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1
p. 105-114
Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Vous seriez bien peu curieuse, Madame, si au retour de [...]
Mots clefs :
Arles, Obélisque, Antiquité, Romains, Académie des belles-lettres, Charles IX
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texteReconnaissance textuelle : Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Vous ſeriez bien peu cu- rieuſe , Madame , fi au retour de Veniſe où je vous ay fait faire voyage ſans que vous y
ayez penſe, vous dédaigniez de paffer par la Ville d'Arles ,
pour y admirer l'Obeliſque qu'on y voit , &dont il eſt difficile que vous n'ayez en- tenduparler. C'eſt undes plus ſuperbes Monumensquenous ayons de l'Antiquité,&le ſeul de cette nature qui foit en France. On n'en ſçait point l'Hiſtoire au vray , mais il n'y a point à douter qu'il ne foit un reſte de la grandeur des Romains
GALANT.
75 Romainsqui onthabité long- temps cette Ville. Apparem- ment ils l'avoient fait venir
d'Egypte pour le conſacrer à
lagloire de quelqu'un de leurs Empereurs ; & ce qui donne lieude le croire, c'eſt qu'il eſt dela meſmematiere que ceux de Rome qu'on a apportez de ce Païs-là, c'eſt à dire de Granite Orientale , qui eſt une efpece de pierre encore plus du- re & plus précieuſe que le marbre. Sa hauteur eſt de cinquante & deux pieds , & fa baſede ſept pieds de diamet re,
toutd'une piece. Il fut trouvé
dansle Jardind'unParticulier,
auprés des Murs de la Ville ,
qui ne ſont pas fort éloignez delaRiviere du Rhône. Il eſt
àcroire qu'il y eſtoit demeuré depuis fon Débarquement,qui Tome VI. G
76 LE MERCURE doit s'eſtre fait il y a environ ſeize Siecles , ſans qu'il ait ja- mais fervy à l'uſage auquel il avoit eſte d'abord deſtiné. 11
eſtoit enſevely dansla terre , la pointe un peudécouverte. On trouve des Memoires dans les
Archives de la Maiſon de Vil-.
le , qui font connoiſtre que Charles IX. Roy de France paſſant par Arles , donna or- dre qu'on le déterrât pour le tranſporter ailleurs ; mais foit que la dépenſe ou la difficul- té de l'entrepriſe le rebutât , il n'acheva point ce qu'il avoit commencé. C'eſt en quoy l'on ne peut affez loüer le zele des Habitans de cette Ville , qui voulant laiſſer à la Pofterité
un Monument eternel de la
véneration qu'ils ont pour le Roy , n'ont pû eſtre arreſtez
r
GALANT. 77 par aucun obſtacle , & ont fait élever cet Obeliſque à ſa gloi- re dans une de leurs Places
publiques , avec de magnifi- ques Inſcriptions aux quatre faces de fon pied-eſtal. Je les fuprime parce qu'elles ne font pas Françoiſes , & que le La- tin n'eſt point de miſe parmy les Dames. Pour l'Obeliſque je vous en ay déja marqué la hauteur. On a mis un Monde
fur ſa pointe , & il y a un So- leil au deffus de ce Monde,
qui fait une Deviſe ſans Paro- les. Le pieden eſt enfermé ; &
on n'a épargné aucunedépen- ſe , ny pour fon ornement, ny pour ſa conſervation. Meffieurs de Roche , Romany ,
Agard& Maure font les qua- tre Confuls qui le firent élever l'année derniere ; &les embel
Gij
78. LE MERCURE
liffemens qu'on ya faits celle- cy font dûs aux foins deMef- fieurs de Sabatier , de l'Armeillere , Delofte & Beuf. Il y en a
deux de cedernier Nom , tous.
deux Confuls dans le meſme
temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont fait au- trefois un fi long ſéjourdans Arles , juftifie affez qu'on l'a toûjours regardé comme une Ville tres-confiderable. En effet ily en a peu dans le Royau- me où l'on trouve tant de Nobleffe , & dont les Habitans.
naiſſent avec de plus loüables inclinations. Ils aiment égale- ment les Armes & les Sciences. L'un&l'autre ſe connoift,
&par le grand nombre d'Of- ficiers d'Armées que cetteVil- le a donnez au Koy depuis la Declaration de la guerre , &
GALANT. 79
-
1
f
12
&
qui font actuellement dans le
fervice , & par l'Etabliſſement d'une Academie de Belles Lettres , érigée en 1668. ſous le bon plaifir de Sa Majesté , aveo les meſmes Privileges que cel- le de Paris. Elle eft toute compoſée de Gens de qualité &de merite , qui n'ont pas moins d'avantage à ſe ſervir de l'Epée que de la Plume , & qui n'a- yant que la gloire pour objet ,
ne refuſent aucun moyend'en
acquerir. Ils ont Monfieur le
Duc de S. Aignan pour Chef.
Ils n'en pouvoient choiſir un dontles ſentimens euffent plus de rapport avec ceux quileur font naturels , puis qu'il ſemble que Mars & les Muſes ayent fait en luy une alliance immor- telle , &qu'on l'a toûjours veu faire gloire, d'eſtre le Prote
Giij
80 LE MERCVRE
cteur des Braves & des Sça- vans. C'eſt de cet Illuftre
Corps que Monfieurde Rou- bin fut choiſi par les Confuls d'Arles , pour aller preſenter au Roy de leur part , l'Eſtam- pe qu'ils ont fait graverde leur Obeliſque. Il eſtoit digne de cet employ , ayant l'Eſprit aifé &delicat ; & capable de tout ce qu'il veut entreprendre. Il n'écrit pas moins agreable- ment en Vers qu'en Profe; &
vous pouvez juger du talent qu'il a pour la Poëſie par ce Sonnet qu'il a fait ſur l'Obelifque dont je vous pa
ayez penſe, vous dédaigniez de paffer par la Ville d'Arles ,
pour y admirer l'Obeliſque qu'on y voit , &dont il eſt difficile que vous n'ayez en- tenduparler. C'eſt undes plus ſuperbes Monumensquenous ayons de l'Antiquité,&le ſeul de cette nature qui foit en France. On n'en ſçait point l'Hiſtoire au vray , mais il n'y a point à douter qu'il ne foit un reſte de la grandeur des Romains
GALANT.
75 Romainsqui onthabité long- temps cette Ville. Apparem- ment ils l'avoient fait venir
d'Egypte pour le conſacrer à
lagloire de quelqu'un de leurs Empereurs ; & ce qui donne lieude le croire, c'eſt qu'il eſt dela meſmematiere que ceux de Rome qu'on a apportez de ce Païs-là, c'eſt à dire de Granite Orientale , qui eſt une efpece de pierre encore plus du- re & plus précieuſe que le marbre. Sa hauteur eſt de cinquante & deux pieds , & fa baſede ſept pieds de diamet re,
toutd'une piece. Il fut trouvé
dansle Jardind'unParticulier,
auprés des Murs de la Ville ,
qui ne ſont pas fort éloignez delaRiviere du Rhône. Il eſt
àcroire qu'il y eſtoit demeuré depuis fon Débarquement,qui Tome VI. G
76 LE MERCURE doit s'eſtre fait il y a environ ſeize Siecles , ſans qu'il ait ja- mais fervy à l'uſage auquel il avoit eſte d'abord deſtiné. 11
eſtoit enſevely dansla terre , la pointe un peudécouverte. On trouve des Memoires dans les
Archives de la Maiſon de Vil-.
le , qui font connoiſtre que Charles IX. Roy de France paſſant par Arles , donna or- dre qu'on le déterrât pour le tranſporter ailleurs ; mais foit que la dépenſe ou la difficul- té de l'entrepriſe le rebutât , il n'acheva point ce qu'il avoit commencé. C'eſt en quoy l'on ne peut affez loüer le zele des Habitans de cette Ville , qui voulant laiſſer à la Pofterité
un Monument eternel de la
véneration qu'ils ont pour le Roy , n'ont pû eſtre arreſtez
r
GALANT. 77 par aucun obſtacle , & ont fait élever cet Obeliſque à ſa gloi- re dans une de leurs Places
publiques , avec de magnifi- ques Inſcriptions aux quatre faces de fon pied-eſtal. Je les fuprime parce qu'elles ne font pas Françoiſes , & que le La- tin n'eſt point de miſe parmy les Dames. Pour l'Obeliſque je vous en ay déja marqué la hauteur. On a mis un Monde
fur ſa pointe , & il y a un So- leil au deffus de ce Monde,
qui fait une Deviſe ſans Paro- les. Le pieden eſt enfermé ; &
on n'a épargné aucunedépen- ſe , ny pour fon ornement, ny pour ſa conſervation. Meffieurs de Roche , Romany ,
Agard& Maure font les qua- tre Confuls qui le firent élever l'année derniere ; &les embel
Gij
78. LE MERCURE
liffemens qu'on ya faits celle- cy font dûs aux foins deMef- fieurs de Sabatier , de l'Armeillere , Delofte & Beuf. Il y en a
deux de cedernier Nom , tous.
deux Confuls dans le meſme
temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont fait au- trefois un fi long ſéjourdans Arles , juftifie affez qu'on l'a toûjours regardé comme une Ville tres-confiderable. En effet ily en a peu dans le Royau- me où l'on trouve tant de Nobleffe , & dont les Habitans.
naiſſent avec de plus loüables inclinations. Ils aiment égale- ment les Armes & les Sciences. L'un&l'autre ſe connoift,
&par le grand nombre d'Of- ficiers d'Armées que cetteVil- le a donnez au Koy depuis la Declaration de la guerre , &
GALANT. 79
-
1
f
12
&
qui font actuellement dans le
fervice , & par l'Etabliſſement d'une Academie de Belles Lettres , érigée en 1668. ſous le bon plaifir de Sa Majesté , aveo les meſmes Privileges que cel- le de Paris. Elle eft toute compoſée de Gens de qualité &de merite , qui n'ont pas moins d'avantage à ſe ſervir de l'Epée que de la Plume , & qui n'a- yant que la gloire pour objet ,
ne refuſent aucun moyend'en
acquerir. Ils ont Monfieur le
Duc de S. Aignan pour Chef.
Ils n'en pouvoient choiſir un dontles ſentimens euffent plus de rapport avec ceux quileur font naturels , puis qu'il ſemble que Mars & les Muſes ayent fait en luy une alliance immor- telle , &qu'on l'a toûjours veu faire gloire, d'eſtre le Prote
Giij
80 LE MERCVRE
cteur des Braves & des Sça- vans. C'eſt de cet Illuftre
Corps que Monfieurde Rou- bin fut choiſi par les Confuls d'Arles , pour aller preſenter au Roy de leur part , l'Eſtam- pe qu'ils ont fait graverde leur Obeliſque. Il eſtoit digne de cet employ , ayant l'Eſprit aifé &delicat ; & capable de tout ce qu'il veut entreprendre. Il n'écrit pas moins agreable- ment en Vers qu'en Profe; &
vous pouvez juger du talent qu'il a pour la Poëſie par ce Sonnet qu'il a fait ſur l'Obelifque dont je vous pa
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Résumé : Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente l'obélisque d'Arles, un monument antique recommandé à une dame lors de son retour de Venise. Cet obélisque est l'un des vestiges les plus impressionnants de l'Antiquité en France. Son origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'il ait été transporté d'Égypte par les Romains pour honorer un empereur. Fabriqué en granite oriental, il mesure cinquante-deux pieds de haut et sept pieds de diamètre à la base. Découvert dans le jardin d'un particulier près des murs de la ville, il était partiellement enfoui. Charles IX avait ordonné son déplacement, mais ce projet n'a jamais été réalisé. Les habitants d'Arles, voulant honorer le roi, ont érigé l'obélisque dans une place publique avec des inscriptions magnifiques. L'obélisque est orné d'un globe et d'un soleil au sommet, symbolisant une devise sans paroles. Les dépenses pour son ornement et sa conservation n'ont pas été épargnées. Les consuls de l'année précédente et ceux de l'année en cours sont mentionnés pour leurs contributions. Arles est décrite comme une ville importante, connue pour ses nobles et ses habitants qui aiment autant les armes que les sciences. La ville a fourni de nombreux officiers à l'armée et possède une académie de belles-lettres fondée en 1668, dirigée par le Duc de Saint-Aignan. Un certain Monsieur de Roubin, connu pour son esprit et ses talents en poésie, a été choisi pour présenter une gravure de l'obélisque au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 193-210
Lettre du P. l'E. J. [titre d'après la table]
Début :
Messieurs de Trevoux doivent mettre dans leur Journal du mois [...]
Mots clefs :
Empire, Capitale, Monuments, Inscription, Peuples, Opinion, Antiquité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre du P. l'E. J. [titre d'après la table]
Messieurs de Trevoux
doivent mettre
dans leur Journal du
mois prochain une
Dissertation en forme
de Lettre dont je vais
vous donner l'extrait,
sur lafoyque j'ay du
bon choix qu'ils sçavent
faire des Pieces
,
car je n'ay par moymesme
nulleérudition
sur les Monuments ,&
sur les InfcriptiowKantiques.
Cette Lettre cft
du P.fE.J.
-.
J'ay V€U.,Monjteurxles
Monuments etantiquitéde la
capitale desLeuquois, qu'on a
trouvez prés de Leucey dans
le pays des anciens Leucois ou
Leuciens ; & à' ce nom de
Leucey
3
je vous avoue que
j'ay cru avoir trouvé la capi.
tale decepeupleGaulois qu'on
cherche encore AUjourd'huy
Pour rendre mon systême
probable, aprés avoir
avoüé que Toul étoit la premiere
Ville de Leuciens du
temps dePtolemée 3je montrerois
quellen'est devenuë leur
capitale que par laruine d'une
Villeplusancienne qui portoit
leur nom.
N'est-ce pasainsi que nous
prouvons que Treves étoit la
capitale du pays Trevois ?
Met!{j de celuy quon nom-
tnoit Mediomatrices;
Reims, des Rémois, Soisson),
des Sucssonnois ,
Amiens
,
des Ambianois
, Chartres,des Carnutes, Le
Mans
,
des Cenomans, Pa-
- ris,desParisiens,Sens
,
des
Senonois, & Langres, des
Lingonois? Toutes les capitales,
disons-nous, ont pris le
nom de leurs Peuples,excepté
celles de la Province Romaine.
& les Villes voisines (font les
Romains avoientfixéou changé
le nom, comme Aquæ
Sextiæ, Lugdunum, Vesontio
,
Augustodunum.
Puisdonc que noustrouvons
au milieu du Peuple appellé
anciennementLeuci un lieu
nommé Leucey , ne devonsnous
doncpascroire que le Lieu
quiporte le nom du Peuple qui
l'environne
, en estla capitale
?
Le P. l£ refuteenfuite
l'opinion de feu
Mrl'AbbéRiquet.
Ilavoitdonné, dit-il,aux
Leuquois une Capitale qui
n'étoitpas mesmede leur Pays,
car si noussuivons la division
des anciens Dioceses qui a esté faite Sur Ii division
des anciens Peuples del'Empire
,
Gran devoit estre du
Pays de Langres, parce qu'-
elle a esté long-temps du mesme
Diocese.
Gardez-vous bien de croire
ne nmoins, Monsieur, que le
donnedans cette illusion; ou--*
tre que les Capitales n'ont pris
le norll de leurs Peuples que
quand leurs Tyrans leur ont
oste le leurpropre,& en un
temps où elles ne pouvoient
tftre ni connues aux Geographes,
ni mesme aux Geographes
du bas Empire ,
fuis
qu'elles ont gardé leur nom
jtiféJu'à ce temps-là.
L'Auteur soutient
ensuite le caractere
d'un veritable Sçavant,
qui ne refute
point l'opinion des autres
par l'envied'établir
les siennes.
Je n'aime point
,
dit-il
, à changer les bornes que nos
peres ont posées; re puisque
Toul a toûjours esle la Capitale
des Lo ucois, je ne luy disputeray
point ce nom. Je
conviendray que ma regle n'cft
pasgenerale,&que les Mandubiens
,
les Nerviens
,
les
Menapiens, &plusieurs autres
Peuples avoient des Capitales
à qui ils n'ont paslaissé
leur nom; que l'Analogie du
nom est une preuvelegere lorsquellerieftpasappuyéed-
'ail*
leurs; & qu'enfin quand on
auroit trouvé à Lucey mesme
les Monuments d'antiquité
qu'on a trovuez auxenvirons,
je ne prétendrons point me signaler
par une nouvelle OPInion
capable de m'attirer tous
les Antiquairessur les bras.
LeP.l'E.propose
sansopiniastreté une
opinion nouvelle;c'est
ce qui la rend plus
probable. Un Sçavant
qui n'est point aveuglé
par ses préventions.,
voit plus clairqu'un
autre.
Il rassure ensuite un
de ses Amis sur un
doute qu'il a.
Vous craigne^ fort, luy
dit-il
, que les Monuments
qu'on a trouvez cbek vous ne
soientpasantiques,parce qu'il
ne vous paroist pas que certaines
Lettres qu'on voitsur une
petite Urne lachrymale qui
fait une partie de ces Monuments,
soient de la beauté que
font ordinairement les Lettre.s.-
Romaines dans les Inscriptions
antiques Pensez-vous
quil n'y paiffi avoir d'Inscription
antique si elle n'efi bien
écrite?
Je vous avoüeray que j'ay
estémoy-mesme en cette erreur.
Lapremierefois que je vissur
les Medailles d'Albin des A.
qui navoient pasla simplicité
ordinaire aux Lettres Ramai.
nes ,
j'enfussurpris.A la vûe
d'une Inscription sur Bronze
pour la Déesse du Peuple Bi - bractin,laquelleestconservée
dans le Cabinet de Mr Moreau
de Mautour, où je remarquay
de pareilles Lettres.
Je doutay de l'antiquité de i'Jnjcriptwn; mais lorsquej'eus
prisgarde que nous avionsplusieurs
MedaillesConsulaires
dont les Legendes n'estoientpas
si bien écrites que celles des
Medailles du haut Empire
fr compris qu'une Inscription
pourvoitestre antique & malécrite
tout ensemble, & que
souventmesme la difformité de
ces Lettres étoit une marque
dune plusgrande antiquité.
Maislorsque je vis les
Tombeaux des Soldats de lahuitième
Legion qui furent
trouvez àStrasbourgen1663.
e,,,7 dontBebel fait la description
,
je connus qu'une Inscription
pouvoit estre mal écrite
~& avoir estéfaite dans le
haut Empire, c'est-à-dire, au
temps qui nous a laissé les pltiè
telles Inscriptions
, car enfin
voilà lesEpitaphes dont ils*a*
gif.-
On lit sur les trois
premiers Tombeaux.
LEG. VIII. AVG.
Sur le quatriéme
Tombeau.
LEG.VIII. AG.
L'Impression n'a pû
imiter icy les Caracteres
malformez de ces
InscriptionsJe suisfasché
de diminuer en cela
le
-
plaisir des Curieux,
plaisir que j'approuve
,puisque la curiositéantique
est une
espece de joüissancedu
tempspassé. Si quelqu'un
deces Sçavants
a citationsGrecques &C
Latines
,
blasme l'incertitude
qu'on voit
chez les Antiquaires,
je luy répondrais volontiers:
Des Livres Grecsoriginaux
Vous croyez, concevoir les
objcurespensées
Mais souvert elles sont
encorpluseffacées
Que les Inscriptionsqu'on
trouve aux vieux Tombeaux.
L'Auteur prouve enfuite
que ces Inlcrip-^
tiens quoyque mal
écrites, sont neanmoins
du temps de la
plus belle Antiquité.
Premierement , dit - il,
elles Ifr-sontpointdu bas EriJpire,
car il n'yavoit en ce
tempslà que deux Legions
d'August
,
l'une en Thrace
> &l'autre dans [Jllllirie
, encore
partoit-elle le nom de Pre-
~torienne,d''Etrangère,
nomque celle-cyneporte pas.
Elles sont donc du hau-
Empire jCT mesme du comt
mencement del'Empire,carce
riefîoit qu'en ce temps-là qu'il
y avoit une huitième Legion
qui porta le nom d'Auguste.
Nous la voyons en quartier
sur le bord duRhin dans le
Pays des Vangions & des
Tribocces t1
,
pendant l'Empire
de Tibere,& nous Ij voyons
encore sousl'Empire d'Antoninaurapport
de Ptolemée,
aprés que L'histoire n'en parle plus.
Les Soldats de cette Legion
furent donc enterrez à Strasbourg,
bourg, ou sous l'Empire de
Tibere ousous l'Empire d'An-:
tonin. Desçavoir precisement
le temps de leur sepulture
,
je
crois que ce riefl pas une chose
aisée.
LesInscriptions de la Republique
ancienne oudu bas
Empiresontmalécrites parce
qu'au temps de Republique l'écriture
Romainen'avoit pas
encoresa perfection
, &qu'au
temps du bas Empire, elle l'avoit
perduë C'estainsi
que les Medaillesd'Albinfrapées
dans les Gaules ont des
A. Gaulois : que l'Inscription
de la Déeffi de Bibraaé., a
des R. &des T Gaulois, &
que lesEpitaphes de Strasbourg
dont nous venons de parler
,
ont des Lettres toutes Gauloises.
Nevoyons-nouspas encore
aujourd'huy que les Allemands
qui ont retenu quelques-unes
des manieresGauloisesnesçauroientformerune
Lettre Romainesans
en alterer lasimplicité.
Ils nepeuventse resoudre
àfaireunI. qui estlaplussimple
de toutes les Lettres,sans
y ajouster quelque ornement.
Je suis,Monsieur
,
vostre ,
Cm,r.
doivent mettre
dans leur Journal du
mois prochain une
Dissertation en forme
de Lettre dont je vais
vous donner l'extrait,
sur lafoyque j'ay du
bon choix qu'ils sçavent
faire des Pieces
,
car je n'ay par moymesme
nulleérudition
sur les Monuments ,&
sur les InfcriptiowKantiques.
Cette Lettre cft
du P.fE.J.
-.
J'ay V€U.,Monjteurxles
Monuments etantiquitéde la
capitale desLeuquois, qu'on a
trouvez prés de Leucey dans
le pays des anciens Leucois ou
Leuciens ; & à' ce nom de
Leucey
3
je vous avoue que
j'ay cru avoir trouvé la capi.
tale decepeupleGaulois qu'on
cherche encore AUjourd'huy
Pour rendre mon systême
probable, aprés avoir
avoüé que Toul étoit la premiere
Ville de Leuciens du
temps dePtolemée 3je montrerois
quellen'est devenuë leur
capitale que par laruine d'une
Villeplusancienne qui portoit
leur nom.
N'est-ce pasainsi que nous
prouvons que Treves étoit la
capitale du pays Trevois ?
Met!{j de celuy quon nom-
tnoit Mediomatrices;
Reims, des Rémois, Soisson),
des Sucssonnois ,
Amiens
,
des Ambianois
, Chartres,des Carnutes, Le
Mans
,
des Cenomans, Pa-
- ris,desParisiens,Sens
,
des
Senonois, & Langres, des
Lingonois? Toutes les capitales,
disons-nous, ont pris le
nom de leurs Peuples,excepté
celles de la Province Romaine.
& les Villes voisines (font les
Romains avoientfixéou changé
le nom, comme Aquæ
Sextiæ, Lugdunum, Vesontio
,
Augustodunum.
Puisdonc que noustrouvons
au milieu du Peuple appellé
anciennementLeuci un lieu
nommé Leucey , ne devonsnous
doncpascroire que le Lieu
quiporte le nom du Peuple qui
l'environne
, en estla capitale
?
Le P. l£ refuteenfuite
l'opinion de feu
Mrl'AbbéRiquet.
Ilavoitdonné, dit-il,aux
Leuquois une Capitale qui
n'étoitpas mesmede leur Pays,
car si noussuivons la division
des anciens Dioceses qui a esté faite Sur Ii division
des anciens Peuples del'Empire
,
Gran devoit estre du
Pays de Langres, parce qu'-
elle a esté long-temps du mesme
Diocese.
Gardez-vous bien de croire
ne nmoins, Monsieur, que le
donnedans cette illusion; ou--*
tre que les Capitales n'ont pris
le norll de leurs Peuples que
quand leurs Tyrans leur ont
oste le leurpropre,& en un
temps où elles ne pouvoient
tftre ni connues aux Geographes,
ni mesme aux Geographes
du bas Empire ,
fuis
qu'elles ont gardé leur nom
jtiféJu'à ce temps-là.
L'Auteur soutient
ensuite le caractere
d'un veritable Sçavant,
qui ne refute
point l'opinion des autres
par l'envied'établir
les siennes.
Je n'aime point
,
dit-il
, à changer les bornes que nos
peres ont posées; re puisque
Toul a toûjours esle la Capitale
des Lo ucois, je ne luy disputeray
point ce nom. Je
conviendray que ma regle n'cft
pasgenerale,&que les Mandubiens
,
les Nerviens
,
les
Menapiens, &plusieurs autres
Peuples avoient des Capitales
à qui ils n'ont paslaissé
leur nom; que l'Analogie du
nom est une preuvelegere lorsquellerieftpasappuyéed-
'ail*
leurs; & qu'enfin quand on
auroit trouvé à Lucey mesme
les Monuments d'antiquité
qu'on a trovuez auxenvirons,
je ne prétendrons point me signaler
par une nouvelle OPInion
capable de m'attirer tous
les Antiquairessur les bras.
LeP.l'E.propose
sansopiniastreté une
opinion nouvelle;c'est
ce qui la rend plus
probable. Un Sçavant
qui n'est point aveuglé
par ses préventions.,
voit plus clairqu'un
autre.
Il rassure ensuite un
de ses Amis sur un
doute qu'il a.
Vous craigne^ fort, luy
dit-il
, que les Monuments
qu'on a trouvez cbek vous ne
soientpasantiques,parce qu'il
ne vous paroist pas que certaines
Lettres qu'on voitsur une
petite Urne lachrymale qui
fait une partie de ces Monuments,
soient de la beauté que
font ordinairement les Lettre.s.-
Romaines dans les Inscriptions
antiques Pensez-vous
quil n'y paiffi avoir d'Inscription
antique si elle n'efi bien
écrite?
Je vous avoüeray que j'ay
estémoy-mesme en cette erreur.
Lapremierefois que je vissur
les Medailles d'Albin des A.
qui navoient pasla simplicité
ordinaire aux Lettres Ramai.
nes ,
j'enfussurpris.A la vûe
d'une Inscription sur Bronze
pour la Déesse du Peuple Bi - bractin,laquelleestconservée
dans le Cabinet de Mr Moreau
de Mautour, où je remarquay
de pareilles Lettres.
Je doutay de l'antiquité de i'Jnjcriptwn; mais lorsquej'eus
prisgarde que nous avionsplusieurs
MedaillesConsulaires
dont les Legendes n'estoientpas
si bien écrites que celles des
Medailles du haut Empire
fr compris qu'une Inscription
pourvoitestre antique & malécrite
tout ensemble, & que
souventmesme la difformité de
ces Lettres étoit une marque
dune plusgrande antiquité.
Maislorsque je vis les
Tombeaux des Soldats de lahuitième
Legion qui furent
trouvez àStrasbourgen1663.
e,,,7 dontBebel fait la description
,
je connus qu'une Inscription
pouvoit estre mal écrite
~& avoir estéfaite dans le
haut Empire, c'est-à-dire, au
temps qui nous a laissé les pltiè
telles Inscriptions
, car enfin
voilà lesEpitaphes dont ils*a*
gif.-
On lit sur les trois
premiers Tombeaux.
LEG. VIII. AVG.
Sur le quatriéme
Tombeau.
LEG.VIII. AG.
L'Impression n'a pû
imiter icy les Caracteres
malformez de ces
InscriptionsJe suisfasché
de diminuer en cela
le
-
plaisir des Curieux,
plaisir que j'approuve
,puisque la curiositéantique
est une
espece de joüissancedu
tempspassé. Si quelqu'un
deces Sçavants
a citationsGrecques &C
Latines
,
blasme l'incertitude
qu'on voit
chez les Antiquaires,
je luy répondrais volontiers:
Des Livres Grecsoriginaux
Vous croyez, concevoir les
objcurespensées
Mais souvert elles sont
encorpluseffacées
Que les Inscriptionsqu'on
trouve aux vieux Tombeaux.
L'Auteur prouve enfuite
que ces Inlcrip-^
tiens quoyque mal
écrites, sont neanmoins
du temps de la
plus belle Antiquité.
Premierement , dit - il,
elles Ifr-sontpointdu bas EriJpire,
car il n'yavoit en ce
tempslà que deux Legions
d'August
,
l'une en Thrace
> &l'autre dans [Jllllirie
, encore
partoit-elle le nom de Pre-
~torienne,d''Etrangère,
nomque celle-cyneporte pas.
Elles sont donc du hau-
Empire jCT mesme du comt
mencement del'Empire,carce
riefîoit qu'en ce temps-là qu'il
y avoit une huitième Legion
qui porta le nom d'Auguste.
Nous la voyons en quartier
sur le bord duRhin dans le
Pays des Vangions & des
Tribocces t1
,
pendant l'Empire
de Tibere,& nous Ij voyons
encore sousl'Empire d'Antoninaurapport
de Ptolemée,
aprés que L'histoire n'en parle plus.
Les Soldats de cette Legion
furent donc enterrez à Strasbourg,
bourg, ou sous l'Empire de
Tibere ousous l'Empire d'An-:
tonin. Desçavoir precisement
le temps de leur sepulture
,
je
crois que ce riefl pas une chose
aisée.
LesInscriptions de la Republique
ancienne oudu bas
Empiresontmalécrites parce
qu'au temps de Republique l'écriture
Romainen'avoit pas
encoresa perfection
, &qu'au
temps du bas Empire, elle l'avoit
perduë C'estainsi
que les Medaillesd'Albinfrapées
dans les Gaules ont des
A. Gaulois : que l'Inscription
de la Déeffi de Bibraaé., a
des R. &des T Gaulois, &
que lesEpitaphes de Strasbourg
dont nous venons de parler
,
ont des Lettres toutes Gauloises.
Nevoyons-nouspas encore
aujourd'huy que les Allemands
qui ont retenu quelques-unes
des manieresGauloisesnesçauroientformerune
Lettre Romainesans
en alterer lasimplicité.
Ils nepeuventse resoudre
àfaireunI. qui estlaplussimple
de toutes les Lettres,sans
y ajouster quelque ornement.
Je suis,Monsieur
,
vostre ,
Cm,r.
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Résumé : Lettre du P. l'E. J. [titre d'après la table]
Dans une lettre adressée aux Messieurs de Trevoux, l'auteur, le P. l'E.J., sollicite la publication d'une dissertation dans leur journal. Ne possédant pas d'érudition personnelle sur les monuments et inscriptions antiques, il propose une hypothèse sur la capitale des Leuquois, un peuple gaulois. Selon lui, Leucey, un lieu où des monuments antiques ont été découverts, pourrait être cette capitale. Pour étayer cette théorie, il compare avec d'autres capitales gauloises dont les noms correspondent à ceux de leurs peuples respectifs. L'auteur conteste ensuite l'opinion de l'abbé Riquet, qui situait la capitale des Leuquois en dehors de leur territoire. Il explique que les capitales gauloises portaient souvent le nom de leurs peuples, à l'exception de celles des provinces romaines. Il reconnaît cependant que cette règle n'est pas universelle et que certains peuples avaient des capitales sans lien nominal avec leur nom. L'auteur introduit une opinion nouvelle concernant les inscriptions antiques. Il affirme que ces inscriptions peuvent être mal écrites mais authentiques. Il cite des exemples de médailles et inscriptions anciennes mal orthographiées, comme celles des tombeaux des soldats de la huitième légion trouvés à Strasbourg. Il conclut que ces inscriptions datent du haut Empire romain, une période où l'écriture romaine n'était pas encore parfaitement standardisée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 56-60
ANTIQUITEZ.
Début :
On a découvert au mois de Mars dernier des monumens [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et médailles, Pierre, Église de Notre-Dame de Paris, Antiquité
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texteReconnaissance textuelle : ANTIQUITEZ.
ANTIQVÎTEZ.
Ona découvert au mois
de Mars dernier des monumens
d'Antiquité dansl'Eglisede
Notre-Dame dcP-aris
: la nouvelledécoration
duChoeur,oùl'ont ravaille,
a donné occasion de construireune
Cave pour lasépulture
des Archevêques:
aprés avoir creusé la terre
jusqu'à quinze pieds de profondeur,
on trouva dans les
fondemens d'un vieux mur,
plusieurs grandes pierres
quarrées ornées de bas-reliefs,
avec une Inscription,
qui marque que fous le Regne
de Tibere la Communauté
des Batteliers Parisiens
aconstruil un Autel à
Jupiter.
TIB.CÆSAREAUG.
JOVIOPTUMO MAXSUMO
NAUTÆ PARISIACI
PUBLICE POSIERUNT.
Sur les autres faces de cette
pierre, sont desfigures d'hommes
armez de lances & de boucliers
, entre plusieurs caracteres
,
qui sont gravez sur les
rebords de la pierre, & qui
laplupart sont effacez; on lit
d'un côté, F-uitisEsd'un
autre, SENANI.
Sur les deux faces d'une att.
tre pierre on voit en bas-relief,
la figure d'un Vulcain,
& d'un Jupiter avec ces mocs:
VOLCANUSJOVIS. Sur une autre
face estcelle d'unhomme,
qui frappe un arbre avec une
coignée:au-dessus on lit, Esus;
&sur la quatriéme face, sont
trois oiseaux posez sur le corps
d'un Taureau ; on lit au-dessus,
TARVOS TRIGARANUS.
Sur les quatre faces d'une
troisiéme pierre, on voit les
figures de Castor, de Pollux,
d'un homme qui combat contre
un Serpent, & d'un Vieillard
ayant deux grosses cornes
à la telle, au-deuus duquel
on lit, CERNUNNOS.
| Il y a de quoy exercer la
curiosité des Antiquaires:
Monsieur Baudelot, & Monsieur
Moreau de Mautour,
de l'Acacemie Royalle des
Inscriptions, ont travaillé sur
ces monumens ; quand je
sçauray ce qu'ils ont pensé &
écrit là-dessus,j'en feray part
auPublic.
Ona découvert au mois
de Mars dernier des monumens
d'Antiquité dansl'Eglisede
Notre-Dame dcP-aris
: la nouvelledécoration
duChoeur,oùl'ont ravaille,
a donné occasion de construireune
Cave pour lasépulture
des Archevêques:
aprés avoir creusé la terre
jusqu'à quinze pieds de profondeur,
on trouva dans les
fondemens d'un vieux mur,
plusieurs grandes pierres
quarrées ornées de bas-reliefs,
avec une Inscription,
qui marque que fous le Regne
de Tibere la Communauté
des Batteliers Parisiens
aconstruil un Autel à
Jupiter.
TIB.CÆSAREAUG.
JOVIOPTUMO MAXSUMO
NAUTÆ PARISIACI
PUBLICE POSIERUNT.
Sur les autres faces de cette
pierre, sont desfigures d'hommes
armez de lances & de boucliers
, entre plusieurs caracteres
,
qui sont gravez sur les
rebords de la pierre, & qui
laplupart sont effacez; on lit
d'un côté, F-uitisEsd'un
autre, SENANI.
Sur les deux faces d'une att.
tre pierre on voit en bas-relief,
la figure d'un Vulcain,
& d'un Jupiter avec ces mocs:
VOLCANUSJOVIS. Sur une autre
face estcelle d'unhomme,
qui frappe un arbre avec une
coignée:au-dessus on lit, Esus;
&sur la quatriéme face, sont
trois oiseaux posez sur le corps
d'un Taureau ; on lit au-dessus,
TARVOS TRIGARANUS.
Sur les quatre faces d'une
troisiéme pierre, on voit les
figures de Castor, de Pollux,
d'un homme qui combat contre
un Serpent, & d'un Vieillard
ayant deux grosses cornes
à la telle, au-deuus duquel
on lit, CERNUNNOS.
| Il y a de quoy exercer la
curiosité des Antiquaires:
Monsieur Baudelot, & Monsieur
Moreau de Mautour,
de l'Acacemie Royalle des
Inscriptions, ont travaillé sur
ces monumens ; quand je
sçauray ce qu'ils ont pensé &
écrit là-dessus,j'en feray part
auPublic.
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Résumé : ANTIQUITEZ.
En mars dernier, des monuments antiques ont été découverts dans l'église Notre-Dame de Paris lors de la rénovation du chœur. La construction d'une cave pour les sépultures des archevêques a révélé des pierres ornées de bas-reliefs et d'inscriptions. Une inscription indique que sous le règne de Tibère, la communauté des bateliers parisiens a érigé un autel à Jupiter. Les pierres portent des représentations de Vulcain, Jupiter, Esus, Tarvos Trigaranus, Castor, Pollux, un homme combattant un serpent, et Cernunnos. Des caractères partiellement effacés, tels que 'F-uitis' et 'SENANI', sont également présents. Les antiquaires Monsieur Baudelot et Monsieur Moreau de Mautour de l'Académie Royale des Inscriptions ont étudié ces monuments. Les résultats de leurs recherches seront partagés ultérieurement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 62-81
Extrait de quelques reflexions par Mr M. D. M.
Début :
Pour juger du merite & de l'antiquité de ces [...]
Mots clefs :
Antiquité, Pierres, Paganisme, Église, Règne, Romains, Homme, Figure, Roi, Saint
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de quelques reflexions par Mr M. D. M.
Extrait de quelquesreflexions
par Mr M. D. l'vf.
Pour juger du
merite 5cde l'antiquitéde
ces monuments, il faut
distinguer deux temps, celuy
où ces pierresont esté
posées pourservir de son-i
dationsà un gros mur,&
celuy auquell'inscription
& les bas-reliefs ont esté
fats.
Le Roy Robert. qui
succeda à Hugues - Capec
son pere en 996. commença
l'Eglise deNostre-
Dame.
Avant le Roy Robert
il yavoit eu une autre ancienne
Eglise sur lesdémolirions
de laquelle on avoir
elevélanouvelle;l'on peut
prouver que les pierres
nouvellement découvertes
ont, par rapportàl'endroit
droit ou elles avoient esté
posées,une époque beaucoup
plus reculée que celle
du Roy Robert.
En effetdutemps. de
ChilpericRoy deSoissons
& de Paris,en595.Fredegondesa
veuve se transporta
dans cette Eglise
avec les threfors qu'elle
avoir,&fut reçue par Ragnemond
Eveique de Paris
successeur de (ainç Germain,
dont il est parlé dans
saint Gregoire de Tours.
Il n'y avonir qu'un lieçle
que nos Rois estoient en
possession de Paris lorsque
cePtélat écrivit son histoire.
,j'-:
On sçait d'ailleurs que
quand les premiers Chrestiens
eurent obtenu des
Empereurs le libre exercice
de leur Religion, les
Parisiensfirent bastir à la
pointe orientale de risle,
qui compose aujourd'huy
la Cité, une Chapelle dédiée
a la Vierge, à saint
Estienne)&àsaint Denys,
& l'onprétend que c'est
celle de saint Denys du Pas.
1 Ce ne feroit donc que
j dans la suite qu'ilyauroit
.- eu une seconde Eglisebat
flie par Childebert
vers l'an 522 & c'est
du temps de cette construâion
que l'on pourroit
conclure que les pierres
,
dont il s'agit auroient ser- videfondement.
,. 1 Ces pierres provenues
sans doute de quelques débris
d'Autels, ou autres
monuments du paganisme,
marquent en mesme
temps la destruécton- de
l'Idolâtrie dans Paris Se
le progrez que la Religion
y avoit fait depuis que
saintDenys y avoic prescherirvangile.
Plaine
Denys fut envoyé dans les
Gaules Tanzjo. la premiere
du regne de Trajan
Dece ,
fous le Pontificat
de saintFabien21 Pape.
Le Paganisme ne fut
aboliqu'en 312. après la
conversîon deConstantin
le Grand
Les peuples au delà du
Rhin depuisappeliez
François, entrèrent dans
les Gaules en 415*-.-• &
Merouée,aprèsla more
d"Àftius General des Romains,
se rendit maistre
de Paris, d'Orléans, Sens
& autres Villes vers l'an
455..TW£**43KJ£t>
ak Ensuite les François qui
la pluspartestoient Payens
idolatres
,
cesserent de
l'estre après la conversion *
du grand Clovis
, qui sut
baptisé en 416. & enfin
tout ce qui restoit de Temples
& de monuments du
Paganisme fut détruit l'an
554. par un Edit de Childebert,
ainsi ce feroit par
reconnoissance pour la
memoire de ce Prince, à
qui on attribue la fondation
de cerce seconde Eglise
,
qu'on avoic placé
son effigie la premiere de
nosvingnt-huit répresentées
sur le frontispice de
Nostre-Dame.
Cette premiere Epoque
du tem ps où les pierres
en question ont esté pofées
dans l'endroit où nous
les trouvons, nous conduit
à celle du temps de
Tibere, marquéeparl'inf.
cription qui est sur l'une de
ces pierres,dont voicy l'explicarion.
Sous leRegne de Tibère
CesarAuguste les Bateliers
Parisiens ont consacré publiquement
cet AutelaJupiter
tres-bon & très-grand - Sur les trois autres saces
de la mesme pierre on
voir en bas
-
relief des demi
figures, dont quelques
unes sontmutilées,d'hommes
vestus d'une espece
de tunique. Ily en a trois
dont chacun tient; une
lance avec un bouclier,
surl'un des costez on lit,
DENANI. Sur un autre
on lit E VRISES: & sur
un autre on lit .S B NA N I- v. I L O M les aay
[res lettres sonteffacées.
Par l'assemblage qu'on
a fait de deux autres pierres
qui se ra pportent l'une
à l'autre, & qui forment
une espece de cipe ou de
pilastre quarre presque
entier ,
de la hauteur de
trois pieds quatre pouces,
& de la largeur de deux,
pieds & demi. Il y a Curt
l'une des faces de ces deux
pierres qui n'en font qu'-
une
une la figuredeVulcain,
au dessus on lit VOLCANVS.
Sur une autre face
on voit une figure de Jupicer
debout, au dessus on
litI O VIS. Sur la face qui
fuit est la figure de profil
d'un homme qui, ayant le
bras droit élevé, tient de
la main droite une hache
dont il paroist vouloirabbattre
les branches d'un
arbre qui est devant luy.
On lit au dessusE SV S, &
sur la quatrième face on
voit entre des feüillages
trois oiseaux, dont l'un est
posésurlateste,& les deux
autres sur le corps d'un
taureau,au dessus on lit:
TARVOS TRIGARANVS.
La troisiéme pierre qui
a deux pieds trois pouces
de largeur, & un pied &
demi de hauteur, a d'un
cossé un homme de face,
on litCASTOR.Lecofté
qui iuit reprefenre une figure
à peu prés semblable,
qui ne peut estre que POL-
1vx.
Sur une autre face est un
vieillard avec de grandes
cornes, dans chacune desquelles
est passé un gros
anneau, on lit au dessus,
CERNVNNOS. Sur la
derniere face est la figure
d'un jeune homme tenant
de sa main gauche une
massuë, dont il menace un
Serpent qui paroist s'élever
contre luy au dessus
font quelques lettresfugitives
,
dont on ne découvre
que SI. R. le reste
esteffacé.
Il y a une quatrième
pierre, ayant à chaque
casié deux demi figures
deilinées d'un bon goust.
& sans infcriprion
:
elles
representent un homme
couvert d'une cuirasse à la
Romaine, tenant une lance
de la main droite, Lk
à coHe une femme coeffée
& vestuë comme nos
plus belles figures antiques
avec unbrasselet au
bras droit qui est nud.
Avant de faire quelques
observations sur ces
antiquitez qui font toutes
à peu près du temps de
Tibere,qui a régné vingttrois
ans, & est mort l'an
de salut37.Il estnecessaire
de ra ppeller succinctement
le temps qui a précédé
le regne de cetEmpereur
, par rapport aux
Parisïens ôc à leur Ville.
Les Romains avoient
desja conquis la Gaule
Narbonnoiie , Se receu
dans leur alliance quelques
autres Provinces de
la Celtique lorsqu'ils envoyèrent
une armee au
delà des Alpes fous la conduite
de Ju l es Cefar, tant
pour secourir leurs Alliez,
que pour loumettre le relie
des Gaules. La petite
ville deLuteceefroit pour
lors ca pitaledes Parviens ,
lesquels saisoien partie
des soixante & quatre peuples
separez en Citez disferenres,
quicomposoient
la Nation Gauloile avanc
les conquestes de Cesar.
lurece, ainsiqu'il est
rapportédans ses Commenraires,
fut soumise aux
Romains, après avoir resisté
deux fois à leur armée
commandée par Labienus
un des Lieutenants de Cefar.
Ce grand Capitaine
en avoic trouvéle(èjourfi
commode
,
qu'il y aVÇ>i.t
transféré les Estats Généraux.
Apres qu'il se fut
rendu maistre des Gaules,
la plus grandepartie, ainsi
que laVille de Lutece,
demeura fous la domination
des Romains pendant
environ 500. ans, car ce
ne fut que fous le règne
de Clovis
, comme jel'ay
desja remarqué, que nos
Ancestres s'affranchirent
entièrement de l'Empire
Romain, 7^
"i. Or les Gaulois estant
alors jainsi que les Romains,
engagez dans les
erreurs du Paganisme, adoroient
presque les mesmes
Divinitez
}
fous des
noms dlfferens, Jupiter,
Apollon, Mars & Mercure.
C'estoit chez les Gaulois,
YharanJ Mitra, Hesus, &
Theutates. Cesmonuments
que nous venons de décrire,
marquent que fous
le regne de Tibere, ils
avoient conservéd'autres
Dieux particuliers, te ls
que pouvoienteftreTARVOS,
TIGARANVS
,
& ce
vieillard à deux cornes,
qui a pour infcriprion
CERNVNNOS,comme
pour dire cornutus ; car cer
en langueCeltique, veut
dire corne, &c.
Mr M. D.
par Mr M. D. l'vf.
Pour juger du
merite 5cde l'antiquitéde
ces monuments, il faut
distinguer deux temps, celuy
où ces pierresont esté
posées pourservir de son-i
dationsà un gros mur,&
celuy auquell'inscription
& les bas-reliefs ont esté
fats.
Le Roy Robert. qui
succeda à Hugues - Capec
son pere en 996. commença
l'Eglise deNostre-
Dame.
Avant le Roy Robert
il yavoit eu une autre ancienne
Eglise sur lesdémolirions
de laquelle on avoir
elevélanouvelle;l'on peut
prouver que les pierres
nouvellement découvertes
ont, par rapportàl'endroit
droit ou elles avoient esté
posées,une époque beaucoup
plus reculée que celle
du Roy Robert.
En effetdutemps. de
ChilpericRoy deSoissons
& de Paris,en595.Fredegondesa
veuve se transporta
dans cette Eglise
avec les threfors qu'elle
avoir,&fut reçue par Ragnemond
Eveique de Paris
successeur de (ainç Germain,
dont il est parlé dans
saint Gregoire de Tours.
Il n'y avonir qu'un lieçle
que nos Rois estoient en
possession de Paris lorsque
cePtélat écrivit son histoire.
,j'-:
On sçait d'ailleurs que
quand les premiers Chrestiens
eurent obtenu des
Empereurs le libre exercice
de leur Religion, les
Parisiensfirent bastir à la
pointe orientale de risle,
qui compose aujourd'huy
la Cité, une Chapelle dédiée
a la Vierge, à saint
Estienne)&àsaint Denys,
& l'onprétend que c'est
celle de saint Denys du Pas.
1 Ce ne feroit donc que
j dans la suite qu'ilyauroit
.- eu une seconde Eglisebat
flie par Childebert
vers l'an 522 & c'est
du temps de cette construâion
que l'on pourroit
conclure que les pierres
,
dont il s'agit auroient ser- videfondement.
,. 1 Ces pierres provenues
sans doute de quelques débris
d'Autels, ou autres
monuments du paganisme,
marquent en mesme
temps la destruécton- de
l'Idolâtrie dans Paris Se
le progrez que la Religion
y avoit fait depuis que
saintDenys y avoic prescherirvangile.
Plaine
Denys fut envoyé dans les
Gaules Tanzjo. la premiere
du regne de Trajan
Dece ,
fous le Pontificat
de saintFabien21 Pape.
Le Paganisme ne fut
aboliqu'en 312. après la
conversîon deConstantin
le Grand
Les peuples au delà du
Rhin depuisappeliez
François, entrèrent dans
les Gaules en 415*-.-• &
Merouée,aprèsla more
d"Àftius General des Romains,
se rendit maistre
de Paris, d'Orléans, Sens
& autres Villes vers l'an
455..TW£**43KJ£t>
ak Ensuite les François qui
la pluspartestoient Payens
idolatres
,
cesserent de
l'estre après la conversion *
du grand Clovis
, qui sut
baptisé en 416. & enfin
tout ce qui restoit de Temples
& de monuments du
Paganisme fut détruit l'an
554. par un Edit de Childebert,
ainsi ce feroit par
reconnoissance pour la
memoire de ce Prince, à
qui on attribue la fondation
de cerce seconde Eglise
,
qu'on avoic placé
son effigie la premiere de
nosvingnt-huit répresentées
sur le frontispice de
Nostre-Dame.
Cette premiere Epoque
du tem ps où les pierres
en question ont esté pofées
dans l'endroit où nous
les trouvons, nous conduit
à celle du temps de
Tibere, marquéeparl'inf.
cription qui est sur l'une de
ces pierres,dont voicy l'explicarion.
Sous leRegne de Tibère
CesarAuguste les Bateliers
Parisiens ont consacré publiquement
cet AutelaJupiter
tres-bon & très-grand - Sur les trois autres saces
de la mesme pierre on
voir en bas
-
relief des demi
figures, dont quelques
unes sontmutilées,d'hommes
vestus d'une espece
de tunique. Ily en a trois
dont chacun tient; une
lance avec un bouclier,
surl'un des costez on lit,
DENANI. Sur un autre
on lit E VRISES: & sur
un autre on lit .S B NA N I- v. I L O M les aay
[res lettres sonteffacées.
Par l'assemblage qu'on
a fait de deux autres pierres
qui se ra pportent l'une
à l'autre, & qui forment
une espece de cipe ou de
pilastre quarre presque
entier ,
de la hauteur de
trois pieds quatre pouces,
& de la largeur de deux,
pieds & demi. Il y a Curt
l'une des faces de ces deux
pierres qui n'en font qu'-
une
une la figuredeVulcain,
au dessus on lit VOLCANVS.
Sur une autre face
on voit une figure de Jupicer
debout, au dessus on
litI O VIS. Sur la face qui
fuit est la figure de profil
d'un homme qui, ayant le
bras droit élevé, tient de
la main droite une hache
dont il paroist vouloirabbattre
les branches d'un
arbre qui est devant luy.
On lit au dessusE SV S, &
sur la quatrième face on
voit entre des feüillages
trois oiseaux, dont l'un est
posésurlateste,& les deux
autres sur le corps d'un
taureau,au dessus on lit:
TARVOS TRIGARANVS.
La troisiéme pierre qui
a deux pieds trois pouces
de largeur, & un pied &
demi de hauteur, a d'un
cossé un homme de face,
on litCASTOR.Lecofté
qui iuit reprefenre une figure
à peu prés semblable,
qui ne peut estre que POL-
1vx.
Sur une autre face est un
vieillard avec de grandes
cornes, dans chacune desquelles
est passé un gros
anneau, on lit au dessus,
CERNVNNOS. Sur la
derniere face est la figure
d'un jeune homme tenant
de sa main gauche une
massuë, dont il menace un
Serpent qui paroist s'élever
contre luy au dessus
font quelques lettresfugitives
,
dont on ne découvre
que SI. R. le reste
esteffacé.
Il y a une quatrième
pierre, ayant à chaque
casié deux demi figures
deilinées d'un bon goust.
& sans infcriprion
:
elles
representent un homme
couvert d'une cuirasse à la
Romaine, tenant une lance
de la main droite, Lk
à coHe une femme coeffée
& vestuë comme nos
plus belles figures antiques
avec unbrasselet au
bras droit qui est nud.
Avant de faire quelques
observations sur ces
antiquitez qui font toutes
à peu près du temps de
Tibere,qui a régné vingttrois
ans, & est mort l'an
de salut37.Il estnecessaire
de ra ppeller succinctement
le temps qui a précédé
le regne de cetEmpereur
, par rapport aux
Parisïens ôc à leur Ville.
Les Romains avoient
desja conquis la Gaule
Narbonnoiie , Se receu
dans leur alliance quelques
autres Provinces de
la Celtique lorsqu'ils envoyèrent
une armee au
delà des Alpes fous la conduite
de Ju l es Cefar, tant
pour secourir leurs Alliez,
que pour loumettre le relie
des Gaules. La petite
ville deLuteceefroit pour
lors ca pitaledes Parviens ,
lesquels saisoien partie
des soixante & quatre peuples
separez en Citez disferenres,
quicomposoient
la Nation Gauloile avanc
les conquestes de Cesar.
lurece, ainsiqu'il est
rapportédans ses Commenraires,
fut soumise aux
Romains, après avoir resisté
deux fois à leur armée
commandée par Labienus
un des Lieutenants de Cefar.
Ce grand Capitaine
en avoic trouvéle(èjourfi
commode
,
qu'il y aVÇ>i.t
transféré les Estats Généraux.
Apres qu'il se fut
rendu maistre des Gaules,
la plus grandepartie, ainsi
que laVille de Lutece,
demeura fous la domination
des Romains pendant
environ 500. ans, car ce
ne fut que fous le règne
de Clovis
, comme jel'ay
desja remarqué, que nos
Ancestres s'affranchirent
entièrement de l'Empire
Romain, 7^
"i. Or les Gaulois estant
alors jainsi que les Romains,
engagez dans les
erreurs du Paganisme, adoroient
presque les mesmes
Divinitez
}
fous des
noms dlfferens, Jupiter,
Apollon, Mars & Mercure.
C'estoit chez les Gaulois,
YharanJ Mitra, Hesus, &
Theutates. Cesmonuments
que nous venons de décrire,
marquent que fous
le regne de Tibere, ils
avoient conservéd'autres
Dieux particuliers, te ls
que pouvoienteftreTARVOS,
TIGARANVS
,
& ce
vieillard à deux cornes,
qui a pour infcriprion
CERNVNNOS,comme
pour dire cornutus ; car cer
en langueCeltique, veut
dire corne, &c.
Mr M. D.
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Résumé : Extrait de quelques reflexions par Mr M. D. M.
Le texte de Mr. M. D. l'vf. explore l'histoire et les monuments de l'église Notre-Dame de Paris, en distinguant deux phases principales : la pose des pierres pour un mur et l'ajout des inscriptions et bas-reliefs. La construction de l'église actuelle a commencé sous le règne du roi Robert, qui a succédé à Hugues Capet en 996. Avant cette période, une autre église existait, comme en témoignent des pierres récemment découvertes, antérieures au règne du roi Robert. Le texte mentionne également des événements historiques liés à Paris. En 595, Frédégonde, veuve de Chilpéric, a visité Paris. Les premiers chrétiens y avaient construit une chapelle dédiée à la Vierge, à saint Étienne et à saint Denys. Une seconde église aurait été érigée par Childebert vers 522, utilisant des pierres provenant de monuments païens, symbolisant ainsi la destruction de l'idolâtrie et la progression du christianisme. Le paganisme a été aboli en 312 après la conversion de Constantin le Grand. Les Francs, initialement païens, se sont convertis au christianisme après la conversion de Clovis en 496. En 554, un édit de Childebert a ordonné la destruction des temples et monuments païens. Le texte décrit également des pierres antiques découvertes, datées du règne de Tibère, portant des inscriptions et des bas-reliefs représentant des divinités gauloises et romaines. Ces monuments illustrent la coexistence des croyances païennes et chrétiennes à Paris avant la conversion des Francs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 73-87
ANTIQUITEZ. LETTRE.
Début :
MONSIEUR, Ceux qui croyent que les anciens avoient le secret de [...]
Mots clefs :
Antiquité, Cercueils, Seine, Pierre, Coteau, Autel, Pouces, Romains, Village, Gaulois
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texteReconnaissance textuelle : ANTIQUITEZ. LETTRE.
ANTIQUITEZ,
LETTRE.
MONSIEUR,
Ceux qui croyent que les
anciensavoient le secret de
fondre les pierres, pourroient
appuyer leur opinion
sur une petite découverte
que j'ai faite il y a six mois.
En creusant une cave chez
moyontrouvaune boule ou
globe de pierre, d'environ
4pieds de diametreCe globe
était creux comme un
boulet de canon: on remarquoitune
espece de soudure
en cercle ; & comme on la
brifa en la tirant, je vis dans
l'épaisseur,qui étoit de quatre
pouces, quantité depetits
morceaux de fer enfermez
dans la matiere
,
qui
étoient comme de petits
liens qu'on avoit apparemment
mis exprés en la fondant
, pour entretenir la
liaison. Au reste cette matiere
étoit presque pourrie
par le temps; en forte que
tout s'enalla par morceaux,
dont j'ai reservé feulement
quelques-uns par curiosité.
Cela me fait souvenir d'une
autre découvertequi se
fit il y a environ vingr années
dans le même lieu,
qui est Bar sur Seine, Õc où
on trouva un autel qui pa-
, roissoit de pierre fonduë.
M. Perel,Avocat du Roy
à Bar sur Seine, faisant provigner
une de ses vignes,
& ses ouvriers creusant
leurs fossesassez à fond
commencerent , par hazard
cette découverte, qui fut
ensuite continuée par ses
ordres. On trouva dans
cette vigne, qui est à un
bon quart de lieuë de Bar
sur Seine, sur le penchant
d'un coteau, neuf cercüeils
de pierre, rangez trois à
trois de bout en bout, en
travers de la vigne & du
coteau, & vers le milieu,
sans presque aucun espace
vuide entr'eux, avec des
murailles à leurs côtez &
à l'un de leurs bouts; &
cette grosse pierre faite
comme un ancien autel a
l'autre bout, qui paroissoit,
commeje vous dis, de morceaux
fondus, avec des ornemens
moulez
,
& non
sculptez. J'ai vû cinq de
ces cercüeils en leur entier,
les autres ont étérompus
en les tirant de leur
place. Ils étoient d'une pierre
blanche, mêlée de petits
brillans
:
ils étoient tous de
même grandeur & de même
figure, & ont dans oeuvre
cinq pieds & demi de
long
, un pied & demi de
large,avec un pied de creux
à l'un des bouts, huit pouces
de large & de creux à
l'autre bout, & deux pouces
d'épaisseur par-tout.
Leurs couvertures étoient
de lamême pierre ôc du
même travail
,
figurées en
rond par le dehors, ôc
creuses de six pouces par le
dedans:mais toutes ont été
rompuës, & l'on n'en voit
que des morceaux, par où
l'on juge de leur nature &
de leur façon. Quant à l'autel,
il est en son entier,
tour d'une piece: il a quatre
pieds & demi de long,
vingt pouces de large, &
quarante de hauteur.Il s'est
trouvé des têtes & des os
dans tous ces cercüeils., qui
étoient pointez vers lorient,
& avoient l'autel à
leur pied, & c'est apparemment
pour les tourner de la
forte, que les cereüeils »-
voient été rangez, non pas
du haut en bas du coteau,
mais en travers, comme
je l'ai observé. Ce coteau senomme Devoye
,
&
est du finagedeMesrey,
village autrefois l'un des
fauxbourgs de Bar sur Seine
, d'une situation trésbelle
& trés-avantageuse,
sur le penchant d'une colline,
qui a l'Ourse d'un côté
, & l'Arce de l'autre
)
avec la Seine à ses pied.)
où ces deux rivieres se jettent
en moins de mil pas
de distance. Quelques-uns
disent que le nom de Mefrey
vient de Mesraint, l'un
des petits-fils de Noë :
mais les autres ne remontant
pas si haut, à cause
de la difficulté de la preuve,
se contentent de l'attribuer
à Mithra, Dieu ou
Décesse des Gaulois; comme
ils attribuent celui de
Baleno village voisin
,
à
Balenus,autre Dieu de nos
ancêtres; & ceux de Polis,
appellé Choiseüil depuis
quelques années, & de Pô"
lise, terre du même voisinage,
à Isis & à Osiris, en
joignant le nom de ces deux
Divinicez au mot Pol ou
Polus, qui signifie ciel ou
residence. Peut-être que
ce coteau étoit un hospice
ou une habitation des
Dieux, & que les corps
que contenoient les cercüeils,
avec l'autel à leur
tête,étoient ceux de quelques
Divinitez du pays; ou
plutôt, comme ce coteau
produit du vin trés-bon, il
étoit feulement consacré à
Baccus & aux Dieux de sa
suite, & que les morts des
cercüeils n'étoient que
quelques Sacrificateurs de
ces Divinitez Bachiques,
Druides ou autres. Et voila
ce que j'en sçai, & ce que
j'en juge. Al'égard du mot
de Ricci, qui se trouve sur
tous ces tombeaux
P
c'est
apparemment le nom du
bourg de Ricci, où ils ont
été fabriquez. Il y a trois
bourgs nommez Ricci, qui
ont reçu ce nom d'un Chef
des Helvetiens, c'est à dire
Suisses, appellé Rie. Les
troupes qu'il commandoit
étoient de trois differens
cantons. Elles inonderent
nos campagnes;Cesar,
qui les repoussa,ayant permis
à quelques-uns de ces
peuples vaincus d'habiter
cette contrée, ils bâtirent
trois grands bourgs, qui
sont ceux dont je vous par-
};
le. Ce que l'on croit de l'origine
des Ristous, ou Vicelois,
a de grandes apparences
de verité, & Confir-
I me bien ce qu'on dit de
: Bar sur Seine & de Bar sur
Aube, que ces deux villesassises
sur deux rivieres,
étoient les barres
ou barrièresdesHeduens,
ou anciens Autunois, &
les Ambobarriens, ouAmbarriens
deCesar, contre
le sentiment ordinaire de
ses interprétés. Jully Surfarce
,
village de ce voisinage,
oùsont lesrestes d'un
ancien & fort château, qu'-
en attribuë à cet Empereur,
aussi bien que ie nom de ce
lieu appelle en latin Juliafume
Et l'on peut dire encore
que les chemins Romains
qui traversent ce
pays de toutes parts, & les
medailles que l'on y rencontre,
en sont de fûres
marques. Ce qui pourroit
aussi faire croire que les
cercüeils de Devoye contenoient
plûtôt des corps,
de Romains, que des corps
de nos ancêtres:mais ce ne
sont peut-être ni des uns,
ni des autres, parce que les
Gaulois brûloient leurs
morts, au rapport même
de Cesar
,
& que les Romains
mettoient en la bouche
de ceux qu'ils enterroient
de petites pieces
d'or, d'argent &de cuivre,
pour payer à Caron le passage
du fleuve d'oubli; 6c
enfermoient quelquefois
des lampes ardentes avec
eux, pour servir à leurconduite
dans les tenebres
de l'autre monde:& l'on
n'a trouvé dans tous ces
cercüeils que des os & de
la terre, suivant l'observation
quej'en ai faite. Nean.
moins on peut penser que,
comme les Romains brûloient
par honneur quelques-
uns de leurs morts,
les Gaulois par la même
raison enterroient quelquesuns
des leurs, & que
ceux des cercueils étoient
de ce nombre, & apparemment
de quelque illustre
famille de Bar sur Seine,
qui avoir choisi la sepulture
dans sa vigne, comme
le bon pere Abraham
avoit choisi la sienne &
celle de Ces enfans dans son
champ.
LETTRE.
MONSIEUR,
Ceux qui croyent que les
anciensavoient le secret de
fondre les pierres, pourroient
appuyer leur opinion
sur une petite découverte
que j'ai faite il y a six mois.
En creusant une cave chez
moyontrouvaune boule ou
globe de pierre, d'environ
4pieds de diametreCe globe
était creux comme un
boulet de canon: on remarquoitune
espece de soudure
en cercle ; & comme on la
brifa en la tirant, je vis dans
l'épaisseur,qui étoit de quatre
pouces, quantité depetits
morceaux de fer enfermez
dans la matiere
,
qui
étoient comme de petits
liens qu'on avoit apparemment
mis exprés en la fondant
, pour entretenir la
liaison. Au reste cette matiere
étoit presque pourrie
par le temps; en forte que
tout s'enalla par morceaux,
dont j'ai reservé feulement
quelques-uns par curiosité.
Cela me fait souvenir d'une
autre découvertequi se
fit il y a environ vingr années
dans le même lieu,
qui est Bar sur Seine, Õc où
on trouva un autel qui pa-
, roissoit de pierre fonduë.
M. Perel,Avocat du Roy
à Bar sur Seine, faisant provigner
une de ses vignes,
& ses ouvriers creusant
leurs fossesassez à fond
commencerent , par hazard
cette découverte, qui fut
ensuite continuée par ses
ordres. On trouva dans
cette vigne, qui est à un
bon quart de lieuë de Bar
sur Seine, sur le penchant
d'un coteau, neuf cercüeils
de pierre, rangez trois à
trois de bout en bout, en
travers de la vigne & du
coteau, & vers le milieu,
sans presque aucun espace
vuide entr'eux, avec des
murailles à leurs côtez &
à l'un de leurs bouts; &
cette grosse pierre faite
comme un ancien autel a
l'autre bout, qui paroissoit,
commeje vous dis, de morceaux
fondus, avec des ornemens
moulez
,
& non
sculptez. J'ai vû cinq de
ces cercüeils en leur entier,
les autres ont étérompus
en les tirant de leur
place. Ils étoient d'une pierre
blanche, mêlée de petits
brillans
:
ils étoient tous de
même grandeur & de même
figure, & ont dans oeuvre
cinq pieds & demi de
long
, un pied & demi de
large,avec un pied de creux
à l'un des bouts, huit pouces
de large & de creux à
l'autre bout, & deux pouces
d'épaisseur par-tout.
Leurs couvertures étoient
de lamême pierre ôc du
même travail
,
figurées en
rond par le dehors, ôc
creuses de six pouces par le
dedans:mais toutes ont été
rompuës, & l'on n'en voit
que des morceaux, par où
l'on juge de leur nature &
de leur façon. Quant à l'autel,
il est en son entier,
tour d'une piece: il a quatre
pieds & demi de long,
vingt pouces de large, &
quarante de hauteur.Il s'est
trouvé des têtes & des os
dans tous ces cercüeils., qui
étoient pointez vers lorient,
& avoient l'autel à
leur pied, & c'est apparemment
pour les tourner de la
forte, que les cereüeils »-
voient été rangez, non pas
du haut en bas du coteau,
mais en travers, comme
je l'ai observé. Ce coteau senomme Devoye
,
&
est du finagedeMesrey,
village autrefois l'un des
fauxbourgs de Bar sur Seine
, d'une situation trésbelle
& trés-avantageuse,
sur le penchant d'une colline,
qui a l'Ourse d'un côté
, & l'Arce de l'autre
)
avec la Seine à ses pied.)
où ces deux rivieres se jettent
en moins de mil pas
de distance. Quelques-uns
disent que le nom de Mefrey
vient de Mesraint, l'un
des petits-fils de Noë :
mais les autres ne remontant
pas si haut, à cause
de la difficulté de la preuve,
se contentent de l'attribuer
à Mithra, Dieu ou
Décesse des Gaulois; comme
ils attribuent celui de
Baleno village voisin
,
à
Balenus,autre Dieu de nos
ancêtres; & ceux de Polis,
appellé Choiseüil depuis
quelques années, & de Pô"
lise, terre du même voisinage,
à Isis & à Osiris, en
joignant le nom de ces deux
Divinicez au mot Pol ou
Polus, qui signifie ciel ou
residence. Peut-être que
ce coteau étoit un hospice
ou une habitation des
Dieux, & que les corps
que contenoient les cercüeils,
avec l'autel à leur
tête,étoient ceux de quelques
Divinitez du pays; ou
plutôt, comme ce coteau
produit du vin trés-bon, il
étoit feulement consacré à
Baccus & aux Dieux de sa
suite, & que les morts des
cercüeils n'étoient que
quelques Sacrificateurs de
ces Divinitez Bachiques,
Druides ou autres. Et voila
ce que j'en sçai, & ce que
j'en juge. Al'égard du mot
de Ricci, qui se trouve sur
tous ces tombeaux
P
c'est
apparemment le nom du
bourg de Ricci, où ils ont
été fabriquez. Il y a trois
bourgs nommez Ricci, qui
ont reçu ce nom d'un Chef
des Helvetiens, c'est à dire
Suisses, appellé Rie. Les
troupes qu'il commandoit
étoient de trois differens
cantons. Elles inonderent
nos campagnes;Cesar,
qui les repoussa,ayant permis
à quelques-uns de ces
peuples vaincus d'habiter
cette contrée, ils bâtirent
trois grands bourgs, qui
sont ceux dont je vous par-
};
le. Ce que l'on croit de l'origine
des Ristous, ou Vicelois,
a de grandes apparences
de verité, & Confir-
I me bien ce qu'on dit de
: Bar sur Seine & de Bar sur
Aube, que ces deux villesassises
sur deux rivieres,
étoient les barres
ou barrièresdesHeduens,
ou anciens Autunois, &
les Ambobarriens, ouAmbarriens
deCesar, contre
le sentiment ordinaire de
ses interprétés. Jully Surfarce
,
village de ce voisinage,
oùsont lesrestes d'un
ancien & fort château, qu'-
en attribuë à cet Empereur,
aussi bien que ie nom de ce
lieu appelle en latin Juliafume
Et l'on peut dire encore
que les chemins Romains
qui traversent ce
pays de toutes parts, & les
medailles que l'on y rencontre,
en sont de fûres
marques. Ce qui pourroit
aussi faire croire que les
cercüeils de Devoye contenoient
plûtôt des corps,
de Romains, que des corps
de nos ancêtres:mais ce ne
sont peut-être ni des uns,
ni des autres, parce que les
Gaulois brûloient leurs
morts, au rapport même
de Cesar
,
& que les Romains
mettoient en la bouche
de ceux qu'ils enterroient
de petites pieces
d'or, d'argent &de cuivre,
pour payer à Caron le passage
du fleuve d'oubli; 6c
enfermoient quelquefois
des lampes ardentes avec
eux, pour servir à leurconduite
dans les tenebres
de l'autre monde:& l'on
n'a trouvé dans tous ces
cercüeils que des os & de
la terre, suivant l'observation
quej'en ai faite. Nean.
moins on peut penser que,
comme les Romains brûloient
par honneur quelques-
uns de leurs morts,
les Gaulois par la même
raison enterroient quelquesuns
des leurs, & que
ceux des cercueils étoient
de ce nombre, & apparemment
de quelque illustre
famille de Bar sur Seine,
qui avoir choisi la sepulture
dans sa vigne, comme
le bon pere Abraham
avoit choisi la sienne &
celle de Ces enfans dans son
champ.
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Résumé : ANTIQUITEZ. LETTRE.
Le texte décrit deux découvertes archéologiques à Bar-sur-Seine. La première concerne une boule de pierre creuse, découverte lors du creusement d'une cave. Cette boule présente une soudure et des morceaux de fer à l'intérieur. Environ vingt ans auparavant, une autre découverte avait été faite dans la même région. Elle comprenait neuf cercueils de pierre, disposés en rangées dans une vigne, ainsi qu'un autel de pierre fondue. Les cercueils, de dimensions identiques, contenaient des os et étaient orientés vers l'est, avec l'autel à leurs pieds. Le coteau où ces objets ont été trouvés, nommé Devoye, est situé entre les rivières Ourse et Arce, près de la Seine. Le texte mentionne également diverses hypothèses sur l'origine des noms des villages voisins et sur la possible signification religieuse ou historique des découvertes. Il évoque la présence de chemins romains et de médailles, suggérant une influence romaine. Cependant, il est noté que les Gaulois avaient généralement l'habitude de brûler leurs morts, tandis que les Romains plaçaient des objets spécifiques dans les tombes. Ces éléments soulèvent des questions sur les pratiques funéraires et les influences culturelles dans la région.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 242-279
Discours de Monsieur Defaniere sur l'usage des feux & des illuminations dans les Festes sacrées & prophanes, [titre d'après la table]
Début :
Monsieur Defaniere fit l'ouverture de l'Académie Royale des Medailles & [...]
Mots clefs :
Feu, Religion, Cérémonies, Païens, Chrétiens, Sacrifices, Antiquité, Symbolisme, Juifs
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texteReconnaissance textuelle : Discours de Monsieur Defaniere sur l'usage des feux & des illuminations dans les Festes sacrées & prophanes, [titre d'après la table]
Monsieur Defanierefit
l'ouverture de l'Académie
Royale des Médailles &
Inscriptions, comme nous
lavons annonce - dans le
Mercureprécèdent, par un
Discours fort curieux sur
l'ulage desfeux 0- des illuminations
dans les Fesses facrées
& prophancs.
Il fit voir d'abord que
cet usageaesté sicolemnel
dans l'antiquité, qu'ils'est
confervé si religieusement
parmi toutes les Nations,
& qu'il en cil: parlé si souvent
-
dans les Auteurs facrez&
prophanes, tant
Hifioriens, Poëtes,qu'Orateurs,
que l'on peut dire
que c'est un des points qui
mérité le plus les recherches
des Sçavants. Cette
matière n'avoit point encore
estétrainée à fond,
& elleestoit si estendue &
si vaste qu'il estoit comme
impossible de l'épuisèr, &
tresdifficile de bien ranger
le grand nombre de faits
qu'elle comprend.
-
Pour y mettre quelque
ordre Monsieur Defaniere
adiviséson discours sur ce
lùjet en deux parties. L,"
premiere comprend les
faits qui regardent l'usage
des feux & des illuminai
tions par ra pport à la Religion
: & la fécondé
, ce
mesme usageen tant qu'il
'Ca employc dans les rejoiiifTances
publiques &
particulieres. Mais comme
letemps ne luy permit pas
de faire la levure de cette
Jerniere partie, il se borna
feulement à la premiere
qu:ildivisa en trois articles.
Le premier regardoit l'ufage
que les Juifs en ont
/f
fait pour le culte du veritable
Dieu,usage que Dieu
avoit non feulement ordonné
, mais pour ainsi dire
consacréluy-mesme. Le second traitoit des
abus que les Payens en ont
fait pour honorer les faux
Dieux.
Le troisiéme enfinestoit
employé à examiner si l'ufàge
que les Chrestiens
ont pû faire du feu & des
illuminations dans leurs
festes & dans leurs ceremonies
a fait & fait encore
partiede leur culte religieux.
- X iij
Mr Defaniere commence
l'article des Juifs par
une reflexion générale avant
d'en venir aux preuves
particulières. Il remarque
que Dieu suivant les
divines Ecritures,avoit fait
un choix particulier du
feu pour estre le symbole
de ses principaux attributs
; que par une bonte
singuliere pour ce peuple,
il avoit employé le feu,
pour luy donner quelque
legere idée deson adorable
Divinité par des signes
qui luy fussent proportionnez.
Mais il fallut encore
que les recompenses & les
chastiments en fussent inseparables.
Faut-il s'eflonneraprès
cela si le feu chez
ce peuple tenoit le premier
rang dans les plus augustes
ceremonies de leur Religion
,
si leurs sacrifices &
leurs festes en recevoient
tout leur éclat & leur perscâson,
& si un si précieux
gage estoit si religieusement
confervé dans leur
Temple? 1.
Mais pour faire voir une
espèce de
;
çonfècratiory
plus particulière de cet
élement
,
il fit voir que-
Dieu s'est represèntéplusieurs
fois luy mesmesous
la forme du feu, les exemples
que les Livres sacrer
Juy ont fourni pour prouver
sa prepofirion
,
l'ont
porté à en c.fiablir une autre
tirée necessairement de
la premiere
,
qu'il ne faut
pas après ce la s'efionner
que le culte souverain de
Dieu sesoit fait par le feu:
il trouve egalement de
quoy establir cettedernie- rspropositiondanspltir
sieurs endroits de l'Ecriture
où l'on voit le culte
que Dieu veut qu'il luy soit
rendu par lessacrifices &,
les holocaustes. Le feu sur
roue faifoic l'accom pliflcment
& la perfectionde
lis sacrifices par la consomption
qui s'y faisoitde
certaines parties des victimes
ou de toure la viéïime
dans le sacrifice de
l'holocauste, lequel à cau se
de cela estoit consideré
comme le plus excellent.
Mr Defaniere fit voir ci>.
fuite que Dieu s'est servi du
feu pour marquer que les
sacrifices luy estoient a.
gréables,enfaisant tomber
le feu du Ciel sur la
victime pour la consumer.
Il allégué l'exemple
du sacrifice d'Abel,celuy
fait pour la confècrarion
d'Aaron, celuy de Gedeon,
de David, de Salomon,
d'Helie, & celuy de Nehernie.
Il fit remarquer
que si le feu eftoicuniymbole
si desirable aux adorateurs
de laDivinité,qu'il
n'estoitpas moins formidable
aux transgresseurs
de la loy divine; que si
la bonté de ce souverain
maistre du monde se ma-
- nifeftoitainsi, savengeance
n'en éclattoit pas moins
contre ceux qui estoient
rebelles à ses ordres. Les
preuves qu'il tire de l'Ecriture
pour appuyer ce qu'il
avance dans cet endroit,
font assez voir que le feu
est l'instrument le plus ordinaire
dont Dieu s'est fer- fvi pour la punition des impies
& des insîdelles
,
&
- que c'estpar le feu qu'il
punie & qu'il punira ceux
qu'il a condamnez par fJ.
justice à estre tourmentez ;
éternellement pour leurs
crimes. Après avoir fait
voir l'usage que Dieu a saie
de cet element à l'égarddes
hommes, Mr Defaniere
passe à l'usage que les
hommes en ont fait pour
honorer Dieu
,1 Chez les Jyifs la plus 1
grande marque d'adora- 1
tion du Dieusouverain, I1
estoit le feu continuel qu.
on entretenoit sur l'Autel,
& dont le soin estoit commis
aux Prestres,&;;<jur
istoittellement lié avec le
Sacerdoce du Grand Prestre,
qu'il s'estieignit dés que
Jason (e fut empare de cette
dignité par de mauvaises
voyes. Il s'estoitconservé
auparavant tousjours
allumé & sans alteration,
cache dans un endroit du
Temple pendant les foixante
& dix années de la
captivité de Babylone. Il
ne fut esteint précisément
que dans le temps de l'extindion
du Sacerdoce, prérogative
qui fait çonnoiCtre
que le principal culte
extérieur de Dieu,confit
toit dans ce feu sacré.
Mr Defanïere n'a garde
de passer fous silence les
festes particulieres desJuifs
dans lefqueiles les illuminations
faisoient tousjours
la principalepartie de leurs
devotions & de leurs réioüissances,
non feulement
par rapport aux sacrifïces
qui avoient coutume d'y
cftre offerts, & que le feu
confumoit
,
mais encore
par rapport aux différentes
illuminations qu'on y adjouftoit
pour rendre ces
festes plus auguites.
Il y avoit la feste appellée
accenfio lucernarum à cause
de la quantité des lampes
qu'on allumoit en ce
jour; la feste appeUeecowbujlio
vulpium,en laquelle
en bruistoit des renards en
mémoire de l'histoire de
Sanson ,& generalement
la fin de toutes leurs grandes
fbtcmniccz
,
estoit accompagnéede
feux&d'itluminationsensigne
de
réj uiflance; au contraire
les jours de jeûne, c'etf à
dire,dans lesqûels ils faisoient
mémoire de quelques
évenemens funestes
à leur Nation,etfoientlurgauibforeiesnr&
ténébreux; ils
mesme un jeûne
particulier le 18. du mois
d'Ab à cause que la lampe
de la branche occidentale
du chandelier d'or quiertoit
dans le Templey fut
esteinte sous le regne du -
Roy AKas, regardant cet
accident comme un malheur
confiderable qui al- i
Joit porterungrand préju- 1
dice au culte qu'ils ren-
< doient à Dieu.? 4 A
A l'égard du fecond
article qui regarde l'usage
des feux & des illuminations
parmy les Payens ,
Mr Defaniere prouva sort
solidement que cet ufa ge
a esté un des points lesplus
dfentiels de leur Religion;
il allegua rAuteur du Livre
de la Sagesse pour faire
voir que ces peuples abandonnez
à leurs egaremens
:' se portèrent à rendre un
culte souverain à cet éler
ment;ils luydreiTerent des
Autels, luy firent cond
cruirc des Temples, luy
insticuerent des Sacrifices,
& luy establirent des Pree.
très. S. Augustin cherchant
lesmotifs de ce cul.
te parmy les Nations en
soupçonne deux principaux,,
le premier, la connoissance
que ces peuples
avoient que plusieurs victimes
avoient osté confumez
par un feu descendu
du Ciel, ce qui les portoit
a croire que ce ne
pouvoit estre qu'un Dieu
caché fous cette forme le-z
gere ,
l'autre motif , lex~
- perience qu'ils avoient du
mouvement continuel du
feu qui monte tousjours
en haut,ils s'imaginoient
peut-estre, que le feu est
une portiondela Divinité
qui est auCiel vers laquelle
il tend à se réunir en en-*
levant avec foi les victimes
; delà vient qu'ils
estoient persuadez que
plus il avoit paru d'activite
& de clarté dans les
sacrifices
,
plus la vic',Iimc
estoit receuë favorablement.
Mais Ciceron fournit
une raison plus plausi.
ble
,
lorsquil dit que IA
necefficé&.l'utilité ont
porté les hommes à qualisier
du nom de Dieu les
choses qui leur estoient
d'un plus grand secours &
dont ils avoient le plus de
besoin
,
c'est aussi ce qui
les engagea à avoir pour
le feu ce mesme ésgard ôc
a le considerer comme un
veritableDieu.
,
lt.
Le Soleil d'abord fut
l'objet de leurs adorations,
& peu de tems après le
feu qui en estoit une émanation
selon leur TIICOICH
gie, merita qu'onlui rendift
le mesmehonneur.
Les Egyptiens furent les
premiers qui lui rendirent
le culte souverain, & toutes
les nations les ont fuivies
sur cette croyance.
L'on apprend par les Auteurs
sacrez & prophanes,
que ce culte estoit répandu
generalement parmy
les Chaldéens, lesAssyriens,
les Medes, les Babylonieris
,
les Perfesles
Lybiens
,
les Grecs,les
Romains, les Germains
-
6c parmy les Celtes. Mr
Defaniere fit observer que
pour distinguer ce cuIre
d'avec celuy qu'ils addref.
soient au Soleil; ils y firent
présider de certaines
Divinirez qu'ils regardoient
comme le feu met
me, tantost c'estoit Vulcain,
tantost Vesta, tantotf
Promethée,& tantost Bacchus.
Il se trouve une aisez
grande conformitéparmy
toutes les Nations sur ca
qui regarde ce culte, s'il y
a quelque difference ce
n'est que sur les ceremonies
de leurs sacrifices,fut
le genre desvictimes,&
sur leurs Prestres. Les Perses
dans de certains jours
de l'année mettoient la Divinité
du feu sur un cheval
blanc, & luy faisoientfaire
plusieurs fois le tour de
leur Temple leurs Rois.
suivoient cette pompe accompagnez
de toute leur
Cour.
C'estoit une coustume
generale parmy tous ces
peuples de consèrver un
feu sacré dans leurs Temples
qu'ils regardoient
comme un gage précieux, : auquel estoit attachée la
durée de leurs Empires. il
y avoit des Prêtres desti-:
nez uniquement a cette,
fonction; les Chaldéens,
les Affynens, les Medes,
les Baby loniens & les Perses,
commettoient cesoin.
à des Mages nommez à
causede cela Pyrettes.
Parmi les Grecs la conservation
du feu sacré eitoic
confiéeà desVeuves,&
chez les Romains à des
Vierges que l'on appelloir
Vestales. L'on avoirattaché
à ce
ministeredespré
rogatives singuliéres&excelleLites.
1
cellentes
*, mais aussi la négligence
de ceux qui en
faisoient les fondions eftoit
punie avec la derniere
rigueur. Quand il arrivoic
par malheur que ce feu
s'esteignoit, il n'estoit pas
permis dele rallumer avaC
du feu ordinaire,on se fervoit
des rayons du Soleil
que l'on réunissoit avec un
instruméc qui formoic une
cavité triangulaire, qui par
sa forme rassembloit les
rayons au point de son centre,
afin de leur donner la
force d'enflammer la matiere
sur laquelle ondirigeoit
ce foyer de rayons.
Le Temple bastienl'honneur
de Vesta par Numa
Pompilius, n'estoit pas le
sèul à Rome où l'on conservoit
un feu sacre
,
l'on
enconservoit encore dans
les Temples des Dieux anciens.
Le feu estant reconnu
pour une Divinité parmy
toutes les Nations, on
Juy offroit par une consequence
necessaire des fa-s
crifices, mais les victimes
n'estoient pas lesmesmes
par tout. Les uns fc fervoiéc
d'animaux, & les autres de
victimes humaines; on ne
les égorgeoit point, mais
on les assommoit à grands
cou ps de massuë de bois,
Ces. sacrifices se faisoient
toujours avec grande ceremonie
& grandes dépenses
, les Prestres en tiroient
ordinairement quantité de
présages ;
si leurs divinations
ou augures se prenoient
du costé de la fumée
qu'ils y observoient,
ils les a ppelloientCapromanties,
s'ils les tiroient
du feu mesme ils les nommoient
Py romanries. Il
n'estoit pas permis de se
servir d'autre feu pour con.
fumer la victime que de ce
feu sacré; celuy qui auroit
estéassezhardy pourvouloir
l'esteindre avec de
l'eau, auroit passé dans l'efprit
du peuple pour un
athée, & auroit esté puni
sur le cham p.
L'entrée des Temples où
l'on con servoit le feu sacré
estoitfermé pendant la
nuit à tout le monde, &
pen dant le jour les hommes
avoient liberté seuleftiem
dentrer dans celuy
auquel les Prestres estoient
préposez, & les femmes
dans celuy dont les Preftrefles
avoient la garde;
de toucher ou regarder ce
feu passoit pour un sacrilege,
il en cousta la privation
dela veuë à Metellus
pour l'avoir voulu sauver
de l'embrasement dutem.-
ple de Vesta ; c'est ce qui
a porté plusieursNations à
ne point se servir du feu
pour bru ler les corps des
morts. Dioscoride rapporte
qu'un certain Persan
nomme Euphrates dessenditpar
cette raison de bruler
son corps a près sa morr,
dans la crainte où il etoit
que son attouchement ne
caufaft quelque soüilleure
a une chose si fainte & si
respectable.
Deux accidens fâche*'ux
pour le Dieu du feu luy
firent beaucoup perdre de
son credit parmy les peuples
,
l'un arriva par l'artifice
des Prestres de Canope
Dieu des Egyptiens
qui demeura victorieux du
Dieu des Pcrfes après un
desisolemnel fait entre ces
deux Nations sur le pouvoir
de ces deuxDivinitez;
le second lorsque l'Empereur
Heraclius ravagea
toute la Capadoce & la
Perse & en abolit le culte
dans plusieurs Provinces
de ce pays où il etoit
establi.
Passons presentement à
ce qui se pratiquoit dans
les Temples de ces Dieux.
Mr Defaniere se sert du
témoignage de Strabon,
par lequel l'on apprend
que parmi les Orientaux
au milieu de ces Temples
estoit un Autel, sur lequel
il y avoic de la cendre
pour couvrir ce feu qui
ne devoit jamais s'éteindre,
les Pyrettes leurs Mages
entroient tous les jours
dans ce Temple pour y
chanter pendant l'espace
d'une heure, se tenant
prosternez devant ceDieu,
ayant en leur main un
faisseau de verges, & sur
letesteunethiare de laine
qui leur couvroit la plus
grande partie du visage;
&asin de se rendre plus
respectables quand ils sortoient
de ces Temples,
ils avoient coutume de
porter une branche de
laurier dans une main,&
de l'autre un flambeau allumé.
L'antiquité Romaine
nous apprend que dans
le Temple de Vesta
,
il
n'y avoir aucun fimulacre
de Divinirez, que le feu
sacré y estoit conservé
dans une Urne de terre
suspenduë en l'air, que
les Vestales veilloient jour
& nuit successivement &
que le grand Pontife les
visitoitdetems en tems.
Tous les a£tes des Pavens
estoient tousjours accompagnez
de lumiéres, vouloient-
ils addresser des
voeux à quelques-uns de
leurs Dieuxou lesremercier
de quelque grace ou
bienfait qu'ils croyoienc
en avoir reccus; ils allumoientune
grande quantité
de lam pes devant leurs
Images & sur tout devant
celles des Dieux Lares &
des Dieux Penates; s'ils
faisoient des alliances &
des sermens ils en prenoient
le feu pour témoin
,
en un mot leurs foyers
estoient regardez comme
une chosesilainte qu'ils y
faisoient présider des Divinitez
particuliéres, ils
se servoientencore du feu
pour découvrir les coupables
quand leurs crimes
ntefioient pas bien averez
d'ai lleurs,on les faisoit
approcher de l'Autel de ce
,
Dieu, on leur ordonnoit
ensuite de poser la main
dessusle feu, &s'il arrivoit
qu'ils ne tesmoignassent
aucune émotion, on
les jugeoic innocens, &
on les renvoyoit absous.
Cette pratique pourroit
bien avoir donné lieu à
pareil usage introduit parmy
les Chrestiens d'Occident
dans le huit & neuviémesiécle,
à l'esgard
de l'espreuve du fer chaud
pour découvrir les criminels.
Mr Defaniereobserve
que plusieurs Divinitez
avoient besoin avant que
d'estre admises au rang
des Dieux, d'estre purisiez
par le feu, tels que les
Empereurs & autres particuliers
pour lesquels on
faisoit des consecrations
publiques
;
les Roys, les
Mdgistrats les Prestres
parmy plusieurs peuples
ne pouvoient faire les pre.
mieres fonctions de leur
employ sans estreaussipurissés
par le feu, afin de
rendre leurs actions dans
la suite plus pures &plus
justes. C'est pour celaaussi
que l'on voyoit à Arfcne
au milieu de l'endroit où
l'Areopage se tenoit une
Statuë de Vesta, & que
l'on plaçoitaussi dans le
Vestibule des Palais des
Rois la Statuë de cette
Déesse afin de leurs apprendre
aux uns & aux
autres qu'elle seroit témoin
de leurs Ordonnances &
de leur conduite.
Les Payens avoient SLUC
siplusieurs Festes establies
en l'honneur de plusieurs
Divinitez où l'usage des
feux& des illuminations
contribuoit à les rendre
plus augustes & plus éclatantes.
Mr Defaniere s'est
borné aux Egyptiens, aux
Grecs & aux Romains, il
parcoure toutes les principales
Festes de ces peuples,
& il fait un détail de toutes
les réjoüissances & des
festins qui avoient tousjours
coustume d'accompagner
ces fortes de solemnitez.
Je ne puis rien vous dire
sur le troisiéme article
qui regarde l'usage des
feux & des illuminations
par rapport à la Religion,
parmy les Chrétiens. Mr
Defanierese trouva borné
par l'heure & ne put achever
la lecture de ce troisiéme
article.
l'ouverture de l'Académie
Royale des Médailles &
Inscriptions, comme nous
lavons annonce - dans le
Mercureprécèdent, par un
Discours fort curieux sur
l'ulage desfeux 0- des illuminations
dans les Fesses facrées
& prophancs.
Il fit voir d'abord que
cet usageaesté sicolemnel
dans l'antiquité, qu'ils'est
confervé si religieusement
parmi toutes les Nations,
& qu'il en cil: parlé si souvent
-
dans les Auteurs facrez&
prophanes, tant
Hifioriens, Poëtes,qu'Orateurs,
que l'on peut dire
que c'est un des points qui
mérité le plus les recherches
des Sçavants. Cette
matière n'avoit point encore
estétrainée à fond,
& elleestoit si estendue &
si vaste qu'il estoit comme
impossible de l'épuisèr, &
tresdifficile de bien ranger
le grand nombre de faits
qu'elle comprend.
-
Pour y mettre quelque
ordre Monsieur Defaniere
adiviséson discours sur ce
lùjet en deux parties. L,"
premiere comprend les
faits qui regardent l'usage
des feux & des illuminai
tions par ra pport à la Religion
: & la fécondé
, ce
mesme usageen tant qu'il
'Ca employc dans les rejoiiifTances
publiques &
particulieres. Mais comme
letemps ne luy permit pas
de faire la levure de cette
Jerniere partie, il se borna
feulement à la premiere
qu:ildivisa en trois articles.
Le premier regardoit l'ufage
que les Juifs en ont
/f
fait pour le culte du veritable
Dieu,usage que Dieu
avoit non feulement ordonné
, mais pour ainsi dire
consacréluy-mesme. Le second traitoit des
abus que les Payens en ont
fait pour honorer les faux
Dieux.
Le troisiéme enfinestoit
employé à examiner si l'ufàge
que les Chrestiens
ont pû faire du feu & des
illuminations dans leurs
festes & dans leurs ceremonies
a fait & fait encore
partiede leur culte religieux.
- X iij
Mr Defaniere commence
l'article des Juifs par
une reflexion générale avant
d'en venir aux preuves
particulières. Il remarque
que Dieu suivant les
divines Ecritures,avoit fait
un choix particulier du
feu pour estre le symbole
de ses principaux attributs
; que par une bonte
singuliere pour ce peuple,
il avoit employé le feu,
pour luy donner quelque
legere idée deson adorable
Divinité par des signes
qui luy fussent proportionnez.
Mais il fallut encore
que les recompenses & les
chastiments en fussent inseparables.
Faut-il s'eflonneraprès
cela si le feu chez
ce peuple tenoit le premier
rang dans les plus augustes
ceremonies de leur Religion
,
si leurs sacrifices &
leurs festes en recevoient
tout leur éclat & leur perscâson,
& si un si précieux
gage estoit si religieusement
confervé dans leur
Temple? 1.
Mais pour faire voir une
espèce de
;
çonfècratiory
plus particulière de cet
élement
,
il fit voir que-
Dieu s'est represèntéplusieurs
fois luy mesmesous
la forme du feu, les exemples
que les Livres sacrer
Juy ont fourni pour prouver
sa prepofirion
,
l'ont
porté à en c.fiablir une autre
tirée necessairement de
la premiere
,
qu'il ne faut
pas après ce la s'efionner
que le culte souverain de
Dieu sesoit fait par le feu:
il trouve egalement de
quoy establir cettedernie- rspropositiondanspltir
sieurs endroits de l'Ecriture
où l'on voit le culte
que Dieu veut qu'il luy soit
rendu par lessacrifices &,
les holocaustes. Le feu sur
roue faifoic l'accom pliflcment
& la perfectionde
lis sacrifices par la consomption
qui s'y faisoitde
certaines parties des victimes
ou de toure la viéïime
dans le sacrifice de
l'holocauste, lequel à cau se
de cela estoit consideré
comme le plus excellent.
Mr Defaniere fit voir ci>.
fuite que Dieu s'est servi du
feu pour marquer que les
sacrifices luy estoient a.
gréables,enfaisant tomber
le feu du Ciel sur la
victime pour la consumer.
Il allégué l'exemple
du sacrifice d'Abel,celuy
fait pour la confècrarion
d'Aaron, celuy de Gedeon,
de David, de Salomon,
d'Helie, & celuy de Nehernie.
Il fit remarquer
que si le feu eftoicuniymbole
si desirable aux adorateurs
de laDivinité,qu'il
n'estoitpas moins formidable
aux transgresseurs
de la loy divine; que si
la bonté de ce souverain
maistre du monde se ma-
- nifeftoitainsi, savengeance
n'en éclattoit pas moins
contre ceux qui estoient
rebelles à ses ordres. Les
preuves qu'il tire de l'Ecriture
pour appuyer ce qu'il
avance dans cet endroit,
font assez voir que le feu
est l'instrument le plus ordinaire
dont Dieu s'est fer- fvi pour la punition des impies
& des insîdelles
,
&
- que c'estpar le feu qu'il
punie & qu'il punira ceux
qu'il a condamnez par fJ.
justice à estre tourmentez ;
éternellement pour leurs
crimes. Après avoir fait
voir l'usage que Dieu a saie
de cet element à l'égarddes
hommes, Mr Defaniere
passe à l'usage que les
hommes en ont fait pour
honorer Dieu
,1 Chez les Jyifs la plus 1
grande marque d'adora- 1
tion du Dieusouverain, I1
estoit le feu continuel qu.
on entretenoit sur l'Autel,
& dont le soin estoit commis
aux Prestres,&;;<jur
istoittellement lié avec le
Sacerdoce du Grand Prestre,
qu'il s'estieignit dés que
Jason (e fut empare de cette
dignité par de mauvaises
voyes. Il s'estoitconservé
auparavant tousjours
allumé & sans alteration,
cache dans un endroit du
Temple pendant les foixante
& dix années de la
captivité de Babylone. Il
ne fut esteint précisément
que dans le temps de l'extindion
du Sacerdoce, prérogative
qui fait çonnoiCtre
que le principal culte
extérieur de Dieu,confit
toit dans ce feu sacré.
Mr Defanïere n'a garde
de passer fous silence les
festes particulieres desJuifs
dans lefqueiles les illuminations
faisoient tousjours
la principalepartie de leurs
devotions & de leurs réioüissances,
non feulement
par rapport aux sacrifïces
qui avoient coutume d'y
cftre offerts, & que le feu
confumoit
,
mais encore
par rapport aux différentes
illuminations qu'on y adjouftoit
pour rendre ces
festes plus auguites.
Il y avoit la feste appellée
accenfio lucernarum à cause
de la quantité des lampes
qu'on allumoit en ce
jour; la feste appeUeecowbujlio
vulpium,en laquelle
en bruistoit des renards en
mémoire de l'histoire de
Sanson ,& generalement
la fin de toutes leurs grandes
fbtcmniccz
,
estoit accompagnéede
feux&d'itluminationsensigne
de
réj uiflance; au contraire
les jours de jeûne, c'etf à
dire,dans lesqûels ils faisoient
mémoire de quelques
évenemens funestes
à leur Nation,etfoientlurgauibforeiesnr&
ténébreux; ils
mesme un jeûne
particulier le 18. du mois
d'Ab à cause que la lampe
de la branche occidentale
du chandelier d'or quiertoit
dans le Templey fut
esteinte sous le regne du -
Roy AKas, regardant cet
accident comme un malheur
confiderable qui al- i
Joit porterungrand préju- 1
dice au culte qu'ils ren-
< doient à Dieu.? 4 A
A l'égard du fecond
article qui regarde l'usage
des feux & des illuminations
parmy les Payens ,
Mr Defaniere prouva sort
solidement que cet ufa ge
a esté un des points lesplus
dfentiels de leur Religion;
il allegua rAuteur du Livre
de la Sagesse pour faire
voir que ces peuples abandonnez
à leurs egaremens
:' se portèrent à rendre un
culte souverain à cet éler
ment;ils luydreiTerent des
Autels, luy firent cond
cruirc des Temples, luy
insticuerent des Sacrifices,
& luy establirent des Pree.
très. S. Augustin cherchant
lesmotifs de ce cul.
te parmy les Nations en
soupçonne deux principaux,,
le premier, la connoissance
que ces peuples
avoient que plusieurs victimes
avoient osté confumez
par un feu descendu
du Ciel, ce qui les portoit
a croire que ce ne
pouvoit estre qu'un Dieu
caché fous cette forme le-z
gere ,
l'autre motif , lex~
- perience qu'ils avoient du
mouvement continuel du
feu qui monte tousjours
en haut,ils s'imaginoient
peut-estre, que le feu est
une portiondela Divinité
qui est auCiel vers laquelle
il tend à se réunir en en-*
levant avec foi les victimes
; delà vient qu'ils
estoient persuadez que
plus il avoit paru d'activite
& de clarté dans les
sacrifices
,
plus la vic',Iimc
estoit receuë favorablement.
Mais Ciceron fournit
une raison plus plausi.
ble
,
lorsquil dit que IA
necefficé&.l'utilité ont
porté les hommes à qualisier
du nom de Dieu les
choses qui leur estoient
d'un plus grand secours &
dont ils avoient le plus de
besoin
,
c'est aussi ce qui
les engagea à avoir pour
le feu ce mesme ésgard ôc
a le considerer comme un
veritableDieu.
,
lt.
Le Soleil d'abord fut
l'objet de leurs adorations,
& peu de tems après le
feu qui en estoit une émanation
selon leur TIICOICH
gie, merita qu'onlui rendift
le mesmehonneur.
Les Egyptiens furent les
premiers qui lui rendirent
le culte souverain, & toutes
les nations les ont fuivies
sur cette croyance.
L'on apprend par les Auteurs
sacrez & prophanes,
que ce culte estoit répandu
generalement parmy
les Chaldéens, lesAssyriens,
les Medes, les Babylonieris
,
les Perfesles
Lybiens
,
les Grecs,les
Romains, les Germains
-
6c parmy les Celtes. Mr
Defaniere fit observer que
pour distinguer ce cuIre
d'avec celuy qu'ils addref.
soient au Soleil; ils y firent
présider de certaines
Divinirez qu'ils regardoient
comme le feu met
me, tantost c'estoit Vulcain,
tantost Vesta, tantotf
Promethée,& tantost Bacchus.
Il se trouve une aisez
grande conformitéparmy
toutes les Nations sur ca
qui regarde ce culte, s'il y
a quelque difference ce
n'est que sur les ceremonies
de leurs sacrifices,fut
le genre desvictimes,&
sur leurs Prestres. Les Perses
dans de certains jours
de l'année mettoient la Divinité
du feu sur un cheval
blanc, & luy faisoientfaire
plusieurs fois le tour de
leur Temple leurs Rois.
suivoient cette pompe accompagnez
de toute leur
Cour.
C'estoit une coustume
generale parmy tous ces
peuples de consèrver un
feu sacré dans leurs Temples
qu'ils regardoient
comme un gage précieux, : auquel estoit attachée la
durée de leurs Empires. il
y avoit des Prêtres desti-:
nez uniquement a cette,
fonction; les Chaldéens,
les Affynens, les Medes,
les Baby loniens & les Perses,
commettoient cesoin.
à des Mages nommez à
causede cela Pyrettes.
Parmi les Grecs la conservation
du feu sacré eitoic
confiéeà desVeuves,&
chez les Romains à des
Vierges que l'on appelloir
Vestales. L'on avoirattaché
à ce
ministeredespré
rogatives singuliéres&excelleLites.
1
cellentes
*, mais aussi la négligence
de ceux qui en
faisoient les fondions eftoit
punie avec la derniere
rigueur. Quand il arrivoic
par malheur que ce feu
s'esteignoit, il n'estoit pas
permis dele rallumer avaC
du feu ordinaire,on se fervoit
des rayons du Soleil
que l'on réunissoit avec un
instruméc qui formoic une
cavité triangulaire, qui par
sa forme rassembloit les
rayons au point de son centre,
afin de leur donner la
force d'enflammer la matiere
sur laquelle ondirigeoit
ce foyer de rayons.
Le Temple bastienl'honneur
de Vesta par Numa
Pompilius, n'estoit pas le
sèul à Rome où l'on conservoit
un feu sacre
,
l'on
enconservoit encore dans
les Temples des Dieux anciens.
Le feu estant reconnu
pour une Divinité parmy
toutes les Nations, on
Juy offroit par une consequence
necessaire des fa-s
crifices, mais les victimes
n'estoient pas lesmesmes
par tout. Les uns fc fervoiéc
d'animaux, & les autres de
victimes humaines; on ne
les égorgeoit point, mais
on les assommoit à grands
cou ps de massuë de bois,
Ces. sacrifices se faisoient
toujours avec grande ceremonie
& grandes dépenses
, les Prestres en tiroient
ordinairement quantité de
présages ;
si leurs divinations
ou augures se prenoient
du costé de la fumée
qu'ils y observoient,
ils les a ppelloientCapromanties,
s'ils les tiroient
du feu mesme ils les nommoient
Py romanries. Il
n'estoit pas permis de se
servir d'autre feu pour con.
fumer la victime que de ce
feu sacré; celuy qui auroit
estéassezhardy pourvouloir
l'esteindre avec de
l'eau, auroit passé dans l'efprit
du peuple pour un
athée, & auroit esté puni
sur le cham p.
L'entrée des Temples où
l'on con servoit le feu sacré
estoitfermé pendant la
nuit à tout le monde, &
pen dant le jour les hommes
avoient liberté seuleftiem
dentrer dans celuy
auquel les Prestres estoient
préposez, & les femmes
dans celuy dont les Preftrefles
avoient la garde;
de toucher ou regarder ce
feu passoit pour un sacrilege,
il en cousta la privation
dela veuë à Metellus
pour l'avoir voulu sauver
de l'embrasement dutem.-
ple de Vesta ; c'est ce qui
a porté plusieursNations à
ne point se servir du feu
pour bru ler les corps des
morts. Dioscoride rapporte
qu'un certain Persan
nomme Euphrates dessenditpar
cette raison de bruler
son corps a près sa morr,
dans la crainte où il etoit
que son attouchement ne
caufaft quelque soüilleure
a une chose si fainte & si
respectable.
Deux accidens fâche*'ux
pour le Dieu du feu luy
firent beaucoup perdre de
son credit parmy les peuples
,
l'un arriva par l'artifice
des Prestres de Canope
Dieu des Egyptiens
qui demeura victorieux du
Dieu des Pcrfes après un
desisolemnel fait entre ces
deux Nations sur le pouvoir
de ces deuxDivinitez;
le second lorsque l'Empereur
Heraclius ravagea
toute la Capadoce & la
Perse & en abolit le culte
dans plusieurs Provinces
de ce pays où il etoit
establi.
Passons presentement à
ce qui se pratiquoit dans
les Temples de ces Dieux.
Mr Defaniere se sert du
témoignage de Strabon,
par lequel l'on apprend
que parmi les Orientaux
au milieu de ces Temples
estoit un Autel, sur lequel
il y avoic de la cendre
pour couvrir ce feu qui
ne devoit jamais s'éteindre,
les Pyrettes leurs Mages
entroient tous les jours
dans ce Temple pour y
chanter pendant l'espace
d'une heure, se tenant
prosternez devant ceDieu,
ayant en leur main un
faisseau de verges, & sur
letesteunethiare de laine
qui leur couvroit la plus
grande partie du visage;
&asin de se rendre plus
respectables quand ils sortoient
de ces Temples,
ils avoient coutume de
porter une branche de
laurier dans une main,&
de l'autre un flambeau allumé.
L'antiquité Romaine
nous apprend que dans
le Temple de Vesta
,
il
n'y avoir aucun fimulacre
de Divinirez, que le feu
sacré y estoit conservé
dans une Urne de terre
suspenduë en l'air, que
les Vestales veilloient jour
& nuit successivement &
que le grand Pontife les
visitoitdetems en tems.
Tous les a£tes des Pavens
estoient tousjours accompagnez
de lumiéres, vouloient-
ils addresser des
voeux à quelques-uns de
leurs Dieuxou lesremercier
de quelque grace ou
bienfait qu'ils croyoienc
en avoir reccus; ils allumoientune
grande quantité
de lam pes devant leurs
Images & sur tout devant
celles des Dieux Lares &
des Dieux Penates; s'ils
faisoient des alliances &
des sermens ils en prenoient
le feu pour témoin
,
en un mot leurs foyers
estoient regardez comme
une chosesilainte qu'ils y
faisoient présider des Divinitez
particuliéres, ils
se servoientencore du feu
pour découvrir les coupables
quand leurs crimes
ntefioient pas bien averez
d'ai lleurs,on les faisoit
approcher de l'Autel de ce
,
Dieu, on leur ordonnoit
ensuite de poser la main
dessusle feu, &s'il arrivoit
qu'ils ne tesmoignassent
aucune émotion, on
les jugeoic innocens, &
on les renvoyoit absous.
Cette pratique pourroit
bien avoir donné lieu à
pareil usage introduit parmy
les Chrestiens d'Occident
dans le huit & neuviémesiécle,
à l'esgard
de l'espreuve du fer chaud
pour découvrir les criminels.
Mr Defaniereobserve
que plusieurs Divinitez
avoient besoin avant que
d'estre admises au rang
des Dieux, d'estre purisiez
par le feu, tels que les
Empereurs & autres particuliers
pour lesquels on
faisoit des consecrations
publiques
;
les Roys, les
Mdgistrats les Prestres
parmy plusieurs peuples
ne pouvoient faire les pre.
mieres fonctions de leur
employ sans estreaussipurissés
par le feu, afin de
rendre leurs actions dans
la suite plus pures &plus
justes. C'est pour celaaussi
que l'on voyoit à Arfcne
au milieu de l'endroit où
l'Areopage se tenoit une
Statuë de Vesta, & que
l'on plaçoitaussi dans le
Vestibule des Palais des
Rois la Statuë de cette
Déesse afin de leurs apprendre
aux uns & aux
autres qu'elle seroit témoin
de leurs Ordonnances &
de leur conduite.
Les Payens avoient SLUC
siplusieurs Festes establies
en l'honneur de plusieurs
Divinitez où l'usage des
feux& des illuminations
contribuoit à les rendre
plus augustes & plus éclatantes.
Mr Defaniere s'est
borné aux Egyptiens, aux
Grecs & aux Romains, il
parcoure toutes les principales
Festes de ces peuples,
& il fait un détail de toutes
les réjoüissances & des
festins qui avoient tousjours
coustume d'accompagner
ces fortes de solemnitez.
Je ne puis rien vous dire
sur le troisiéme article
qui regarde l'usage des
feux & des illuminations
par rapport à la Religion,
parmy les Chrétiens. Mr
Defanierese trouva borné
par l'heure & ne put achever
la lecture de ce troisiéme
article.
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Résumé : Discours de Monsieur Defaniere sur l'usage des feux & des illuminations dans les Festes sacrées & prophanes, [titre d'après la table]
Monsieur Defaniere a inauguré l'Académie Royale des Médailles et Inscriptions en prononçant un discours sur l'usage des feux et des illuminations dans les fêtes sacrées et profanes. Il a souligné l'importance historique et religieuse de cet usage, mentionné par de nombreux auteurs sacrés et profanes. Le discours est structuré en deux parties : la première traite de l'usage religieux des feux et des illuminations, tandis que la seconde, non développée, concerne leur usage dans les réjouissances publiques et particulières. Dans la première partie, Defaniere explore trois articles. Le premier examine l'usage des feux par les Juifs pour le culte du véritable Dieu, un usage ordonné et consacré par Dieu lui-même. Le second traite des abus des païens qui utilisaient les feux pour honorer les faux dieux. Le troisième, non achevé, examine l'usage des feux et des illuminations par les chrétiens dans leurs fêtes et cérémonies. Defaniere commence par les Juifs, notant que Dieu a choisi le feu comme symbole de ses attributs et l'a utilisé pour donner une idée de sa divinité. Le feu était central dans les cérémonies religieuses juives, notamment les sacrifices et les fêtes. Dieu s'est souvent représenté sous la forme du feu, et les sacrifices étaient consommés par le feu, considéré comme le plus excellent. Defaniere cite plusieurs exemples bibliques, comme les sacrifices d'Abel et de Gédéon. Le feu était également un symbole de punition divine pour les transgresseurs. Chez les Juifs, le feu sacré était entretenu continuellement sur l'autel et était lié au sacerdoce. Les fêtes juives, comme la fête des Lumières, incluaient des illuminations pour rendre les célébrations plus augustes. Dans le second article, Defaniere prouve que l'usage des feux était essentiel dans la religion païenne. Les païens adoraient le feu, lui érigeant des autels et des temples, et lui offrant des sacrifices. Les raisons de ce culte incluaient la croyance que le feu était une émanation du Soleil et une portion de la divinité. Les Égyptiens furent les premiers à adorer le feu, suivis par de nombreuses autres nations. Les cérémonies et les sacrifices variaient selon les peuples, mais tous conservaient un feu sacré dans leurs temples. La négligence des prêtres à entretenir ce feu était sévèrement punie. Les temples orientaux, selon Strabon, contenaient un autel avec un feu éternel entretenu par les mages. Dans le temple de Vesta à Rome, le feu sacré était conservé dans une urne, veillé par les vestales. Les païens utilisaient des lumières pour les vœux, les alliances et les serments, et le feu pour découvrir les coupables. Cette pratique influença l'épreuve du fer chaud chez les chrétiens d'Occident. Plusieurs divinités, empereurs et fonctionnaires devaient être purifiés par le feu avant d'exercer leurs fonctions. Les fêtes païennes incluaient des feux et des illuminations pour honorer les divinités. Mr Defanière a limité son étude aux Égyptiens, Grecs et Romains, détaillant les réjouissances et festins accompagnant ces solennités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 169-202
ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
Début :
LEs Bains sont pour l'oisiveté, Aussi bien que pour la santé [...]
Mots clefs :
Bains, Santé, Poésie, Historique, Maladies, Minéraux, Vulcain, Rituels, Empereurs, Géographie, Thermalisme, Architecture, Antiquité, Médecine, Réjuvénation , Bains d'Aix, Germanie
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texteReconnaissance textuelle : ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
E N V o r
burlesque par un oijlf
qui*sà'ennuye aux eaux
deForges.
LEs Bains font pour l'oisiveté,
Aussi bien que pour la
fanté
Des amusements salutaires.
0 vous attaquez de catharres
Rhumatismes , & fluxions;
De vapeurs,oppilations,
Tiedeur de coeur, humeur
caustique,
Ou dont l'esprit paralytique
Abesoin de ce supplement
Pour estre mis en mouvement
Puisez dans cette Poësie.
Le bien, le mal à fantaisie.
Il est des bains alumineux,
Plombez, ferrez bitumineux;
Des Bains, les uns font fiiJ
datoires
,
Et les autres font lavatoires;
Quelquesuns font médicinaux
es uns froids, & les autres
chauds;
Tout comme fontmaintes
pillules
.,,CiTct que veulent les
credules.
Des Bains,les uns font na.
turels,
Les autres artificiels;
)es uns & des autres, le
Sage
)u l'insensé peut faire ufaù
ge,
Au temps que quelque infirmité
L'oblige à chercher sa
santé ;
Car une santé ferme&
stable
Traite l'effet des eaux de
fable.
Des Bains, les uns font
fulphurez,
D'autres picez
)
d'autres
nitrez,
Selon la qualité diverse
De la Mine que l'eau tra
verse.
Ana,le filsdeSebeon,
Des Bains chauds fit l'invention
J
Allant dans un lieu folitare
Paistre les Troupeaux de
son Pere.
C'est dont jamais ne doutera
Qui bien la Genese lira.
L'Interprete d'Ariflophane,
Autheur non sacré
,
mais
profane
Fut l'Inventeur du, premier
- Bain
Ce maistre Forgeron VulcaIn,
Qui d'un Bain chaud (je
m'en rapporte)
Fit un present de cette
forte
Au grand Hercule Conquerant,
Dontle nom va par tout
courant.
D'où vient qu'on nomme
sans scrupule
Tous les Bains chauds, les
Bains d'Hercule ;
Bains qui passerent autrefois
Chez les Vassaux & chez
les Rois ,
Dans le rang des choses
sacrées ,
Pour les matieres sulphurées,
Et pour les Foudres reposez,
Dont on tient qu'ils font
composez.
Les Gens qui font d'une
autre verve, Imputent le - tout à Minerve.
Si l'on en veut croire
Strabon, Autheur qui peut passer
pour bon,
Les Bains froids ont leur
origine
-
Des Argonautes, Gent
marine, Gent aimant le Bain Gent
decoeur,
Tous intrepides & sans
peur,
Qui sans façonner davantage
, Lavoient leur corps sur le
rivage
De la Mer, où Dame Circé
Son domicile avoit placé
Sur les bords de la Mer
Tyrrhene,
Avec autre Magicienne,
Quand cinquante - six
grands Heros
Firent voile jusqu'à Colchos
,
Pour la conqueste ambitieuse
D'une Toison précieuse,
Qu'on appelloit la Toison
d'or,
Aprés qui chacun court
encor, -
Courra jusqu'a la fin du
monde ;
Car Toison en or est feconde
Et l'or,ce métal radieux,
Se fait rechercher en tous
1 lieux.
Pour Chefs decetteillustre
Flotte,
Qu'on pourroit nommer
Argonaute On , avoit Hercule, Jason,
Castor,Pollux,&Telamon,
Hylas, Morphus, le fort
Thesée,
Nauplius,Calaïs,-Orphée
Le genereux Zethos aussi
Peut - rencontrer sa place
icy.
Ces Chefs, ces Hommes
d'importance,
Avanturiers à toute outrance
,
Ces Guerriers de fameux
renom
Dont je viens de marquer lenom,
Furent les premiers de If
âge
Qui ders eBainns 'tfOids eu..
Sur les ~pelles Eaux de
Thetis.
Aux Bains que l'on prenoit
jadis,
UnValet basty comme un
Drille,
Portoit & l'Eponge ,
&
l'Etrille,
Pour décrasser & savonner
Ceux qu'il alloit accompagner.
Si l'Eponge estoit parfu-
If mée
~L'Etrinestoit ,toute em*.
^aunéc,
Car dans ces ~bains grands
& commun
Onse munissoit de Parfums
Et d'agréables Cassolettes,
Pour les Doüillets & les
Doüillztes
, Pour les Mignardes & Mignards,
Qui n'aimoient pas les jeux
de Mars,
Et qui cherissoient leurs
Carcasse
Autant qu'un Coquin sa
Bezace,
Autant qu'un Aveugle (dit-on)
Cherit sa tasse & son
Baston.
Dans ce temps-là plus
nous ne sommes;
Un temps fut que Femmes
• & Hommes
Dans le vaste Empire Ro-
4 main
Pratiquoient tous le mesme
Bain,
Sans mettre aucune difference,
(Honny foit- il qui mal y
- -..- pense.)
Il falloit bien que ces Genslà
Fussent discrets.Apréscela,
Certain Empereur, c'est
Severe,
Empereur d'une humeur
austere
Des sexes fit divi,sion
Pour éviter l'occasion.
La Femme de Neron J
Popée,
Faisant la petite Poupér;
Etrefusant de s'attacher
A ce qui peut mater la
chair,
Et punir ses delicatesses,
Entretenoit cinq cens Asnesses,
Et chaque matin de leur
Lait
Croyoit rendre son teint
moins laid.
C'estoit le Bain éc l'artifice
De cette vainc Imperatrice
Qui sansscrupu, le & sans
remords,
Jour & nuit dorlotoit son
Corps,
Ne pensant la belle Mignonne
Qu'à bien rafraischir sa
personne;
Mais comme tout tend à
la fin,
Il luy fallut mourir enfin
Dans des angoisses sans
pareilles.
Laitieres à grandes oreil
-
les,
Vostre Lait faisoit son teint
beau,
Son trépas fut vostre tombeau.
Aux durs sanglots abandonnées,
On vous vit en peu de
journées
journées
Mornes,&dans une maigreur,
Qui faisoit aux Humains
horreur.
Estant tristes & déconfites,
VostreLaitbientost vous
perdistes
Et laMort , avec ses Cyprès
Cette perte suivit de prés.
(
Il n'est dp'oHinotmsmure la terre
Qui ne puisse encor voirà
Rome
Ces Monuments de vanité
De la superbe Antiquité
Que jadis on a fait construire,
Qu'encore aujourd'hui l'on
admire,
Où les magnifiques Romains
Se lavoient, & prenoient
les Bains
Dans chaque coin d'Architecture,
L'art y surpassoit la nature;
Et tous les Murs par le dedans
De fin Marbre estoient
éclatans,
Marbre apporté de Numidie,
i
Ou bien,venu d'Alexandrie.
L'injusteDiocletien,
Ec le Tyran Maximien
Ont employé sommes immenses
A faire de telles dépenses.
: Mais continuons nos
desseins,
Et décrivons quelques
beaux Bains
Que les Autheurs ixcommandables
Ont rendus des plus ve--
nerables,
Qui mesme ont fait voir
a nos yeux
Un spectacle delicieux.
Les Bains de Fritolle, ou
Tritolle,
Que l'on rencontreauprés
Pouzzolle
Nommez les Ba, ins de
Ciceron
Fabriquez mesm,e avant
Neron
Estoient quelque,chose de
rare.
On n'y voyoit rien de bïzarre,
:
Mais le tout proportionné,
Et fodrt osçanvamnméen,t orSuivant
la regle & la mesure
De la plus noble Architecture.
C'estoit pour le dire en
unmot,
Non la Caverne d'un Marmot,
Maisune Salle bien voutée,
Et de Peintures ajustée
Dont letemps qui , tout ccu^
vre abat)
A ravy le lustre & l'éclat;
On y voit cependant encore
Depuis Vesper jusqu'à
l'Aurore,
Et de l'Aurore jusqu'au
soir,
Maint & maint petit Reservoir,
Remply jadis d'une Eau
potable,
Aux Infirmes fort profita.
ble;
Car chaque Malade y
trouvoit
Ce que son mcdecin vouloit.
Esculape dort là fous rocbe,
Comme une anguille fil
tout procheà l
Au temps que vivoient les
Cesars
,
1
Parmy la guerre & les hazards
,
On voyoit là maintes Statuës
Qui font maintenant abbattuës
Qui , mettant la main sur
leur corps,
Faisoient connoistre en
leur dehors
Tant leur essence magnifique
Que leurs qualitez specifiques
Les Medecins , Salerni.
tains
Plus envietuxiqune lessLa- Piquez d'une jalouse rage,
Ont ravagé ce grand Ou.
vrage, Et desseiché toutes les
Eaux
Qui rendoient ces Bains-
, là si beaux,
S'imaginant que leur pratique
Diminuoit par l'hydraulique,
Et quHippocrate estoit
perdu
Si Ciceron n'estoit fondLt
Près
Prés de là
,
si l'on m'en
veut croire,
On doit passer au Sudatoire;
Mais il faut bientost s'épouffer
,
A moins que l'on veüille
étouffer,
Y faisant chaud de telle
forte
Qu'aussitost l'on) cherche
la Porte.
On voit presqueaumesme
chemin
Les fameux Bains de Saint
Germain
Nommez Thermes de Fumerolles.
Je n'ay presque point de
paroles
• Pour vous expliquer les
raisons
Des fumantes exhalaisons
Qui cette Caverne remplissent
,
Etde leurs vapeurs lanoircissent.
Fuligineuses qualirez
, Que de cerveaux vousenteftez!
-
Domicile sudorisique,
De Vulcain l'affreuse Boutique,
Si- tost qu'on respire vostre
air,
-
On croit avoir cervelle en
rair,
Etre aux Sabat par negro- mance,
Et le sçais par experience.
Au reste,ce Lieu tant vanté
l, A Theureuse proprieté
Deguerir mainte maladie,
Soit de France, soitd'Ausonie
; et quand on apporte en ce
Lieu,
Tout fumant, tout bruslant -
de feu,
Une autre Eau qui foit étrangere,
Soit qu'elle pese, ou soit
kgere,
Ce Bain,sans s'enappercevoir,
Luvycoommiurni.queso-n.pou- <
Chacun sçait que les Bains
, d'Alise
Etde Plombieres,font de
mise;
Qu'à Vichy, qu'à Spa,qu'à
-
Mion,
Ils font enréputation;
Qu'on peut de vous dire le
1 meUne/
Bains de Pougues, Bains
de Belesme ;
Que d'ailleurs il n'est rien
sibon
Que font vos Eaux,Bains
de Bourbon.
Qui font rajeunir les Personnes,
Fussent vieilles comme
Gorgones,
L'à l'on vient chercher de
, beaux ans,
Dans les plus beaux jours
,
du Printem ps,
En chemin l'amour pouvez
faire
Pour vostreusage salutaire.
Je ne vous obmettray jamais,
Belles Etuves, beaux Bains
d'Aix,
J'entens icy d'Aix la Chapelle,
Car vostre structure est
tres- belle,
Et les Germains de tous
costez
Recherchent vos humiditez.
ATongres,au Païs de
Trêves,
Aussi-bien qu'au climat de
Cleves,
On rencontre encor tous
les jours
De ces favorables secours.
Ainsi la belle Germanie
A ses Bains comme l'Ausonie
,
Et comme les charmans
Païs
Soumis au Monarque des
Lys.
A Moscou, Païs des Fourures,
Climat tout glacé de froidures,
Où regnent l'Aigle & le
Croissant,
Etdansl'Empireflorissant
Ou le Soleil onidolâtre,
Des Bains de Porphire&
d'Albâtre,
Tous remplis de bonnes
odeurs,
Se font voir chez les grands
Seigneurs.
C'efi là.ce qui fait leurs
delices,
Leurs passetemps, leurs
exercices;
Surtout chez les Orientaux,
Et chez les Septentrion-
,
naux,
Fréquemment les Bains
-'
.,
on visite
5
Passeroit pour hétéroclite,
Et bourru, qui s'en passeroit,
Qu'on vive à Rome comme
à Rome,
Si l'on veut vivre en honneste
Homme.
Forges & Montdor
, pres
de Rheims,
Fournissent encor de bons
Bains,
Dont se prévaut mainte
Personne.
Acqs & Therfis, prés de
Bayonne,
Balleruc
, avec Barbotan,
Sont encore visitez chaque
an,
Pour leurs Bains, qui dans
la Nature
Ont tousjours fait belle
,
figure.
Nommons-en encor quelques
uns
Que l'usage a rendus communs
Comme utiles , en cent manieres
Les Bains de Barege &
Bagnieres, o
Dont les plus sçavans Médecins
Font le pont aux ânes des
Bains.
burlesque par un oijlf
qui*sà'ennuye aux eaux
deForges.
LEs Bains font pour l'oisiveté,
Aussi bien que pour la
fanté
Des amusements salutaires.
0 vous attaquez de catharres
Rhumatismes , & fluxions;
De vapeurs,oppilations,
Tiedeur de coeur, humeur
caustique,
Ou dont l'esprit paralytique
Abesoin de ce supplement
Pour estre mis en mouvement
Puisez dans cette Poësie.
Le bien, le mal à fantaisie.
Il est des bains alumineux,
Plombez, ferrez bitumineux;
Des Bains, les uns font fiiJ
datoires
,
Et les autres font lavatoires;
Quelquesuns font médicinaux
es uns froids, & les autres
chauds;
Tout comme fontmaintes
pillules
.,,CiTct que veulent les
credules.
Des Bains,les uns font na.
turels,
Les autres artificiels;
)es uns & des autres, le
Sage
)u l'insensé peut faire ufaù
ge,
Au temps que quelque infirmité
L'oblige à chercher sa
santé ;
Car une santé ferme&
stable
Traite l'effet des eaux de
fable.
Des Bains, les uns font
fulphurez,
D'autres picez
)
d'autres
nitrez,
Selon la qualité diverse
De la Mine que l'eau tra
verse.
Ana,le filsdeSebeon,
Des Bains chauds fit l'invention
J
Allant dans un lieu folitare
Paistre les Troupeaux de
son Pere.
C'est dont jamais ne doutera
Qui bien la Genese lira.
L'Interprete d'Ariflophane,
Autheur non sacré
,
mais
profane
Fut l'Inventeur du, premier
- Bain
Ce maistre Forgeron VulcaIn,
Qui d'un Bain chaud (je
m'en rapporte)
Fit un present de cette
forte
Au grand Hercule Conquerant,
Dontle nom va par tout
courant.
D'où vient qu'on nomme
sans scrupule
Tous les Bains chauds, les
Bains d'Hercule ;
Bains qui passerent autrefois
Chez les Vassaux & chez
les Rois ,
Dans le rang des choses
sacrées ,
Pour les matieres sulphurées,
Et pour les Foudres reposez,
Dont on tient qu'ils font
composez.
Les Gens qui font d'une
autre verve, Imputent le - tout à Minerve.
Si l'on en veut croire
Strabon, Autheur qui peut passer
pour bon,
Les Bains froids ont leur
origine
-
Des Argonautes, Gent
marine, Gent aimant le Bain Gent
decoeur,
Tous intrepides & sans
peur,
Qui sans façonner davantage
, Lavoient leur corps sur le
rivage
De la Mer, où Dame Circé
Son domicile avoit placé
Sur les bords de la Mer
Tyrrhene,
Avec autre Magicienne,
Quand cinquante - six
grands Heros
Firent voile jusqu'à Colchos
,
Pour la conqueste ambitieuse
D'une Toison précieuse,
Qu'on appelloit la Toison
d'or,
Aprés qui chacun court
encor, -
Courra jusqu'a la fin du
monde ;
Car Toison en or est feconde
Et l'or,ce métal radieux,
Se fait rechercher en tous
1 lieux.
Pour Chefs decetteillustre
Flotte,
Qu'on pourroit nommer
Argonaute On , avoit Hercule, Jason,
Castor,Pollux,&Telamon,
Hylas, Morphus, le fort
Thesée,
Nauplius,Calaïs,-Orphée
Le genereux Zethos aussi
Peut - rencontrer sa place
icy.
Ces Chefs, ces Hommes
d'importance,
Avanturiers à toute outrance
,
Ces Guerriers de fameux
renom
Dont je viens de marquer lenom,
Furent les premiers de If
âge
Qui ders eBainns 'tfOids eu..
Sur les ~pelles Eaux de
Thetis.
Aux Bains que l'on prenoit
jadis,
UnValet basty comme un
Drille,
Portoit & l'Eponge ,
&
l'Etrille,
Pour décrasser & savonner
Ceux qu'il alloit accompagner.
Si l'Eponge estoit parfu-
If mée
~L'Etrinestoit ,toute em*.
^aunéc,
Car dans ces ~bains grands
& commun
Onse munissoit de Parfums
Et d'agréables Cassolettes,
Pour les Doüillets & les
Doüillztes
, Pour les Mignardes & Mignards,
Qui n'aimoient pas les jeux
de Mars,
Et qui cherissoient leurs
Carcasse
Autant qu'un Coquin sa
Bezace,
Autant qu'un Aveugle (dit-on)
Cherit sa tasse & son
Baston.
Dans ce temps-là plus
nous ne sommes;
Un temps fut que Femmes
• & Hommes
Dans le vaste Empire Ro-
4 main
Pratiquoient tous le mesme
Bain,
Sans mettre aucune difference,
(Honny foit- il qui mal y
- -..- pense.)
Il falloit bien que ces Genslà
Fussent discrets.Apréscela,
Certain Empereur, c'est
Severe,
Empereur d'une humeur
austere
Des sexes fit divi,sion
Pour éviter l'occasion.
La Femme de Neron J
Popée,
Faisant la petite Poupér;
Etrefusant de s'attacher
A ce qui peut mater la
chair,
Et punir ses delicatesses,
Entretenoit cinq cens Asnesses,
Et chaque matin de leur
Lait
Croyoit rendre son teint
moins laid.
C'estoit le Bain éc l'artifice
De cette vainc Imperatrice
Qui sansscrupu, le & sans
remords,
Jour & nuit dorlotoit son
Corps,
Ne pensant la belle Mignonne
Qu'à bien rafraischir sa
personne;
Mais comme tout tend à
la fin,
Il luy fallut mourir enfin
Dans des angoisses sans
pareilles.
Laitieres à grandes oreil
-
les,
Vostre Lait faisoit son teint
beau,
Son trépas fut vostre tombeau.
Aux durs sanglots abandonnées,
On vous vit en peu de
journées
journées
Mornes,&dans une maigreur,
Qui faisoit aux Humains
horreur.
Estant tristes & déconfites,
VostreLaitbientost vous
perdistes
Et laMort , avec ses Cyprès
Cette perte suivit de prés.
(
Il n'est dp'oHinotmsmure la terre
Qui ne puisse encor voirà
Rome
Ces Monuments de vanité
De la superbe Antiquité
Que jadis on a fait construire,
Qu'encore aujourd'hui l'on
admire,
Où les magnifiques Romains
Se lavoient, & prenoient
les Bains
Dans chaque coin d'Architecture,
L'art y surpassoit la nature;
Et tous les Murs par le dedans
De fin Marbre estoient
éclatans,
Marbre apporté de Numidie,
i
Ou bien,venu d'Alexandrie.
L'injusteDiocletien,
Ec le Tyran Maximien
Ont employé sommes immenses
A faire de telles dépenses.
: Mais continuons nos
desseins,
Et décrivons quelques
beaux Bains
Que les Autheurs ixcommandables
Ont rendus des plus ve--
nerables,
Qui mesme ont fait voir
a nos yeux
Un spectacle delicieux.
Les Bains de Fritolle, ou
Tritolle,
Que l'on rencontreauprés
Pouzzolle
Nommez les Ba, ins de
Ciceron
Fabriquez mesm,e avant
Neron
Estoient quelque,chose de
rare.
On n'y voyoit rien de bïzarre,
:
Mais le tout proportionné,
Et fodrt osçanvamnméen,t orSuivant
la regle & la mesure
De la plus noble Architecture.
C'estoit pour le dire en
unmot,
Non la Caverne d'un Marmot,
Maisune Salle bien voutée,
Et de Peintures ajustée
Dont letemps qui , tout ccu^
vre abat)
A ravy le lustre & l'éclat;
On y voit cependant encore
Depuis Vesper jusqu'à
l'Aurore,
Et de l'Aurore jusqu'au
soir,
Maint & maint petit Reservoir,
Remply jadis d'une Eau
potable,
Aux Infirmes fort profita.
ble;
Car chaque Malade y
trouvoit
Ce que son mcdecin vouloit.
Esculape dort là fous rocbe,
Comme une anguille fil
tout procheà l
Au temps que vivoient les
Cesars
,
1
Parmy la guerre & les hazards
,
On voyoit là maintes Statuës
Qui font maintenant abbattuës
Qui , mettant la main sur
leur corps,
Faisoient connoistre en
leur dehors
Tant leur essence magnifique
Que leurs qualitez specifiques
Les Medecins , Salerni.
tains
Plus envietuxiqune lessLa- Piquez d'une jalouse rage,
Ont ravagé ce grand Ou.
vrage, Et desseiché toutes les
Eaux
Qui rendoient ces Bains-
, là si beaux,
S'imaginant que leur pratique
Diminuoit par l'hydraulique,
Et quHippocrate estoit
perdu
Si Ciceron n'estoit fondLt
Près
Prés de là
,
si l'on m'en
veut croire,
On doit passer au Sudatoire;
Mais il faut bientost s'épouffer
,
A moins que l'on veüille
étouffer,
Y faisant chaud de telle
forte
Qu'aussitost l'on) cherche
la Porte.
On voit presqueaumesme
chemin
Les fameux Bains de Saint
Germain
Nommez Thermes de Fumerolles.
Je n'ay presque point de
paroles
• Pour vous expliquer les
raisons
Des fumantes exhalaisons
Qui cette Caverne remplissent
,
Etde leurs vapeurs lanoircissent.
Fuligineuses qualirez
, Que de cerveaux vousenteftez!
-
Domicile sudorisique,
De Vulcain l'affreuse Boutique,
Si- tost qu'on respire vostre
air,
-
On croit avoir cervelle en
rair,
Etre aux Sabat par negro- mance,
Et le sçais par experience.
Au reste,ce Lieu tant vanté
l, A Theureuse proprieté
Deguerir mainte maladie,
Soit de France, soitd'Ausonie
; et quand on apporte en ce
Lieu,
Tout fumant, tout bruslant -
de feu,
Une autre Eau qui foit étrangere,
Soit qu'elle pese, ou soit
kgere,
Ce Bain,sans s'enappercevoir,
Luvycoommiurni.queso-n.pou- <
Chacun sçait que les Bains
, d'Alise
Etde Plombieres,font de
mise;
Qu'à Vichy, qu'à Spa,qu'à
-
Mion,
Ils font enréputation;
Qu'on peut de vous dire le
1 meUne/
Bains de Pougues, Bains
de Belesme ;
Que d'ailleurs il n'est rien
sibon
Que font vos Eaux,Bains
de Bourbon.
Qui font rajeunir les Personnes,
Fussent vieilles comme
Gorgones,
L'à l'on vient chercher de
, beaux ans,
Dans les plus beaux jours
,
du Printem ps,
En chemin l'amour pouvez
faire
Pour vostreusage salutaire.
Je ne vous obmettray jamais,
Belles Etuves, beaux Bains
d'Aix,
J'entens icy d'Aix la Chapelle,
Car vostre structure est
tres- belle,
Et les Germains de tous
costez
Recherchent vos humiditez.
ATongres,au Païs de
Trêves,
Aussi-bien qu'au climat de
Cleves,
On rencontre encor tous
les jours
De ces favorables secours.
Ainsi la belle Germanie
A ses Bains comme l'Ausonie
,
Et comme les charmans
Païs
Soumis au Monarque des
Lys.
A Moscou, Païs des Fourures,
Climat tout glacé de froidures,
Où regnent l'Aigle & le
Croissant,
Etdansl'Empireflorissant
Ou le Soleil onidolâtre,
Des Bains de Porphire&
d'Albâtre,
Tous remplis de bonnes
odeurs,
Se font voir chez les grands
Seigneurs.
C'efi là.ce qui fait leurs
delices,
Leurs passetemps, leurs
exercices;
Surtout chez les Orientaux,
Et chez les Septentrion-
,
naux,
Fréquemment les Bains
-'
.,
on visite
5
Passeroit pour hétéroclite,
Et bourru, qui s'en passeroit,
Qu'on vive à Rome comme
à Rome,
Si l'on veut vivre en honneste
Homme.
Forges & Montdor
, pres
de Rheims,
Fournissent encor de bons
Bains,
Dont se prévaut mainte
Personne.
Acqs & Therfis, prés de
Bayonne,
Balleruc
, avec Barbotan,
Sont encore visitez chaque
an,
Pour leurs Bains, qui dans
la Nature
Ont tousjours fait belle
,
figure.
Nommons-en encor quelques
uns
Que l'usage a rendus communs
Comme utiles , en cent manieres
Les Bains de Barege &
Bagnieres, o
Dont les plus sçavans Médecins
Font le pont aux ânes des
Bains.
Fermer
Résumé : ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
Le texte traite des bienfaits et des diverses utilisations des bains, tant pour le loisir que pour la santé. Les bains sont considérés comme des remèdes efficaces contre plusieurs afflictions, telles que les catharres, les rhumatismes, les vapeurs et les troubles de l'esprit. Ils sont classés selon leur composition (alumineux, plombés, ferreux, bitumineux) et leur température (chauds ou froids). Les bains peuvent être naturels ou artificiels, et leur usage varie en fonction des besoins de santé de chacun. L'origine des bains chauds est attribuée à Ana, fils de Sebeon, et à Vulcain, qui offrit un bain chaud à Hercule. Les bains froids sont associés aux Argonautes, qui se lavaient sur les rivages de la mer Tyrrhène. Historiquement, les bains étaient utilisés par les Romains et les Grecs, et leur pratique variait selon les époques et les cultures. Le texte mentionne également des bains célèbres comme ceux de Pouzzoles, de Saint-Germain, de Vichy, de Spa et de Bourbon, reconnus pour leurs propriétés curatives. Les bains sont également présents dans diverses régions, y compris la Germanie, la Russie et l'Empire ottoman, où ils sont appréciés pour leurs bienfaits et leurs plaisirs. Enfin, le texte souligne l'importance des bains dans la vie quotidienne et leur rôle dans la prévention et le traitement des maladies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 169-238
Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Début :
Au reste, Messieurs, quoique j'aye donné mon consentement à [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Auteur, Éloquence, Anciens, Modernes, Anciens et Modernes, Ouvrages, Antiquité, Homère, Poètes, Héros, Grecs, Belles-lettres, Esprit, Goût, Corruption du goût, Quintilien, Éducation, Opéra, Éducation, Public, Dialogue, Perfection, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Aureste,Meilleursquoique
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
Fermer
10
p. 1742-1752
SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Début :
De ces anciens Monumens qui justifient l'antiquité de la Ville d'Eu, je [...]
Mots clefs :
Ville d'Eu, Histoire, Antiquité, Royaume, Paysans, Seigneurs, Religion, Rivière, Monuments
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
SUITE des Mémoires de M. Capperon
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
Fermer
Résumé : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Les Mémoires de M. Capperon relatent plusieurs aspects historiques de la ville d'Eu. Au VIIe siècle, bien que la religion chrétienne fût établie dans le comté d'Eu, le culte des idoles subsistait encore publiquement. Saint Valleri, en passant par Augusta (aujourd'hui Aunfray), détruisit une idole païenne et convertit les habitants. Les habitants du village de Pont, convertis par Saint Valleri, construisirent une église en son honneur peu après sa mort, vers 625, au lieu même où il s'était reposé près d'une fontaine. Ils furent parmi les premiers à le canoniser. La rivière nommée Auve est identifiée comme la Bresle, selon des sources historiques comme M. Baillet et M. Fleury. En 616, Saint Loup, archevêque de Sens, trouva des temples païens lors de son exil au village d'Anfenne, près de la ville d'Eu. Les habitants d'Eu montrèrent un attachement profond à la religion catholique. En 1562, face à l'apparition de signes de calvinisme, la population réagit violemment, pillant les maisons des calvinistes et les forçant à faire une profession publique de catholicisme. Cet événement est documenté dans les archives de l'Hôtel de Ville. L'histoire des Normands dans la région est également abordée. En 912, le roi Charles le Simple céda la Normandie aux Normands pour mettre fin aux ravages qu'ils infligeaient. La ville d'Eu fut le théâtre de plusieurs batailles, notamment en 881 et en 925, où les Normands furent finalement vaincus. Les Normands établis en France adoptèrent la religion chrétienne, ce qui transforma leur comportement. Le premier comte d'Eu, Guillaume, fonda plusieurs institutions religieuses, suivi par ses descendants qui firent de nombreuses donations aux moines et prirent eux-mêmes l'habit monastique. Dès 340, le duc Guillaume Longue-Épée portait des objets monastiques, témoignant de l'influence des moines sur les seigneurs normands dès les premiers temps de leur conversion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1894-1907
MEMOIRE de M. Vergile de la Bastide, Gentil- homme de Languedoc, sur la découverte d'un Grand Chemin des Romains, nouvellement faite dans cette Province.
Début :
De tous les grands Chemins que les Romains ont construits dans la vaste [...]
Mots clefs :
Chemins, Romains, Pierres milliaires, Languedoc, Antiquité, Modernes, Description, Empereur
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE de M. Vergile de la Bastide, Gentil- homme de Languedoc, sur la découverte d'un Grand Chemin des Romains, nouvellement faite dans cette Province.
MEMOIRE de M. Vergile de la Bastide,
Gentil- homme de Languedoc , sur la
découverte d'un Grand Chemin des Romains
, nouvellement faite dans cette Province.
E
DRtous lesgrands Chemins que les Romains ont consruits dans la vaste
étendue de leur Empire , celui dn t il
s'agit dans ce Mémoire , est sans contredit
le moins dégradé. On y voit encore
dans
AOUST. 1731. 1895
dans l'espace de quatre lieues de Languedoc
douze Pierres , ou Colomnes Milliaires
, six desquelles , ou peut- être sept ,
n'ont point été déplacées. Il y a même
apparence qu'aucune ne l'auroit été , si
Constantius , General , et ensuite beau frere
de l'Empereur Honorius , n'en avoit
pris quelques - unes pour marquer les
Tombeaux des personnes de distinction
qui furent tuées dans une sanglante Bataille
, que gagna ce Géneral en ce même
Lieu l'an 411. comme on le lit dans la
nouvelle Histoire de Languedoc,T. 1. L.
4. N. 10.
On lit sur ces Colonnes des Inscriptions
gravées sous trois Empereurs , une
d'Auguste , qui est la seule qui se trouve
dans la Province , et les autres de Tibere
et de Claude, On peut remarquer dans
tout cet Ouvrage l'attention des Romains.
à construire , autant qu'il étoit possible ,
feurs grands Chemins sur un même alignement
, la solidité qu'ils leur donmoient
par leurs Empierremens , leur forme
et leur largeur qui est précisement
La même que N. Bergier a marquée dans
son Histoire des grands Chemins . On y
trouve aussi la mesure précise du Mille
Romain nettement déterminée par deux
pierres non déplacées , qui marquent un
C vj espace
1896 MERCURE DE FRANCE
ospace
de 752. Toi es ; ce qui prouve que
M. Cassini s'est trompé en donnant 763, Toises au Mille Romain .
La construction d'un beau Quay que
le Roy , conjointement avec la Province
de Languedoc , fait fire actuellement
à Beaucaire , et qui forme déja un Port
très commode sur le Rhône , a donné
lieu à la découverte que j'ai faite l'année
derniere 1730. de ce chemin dont
la Mémoire étoit entierement perduë ,
découverte d'autant plus heureuse , que
le nouveau Post deviendroit pre que inutile
dès qu'il n'y auroit pas un grand
Chemin propre pour le transport des
Marchandises dans le coeur de la Province
.
Il y auroit un moyen sûr et facile de
réparer ce chemin Romain , sans qu'il en
coutât rien au Roy ni à la Province
mais ce n'est pas ici le lieu de proposer- ce
moyen , il suffira de dire que , quand il
s'agira d'executer le Projet , il conviendra
de remettre en leur place les Pierres
Milliaires qui en ont été tirées et d'en
ajoûter deux qui manquent aux deux extrémitez
pour avoir le nombre compler
de ces Pierres qui se trouvoient du tems
des Romains . Les deux Pierres suppléées
serviroient à marquer dans le goût de
l'antiquité,
+
A O UST. 1731. 1897
l'antiquité le Regne d'aujourd'huy : ce
qui seroit à sa place , et laisseroit à la poste-.
rité un Monument à la gloire du Roy,
Monument dont les plus grands Empereurs
se sont fait honneur.;
Il est même certain qu'on peut faire
dans ce chemin quelque chose de mieux
que ce que les Romains y avoient fait ;
ce qui seroit une nouvelle preuve que les
Modernes peuvent , au moins en quelque
occasion , égaler , même surpasser les
Anciens ; et outre la commodité publique
, le nom Auguste de LOUIS XV.
placé parmi ceux de ces Maîtres du Monde
, feroit connoître aux Siecles les plus
récutez que la gloire de son Regne est
au dessus de celle qu'ils s'étoient acquise
en ce point dans les leurs , comme elle
doit la surpasser en tout le reste .
DESCRIPTION du Chemin Romain
depuis Beaucaire jusqu'à Nismes .
Du temps des Romains ce chemin
étoit une partie de la
grandede voye Aurelienne
, qui s'étendoit dep is la Ville
de Rome jusqu'aux extrémitez de l'Espagne.
Il commençoir au bord du Rhô
ne , à la tête d'un Pont de Pierre- appellé
Pons ararius , ou le Pont du Trésor , dont
il
1898 MERCURE DE FRANCE
il reste encore des vestiges sur le bord du
Rhône. Aujourd'hui on ne peut appercevoir
ce chemin qu'à 3. ou 400. pas de
Beaucaire,à l'endroit appellé les cing coins,
derriere le Chateau de Gaujac. On découvre
très-distinctement à cet endroit
son alignement et sa largeur qui étoit de
20. pieds. Ce chemin passoit sur la Montagne
à quelques pas sur la gauche du
lieu nommé Roquepartide.
On trouve à 200. pas au delà , sur le
même chemin , dans la Plaine de S. Roman,
deux Pierres Milliaires : la premiere
de figure quarrée , et. de 25 pouces et
demi de largeur sur 18. d'épaisseur , porte
cette Inscription de l'Empereur Tibere
; elle est environ à six pieds hors de
Berre.
TI. CAESAR
DIVI AUG. F. AUG
PONTIF. MAX.
TRIB. POT. XXI .
REFECIT ET
RESTITVIT
XIIL
La seconde est de l'Empereur Augus
te , de figure ronde , dont le diamétre
est d'environ 24. pouces. Elle est placée
à trois pieds de distance de la précedente
sur
A O UST. 1731. 1899
sur le bord du chemin à droite en allant
à Nismes , et un peu moins élevée , avec
l'Inscription suivante en partie détruite.
IMP.. • •
DIVI. F. AUG.
IM IMP. XIII.
On trouve dans la Montagne , tou
jours sur le même alignement , des vestiges
bien marqués du même chemin
Romain ; on en voit la forme qui étoit
cintrée , ou en dos d'Asne , la largeur et
les Fossez. En descendant dans la Plaine
on découvre l'Empierrement , l'assembla .
ge des Materiaux que les Romains employoient
dans la construction de leurs
chemins , à peu près comme on le
tique aujourd'hui.
pra-
La Montagne dont on vient de parler ,
a quinze Toises d'élevation du côté de
Beaucaire , et dix seulement du côté de
Nismes. C'étoit au moyen de deux grandes
Levées de terre que les Romains
avoient rendu le chemin pratiquable sur
cette Montagne , suivant leur usage or
dinaire décrit par Bergier dans son Histoire
1900 MERCURE DE FRANCE
toire , Liv. 2. Chap 17. Depuis la Montagne
jusqu'à une lieüe de Nismes , l'alignement
s'est conservé en entier , et le
chemin subsiste encore à present.
En avançant dans ce chemin , on trouve
vis - à- vis le Village de S. Vincent
deux Pierres milliaires . La premiere qui
est quarrée , a été coupée un peu au dessus
de la terre. La seconde est ronde
élevée de 3. ou 4. piés hors de terre , un
peu panchée et sans Inscription .
En suivant le même chemin , on trouve
une autre pierre quarrée , qui est
du temps de Tibere , comme l'indiquent
sa forme et le commencement d'une Inscription
dont le reste est entierement
ruiné.
TI. CAE.. ·
La valeur du Mille romain , qu'on ne
sçavoit pas au juste , est determinée par
ces pierres , qui n'ont point été dépla~
cées. Ce Mille est de 752. Toises , 4-
pieds , et dans cet espace le chemin a conservé
toute sa premiere forme dans la longueur
de plus de 400. Toises ; c'est dans
le lieu nommé la Garrigue . Tout ce chemin
que je viens de décrire , et dont j'ai
levé le plan , jusqu'aux Barraques de
Curboussot , qui partage le chemin de
Beaucaire
A O UST. 1731. 1901
Beaucaire à Nismes , est encore appellé
le chemin vieux , et se joint au grand chemin
d'aujourd'hui, à la premiereBarraque.
A une lieue de- là , en allant à Nismes ,
on trouve encore sur la droite et toujours
au bord du chemin , une autre Pierre
Milliaire avec cette Inscription .
TI CAESAR
DIVI AVG. F. A VG .
PONTIF. MAX.
TRIB . POT . XXI.
REFECIT ET
RESTITVIT.
XIIII.
Environ à trente pas de distance de cette
pierre , on voit dans un Champ quatre
Colomnes élevées , et une cinquiéme abbatue
et renversée sur la terre au milieu
des quatre les Sçavans Auteurs de la
nouvelle Histoire de Languedoc , Tom . I.
Liv. 4. Num. 10. croyent qu'elles avoient
été placées là pour marquer le Tombeau
d'un Prince tué dans une sanglanteBataille
, qui se donna dans cette Plaine , l'an
411. entre les Romains , qui assiegeoient
la Ville d'Arles , et les François joints
aux Allemans , pour faire lever le Siege.
On ne sçauroit assurer que ces cinq ·
Colomnes fussent toutes des Pierres Mil
liaires
"
1902 MERCURE DE FRANCE
liaires ; mais il y en a trois qui l'étoient
certainement. Voici l'Inscription de celle
qui est couchée , laquelle a 9. pieds de
fongueur et 24. pouces de diametre , de
même que tous les Milliaires qui sont de
figure ronde.
TI. CLAVDIVS
DRVSI F. CAESAR.
AVG. GERMANICVS
PONTIF. MAX. TRIB.
POT. COS. DESIG . IT
IMP. II. REFECIT.
Environ à deux cens pas de ce chemin
de Beaucaire, derriere le Village de Manduel
, il y a deux Pierres Milliaires , l'une
ronde et l'autre quarrée , qui sont encore
✓debout . Il seroit assés difficile de détermi
ner à quel usage elles ont été élevées en
cet endroit. Il y a quelque apparence que
c'est pour un même sujet que les 4.
précedentes. Les Inscriptions en sont
parfaitement bien conservées : celle de la
pierre ronde est la même que celle de
l'Empereur Claude qui vient d'être rapportée
et celle de la pierre quarrée
est encore la même que celles de Tibere
ci- devant rapportées. Il n'y a que la difference
A
OUST 1731. 1903
ference du nombre des pierres qui est V.
pour celle- cy.
Il y avoit un autre chemin Romain ;
qui se joignoit à celui- ci dans l'espace qui
est entre les Barraques et le Pont de Car.
Outre des vestiges qui en restent dans la
Garigue , ce chemin est encore marqué
par une Colomne non déplacée , qui est
à l'Orient de l'Eté du Village de S. Vincent.
Il est évident que depuis Beaucaire
jusqu'aux Pierres , qui sont prés le Pont
de Car , le chemin des Romains a conservé
le même alignement , et il n'est pas
moins certain que dans la lieue qui reste
depuis ces pierres jusqu'à Nisrnes , le che
min étoit construit sur la même ligne .
Pour en être persuadé , il faut considerer
1 ° . que le chemin d'aujourd'hui ne
s'en écarte jamais de beaucoup . 2 ° . que
lorsqu'il s'en écarte , ce n'est qu'à l'occasion
des eaux qui l'ayant rompu , et les
Ponts n'étant pas entretenus , ont obligé
les passans de se frayer eux mêmes un
chemin qui étant au côté d'en bas , rendoit
le passage plus aisé . 3 ° . que hors ces
endroits , le chemin rentre dans son droit
alignement , sur tout à un quart de lieüe
de Nismes où il n'y a point de sources
mi d'autres eaux. 4. qu'à la droite des
lieux
1904 MERCURE DE FRANCE
lieux où le chemin se tire de cet alignement
, on voit encore , en creusant un
pied et demi dans la terre , des restes de
l'Empierrement de l'ancien chemin des
Romains ; cet Empierrement paroît même
en plusieurs endroits au bord du chemin ,
sans qu'il soit necessaire de creuser pour
le découvrirr
Addition au Mémoire.
Les deux premieres Pierres énoncées
dans ce Mémoire , dont la premiere qui
est de Tibere , est quarrée , et la deuxiéme
d'Auguste , est ronde , sont à un
grand quart de lieüe de la Ville de Beaucaire
au dessus de la Montagne. En descendant
de cette Montagne , sur le même
alignement, il y a une très grande pierre
quarrée dont il n'est point parlé dans
le Mémoire , parcequ'elle n'est pas de la
même nature de pierre que les Milliaires ,
et que d'ailleurs elle n'a jamais eu d'Inscription.
Il y a pourtant lieu de croire
qu'elle a été mise là , et substituée en la
place d'une pierre Milliaire.
A cinq quarts de lieue de Beaucaire ,
on trouve encore deux pierres Milliaires.
La premiere est quarrée , coupée un
peu au dessus de la terre . La deuxième
est ronde , un peu panchée , et sans Inscription:
וכ
སུ པ 》)
cription : à un mille de là il y a une pierre
quarrée qui est placée comme toutes
les autres , à la droite et au bord du chemin.
L'espace qui est entre cette pierre et
les deux précedentes , est celui du Mille ,
dont il est dit dans le Mémoire que ce
chemin a conservé sa premiere forme
dans la plus grande partie de cet espace.'
On trouve ensuite les trois Barraques de
Cureboussot , qui , comme on l'a dit dans
le Mémoire , partagent également le chemin
de Beaucaire à Nismes .
Enfin à une lieue des Barraques , on
trouve la derniere pierre Milliaire qui est
debout et à sa place ; elle est quarrée avec
l'Inscription de Tibere . A côté de celle - ci
sont les 4. et même 5. pierres dont il est
parlé dans le Mémoire. Les trois autres
pierres du Mémoire sont encore hors du
chemin il y en a deux entre le Village
de Manduel et le chemin Romain ; elles
sont debout. La troisième est aussi debout
à l'Orient d'Eté du Village de S. Vincent.
cette derniere pierre étoit sur un autre
chemin Romain , dont il reste encore
plusieurs vestiges.
Depuis que ce Mémoire nous a été communiqué
, M. Vergile de la Bastide qui '
en est l'Auteur , et qui a fait la découverte
1906 MERCURE DE FRANCE
verte du chemin en question , ne voulant
rien oublier pour éclaircir ce sujet ,
et pour le rendre plus utile à la Litterature
qui concerne l'antiquariat et le bien
public , nous a encore fait part dans une
Lettre de quelques remarques que nous
ajouterons ici.
Pay fait, dit-il , uné Réflexion à l'oc
casion des differentes pierres Milliaires
qui se trouvent depuis Beaucaire jusqu'à
Montpellier ( je n'en ay point vû ailleurs)
c'est qu'on a eu soin de marquer la difference
des Empereurs qui ont réparé ces
chemins , nnoonn sseeuulleemmeenntt par les Inscriptions
gravées sur les Pierres Milliaires ,
mais on a marqué encore cette difference
par la forme des Pierres. Celle d'Auguste
est ronde et de 24. pouces de diamètre
avec une Inscription gravée simplement
et sans aucune sorte d'ornement. Celles
de Tibere sont toutes quarrées , comme
des Piedestaux , et peu polies. Celles de
Claude sont rondes , leurs Inscriptions
sont contenues dans un Cadre , creusé
dans la pierre environ 7. ou 8. lignes
avec une espece de moulure autour.
Celles d'Antonin ressemblent à celles
de Claude avec cette seule difference que
les Colomnes d'Antonin sont moins hautes
, et que la partie qui est dans la terre
est
AOUST. 1738. 1907
est quarrée comme un pied d'estal , beaucoup
plus large que le corps de la Colomne.
A l'occasion de cette Remarque ,
sur la difference qui se trouve dans la for
me des pierres Milliaires des differents
Empereurs qui ont reparé ce chemîn ,
je rapporterai ici l'Inscription d'une Colomne
Milliaire de l'Empereur Antonin
qui est à Nismes , dans la Muraille de la
Porte de la Couronne , du côté de l'Es
planade .
IMP. CAESAR
DIVI HADRIANI F.
T. AELIVS HADRIAN,
ANTONINVS AVG. PIVS.
PONT. MAX . TRIB. POT.
VIII IMP. IT. COS II.
P. P.
temps
Dans tout le chemin Romain de Beau
saire à Nismes , qui subsistoit du
de la République , et qui a été réparé
par differents Empereurs , il n'y a aucu
ne Colomne d'Antonin ; mais il
plusieurs de Nismes à Montpellier.
Gentil- homme de Languedoc , sur la
découverte d'un Grand Chemin des Romains
, nouvellement faite dans cette Province.
E
DRtous lesgrands Chemins que les Romains ont consruits dans la vaste
étendue de leur Empire , celui dn t il
s'agit dans ce Mémoire , est sans contredit
le moins dégradé. On y voit encore
dans
AOUST. 1731. 1895
dans l'espace de quatre lieues de Languedoc
douze Pierres , ou Colomnes Milliaires
, six desquelles , ou peut- être sept ,
n'ont point été déplacées. Il y a même
apparence qu'aucune ne l'auroit été , si
Constantius , General , et ensuite beau frere
de l'Empereur Honorius , n'en avoit
pris quelques - unes pour marquer les
Tombeaux des personnes de distinction
qui furent tuées dans une sanglante Bataille
, que gagna ce Géneral en ce même
Lieu l'an 411. comme on le lit dans la
nouvelle Histoire de Languedoc,T. 1. L.
4. N. 10.
On lit sur ces Colonnes des Inscriptions
gravées sous trois Empereurs , une
d'Auguste , qui est la seule qui se trouve
dans la Province , et les autres de Tibere
et de Claude, On peut remarquer dans
tout cet Ouvrage l'attention des Romains.
à construire , autant qu'il étoit possible ,
feurs grands Chemins sur un même alignement
, la solidité qu'ils leur donmoient
par leurs Empierremens , leur forme
et leur largeur qui est précisement
La même que N. Bergier a marquée dans
son Histoire des grands Chemins . On y
trouve aussi la mesure précise du Mille
Romain nettement déterminée par deux
pierres non déplacées , qui marquent un
C vj espace
1896 MERCURE DE FRANCE
ospace
de 752. Toi es ; ce qui prouve que
M. Cassini s'est trompé en donnant 763, Toises au Mille Romain .
La construction d'un beau Quay que
le Roy , conjointement avec la Province
de Languedoc , fait fire actuellement
à Beaucaire , et qui forme déja un Port
très commode sur le Rhône , a donné
lieu à la découverte que j'ai faite l'année
derniere 1730. de ce chemin dont
la Mémoire étoit entierement perduë ,
découverte d'autant plus heureuse , que
le nouveau Post deviendroit pre que inutile
dès qu'il n'y auroit pas un grand
Chemin propre pour le transport des
Marchandises dans le coeur de la Province
.
Il y auroit un moyen sûr et facile de
réparer ce chemin Romain , sans qu'il en
coutât rien au Roy ni à la Province
mais ce n'est pas ici le lieu de proposer- ce
moyen , il suffira de dire que , quand il
s'agira d'executer le Projet , il conviendra
de remettre en leur place les Pierres
Milliaires qui en ont été tirées et d'en
ajoûter deux qui manquent aux deux extrémitez
pour avoir le nombre compler
de ces Pierres qui se trouvoient du tems
des Romains . Les deux Pierres suppléées
serviroient à marquer dans le goût de
l'antiquité,
+
A O UST. 1731. 1897
l'antiquité le Regne d'aujourd'huy : ce
qui seroit à sa place , et laisseroit à la poste-.
rité un Monument à la gloire du Roy,
Monument dont les plus grands Empereurs
se sont fait honneur.;
Il est même certain qu'on peut faire
dans ce chemin quelque chose de mieux
que ce que les Romains y avoient fait ;
ce qui seroit une nouvelle preuve que les
Modernes peuvent , au moins en quelque
occasion , égaler , même surpasser les
Anciens ; et outre la commodité publique
, le nom Auguste de LOUIS XV.
placé parmi ceux de ces Maîtres du Monde
, feroit connoître aux Siecles les plus
récutez que la gloire de son Regne est
au dessus de celle qu'ils s'étoient acquise
en ce point dans les leurs , comme elle
doit la surpasser en tout le reste .
DESCRIPTION du Chemin Romain
depuis Beaucaire jusqu'à Nismes .
Du temps des Romains ce chemin
étoit une partie de la
grandede voye Aurelienne
, qui s'étendoit dep is la Ville
de Rome jusqu'aux extrémitez de l'Espagne.
Il commençoir au bord du Rhô
ne , à la tête d'un Pont de Pierre- appellé
Pons ararius , ou le Pont du Trésor , dont
il
1898 MERCURE DE FRANCE
il reste encore des vestiges sur le bord du
Rhône. Aujourd'hui on ne peut appercevoir
ce chemin qu'à 3. ou 400. pas de
Beaucaire,à l'endroit appellé les cing coins,
derriere le Chateau de Gaujac. On découvre
très-distinctement à cet endroit
son alignement et sa largeur qui étoit de
20. pieds. Ce chemin passoit sur la Montagne
à quelques pas sur la gauche du
lieu nommé Roquepartide.
On trouve à 200. pas au delà , sur le
même chemin , dans la Plaine de S. Roman,
deux Pierres Milliaires : la premiere
de figure quarrée , et. de 25 pouces et
demi de largeur sur 18. d'épaisseur , porte
cette Inscription de l'Empereur Tibere
; elle est environ à six pieds hors de
Berre.
TI. CAESAR
DIVI AUG. F. AUG
PONTIF. MAX.
TRIB. POT. XXI .
REFECIT ET
RESTITVIT
XIIL
La seconde est de l'Empereur Augus
te , de figure ronde , dont le diamétre
est d'environ 24. pouces. Elle est placée
à trois pieds de distance de la précedente
sur
A O UST. 1731. 1899
sur le bord du chemin à droite en allant
à Nismes , et un peu moins élevée , avec
l'Inscription suivante en partie détruite.
IMP.. • •
DIVI. F. AUG.
IM IMP. XIII.
On trouve dans la Montagne , tou
jours sur le même alignement , des vestiges
bien marqués du même chemin
Romain ; on en voit la forme qui étoit
cintrée , ou en dos d'Asne , la largeur et
les Fossez. En descendant dans la Plaine
on découvre l'Empierrement , l'assembla .
ge des Materiaux que les Romains employoient
dans la construction de leurs
chemins , à peu près comme on le
tique aujourd'hui.
pra-
La Montagne dont on vient de parler ,
a quinze Toises d'élevation du côté de
Beaucaire , et dix seulement du côté de
Nismes. C'étoit au moyen de deux grandes
Levées de terre que les Romains
avoient rendu le chemin pratiquable sur
cette Montagne , suivant leur usage or
dinaire décrit par Bergier dans son Histoire
1900 MERCURE DE FRANCE
toire , Liv. 2. Chap 17. Depuis la Montagne
jusqu'à une lieüe de Nismes , l'alignement
s'est conservé en entier , et le
chemin subsiste encore à present.
En avançant dans ce chemin , on trouve
vis - à- vis le Village de S. Vincent
deux Pierres milliaires . La premiere qui
est quarrée , a été coupée un peu au dessus
de la terre. La seconde est ronde
élevée de 3. ou 4. piés hors de terre , un
peu panchée et sans Inscription .
En suivant le même chemin , on trouve
une autre pierre quarrée , qui est
du temps de Tibere , comme l'indiquent
sa forme et le commencement d'une Inscription
dont le reste est entierement
ruiné.
TI. CAE.. ·
La valeur du Mille romain , qu'on ne
sçavoit pas au juste , est determinée par
ces pierres , qui n'ont point été dépla~
cées. Ce Mille est de 752. Toises , 4-
pieds , et dans cet espace le chemin a conservé
toute sa premiere forme dans la longueur
de plus de 400. Toises ; c'est dans
le lieu nommé la Garrigue . Tout ce chemin
que je viens de décrire , et dont j'ai
levé le plan , jusqu'aux Barraques de
Curboussot , qui partage le chemin de
Beaucaire
A O UST. 1731. 1901
Beaucaire à Nismes , est encore appellé
le chemin vieux , et se joint au grand chemin
d'aujourd'hui, à la premiereBarraque.
A une lieue de- là , en allant à Nismes ,
on trouve encore sur la droite et toujours
au bord du chemin , une autre Pierre
Milliaire avec cette Inscription .
TI CAESAR
DIVI AVG. F. A VG .
PONTIF. MAX.
TRIB . POT . XXI.
REFECIT ET
RESTITVIT.
XIIII.
Environ à trente pas de distance de cette
pierre , on voit dans un Champ quatre
Colomnes élevées , et une cinquiéme abbatue
et renversée sur la terre au milieu
des quatre les Sçavans Auteurs de la
nouvelle Histoire de Languedoc , Tom . I.
Liv. 4. Num. 10. croyent qu'elles avoient
été placées là pour marquer le Tombeau
d'un Prince tué dans une sanglanteBataille
, qui se donna dans cette Plaine , l'an
411. entre les Romains , qui assiegeoient
la Ville d'Arles , et les François joints
aux Allemans , pour faire lever le Siege.
On ne sçauroit assurer que ces cinq ·
Colomnes fussent toutes des Pierres Mil
liaires
"
1902 MERCURE DE FRANCE
liaires ; mais il y en a trois qui l'étoient
certainement. Voici l'Inscription de celle
qui est couchée , laquelle a 9. pieds de
fongueur et 24. pouces de diametre , de
même que tous les Milliaires qui sont de
figure ronde.
TI. CLAVDIVS
DRVSI F. CAESAR.
AVG. GERMANICVS
PONTIF. MAX. TRIB.
POT. COS. DESIG . IT
IMP. II. REFECIT.
Environ à deux cens pas de ce chemin
de Beaucaire, derriere le Village de Manduel
, il y a deux Pierres Milliaires , l'une
ronde et l'autre quarrée , qui sont encore
✓debout . Il seroit assés difficile de détermi
ner à quel usage elles ont été élevées en
cet endroit. Il y a quelque apparence que
c'est pour un même sujet que les 4.
précedentes. Les Inscriptions en sont
parfaitement bien conservées : celle de la
pierre ronde est la même que celle de
l'Empereur Claude qui vient d'être rapportée
et celle de la pierre quarrée
est encore la même que celles de Tibere
ci- devant rapportées. Il n'y a que la difference
A
OUST 1731. 1903
ference du nombre des pierres qui est V.
pour celle- cy.
Il y avoit un autre chemin Romain ;
qui se joignoit à celui- ci dans l'espace qui
est entre les Barraques et le Pont de Car.
Outre des vestiges qui en restent dans la
Garigue , ce chemin est encore marqué
par une Colomne non déplacée , qui est
à l'Orient de l'Eté du Village de S. Vincent.
Il est évident que depuis Beaucaire
jusqu'aux Pierres , qui sont prés le Pont
de Car , le chemin des Romains a conservé
le même alignement , et il n'est pas
moins certain que dans la lieue qui reste
depuis ces pierres jusqu'à Nisrnes , le che
min étoit construit sur la même ligne .
Pour en être persuadé , il faut considerer
1 ° . que le chemin d'aujourd'hui ne
s'en écarte jamais de beaucoup . 2 ° . que
lorsqu'il s'en écarte , ce n'est qu'à l'occasion
des eaux qui l'ayant rompu , et les
Ponts n'étant pas entretenus , ont obligé
les passans de se frayer eux mêmes un
chemin qui étant au côté d'en bas , rendoit
le passage plus aisé . 3 ° . que hors ces
endroits , le chemin rentre dans son droit
alignement , sur tout à un quart de lieüe
de Nismes où il n'y a point de sources
mi d'autres eaux. 4. qu'à la droite des
lieux
1904 MERCURE DE FRANCE
lieux où le chemin se tire de cet alignement
, on voit encore , en creusant un
pied et demi dans la terre , des restes de
l'Empierrement de l'ancien chemin des
Romains ; cet Empierrement paroît même
en plusieurs endroits au bord du chemin ,
sans qu'il soit necessaire de creuser pour
le découvrirr
Addition au Mémoire.
Les deux premieres Pierres énoncées
dans ce Mémoire , dont la premiere qui
est de Tibere , est quarrée , et la deuxiéme
d'Auguste , est ronde , sont à un
grand quart de lieüe de la Ville de Beaucaire
au dessus de la Montagne. En descendant
de cette Montagne , sur le même
alignement, il y a une très grande pierre
quarrée dont il n'est point parlé dans
le Mémoire , parcequ'elle n'est pas de la
même nature de pierre que les Milliaires ,
et que d'ailleurs elle n'a jamais eu d'Inscription.
Il y a pourtant lieu de croire
qu'elle a été mise là , et substituée en la
place d'une pierre Milliaire.
A cinq quarts de lieue de Beaucaire ,
on trouve encore deux pierres Milliaires.
La premiere est quarrée , coupée un
peu au dessus de la terre . La deuxième
est ronde , un peu panchée , et sans Inscription:
וכ
སུ པ 》)
cription : à un mille de là il y a une pierre
quarrée qui est placée comme toutes
les autres , à la droite et au bord du chemin.
L'espace qui est entre cette pierre et
les deux précedentes , est celui du Mille ,
dont il est dit dans le Mémoire que ce
chemin a conservé sa premiere forme
dans la plus grande partie de cet espace.'
On trouve ensuite les trois Barraques de
Cureboussot , qui , comme on l'a dit dans
le Mémoire , partagent également le chemin
de Beaucaire à Nismes .
Enfin à une lieue des Barraques , on
trouve la derniere pierre Milliaire qui est
debout et à sa place ; elle est quarrée avec
l'Inscription de Tibere . A côté de celle - ci
sont les 4. et même 5. pierres dont il est
parlé dans le Mémoire. Les trois autres
pierres du Mémoire sont encore hors du
chemin il y en a deux entre le Village
de Manduel et le chemin Romain ; elles
sont debout. La troisième est aussi debout
à l'Orient d'Eté du Village de S. Vincent.
cette derniere pierre étoit sur un autre
chemin Romain , dont il reste encore
plusieurs vestiges.
Depuis que ce Mémoire nous a été communiqué
, M. Vergile de la Bastide qui '
en est l'Auteur , et qui a fait la découverte
1906 MERCURE DE FRANCE
verte du chemin en question , ne voulant
rien oublier pour éclaircir ce sujet ,
et pour le rendre plus utile à la Litterature
qui concerne l'antiquariat et le bien
public , nous a encore fait part dans une
Lettre de quelques remarques que nous
ajouterons ici.
Pay fait, dit-il , uné Réflexion à l'oc
casion des differentes pierres Milliaires
qui se trouvent depuis Beaucaire jusqu'à
Montpellier ( je n'en ay point vû ailleurs)
c'est qu'on a eu soin de marquer la difference
des Empereurs qui ont réparé ces
chemins , nnoonn sseeuulleemmeenntt par les Inscriptions
gravées sur les Pierres Milliaires ,
mais on a marqué encore cette difference
par la forme des Pierres. Celle d'Auguste
est ronde et de 24. pouces de diamètre
avec une Inscription gravée simplement
et sans aucune sorte d'ornement. Celles
de Tibere sont toutes quarrées , comme
des Piedestaux , et peu polies. Celles de
Claude sont rondes , leurs Inscriptions
sont contenues dans un Cadre , creusé
dans la pierre environ 7. ou 8. lignes
avec une espece de moulure autour.
Celles d'Antonin ressemblent à celles
de Claude avec cette seule difference que
les Colomnes d'Antonin sont moins hautes
, et que la partie qui est dans la terre
est
AOUST. 1738. 1907
est quarrée comme un pied d'estal , beaucoup
plus large que le corps de la Colomne.
A l'occasion de cette Remarque ,
sur la difference qui se trouve dans la for
me des pierres Milliaires des differents
Empereurs qui ont reparé ce chemîn ,
je rapporterai ici l'Inscription d'une Colomne
Milliaire de l'Empereur Antonin
qui est à Nismes , dans la Muraille de la
Porte de la Couronne , du côté de l'Es
planade .
IMP. CAESAR
DIVI HADRIANI F.
T. AELIVS HADRIAN,
ANTONINVS AVG. PIVS.
PONT. MAX . TRIB. POT.
VIII IMP. IT. COS II.
P. P.
temps
Dans tout le chemin Romain de Beau
saire à Nismes , qui subsistoit du
de la République , et qui a été réparé
par differents Empereurs , il n'y a aucu
ne Colomne d'Antonin ; mais il
plusieurs de Nismes à Montpellier.
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Résumé : MEMOIRE de M. Vergile de la Bastide, Gentil- homme de Languedoc, sur la découverte d'un Grand Chemin des Romains, nouvellement faite dans cette Province.
En août 1731, M. Vergile de la Bastide, gentilhomme de Languedoc, a découvert un chemin romain en Languedoc, faisant partie de la voie Aurélienne qui relie Rome aux extrémités de l'Espagne. Ce chemin est particulièrement bien conservé sur une distance de quatre lieues, avec douze pierres milliaires visibles, dont six ou sept n'ont pas été déplacées. Ces pierres portent des inscriptions des empereurs Auguste, Tibère et Claude, attestant de l'importance romaine accordée à la construction de chemins alignés et solides. La découverte a été facilitée par la construction d'un quai à Beaucaire. M. de la Bastide propose de réparer ce chemin romain en remettant en place les pierres milliaires déplacées et en ajoutant deux nouvelles pour compléter le nombre initial. Il suggère également de marquer le règne actuel de Louis XV sur une pierre milliaire, afin de laisser un monument à la gloire du roi. Le chemin romain, décrit depuis Beaucaire jusqu'à Nîmes, montre des vestiges bien marqués, notamment des empierrements et des fossés. La valeur du mille romain est déterminée avec précision par les pierres milliaires non déplacées, soit 752 toises et 4 pieds, corrigeant ainsi une erreur de M. Cassini. Les colonnes milliaires présentent des caractéristiques distinctes selon les empereurs. La colonne d'Auguste est ronde, mesure 24 pouces de diamètre et porte une inscription simple sans ornement. Les colonnes de Tibère sont carrées, semblables à des piédestaux, et peu polies. Les colonnes de Claude sont rondes, avec des inscriptions contenues dans un cadre creusé dans la pierre, entouré d'une moulure. Les colonnes d'Antonin ressemblent à celles de Claude, mais sont moins hautes et ont une base carrée plus large que le corps de la colonne. Une inscription spécifique d'une colonne milliaire de l'empereur Antonin a été trouvée à Nîmes. Il est également noté qu'il n'y a aucune colonne d'Antonin sur le chemin romain de Beaucaire à Nîmes, mais plusieurs existent entre Nîmes et Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 2789-2791
A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
Début :
Loin ces Héros que nous vante l'Histoire ; [...]
Mots clefs :
Héros, Ambassadeur, Antiquité, Muses, Louange
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texteReconnaissance textuelle : A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
A M. LE DUC
DE S. AIGNAN ,
Ambassadeur du Roy à Rome , &c.
LOin ces Héros que nous vante l'Hisg
toire v
Souvent d'un faux éclat ils furent révêtus ;
L'Aveugle Antiquité , pour conserver leur gloid
re ,
De leurs vices fit leurs vertus.
1. Vol E St
2790 MERCURE DE FRANCE
Si nos Muses , Seigneur , vous offrent un hommage
,
Du coeur le plus modeste il peut être avoué.
De la verité seule emprunter le langage ,
C'est vous avoir assez loué.
Pour vous , qui craignez la loüange
Autant que vous la méritez ;
Des Faits de vos Дyeux le fastueux mélange
Ne fourniroit que des traits empruntez.,
Leur noble sang qui vous anime
Science , Dignitez , Exploits dans les Combats ;
Ces sources d'un éclat sublime
En ornant vos vertus , Seigneur , ne les font pas.
Je vous cherche en vous seul , en vous seul j'en¬
visage
Un accord de vertus peu connu jusqu'à vous.
Quel sublime genie avec vous prit naissance !
Vous seul paroissez l'ignorer :
*
'Autrefois l'Iberie en connut la puissance,
Jalouse encore , elle envie à la France
Le plaisir de vous admirer.
Allez , Seigneur , après la Renommée
Aux bords du Tibre encore étaler vos vertus,
En vous voyant Rome charmée ,
Croira revoir Fabrice , et Caton , et Titus ;
Yous retracez ces coeurs sublimes
* Son Ambassade d'Espagne,
J. Val. Par
DECEMBRE 1731. 2791
Par les traits éclatans qu'en vous nous admi¬
rons.
Mêmes vertus ,
mêmes maximess ;
Ils n'ont fait que changer de noms.
Par le R. P. RAINAUD ;
de l'Oratoire , Professeur de Rhetorique
au College de Marseille.
DE S. AIGNAN ,
Ambassadeur du Roy à Rome , &c.
LOin ces Héros que nous vante l'Hisg
toire v
Souvent d'un faux éclat ils furent révêtus ;
L'Aveugle Antiquité , pour conserver leur gloid
re ,
De leurs vices fit leurs vertus.
1. Vol E St
2790 MERCURE DE FRANCE
Si nos Muses , Seigneur , vous offrent un hommage
,
Du coeur le plus modeste il peut être avoué.
De la verité seule emprunter le langage ,
C'est vous avoir assez loué.
Pour vous , qui craignez la loüange
Autant que vous la méritez ;
Des Faits de vos Дyeux le fastueux mélange
Ne fourniroit que des traits empruntez.,
Leur noble sang qui vous anime
Science , Dignitez , Exploits dans les Combats ;
Ces sources d'un éclat sublime
En ornant vos vertus , Seigneur , ne les font pas.
Je vous cherche en vous seul , en vous seul j'en¬
visage
Un accord de vertus peu connu jusqu'à vous.
Quel sublime genie avec vous prit naissance !
Vous seul paroissez l'ignorer :
*
'Autrefois l'Iberie en connut la puissance,
Jalouse encore , elle envie à la France
Le plaisir de vous admirer.
Allez , Seigneur , après la Renommée
Aux bords du Tibre encore étaler vos vertus,
En vous voyant Rome charmée ,
Croira revoir Fabrice , et Caton , et Titus ;
Yous retracez ces coeurs sublimes
* Son Ambassade d'Espagne,
J. Val. Par
DECEMBRE 1731. 2791
Par les traits éclatans qu'en vous nous admi¬
rons.
Mêmes vertus ,
mêmes maximess ;
Ils n'ont fait que changer de noms.
Par le R. P. RAINAUD ;
de l'Oratoire , Professeur de Rhetorique
au College de Marseille.
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Résumé : A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
Le texte est une lettre adressée à M. le Duc de Saint Aignan, ambassadeur du roi à Rome. L'auteur critique l'histoire qui idéalise souvent les héros en cachant leurs vices. Il exprime son admiration pour le duc, préférant la vérité à la flatterie. Le duc est décrit comme un homme de science, de dignité et de bravoure, dont les vertus sont authentiques. L'auteur admire son génie et note que l'Espagne, autrefois jalouse, envie désormais à la France le plaisir de l'admirer. Il encourage le duc à continuer de montrer ses vertus à Rome, où il sera comparé à des figures historiques comme Fabrice, Caton et Titus. Le texte se conclut par une comparaison des vertus et des maximes du duc avec celles des grands hommes du passé, soulignant leur similitude malgré les différences de noms.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 641-656
REMARQUES sur les ruines de Vieux.
Début :
L'un des plus Sçavans Hommes que la Normandie ait [...]
Mots clefs :
M. Foucault, Médailles, Inscription, Ruines de Vieux, Marbre, Pline, Antiquité, Romains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les ruines de Vieux.
REMARQUES sur les ruines
deVieux.
L'un des plus Sçavans Hommes que la
Normandie ait porté , je veux dire M.
Huet,Evêque d'Avranches,n'auroit peutêtre pas écrit , comme il a fait , au sujet
de Vieux , si les découvertes dont je viens
de parler , avoient précédé la composition de ses Origines de Caen , l'un des plus
curieux Ouvrages qui ayent été écrits en
ce genre , et le plus rempli de recherches historiques , géographyques , étymologiques, &c. ensortequ'il seroit à souhaiter que chaque Ville un peu importante , et de quelque ancienneté , eut un
Historien à peu près semblable. Il est cependant arrivé à ce grand critique de n'avoir pas toujours écrit avec la même jus tesse
642 MERCURE DE FRANCE
tesse , dans le Livre dont je viens de parler ; cela se remarque sur tout dans l'Article de Vieux ; soit amour de la Patrie ;
qui ne lui a pas permis de reconnoître
dans le même canton une Ville plus an
cienne que Caën , qui de son aveu ne l'est
pas beaucoup , soit prévention ou éloignement de penser , commeon a toujours
fait dans le Païs , à l'égard des ruines de
Vieux, M.Huet ne veut pas que ce soient
les restes d'une ancienne Ville ; et on n'y
voit , selon lui , tout au plus que les vestiges d'un Camp des Romains.
Il est inutile d'entrer icy dans un détail des raisons , ou plutôt des conjectures que rapporte ce Sçavant Ecrivain`,
pour ne point reconnoître une Ville ancienne dans les ruines de Vieux , parce
que ces raisons tombent d'elles- mêmes
depuis les monumens qui y ont été découverts , avant, durant et après les Recherches de M. Foucault ; monumens qui
ne peuvent convenir qu'à une Ville et
à une Ville considérable.
Le plus remarquable de ces monumens ,
et qui fait icy , selon moy , une démons
tration ; c'est , sans doute, le fameux Marbre de Joigny , trouvé à Vieux , il y a déja
bien des années. Ce Marbre, tout à-fait
semblable à celui dela Carriere deVieux ;
est
AVRIL 1732 843
est , comme je l'ai dit ailleurs , le Piédestal , sur lequel étoit élevée la Statuë de
T. SENNIUS SOLENNIS , Grand-Prêtre Gaulois , Homme des plus distinguez dans sa
Nation , lequel étoit originaire de la cité
des Viducassiens. Cette Cité est nommée trois fois dans la longue Inscription , gravée sur le Piédestal dont je vous
ai envoyé une coppie, avec ma Ive Lettre, en sorte qu'on ne peut se refuser à
une preuve si évidente.
M. Huet qui a senti la force de cette
preuve , a cru l'affoiblir , en disant que
quoique ce Marbre soit semblable à celui de
Vieux , il peut bien avoir été tiré de quelqu'autre Carriere de Marbre pareil , qui
aura depuis été épuisée ou recouverte et abandonnée. Tout le Marbre blanc ne vient pas
de Paros, Je vous laisse , Monsieur , à juger de la solidité de ce raisonnement ; et
en attendant , on peut , je crois , s'en raporter au témoignage de quantité de
personnes éclairées , qui ont vu le Piédestal de Torigny , et qui l'ayant comparé
à plusieurs Marbres , tirez de la Carriere
de Vieux entr'autres , avec les Colomnes
qui sont dans les Eglises de S. Jean et des
Carmes de Caen, assurent toutes que c'est
la même nature , la même qualité , &c.
Il est vrai que tout le Marbre blanc ne
vient
344 MERCURE DE FRANCE
-
vient pas de Paros ; mais il est aussi vrai
que comme nos Connoisseurs , nos Marbriers même , distinguent fort bien le
Marbre de cette Isle , d'avec les autres.
Marbres blancs par la difference du grain,
du poli , de la dureté , &c. On peut distinguer de même le Marbre rougeâtre et
veiné , de Vieux , d'avec les autres Marbres de pareille espece. Celui de Vieux a
cela de particulier , que le poli n'en est nullement beau.
>
Quant au témoignage de l'Inscription,
notre sçavant Prélat y répond en disant
que: Civitas viducassium , signifie là
comme en cent autres lieux des anciens
un Peuple , et non une Ville, Mais je ne
sçai si cette interpretation éludera un témoignage si formel ; on peut bien accorder que Viducasses , est le nom d'un Peuple; mais les Peuples ayant bâti les Villes,
ausquelles ils ont donné des noms particuliers , il est communément arrivé que
dans la suite ces noms particuliers ont
cessé d'être usitez , et qu'on n'a employé
dans le discours que le nom du Peuple
qui les avoit bâties, où dont elles avoient
été capitales. C'est ce qu'on peut reconnoître par la lecture de César , de Pline
de Ptolomée, &c. chez lesquels les noms
de nos Villes d'aujourd'hui,sont des noms
de
AVRIL 1732 645
1
de Peuples , de Nations. Les Viducassiens
ou une partie de ce Peuple ont donc construit la Cité dont il s'agit icy. Il est vrai
que nous ne sçavons pas le nom particulier qu'ils lui donnerent , aussi parfaite
ment que nous sçavons que la Capitale
des Lexoviens s'appelloit Neomagus ; mais
les Monumens trouvez en ce même lieu ,
témoignent évidemment que c'étoit une
Ville ; et les termes de la fameuse Inscription de T. S. Solennis , déterminent à
croire que c'étoit une Ville des Viducassiens.
Au reste , Monsieur , quand je vous
ai dit , en vous envoyant cette Inscription , qu'elle ne se trouvenulle part dans
les differens , Recueils imprimez , je n'ai
pas parlé avec exactitude ; je l'ai depuis
trouvée moi-même , dans le Recueil de
M. Spon , intitulé : Miscellanea erudite
Antiquitatis , &c. 1. vol. fol. Lyon, 1685.
à la page 82. Mais elle y est rapportée
tres-imparfaitement , sur une coppie envoyée à M. Spon , qui ne contenoit que
ce qui se trouve sur les deux côtez du
Piedestal , et rien du tout de ce qui est
gravé sur la face , et qui est pourtant le
plus remarquable et le plus instructif de
ce Monument. J'aurai occasion de vous
en parler encore une fois , mais revenons
à M. Huet,
Cet
45 MERCURE DE FRANCE
Cet habile Ecrivain oppose le silence
'des Historiens , celui de Ptolomée , de
Itineraire d'Antonin , et des Tables de
Peutinger , à ceux qui veulent que Vieux
ait été la Ville des Viducassiens , et qui
outre la tradition du Païs , citent un Passage de Pline , dont je vais parler. Mais on
peut lui répondre avec fondement , que
nous n'avons pas tous les Historiens et
tous les Géographes anciens , que nous
n'avons pas les Ouvrages entiers de tous
ceux qui restent , et que ceux- cy ont encore fait bien des omissions , ce qui ne
peut jamais former qu'un Argument négatif; Argument qui tombe à la vûë des
Monumens découverts à Vieux.
Le silence , au reste , de Ptolomée , est
icy fort mal allégué , puisqu'il est du
moins certain que ce fameux Géographe
liv. 11. chap. 8. en traitant de la Gaule
Lyonnoise: Celto Galatia Lugdunensis situs ; et faisant l'énumeration des Peuples
qui bordent l'Ocean depuis la Seine jusqu'au fond de la basse Bretagne , à l'endroit appellé alors Gobeum Promontorium ,
met parmi ces Peuples , Biducenses , qui
est la même chose que s'il avoit mis viducenses , lequel terme de Biducenses ou
Viducenses , a une égale analogie avec
Vieux , comme Viducasses,
Le
AVRIL 1732% 847.
Le passage de Pline se trouve dans le
18 ch. du 4 liv. M. Huet le rapporte et
en jugé de cette maniere : » Ceux qui
» veulent , dit-il , que Vieux ait été une
Ville , se fondent sur ce Passage de Pli
>> ne , où il met entre les Peuples de la
» Gaule Lyonnoise , Parrhisios , Trecasses,
» Andegavos , Viducasses, Vadicasses;d'où
ils inferent que ces derniers , désignant
» les Peuples du Bessin , les Viducasses
marquent la Ville de Vieux... Mais il
» est tres- probable que dans le Passage de
» Pline , Viducasses ou Fadicasses , sont
» un même nom , qui signifie le Bessin
* et qu'un de ces mots est une diverse
» leçon de l'autre , qui a passé de la mar-
» ge dans le texte , comme il est arrivé
» dans une infinité de lieux des anciens
» Autheurs. De plus , Pline marque des
» Peuples en cet endroit , et non pas des » Villes.
Avant que de réfléchir sur cette Critique de M. Huet , il est bon d'observer
que le Passage de Pline est different dans
toutes les Editions que j'ai vûës , de celui
qu'on vient de lire ; mais pour ne point
entrer icy dans un détail ennuyeux des
Variations , et de différentes leçons qu'on
trouve sur ce sujet , je me contente de
rapporterce même Passage , pris dans l'EB dition
18 MERCURE DE FRANCE
dition du P. Hardouin , la plus récente , et
qu'on a lie de croire la plus correcte de toutes , l'Auteur ayant consulté les meilleurs Manuscrits , et n'ayant ignoré aucunes des Editions imprimées. Or ce Påssage est tel : Parisi , Trecosse's, Andegavi,
Viducasses , Bodiocasses , &c. Par ce der
nier terme , toute la probabilité de M.
Huet disparoît ; on ne croira jamais en
effet que Bodiocasses et Viducasses ne sont
qu'un même nom , qui signifie le Bessin ,
&c. Bodiocasses peut le signifier fort naturellement , et beaucoup mieux que Vadicasses , ainsi toute la conjecture du sçavant Prélat devient plus ingénieuse que
solide.
J'ai répondu cy- dessus à ce qu'il ajoute , qu'en cet endroit Pline marque des
Peuples et non pas des Villes , au sujet de
l'interprétation qu'il donne au terme de
Civitas Viducassium , de l'Inscription de
Torigny trouvée à Vieux ; ainsi , Monsieur,au lieu d'une répetition inutile,jeme
contente de remarquer icy que le P. Hardouin , dans une Note qu'il a faite sur
Pendroit de Pline , dont nous venons de
parler , reconnoît que Ptolomée a parlé
des Viducassiens ; mais on ne sçait sur
quelle autorité il place , comme il fait ,
ce Peuple dans la Basse- Bretagne , et les
recon-
AVRIL 1132 649
reconnoît pour les Fondateurs de la Ville
de Dinan; l'idée en doit paroître singuliere aux bas Normands , sur tout depuis
les Découvertes de Vieux,
la
On voit cependant , que selon les anciens Auteurs , les Viducassiens étoient
un Peuple de la Gaule Lyonnoise, et que
ce Peuple étoit où est Vieux , ou aux environs , vers le Midy et le Couchant..
L'Inscription de Torigny confirme ces
autoritez. Il est plus que probable par
circonstance du lieu où cette Inscription
a été trouvée , que la Ville en question ,
étoit assise sur le Terrain , dont le Village de Vieux , occupe encore une partie
entre la Riviere d'Orne , appellée O'λiva
dans Ptolomée et celle d'Odon.
- Vous sçavez , Monsieur , qu'après la
conquête des Gaules par les Romains
les Monumens publics ne furent plus
gueres érigez dans ce Païs , que dans la
Langue , et selon l'usage et le génie des
Vainqueurs Outre l'Inscription Romaine, dont je viens de parler , qui est toute à la gloire d'un Prêtre Gaulois , vous
avez vû dans ma Lettre , qu'on a trouvé
dans le même lieu , d'autres Inscriptions
Romaines , qui , en prouvant cet usage ,
prouvent aussi que les Romains ont été
long- temps les Maîtres de la Ville des ViBij ducas-
*
750 MERCURE DE FRANCE
ducassiens. Celle qui commence ainsi :
DEOMARTI, &c.indique assez le bas Empire et la décadence des Arts. Plusieurs
Lettres y sont mal formées , et sur tout
les Lettres A. L. o. M. Galland la croïoit
environ dutemps de Claude le Gothique,
mortvers 271.11 croïoit aussi qu'il y avoit
là un Temple dédié au Dieu Mars. Des
deux Consuls , Dialis et Bassus , sommez
dans l'Inscription , le nom dupremier ne
se trouve point, dans les Fastes que nous avons. On en voit du nom du second
Bassus , sous plusieurs Empereurs , mênie
du haut Empire. Il est vrai que dans les
Fastes , les noms des Consuls subrogez ou
substituez sont souvent omis. Le Consul
Dialis , de l'Inscription , étoit peut-être
de cette espece. Au reste, l'ignorant ouvrier a gravé sur le Marbre DIALÆ, au lieu de DIALE. Ce même nom se lit
dans Gruter , 8 Inscript. Edit. de 1707.
pag. 307.
12 ران .
Les autres Inscriptions , quoique mutilées , marquent une plus hauteAntiquité,
par la beauté et par la correction des caracteres ; on y voit les noms de quelques
anciennes Familles Romaines ; entre- autres des Familles Domitia , Novia , Comu
ficia , &c.
Je crois que vous trouverez juste l'obser-
AVRIL. 17523
servation de M. G. au sujet du mot MEMORIA , qui se trouve dans les deux Fragmens d'Inscription , cy devant rapportez ; il signifie là la même chose que Monumentum et Sepulcrum ; on le trouve en
effet, employé en ce sens dans Suetone, qui
dit qu'Othon , avant que de se donner la
mort , laissa le soin de sa Sépulture et de
ses Funérailles à Messaline. Commendans ,
Reliquias suas et Memoriam.
Ce Sçavant Antiquaire pensoit aussi
que Magninus Senecio , dont le nom est
gravé dans l'un de ces Fragmens , pouvoit
bien être le fils et le descendant de ce Senecion , dont parle assez plaisamment le
Rhereur Sénéque , lequel étoit surnommé Grandio, par Sobriquet, à cause de son
affectation ridicule pour tout ce qui
étoit grand dans les choses deson usage
les plus communes. Grands. Vases à boire,
grands Souli rs , grosses Figures , grands
Esclaves , et jusqu'à sa Maîtresse , qui tenoit du Colosse. Le surnom de Magninus
de l'Inscription , ne revient pas mal à célui de Grandio.
La grande quantité de Médailles trouvées à Vieux , et celles qu'on y déterre
tous les jours , méritent une attention
particuliere ; elles démontrent concurBiij remment
652 MERCURE DE FRANCE
•
remment avec les Inscriptions et les autres Monumens , découverts au même
lieu , que les Romains ont été long- tems
en possession dela Ville des Viducassiens.
Ces Médailles , comme je l'ai déja observé , sont depuis les premiers Empereurs
jusqu'aux enfans de Constantin. On peut
donc raisonnablement présumer quecette
Ville a subsisté jusques dans le rv siécle ;
on pourroit former des conjectures
moins solides sur les causes et le temps
plus précis de sa destruction ; circonstances omises par les Historiens ; mais je
ne m'engagerai point dans cette recherche aussi pénible qu'inftuctueuse.
Je me dispense aussi d'examiner si la
Ville de Caen a été bâtie , comme quelques-uns le prétendent , des ruines de
celle des Viducassiens , ou de Vieux. M.
Huet tient pour la négative et soutient
que Caën , du temps de Charles le Chauve , c'est- à- dire , vers 840. n'étoit guéres
plus qu'un Village.
Je finis mes Remarques , en observant
que ce Sçavant Homme , malgré la prevention dont j'ai parlé , semble revenir
au sentiment qu'il a prétendu combattre
au sujet des ruines de Vieux: Voici com
ment il s'exprime , après avoir beaucoup
discouru là-dessus.
»IL
AVRIL. 17321 653
Il est donc beaucoup plus apparent ,
"par tous ces Monumens d'antiquité, qué
» Vieux étoit autrefois un Camp des Ro
»mains , placé sur la Riviere d'Orne ,
» pour y conserver un passage ,
tendant
» vers le Païs ( a ) d'Hiesmes. Ce Camp
» ayant été fixé en ce lieu , donna l'occa-
» sion et le loisir aux Soldats d'y bâtir des
» Maisons , et un Aqueduc , pour leur
در
commodité , dont il reste des ruines.
» La même chose est arrivée en plusieurs
» autres endroits et quelquefois ces .
Camps sont devenus Villes , et quoi-
»que Villes , ils ont retenu le nom de
» Camps , témoin la Ville de Constance ,
qui étoit dans le commencement le
Camp de Constantius Chlorus , Pere de
»Constantin le Grend , et qui dans la suite est devenu une Ville celebre et floris-
» sante. Témoin encore la Ville de Cou
» tance, qui quoique Ville, s'appelle com-
» me la premiere : Constantia Castra. Cela
» se confirme encore par ce grand chemin
» pavé , qui alloit du Bessin dans l'Hies- "
» mois , et qui passe par Vieux-, bâti dơ
» Brique , ainsi que l'Aqueduc.
C'est toujours beaucoup de convenir
que Vieux a pu être une Ville , dont un
( a ) Le Païs d'Hiesmes est un Canton qui comprend une partie du Diocèse de Bayeux.
Biiij Camp
64 MERCURE DE FRANCE
Camp des Romains ait été l'origine. Pour
moi , je croirois plutôt le contraire ; sçavoir , qu'auprès de la Ville Gauloise des
Viducassiens , les Romains la trouvant
bien située , suivant leurs veuës , &c. auroient établi un de leurs Camps , conjecture que j'abandonne encore à votre critique , et que je n'entreprens pas de sou- tenir..
Outre l'aveu que nous venons de remarquer de la part de M. Huet, il n'est
pas indifferent de rapporter icy ce qu'il
nous apprend dans le même chapitre sur
la dénomination de Vieux. Vieux , dit it ,
est appellée Vedioca et Veoca , dans les
vieux titres de l'Abbaye de Fontenay. I
est assez incertain , continue - t- il , si
Veoca et Vedioca ont été formez du mot
de Vieux, ou Vieca de Vedioca, et de Veoce. Le nom de Bayeux ne vient pas de
Bajoca, mais de Biducasses , &c. je ne le
suivrai pas dans le reste de cette discussion étymologique , où notre Auteur ne
dit rien , ce me semble , de solide , n'apprend qu'à douter et ne fait que conjec- turer.
Mais vous me prévenez sans doute icy ,
Monsieur , sur le nom de Vedioca , pour
signifier Vieux , qui se trouve dans les
titres d'une ancienne Abbaye voisine.; et
vous.
AVRIL 1732. 655
vous m'allez dire qu'on ne peut guéres
méconnoître dans ce nom les Biducenses de Ptolomée , et les Badiocasses de
Pline , et le Civitas viducassium de l'Inscription trouvée à Vieux. Votre réfléxion
est juste , et me dispense d'examiner si le
nom de Vieux , ne viendroit point de Vetera Castra ; en supposant dans ce lieu ,
avec M. Huet , un Camp des Romains ';
ou de Ve , du Latin , Vadum , un Gué ;
supposant encore qu'il y en avoit un dans
le même lieu , lequel mot , Ve , s'exprimoit autrefois par Vien ; comme pour
André, on disoit Andrieu , c. toutes
conjectures des plus frivoles , qui ne méritoient pas de sortir d'une pareille plume, et qui tombent d'elles - mêmes par ce que vous venez de voir.
On peut , ce me semble , conclure de
toutes ces observations , que la Ville des
Viducassiens dont deux anciens Ecrivains
ont parlé , étoit située à peu près dans le
terrain , dont le Village de Vieux occupe
aujourd'hui une partie , entre les Rivie
res d'Orne et d'Odon , et que les ruines découvertes dans ce terrain sont celles de
cette ancienne Ville , qu'elle a été considérable du temps que les Romains l'ont
occupée , comme il paroît sur tout par les
beaux restes de son Gymnase , et des acBy com-
656 MERCURE DE FRANCE
compagnemens de cet Edifice public ,
( qu'on n'en voyoit de pareils que dans
les bonnes Villes ) et par les autres Monumens dont on a parlé ; que cette Ville
étoit avantageusement située , à cause des
deux Rivieres , dont l'une lui donnoit la
communication avec la Mer Oceane , l'éloignement n'étant que d'environ 5 lieuës;
que la même Ville devoit être florissante
par le commerce et par la communication qu'elle pouvoit avoir avec les Nations les plus éloignées.
La Médaille Grecque de Diaduménien
en est une preuve indirecte, et cette preu
ve est fortifiée par d'autres Médailles
Grecques et de fabrique étrangere , par
rapport aux Romains , découvertes depuis au même lieu , dont j'espere de vous
entretenir dans une autre Lettre. Celle- cy
s'est allongée beaucoup plus que je ne
croyois ; je soumets à vos lumieres tout ce
qu'elle renferme , et je suis,Monsieur, &c.
deVieux.
L'un des plus Sçavans Hommes que la
Normandie ait porté , je veux dire M.
Huet,Evêque d'Avranches,n'auroit peutêtre pas écrit , comme il a fait , au sujet
de Vieux , si les découvertes dont je viens
de parler , avoient précédé la composition de ses Origines de Caen , l'un des plus
curieux Ouvrages qui ayent été écrits en
ce genre , et le plus rempli de recherches historiques , géographyques , étymologiques, &c. ensortequ'il seroit à souhaiter que chaque Ville un peu importante , et de quelque ancienneté , eut un
Historien à peu près semblable. Il est cependant arrivé à ce grand critique de n'avoir pas toujours écrit avec la même jus tesse
642 MERCURE DE FRANCE
tesse , dans le Livre dont je viens de parler ; cela se remarque sur tout dans l'Article de Vieux ; soit amour de la Patrie ;
qui ne lui a pas permis de reconnoître
dans le même canton une Ville plus an
cienne que Caën , qui de son aveu ne l'est
pas beaucoup , soit prévention ou éloignement de penser , commeon a toujours
fait dans le Païs , à l'égard des ruines de
Vieux, M.Huet ne veut pas que ce soient
les restes d'une ancienne Ville ; et on n'y
voit , selon lui , tout au plus que les vestiges d'un Camp des Romains.
Il est inutile d'entrer icy dans un détail des raisons , ou plutôt des conjectures que rapporte ce Sçavant Ecrivain`,
pour ne point reconnoître une Ville ancienne dans les ruines de Vieux , parce
que ces raisons tombent d'elles- mêmes
depuis les monumens qui y ont été découverts , avant, durant et après les Recherches de M. Foucault ; monumens qui
ne peuvent convenir qu'à une Ville et
à une Ville considérable.
Le plus remarquable de ces monumens ,
et qui fait icy , selon moy , une démons
tration ; c'est , sans doute, le fameux Marbre de Joigny , trouvé à Vieux , il y a déja
bien des années. Ce Marbre, tout à-fait
semblable à celui dela Carriere deVieux ;
est
AVRIL 1732 843
est , comme je l'ai dit ailleurs , le Piédestal , sur lequel étoit élevée la Statuë de
T. SENNIUS SOLENNIS , Grand-Prêtre Gaulois , Homme des plus distinguez dans sa
Nation , lequel étoit originaire de la cité
des Viducassiens. Cette Cité est nommée trois fois dans la longue Inscription , gravée sur le Piédestal dont je vous
ai envoyé une coppie, avec ma Ive Lettre, en sorte qu'on ne peut se refuser à
une preuve si évidente.
M. Huet qui a senti la force de cette
preuve , a cru l'affoiblir , en disant que
quoique ce Marbre soit semblable à celui de
Vieux , il peut bien avoir été tiré de quelqu'autre Carriere de Marbre pareil , qui
aura depuis été épuisée ou recouverte et abandonnée. Tout le Marbre blanc ne vient pas
de Paros, Je vous laisse , Monsieur , à juger de la solidité de ce raisonnement ; et
en attendant , on peut , je crois , s'en raporter au témoignage de quantité de
personnes éclairées , qui ont vu le Piédestal de Torigny , et qui l'ayant comparé
à plusieurs Marbres , tirez de la Carriere
de Vieux entr'autres , avec les Colomnes
qui sont dans les Eglises de S. Jean et des
Carmes de Caen, assurent toutes que c'est
la même nature , la même qualité , &c.
Il est vrai que tout le Marbre blanc ne
vient
344 MERCURE DE FRANCE
-
vient pas de Paros ; mais il est aussi vrai
que comme nos Connoisseurs , nos Marbriers même , distinguent fort bien le
Marbre de cette Isle , d'avec les autres.
Marbres blancs par la difference du grain,
du poli , de la dureté , &c. On peut distinguer de même le Marbre rougeâtre et
veiné , de Vieux , d'avec les autres Marbres de pareille espece. Celui de Vieux a
cela de particulier , que le poli n'en est nullement beau.
>
Quant au témoignage de l'Inscription,
notre sçavant Prélat y répond en disant
que: Civitas viducassium , signifie là
comme en cent autres lieux des anciens
un Peuple , et non une Ville, Mais je ne
sçai si cette interpretation éludera un témoignage si formel ; on peut bien accorder que Viducasses , est le nom d'un Peuple; mais les Peuples ayant bâti les Villes,
ausquelles ils ont donné des noms particuliers , il est communément arrivé que
dans la suite ces noms particuliers ont
cessé d'être usitez , et qu'on n'a employé
dans le discours que le nom du Peuple
qui les avoit bâties, où dont elles avoient
été capitales. C'est ce qu'on peut reconnoître par la lecture de César , de Pline
de Ptolomée, &c. chez lesquels les noms
de nos Villes d'aujourd'hui,sont des noms
de
AVRIL 1732 645
1
de Peuples , de Nations. Les Viducassiens
ou une partie de ce Peuple ont donc construit la Cité dont il s'agit icy. Il est vrai
que nous ne sçavons pas le nom particulier qu'ils lui donnerent , aussi parfaite
ment que nous sçavons que la Capitale
des Lexoviens s'appelloit Neomagus ; mais
les Monumens trouvez en ce même lieu ,
témoignent évidemment que c'étoit une
Ville ; et les termes de la fameuse Inscription de T. S. Solennis , déterminent à
croire que c'étoit une Ville des Viducassiens.
Au reste , Monsieur , quand je vous
ai dit , en vous envoyant cette Inscription , qu'elle ne se trouvenulle part dans
les differens , Recueils imprimez , je n'ai
pas parlé avec exactitude ; je l'ai depuis
trouvée moi-même , dans le Recueil de
M. Spon , intitulé : Miscellanea erudite
Antiquitatis , &c. 1. vol. fol. Lyon, 1685.
à la page 82. Mais elle y est rapportée
tres-imparfaitement , sur une coppie envoyée à M. Spon , qui ne contenoit que
ce qui se trouve sur les deux côtez du
Piedestal , et rien du tout de ce qui est
gravé sur la face , et qui est pourtant le
plus remarquable et le plus instructif de
ce Monument. J'aurai occasion de vous
en parler encore une fois , mais revenons
à M. Huet,
Cet
45 MERCURE DE FRANCE
Cet habile Ecrivain oppose le silence
'des Historiens , celui de Ptolomée , de
Itineraire d'Antonin , et des Tables de
Peutinger , à ceux qui veulent que Vieux
ait été la Ville des Viducassiens , et qui
outre la tradition du Païs , citent un Passage de Pline , dont je vais parler. Mais on
peut lui répondre avec fondement , que
nous n'avons pas tous les Historiens et
tous les Géographes anciens , que nous
n'avons pas les Ouvrages entiers de tous
ceux qui restent , et que ceux- cy ont encore fait bien des omissions , ce qui ne
peut jamais former qu'un Argument négatif; Argument qui tombe à la vûë des
Monumens découverts à Vieux.
Le silence , au reste , de Ptolomée , est
icy fort mal allégué , puisqu'il est du
moins certain que ce fameux Géographe
liv. 11. chap. 8. en traitant de la Gaule
Lyonnoise: Celto Galatia Lugdunensis situs ; et faisant l'énumeration des Peuples
qui bordent l'Ocean depuis la Seine jusqu'au fond de la basse Bretagne , à l'endroit appellé alors Gobeum Promontorium ,
met parmi ces Peuples , Biducenses , qui
est la même chose que s'il avoit mis viducenses , lequel terme de Biducenses ou
Viducenses , a une égale analogie avec
Vieux , comme Viducasses,
Le
AVRIL 1732% 847.
Le passage de Pline se trouve dans le
18 ch. du 4 liv. M. Huet le rapporte et
en jugé de cette maniere : » Ceux qui
» veulent , dit-il , que Vieux ait été une
Ville , se fondent sur ce Passage de Pli
>> ne , où il met entre les Peuples de la
» Gaule Lyonnoise , Parrhisios , Trecasses,
» Andegavos , Viducasses, Vadicasses;d'où
ils inferent que ces derniers , désignant
» les Peuples du Bessin , les Viducasses
marquent la Ville de Vieux... Mais il
» est tres- probable que dans le Passage de
» Pline , Viducasses ou Fadicasses , sont
» un même nom , qui signifie le Bessin
* et qu'un de ces mots est une diverse
» leçon de l'autre , qui a passé de la mar-
» ge dans le texte , comme il est arrivé
» dans une infinité de lieux des anciens
» Autheurs. De plus , Pline marque des
» Peuples en cet endroit , et non pas des » Villes.
Avant que de réfléchir sur cette Critique de M. Huet , il est bon d'observer
que le Passage de Pline est different dans
toutes les Editions que j'ai vûës , de celui
qu'on vient de lire ; mais pour ne point
entrer icy dans un détail ennuyeux des
Variations , et de différentes leçons qu'on
trouve sur ce sujet , je me contente de
rapporterce même Passage , pris dans l'EB dition
18 MERCURE DE FRANCE
dition du P. Hardouin , la plus récente , et
qu'on a lie de croire la plus correcte de toutes , l'Auteur ayant consulté les meilleurs Manuscrits , et n'ayant ignoré aucunes des Editions imprimées. Or ce Påssage est tel : Parisi , Trecosse's, Andegavi,
Viducasses , Bodiocasses , &c. Par ce der
nier terme , toute la probabilité de M.
Huet disparoît ; on ne croira jamais en
effet que Bodiocasses et Viducasses ne sont
qu'un même nom , qui signifie le Bessin ,
&c. Bodiocasses peut le signifier fort naturellement , et beaucoup mieux que Vadicasses , ainsi toute la conjecture du sçavant Prélat devient plus ingénieuse que
solide.
J'ai répondu cy- dessus à ce qu'il ajoute , qu'en cet endroit Pline marque des
Peuples et non pas des Villes , au sujet de
l'interprétation qu'il donne au terme de
Civitas Viducassium , de l'Inscription de
Torigny trouvée à Vieux ; ainsi , Monsieur,au lieu d'une répetition inutile,jeme
contente de remarquer icy que le P. Hardouin , dans une Note qu'il a faite sur
Pendroit de Pline , dont nous venons de
parler , reconnoît que Ptolomée a parlé
des Viducassiens ; mais on ne sçait sur
quelle autorité il place , comme il fait ,
ce Peuple dans la Basse- Bretagne , et les
recon-
AVRIL 1132 649
reconnoît pour les Fondateurs de la Ville
de Dinan; l'idée en doit paroître singuliere aux bas Normands , sur tout depuis
les Découvertes de Vieux,
la
On voit cependant , que selon les anciens Auteurs , les Viducassiens étoient
un Peuple de la Gaule Lyonnoise, et que
ce Peuple étoit où est Vieux , ou aux environs , vers le Midy et le Couchant..
L'Inscription de Torigny confirme ces
autoritez. Il est plus que probable par
circonstance du lieu où cette Inscription
a été trouvée , que la Ville en question ,
étoit assise sur le Terrain , dont le Village de Vieux , occupe encore une partie
entre la Riviere d'Orne , appellée O'λiva
dans Ptolomée et celle d'Odon.
- Vous sçavez , Monsieur , qu'après la
conquête des Gaules par les Romains
les Monumens publics ne furent plus
gueres érigez dans ce Païs , que dans la
Langue , et selon l'usage et le génie des
Vainqueurs Outre l'Inscription Romaine, dont je viens de parler , qui est toute à la gloire d'un Prêtre Gaulois , vous
avez vû dans ma Lettre , qu'on a trouvé
dans le même lieu , d'autres Inscriptions
Romaines , qui , en prouvant cet usage ,
prouvent aussi que les Romains ont été
long- temps les Maîtres de la Ville des ViBij ducas-
*
750 MERCURE DE FRANCE
ducassiens. Celle qui commence ainsi :
DEOMARTI, &c.indique assez le bas Empire et la décadence des Arts. Plusieurs
Lettres y sont mal formées , et sur tout
les Lettres A. L. o. M. Galland la croïoit
environ dutemps de Claude le Gothique,
mortvers 271.11 croïoit aussi qu'il y avoit
là un Temple dédié au Dieu Mars. Des
deux Consuls , Dialis et Bassus , sommez
dans l'Inscription , le nom dupremier ne
se trouve point, dans les Fastes que nous avons. On en voit du nom du second
Bassus , sous plusieurs Empereurs , mênie
du haut Empire. Il est vrai que dans les
Fastes , les noms des Consuls subrogez ou
substituez sont souvent omis. Le Consul
Dialis , de l'Inscription , étoit peut-être
de cette espece. Au reste, l'ignorant ouvrier a gravé sur le Marbre DIALÆ, au lieu de DIALE. Ce même nom se lit
dans Gruter , 8 Inscript. Edit. de 1707.
pag. 307.
12 ران .
Les autres Inscriptions , quoique mutilées , marquent une plus hauteAntiquité,
par la beauté et par la correction des caracteres ; on y voit les noms de quelques
anciennes Familles Romaines ; entre- autres des Familles Domitia , Novia , Comu
ficia , &c.
Je crois que vous trouverez juste l'obser-
AVRIL. 17523
servation de M. G. au sujet du mot MEMORIA , qui se trouve dans les deux Fragmens d'Inscription , cy devant rapportez ; il signifie là la même chose que Monumentum et Sepulcrum ; on le trouve en
effet, employé en ce sens dans Suetone, qui
dit qu'Othon , avant que de se donner la
mort , laissa le soin de sa Sépulture et de
ses Funérailles à Messaline. Commendans ,
Reliquias suas et Memoriam.
Ce Sçavant Antiquaire pensoit aussi
que Magninus Senecio , dont le nom est
gravé dans l'un de ces Fragmens , pouvoit
bien être le fils et le descendant de ce Senecion , dont parle assez plaisamment le
Rhereur Sénéque , lequel étoit surnommé Grandio, par Sobriquet, à cause de son
affectation ridicule pour tout ce qui
étoit grand dans les choses deson usage
les plus communes. Grands. Vases à boire,
grands Souli rs , grosses Figures , grands
Esclaves , et jusqu'à sa Maîtresse , qui tenoit du Colosse. Le surnom de Magninus
de l'Inscription , ne revient pas mal à célui de Grandio.
La grande quantité de Médailles trouvées à Vieux , et celles qu'on y déterre
tous les jours , méritent une attention
particuliere ; elles démontrent concurBiij remment
652 MERCURE DE FRANCE
•
remment avec les Inscriptions et les autres Monumens , découverts au même
lieu , que les Romains ont été long- tems
en possession dela Ville des Viducassiens.
Ces Médailles , comme je l'ai déja observé , sont depuis les premiers Empereurs
jusqu'aux enfans de Constantin. On peut
donc raisonnablement présumer quecette
Ville a subsisté jusques dans le rv siécle ;
on pourroit former des conjectures
moins solides sur les causes et le temps
plus précis de sa destruction ; circonstances omises par les Historiens ; mais je
ne m'engagerai point dans cette recherche aussi pénible qu'inftuctueuse.
Je me dispense aussi d'examiner si la
Ville de Caen a été bâtie , comme quelques-uns le prétendent , des ruines de
celle des Viducassiens , ou de Vieux. M.
Huet tient pour la négative et soutient
que Caën , du temps de Charles le Chauve , c'est- à- dire , vers 840. n'étoit guéres
plus qu'un Village.
Je finis mes Remarques , en observant
que ce Sçavant Homme , malgré la prevention dont j'ai parlé , semble revenir
au sentiment qu'il a prétendu combattre
au sujet des ruines de Vieux: Voici com
ment il s'exprime , après avoir beaucoup
discouru là-dessus.
»IL
AVRIL. 17321 653
Il est donc beaucoup plus apparent ,
"par tous ces Monumens d'antiquité, qué
» Vieux étoit autrefois un Camp des Ro
»mains , placé sur la Riviere d'Orne ,
» pour y conserver un passage ,
tendant
» vers le Païs ( a ) d'Hiesmes. Ce Camp
» ayant été fixé en ce lieu , donna l'occa-
» sion et le loisir aux Soldats d'y bâtir des
» Maisons , et un Aqueduc , pour leur
در
commodité , dont il reste des ruines.
» La même chose est arrivée en plusieurs
» autres endroits et quelquefois ces .
Camps sont devenus Villes , et quoi-
»que Villes , ils ont retenu le nom de
» Camps , témoin la Ville de Constance ,
qui étoit dans le commencement le
Camp de Constantius Chlorus , Pere de
»Constantin le Grend , et qui dans la suite est devenu une Ville celebre et floris-
» sante. Témoin encore la Ville de Cou
» tance, qui quoique Ville, s'appelle com-
» me la premiere : Constantia Castra. Cela
» se confirme encore par ce grand chemin
» pavé , qui alloit du Bessin dans l'Hies- "
» mois , et qui passe par Vieux-, bâti dơ
» Brique , ainsi que l'Aqueduc.
C'est toujours beaucoup de convenir
que Vieux a pu être une Ville , dont un
( a ) Le Païs d'Hiesmes est un Canton qui comprend une partie du Diocèse de Bayeux.
Biiij Camp
64 MERCURE DE FRANCE
Camp des Romains ait été l'origine. Pour
moi , je croirois plutôt le contraire ; sçavoir , qu'auprès de la Ville Gauloise des
Viducassiens , les Romains la trouvant
bien située , suivant leurs veuës , &c. auroient établi un de leurs Camps , conjecture que j'abandonne encore à votre critique , et que je n'entreprens pas de sou- tenir..
Outre l'aveu que nous venons de remarquer de la part de M. Huet, il n'est
pas indifferent de rapporter icy ce qu'il
nous apprend dans le même chapitre sur
la dénomination de Vieux. Vieux , dit it ,
est appellée Vedioca et Veoca , dans les
vieux titres de l'Abbaye de Fontenay. I
est assez incertain , continue - t- il , si
Veoca et Vedioca ont été formez du mot
de Vieux, ou Vieca de Vedioca, et de Veoce. Le nom de Bayeux ne vient pas de
Bajoca, mais de Biducasses , &c. je ne le
suivrai pas dans le reste de cette discussion étymologique , où notre Auteur ne
dit rien , ce me semble , de solide , n'apprend qu'à douter et ne fait que conjec- turer.
Mais vous me prévenez sans doute icy ,
Monsieur , sur le nom de Vedioca , pour
signifier Vieux , qui se trouve dans les
titres d'une ancienne Abbaye voisine.; et
vous.
AVRIL 1732. 655
vous m'allez dire qu'on ne peut guéres
méconnoître dans ce nom les Biducenses de Ptolomée , et les Badiocasses de
Pline , et le Civitas viducassium de l'Inscription trouvée à Vieux. Votre réfléxion
est juste , et me dispense d'examiner si le
nom de Vieux , ne viendroit point de Vetera Castra ; en supposant dans ce lieu ,
avec M. Huet , un Camp des Romains ';
ou de Ve , du Latin , Vadum , un Gué ;
supposant encore qu'il y en avoit un dans
le même lieu , lequel mot , Ve , s'exprimoit autrefois par Vien ; comme pour
André, on disoit Andrieu , c. toutes
conjectures des plus frivoles , qui ne méritoient pas de sortir d'une pareille plume, et qui tombent d'elles - mêmes par ce que vous venez de voir.
On peut , ce me semble , conclure de
toutes ces observations , que la Ville des
Viducassiens dont deux anciens Ecrivains
ont parlé , étoit située à peu près dans le
terrain , dont le Village de Vieux occupe
aujourd'hui une partie , entre les Rivie
res d'Orne et d'Odon , et que les ruines découvertes dans ce terrain sont celles de
cette ancienne Ville , qu'elle a été considérable du temps que les Romains l'ont
occupée , comme il paroît sur tout par les
beaux restes de son Gymnase , et des acBy com-
656 MERCURE DE FRANCE
compagnemens de cet Edifice public ,
( qu'on n'en voyoit de pareils que dans
les bonnes Villes ) et par les autres Monumens dont on a parlé ; que cette Ville
étoit avantageusement située , à cause des
deux Rivieres , dont l'une lui donnoit la
communication avec la Mer Oceane , l'éloignement n'étant que d'environ 5 lieuës;
que la même Ville devoit être florissante
par le commerce et par la communication qu'elle pouvoit avoir avec les Nations les plus éloignées.
La Médaille Grecque de Diaduménien
en est une preuve indirecte, et cette preu
ve est fortifiée par d'autres Médailles
Grecques et de fabrique étrangere , par
rapport aux Romains , découvertes depuis au même lieu , dont j'espere de vous
entretenir dans une autre Lettre. Celle- cy
s'est allongée beaucoup plus que je ne
croyois ; je soumets à vos lumieres tout ce
qu'elle renferme , et je suis,Monsieur, &c.
Fermer
Résumé : REMARQUES sur les ruines de Vieux.
Le texte traite des ruines de Vieux, une ville en Normandie, et des débats historiques concernant son ancienneté et son importance. M. Huet, évêque d'Avranches, dans son ouvrage 'Origines de Caen', ne reconnaît pas Vieux comme une ancienne ville, y voyant plutôt les vestiges d'un camp romain. L'auteur conteste cette vision en se basant sur plusieurs monuments découverts à Vieux, notamment le marbre de Joigny, un piédestal de statue dédié à T. Sennius Solennis, un grand-prêtre gaulois des Viducassiens. Cette inscription mentionne trois fois la cité des Viducassiens, prouvant ainsi l'existence d'une ville ancienne. Huet tente de minimiser cette preuve en suggérant que le marbre pourrait provenir d'une autre carrière. L'auteur réfute cette hypothèse en soulignant que des experts peuvent distinguer le marbre de Vieux par ses caractéristiques spécifiques. Le texte aborde également le silence des historiens anciens comme Ptolémée et l'Itinéraire d'Antonin concernant Vieux, mais note que ces silences ne sont pas concluants face aux preuves matérielles. L'auteur cite un passage de Pline qui mentionne les Viducassiens et conteste l'interprétation de Huet selon laquelle ce terme désignerait simplement un peuple et non une ville. Le texte mentionne diverses inscriptions romaines et médailles trouvées à Vieux, témoignant de la présence romaine prolongée dans la ville des Viducassiens. Ces découvertes confirment l'importance historique de Vieux et contredisent l'opinion de Huet. Les médailles trouvées sur le site permettent de dater la présence romaine jusqu'aux enfants de Constantin, soit au IVe siècle. La ville de Caen, quant à elle, n'était qu'un village au temps de Charles le Chauve, vers 840. L'auteur refuse de spéculer sur la destruction de la ville des Viducassiens, un sujet omis par les historiens. Il mentionne également les débats sur l'origine de Caen, certains affirmant qu'elle aurait été construite à partir des ruines de la ville des Viducassiens ou de Vieux. Des vestiges comme un aqueduc et un chemin pavé soutiennent l'hypothèse que Vieux aurait pu devenir une ville. L'auteur conclut que la ville des Viducassiens était située dans la région actuelle de Vieux, entre les rivières d'Orne et d'Odon, et qu'elle était prospère grâce à sa situation stratégique et à son commerce. Des médailles grecques et étrangères découvertes sur place renforcent cette conclusion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 2389-2397
CINQUIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M le Marquis de B. dans laquelle, à l'occasion d'Oran, et d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle Edition des Oeuvres de Sigonius, &c.
Début :
Je ne vous parle plus, Monsieur, d'Oran, ni de Marsalquibir. Vous êtes suffisamment instruit [...]
Mots clefs :
Oran, Sigonius, Bibliothèques, République des Lettres, Ouvrage, M. Argelati, Histoire, Antiquité, André Doria
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CINQUIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M le Marquis de B. dans laquelle, à l'occasion d'Oran, et d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle Edition des Oeuvres de Sigonius, &c.
CINQUIEME LETTRE de M. D.
L. R. écrite à M le Marquis de B.
dans laquelle , à l'occasion d'Oran , et
d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle
Edition des Oeuvres de Sigonius , &C.
J
2
E ne vous parle plus , Monsieur , d'Oran ni
de Marsalquibir. Vous êtes suffisamment ins
truit de toutes les circonstances de la conquête
de ces deux Places, et des suites qu'elle a eues jus
qu'à présent. La saison où nous sommes défend
L'attendre d'autres progrès avant le retour du
Printemps. Vous sçavez , sans doute , Monsieur , que dès le commencement du mois de
Septembre la Mer Mediterranée n'est presque
plus praticable du côté de la Barbarie , et qu'il
en coûta cher à l'Empereur Charles V. lorsqu'il
entreprit en personne, au mois d'Octobre 1541 .
La Conquête d'Alger , avec une puissante Flote
qui périt miserablement sur ces Côtes. Laissons
donc pour quelque- tems les Affaires d'Affrique.
Oran sçaura bien- en attendant , se soutenir
avec un si brave * Gouverneur, contre les foibles
efforts des Maures. C'est inutilement qu'ils ont
attaqué depuis quelques tems le Fort de S. André , c'est avec aussi peu de succès qu'ils ont
cru faire une diversion importante en engageant
le Roi de Maroc à faire de nouveaux efforts contre la Ville de Ceuta , efforts favorisez par la
*Le Marquis de Santa-Crux.
D v
déser-
1 2390 MERCURE DE FRANCE
* désertion et par la trahison d'unSeigneur Espagnol , que sa conscience punit peut être déja , et
que le Ciel confondra un jour. Mettons plutôt
Monsieur , à la place d'Exploits guerriers , qui
ne sont pas de saison , quelque chose qui ne soie
guéres moins de votre ressort , et qui puisse vous
Occuper agréablement dans le séjour que vous continuez de faire dans vos Terres.
>
Un sujet se présente ici naturellement , et qui
un raport indirect à celui que je suis obligé de
quitter ou de suspendre. J'ai eu l'honneur de
vous parler dans ma derniere Lettre du Sçavant
Jesuite , Charles Sigonius , Auteur de la vie d'André Doria , et je vous ai dit , ce me semble
qu'il n'est pas aisé d'assembler tous ses Ouvra→
ges , qui sont cependant considérables , cet Au- teur n'ayant traité que de grands sujets et
Payant toujours fait habilement, ils manquent aut
jourdhui dans plusieurs bonnes Bibliotheques , et
les Provinces en sont presque entierement de
pourvûës. Comme je me plaignois de cette disette,
et que je faisois des vœux pour une nouvelle Edia
tion , j'ai été agréablement surpris par la récep
tion d'un Imprimé latin de 8. pages in- 4. pu
blié à Milan il y a quelques mois , qui contient
le plan d'une belle Edition de Sigonius , laquelle
se fait actuellement dans cette Ville. C'est, Monsieur , de quoi j'aurai l'honneur de vous rendre
compte dans ma Lettre d'aujourd'hui.
L'Auteur de cette entreprise est M. Argelati ,
Homme du premier mérite , et des plus connus
dans la République des Lettres , singulierement par la part qu'il à au vaste Recueil des Ecrivains
de l'Histoire d'Italie Il est Directeur de la Sa
*Le Duc de Riperda.
cieté
NOVEMBRE. 1732 2391
cieté Palatine , Académie des plus celébres de
l'Europe , fondée à Milan par le Comte Archin
to , Neveu du Cardinal- Archevêque de ce même ´nom.
M. Argelati commence dans son Ecrit adressé
à tous les Sçavans de l'Europe , par relever le
mérite litteraire de Sigonius , reconnu de tout
le monde sçavant , et le prix de ses Ouvrages ,
imprimez plus d'une fois , tant en Italie que
dans le reste de l'Europe , ce qui n'a pas empê
ché , dit-il , qu'ils ne soient devenus enfin d'une
grande rareté , au regret des habiles gens , et
surtout des amateurs de l'Antiquité. Il y a longtems que notre Sçavant s'étoit proposé de remé
dier à cet inconvenient, en donnant une nouvelle
Edition de Sigonius ; il s'y est enfin déterminé ,
et il a mis la main à l'œuvre dans les conjonctures , et par les considerations énoncées assez au
long dans son Programme que je me dispense de répéter ici.
Je n'obmettrai pas cependant une circonstance bien louable , qui marque un grand désinteressement et un pareil amour pour les Lettres ,
c'est que pour accelerer cette Edition, et pour le
ver toute difficulté , M. Argelati s'est mis en
état de fournir de son propre fonds tout ce qui
peut être nécessaire à l'éxecution de son entreprise , pour ne faire aucun tort aux Membres de
Ja Societé Palatine ni au Public , ne Palatinorum
Sociorum , dit- il , rationes diverterem in aliam causam , vel postrema comuni cura priorem aliquantisperpublico cum incommodo turbarem.
Le premier soin du sçavant Editeur a été de rechercher et d'assembler en un corps , non- seulement tous les Ouvrages imprimez de Sigonius ,
dont quelques-uns sont devenus très-rares , mais
D vj encore
2392 MERCURE DE FRANCE
encore ceux qui n'ont jamais vu le jour : ce qu'il n'a pû faire par lui-même a été éxecuté par des
Amis sçavans et éclairez. Visite de Bibliotheques, d'Archives publiques et particulieres , rien
n'a été oublié ; ce qui a été suivi d'un succès
auquel M. Argelati avoue que la grande réputa tion de Sigonius a eu beaucoup de part , particulierement à l'égard des Ouvrages Manuscrits de
notre Auteur , dont cette nouvelle Edition sera enrichie dans les derniers volumes.
L'ordre et la coutume demandoient de mettre
à la tête de l'Edition un abregé de la vie du celébre Sigonius. Personne ne pouvoit mieux s'en
acquitter , dit M. Argelati , que M. L. A. Muratori , qui outre son rate sçavoir et sa sagacité ,
se trouve être de la même Ville de Modene , Paarie de Sigonius , et par conséquent plus à portée
qu'un autre de prendre des instructions domesiques et sûres. Le succès de ce travail a été audelà de tout ce qu'on pouvoit attendre de M. Muratori. Ceux qui aiment à s'instruire de l'Histoire Litteraire et personnelle de certains Sçavans ,
trouveront, sans doute,de quoi se contenter dans le travail dont il s'est chargé au sujet de Sigonius. Sur quoi M. Argelati lui marque une parfaite reconnoissance.
Le premier volume de la nouvelle Edition commence par les Fastes Consulaires de cet Auteur.
Tout le monde connoît l'importance et la necessité des Fastes Consulaires , on sçait aussi en combien d'embarras et de difficultez ils ont souvent jetté les amateurs de l'Antiquité. On avoit
lieu de croire que cet Ouvrage , si pénible en soi,
avoit été rendu parfait par le travail de Sigonius:
mais comme depuis sa mort , on a déterré quan
tité de Monumens Antiques , et qu'on en désouyre
NOVEMBRE. 1732. 2393
couvre encore tous les jours , on s'en est servi
pour perfectionner encore davantage , pour corriger même en plusieurs endroits l'Ouvrage du docte Ecrivain, C'est un soin dont a bien voulu
se charger , à la priere de M. Argelati , le R. P.
Joseph- Marie Stampa de Côme , Clerc Régulier
de la Congrégation des Somasques , qui a fait entrer dans cette Edition toutes les Observations
des plus célebres Critiques sur le sujet en question, sçavoir celles du P. Petau, de Pighius , d'Almelowen , qui ont plus servi à confirmer qu'à
corriger les Fastes de Sigonius , celles de Mezabarba , du P. Pagi , de M. de Tillemont , du P. Blanchini , et suivant l'ordre des tems , celles
du Cardinal Noris , de M. Reland , de Cuspinien , et de Panvinius , sans oublier les propres
Observations du P. Stampa , qui n'a pas toujours
souscrit à toutes les Remarques de ces grands
Critiques , et qui a donné de son fonds une belle
Dissertation préliminaire , et d'autres Discours
remplis d'érudition sur cette matiere , à quoi il
faut ajoûter la continuation des mêmes Fastes ,
qu'il a conduits depuis la mort d'Auguste , Epoque où Sigonius s'étoit arrêté , jusqu'à l'Empire
de Diocletien et de Max imien. Autre Epoque où
commence un second Ouvrage de notre Auteur,,
dont on va parler , et qui acheve de remplir le
premier Tome.
Cet Ouvrage , divisé en plusieurs Livres , est
tout historique , et regarde l'Empire d'Occident ,
de Occidentali Imperio. Il a été revû et illustré
par un sçavant Benedictin du Mont- Cassin, nommé le P. Dom Janvier Salinas , Napolitain.
M. Arlegati fait ici un court éloge de la capacité
de ce Religieux , dont le travail immense doit Stre
2394 MERCURE DE FRANCE
1
être d'un grand secours
à ceux qui étudieront cet
autre Quvrage de Sigonius
.
Le second Volume contiendra en XX
. Livres
P'Histoire du Regne d'Italie
, de REGNO ITALIE
C'est la revision de ce grand Ouvrage
, qui occupe actuellement M. Argelati , aidé des lumieres et du travail infatigable de M. Joseph- Antoi
ne Saxi
, Préfet de la Bibliotheque Ambroisienne. Ce travail sera sans doute d'une grande utilité à cette partie de l'Edition de Sigonius , on
en peut juger par le témoignage qu'en rend l'Editeur , il est magnifique et fort étendu dans le
Programme Latin
.
,
M. Argelati déclare ensuite qu'il n'a fait encore aucun arrangement à l'égard des autres
Ouvrages de Sigonius
, mais que chacun de ces
Ouvrages paroîtra dans cette Edition avec les
Notes et les Observations qui lui conviennent
soit anciennes et déja publiées
, soit nouvelles et
fournies par de sçavans Hommes
. Par exemple
,
à l'égard des Traitez intitulez de Antiquo Jure Civium Romanorum , Italia ac Provinciarum,
de Judiciis. De Binis Comitiis et Lege curiata.
On aura dans la nouvelle Edition
, non
-seulement les Annotations de Grævius , répandues
dans son Trésor des Antiquitez Romaines
, mais
encore les Prolegomenes du sçavant Horatius
Blanci
. Jurisconsulte Romain
, et les Commentaires suivis de Jean Maderni de Milan , autre
fameux Jurisconsulte
.
,
et.
Pour ce qui regarde les Livres de Atheniensium,
eorumque ac Lacedamoniorum Temporibus
, P'Illustre Editeur nous apprend qu'ils ont occupé la
capacité d'un Homme de Lettres des plus versez dans la connoissance des Langues Orientales , et
dans celle de l'Histoire
, lequel s'est enfin renda
NOVEMBRE. 1732. 2395
du à ses instances réïterées , à condition qu'il ne
seroit point nommé ; rare exemple de modestie , consentant avec peine qu'on nommât seulement la Compagnie de Jesus , dont il est mem
bre. Surquoi M. Argelati prend occasion de
marquer en ces termes , sa reconnoissance generale et particuliere : Hoc erit perpetua laudis argumentum; nam sicut cœtus iste Lucidissimas quot in cœlo stellas doctrinarum omnium faces enumerat.
ita cuique me devotum beneficiorum acceptorum memoria perpetuo profiteor.
Sigonius ne s'est pas contenté de traiter l'Histoire et l'Antiquité prophane. Il a aussi écrit sur
la Republique des Hebreux , et des Commentaires
sur l'Histoire de Sulpice Severe , qui ont été publiez de son vivant ; sans compter huit Livres entiers de l'Histoire de l'Eglise , qu'il avoit composez , et qu'on ne desespere pas de retrouver. Le
tout ensemble pourra former un volume entier ,
séparé des autres , suivant le plan de l'habile Editeur , qui a eu soin d'enrichir les deux premiers Ouvrages des Notes et des Eclaircissemens dont
ils avoient besoin.
Il marque là-dessus sa parfaité reconnoissance
envers M. l'Abbé Laurent Maffei , si connu par
ses Ouvrages , et particulierement par ses Re- marques sur le 4° Tome d'Anastase le Bibliotequaire. Ce Docte Abbé s'est en effet donné de
grands soins pour ce qui regarde les Livres de
la République des Hebreux , et les Commentalres sur Sulpice Severe , lesquels servent beaucoup pour l'intelligence du premier Ouvrage.
Nul n'étoit plus propre que lui pour ce travail
ni plus à portée de profiter de plusieurs secours ;
singulierement de celui de la Biblioteque du Comte Charles Archinto , l'une des plus belles et des
mieux fournies dè l'Italic,
Majs
2396 MERCURE DE FRANCE
Mais ce que M. Argelati a le plus affectionné
entre les Ouvrages de Sigonius , c'est ce que cet
Auteur a écrit de la Ville de Boulogne , Patrie de
l'Editeur , qui a quelque rapport à l'Histoire
tant sacrée que prophane. Il s'est présenté plusieurs Sçavans Boulonnois , que le même amour
de la Patrie a portés à concourir là - dessus, avec
M. Argelati. Deux de ces Sçavans , Auteurs de
plusieurs Ouvrages imprimez , ont principalement mis la main à l'œuvre : sçavoir , le R. P.
Louis Rabbi Servite , qui a revû tout ce qui concerne l'Histoire Sainte ; et M. Alexandre Machiavelli, fameux Jurisca soulte , qui s'est donné
le mêmesoin pour l'Histoire prophane.
A l'égard de la Vie du Celebre André Doria
écrite par Sigonius, M Argelati ne s'est déchargé sur personne du soin de la revoir et d'y faire
les augmentations convenables ; il s'est attaché
sur tout à y ajouter les Traitez, les Négociations
et les autres Actes publics des affaires importan
tes ausquelles ce grand Capitaine a eu part. Ces Monumens ont été tirez des Archives de la République de Gennes, et obligemment communiquez par M. Mutius , à qui la Garde en est confiée , et qui aime beaucoup les Lettres et les
Sçavans.
Je ne doute pas , Monsieur , que M. Argelati
ne voye aussi , avec plaisir , peut-être avec quel- que profit,certaines circonstances de la Vie d'André Doria , qui sont dans les Lettres que je me suis donné l'honneur de vous écrire au sujet de
la conquête d'Oran , et qui sont omises dans
Sigonius : La Médaille , par exemple , frappée
en son honneur , que j'ai fait graver , et la Statue de Marbre qui lui a été érigée , qu'on peut
• Mercure de Septembre 1732.
faire
NOVEMBRE. 1732. 2397
faire graver dans la nouvelle Edition ; à quoi je
dois ajoûter deux beaux Portraits du même An
dré Doria , qui ont été peints , l'un par Sébas
tien Vénitien Frate del Piombo , vers l'année
1540 et l'autre par Agnolo Bronzino , Peintre
de réputation , Eleve de Piantorme , vers 1550.
lesquels doivent être à Gennes , dans le Palais
Doria.
Sigonius ayant aussi écrit la Vie de Scipion , et celle de P. Emile , sur les Monumens Histori-'
ques , Grecs et Latins , M. Argelati s'est pareillement appliqué à les revoir et à les perfectionner.
Enfin le Sçavant Editeur s'est entierement prêté
à la revision, à la Critique et à l'illustration du Traité , intitulé : Judicium de Romana Historia
Scriptoribus : Ouvrage que plusieurs Critiques ont douté être veritablement de Sigonius. M. Argelati y a épuisé sa patience et n'a rien oublié pour le rendre utile ; nouvelles Cartes Géographiques ,
plus exactes que les premieres , Tables et Indices
tres amples , enfin tout ce qui peut concourir à
rendre un Ouvrage parfait , a été employé.
Voilà , Monsieur , l'Exposition la plus exacte
et la plus abrégée que je puis vous faire de l'entreprise et du labeur de M. Argelati , sur les Euvres de Sigonius , tirée de son Programme Latin.
Je ne doute pas que vous n'en soyicz édifié , ainsi
que de sa générosité et de son désinteressement. Ilfinit , en marquant sa parfaite reconnoissance
envers Sa Majesté Imperiale , Auguste Protec
trice de la Société Palatine de Milan , sous les
Auspices de laquelle , lui et tous les Membres de
cette Académie , travaillent heureusement à l'avancement des Lettres , et en particulier à la perfection de l'Histoire, Je suis , Monsieur , &c.
A Paris , ce 25 Octobre 1732
L. R. écrite à M le Marquis de B.
dans laquelle , à l'occasion d'Oran , et
d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle
Edition des Oeuvres de Sigonius , &C.
J
2
E ne vous parle plus , Monsieur , d'Oran ni
de Marsalquibir. Vous êtes suffisamment ins
truit de toutes les circonstances de la conquête
de ces deux Places, et des suites qu'elle a eues jus
qu'à présent. La saison où nous sommes défend
L'attendre d'autres progrès avant le retour du
Printemps. Vous sçavez , sans doute , Monsieur , que dès le commencement du mois de
Septembre la Mer Mediterranée n'est presque
plus praticable du côté de la Barbarie , et qu'il
en coûta cher à l'Empereur Charles V. lorsqu'il
entreprit en personne, au mois d'Octobre 1541 .
La Conquête d'Alger , avec une puissante Flote
qui périt miserablement sur ces Côtes. Laissons
donc pour quelque- tems les Affaires d'Affrique.
Oran sçaura bien- en attendant , se soutenir
avec un si brave * Gouverneur, contre les foibles
efforts des Maures. C'est inutilement qu'ils ont
attaqué depuis quelques tems le Fort de S. André , c'est avec aussi peu de succès qu'ils ont
cru faire une diversion importante en engageant
le Roi de Maroc à faire de nouveaux efforts contre la Ville de Ceuta , efforts favorisez par la
*Le Marquis de Santa-Crux.
D v
déser-
1 2390 MERCURE DE FRANCE
* désertion et par la trahison d'unSeigneur Espagnol , que sa conscience punit peut être déja , et
que le Ciel confondra un jour. Mettons plutôt
Monsieur , à la place d'Exploits guerriers , qui
ne sont pas de saison , quelque chose qui ne soie
guéres moins de votre ressort , et qui puisse vous
Occuper agréablement dans le séjour que vous continuez de faire dans vos Terres.
>
Un sujet se présente ici naturellement , et qui
un raport indirect à celui que je suis obligé de
quitter ou de suspendre. J'ai eu l'honneur de
vous parler dans ma derniere Lettre du Sçavant
Jesuite , Charles Sigonius , Auteur de la vie d'André Doria , et je vous ai dit , ce me semble
qu'il n'est pas aisé d'assembler tous ses Ouvra→
ges , qui sont cependant considérables , cet Au- teur n'ayant traité que de grands sujets et
Payant toujours fait habilement, ils manquent aut
jourdhui dans plusieurs bonnes Bibliotheques , et
les Provinces en sont presque entierement de
pourvûës. Comme je me plaignois de cette disette,
et que je faisois des vœux pour une nouvelle Edia
tion , j'ai été agréablement surpris par la récep
tion d'un Imprimé latin de 8. pages in- 4. pu
blié à Milan il y a quelques mois , qui contient
le plan d'une belle Edition de Sigonius , laquelle
se fait actuellement dans cette Ville. C'est, Monsieur , de quoi j'aurai l'honneur de vous rendre
compte dans ma Lettre d'aujourd'hui.
L'Auteur de cette entreprise est M. Argelati ,
Homme du premier mérite , et des plus connus
dans la République des Lettres , singulierement par la part qu'il à au vaste Recueil des Ecrivains
de l'Histoire d'Italie Il est Directeur de la Sa
*Le Duc de Riperda.
cieté
NOVEMBRE. 1732 2391
cieté Palatine , Académie des plus celébres de
l'Europe , fondée à Milan par le Comte Archin
to , Neveu du Cardinal- Archevêque de ce même ´nom.
M. Argelati commence dans son Ecrit adressé
à tous les Sçavans de l'Europe , par relever le
mérite litteraire de Sigonius , reconnu de tout
le monde sçavant , et le prix de ses Ouvrages ,
imprimez plus d'une fois , tant en Italie que
dans le reste de l'Europe , ce qui n'a pas empê
ché , dit-il , qu'ils ne soient devenus enfin d'une
grande rareté , au regret des habiles gens , et
surtout des amateurs de l'Antiquité. Il y a longtems que notre Sçavant s'étoit proposé de remé
dier à cet inconvenient, en donnant une nouvelle
Edition de Sigonius ; il s'y est enfin déterminé ,
et il a mis la main à l'œuvre dans les conjonctures , et par les considerations énoncées assez au
long dans son Programme que je me dispense de répéter ici.
Je n'obmettrai pas cependant une circonstance bien louable , qui marque un grand désinteressement et un pareil amour pour les Lettres ,
c'est que pour accelerer cette Edition, et pour le
ver toute difficulté , M. Argelati s'est mis en
état de fournir de son propre fonds tout ce qui
peut être nécessaire à l'éxecution de son entreprise , pour ne faire aucun tort aux Membres de
Ja Societé Palatine ni au Public , ne Palatinorum
Sociorum , dit- il , rationes diverterem in aliam causam , vel postrema comuni cura priorem aliquantisperpublico cum incommodo turbarem.
Le premier soin du sçavant Editeur a été de rechercher et d'assembler en un corps , non- seulement tous les Ouvrages imprimez de Sigonius ,
dont quelques-uns sont devenus très-rares , mais
D vj encore
2392 MERCURE DE FRANCE
encore ceux qui n'ont jamais vu le jour : ce qu'il n'a pû faire par lui-même a été éxecuté par des
Amis sçavans et éclairez. Visite de Bibliotheques, d'Archives publiques et particulieres , rien
n'a été oublié ; ce qui a été suivi d'un succès
auquel M. Argelati avoue que la grande réputa tion de Sigonius a eu beaucoup de part , particulierement à l'égard des Ouvrages Manuscrits de
notre Auteur , dont cette nouvelle Edition sera enrichie dans les derniers volumes.
L'ordre et la coutume demandoient de mettre
à la tête de l'Edition un abregé de la vie du celébre Sigonius. Personne ne pouvoit mieux s'en
acquitter , dit M. Argelati , que M. L. A. Muratori , qui outre son rate sçavoir et sa sagacité ,
se trouve être de la même Ville de Modene , Paarie de Sigonius , et par conséquent plus à portée
qu'un autre de prendre des instructions domesiques et sûres. Le succès de ce travail a été audelà de tout ce qu'on pouvoit attendre de M. Muratori. Ceux qui aiment à s'instruire de l'Histoire Litteraire et personnelle de certains Sçavans ,
trouveront, sans doute,de quoi se contenter dans le travail dont il s'est chargé au sujet de Sigonius. Sur quoi M. Argelati lui marque une parfaite reconnoissance.
Le premier volume de la nouvelle Edition commence par les Fastes Consulaires de cet Auteur.
Tout le monde connoît l'importance et la necessité des Fastes Consulaires , on sçait aussi en combien d'embarras et de difficultez ils ont souvent jetté les amateurs de l'Antiquité. On avoit
lieu de croire que cet Ouvrage , si pénible en soi,
avoit été rendu parfait par le travail de Sigonius:
mais comme depuis sa mort , on a déterré quan
tité de Monumens Antiques , et qu'on en désouyre
NOVEMBRE. 1732. 2393
couvre encore tous les jours , on s'en est servi
pour perfectionner encore davantage , pour corriger même en plusieurs endroits l'Ouvrage du docte Ecrivain, C'est un soin dont a bien voulu
se charger , à la priere de M. Argelati , le R. P.
Joseph- Marie Stampa de Côme , Clerc Régulier
de la Congrégation des Somasques , qui a fait entrer dans cette Edition toutes les Observations
des plus célebres Critiques sur le sujet en question, sçavoir celles du P. Petau, de Pighius , d'Almelowen , qui ont plus servi à confirmer qu'à
corriger les Fastes de Sigonius , celles de Mezabarba , du P. Pagi , de M. de Tillemont , du P. Blanchini , et suivant l'ordre des tems , celles
du Cardinal Noris , de M. Reland , de Cuspinien , et de Panvinius , sans oublier les propres
Observations du P. Stampa , qui n'a pas toujours
souscrit à toutes les Remarques de ces grands
Critiques , et qui a donné de son fonds une belle
Dissertation préliminaire , et d'autres Discours
remplis d'érudition sur cette matiere , à quoi il
faut ajoûter la continuation des mêmes Fastes ,
qu'il a conduits depuis la mort d'Auguste , Epoque où Sigonius s'étoit arrêté , jusqu'à l'Empire
de Diocletien et de Max imien. Autre Epoque où
commence un second Ouvrage de notre Auteur,,
dont on va parler , et qui acheve de remplir le
premier Tome.
Cet Ouvrage , divisé en plusieurs Livres , est
tout historique , et regarde l'Empire d'Occident ,
de Occidentali Imperio. Il a été revû et illustré
par un sçavant Benedictin du Mont- Cassin, nommé le P. Dom Janvier Salinas , Napolitain.
M. Arlegati fait ici un court éloge de la capacité
de ce Religieux , dont le travail immense doit Stre
2394 MERCURE DE FRANCE
1
être d'un grand secours
à ceux qui étudieront cet
autre Quvrage de Sigonius
.
Le second Volume contiendra en XX
. Livres
P'Histoire du Regne d'Italie
, de REGNO ITALIE
C'est la revision de ce grand Ouvrage
, qui occupe actuellement M. Argelati , aidé des lumieres et du travail infatigable de M. Joseph- Antoi
ne Saxi
, Préfet de la Bibliotheque Ambroisienne. Ce travail sera sans doute d'une grande utilité à cette partie de l'Edition de Sigonius , on
en peut juger par le témoignage qu'en rend l'Editeur , il est magnifique et fort étendu dans le
Programme Latin
.
,
M. Argelati déclare ensuite qu'il n'a fait encore aucun arrangement à l'égard des autres
Ouvrages de Sigonius
, mais que chacun de ces
Ouvrages paroîtra dans cette Edition avec les
Notes et les Observations qui lui conviennent
soit anciennes et déja publiées
, soit nouvelles et
fournies par de sçavans Hommes
. Par exemple
,
à l'égard des Traitez intitulez de Antiquo Jure Civium Romanorum , Italia ac Provinciarum,
de Judiciis. De Binis Comitiis et Lege curiata.
On aura dans la nouvelle Edition
, non
-seulement les Annotations de Grævius , répandues
dans son Trésor des Antiquitez Romaines
, mais
encore les Prolegomenes du sçavant Horatius
Blanci
. Jurisconsulte Romain
, et les Commentaires suivis de Jean Maderni de Milan , autre
fameux Jurisconsulte
.
,
et.
Pour ce qui regarde les Livres de Atheniensium,
eorumque ac Lacedamoniorum Temporibus
, P'Illustre Editeur nous apprend qu'ils ont occupé la
capacité d'un Homme de Lettres des plus versez dans la connoissance des Langues Orientales , et
dans celle de l'Histoire
, lequel s'est enfin renda
NOVEMBRE. 1732. 2395
du à ses instances réïterées , à condition qu'il ne
seroit point nommé ; rare exemple de modestie , consentant avec peine qu'on nommât seulement la Compagnie de Jesus , dont il est mem
bre. Surquoi M. Argelati prend occasion de
marquer en ces termes , sa reconnoissance generale et particuliere : Hoc erit perpetua laudis argumentum; nam sicut cœtus iste Lucidissimas quot in cœlo stellas doctrinarum omnium faces enumerat.
ita cuique me devotum beneficiorum acceptorum memoria perpetuo profiteor.
Sigonius ne s'est pas contenté de traiter l'Histoire et l'Antiquité prophane. Il a aussi écrit sur
la Republique des Hebreux , et des Commentaires
sur l'Histoire de Sulpice Severe , qui ont été publiez de son vivant ; sans compter huit Livres entiers de l'Histoire de l'Eglise , qu'il avoit composez , et qu'on ne desespere pas de retrouver. Le
tout ensemble pourra former un volume entier ,
séparé des autres , suivant le plan de l'habile Editeur , qui a eu soin d'enrichir les deux premiers Ouvrages des Notes et des Eclaircissemens dont
ils avoient besoin.
Il marque là-dessus sa parfaité reconnoissance
envers M. l'Abbé Laurent Maffei , si connu par
ses Ouvrages , et particulierement par ses Re- marques sur le 4° Tome d'Anastase le Bibliotequaire. Ce Docte Abbé s'est en effet donné de
grands soins pour ce qui regarde les Livres de
la République des Hebreux , et les Commentalres sur Sulpice Severe , lesquels servent beaucoup pour l'intelligence du premier Ouvrage.
Nul n'étoit plus propre que lui pour ce travail
ni plus à portée de profiter de plusieurs secours ;
singulierement de celui de la Biblioteque du Comte Charles Archinto , l'une des plus belles et des
mieux fournies dè l'Italic,
Majs
2396 MERCURE DE FRANCE
Mais ce que M. Argelati a le plus affectionné
entre les Ouvrages de Sigonius , c'est ce que cet
Auteur a écrit de la Ville de Boulogne , Patrie de
l'Editeur , qui a quelque rapport à l'Histoire
tant sacrée que prophane. Il s'est présenté plusieurs Sçavans Boulonnois , que le même amour
de la Patrie a portés à concourir là - dessus, avec
M. Argelati. Deux de ces Sçavans , Auteurs de
plusieurs Ouvrages imprimez , ont principalement mis la main à l'œuvre : sçavoir , le R. P.
Louis Rabbi Servite , qui a revû tout ce qui concerne l'Histoire Sainte ; et M. Alexandre Machiavelli, fameux Jurisca soulte , qui s'est donné
le mêmesoin pour l'Histoire prophane.
A l'égard de la Vie du Celebre André Doria
écrite par Sigonius, M Argelati ne s'est déchargé sur personne du soin de la revoir et d'y faire
les augmentations convenables ; il s'est attaché
sur tout à y ajouter les Traitez, les Négociations
et les autres Actes publics des affaires importan
tes ausquelles ce grand Capitaine a eu part. Ces Monumens ont été tirez des Archives de la République de Gennes, et obligemment communiquez par M. Mutius , à qui la Garde en est confiée , et qui aime beaucoup les Lettres et les
Sçavans.
Je ne doute pas , Monsieur , que M. Argelati
ne voye aussi , avec plaisir , peut-être avec quel- que profit,certaines circonstances de la Vie d'André Doria , qui sont dans les Lettres que je me suis donné l'honneur de vous écrire au sujet de
la conquête d'Oran , et qui sont omises dans
Sigonius : La Médaille , par exemple , frappée
en son honneur , que j'ai fait graver , et la Statue de Marbre qui lui a été érigée , qu'on peut
• Mercure de Septembre 1732.
faire
NOVEMBRE. 1732. 2397
faire graver dans la nouvelle Edition ; à quoi je
dois ajoûter deux beaux Portraits du même An
dré Doria , qui ont été peints , l'un par Sébas
tien Vénitien Frate del Piombo , vers l'année
1540 et l'autre par Agnolo Bronzino , Peintre
de réputation , Eleve de Piantorme , vers 1550.
lesquels doivent être à Gennes , dans le Palais
Doria.
Sigonius ayant aussi écrit la Vie de Scipion , et celle de P. Emile , sur les Monumens Histori-'
ques , Grecs et Latins , M. Argelati s'est pareillement appliqué à les revoir et à les perfectionner.
Enfin le Sçavant Editeur s'est entierement prêté
à la revision, à la Critique et à l'illustration du Traité , intitulé : Judicium de Romana Historia
Scriptoribus : Ouvrage que plusieurs Critiques ont douté être veritablement de Sigonius. M. Argelati y a épuisé sa patience et n'a rien oublié pour le rendre utile ; nouvelles Cartes Géographiques ,
plus exactes que les premieres , Tables et Indices
tres amples , enfin tout ce qui peut concourir à
rendre un Ouvrage parfait , a été employé.
Voilà , Monsieur , l'Exposition la plus exacte
et la plus abrégée que je puis vous faire de l'entreprise et du labeur de M. Argelati , sur les Euvres de Sigonius , tirée de son Programme Latin.
Je ne doute pas que vous n'en soyicz édifié , ainsi
que de sa générosité et de son désinteressement. Ilfinit , en marquant sa parfaite reconnoissance
envers Sa Majesté Imperiale , Auguste Protec
trice de la Société Palatine de Milan , sous les
Auspices de laquelle , lui et tous les Membres de
cette Académie , travaillent heureusement à l'avancement des Lettres , et en particulier à la perfection de l'Histoire, Je suis , Monsieur , &c.
A Paris , ce 25 Octobre 1732
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Résumé : CINQUIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M le Marquis de B. dans laquelle, à l'occasion d'Oran, et d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle Edition des Oeuvres de Sigonius, &c.
La cinquième lettre de M. D. au Marquis de B. aborde les récentes conquêtes d'Oran et de Marsalquibir, soulignant que la saison rend impossible toute nouvelle avancée militaire avant le printemps. L'auteur évoque les difficultés rencontrées par l'Empereur Charles V lors de la conquête d'Alger en 1541 et espère qu'Oran, sous la gouvernance du Marquis de Santa-Crux, pourra résister aux attaques maures. Le texte change ensuite de sujet pour discuter de la nouvelle édition des œuvres de Carlo Sigonio (Sigonius), un savant jésuite. Les œuvres de Sigonius, bien que considérées comme importantes, sont rares et difficiles à trouver. Une nouvelle édition est en cours à Milan, dirigée par M. Argelati, un homme de lettres renommé. Cette édition inclut non seulement les œuvres imprimées de Sigonius, mais aussi des manuscrits inédits. M. Argelati a rassemblé ces œuvres avec l'aide de savants et de bibliothèques publiques et privées. L'édition est enrichie par des contributions de plusieurs érudits, comme le Père Joseph-Marie Stampa pour les Fastes Consulaires, et le Père Dom Janvier Salinas pour l'histoire de l'Empire d'Occident. Le second volume traitera de l'histoire du règne d'Italie, révisée par M. Joseph-Antoine Saxi. Chaque ouvrage sera accompagné de notes et d'observations, anciennes et nouvelles, fournies par des savants. M. Argelati a également révisé et perfectionné plusieurs écrits de Sigonius, notamment la vie de Scipion et celle de P. Émile, en se basant sur des monuments historiques grecs et latins. Il a travaillé sur la révision critique et l'illustration du traité 'Judicium de Romana Historia Scriptoribus', dont l'authenticité avait été remise en question. Pour ce traité, Argelati a ajouté des cartes géographiques plus exactes, des tables et des indices amples afin de rendre l'ouvrage parfait. Le texte mentionne également des portraits d'André Doria, peints par Sébastien Vénitien Frate del Piombo vers 1540 et par Agnolo Bronzino vers 1550, conservés à Gênes dans le Palais Doria. Enfin, Argelati exprime sa reconnaissance envers Sa Majesté Impériale, protectrice de la Société Palatine de Milan, sous l'égide de laquelle il et les membres de l'Académie travaillent à l'avancement des lettres et à la perfection de l'histoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 1612-1615
Projet et Souscription sur un grand Ouvrage qui regarde les Monumens antiques [titre d'après la table]
Début :
Nous venons de recevoir une feüille volante, imprimée en Langue Italienne, par laquelle on [...]
Mots clefs :
Écus romains, Figures, Public, Impression, Souscripteurs, Dés, Antiquité, Monuments antiques, Italie
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texteReconnaissance textuelle : Projet et Souscription sur un grand Ouvrage qui regarde les Monumens antiques [titre d'après la table]
Nous venons de recevoir une feuille volante ,
imprimée en Langue Italienne , par laquelle on
annonce au Public le Projet d'un Ouvrage , de
la composition de M. François Ficoroni , Antiquaire
Romain , Membre de quelques ( a) Académies
d'Italie.
Cet ouvrage a pour objet principal , les Monumens
d'Antiquité qui ont été découverts en
Italie depuis environ trente ans , et sur lesquels
l'Autheur a composé de sçavantes Dissertations.
Il s'est enfin déterminé à donner au Public ses
Dissertations et à les enrichir de quantité de
gravures et d'autres ornemens instructifs , qui
satisferont les connoisseurs. La voie des souscriptions
lui ayant parue propre à l'exécution de
son dessein , il avertit te Public que l'impression
sera commencée à Rome dans le mois de Juin
1733. et qu'elle sera finie dans l'espace d'une
année , ajoutant que l'Ouvrage entier contiendra
quatre volumes. Ceux qui voudront souscrie
feront tenir leur argent aux Libraires suivans
; sçavoir , à Livourne , au sieur George de
Jactson ; à Venise , au sieur Joseph Smith ; et à
Marseille , au sieur Cary l'aîné. L'Auteur aura
soin de son côté d'envoier aux mêmes Libraires
les Feuilles d'impression , et les Figures en
Taille douce , à mesure qu'elles seront tirées
pour les distribuer aux Souscripteurs. On rece
(a ) Della Peloritana de Pereclitanti di Messina.
Promator generale della Colonia Esquilina de
Inculti detto Acemeto,
vra
JUILLET. 1733. 1613
vra les Souscriptions jusqu'au premier d'Octobre
1733.
Voici les Titres des 4 vol , en question , avec le
précis et le prix de chaque volume . Le premier sera
intitulé : Dissertation sur les Dez à jouer , des anciens
Romains , recueillis par l'Auteur,en Cristal
de Roche, en Agathe Orientale &c. Sur quoi il
fait mention d'une Statue , qui représente un
Joueur de Dez dans l'action du jeu , et une Médaille
tres - singuliére; où l'on voit d'un côté , une
Tête , sans Inscription; et sur le Revers, 4 Dez ;
Médaille que notre Autheur prétend être de Julie
, Fille d'Auguste & c . Le prix de ce volume
sera d'un Séquin , pour le commun des Acheteurs
, les Souscripteurs n'en payeront qu'un
Ecu Romain. Le second volume comprendra un
Traité des Masques antiques , tant pour l'usage
du Théatre, que pour les Fêtes Baccanales , &c.
avec les différentes Figures d'Histrions , de Mimes
, &c. au nombre de 300. et toutes différentes
, que l'Autheur a recueillies pendant l'espace
de 30 années , en Camayeux , en Pierres
gravées , en Bronze , en Marbre , en Lampes antiques
, &c. Il rapportera dans le même Livre ,
les Eloges et les Epitaphes des Histrions , des
Mimes , des Pantomimes , des Poëtes , et des
autres Personnages fameux de l'Antiquité en ce
genre- la . On payera ce volume , enrichi au
moins de 300 figures , six Ecus Romains , et on
Je donnera aux Souscripteurs pour la moitié de
ce prix.
Le troisiéme volume traitera des Plombs Antiques
, recueillis par le même Autheur , avec
beaucoup de soin et de dépense , au nombre d'environ
400. Quelques- uns de ces Flombs ont servi,
dit-il , aux Diplomes des anciens Empereurs
Giij Ro16.14
MERCURE DE FRANCE
Romains , depuis Trajan jusqu'à Justinien ;
d'autres , aux Bulles et autres Expéditions des
Papes , depuis le v jusqu'au x11 siécle. Il y en a
aussi un bon nombre qui ont servi de Sceau aux
premiers Prélats , Prêtres et Moines de l'Eglise
Orientale , outre ceux des Exarques , desGouverneurs,
des Notaires Impériaux . &c. On trouvera
dans le même volume et par rapport au
même sujet , la gravure de plusieurs petites Médailles
de Plomb , qui étoient en usage chez les
Romains , dans leurs Fêtes publiques . leurs
Jeux , leurs Triomphes , &c. Ce volume enrichi
de 400 figures, sera vendu six Ecus Romains,
et la moitié moins à ceux qui auront souscrit .
Le quatrième et dernier volume traitera des
Monumens trouvez dans les ruines de l'ancienne,
Rome, qui n'ont pas encore été publiez . Ils sont
au nombre de 40 , sur chacun desquels il y a
une Dissertation de l'Autheur qui en contient
l'explication . Les Dissertations sont addressées
à différens Sçavans d'Italie. Ce Livre contien
dra quantité de Figures en Taille- douce , gravées
avec soin , et on le vendra 4 Ecus Romains
dans le public ; les Souscripteurs ne payeront
que la moitié de ce prix. •
On avertit encore le Public , que d'abord
après l'impression des 4 vol. dont on vient de
parler , l'Autheur fera imprimer un autre Ouvrage
, intitulé : Roma Antica , dont les preuves .
seront les Monumens qui nous restent de l'Antiquité
Romaine , Médailles , Pierres gravées ,
Bas Reliefs , avec une exacte Description de l'état
présent des anciens Temples , Thermes
Cirques , Théatres, Amphithéatres, Naumachies,
Palais , &c. A quoi il ajoutera une Description
des raretez de Rome moderne. Cet Ouvrage sera
enrit
JUILLET. 1733. 1615
enrichi d'un tres- grand nombre de figures, gravées
par le fameux Pietro Santi Bartoli, par Venturini,
et autres excellent Maîtres. Il formera un
in 4. dont on commencera l'impression au mois
de Juillet 1734. et sera vendu six Ecus ; et la
moitié moins à ceux qui auront souscrit .
imprimée en Langue Italienne , par laquelle on
annonce au Public le Projet d'un Ouvrage , de
la composition de M. François Ficoroni , Antiquaire
Romain , Membre de quelques ( a) Académies
d'Italie.
Cet ouvrage a pour objet principal , les Monumens
d'Antiquité qui ont été découverts en
Italie depuis environ trente ans , et sur lesquels
l'Autheur a composé de sçavantes Dissertations.
Il s'est enfin déterminé à donner au Public ses
Dissertations et à les enrichir de quantité de
gravures et d'autres ornemens instructifs , qui
satisferont les connoisseurs. La voie des souscriptions
lui ayant parue propre à l'exécution de
son dessein , il avertit te Public que l'impression
sera commencée à Rome dans le mois de Juin
1733. et qu'elle sera finie dans l'espace d'une
année , ajoutant que l'Ouvrage entier contiendra
quatre volumes. Ceux qui voudront souscrie
feront tenir leur argent aux Libraires suivans
; sçavoir , à Livourne , au sieur George de
Jactson ; à Venise , au sieur Joseph Smith ; et à
Marseille , au sieur Cary l'aîné. L'Auteur aura
soin de son côté d'envoier aux mêmes Libraires
les Feuilles d'impression , et les Figures en
Taille douce , à mesure qu'elles seront tirées
pour les distribuer aux Souscripteurs. On rece
(a ) Della Peloritana de Pereclitanti di Messina.
Promator generale della Colonia Esquilina de
Inculti detto Acemeto,
vra
JUILLET. 1733. 1613
vra les Souscriptions jusqu'au premier d'Octobre
1733.
Voici les Titres des 4 vol , en question , avec le
précis et le prix de chaque volume . Le premier sera
intitulé : Dissertation sur les Dez à jouer , des anciens
Romains , recueillis par l'Auteur,en Cristal
de Roche, en Agathe Orientale &c. Sur quoi il
fait mention d'une Statue , qui représente un
Joueur de Dez dans l'action du jeu , et une Médaille
tres - singuliére; où l'on voit d'un côté , une
Tête , sans Inscription; et sur le Revers, 4 Dez ;
Médaille que notre Autheur prétend être de Julie
, Fille d'Auguste & c . Le prix de ce volume
sera d'un Séquin , pour le commun des Acheteurs
, les Souscripteurs n'en payeront qu'un
Ecu Romain. Le second volume comprendra un
Traité des Masques antiques , tant pour l'usage
du Théatre, que pour les Fêtes Baccanales , &c.
avec les différentes Figures d'Histrions , de Mimes
, &c. au nombre de 300. et toutes différentes
, que l'Autheur a recueillies pendant l'espace
de 30 années , en Camayeux , en Pierres
gravées , en Bronze , en Marbre , en Lampes antiques
, &c. Il rapportera dans le même Livre ,
les Eloges et les Epitaphes des Histrions , des
Mimes , des Pantomimes , des Poëtes , et des
autres Personnages fameux de l'Antiquité en ce
genre- la . On payera ce volume , enrichi au
moins de 300 figures , six Ecus Romains , et on
Je donnera aux Souscripteurs pour la moitié de
ce prix.
Le troisiéme volume traitera des Plombs Antiques
, recueillis par le même Autheur , avec
beaucoup de soin et de dépense , au nombre d'environ
400. Quelques- uns de ces Flombs ont servi,
dit-il , aux Diplomes des anciens Empereurs
Giij Ro16.14
MERCURE DE FRANCE
Romains , depuis Trajan jusqu'à Justinien ;
d'autres , aux Bulles et autres Expéditions des
Papes , depuis le v jusqu'au x11 siécle. Il y en a
aussi un bon nombre qui ont servi de Sceau aux
premiers Prélats , Prêtres et Moines de l'Eglise
Orientale , outre ceux des Exarques , desGouverneurs,
des Notaires Impériaux . &c. On trouvera
dans le même volume et par rapport au
même sujet , la gravure de plusieurs petites Médailles
de Plomb , qui étoient en usage chez les
Romains , dans leurs Fêtes publiques . leurs
Jeux , leurs Triomphes , &c. Ce volume enrichi
de 400 figures, sera vendu six Ecus Romains,
et la moitié moins à ceux qui auront souscrit .
Le quatrième et dernier volume traitera des
Monumens trouvez dans les ruines de l'ancienne,
Rome, qui n'ont pas encore été publiez . Ils sont
au nombre de 40 , sur chacun desquels il y a
une Dissertation de l'Autheur qui en contient
l'explication . Les Dissertations sont addressées
à différens Sçavans d'Italie. Ce Livre contien
dra quantité de Figures en Taille- douce , gravées
avec soin , et on le vendra 4 Ecus Romains
dans le public ; les Souscripteurs ne payeront
que la moitié de ce prix. •
On avertit encore le Public , que d'abord
après l'impression des 4 vol. dont on vient de
parler , l'Autheur fera imprimer un autre Ouvrage
, intitulé : Roma Antica , dont les preuves .
seront les Monumens qui nous restent de l'Antiquité
Romaine , Médailles , Pierres gravées ,
Bas Reliefs , avec une exacte Description de l'état
présent des anciens Temples , Thermes
Cirques , Théatres, Amphithéatres, Naumachies,
Palais , &c. A quoi il ajoutera une Description
des raretez de Rome moderne. Cet Ouvrage sera
enrit
JUILLET. 1733. 1615
enrichi d'un tres- grand nombre de figures, gravées
par le fameux Pietro Santi Bartoli, par Venturini,
et autres excellent Maîtres. Il formera un
in 4. dont on commencera l'impression au mois
de Juillet 1734. et sera vendu six Ecus ; et la
moitié moins à ceux qui auront souscrit .
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Résumé : Projet et Souscription sur un grand Ouvrage qui regarde les Monumens antiques [titre d'après la table]
Le document annonce la publication d'un ouvrage de François Ficoroni, antiquaire romain et membre de plusieurs académies italiennes. Cet ouvrage, intitulé 'Dissertations sur les monuments d'antiquité découverts en Italie depuis environ trente ans', se composera de quatre volumes. Le premier volume se concentre sur les dés à jouer des anciens Romains, incluant des descriptions de statues et de médailles. Le second volume traite des masques antiques utilisés au théâtre et lors des fêtes baccanales, avec des illustrations de diverses figures d'histrions et de mimes. Le troisième volume aborde les plombs antiques, utilisés pour les diplômes des empereurs romains, les bulles papales, et les sceaux des prélats et moines. Le quatrième volume présente des monuments récemment découverts dans les ruines de l'ancienne Rome, accompagnés de dissertations explicatives. La publication débutera en juin 1733 et sera achevée en un an. Les souscriptions sont ouvertes jusqu'au 1er octobre 1733, avec des réductions de prix pour les souscripteurs. Après cette série, Ficoroni prévoit publier un autre ouvrage intitulé 'Roma Antica', décrivant les monuments romains et les curiosités de Rome moderne, enrichi de nombreuses gravures.
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16
p. 214-220
ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Début :
M. Diver rend compte dans un second mémoire, d'une antiquité découverte auprès [...]
Mots clefs :
Architecture, Église, Décoration, Bois, Vase, Prédicateur, Statue, Tribune, Antiquité
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texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
ARCHITECTURE.
Suite du Mercure du mois de Juin de l'année
2355
M. Diver rend compte dans un fecond
un
mémoire , d'une antiquité découverte auprès
de l'églife de Sainte Génevieve de la
Montagne. C'eſt une forte de vafe de bois,
orné de bas reliefs & figures de fculpture
de même matiere , très - délicatement travaillées.
Il a été trouvé fous des monceaux
de petites pierres , qui paroiffent être les
ruines de quelque bâtiment confidérable.
Dans la defcription qu'il fait de ce vaſe,
il fe fert d'une comparaifon un peu triviale
, que cependant nous ne pouvons nous
difpenfer de rapporter , parce qu'elle donne
une idée précife de la forme de cette
forte de vaſe inconnu jufqu'ici. Il le compare
à l'égrugeoir qui nous fert à broyer
le fel en effet c'est une forte de demi
tonneau , d'un plus grand diametre qu'aucun
de ceux qui font en ufage ; il eft terminé
en cul de lampe. Les figures qui le
décorent , & qui repréfentent des vertus
AOUST. 1755. 215
chrétiennes , donnent lieu de croire qu'il
-étoit deftiné à quelque ufage religieux.
La difficulté eft de deviner cet ufage.
Quelques auteurs qui avoient été inftruits
des premiers de cette découverte , ont
prétendu que c'étoit une chaire à prêcher.
Ils avançoient fans aucune apparence que
cette machine étoit en l'air clouée contre
un pilier , & que l'on y montoit par une
échelle ; en effet on trouve une partie de
la rondeur interrompue , qu'ils prétendent
être l'ouverture par laquelle le Prédicateur
entroit. Ils ont été jufqu'à croire que
quelques reftes fculptés en bois , auffi de
forme ronde & convexe qu'on a trouvés au
même lieu , étoient une forte de couver-
-cle qu'on mettoit deffus , qui fermoit ce
vafe , lorfque le Prédicateur n'y étoit pas ,
& qui pouvoit s'élever par des machines
pour laiffer deffous l'efpace néceffaire à
Ï'Orateur ; alors , difent -ils , il fervoit comme
d'un rabat-voix pour empêcher qu'elle
.ne fe perdit dans l'immensité de l'églife.
Ils avancent encore pour comble d'abfurdité
, qu'une groffe ftatue de bois dont
on a trouvé quelques fragmens dans ce
même lieu , & qui n'a nulle proportion
-avec les figures qui entourent le vafe ,
étoit placée fur ce couvercle, & lui fervoit
comme de bouton .
216 MERCURE DE FRANCE.
"
·
M. Diver refute toutes ces extravagantes
idées , & ne laiffe aucun lieu à la replique
, nous donnerons ici en entier ſes
preuves , parce que c'eft un objet de curiofité
très important. " Remarquez que
quand on fuppoferoit qu'on ne dût faire
» remonter l'antiquité de ce vafe qu'au
» dix feptiéme fiécle. ( il prouve plus, bas
qu'il doit être beaucoup plus ancien, ) il eft
toujours vrai que les François de ces.tems
là pouvoient voir encore affez de reftes
» de l'ancienne Rome , & particulierement
» de la fameufe tribune aux harangues
» pour n'avoir pu adopter une forme auffi
» ridicule pour y placer l'Orateur chrétien :
de plus , comment fe figurer que cette
lourde machine ait été fimplement atta-
» chée à un pilier , & du reſte toute en l'air,
» de maniere à donner à l'Auditeur l'in-
» quiétude de voir tomber la chaire & le
»Prédicateur.
و د
39
و د
» La fuppofition qu'on y foit monté
par
» une échelle , eſt tout-à - fait indécente ,
3 ils devroient du moins fuppofer qu'il y
" avoit un escalier tournoyant autour du
pilier ; il eft vrai qu'un efcalier de cette
»forme paroît affez ridicule à imaginer
» dans une églife où tout doit être de for-
»mes fimples & grandes.
"
» De quelle utilité feroit un couvercle
1
qui
AOUS T. 1755 217
qui dans cette fuppofition ne couvriroit
» le vafe que lorfqu'il n'y a rien dedans .
» De plus il eft impoffible qu'on fe foit jamais
figuré que ce couvercle pût empêcher
la voix de fe perdre ou la réfléchir.
Le cône de voix qui fort de la bouche
» du Prédicateur ne pourroit jamais frap-
» per ce couvercle , qui n'avanceroit audeffus
de lui que d'un pied au plus , fi ce
n'eft lorfqu'il leveroit la tête d'une maniere
forcée , & dans les apoftrophes &
» exclamations vers le ciel , qui font fort
» rares dans un difcours. Si l'on prétend
33
qu'il arrête les ondulations de la voix
» & augmente leur force du côté où il eft
✯ beſoin d'être entendu , je réponds qu'une
» ſurface de fix ou fept pieds au plus , eft
de nulle valeur par rapport à l'efpace
vuide , & fans obftacle prochain pour
réfléchir la voix , qui refte dans l'églife ,
devant , au - deffus & aux côtés du Prédicateur.
Il est évident qu'on n'a point
» pu lui attribuer cette utilité. La fuppofi-
» tion même qu'on fait que ce vafe ait été
attaché à un pilier qui ne préfentoit
» derriere le Prédicateur qu'une furface
» étroite , feroit contradictoire à ce qu'on
fuppofe , & prouveroit qu'on ne cherchoit
pas même alors le moyen le plus
fimple pour arrêter les ondulations 'fu
"
20
K
1
218 MERCURE DE FRANCE.
"3
?
perflues de la voix , qui eft de préfenter
derriere le Prédicateur la plus grande
» furface poffible , fans gâter la décoration
de l'églife . Les habiles Architectes
» à qui l'on a montré les deffeins faits fur
» cette fuppofition , où l'on a cru fuppléer
» aux parties qu'on n'a pu retrouver , ont
» déclaré qu'il étoit impoffible que dans
» les fiécles où le bon goût a été connu ,
» on ait fuivi une conftruction auffi bizar-
» re pour une tribune aux harangues. Ils
» remarquent que tout architecte dès
qu'il y en a eus de dignes de porter ce
» nom , a infailliblement penfé aux principales
deſtinations pour lefquelles on
» conftruit des églifes. La premiere eft ,
» poury offrir le faint facrifice de la meffe,
» ainfi il a fallu compofer d'abord un au-
» tel , & le placer dans le lieu le plus ap-
» parent. La feconde eft , pour y prêcher
» la parole de Dieu , ainfi la tribune con-
» facrée à cette fonction doit être très- ap-
» parente & très - confidérable , compofée
» avec l'églife , conftruite folidement , ainſi
que le refte , & non pas une machine de
» bois , poftiche , & qui auroit l'air d'y
» avoir été ajoutée après coup ; cet objet
« a toujours dû être lié avec la décoration
générale , de maniere à en augmenter
» la majesté.
39
"
મું
ود
A O UST. 1755 219
» que
J
D'ailleurs , l'efpace eft confidérable-
» ment trop borné pour laiffer la liberté
demandent les grands mouvemens
» de l'art oratoire . Un homme ne pourroit
» ſe remuer là - dedans, qu'il ne parût à tout
inftant prêt à fe jetter dehors ; encore
» moins pourroit-on fuppofer qu'il ait pû
» contenir deux interlocuteurs , ce qui eft
»pourtant néceffaire dans les conférences.
» İls affurent donc que les chaires ont toujours
été ce qu'elles font à préfent , c'eſt-
» à- dire une grande tribune placée au mi-
» lieu de la plus grande arcade de l'églife ,
» ornée d'une baluftrade , terminée de part
» & d'autre par deux efcaliers ; le fond en
» doit préfenter une belle décoration d'ar-
" chitecture , & le couronnement , noble-
» ment élevé à une belle hauteur au- deflus
» des Orateurs chrétiens , les couvre com-
» me d'un dais , mais peu faillant , & non
» point pour réfléchir leur voix , ce qui
» feroit une idée tout -à- fait dépourvûe de
>> raifon , puifqu'ils ne fe tournent pas en
parlant vers la partie de l'églife qui eft
» directement au- deffus de leur tête. »
Pour abréger , M. Diver prouve que c'étoit
un baptiſtère , il en fait remonter l'antiquité
jufqu'au tems où le baptême par immerfion
étoit encore en ufage. Quand on
lui conteſteroit cette date par la difficulté
»
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
il
qu'il y a qu'un ouvrage en bois fe foit
confervé entier pendant tant de fiécles, en
lui fuppofant une date plus récente ,
s'enfuivroit que la forme qui y avoit été
donnée pour leur destination primitive ,
s'eft confervée long-tems après que cet
ufage a été changé. Ce qu'il y a de certain
, c'eſt que cette fuppofition répond
pleinement à tout , & que M. Diver l'appuie
d'argumens irréffiftibles.
Suite du Mercure du mois de Juin de l'année
2355
M. Diver rend compte dans un fecond
un
mémoire , d'une antiquité découverte auprès
de l'églife de Sainte Génevieve de la
Montagne. C'eſt une forte de vafe de bois,
orné de bas reliefs & figures de fculpture
de même matiere , très - délicatement travaillées.
Il a été trouvé fous des monceaux
de petites pierres , qui paroiffent être les
ruines de quelque bâtiment confidérable.
Dans la defcription qu'il fait de ce vaſe,
il fe fert d'une comparaifon un peu triviale
, que cependant nous ne pouvons nous
difpenfer de rapporter , parce qu'elle donne
une idée précife de la forme de cette
forte de vaſe inconnu jufqu'ici. Il le compare
à l'égrugeoir qui nous fert à broyer
le fel en effet c'est une forte de demi
tonneau , d'un plus grand diametre qu'aucun
de ceux qui font en ufage ; il eft terminé
en cul de lampe. Les figures qui le
décorent , & qui repréfentent des vertus
AOUST. 1755. 215
chrétiennes , donnent lieu de croire qu'il
-étoit deftiné à quelque ufage religieux.
La difficulté eft de deviner cet ufage.
Quelques auteurs qui avoient été inftruits
des premiers de cette découverte , ont
prétendu que c'étoit une chaire à prêcher.
Ils avançoient fans aucune apparence que
cette machine étoit en l'air clouée contre
un pilier , & que l'on y montoit par une
échelle ; en effet on trouve une partie de
la rondeur interrompue , qu'ils prétendent
être l'ouverture par laquelle le Prédicateur
entroit. Ils ont été jufqu'à croire que
quelques reftes fculptés en bois , auffi de
forme ronde & convexe qu'on a trouvés au
même lieu , étoient une forte de couver-
-cle qu'on mettoit deffus , qui fermoit ce
vafe , lorfque le Prédicateur n'y étoit pas ,
& qui pouvoit s'élever par des machines
pour laiffer deffous l'efpace néceffaire à
Ï'Orateur ; alors , difent -ils , il fervoit comme
d'un rabat-voix pour empêcher qu'elle
.ne fe perdit dans l'immensité de l'églife.
Ils avancent encore pour comble d'abfurdité
, qu'une groffe ftatue de bois dont
on a trouvé quelques fragmens dans ce
même lieu , & qui n'a nulle proportion
-avec les figures qui entourent le vafe ,
étoit placée fur ce couvercle, & lui fervoit
comme de bouton .
216 MERCURE DE FRANCE.
"
·
M. Diver refute toutes ces extravagantes
idées , & ne laiffe aucun lieu à la replique
, nous donnerons ici en entier ſes
preuves , parce que c'eft un objet de curiofité
très important. " Remarquez que
quand on fuppoferoit qu'on ne dût faire
» remonter l'antiquité de ce vafe qu'au
» dix feptiéme fiécle. ( il prouve plus, bas
qu'il doit être beaucoup plus ancien, ) il eft
toujours vrai que les François de ces.tems
là pouvoient voir encore affez de reftes
» de l'ancienne Rome , & particulierement
» de la fameufe tribune aux harangues
» pour n'avoir pu adopter une forme auffi
» ridicule pour y placer l'Orateur chrétien :
de plus , comment fe figurer que cette
lourde machine ait été fimplement atta-
» chée à un pilier , & du reſte toute en l'air,
» de maniere à donner à l'Auditeur l'in-
» quiétude de voir tomber la chaire & le
»Prédicateur.
و د
39
و د
» La fuppofition qu'on y foit monté
par
» une échelle , eſt tout-à - fait indécente ,
3 ils devroient du moins fuppofer qu'il y
" avoit un escalier tournoyant autour du
pilier ; il eft vrai qu'un efcalier de cette
»forme paroît affez ridicule à imaginer
» dans une églife où tout doit être de for-
»mes fimples & grandes.
"
» De quelle utilité feroit un couvercle
1
qui
AOUS T. 1755 217
qui dans cette fuppofition ne couvriroit
» le vafe que lorfqu'il n'y a rien dedans .
» De plus il eft impoffible qu'on fe foit jamais
figuré que ce couvercle pût empêcher
la voix de fe perdre ou la réfléchir.
Le cône de voix qui fort de la bouche
» du Prédicateur ne pourroit jamais frap-
» per ce couvercle , qui n'avanceroit audeffus
de lui que d'un pied au plus , fi ce
n'eft lorfqu'il leveroit la tête d'une maniere
forcée , & dans les apoftrophes &
» exclamations vers le ciel , qui font fort
» rares dans un difcours. Si l'on prétend
33
qu'il arrête les ondulations de la voix
» & augmente leur force du côté où il eft
✯ beſoin d'être entendu , je réponds qu'une
» ſurface de fix ou fept pieds au plus , eft
de nulle valeur par rapport à l'efpace
vuide , & fans obftacle prochain pour
réfléchir la voix , qui refte dans l'églife ,
devant , au - deffus & aux côtés du Prédicateur.
Il est évident qu'on n'a point
» pu lui attribuer cette utilité. La fuppofi-
» tion même qu'on fait que ce vafe ait été
attaché à un pilier qui ne préfentoit
» derriere le Prédicateur qu'une furface
» étroite , feroit contradictoire à ce qu'on
fuppofe , & prouveroit qu'on ne cherchoit
pas même alors le moyen le plus
fimple pour arrêter les ondulations 'fu
"
20
K
1
218 MERCURE DE FRANCE.
"3
?
perflues de la voix , qui eft de préfenter
derriere le Prédicateur la plus grande
» furface poffible , fans gâter la décoration
de l'églife . Les habiles Architectes
» à qui l'on a montré les deffeins faits fur
» cette fuppofition , où l'on a cru fuppléer
» aux parties qu'on n'a pu retrouver , ont
» déclaré qu'il étoit impoffible que dans
» les fiécles où le bon goût a été connu ,
» on ait fuivi une conftruction auffi bizar-
» re pour une tribune aux harangues. Ils
» remarquent que tout architecte dès
qu'il y en a eus de dignes de porter ce
» nom , a infailliblement penfé aux principales
deſtinations pour lefquelles on
» conftruit des églifes. La premiere eft ,
» poury offrir le faint facrifice de la meffe,
» ainfi il a fallu compofer d'abord un au-
» tel , & le placer dans le lieu le plus ap-
» parent. La feconde eft , pour y prêcher
» la parole de Dieu , ainfi la tribune con-
» facrée à cette fonction doit être très- ap-
» parente & très - confidérable , compofée
» avec l'églife , conftruite folidement , ainſi
que le refte , & non pas une machine de
» bois , poftiche , & qui auroit l'air d'y
» avoir été ajoutée après coup ; cet objet
« a toujours dû être lié avec la décoration
générale , de maniere à en augmenter
» la majesté.
39
"
મું
ود
A O UST. 1755 219
» que
J
D'ailleurs , l'efpace eft confidérable-
» ment trop borné pour laiffer la liberté
demandent les grands mouvemens
» de l'art oratoire . Un homme ne pourroit
» ſe remuer là - dedans, qu'il ne parût à tout
inftant prêt à fe jetter dehors ; encore
» moins pourroit-on fuppofer qu'il ait pû
» contenir deux interlocuteurs , ce qui eft
»pourtant néceffaire dans les conférences.
» İls affurent donc que les chaires ont toujours
été ce qu'elles font à préfent , c'eſt-
» à- dire une grande tribune placée au mi-
» lieu de la plus grande arcade de l'églife ,
» ornée d'une baluftrade , terminée de part
» & d'autre par deux efcaliers ; le fond en
» doit préfenter une belle décoration d'ar-
" chitecture , & le couronnement , noble-
» ment élevé à une belle hauteur au- deflus
» des Orateurs chrétiens , les couvre com-
» me d'un dais , mais peu faillant , & non
» point pour réfléchir leur voix , ce qui
» feroit une idée tout -à- fait dépourvûe de
>> raifon , puifqu'ils ne fe tournent pas en
parlant vers la partie de l'églife qui eft
» directement au- deffus de leur tête. »
Pour abréger , M. Diver prouve que c'étoit
un baptiſtère , il en fait remonter l'antiquité
jufqu'au tems où le baptême par immerfion
étoit encore en ufage. Quand on
lui conteſteroit cette date par la difficulté
»
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
il
qu'il y a qu'un ouvrage en bois fe foit
confervé entier pendant tant de fiécles, en
lui fuppofant une date plus récente ,
s'enfuivroit que la forme qui y avoit été
donnée pour leur destination primitive ,
s'eft confervée long-tems après que cet
ufage a été changé. Ce qu'il y a de certain
, c'eſt que cette fuppofition répond
pleinement à tout , & que M. Diver l'appuie
d'argumens irréffiftibles.
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Résumé : ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Le texte du Mercure de juin 2355 rapporte la découverte d'une antiquité près de l'église Sainte-Geneviève de la Montagne par M. Diver. Il s'agit d'un vase en bois de forme semi-cylindrique, orné de bas-reliefs et de sculptures délicates représentant des vertus chrétiennes. Cet objet a été trouvé sous des ruines et est comparé à un égrugeoir, suggérant un usage religieux. Plusieurs hypothèses ont été proposées concernant l'usage de ce vase. Certains auteurs ont suggéré qu'il pourrait s'agir d'une chaire à prêcher, suspendue contre un pilier et accessible par une échelle. Ils ont également avancé que des fragments de bois trouvés sur place pourraient être un couvercle servant de rabat-voix. Cependant, M. Diver réfute ces idées, estimant improbable que les Français aient adopté une telle forme pour une chaire à prêcher. M. Diver argue que la forme du vase et son décor ne correspondent pas à une chaire à prêcher. Il souligne l'inconfort et l'instabilité d'une telle structure, ainsi que l'inutilité d'un couvercle pour réfléchir la voix. Il conclut que le vase est plus probablement un baptistère, utilisé à une époque où le baptême par immersion était pratiqué. Cette hypothèse est appuyée par des arguments solides, bien que la conservation d'un tel objet en bois sur une longue période reste discutable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 233
ITALIE.
Début :
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne Herculanum un Groupe [...]
Mots clefs :
Naples, Herculanum, Statues, Satyres, Antiquité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 17 Juillet .
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne
Herculanum un Groupe de trois Statues , qui repréfentent
des Satyres . Elles font d'un Sculpteur
Grec ; & elles égalent tout ce que l'antiquité a produit
de plus beau en ce genre.
DE NAPLES , le 17 Juillet .
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne
Herculanum un Groupe de trois Statues , qui repréfentent
des Satyres . Elles font d'un Sculpteur
Grec ; & elles égalent tout ce que l'antiquité a produit
de plus beau en ce genre.
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18
p. 106-109
QUINZE nouvelles Cartes de l'Atlas de M. BUY DE MORNAS.
Début :
C'EST toujours avec un nouveau plaisir, que nous revenons à cet Ouvrage [...]
Mots clefs :
Cartes, Peuples, Antiquité, Géographie, Historiens grecs, Babylone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUINZE nouvelles Cartes de l'Atlas de M. BUY DE MORNAS.
QUINZE nouvelles Cartes de l'Atlas
de M. BUY DE MORNAS.
C'EST ' EST toujours avec un nouveau
plaifir , que nous revenons à cet Ouvrage
important , & en même temps le
mieux éxécuté & le plus parfait que nous
ayons en ce genre . Nous ne fçaurions
trop infifter fur l'exactitude de M. de
Mornas , & de fon Confrère , le fieur
Defnos , à tenir leurs engagemens .
Chaque partie de cette belle & fçavante
entrepriſe paroit régulièrement
au temps fixé dans leur Profpectus ; &
ce n'eft que par l'abbondance des matières
dont nous avons à rendre compte,
que nous avons différé de parler des
quinze Cartes nouvelles qui paroiffent
depuis quelque temps. Le plan de l'Auteur
étant connu par plufieurs de nos
extraits précédens , nous ne ferons
qu'indiquer aujourd'hui les Pays & les
faits mentionnés dans les nouvelles
Cartes. La première , qui eft la trenteuniéme
de la feconde partie , nous offre
les Ifles Britanniques , où l'on trouve
les noms des anciens Peuples , & les
retranchemens faits par les Romains
AVRIL. 1763. 107
du temps de Severe & d'Antonin. La
Germanie ancienne , divifée & fubdivifée
par les Peuples qui l'habitoient
autrefois , eft préfentée dans la trentedeuxiéme
Carte . On voit dans les
cinq fuivantes , la Rhétie , la Norique ,
& l'Illyrie en général ; la Pannonie
la Liburie , la Dalmatie & la Gréce ;
la Salmatie Européenne , la Dace &
la Moefie ; la Macedoine & la Trace ;
l'Epire & la Theffalie avec l'hiſtoire
des différens Peuples qui habiterent
ces Contrés , & des grands événemens
qui les ont rendues célébres dans l'antiquité.
L'Acarnanie , la Locride , &
la Phocide ; la Béothie , la Mégaride ,
l'Attique & le Péloponefe , avec des
obfervations fur leurs principales Villes ,
font la matière de trois Cartes qui
terminent le cours de Géographie ancienne
, que M. de Mornas a rendu
complet en vingt Cartes feulement ; &
il paroît qu'il n'a rien oublié pour rendre
cette defcription digne d'accompagner
fon cours d'hiftoire , foit par
la netteté du burin , foit par l'exactitude
des recherches.
C'eft à la Carte quarante-uniéme ,
que cet Auteur commence à nous ou
vrir le beau fpectacle de l'Univers
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
en nous donnant les differentes épo
ques de Phiftoire ancienne . Il nous
fait connoître combien l'étude de l'hif
toire eft difficille à ceux qui veulent
l'approfondir ou l'écrire. Les principales
caufes de ces difficultés , font la
fombre politique des Rois de l'antiquité
, les mutations , & les différentes
valeurs des mois & des années chez
les Anciens Peuples , le grand nombre
de noms & de titres que portoient les
anciens Rois , la ridicule vanité des
Peuples de vouloir paroître anciens ;
celle des Hiftoriens Grecs , qui cherchoient
plutôt à faire briller leur éloquence
dans leur narration , qu'à dé-
Couvrir la vérité dans leurs récits ;
enfin la perte que l'on a faite des
écrits les plus éxacts fur l'ancienne hiftoire.
Dans les quatre dernières Cartes,
P'Auteur recherche les objets & les
caufes de Pidolatrie ; il traite de
Empire de Babylone , & d'Affyrie ,
de la différence de ces deux Etats dans
leur origine , de la Religion , du Gouvernement
, des Coutumes, Ufages,& c.
de ces deux Nations . Il préfente une
introduction à l'hiftoire d'Egypte , où
décrit l'antiquité de fon Gouverne
mem , fes Loix , fa Religion &c. On
AVRIL. 1763. 109
y voit les lieux où étoient les fameufes
Pyramides, le Labyrinthe , le lac Moris ;
& pour l'utilité de fes Lecteurs , M.
de Mornas a eu foin de faire graver
dans un coin de la Carte , la repréfentation
d'une momie , d'une pyramide
& d'un obélifque .
Tels font les objets de quinze Cartes
que nous annonçons, & qui feront bientôt
fuivies de quinze autres pour fatisfaire
l'empreffement du Public qui
paroît tous les jours goûter de plus en
plus cet Ouvrage. L'Auteur invite les
perfonnes qui ont foufcrit , à retirer
leurs Exemplaires ; & de notre côté
nous croyons qu'on ne peut trop tôt
fe procurer un ouvrage qui préfente
à la fois la Géographie la plus exacte
& un cours complet d'histoire Univerfelle.
On foufcrit chez M. de Mornas ,
rue S. Jacq. auprès de S.Yves , & chez
le fieur Defnos , dans la même rue.
de M. BUY DE MORNAS.
C'EST ' EST toujours avec un nouveau
plaifir , que nous revenons à cet Ouvrage
important , & en même temps le
mieux éxécuté & le plus parfait que nous
ayons en ce genre . Nous ne fçaurions
trop infifter fur l'exactitude de M. de
Mornas , & de fon Confrère , le fieur
Defnos , à tenir leurs engagemens .
Chaque partie de cette belle & fçavante
entrepriſe paroit régulièrement
au temps fixé dans leur Profpectus ; &
ce n'eft que par l'abbondance des matières
dont nous avons à rendre compte,
que nous avons différé de parler des
quinze Cartes nouvelles qui paroiffent
depuis quelque temps. Le plan de l'Auteur
étant connu par plufieurs de nos
extraits précédens , nous ne ferons
qu'indiquer aujourd'hui les Pays & les
faits mentionnés dans les nouvelles
Cartes. La première , qui eft la trenteuniéme
de la feconde partie , nous offre
les Ifles Britanniques , où l'on trouve
les noms des anciens Peuples , & les
retranchemens faits par les Romains
AVRIL. 1763. 107
du temps de Severe & d'Antonin. La
Germanie ancienne , divifée & fubdivifée
par les Peuples qui l'habitoient
autrefois , eft préfentée dans la trentedeuxiéme
Carte . On voit dans les
cinq fuivantes , la Rhétie , la Norique ,
& l'Illyrie en général ; la Pannonie
la Liburie , la Dalmatie & la Gréce ;
la Salmatie Européenne , la Dace &
la Moefie ; la Macedoine & la Trace ;
l'Epire & la Theffalie avec l'hiſtoire
des différens Peuples qui habiterent
ces Contrés , & des grands événemens
qui les ont rendues célébres dans l'antiquité.
L'Acarnanie , la Locride , &
la Phocide ; la Béothie , la Mégaride ,
l'Attique & le Péloponefe , avec des
obfervations fur leurs principales Villes ,
font la matière de trois Cartes qui
terminent le cours de Géographie ancienne
, que M. de Mornas a rendu
complet en vingt Cartes feulement ; &
il paroît qu'il n'a rien oublié pour rendre
cette defcription digne d'accompagner
fon cours d'hiftoire , foit par
la netteté du burin , foit par l'exactitude
des recherches.
C'eft à la Carte quarante-uniéme ,
que cet Auteur commence à nous ou
vrir le beau fpectacle de l'Univers
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
en nous donnant les differentes épo
ques de Phiftoire ancienne . Il nous
fait connoître combien l'étude de l'hif
toire eft difficille à ceux qui veulent
l'approfondir ou l'écrire. Les principales
caufes de ces difficultés , font la
fombre politique des Rois de l'antiquité
, les mutations , & les différentes
valeurs des mois & des années chez
les Anciens Peuples , le grand nombre
de noms & de titres que portoient les
anciens Rois , la ridicule vanité des
Peuples de vouloir paroître anciens ;
celle des Hiftoriens Grecs , qui cherchoient
plutôt à faire briller leur éloquence
dans leur narration , qu'à dé-
Couvrir la vérité dans leurs récits ;
enfin la perte que l'on a faite des
écrits les plus éxacts fur l'ancienne hiftoire.
Dans les quatre dernières Cartes,
P'Auteur recherche les objets & les
caufes de Pidolatrie ; il traite de
Empire de Babylone , & d'Affyrie ,
de la différence de ces deux Etats dans
leur origine , de la Religion , du Gouvernement
, des Coutumes, Ufages,& c.
de ces deux Nations . Il préfente une
introduction à l'hiftoire d'Egypte , où
décrit l'antiquité de fon Gouverne
mem , fes Loix , fa Religion &c. On
AVRIL. 1763. 109
y voit les lieux où étoient les fameufes
Pyramides, le Labyrinthe , le lac Moris ;
& pour l'utilité de fes Lecteurs , M.
de Mornas a eu foin de faire graver
dans un coin de la Carte , la repréfentation
d'une momie , d'une pyramide
& d'un obélifque .
Tels font les objets de quinze Cartes
que nous annonçons, & qui feront bientôt
fuivies de quinze autres pour fatisfaire
l'empreffement du Public qui
paroît tous les jours goûter de plus en
plus cet Ouvrage. L'Auteur invite les
perfonnes qui ont foufcrit , à retirer
leurs Exemplaires ; & de notre côté
nous croyons qu'on ne peut trop tôt
fe procurer un ouvrage qui préfente
à la fois la Géographie la plus exacte
& un cours complet d'histoire Univerfelle.
On foufcrit chez M. de Mornas ,
rue S. Jacq. auprès de S.Yves , & chez
le fieur Defnos , dans la même rue.
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Résumé : QUINZE nouvelles Cartes de l'Atlas de M. BUY DE MORNAS.
Le texte présente une série de quinze nouvelles cartes de l'Atlas de M. Buy de Mornas, reconnu pour son exactitude et sa qualité d'exécution. Ces cartes couvrent divers sujets historiques et géographiques. La première carte, la trente-et-unième, montre les Îles Britanniques avec les noms des anciens peuples et les retranchements romains. La trente-deuxième carte illustre la Germanie ancienne, divisée par les peuples qui l'habitaient. Les cinq cartes suivantes détaillent des régions telles que la Rhétie, la Norique, l'Illyrie, la Pannonie, la Liburie, la Dalmatie, la Grèce, la Sarmatie Européenne, la Dace, la Moésie, la Macédoine, la Thrace, l'Épire, et la Thessalie, fournissant des informations sur les peuples et les événements historiques. Trois autres cartes couvrent l'Acarnanie, la Locride, la Phocide, la Béotie, la Mégaride, l'Attique, et le Péloponnèse, complétant ainsi un cours de géographie ancienne en vingt cartes. La quarante-et-unième carte introduit l'histoire ancienne, soulignant les difficultés de son étude, telles que la sombre politique des rois anciens, les variations des calendriers, et la vanité des peuples et des historiens grecs. Les quatre dernières cartes explorent les causes de l'idolâtrie, l'Empire de Babylone et d'Assyrie, et introduisent l'histoire de l'Égypte, incluant des descriptions des pyramides, du labyrinthe, et du lac Moeris. L'auteur invite les souscripteurs à retirer leurs exemplaires et encourage l'acquisition de cet ouvrage pour son exactitude géographique et son cours complet d'histoire universelle. Les souscriptions sont disponibles chez M. de Mornas et le sieur Defnos, rue Saint-Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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