Résultats : 21737 texte(s)
Détail
Liste
701
p. 35-38
CRISTALLIDE LA CURIEUSE, CONTE tiré des MILLE ET UNE NUITS.
Début :
QUI veut garder une femme, s'abuse ; [...]
Mots clefs :
Jaloux, Ruse, Fragilité, Sexe féminin, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : CRISTALLIDE LA CURIEUSE, CONTE tiré des MILLE ET UNE NUITS.
CRISTALLIDE LA CURIEUSE ,
CONTE tiré des MILLE ET UNE
QUI
NUITS.
UI veut garder une femme ,s'abufe ;
L'art de tromper fut de tout temps leur lot ;
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
La moins fubtile a toujours quelque rufe ;
Et le jaloux finit par être for.
De leur vertu repofez-vous fur elle.
Mais en ce cas feront- elles fidéles ?
Oui- dà ! peut-être ; mais du moins
Vous vous épargnerez des foins.
Schariar , Roi de l'Inde & Schagenan fon frere,
Tous deux beaux & bienfaits , furprirent un matin
Leurs très -chaftes moitiés s'embarquant pour Cythère
,
L'une avec un Faquir , & l'autre avec un Nain .
Sur ces couples galans tous deux firent mainbaſſe
;
C'étoit trop de rigueur : chez nous on eût fait
grace
A la fragilité du Séxe féminin ;
Mais fur les bords groffiers du Gange ,
De Joconde & du Roi Lombard
Le cas dut fembler fort étrange ,
Si tel cas doit pourtant étonner quelque part.
Tout vengé qu'il étoit , Schariar plein de rage ,
Ne pouvoit digérer qu'on eût fait cet outrage
Au front augufte d'un Sultan.
Mon cher frére , dit-il , un jour à Schagenan ,
Sortons de ce Palais où cette horrible image
Sans ceffe eft préſente à mes yeux .
Les voilà tous deux en voyage.
Près des bords de la mer un bois délicieux
Par fa fraicheur & fon ombrage
MARS. 1763. 37
Contre les traits du jour leur prêtoit du couverr ;
Lorfque du fein des flors ouvert ,
Ils virent à grand bruit s'élever jufqu'aux nues
Un Coloffe éffrayant , qui d'écume couvert
Traverſoit les ondes émues.
D'un haut cédre à l'inftant ils gagnent le fommer,
Non fans invoquer Mahomet.
Le Coloffe aborde & prend tèrre.
Des noirs enfans d'Eblis c'étoit le plus hideur s
Son dos étoit chargé d'une caiſſe de vèrre.
Il la poſe à quelques pas d'eur ,
Ouvre avec quatre clefs tout autant de ferrures.
Il en fort une Déité
Brillante de l'éclat des plus belles parures ,
Plus brillante cent fois encor de fa beauté.
>> Dame qui plaifez feule à mon âme enchantée ,
Dit notre Poly phême à cette Galatée :
» Séyez-vous près de moi , j'ai besoin de repost
La Belle , à ce galant propos ,
S'affit ; & le Monftre difforme
Des genoux de Vénus faifant fon oreiller ,
Il repofe fa tête énorme ,
S'endort & bientôt ronfle à faire tout trembler..
La Dame étoit très - éveillée :
Sur le faîte de l'arbre elle apperçoit nos gens ,
Qui fe cachoient fous la feuillée..
Par mille geftes obligeans,,
A defcendre elle les convie.
Bux de s'en excufer , en montrant le Génie
38 MERCURE DE FRANCE.
A ce Monftre auffitôt dérobant fes genoux ,
Elle fe léve , accourt , & leur dit en courroux :
Ou defcendez , ou je l'éveille.
Ils defcendirent donc . Alors , d'un ton plus doux :
Profitons du temps qu'il fommeille.
Voyez- vous ce gazon... puis fans dire le refte ,
En rougiffant elle y guida leurs pas ;
Mais que ce fût une rougeur modeſte ,
Ami Lecteur , vous ne le croirez pas.
La Dame étoit grande caufeuſe ;
Mais je fupprime l'entretien :
Suffit qu'elle prouva très bien
Qu'on ne la nommoit pas pour rien
Criftallide la Curieufe .
De chaque Prince enfuite exigeant un anneau
En voici cent , dit - elle , en y joignant les vôtres ,
Cent de bon compte qui font nôtres ,
Cent qu'à caufer aînſi j'ai gagné bien & beau ,
Et j'efpére en gagner bien d'autres,
Malgré les foins jaloux de ce vilain brutal ;
Malgré fa prifon de criftal.
Adieu , Prince , partez , Mahomet vous le rende ;
Son paradis fans doute a des plaifirs bien doux ; .
Mais croyez-moi , tromper un furveillant jaloux >
Il n'eft point ici-bas de volupté plus grande :
C'eſt vrai plaifir de femme & le premier de tous.
Elle court à ces mots rejoindre le Génie ,
Souléve fa tête endormie ,
Et la remet fur les genoux.
CONTE tiré des MILLE ET UNE
QUI
NUITS.
UI veut garder une femme ,s'abufe ;
L'art de tromper fut de tout temps leur lot ;
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
La moins fubtile a toujours quelque rufe ;
Et le jaloux finit par être for.
De leur vertu repofez-vous fur elle.
Mais en ce cas feront- elles fidéles ?
Oui- dà ! peut-être ; mais du moins
Vous vous épargnerez des foins.
Schariar , Roi de l'Inde & Schagenan fon frere,
Tous deux beaux & bienfaits , furprirent un matin
Leurs très -chaftes moitiés s'embarquant pour Cythère
,
L'une avec un Faquir , & l'autre avec un Nain .
Sur ces couples galans tous deux firent mainbaſſe
;
C'étoit trop de rigueur : chez nous on eût fait
grace
A la fragilité du Séxe féminin ;
Mais fur les bords groffiers du Gange ,
De Joconde & du Roi Lombard
Le cas dut fembler fort étrange ,
Si tel cas doit pourtant étonner quelque part.
Tout vengé qu'il étoit , Schariar plein de rage ,
Ne pouvoit digérer qu'on eût fait cet outrage
Au front augufte d'un Sultan.
Mon cher frére , dit-il , un jour à Schagenan ,
Sortons de ce Palais où cette horrible image
Sans ceffe eft préſente à mes yeux .
Les voilà tous deux en voyage.
Près des bords de la mer un bois délicieux
Par fa fraicheur & fon ombrage
MARS. 1763. 37
Contre les traits du jour leur prêtoit du couverr ;
Lorfque du fein des flors ouvert ,
Ils virent à grand bruit s'élever jufqu'aux nues
Un Coloffe éffrayant , qui d'écume couvert
Traverſoit les ondes émues.
D'un haut cédre à l'inftant ils gagnent le fommer,
Non fans invoquer Mahomet.
Le Coloffe aborde & prend tèrre.
Des noirs enfans d'Eblis c'étoit le plus hideur s
Son dos étoit chargé d'une caiſſe de vèrre.
Il la poſe à quelques pas d'eur ,
Ouvre avec quatre clefs tout autant de ferrures.
Il en fort une Déité
Brillante de l'éclat des plus belles parures ,
Plus brillante cent fois encor de fa beauté.
>> Dame qui plaifez feule à mon âme enchantée ,
Dit notre Poly phême à cette Galatée :
» Séyez-vous près de moi , j'ai besoin de repost
La Belle , à ce galant propos ,
S'affit ; & le Monftre difforme
Des genoux de Vénus faifant fon oreiller ,
Il repofe fa tête énorme ,
S'endort & bientôt ronfle à faire tout trembler..
La Dame étoit très - éveillée :
Sur le faîte de l'arbre elle apperçoit nos gens ,
Qui fe cachoient fous la feuillée..
Par mille geftes obligeans,,
A defcendre elle les convie.
Bux de s'en excufer , en montrant le Génie
38 MERCURE DE FRANCE.
A ce Monftre auffitôt dérobant fes genoux ,
Elle fe léve , accourt , & leur dit en courroux :
Ou defcendez , ou je l'éveille.
Ils defcendirent donc . Alors , d'un ton plus doux :
Profitons du temps qu'il fommeille.
Voyez- vous ce gazon... puis fans dire le refte ,
En rougiffant elle y guida leurs pas ;
Mais que ce fût une rougeur modeſte ,
Ami Lecteur , vous ne le croirez pas.
La Dame étoit grande caufeuſe ;
Mais je fupprime l'entretien :
Suffit qu'elle prouva très bien
Qu'on ne la nommoit pas pour rien
Criftallide la Curieufe .
De chaque Prince enfuite exigeant un anneau
En voici cent , dit - elle , en y joignant les vôtres ,
Cent de bon compte qui font nôtres ,
Cent qu'à caufer aînſi j'ai gagné bien & beau ,
Et j'efpére en gagner bien d'autres,
Malgré les foins jaloux de ce vilain brutal ;
Malgré fa prifon de criftal.
Adieu , Prince , partez , Mahomet vous le rende ;
Son paradis fans doute a des plaifirs bien doux ; .
Mais croyez-moi , tromper un furveillant jaloux >
Il n'eft point ici-bas de volupté plus grande :
C'eſt vrai plaifir de femme & le premier de tous.
Elle court à ces mots rejoindre le Génie ,
Souléve fa tête endormie ,
Et la remet fur les genoux.
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Résumé : CRISTALLIDE LA CURIEUSE, CONTE tiré des MILLE ET UNE NUITS.
Le conte 'Cristallide la curieuse' des Mille et Une Nuits explore la difficulté de garder une femme fidèle et les dangers de la jalousie. Les rois Schariar et Schagenan, frères et souverains de l'Inde, découvrent leurs épouses avec des amants. Indignés, ils quittent leur palais et se cachent près de la mer. Ils observent un colosse effrayant transportant une caisse de verre, d'où sort une déité magnifique nommée Cristallide. Elle invite les princes à descendre et les conduit à un endroit isolé pour prouver sa réputation de grande causeuse. Cristallide exige un anneau de chaque prince en échange de ses faveurs, affirmant en avoir déjà cent. Elle les encourage à profiter des plaisirs de la vie et à tromper les jaloux, avant de rejoindre le colosse endormi.
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702
p. 21-24
« J'ay jugé de l'effet que fit ce Discours sur toute [...] »
Début :
J'ay jugé de l'effet que fit ce Discours sur toute [...]
Mots clefs :
Préface, Satire
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay jugé de l'effet que fit ce Discours sur toute [...] »
J'ay jugé de l'effet que
fit ce Difcours fur toute
22 MERCURE
l'Affemblée
, par
l'effet
qu'en a fait fur moy le
fimple récit , il ma donné
une telle averfion pour
les Satires
déplacées ,
qu'il ma fait repentir d'a
voir
feulement
répondu
à celle qui ma ſi bruſque→
ment attaqué , quoy que
ines amis m'ayent , pour
ainfi dire , forcé de m'ap
percevoir des coups qu’-
on me portoit : je conviens
qu'il eft ridicule de
profaner
un Mercure
Ga
GALANT. 2$
lant par des querelles
d'Auteurs , c'eſt un objet
bien defagreable à montrer
au Public , qu'un
Auteur piqué , c'eft en ce
fens que l'Auteur doit
fe dérober , felon l'expreffion
du M. de Trévoux ;
mais j'ay tort de finir
ma Preface.comme je l'ay
commencée , c'eſt en
quelque façon participer
au ridicule d'une aigre
critique que de s'amuſer
à yrépondre ; & je pro24
MERCURE
teſte que quelque réponfe
qu'on puis faire à la
mienne , je n'y auray
nulle attention , car je
ne me fuis jamais fenti
de talent pour ce genre
d'écrire , dont la perfection
confifte à trouver
beaucoup
de deffauts
dans les ouvrages des
autres.
fit ce Difcours fur toute
22 MERCURE
l'Affemblée
, par
l'effet
qu'en a fait fur moy le
fimple récit , il ma donné
une telle averfion pour
les Satires
déplacées ,
qu'il ma fait repentir d'a
voir
feulement
répondu
à celle qui ma ſi bruſque→
ment attaqué , quoy que
ines amis m'ayent , pour
ainfi dire , forcé de m'ap
percevoir des coups qu’-
on me portoit : je conviens
qu'il eft ridicule de
profaner
un Mercure
Ga
GALANT. 2$
lant par des querelles
d'Auteurs , c'eſt un objet
bien defagreable à montrer
au Public , qu'un
Auteur piqué , c'eft en ce
fens que l'Auteur doit
fe dérober , felon l'expreffion
du M. de Trévoux ;
mais j'ay tort de finir
ma Preface.comme je l'ay
commencée , c'eſt en
quelque façon participer
au ridicule d'une aigre
critique que de s'amuſer
à yrépondre ; & je pro24
MERCURE
teſte que quelque réponfe
qu'on puis faire à la
mienne , je n'y auray
nulle attention , car je
ne me fuis jamais fenti
de talent pour ce genre
d'écrire , dont la perfection
confifte à trouver
beaucoup
de deffauts
dans les ouvrages des
autres.
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Résumé : « J'ay jugé de l'effet que fit ce Discours sur toute [...] »
L'auteur réagit à une satire qui l'a attaqué et exprime son aversion pour ce type de critiques déplacées après avoir entendu les réactions de l'assemblée. Il regrette d'avoir répondu à cette attaque, bien que ses amis l'y aient encouragé. Il reconnaît qu'il est ridicule de transformer un journal galant en un lieu de querelles d'auteurs et que montrer un auteur piqué est désagréable pour le public. L'auteur admet qu'il a tort de terminer sa préface comme il l'a commencée, car répondre à une critique aigre participe au ridicule. Il affirme qu'il n'accordera aucune attention aux réponses à sa propre critique, car il ne se sent pas talentueux pour ce genre d'écriture, qui consiste à trouver beaucoup de défauts dans les œuvres des autres.
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703
p. 17-21
LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
Début :
Vous voici de retour, solemnité sacrée, [...]
Mots clefs :
Saint André, Vainqueur, André Demeaux, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
LA SAINT
Y
ANDRE
ODE
A M. Desbois , Grand- Bailly
du Masconnois.
Ous voici de retour , solemnité sacrée a
yous qui renaissez tous les ans ,
Où la mémoire révérée.
Du vainqueur de Patras * , triomphera dės tems
* Patras Ville. Achaïe, où Saint Andréfuse
martyrisé Bv Jour
18 MERCURE DE FRANCE:
Jour heureux , où les destinées
Offroient à nos désirs les momens les plus doux
Vous revenez , hélas ! et mes jeunes années
Ne reviennent point avec vous ?
33
La Fête étoit fondée , et la magnificenceD'André Demeaux , votre Filleul ,
Grand Saint , se fut fait conscience
Dans ce jour solemnel , d'avoir mangé tout seula ,
Alors une terrible guerre
Dépeuploit le païs de Perdrix , de Poulets ,
Le Vin Rosé de Nuits , et le Gris de Tonnere.
N'étoient que le Vin des Valets..
C'étoit en ce moment, où de flots de Razade
Le plancher étoit inondé ,
Dont le plus fin des camarades
Avoient subtilement le danger éludé ,
Une telle supercherie
Dont je m'accuse icy , me venoit à propos ;
Moins de valeur Bachique , et plus de tricherie ,
C'est ainsi qu'on fait de vieux os.
Toujours du fond des pots , la fine raillerie ,
Sur les Verres alloit fotant ;
Sur Célimene, et sur Sylvie ,
Les
JANVIER, 1732. 19
Les Convives joyeux tiroient à bout portant s
Toutefois dans leur hardiesse ,
Les plus déterminez sçavoient se moderer ,
Leurs mots les plus tranchans n'emportoient
point la pièce ,
On ne faisoit que s'effleurer.
Qu'êtes- vous devenus , Beuveurs infatigables
Demeaux , Ruffé , Sarron , Gondras ,
Terreur des Celliers et des Tables ,
Et tant d'autres Acteurs que je ne nomme pas- 2
Hélas ! la Parque impétueuse ,
Atrop précipité votre fatal instant ,
Et vous a refusé la santé précieuse
A qui vous buviez tant et tantsVous que par excellence on nommoit vieille
Barbe ,
Et dont sur le Bacchique Mont
On cut pû faire une légende
Comme ont fit autrefois des Bandes de Piémont
De tant de graces assorties
Notre avenir ingrat ne dirà pas un mot ,
Sivotre nom ne refte écrit sur les parties
Du fameux Traiteur Rayetot
Bvi Pours
20 MERCURE DE FRANCE
Pour moi , simple Soldat de votre compagnie
Je voudrois par tout l'Univers
Porter votre gloire infinie
Si le monde poly faisoit cas de mes. Vers.
Mais , que mes desseins réussissent
Malheureux que je suis pourrois-je me flater
ne puis aller loin , car mes jambes mollissent ,
Et ne veulent plus me porter.
Sur l'exemple fameux de notre Chefde Bande,
Nous nous régalions tour à tour ,
Et payant la joyeuse offrande
De la plus sombre nuit nous faisions un beau
jour.
Ainsi , tout le long de l'année,
Par un enchantement que nous prenions en gré
Nous nous renouvellions, et de chaque journée
Nous faisions une saint André,
vous , Sage des Bois , qui dans notre assem
blée
Daigniés vous trouver quelquefois.
Sans que confuse ni troublée
Jamais votre raison s'écartât de ses Loix,
Avouez que dans mes saillies
Vous trouviez les bons mots bien souvent desait son
Et
1
JANVIER. 1732.
qu'il vient dans un temps de certaines folies
Qui valent mieux que la raison.
Si de quelques regrets ce temps passé vous:tomche
Convenez- en de bonne foy
Et malgré la vertu farouche
Donnes quelques momens pour le plaindre avec
moy,
Ces momens si dignes d'envie -
Pour les revoir si gais , et si bien policez ,
Je donnerois , Bailly , cinquante ans de ma vie
Du moins s'entend des ans passez..
DE SENEC
Y
ANDRE
ODE
A M. Desbois , Grand- Bailly
du Masconnois.
Ous voici de retour , solemnité sacrée a
yous qui renaissez tous les ans ,
Où la mémoire révérée.
Du vainqueur de Patras * , triomphera dės tems
* Patras Ville. Achaïe, où Saint Andréfuse
martyrisé Bv Jour
18 MERCURE DE FRANCE:
Jour heureux , où les destinées
Offroient à nos désirs les momens les plus doux
Vous revenez , hélas ! et mes jeunes années
Ne reviennent point avec vous ?
33
La Fête étoit fondée , et la magnificenceD'André Demeaux , votre Filleul ,
Grand Saint , se fut fait conscience
Dans ce jour solemnel , d'avoir mangé tout seula ,
Alors une terrible guerre
Dépeuploit le païs de Perdrix , de Poulets ,
Le Vin Rosé de Nuits , et le Gris de Tonnere.
N'étoient que le Vin des Valets..
C'étoit en ce moment, où de flots de Razade
Le plancher étoit inondé ,
Dont le plus fin des camarades
Avoient subtilement le danger éludé ,
Une telle supercherie
Dont je m'accuse icy , me venoit à propos ;
Moins de valeur Bachique , et plus de tricherie ,
C'est ainsi qu'on fait de vieux os.
Toujours du fond des pots , la fine raillerie ,
Sur les Verres alloit fotant ;
Sur Célimene, et sur Sylvie ,
Les
JANVIER, 1732. 19
Les Convives joyeux tiroient à bout portant s
Toutefois dans leur hardiesse ,
Les plus déterminez sçavoient se moderer ,
Leurs mots les plus tranchans n'emportoient
point la pièce ,
On ne faisoit que s'effleurer.
Qu'êtes- vous devenus , Beuveurs infatigables
Demeaux , Ruffé , Sarron , Gondras ,
Terreur des Celliers et des Tables ,
Et tant d'autres Acteurs que je ne nomme pas- 2
Hélas ! la Parque impétueuse ,
Atrop précipité votre fatal instant ,
Et vous a refusé la santé précieuse
A qui vous buviez tant et tantsVous que par excellence on nommoit vieille
Barbe ,
Et dont sur le Bacchique Mont
On cut pû faire une légende
Comme ont fit autrefois des Bandes de Piémont
De tant de graces assorties
Notre avenir ingrat ne dirà pas un mot ,
Sivotre nom ne refte écrit sur les parties
Du fameux Traiteur Rayetot
Bvi Pours
20 MERCURE DE FRANCE
Pour moi , simple Soldat de votre compagnie
Je voudrois par tout l'Univers
Porter votre gloire infinie
Si le monde poly faisoit cas de mes. Vers.
Mais , que mes desseins réussissent
Malheureux que je suis pourrois-je me flater
ne puis aller loin , car mes jambes mollissent ,
Et ne veulent plus me porter.
Sur l'exemple fameux de notre Chefde Bande,
Nous nous régalions tour à tour ,
Et payant la joyeuse offrande
De la plus sombre nuit nous faisions un beau
jour.
Ainsi , tout le long de l'année,
Par un enchantement que nous prenions en gré
Nous nous renouvellions, et de chaque journée
Nous faisions une saint André,
vous , Sage des Bois , qui dans notre assem
blée
Daigniés vous trouver quelquefois.
Sans que confuse ni troublée
Jamais votre raison s'écartât de ses Loix,
Avouez que dans mes saillies
Vous trouviez les bons mots bien souvent desait son
Et
1
JANVIER. 1732.
qu'il vient dans un temps de certaines folies
Qui valent mieux que la raison.
Si de quelques regrets ce temps passé vous:tomche
Convenez- en de bonne foy
Et malgré la vertu farouche
Donnes quelques momens pour le plaindre avec
moy,
Ces momens si dignes d'envie -
Pour les revoir si gais , et si bien policez ,
Je donnerois , Bailly , cinquante ans de ma vie
Du moins s'entend des ans passez..
DE SENEC
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Résumé : LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
Le texte est une ode dédiée à M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois, à l'occasion de la fête de la Saint-André. L'auteur exprime sa nostalgie face à l'impossibilité de retrouver ses jeunes années, malgré le retour annuel de la fête. Il évoque la fondation de cette célébration et la magnificence d'André Demeaux, qui avait dû manger seul en raison d'une guerre ayant appauvri la région. L'auteur se remémore les moments de convivialité passés, où les convives savaient se modérer malgré leur hardiesse. Il déplore la disparition de nombreux compagnons de beuverie, emportés par la Parque impétueuse, et regrette que leur mémoire ne soit plus célébrée. Il exprime son désir de perpétuer leur gloire, mais reconnaît ses limites physiques. L'auteur admire la sagesse de M. Desbois, qui savait apprécier les bons mots et les folies de ces moments. Il conclut en exprimant son regret pour ce temps passé et son désir de revivre ces instants de gaieté et de convivialité.
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704
p. 15-20
DEFFENSE de la Géométrie de l'Infini, contre les Objections de M. le Gendre de Saint Aubin.
Début :
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on attaque la Géométrie ; et l'on ne doit [...]
Mots clefs :
Géométrie, Point, Géomètres, Infini, Euclide, Le Gendre, Lignes, Attaque, Science, Vérités, Défense
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFFENSE de la Géométrie de l'Infini, contre les Objections de M. le Gendre de Saint Aubin.
DEFFENSE de la Géométrie de l'Infini ,
contre les Objections de M. le Gendre de
Saint Aubin.
C
E n'est pas d'aujourd'hui qu'on attaque
la Géométrie ; et l'on ne doit
pas croire que ce soit l'Infini qu'elle a
tout-à-fait embrassé dans ces derniers
siécles , qui l'ait rendue l'objet de ces attaques.
Les définitions mêmes d'Euclide
ont trouvé des contradictions dans les
siécles les plus reculez. Les Sceptiques ,
B iiij pour
16 MERCURE DE FRANCE
pour le moins , se sont joüez de l'évidence
, comme ils se jouoient de la clarté
même du jour.
On peut dire cependant que le gros du
public , sçavant , et même ignorant , a
toujours regardé la Géométrie comme
une science respectable sur la certitude ,
et sur la verités et loin qu'en dernier lieu
ce Public se soit défié de l'Infini qu'on
introduisoit dans cette science ; l'admiration
s'est jointe au respect , malgré la prorestation
des Geometres mêmes , peu
que
instruits , ont cru devoir faire contre
cette prétendue innovation.
Il faut l'avouer aussi : La Géométrie de
l'Infini , par là même qu'elle manie l'Infini
, est pleine , comme ledit fort bien
M. le Gendre , de conclusions vastes , de
veritez hardies , et paradoxes , de points
de vûë extrémement difficiles et escarpez
, qui paroissent même sortir du Géométrique
, et embrasser les sciences les
plus éloignées ; mais ce sçavant Auteur
a tort de vouloir retrouver icy les contradictions
qu'il a fort bien relevées dans
la plupart des Opinions Philosophiques
dont il a fait la matiere de l'Ouvrage
, qui porte ce titre De l'Opinion. Et
quand même il trouveroit quelques conclusions
hazardées , et plus Philosophiques
JANVIER : 1734. 17
ques que Mathématiques dans les Ouvrages
des Géometres modernes , comme
on en a trouvé , sans doute , dans les anciens
, il ne seroit jamais assez autorisé
par là à proscrire toute la Géometrie , ni
même toute la Géométrie moderne , comme
il le fait trop universellement dans
sa réponse du Mercure de Novembre.
Je dis toute la Géometrie en général s
car il est vrai que M.le Gendre sappe tout
en sappant cette premiere notion d'Euclide
, que le point est ce qui n'a point de
parties ; la ligne , ce qui n'a point de largeur
, &c. Notion qui ne semble rien ,
mais qui est pourtant
le fondement
unique
sur lequel toute la précision
, nonseulement
de la Géométrie
transcendante
,
mais de toute sorte de Géométrie
, est absolument
établie.
-
Car rien n'est plus lié , plus systématique
que la Géométrie , et la Transcendante
s'enchaine tres immédiatement
avec la plus simple, et en particulier avec
ces premieres Notions ; ce qui est si vrai
qu'on a remarqué que les plus hautes
spéculations de la nouvelle Géométrie
étoient communément établies sur les
propositions les plus simples des Elemens
d'Euclide ; témoin , par exemple , cette
admirable méthode de la transformation
Bv des
18 MERCURE DE FRANCE
des courbes qui dérive immédiatement
de l'égalité des Rectangles , qui ont leurs
côtez réciproquement proportionnels , et
bien d'autres pareilles dont on voit les
exemples chez les Géometres Anglois , et
en particulier , chez le célébre Neuton.
Une preuve encore de ce que je dis,
c'est qu'il est tres- singulier que tous ceux
qui , de même que M. le Gendre , ont attaqué
la Géométrie de l'Infini , ont tous
attaqué les Notions d'Euclide , sur le
point, la ligne, la surface ; comme si l'on
ne pouvoit secoüer le Faîte de l'Edifice
sans en ébranler les fondemens ; telle est
la correspondance et la liaison systématique
de cette admirable science.
Deux sortes de Sçavans parlent de Surfaces
, de Lignes , de Points ; les Philosophes
et les Géométres. Les Premiers
disputent s'il y a des Points et des Lignes.
proprement dites dans la nature ; et leur
dispute ayant mille et mille fois recommencé
, n'a pas encore fini une fois ;
les Géometres n'en disent qu'un mot , en
commençant ; et ce mot est celui d'Euclide
; le Point n'a aucune partie ; la Ligne
n'a point de largeur; la Surface,point
de profondeur ; cela une fois dit, ils vont
en avant , parce qu'ils sont tous d'accord
.
Et
JANVIER. 1734. 19
Et où vont - ils ? A un systême de véritez
merveilleuses qui se réalisent dans
la pratique de tous les Arts ; à mesurer la
Terre et les Cieux ; à prédire , à point
nommé , les Eclipses , à débrouiller, la
Chronologie et l'Histoire, à regler le Calandrier
, à naviger aux extrémitez des
Mers , à arpenter , à toiser , à fortifier
des Villes , à faire des Horloges , des Lunettes
, des Microscopes , des Machines
de toutes les sortes.
Et ce n'est pas là encore llee plus haut
point où ils arrivent : La Géométrie de
Î'Infini , au jugement de l'esprit , est encore
plus sublime et plus merveilleuse
que tout cela; mais pendant que les Géometres
s'élevent ainsi , les Philosophes
sont encore à disputer s'il y a des Points,
des Lignes et des Surfaces , et à chicaner
Euclide , la Géométrie et les Géomêtres.
Je demande de quel côté on oroit que se
trouve la verité , la réalité , ou la simple
abstraction de l'entendement , pour ne pas
dire l'illusion de l'esprit et la pure chimere.
Et voilà tout ce que j'avois à répondre
au Sçavant Aggresseur de la Géométrie
et des Géometres , auquel on peut
assurer que la Géométrie transcendante
seule offre autant de véritez incontestables
à recueillir pour l'honneur du genre humain
B vj
20 MERCURE DE FRANCE
main qu'il a pû recueillir d'opinions erronées
, pour constater les égaremens de
la Philosophie : ce seroit un second Ouvrage
digne de M. Saint-Aubin.
contre les Objections de M. le Gendre de
Saint Aubin.
C
E n'est pas d'aujourd'hui qu'on attaque
la Géométrie ; et l'on ne doit
pas croire que ce soit l'Infini qu'elle a
tout-à-fait embrassé dans ces derniers
siécles , qui l'ait rendue l'objet de ces attaques.
Les définitions mêmes d'Euclide
ont trouvé des contradictions dans les
siécles les plus reculez. Les Sceptiques ,
B iiij pour
16 MERCURE DE FRANCE
pour le moins , se sont joüez de l'évidence
, comme ils se jouoient de la clarté
même du jour.
On peut dire cependant que le gros du
public , sçavant , et même ignorant , a
toujours regardé la Géométrie comme
une science respectable sur la certitude ,
et sur la verités et loin qu'en dernier lieu
ce Public se soit défié de l'Infini qu'on
introduisoit dans cette science ; l'admiration
s'est jointe au respect , malgré la prorestation
des Geometres mêmes , peu
que
instruits , ont cru devoir faire contre
cette prétendue innovation.
Il faut l'avouer aussi : La Géométrie de
l'Infini , par là même qu'elle manie l'Infini
, est pleine , comme ledit fort bien
M. le Gendre , de conclusions vastes , de
veritez hardies , et paradoxes , de points
de vûë extrémement difficiles et escarpez
, qui paroissent même sortir du Géométrique
, et embrasser les sciences les
plus éloignées ; mais ce sçavant Auteur
a tort de vouloir retrouver icy les contradictions
qu'il a fort bien relevées dans
la plupart des Opinions Philosophiques
dont il a fait la matiere de l'Ouvrage
, qui porte ce titre De l'Opinion. Et
quand même il trouveroit quelques conclusions
hazardées , et plus Philosophiques
JANVIER : 1734. 17
ques que Mathématiques dans les Ouvrages
des Géometres modernes , comme
on en a trouvé , sans doute , dans les anciens
, il ne seroit jamais assez autorisé
par là à proscrire toute la Géometrie , ni
même toute la Géométrie moderne , comme
il le fait trop universellement dans
sa réponse du Mercure de Novembre.
Je dis toute la Géometrie en général s
car il est vrai que M.le Gendre sappe tout
en sappant cette premiere notion d'Euclide
, que le point est ce qui n'a point de
parties ; la ligne , ce qui n'a point de largeur
, &c. Notion qui ne semble rien ,
mais qui est pourtant
le fondement
unique
sur lequel toute la précision
, nonseulement
de la Géométrie
transcendante
,
mais de toute sorte de Géométrie
, est absolument
établie.
-
Car rien n'est plus lié , plus systématique
que la Géométrie , et la Transcendante
s'enchaine tres immédiatement
avec la plus simple, et en particulier avec
ces premieres Notions ; ce qui est si vrai
qu'on a remarqué que les plus hautes
spéculations de la nouvelle Géométrie
étoient communément établies sur les
propositions les plus simples des Elemens
d'Euclide ; témoin , par exemple , cette
admirable méthode de la transformation
Bv des
18 MERCURE DE FRANCE
des courbes qui dérive immédiatement
de l'égalité des Rectangles , qui ont leurs
côtez réciproquement proportionnels , et
bien d'autres pareilles dont on voit les
exemples chez les Géometres Anglois , et
en particulier , chez le célébre Neuton.
Une preuve encore de ce que je dis,
c'est qu'il est tres- singulier que tous ceux
qui , de même que M. le Gendre , ont attaqué
la Géométrie de l'Infini , ont tous
attaqué les Notions d'Euclide , sur le
point, la ligne, la surface ; comme si l'on
ne pouvoit secoüer le Faîte de l'Edifice
sans en ébranler les fondemens ; telle est
la correspondance et la liaison systématique
de cette admirable science.
Deux sortes de Sçavans parlent de Surfaces
, de Lignes , de Points ; les Philosophes
et les Géométres. Les Premiers
disputent s'il y a des Points et des Lignes.
proprement dites dans la nature ; et leur
dispute ayant mille et mille fois recommencé
, n'a pas encore fini une fois ;
les Géometres n'en disent qu'un mot , en
commençant ; et ce mot est celui d'Euclide
; le Point n'a aucune partie ; la Ligne
n'a point de largeur; la Surface,point
de profondeur ; cela une fois dit, ils vont
en avant , parce qu'ils sont tous d'accord
.
Et
JANVIER. 1734. 19
Et où vont - ils ? A un systême de véritez
merveilleuses qui se réalisent dans
la pratique de tous les Arts ; à mesurer la
Terre et les Cieux ; à prédire , à point
nommé , les Eclipses , à débrouiller, la
Chronologie et l'Histoire, à regler le Calandrier
, à naviger aux extrémitez des
Mers , à arpenter , à toiser , à fortifier
des Villes , à faire des Horloges , des Lunettes
, des Microscopes , des Machines
de toutes les sortes.
Et ce n'est pas là encore llee plus haut
point où ils arrivent : La Géométrie de
Î'Infini , au jugement de l'esprit , est encore
plus sublime et plus merveilleuse
que tout cela; mais pendant que les Géometres
s'élevent ainsi , les Philosophes
sont encore à disputer s'il y a des Points,
des Lignes et des Surfaces , et à chicaner
Euclide , la Géométrie et les Géomêtres.
Je demande de quel côté on oroit que se
trouve la verité , la réalité , ou la simple
abstraction de l'entendement , pour ne pas
dire l'illusion de l'esprit et la pure chimere.
Et voilà tout ce que j'avois à répondre
au Sçavant Aggresseur de la Géométrie
et des Géometres , auquel on peut
assurer que la Géométrie transcendante
seule offre autant de véritez incontestables
à recueillir pour l'honneur du genre humain
B vj
20 MERCURE DE FRANCE
main qu'il a pû recueillir d'opinions erronées
, pour constater les égaremens de
la Philosophie : ce seroit un second Ouvrage
digne de M. Saint-Aubin.
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Résumé : DEFFENSE de la Géométrie de l'Infini, contre les Objections de M. le Gendre de Saint Aubin.
Le texte 'Défense de la Géométrie de l'Infini' répond aux critiques de M. le Gendre de Saint-Aubin concernant la géométrie, notamment celle de l'infini. L'auteur souligne que les attaques contre la géométrie ne sont pas nouvelles et que même les définitions d'Euclide ont été contestées par le passé. Malgré ces contestations, la géométrie a toujours été respectée pour sa certitude et sa vérité. L'auteur reconnaît que la géométrie de l'infini comporte des conclusions vastes et des paradoxes, mais critique Saint-Aubin pour vouloir y trouver des contradictions similaires à celles des opinions philosophiques. Il défend les notions fondamentales d'Euclide, telles que le point sans parties et la ligne sans largeur, qui sont essentielles à toute géométrie, y compris la géométrie transcendante. L'auteur illustre cette liaison systématique en mentionnant des méthodes géométriques avancées basées sur des propositions simples d'Euclide. Le texte oppose les géomètres, qui utilisent ces notions pour des applications pratiques et scientifiques, aux philosophes, qui disputent encore de l'existence des points, lignes et surfaces. L'auteur conclut en affirmant que la géométrie transcendante offre des vérités incontestables et honore le genre humain, contrairement aux erreurs philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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705
p. 34-41
De Rome le 11. Janvier 1716.
Début :
Le jour de l'Epiphanie le Pape assista à la Chapelle, il [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Duc, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome le 11. Janvier 1716.
De Rome le II. Janvier ijl6.
Le jour de l'Epiphanie le
Pape affilia à la Chpelle
,
il
v
est toujours en parfaite famé.
Le foir du même jour le
Cardinal Ottobony fie tenir
rAcadcmie des Arcades dans
son appirremcnt,ensuite il y
eût concert) & un très- beau
souperjil y avoit environ cent
per Tonnes à table jentr'autres
TAmbaffcideur de l'Empereur,
& 14 Dames tant Princesses
que Duchesses : cette feste fût
tres - magn.fique & le repas
très fplcndide. ;
Les Ambailadeurs des Couronnes
témoignent faire peu
de cas de ce qui leur a este fignifié
au fujec de l'abolition
des Franclufcs qu'ils voudroient
rétablirais refufenc de
congédier leurs braves, cela irrite
toujours davantage leP-apc
qui a fait bannir fous peine de
la vie des gens de 1 AmbaITadeur
de I-Empereur, qui donnerent
des coups de bacons à
des Sbirres
,
il y a quelques
semaines..
*
Le Cardinal 0 lefcalqui est
sur son départ, il a eu du Pape
son Audiance de congé
,
&:
tout son domeftïqiieWaifa der-
-
Snierement la pantoufle de Sa
,dc Sainteté.
LeCardinalCarraccioly,
Provicaire, a fait present au
Pape,de diverseschoses dé
prix , entre autres d'un Reliqii
lire garny de diamants
,
&
d'autres pierres precieuses ;ce
preCentefteftimé yooo. écus.
Le Cardinal Nuzzy a aussi
envoyé au Pape un Tableau
deSalvator Rosa, d'une grandeur
extraordinaire.
Dernièrement le carresse
^de Dom Antoine Colonne
tenvetfalur laPlace du Jefus,J
celui du Duc Cetarini: il y
avait dedans le iiîs & la fiiîe
dece Duc,ils furent transpor-
- tcz au Pdlais Altiery
, pour se
remettre de la peur que cet
accident leur avoir causé,Dom
Antoine Colonna congedia
auflitôt le Cocher,&le Marquis
Acciviola alla chcz lcDuc
pour lui faire Jà-dc:ssus des excufes
de la part de Dom Antoine
Colonna, dont il est demeure
(atisfait.
Mardy matin le Marquis
Magnany
3
Ambassadeur de
Bologi¡CJ fût pour la premierc
fois à rAudlancc du Pape,cc
fut le ComteAluobrandy son
predecelfeurquile pretenta.
Dimancheau foir cinquième
ducourant, un Exprés apporta
la nomination que fait la
Villede Milan, pour l'Auditoriat
de Rotedecette Nation
vacant par la promotion du
Cardinal Scotty. Les fujecs
proposez font Meilleurs Corio
j
Stampa, & Vifconry. Le
premier ayant eû plus devoix
aefté déclaré par Sa Sainteté,
& l'empioy de Rotante di
Segretaria qu'il retenoit, a eslé
donné à l'Avocat Mcfmcr
Grifon.
LePJpe anomme encore
à d'autres Charges. L'i\bbé
Qgntilonyaesté fait fécond
Collaieial du Capitole
, ce
poftevacquoit par lamort de
l'AvocatLcvidy. L'Abbé Codcbo,
Rc£heurdçCar pentras,
aura, dit-on ,rEvêché de Cita
dJyCaftc!lo,& l'AbbéGafpariny,
Auditeur de la Legation
d'Avignon, fera Rcrâ: ur en (a
plaçe
,
auquel cas l'Avocat
Calcagniny Ferrarois, lui luccederoità
TAuditorat.
On tient des fréquentes
Congregations pour pourvoir
à la seureté & à la"d,.ffi:nfe des
codes de l'Eut Eccieh(tique;
on examine les moyens propofez
pourtrouver les fonds nccefljires
pour la fublîftance des
Vatdeauxqu'on doit donner
àlaRépublique de Vcoire)on
a déjà résoludiriger un mont
qui fera intituléCh.araccallc,
& les revenus de la grosse Abbaye
de ce nom vacante par la
mort de l'EIréteur de Treves
1 serviront à en payer les interefts.
On parle aussi d'augmenter
le sel d'un quatrin par livre.
Pour implorer la protection
divinedans les conjonctures
presentes le Pape a résolu
de
de faire une nouvelle Proceffion
le jour de la feste de la
Chaire de S. Pierre qui fera le
18. du courant.
Le jour de l'Epiphanie le
Pape affilia à la Chpelle
,
il
v
est toujours en parfaite famé.
Le foir du même jour le
Cardinal Ottobony fie tenir
rAcadcmie des Arcades dans
son appirremcnt,ensuite il y
eût concert) & un très- beau
souperjil y avoit environ cent
per Tonnes à table jentr'autres
TAmbaffcideur de l'Empereur,
& 14 Dames tant Princesses
que Duchesses : cette feste fût
tres - magn.fique & le repas
très fplcndide. ;
Les Ambailadeurs des Couronnes
témoignent faire peu
de cas de ce qui leur a este fignifié
au fujec de l'abolition
des Franclufcs qu'ils voudroient
rétablirais refufenc de
congédier leurs braves, cela irrite
toujours davantage leP-apc
qui a fait bannir fous peine de
la vie des gens de 1 AmbaITadeur
de I-Empereur, qui donnerent
des coups de bacons à
des Sbirres
,
il y a quelques
semaines..
*
Le Cardinal 0 lefcalqui est
sur son départ, il a eu du Pape
son Audiance de congé
,
&:
tout son domeftïqiieWaifa der-
-
Snierement la pantoufle de Sa
,dc Sainteté.
LeCardinalCarraccioly,
Provicaire, a fait present au
Pape,de diverseschoses dé
prix , entre autres d'un Reliqii
lire garny de diamants
,
&
d'autres pierres precieuses ;ce
preCentefteftimé yooo. écus.
Le Cardinal Nuzzy a aussi
envoyé au Pape un Tableau
deSalvator Rosa, d'une grandeur
extraordinaire.
Dernièrement le carresse
^de Dom Antoine Colonne
tenvetfalur laPlace du Jefus,J
celui du Duc Cetarini: il y
avait dedans le iiîs & la fiiîe
dece Duc,ils furent transpor-
- tcz au Pdlais Altiery
, pour se
remettre de la peur que cet
accident leur avoir causé,Dom
Antoine Colonna congedia
auflitôt le Cocher,&le Marquis
Acciviola alla chcz lcDuc
pour lui faire Jà-dc:ssus des excufes
de la part de Dom Antoine
Colonna, dont il est demeure
(atisfait.
Mardy matin le Marquis
Magnany
3
Ambassadeur de
Bologi¡CJ fût pour la premierc
fois à rAudlancc du Pape,cc
fut le ComteAluobrandy son
predecelfeurquile pretenta.
Dimancheau foir cinquième
ducourant, un Exprés apporta
la nomination que fait la
Villede Milan, pour l'Auditoriat
de Rotedecette Nation
vacant par la promotion du
Cardinal Scotty. Les fujecs
proposez font Meilleurs Corio
j
Stampa, & Vifconry. Le
premier ayant eû plus devoix
aefté déclaré par Sa Sainteté,
& l'empioy de Rotante di
Segretaria qu'il retenoit, a eslé
donné à l'Avocat Mcfmcr
Grifon.
LePJpe anomme encore
à d'autres Charges. L'i\bbé
Qgntilonyaesté fait fécond
Collaieial du Capitole
, ce
poftevacquoit par lamort de
l'AvocatLcvidy. L'Abbé Codcbo,
Rc£heurdçCar pentras,
aura, dit-on ,rEvêché de Cita
dJyCaftc!lo,& l'AbbéGafpariny,
Auditeur de la Legation
d'Avignon, fera Rcrâ: ur en (a
plaçe
,
auquel cas l'Avocat
Calcagniny Ferrarois, lui luccederoità
TAuditorat.
On tient des fréquentes
Congregations pour pourvoir
à la seureté & à la"d,.ffi:nfe des
codes de l'Eut Eccieh(tique;
on examine les moyens propofez
pourtrouver les fonds nccefljires
pour la fublîftance des
Vatdeauxqu'on doit donner
àlaRépublique de Vcoire)on
a déjà résoludiriger un mont
qui fera intituléCh.araccallc,
& les revenus de la grosse Abbaye
de ce nom vacante par la
mort de l'EIréteur de Treves
1 serviront à en payer les interefts.
On parle aussi d'augmenter
le sel d'un quatrin par livre.
Pour implorer la protection
divinedans les conjonctures
presentes le Pape a résolu
de
de faire une nouvelle Proceffion
le jour de la feste de la
Chaire de S. Pierre qui fera le
18. du courant.
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706
p. 671-678
Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 30. Janvier dernier, il y eut dans le College de Moulins une Fête pour la [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, College de Moulins, Fête, Orateur, Peuple, Devises, Harangue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Le 30. Janvier dernier , il y eut dans
le College de Moulins une Fête pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
& cette Fête mérite un des premiers rangs
parmi celles qui le font faites , pour
bon gout & l'efprit qui y regnoit . Ce fut
à l'occafion de la Harangue du Pere Du
parc , Regent de Rhétorique. Il la préparoit
depuis long - temps ; mais pour la
prononcer il falloit le concours de certaines
circonftances qui ne ſe réunirent
que le 30. de Janvier.. კი .
La Salle étoit magnifiquement ornée ;
de très- beaux Luftres garnis de bougies
l'éclairoient comme en plein midi ; les
Portraits de toute la Famille Royale y
étoient
672 MERCURE DE FRANCE
étoient expofez dans un bel arrangement.
Mais ce qu'il y avoit de plus fingulier ,
c'eft que des Devifes très- ingenieufes y
étoient mêlées , & avoient un rapport ef
fentiel au fujet de la Harangue , à fa principale
divifion & à fes fubdivifions , enforte
qu'à mesure que l'Orateur parloit ,
les yeux trouvoient dans ces Deviſes des
images liées ingenieufement avec les idées
que l'Orateur préfentoit à l'efprit par
oreilles .
les
M. de Vannolle , Intendant , M. l'Abbé
d'Harcourt , M. l'Abbé de Vannolle , &
tout ce qu'il y avoit de gens confiderables
dans la Ville , ayant pris leurs places , on
diftribua à tout le monde deux Recueils,
dont l'un contenoit les Pieces de Vers que
les Régens du College avoient compofées
fur la Naiffance du Dauphin , preſque
toutes d'un très -bon gout. L'autre contenoit
les Explications des Devifes , mifes
en Vers par les Ecoliers de Rhétorique
; mais le tour des Vers & leur netteté
prouve que le Régent y avoit eu au moins
quelque part.
La Harangue fut parfaitement bien
prononcée , avec une aifance qui marque
un homme né pour parler en public. Le
deffein de la Piece étoit de montrer que
le Dauphin ne pouvoit pas naître dans
des circonstances plus heureuſes, ni pour
luiAVRIL.
1730. 673
lui -même , & ce fut le fujet de la premiere
Partie ; ni pour toute la France ,
& ce fut la matiere de la feconde.
L'Orateur s'ouvrit dans la premiere
Partie un vafte champ & fécond en caracteres
& en traits tirez de l'Hiftoire de
France.
Il montra d'abord les avantages du
Dauphin qui apprendroit à regner fous
les yeux du Roy fon Pere , dont il décrivit
les grandes qualitez ; il commence,
dit l'Orateur , comme Titus , il contínue
comme Augufte , il regne comme Trajan ,
il fe prépare aux combats par de nobles
exercices comme Henry le Grand ... Lo
Dauphin recevra les vertueufes inftructions
d'une Reine , dont la pieté eft encore
au-deffus de fon rang fublime; elle lui
rappellera le fouvenir de fes illuftres.
Ayeux & des grandes vertus qui ont
formé leurs caracteres . Ici l'Orateur parcourut
en maître les grands Rois de la
troifiéme Race , & toucha legerement
les qualitez qui les ont caracterifez . Là ,
Louis XII. Henry IV. Louis le Grand ,
& fur tout faint Louis , furent dignement
loüez . Il trouva auffi dequoi propofer au
Dauphin dans la Maifon de Lechfinski.
L'Orateur paffa enfuite à la difpofition
des efprits à l'égard du Dauphin , ſecond
avantage de fa Naiffance . Quelle impatience
674 MERCURE DE FRANCÉ
tience dans les Peuples ! quels voeux n'ont
ils pas fait pour l'obtenir ! Quelle crainte
ne leur caufoit pas le retardement de
cette heureuſe Naiffance ! Quels ardents
fouhaits un Roi & une Reine , ornez de
tant de grandes vertus , n'excitoient- ils
pas pour un Fils qui réuniroit les rares
qualitez de l'un & de l'autre !
Le troifiéme avantage que trouve le
Dauphin dans les circonftances de fa
Naiffance , c'eſt l'état floriffant & pacifique
du Royaume. Pour le prouver , l'Orateur
compara la France aux Royaumes voifins ,
& cela lui fournit des Reflexions délicates
& vrayes enfuite il la compara
avec elle-même fous nos plus grands Rois,
fous Charlemagne , fous Philippe Augufte ,
&c.... Il en décrivit la puiffance , l'étenduë
, la fertilité , &c .... La nobleſſe,
la juftice , la Religion , les Sciences , les
Beaux Arts , vinrent à leur tour , & reçurent
de grands traits & des couleurs animées
; mais un des plus grands avantages
de la France eft qu'il y ait fous le Roi
un Miniftre le plus fage de tous ceux qui
ont jamais occupé cette place. L'Orateur
fit à cette occafion un parallele hiftorique
qui fut extrémement applaudi & regardé
comme un de ces morceaux lumineux ,
qui quand ils feroient feuls , rendroient
un Ouvrage excellent.. Trois Miniftres
dit-il,
AVRIL. 1730. 675
dit-il , ont fauvé de grands maux à la
France , Richelieu , en réſiſtant avec force
, Mazarin , en cedant avec adreffe , le
Cardinal de Fleury, en les prévenant avec
prudence. Le premier infpiroit la terreurs
le fecond la hardieffe & la confiance ; le
dernier l'amour & le refpect.
Dans la feconde Partie l'Orateur fait
voir que le Dauphin ne pouvoit naître
dans des circonftances plus heureuſes ,
1º.pour la confolation du Roi & de la Reine;
2 ° . pour la joye des Peuples ; 30. pour
l'affermiffement de l'Etat. Cette fubdivifion
eft priſe de la Lettre même du Roi
à M. l'Archevêque de Paris..
Quel plaifir , en effet, a un Roi de Fran
ee , de fe voir un Heritier Tout lui
manque au comble même de la gloire &
de la puiffance , s'il lui manque un Dau
phin ; & quelqu'éclatant que fût le Trôneoù
la Reine étoit montée , quelque tendreffe
que
le Roi eût pour elle , tendreffe
marquée dans mille & mille rencontres
elle n'étoit point entierement heureuſe.
C'est ce qui parut , fur tout lorsque cette
vertueufe Princeffe alla rendre avec tant
de pieté des actions de graces dans la Cathédrale
de Paris , où la joye de fon coeur
éclatoit dans les yeux & dans toute fon
augufte perfonne.
Enfuite l'Orateur décrivit la joye des
peuples
676 MERCURE DE FRANCE
peuples qui avoit déja paffé les bornes ,
forfque le Roi fe crut obligé d'en moderer
les excès . Ce fut là une defcrip
tion pompeufe des Feux d'artifice , des
Fontaines de vin , des Ares de Triomphe ,
& c. & les Auditeurs eurent le plaifir de
fe voir rappeller à la memoiré par des
expreffions élegantes , les Réjoüiffances
de la Ville de Moulins , dont ils avoient
été les Auteurs & les Spectateurs ; Ce
qui produifit dans l'Affemblée un certain
plaifir qu'on fent mieux qu'on ne l'exprime
. Les Feux d'artifice , les Fontaines
de vin qui avoient coulé , le grand Arc
de Triomphe , l'Illumination de la façade
de l'Hôtel de Ville , les Inferiptions , les
Devifes , les autres ornemens que M. de
la Serre , Maire de la Ville , y avoit fait
étaler avec beaucoup de gout , le grand
repas de M. l'Intendant , rien ne fut oublié
dans cette magnifique Deſcription .
La troifiéme Subdivifion renfermoit les
preuves de l'affermiffement de l'Etat par
la Naiffance du Dauphin.
L'Orateur finit par une récapitulation
de tout ce qu'il avoit dit ; il le raffembla
en peu de mots , & y ajoûta un éloge
fin & bien tourné , de M. l'Intendant .
DEVISES .
Premiere Devife. Un Soleil naiffant , &
au .
AVRIL . 1730. 677
au- deffous la Terre , Sibi fulget & orbi.
2 Devife. Un Vaiffeau guidé par l'Etoile
Polaire , Refpice ; tuta via eft.
3. Un Lys au milieu d'un Parterre
dont il efface toutes les fleurs par fon
éclat & par fa hauteur , avec ces paroles
de Virgile , Unum illud praque omnibus
ипит.
4. Un Alcyon dans fon nid fur une
Mer tranquille , Illo nafcente quiefcunt.
se . Une Poule qui fe voit avec complaifance
, fuivie d'un jeune Coq & de
trois petites Poules , avec ces mots de
Virgile , Mea magna potentia folus.
6. Un Parterre de fleurs qui femblent
renaître à la naiffance du Soleil , Te nafcente
renafcimur omnes.
7. Un Soleil au milieu du Monde ;
qui éclaire les Planettes & la Terre , Quis
fulgor ab uno !
8. En l'honneur de M. le Cardinal de
Fleury. C'eft un Parterre femé de Rofes
& de Lys , Stant bene purpureis Lilia mixta
Rofis.
9. Pour M. l'Intendant. Un Vaiffeau
qui par fon heureuſe arrivée au Port , met
toute la Ville dans la joye , Venitfeliciter
urbi.
M. de Vannolle vint prendre poffeffion
de l'Intendance du Bourbonnois à la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
La
678 MERCURE DE FRANCE
La 10. Un Cafque chargé de tous fes
ornemens , avec ces paroles de Virgile ,
Decus & Tutamen.
On a voulu exprimer par là que la Ville
de Moulins étant la Capitale du Bourbonnois
, d'où la Famille regnante a pris
fon nom , la Naiffance d'un Dauphin eft
pour cette Ville un ornement & un appui .
11. Un Dauphin portant fur fon dos
Arion , qui joue de fa Lyre , Quam dulcia
premia Cantus !
On a eu deffein de marquer par ·là que
les Ecoliers qui ont fait ces Devifes , font
affez récompenfez par l'honneur d'avoir
travaillé pour le Dauphin.
A la fortie de cette Harangue les Auditeurs
trouverent la Cour du College
toute illuminée , les Fenêtres & les portes
, tout brilloit d'une infinité de Lampions
; mais fur tout la grande porte faifoit
un effet furprenant. Depuis le rezde-
chauffée elle étoit environnée de filets
de lumieres qui formoient des Deffeins
d'Architecture & s'élevoient jufqu'à une
très-grande hauteur .
le College de Moulins une Fête pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
& cette Fête mérite un des premiers rangs
parmi celles qui le font faites , pour
bon gout & l'efprit qui y regnoit . Ce fut
à l'occafion de la Harangue du Pere Du
parc , Regent de Rhétorique. Il la préparoit
depuis long - temps ; mais pour la
prononcer il falloit le concours de certaines
circonftances qui ne ſe réunirent
que le 30. de Janvier.. კი .
La Salle étoit magnifiquement ornée ;
de très- beaux Luftres garnis de bougies
l'éclairoient comme en plein midi ; les
Portraits de toute la Famille Royale y
étoient
672 MERCURE DE FRANCE
étoient expofez dans un bel arrangement.
Mais ce qu'il y avoit de plus fingulier ,
c'eft que des Devifes très- ingenieufes y
étoient mêlées , & avoient un rapport ef
fentiel au fujet de la Harangue , à fa principale
divifion & à fes fubdivifions , enforte
qu'à mesure que l'Orateur parloit ,
les yeux trouvoient dans ces Deviſes des
images liées ingenieufement avec les idées
que l'Orateur préfentoit à l'efprit par
oreilles .
les
M. de Vannolle , Intendant , M. l'Abbé
d'Harcourt , M. l'Abbé de Vannolle , &
tout ce qu'il y avoit de gens confiderables
dans la Ville , ayant pris leurs places , on
diftribua à tout le monde deux Recueils,
dont l'un contenoit les Pieces de Vers que
les Régens du College avoient compofées
fur la Naiffance du Dauphin , preſque
toutes d'un très -bon gout. L'autre contenoit
les Explications des Devifes , mifes
en Vers par les Ecoliers de Rhétorique
; mais le tour des Vers & leur netteté
prouve que le Régent y avoit eu au moins
quelque part.
La Harangue fut parfaitement bien
prononcée , avec une aifance qui marque
un homme né pour parler en public. Le
deffein de la Piece étoit de montrer que
le Dauphin ne pouvoit pas naître dans
des circonstances plus heureuſes, ni pour
luiAVRIL.
1730. 673
lui -même , & ce fut le fujet de la premiere
Partie ; ni pour toute la France ,
& ce fut la matiere de la feconde.
L'Orateur s'ouvrit dans la premiere
Partie un vafte champ & fécond en caracteres
& en traits tirez de l'Hiftoire de
France.
Il montra d'abord les avantages du
Dauphin qui apprendroit à regner fous
les yeux du Roy fon Pere , dont il décrivit
les grandes qualitez ; il commence,
dit l'Orateur , comme Titus , il contínue
comme Augufte , il regne comme Trajan ,
il fe prépare aux combats par de nobles
exercices comme Henry le Grand ... Lo
Dauphin recevra les vertueufes inftructions
d'une Reine , dont la pieté eft encore
au-deffus de fon rang fublime; elle lui
rappellera le fouvenir de fes illuftres.
Ayeux & des grandes vertus qui ont
formé leurs caracteres . Ici l'Orateur parcourut
en maître les grands Rois de la
troifiéme Race , & toucha legerement
les qualitez qui les ont caracterifez . Là ,
Louis XII. Henry IV. Louis le Grand ,
& fur tout faint Louis , furent dignement
loüez . Il trouva auffi dequoi propofer au
Dauphin dans la Maifon de Lechfinski.
L'Orateur paffa enfuite à la difpofition
des efprits à l'égard du Dauphin , ſecond
avantage de fa Naiffance . Quelle impatience
674 MERCURE DE FRANCÉ
tience dans les Peuples ! quels voeux n'ont
ils pas fait pour l'obtenir ! Quelle crainte
ne leur caufoit pas le retardement de
cette heureuſe Naiffance ! Quels ardents
fouhaits un Roi & une Reine , ornez de
tant de grandes vertus , n'excitoient- ils
pas pour un Fils qui réuniroit les rares
qualitez de l'un & de l'autre !
Le troifiéme avantage que trouve le
Dauphin dans les circonftances de fa
Naiffance , c'eſt l'état floriffant & pacifique
du Royaume. Pour le prouver , l'Orateur
compara la France aux Royaumes voifins ,
& cela lui fournit des Reflexions délicates
& vrayes enfuite il la compara
avec elle-même fous nos plus grands Rois,
fous Charlemagne , fous Philippe Augufte ,
&c.... Il en décrivit la puiffance , l'étenduë
, la fertilité , &c .... La nobleſſe,
la juftice , la Religion , les Sciences , les
Beaux Arts , vinrent à leur tour , & reçurent
de grands traits & des couleurs animées
; mais un des plus grands avantages
de la France eft qu'il y ait fous le Roi
un Miniftre le plus fage de tous ceux qui
ont jamais occupé cette place. L'Orateur
fit à cette occafion un parallele hiftorique
qui fut extrémement applaudi & regardé
comme un de ces morceaux lumineux ,
qui quand ils feroient feuls , rendroient
un Ouvrage excellent.. Trois Miniftres
dit-il,
AVRIL. 1730. 675
dit-il , ont fauvé de grands maux à la
France , Richelieu , en réſiſtant avec force
, Mazarin , en cedant avec adreffe , le
Cardinal de Fleury, en les prévenant avec
prudence. Le premier infpiroit la terreurs
le fecond la hardieffe & la confiance ; le
dernier l'amour & le refpect.
Dans la feconde Partie l'Orateur fait
voir que le Dauphin ne pouvoit naître
dans des circonftances plus heureuſes ,
1º.pour la confolation du Roi & de la Reine;
2 ° . pour la joye des Peuples ; 30. pour
l'affermiffement de l'Etat. Cette fubdivifion
eft priſe de la Lettre même du Roi
à M. l'Archevêque de Paris..
Quel plaifir , en effet, a un Roi de Fran
ee , de fe voir un Heritier Tout lui
manque au comble même de la gloire &
de la puiffance , s'il lui manque un Dau
phin ; & quelqu'éclatant que fût le Trôneoù
la Reine étoit montée , quelque tendreffe
que
le Roi eût pour elle , tendreffe
marquée dans mille & mille rencontres
elle n'étoit point entierement heureuſe.
C'est ce qui parut , fur tout lorsque cette
vertueufe Princeffe alla rendre avec tant
de pieté des actions de graces dans la Cathédrale
de Paris , où la joye de fon coeur
éclatoit dans les yeux & dans toute fon
augufte perfonne.
Enfuite l'Orateur décrivit la joye des
peuples
676 MERCURE DE FRANCE
peuples qui avoit déja paffé les bornes ,
forfque le Roi fe crut obligé d'en moderer
les excès . Ce fut là une defcrip
tion pompeufe des Feux d'artifice , des
Fontaines de vin , des Ares de Triomphe ,
& c. & les Auditeurs eurent le plaifir de
fe voir rappeller à la memoiré par des
expreffions élegantes , les Réjoüiffances
de la Ville de Moulins , dont ils avoient
été les Auteurs & les Spectateurs ; Ce
qui produifit dans l'Affemblée un certain
plaifir qu'on fent mieux qu'on ne l'exprime
. Les Feux d'artifice , les Fontaines
de vin qui avoient coulé , le grand Arc
de Triomphe , l'Illumination de la façade
de l'Hôtel de Ville , les Inferiptions , les
Devifes , les autres ornemens que M. de
la Serre , Maire de la Ville , y avoit fait
étaler avec beaucoup de gout , le grand
repas de M. l'Intendant , rien ne fut oublié
dans cette magnifique Deſcription .
La troifiéme Subdivifion renfermoit les
preuves de l'affermiffement de l'Etat par
la Naiffance du Dauphin.
L'Orateur finit par une récapitulation
de tout ce qu'il avoit dit ; il le raffembla
en peu de mots , & y ajoûta un éloge
fin & bien tourné , de M. l'Intendant .
DEVISES .
Premiere Devife. Un Soleil naiffant , &
au .
AVRIL . 1730. 677
au- deffous la Terre , Sibi fulget & orbi.
2 Devife. Un Vaiffeau guidé par l'Etoile
Polaire , Refpice ; tuta via eft.
3. Un Lys au milieu d'un Parterre
dont il efface toutes les fleurs par fon
éclat & par fa hauteur , avec ces paroles
de Virgile , Unum illud praque omnibus
ипит.
4. Un Alcyon dans fon nid fur une
Mer tranquille , Illo nafcente quiefcunt.
se . Une Poule qui fe voit avec complaifance
, fuivie d'un jeune Coq & de
trois petites Poules , avec ces mots de
Virgile , Mea magna potentia folus.
6. Un Parterre de fleurs qui femblent
renaître à la naiffance du Soleil , Te nafcente
renafcimur omnes.
7. Un Soleil au milieu du Monde ;
qui éclaire les Planettes & la Terre , Quis
fulgor ab uno !
8. En l'honneur de M. le Cardinal de
Fleury. C'eft un Parterre femé de Rofes
& de Lys , Stant bene purpureis Lilia mixta
Rofis.
9. Pour M. l'Intendant. Un Vaiffeau
qui par fon heureuſe arrivée au Port , met
toute la Ville dans la joye , Venitfeliciter
urbi.
M. de Vannolle vint prendre poffeffion
de l'Intendance du Bourbonnois à la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
La
678 MERCURE DE FRANCE
La 10. Un Cafque chargé de tous fes
ornemens , avec ces paroles de Virgile ,
Decus & Tutamen.
On a voulu exprimer par là que la Ville
de Moulins étant la Capitale du Bourbonnois
, d'où la Famille regnante a pris
fon nom , la Naiffance d'un Dauphin eft
pour cette Ville un ornement & un appui .
11. Un Dauphin portant fur fon dos
Arion , qui joue de fa Lyre , Quam dulcia
premia Cantus !
On a eu deffein de marquer par ·là que
les Ecoliers qui ont fait ces Devifes , font
affez récompenfez par l'honneur d'avoir
travaillé pour le Dauphin.
A la fortie de cette Harangue les Auditeurs
trouverent la Cour du College
toute illuminée , les Fenêtres & les portes
, tout brilloit d'une infinité de Lampions
; mais fur tout la grande porte faifoit
un effet furprenant. Depuis le rezde-
chauffée elle étoit environnée de filets
de lumieres qui formoient des Deffeins
d'Architecture & s'élevoient jufqu'à une
très-grande hauteur .
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Résumé : Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Le 30 janvier dernier, le Collège de Moulins a célébré la naissance du Dauphin lors d'une fête remarquable pour son bon goût et son esprit. Cette célébration a eu lieu à l'occasion de la harangue du Père Du Parc, régent de Rhétorique, qu'il avait préparée depuis longtemps. La salle était magnifiquement ornée, éclairée par de beaux lustres et décorée des portraits de la famille royale. Des devises ingénieuses, en lien avec le sujet de la harangue, étaient également présentes. Des personnalités notables, dont M. de Vannolle, Intendant, et plusieurs abbés, étaient présentes. Deux recueils ont été distribués : l'un contenant des pièces de vers composées par les régents du Collège pour la naissance du Dauphin, et l'autre des explications des devises en vers, rédigées par les écoliers de Rhétorique avec l'aide du régent. La harangue, parfaitement prononcée, soulignait que le Dauphin ne pouvait naître dans des circonstances plus heureuses, ni pour lui-même ni pour la France. L'orateur a décrit les avantages du Dauphin, qui apprendrait à régner sous l'œil du roi son père, et les vertus de la reine. Il a également évoqué l'impatience et les vœux des peuples pour la naissance du Dauphin, ainsi que l'état florissant et pacifique du royaume. La harangue se divisait en deux parties : la première montrait les avantages pour le Dauphin et la France, et la seconde soulignait la consolation du roi et de la reine, la joie des peuples et l'affermissement de l'État. L'orateur a conclu par une récapitulation et un éloge de M. l'Intendant. Des devises symboliques, comme un soleil naissant ou un vaisseau guidé par l'étoile polaire, étaient présentes pour illustrer les thèmes de la harangue. À la fin de la harangue, la cour du Collège était illuminée, créant un effet surprenant avec des filets de lumières formant des dessins architecturaux.
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707
p. 33-41
ELEGIE.
Début :
La Piece qui suit, renferme de nouveaux Eloges de Sa Majesté. / Affligé de ma peine, & du bien qui me suit, [...]
Mots clefs :
Éloges, Monarque, Repentir, Seigneurs, Peine, Blâmer, Esprit, Fortune, Soleil, Auguste, Louis le Grand, Bonheur, Vertu, Piété, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
La Piece qui fuit , renfer
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une pièce intitulée 'La Pièce qui fuit' écrite par M. de Cantenac, théologal de Seez. L'auteur exprime son regret de n'avoir pas dédié toute sa vie au service du roi, contrairement à ses actions antérieures où il servait des grands seigneurs. Il déplore sa situation actuelle, qualifiant sa vie de longue nuit de tristesse et de malheurs, qu'il attribue à son imprudence plutôt qu'à la fortune. L'auteur utilise une métaphore maritime pour illustrer la gestion de sa vie, regrettant de ne pas avoir suivi une voie plus sage. Il admire profondément le roi Louis XIV, soulignant ses victoires militaires et sa grandeur. Le roi est décrit comme un monarque puissant et juste, ayant soumis de nombreux peuples et établi son empire grâce à sa valeur et sa piété. Sa réputation inspire respect et admiration à travers le monde. L'auteur exprime également son désir ardent de servir le roi pour échapper à sa misère actuelle, affirmant que servir fidèlement son roi est la clé du bonheur et de la gloire.
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708
p. 31-40
Suite des Nouvelles de Rome.
Début :
Dimanche, jour de l'Anniversaire du Couronnement du Pape, il [...]
Mots clefs :
Cardinal, Rome, Palais, Empereur, Pape
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Rome.
Suite des Nouvelles de Rome.
Dimanche , jour de l'Anniverſaire
du Couronnement du
Pape , il y eut , felon la coûtume,
Chapelle à Montecavallo;
mais Sa Sainteté n'y aſſiſta
point. Elle évite toûjours , autant
qu'ellepeut, les fonctions
pour tâcher de rétablir parfaitement
ſa ſanté.
4 L'Ambaſſadeur de l'Empereur
ayant envoyé dire au Car .
dinalOttobon qu'il ſouhaitoit
de le viſiter pour le congraruler
ſur l'heureux accouche
Ciiij
32 MERCURE
ment de la Ducheſſe de Fiano ,
fon Eminence ne put recevoir
ſa viſite , ſe trouvant alors fur
le point de fortir pour aller
dîner chez le Duc de Fiano ;
mais ce Cardinal envoya faire
ſes excuſes à l'Ambaſſadeur ,
qui pour comble d'honnêteté
expedia à l'inſtant fon Maître
de Chambre pour aller faire
ce compliment de ſa part dans
la maiſon duDuc de Fiano , où
ſon Eminence le reçut ; & en
fortant le Maistre de Chambre
laiſſa à la fale une bonne quan-.
tité d'écus d'or pour étrenes
aux Domestiques.
1
GALANT. 33
L'Abbé Perlas , frere duSecretaire
des Dépêches de l'Empereur
, eſt arrivé de Vienne
encetteCour. Sa Majesté Imperiale
l'a nommé à l'Archevêché
de Brindeſi , ſitué dans le
Royaume de Naples. Le Cardinal
Albani luy a fait preparer
un Appartement dans le
Conventde S. Romuald.
Sous le Pontificat d'Innocent
XII . le Cardinal Corſini
eſtant alors Threſorier , fut
obligé à payer à la Chambre
37. mille écus qu'il avoit avancé
, avec un peu trop de confiance
, à un certain Zinaghi ,
34 MERCURE
alors Miniſtre des Galeres de
cet Etat, qui manqua& quitta
Rome. Aujourd'huy le Pape,
à l'inſtance de ce Cardinal , a
deſtiné uneCongregation de
dix Prelats pour reconnoiſtre
fi ſon Eminence pouvoit avoir
l'appel au Tribunal de laRote;
dela Sentence qu'il remporta ;
ce qui a cité refolu par ladite
Congregation enfaveur de ce
Cardinal. Quelques Sbirres
ayant eu la hardieſſe de paffer
derriere le Palais de l'Ambas
fadeur de Portugal , furent
furpris par les Domeſtiques de
fon Excellence & chargez à
CALANT. 35
coupsde bâtons juſques ſous
la grande porte du Palais du
Cardinal Imperiali , où ils ſe
fauverent.
Pareillement les Gardes du
la
Palais d'Eſpagne pourſuivirent
l'autre jour , les armes à
main , pluſieurs Sbirres qui
paſſoient dans la Place ; mais la
nuit ſuivante , par ordre du
Gouverneur , une quantité de
Sbirres ſe poſterent devantce
Palais, apparemment parvengeance
de ce qui eſtoit arrivé
le même jour : neanmoins les
Gardes,n'ayant point paru ,
cela n'a cu aucune fuite fa
cheufe.
36 MERCURE
2. On a publié & affiché trois
nouveaux& tres longs Moni.
toires touchant les affaires de
Sicile ; l'on voit par ces nouvelles
cenſures que l'aigreur&
l'animoſité augmentent tou
jours...
i Dernierement l'Ambaffadeur
de l'Empereur retint à
dîner deux Comtes de Zinzindorf&
un autre de la Maiſon
Tunghen. Le dîner fini , fon
Excellence ſe retira & les laiſſa
en liberté. Il arriva qu'en difcourant
ils eurent du different
entr'eux & ſe donnerent un
défi. Auſſi tôt aprés ilsmonteGALANC.
37
rent en carroffe pour aller fe
battre hors de Rome.: L'Ambafladeur
en ayant eſté averti ,
ſe tranſporta fur le lieu ; &
aprés leur avoir fait faire la
paix,les ramena au logis
On prétend que l'Evêché
deCitta di Caſtello eſt deſtiné
àM. Canzacchinoki
an Le pere de M. Paffionci eſt
fortmécontentde ce quel'on
n'a donné à ſon fils que la
Charge d'Inquifiteur deMalthe.
Il ſe recrice fortement làdeffus
, difant qu'aprés avoir
dépenſé plusde 25. mille écus
pour le faite briller aux Con-
2.
38 MERCURE
grezde la Paix d'Utrech & de
Bade, il luy eſt bien ſenſible
de le voir fi mal recompenfe.
M. le Gouverneur deRome
envoya au Cardinal Conti &
àM.l'Evêque deTerracinaun
Gentilhomme pour leur faire
quelque forte d'excuſe fur
l'emprisonnement du Decan
dont on a parlé dans leslavis
precedents ; mais ce Gentilhomme
n'a eſté receu ni du
Cardinal , ni du Prelat
L'AbbéScarlatti , Miniſtre
du Duc de Bavidre en cette
Cour,fut dernierement trouver
le Cardinal Doyen pour
GALAND. 39
د
Juy repreſenter ,dela part de
fon Maiſtre , le defir qu'avoit
Son Alteffe, que dans les Lettres
que le Sacré College luy
écrit , toute la ſouſcription
fût de la main des Cardinaux ,
& particulierement de ſon
Eminence , qui a coûtume de
faire mettre l'affectionatiffimo
fervitore de la main du Secretaire.
Le Cardinal irrité d'une
pareille inſtance , réponditque
le Duc de Baviere devoit ſe
contenter duceremonial dont
il ſe ſervoit luy-même à l'é
gard des Cardinaux ,& que fi
celane le fatisfaifoit point , il
M zolg
40 MERCURE
ne luy écriroit pas davantage.
Je ne ſçay comment , en bon
François , on peut nommer
une pareille réponſe.
Dimanche , jour de l'Anniverſaire
du Couronnement du
Pape , il y eut , felon la coûtume,
Chapelle à Montecavallo;
mais Sa Sainteté n'y aſſiſta
point. Elle évite toûjours , autant
qu'ellepeut, les fonctions
pour tâcher de rétablir parfaitement
ſa ſanté.
4 L'Ambaſſadeur de l'Empereur
ayant envoyé dire au Car .
dinalOttobon qu'il ſouhaitoit
de le viſiter pour le congraruler
ſur l'heureux accouche
Ciiij
32 MERCURE
ment de la Ducheſſe de Fiano ,
fon Eminence ne put recevoir
ſa viſite , ſe trouvant alors fur
le point de fortir pour aller
dîner chez le Duc de Fiano ;
mais ce Cardinal envoya faire
ſes excuſes à l'Ambaſſadeur ,
qui pour comble d'honnêteté
expedia à l'inſtant fon Maître
de Chambre pour aller faire
ce compliment de ſa part dans
la maiſon duDuc de Fiano , où
ſon Eminence le reçut ; & en
fortant le Maistre de Chambre
laiſſa à la fale une bonne quan-.
tité d'écus d'or pour étrenes
aux Domestiques.
1
GALANT. 33
L'Abbé Perlas , frere duSecretaire
des Dépêches de l'Empereur
, eſt arrivé de Vienne
encetteCour. Sa Majesté Imperiale
l'a nommé à l'Archevêché
de Brindeſi , ſitué dans le
Royaume de Naples. Le Cardinal
Albani luy a fait preparer
un Appartement dans le
Conventde S. Romuald.
Sous le Pontificat d'Innocent
XII . le Cardinal Corſini
eſtant alors Threſorier , fut
obligé à payer à la Chambre
37. mille écus qu'il avoit avancé
, avec un peu trop de confiance
, à un certain Zinaghi ,
34 MERCURE
alors Miniſtre des Galeres de
cet Etat, qui manqua& quitta
Rome. Aujourd'huy le Pape,
à l'inſtance de ce Cardinal , a
deſtiné uneCongregation de
dix Prelats pour reconnoiſtre
fi ſon Eminence pouvoit avoir
l'appel au Tribunal de laRote;
dela Sentence qu'il remporta ;
ce qui a cité refolu par ladite
Congregation enfaveur de ce
Cardinal. Quelques Sbirres
ayant eu la hardieſſe de paffer
derriere le Palais de l'Ambas
fadeur de Portugal , furent
furpris par les Domeſtiques de
fon Excellence & chargez à
CALANT. 35
coupsde bâtons juſques ſous
la grande porte du Palais du
Cardinal Imperiali , où ils ſe
fauverent.
Pareillement les Gardes du
la
Palais d'Eſpagne pourſuivirent
l'autre jour , les armes à
main , pluſieurs Sbirres qui
paſſoient dans la Place ; mais la
nuit ſuivante , par ordre du
Gouverneur , une quantité de
Sbirres ſe poſterent devantce
Palais, apparemment parvengeance
de ce qui eſtoit arrivé
le même jour : neanmoins les
Gardes,n'ayant point paru ,
cela n'a cu aucune fuite fa
cheufe.
36 MERCURE
2. On a publié & affiché trois
nouveaux& tres longs Moni.
toires touchant les affaires de
Sicile ; l'on voit par ces nouvelles
cenſures que l'aigreur&
l'animoſité augmentent tou
jours...
i Dernierement l'Ambaffadeur
de l'Empereur retint à
dîner deux Comtes de Zinzindorf&
un autre de la Maiſon
Tunghen. Le dîner fini , fon
Excellence ſe retira & les laiſſa
en liberté. Il arriva qu'en difcourant
ils eurent du different
entr'eux & ſe donnerent un
défi. Auſſi tôt aprés ilsmonteGALANC.
37
rent en carroffe pour aller fe
battre hors de Rome.: L'Ambafladeur
en ayant eſté averti ,
ſe tranſporta fur le lieu ; &
aprés leur avoir fait faire la
paix,les ramena au logis
On prétend que l'Evêché
deCitta di Caſtello eſt deſtiné
àM. Canzacchinoki
an Le pere de M. Paffionci eſt
fortmécontentde ce quel'on
n'a donné à ſon fils que la
Charge d'Inquifiteur deMalthe.
Il ſe recrice fortement làdeffus
, difant qu'aprés avoir
dépenſé plusde 25. mille écus
pour le faite briller aux Con-
2.
38 MERCURE
grezde la Paix d'Utrech & de
Bade, il luy eſt bien ſenſible
de le voir fi mal recompenfe.
M. le Gouverneur deRome
envoya au Cardinal Conti &
àM.l'Evêque deTerracinaun
Gentilhomme pour leur faire
quelque forte d'excuſe fur
l'emprisonnement du Decan
dont on a parlé dans leslavis
precedents ; mais ce Gentilhomme
n'a eſté receu ni du
Cardinal , ni du Prelat
L'AbbéScarlatti , Miniſtre
du Duc de Bavidre en cette
Cour,fut dernierement trouver
le Cardinal Doyen pour
GALAND. 39
د
Juy repreſenter ,dela part de
fon Maiſtre , le defir qu'avoit
Son Alteffe, que dans les Lettres
que le Sacré College luy
écrit , toute la ſouſcription
fût de la main des Cardinaux ,
& particulierement de ſon
Eminence , qui a coûtume de
faire mettre l'affectionatiffimo
fervitore de la main du Secretaire.
Le Cardinal irrité d'une
pareille inſtance , réponditque
le Duc de Baviere devoit ſe
contenter duceremonial dont
il ſe ſervoit luy-même à l'é
gard des Cardinaux ,& que fi
celane le fatisfaifoit point , il
M zolg
40 MERCURE
ne luy écriroit pas davantage.
Je ne ſçay comment , en bon
François , on peut nommer
une pareille réponſe.
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709
p. 34-43
Supplement au Memoire inseré dans le Mercure de Trévoux de Janvier 1711. Sur les changements arrivez à la surface de la Terre. Par Mr PARENT Autheur du Memoire.
Début :
Pour ne pas grossir trop ce premier Memoire, je me [...]
Mots clefs :
Terre, Surfaces, Couches, Montagnes, Souterrain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement au Memoire inseré dans le Mercure de Trévoux de Janvier 1711. Sur les changements arrivez à la surface de la Terre. Par Mr PARENT Autheur du Memoire.
Supplément au Mémoire insere dans le Mercure de Trévoux deJanvier 1711.sur
les changements arrive% à
lasurface de la Terre.
Par Mr PARENT Antheur
du Memoire.
Pour ne pas grossir trop
ce premier Memoire,je me
fuis exprèsabstenu d'expliquer alors les causes de
quelquessingularitez qu'-
on trouve dans la Terre,
à différentes profondeurs,
comme des restes de navires
,
differents
u
stancilles,
sçavoir des ferrements, des
tests de pots
3
du charbon
,
&c. différents lits de terre
cultivée, des terres marescageuses
,
des plantes de
toutes especes desechees
,
des animaux secs., ou pe- trisiez, ou feulement terrifiez
,
différents coquillages de mer, despoissons
de mer de toutes especes,
deseichez ou petrifiez, des
grands chemins pavez, &
jusqu'à des Villes entieres,
des squelettes d'hommes,
d'éléphants, de tigres,&c.
je n'ay pas mesme approfondi la cause des embrasements souterrains qui
produisent les tremblemens de terre.Voicy maintenant ce que j'en pense en
deux mots. Premierement
quant aux particularirez de
laTerre corticale, elles démonstrent manifestement
que la surface de la Terre
habitée, s
est trouvée à
toures ces différentes profondeurs, où l'on rencontre les vestiges que nous
venons de citer. Il reste
donc d'expliquer de quelle
maniere ces différentesfurfaces ont par succession de
temps esté couvertes de
nouvelles couches de terre ; & cela jusqu'à six ou
sept reprises differentes, ôc
jusqu'à la profondeur de
prés de cent pieds. Or il
suffit pour expliquer toutes
ces couches de concevoir
que la Terre a
esté formée à différentes fois, par
un concours d'atofmes qui
tendent tous vers son centre par leur pesanteur
,
Ôc
cela dans des intervalles
de -
temps fort esloignez
les uns desaurres; &jene
trouve point qu'il soit plus
difficile
,
ny moins physique, de la concevoir ainsi
formée, que de supposer
qu'elle ait esté formée tout
de suite, sans interruption,
jusqu'à la grosseur où nous
la trouvons aujourd'huy.
Mais outre cette cause génerale, &que tout le monde peut aisément deviner,
il y en a une seconde particulière
,
un peu plus cachée. Ce sont les pluyes
extraordinaires, ou delu-
ges d'eauxtombées sur les
montagnes, qui doivent en
avoir détrempé & emporté les terres labourables
dans les vallées
,
& les y
avoir déposées pendant
leurs inondations. Ainsi
une de ces premieresinondations aura couvert la premieresurface de la Terre
d'une seconde surface; &
celle cy aura enseveli fous
elle tout ce qui se trouvoit
sur Il premiere
,
plantes,
animaux, coquillages, ustancHes, Villes
,
&c. qui
se seront par succession ou
corrompus, ou déseichez,
ou mesme pérrifiez
,
selon
la nature de la Terre
,
où
toutes ces choses se feront
trouvées. Parce moyen les
vallées se feront élevées
peu à peu, à mesure que les
Commets des montagnes se
feront dépoüilleet de leurs
terres; & les mers auront
(fié obligées de s'éloigner.
en me sme temps du pied
des montagnes. Il n'y a
rien aureste encela quine
soit conforme à l'experience journalière, & il ne ferait pas difficile d'en apporter
porter quantité d'exemples connus.
A l'égard des embrasementssousterrains, la cause generale n'est pas différente de celle qui fait allumer le Tonnerre) le foin
dans les granges; la va-
,
peur qui sort de la fameuse
fontaine de Varsovie, ou
des lacs qui sont sur une
des montagnes d'Auvergne
,
ou sur une des Pyrenées,ou de ces puits de feu
Ci communs'à la Chine.&c.
sçavoir que quand l'exhalasson sulphurée est asem-
bleeenassez grande quan- tité pour pouvoir ecarter
l'air environnant, cjlefidu
feu. Il est vray que ces
feux échauffent les eaux
sousterraines, & leur font
jetter quantité de vapeurs,
qui estant poussées par la
violence du feu
,
ont une
force prodigieuse pour se
faire jour, & rompre tous
les obstacles qui les resserrent, ainsi qu'on l'éprouve
dans. les, Eolipiles qui crevent comme des bombes.
Il y a
aussi quelques eau..
fçî. particulieres qui peu.
vent allumer du feu,comme des meslanges d'eau,
de matiere ferrugineuse,
& de souffre(ainsi que Mr
Emery le rapporte) & autres fermentations encore
inconnuës; & mesme lorsque l'exhalaisonest fort
seiche comme dans les mines de charbon, la deule
cheute d'une pierre sur une
autre, sufffit pour faire un embrasement épouventable.
les changements arrive% à
lasurface de la Terre.
Par Mr PARENT Antheur
du Memoire.
Pour ne pas grossir trop
ce premier Memoire,je me
fuis exprèsabstenu d'expliquer alors les causes de
quelquessingularitez qu'-
on trouve dans la Terre,
à différentes profondeurs,
comme des restes de navires
,
differents
u
stancilles,
sçavoir des ferrements, des
tests de pots
3
du charbon
,
&c. différents lits de terre
cultivée, des terres marescageuses
,
des plantes de
toutes especes desechees
,
des animaux secs., ou pe- trisiez, ou feulement terrifiez
,
différents coquillages de mer, despoissons
de mer de toutes especes,
deseichez ou petrifiez, des
grands chemins pavez, &
jusqu'à des Villes entieres,
des squelettes d'hommes,
d'éléphants, de tigres,&c.
je n'ay pas mesme approfondi la cause des embrasements souterrains qui
produisent les tremblemens de terre.Voicy maintenant ce que j'en pense en
deux mots. Premierement
quant aux particularirez de
laTerre corticale, elles démonstrent manifestement
que la surface de la Terre
habitée, s
est trouvée à
toures ces différentes profondeurs, où l'on rencontre les vestiges que nous
venons de citer. Il reste
donc d'expliquer de quelle
maniere ces différentesfurfaces ont par succession de
temps esté couvertes de
nouvelles couches de terre ; & cela jusqu'à six ou
sept reprises differentes, ôc
jusqu'à la profondeur de
prés de cent pieds. Or il
suffit pour expliquer toutes
ces couches de concevoir
que la Terre a
esté formée à différentes fois, par
un concours d'atofmes qui
tendent tous vers son centre par leur pesanteur
,
Ôc
cela dans des intervalles
de -
temps fort esloignez
les uns desaurres; &jene
trouve point qu'il soit plus
difficile
,
ny moins physique, de la concevoir ainsi
formée, que de supposer
qu'elle ait esté formée tout
de suite, sans interruption,
jusqu'à la grosseur où nous
la trouvons aujourd'huy.
Mais outre cette cause génerale, &que tout le monde peut aisément deviner,
il y en a une seconde particulière
,
un peu plus cachée. Ce sont les pluyes
extraordinaires, ou delu-
ges d'eauxtombées sur les
montagnes, qui doivent en
avoir détrempé & emporté les terres labourables
dans les vallées
,
& les y
avoir déposées pendant
leurs inondations. Ainsi
une de ces premieresinondations aura couvert la premieresurface de la Terre
d'une seconde surface; &
celle cy aura enseveli fous
elle tout ce qui se trouvoit
sur Il premiere
,
plantes,
animaux, coquillages, ustancHes, Villes
,
&c. qui
se seront par succession ou
corrompus, ou déseichez,
ou mesme pérrifiez
,
selon
la nature de la Terre
,
où
toutes ces choses se feront
trouvées. Parce moyen les
vallées se feront élevées
peu à peu, à mesure que les
Commets des montagnes se
feront dépoüilleet de leurs
terres; & les mers auront
(fié obligées de s'éloigner.
en me sme temps du pied
des montagnes. Il n'y a
rien aureste encela quine
soit conforme à l'experience journalière, & il ne ferait pas difficile d'en apporter
porter quantité d'exemples connus.
A l'égard des embrasementssousterrains, la cause generale n'est pas différente de celle qui fait allumer le Tonnerre) le foin
dans les granges; la va-
,
peur qui sort de la fameuse
fontaine de Varsovie, ou
des lacs qui sont sur une
des montagnes d'Auvergne
,
ou sur une des Pyrenées,ou de ces puits de feu
Ci communs'à la Chine.&c.
sçavoir que quand l'exhalasson sulphurée est asem-
bleeenassez grande quan- tité pour pouvoir ecarter
l'air environnant, cjlefidu
feu. Il est vray que ces
feux échauffent les eaux
sousterraines, & leur font
jetter quantité de vapeurs,
qui estant poussées par la
violence du feu
,
ont une
force prodigieuse pour se
faire jour, & rompre tous
les obstacles qui les resserrent, ainsi qu'on l'éprouve
dans. les, Eolipiles qui crevent comme des bombes.
Il y a
aussi quelques eau..
fçî. particulieres qui peu.
vent allumer du feu,comme des meslanges d'eau,
de matiere ferrugineuse,
& de souffre(ainsi que Mr
Emery le rapporte) & autres fermentations encore
inconnuës; & mesme lorsque l'exhalaisonest fort
seiche comme dans les mines de charbon, la deule
cheute d'une pierre sur une
autre, sufffit pour faire un embrasement épouventable.
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Résumé : Supplement au Memoire inseré dans le Mercure de Trévoux de Janvier 1711. Sur les changements arrivez à la surface de la Terre. Par Mr PARENT Autheur du Memoire.
Le texte, rédigé par M. Parent, est un supplément au Mémoire inséré dans le Mercure de Trévoux de janvier 1711. L'auteur y décrit diverses singularités trouvées à différentes profondeurs dans la Terre, telles que des restes de navires, des ustensiles, des charbons, des lits de terre cultivée, des plantes et des animaux desséchés ou pétrifiés, des coquillages, des poissons, des chemins pavés, des villes entières, et des squelettes d'hommes et d'animaux. Il ne s'attarde pas sur les causes des embrasements souterrains produisant les tremblements de terre. L'auteur propose que la surface habitée de la Terre a été à diverses profondeurs et que ces différentes surfaces ont été couvertes par des couches de terre successives. Il suggère que la Terre s'est formée par un concours d'atomes attirés vers son centre à des intervalles de temps éloignés. En plus de cette cause générale, il mentionne les pluies extraordinaires ou déluges qui ont détrempé et emporté les terres des montagnes vers les vallées, couvrant ainsi les surfaces précédentes. Concernant les embrasements souterrains, l'auteur compare leur cause à celle de l'allumage du tonnerre ou du foin dans les granges. Il explique que l'exhalaison sulfureuse, en quantité suffisante, peut écarter l'air environnant et provoquer un feu. Les vapeurs ainsi produites peuvent avoir une force prodigieuse, rompant tous les obstacles sur leur passage. Il mentionne également des mélanges spécifiques d'eau, de matière ferrugineuse et de soufre pouvant allumer du feu, ainsi que des fermentations inconnues. Même une chute de pierre peut suffire à provoquer un embrasement dans des mines de charbon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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710
p. 35-67
SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
XII. LORSQUE dans les Mercures précédens, j'ai indiqué plusieurs morceaux de [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Voltaire, M. Rousseau, Bernard de La Monnoye, Lettre, Abbé, Ouvrage, Prix, Poète, Homme, Oracles, Lettres, Musique, Remarques, Recueil, Opéra, Critique, Paroles, Journal, Esprit, Vérité, Magie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
SUITE fur M. de Fontenelle ,• par
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
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Résumé : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
L'abbé Trublet évoque les œuvres de Bernard le Bouyer de Fontenelle et divers concours académiques. En 1675 et 1677, Fontenelle participa à des concours de l'Académie française sans succès, battu par M. de la Monnoye. Voltaire, à 20 ans, perdit également un concours en 1714. L'abbé du Jarry, malgré une réputation de mauvais poète, remporta plusieurs prix. Les prédicateurs obtenaient souvent des prix de poésie plutôt que d'éloquence. En 1687, l'Académie française proposa un sujet sur l'éducation des jeunes filles, remporté par Mlle Deshoulières. Fontenelle, élu à l'Académie en 1691, évita les polémiques littéraires et exprima son désintérêt pour les querelles. Cependant, il fut impliqué dans une controverse littéraire avec l'auteur des 'Remarques'. Dans les 'Nouvelles de la République des Lettres', M. Van Dale commenta l''Histoire des Oracles' de Fontenelle, notant des omissions et des interprétations erronées. Van Dale critiqua Fontenelle pour avoir ignoré des preuves contre la magie et les oracles. En 1757, un texte aborda les attitudes de Fontenelle face aux critiques littéraires. Il ignorait souvent les critiques et appréciait des œuvres révélant des impostures. En 1752, une controverse sur le tutoiement dans les traductions françaises de la Bible opposa Fontenelle à d'autres intellectuels. Fontenelle défendait le maintien du tutoiement pour respecter l'original, une position contestée par des protestants. Le texte traite également d'une controverse linguistique sur l'usage du tutoiement et du vouvoiement dans les traductions de l'Écriture Sainte. Fontenelle proposa d'unifier l'usage pour éviter la confusion. Il mentionne aussi des traductions de cantates et d'airs italiens pour un concert en 1724 chez M. Crozat. Une autre partie du texte discute de la controverse entre la musique italienne et française au XVIIIe siècle. Fontenelle, bien qu'il préférait la musique française, reconnaissait la valeur de la musique italienne. La dispute débuta avec un ouvrage de l'Abbé Raguenet, critiqué par M. de Freneuil. Le texte évoque également le succès prédit de l'opéra 'Roland' et l'approbation de l'œuvre 'Parallèle à l'Opéra de Roland'.
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711
p. 34-35
LOGOGRYPHE.
Début :
Mot assez expressif, quoiqu'un peu populaire, [...]
Mots clefs :
Tatillonnage
712
p. 256-657
SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
Début :
On a reçû des Lettres de Paris, [...]
Mots clefs :
Iris, Amour, Vénus, Fête, Édit, Statue, Grâces, Plaisirs, Autels, Iris
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
SUITE des Nouvelles de Paphos ,
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
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Résumé : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
En 1731, des nouvelles de Paris confirment la convalescence d'Iris. Les réactions divergent : L'Amour exprime une grande joie, tandis que sa mère reste froide. L'Amour organise trois jours de festivités dans ses domaines, incluant concerts, comédies, opéras, bals, jeux, festins et un feu d'artifice conçu par Vulcain. Ce dernier, mécontent de son épouse, voit là une opportunité de la mortifier. Lors de la fête, une statue d'Iris, vêtue de l'écharpe divine, sera placée et couronnée par les Grâces, entourée des Plaisirs. Des vers seront lus sur un piédestal de porphyre, soulignant que la beauté d'Iris mérite un culte et des autels.
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713
p. 28-29
SUR LA PENSION donnée par le Roy à Mademoiselle de Scudery. I.
Début :
Sapho, ceux que LOUIS du comble de sa gloire [...]
Mots clefs :
Sapho, Louis, Temple de mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PENSION donnée par le Roy à Mademoiselle de Scudery. I.
SUR LA PENSION
donnée par le Roy à Made-
-moiſelle de Scudery.
I.
SApho, ceux que
defagloire L
Favorifedeses regards,
4
du coble
Sans la faveur du Sort,ſansles travaux
de Mars,
Auront un rangillustre au Temple de
Mémoire:
GALANT. 29
Tout l'avenir dira de vous,
Contre elle le Deſtin déployoit
fon couroux,
Mais LOUIS corrigea fon Etoile
cruelle.
Plus grand que la grandeur dont
il fut reveſtu,
Il écoutoit toûjours la Verité
fidelle
Qui luy parloit pour laVertu .
donnée par le Roy à Made-
-moiſelle de Scudery.
I.
SApho, ceux que
defagloire L
Favorifedeses regards,
4
du coble
Sans la faveur du Sort,ſansles travaux
de Mars,
Auront un rangillustre au Temple de
Mémoire:
GALANT. 29
Tout l'avenir dira de vous,
Contre elle le Deſtin déployoit
fon couroux,
Mais LOUIS corrigea fon Etoile
cruelle.
Plus grand que la grandeur dont
il fut reveſtu,
Il écoutoit toûjours la Verité
fidelle
Qui luy parloit pour laVertu .
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714
p. 32-33
AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Début :
Le Sonnet qui suit ces Vers, est de / Pensez-vous en loüant le plus sage des Roys, [...]
Mots clefs :
Louanges, Roi, Foi, Père, Bonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Le Sonnet qui fuit ces Vers,
eft de M' Texier , Preftre de
Saumur.
AUX PRETENDUS
REFORME Z.
P Enfez-vous en loüant le plus
des Roys,
Pouvoir de fon efprit ébranler la
conſtance?
Apprenez quefa Foy ,fon zéle &fa
prudence,
Ferontpar tout regner l'équité defes
Loix.
$2
Sans ceffe il vous exhorte àfaire
digne choix;
Ne vous oppofezpas à tant de com-
•plaisance;
GALANT. 33
Ses tendreffes, fesfoins,fes bienfaits,
fa clémence,
Doiventgagner vos coeurs , qu'il combat
tant de fois.
$2
D'un Enfant quiſe bleſſe on éloigne
les armes,
La tendreffe d'un Pere en reçoit trop
d'alarmes,
Pourfoufrir qu'à fes yeux il s'en perce
lefein.
Sa
Ainfi LOVIS qui voit voftre erreur
volontaire,
S'oppose à vostreperte, &par cegrand
deffein
Surpaffe la fageffe & la bonté d'un
Perc.
eft de M' Texier , Preftre de
Saumur.
AUX PRETENDUS
REFORME Z.
P Enfez-vous en loüant le plus
des Roys,
Pouvoir de fon efprit ébranler la
conſtance?
Apprenez quefa Foy ,fon zéle &fa
prudence,
Ferontpar tout regner l'équité defes
Loix.
$2
Sans ceffe il vous exhorte àfaire
digne choix;
Ne vous oppofezpas à tant de com-
•plaisance;
GALANT. 33
Ses tendreffes, fesfoins,fes bienfaits,
fa clémence,
Doiventgagner vos coeurs , qu'il combat
tant de fois.
$2
D'un Enfant quiſe bleſſe on éloigne
les armes,
La tendreffe d'un Pere en reçoit trop
d'alarmes,
Pourfoufrir qu'à fes yeux il s'en perce
lefein.
Sa
Ainfi LOVIS qui voit voftre erreur
volontaire,
S'oppose à vostreperte, &par cegrand
deffein
Surpaffe la fageffe & la bonté d'un
Perc.
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Résumé : AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Le sonnet de M. Texier, prêtre de Saumur, exhorte les réformés à louer le roi et à ne pas ébranler sa constance. Il met en avant la foi, le zèle et la prudence du roi, qui feront régner l'équité des lois. Le texte encourage les réformés à faire un choix digne et à ne pas s'opposer à la complaisance royale. Le roi, comparé à un père, éloigne les armes pour éviter de les alarmer et surpasse la sagesse et la bonté par un grand dessein.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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715
s. p.
Discours de Madame l'Abbesse du Val de Grace.
Début :
C'est Monseigneur, dans les sentiments d'une vive douleur [...]
Mots clefs :
Respect, Douleur, Discours, Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours de Madame l'Abbesse du Val de Grace.
Difcoursde Madame l' Abbesse
adu Val de Grace.p Grace.
C'eft Monfeigneur
dans les fentiments d'une
de Monfeigneur, &c.
vive douleur , avec un profond refpect , & une parfaite reconnoiffance , que
nous recevons les Cœurs
de Monfeigneur le Dau
phin & deMadame la Dau.
phine , que le Roy nous
fait l'honneur de nous confier. Ce grand Prince , &
cette grande Princeſſe faifoient le bonheur de la
Cour , & l'efperance des
Peuples par leurs auguftes
qualitez, & s'eftoient attiré
l'eftime de noftre grand
Monarque par leurs héroïques vertus , puifque le
MORT
Ciel n'a point exaucé nos
prieres en leur rendant une
fanté fi précieuſe à la France, & qu'illes a voulu pri
ver d'une couronne tempo
relle ,nous allons, Monfei
gneur, redoubler nos vœux
pour leur en obtenir une
éternelle,
adu Val de Grace.p Grace.
C'eft Monfeigneur
dans les fentiments d'une
de Monfeigneur, &c.
vive douleur , avec un profond refpect , & une parfaite reconnoiffance , que
nous recevons les Cœurs
de Monfeigneur le Dau
phin & deMadame la Dau.
phine , que le Roy nous
fait l'honneur de nous confier. Ce grand Prince , &
cette grande Princeſſe faifoient le bonheur de la
Cour , & l'efperance des
Peuples par leurs auguftes
qualitez, & s'eftoient attiré
l'eftime de noftre grand
Monarque par leurs héroïques vertus , puifque le
MORT
Ciel n'a point exaucé nos
prieres en leur rendant une
fanté fi précieuſe à la France, & qu'illes a voulu pri
ver d'une couronne tempo
relle ,nous allons, Monfei
gneur, redoubler nos vœux
pour leur en obtenir une
éternelle,
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Résumé : Discours de Madame l'Abbesse du Val de Grace.
Madame l'Abbesse du Val-de-Grâce reçoit les cœurs du Dauphin et de la Dauphine, confiés par le Roi. Elle exprime sa douleur et son respect, soulignant leurs qualités et vertus. Malgré les prières pour leur santé, la France est privée de leur présence. Elle promet de prier pour leur couronne éternelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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716
p. 35-38
Parodie de l'Enigme, dont le mot est la balle à joüer à la paume. Par M. le Chevalier de la Grille.
Début :
Dans un lieu qui ressemble aux cofres de la Chine, [...]
Mots clefs :
Parodie, Balle, Joueur, Coffres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de l'Enigme, dont le mot est la balle à joüer à la paume. Par M. le Chevalier de la Grille.
Parodiedel'£nij-nic,dont
le mot dt h balle Àjcüer àlapaume.
P,*.r Al. It Cktvaherde la Grille-
,«
13APS un lieu qui ressembleauxcofres
de la
Chine,
Comme eux uni> double
de noir.
Cejl doncdans ce quarré
manoir
Que nôtre allure on examine
Devant un juge;c'est
un marqueur glapassant,
Un homme en sueur
nous jugeant.
L'homme de quisu- eur exhale
Efi le joueury
Qui doit sçavoir juger
la balle
Bien mieux encor que le
marqueur.
Dans les sombres cachots
nous fait entrer
de force,
Aux dépens quelquefois
de nôtre blanche
ccorce;
Et sans avoir dessein de
nous faire périr,
Nous coupe adroitement
pour nous faire
mourir,
Et fait crier à tête pleine,
Perte d'haleine
Les marqueurs, qui par
nous tâchent de se
nourrir
Sans coup ferir.
Demaint honnêtes gens
nous faisons la manie;
Ils se plaisent à voir la
balle bien unie.
Le joüeur nous tourmente,
& s'il s'en
réjoüit,
Etnous manque souvent
quand le jour l'ébloüit.
le mot dt h balle Àjcüer àlapaume.
P,*.r Al. It Cktvaherde la Grille-
,«
13APS un lieu qui ressembleauxcofres
de la
Chine,
Comme eux uni> double
de noir.
Cejl doncdans ce quarré
manoir
Que nôtre allure on examine
Devant un juge;c'est
un marqueur glapassant,
Un homme en sueur
nous jugeant.
L'homme de quisu- eur exhale
Efi le joueury
Qui doit sçavoir juger
la balle
Bien mieux encor que le
marqueur.
Dans les sombres cachots
nous fait entrer
de force,
Aux dépens quelquefois
de nôtre blanche
ccorce;
Et sans avoir dessein de
nous faire périr,
Nous coupe adroitement
pour nous faire
mourir,
Et fait crier à tête pleine,
Perte d'haleine
Les marqueurs, qui par
nous tâchent de se
nourrir
Sans coup ferir.
Demaint honnêtes gens
nous faisons la manie;
Ils se plaisent à voir la
balle bien unie.
Le joüeur nous tourmente,
& s'il s'en
réjoüit,
Etnous manque souvent
quand le jour l'ébloüit.
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Résumé : Parodie de l'Enigme, dont le mot est la balle à joüer à la paume. Par M. le Chevalier de la Grille.
Le texte décrit une partie de jeu de paume, sport ancien similaire au tennis. Les joueurs sont examinés par un juge, appelé marqueur. Ils peuvent être blessés ou contraints de jouer dans des cachots sombres. Les joueurs honnêtes apprécient une balle bien unie. Le joueur tourmente la balle et se réjouit parfois, mais manque souvent son coup lorsqu'il est ébloui par le jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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717
p. 13-16
Digression sur les Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Continuons à examiner ce que j'ay sur mon bureau [...]
Mots clefs :
Nouvelles, Politique, Journaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Digression sur les Nouvelles. [titre d'après la table]
Continuons à examiner
ce que j'ay sur mon
Bureau. Encre les Mémoires
qu'on m'a donnez,
choisissons ceux
qui conviennent à mon
dessein.
Qifell: cecy ? c'est un
gros paquet de Relations
,
de Journaux, de
Nouvelles à la. main.
Voila des Lettres toutes
pleines d'érudition politique.
Ceux qui m'écrivent
assistent apparemment
incognito à tous
les Conseilsde l'Europe.
A les voiraffirmertrancher,
décider, leurs dé.
cisions sont des Maximes
d'Etat. L'un veut m'apprendre
les Interests des
Princes ; l'autre me jure
qu'il a le secret des Mi
nistres, & que ses avis
feront des Tresors pour
moy.
, Que derichesses dont
je n'ay pas besoin ! Je
vous remercie ,
Messieurs;
je vous rends grâces
de vos avis,&je vous
déclare que je ne me mêle
point de Politique. J'ai.
me à raisonner sur des
principes clairs, car Couvent
on se trompequand
on ne juge des causes
que par les évenemens.
Je me contenteray
doncd'exposersimplement
les faits publics U
averez sans m'amuser à
copierla Gazette. Je tâcheray
de récapituler en
peu demots, l'action,le
lieu, les noms, & sur tout
les dates des évenemens
afin que mon Mercure
puisse servir de Mémorial
pour en aller chercher
les détails dans les
Journaux.
Voicy par exemple la
forme que je donneray
à l'Article du Siege de
Douay.
ce que j'ay sur mon
Bureau. Encre les Mémoires
qu'on m'a donnez,
choisissons ceux
qui conviennent à mon
dessein.
Qifell: cecy ? c'est un
gros paquet de Relations
,
de Journaux, de
Nouvelles à la. main.
Voila des Lettres toutes
pleines d'érudition politique.
Ceux qui m'écrivent
assistent apparemment
incognito à tous
les Conseilsde l'Europe.
A les voiraffirmertrancher,
décider, leurs dé.
cisions sont des Maximes
d'Etat. L'un veut m'apprendre
les Interests des
Princes ; l'autre me jure
qu'il a le secret des Mi
nistres, & que ses avis
feront des Tresors pour
moy.
, Que derichesses dont
je n'ay pas besoin ! Je
vous remercie ,
Messieurs;
je vous rends grâces
de vos avis,&je vous
déclare que je ne me mêle
point de Politique. J'ai.
me à raisonner sur des
principes clairs, car Couvent
on se trompequand
on ne juge des causes
que par les évenemens.
Je me contenteray
doncd'exposersimplement
les faits publics U
averez sans m'amuser à
copierla Gazette. Je tâcheray
de récapituler en
peu demots, l'action,le
lieu, les noms, & sur tout
les dates des évenemens
afin que mon Mercure
puisse servir de Mémorial
pour en aller chercher
les détails dans les
Journaux.
Voicy par exemple la
forme que je donneray
à l'Article du Siege de
Douay.
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Résumé : Digression sur les Nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte traite de la sélection de mémoires et de documents pour un projet spécifique. L'auteur examine divers documents, tels que des relations, des journaux et des lettres de correspondants bien informés sur la politique européenne. Ces lettres prétendent divulguer des secrets d'État et des intérêts des princes, mais l'auteur refuse poliment cette information, affirmant ne pas se mêler de politique. Il préfère se baser sur des principes clairs et éviter les erreurs de jugement fondées uniquement sur les événements. L'auteur choisit d'exposer les faits publics de manière concise, en récapitulant l'action, le lieu, les noms et surtout les dates des événements. Il illustre cette approche avec un exemple de la forme qu'il donnera à l'article sur le siège de Douai.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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718
p. 18-22
LES PROGRES DE LA TRAGEDIE Sous le Regne de Louis le Grand. ODE.
Début :
Toy, qui fais l'honneur de la Scene, [...]
Mots clefs :
Louis, Roi, Scène, Gloire, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES PROGRES DE LA TRAGEDIE Sous le Regne de Louis le Grand. ODE.
LES PROGRÈS DE LA TRAGEDIE
Sous le Rogue u’: Louis le Grand.
O D E.
TOy, qui fais l'honneur de la Scene .
Par la noblesse de tes Chants , -
C'est à ra gloire , Melpomene ,
Qie je consacre mes accents.
OEielle Divinité mïnspire!
C’est toi, Muse , aydc mon délire 5:
a Immortaliscr tcs succès.“ 4 "
' ‘b s .
je vois tes rapides progrès;
A LOUIS tu dois ces merveilles;
Il sçut en couronnant tes veilles ,
JANVIER.‘ 173g.
i Ce Roy ne borne pas sa gloire , '
"A former sous lui des Guerriers;
, Il veut au Temple de Metnoire ,
' Te faire part doses Lauriers.
Ami des Sçavans ,‘comme Auguste,
Sous un Regnc aussi long que juste’,
Il sçair animer leurs travauk g
Du mérite Juge équitable;
_ Il va d’un regard favorable ,
En faire dïllustres Rivaux.
‘Déjà ses faveurs. nous ramenent.
La respectable Antiquité;
sophocle , Euripidc . reprennent,
Sous d’autres noms, leur Majesté.
Les Corneilles toujours sublimes ,
Charmeur par leurs sages maximes.
Un Roy dont ils sont ébloüis ;
Leurs Héros instruisent , enchanteur ;
Et lesgrands traits qu’ils nous présentent ,‘
sont autant de traitsde Louxs.
s
Sçavans ,la carriere est ouver‘;
Par le plus grand des. Souverains 5
Des Lauriers dont elle est couverte ,
iVous sont présentez par ses mains:
jhppercjois le tendre Racine , _,
' B v;
n
ce MERCURE DE FRANCE
Que j'aime à plaindre une Héroïne ,
Qÿil fait pleurer dans ses beaux Vers l
Elle y soupire sans faiblesse
Et le Héros qu’elle interesse ,
sans rougir y vante ses fers.
Reine des coeurs , poursuis , acheve g‘
Ton triomphe sera parfait;
le vois déja plus d’un Eleve ,
Digne du Maître qui l’a fait:
Pleins du HËIOS qui les inspire ,
Au spectateur qui les admire , '
Ils donnent d’utiles trésors;
Louis , c’est toi seul qui les guides g
A tes récompenses solides ,
Nous devons leurs nobles cEorts.
Le Théatre devient utile ;
La Scene nous Offre des moeurs;
Ce Champ que Lotus rend fertile,’
Porte ses fruits dans tous les coeurs.
Dans ces mêmes lieux où le crime,
Reçut un cultflllegitime ,
je vois ses Autels abbatus il
l J’): déteste ses artifices;
Tout change , l’Ecole des vices ,
Devient PEcolc des venus.
r
'
. site:
I 'A N V I E RI 1733;
‘Quel es: ton pouvoir , Melpomcne:
Tu sçais tromper le spectateur ;
Ton génie enchante 1a Scene ,
Et passe jusques dans PActeur;
Par une flarcuse imposture .
I.’Art cultivé devient nature ,
Effet de ces dons précieux ,
Tulme fais voir Monime en larmes ;
Je reconnais tes puissants charrues,
Aux pleurs qui coulent de mes yeux.
Ces prodiges qu’on voie paraître,‘
V Enfantent la perfection ;
C’cst roi , Louis, qui les fait naître,‘
Au sein de Pémulation. '
Plus d'un Roy qui suit tes exemples,‘
De ses mains éleve des Temples ,
A ces Dieux du sacré “Vallon ,
Mais c’esr élever â ta gloire‘,
Autant de Temples de Mcmoire ;
Leur gout éternisc ton nom.
/
.
Triomphe , heureuse Tragédie ,
Tes succès ne sont point borne: 5
Phébus orne de son génie ,
Des Sujeis qlfil a courouncz.
Ces Eleves inimitables , '
Laborieux , infatigables 1
p,»
Ibfficng
r: MERCUR r. .13 E FRANCE
Tbffrent des secours assidus;
Dignes duRoy qui les vit naître.
Ils sçavent se faire connoître ,
A PHériticr de ses vertus.
Canamur tenues Grnndiu;
Hor. Carm, Lib. 1°. 0d. vr.‘
Priere à Dieu pour le Re).
"Grand Dieu, dans notre Roy , conserve ton Ol-Ê
vrage; _
C’est notre appui , c’est ton imagt ;
En prolongeant ses jours , tu nous rendras heu-i
rVeeurxseg tes ‘ dons sur son auguste Race ; i
Et que bien-tôt sa gloire efface ,
Celle des Rois les ‘plus fameux.
, Par _M. Cnrolet.
Sous le Rogue u’: Louis le Grand.
O D E.
TOy, qui fais l'honneur de la Scene .
Par la noblesse de tes Chants , -
C'est à ra gloire , Melpomene ,
Qie je consacre mes accents.
OEielle Divinité mïnspire!
C’est toi, Muse , aydc mon délire 5:
a Immortaliscr tcs succès.“ 4 "
' ‘b s .
je vois tes rapides progrès;
A LOUIS tu dois ces merveilles;
Il sçut en couronnant tes veilles ,
JANVIER.‘ 173g.
i Ce Roy ne borne pas sa gloire , '
"A former sous lui des Guerriers;
, Il veut au Temple de Metnoire ,
' Te faire part doses Lauriers.
Ami des Sçavans ,‘comme Auguste,
Sous un Regnc aussi long que juste’,
Il sçair animer leurs travauk g
Du mérite Juge équitable;
_ Il va d’un regard favorable ,
En faire dïllustres Rivaux.
‘Déjà ses faveurs. nous ramenent.
La respectable Antiquité;
sophocle , Euripidc . reprennent,
Sous d’autres noms, leur Majesté.
Les Corneilles toujours sublimes ,
Charmeur par leurs sages maximes.
Un Roy dont ils sont ébloüis ;
Leurs Héros instruisent , enchanteur ;
Et lesgrands traits qu’ils nous présentent ,‘
sont autant de traitsde Louxs.
s
Sçavans ,la carriere est ouver‘;
Par le plus grand des. Souverains 5
Des Lauriers dont elle est couverte ,
iVous sont présentez par ses mains:
jhppercjois le tendre Racine , _,
' B v;
n
ce MERCURE DE FRANCE
Que j'aime à plaindre une Héroïne ,
Qÿil fait pleurer dans ses beaux Vers l
Elle y soupire sans faiblesse
Et le Héros qu’elle interesse ,
sans rougir y vante ses fers.
Reine des coeurs , poursuis , acheve g‘
Ton triomphe sera parfait;
le vois déja plus d’un Eleve ,
Digne du Maître qui l’a fait:
Pleins du HËIOS qui les inspire ,
Au spectateur qui les admire , '
Ils donnent d’utiles trésors;
Louis , c’est toi seul qui les guides g
A tes récompenses solides ,
Nous devons leurs nobles cEorts.
Le Théatre devient utile ;
La Scene nous Offre des moeurs;
Ce Champ que Lotus rend fertile,’
Porte ses fruits dans tous les coeurs.
Dans ces mêmes lieux où le crime,
Reçut un cultflllegitime ,
je vois ses Autels abbatus il
l J’): déteste ses artifices;
Tout change , l’Ecole des vices ,
Devient PEcolc des venus.
r
'
. site:
I 'A N V I E RI 1733;
‘Quel es: ton pouvoir , Melpomcne:
Tu sçais tromper le spectateur ;
Ton génie enchante 1a Scene ,
Et passe jusques dans PActeur;
Par une flarcuse imposture .
I.’Art cultivé devient nature ,
Effet de ces dons précieux ,
Tulme fais voir Monime en larmes ;
Je reconnais tes puissants charrues,
Aux pleurs qui coulent de mes yeux.
Ces prodiges qu’on voie paraître,‘
V Enfantent la perfection ;
C’cst roi , Louis, qui les fait naître,‘
Au sein de Pémulation. '
Plus d'un Roy qui suit tes exemples,‘
De ses mains éleve des Temples ,
A ces Dieux du sacré “Vallon ,
Mais c’esr élever â ta gloire‘,
Autant de Temples de Mcmoire ;
Leur gout éternisc ton nom.
/
.
Triomphe , heureuse Tragédie ,
Tes succès ne sont point borne: 5
Phébus orne de son génie ,
Des Sujeis qlfil a courouncz.
Ces Eleves inimitables , '
Laborieux , infatigables 1
p,»
Ibfficng
r: MERCUR r. .13 E FRANCE
Tbffrent des secours assidus;
Dignes duRoy qui les vit naître.
Ils sçavent se faire connoître ,
A PHériticr de ses vertus.
Canamur tenues Grnndiu;
Hor. Carm, Lib. 1°. 0d. vr.‘
Priere à Dieu pour le Re).
"Grand Dieu, dans notre Roy , conserve ton Ol-Ê
vrage; _
C’est notre appui , c’est ton imagt ;
En prolongeant ses jours , tu nous rendras heu-i
rVeeurxseg tes ‘ dons sur son auguste Race ; i
Et que bien-tôt sa gloire efface ,
Celle des Rois les ‘plus fameux.
, Par _M. Cnrolet.
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Résumé : LES PROGRES DE LA TRAGEDIE Sous le Regne de Louis le Grand. ODE.
Le texte 'Les Progrès de la Tragédie' rend hommage à Louis XIV et à l'essor de la tragédie sous son règne. L'auteur célèbre la muse Melpomène et les avancées rapides de la tragédie, qu'il attribue au soutien du roi. Louis XIV est présenté comme un protecteur des arts et des sciences, comparé à Auguste pour son soutien aux savants. Sous son règne, les tragédies classiques de Sophocle et Euripide sont réinterprétées, et des auteurs comme Corneille et Racine continuent de briller. Le théâtre devient un lieu d'éducation morale, transformant les mœurs et combattant le vice. Le pouvoir de la tragédie est souligné, capable de toucher profondément les spectateurs. Le texte se conclut par une prière pour la longévité et la gloire du roi, espérant que sa dynastie surpassera celle des rois les plus célèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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719
p. 34-39
SUITE DES PENSÉES DIVERSES. Insérées dans le Mercure du mois de Septembre ; Par M. Lemarié, Avocat au Parlement.
Début :
Les présens humilient ou corrompent ceux qui les reçoivent. [...]
Mots clefs :
Esprit, Homme, Amour, Loi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES PENSÉES DIVERSES. Insérées dans le Mercure du mois de Septembre ; Par M. Lemarié, Avocat au Parlement.
SUITE
DES
PENSEES
DIVERSES.
Inferées dans le Mercure du mois de Septembre
; Par M. Lemarie , Avocat an
Parlement.
L
Es
préfens
humilient ou
corrompent
ceux qui les
reçoivent .
Il faut
donner bien à
propos & avec
beaucoup de précaution
pour ne pas faire
des ingrats.
Je ne fçais lequel eft le plus généreux de
celui qui donne libéralement , ou de celui
qui fe fouvient volontiers des bienfaits
qu'il a reçus.
Ce n'eft
pas dans le don , c'eſt dans la
façon de le faire que confifte la vraie libéralité.
Otez du monde l'amour propre & l'intérêt
, vous en ôtérez
l'apparence de bien
des vertus , & prefque tous les vices.
Tout change & varie à l'infini parmi les
hommes , il n'y a de conftant que leur
inconftance.
gré
Du vice au crime l'occaſion eſt le dé-
Rien n'eft plus arbitraire que l'eftime
OCTOBRE . 1755 . 35
que nous faifons des choſes. N'y aura-t-il
jamais de régle certaine pour la fixer ?
Un bon efprit & un bel efprit devroient
être entr'eux dans le rapport d'un honnête
homme à un galant homme.
Plufieurs l'ont dit , & je le repére : il
vaut mieux ne rien fçavoir que fçavoir
mal beaucoup de choſes.
Le Magiftrat eft l'exécuteur de la Loi :
le Prince en eft le modérateur.
La loi punit : le Prince pardonne.
Bien de gens vivent fans penfer à une
autre vie , peu meurent fans la craindre.
Régle générale , on n'eft rien moins
que ce qu'on fe pique d'être.
On veut avoir de l'efprit , c'eſt la folie
du fiécle : On manque de génie , c'en eſt
le malheur.
La critique eft le creufet où s'épurent
les productions de l'efprit ; que penfer
d'un auteur qui la redoute ?
L'efprit femble croître & decroître en
raifon inverſe du goût & du génie ,
Autrefois on ne fçavoit que ce qu'on
avoit long- tems étudié . Que les génies
étoient lourds ! aujourd'hui l'on fçait tout
fans avoir rien appris.
La manie de n'être entendu que d'un
petit nombre de lecteurs , ne tient plus
les fçavans , elle a paffé aux gens de Lettres.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
On admire encore les Racine , les Moliere
, les Defpréaux : on rougiroit d'écrire
comme eux .
Affectez dans vos écrits un ſtyle entortillé
, pointilleux , énigmatique ; coufez
bien ou mal quelques penfées détâchées ,
quelques fentences paradoxales; faites fonner
bien haut , & revenir à chaque page
ces grands mots : Philofophie , métaphyfique
, géométrie , morale , &c. vous ferez
un écrivain à la mode , vous aurez le ton
de la bonne littérature .
C'eſt au coin des rues & aux piliers des
temples qu'il faut voir la plupart des livres
nouveaux ; ils n'ont d'intéreffant que
les titres.
Les plus beaux monumens de la littérature
ancienne ne font plus pour nous que
des antiquailles : Qui cite Homere , Cicéron
, Virgile , eft un pédant , & fent l'école.
Ce n'est jamais d'un fot que le goût reçoit
les premieres atteintes. Le commencement
de fa décadence eft toujours l'ouvrage
d'un homme d'efprit .
A travers toute la facilité , toutes les
graces , tout le brillant de l'auteur des
Métamorphorfes & des Triftes , un lecteur
éclairé y entrevoit quelque déchet du goût
qui regnoit aux premiers tems d'Augufte,
OCTOBRE. 1755. 37
M. de X .... ne feroit- il pas l'Ovide de
notre fiécle.
La poftérité jugera fans doute de notre
fiécle plus avantageufement que nous , car
elle en jugera fur les écrits des Montefquieu
, des Voltaire , &c. & non d'après ,
tant de mauvais ouvrages dont nous fommes
affaillis , & qui ne parviendront pas
jufqu'à elle.
Chacun fe fait aujourd'hui un fyftême
part , un plan particulier de conduite.
Que réfulte- t-il de cela ? un déréglement
général dans les moeurs .
L'amour qu'on prend pour une perfonne
vertueuse méne fouvent à l'amour de la
vertu .
La juftice naît du rapport qui eft entre
les chofes la loi eft la mefure de ce rapport.
> Il y a des gens qui doutent de tout
d'autres ne doutent de rien : le doute eft
bon , mais il ne doit pas tenir contre l'évidence.
Demander un avis c'eft fouvent quêter
un fuffrage.
Il eft plus aifé de faire prendre une opinion
nouvelle , que de détruire une opinion
reçue.
Nous jugeons de tout par comparaifon,
& le point de comparaifon c'eft nous -mê38
MERCURE DE FRANCE.
mes ; delà tant de mauvais jugemens.
Les plus grands maux fe guériffent ordinairement
par les remedes les plus fimples.
Ne cherchez point le beau hors de la nature
; l'art n'a
d'agrémens que ceux qu'elle
lui prête.
Que de graces , l'importunité dérobe
tous les jours au mérite !
C'est l'amour des peuples qui fait le
bonheur des Rois ; c'eft la bonté des Rois
qui fait la félicité des peuples.
Il n'y a rien qui rende les hommes ordinaires
plus petits que l'élévation & les
grandeurs .
Outrez , ou ôtez
l'indulgence , vous
détruirez la fociété.
Un état qui s'aggrandit trop , court à fa
ruine .
Ce n'eft point une domination étendue
, ce ne font point de vaftes provinces
qui font la force d'un empire ; c'eft un
bon
gouvernement , c'eſt une puiſſance
bien économifée.
Un pouvoir immenſe eſt un grand fléau
entre les mains d'un homme qui en abuſe,
ou qui ne fçait pas le tempérer.
Ceux qui fe mêlent fans néceflité des
affaires d'autrui , ne font communément
que les brouiller & les rendre pires .
OCTOBRE . 1755. 39
La réforme d'un abus eft prefque toujours
fujette à correction.
Ne reprenons point : corrigeons - nous.
DES
PENSEES
DIVERSES.
Inferées dans le Mercure du mois de Septembre
; Par M. Lemarie , Avocat an
Parlement.
L
Es
préfens
humilient ou
corrompent
ceux qui les
reçoivent .
Il faut
donner bien à
propos & avec
beaucoup de précaution
pour ne pas faire
des ingrats.
Je ne fçais lequel eft le plus généreux de
celui qui donne libéralement , ou de celui
qui fe fouvient volontiers des bienfaits
qu'il a reçus.
Ce n'eft
pas dans le don , c'eſt dans la
façon de le faire que confifte la vraie libéralité.
Otez du monde l'amour propre & l'intérêt
, vous en ôtérez
l'apparence de bien
des vertus , & prefque tous les vices.
Tout change & varie à l'infini parmi les
hommes , il n'y a de conftant que leur
inconftance.
gré
Du vice au crime l'occaſion eſt le dé-
Rien n'eft plus arbitraire que l'eftime
OCTOBRE . 1755 . 35
que nous faifons des choſes. N'y aura-t-il
jamais de régle certaine pour la fixer ?
Un bon efprit & un bel efprit devroient
être entr'eux dans le rapport d'un honnête
homme à un galant homme.
Plufieurs l'ont dit , & je le repére : il
vaut mieux ne rien fçavoir que fçavoir
mal beaucoup de choſes.
Le Magiftrat eft l'exécuteur de la Loi :
le Prince en eft le modérateur.
La loi punit : le Prince pardonne.
Bien de gens vivent fans penfer à une
autre vie , peu meurent fans la craindre.
Régle générale , on n'eft rien moins
que ce qu'on fe pique d'être.
On veut avoir de l'efprit , c'eſt la folie
du fiécle : On manque de génie , c'en eſt
le malheur.
La critique eft le creufet où s'épurent
les productions de l'efprit ; que penfer
d'un auteur qui la redoute ?
L'efprit femble croître & decroître en
raifon inverſe du goût & du génie ,
Autrefois on ne fçavoit que ce qu'on
avoit long- tems étudié . Que les génies
étoient lourds ! aujourd'hui l'on fçait tout
fans avoir rien appris.
La manie de n'être entendu que d'un
petit nombre de lecteurs , ne tient plus
les fçavans , elle a paffé aux gens de Lettres.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
On admire encore les Racine , les Moliere
, les Defpréaux : on rougiroit d'écrire
comme eux .
Affectez dans vos écrits un ſtyle entortillé
, pointilleux , énigmatique ; coufez
bien ou mal quelques penfées détâchées ,
quelques fentences paradoxales; faites fonner
bien haut , & revenir à chaque page
ces grands mots : Philofophie , métaphyfique
, géométrie , morale , &c. vous ferez
un écrivain à la mode , vous aurez le ton
de la bonne littérature .
C'eſt au coin des rues & aux piliers des
temples qu'il faut voir la plupart des livres
nouveaux ; ils n'ont d'intéreffant que
les titres.
Les plus beaux monumens de la littérature
ancienne ne font plus pour nous que
des antiquailles : Qui cite Homere , Cicéron
, Virgile , eft un pédant , & fent l'école.
Ce n'est jamais d'un fot que le goût reçoit
les premieres atteintes. Le commencement
de fa décadence eft toujours l'ouvrage
d'un homme d'efprit .
A travers toute la facilité , toutes les
graces , tout le brillant de l'auteur des
Métamorphorfes & des Triftes , un lecteur
éclairé y entrevoit quelque déchet du goût
qui regnoit aux premiers tems d'Augufte,
OCTOBRE. 1755. 37
M. de X .... ne feroit- il pas l'Ovide de
notre fiécle.
La poftérité jugera fans doute de notre
fiécle plus avantageufement que nous , car
elle en jugera fur les écrits des Montefquieu
, des Voltaire , &c. & non d'après ,
tant de mauvais ouvrages dont nous fommes
affaillis , & qui ne parviendront pas
jufqu'à elle.
Chacun fe fait aujourd'hui un fyftême
part , un plan particulier de conduite.
Que réfulte- t-il de cela ? un déréglement
général dans les moeurs .
L'amour qu'on prend pour une perfonne
vertueuse méne fouvent à l'amour de la
vertu .
La juftice naît du rapport qui eft entre
les chofes la loi eft la mefure de ce rapport.
> Il y a des gens qui doutent de tout
d'autres ne doutent de rien : le doute eft
bon , mais il ne doit pas tenir contre l'évidence.
Demander un avis c'eft fouvent quêter
un fuffrage.
Il eft plus aifé de faire prendre une opinion
nouvelle , que de détruire une opinion
reçue.
Nous jugeons de tout par comparaifon,
& le point de comparaifon c'eft nous -mê38
MERCURE DE FRANCE.
mes ; delà tant de mauvais jugemens.
Les plus grands maux fe guériffent ordinairement
par les remedes les plus fimples.
Ne cherchez point le beau hors de la nature
; l'art n'a
d'agrémens que ceux qu'elle
lui prête.
Que de graces , l'importunité dérobe
tous les jours au mérite !
C'est l'amour des peuples qui fait le
bonheur des Rois ; c'eft la bonté des Rois
qui fait la félicité des peuples.
Il n'y a rien qui rende les hommes ordinaires
plus petits que l'élévation & les
grandeurs .
Outrez , ou ôtez
l'indulgence , vous
détruirez la fociété.
Un état qui s'aggrandit trop , court à fa
ruine .
Ce n'eft point une domination étendue
, ce ne font point de vaftes provinces
qui font la force d'un empire ; c'eft un
bon
gouvernement , c'eſt une puiſſance
bien économifée.
Un pouvoir immenſe eſt un grand fléau
entre les mains d'un homme qui en abuſe,
ou qui ne fçait pas le tempérer.
Ceux qui fe mêlent fans néceflité des
affaires d'autrui , ne font communément
que les brouiller & les rendre pires .
OCTOBRE . 1755. 39
La réforme d'un abus eft prefque toujours
fujette à correction.
Ne reprenons point : corrigeons - nous.
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Résumé : SUITE DES PENSÉES DIVERSES. Insérées dans le Mercure du mois de Septembre ; Par M. Lemarié, Avocat au Parlement.
Le texte, publié dans le Mercure de septembre 1755 par M. Lemarie, avocat au Parlement, compile diverses réflexions philosophiques et sociales. Lemarie commence par discuter des préférences et de leur potentiel à humilier ou corrompre ceux qui les reçoivent, soulignant l'importance de donner avec précaution pour éviter l'ingratitude. Il explore la véritable libéralité, qui réside dans la manière de donner plutôt que dans l'acte lui-même. Le texte met en évidence l'importance de l'amour-propre et de l'intérêt dans la société, notant que leur absence révélerait la véritable nature des vertus et des vices. Lemarie observe également l'inconstance humaine et l'arbitraire des jugements. Il distingue entre un bon esprit et un bel esprit, affirmant qu'il vaut mieux ne rien savoir que de savoir mal beaucoup de choses. Lemarie traite également du rôle du magistrat et du prince, le premier exécutant la loi et le second la modérant. Le texte aborde la critique comme un creuset pour les productions de l'esprit et la décadence du goût littéraire, où les œuvres classiques sont dédaignées au profit de styles modernes et complexes. Lemarie critique la mode littéraire de son époque, où les auteurs affectent un style entortillé et paradoxal pour se distinguer. Il conclut en soulignant l'importance de la justice, du bon gouvernement et de l'indulgence pour maintenir la société. Lemarie met en garde contre la critique excessive et l'affectation stylistique, prônant un retour à des valeurs littéraires plus authentiques et accessibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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720
p. 36-42
HARANGUE faite à S. A. R. Monseigneur le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, par M. de Montempuys, Recteur de l'Université, le Mardy 26. Novembre 1715.
Début :
Il est juste, & c'est bien la moindre chose, que les meilleures / L'Université honorée par nos Roys vos ayeux du titre de Fille [...]
Mots clefs :
Université, Rois, Régent, Régent du Royaume, Duc d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HARANGUE faite à S. A. R. Monseigneur le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, par M. de Montempuys, Recteur de l'Université, le Mardy 26. Novembre 1715.
Il eſt juſte, & c'eſt bien la
moindre choſe , que les meilleures
pieces paſſent les premieres
, c'eſt une amorce pour
les Lecteurs , &une preference
dont ils ſçavent gré à l'Auteur.
Le nom, le merite & l'érudition
de M. de Montem-
1
GALANT. 37
puys , Recteur de l'Univerſité ,
répondent de l'équité de mon
choix. Voicy fon difcours ??
4
HARANGUE
faite à S. A.R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , par M. de
Montempuys , Recteur de
l'Univerſité , le Mardy 26.
Novembre 171
1
MONSEIGNEUR ,
L'Univerſité honorée par nos
Roys vos ayeux du titre de Fille
aînée asouhaité avec empreſſe
38 MERCURE
ment deſepreſenterdevantV. A.
R. attentive qu'elle a toûjours
eftéàcelles de vos grandes qualitez
qui ont le plus de rapport à
fes occupations paisibles , elle admire
depuis longtemps en V. A.
R.labeauté, l'étenduë d'eſprit,
laſcience ,le goust,&la connoisfancedes
beaux arts.
Maintenant , elle voit l'ufage
de ces rares talents dans laforme
de gouvernement que vous
venez d'établirdans leRoyaume.
Tout a concouru , Monseigneur,
àvous en afßûrer la Regence ,
lesdroitsde vostre naiſſance augufle
jugement unanime des te
GALANT. 3 ,
Grands des Magistrats , les
voeux de tout le peuple , dans un
tel accord , dont àpeiney a-t-il
un seul exemple , chacun reconnoift
une providence particuliere
qui dans le temps que Dieu
nous affligeoit par les pertes confiderables
que nous avons faites ,
vous preparoit , Monseigneur ,
pourune reffource fûre aux regrets
aux peines d'un bon peuplequi
parsafidelité&ſon attachement
àfes Rois a toujours morité
d'avoirde bons maistres.
Déja l'on reffent les effets de
vôtre Regence universelle ,elle
pourvoit àtout beſoin ; active,
40 MERCURE
elle prendfurelle les travaux les
plus grands ; clairvoyante , elle
diftingue le bien & le mab, Va
vrai &leſéduisant ; reglée,elle
conferue les droits de chaque états
puiſſante , elle contient tout dans
le devoir& dans le respect,dou
ce , elle vous laiſſe d'un accésfabienfaisante
cile, , ellene fefait
fentirque par le bien qu'ellefait
la distribution des graces estlafeule
referve qu'ellese faſſeſurtous les
drais. 201
Puiſſions nous avoirpartaux
bontiz de V. 4. R. j'ose te dire
de la Compagnie au nom de laquelle
j'ay l'honneur de parler
nous
i
GALANT. 41
nous pouvons y prétendre par
l'ancienneté & la nobleffe de
Notre établiſſement ,parla pureté
de nos maximes qui nesont que
les loix du Royaume ,par l'utilité
de nosfonctions ,par la fimplicité
de nos moeurs , nul interest ne nous
amenera devant vous , Monfeigneur,
fi ce n'est celuydu bien public
, nulle ambition ,ſice n'est
celle d'eftre agreables à V. A. R.
&de l'aſſeurer de nos reſpects les
plus profonds , nulle inquiétude ,
ſi ce n'eſtſur voſtre ſanté. Permettez-
nous , Monseigneur , de
vous demander pour premiere
grace de la ménager cette precieuse
Decembre 1715. D
42 MERCURE
fanté,que vosfoinsfoientpartagés
entre vostre Royale Perfonne&
l'Etat. De vostre confervation ,
Monseigneur , dépendce que nou's
Jouhaitons leplus , l'éducation du
Roy dans les principes de nosLibertez
, qui ne sont que les droits
les plusfacrezde la Couronne&
de l'Episcopat , l'affermiſſement
& la durée d'un gouvernement
tout parfait ,le rétabliſſement des
Lettres dans lear Splendeur
dans leur liberté.
moindre choſe , que les meilleures
pieces paſſent les premieres
, c'eſt une amorce pour
les Lecteurs , &une preference
dont ils ſçavent gré à l'Auteur.
Le nom, le merite & l'érudition
de M. de Montem-
1
GALANT. 37
puys , Recteur de l'Univerſité ,
répondent de l'équité de mon
choix. Voicy fon difcours ??
4
HARANGUE
faite à S. A.R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , par M. de
Montempuys , Recteur de
l'Univerſité , le Mardy 26.
Novembre 171
1
MONSEIGNEUR ,
L'Univerſité honorée par nos
Roys vos ayeux du titre de Fille
aînée asouhaité avec empreſſe
38 MERCURE
ment deſepreſenterdevantV. A.
R. attentive qu'elle a toûjours
eftéàcelles de vos grandes qualitez
qui ont le plus de rapport à
fes occupations paisibles , elle admire
depuis longtemps en V. A.
R.labeauté, l'étenduë d'eſprit,
laſcience ,le goust,&la connoisfancedes
beaux arts.
Maintenant , elle voit l'ufage
de ces rares talents dans laforme
de gouvernement que vous
venez d'établirdans leRoyaume.
Tout a concouru , Monseigneur,
àvous en afßûrer la Regence ,
lesdroitsde vostre naiſſance augufle
jugement unanime des te
GALANT. 3 ,
Grands des Magistrats , les
voeux de tout le peuple , dans un
tel accord , dont àpeiney a-t-il
un seul exemple , chacun reconnoift
une providence particuliere
qui dans le temps que Dieu
nous affligeoit par les pertes confiderables
que nous avons faites ,
vous preparoit , Monseigneur ,
pourune reffource fûre aux regrets
aux peines d'un bon peuplequi
parsafidelité&ſon attachement
àfes Rois a toujours morité
d'avoirde bons maistres.
Déja l'on reffent les effets de
vôtre Regence universelle ,elle
pourvoit àtout beſoin ; active,
40 MERCURE
elle prendfurelle les travaux les
plus grands ; clairvoyante , elle
diftingue le bien & le mab, Va
vrai &leſéduisant ; reglée,elle
conferue les droits de chaque états
puiſſante , elle contient tout dans
le devoir& dans le respect,dou
ce , elle vous laiſſe d'un accésfabienfaisante
cile, , ellene fefait
fentirque par le bien qu'ellefait
la distribution des graces estlafeule
referve qu'ellese faſſeſurtous les
drais. 201
Puiſſions nous avoirpartaux
bontiz de V. 4. R. j'ose te dire
de la Compagnie au nom de laquelle
j'ay l'honneur de parler
nous
i
GALANT. 41
nous pouvons y prétendre par
l'ancienneté & la nobleffe de
Notre établiſſement ,parla pureté
de nos maximes qui nesont que
les loix du Royaume ,par l'utilité
de nosfonctions ,par la fimplicité
de nos moeurs , nul interest ne nous
amenera devant vous , Monfeigneur,
fi ce n'est celuydu bien public
, nulle ambition ,ſice n'est
celle d'eftre agreables à V. A. R.
&de l'aſſeurer de nos reſpects les
plus profonds , nulle inquiétude ,
ſi ce n'eſtſur voſtre ſanté. Permettez-
nous , Monseigneur , de
vous demander pour premiere
grace de la ménager cette precieuse
Decembre 1715. D
42 MERCURE
fanté,que vosfoinsfoientpartagés
entre vostre Royale Perfonne&
l'Etat. De vostre confervation ,
Monseigneur , dépendce que nou's
Jouhaitons leplus , l'éducation du
Roy dans les principes de nosLibertez
, qui ne sont que les droits
les plusfacrezde la Couronne&
de l'Episcopat , l'affermiſſement
& la durée d'un gouvernement
tout parfait ,le rétabliſſement des
Lettres dans lear Splendeur
dans leur liberté.
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721
p. 31-40
Morts, Mariages, &c. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Juge, l'un des Fermiers Generaux de sa Majesté, [...]
Mots clefs :
Charles de Besançon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, Mariages, &c. [titre d'après la table]
Mr le Juge, l'un des Fermiers
Généraux de sa Majessé
, mourut le
1 5 Aoust.
Messire Robert Aubery,
Seigneur d'Andilly
,
qui avoit
esté requ Maistre des
Comptes en IG55. mourut
le
2. 3. Aoust. Il estoit hohoraire.
Mre Louis Anne Aubery,
Docteur de SorbonnePrieur
Delcampe, & de S Sauveur
de Lomine
, mourut le lendemain
,
il estoit de lamême
famille que le precedent
Dame Charlotte de Besançon
est morte dans ses
Terres prés de Verneuil,
âgée de 44. ans. Elle estoit
fille de Mre Charles de Besançon
,
Seigneur de Courcelles,
Baron de Bazoche,
Vicomte de Neuf-Chastel
&c. & de Jeanne de Vanboringar,
elle avoit épousé
Mre Gabriel de Laval la Faigne
,
Seigneur de Montigny,
&c. neveu de François
de Laval, mort Evêquc de
Quebec, de la branche aînée
de Lavai Bois-Dauphin,
Il ne rclk plus du nom
de Besançon que Mela Princesse
de Courtenay,fillede
MreBernard Besançon du
Plessis Besançon;Lieutenant
General des Armées du Roy
& Gouverneur d'Aussonne,
& Ambassadeur de S. M. à
Venise. Il estoit frere de Mre
Charles de Besançon, Seigneur
deCourcelles, Lieutenant
& Commissaire General
des Armées du Roy,
Intendant en Touraine & en
Champagne.
De luy sont sorties Dame
ElizabethJacqueline de
Besançon
,
& Dame Anne
Marguerite de Besançon qui
a épousé Mre Gabriel du
Mont, Chevalier Seigneur
& Baron de Blaignac ancien
Officier de la Marine.
Mre René de Brizay,Marquis
de Denouville
,
Sous-
Gouverneur des Enfans de
France, est mort âgée de 73
ans. Il estoit frere de Mr
l'Evesque de Comminges le
dernier mort.
MreJules Adrien, Comte
de Noailles, l'un des fils de
feu Monsieur le Maréchal
Duc de Noailles,est-mort à
Perpignan. Il avoit estédestiné
pour l'Eglise
,
mais sa
Famille voyant en luy toutes
les dispositions qui peuvent
promettre un excellent sujet
pour la Guerre, consentit
qu'il embrassâtla profession
des Armes. Il efl: mort à 20
ans Lieutenant General de
la Province d' Auvergne,&;.
Colonel du Regiment de
Cavalerie de Noailles.
Mre Nicolas de Blanpi.:.:.
gnon, qui estoit Curé, &:
Chefcier de S. Mederic depuis
40 ans,est mort le 2. 7.
Septembre âgé de 68. ans.
Il estoit Doyen de tous les
Curez de Paris, & Docteur
en Théologie de la Maison
de Navarre.
Mr l'Abbé Anselme qui
avoit esté nommé à cette
Cure, a remis sa nomination
au Collateur qui l'a
donné à Monsieur deVivant
Docteur de la Maison & SociccedeSorbonne,
& Chanoine
de Nostre- Dame,auquel
Monsieur le Cardinal
de Noailles a donné son agrément.
Il en prit possession
le 7. Octobre, & il a
donné son Canonicat à
Mr l'Abbé d'Antin.
; Le Chevalier Guillaume
Godolsin, cy-devant Grand
Tresorier d'Angleterre
,
mourut d'apoplexie le 7.
Septembre âgé de prés de
80 ans. Il estoit frere aisné
de Milord Godolsin,& beau
frere de Jean Churchill,
Mylord Duc de Marlborough.
Mrd'Albergothi,Prélat
du S. Siege, &Gouverneur
de Macerata pourSaSainteté,
est mort à sonGouvernement.
Ilestoit frere de Mr
d'Albergothi , Lieutenant
General, Chevalier des Ordres
du Roy.
Mre Pierre François Gorge
d'Antraigues, épousale
22. SeptembreDamoiselle
Louifc Madelaine Therese
de Brichanteau, fille de Mre
LouisFauste de Brichanteau,
Marquis de Nangis, & de
Marie Henriette d'Aloigny
Rochefort.
La nouvelleépouse est
foeurdeMr le Marquis & de
Mr le Chevalier deNangis.
Le nouvel époux sera presentement
appellé Comte de
Melllant,dunom d'uncTerre
qui est dans le Berry, sa
mere estoit de la Maison d'Etampes
Valancey
,
niéce de
feu Mr le Maréchal, Duc
de Luxembourg, &de Me
la Princesse deMeKelbourg;
& sa soeur a épousé Mr le
Marquis de Bethune
,
petit
fils de Mr le Duc deBethune.
Mr deSenneterre,aépousé
Mademoiselle d'Ortans,
niece de Mr de la Poëpe
Vertrieu, Evesque de Poitiers
, & qui estoit Chanoine
& Comte de S. Jean de
Lion. Elle cft aussi proche
parente de Madame la Du-.
chesse d'Angoulesme, belle
fille du Roy Charles IX.
l, Elle estretirée au Convent
des filles de sainte Elifabcth
du Marais.
MrePierre Delpech
,
Avocat
General de la Cour des
Aides, &frere de Mr Delpech,
Conseiller au Parlement,
épousa le 20.Octobre
Elisabeth le Févrede
Caumartinde S. Port, Dame
de Cailly, niece du Commandeur
de Caumartin.
Généraux de sa Majessé
, mourut le
1 5 Aoust.
Messire Robert Aubery,
Seigneur d'Andilly
,
qui avoit
esté requ Maistre des
Comptes en IG55. mourut
le
2. 3. Aoust. Il estoit hohoraire.
Mre Louis Anne Aubery,
Docteur de SorbonnePrieur
Delcampe, & de S Sauveur
de Lomine
, mourut le lendemain
,
il estoit de lamême
famille que le precedent
Dame Charlotte de Besançon
est morte dans ses
Terres prés de Verneuil,
âgée de 44. ans. Elle estoit
fille de Mre Charles de Besançon
,
Seigneur de Courcelles,
Baron de Bazoche,
Vicomte de Neuf-Chastel
&c. & de Jeanne de Vanboringar,
elle avoit épousé
Mre Gabriel de Laval la Faigne
,
Seigneur de Montigny,
&c. neveu de François
de Laval, mort Evêquc de
Quebec, de la branche aînée
de Lavai Bois-Dauphin,
Il ne rclk plus du nom
de Besançon que Mela Princesse
de Courtenay,fillede
MreBernard Besançon du
Plessis Besançon;Lieutenant
General des Armées du Roy
& Gouverneur d'Aussonne,
& Ambassadeur de S. M. à
Venise. Il estoit frere de Mre
Charles de Besançon, Seigneur
deCourcelles, Lieutenant
& Commissaire General
des Armées du Roy,
Intendant en Touraine & en
Champagne.
De luy sont sorties Dame
ElizabethJacqueline de
Besançon
,
& Dame Anne
Marguerite de Besançon qui
a épousé Mre Gabriel du
Mont, Chevalier Seigneur
& Baron de Blaignac ancien
Officier de la Marine.
Mre René de Brizay,Marquis
de Denouville
,
Sous-
Gouverneur des Enfans de
France, est mort âgée de 73
ans. Il estoit frere de Mr
l'Evesque de Comminges le
dernier mort.
MreJules Adrien, Comte
de Noailles, l'un des fils de
feu Monsieur le Maréchal
Duc de Noailles,est-mort à
Perpignan. Il avoit estédestiné
pour l'Eglise
,
mais sa
Famille voyant en luy toutes
les dispositions qui peuvent
promettre un excellent sujet
pour la Guerre, consentit
qu'il embrassâtla profession
des Armes. Il efl: mort à 20
ans Lieutenant General de
la Province d' Auvergne,&;.
Colonel du Regiment de
Cavalerie de Noailles.
Mre Nicolas de Blanpi.:.:.
gnon, qui estoit Curé, &:
Chefcier de S. Mederic depuis
40 ans,est mort le 2. 7.
Septembre âgé de 68. ans.
Il estoit Doyen de tous les
Curez de Paris, & Docteur
en Théologie de la Maison
de Navarre.
Mr l'Abbé Anselme qui
avoit esté nommé à cette
Cure, a remis sa nomination
au Collateur qui l'a
donné à Monsieur deVivant
Docteur de la Maison & SociccedeSorbonne,
& Chanoine
de Nostre- Dame,auquel
Monsieur le Cardinal
de Noailles a donné son agrément.
Il en prit possession
le 7. Octobre, & il a
donné son Canonicat à
Mr l'Abbé d'Antin.
; Le Chevalier Guillaume
Godolsin, cy-devant Grand
Tresorier d'Angleterre
,
mourut d'apoplexie le 7.
Septembre âgé de prés de
80 ans. Il estoit frere aisné
de Milord Godolsin,& beau
frere de Jean Churchill,
Mylord Duc de Marlborough.
Mrd'Albergothi,Prélat
du S. Siege, &Gouverneur
de Macerata pourSaSainteté,
est mort à sonGouvernement.
Ilestoit frere de Mr
d'Albergothi , Lieutenant
General, Chevalier des Ordres
du Roy.
Mre Pierre François Gorge
d'Antraigues, épousale
22. SeptembreDamoiselle
Louifc Madelaine Therese
de Brichanteau, fille de Mre
LouisFauste de Brichanteau,
Marquis de Nangis, & de
Marie Henriette d'Aloigny
Rochefort.
La nouvelleépouse est
foeurdeMr le Marquis & de
Mr le Chevalier deNangis.
Le nouvel époux sera presentement
appellé Comte de
Melllant,dunom d'uncTerre
qui est dans le Berry, sa
mere estoit de la Maison d'Etampes
Valancey
,
niéce de
feu Mr le Maréchal, Duc
de Luxembourg, &de Me
la Princesse deMeKelbourg;
& sa soeur a épousé Mr le
Marquis de Bethune
,
petit
fils de Mr le Duc deBethune.
Mr deSenneterre,aépousé
Mademoiselle d'Ortans,
niece de Mr de la Poëpe
Vertrieu, Evesque de Poitiers
, & qui estoit Chanoine
& Comte de S. Jean de
Lion. Elle cft aussi proche
parente de Madame la Du-.
chesse d'Angoulesme, belle
fille du Roy Charles IX.
l, Elle estretirée au Convent
des filles de sainte Elifabcth
du Marais.
MrePierre Delpech
,
Avocat
General de la Cour des
Aides, &frere de Mr Delpech,
Conseiller au Parlement,
épousa le 20.Octobre
Elisabeth le Févrede
Caumartinde S. Port, Dame
de Cailly, niece du Commandeur
de Caumartin.
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Résumé : Morts, Mariages, &c. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs décès et mariages de personnalités notables. Le 15 août, un Fermier Général de Sa Majesté est décédé. Le 23 août, Messire Robert Aubery, Seigneur d'Andilly et ancien Maître des Comptes, est mort. Le lendemain, Mre Louis Anne Aubery, Docteur de Sorbonne et Prieur de Delcampe et de Saint-Sauveur de Lomine, est également décédé. Dame Charlotte de Besançon, âgée de 44 ans, est morte près de Verneuil. Elle était fille de Mre Charles de Besançon, Seigneur de Courcelles, et de Jeanne de Vanboringar, et avait épousé Mre Gabriel de Laval la Faigne, Seigneur de Montigny. La Princesse de Courtenay, fille de Mre Bernard Besançon du Plessis Besançon, est la seule survivante du nom de Besançon. Mre René de Brizay, Marquis de Denouville et Sous-Gouverneur des Enfants de France, est mort à 73 ans. Mre Jules Adrien, Comte de Noailles, fils du Maréchal Duc de Noailles, est décédé à 20 ans en tant que Lieutenant Général de la Province d'Auvergne et Colonel du Régiment de Cavalerie de Noailles. Mre Nicolas de Blampignon, Curé et Chefcier de Saint-Médéric depuis 40 ans, est mort à 68 ans. Le Chevalier Guillaume Godolsin, ancien Grand Trésorier d'Angleterre, est décédé d'apoplexie à près de 80 ans. Mrd'Albergothi, Prélat du Saint-Siège et Gouverneur de Macerata, est mort en fonction. Plusieurs mariages sont également mentionnés, notamment celui de Mre Pierre François Gorge d'Antraigues avec Damoiselle Louifc Madelaine Therese de Brichanteau, et celui de Mr de Senneterre avec Mademoiselle d'Ortans. Mre Pierre Delpech, Avocat Général de la Cour des Aides, a épousé Elisabeth le Févrede Caumartinde Saint-Port, Dame de Cailly.
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722
p. 35-45
MARIAGE.
Début :
Mr de Planque, Brigadier des Armées du Roy, & Inspecteur [...]
Mots clefs :
Duc, Monsieur de Planque, Bretonvilliers, Roquelaure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
ans. MARI A G E.
Mr dePlanque, Brigadier
des Armées du Roy, & Infpecteur
General de l'Infanterie,
épousa,lepremier
jour de Novembre Mademoiselle
de Cadclan ,niéce
de feu Mr le iviaiftre de la
Maisonfort, Fermier Gencral
- Le pere de Mr Planque ,
qui cft d'une tres-ancienne
& tres bonne famillle du
Languedoc,est mort assez
, jeune, estant Brigadier &
Commandant à Bayonne.
-
Mr de Planque aeû laconfiance
de - Mr le Duc de
Noaillesdanscetteaction si
- bien concertée, qui obligea
lesEnnemis de se rembarquer
; ce fut Mr de Planque
qui conduisit le corps
d'Infanterie de Perpignan
à Cette.
L'affaire de Cette me rappelle
l'idée d'une circonstance
que j'ai apprise depuis &
qui regarde Mr poujet,dont
j'ai parlé dans mon premier
Mercure.
Il est bien vrai que le*
Anglois s'emparant de la
la Ville de Cette, où il est
Juge de l'Amirauté, voulurentle
forcer à prester ferment
entre leurs main; sa
fermeté à le refuser
, & les
services qu'il a rendus en cette
occasion lui ont attiré des
*
loüanges de Mrs de Roquelaure
& de Basville. De
pareils temoignages, & une
lettre de lui tres-autorisee,
m'obligent à lui rendre justice
; voici un Extrait de sa
Lettre.
Le 2. 8.Juillet, quifut la
veille du départ des Ennemis,
toutes les Troupesse rembarquerent
& sur les 4. heures
aprésmidi,il ne ressoit dans.
Cettequ'environ40. hommes,
distribuez en diferensposses. Il me parut que 50. Maî.
tres envore;C en diligence aurotentpusi
rendremaîtres du
lieu: lessuites d'uneaffaire con!*¡
certée me paroisoient à craindre,
Cela joint à donneravis
à. nos Généraux de cette jitua-,
tion
, je lefis parunBourgeoisque
j'envoyai &c., Sur les huit heures du matin
du 29. jefus prispar les
ordres du ChevalierNorisqui
estoit à terre; je fus mis dans
sa Chaloupe Joù ilJe mit luimême,
il me déposasur le
premier Vaisseauquise trouva
àsonpassage. C'estoituneFregatte
d'environ 40. Canons,
qui estoit à l'entrée du Port le
coPi 4 travers, quitira tçtitth
la matinée sur la Ville.C'est
là que j'appris la raison de ma
détention. Le Capitaine de ce
Bastiment me traita fort honnestement
, eaprès m'avoir
fait diner avec lui, il me dit
qu'il alloitsur l'amiral parler
pour moi, vers les six heures
au soir.MrNorism'envoya
sa Chaloupe avec un Officier;
jefus porte surson Vaisseau ,
M il mefitdire par l'Interprète
de l'Amiral Hollandois
, que
quoi qu'il pût me retenir
,
il
vouloit pourtant me renvoyer
àla consideration de Mrle Duc
de Roquelaure
,
En ce rcmps là on avoit
écrit de Cette, qu'il avoit
couru risque de la vie. Quoi
que la more soit glorieuse , quand elle est cau fée par le
zele & la fidélité d'un Sujet
pour son Prince, c'est toujours
une fin tragique. Aussi
n'est ce qu'en le (cachanc
renvoyéhonorablementque
j'ai pris la liberté deplaisanter
de son échange,&je citcrois
plusieurs exemples de
Magistrats
,
qui dans le
temps de la Ligue ont couru
mêmes risques pour pareille
fidélité à leur Prince ,
& qui ont plaisance les premiers
sur la maniere dont ils
s'estoient tirez d'affaire.
Madame la Presidente de
Bretonvilliers cil: morte le
Decembre
,
son nom
estoit Claude Perrot de Fercourt
: Elle estoit veuve de
BenigneleRagois, Seigneur
de Bretonvilliers,President
des Comptes; & fille de
Jean Perrot, Seigneur de
Saint Dié & de Fercourt
President , aux Enquestes du
Parlement
,
& de Madelaine
de Combaut Authcuilqb
Je tâcheray dans la suite
d'avoir quelques remarques
Historiques ou Géographiques
sur chaque Article;par
exemple,en voicy deux à
propos de la demierenomination.
:
-
Celle deLandeneou Liudevenech
, donnée au Pere
de Vau, en Latin Lindana
ou Lindanoe portus, fut fondée
vers l'an 480. par S,
Guinolé, autrement S. Guingalois
qm' en sur le premier
Abbé, cette Abbayedevins
très florissante parla discipline
qu'ilyétablie,-elk en>-
brassa la rcglc de S. Benoist
l'an 8 1 8.
Celle d'Arouaifeou d'Arouage
, donnée au Pere
,
d'Ambrine,en latin Aridagamantia
& Aroasia, est de
Chanoines Reguliers de S.
Augustin. Il y avoit autrefois
une grande Forest prés
de Bapaume, &c'estde cette
Forest que cette Abbaye
a retenu le nom.
Le grand Maistre dc l'Ordre
Teutonique, Evêque de
Bressu, a esté élu Coadjuteur
del'Archevêque & Electeur
de Mayence; il est
frere de l'Imperatrice Douairière.
Jacques-Fitz James, Duc
de Bervick
,
Chevalier dela
Jarretiere,dela Toisond'or
& de S. Louis, Maréchal de
France ; & Gouverneur du
Limosin, a estéreçû Duc &
Pair de France le 10. de ce
mois; il y a pris séanceavec
les ceremoniesaccoûtumées
Mr dePlanque, Brigadier
des Armées du Roy, & Infpecteur
General de l'Infanterie,
épousa,lepremier
jour de Novembre Mademoiselle
de Cadclan ,niéce
de feu Mr le iviaiftre de la
Maisonfort, Fermier Gencral
- Le pere de Mr Planque ,
qui cft d'une tres-ancienne
& tres bonne famillle du
Languedoc,est mort assez
, jeune, estant Brigadier &
Commandant à Bayonne.
-
Mr de Planque aeû laconfiance
de - Mr le Duc de
Noaillesdanscetteaction si
- bien concertée, qui obligea
lesEnnemis de se rembarquer
; ce fut Mr de Planque
qui conduisit le corps
d'Infanterie de Perpignan
à Cette.
L'affaire de Cette me rappelle
l'idée d'une circonstance
que j'ai apprise depuis &
qui regarde Mr poujet,dont
j'ai parlé dans mon premier
Mercure.
Il est bien vrai que le*
Anglois s'emparant de la
la Ville de Cette, où il est
Juge de l'Amirauté, voulurentle
forcer à prester ferment
entre leurs main; sa
fermeté à le refuser
, & les
services qu'il a rendus en cette
occasion lui ont attiré des
*
loüanges de Mrs de Roquelaure
& de Basville. De
pareils temoignages, & une
lettre de lui tres-autorisee,
m'obligent à lui rendre justice
; voici un Extrait de sa
Lettre.
Le 2. 8.Juillet, quifut la
veille du départ des Ennemis,
toutes les Troupesse rembarquerent
& sur les 4. heures
aprésmidi,il ne ressoit dans.
Cettequ'environ40. hommes,
distribuez en diferensposses. Il me parut que 50. Maî.
tres envore;C en diligence aurotentpusi
rendremaîtres du
lieu: lessuites d'uneaffaire con!*¡
certée me paroisoient à craindre,
Cela joint à donneravis
à. nos Généraux de cette jitua-,
tion
, je lefis parunBourgeoisque
j'envoyai &c., Sur les huit heures du matin
du 29. jefus prispar les
ordres du ChevalierNorisqui
estoit à terre; je fus mis dans
sa Chaloupe Joù ilJe mit luimême,
il me déposasur le
premier Vaisseauquise trouva
àsonpassage. C'estoituneFregatte
d'environ 40. Canons,
qui estoit à l'entrée du Port le
coPi 4 travers, quitira tçtitth
la matinée sur la Ville.C'est
là que j'appris la raison de ma
détention. Le Capitaine de ce
Bastiment me traita fort honnestement
, eaprès m'avoir
fait diner avec lui, il me dit
qu'il alloitsur l'amiral parler
pour moi, vers les six heures
au soir.MrNorism'envoya
sa Chaloupe avec un Officier;
jefus porte surson Vaisseau ,
M il mefitdire par l'Interprète
de l'Amiral Hollandois
, que
quoi qu'il pût me retenir
,
il
vouloit pourtant me renvoyer
àla consideration de Mrle Duc
de Roquelaure
,
En ce rcmps là on avoit
écrit de Cette, qu'il avoit
couru risque de la vie. Quoi
que la more soit glorieuse , quand elle est cau fée par le
zele & la fidélité d'un Sujet
pour son Prince, c'est toujours
une fin tragique. Aussi
n'est ce qu'en le (cachanc
renvoyéhonorablementque
j'ai pris la liberté deplaisanter
de son échange,&je citcrois
plusieurs exemples de
Magistrats
,
qui dans le
temps de la Ligue ont couru
mêmes risques pour pareille
fidélité à leur Prince ,
& qui ont plaisance les premiers
sur la maniere dont ils
s'estoient tirez d'affaire.
Madame la Presidente de
Bretonvilliers cil: morte le
Decembre
,
son nom
estoit Claude Perrot de Fercourt
: Elle estoit veuve de
BenigneleRagois, Seigneur
de Bretonvilliers,President
des Comptes; & fille de
Jean Perrot, Seigneur de
Saint Dié & de Fercourt
President , aux Enquestes du
Parlement
,
& de Madelaine
de Combaut Authcuilqb
Je tâcheray dans la suite
d'avoir quelques remarques
Historiques ou Géographiques
sur chaque Article;par
exemple,en voicy deux à
propos de la demierenomination.
:
-
Celle deLandeneou Liudevenech
, donnée au Pere
de Vau, en Latin Lindana
ou Lindanoe portus, fut fondée
vers l'an 480. par S,
Guinolé, autrement S. Guingalois
qm' en sur le premier
Abbé, cette Abbayedevins
très florissante parla discipline
qu'ilyétablie,-elk en>-
brassa la rcglc de S. Benoist
l'an 8 1 8.
Celle d'Arouaifeou d'Arouage
, donnée au Pere
,
d'Ambrine,en latin Aridagamantia
& Aroasia, est de
Chanoines Reguliers de S.
Augustin. Il y avoit autrefois
une grande Forest prés
de Bapaume, &c'estde cette
Forest que cette Abbaye
a retenu le nom.
Le grand Maistre dc l'Ordre
Teutonique, Evêque de
Bressu, a esté élu Coadjuteur
del'Archevêque & Electeur
de Mayence; il est
frere de l'Imperatrice Douairière.
Jacques-Fitz James, Duc
de Bervick
,
Chevalier dela
Jarretiere,dela Toisond'or
& de S. Louis, Maréchal de
France ; & Gouverneur du
Limosin, a estéreçû Duc &
Pair de France le 10. de ce
mois; il y a pris séanceavec
les ceremoniesaccoûtumées
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Résumé : MARIAGE.
Le texte présente plusieurs informations historiques et biographiques. Mr de Planque, Brigadier des Armées du Roi et Inspecteur Général de l'Infanterie, épousa Mademoiselle de Cadclan, nièce de feu Mr le Trésorier de la Maisonfort, Fermier Général, le premier jour de novembre. Le père de Mr de Planque, issu d'une ancienne et respectable famille du Languedoc, était Brigadier et Commandant à Bayonne. Mr de Planque joua un rôle crucial dans une action militaire qui força les ennemis à se rembarquer, conduisant le corps d'infanterie de Perpignan à Cette. Mr Poujet, Juge de l'Amirauté à Cette, refusa de prêter serment aux Anglois et reçut des louanges de Mrs de Roquelaure et de Basville. Une lettre de Mr Poujet détaille les événements du 28 juillet, où les troupes ennemies se rembarquèrent, laissant environ 40 hommes. Mr Poujet alerta les généraux de la situation et fut ensuite capturé par les Anglois, mais finalement renvoyé à Mr le Duc de Roquelaure. Madame la Présidente de Bretonvilliers, Claude Perrot de Fercourt, veuve de Benigne le Ragois, Seigneur de Bretonvilliers, et fille de Jean Perrot, Seigneur de Saint Dié et de Fercourt, Président aux Enquestes du Parlement, décéda en décembre. Le texte fournit également des informations sur des abbayes historiques : celle de Landene ou Liudevenech, fondée vers l'an 480 par Saint Guinolé, et celle d'Arouaise ou d'Arouage, fondée par le Père d'Ambrine. Enfin, Jacques-Fitz James, Duc de Berwick, Chevalier de la Jarretière, de la Toison d'or et de Saint Louis, Maréchal de France et Gouverneur du Limousin, fut reçu Duc et Pair de France le 10 du mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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723
p. 39-52
« L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
Début :
L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...]
Mots clefs :
Huile, Sang, Liqueurs, Vaisseaux, Sécrétion, Corps, Médecine, Animaux, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
L'Assemblée publique de
l'Academie Royale des
Sciencesqui se devoit tenir
le Mercredy i;c Avril, ne
se tint point & fut remise au
Mercredy 22e. Elle sur ouverte
par l'Eloge que Mr de
Fontenellefit deMr Guilelmini
Associé étranger de
cette Academie, & mort
depuis peu.
MrMarchand lut ensuite
quelques observations qu'il
avoit faites sur la nature des
Plantes & sur quelques unes
de leurs parties cachées.
Mr de Reaumur traita
ensuite des différentes manieres
dont plusieurs animaux
de mer s'attachent
au sable, aux pierres, ou les
uns aux autres.
Enfin Mr Vinflon Medecin
de la Faculté de Paris
,
reçu depuis peu à l'Academieen
qualitéd'Anatomiste
, satisfità l'obligation où
sont les nouveaux Academiciens
de payer leur bienvenuë
dans une Assemblée
publique, par un Discours
qu'illut touchant la maniere
dont se fait la secretion
dans les glandes des animaux.
Il ex posad'abord ce qu'il
entendoit par fecrction
,
il dit, que le corps humain
estoit arrosé par un grand
nombrede différentes liqueurs
outre le fang, que
la pluspart de ces liqueurs
prenoient leur origine du
sang, quelle s'en separoient
dans des organes particuliers
qu'on nommoit Glandes;
& que cette separation ou
cribration des liqueurs d'avec
le fang se nommoic
Secretion.
Il exposa les differents
sentiments des Philosophes
touchant la maniere donc
se faisoit cette secretion ;
& aprés avoir rejetté les
Facul rez des Anciens les,
ferments,& la configuration
des pores des modernes
,
il dit, que ceux ,
qui
avoient le mieux raisonné
sur cela, estoient quelques
uns des modernes, qui
avoient comparé les secretions
dans les glandes, aux
philtrations des Chymistes,
il rapporta sur cela deux
experiences des Chymistes,
La premiere qu'ayant une
fois imbibé un papier broüillard
d'eau ou d'huile, si
l'on ver se sur ce papier un
mélange d'huile & d'eau
,
il ne pane au travers du papier
que celle des deux liqueurs
dont il a estéimbibé,
l'autre demeurant dessus.
La seconde que si on met
dans un vase de l'huile & de
l'eau meslées ensemble
,
si
l'on trempe des méches de
cotton, ou des languetres
de drap les unes dans l'huile
& les autres dans l'eau
que l'on place ces méches
ou languettes sur le bord'
du vaisseau en maniere de
siphon
,
ensorte qu'un de
leurs bouts trempe dans la
liqueur & l'autre pende
dehors, celles qui seront
imbibées d'huile distilleront
de l'hüile,& celles qui seront
imbibées d'eau ne disstilleront
que de l'eau.
Fondésur ces ex periences
il établit avec les nouveaux
Philosophes uneimbibition
pour catife de la secretion.
Ce sentiment n'avoit esté
jusquesicy qu'une fuppofirion
donc on s'estoit conten.
té faute de mieux; mais
comme un Philosophe &
surtout un Philosophe Medecin
ne doit pas se contenter
de simples con jectures
dans une affaire aussi importante
que celles des [cerc.
tions pour toute l'oeconomie
animale &pour les
consequences que l'on en
peut tirer dans la pratique
de la Medecine, Mr
Vinslon a cherché dans la
nature même la verité, il
a parcouru toutes les glandes
du corps humain, &
celles du corps de differents
animaux, & enfin après une
longue recherche il a reconnu
que les glandes estoient
des pelotons de vaisseaux,
qu'il nomme Secretoires
,
à
cause de leur usage
, que
ces vaisseaux sont remplis
d'une espece de velouté
ou duvet,- capable defaire
le même effet que le
tissu filamenteux du drap,
du cotton, ou du papier,
&ila promis dele faire voir
dans toutes les glandes du
corps de l'homme ou des
animaux.
Il dit que le sang est porté
par les arteres dans les glandes
, que l'artere se divise
en une infinité de petits
rameaux d'une extrême si..
nesse qui se recourbent en.
fuite & se reünissent pour
sortir des glandes fous le
nom de veines, que c'est
dans cescourbures que s'abouchent
ces vaisseaux fccretoires,
qui le reünissent
aussi en un seul canal qu'il
nomme Excretoire
, parce
qu'il porte hors de la glande
le suc qui s'y est philtré. Ces
glandes ou vaisseaux secretoiresont,
dit-il,esté imbibez
dés la premicre conformation
du foetus, des liqueursqu'elles
devoientphiltrer,
en sorte que le fang qui
arrive par l'artere se divifc
infiniment dans tous ces
petits rameaux;de maniere
que ses molecules font obligées
en quel ques maniere
de défiler une à une dans
leur
leurscourbures
,
où les
molecules qui sont de la
nature de celles des canaux
secretoires sont imbibez,
entrent dans ces canaux.
pendant que les autres pasfant
par dessus sans sy mesler,
roulent jufqucs dans les
veines.
Mr Vinslon dit qu'illaissoitaux
Physiciens à rendre
raison de ce fait,aussibien
que de la philtration des
Chymistes,& qu'il secontentoit
d'avoir reconnu la
verité sans en chercher la
raison.
Le temps ne luy permit
pas d'expliquerbeaucoup de
choses par rapport aux secretions,
par exemple, quel
est l'usage des nerfs&des
vaisseauxlymphatiques des
glandes, qu'elle doit estre
la disposition du sangpour
les differentes secretions , &c. ce qu'il doit donner
dans des Mémoires particu-,
liers.
Mr Vinslonest originairement
Danois. & parent- dvi;
fameux Mr Renon
,
il,
avoit esté élevé dansla Religion
de son Pays. Le Roy
de Dannemarck l'avoit envoyé
en France pour s'y
induire dans toutes les
parties de la Medecine; Il
luy payoit icy ses pensions,
1" & luy avoit promis de luy
donner ensuite une Chaire
de Professeur à Copenhague
Le hazardl'ayant fait connoisstre
de feu Mr l'Evêque
[de Meaux qui reconnut dans ce jeune homme un grand
» fonds de bonnes moeurs &
de Religion,cePrelatentreprit
de le convertir ; ce
jeune homme aprésavoit
long. temps combattu (e
rendit enfin aux solides raisons
du Prélat & sitoiti.
qu'il fut convaincu, il oubIia,
pour se convertir lax*
fortune qui l'attendoit enri
Dannemarck
,
& les biens
que sa famille & luy y pof-.-
sedoient atruellement ; enn
effet le Roy de Dannemarck
supprima aussi-tost ses pen--J
sions, l'interdit de tous ses
biens & le proserivit de sonn
pays; tout cela n'a fait que
l'affermir davantagedans
la veritableReligion, dans
laquelle on peut le regardera
comme un modele de pieté
l'Academie Royale des
Sciencesqui se devoit tenir
le Mercredy i;c Avril, ne
se tint point & fut remise au
Mercredy 22e. Elle sur ouverte
par l'Eloge que Mr de
Fontenellefit deMr Guilelmini
Associé étranger de
cette Academie, & mort
depuis peu.
MrMarchand lut ensuite
quelques observations qu'il
avoit faites sur la nature des
Plantes & sur quelques unes
de leurs parties cachées.
Mr de Reaumur traita
ensuite des différentes manieres
dont plusieurs animaux
de mer s'attachent
au sable, aux pierres, ou les
uns aux autres.
Enfin Mr Vinflon Medecin
de la Faculté de Paris
,
reçu depuis peu à l'Academieen
qualitéd'Anatomiste
, satisfità l'obligation où
sont les nouveaux Academiciens
de payer leur bienvenuë
dans une Assemblée
publique, par un Discours
qu'illut touchant la maniere
dont se fait la secretion
dans les glandes des animaux.
Il ex posad'abord ce qu'il
entendoit par fecrction
,
il dit, que le corps humain
estoit arrosé par un grand
nombrede différentes liqueurs
outre le fang, que
la pluspart de ces liqueurs
prenoient leur origine du
sang, quelle s'en separoient
dans des organes particuliers
qu'on nommoit Glandes;
& que cette separation ou
cribration des liqueurs d'avec
le fang se nommoic
Secretion.
Il exposa les differents
sentiments des Philosophes
touchant la maniere donc
se faisoit cette secretion ;
& aprés avoir rejetté les
Facul rez des Anciens les,
ferments,& la configuration
des pores des modernes
,
il dit, que ceux ,
qui
avoient le mieux raisonné
sur cela, estoient quelques
uns des modernes, qui
avoient comparé les secretions
dans les glandes, aux
philtrations des Chymistes,
il rapporta sur cela deux
experiences des Chymistes,
La premiere qu'ayant une
fois imbibé un papier broüillard
d'eau ou d'huile, si
l'on ver se sur ce papier un
mélange d'huile & d'eau
,
il ne pane au travers du papier
que celle des deux liqueurs
dont il a estéimbibé,
l'autre demeurant dessus.
La seconde que si on met
dans un vase de l'huile & de
l'eau meslées ensemble
,
si
l'on trempe des méches de
cotton, ou des languetres
de drap les unes dans l'huile
& les autres dans l'eau
que l'on place ces méches
ou languettes sur le bord'
du vaisseau en maniere de
siphon
,
ensorte qu'un de
leurs bouts trempe dans la
liqueur & l'autre pende
dehors, celles qui seront
imbibées d'huile distilleront
de l'hüile,& celles qui seront
imbibées d'eau ne disstilleront
que de l'eau.
Fondésur ces ex periences
il établit avec les nouveaux
Philosophes uneimbibition
pour catife de la secretion.
Ce sentiment n'avoit esté
jusquesicy qu'une fuppofirion
donc on s'estoit conten.
té faute de mieux; mais
comme un Philosophe &
surtout un Philosophe Medecin
ne doit pas se contenter
de simples con jectures
dans une affaire aussi importante
que celles des [cerc.
tions pour toute l'oeconomie
animale &pour les
consequences que l'on en
peut tirer dans la pratique
de la Medecine, Mr
Vinslon a cherché dans la
nature même la verité, il
a parcouru toutes les glandes
du corps humain, &
celles du corps de differents
animaux, & enfin après une
longue recherche il a reconnu
que les glandes estoient
des pelotons de vaisseaux,
qu'il nomme Secretoires
,
à
cause de leur usage
, que
ces vaisseaux sont remplis
d'une espece de velouté
ou duvet,- capable defaire
le même effet que le
tissu filamenteux du drap,
du cotton, ou du papier,
&ila promis dele faire voir
dans toutes les glandes du
corps de l'homme ou des
animaux.
Il dit que le sang est porté
par les arteres dans les glandes
, que l'artere se divise
en une infinité de petits
rameaux d'une extrême si..
nesse qui se recourbent en.
fuite & se reünissent pour
sortir des glandes fous le
nom de veines, que c'est
dans cescourbures que s'abouchent
ces vaisseaux fccretoires,
qui le reünissent
aussi en un seul canal qu'il
nomme Excretoire
, parce
qu'il porte hors de la glande
le suc qui s'y est philtré. Ces
glandes ou vaisseaux secretoiresont,
dit-il,esté imbibez
dés la premicre conformation
du foetus, des liqueursqu'elles
devoientphiltrer,
en sorte que le fang qui
arrive par l'artere se divifc
infiniment dans tous ces
petits rameaux;de maniere
que ses molecules font obligées
en quel ques maniere
de défiler une à une dans
leur
leurscourbures
,
où les
molecules qui sont de la
nature de celles des canaux
secretoires sont imbibez,
entrent dans ces canaux.
pendant que les autres pasfant
par dessus sans sy mesler,
roulent jufqucs dans les
veines.
Mr Vinslon dit qu'illaissoitaux
Physiciens à rendre
raison de ce fait,aussibien
que de la philtration des
Chymistes,& qu'il secontentoit
d'avoir reconnu la
verité sans en chercher la
raison.
Le temps ne luy permit
pas d'expliquerbeaucoup de
choses par rapport aux secretions,
par exemple, quel
est l'usage des nerfs&des
vaisseauxlymphatiques des
glandes, qu'elle doit estre
la disposition du sangpour
les differentes secretions , &c. ce qu'il doit donner
dans des Mémoires particu-,
liers.
Mr Vinslonest originairement
Danois. & parent- dvi;
fameux Mr Renon
,
il,
avoit esté élevé dansla Religion
de son Pays. Le Roy
de Dannemarck l'avoit envoyé
en France pour s'y
induire dans toutes les
parties de la Medecine; Il
luy payoit icy ses pensions,
1" & luy avoit promis de luy
donner ensuite une Chaire
de Professeur à Copenhague
Le hazardl'ayant fait connoisstre
de feu Mr l'Evêque
[de Meaux qui reconnut dans ce jeune homme un grand
» fonds de bonnes moeurs &
de Religion,cePrelatentreprit
de le convertir ; ce
jeune homme aprésavoit
long. temps combattu (e
rendit enfin aux solides raisons
du Prélat & sitoiti.
qu'il fut convaincu, il oubIia,
pour se convertir lax*
fortune qui l'attendoit enri
Dannemarck
,
& les biens
que sa famille & luy y pof-.-
sedoient atruellement ; enn
effet le Roy de Dannemarck
supprima aussi-tost ses pen--J
sions, l'interdit de tous ses
biens & le proserivit de sonn
pays; tout cela n'a fait que
l'affermir davantagedans
la veritableReligion, dans
laquelle on peut le regardera
comme un modele de pieté
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Résumé : « L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
L'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, initialement prévue le 11 avril, a été reportée au 22 avril. La séance a commencé par l'éloge de Monsieur Guillelmini, un associé étranger récemment décédé, prononcé par Monsieur de Fontenelle. Monsieur Marchand a ensuite présenté des observations sur la nature des plantes et certaines de leurs parties cachées. Monsieur de Reaumur a traité des différentes manières dont certains animaux marins s'attachent au sable, aux pierres ou les uns aux autres. Monsieur Vinflon, médecin de la Faculté de Paris et nouvellement reçu à l'Académie en qualité d'anatomiste, a prononcé un discours sur la sécrétion dans les glandes des animaux. Il a défini la sécrétion comme la séparation des liquides du sang dans des organes particuliers appelés glandes. Après avoir rejeté les explications des Anciens et des modernes, il a comparé les sécrétions glandulaires aux filtrations des chimistes, illustrant cela par deux expériences. Fondé sur ces expériences, il a proposé l'imbibition comme mécanisme de la sécrétion, une hypothèse jusqu'alors non vérifiée. Monsieur Vinflon a exploré les glandes du corps humain et de différents animaux, découvrant que les glandes sont des pelotons de vaisseaux sécrétoires remplis d'une substance similaire au duvet. Le sang, apporté par les artères, se divise en petits rameaux qui se recourbent et se réunissent pour sortir des glandes sous forme de veines. Les molécules du sang, en passant par ces courbures, sont imbibées par les vaisseaux sécrétoires, tandis que les autres molécules continuent leur chemin vers les veines. Originaire du Danemark et parent de Monsieur Renon, Monsieur Vinflon avait été envoyé en France par le roi de Danemark pour étudier la médecine. Converti au christianisme grâce à l'évêque de Meaux, il a renoncé à sa fortune et aux biens qu'il possédait dans son pays natal. Le roi de Danemark a supprimé ses pensions et l'a proscrit, mais cela n'a fait que renforcer sa foi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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724
p. 2342-2359
LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
Début :
Vous me pressez, Monsieur, de vous dire ce que je pense du Spectacle de [...]
Mots clefs :
Spectacle de la nature, Auteur, Titre, Vraisemblance, Poème dramatique, Dialogues, Descriptions, Caractère, Curiosité, Défauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime , au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature , &c.
V
Ous me pressez , Monsieur , de vous
dire ce que je pense du Spectacle, de
la Nature; et même de vous en donner
une idée. Je ne puis m'en deffendre, puisqueje vous l'ai promis , et que je vous
suis redevable à cet égard. Mais , Monsieur , permettez- moi de vous l'avoüer
j'ai quelque peine à m'y résoudre. Cet
Ouvrage a pour objet des matieres sur
lesquelles j'aurois besoin d'être instruit
moi-même , bien loin d'être en état d'en
porter un jugement. Le nom de l'Auteur,
que vous connoissez sans doute , est si
respectable , son érudition est si profonde , et son mérite si généralement reconnu , qu'il seroit témeraire d'en dire du
mal , et inutile d'en dire du bien. Vous
vous contenterez donc , s'il vous plaît
de quelques légeres réfléxions sur la for-
>
me
NOVEMBRE. 1732. 2343
mede l'Ouvrage. Je conte que vous en
jugerez bien-tôt par vous-même ; la seule
énumération des sujets qui y sont traitez ,
ne manquera pas de piquer votre curiosité,que l'obscurité du titre a peut-être ralentie. Au reste , je vous dirai en passant
quesi vous voulez de la premiere Edition
vous n'avez point de temps à perdre. Le
débit en est si prodigieux que vous seriez
peut-être obligé d'attendre la seconde , à
Jaquelle on se prépare.
Vous allez d'abord me demander pourquoi ce débit si prompt? Je sçai que vous
vous défiez de cet empressement du pu- .
blic, depuis que vous avez vû des ouvra
ges reçûs avec avidité dans leur naissance , et presque aussi- tôt oubliez et même
méprisez. Je ne crois pas , Monsieur, que
le Spectacle de la Nature ait un sort aussi
bizarre. En voici la raison. Ceux qui ont
souffert cette ignominieuse révolution
n'avoient de mérite que la forme , et les
véritables Sçavans n'y ont jamais trouvé
une véritable solidité ; au lieu qu'on peut
dire la solidité est l'ame de celui- ci ;
que et si on osoit y reprendre quelques deffauts , ce seroit dans la forme seule qu'on
croiroit les appercevoir.
L'Auteur assure avoir essayé d'en écarter la
tristesse , et au lieu d'un Discours suivi ou d'un
B vj enchaî-
2344 MERCURE DE FRANCE
enchaînement de Dissertations qui emmenent
souvent le dégoût et l'ennui , il a cru devoir
prendre le Stile de Dialogue , qui est de tous le
plus naturel et le plus propre à attacher toutes
sortes de Lecteurs. Preface.
La Scene est une Maison de Campagne,
où un jeune homme sortant de Seconde
pour entrer en Réthorique , passe une
partie de ses Vacances chez un Gentilhomme, qui ayant étudié à fond la Nature , se plaît à lui en développer les secrets les plus curieux . Le Curé du lieu ,
grand Physicien , se joint à eux. L'Epouse
même du Gentilhomme vient aussi prendre, et quelquefois donner des Leçons.
Du caractere dont je vous connois , cette
Scene , ces Personnages , ne vous plaisent
gueres. Quant à moi , vous devinez aisé
ment ma pensée là - dessus. L'Auteur s'est
proposé d'imiter les Entretiens du PereBouhours ; ne vous attendez pas que je
décide s'il égale ou s'il surpasse son modele ; je réserve ce jugement à des personnes plus capables que moi , de sentir
les beautez de l'un , et d'appercevoir les
deffauts de l'autre. Je vous dirai seulement qu'il me semble que les anciens .
avoient attrapé bien mieux que nous l'art
d'interesser les Lecteurs dans leurs Dialogues ; en introduisant sur la Scene des
Personnages d'un mérite connu et distin
NOVEMBRE. 1732 234
3
tingué , et même qui eussent réussi dans le
genre d'étude dont ils les faisoient parler.
Cette précaution me paroît pleine de prudence , et rien de plus sensé que la rai
son que Ciceron en donne : Genus hoc Ser
monumpositum in hominum veterum authoritate , et eorum illustrium , plus nescio quo
pacto videtur haberegravitatis. De amicitia.
Le choix qu'ils faisoient n'étoit pas moins
sage ; dans un Dialogue sur la vieillesse
Ciceron introduit Caton , l'homme le
plus vieux et le plus sage de son siécle
Dans un autre Dialogue , où il est traitté
de l'Amitié, il fait parler Lælius, qui par
sa prudence avoit mérité le surnom de
Sage , et s'étoit rendu encore plus illus
tre par l'amitié tendre et sincere , qui l'avoit étroitement uni à Scipion . De pareils
Héros sont bien capables d'attacher un
Lecteur sensible ; on oublie entierement
l'Auteur lui-même ; on croit être présent
à l'entretien, on s'imagine voir ces grands
hommes , et les entendre. En effet , quel
est le but d'un Dialogue ? Ne peut on
pas le regarder comme un véritable Poë
me Dramatique , dont le sujet plus paisible et plus tranquille que ceux qui occu
pent nos Théatres , se diversifie , suivant
la difference de l'objet de l'étude de ses
Héros. Tout le monde exige dans ces
>
deux
2346 MERCURE DE FRANCE
deux genres d'écrire , le naturel dans les
personnages , la vraisemblance dans la
Scene , pourquoi n'exigeroit- on pas aussi des mœurs , des passions , une espéce d'intrigue , un nœud , un dénouement , que
la diversité des opinions , les préjugez ,
les différentes raisons , l'évidence enfin et
la verité formeroient ? Je m'arrête au caractere seul des Interlocuteurs , je crois
que c'est une partie essentielle du Dialogue, et pour y réussir , je suis persuadé
qu'il n'est pas possible de se dispenser de
mettre en pratique le précepte d'Horace ,
dont l'application me semble naturelle, et l'usage également nécessaire dans le Dialogue comme dans la Tragédie.
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quam siproferres ignota , indictaque primus.
Art. Poët.
Conserver les différens caracteres sans
que jamais ils se démentent, est un point
Indispensable dans le Poënre Dramatique,
et par conséquent dans le Dialogue qui en
est une espéce. Dans l'un comme dans
l'autre il est plus aisé de peindre un portrait naturel , un caractere connu , que
d'en imaginer un et le soutenir; car, comme le dit fort bien Horace :
Diffi-
NOVEMBRE. 1732. 2347
Difficile est propriè communia dicere.
Il vaut donc bien mieux employer des
Interlocuteurs connus d'ailleurs , et estimez,que des noms supposez et sans réalitez. Ces derniers n'ont rien qui interesse le Lecteur. Je ne suis pas attentif à
leurs fautes , parce que je n'ai pas une gran
de idée de leur sçavoir. Le Dialogue sur
l'éloquence attribué à M. de Fenelon ,
d'ailleurs si plein de refléxions solides, me
paroît bien froid quand je le considere
comme Dialogue. Ce n'est pas que les caracteres ne soient bien conservez. Mais
Ce caractere que je n'attribuë à personne ,.
m'échape à chaque moment , et je ne me
hâte point de prendre parti ni pour l'un
ni pour l'autre. Que m'importe que A
soit d'un sentiment , et B d'un autre ?
Un Crassus , dont l'éloquence , les talens,
la réputation étoient connus. Un Antoine , célébre, sçavant , estimé , me frappent
bien davantage. C'est à ces grands hommes à définir l'Eloquence , puisqu'ils la
possed nt à fond ; c'est à eux à me décou
vrir les routes qui peuvent y conduire ;
ils les ont pratiquées eux mêmes , et leur
gloire nous assûre du succès. C'est à eux
qu'il appartient de décider du mérite des
Auteurs , ils ont réüni tous les suffrages ,
et
2348 MERCURE DE FRANCE
et personne ne balance sur leur mérite..
Je les consulte avec confiance , je les écoute avec avidité , et pour moi , réussir ou
leur plaire , c'est à peu près la même chose.
.
On nous donna il y a environ deux
ans une Physique en Dialogue , et on
vient de la réimprimer ; cet Ouvrage est
estimé , je l'ai lû même avec fruit. Mais
quelque excellent , quelqu'utile qu'il
soit , il n'a pas laissé de m'ennuier. Les
Interlocuteurs qu'on me présente sont
des gens que je ne connois point ; et qui
plus est , que je n'ai aucun interêt de
connoître. C'est , me dit-on , un grand
génie , c'est un homme plein de vertu
de candeur , d'esprit. Je ne sens point à
son nom les mouvemens qu'excitent en
moi les noms respectables des grands hom
mes. Ariste et Eudoxe ne font pas la même impression que feroient Descartes
Rohault , Gassendi. La conversation de
ceux- ci me plairoit , me charmeroit ; l'interêt qu'ils auroient à se défendre , m'interesseroit moi- même. L'àrdeur avec laquelle ils soutiendroient leurs opinionsm'animeroit. Persuadé que la dispute seroit réelle et sérieuse , je la suivrois avec:
plus de soin : l'amour propre seroit mê--
me de la partie , il entreroit dans ce jeu
il
NOVEMBRE. 1732. 2349
I augmenteroit mon plaisir et mes charmes . Je serois ravi d'être comme arbitre
entre de puissans Rivaux , et de décider
moi-même , ou de juger de leurs raisons.
Je le répéte , un Dialogue froid me glace , un Dialogue animé me transporte.
J'aurois lû les Entretiens Physiques avec
bien plus de plaisir , si j'y eusse vû disputer Descartes Gassendi , Rohault
Mrs Arnauld , Regis , le Pere Malebranche , ou quelqu'autres dont la réputation célebre me donnat une idée avantageuse
de leur sçavoir.
2
Les Dialogues même du Spectacle de la
Nature auroient pû trouver place dans les
momens de loisir de ces grands Hommes.
N'est- il pas même plus vraisemblable que
c'est à l'éxamen curieux de ce détail des
objets exterieurs de la Nature , qu'ils em
ployerent les intervalles de leurs pénibles
études , qu'il n'est vraisemblable qu'il ait
fait l'occupation réguliere des vacances
d'un jeune homme. Non, je ne puis croire
qu'un jeune homme dans le feu de l'âge ,
susceptible des plaisirs de la Chasse , avide des Jeux et des divertissemens, ait volontairement sacrifié à la Philosophie des
momens si doux , si désirez , si ennemis
de toute application. Se peut- il faire qu'il
ait écouté de sang freid des Dissertations
Sur
2550 MERCURE DE FRANCE
sur mille choses ausquelles les jeunes gens
ne sont pas si sensibles qu'on le voudroit
faire croire. L'Auteur qui n'est plus dans
le feu de lajeunesse,a sans doute oublié la
vivacité de cet âge. Quelques particularitez ezpliquées en differentes occasions que
présente le hazard , peuvent plaire ; mais
des Conférences réglées , des Assemblées
Académiques , et cela entre des personnes
d'âge et de condition si différentes ; en verité, l'Auteur y a- t-il bien pensé ?
Le premier entretien qui sert d'intro
duction , et qui est une longue exposition
des princip's physiques ne devoit pas avoir
bien des charmes pour un jeune homme.
Les descriptions anatomiques , ennuiantes
et souvent inintelligibles , les Sermons
mêne , et les moralitez assez frequentes
ne sont pas du goût de la Jeunesse. Aussi
notre jeune Chevalier , quoique le Heros
de la Piéce , dort cependant presque toujours , et laisse parler les autres. Il est
vrai qu'on veut mettre à profit jusqu'à
son sommeil , ses réveries paroissent quelquefois si agréables , qu'on veut même
rester en sa place ; au reste , il est toujours de bon accord , c'est-à- dire , qu'il
paroît que c'est moins par inclination.
que par complaisance qu'il se trouve à
toutes ces assemblées. Ons'apperçoit néanmoins
NOVEMBRE. 1732. 2301
moins qu'on a tâché d'égayer son personage , en insérant de tems en tems des
traits qu'on a voulu rendre plaisans. Mais
le plus souvent tout cela paroît forcé et
ne coule point de source. Ce n'est point
le cœur qui parle. Le sujet est traité sérieusement , quoiqu'on se soit proposé de
le traiter gayement. Ce sont toujours les
mêmes personnages , et presque toujours
les mêmes transitions. Le Gentilhomme
et son Epouse qui ont presque toujours
du monde à leur table , n'ont pas le talent de retenir quelqu'un , et de lui faire
faire une débauche académique. Cemoïen
auroit diversifié l'ordre et les matieres
sans déranger la suite et l'enchaînement
des sujets qu'on se proposoit d'approfon
dir. Je ne sçai si l'Auteur a voulu se peindre dans le personnage du Curé , il se
trouve trop sçavant et en même tems
trop amateur de la morale. Ces deux talens sont si rarement réunis ensemble ,
que bien loin de paroître vraisemblables
il semble qu'ils soient incompatibles. Il
connoît àfond toute la nature ; mais un
Curé aussi attaché à ses devoirs aussi.
éxact à les remplir qu'on veut nous le représenter , a-t'il le tems de développer
tous ces mysteres. Il est , dit- on , en miême-tems plein de pieté et de Religion
›
›
>
:
je
2352 MERCURE DE FRANCE
.
je veux bien le croire ; mais ce n'est pas
parce que lorsqu'il s'agit d'une partie de
Pêche , il soutient qu'étant chargé de la
péche des hommes il ne doit point assister à celle des poissons. On le dit charitable , désinteressé et plein de tendresse
pour son troupeau , j'y souscris ; mais ce
n'est pas , parce qu'au sujet de l'amour
des bêtes pour leurs petits , on fait un
froid panegyrique de sa charité , ce n'est
pas parce qu'on compare ses soins pastorals à ceux de ces animaux.
Le caractere du Comte me paroit un
peu obscur. Je ne vois pas bien ce qui le
domine , ni même ce qui le compose. II.
a servi long- tems , et jouit de la paix de
puis bien des années ; ainsi il ne doit pas.
être jeune. Cependant on ne voit point
cette démangeaison naturelle aux personnes de son âge et de sa condition à raconter differens traits arrivez durant sa jeunesse , durant ses voyages , durant son
service. Pour vous dire, en un mot, ce que
je pense de la Dame , on met bien des
choses dans sa bouche , qui, ce me semble,
auroient bien mieux convenues dans celle
du jeune homme.Ses colations spirituelles.
sont des tours déja usez , les exclamations.
qui se font à ce sujet me semblent bien
déplacées. Je n'aime guéres non plus ni sa
filasse
NOVEMBRE. 1732. 2353
filasse , ni sa filandiere. Je ne voudrois pas
la voir tant parler , ou je la voudrois entendre parler plus souvent. Enfin je trouve trop d'ignorance dans sa science , et
trop de science dans son ignorance. Au
reste , Monsieur , tout ce que je viens de
vous dire ne détruit point ce que j'ai
avancé au commencement de ma Lettre ,
que ce Livre est très-utile et très curieux.
Dans cette premiere partie , nous avons
quinze Entretiens , les huit premiers ont
les Insectes pour objet , le neuvième est
-sur les Coquillages , le 10. et 11. sur les
Oyseaux , le 12. sur les Animaux terrestres , le 13. sur les Poissons , le 14. et 15.
sur les Plantes. Ce qui regarde les Insectes est plus étendu , et paroît travaillé
avec plus de soin que les autres morceaux,
qu'on diroit que l'Auteur a voulu simplement ébaucher.
Vous sentez bien , Monsieur , queje
ne puis vous faire le détail des faits curieux
qui y sont rapportez ; quand même j'en
transcrirois quelques-uns, vous ne pouriez
en juger équitablement. C'est à l'obscurité de la matiere et non à la capacité de
1'Auteur qu'il faut s'en prendre , si bien
des circonstances ne sont pas exposées
avec la netteté qu'il seroit à souhaitter ,
si la curiosité n'est pas satisfaite par 'tout.
Mais
2334 MERCURE DE FRANCE
Mais comme je ne puis me dispenser de
vous rapporter quelques échantillons
pour vous mettre en état de mieux connoître l'ouvrage , je choisirai deux morceaux entierement du génie de l'Auteur ,
car il déclare que les Remarques et les
Observations Physiques ne sont point de
lui. Je vous rapporterai donc deux portraits qui me paroissent d'un goût bien
different. Ils sont suivis tous deux d'une
morale où je n'ai pas trouvé le même sel ,
la même force , la même justesse , soit
pour la place qui leur a été choisie , soit
pour ce qui les occasionne , soit pour la
maniere dont ils sont éxecutez. Le premier endroit est tiré du morceau favori
de l'Auteur , je veux dire du Traité des
Insectes. On venoit de parler de la Féve
ou Crysalide dans lesquelles les chenilles
s'ensevelissent elles- mêmes pour revivre
ensemble dans une nouvelle forme et
comme d'une nouvelle vie.
C'est le Curé qui parle , page 56. Qu'on ouvre,
dit-il une de ces Crysalides , dont l'état est le
passage de la forme de Chenille à celle de Papil
len , vous n'y trouverez sur tout au commencement, qu'une bouillie ou une sorte de pourriture apparente où tout est confondu. C'est cependant
dans cette pourriture , qu'est le germe d'une meilleure vic, Ces humeurs transpirent peu à peu
au travers de la pellicule qui les couvre , la
pelii-
NOVEMBRE. 1732. 2355
•
pellicule acquiert insensiblement une couleur plus
vermeille , les traits qui étoient confus commen
cent à se démêler au travers du fourreau qui se
créve , la tête se dégage, les artéres s'allongent
les pattes et les aîles s'étendent , enfin le papillion vole , et ne conserve rien de son premier
état. La chenille qui s'est changée en nimphe, et
le papilon qui en sort , sont deux animaux to: alement differens . Le premier n'avoit rien que de
terrestre , et rampoit avec pesanteur , le second
est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il
dédaigne en quelque sorte de s'y poser ; le pre- mier étoit hérissé , et souvent d'un aspect hydeux ; l'autre est paré des plus vives couleurs.
Le premier se bornoit stupidement à une nourriture grossiere ; celui - ci va de fleur en fleur , il
vit de miel et de rosée , et varie continuellement
ses plaisirs. Il jouit en liberté de toute la Nature , et il l'embellit lui - même. La Comtesse.
M. le Prieur , voilà une image bien agréable de
notte résurrection. Le Prieur. Toute la Nature
est pleine d'images sensibles des choses célestes
et des veritez les plus sublimes. Il y a un profit
certain à l'étudier , et c'est une Théologie qui
est toujours bien reçûë , parce qu'elle est toujours
entendue. Le plus grand de tous les Maîtres , ou
plutôt notre unique Maître , nous a enseigné
cette méthode, en tirant la plupart de ses instructions des objets les plus communs que la Nature
lui présentoit , et il nous a mon ré en particulier
l'image de sa résurrection dans le grain de fro
ment qui demeure seul , tant qu'il n'est pas mort,
mais qui etant pourri et mort en terre produit
beaucoup de fruit.
9
Cette Morale semble convenir a sez
bien dans la bouche d'un Curé , mais
étoit-
2356 MERCURE DE FRANCE
étoit-ce à la Dame de faire l'application
de la résurrection des hommes à celles
des chenilles ? Au reste , on voit ici, surtout dans le commencement une vivacité
dans l'expression , un choix dans les termes , capables de charmer le Lecteur le
plus difficile. C'est encore M. le Curé qui
nous fournira l'autre portrait , je ne préviendrai pas votre jugement. Chacun s'étoit engagé à faire connoître la nature
d'un animal particulier. Voici comme le
Curé s'acquitte de sa dette.
Celui dont je veux vous faire l'éloge , dit-il ,
a des qualitez tout-à-fait singulieres.... Tout.
le monde abandonne l'Asne , je le veux prendre
sous ma protection. Vû d'une certaine façon.
cet animal me plaît , et j'espere montrer que bien loin d'avoir besoin d'indulgence ou d'apologie , il peut être l'objet d'un éloge raisonnable.
L'Asne , je l'avoue , n'a pas les qualitez brillantes , mais il les a solides... Il n'a pas la voix
tout-à- fait belle , ni l'air noble , ni des manieres
fort vives.... point d'air rengorgé , point de suffisance , il va uniment son chemin.... nul
apprêt pour son repas..... tout ce qu'on lui
donne est bien reçû... Si on l'oublie , et qu'on
l'attache un peu loin de l'herbe , il prie son maître le plus pathétiquement qu'il lui est possible de
pourvoir à ses besoins aussi- bien est- il juste qu'il
vive , il y employe toute sa Réthorique... Ses Occupations se ressentent de la bassesse de ceux
qui les mettent en œuvre mais le jugement que
Fon porte de l'âne et du maître sont également
injustes.... Nous ne pouvons en aucune sorte
9
ni
NOVEMBRE. 1732. 2357
·
ni en aucun tems , ni dans aucune condition
nous passer du Païsan et de l'Artisan. Ces gens
sont comme l'ame et le nerf de la République
et le soutien de notre vie. C'est d'eux que nous tirons de quoi remplir à chaque instant quelqu'un de nos besoins. Nos maisons , nos habits , nos
meubles et notre nourriture , tout vient d'eux.
Or , où en seroient réduits les Vignerons , les
Jardiniers , les maisons et la plupart des gens de campagne , c'est- à- dire , les deux tiers des
hommes , s'il . leur falloit d'autres hommes ou
des chevaux pour le transport de leurs mar
chandises et des matieres qu'ils employent. L'Asne est sans cesse à leurs secours , il porte le fruit,
les herbages , les peaux de bêtes , le charbon , le
bois , la tuile , la brique , le plâtre , la chaux , la
paille , et le fumier. Une courte comparaison achevera de vous faire mieux sentir l'utilité de
ses services , et les tirera en quelque sorte de leur obscurité. Le Cheval ressemble assez à ces Nations qui aiment le bruit et le fracas , qui sautent et dansent toujours , qui s'occupent beaucoup des dehors , et qui mettent de l'enjoument
par tout... L'Asne au contraire ressemble à ces
peuples naturellement épais et pacifiques , qui connoissent leur labourage , et rien de plus,vont leur train sans distraction , et achevent d'un air
sérieux et opiniâtre , tout ce qu'ils ont une fois .
entrepris.
Je ne sçai ce que vous en pensez , mais
cet éloge ne ressemble- t- il pas un peu à
ceux qu'on nous débita avec tant d'impudence l'année derniere. Il pourroit plaire
à ces Auteurs singuliers , qui réduisent
toute l'éloquence à l'Exposition , c'est- àC dire,
2358 MERCURE DE FRANCE
dire , à la répétition de la même chose en
différens termes. Mais à qui cette idée
peut-elle plaire ? Quant à l'éloge , n'auroit on pas mieux fait de le donner comme une déclamation du jeune Candidat
de Rhetorique, que comme les refléxions.
d'un homme qu'on veut faire regarder
comme plein de bon sens. Bien des gens
ont crû trouver du mistere dans la comparaison , mais il ne faut pas prêter à
l'Auteur trop de malice.
Je vous crois actuellement au. fait du
style et du genre de l'Ouvrage ; ces deux
échantillons suffisent pour en juger. Il est
bon cependant d'ajoûter qu'il y en a plus
d'une façon que d'une autre. Tout ce que
j'en conclus , c'est que l'Ouvrage n'est
pas également bien soûtenu , défaut commun aux plus excellentes productions de
l'esprit humain qui se ressent toujours de
sa foiblesse.
Interdumque bonus dormitat Homerus.
La forme auroit besoin de l'exactitude
que je suppose que l'Auteur agardée dans
les faits et les découvertes.
Au reste , il n'a point eu en vûë de
nous donner des Dialogues parfaits , mais
de piquer notre curiosité , et de la satisfaire
NOVEMBRE. 1732. 2359
faire innocemment. On peut dire qu'il
le fait , et par les traits curieux qu'il rap-.
porte , et par ceux qu'il nous a dérobés.
C'étoit là son but , et on peut assûrer
qu'il y est arrivé. Je ne voudrois pas cependant le dire à lui- même , ce seroit
me brouiller entierement avec lui. Il est
de ces sortes de gens qui ne peuvent entendre dire que leur Ouvrage est parfait ,
qui ne sont jamais plus contents que lorsqu'on leur montre des défauts réels , et
qui ne peuvent s'empêcher de ressentir
une secrete indignation contre ceux qui
les flattent , ou même qui les ménagent.
Je souhaitte à notre France un Peuple
de pareils Auteurs. Je suis , &c.
Ce 25 Septembre 1732
V
Ous me pressez , Monsieur , de vous
dire ce que je pense du Spectacle, de
la Nature; et même de vous en donner
une idée. Je ne puis m'en deffendre, puisqueje vous l'ai promis , et que je vous
suis redevable à cet égard. Mais , Monsieur , permettez- moi de vous l'avoüer
j'ai quelque peine à m'y résoudre. Cet
Ouvrage a pour objet des matieres sur
lesquelles j'aurois besoin d'être instruit
moi-même , bien loin d'être en état d'en
porter un jugement. Le nom de l'Auteur,
que vous connoissez sans doute , est si
respectable , son érudition est si profonde , et son mérite si généralement reconnu , qu'il seroit témeraire d'en dire du
mal , et inutile d'en dire du bien. Vous
vous contenterez donc , s'il vous plaît
de quelques légeres réfléxions sur la for-
>
me
NOVEMBRE. 1732. 2343
mede l'Ouvrage. Je conte que vous en
jugerez bien-tôt par vous-même ; la seule
énumération des sujets qui y sont traitez ,
ne manquera pas de piquer votre curiosité,que l'obscurité du titre a peut-être ralentie. Au reste , je vous dirai en passant
quesi vous voulez de la premiere Edition
vous n'avez point de temps à perdre. Le
débit en est si prodigieux que vous seriez
peut-être obligé d'attendre la seconde , à
Jaquelle on se prépare.
Vous allez d'abord me demander pourquoi ce débit si prompt? Je sçai que vous
vous défiez de cet empressement du pu- .
blic, depuis que vous avez vû des ouvra
ges reçûs avec avidité dans leur naissance , et presque aussi- tôt oubliez et même
méprisez. Je ne crois pas , Monsieur, que
le Spectacle de la Nature ait un sort aussi
bizarre. En voici la raison. Ceux qui ont
souffert cette ignominieuse révolution
n'avoient de mérite que la forme , et les
véritables Sçavans n'y ont jamais trouvé
une véritable solidité ; au lieu qu'on peut
dire la solidité est l'ame de celui- ci ;
que et si on osoit y reprendre quelques deffauts , ce seroit dans la forme seule qu'on
croiroit les appercevoir.
L'Auteur assure avoir essayé d'en écarter la
tristesse , et au lieu d'un Discours suivi ou d'un
B vj enchaî-
2344 MERCURE DE FRANCE
enchaînement de Dissertations qui emmenent
souvent le dégoût et l'ennui , il a cru devoir
prendre le Stile de Dialogue , qui est de tous le
plus naturel et le plus propre à attacher toutes
sortes de Lecteurs. Preface.
La Scene est une Maison de Campagne,
où un jeune homme sortant de Seconde
pour entrer en Réthorique , passe une
partie de ses Vacances chez un Gentilhomme, qui ayant étudié à fond la Nature , se plaît à lui en développer les secrets les plus curieux . Le Curé du lieu ,
grand Physicien , se joint à eux. L'Epouse
même du Gentilhomme vient aussi prendre, et quelquefois donner des Leçons.
Du caractere dont je vous connois , cette
Scene , ces Personnages , ne vous plaisent
gueres. Quant à moi , vous devinez aisé
ment ma pensée là - dessus. L'Auteur s'est
proposé d'imiter les Entretiens du PereBouhours ; ne vous attendez pas que je
décide s'il égale ou s'il surpasse son modele ; je réserve ce jugement à des personnes plus capables que moi , de sentir
les beautez de l'un , et d'appercevoir les
deffauts de l'autre. Je vous dirai seulement qu'il me semble que les anciens .
avoient attrapé bien mieux que nous l'art
d'interesser les Lecteurs dans leurs Dialogues ; en introduisant sur la Scene des
Personnages d'un mérite connu et distin
NOVEMBRE. 1732 234
3
tingué , et même qui eussent réussi dans le
genre d'étude dont ils les faisoient parler.
Cette précaution me paroît pleine de prudence , et rien de plus sensé que la rai
son que Ciceron en donne : Genus hoc Ser
monumpositum in hominum veterum authoritate , et eorum illustrium , plus nescio quo
pacto videtur haberegravitatis. De amicitia.
Le choix qu'ils faisoient n'étoit pas moins
sage ; dans un Dialogue sur la vieillesse
Ciceron introduit Caton , l'homme le
plus vieux et le plus sage de son siécle
Dans un autre Dialogue , où il est traitté
de l'Amitié, il fait parler Lælius, qui par
sa prudence avoit mérité le surnom de
Sage , et s'étoit rendu encore plus illus
tre par l'amitié tendre et sincere , qui l'avoit étroitement uni à Scipion . De pareils
Héros sont bien capables d'attacher un
Lecteur sensible ; on oublie entierement
l'Auteur lui-même ; on croit être présent
à l'entretien, on s'imagine voir ces grands
hommes , et les entendre. En effet , quel
est le but d'un Dialogue ? Ne peut on
pas le regarder comme un véritable Poë
me Dramatique , dont le sujet plus paisible et plus tranquille que ceux qui occu
pent nos Théatres , se diversifie , suivant
la difference de l'objet de l'étude de ses
Héros. Tout le monde exige dans ces
>
deux
2346 MERCURE DE FRANCE
deux genres d'écrire , le naturel dans les
personnages , la vraisemblance dans la
Scene , pourquoi n'exigeroit- on pas aussi des mœurs , des passions , une espéce d'intrigue , un nœud , un dénouement , que
la diversité des opinions , les préjugez ,
les différentes raisons , l'évidence enfin et
la verité formeroient ? Je m'arrête au caractere seul des Interlocuteurs , je crois
que c'est une partie essentielle du Dialogue, et pour y réussir , je suis persuadé
qu'il n'est pas possible de se dispenser de
mettre en pratique le précepte d'Horace ,
dont l'application me semble naturelle, et l'usage également nécessaire dans le Dialogue comme dans la Tragédie.
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quam siproferres ignota , indictaque primus.
Art. Poët.
Conserver les différens caracteres sans
que jamais ils se démentent, est un point
Indispensable dans le Poënre Dramatique,
et par conséquent dans le Dialogue qui en
est une espéce. Dans l'un comme dans
l'autre il est plus aisé de peindre un portrait naturel , un caractere connu , que
d'en imaginer un et le soutenir; car, comme le dit fort bien Horace :
Diffi-
NOVEMBRE. 1732. 2347
Difficile est propriè communia dicere.
Il vaut donc bien mieux employer des
Interlocuteurs connus d'ailleurs , et estimez,que des noms supposez et sans réalitez. Ces derniers n'ont rien qui interesse le Lecteur. Je ne suis pas attentif à
leurs fautes , parce que je n'ai pas une gran
de idée de leur sçavoir. Le Dialogue sur
l'éloquence attribué à M. de Fenelon ,
d'ailleurs si plein de refléxions solides, me
paroît bien froid quand je le considere
comme Dialogue. Ce n'est pas que les caracteres ne soient bien conservez. Mais
Ce caractere que je n'attribuë à personne ,.
m'échape à chaque moment , et je ne me
hâte point de prendre parti ni pour l'un
ni pour l'autre. Que m'importe que A
soit d'un sentiment , et B d'un autre ?
Un Crassus , dont l'éloquence , les talens,
la réputation étoient connus. Un Antoine , célébre, sçavant , estimé , me frappent
bien davantage. C'est à ces grands hommes à définir l'Eloquence , puisqu'ils la
possed nt à fond ; c'est à eux à me décou
vrir les routes qui peuvent y conduire ;
ils les ont pratiquées eux mêmes , et leur
gloire nous assûre du succès. C'est à eux
qu'il appartient de décider du mérite des
Auteurs , ils ont réüni tous les suffrages ,
et
2348 MERCURE DE FRANCE
et personne ne balance sur leur mérite..
Je les consulte avec confiance , je les écoute avec avidité , et pour moi , réussir ou
leur plaire , c'est à peu près la même chose.
.
On nous donna il y a environ deux
ans une Physique en Dialogue , et on
vient de la réimprimer ; cet Ouvrage est
estimé , je l'ai lû même avec fruit. Mais
quelque excellent , quelqu'utile qu'il
soit , il n'a pas laissé de m'ennuier. Les
Interlocuteurs qu'on me présente sont
des gens que je ne connois point ; et qui
plus est , que je n'ai aucun interêt de
connoître. C'est , me dit-on , un grand
génie , c'est un homme plein de vertu
de candeur , d'esprit. Je ne sens point à
son nom les mouvemens qu'excitent en
moi les noms respectables des grands hom
mes. Ariste et Eudoxe ne font pas la même impression que feroient Descartes
Rohault , Gassendi. La conversation de
ceux- ci me plairoit , me charmeroit ; l'interêt qu'ils auroient à se défendre , m'interesseroit moi- même. L'àrdeur avec laquelle ils soutiendroient leurs opinionsm'animeroit. Persuadé que la dispute seroit réelle et sérieuse , je la suivrois avec:
plus de soin : l'amour propre seroit mê--
me de la partie , il entreroit dans ce jeu
il
NOVEMBRE. 1732. 2349
I augmenteroit mon plaisir et mes charmes . Je serois ravi d'être comme arbitre
entre de puissans Rivaux , et de décider
moi-même , ou de juger de leurs raisons.
Je le répéte , un Dialogue froid me glace , un Dialogue animé me transporte.
J'aurois lû les Entretiens Physiques avec
bien plus de plaisir , si j'y eusse vû disputer Descartes Gassendi , Rohault
Mrs Arnauld , Regis , le Pere Malebranche , ou quelqu'autres dont la réputation célebre me donnat une idée avantageuse
de leur sçavoir.
2
Les Dialogues même du Spectacle de la
Nature auroient pû trouver place dans les
momens de loisir de ces grands Hommes.
N'est- il pas même plus vraisemblable que
c'est à l'éxamen curieux de ce détail des
objets exterieurs de la Nature , qu'ils em
ployerent les intervalles de leurs pénibles
études , qu'il n'est vraisemblable qu'il ait
fait l'occupation réguliere des vacances
d'un jeune homme. Non, je ne puis croire
qu'un jeune homme dans le feu de l'âge ,
susceptible des plaisirs de la Chasse , avide des Jeux et des divertissemens, ait volontairement sacrifié à la Philosophie des
momens si doux , si désirez , si ennemis
de toute application. Se peut- il faire qu'il
ait écouté de sang freid des Dissertations
Sur
2550 MERCURE DE FRANCE
sur mille choses ausquelles les jeunes gens
ne sont pas si sensibles qu'on le voudroit
faire croire. L'Auteur qui n'est plus dans
le feu de lajeunesse,a sans doute oublié la
vivacité de cet âge. Quelques particularitez ezpliquées en differentes occasions que
présente le hazard , peuvent plaire ; mais
des Conférences réglées , des Assemblées
Académiques , et cela entre des personnes
d'âge et de condition si différentes ; en verité, l'Auteur y a- t-il bien pensé ?
Le premier entretien qui sert d'intro
duction , et qui est une longue exposition
des princip's physiques ne devoit pas avoir
bien des charmes pour un jeune homme.
Les descriptions anatomiques , ennuiantes
et souvent inintelligibles , les Sermons
mêne , et les moralitez assez frequentes
ne sont pas du goût de la Jeunesse. Aussi
notre jeune Chevalier , quoique le Heros
de la Piéce , dort cependant presque toujours , et laisse parler les autres. Il est
vrai qu'on veut mettre à profit jusqu'à
son sommeil , ses réveries paroissent quelquefois si agréables , qu'on veut même
rester en sa place ; au reste , il est toujours de bon accord , c'est-à- dire , qu'il
paroît que c'est moins par inclination.
que par complaisance qu'il se trouve à
toutes ces assemblées. Ons'apperçoit néanmoins
NOVEMBRE. 1732. 2301
moins qu'on a tâché d'égayer son personage , en insérant de tems en tems des
traits qu'on a voulu rendre plaisans. Mais
le plus souvent tout cela paroît forcé et
ne coule point de source. Ce n'est point
le cœur qui parle. Le sujet est traité sérieusement , quoiqu'on se soit proposé de
le traiter gayement. Ce sont toujours les
mêmes personnages , et presque toujours
les mêmes transitions. Le Gentilhomme
et son Epouse qui ont presque toujours
du monde à leur table , n'ont pas le talent de retenir quelqu'un , et de lui faire
faire une débauche académique. Cemoïen
auroit diversifié l'ordre et les matieres
sans déranger la suite et l'enchaînement
des sujets qu'on se proposoit d'approfon
dir. Je ne sçai si l'Auteur a voulu se peindre dans le personnage du Curé , il se
trouve trop sçavant et en même tems
trop amateur de la morale. Ces deux talens sont si rarement réunis ensemble ,
que bien loin de paroître vraisemblables
il semble qu'ils soient incompatibles. Il
connoît àfond toute la nature ; mais un
Curé aussi attaché à ses devoirs aussi.
éxact à les remplir qu'on veut nous le représenter , a-t'il le tems de développer
tous ces mysteres. Il est , dit- on , en miême-tems plein de pieté et de Religion
›
›
>
:
je
2352 MERCURE DE FRANCE
.
je veux bien le croire ; mais ce n'est pas
parce que lorsqu'il s'agit d'une partie de
Pêche , il soutient qu'étant chargé de la
péche des hommes il ne doit point assister à celle des poissons. On le dit charitable , désinteressé et plein de tendresse
pour son troupeau , j'y souscris ; mais ce
n'est pas , parce qu'au sujet de l'amour
des bêtes pour leurs petits , on fait un
froid panegyrique de sa charité , ce n'est
pas parce qu'on compare ses soins pastorals à ceux de ces animaux.
Le caractere du Comte me paroit un
peu obscur. Je ne vois pas bien ce qui le
domine , ni même ce qui le compose. II.
a servi long- tems , et jouit de la paix de
puis bien des années ; ainsi il ne doit pas.
être jeune. Cependant on ne voit point
cette démangeaison naturelle aux personnes de son âge et de sa condition à raconter differens traits arrivez durant sa jeunesse , durant ses voyages , durant son
service. Pour vous dire, en un mot, ce que
je pense de la Dame , on met bien des
choses dans sa bouche , qui, ce me semble,
auroient bien mieux convenues dans celle
du jeune homme.Ses colations spirituelles.
sont des tours déja usez , les exclamations.
qui se font à ce sujet me semblent bien
déplacées. Je n'aime guéres non plus ni sa
filasse
NOVEMBRE. 1732. 2353
filasse , ni sa filandiere. Je ne voudrois pas
la voir tant parler , ou je la voudrois entendre parler plus souvent. Enfin je trouve trop d'ignorance dans sa science , et
trop de science dans son ignorance. Au
reste , Monsieur , tout ce que je viens de
vous dire ne détruit point ce que j'ai
avancé au commencement de ma Lettre ,
que ce Livre est très-utile et très curieux.
Dans cette premiere partie , nous avons
quinze Entretiens , les huit premiers ont
les Insectes pour objet , le neuvième est
-sur les Coquillages , le 10. et 11. sur les
Oyseaux , le 12. sur les Animaux terrestres , le 13. sur les Poissons , le 14. et 15.
sur les Plantes. Ce qui regarde les Insectes est plus étendu , et paroît travaillé
avec plus de soin que les autres morceaux,
qu'on diroit que l'Auteur a voulu simplement ébaucher.
Vous sentez bien , Monsieur , queje
ne puis vous faire le détail des faits curieux
qui y sont rapportez ; quand même j'en
transcrirois quelques-uns, vous ne pouriez
en juger équitablement. C'est à l'obscurité de la matiere et non à la capacité de
1'Auteur qu'il faut s'en prendre , si bien
des circonstances ne sont pas exposées
avec la netteté qu'il seroit à souhaitter ,
si la curiosité n'est pas satisfaite par 'tout.
Mais
2334 MERCURE DE FRANCE
Mais comme je ne puis me dispenser de
vous rapporter quelques échantillons
pour vous mettre en état de mieux connoître l'ouvrage , je choisirai deux morceaux entierement du génie de l'Auteur ,
car il déclare que les Remarques et les
Observations Physiques ne sont point de
lui. Je vous rapporterai donc deux portraits qui me paroissent d'un goût bien
different. Ils sont suivis tous deux d'une
morale où je n'ai pas trouvé le même sel ,
la même force , la même justesse , soit
pour la place qui leur a été choisie , soit
pour ce qui les occasionne , soit pour la
maniere dont ils sont éxecutez. Le premier endroit est tiré du morceau favori
de l'Auteur , je veux dire du Traité des
Insectes. On venoit de parler de la Féve
ou Crysalide dans lesquelles les chenilles
s'ensevelissent elles- mêmes pour revivre
ensemble dans une nouvelle forme et
comme d'une nouvelle vie.
C'est le Curé qui parle , page 56. Qu'on ouvre,
dit-il une de ces Crysalides , dont l'état est le
passage de la forme de Chenille à celle de Papil
len , vous n'y trouverez sur tout au commencement, qu'une bouillie ou une sorte de pourriture apparente où tout est confondu. C'est cependant
dans cette pourriture , qu'est le germe d'une meilleure vic, Ces humeurs transpirent peu à peu
au travers de la pellicule qui les couvre , la
pelii-
NOVEMBRE. 1732. 2355
•
pellicule acquiert insensiblement une couleur plus
vermeille , les traits qui étoient confus commen
cent à se démêler au travers du fourreau qui se
créve , la tête se dégage, les artéres s'allongent
les pattes et les aîles s'étendent , enfin le papillion vole , et ne conserve rien de son premier
état. La chenille qui s'est changée en nimphe, et
le papilon qui en sort , sont deux animaux to: alement differens . Le premier n'avoit rien que de
terrestre , et rampoit avec pesanteur , le second
est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il
dédaigne en quelque sorte de s'y poser ; le pre- mier étoit hérissé , et souvent d'un aspect hydeux ; l'autre est paré des plus vives couleurs.
Le premier se bornoit stupidement à une nourriture grossiere ; celui - ci va de fleur en fleur , il
vit de miel et de rosée , et varie continuellement
ses plaisirs. Il jouit en liberté de toute la Nature , et il l'embellit lui - même. La Comtesse.
M. le Prieur , voilà une image bien agréable de
notte résurrection. Le Prieur. Toute la Nature
est pleine d'images sensibles des choses célestes
et des veritez les plus sublimes. Il y a un profit
certain à l'étudier , et c'est une Théologie qui
est toujours bien reçûë , parce qu'elle est toujours
entendue. Le plus grand de tous les Maîtres , ou
plutôt notre unique Maître , nous a enseigné
cette méthode, en tirant la plupart de ses instructions des objets les plus communs que la Nature
lui présentoit , et il nous a mon ré en particulier
l'image de sa résurrection dans le grain de fro
ment qui demeure seul , tant qu'il n'est pas mort,
mais qui etant pourri et mort en terre produit
beaucoup de fruit.
9
Cette Morale semble convenir a sez
bien dans la bouche d'un Curé , mais
étoit-
2356 MERCURE DE FRANCE
étoit-ce à la Dame de faire l'application
de la résurrection des hommes à celles
des chenilles ? Au reste , on voit ici, surtout dans le commencement une vivacité
dans l'expression , un choix dans les termes , capables de charmer le Lecteur le
plus difficile. C'est encore M. le Curé qui
nous fournira l'autre portrait , je ne préviendrai pas votre jugement. Chacun s'étoit engagé à faire connoître la nature
d'un animal particulier. Voici comme le
Curé s'acquitte de sa dette.
Celui dont je veux vous faire l'éloge , dit-il ,
a des qualitez tout-à-fait singulieres.... Tout.
le monde abandonne l'Asne , je le veux prendre
sous ma protection. Vû d'une certaine façon.
cet animal me plaît , et j'espere montrer que bien loin d'avoir besoin d'indulgence ou d'apologie , il peut être l'objet d'un éloge raisonnable.
L'Asne , je l'avoue , n'a pas les qualitez brillantes , mais il les a solides... Il n'a pas la voix
tout-à- fait belle , ni l'air noble , ni des manieres
fort vives.... point d'air rengorgé , point de suffisance , il va uniment son chemin.... nul
apprêt pour son repas..... tout ce qu'on lui
donne est bien reçû... Si on l'oublie , et qu'on
l'attache un peu loin de l'herbe , il prie son maître le plus pathétiquement qu'il lui est possible de
pourvoir à ses besoins aussi- bien est- il juste qu'il
vive , il y employe toute sa Réthorique... Ses Occupations se ressentent de la bassesse de ceux
qui les mettent en œuvre mais le jugement que
Fon porte de l'âne et du maître sont également
injustes.... Nous ne pouvons en aucune sorte
9
ni
NOVEMBRE. 1732. 2357
·
ni en aucun tems , ni dans aucune condition
nous passer du Païsan et de l'Artisan. Ces gens
sont comme l'ame et le nerf de la République
et le soutien de notre vie. C'est d'eux que nous tirons de quoi remplir à chaque instant quelqu'un de nos besoins. Nos maisons , nos habits , nos
meubles et notre nourriture , tout vient d'eux.
Or , où en seroient réduits les Vignerons , les
Jardiniers , les maisons et la plupart des gens de campagne , c'est- à- dire , les deux tiers des
hommes , s'il . leur falloit d'autres hommes ou
des chevaux pour le transport de leurs mar
chandises et des matieres qu'ils employent. L'Asne est sans cesse à leurs secours , il porte le fruit,
les herbages , les peaux de bêtes , le charbon , le
bois , la tuile , la brique , le plâtre , la chaux , la
paille , et le fumier. Une courte comparaison achevera de vous faire mieux sentir l'utilité de
ses services , et les tirera en quelque sorte de leur obscurité. Le Cheval ressemble assez à ces Nations qui aiment le bruit et le fracas , qui sautent et dansent toujours , qui s'occupent beaucoup des dehors , et qui mettent de l'enjoument
par tout... L'Asne au contraire ressemble à ces
peuples naturellement épais et pacifiques , qui connoissent leur labourage , et rien de plus,vont leur train sans distraction , et achevent d'un air
sérieux et opiniâtre , tout ce qu'ils ont une fois .
entrepris.
Je ne sçai ce que vous en pensez , mais
cet éloge ne ressemble- t- il pas un peu à
ceux qu'on nous débita avec tant d'impudence l'année derniere. Il pourroit plaire
à ces Auteurs singuliers , qui réduisent
toute l'éloquence à l'Exposition , c'est- àC dire,
2358 MERCURE DE FRANCE
dire , à la répétition de la même chose en
différens termes. Mais à qui cette idée
peut-elle plaire ? Quant à l'éloge , n'auroit on pas mieux fait de le donner comme une déclamation du jeune Candidat
de Rhetorique, que comme les refléxions.
d'un homme qu'on veut faire regarder
comme plein de bon sens. Bien des gens
ont crû trouver du mistere dans la comparaison , mais il ne faut pas prêter à
l'Auteur trop de malice.
Je vous crois actuellement au. fait du
style et du genre de l'Ouvrage ; ces deux
échantillons suffisent pour en juger. Il est
bon cependant d'ajoûter qu'il y en a plus
d'une façon que d'une autre. Tout ce que
j'en conclus , c'est que l'Ouvrage n'est
pas également bien soûtenu , défaut commun aux plus excellentes productions de
l'esprit humain qui se ressent toujours de
sa foiblesse.
Interdumque bonus dormitat Homerus.
La forme auroit besoin de l'exactitude
que je suppose que l'Auteur agardée dans
les faits et les découvertes.
Au reste , il n'a point eu en vûë de
nous donner des Dialogues parfaits , mais
de piquer notre curiosité , et de la satisfaire
NOVEMBRE. 1732. 2359
faire innocemment. On peut dire qu'il
le fait , et par les traits curieux qu'il rap-.
porte , et par ceux qu'il nous a dérobés.
C'étoit là son but , et on peut assûrer
qu'il y est arrivé. Je ne voudrois pas cependant le dire à lui- même , ce seroit
me brouiller entierement avec lui. Il est
de ces sortes de gens qui ne peuvent entendre dire que leur Ouvrage est parfait ,
qui ne sont jamais plus contents que lorsqu'on leur montre des défauts réels , et
qui ne peuvent s'empêcher de ressentir
une secrete indignation contre ceux qui
les flattent , ou même qui les ménagent.
Je souhaitte à notre France un Peuple
de pareils Auteurs. Je suis , &c.
Ce 25 Septembre 1732
Fermer
Résumé : LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
Le texte est une lettre critique du R. P. G. Minime concernant le livre 'Spectacle de la Nature'. L'auteur de la lettre exprime sa difficulté à juger l'ouvrage en raison de la profondeur et du respectabilité de son auteur. Il souligne que le livre traite de matières complexes et que l'érudition de l'auteur est largement reconnue. La lettre mentionne également la popularité rapide du livre, dont la première édition se vend très vite, et que l'auteur a choisi le style de dialogue pour rendre le sujet plus accessible et attachant. Le 'Spectacle de la Nature' se déroule dans une maison de campagne où un jeune homme, un gentilhomme érudit, le curé du lieu et l'épouse du gentilhomme discutent des secrets de la nature. L'auteur de la lettre critique le choix des personnages, trouvant qu'ils manquent de distinction et de mérite connu, contrairement aux dialogues antiques qui introduisaient des personnages illustres. Il estime que les dialogues modernes devraient également respecter des règles de vraisemblance et de naturel. La lettre critique également la crédibilité des personnages et leur interaction. Le jeune homme, héros de l'histoire, semble souvent désintéressé et endormi, tandis que les autres personnages, bien que savants, manquent de charme et de diversité. Le curé, par exemple, est décrit comme trop savant et trop moralisateur pour être crédible. Le comte, un autre personnage, est jugé obscur et peu défini. L'auteur de la lettre regrette que les dialogues ne soient pas plus animés et intéressants, et qu'ils manquent de la vivacité et de l'intérêt que l'on pourrait attendre d'un jeune homme. La critique mentionne deux portraits tirés du livre : l'un sur la métamorphose des chenilles en papillons, utilisé comme métaphore de la résurrection, et l'autre sur l'âne, présenté comme un animal utile et souvent méprisé. L'auteur de la critique trouve ces portraits intéressants mais note des défauts dans la forme et le style de l'ouvrage. Il conclut que le livre, bien que non parfait, réussit à piquer la curiosité du lecteur et à la satisfaire de manière innocente. L'auteur de la critique exprime également son admiration pour les auteurs qui préfèrent recevoir des critiques constructives plutôt que des flatteries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
725
p. 36-55
Diverses Theses curieuses soûtenuës à Stragbourg qui apprendront plusieurs faits historiques aussi sçavans que curieux. [titre d'après la table]
Début :
Avant que de quitter l'Allemagne, je dois vous parler de [...]
Mots clefs :
Thèses, Strasbourg, Université, Soutenance de thèse, Ecole de Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Diverses Theses curieuses soûtenuës à Stragbourg qui apprendront plusieurs faits historiques aussi sçavans que curieux. [titre d'après la table]
Avant que de quitter l'Allemagne , je dois vous parlerde
plufieurs Thefes qui ont elté
GALANT 37
foutenues à Strasbourg en divers temps. Vous en verrez les
fujets en les lifant , & vous y
apprendrez beaucoup de chofes qui regardent voſtre fexe ,
& plufieurs autres qui regardant la Medecine , peuvent
eftre utiles à tout le monde.
Mr Abraham Stadet foûtint il y a quelque temps une
Thefe dans l'Univerfité de
Strasbourg fur un fujet affez
fingulier , puifque c'eſt fur le
droit que peuvent avoir les
femmes de fucceder aux Fiefs :
De jure fucced endi mulierum in
feodis. Il fit d'abord voir qu'au-›
38 MERCURE
trefois il leur eftoit deffendu
d'y prétendre , parce que c'étoit le partage des mâles , qui
feuls font capables du fervice
militaire , en récompenfe duquel on donnoit ces terres . Mr
Stadet fe declara dans la difpure publique de l'opinion de
ceux qui excluënt la femme
fans retour , de la fucceffion
des Fiefs. Il s'agiffoit dans une
difficulté que propofa un Ecclefiaftique nommé Auxi , de
fçavoir fi une femme qui par
l'exiſtence d'un mâle a perdu
legitimement le droit de fuccéder à unFiefdoit en eftre pri-
GALANT 39
vée pour toûjours. Mr Stadẹt
fonda fon fentiment fur cé
paffage du Livre des Fiefs : Relicto mafculo ulteriusfœminæ non
admittuntur : & il foutine quê
le mot alteriùs emporte une exclufion perpetuelle quelque
changement qui puiffe arriver
dans la fuite. La feconde queftion & qui fut long- temps &
vivement agitée , fur tout parMr Mordat , fut de fçavoir fi
les femmes fuccedent & peuvent fucceder aux Fiefs qu'on
appelle Féminins , quelque favorable que foit aux femmes
la dénomination de ces fortes
40 MERCURE
de Fiefs , plufieurs Docteurs
penfent qu'aprés la mort de
ceile qui a eu originairement
un droit acquis par l'infcodation , le Fief retombe dans le
droit commun, &ne peut plus
appartenir qu'aux mâles. Mr
Stader ne fut pas de ce ſentiment , & il declara que la deftination primitive du titre d'infeodation decide de la qualité
des perfonnes qui font appelées
dans la fuite à la fucceffion du
fief. Ondifputa enfuite fur une
autre queftion fçavoir fi les
femmes doivent fucceder aux
Franc- Fiefs ; on entend par le
GALANT 41
mot de Franc. Fiefs , ceux qui
ne font chargez d'aucuns fervices. Ce Jurifconfulte foû- .
tint qu'il falloit en cela fuivre
la loy generale qui exclut les
femmes des Fiefs , tant qu'il y
a des mâles , à moins qu'elles
n'y foient appellées d'une maniere expreffe par l'inveftiture.
Il y eutune quatrième queſtion
qui fut vivement debattuë ,
une femmeau defaut de mâles,
a efté admife à la fucceffion
d'un Fief, un mâle qui malheureuſement furvient dans le
temps qu'on ne l'attendoit pas,
la prive- t- il de fon droit ? non
Avril 1710.
D
42 MERCURE
répond Mr Stadet , quelques
fois contraire, quelquefois auffi
favorable aux Dames; la femme en ce cas là , dit-il , conferve le droit qui luy a efté legi
timement acquis , parce que la
durée d'une proprieté jufte
dans fon principe , ne doit pas
dépendre du hazard & de l'incertitude des fuites. Decifion
qui fut applaudie par toute
l'affemblée. Un Fief eft acquis
pour un mâle ou pour une
fille feulement; toutes les filles
d'une même famille y ont elles
également part ? le choix , répondit Mr Stadet , appartient
4
GALANT 43
au Seigneur , il a droit de don,
ner l'inveftiture fur les Cenft
ves. Get Auteur diftingue les
heritages purement Cenfiers,
& ceux qui outre, le cons exigent encorela foy &hommage. Les femmes, felon luy, peuvent fucceder aux premiers ,
où il ne s'agit que d'un fimple
payement , mais elles ne peu
vent fucceder aux,feconds, qui
oblige au Service militaire. Les
femmes font elles capables
des Fiefs Ecclefiaftiques & doiron le demander , répondit Mr
Stadet : ici peu courtois , mais
on luy répondit que les TerDij
44 MERCURE
res Ecclefiaftiques fe défendent plus par les prieres & par
les larmes , que par les armes ;
& qu'ainfi ce moyen eft plus
propre aux femmes qu'aux
hommes. Il repliqua qu'il falloit s'en tenir au droit commun, qui n'admet les femmes
aux Fiefs que lorfque la conceffion eft en faveur de ce fexe,
ou que les deux fexes y font
également appellez.
MrPhilippe Frederic de Berckheim ſoutint auffi il y a quel
que temps dans l'Univerfité de
la mefme Ville, des Thefes pu
bliques fur les Affemblées de
GALANT 45
Nobleffe. Les titres de ces Thefes font tournez en Allemagne
d'une autre maniere qu'on ne
les tourne en France. Cet Auteur avoit déja traité de la
Nobleffe en general dans une
• autre Thefe ; & il traita en particulier dans celle- ci des Diettes qui fe tiennent parmi la
Nobleffe Allemande. Il exami
na d'abord fi les Nobles de
l'Empire peuvent s'affembler
fans le confentement de l'Empereur; il conclut pour l'affirmative ; mais il n'étendit pas
cerre liberté aux Affemblées
des Electeurs & des Princes de
1
46 MERCURE
I Empire. Il foutint qu'il n'y a
point de diftinction ny de fuperiorité entre eux , & il cita
à ce fujer ce qu'avoit dit Hen
ry IV. Roy de France : De ma.
brave & genereufe Nobleffe , je
ne diftinguepoint mes Princes pour
eftre notre plus beau titre , for de
Gentilhomme. Mr. Berckheim
parla enfuite de la convocation
des Nobles , les qualitez qu'il
faut avoir pour eftre convoqué , & les raifons qui peuvent
difpenfer de fe rendre au lieu
de la convocation. Qu'il faut
eftre Noble de race pour eftre
convoqué ; qu'il ne fuffit pas
GALANT 47
A
"
sd'eftre ennobly , & qu'il ne
fuffit pas auffi d'acheter & de
poffeder une Terre noble;l'Autour convine cependant qu'il y
Ja certains Ficfs qui ont le privilege d'ennoblir ceux qui les
poffedent , & qu'il n'y a que la
maladie ou d'autres raiſons indifpenfables qui les exemprent
de fe rendre eux- mêmes dans
-les Affemblées convoquées , &
-il dit que le temps & le lieu de
l'Affemblée des Nobles dépendent de l'ufage & des occa
hons , & que les matieres que
Pontraite dans ces Affemblées,
font generalement toutes col-
$14
48 MERCURE
les qui regardent le public, foit
pour la Religion , foit pour la
Police , & foit pour les contributions aux charges de l'Etat. Ces propofitions furent
attaquées par plufieurs perfonnes qui donnerent lieu à
Mr de Berckeim de faire briller fon érudition ; un jeune
Jurifconfulte , prétendit dans
Ja difpute qu'un Noble, chargé de la procuration d'un autre Noble pour la Diette, perd
fa qualité de Noble ; fondant
fon opinion fur la prevention
trop outrée contre la fonction
de Procureur.
Mr
GALANT 49
Mr Jean Martin Aulber a
foutenu dans le même lieu des
Thefes de Medecine fur l'épilepfie vermineufe , ayant pour
prefident Mr Jean - Valentin
Scheidius Docteur & Profeffeur en Medecine , & un des
Medecins de toute l'Allemagne le plus confulté. Mr Aul
ber un des plus doctes Candidats de l'Ecole de Strasbourg,
fit d'abord voir que les vers
font la caufe la plus ordinaire
de l'épilepfic des enfans ; fentiment dont il a pour garants
le celebre Mr Baglivi & l'Auteur du traité de la generation
Avril 1710. E
50 MERCURE
des vers ( Mr Andri. ) Il prouva d'ailleurs ce fentiment par
la femence des inteftins dont
les vers peuvent eftre aisément
picotés par une humeur vermincufe & par les vers. De là
il paffa au détail des fymptomes particuliers à l'épilepfic
vermineuſe , comme la démangeaifon du nez , la toux feche , les dejections de couleur
de cendres , le hocquet , l'haleine aigre, les terreurs fubites
pendant le fommeil , la dou- .
leur de ventre &c. Mr.Aulber
attribua la production des
vers dans les corps des enfans,
A
GALANT SI
à des mouches qui fe pofent ,
tantôt fur la boüillie des enfans , tantôt fur leur bouche,
qu elles laiffent quantité d'œufs
que les enfans avallent , & d'ou
naiffent des vers. Mr Redi , Mr
Raderus & le fçavant Auteur
du Livre de la generation des
Vers dans le corps humain,
ont traité avec étendue le mêmefajer, & Mr Aulber les cita tous avec éloge. Ce qu'il dit
enfuite du prognoftic qu'on
faire dans l'épilepfic verincufe fur écouté avec plaifir Ilremarqua qu'elle eft rarement dangereuse , hors qu'elle
peut
E ij
52 MERCURF
ne foit inveterée. Les moyens
qu'il indiqua pour la guerir fu
rent autant de preuves de l'érudition du Soutenant , & du
progrés qu'il a fait en Mede
cine.
Mr Gabriel Daniel Bartenf
tein a foutenu dans l'Ecole de
Medecine de Strasbourg des
Thefes publiques , dans lefquelles il y avoit cent pofitions
fur toutes fortes de ſujets qui
peuvent regarderla Medecine.
Mr. Jean Sigifmond Henninger Docteur & Profeffeur en
Medecine dans la même Univerfité , & fous lequel Mr Bar-
GALANT 53
tenftein a fait fon Cours , prefidoit à cet Acte. Mr Bartenftein commença d'abord par
découvrir l'origine de la Medecine ; il parla enfuite de l'ame
& du corps , de la nature des
temperamens, & il parcourut
enfuite toute la Phifiologie. De
là il paffa à la Pathologie , &
expliqua les caufes des fiévres,
& en difant quelque chofe de
la pratique , il donna des preuyes éclatantes du progrés qu'il a
fait dans fes études , parce que
Mr Bartenftein dit dans la cinquante-fixième pofition fur les
fiévres malignes en particulier
E iij
54 MERCURE
il fit voir que les émulfions
&les acides font fouvent plus
les cordiaux & les
с
efficaces que
alexiteres. Dans la 57 il avan
ce que l'abus des remedes volatils peut fouvent changer les
petites veroles en fiévre pourpreufe & maligne. Il fe declara
en quelque maniere dans la 66*
contre la racine de l'Hipecacuana , &il prétend que quoiqu'elle foit fpecifique dans les dyffenteries , il eft pourtant quelquefois dangereux de s'en fervir à caufe des ravages & du
defordre que fa vertu émetique peut caufer. Mrd'Obrecht
* GALANT 55
le fils , fils du celebre Preteur de
Strafbourg de ce nom , argumenta avec force contre cette derniere pofition. Mr l'Evêque de Strasbourg atlilta à ces
Thefes avec un grand concours de Nobleſſe.
plufieurs Thefes qui ont elté
GALANT 37
foutenues à Strasbourg en divers temps. Vous en verrez les
fujets en les lifant , & vous y
apprendrez beaucoup de chofes qui regardent voſtre fexe ,
& plufieurs autres qui regardant la Medecine , peuvent
eftre utiles à tout le monde.
Mr Abraham Stadet foûtint il y a quelque temps une
Thefe dans l'Univerfité de
Strasbourg fur un fujet affez
fingulier , puifque c'eſt fur le
droit que peuvent avoir les
femmes de fucceder aux Fiefs :
De jure fucced endi mulierum in
feodis. Il fit d'abord voir qu'au-›
38 MERCURE
trefois il leur eftoit deffendu
d'y prétendre , parce que c'étoit le partage des mâles , qui
feuls font capables du fervice
militaire , en récompenfe duquel on donnoit ces terres . Mr
Stadet fe declara dans la difpure publique de l'opinion de
ceux qui excluënt la femme
fans retour , de la fucceffion
des Fiefs. Il s'agiffoit dans une
difficulté que propofa un Ecclefiaftique nommé Auxi , de
fçavoir fi une femme qui par
l'exiſtence d'un mâle a perdu
legitimement le droit de fuccéder à unFiefdoit en eftre pri-
GALANT 39
vée pour toûjours. Mr Stadẹt
fonda fon fentiment fur cé
paffage du Livre des Fiefs : Relicto mafculo ulteriusfœminæ non
admittuntur : & il foutine quê
le mot alteriùs emporte une exclufion perpetuelle quelque
changement qui puiffe arriver
dans la fuite. La feconde queftion & qui fut long- temps &
vivement agitée , fur tout parMr Mordat , fut de fçavoir fi
les femmes fuccedent & peuvent fucceder aux Fiefs qu'on
appelle Féminins , quelque favorable que foit aux femmes
la dénomination de ces fortes
40 MERCURE
de Fiefs , plufieurs Docteurs
penfent qu'aprés la mort de
ceile qui a eu originairement
un droit acquis par l'infcodation , le Fief retombe dans le
droit commun, &ne peut plus
appartenir qu'aux mâles. Mr
Stader ne fut pas de ce ſentiment , & il declara que la deftination primitive du titre d'infeodation decide de la qualité
des perfonnes qui font appelées
dans la fuite à la fucceffion du
fief. Ondifputa enfuite fur une
autre queftion fçavoir fi les
femmes doivent fucceder aux
Franc- Fiefs ; on entend par le
GALANT 41
mot de Franc. Fiefs , ceux qui
ne font chargez d'aucuns fervices. Ce Jurifconfulte foû- .
tint qu'il falloit en cela fuivre
la loy generale qui exclut les
femmes des Fiefs , tant qu'il y
a des mâles , à moins qu'elles
n'y foient appellées d'une maniere expreffe par l'inveftiture.
Il y eutune quatrième queſtion
qui fut vivement debattuë ,
une femmeau defaut de mâles,
a efté admife à la fucceffion
d'un Fief, un mâle qui malheureuſement furvient dans le
temps qu'on ne l'attendoit pas,
la prive- t- il de fon droit ? non
Avril 1710.
D
42 MERCURE
répond Mr Stadet , quelques
fois contraire, quelquefois auffi
favorable aux Dames; la femme en ce cas là , dit-il , conferve le droit qui luy a efté legi
timement acquis , parce que la
durée d'une proprieté jufte
dans fon principe , ne doit pas
dépendre du hazard & de l'incertitude des fuites. Decifion
qui fut applaudie par toute
l'affemblée. Un Fief eft acquis
pour un mâle ou pour une
fille feulement; toutes les filles
d'une même famille y ont elles
également part ? le choix , répondit Mr Stadet , appartient
4
GALANT 43
au Seigneur , il a droit de don,
ner l'inveftiture fur les Cenft
ves. Get Auteur diftingue les
heritages purement Cenfiers,
& ceux qui outre, le cons exigent encorela foy &hommage. Les femmes, felon luy, peuvent fucceder aux premiers ,
où il ne s'agit que d'un fimple
payement , mais elles ne peu
vent fucceder aux,feconds, qui
oblige au Service militaire. Les
femmes font elles capables
des Fiefs Ecclefiaftiques & doiron le demander , répondit Mr
Stadet : ici peu courtois , mais
on luy répondit que les TerDij
44 MERCURE
res Ecclefiaftiques fe défendent plus par les prieres & par
les larmes , que par les armes ;
& qu'ainfi ce moyen eft plus
propre aux femmes qu'aux
hommes. Il repliqua qu'il falloit s'en tenir au droit commun, qui n'admet les femmes
aux Fiefs que lorfque la conceffion eft en faveur de ce fexe,
ou que les deux fexes y font
également appellez.
MrPhilippe Frederic de Berckheim ſoutint auffi il y a quel
que temps dans l'Univerfité de
la mefme Ville, des Thefes pu
bliques fur les Affemblées de
GALANT 45
Nobleffe. Les titres de ces Thefes font tournez en Allemagne
d'une autre maniere qu'on ne
les tourne en France. Cet Auteur avoit déja traité de la
Nobleffe en general dans une
• autre Thefe ; & il traita en particulier dans celle- ci des Diettes qui fe tiennent parmi la
Nobleffe Allemande. Il exami
na d'abord fi les Nobles de
l'Empire peuvent s'affembler
fans le confentement de l'Empereur; il conclut pour l'affirmative ; mais il n'étendit pas
cerre liberté aux Affemblées
des Electeurs & des Princes de
1
46 MERCURE
I Empire. Il foutint qu'il n'y a
point de diftinction ny de fuperiorité entre eux , & il cita
à ce fujer ce qu'avoit dit Hen
ry IV. Roy de France : De ma.
brave & genereufe Nobleffe , je
ne diftinguepoint mes Princes pour
eftre notre plus beau titre , for de
Gentilhomme. Mr. Berckheim
parla enfuite de la convocation
des Nobles , les qualitez qu'il
faut avoir pour eftre convoqué , & les raifons qui peuvent
difpenfer de fe rendre au lieu
de la convocation. Qu'il faut
eftre Noble de race pour eftre
convoqué ; qu'il ne fuffit pas
GALANT 47
A
"
sd'eftre ennobly , & qu'il ne
fuffit pas auffi d'acheter & de
poffeder une Terre noble;l'Autour convine cependant qu'il y
Ja certains Ficfs qui ont le privilege d'ennoblir ceux qui les
poffedent , & qu'il n'y a que la
maladie ou d'autres raiſons indifpenfables qui les exemprent
de fe rendre eux- mêmes dans
-les Affemblées convoquées , &
-il dit que le temps & le lieu de
l'Affemblée des Nobles dépendent de l'ufage & des occa
hons , & que les matieres que
Pontraite dans ces Affemblées,
font generalement toutes col-
$14
48 MERCURE
les qui regardent le public, foit
pour la Religion , foit pour la
Police , & foit pour les contributions aux charges de l'Etat. Ces propofitions furent
attaquées par plufieurs perfonnes qui donnerent lieu à
Mr de Berckeim de faire briller fon érudition ; un jeune
Jurifconfulte , prétendit dans
Ja difpute qu'un Noble, chargé de la procuration d'un autre Noble pour la Diette, perd
fa qualité de Noble ; fondant
fon opinion fur la prevention
trop outrée contre la fonction
de Procureur.
Mr
GALANT 49
Mr Jean Martin Aulber a
foutenu dans le même lieu des
Thefes de Medecine fur l'épilepfie vermineufe , ayant pour
prefident Mr Jean - Valentin
Scheidius Docteur & Profeffeur en Medecine , & un des
Medecins de toute l'Allemagne le plus confulté. Mr Aul
ber un des plus doctes Candidats de l'Ecole de Strasbourg,
fit d'abord voir que les vers
font la caufe la plus ordinaire
de l'épilepfic des enfans ; fentiment dont il a pour garants
le celebre Mr Baglivi & l'Auteur du traité de la generation
Avril 1710. E
50 MERCURE
des vers ( Mr Andri. ) Il prouva d'ailleurs ce fentiment par
la femence des inteftins dont
les vers peuvent eftre aisément
picotés par une humeur vermincufe & par les vers. De là
il paffa au détail des fymptomes particuliers à l'épilepfic
vermineuſe , comme la démangeaifon du nez , la toux feche , les dejections de couleur
de cendres , le hocquet , l'haleine aigre, les terreurs fubites
pendant le fommeil , la dou- .
leur de ventre &c. Mr.Aulber
attribua la production des
vers dans les corps des enfans,
A
GALANT SI
à des mouches qui fe pofent ,
tantôt fur la boüillie des enfans , tantôt fur leur bouche,
qu elles laiffent quantité d'œufs
que les enfans avallent , & d'ou
naiffent des vers. Mr Redi , Mr
Raderus & le fçavant Auteur
du Livre de la generation des
Vers dans le corps humain,
ont traité avec étendue le mêmefajer, & Mr Aulber les cita tous avec éloge. Ce qu'il dit
enfuite du prognoftic qu'on
faire dans l'épilepfic verincufe fur écouté avec plaifir Ilremarqua qu'elle eft rarement dangereuse , hors qu'elle
peut
E ij
52 MERCURF
ne foit inveterée. Les moyens
qu'il indiqua pour la guerir fu
rent autant de preuves de l'érudition du Soutenant , & du
progrés qu'il a fait en Mede
cine.
Mr Gabriel Daniel Bartenf
tein a foutenu dans l'Ecole de
Medecine de Strasbourg des
Thefes publiques , dans lefquelles il y avoit cent pofitions
fur toutes fortes de ſujets qui
peuvent regarderla Medecine.
Mr. Jean Sigifmond Henninger Docteur & Profeffeur en
Medecine dans la même Univerfité , & fous lequel Mr Bar-
GALANT 53
tenftein a fait fon Cours , prefidoit à cet Acte. Mr Bartenftein commença d'abord par
découvrir l'origine de la Medecine ; il parla enfuite de l'ame
& du corps , de la nature des
temperamens, & il parcourut
enfuite toute la Phifiologie. De
là il paffa à la Pathologie , &
expliqua les caufes des fiévres,
& en difant quelque chofe de
la pratique , il donna des preuyes éclatantes du progrés qu'il a
fait dans fes études , parce que
Mr Bartenftein dit dans la cinquante-fixième pofition fur les
fiévres malignes en particulier
E iij
54 MERCURE
il fit voir que les émulfions
&les acides font fouvent plus
les cordiaux & les
с
efficaces que
alexiteres. Dans la 57 il avan
ce que l'abus des remedes volatils peut fouvent changer les
petites veroles en fiévre pourpreufe & maligne. Il fe declara
en quelque maniere dans la 66*
contre la racine de l'Hipecacuana , &il prétend que quoiqu'elle foit fpecifique dans les dyffenteries , il eft pourtant quelquefois dangereux de s'en fervir à caufe des ravages & du
defordre que fa vertu émetique peut caufer. Mrd'Obrecht
* GALANT 55
le fils , fils du celebre Preteur de
Strafbourg de ce nom , argumenta avec force contre cette derniere pofition. Mr l'Evêque de Strasbourg atlilta à ces
Thefes avec un grand concours de Nobleſſe.
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Résumé : Diverses Theses curieuses soûtenuës à Stragbourg qui apprendront plusieurs faits historiques aussi sçavans que curieux. [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs thèses soutenues à l'Université de Strasbourg. Abraham Stadet a exploré le droit des femmes à succéder aux fiefs. Il a souligné que les femmes étaient historiquement exclues en raison de leur incapacité à servir militairement. Stadet a distingué entre les fiefs féminins et les francs-fiefs, concluant que les femmes peuvent succéder aux premiers mais pas aux seconds, qui nécessitent un service militaire. Il a également abordé la succession aux fiefs ecclésiastiques, suggérant que les femmes peuvent y succéder si la concession le permet. Philippe Frédéric de Berckheim a soutenu des thèses sur les assemblées de noblesse. Il a conclu que les nobles de l'Empire peuvent s'assembler sans le consentement de l'Empereur, contrairement aux électeurs et aux princes. Il a également discuté des qualifications nécessaires pour être convoqué et des raisons valables pour ne pas se rendre à une convocation. Jean Martin Aulber a soutenu une thèse sur l'épilepsie vermineuse, affirmant que les vers sont la cause principale de cette maladie chez les enfants. Il a détaillé les symptômes et les moyens de traitement, citant des auteurs célèbres comme Baglivi et Andri. Gabriel Daniel Bartenstein a présenté des thèses sur divers sujets médicaux, couvrant l'origine de la médecine, la physiologie, la pathologie, et les traitements des fièvres. Il a discuté de l'efficacité des émulsions et des acides, ainsi que des dangers de l'abus des remèdes volatils et de la racine de l'Ipecacuana.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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727
p. 32
MADRIGAL
Début :
Ce Bras qui fit trembler tant de fiers Ennemis, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Trembler
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL
MADRIGAL.
cE Brdi quifit trembler tintdt
fiers tnnemis,
Taitmaintenant tremblerUs Cœurs
les pltï<feûmisi
La France i'ddoroity &commence à
le plaindra
Maisnon! rendonsau Cieldesben-
neurs immort, Is,
Un Brds quifouticut lesAutels,
NeJçauroitatoir rien à crllindrt.
cE Brdi quifit trembler tintdt
fiers tnnemis,
Taitmaintenant tremblerUs Cœurs
les pltï<feûmisi
La France i'ddoroity &commence à
le plaindra
Maisnon! rendonsau Cieldesben-
neurs immort, Is,
Un Brds quifouticut lesAutels,
NeJçauroitatoir rien à crllindrt.
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728
p. 29-30
II.
Début :
Qu'on est heureux de voir couronner tes Ecrits ! [...]
Mots clefs :
Sapho, Louis, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
II.
QU'on est heureux de voir cou-
ronner tes Ecrits!
Tout le monde, Sapho, te va rendre
visite,
Depuis que d'un Grand Roy l'eftime
en estle prix.
LOVIS qu'en ta faveur la gloire follicite,
Ciij
30 MERCURE
En récompenfant ton mérite,
A charmé tous les beaux Esprits.
QU'on est heureux de voir cou-
ronner tes Ecrits!
Tout le monde, Sapho, te va rendre
visite,
Depuis que d'un Grand Roy l'eftime
en estle prix.
LOVIS qu'en ta faveur la gloire follicite,
Ciij
30 MERCURE
En récompenfant ton mérite,
A charmé tous les beaux Esprits.
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729
p. 37-3[8]
QUESTION. S'il est plus dangereux & plus blamable de parler trop à table, que d'y parler trop peu.
Début :
Cette question sur le trop parler, me fait faire attention [...]
Mots clefs :
Repas, Table, Parler, Appétit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION. S'il est plus dangereux & plus blamable de parler trop à table, que d'y parler trop peu.
QUESTION.
S'il eft plus dangereux &
plus blamable de par-
"ler trop à table , que
d'y parler trop peu.
Cette queſtionfur le trop
parler , me fait faire attention à la longueur de la digreffion qui la précede. Je
ne fçay comment , à propos d'un repas en vers , je
me fuis engagé à cette
morale de table; mais commeonmange fouvent plus
34 MERCURE
qu'on ne veut à un repas,
on parle auffi plus qu'on
ne devroit dans les digreffions d'un Mercure , où la
varieté des matieres excite
l'appetit de parler , appetit
qui eft quelquefois tres raffafiant pour le Lecteur.
Paffons donc à une petite
Lettre badine que je reçois
dans le moment d'Angleterre , avec une autre hiftoriette en Anglois , qu'on
traduira pour le mois prochain.
S'il eft plus dangereux &
plus blamable de par-
"ler trop à table , que
d'y parler trop peu.
Cette queſtionfur le trop
parler , me fait faire attention à la longueur de la digreffion qui la précede. Je
ne fçay comment , à propos d'un repas en vers , je
me fuis engagé à cette
morale de table; mais commeonmange fouvent plus
34 MERCURE
qu'on ne veut à un repas,
on parle auffi plus qu'on
ne devroit dans les digreffions d'un Mercure , où la
varieté des matieres excite
l'appetit de parler , appetit
qui eft quelquefois tres raffafiant pour le Lecteur.
Paffons donc à une petite
Lettre badine que je reçois
dans le moment d'Angleterre , avec une autre hiftoriette en Anglois , qu'on
traduira pour le mois prochain.
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Résumé : QUESTION. S'il est plus dangereux & plus blamable de parler trop à table, que d'y parler trop peu.
Le texte discute des dangers de parler trop ou trop peu à table, comparant cela aux digressions dans une publication comme le Mercure. Ces digressions peuvent fatiguer le lecteur. L'auteur mentionne ensuite une lettre badine reçue d'Angleterre avec une histoire en anglais à traduire plus tard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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730
p. 33-35
« C'est en toutes choses que le Roy se montre véritable [...] »
Début :
C'est en toutes choses que le Roy se montre véritable [...]
Mots clefs :
Bonté, Souverain, Récolte, Blé, Marchands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « C'est en toutes choses que le Roy se montre véritable [...] »
C'eft en toutes chofes que
le Roy fe montre véritable
34 MERCURE
Pere de fon Peuple. Ce que
je vay vous dire en eft une
marque. La derniére récolte
des Bleds n'ayant pas efté fi
abondante que de coûtume,
Sa Majefté qui cherche à en
procurer le bon marché par
toute forte de voyes , afin de
faire fubfifter aisément fes
Sujets , a déchargé du payement
du Droit de Fret , de
cinquante fols par Tonneau,
que je leve fur les Vaiffeaux
Etrangers , tous les Marchands
, Maiftres de Navires ,
& autres Particuliers , qui feront
entrer dans le RoyauGALANT.
༢༢
me des Bleds dans des Vaif
feaux Etrangers , pendant les
fix premiers mois de cette
année.
le Roy fe montre véritable
34 MERCURE
Pere de fon Peuple. Ce que
je vay vous dire en eft une
marque. La derniére récolte
des Bleds n'ayant pas efté fi
abondante que de coûtume,
Sa Majefté qui cherche à en
procurer le bon marché par
toute forte de voyes , afin de
faire fubfifter aisément fes
Sujets , a déchargé du payement
du Droit de Fret , de
cinquante fols par Tonneau,
que je leve fur les Vaiffeaux
Etrangers , tous les Marchands
, Maiftres de Navires ,
& autres Particuliers , qui feront
entrer dans le RoyauGALANT.
༢༢
me des Bleds dans des Vaif
feaux Etrangers , pendant les
fix premiers mois de cette
année.
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Résumé : « C'est en toutes choses que le Roy se montre véritable [...] »
Le roi a pris des mesures pour garantir le bon marché des céréales après une récolte de blé moins abondante. Il a exempté de droit de fret, à hauteur de cinquante sols par tonneau, les importations de blé par voie maritime. Cette exemption concerne les marchands et les maîtres de navires pour les six premiers mois de l'année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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731
p. 1935-1930
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
Début :
Quelle est cette nouvelle aimable, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Terre, Académie des Jeux floraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
O DE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prefentée à l'Académie des Jeux Floraux.
QU
>
Uelle eft cette nouvelle aimable ,
Qu'annonce le Courier des Cieux !
D'où naît ce Spectacle agréable
Qui par tout s'étale à mes yeux ?
O puiffans Dieux ! que de merveilles !
Que de voix frappent mes oreilles
B vj
Da
1936 MERCURE DE FRANCE
Devos éloges immortels !
Quel don fi grand fait à la France ,
L'oblige par reconnoiffance ,
A charger d'encens vos Autels ?
Mais que vois -je ? Eft- ce vous , Aftrée ,
Qui defcendez vers les François ?
Peuples ; cette Vierge facrée ,
Vient faire refleurir fes Loix..
J'apperçois marcher fur ces traces ,
Précedé des trois jeunes Graces , *
Un enfant plein de majeſté .
Mon coeur ſent déja ſa puiſſance ,
Et fous le voile de l'enfance
Découvre fa Divinité .
Hâte-toi pour voir ce Miracle ,
Soleil , quitte le fein des Mers ,
Mais où fuit ce divin fpectacle ?
Quel nuage obfcurcit les Airs ?
Un vent impetueux fe leve ,
Son fouffe rapide m'enleve ,
Jufques dans le féjour des Dieux.
Dois -je m'expliquer
ou me taire ?
Dois -je publier le myftere ,
Qui ſe développe à mes yeux.
* Mefdames de Frances
f
Fran
SEPTEMBRE. 1730. 1937
François , voici l'heure fatale ,
Qui doit terminer tous vos maux .
Pour terraffer l'Hydre infernale ,
Le Ciel vous accorde un Heros.
倉
Je la voi ; cette Hydre indomptable ,
En vain à ce coup qui l'accable ,
S'arme de toute la fureur.
LOUIS naiffant , lance fa foudre ,
Ses têtes réduites en poudre ,
Ne font plus qu'un objet d'horreur.
Toi qui pour un Dauphin paifible ,
Formois tous les jours mille voeux ,
Fleury , s'il paroît fi terrible ,
<
Ce n'eft que pour nous rendre heureux.
S'il paroît armé d'un Tonnerre ,
Ce n'eft que pour purger la Terre ,
Des Monitres qui troublent la Paix.
Bientôt fa main prendra la Lyre ,
Et la douceur de fon Empire ,
Surpaffera tous nos fouhaits.
M
Puiffe cet Enfant adorable ,
Croiffant tous les jours en fplendeur ,
A toute la terre habitable ,
Faire refpecter fa grandeur,
Le Janfenifme,
Puiffent
1938 MERCURE DE FRANCE
Puiffent les fages Deſtinées ,
D'une longue fuite d'années ,
Orner fes paifibles vertus ;
Et de cette Tige féconde ,
Faire
pour
le bonheur du Monde ,
Sortir mille nouveaux Titus.
Ainfi dans une Forêt fombre ,
On voit le Cedre précieux ,
Couvrir la Terre de fon ombre ,
Et lever fon front jufqu'aux Cieux.
Ainfi dans de vaftes Campagnes ,
Un Fleuve du haut des Montagnes ,
Roule avec majeſté ſes Flots ,
Et dans fon cours formant cent Iſles ,
Va porter dans toutes les Villes ,
La fécondité de les Eaux.
Mais quelles pompeufes images ,
Viennent encor frapper mes fens ?
Jupiter ( quels heureux préſages )
Admire fes charmes naiffans.
Bacchus , Cerés , Pomone & Flore ,
Courent vers ceete jeune Aurore ,
Mettre leurs prefens à fes pieds,
Cybele offre fon Diadême ,
Neptune , fon pouvoir fuprême ,
Et Phebus fes nobles Lauriers.
DAUSEPTEMBRE.
1730. 1939
de naître , DAUPHIN , tu ne fais que
Et tout reconnoît ton pouvoir ,
Le Heros qui t'a donné l'être ,
Sur toi fonde tout fon eſpoir ,
Voi comme l'Univers s'empreſſe ,
Par mille marques d'allegreſſe ,
De te témoigner ſes tranfports.
Pour en tracer une peinture ,
Voi comme l'Art & la Nature ,
Semblent épuifer leurs tréfois.
Venez , volez, Troupe * immortelle
Venez voir cet Amour nouveau ,
Venez pour marquer votre zele ,
Couvrir de vos fleurs fon Berceau .
Qu'on n'entende plus les Trompettes ;
Bergers , que vos tendres Mufettes ,
Animent feules nos Concerts.
LOUIS a triomphé des vices :
La Paix va faire fes délices ,
Et lui celles de l'Univers.
ร
Pacatum reget patris virtutibus orbem.
* Meffieurs de l'Académie.
L'Abbé LAVIT , d'Agde:
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prefentée à l'Académie des Jeux Floraux.
QU
>
Uelle eft cette nouvelle aimable ,
Qu'annonce le Courier des Cieux !
D'où naît ce Spectacle agréable
Qui par tout s'étale à mes yeux ?
O puiffans Dieux ! que de merveilles !
Que de voix frappent mes oreilles
B vj
Da
1936 MERCURE DE FRANCE
Devos éloges immortels !
Quel don fi grand fait à la France ,
L'oblige par reconnoiffance ,
A charger d'encens vos Autels ?
Mais que vois -je ? Eft- ce vous , Aftrée ,
Qui defcendez vers les François ?
Peuples ; cette Vierge facrée ,
Vient faire refleurir fes Loix..
J'apperçois marcher fur ces traces ,
Précedé des trois jeunes Graces , *
Un enfant plein de majeſté .
Mon coeur ſent déja ſa puiſſance ,
Et fous le voile de l'enfance
Découvre fa Divinité .
Hâte-toi pour voir ce Miracle ,
Soleil , quitte le fein des Mers ,
Mais où fuit ce divin fpectacle ?
Quel nuage obfcurcit les Airs ?
Un vent impetueux fe leve ,
Son fouffe rapide m'enleve ,
Jufques dans le féjour des Dieux.
Dois -je m'expliquer
ou me taire ?
Dois -je publier le myftere ,
Qui ſe développe à mes yeux.
* Mefdames de Frances
f
Fran
SEPTEMBRE. 1730. 1937
François , voici l'heure fatale ,
Qui doit terminer tous vos maux .
Pour terraffer l'Hydre infernale ,
Le Ciel vous accorde un Heros.
倉
Je la voi ; cette Hydre indomptable ,
En vain à ce coup qui l'accable ,
S'arme de toute la fureur.
LOUIS naiffant , lance fa foudre ,
Ses têtes réduites en poudre ,
Ne font plus qu'un objet d'horreur.
Toi qui pour un Dauphin paifible ,
Formois tous les jours mille voeux ,
Fleury , s'il paroît fi terrible ,
<
Ce n'eft que pour nous rendre heureux.
S'il paroît armé d'un Tonnerre ,
Ce n'eft que pour purger la Terre ,
Des Monitres qui troublent la Paix.
Bientôt fa main prendra la Lyre ,
Et la douceur de fon Empire ,
Surpaffera tous nos fouhaits.
M
Puiffe cet Enfant adorable ,
Croiffant tous les jours en fplendeur ,
A toute la terre habitable ,
Faire refpecter fa grandeur,
Le Janfenifme,
Puiffent
1938 MERCURE DE FRANCE
Puiffent les fages Deſtinées ,
D'une longue fuite d'années ,
Orner fes paifibles vertus ;
Et de cette Tige féconde ,
Faire
pour
le bonheur du Monde ,
Sortir mille nouveaux Titus.
Ainfi dans une Forêt fombre ,
On voit le Cedre précieux ,
Couvrir la Terre de fon ombre ,
Et lever fon front jufqu'aux Cieux.
Ainfi dans de vaftes Campagnes ,
Un Fleuve du haut des Montagnes ,
Roule avec majeſté ſes Flots ,
Et dans fon cours formant cent Iſles ,
Va porter dans toutes les Villes ,
La fécondité de les Eaux.
Mais quelles pompeufes images ,
Viennent encor frapper mes fens ?
Jupiter ( quels heureux préſages )
Admire fes charmes naiffans.
Bacchus , Cerés , Pomone & Flore ,
Courent vers ceete jeune Aurore ,
Mettre leurs prefens à fes pieds,
Cybele offre fon Diadême ,
Neptune , fon pouvoir fuprême ,
Et Phebus fes nobles Lauriers.
DAUSEPTEMBRE.
1730. 1939
de naître , DAUPHIN , tu ne fais que
Et tout reconnoît ton pouvoir ,
Le Heros qui t'a donné l'être ,
Sur toi fonde tout fon eſpoir ,
Voi comme l'Univers s'empreſſe ,
Par mille marques d'allegreſſe ,
De te témoigner ſes tranfports.
Pour en tracer une peinture ,
Voi comme l'Art & la Nature ,
Semblent épuifer leurs tréfois.
Venez , volez, Troupe * immortelle
Venez voir cet Amour nouveau ,
Venez pour marquer votre zele ,
Couvrir de vos fleurs fon Berceau .
Qu'on n'entende plus les Trompettes ;
Bergers , que vos tendres Mufettes ,
Animent feules nos Concerts.
LOUIS a triomphé des vices :
La Paix va faire fes délices ,
Et lui celles de l'Univers.
ร
Pacatum reget patris virtutibus orbem.
* Meffieurs de l'Académie.
L'Abbé LAVIT , d'Agde:
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, futur Louis XV, présentée à l'Académie des Jeux Floraux. L'auteur exprime sa joie et son émerveillement, y voyant un signe divin. Il décrit une scène céleste où des dieux comme Jupiter, Bacchus, Cérès, Pomone, Flore, Cybèle, Neptune et Phébus honorent le nouveau-né. Le poème évoque la victoire du Dauphin sur l'Hydre infernale, symbolisant les maux et les troubles, et prédit un règne de paix et de douceur. L'auteur souhaite une longue vie au Dauphin, comparant sa future grandeur à celle d'un cèdre ou d'un fleuve majestueux. Il appelle les membres de l'Académie à célébrer cet événement avec des fleurs et des musiques douces, marquant la fin des vices et l'avènement de la paix. Le poème se conclut par une citation latine soulignant le règne pacifique du Dauphin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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732
p. 2361-2365
LETTRE écrite de Dieppe le 21. Août 1733. par MM. Latier, Médecin des Hôpitaux, Broussin[,] Doyen des Chirurgiens, et Bauys, Lieutenant de M. le Premier Chirurgien du Roy dans la même Ville, au sujet de l'Appareil Lateral, &c.
Début :
Vous avez fait par au Public les années précedentes des Opérations [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Crénelure, Instrument, Lame, Sonde, Dieppe, Extrémité, Public, Taille, Lithotome
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Dieppe le 21. Août 1733. par MM. Latier, Médecin des Hôpitaux, Broussin[,] Doyen des Chirurgiens, et Bauys, Lieutenant de M. le Premier Chirurgien du Roy dans la même Ville, au sujet de l'Appareil Lateral, &c.
LETTRE écrite de Dieppe le 21. Août
1733. par MM. Latier , Médecin des
Hôpitaux , Broussin Doyen des Chirurgiens
, et Bauys , Lieutenant de M. le
Premier Chirurgien du Roy dans la
même Ville , au sujet de l'Appareil Lateral
, & c.
Vou
Ous avez fait part au Public les
années précedentes des Opérations
de la Taille , faites à la nouvelle Méthode
qu'on appelle l'Appareil Latéral ; l'excelfence
de cette maniere d'opérer , et notre
reconnoissance pour celui à qui nous
l'avons vû pratiquer , nous engagent à
apprendre à ce même Public › par le
moyen du Mercure , que M. le Cat , *
Chirurgien de l'Hôtel- Dieu de Rouen ,
en survivance , a fait ce Printemps deux
Tailles Latérales dans notre Ville de
Dieppe , et que le succès a répondu à
la haute idée que ce célebre Praticien
nous avoit donnée de lui dans les Discours
Théoriques qu'il nous fit pendant
* M. le Cat , est Docteur en Médecine , mais
par un goût particulier , il s'est fixé à cette partie
de la Médecine.
B v
2-362 MERCURE DE FRANCE
temps qu'il préparoit ses Sujets à l'O,
pération.
le
Le premier de ces Taillez est le nome
mé Jean-Pierre Mutel , ruë au Lait , âgé
de quatre ans ; la Pierre fut saisie et
tirée dans le moment ; sa figure et son
volume sont d'une grosse Olive , raboreuse
, et du poids d'un gros il a été
taillé le 25. May , et la cicatrice a été
faite le 12. Juin .
Le second est le nommé Jean Becquet
rue S. Jean , âgé de trois ans et demi ;
il fut taillé le 2. Juin ; M. Chariere ,
Chirurgien de Versailles , qui s'est trouvé
à Dieppe dans ce temps , tenoit la
Sende ; la Pierre étoit du volume d'ane
petite noix et molle ; l'Opération ne
dura que deux minutes; ce Malade , d'un
naturel et d'une pérulence indomptable ,
se donna et aux Chirurgiens , la torture
pendant toute sa Cure ; il n'est pas possible
d'exprimer combien ce petit Sujer ,
par sa mauvaise humeur , a éloigné sa
guérison , ses cris ont été poussez avec
tant de violence , qu'il lui en est survenu
une descente ; cependant , malgré
tant de contretemps sa playe fut cicarisée
le vingt- sixième jour.
Le Lithotome dont s'est servi cet ins
génieux Chirurgien , est un Instrument
de
NOVEMBRE. 1732. 2363
son invention , dont on doit
airer de grands avantages , e
vous en envoye la figure ave .
ma Lettre .
L'Instrument a huit- pouces
et demi de long , il est d'un
seul morceau d'acier , dont cha
que extremité est une lame, et
le milieu qui fait le manche
est garni d'écaille ; la lame A
est une espece de Couteau pour
l'incision des Tégumens et de
l'Urethre , lequel a en son milieu
une vive arête D pour en
rendre la pointe obruse et plus
solide ; son dos a la forme d'un
E, E,et il est tranchant depuis
A jusqu'à B.
Cette disposition de tranchant
lui donne au- dessus du
Lithotome Anglois, l'avantage
de couper haut et bas et de dé
gager la crenelure de la Sonde
sans la quitter ; ce qui sauve
l'inconvénient de faire de nouvelles
incisions , comme il arrive
avec le Lithotome Anglois
, chaque fois qu'on est
obligé de reporter l'Instrument
sur la Sonde; inconvénient au-
B vj
2364 MERCURE DE FRANCE
quel cette façon de tailler est d'autant
plus sujette qu'on y a beaucoup plus de
tissu cellulaire à pénetrer , et qu'on sçait
ce tissu de nature à se pousser bien- tôt
après l'Instrument retiré, sur la premiere
route qu'il s'est faite.
La crenelure de la Sonde dégagée , le
Chirurgien y coule l'ongle du doigt indice
de la main gauche , le long du précedent
Couteau , et retournant son Instrument
il introduit dans la crenelure ,
sur son ongle , l'autre extremité qu'il
poussé dans la vessie.
Cette extrémité B. est une lame ressemblante
à celle des Scalpels à deux
tranchants ; sa vive arêtte D est terminée
par une lame A, son côté B est
tranchant , et C est un dos qui se porte
dans la crenelure de la Sonde .
Au moyen de cette lame A , 1. vous
appercevez beaucoup plus sensiblement
qu'avec une pointe tranchante , si vous
êtes dans la crenelure de la Sonde ou
dans quelque fausse route tracée sur quelque
os voisin , par exemple , sur l'Ischion
, ce qui est quelquefois arrivé ; 2º .
l'Instrument coule avec beaucoup plus
d'aisance dans la crenelure ; 3 ° . Il peut
être poussé aussi loin qu'on veut dans
la vessie , sans risque de la percer ni les
parties
NOVEMBRE. 1733 2365
parties voisines ; accident qui est souvent
arrivé au Frere Jacques , Auteur de la
premiere ébauche de cette nouvelle Opération.
Nous tenons cette théorie de ce Chirurgien
même , et sa bonne pratique en
a vérifié sous nos yeux la solidité . C'est
le même M. le Cat qui a fait l'an passé
à Gaillon , deux semblables Tailles , et
avec un succès pareil , en la présence de
M. Morand. Le Public ne sera peut- être
pas faché d'apprendre que ce Chirurgien
est l'Auteur des deux Mémoires qui
ont concouru au Prix de 1 - Académie
Royale de Chirurgie , l'année 1732. et
qui seront imprimez dans l'Histoire de
cette Académie.
1733. par MM. Latier , Médecin des
Hôpitaux , Broussin Doyen des Chirurgiens
, et Bauys , Lieutenant de M. le
Premier Chirurgien du Roy dans la
même Ville , au sujet de l'Appareil Lateral
, & c.
Vou
Ous avez fait part au Public les
années précedentes des Opérations
de la Taille , faites à la nouvelle Méthode
qu'on appelle l'Appareil Latéral ; l'excelfence
de cette maniere d'opérer , et notre
reconnoissance pour celui à qui nous
l'avons vû pratiquer , nous engagent à
apprendre à ce même Public › par le
moyen du Mercure , que M. le Cat , *
Chirurgien de l'Hôtel- Dieu de Rouen ,
en survivance , a fait ce Printemps deux
Tailles Latérales dans notre Ville de
Dieppe , et que le succès a répondu à
la haute idée que ce célebre Praticien
nous avoit donnée de lui dans les Discours
Théoriques qu'il nous fit pendant
* M. le Cat , est Docteur en Médecine , mais
par un goût particulier , il s'est fixé à cette partie
de la Médecine.
B v
2-362 MERCURE DE FRANCE
temps qu'il préparoit ses Sujets à l'O,
pération.
le
Le premier de ces Taillez est le nome
mé Jean-Pierre Mutel , ruë au Lait , âgé
de quatre ans ; la Pierre fut saisie et
tirée dans le moment ; sa figure et son
volume sont d'une grosse Olive , raboreuse
, et du poids d'un gros il a été
taillé le 25. May , et la cicatrice a été
faite le 12. Juin .
Le second est le nommé Jean Becquet
rue S. Jean , âgé de trois ans et demi ;
il fut taillé le 2. Juin ; M. Chariere ,
Chirurgien de Versailles , qui s'est trouvé
à Dieppe dans ce temps , tenoit la
Sende ; la Pierre étoit du volume d'ane
petite noix et molle ; l'Opération ne
dura que deux minutes; ce Malade , d'un
naturel et d'une pérulence indomptable ,
se donna et aux Chirurgiens , la torture
pendant toute sa Cure ; il n'est pas possible
d'exprimer combien ce petit Sujer ,
par sa mauvaise humeur , a éloigné sa
guérison , ses cris ont été poussez avec
tant de violence , qu'il lui en est survenu
une descente ; cependant , malgré
tant de contretemps sa playe fut cicarisée
le vingt- sixième jour.
Le Lithotome dont s'est servi cet ins
génieux Chirurgien , est un Instrument
de
NOVEMBRE. 1732. 2363
son invention , dont on doit
airer de grands avantages , e
vous en envoye la figure ave .
ma Lettre .
L'Instrument a huit- pouces
et demi de long , il est d'un
seul morceau d'acier , dont cha
que extremité est une lame, et
le milieu qui fait le manche
est garni d'écaille ; la lame A
est une espece de Couteau pour
l'incision des Tégumens et de
l'Urethre , lequel a en son milieu
une vive arête D pour en
rendre la pointe obruse et plus
solide ; son dos a la forme d'un
E, E,et il est tranchant depuis
A jusqu'à B.
Cette disposition de tranchant
lui donne au- dessus du
Lithotome Anglois, l'avantage
de couper haut et bas et de dé
gager la crenelure de la Sonde
sans la quitter ; ce qui sauve
l'inconvénient de faire de nouvelles
incisions , comme il arrive
avec le Lithotome Anglois
, chaque fois qu'on est
obligé de reporter l'Instrument
sur la Sonde; inconvénient au-
B vj
2364 MERCURE DE FRANCE
quel cette façon de tailler est d'autant
plus sujette qu'on y a beaucoup plus de
tissu cellulaire à pénetrer , et qu'on sçait
ce tissu de nature à se pousser bien- tôt
après l'Instrument retiré, sur la premiere
route qu'il s'est faite.
La crenelure de la Sonde dégagée , le
Chirurgien y coule l'ongle du doigt indice
de la main gauche , le long du précedent
Couteau , et retournant son Instrument
il introduit dans la crenelure ,
sur son ongle , l'autre extremité qu'il
poussé dans la vessie.
Cette extrémité B. est une lame ressemblante
à celle des Scalpels à deux
tranchants ; sa vive arêtte D est terminée
par une lame A, son côté B est
tranchant , et C est un dos qui se porte
dans la crenelure de la Sonde .
Au moyen de cette lame A , 1. vous
appercevez beaucoup plus sensiblement
qu'avec une pointe tranchante , si vous
êtes dans la crenelure de la Sonde ou
dans quelque fausse route tracée sur quelque
os voisin , par exemple , sur l'Ischion
, ce qui est quelquefois arrivé ; 2º .
l'Instrument coule avec beaucoup plus
d'aisance dans la crenelure ; 3 ° . Il peut
être poussé aussi loin qu'on veut dans
la vessie , sans risque de la percer ni les
parties
NOVEMBRE. 1733 2365
parties voisines ; accident qui est souvent
arrivé au Frere Jacques , Auteur de la
premiere ébauche de cette nouvelle Opération.
Nous tenons cette théorie de ce Chirurgien
même , et sa bonne pratique en
a vérifié sous nos yeux la solidité . C'est
le même M. le Cat qui a fait l'an passé
à Gaillon , deux semblables Tailles , et
avec un succès pareil , en la présence de
M. Morand. Le Public ne sera peut- être
pas faché d'apprendre que ce Chirurgien
est l'Auteur des deux Mémoires qui
ont concouru au Prix de 1 - Académie
Royale de Chirurgie , l'année 1732. et
qui seront imprimez dans l'Histoire de
cette Académie.
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Résumé : LETTRE écrite de Dieppe le 21. Août 1733. par MM. Latier, Médecin des Hôpitaux, Broussin[,] Doyen des Chirurgiens, et Bauys, Lieutenant de M. le Premier Chirurgien du Roy dans la même Ville, au sujet de l'Appareil Lateral, &c.
En août 1733, MM. Latier, Médecin des Hôpitaux, Broussin Doyen des Chirurgiens, et Bauys, Lieutenant de M. le Premier Chirurgien du Roy à Dieppe, rédigent une lettre sur l'Appareil Latéral, une méthode chirurgicale pour les opérations de la taille. Ils louent cette méthode et expriment leur gratitude envers M. le Cat, Chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Rouen, qui a réalisé deux opérations de la taille à Dieppe au printemps 1733. Ces interventions ont confirmé la maîtrise de M. le Cat, déjà reconnue pour ses compétences théoriques et pratiques. Les deux patients étaient Jean-Pierre Mutel, âgé de quatre ans, opéré le 25 mai, et Jean Becquet, âgé de trois ans et demi, opéré le 2 juin. La première opération a permis de retirer une pierre de la taille d'une grosse olive, tandis que la seconde a impliqué une pierre de la taille d'une petite noix. Malgré les difficultés rencontrées avec le second patient, notamment sa mauvaise humeur et une descente, les deux opérations ont été réussies. M. le Cat a utilisé un lithotome de son invention, un instrument en acier de huit pouces et demi de long, permettant des incisions précises et minimisant les risques de complications. Cet instrument présente des avantages par rapport au lithotome anglois, notamment en évitant les nouvelles incisions et en réduisant les risques de perforation des tissus voisins. La lettre mentionne également que M. le Cat a réalisé deux autres opérations similaires à Gaillon l'année précédente, en présence de M. Morand. Enfin, il est noté que M. le Cat est l'auteur de deux mémoires ayant concouru au Prix de l'Académie Royale de Chirurgie en 1732.
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733
p. 865-869
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
Début :
Preux Paladin, fameux en courtoisie, [...]
Mots clefs :
Italien, Roland furieux, Brutus , Épée, Latin, Malcrais
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texteReconnaissance textuelle : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS ,
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
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Résumé : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
La missive de l'Infante de Malcrais, datée du 29 janvier 1733 au Croisic, est adressée au Chevalier de Leucote en réponse à un cartel publié par ce dernier dans le Mercure de décembre. L'Infante exprime sa préoccupation face aux trois chevaliers défiés par Leucote, bien qu'elle reconnaisse leur courtoisie et leur bravoure. Elle propose de lui offrir un château, à condition que le roi des Francs le lui vende à crédit éternel, permettant ainsi à Leucote de défendre ce château avec ses hommes et son équipement. Pour illustrer la dangerosité des adversaires, l'Infante fait référence à des œuvres littéraires telles que celles de Villon et Arioste. Elle évoque également des personnages historiques et mythologiques, comme Brutus et Hérode, pour souligner les risques encourus par Leucote. L'Infante conclut en exprimant son inquiétude pour sa sécurité et en lui souhaitant bonne chance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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734
p. 35-40
Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Début :
Traité de l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire, par M. Fournel, Avocat. A [...]
Mots clefs :
Adultère, Femme, Mari, Peines, Traité, Coupables, Jean-François Fournel, Crime, Complice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Traité de l'Adultère confidéré dans l'ordre
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
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Résumé : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Le traité 'De l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire' de M. Fournel analyse le crime d'adultère et ses implications juridiques. Malgré les propositions de réforme de philosophes tels que le Marquis de Beccaria, les abus liés à ce crime persistent souvent par habitude. L'adultère est un délit complexe à prouver et est fréquemment puni de manière disproportionnée. Historiquement, les lois concernant l'adultère ont varié. Chez les Juifs, les femmes suspectées d'adultère devaient boire un breuvage amer sous imprécations. Chez les Romains, le père avait le droit de tuer sa fille adultère, mais cette prérogative n'était pas accordée au mari. Les peines pour adultère incluaient la lapidation, la brûlure, ou la prostitution forcée. En France, les Francs imposaient des amendes, tandis que sous le droit romain, l'adultère était puni de mort. À l'époque du traité, la femme adultère était reléguée dans un monastère et condamnée à une captivité perpétuelle en cas de récidive. Le complice de l'adultère encourrait une amende pécuniaire, une amende honorable, parfois le bannissement, voire les galères, selon la gravité des circonstances. L'auteur espère que son traité éclairera les juges pour qu'ils agissent avec connaissance et défendent mieux l'innocence. Le texte est signé par M. de L*, avocat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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735
p. 36-41
REFLEXIONS CHRÉTIENNES.
Début :
Vous vous souvenez Madame que Mademelle des Houlieres / Au milieu des ennuis, au milieu des alarmes, [...]
Mots clefs :
Prix de poésie, Académie française, Calme, Seigneur, Adversité, Désespoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS CHRÉTIENNES.
Vous vous fouvcncz, Mada-
-tnc)que Mademclle des Houlicrcs, Fille de l'Illuftrc Madame
dcs Houlicres dont vous avez
vu tant de beaux Ouvrages,
remporta le Prix de Pocfie il y
a
quelques années, par le jugement de i'Academie Françoifc. La beauté de cette Piecc
vous a
saic Souvent souhaiter
d'en voir d'autres de sa fçon.,
& c'est ce qui m'oblige aujourdthuyà vous envoyer celle que vous allez lire. La perte
quelle a
faite depuis quelques
mois par la mort de Mion
Pcre, & la patience dont elle
à besoin dans une santé fort
chancelante,luyont inspiré
les sentimens qui font la matiere de ses Vers.
REFLEXIONS
CHRETIENNES.
AV milieu des ennuir, au milieu
des atarmtst
Où de nouveaux malheurs me plongent tous les jours,
Quelle puissante main pAr d'inviftbles charmes
Des pleursqueje répans vientfujl
pendre le cours ?
Qufuis-je? & dans mon coeur quel
calme vient de naijlre
jgjti
me rappelleenfin alatranquillité?
Helas!cesstoy-.Seigneur* dont l'extrême bonté
M'arfache au dififpoir quifait te méconnoifire
Dans Cexcèsdel'adversité.
Daigneachever cegrandOuvrage,
Ou,sijedois toujours foufrit,
Fais que de mon salut mes peines
soient le gage ;
Ne m'accablede maux que pour te les
offrIr.
Affermissi bien mon courage,
.!!<..u'au milieudespérils
»
qu'auplus
fort de l'orâge,
Jeconftrvelapaix queje viens d'acquérir.
L4 raisson qui de thomme efl le plus
beau partage,
Etdont ilse paretoujours> --
Efi quelquefois cheZ leplssfage
)ans les vives douleurs d'un difficile
Nflge,
Si tu ne viensasonsecours.
établis dans mon ame une vertu confiantei
ïpatgne-moy, Seigneur, Usdouloureux umords
Que me donnentsouvent les coupables transports
D'une douleur impatiente.x
hfuisfiible, & je sens que je ne
puissans loy
Soutenir toutlepoids du malheurqui
maccable.
Tout ce quil a
d'affreux, de plut
insupportable,
Se preftnte sans cejft a moj.
Sans ceffe le coeur plein d'une daintt
mortelle,
Le CŒHr déjàpercé des plus funejles
coups) le
croy te voir Arme aunrigoureux
courouxi
Et quoy qu'à,tes ordrts/idelle,
Je croytoujours me voir traiter en
criminelle.
Eh!qui ne le croiroit?Par de nouveaux malheurs
La fortune & la mort à me nuire
obfiinées,
Ontsur moysansrelâcheexercéleurs
fureursy
Btjc n'ay pu trouver au milieu des
douceurs
J>)uoffrent les plus belles années,
Le lotjîr d'effiyer mespleurs.
'rifles réflexions qui revener. fins
ce-jji,
':tfut-it qui vu lurrttirs mon cccut
foit immoléi
:/oigncz
- vous de woy> dévorante
ttijlefe,
:,ijflt;moJ le refis que le Seigneur
me laisse,
Etcejjez,d'accabler mon writ défilé.
Mais quoy, vous redoublentJefins
que je friffinne.
Quel abtmede maux a mesyeux si
fait voir?
Àh!fl tagrâce niabandonne,
jefuis
encor, Seigneur, en proye au
desespoir.
-tnc)que Mademclle des Houlicrcs, Fille de l'Illuftrc Madame
dcs Houlicres dont vous avez
vu tant de beaux Ouvrages,
remporta le Prix de Pocfie il y
a
quelques années, par le jugement de i'Academie Françoifc. La beauté de cette Piecc
vous a
saic Souvent souhaiter
d'en voir d'autres de sa fçon.,
& c'est ce qui m'oblige aujourdthuyà vous envoyer celle que vous allez lire. La perte
quelle a
faite depuis quelques
mois par la mort de Mion
Pcre, & la patience dont elle
à besoin dans une santé fort
chancelante,luyont inspiré
les sentimens qui font la matiere de ses Vers.
REFLEXIONS
CHRETIENNES.
AV milieu des ennuir, au milieu
des atarmtst
Où de nouveaux malheurs me plongent tous les jours,
Quelle puissante main pAr d'inviftbles charmes
Des pleursqueje répans vientfujl
pendre le cours ?
Qufuis-je? & dans mon coeur quel
calme vient de naijlre
jgjti
me rappelleenfin alatranquillité?
Helas!cesstoy-.Seigneur* dont l'extrême bonté
M'arfache au dififpoir quifait te méconnoifire
Dans Cexcèsdel'adversité.
Daigneachever cegrandOuvrage,
Ou,sijedois toujours foufrit,
Fais que de mon salut mes peines
soient le gage ;
Ne m'accablede maux que pour te les
offrIr.
Affermissi bien mon courage,
.!!<..u'au milieudespérils
»
qu'auplus
fort de l'orâge,
Jeconftrvelapaix queje viens d'acquérir.
L4 raisson qui de thomme efl le plus
beau partage,
Etdont ilse paretoujours> --
Efi quelquefois cheZ leplssfage
)ans les vives douleurs d'un difficile
Nflge,
Si tu ne viensasonsecours.
établis dans mon ame une vertu confiantei
ïpatgne-moy, Seigneur, Usdouloureux umords
Que me donnentsouvent les coupables transports
D'une douleur impatiente.x
hfuisfiible, & je sens que je ne
puissans loy
Soutenir toutlepoids du malheurqui
maccable.
Tout ce quil a
d'affreux, de plut
insupportable,
Se preftnte sans cejft a moj.
Sans ceffe le coeur plein d'une daintt
mortelle,
Le CŒHr déjàpercé des plus funejles
coups) le
croy te voir Arme aunrigoureux
courouxi
Et quoy qu'à,tes ordrts/idelle,
Je croytoujours me voir traiter en
criminelle.
Eh!qui ne le croiroit?Par de nouveaux malheurs
La fortune & la mort à me nuire
obfiinées,
Ontsur moysansrelâcheexercéleurs
fureursy
Btjc n'ay pu trouver au milieu des
douceurs
J>)uoffrent les plus belles années,
Le lotjîr d'effiyer mespleurs.
'rifles réflexions qui revener. fins
ce-jji,
':tfut-it qui vu lurrttirs mon cccut
foit immoléi
:/oigncz
- vous de woy> dévorante
ttijlefe,
:,ijflt;moJ le refis que le Seigneur
me laisse,
Etcejjez,d'accabler mon writ défilé.
Mais quoy, vous redoublentJefins
que je friffinne.
Quel abtmede maux a mesyeux si
fait voir?
Àh!fl tagrâce niabandonne,
jefuis
encor, Seigneur, en proye au
desespoir.
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Résumé : REFLEXIONS CHRÉTIENNES.
Le texte relate une correspondance concernant Mademoiselle des Houlières, lauréate du Prix de Poésie. L'auteur admire ses œuvres et lui envoie une nouvelle pièce, inspirée par la perte récente de son père et sa santé fragile. Mademoiselle des Houlières exprime ses souffrances et ses questionnements face à l'adversité. Elle se demande quelle puissance peut apaiser ses pleurs et lui apporter la tranquillité. Elle reconnaît la bonté de Dieu et le supplie de l'aider à supporter ses peines, espérant qu'elles soient un gage de son salut. Elle aspire à la paix malgré les périls et les douleurs. Elle réfléchit sur la raison, le plus beau partage de l'homme, mais reconnaît qu'elle est parfois insuffisante face aux douleurs. Elle demande à Dieu une vertu confiante et de la soulager des douleurs intenses et des transports impatients. Elle se sent accablée par des malheurs incessants et croit voir Dieu armé de colère, malgré ses efforts pour suivre ses ordres. Elle exprime son désespoir face à la persistance des malheurs et à l'absence de douceur dans sa vie, malgré les belles années. Elle se sent immolée et dévorée par une douleur ardente, mais espère que le Seigneur ne l'abandonnera pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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736
p. 657-664
SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
Début :
L'Éloquence de la Chaire et du Barreau sont d'une si grande utilité, [...]
Mots clefs :
Éloquence, Poètes, Orateurs, Chaire, Discours, Racine, Christianisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
SUITE de la Réponse à la Lettre sur
la gloire des Orateurs et des Poëtes.
L'Eloquence
de la Chaire et du Bary
reau sont d'une si grande utilité
qu'on a une obligation infinie à ceux qui
veulent bien y employer leurs talens ; il
n'en est pas de même des Poëtes , et
quelque préference que vous vous effor-
Bv
ciez
658 MERCURE DE FRANCE.
ciez de donner à Racine sur M. Flechier,
dans l'endroit où ils peignent tous les
deux la puissance du souverain Maître
de l'Univers , je crois que le Discours a
plus fructifié que le Poëme , et si l'un
paroît plus élevé que l'autre , c'est que
les pensées ne sont pas précisement les
mêmes , et que la Chaire de verité qui ne
souffre rien d'enflé , rien d'empoulé , rien
d'allambiqué , ne permettoit pas au sçavant
Evêque de Nîmes , de donner dans
le Phebus ; d'ailleurs on conviendra que
ces images monstrueuses d'un Dieu , tendent
plus à surprendre , qu'à émouvoir
à frapper l'esprit , qu'à toucher le coeur
et à effrayer l'Auditoire , qu'à le convaincre
de la Puissance divine.
Pour fasciner les yeux du Lecteur , vous
analisez les chefs- d'oeuvres des plus grands
Maîtres de la Poësie , vous mettez en oeuvre
tout ce qu'on peut imaginer de speeleux
pour étayer un sentiment ruineux,
et je vois bien qu'on ne pourroit vous
convaincre ' de l'hereticité de votre opinion
, qu'avec l'autorité des exemples ;
mais comme le grand nombre que j'aurois
à citer , si je ne voulois jamais finir ,
m'effraye ; j'ai fermé les yeux sur une
infinité d'éloquens Ouvrages que nous
voyons sortir de l'Académie Françoise
comme les Ruisseaux de leur source
و
et
$
AVRIL 1731. 659
y
et je me suis borné à ce qui suit.
Un de nos Rois qui marchoit à la tête
de son armée , voyant l'Ennemi et l'heure
du combat s'approcher , fait une Harangue
à ses Soldats. J'en appelle au jugement
des fameux Poëtes de l'Antiquité ;
n'invoqueroient-ils pas toutes les Puissances
du Parnasse pour faire parler dignement
ce grand Prince ? Oui , sans doute ,
ils le prépareroient par un talia fatur ou
par quelque chose d'équivalant , à circonstancier
l'approche de l'Ennemi , sans
oublier le son bruyant des Trompettes,
ni l'éclat que leurs Armes reçoivent de
la refléxion du Soleil ; après avoir promené
les Soldats dans tous les endroits
signalez par leurs anciennes Victoires , ils
les reconduiroient au Champ de bataille ,
où par une exageration fastueuse de l'honneur
qu'ils ont d'avoir le Roi à leur tête
et des récompenses qu'ils en peuvent attendre
, ils employeroient tout le tems
du combat à les haranguer. Que ces Nourrissons
des Muses , qui font descendre
leurs Héros dans un détail trop poëtique,
apprennent de ce grand Roi, à ne plus
dégrader l'Eloquence héroïque , il parle
moins qu'eux , et il dit davantage ; écou
tons comme il s'explique. Voila l'Ennemi,
Vous êtes François , je suis votre Roi. Quelle
dignité quelle majesté ! quelle sublimité
B vj tous
660 MERCURE DE FRANCE
tous les Poëtes ensemble feroient de vains
efforts pour nous donner quelque chose
qui approchât de ce Discours ; jamais si
peu de paroles n'ont renfermé un si grand
sens , et cette citation ne vous laissant rien'
à desirer , Monsieur , je me contente de
renvoyer les curieux aux Oraisons Funebres
de M. Flechier , aux Plaidoyers de
Patru , aux Oeuvres de S. Evremont , aux
Caracteres de la Bruyere , et à mille autres
Ouvrages de ce genre , qui préconisent
d'eux- mêmes l'Eloquence , et dont
les beautez frappantes font assez son
éloge.
و J'avoue Monsieur , à la honte du
Christianisme , que l'on fréquente plus
volontiers les Jeux et les Spectacles que
la Maison du Seigneur , et qu'on s'y plaît
davantage ; le fruit qu'on en tire est cependant
bien funeste , et nos Pieces comiques
dont une intrigue amoureuse est
toûjours le mobile , soüillent l'ame , énervent
l'esprit , et corrompent le coeur de
quiconque n'a pas assez de discernement
pour voir que la verité y est toûjours fardée
, et que le crime y prend un caractere
d'héroïsme qu'on ne doit
dre avec la vertu .
pas confon-
Cet abus vient encore de ce qu'on veut
être touché à la Comedie , et se plaire
au Sermon ; si on y assistoit dans un autre
esprit
AVRIL. 1731. 661
esprit , on sortiroit sain et sauf du Spectacle
, et on rapporteroit toûjours de l'Eglise
un exterieur content , un coeur penetré
, un esprit docile et une ame exemte
de soüillure ; la Chaire même et le Bareau
, ont des Sujets capables de nous dédommager
de toute la Poësie du monde ,
il ne faut pas un si grand effort de la raison
pour leur rendre cette justice.
L'indigence des Poëtes n'enrichit certainement
pas leur Panegyrique , et le
langage du Renard de la Fable à l'aspect
d'un Raisin qu'il desire et qu'il ne sçauroit
avoir , contribuë fort peu à leur justification
; il est plus vrai de dire que la
Poësie n'est utile aux Poëtes qu'autant
qu'ils le sont eux-mêmes au Public. L'Eloquence
rend, au contraire , l'Orateur
puissant et recommandable , parce qu'elle
sert à tout. Elle s'occupe aux interêts de
la Religion et à ceux de l'Etat , elle s'attache
à la Campagne aussi- bien qu'au Cabinet
, elle préside aux Etats , elle opine
dans les Conseils de Guerre ,va au combat,
et elle a plus de part au gouvernement
des Royaumes et au Ministere , que les
Ministres mêmes.
les
Jugez après cela si ce n'est pas compromettre
gens d'esprit et de bon gout ,
les Héros et le beau Sexe que de se vanter
de leur suffrage dans une aussi mauvaise
cause,
662 MERCURE DE FRANCE
se . Je suis persuadé qu'ils desavoüent unanimement
votre Lettre , les Dames y ont
sur tout un interêt fort sensible , la Poësie
en fait des portraits grotesques où la
vraisemblance est si peu gardée , que
leur merite seroit encore inconnu , si une
Prose élegante n'avoit pris soin de peindre
le beau Sexe tel qu'il est , c'est- à-dire,
joignant à toutes les
du graces corps les
plus puissans charmes de l'esprit , et cet
usage du monde qu'il faut avoir pour
être parfaitement éloquent , n'étant autre
chose que le commerce des Dames , j'ose
assurer qu'elles prennent plus de part à
la gloire des Orateurs qu'à celle des
Poëtes.
A Dieu ne plaise cependant que j'aye
intention de dégrader la Poësie , je sçais
trop l'estime qu'ont eu pour elle de tout
rems les hommes les plus illustres , mais
je suis bien aise de vous apprendre que
Fes Orateurs étoient si distinguez parmi
les Grecs et les Romains , qu'on faisoit
faire souvent des images , des Statuës et
des Inscriptions à leur honneur , que
leur mérite étoit une voye de parvenir
à tout , même au souverain pouvoir , et
qu'ainsi tout le crédit qu'avoient les Poëtes
à la Cour des plus grands Princes ,
peut s'entendre de l'honneur qu'ils recevoient
le plus souvent de ceux que ?
PE
AVRIL. 173.1 . 663
l'Eloquence avoit élevez à la souveraineté
.
Au reste on peut encore juger de l'éclat
des Orateurs pour l'importance des
personnages que l'on compte parmi eux,
comme les Cesars , les Scipions , les
Gachques , et tant d'autres Romains illustres
d'ailleurs par les plus grands exploits .
La Chaire retentit aussi tous les jours du
nom respectable des Chrisostômes , des
Ambroises , des Gregoires et des saints
Prédicateurs , dont l'eloquence victorieuse
a ravagé tant de consciences , subjugué
tant d'esprits et conquis tant d'ames.
La France enfin nous fournit assez de
preuves , et sans aller plus loin , nous
voyons les trois premiers emplois du
Royaume si bien distribuez , qu'on diroit
que l'Eloquence elle même en estrevêtuë,
Episcopat , le Ministere et les Charges
de Magistrature n'ont rien de trop élevé,
et à quoi ne puisse parvenir un homme
éloquent ; les Poëtes , au contraire , re
sont jamais que des Poëtes , ils n'ont de
rang , de crédit et d'autorité qu'au Par
nasse , tout leur bonheur consiste dans-
Festime qu'on fait d'eux lorsqu'ils s'en
rendent dignes ; et ce prétendu langage
des Dieux , que vous ne pouvez préconiser
qu'avec celui des hommes, c'est-à- dire,
sans le secours de l'Eloquence dont votre
Lettre
664 MERCURE DE FRANCE
Lettre est un modele parfait , suffit pour
faire respecter un talent qu'on ne sçauroit
attaquer qu'en l'opposant à lui - même
; pour moi , Monsieur , qui n'ai d'autre
mérite que le zele , je m'estimerai
très-heureux si le desir que j'ai eu de
vous desabuser , peut vous persuader de
l'estime particuliere avec laquelle j'ai
l'honneur d'être , &c.
J. G. Duchasteau , Bachelier en Droit.
la gloire des Orateurs et des Poëtes.
L'Eloquence
de la Chaire et du Bary
reau sont d'une si grande utilité
qu'on a une obligation infinie à ceux qui
veulent bien y employer leurs talens ; il
n'en est pas de même des Poëtes , et
quelque préference que vous vous effor-
Bv
ciez
658 MERCURE DE FRANCE.
ciez de donner à Racine sur M. Flechier,
dans l'endroit où ils peignent tous les
deux la puissance du souverain Maître
de l'Univers , je crois que le Discours a
plus fructifié que le Poëme , et si l'un
paroît plus élevé que l'autre , c'est que
les pensées ne sont pas précisement les
mêmes , et que la Chaire de verité qui ne
souffre rien d'enflé , rien d'empoulé , rien
d'allambiqué , ne permettoit pas au sçavant
Evêque de Nîmes , de donner dans
le Phebus ; d'ailleurs on conviendra que
ces images monstrueuses d'un Dieu , tendent
plus à surprendre , qu'à émouvoir
à frapper l'esprit , qu'à toucher le coeur
et à effrayer l'Auditoire , qu'à le convaincre
de la Puissance divine.
Pour fasciner les yeux du Lecteur , vous
analisez les chefs- d'oeuvres des plus grands
Maîtres de la Poësie , vous mettez en oeuvre
tout ce qu'on peut imaginer de speeleux
pour étayer un sentiment ruineux,
et je vois bien qu'on ne pourroit vous
convaincre ' de l'hereticité de votre opinion
, qu'avec l'autorité des exemples ;
mais comme le grand nombre que j'aurois
à citer , si je ne voulois jamais finir ,
m'effraye ; j'ai fermé les yeux sur une
infinité d'éloquens Ouvrages que nous
voyons sortir de l'Académie Françoise
comme les Ruisseaux de leur source
و
et
$
AVRIL 1731. 659
y
et je me suis borné à ce qui suit.
Un de nos Rois qui marchoit à la tête
de son armée , voyant l'Ennemi et l'heure
du combat s'approcher , fait une Harangue
à ses Soldats. J'en appelle au jugement
des fameux Poëtes de l'Antiquité ;
n'invoqueroient-ils pas toutes les Puissances
du Parnasse pour faire parler dignement
ce grand Prince ? Oui , sans doute ,
ils le prépareroient par un talia fatur ou
par quelque chose d'équivalant , à circonstancier
l'approche de l'Ennemi , sans
oublier le son bruyant des Trompettes,
ni l'éclat que leurs Armes reçoivent de
la refléxion du Soleil ; après avoir promené
les Soldats dans tous les endroits
signalez par leurs anciennes Victoires , ils
les reconduiroient au Champ de bataille ,
où par une exageration fastueuse de l'honneur
qu'ils ont d'avoir le Roi à leur tête
et des récompenses qu'ils en peuvent attendre
, ils employeroient tout le tems
du combat à les haranguer. Que ces Nourrissons
des Muses , qui font descendre
leurs Héros dans un détail trop poëtique,
apprennent de ce grand Roi, à ne plus
dégrader l'Eloquence héroïque , il parle
moins qu'eux , et il dit davantage ; écou
tons comme il s'explique. Voila l'Ennemi,
Vous êtes François , je suis votre Roi. Quelle
dignité quelle majesté ! quelle sublimité
B vj tous
660 MERCURE DE FRANCE
tous les Poëtes ensemble feroient de vains
efforts pour nous donner quelque chose
qui approchât de ce Discours ; jamais si
peu de paroles n'ont renfermé un si grand
sens , et cette citation ne vous laissant rien'
à desirer , Monsieur , je me contente de
renvoyer les curieux aux Oraisons Funebres
de M. Flechier , aux Plaidoyers de
Patru , aux Oeuvres de S. Evremont , aux
Caracteres de la Bruyere , et à mille autres
Ouvrages de ce genre , qui préconisent
d'eux- mêmes l'Eloquence , et dont
les beautez frappantes font assez son
éloge.
و J'avoue Monsieur , à la honte du
Christianisme , que l'on fréquente plus
volontiers les Jeux et les Spectacles que
la Maison du Seigneur , et qu'on s'y plaît
davantage ; le fruit qu'on en tire est cependant
bien funeste , et nos Pieces comiques
dont une intrigue amoureuse est
toûjours le mobile , soüillent l'ame , énervent
l'esprit , et corrompent le coeur de
quiconque n'a pas assez de discernement
pour voir que la verité y est toûjours fardée
, et que le crime y prend un caractere
d'héroïsme qu'on ne doit
dre avec la vertu .
pas confon-
Cet abus vient encore de ce qu'on veut
être touché à la Comedie , et se plaire
au Sermon ; si on y assistoit dans un autre
esprit
AVRIL. 1731. 661
esprit , on sortiroit sain et sauf du Spectacle
, et on rapporteroit toûjours de l'Eglise
un exterieur content , un coeur penetré
, un esprit docile et une ame exemte
de soüillure ; la Chaire même et le Bareau
, ont des Sujets capables de nous dédommager
de toute la Poësie du monde ,
il ne faut pas un si grand effort de la raison
pour leur rendre cette justice.
L'indigence des Poëtes n'enrichit certainement
pas leur Panegyrique , et le
langage du Renard de la Fable à l'aspect
d'un Raisin qu'il desire et qu'il ne sçauroit
avoir , contribuë fort peu à leur justification
; il est plus vrai de dire que la
Poësie n'est utile aux Poëtes qu'autant
qu'ils le sont eux-mêmes au Public. L'Eloquence
rend, au contraire , l'Orateur
puissant et recommandable , parce qu'elle
sert à tout. Elle s'occupe aux interêts de
la Religion et à ceux de l'Etat , elle s'attache
à la Campagne aussi- bien qu'au Cabinet
, elle préside aux Etats , elle opine
dans les Conseils de Guerre ,va au combat,
et elle a plus de part au gouvernement
des Royaumes et au Ministere , que les
Ministres mêmes.
les
Jugez après cela si ce n'est pas compromettre
gens d'esprit et de bon gout ,
les Héros et le beau Sexe que de se vanter
de leur suffrage dans une aussi mauvaise
cause,
662 MERCURE DE FRANCE
se . Je suis persuadé qu'ils desavoüent unanimement
votre Lettre , les Dames y ont
sur tout un interêt fort sensible , la Poësie
en fait des portraits grotesques où la
vraisemblance est si peu gardée , que
leur merite seroit encore inconnu , si une
Prose élegante n'avoit pris soin de peindre
le beau Sexe tel qu'il est , c'est- à-dire,
joignant à toutes les
du graces corps les
plus puissans charmes de l'esprit , et cet
usage du monde qu'il faut avoir pour
être parfaitement éloquent , n'étant autre
chose que le commerce des Dames , j'ose
assurer qu'elles prennent plus de part à
la gloire des Orateurs qu'à celle des
Poëtes.
A Dieu ne plaise cependant que j'aye
intention de dégrader la Poësie , je sçais
trop l'estime qu'ont eu pour elle de tout
rems les hommes les plus illustres , mais
je suis bien aise de vous apprendre que
Fes Orateurs étoient si distinguez parmi
les Grecs et les Romains , qu'on faisoit
faire souvent des images , des Statuës et
des Inscriptions à leur honneur , que
leur mérite étoit une voye de parvenir
à tout , même au souverain pouvoir , et
qu'ainsi tout le crédit qu'avoient les Poëtes
à la Cour des plus grands Princes ,
peut s'entendre de l'honneur qu'ils recevoient
le plus souvent de ceux que ?
PE
AVRIL. 173.1 . 663
l'Eloquence avoit élevez à la souveraineté
.
Au reste on peut encore juger de l'éclat
des Orateurs pour l'importance des
personnages que l'on compte parmi eux,
comme les Cesars , les Scipions , les
Gachques , et tant d'autres Romains illustres
d'ailleurs par les plus grands exploits .
La Chaire retentit aussi tous les jours du
nom respectable des Chrisostômes , des
Ambroises , des Gregoires et des saints
Prédicateurs , dont l'eloquence victorieuse
a ravagé tant de consciences , subjugué
tant d'esprits et conquis tant d'ames.
La France enfin nous fournit assez de
preuves , et sans aller plus loin , nous
voyons les trois premiers emplois du
Royaume si bien distribuez , qu'on diroit
que l'Eloquence elle même en estrevêtuë,
Episcopat , le Ministere et les Charges
de Magistrature n'ont rien de trop élevé,
et à quoi ne puisse parvenir un homme
éloquent ; les Poëtes , au contraire , re
sont jamais que des Poëtes , ils n'ont de
rang , de crédit et d'autorité qu'au Par
nasse , tout leur bonheur consiste dans-
Festime qu'on fait d'eux lorsqu'ils s'en
rendent dignes ; et ce prétendu langage
des Dieux , que vous ne pouvez préconiser
qu'avec celui des hommes, c'est-à- dire,
sans le secours de l'Eloquence dont votre
Lettre
664 MERCURE DE FRANCE
Lettre est un modele parfait , suffit pour
faire respecter un talent qu'on ne sçauroit
attaquer qu'en l'opposant à lui - même
; pour moi , Monsieur , qui n'ai d'autre
mérite que le zele , je m'estimerai
très-heureux si le desir que j'ai eu de
vous desabuser , peut vous persuader de
l'estime particuliere avec laquelle j'ai
l'honneur d'être , &c.
J. G. Duchasteau , Bachelier en Droit.
Fermer
Résumé : SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
Le texte traite de la comparaison entre l'utilité et la gloire des orateurs et des poètes. L'auteur met en avant l'éloquence de la chaire et du barreau comme étant d'une grande utilité, contrairement à la poésie qui, bien qu'elle puisse surprendre, ne touche pas nécessairement le cœur. Il compare un discours de Racine à un sermon de M. Flechier, estimant que ce dernier a eu plus d'impact. L'auteur critique les poètes pour leur tendance à utiliser des images monstrueuses et à fasciner les lecteurs avec des détails superflus. L'auteur illustre son propos en citant l'exemple d'un roi haranguant ses soldats avant une bataille, montrant que la simplicité et la dignité du discours royal surpassent les ornements poétiques. Il renvoie aux œuvres de Flechier, Patru, Saint-Évremond, et La Bruyère pour illustrer l'éloquence. Le texte aborde également la fréquentation des spectacles et des jeux plutôt que des lieux de culte, soulignant les effets néfastes des pièces comiques sur l'âme et l'esprit. L'auteur affirme que l'éloquence est plus utile et puissante, servant la religion, l'État, et le gouvernement, contrairement à la poésie qui n'enrichit pas son panégyrique. L'auteur mentionne l'importance des orateurs dans l'histoire, citant des figures illustres comme les Césars, les Scipions, et des saints prédicateurs. En France, les emplois élevés comme l'épiscopat, le ministère, et la magistrature sont accessibles aux hommes éloquents, tandis que les poètes restent confinés au Parnasse. Enfin, l'auteur exprime son désir de persuader son interlocuteur de l'estime particulière qu'il porte à l'éloquence, tout en reconnaissant la valeur de la poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
737
p. 463-471
REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Début :
L'Arc de Triomphe de la Ville d'Orange a merité de tout temps l'attention [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Ville d'Orange, Auguste, Monument, Général, Romains, Marius, Domitien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
REMARQUES fur l'Arc de Triomphe
d'Orange.
L'A
'Arc de Triomphe de la Ville d'O
range a merité de tout temps l'atten
tion des Curieux ; la beauté de ce Monu
ment les a engagez fur tout à rechercher
à quelle occafion il a été érigé ; les uns
Pont attribué à Domitius Enobarbus , ou
à Fabius Maximus , & les autres à Caïns
Marius ; ces derniers font prefentement
Les plus fuivis , mais , fi j'ofe le dire , ces
deux opinions font infoutenables , & pour
peu qu'on veuille examiner fur quoi elles
font fondées, on en fera bien- tôt perfuadé.
Florus , dans fon Abregé de l'Hiftoire
Romaine , a donné naiffance à l'un & àl'autre
de ces fentimens ; il dit que Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , après
avoir vaincu les Allorbroges , firent élever
fur le Champ de bataille des Tours de
pierre , & au- deffus y firent dreffer des
Trophées , parés des Armes des Ennemis :
voici les paroles : Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus , ipfis quibus dimicaverant
Locis faxeas erexere turres & defuper
exornata armis hoftilibus Trophea
fixere.
Ceux qui font pour la premiere opinion
difens
464 MERCURE DE FRANCE.
difent que le Monument d'Orange eft le
même que celui que Florus nous décrit ,
qu'il n'eſt éloigné que de quelques lieuës
de l'endroit où les Allobroges furent défaits
, qu'il eft certain que c'eft un Ouvrage
des Romains , & qu'il eft très ancien
, ainfi il n'y a pas lieu de douter , difent
ils , que Domitius Enob. ou Fab.
Max . ne l'ayent fait élever .
Pour répondre à cela , il n'y a qu'à faire
attention que le Monument d'Orange eft
un Arc de Triomphe qu'on admire encore
aujourd'hui par fon Architecture & par
la beauté de les bas - reliefs , & que Florus
ne nous parle que de Tours informes &
groffieres , faxeas erexere turres. Cela eft
6 vrai que Coëffeteau , Evêque de Marſeil
le , l'un des plus fçavans hommes du fieele
paffé , en traduifant ce Paffage , dit
que Domit . Enobarbus & Fab. Maximus
ne firent élever que des monceaux de
pierre ; ainfi fans qu'il foit befoin d'avoir
recours à d'autres preuves , cette opinion
tombe d'elle - même .
Venons prefentement à celle qui veut
que l'Arc de Triomphe d'Orange doit
Etre attribué à Marius ; ils établiffent d'abord
que les Romains depuis Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , étoient
dans la coûtume d'élever des Monumens de
Triomphe après avoir remporté quelque
victoire
MAR S. 1730. 465
victoire ; ils difent enfuite que Caius Ma
rius , après avoir défait les Ambrons &
les Teutons , n'aura pas manqué d'en faire
aufli conftruire un , mais comme ce General
Romain furpaffoit fes Predeceffeurs
par la grandeur & le nombre de ces Exploits
, il voulut les furpaffer en magnificence
, & ainfi au lieu de quelques Tours
informes & groffieres , il fit élever le bel
Arc de Triomphe que nous voyons à
Orange ; enfin , pour nous en convaincre
entierement , ils font remarquer que le
nom de Marius fe trouve gravé fur ce Mo
nument.
Avant que de démontrer la fauffeté de
cette derniere opinion , il eft bon de fe
rappeller que les Romains ont de tour
temps érigé fur le Champ de bataille des
Trophées d'Armes , dont l'appareil confif
toit en un Pieu ou Tronc d'arbre , chargé
des dépouilles de l'Ennemi ; ainfi Domitius
Enobius & Fab. Maximus , ne changerent
rien à l'ancienne coûtume , ils vou-
Jurent feulement rehauffer l'éclat de leurs
Trophées , dont l'ufage avoit été jufqu'alors
de les mettre fur un Pieu fimplement
élevé fur terre , & pour cela ils firent conf
truire des Tours de pierre pour les y placer
au -deffus , voulant par là abaiffer encore
davantage l'orgueil de leurs Ennemis
, & par des Monumens plus durables
per
466 MERCURE DE FRANCE .
perpetuer leur honte dans la poſterité ;
c'eft pour cela que Florus dit que les Ro
mains n'avoient pas encore infulté aux
Vaincus d'une maniere fi outrageante ,
Cum hic mos inufitatus fuerit noftris , nunquam
enim Populus Rom. hoftibus domitis
victoriam exprobavit.
Il faut remarquer en fecond lieu que
Domit.Enob. & Fab. Max, ne firent con (-
truire leursTours qu'aux mêmes endroits
où l'on avoit coûtume d'ériger des Tro
phées ( c'est - à- dire , fur le Champ de ba
taille ) comme Florus nous Patteſte , Ipſis
quibus dimicaverant Locis faxeas erexere
turres : & que le's Trophées étoient ornez
des Armes des Vaincus , & defuper exor
nata arnis hoftilibus Trophea fixere.
Cela fuppofé , je dis , que l'Arc de
Triomphe d'Orange ne peut pas être attribué
à Marius.
1. Parce que ce Monument n'eft pas
conftruit fur le Champ de Bataille , & que
Marius n'a pas dû s'écarter d'un ufage établi
de temps immemorial ; à la verité , fice
General Romain a voulu fe diftinguer de
fes Predecefleurs par la grandeur & la
beauté du Monument , il l'aura pù , mais il
Faura toûjours fait conftruire fuivant l'ufage
établi dans le lieu même du Combat ,
ipfis quibus dimicaverant Locis . En effet
sonne on ne conftruifoit de ces fortes de
Mo
MARS. 1730. 4.67
Monumens que pour infulter aux Ennemiş
vaincus , on fe fervoit des Armes & des
dépouilles de ceux qui avoient été tuez
pendant l'action , pour en faire des Trophées
, & defuper exornata Armis hoftilibus
Trophea fixere , & par la même raifon
on choififfoit expreffement le lieu du
Combat , comme un témoin irreprochable
de leur défaite , & par confequent un
terrain étranger ne leur convenoit pas ;
d'ailleurs quelle apparence y a-t-il que
pour deux Batailles gagnées proche laVille
d'Aix , Marius ait choifi la Ville d'Orange
, où il n'a jamais été , & qui eft éloignée
du lieu du Combat d'environ dixhuit
lieuës, pour y faire dreffer un Arc de
Triomphe , il feroit bien plus naturel de
placer dans la Plaine appellée de Porrieres
, à quatre lieuës d'Aix , le Monument
de Triomphe que ce General Romain fit
conftruire , puifque c'eft dans cette Plaine
qu'il acheva de détruire entierement les
Barbares, & qu'on y voit encore un refte
d'Edifice quarré d'une Antiquité très - reculée
, que les gens du Pays appellent par
tradition le Triomphe de Porrieres ; ainfi
il me femble qu'on pourroit conjecturer
vrai-femblablement que ce General , fuivant
la coûtume d'alors fit élever ce Monument
fur le Champ de Bataille , pour
marquer la victoire.
468 MERCURE DE FRANCE.
2°. Aucun Auteur ancien n'a parlé d'un
Monument de Triomphe , érigé à Orange
à l'honneur de Marius ; cependant Florus
qui a décrit fi exactement les Tours
élevées par Domit. Enob. & par Fabius
Max. n'auroit pas manqué de faire mention
d'un Arc de Triomphe , qui auroit
été autant nouveau & inufité pour le tems
de Marius , que les Tours décrites par cet
Auteur , l'étoient pour le tems de Domitius
& de Fabius , car s'il n'a pas parlé
du Monument que Marius fit dreffer dans
la Plaine de Porrieres , c'eſt qu'il reffembloit
apparemment , à peu de chofe près ,
aux Monuments dreffez par fes Predeceffeurs
; d'autant mieux qu'il n'y a qu'une
vingtaine d'années d'intervalle des uns
aux autres : enfin Plutarque , qui a écrit
la Vie de Marius , auroit - il oublié de faire
mention d'un Monument fi propre à relever
la gloire de fon Heros ; certainement
ce n'eft pas un Ouvrage d'une nature
à pouvoir être caché ni ignoré, pour
le paffer fous filence .
3 °. La République Romaine qui étoit
fi jaloufe de la grandeur de fes Sujets ,
auroit- elle permis qu'on érigeat un fi beau
Monument à la gloire d'un de fes Generaux
, qu'on foupçonnoit déja de vouloir
fe rendre indépendant.
4. Sylla , Dictateur , dont la puiffance
étoit
MARS. 1730. 469
étoit fans bornes , & qui fit abattre les
Trophées que Marius avoit fait dreffer
dans Rome ; auroit-il laiffé fur pied un
Monument capable lui feul d'illuftrer
fon Rival dans la pofterité la plus reculée.
59 Le nom de Marius fe trouve confondu
& mêlé avec d'autres noms fur les
Boucliers de cet Arc de Triomphe , or je
dis que fi ce Monument avoit été élevé
pour ce General Romain , on auroit certainement
mis fon nom dans la Place la
plus honorable , cependant on le trouve
gravé fimplement fur un Bouclier fans
diftinction des autres , c'eſt donc une marque
évidente qu'on ne l'a pas élevé
pour lui , & même il y a beaucoup d'apparence
que par ce nom de Marius on a
voulu défigner quelqu'autre que le Vainqueur
des Ambrons & des Teutons , d'autant
mieux que les autres noms qui font
placez du pair & dans le même rang qué
celui-cy , font des noms barbares & inconnus.
6º. On voit gravé fur ce Monument
une grande quantité d'Inftrumens de Marine
; autre raison qui prouve qu'on ne le
doit pas attribuer à Marius , puifque ce
General Romain n'a jamais donné aucun
Combat fur Mer.
Après tout, les habiles Antiquaires cons
viennent aujourd'hui que les Arcs de
Triomphe
470 MERCURE DE FRANCE.
Triomphe n'éoient point encore en ufage
du tems de Marius , & que le Monument
d'Orange eft trop beau pour être fi ancien;
pour moi je le croirois du fiecle d'Augufte.
Suetone, dans la Vie de cet Empereur,
m'a fait naître cette conjecture ; il nous
apprend qu'Augufte fit conftruire une
grande quantité de Monuments & d'Edifices
, non- feulement à Rome , mais encore
dans plufieurs Provinces de l'Empire,
& qu'il exhorta fouvent les principaux
Citoyens de Rome , d'en faire conftruire
pour l'embelliffenent de la Ville ; cet Auteur
ajoûte que plufieurs d'entre eux en
firent élever : à leur exemple les Proconfuls
& les Préteurs dans leurs Gouvernements
, pour fe conformer au gout de
l'Empereur & lui faire leur cour , & les
Villes particulieres pour mieux marquer
leur attachement à leur Souverain , ou
pour obtenir quelque Privilege , en firent
pareillement élever de leur côté ; ainſi il
me femble très-probable que l'Arc de
Triomphe d'Orange a été érigé dans ce
temps-là à la gloire d'Augufte , pour quelqu'un
des motifs que je viens d'infinuer ;
d'autant mieux que les inftruments de Mazine
qu'on voit dans ce Monument conviennent
parfaitement à cet Empereur ,
qui par la Bataille Navale qu'il gagna pro
che d'Actium , le vit feul maître du Monde
entier. Je
MARS. 1730 . 471
Je, conclus enfin qu'on peut pareillement
rapporter à ce tems là la conftruc .
tion du Monument qui eft proche la Ville
de S. Remi en Provence , & celle de l'Arc
de Triomphe qu'on voit dans la Ville de
Carpentras , Capitale du Comtat Venailfin
les Connoiffeurs les jugent tous les
deux du fiecle d'Augufte , ainfi des Monumens
fituez fi proches les uns des autres
, & qui paroiffent avoir été conſtruits
dans le même temps , fortifient encore
le fentiment où je fuis , que tous ces Monumens
ont été élevez du temps d'Augufte
pour quelqu'un des motifs obfervez
cy- deffus .
d'Orange.
L'A
'Arc de Triomphe de la Ville d'O
range a merité de tout temps l'atten
tion des Curieux ; la beauté de ce Monu
ment les a engagez fur tout à rechercher
à quelle occafion il a été érigé ; les uns
Pont attribué à Domitius Enobarbus , ou
à Fabius Maximus , & les autres à Caïns
Marius ; ces derniers font prefentement
Les plus fuivis , mais , fi j'ofe le dire , ces
deux opinions font infoutenables , & pour
peu qu'on veuille examiner fur quoi elles
font fondées, on en fera bien- tôt perfuadé.
Florus , dans fon Abregé de l'Hiftoire
Romaine , a donné naiffance à l'un & àl'autre
de ces fentimens ; il dit que Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , après
avoir vaincu les Allorbroges , firent élever
fur le Champ de bataille des Tours de
pierre , & au- deffus y firent dreffer des
Trophées , parés des Armes des Ennemis :
voici les paroles : Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus , ipfis quibus dimicaverant
Locis faxeas erexere turres & defuper
exornata armis hoftilibus Trophea
fixere.
Ceux qui font pour la premiere opinion
difens
464 MERCURE DE FRANCE.
difent que le Monument d'Orange eft le
même que celui que Florus nous décrit ,
qu'il n'eſt éloigné que de quelques lieuës
de l'endroit où les Allobroges furent défaits
, qu'il eft certain que c'eft un Ouvrage
des Romains , & qu'il eft très ancien
, ainfi il n'y a pas lieu de douter , difent
ils , que Domitius Enob. ou Fab.
Max . ne l'ayent fait élever .
Pour répondre à cela , il n'y a qu'à faire
attention que le Monument d'Orange eft
un Arc de Triomphe qu'on admire encore
aujourd'hui par fon Architecture & par
la beauté de les bas - reliefs , & que Florus
ne nous parle que de Tours informes &
groffieres , faxeas erexere turres. Cela eft
6 vrai que Coëffeteau , Evêque de Marſeil
le , l'un des plus fçavans hommes du fieele
paffé , en traduifant ce Paffage , dit
que Domit . Enobarbus & Fab. Maximus
ne firent élever que des monceaux de
pierre ; ainfi fans qu'il foit befoin d'avoir
recours à d'autres preuves , cette opinion
tombe d'elle - même .
Venons prefentement à celle qui veut
que l'Arc de Triomphe d'Orange doit
Etre attribué à Marius ; ils établiffent d'abord
que les Romains depuis Domitius
Enobarbus & Fabius Maximus , étoient
dans la coûtume d'élever des Monumens de
Triomphe après avoir remporté quelque
victoire
MAR S. 1730. 465
victoire ; ils difent enfuite que Caius Ma
rius , après avoir défait les Ambrons &
les Teutons , n'aura pas manqué d'en faire
aufli conftruire un , mais comme ce General
Romain furpaffoit fes Predeceffeurs
par la grandeur & le nombre de ces Exploits
, il voulut les furpaffer en magnificence
, & ainfi au lieu de quelques Tours
informes & groffieres , il fit élever le bel
Arc de Triomphe que nous voyons à
Orange ; enfin , pour nous en convaincre
entierement , ils font remarquer que le
nom de Marius fe trouve gravé fur ce Mo
nument.
Avant que de démontrer la fauffeté de
cette derniere opinion , il eft bon de fe
rappeller que les Romains ont de tour
temps érigé fur le Champ de bataille des
Trophées d'Armes , dont l'appareil confif
toit en un Pieu ou Tronc d'arbre , chargé
des dépouilles de l'Ennemi ; ainfi Domitius
Enobius & Fab. Maximus , ne changerent
rien à l'ancienne coûtume , ils vou-
Jurent feulement rehauffer l'éclat de leurs
Trophées , dont l'ufage avoit été jufqu'alors
de les mettre fur un Pieu fimplement
élevé fur terre , & pour cela ils firent conf
truire des Tours de pierre pour les y placer
au -deffus , voulant par là abaiffer encore
davantage l'orgueil de leurs Ennemis
, & par des Monumens plus durables
per
466 MERCURE DE FRANCE .
perpetuer leur honte dans la poſterité ;
c'eft pour cela que Florus dit que les Ro
mains n'avoient pas encore infulté aux
Vaincus d'une maniere fi outrageante ,
Cum hic mos inufitatus fuerit noftris , nunquam
enim Populus Rom. hoftibus domitis
victoriam exprobavit.
Il faut remarquer en fecond lieu que
Domit.Enob. & Fab. Max, ne firent con (-
truire leursTours qu'aux mêmes endroits
où l'on avoit coûtume d'ériger des Tro
phées ( c'est - à- dire , fur le Champ de ba
taille ) comme Florus nous Patteſte , Ipſis
quibus dimicaverant Locis faxeas erexere
turres : & que le's Trophées étoient ornez
des Armes des Vaincus , & defuper exor
nata arnis hoftilibus Trophea fixere.
Cela fuppofé , je dis , que l'Arc de
Triomphe d'Orange ne peut pas être attribué
à Marius.
1. Parce que ce Monument n'eft pas
conftruit fur le Champ de Bataille , & que
Marius n'a pas dû s'écarter d'un ufage établi
de temps immemorial ; à la verité , fice
General Romain a voulu fe diftinguer de
fes Predecefleurs par la grandeur & la
beauté du Monument , il l'aura pù , mais il
Faura toûjours fait conftruire fuivant l'ufage
établi dans le lieu même du Combat ,
ipfis quibus dimicaverant Locis . En effet
sonne on ne conftruifoit de ces fortes de
Mo
MARS. 1730. 4.67
Monumens que pour infulter aux Ennemiş
vaincus , on fe fervoit des Armes & des
dépouilles de ceux qui avoient été tuez
pendant l'action , pour en faire des Trophées
, & defuper exornata Armis hoftilibus
Trophea fixere , & par la même raifon
on choififfoit expreffement le lieu du
Combat , comme un témoin irreprochable
de leur défaite , & par confequent un
terrain étranger ne leur convenoit pas ;
d'ailleurs quelle apparence y a-t-il que
pour deux Batailles gagnées proche laVille
d'Aix , Marius ait choifi la Ville d'Orange
, où il n'a jamais été , & qui eft éloignée
du lieu du Combat d'environ dixhuit
lieuës, pour y faire dreffer un Arc de
Triomphe , il feroit bien plus naturel de
placer dans la Plaine appellée de Porrieres
, à quatre lieuës d'Aix , le Monument
de Triomphe que ce General Romain fit
conftruire , puifque c'eft dans cette Plaine
qu'il acheva de détruire entierement les
Barbares, & qu'on y voit encore un refte
d'Edifice quarré d'une Antiquité très - reculée
, que les gens du Pays appellent par
tradition le Triomphe de Porrieres ; ainfi
il me femble qu'on pourroit conjecturer
vrai-femblablement que ce General , fuivant
la coûtume d'alors fit élever ce Monument
fur le Champ de Bataille , pour
marquer la victoire.
468 MERCURE DE FRANCE.
2°. Aucun Auteur ancien n'a parlé d'un
Monument de Triomphe , érigé à Orange
à l'honneur de Marius ; cependant Florus
qui a décrit fi exactement les Tours
élevées par Domit. Enob. & par Fabius
Max. n'auroit pas manqué de faire mention
d'un Arc de Triomphe , qui auroit
été autant nouveau & inufité pour le tems
de Marius , que les Tours décrites par cet
Auteur , l'étoient pour le tems de Domitius
& de Fabius , car s'il n'a pas parlé
du Monument que Marius fit dreffer dans
la Plaine de Porrieres , c'eſt qu'il reffembloit
apparemment , à peu de chofe près ,
aux Monuments dreffez par fes Predeceffeurs
; d'autant mieux qu'il n'y a qu'une
vingtaine d'années d'intervalle des uns
aux autres : enfin Plutarque , qui a écrit
la Vie de Marius , auroit - il oublié de faire
mention d'un Monument fi propre à relever
la gloire de fon Heros ; certainement
ce n'eft pas un Ouvrage d'une nature
à pouvoir être caché ni ignoré, pour
le paffer fous filence .
3 °. La République Romaine qui étoit
fi jaloufe de la grandeur de fes Sujets ,
auroit- elle permis qu'on érigeat un fi beau
Monument à la gloire d'un de fes Generaux
, qu'on foupçonnoit déja de vouloir
fe rendre indépendant.
4. Sylla , Dictateur , dont la puiffance
étoit
MARS. 1730. 469
étoit fans bornes , & qui fit abattre les
Trophées que Marius avoit fait dreffer
dans Rome ; auroit-il laiffé fur pied un
Monument capable lui feul d'illuftrer
fon Rival dans la pofterité la plus reculée.
59 Le nom de Marius fe trouve confondu
& mêlé avec d'autres noms fur les
Boucliers de cet Arc de Triomphe , or je
dis que fi ce Monument avoit été élevé
pour ce General Romain , on auroit certainement
mis fon nom dans la Place la
plus honorable , cependant on le trouve
gravé fimplement fur un Bouclier fans
diftinction des autres , c'eſt donc une marque
évidente qu'on ne l'a pas élevé
pour lui , & même il y a beaucoup d'apparence
que par ce nom de Marius on a
voulu défigner quelqu'autre que le Vainqueur
des Ambrons & des Teutons , d'autant
mieux que les autres noms qui font
placez du pair & dans le même rang qué
celui-cy , font des noms barbares & inconnus.
6º. On voit gravé fur ce Monument
une grande quantité d'Inftrumens de Marine
; autre raison qui prouve qu'on ne le
doit pas attribuer à Marius , puifque ce
General Romain n'a jamais donné aucun
Combat fur Mer.
Après tout, les habiles Antiquaires cons
viennent aujourd'hui que les Arcs de
Triomphe
470 MERCURE DE FRANCE.
Triomphe n'éoient point encore en ufage
du tems de Marius , & que le Monument
d'Orange eft trop beau pour être fi ancien;
pour moi je le croirois du fiecle d'Augufte.
Suetone, dans la Vie de cet Empereur,
m'a fait naître cette conjecture ; il nous
apprend qu'Augufte fit conftruire une
grande quantité de Monuments & d'Edifices
, non- feulement à Rome , mais encore
dans plufieurs Provinces de l'Empire,
& qu'il exhorta fouvent les principaux
Citoyens de Rome , d'en faire conftruire
pour l'embelliffenent de la Ville ; cet Auteur
ajoûte que plufieurs d'entre eux en
firent élever : à leur exemple les Proconfuls
& les Préteurs dans leurs Gouvernements
, pour fe conformer au gout de
l'Empereur & lui faire leur cour , & les
Villes particulieres pour mieux marquer
leur attachement à leur Souverain , ou
pour obtenir quelque Privilege , en firent
pareillement élever de leur côté ; ainſi il
me femble très-probable que l'Arc de
Triomphe d'Orange a été érigé dans ce
temps-là à la gloire d'Augufte , pour quelqu'un
des motifs que je viens d'infinuer ;
d'autant mieux que les inftruments de Mazine
qu'on voit dans ce Monument conviennent
parfaitement à cet Empereur ,
qui par la Bataille Navale qu'il gagna pro
che d'Actium , le vit feul maître du Monde
entier. Je
MARS. 1730 . 471
Je, conclus enfin qu'on peut pareillement
rapporter à ce tems là la conftruc .
tion du Monument qui eft proche la Ville
de S. Remi en Provence , & celle de l'Arc
de Triomphe qu'on voit dans la Ville de
Carpentras , Capitale du Comtat Venailfin
les Connoiffeurs les jugent tous les
deux du fiecle d'Augufte , ainfi des Monumens
fituez fi proches les uns des autres
, & qui paroiffent avoir été conſtruits
dans le même temps , fortifient encore
le fentiment où je fuis , que tous ces Monumens
ont été élevez du temps d'Augufte
pour quelqu'un des motifs obfervez
cy- deffus .
Fermer
Résumé : REMARQUES sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
L'Arc de Triomphe d'Orange suscite des interrogations quant à son origine. Deux hypothèses principales ont été proposées. La première attribue sa construction à Domitius Enobarbus ou à Fabius Maximus, après leur victoire sur les Allobroges, comme le rapporte Florus. La seconde hypothèse suggère que Caius Marius l'aurait érigé après ses victoires sur les Ambrons et les Teutons. Cependant, ces deux théories sont jugées infondées. Les partisans de la première hypothèse affirment que l'Arc correspond aux tours décrites par Florus, construites sur le champ de bataille. Toutefois, l'Arc de Triomphe d'Orange est un monument architectural complexe, contrairement aux tours informes décrites par Florus. De plus, l'évêque Coëffeteau traduit ces tours comme des monceaux de pierre, ce qui contredit l'idée d'un Arc de Triomphe. Pour la seconde hypothèse, les défenseurs de Marius soulignent que les Romains avaient l'habitude d'élever des monuments de triomphe après une victoire. Ils avancent que Marius, voulant surpasser ses prédécesseurs, aurait construit un Arc de Triomphe plus magnifique. Cependant, plusieurs points contredisent cette théorie : l'Arc n'est pas situé sur le champ de bataille, contrairement à l'usage romain, et aucun auteur ancien ne mentionne un tel monument à Orange pour Marius. De plus, la République romaine était jalouse de la grandeur de ses sujets et n'aurait pas permis un tel monument pour un général suspecté de vouloir s'émanciper. Sylla, dictateur, aurait également détruit les trophées de Marius à Rome, rendant improbable la survie d'un monument en son honneur. Le nom de Marius est gravé sur l'Arc, mais il est mélangé avec d'autres noms, suggérant qu'il ne s'agit pas du principal honneur. La présence d'instruments de marine sur le monument est incompatible avec les campagnes terrestres de Marius. Les antiquaires modernes estiment que les Arcs de Triomphe n'étaient pas en usage du temps de Marius et que l'Arc d'Orange est trop beau pour être aussi ancien. Ils le datent plutôt du siècle d'Auguste. Suétone mentionne qu'Auguste a construit de nombreux monuments et a encouragé les citoyens à en faire de même. Ainsi, l'Arc de Triomphe d'Orange pourrait avoir été érigé à la gloire d'Auguste, peut-être après sa victoire navale près d'Actium. Cette hypothèse est renforcée par la présence d'instruments de marine sur le monument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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738
p. 33-43
ÉLOGE DU MENSONGE. A Damon.
Début :
Vieillirons-nous dans les entraves, [...]
Mots clefs :
Mensonge, Yeux, Amour, Nature, Vérité, Coeurs, Âme, Fleurs, Destin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE DU MENSONGE. A Damon.
ÉLOGE DU MENSONGE.
A Damon.
Vieillirons -nous dans les entraves ,
Martyrs de notre auftérité ?
Cher Damon , de la vérité
Ne verra-t-on que nous d'efclaves ?
De ce perfonnage onéreux
Abjurons la morgue importune ,
Et fans faire les rigoureux ,
Mentons , puifque tout ment , fuivons la loi
commune.
Tu ris : tu prens cette leçon
Pour un frivole badinage ;
Mais je prétens à ce foupçon
Faire fuccéder ton fuffrage.
Raifonnons. Entraîné par une vaine erreur ,
Tu crus la vérité digne de préférence ;
Mais par quel attrait féducteur
Mérite -t-elle ta conftance ?
Eft-ce par un air fec , un ton fouvent grondeur ?
Sans foupleffe , fans complaifance ,
Que fait- elle pour le bonheur ?
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Peut- elle l'emporter fur un rival aimable ?
Le menfonge riant , ce zélé bienfaiteur
Au contraire toujours affable ,
Par de là nos defirs nous comble de faveurs .
C'eft lui dont la main fecourable
Sur un affreux deftin fçait répandre des fleurs ;
Il féduit les efprits , il enchaîne les coeurs :
Nous lui devons enfin l'utile & l'agréable.
Damon , je n'exagere point ;
Sui moi pour éclaircir ce point.
Cet eſpace inconnu d'où nous vient la lumiere ,
Où des foleils fans nombre étincellent fans fin ,
Fut jadis une mer de fubtile matiere ,
Où le noyoit l'efprit humain.
Mon impofteur par fa bonté féconde ,
Dans ce cahos vous fabriqua des cieux ;
Fit mieux encor ; il les peupla de Dieux
Qu'il enfanta pour régir ce bas-monde.
A chacun d'eux il impofa fes loix ;
Son premier-né fut armé du tonnerre ;
L'un fit aimer , l'autre alluma la guerre ;
Ainfi de tous il fixa les emplois.
Il leur bâtit des temples fur la terre ,
Sur leurs autels il fit fumer l'encens ;
Bref , il voulut que de ces Dieux naifans.
L'homme attendît les biens & la mifere.
De tel événement vulgaire
Qu'on croiroit digne de mépris ,
Souvent il fçut faire un mystere ,
JUILLE T. 1755. 35
Lui donnant à propos ce divin caractere ,
Qui du peuple étonné fubjugue les efprits .
Autrefois à fon gré les Vautours , les Corneilles
Prophétifoient dans l'air par d'utiles ébats ;
Le bourdonnement des abeilles
Préfageoit le fort des combats ,
Et cent fois il fixa le deftin des états
Par d'auffi burleſques merveilles .
Combien de conquérans & de héros fameux
Verroient retrancher de leur gloire ,
S'il laiffoit redire à l'hiſtoire
Ce que le fort a fait pour eux ;
S'il ne nous déguifoit leurs honteufes foibleffes ;
Et fi d'un voile généreux ,
Il ne couvroit leurs petiteffes.
Laiffant à part ces hauts objets ;
C'eft dans le commerce ordinaire ,
Que du menfonge néceffaire
Tu vas admirer les bienfaits .
Pour ne point offenſer notre délicateſſe ,
Il s'y montre toujours fous un titre emprunté ;
Gardant l'incognito fous ceux de politeffe ,
D'amitié, d'amour , de tendreffe ,
Souvent même de charité ,
Seul il fait tous les frais de la fociété .
Suppofons un moment que le ciel en colere
Contraignit les mortels par un arrêt févere ,
A peindre dans leurs moeurs & dans tớis lears
discours ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Ces fecrets fentimens dont ils gênent le cours ;
Quelle honte pour notre espece !
Paris plus effrayant que les antres des ours
Deviendroit un féjour d'horreur & de triſtelle !
Tu verrois , cher ami , les trois quarts des humains
S'accablant tour à tour de leur indifférence ;
De leur haine , de leurs dédains ,
S'annoncer par leur
arrogance
Qu'ils font prêts d'en venir aux mains.
Tu verrois des enfans , des héritiers avides ,
Sur des biens à venir trop lents
Attacher fans pudeur des regards dévorans
Et par des foupirs homicides
Compter les jours de leurs parens.
Dans les chaînes du mariage
Des captifs inquiets , victimes de P'humeur
Feroient par leur bifarre aigreur
Un enfer de leur esclavage.
Maint ami prétendu , léger , intéreſſé ,
Négligeant de voiler fon ame déteſtable ,
Ne fe montreroit empreffé
Que pour l'amuſement , la fortune & la table.
L'incorrigible protegé .
Dans les yeux du patron , ou glacés ou mauffades
,
Dans d'affligeantes rebuffades.
Liroit clairement fon congé..
Un amant brutal & volage
JUILLET. 1755 3.7 .
Sans prélude , fans petits foins ,
Offriroit à fa belle un infipide hommage
Toujours reglé fur fes befoins .
L'amante fans fard , fans fineffe ,
Soumise à fon vainqueur dès le premier inftant ,
Ne prendroit d'autre avis pour marquer la foibleffe
,
Que celui d'un groffier penchant.
Leurs defirs amortis diffipant toute ivreffe ,
Un prompt & fot dégoût finiroir le roman .
Tel feroit l'homme vrai guidé par ſa nature.
Mais détournons les yeux de ce tableau pervers ,
Et parcourons le bien que l'utile impofture
Fait en réformant l'univers .
L'intérêt , l'envie & la haine
Frémiffent vainement dans l'abîme des coeurs ;
La bienféance les enchaîne
Et dérobe au grand jour leurs perfides noirceurs.
L'homme , bien loin d'être farouche ,
D'un amour fraternel , prend les dehors ' trompeurs
;
Ses yeux font careffans , fes geftes font flateurs ,
Et le miel coule de ſa bouche.
A travers les égards , les doux empreffemens ,
Les foins refpectueux , la tendre inquiétude ;
Les yeux même les plus perçans
Pourroient - ils découvrir l'avide ingratitude
Des héritiers & des enfans ?
Şi maudire leur joug & perdre patience ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Eft le deftin fecret d'une foule d'époux ,
Le fçavoir vivre & la décence
De la tendreffe encor confervent l'apparence ,
Et couvrent au moins les dégoûts.
D'équivoques amis le monde entier foiſonne
Mais le peu de fincérité ,
L'intérêt & la vanité
Dont à bon droit on les foupçonne
S'éclipfent fous l'amenité ,
Sous l'air fagement affecté
De n'en vouloir qu'à la perfonne.
Le moins fenfible protecteur
Sous un mafque riant déguifant fa froideur ,
D'une féduifante fumée
Sçait repaître l'ame affamée
D'un fuppliant perfécuteur .
L'amour ne feroit qu'un fonge ,
Une puérilité ;
Mais l'officieux menfonge ,
L'érige en divinité ;
Redoutable par les armes ,
Ou foumettant à fes charmes
Le coeur le plus indompté ,
Il change en idolâtrie
Notre goût pour la beauté.
L'art de la coquetterie
Fut lui feul inventé ,
par
Et fans la fupercherie
Seroit-il exécuté ?
JUILLET. 39 1755.
*
Pour obtenir douce chance ,
L'amant jure la conftance
Et projette un autre amour :
à fon tour ;
L'amante trompe
Feint une pudeur craintive ,
Et pour s'affurer d'un coeur ,
Cache Pardeur la plus vive
Sous l'air froid & la rigueur.
Friands de tendres premices
Cherchons-nous la nouveauté ?
Malgré leur habileté ,
Nos belles font les novices ;
Un ton de naïveté ,
Mille obligeans artifices
Flattent notre vanité.
Si l'ufage des délices
Eteint leur vivacité ;
Le jeu fçavant des caprices
Rameine la volupté.
C'eſt ainfi qu'une folie
Devient par la tricherie
Le plaifir le plus vanté.
C'eft ainfi que dans la vie
Mutuelle duperie ,
Fait notre, félicité.
Si tu veux ajoûter un dégré d'évidence
Aux preuves de mon fentiment ,
Suivons notre Protée exerçant fa puiffance
Sur ces arts renommés on regne l'agrément..
40 MERCURE DE FRANCE.
Sans lui que feroit l'éloquence
Un infupportable talent .
Prives la de fes fleurs ; elle eft fans véhémence ,
Elle rampe fans ornemens :
Mais ces brillantes fleurs , métaphore , hyperbole
,
Allégorie & parabole ,
Et cent noms qu'à citer je perdrois trop de tems ;
Du menfonge orateur font les noms différens .
En vain fa rare modeftie
Permet qu'on invoque Apollon ;
Je ne m'y méprens point ; il est le feul génie
Qui préfide au facré vallon .
Pere de toute illufion ,
Seul il peut fouffler la manie
De plaire par la fiction.
Vois- tu prendre aux vertus , à chaque paffion ,
Un corps , la parole & la vie ?
C'est lui qui les perfonnifie.
Il déraisonne enfin dans tout égarement
D'une bouillante fantaisie :
Qui , mentir agréablement
Fait tout l'art de la poëfie .
Que vois-je , cher Damon ? que d'objets raviffans
!
Arrêtons - nous à ce ſpectacle ,
Où tout eft chef- d'oeuvre & miracle ,
Où tout enleve l'ame en ſurprenant les fens.
Quel pouvoir divin ou magique
JUILLET. 1755. 41
Fait qu'une e pace fi borné
Paroît vafte à mes yeux , & le plus magnifique
Que jamais nature ait orné ?
Qui fçut y renfermer ces fuperbes montagnes ,
Ces rochers , ces fombres forêts ,
Ces fleuves effrayans , ces riantes campagnes ,
Ces riches temples , ces palais ?
Quel génie ou démon pour enchanter ma vûe ,
A fes ordres audacieux
Fit obéir le ciel , la terre & l'étendue ?
Sans doute , quelqu'il foit , c'eſt l'émule des
Dieux.
Une amufante fymphonie
Des chantres des forêts imite les accens !
Que dis- je ? roffignols , ah ! c'eft vous que j'entens
,
De vos tendres concerts la champêtre harmonie
Me fait goûter ici les charmes du printemps.
Des ruiffeaux , l'aimable murmure
Vient s'unir à vos fons dictés par la nature :
On ne me trompe point , tout eft vrai , je le fens .
Mais grands Dieux ! quel revers étrange !
Le plaifir fuit , la scène change ;
Eole à leur fureur abandonne les vents.
Quels effroyables fifflemens !
L'air mugit , le tonnerre gronde !
Un defordre bruyant , le choc des élémens ,
Tout femble m'annoncer le dernier jour da
monde !
42 MERCURE DE FRANCE .
Fuyons vers quelqu'antre écarté ,
Echappons , s'il fe peut , à ce cruel orage ..
Mais je rougis de ma fimplicité.
J'ai pris pour la réalité
Ce qui n'en étoit que l'image.
Ces murmures , ces bruits , ces champêtres concerts
,
Ne font dus qu'aux accords d'une adroite mufique
;
Et ces payfages divers
Sont les jeux d'un pinceau que dirigea l'optique.
Mais de ces arts ingénieux
Comment s'opperent les merveilles ?
Servandoni ment à nos yeux ,
Et Rameau ment à nos oreilles.
En un mot tout ment ici -bas ;
A cet ordre commun , il n'eft rien de rebelle .
Eh ! pourquoi l'univers ne mentiroit- il pas a
Il imite en ce point le plus parfait modele.
L'or des aftres , l'azur des cieux
Sont une éternelle impofture ;
Toute erreur invincible à nos fens curieux
Eft menfonge de la nature .
Mais tu verrois fans fin les preuves s'amaffer ,
Si j'approfondiffois un fujet fi fertile ;
Pour terminer en omets mille ,
Dans la crainte de te laffer..
Je te laiffe à pourſuivré une route facile ..
Réfléchis à loifir : & , tout bien médité ,
JUILLET. 1755 . 43
Tu diras comme moi que notre utilité
A prefque interdit tout azile
A l'impuiffante vérité.
Où fe reffugira cette illuftre bannie ?
L'abandonnerons-nous à tant d'ignominie ?
Non : retirons la par pitié.
Logeons la dans nos coeurs : que toute notre vie ,
Elle y préfide à l'amitié.
A Damon.
Vieillirons -nous dans les entraves ,
Martyrs de notre auftérité ?
Cher Damon , de la vérité
Ne verra-t-on que nous d'efclaves ?
De ce perfonnage onéreux
Abjurons la morgue importune ,
Et fans faire les rigoureux ,
Mentons , puifque tout ment , fuivons la loi
commune.
Tu ris : tu prens cette leçon
Pour un frivole badinage ;
Mais je prétens à ce foupçon
Faire fuccéder ton fuffrage.
Raifonnons. Entraîné par une vaine erreur ,
Tu crus la vérité digne de préférence ;
Mais par quel attrait féducteur
Mérite -t-elle ta conftance ?
Eft-ce par un air fec , un ton fouvent grondeur ?
Sans foupleffe , fans complaifance ,
Que fait- elle pour le bonheur ?
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Peut- elle l'emporter fur un rival aimable ?
Le menfonge riant , ce zélé bienfaiteur
Au contraire toujours affable ,
Par de là nos defirs nous comble de faveurs .
C'eft lui dont la main fecourable
Sur un affreux deftin fçait répandre des fleurs ;
Il féduit les efprits , il enchaîne les coeurs :
Nous lui devons enfin l'utile & l'agréable.
Damon , je n'exagere point ;
Sui moi pour éclaircir ce point.
Cet eſpace inconnu d'où nous vient la lumiere ,
Où des foleils fans nombre étincellent fans fin ,
Fut jadis une mer de fubtile matiere ,
Où le noyoit l'efprit humain.
Mon impofteur par fa bonté féconde ,
Dans ce cahos vous fabriqua des cieux ;
Fit mieux encor ; il les peupla de Dieux
Qu'il enfanta pour régir ce bas-monde.
A chacun d'eux il impofa fes loix ;
Son premier-né fut armé du tonnerre ;
L'un fit aimer , l'autre alluma la guerre ;
Ainfi de tous il fixa les emplois.
Il leur bâtit des temples fur la terre ,
Sur leurs autels il fit fumer l'encens ;
Bref , il voulut que de ces Dieux naifans.
L'homme attendît les biens & la mifere.
De tel événement vulgaire
Qu'on croiroit digne de mépris ,
Souvent il fçut faire un mystere ,
JUILLE T. 1755. 35
Lui donnant à propos ce divin caractere ,
Qui du peuple étonné fubjugue les efprits .
Autrefois à fon gré les Vautours , les Corneilles
Prophétifoient dans l'air par d'utiles ébats ;
Le bourdonnement des abeilles
Préfageoit le fort des combats ,
Et cent fois il fixa le deftin des états
Par d'auffi burleſques merveilles .
Combien de conquérans & de héros fameux
Verroient retrancher de leur gloire ,
S'il laiffoit redire à l'hiſtoire
Ce que le fort a fait pour eux ;
S'il ne nous déguifoit leurs honteufes foibleffes ;
Et fi d'un voile généreux ,
Il ne couvroit leurs petiteffes.
Laiffant à part ces hauts objets ;
C'eft dans le commerce ordinaire ,
Que du menfonge néceffaire
Tu vas admirer les bienfaits .
Pour ne point offenſer notre délicateſſe ,
Il s'y montre toujours fous un titre emprunté ;
Gardant l'incognito fous ceux de politeffe ,
D'amitié, d'amour , de tendreffe ,
Souvent même de charité ,
Seul il fait tous les frais de la fociété .
Suppofons un moment que le ciel en colere
Contraignit les mortels par un arrêt févere ,
A peindre dans leurs moeurs & dans tớis lears
discours ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Ces fecrets fentimens dont ils gênent le cours ;
Quelle honte pour notre espece !
Paris plus effrayant que les antres des ours
Deviendroit un féjour d'horreur & de triſtelle !
Tu verrois , cher ami , les trois quarts des humains
S'accablant tour à tour de leur indifférence ;
De leur haine , de leurs dédains ,
S'annoncer par leur
arrogance
Qu'ils font prêts d'en venir aux mains.
Tu verrois des enfans , des héritiers avides ,
Sur des biens à venir trop lents
Attacher fans pudeur des regards dévorans
Et par des foupirs homicides
Compter les jours de leurs parens.
Dans les chaînes du mariage
Des captifs inquiets , victimes de P'humeur
Feroient par leur bifarre aigreur
Un enfer de leur esclavage.
Maint ami prétendu , léger , intéreſſé ,
Négligeant de voiler fon ame déteſtable ,
Ne fe montreroit empreffé
Que pour l'amuſement , la fortune & la table.
L'incorrigible protegé .
Dans les yeux du patron , ou glacés ou mauffades
,
Dans d'affligeantes rebuffades.
Liroit clairement fon congé..
Un amant brutal & volage
JUILLET. 1755 3.7 .
Sans prélude , fans petits foins ,
Offriroit à fa belle un infipide hommage
Toujours reglé fur fes befoins .
L'amante fans fard , fans fineffe ,
Soumise à fon vainqueur dès le premier inftant ,
Ne prendroit d'autre avis pour marquer la foibleffe
,
Que celui d'un groffier penchant.
Leurs defirs amortis diffipant toute ivreffe ,
Un prompt & fot dégoût finiroir le roman .
Tel feroit l'homme vrai guidé par ſa nature.
Mais détournons les yeux de ce tableau pervers ,
Et parcourons le bien que l'utile impofture
Fait en réformant l'univers .
L'intérêt , l'envie & la haine
Frémiffent vainement dans l'abîme des coeurs ;
La bienféance les enchaîne
Et dérobe au grand jour leurs perfides noirceurs.
L'homme , bien loin d'être farouche ,
D'un amour fraternel , prend les dehors ' trompeurs
;
Ses yeux font careffans , fes geftes font flateurs ,
Et le miel coule de ſa bouche.
A travers les égards , les doux empreffemens ,
Les foins refpectueux , la tendre inquiétude ;
Les yeux même les plus perçans
Pourroient - ils découvrir l'avide ingratitude
Des héritiers & des enfans ?
Şi maudire leur joug & perdre patience ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Eft le deftin fecret d'une foule d'époux ,
Le fçavoir vivre & la décence
De la tendreffe encor confervent l'apparence ,
Et couvrent au moins les dégoûts.
D'équivoques amis le monde entier foiſonne
Mais le peu de fincérité ,
L'intérêt & la vanité
Dont à bon droit on les foupçonne
S'éclipfent fous l'amenité ,
Sous l'air fagement affecté
De n'en vouloir qu'à la perfonne.
Le moins fenfible protecteur
Sous un mafque riant déguifant fa froideur ,
D'une féduifante fumée
Sçait repaître l'ame affamée
D'un fuppliant perfécuteur .
L'amour ne feroit qu'un fonge ,
Une puérilité ;
Mais l'officieux menfonge ,
L'érige en divinité ;
Redoutable par les armes ,
Ou foumettant à fes charmes
Le coeur le plus indompté ,
Il change en idolâtrie
Notre goût pour la beauté.
L'art de la coquetterie
Fut lui feul inventé ,
par
Et fans la fupercherie
Seroit-il exécuté ?
JUILLET. 39 1755.
*
Pour obtenir douce chance ,
L'amant jure la conftance
Et projette un autre amour :
à fon tour ;
L'amante trompe
Feint une pudeur craintive ,
Et pour s'affurer d'un coeur ,
Cache Pardeur la plus vive
Sous l'air froid & la rigueur.
Friands de tendres premices
Cherchons-nous la nouveauté ?
Malgré leur habileté ,
Nos belles font les novices ;
Un ton de naïveté ,
Mille obligeans artifices
Flattent notre vanité.
Si l'ufage des délices
Eteint leur vivacité ;
Le jeu fçavant des caprices
Rameine la volupté.
C'eſt ainfi qu'une folie
Devient par la tricherie
Le plaifir le plus vanté.
C'eft ainfi que dans la vie
Mutuelle duperie ,
Fait notre, félicité.
Si tu veux ajoûter un dégré d'évidence
Aux preuves de mon fentiment ,
Suivons notre Protée exerçant fa puiffance
Sur ces arts renommés on regne l'agrément..
40 MERCURE DE FRANCE.
Sans lui que feroit l'éloquence
Un infupportable talent .
Prives la de fes fleurs ; elle eft fans véhémence ,
Elle rampe fans ornemens :
Mais ces brillantes fleurs , métaphore , hyperbole
,
Allégorie & parabole ,
Et cent noms qu'à citer je perdrois trop de tems ;
Du menfonge orateur font les noms différens .
En vain fa rare modeftie
Permet qu'on invoque Apollon ;
Je ne m'y méprens point ; il est le feul génie
Qui préfide au facré vallon .
Pere de toute illufion ,
Seul il peut fouffler la manie
De plaire par la fiction.
Vois- tu prendre aux vertus , à chaque paffion ,
Un corps , la parole & la vie ?
C'est lui qui les perfonnifie.
Il déraisonne enfin dans tout égarement
D'une bouillante fantaisie :
Qui , mentir agréablement
Fait tout l'art de la poëfie .
Que vois-je , cher Damon ? que d'objets raviffans
!
Arrêtons - nous à ce ſpectacle ,
Où tout eft chef- d'oeuvre & miracle ,
Où tout enleve l'ame en ſurprenant les fens.
Quel pouvoir divin ou magique
JUILLET. 1755. 41
Fait qu'une e pace fi borné
Paroît vafte à mes yeux , & le plus magnifique
Que jamais nature ait orné ?
Qui fçut y renfermer ces fuperbes montagnes ,
Ces rochers , ces fombres forêts ,
Ces fleuves effrayans , ces riantes campagnes ,
Ces riches temples , ces palais ?
Quel génie ou démon pour enchanter ma vûe ,
A fes ordres audacieux
Fit obéir le ciel , la terre & l'étendue ?
Sans doute , quelqu'il foit , c'eſt l'émule des
Dieux.
Une amufante fymphonie
Des chantres des forêts imite les accens !
Que dis- je ? roffignols , ah ! c'eft vous que j'entens
,
De vos tendres concerts la champêtre harmonie
Me fait goûter ici les charmes du printemps.
Des ruiffeaux , l'aimable murmure
Vient s'unir à vos fons dictés par la nature :
On ne me trompe point , tout eft vrai , je le fens .
Mais grands Dieux ! quel revers étrange !
Le plaifir fuit , la scène change ;
Eole à leur fureur abandonne les vents.
Quels effroyables fifflemens !
L'air mugit , le tonnerre gronde !
Un defordre bruyant , le choc des élémens ,
Tout femble m'annoncer le dernier jour da
monde !
42 MERCURE DE FRANCE .
Fuyons vers quelqu'antre écarté ,
Echappons , s'il fe peut , à ce cruel orage ..
Mais je rougis de ma fimplicité.
J'ai pris pour la réalité
Ce qui n'en étoit que l'image.
Ces murmures , ces bruits , ces champêtres concerts
,
Ne font dus qu'aux accords d'une adroite mufique
;
Et ces payfages divers
Sont les jeux d'un pinceau que dirigea l'optique.
Mais de ces arts ingénieux
Comment s'opperent les merveilles ?
Servandoni ment à nos yeux ,
Et Rameau ment à nos oreilles.
En un mot tout ment ici -bas ;
A cet ordre commun , il n'eft rien de rebelle .
Eh ! pourquoi l'univers ne mentiroit- il pas a
Il imite en ce point le plus parfait modele.
L'or des aftres , l'azur des cieux
Sont une éternelle impofture ;
Toute erreur invincible à nos fens curieux
Eft menfonge de la nature .
Mais tu verrois fans fin les preuves s'amaffer ,
Si j'approfondiffois un fujet fi fertile ;
Pour terminer en omets mille ,
Dans la crainte de te laffer..
Je te laiffe à pourſuivré une route facile ..
Réfléchis à loifir : & , tout bien médité ,
JUILLET. 1755 . 43
Tu diras comme moi que notre utilité
A prefque interdit tout azile
A l'impuiffante vérité.
Où fe reffugira cette illuftre bannie ?
L'abandonnerons-nous à tant d'ignominie ?
Non : retirons la par pitié.
Logeons la dans nos coeurs : que toute notre vie ,
Elle y préfide à l'amitié.
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Résumé : ÉLOGE DU MENSONGE. A Damon.
Le texte 'Éloge du mensonge' explore la nécessité et les bienfaits du mensonge dans la société. L'auteur s'adresse à Damon pour démontrer que la vérité n'est pas toujours bénéfique et que le mensonge, sous diverses formes, joue un rôle essentiel dans les relations humaines et la vie quotidienne. Il argue que la vérité est souvent austère et intransigeante, tandis que le mensonge, plus aimable et flexible, contribue au bonheur et à l'harmonie sociale. L'auteur illustre son propos en montrant comment le mensonge structure l'univers et les croyances religieuses. Il explique que les dieux et leurs lois ont été créés par le mensonge pour régir le monde et donner un sens aux événements. Il cite également des exemples historiques où le mensonge a été utilisé pour exalter la gloire des conquérants et des héros en dissimulant leurs faiblesses. Dans la vie quotidienne, le mensonge est présenté comme indispensable pour maintenir la politesse, l'amitié, l'amour et la charité. Sans lui, les relations humaines seraient marquées par l'indifférence, la haine et les conflits. L'auteur décrit un scénario où les gens exprimeraient leurs véritables sentiments, conduisant à une société chaotique et hostile. Il conclut en affirmant que le mensonge est omniprésent et nécessaire dans les arts, la littérature et la poésie. Il cite des exemples comme l'éloquence, la coquetterie et les spectacles, où le mensonge enrichit et embellit la réalité. L'auteur invite Damon à reconnaître l'utilité du mensonge et à l'accepter comme une composante essentielle de la vie humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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739
p. 35-49
ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Début :
Voici la copie de la Capitulation de Maillorque. / I. On accorde une amnistie & pardon general à toutes sortes [...]
Mots clefs :
Troupes, Officiers, Capitulation, Chevaux, Majorque, Évacuation, Palma, Marquis de Rubi, Chevalier, Soldats
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Voici la copie de la Capitulation
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
Fermer
740
p. 37-58
LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
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LA Guerre a ses conquérans, comme la Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
LA GLOIRE DU ROI
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Fermer
741
p. 37-62
Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Début :
Enfin, Monsieur, nous voicy arrivez au Port si desiré, je [...]
Mots clefs :
Malte, Prieur, Chevaliers, Maître, Turcs, Cérémonies, Carosse, Son Éminence, Grand prieur, Grand maître, Port, Princes, Armée du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Copie d'une Lettre écrite
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
Fermer
742
p. 1934
EPIGRAMME.
Début :
Un mien ami me disoit l'autre jour, [...]
Mots clefs :
Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME.
EPIGRAM M E..
UN mien ami me disoit l'autre jour ,.
Que pour vertu se sentoit de l'amour .
Lors je lui dis : Va- t'en voir Marguerite ;;
Te paroîtra si rare son mérite ,
Que pour vertu la prendras sûrement :
Mais quand auras déclaré ton tourment ,
Seras surpris , er diras en toi-même :
à la Vertu bien ressemble vrayment ,
Fors enun point; car Vertu quiert qu'on l'aime 3.
Elle au rebours ne peut souffrir d'Amant.
UN mien ami me disoit l'autre jour ,.
Que pour vertu se sentoit de l'amour .
Lors je lui dis : Va- t'en voir Marguerite ;;
Te paroîtra si rare son mérite ,
Que pour vertu la prendras sûrement :
Mais quand auras déclaré ton tourment ,
Seras surpris , er diras en toi-même :
à la Vertu bien ressemble vrayment ,
Fors enun point; car Vertu quiert qu'on l'aime 3.
Elle au rebours ne peut souffrir d'Amant.
Fermer
743
p. 30
III.
Début :
La Fortune aujourd'huy se remet en crédit, [...]
Mots clefs :
Sapho, Louis, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III.
III.
LA Fortune aujourd'huy se remet
en crédit,
On en avoit toûjours médit,
Souvent auvray
Mérite ellefaisoit outrage;
Mais enfin ils ont fait une étroite
union.
D'illustres mains devoient accomplir
cet Ouvrage,
LOVIS en estl'Autheur; Sapho, l'occafion.
LA Fortune aujourd'huy se remet
en crédit,
On en avoit toûjours médit,
Souvent auvray
Mérite ellefaisoit outrage;
Mais enfin ils ont fait une étroite
union.
D'illustres mains devoient accomplir
cet Ouvrage,
LOVIS en estl'Autheur; Sapho, l'occafion.
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745
p. 442
A Mlle de Malcrais de la Vigne, contre le Poëte Marseillois, à qui elle a répondu dans le 2 vol. du Mercure de Decembre 1732.
Début :
Malcrais, quel Auteur caustique, [...]
Mots clefs :
Mlle de Malcrais, Femme docte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle de Malcrais de la Vigne, contre le Poëte Marseillois, à qui elle a répondu dans le 2 vol. du Mercure de Decembre 1732.
A Mlle de Malcrais de la Vigne , contre le
Poëte Marseillois , à qui elle a répondu
dans le 2 vol. du Mercure de Decembre
1732 .
M Alcrais , quel Auteur caustique ;
Osa si publiquement ,
Faxe sentir sa Critique ,
A votre sexe charmant ,
Qui souvent à l'agrément ,
A sçu joindre la science ?
Je dis plus , n'eut-on jamais
Vu de Femme Docte en France ;
Vous seule , Illustre Malcrais ,
Par de talens si parfaits ,
Deviez imposer silence ,
A ses satyriques traits.
Poëte Marseillois , à qui elle a répondu
dans le 2 vol. du Mercure de Decembre
1732 .
M Alcrais , quel Auteur caustique ;
Osa si publiquement ,
Faxe sentir sa Critique ,
A votre sexe charmant ,
Qui souvent à l'agrément ,
A sçu joindre la science ?
Je dis plus , n'eut-on jamais
Vu de Femme Docte en France ;
Vous seule , Illustre Malcrais ,
Par de talens si parfaits ,
Deviez imposer silence ,
A ses satyriques traits.
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747
p. 1934-1935
AUTRE.
Début :
Avint un jour qu'en certain Monastere, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Vint un jour qu'en certain Monastere ,
Certain Prélat fut fort bien régalé :
Le bonSeigneur bien repú , bien gonflé ,
Aux Moines dit qu'avoit fait bonne chere ;
Le
SEPTEMBRE . 1733. 1935
Le vin sur tout , dit il en les quittant ,
M'a paru bon , et j'en suis très-content
Oh, Monseigneur , dit Erere Nicephore ,
Nous en avons de bien meilleur encore.
Terrasse de Cherigny
Vint un jour qu'en certain Monastere ,
Certain Prélat fut fort bien régalé :
Le bonSeigneur bien repú , bien gonflé ,
Aux Moines dit qu'avoit fait bonne chere ;
Le
SEPTEMBRE . 1733. 1935
Le vin sur tout , dit il en les quittant ,
M'a paru bon , et j'en suis très-content
Oh, Monseigneur , dit Erere Nicephore ,
Nous en avons de bien meilleur encore.
Terrasse de Cherigny
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748
p. 30-31
IV.
Début :
Sapho, cinq ou six beaux Esprits [...]
Mots clefs :
Sapho, Louis, Clélie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.
IV.
SApho, cing on fix beaux Ef- prits
Disputoient l'autrejour du prix
GALANT. 31
De tout ce qu'a produit ton excellent
génie;
Puis ayant balancé meûrement les
avis,
Ils prononcerent tous en faveur de
Clélie.
J'écoutayleur Arrest; apres quoy, je
leur dis
Sur tout ce qu'on a fait elle a de
l'avantage;
De Sapho cependant le plus
heureux Ouvrage,
. C'eſt d'avoir ſçeugagner l'eſtime
de LOUIS.
SApho, cing on fix beaux Ef- prits
Disputoient l'autrejour du prix
GALANT. 31
De tout ce qu'a produit ton excellent
génie;
Puis ayant balancé meûrement les
avis,
Ils prononcerent tous en faveur de
Clélie.
J'écoutayleur Arrest; apres quoy, je
leur dis
Sur tout ce qu'on a fait elle a de
l'avantage;
De Sapho cependant le plus
heureux Ouvrage,
. C'eſt d'avoir ſçeugagner l'eſtime
de LOUIS.
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749
p. 36-37
« Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Début :
Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...]
Mots clefs :
Arrêt du Conseil d'État, Démolition, Temple, Église, Zèle, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Je vous ay parlé depuis
peu de temps d'un Arreſt
du Confeil d'Etat , qui ordonnoit
la démolition du
Temple de Chaſtillon fur
Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les foins
de M. l'Abbé le Boiteulx
Préchantre , & Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine,
& Sindic du Clergé du Diocéfe
de Sens , qui avoit follicité
cét Arreft. C'eft au
zele de ce mefine Abbé
qu'on eft redevable de la
démolition des autres Temples
qui eftoient dans ce
GALANT. 37
Diocéfe , où il n'y a plus aucun
exercice public de laReligion
Prétendue Réformée.
peu de temps d'un Arreſt
du Confeil d'Etat , qui ordonnoit
la démolition du
Temple de Chaſtillon fur
Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les foins
de M. l'Abbé le Boiteulx
Préchantre , & Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine,
& Sindic du Clergé du Diocéfe
de Sens , qui avoit follicité
cét Arreft. C'eft au
zele de ce mefine Abbé
qu'on eft redevable de la
démolition des autres Temples
qui eftoient dans ce
GALANT. 37
Diocéfe , où il n'y a plus aucun
exercice public de laReligion
Prétendue Réformée.
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Résumé : « Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Un arrêt du Conseil d'État a ordonné la démolition d'un temple à Châtillon-sur-Loing. La démolition a été réalisée sous la direction de l'Abbé Le Boiteux, Prévôt chantre et chanoine de l'Église métropolitaine, également syndic du clergé du diocèse de Sens. Tous les temples du diocèse ont été démolis, supprimant ainsi l'exercice public de la religion prétendue réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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750
p. 1496-1501
ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
Début :
N'est-ce point une image vaine, [...]
Mots clefs :
Mariage, Prince de Conti, Cérémonie, Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
ODE
Sur le Mariage de M. le Prince de Conty
NE'Est-ce point une image vaine ?
Les Plaisirs sont-ils de retour ?
Se peut-il qu'au bord de la Seine ,
Tout ne respire que l'Amour ?
Dans l'affreuse saison des glaces ,
On y voit folâtrer les Graces ;
Amour y lance mille Traits :
On diroit que la jeune Flore ,
Devant Zephire qui l'adore ,
Etale déja ses attraits.
M
>
Mais , & l'agreable surprise !
Sont-ce deux Amans que je vois ,
Dont l'ame tendrement éprise ,
Du Dieu vainqueur reçoit les Loix ?
Que ces jeunes cœurs sont aimables ;
Tendres, gracieux , respectables !
Les Lys renaissent sous leurs pas :
Petit Dieu par qui tout respire ,
Vis-ta jamais sous ton Empire
Plus de grandeur et plus d'appas ?
粥 Non
JUILLET. 1732.
1497
Non , non , rien ne me peut séduire ;
Car ce Tableau n'a rien d'obscur :
Dans leurs yeux je le vois reluire ,
C'est de Bourbon le Sang très-pur :
Accourez donc, Nymphes fidelles
Cueillez des Palmes immortelles ,
Mêlez-y le Myrthe et les fleurs ;
Si la saison ne les ramene
Phebus à la féconde haleine ,
Hâte-les nous par tes douceurs«
Suivons , suivons ce Couple auguste;
Au Temple il va porter ses pas :
Rien ne sçauroit être plus justez
Des Dieux tout releve ici - bas ;
Sero. ce qu'en cette journée ,
Pour un doux et chaste Hymenée ;
Ces tendres cœurs fissent des vœux ?
Et que d'une foi mutuelle,
Aux yeux de la Troupe immortelle,
Ils allassent former des nœuds ?
Entrons dans ce Temple adorable ;
Aa ! que vois-je , sont- ce les Cieux ?
Majesté , splendeur ineffable ,
Jupiter réside en ces lieux
Q l'auguste Ceremonic !
;
Amans
1498 MERCURE DE FRANCE
Amans , sa puissance infinie ,
Vous unit aux pieds des Autels :
Quel bonheur , quelle préference ..
D'être honorez de la présence ,
Du plus puissant des Immortels!!
受
Fille du Ciel , chaste Diane ,
Secourable Divinité ,
Dont je vois , Mortel et Prophane ,
Briller la celeste Beauté ;
Flatez , comblez notre esperance ,
Par votre divine assistance ;
Départez vos dons précieux ;
Procurez , faites naître au monde
Une posterité féconde ,
De Bourbons et de demi Dieux.
O Ciel ! quel mouvement rapide !
'Apollon , où m'entraînes-tu ?
Soutiens- moi , m'assiste et me guide ;
Ah ! que mon cœur est abattu!
Où suis je è quelle nuit obscure ? *-
Non, non , jamais dans la Nature ,,
Il ne fut rien de plus affreux ;
Tel est ... Ah ! je vois l'Antre sombre
Prudens futuri temporis exitum ,
Caliginosa nocte premit Deus.
ой
JUILLET. 173.2. 1499,
Où du fier Destin l'épaisse ombre ,
Couvre l'avenir tenebreux.
讚
Beau rayon , charmante lumiere ,.
Qu'Apollon fait naître en ces lieux ,
Quels jours , quelle illustre carriere ,.
Viens-tu dévoiler à mes yeux !·
Que de valeur , que de prudence !
D'intrépidité , de constance !
De prodiges , d'exploits guerriers ?
Quels faits sur la Terre et sur l'Onde ; .
Dignes du plus beau Sang du monde !
Que de gloire ! que de Lauriers !
$12
Dans cette Terre heureuse et franche ,
Où la justice regnera ;
Du tronc de Capet , une Branche ,
Jusqu'aux Astres s'élevera ;
Du Monde elle aura le bel âge ;
L'éclat de son divin feuillage
Eblouira tout l'Univers ;
Des Rois , des Nations sans nombre ; ,
Cherchant le repos sous son ombre ,
Viendront de cent climats divers
L'outrage des ans si sensible
Ne ternira pas sa beauté ¿
Plus
835174
1500 MERCURE DE FRANCE
Plus que le Cedre incorruptible ,
Elle verra l'Eternité ?
En vain , Nations orgueilleuses •
De vos Pins , les têtes pompeuses ,
Se mêleront à ses Rameaux ;
La beauté d'un arbre est extrême ,
Lorsqu'étant greffé sur lui - même ,
Il fait des rejettons nouveaux.
Du Destin , telle est l'Ordonnance ;
Tels sont ses Decrets éternels ;
Telle est l'immuable assurance ,
Que nous donnent les Immortels :
Amans qu'un heureux Hymenée,
Même cœur , même destinée ,
Même nom , même sang unit :
Livrez , abandonnez votre ame,
Aux traits d'une innocente flâme ,
Tout est propice , tout vous rit.
Toi , que Bellone et la Victoire ;
Suivront bien- tôt au Champ de Mars ;
Qui vois au Temple de la Gloire,
Tes Ayeux au rang des Cesars ;
Trace-nous leur Portrait fidele ,
Forme un Prince sur leur modele ;
Du Ciel tu seras secondé ;
Donne-
JUILLET. ISO 1732.
Donne-lui leur guerriere audace ;
Si des traits le choix t'embarrasse ,
Fais qu'il ressemble au grand Condé.
Par M.Julien, Juge Royal de Monblanc:
Sur le Mariage de M. le Prince de Conty
NE'Est-ce point une image vaine ?
Les Plaisirs sont-ils de retour ?
Se peut-il qu'au bord de la Seine ,
Tout ne respire que l'Amour ?
Dans l'affreuse saison des glaces ,
On y voit folâtrer les Graces ;
Amour y lance mille Traits :
On diroit que la jeune Flore ,
Devant Zephire qui l'adore ,
Etale déja ses attraits.
M
>
Mais , & l'agreable surprise !
Sont-ce deux Amans que je vois ,
Dont l'ame tendrement éprise ,
Du Dieu vainqueur reçoit les Loix ?
Que ces jeunes cœurs sont aimables ;
Tendres, gracieux , respectables !
Les Lys renaissent sous leurs pas :
Petit Dieu par qui tout respire ,
Vis-ta jamais sous ton Empire
Plus de grandeur et plus d'appas ?
粥 Non
JUILLET. 1732.
1497
Non , non , rien ne me peut séduire ;
Car ce Tableau n'a rien d'obscur :
Dans leurs yeux je le vois reluire ,
C'est de Bourbon le Sang très-pur :
Accourez donc, Nymphes fidelles
Cueillez des Palmes immortelles ,
Mêlez-y le Myrthe et les fleurs ;
Si la saison ne les ramene
Phebus à la féconde haleine ,
Hâte-les nous par tes douceurs«
Suivons , suivons ce Couple auguste;
Au Temple il va porter ses pas :
Rien ne sçauroit être plus justez
Des Dieux tout releve ici - bas ;
Sero. ce qu'en cette journée ,
Pour un doux et chaste Hymenée ;
Ces tendres cœurs fissent des vœux ?
Et que d'une foi mutuelle,
Aux yeux de la Troupe immortelle,
Ils allassent former des nœuds ?
Entrons dans ce Temple adorable ;
Aa ! que vois-je , sont- ce les Cieux ?
Majesté , splendeur ineffable ,
Jupiter réside en ces lieux
Q l'auguste Ceremonic !
;
Amans
1498 MERCURE DE FRANCE
Amans , sa puissance infinie ,
Vous unit aux pieds des Autels :
Quel bonheur , quelle préference ..
D'être honorez de la présence ,
Du plus puissant des Immortels!!
受
Fille du Ciel , chaste Diane ,
Secourable Divinité ,
Dont je vois , Mortel et Prophane ,
Briller la celeste Beauté ;
Flatez , comblez notre esperance ,
Par votre divine assistance ;
Départez vos dons précieux ;
Procurez , faites naître au monde
Une posterité féconde ,
De Bourbons et de demi Dieux.
O Ciel ! quel mouvement rapide !
'Apollon , où m'entraînes-tu ?
Soutiens- moi , m'assiste et me guide ;
Ah ! que mon cœur est abattu!
Où suis je è quelle nuit obscure ? *-
Non, non , jamais dans la Nature ,,
Il ne fut rien de plus affreux ;
Tel est ... Ah ! je vois l'Antre sombre
Prudens futuri temporis exitum ,
Caliginosa nocte premit Deus.
ой
JUILLET. 173.2. 1499,
Où du fier Destin l'épaisse ombre ,
Couvre l'avenir tenebreux.
讚
Beau rayon , charmante lumiere ,.
Qu'Apollon fait naître en ces lieux ,
Quels jours , quelle illustre carriere ,.
Viens-tu dévoiler à mes yeux !·
Que de valeur , que de prudence !
D'intrépidité , de constance !
De prodiges , d'exploits guerriers ?
Quels faits sur la Terre et sur l'Onde ; .
Dignes du plus beau Sang du monde !
Que de gloire ! que de Lauriers !
$12
Dans cette Terre heureuse et franche ,
Où la justice regnera ;
Du tronc de Capet , une Branche ,
Jusqu'aux Astres s'élevera ;
Du Monde elle aura le bel âge ;
L'éclat de son divin feuillage
Eblouira tout l'Univers ;
Des Rois , des Nations sans nombre ; ,
Cherchant le repos sous son ombre ,
Viendront de cent climats divers
L'outrage des ans si sensible
Ne ternira pas sa beauté ¿
Plus
835174
1500 MERCURE DE FRANCE
Plus que le Cedre incorruptible ,
Elle verra l'Eternité ?
En vain , Nations orgueilleuses •
De vos Pins , les têtes pompeuses ,
Se mêleront à ses Rameaux ;
La beauté d'un arbre est extrême ,
Lorsqu'étant greffé sur lui - même ,
Il fait des rejettons nouveaux.
Du Destin , telle est l'Ordonnance ;
Tels sont ses Decrets éternels ;
Telle est l'immuable assurance ,
Que nous donnent les Immortels :
Amans qu'un heureux Hymenée,
Même cœur , même destinée ,
Même nom , même sang unit :
Livrez , abandonnez votre ame,
Aux traits d'une innocente flâme ,
Tout est propice , tout vous rit.
Toi , que Bellone et la Victoire ;
Suivront bien- tôt au Champ de Mars ;
Qui vois au Temple de la Gloire,
Tes Ayeux au rang des Cesars ;
Trace-nous leur Portrait fidele ,
Forme un Prince sur leur modele ;
Du Ciel tu seras secondé ;
Donne-
JUILLET. ISO 1732.
Donne-lui leur guerriere audace ;
Si des traits le choix t'embarrasse ,
Fais qu'il ressemble au grand Condé.
Par M.Julien, Juge Royal de Monblanc:
Fermer
Résumé : ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
Le poème célèbre le mariage du Prince de Conty en juillet 1732. Il commence par une description idyllique de la saison, où les plaisirs et l'amour renaissent malgré le froid. Le poète exprime sa surprise en voyant un couple amoureux dont les cœurs purs rappellent la pureté du sang Bourbon. Il invite les nymphes à cueillir des palmes immortelles et des fleurs pour honorer ce couple auguste se dirigeant vers le temple pour leur mariage. Dans le temple, le poète admire la majesté et la splendeur des lieux, où réside Jupiter. Il prie les dieux, notamment Diane, pour qu'ils bénissent l'union et procurent une postérité féconde de Bourbons et de demi-dieux. Le texte évoque ensuite une vision sombre et obscure, contrastant avec les promesses de gloire et de valeur pour le couple. Le poète voit un rayon lumineux révélant une carrière illustre et des exploits guerriers dignes du plus beau sang du monde. Il prophétise qu'une branche du tronc de Capet s'élèvera jusqu'aux astres, apportant justice et éclat à l'univers. Les nations chercheront refuge sous son ombre, et sa beauté ne sera jamais ternie. Le poème conclut en affirmant que le destin unit les amants par un hymen heureux, leur donnant une même âme, destinée, nom et sang. Il les encourage à abandonner leur âme aux traits d'une flamme innocente, car tout leur est propice. Le poète prie Bellone et la Victoire de suivre le prince au champ de Mars et de lui donner l'audace guerrière du grand Condé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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