'apprécier. L'œuvre en question est une idylle intitulée 'Le Ruisseau'. Dans ce poème, le ruisseau est personnifié et comparé à la vie humaine. Le poème souligne la pureté et la constance du ruisseau, contrastant avec les passions humaines qui apportent trouble et douleur. L'amour est particulièrement mis en avant comme une passion destructrice. Le texte critique également les actions humaines qui perturbent l'ordre naturel, comme la canalisation des ruisseaux. L'auteur exprime une réflexion sur la condition humaine, marquée par l'orgueil et les injustices. La lettre se conclut par une contemplation de la faiblesse humaine et de la divinité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1190-1191
A MADEMOISELLE C**** Sur la Mort de sa Chienne.
Début :
La douceur, la beauté, l'agréable jeunesse, [...]
Mots clefs :
Mort, Sein, Douceur, Jeunesse, Amour, Attachement , Friponne, Baiser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE C**** Sur la Mort de sa Chienne.
A MADEMOISELLE C****
Sur la Mort de sa Chienne.
LA douceur , la beauté , l'agréable jeunesse ,
Ne peuvent point fléchir la Mort ,
Rien ne touche cette tigresse
Zerbinette a fini son sort.
E
11
T
P
C
Su
La
Si
Cro
Un seule fois en sa vie ,
De
ZerMAY.
1731. \ 1191
Zerbinette éprouva l'amoureuse chaleur ,
Cette foiblesse fut suivie ,
De la plus amere douleur.
Le souvenir des maux que lui causa Lucine ,
De son coeur allarmé devint la guérison ,
Helas ! qu'il est d'Iris dont la foible raison ,
Ne vaut pas l'instint de Zerbine.
De vous aimer elle fit son étude
Sortez- vous , son inquiétude
Découvroit son attachement ,
Tout ce qui vous plaisoit avoit droit de lui plaire,
Et. les effets de sa colere ,
Tomboient sur l'importun, et jamais sur l'Amant.
Certain Toutou pouroit bien nous le dire ,
Il fut toujours en butte à son courroux ,
Tandis qu'un Levrier , beau parleur et beau Sire ,
Pouvoit, sans le choquer, se mettre à vos genoux.
Combien de fois d'une façon folâtre ,
Sur un sein plus blanc que l'albâtre ,
La friponne se chamailla ,
Si pour un seul baiser elle en recevoit mille ,
Croyez-vous qu'il soit difficile ,
De vous aimer à ce prix - là.
L'Epicier.
Sur la Mort de sa Chienne.
LA douceur , la beauté , l'agréable jeunesse ,
Ne peuvent point fléchir la Mort ,
Rien ne touche cette tigresse
Zerbinette a fini son sort.
E
11
T
P
C
Su
La
Si
Cro
Un seule fois en sa vie ,
De
ZerMAY.
1731. \ 1191
Zerbinette éprouva l'amoureuse chaleur ,
Cette foiblesse fut suivie ,
De la plus amere douleur.
Le souvenir des maux que lui causa Lucine ,
De son coeur allarmé devint la guérison ,
Helas ! qu'il est d'Iris dont la foible raison ,
Ne vaut pas l'instint de Zerbine.
De vous aimer elle fit son étude
Sortez- vous , son inquiétude
Découvroit son attachement ,
Tout ce qui vous plaisoit avoit droit de lui plaire,
Et. les effets de sa colere ,
Tomboient sur l'importun, et jamais sur l'Amant.
Certain Toutou pouroit bien nous le dire ,
Il fut toujours en butte à son courroux ,
Tandis qu'un Levrier , beau parleur et beau Sire ,
Pouvoit, sans le choquer, se mettre à vos genoux.
Combien de fois d'une façon folâtre ,
Sur un sein plus blanc que l'albâtre ,
La friponne se chamailla ,
Si pour un seul baiser elle en recevoit mille ,
Croyez-vous qu'il soit difficile ,
De vous aimer à ce prix - là.
L'Epicier.
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Résumé : A MADEMOISELLE C**** Sur la Mort de sa Chienne.
La lettre poétique évoque la mort de Zerbinette, la chienne de la demoiselle. La Mort est décrite comme implacable, insensible à la douceur, la beauté ou la jeunesse. Zerbinette a connu l'amour et la douleur, et ses souvenirs ont apaisé son cœur. La chienne était très attachée à sa maîtresse, partageant ses goûts et protégeant ses sentiments. Elle manifestait de la tendresse et de la jalousie, mais jamais envers l'être aimé. Un petit chien subissait souvent sa colère, contrairement à un lévrier flatteur. Zerbinette se comportait de manière joueuse et affectueuse, démontrant un amour sincère pour sa maîtresse. Le texte se conclut par une référence à un épicier, sans contexte supplémentaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1459-1460
MADRIGAL, Sur un beau Narcisse qu'une Demoiselle avoit dans son sein.
Début :
Beau Garçon, que des Dieux la suprême faveur, [...]
Mots clefs :
Narcisse, Sein, Amour, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, Sur un beau Narcisse qu'une Demoiselle avoit dans son sein.
MADRIGAL ,
Sur un beau Narcisse qu'une Demoiselle
avoit dans son sein.
B
Eau Garçon , que des Dieux la suprêm
faveur ,
Jadis après ta mort daigna changer en fleur ,
Narcisse , dans le sein de la jeune Isabelle ,
Tu reçois en ce jour une grace nouvelle.
II. Vola Ahe
1460 MERCURE DE FRANCE
Ah ! si tu l'avois vûë ainsi que je la voi ,
Tu n'aurois jamais på mourir d'amour pour toi,
Tu serois mort d'amour pour elle.
COCQUARD.
Sur un beau Narcisse qu'une Demoiselle
avoit dans son sein.
B
Eau Garçon , que des Dieux la suprêm
faveur ,
Jadis après ta mort daigna changer en fleur ,
Narcisse , dans le sein de la jeune Isabelle ,
Tu reçois en ce jour une grace nouvelle.
II. Vola Ahe
1460 MERCURE DE FRANCE
Ah ! si tu l'avois vûë ainsi que je la voi ,
Tu n'aurois jamais på mourir d'amour pour toi,
Tu serois mort d'amour pour elle.
COCQUARD.
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4
p. 152-164
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
Début :
LE 25 du mois d'Août dernier, 1763, l'Académie célébra le matin la [...]
Mots clefs :
Femmes, Sein, Mort, Discours, Gangrène, Utérus, Sciences, Abbé Gros, Traité, Mauvais, Voyages, Voyageur, Histoire, Couches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
-
-
-
A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
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A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
Le 25 août 1763, l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Béziers célébra la fête de Saint Louis avec une messe et un panégyrique. Dans l'après-midi, l'Académie se réunit à l'Hôtel-de-Ville. M. Brouzet, Directeur, ouvrit la séance en évoquant la paix récente et en rendant hommage au Roi, au Comte de Saint-Florentin, à l'Évêque et à M. de Mairan. Il aborda ensuite la question de l'éducation morale des enfants. L'Abbé de Manse présenta un résumé du discours de l'Abbé Gros de-Besplas sur l'utilité des voyages, soulignant leur rôle dans l'acquisition de connaissances variées et la formation des mœurs. L'Abbé Gros réfuta le préjugé selon lequel voyager ne rend pas nécessairement meilleur, affirmant que les voyages corrigent les défauts nationaux et personnels et encouragent la vertu. Le texte traite également des réflexions de l'Abbé Gros et de M. Bouillet sur la mortalité maternelle. M. Bouillet examina les causes de la mort rapide de certaines femmes en couches, notamment la gangrène de l'utérus due à des traumatismes ou des erreurs de traitement. Il identifia une fièvre maligne post-partum comme principale cause, aggravée par une mauvaise alimentation pendant la grossesse. Cette fièvre entraîne une inflammation et une gangrène de l'utérus, menant à la mort. Pour prévenir cette condition, M. Bouillet recommanda un régime strict durant la grossesse, évitant les aliments indigestes et les boissons alcoolisées, ainsi qu'un mode de vie frugal et modéré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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