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1
p. 57-90
Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Début :
Quelques marques d'attachement & de veneration que l'on donne [...]
Mots clefs :
Congrégation, Abbaye, Chancelier, Décès, Étoffe, Ornements, Services, Cérémonies, Inscriptions, Mémoire, Ministre, Vénération, Honneurs, Représentation, Richesses, Magnificence, Repos
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texteReconnaissance textuelle : Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Quelques marques d'atta58
MERCURE
chement & de veneration
que l'on donne à ceux qui
font élevez dans un haut
rang, elles ne font pas toû
jours des affurances que l'on
ait pour eux une veritable
eftime ; mais quand on paroift
fenfiblement touché
de leur perte , & qu'on rend
à leur memoiré des honneurs
proportionnez à ceux qu'on
rendroit à leurs perfonnes,
s'ils eftoient vivans , il n'y a
point à douter qu'on n'ait
pour eux dans le coeur ce
qu'on a fouvent fait voir fur
les lévres. Nous en voyons
GALANT. 59-
un exemple dans la mort de
Mile Chancelier, puis qu'au
lieu d'oublier ce grand Miniftre,
ou du moins de ceffer
de luy donner les mefmes
marques de la tendre & ref
pectueufe eftime qu'on avoit
pour luy , chacun s'eſt
efforcé à l'envy de rendre des
honneurs funebres à fa memoire.
Les Religieux Benedictins
de la Congregation de Saint
Maur ont commencé. Sitoſt
qu'il fut mort ,le Pere D.
Benoift Brachet leur General
, ordonna qu'on dift plus
60 MERCURE
dé quinze cens Meſſes , que
les jeunes Religieux fiffent
une Communion , & que
chaque Monaftere de laCongregation
celebraft un Service
folemnel pour le repos
de l'Ame de cet illuftre Dé
funt. Mais afin que leur zele
ne paruft pas feulement dans
le Cloiftre , ils firent un Ser
vice fort magnifique dans
l'Eglife de l'Abbaye de Saint
Germain Defprez , le Samedy
17. du mois paffé , le tout par
les foins du P. D. Claude Bretagne
, Prieur de ce Monaf
tere , & grand Vicaire de M
GALANT 61
l'Archevefque de Paris,
On avoit tendu toute l'Eglife
jufqu'aux naiffances de
la Voute. Le tour du Chour
eftoit garny de grands Ecuffons
entremeflez de Maffes
pofées en fautoir fous un
Mortier d'or rebraffé d'hermines
, & liées d'un Cordon
bleu d'où pendoit la Croix
de l'Ordre du Saint Efprit.
On y avoit ajoûté deux lez
de velours , chargez de upetits
Ecuffous & de Maffes, qui
compofoient tout l'ornement
de la Croifée de l'Eglife
, & des coftez où eftoit
62 MERCURE
la Repreſentation. La Corniche
qui eft autour du San-
Atuaire, & qui regne fur toutes
les Chaires du Choeur, ef
roit garnie d'un grand nom
bre de Chandeliers d'argent
avec des cierges de cire blanche
chargez d'Ecuffons & de
Maffes entremellées, comine
je l'ay déja dit. Le grand Au
tel eftoit orné de dix - huit
Chandeliers
d'argent des
-plus beaux de Paris . Deux
grands Anges d'argentimaf
fif foûtenoient
la Croix de
vermeil doré , & enrichie de
pierreries que feu Madame
GALANT. 63
la Princeffe Palatine a donnée
à cette Abbaye. Outre
cela , comme l'on avoit découvert
le parement d'Autel
qui eft de vermeil doré , on
peut affeurer qu'il feroit fort
difficile de rien trouver de
plus riche & de mieux orné.
Je ne parle point icy de la
difpofition avantageufe de
l'Eglife pour ces fortes de
Ceremonies , parce que je
vous l'ay marquée fort exactement,
en vous entretenant
du Service que ces meſines
Peres firent pour la Reinc il
y a deux ans. Je vous diray
64 MERCURE
feulement qu'on avoit placé
la Reprefentation à vingtcinq
pas de l'Autel du colté
de la Nef.Ceux qui l'ont veuë
l'ont trouvée fort bien prife
dans ſa fimplicité, parce qu’-
ils y ont remarqué beaucoup
d'agrément fans confufion
d'ornemens inutiles . C'eftoit
un Octogone de fix degrez,
fur lequel on avoit élevé une
imaniere de Tombeau couvert
d'un grand Poële de velours
noir bordé d'hermines,
aux Armes du Défunt , & par
deffus un autre drap plus pevtit
broché or & argent à gros
GALANT. 65
fleurons rouges veloutez. La
figure de M le Chancelier
eftoit pofée à genoux fur le
Tombeau. Il eftoit reveftu
d'une Soutane de fatin violet
, & par deffus il avoit fa
Robe de velours auffi violet,
doublée de fatin rouge, avec
le Cordon bleu au col , d'ou
pendoit la Croix de l'Ordre
du Saint Efprit , dont il eftoit
Commandeur. Devant luy
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraflée d'hermines ,
la Couronne & les Maffes
de Vermeil doré , qui font
les marques de fa Dignité ,
Decembre 1685. F
66 MERCURE
le tout pofé fur un Carreau
de velours couvert de crefpe.
Cette attitude d'un Mort
reprefenté comme vivant
fur fon Tombeau , n'eft pas
extraordinaire
, puis qu'elle
fe juftifie par un grand nom
bre de monumens anciens
& nouveaux particuliererement
à Saint Denys , où
les Roys Charles VIII . Louis
XII . François I. & Henry
II. font ainfi à genoux fur
leur Tombeau .
Aux quatre principaux
Angles de l'Octogone , s'éevoie
nt quatre Piramides de
GALANT. 67
5
Marbre blanc fin, avec leurs
Panneaux de Marbre noir
fur leurs piedeftaux de même.
Les Piramides eftoient
rehauffées de Maffes , de Lezards
, & d'Etoiles de Bronze
difpofées fur chaque face
en maniere de Feftons , &
foûtenoient de groffes Gi
randoles fort bien éclairées;
le refte des dégrez de l'Octogone
eftant garny de plus
de fix- vingts Chandeliers
d'argent , dont les cierges
eftoient chargez d'armoiries
& de maffes entremê
lées.
F ip
68 MERCURE
Il y avoit au tour de la
Repreſentation des Cartouches
, dans lesquels on avoit
peint des Deviſes & Emblêmes
fort Spirituelles , compoſées
par un ſçavant Religieux
de la Congregation.
C'eft le mefme qui eft Auteur
d'un Eloge Latin , ou
Profe quarrée à la loüange
de M ' le Chancelier , qu'or
prit foin de diftribuer à tou
tel'Affemblée avant la Ceremonie.
Cét Eloge qui eft
fort long , eft digne de la
curiofité de tous ceux qui
connoiffent la beauté des
GALANT. 69
Ouvrages de cette nature.
Le Maufolée eftoit couvert
d'un riche Dais en maniere
de Lit d'Ange , ayant
un fond de Velours noir
croifé de Moire d'argent.
Le tour eftoit de Moire auf
fi d'argent , bordé de riches.
Campanes recroifées qui ſe
terminoient en Houpes de
foye & d'argent. Quatre
gros Bouquets de plumes
avec leurs aigrettes remplif
foient les quatre coins dur
Dais. Les chutes des Ri
deaux liez par bouillons , avoient
beaucoup d'agré
70 MERCURE
ment , & faifoient un tresbel
effect.
,
Le P. General de la Congregation
, affifté de douze
Officiers tous reveftus de
riches Ornemens officia
folemnellement à la grand-
Meſſe qui fut chantée par
plus de quatre-vingt Religieux
, dont la modeſtie édifia
beaucoup l'Affemblée ,
qui eftoit compofée de plufieurs
perfonnes de la premiere
Qualité. La décoration
de ce Service a efté
conduite par le Pere Barré
Procureur de l'Abbaye , &
GALANT 71
par le celebre M' Benoift ,
fi connu par fon Cercle
Royal . C'eft luy qui avoit
fait le beau Portrait en Cire
de M' le Chancelier , &
qui avoit difpofé la Figure
dans une attitude qu'on a
trouvée fort naturelle . Il у
avoit dix Devifes ou Emblêmes
La I. reprefentoit un Lezard
qui s'étend fur une
muraille , & fe montre tout
entier à un Soleil brillant
de lumiere , avec ces paro
les ,
obb Soli fe totum explicat,
72 MERCURE
Ce qui marque que Lours
LE GRAND eft le feul qui
ait bien connu la Sageffe
des Confeils de feu M le
Chancelier , parce que ce
digne Miniftre ne s'eft jamais
découvert tout entier
qu'à fon Roy.
La II. avoit pour Corps
un Lezard' victorieux au milieu
des Scorpions & des
Araignées , & pour amer,.
Venenato mortifer hofti.
Les Naturaliftes remarquent
que le Lezard eſt ennemy
mortel des Araignées
& des Scorpions qu'il tue de
fom
GALANT. 73
fon feul régard. Le Livre
que Tertullien a écrit contre
les Heretiques , & auquel
il a donné le titre de
Scorpiacum , nous fait entendre
par les Scorpions & les
autres animaux de cette forte,
l'Herefie que Mile Chancelier
a toûjours eu foin de
détruire , autant qu'il a efté
en fon pouvoir.
La III. eftoit un Lezard
pofé devant un Palais Royal,
qui eft en Perſpective , avec
ces mots ,
Inter quatuor fapientior fapien.
tibus, Stellio in ædibus Regis,
G Decembre. 1685-
74 MERCURE
Cette penſée est tirée de
l'Ecriture Sainte au 30. Chapitre
des Proverbes , auffibien
que l'Infcription , qui
s'applique fort avantageufement
à feu Mr le Chance .
lier
principalement lors
qu'il eftoit Secretaire d'Etat .
La IV. eft un Lezard paſ
fant un torrent fur une épée,
avec cette Infcription ,
Faufta fert omina Regi.
Ceux qui fçavent noftre
Hiftoire fe fouviendront des
fervices importans
› que
feu Mle Tellier a rendus
au Roy , dans les temps les
plus fâcheux.
GALANT. 75
La V. marquoit un Ciel
rout remply d'Etoiles , entre
lefquelles on en voyoit briller
trois de la premiere gran.
deur , avec ces paroles ,
3. Solatia noctis.
Pour faire voir combien
l'on a tiré de fecours de la
grande fidelité & conftance
de Mle Chancelier ,
dans le temps de la Minorité
& des Troubles .
La VI. reprefentoit le
Signe de la Balance, dans le
Zodiaque, environné d'Etoiles
fous un Soleil , avec cette
Inſcription.
Gij
76 MERCURE
Hoc aquiffimus Orbi.
Lorfque le Soleil eft au
Signe de la Balance , il eſt
fur l'Equateur. , & partage
également les jours & les
nuits à tout le monde. Il eft
aifé de voir que l'on a voulu
marquer par là , que la
Juftice n'a jamais efté mieux
adminiftrée
que
gne de Louis LE GRAND ,
& par un plus digne Miniftre
que M le Tellier.
›
fous le Re-
La VII. faifoit voir un
Pain de cire rompu en deux
fur une table , qui portoit
d'un cofté deux ChandeGALANT.
77
liers d'Autel avec leurs Cierges
, & de l'autre cofté des
Lettres feellées du grand
Sceau de Sa Majeſté . Le Tapis
eftoit miparty , femé de
Lezards & d'Etoiles , le tout
aux Emaux des Armes de
' Mr le Tellier
>
avec ces paroles
tirées de l'Evangile du
jour ,
Qua funt Cafaris , Cafari ;
qua Dei Deo.
Ce raport fort ingenieux
'des Lettres feellées avec les
Lezards , qui font pour la
Terre , & des Chandeliers
avec les Etoiles qui font
G iij
78 MERCURE
pour le Ciel , fait voir par
une application tres - heu
reufe , toute la conduite de
ce grand Miniftre qui a toû
jours pris pour le principal.
motif de fes actions Dien &
le Roy
.
La VIII. eftoit encore tirée
de l'Ecriture Sainte . On
y voyoit trois Etoiles qui
Iançoient comme des rayons
foudroyans vers la Terre
avec cette Infcription prife
dans le Chapitre 5. desJuges,
Manentes in ordine fuo pugnaverunt.
On a voulu exprimer par
GALANT. 79
là , que quoy que M le
Chancelier fuft un homme
de Robe , il n'a pas laiffé
d'avoir part aux Victoires
remportées fur nos Ennemis
, non feulement par le:
foin qu'il a eu des Arméescomme
Intendant , & comme
Secretaire d'Etat pour la
Guerre ; mais auffi par les
grandes lumieres qu'il a données
dans le Confeil.
La IX. reprefentoit un Trépié
à la facon de ceux des
Oracles anciens . Il eftoit for
mé de trois Lezards d'argent
qui foûtenoient chacun une
G iiij.
80 MERCURE
Etoile d'or avec ces mots ,
Hoc nofter meliora Oracula
Phoebus.
On avoit depeint dans la
X. cette main miraculeufe
qui condamne l'Impie & le
Sacrilegue Balthafar , en é
crivant fur la muraille ces
paroles terribles , MANE
THECEL... qui n'eftoient
pas achevées , pour donner
à connoiftre qu'elles ne faifoient
pas l'Infcription principale
qu'on a marquée par
ces mots ,
Impia damnat.
Cette peinture reprefenGALANT.
81
te la derniere action de la
Vie de M le Chancelier ,
qui n'a pû finir par une
expedition plus heureuſe ,
qu'en fignant la Revocation
de l'Edit de Nantes , & la
Condamnation de l'Herefiè ,
quiavoit prophané nos San-
Quaires & nos Vafes facrez
, par les Impietez & les
Sacrileges qu'elle a commis
par tout ce Royaume.
Les Recolets de la Ville
de Luxembourg ont fait un
pareil Service, avec toute la
magnificence qui peut entrer
dans une fi lugubre Ce82
MERCURE
remonie .. M ' le Marquis de
Lambert , Gouverneur de
cette Place , y aſſiſta avec
tous les Officiers de la Garnifon.
Meffieurs du Confeil &
du Magiftrat s'y trouverent
auffi en corps , & toutes les
Perfonnes
qualifiées de la
Ville , fuivirent
l'exemple
qu'ils donnerent de leur zèle..
On a rendu ce meſme devoir
à la
memoire de ce digne
Chef de la Juftice dans l'Abaye
de S. Arnoult de Mets.
On y
chantá la Meſſe en
Mufique , & le Service fut
fait par les foins de Meffieurs
S
1
GALANT. 83:
"
les Secretaires du Roy.
On en a auffi fait un à Cha--
ftel - Cenfey en Nivernois
auffi bien qu'à Perpignan
, où
nouvelle de cette mort ne
fut pas plûtoft portée , que
M' le Prefident
Trobat , Intendant
en Rouffillon
, donna
des marques
de l'attachement
qu'il a toujours eu pour
la Maiſon de Mile Tellier. Il
fit dire un tres- grand nom-.
bre de Meffes dans toutes
les Eglifes de la Ville ,
l'on éleva par fon ordre un
fuperbe Maufolée
au milieu
&
du Choeur de Noftre - Dame:
84 MERCURE
de la Real. Il eftoit en Pyramide,
& de figure quarrée, &
avoit quatre toifes de hau
teur fur feize de fuperficie.
Deux rangs de flambeaux de
cire blanche eftoient fur chacun
des quatre degrez de ce
Maufolée , qui diminuoient
en Pyramide jufqu'au fommet
, où l'on avoit étendu un
grand tapis , & mis un carreau
de velours noir , fur lequel
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraffé d'hermines ,
avec les deux grandes Maf
fes paffées en fautoir , & les
grands Seaux du Royaume.
GALANT. S
le
Cette trifte Ceremonie fe fit
15. du mois paffé. Toutes
les perfonnes de qualité de la
Ville de Perpignan, & les Of
ficiers de la Garniſon ſe rendirent
dans l'Eglife Collegiale
& Abbatiale de Noftre-
Dame , où M' l'Abbé de la
Real , Frere de Mr le Prefident
Trobat, fit l'Office avec
toute la folemnité poffible. Il
celebra la Meffe en habits
Pontificaux , croffé & mitré ,
& elle fut chantée en Mufique.
Les Capucins fe font diftinguez
dans ces meſmes de86
MERCURE
voirs de pieté rendus à feu M²
le Chancelier, dans leurConvent
de la rue Saint Honoré,
& dans tous les autres de cet
Ordre, aufquelsle Pere Charles
François de Paris, Vicaire
de ce Convent , Frere de M
le Chevalier , Commiffaire
apointé à la conduite du Regiment
des Gardes , écrivit
une Lettre Circulaire. Aprés
leur avoir marqué que lePere
Provincial fouhaitoit que
dans toutes leurs Communautez
on fift pour ce grand
Miniftre les mefmes chofes
qu'on avoit accouftumé de
GALANT. 87
Ves
pratiquer à la mort de chaque
Religieux de l'Ordre , il
ajoufte ce qui fuit . Les importans
fervices que ce digne
Chancelier
a rendus à l'Eglife
à l'Etat, fa tres- haute pieté, l'extréme
bonté qu'il avoit pour
Pauvres , fa douceur & fa modeftie
prefque inimitable dans l'éclatante
elevation que fon feul
merite luy avoit procuré , le zele
la fidelité inviolable qu'il
avoit pour les interefts & la
gloire de noftre augufte Monar
que , enfin l'approbation generale
qu'il s'eftoit acquife par ſa pro-
"fonde érudition , fon experience
88 MERCURE
confommée dans les affaires , &
fes autres admirables quilitez
ayant engagé tout le monde àfai
re des Prieres publiques pour le
repos de fon ame ; nousyfommes
d'autant plus obligez , que pendant
toute fa vie , il a eu pour
noftre Ordre une estime & une
affection finguliere , & qu'il eftoit
le Protecteur& le Syndicgeneral
de tousles Capucins de France
. Ce n'eftoit pas fans raifon
, Madame , que ce grand
Homme eftimoit fi fort les
Capucins , puifque l'avantage
que l'Egliſe tire de leur
zele , les rend dignes de la
GALANT. 89
veneration que tout le mon
de à pour eux . Ils ne laiffent .
échaper aucune occafion
d'en donner des marques ,
qu'ils ne l'embraffent avec
beaucoup de ferveur, & prefentement
ils ont plus de ni
le de leurs Religieux en
ployez aux Converſions des
Religionnaires.
2
२
Le 3. de ce mois , il y cua
auffi un Service tres -folemnel
pour feu M' le Chancelier
, dans l'Eglife des Carmes
des Billettes . Les Chevaliers
de Noftre - Dame du
Montcarmel & de Saint La-
Decembre 1685. H.
90 MERCURE
zare qui le faifoient faire , y
affifterent en corps au nombre
de plus de cent. L'éclat
& la magnificence y parurent
, mais d'une maniere trifte
, qui faifoit connoiſtre
combien tout le monde ef
toit fenfible à la perte que la
France a faite en la perfonne
de cet illuftre Miniftre .
MERCURE
chement & de veneration
que l'on donne à ceux qui
font élevez dans un haut
rang, elles ne font pas toû
jours des affurances que l'on
ait pour eux une veritable
eftime ; mais quand on paroift
fenfiblement touché
de leur perte , & qu'on rend
à leur memoiré des honneurs
proportionnez à ceux qu'on
rendroit à leurs perfonnes,
s'ils eftoient vivans , il n'y a
point à douter qu'on n'ait
pour eux dans le coeur ce
qu'on a fouvent fait voir fur
les lévres. Nous en voyons
GALANT. 59-
un exemple dans la mort de
Mile Chancelier, puis qu'au
lieu d'oublier ce grand Miniftre,
ou du moins de ceffer
de luy donner les mefmes
marques de la tendre & ref
pectueufe eftime qu'on avoit
pour luy , chacun s'eſt
efforcé à l'envy de rendre des
honneurs funebres à fa memoire.
Les Religieux Benedictins
de la Congregation de Saint
Maur ont commencé. Sitoſt
qu'il fut mort ,le Pere D.
Benoift Brachet leur General
, ordonna qu'on dift plus
60 MERCURE
dé quinze cens Meſſes , que
les jeunes Religieux fiffent
une Communion , & que
chaque Monaftere de laCongregation
celebraft un Service
folemnel pour le repos
de l'Ame de cet illuftre Dé
funt. Mais afin que leur zele
ne paruft pas feulement dans
le Cloiftre , ils firent un Ser
vice fort magnifique dans
l'Eglife de l'Abbaye de Saint
Germain Defprez , le Samedy
17. du mois paffé , le tout par
les foins du P. D. Claude Bretagne
, Prieur de ce Monaf
tere , & grand Vicaire de M
GALANT 61
l'Archevefque de Paris,
On avoit tendu toute l'Eglife
jufqu'aux naiffances de
la Voute. Le tour du Chour
eftoit garny de grands Ecuffons
entremeflez de Maffes
pofées en fautoir fous un
Mortier d'or rebraffé d'hermines
, & liées d'un Cordon
bleu d'où pendoit la Croix
de l'Ordre du Saint Efprit.
On y avoit ajoûté deux lez
de velours , chargez de upetits
Ecuffous & de Maffes, qui
compofoient tout l'ornement
de la Croifée de l'Eglife
, & des coftez où eftoit
62 MERCURE
la Repreſentation. La Corniche
qui eft autour du San-
Atuaire, & qui regne fur toutes
les Chaires du Choeur, ef
roit garnie d'un grand nom
bre de Chandeliers d'argent
avec des cierges de cire blanche
chargez d'Ecuffons & de
Maffes entremellées, comine
je l'ay déja dit. Le grand Au
tel eftoit orné de dix - huit
Chandeliers
d'argent des
-plus beaux de Paris . Deux
grands Anges d'argentimaf
fif foûtenoient
la Croix de
vermeil doré , & enrichie de
pierreries que feu Madame
GALANT. 63
la Princeffe Palatine a donnée
à cette Abbaye. Outre
cela , comme l'on avoit découvert
le parement d'Autel
qui eft de vermeil doré , on
peut affeurer qu'il feroit fort
difficile de rien trouver de
plus riche & de mieux orné.
Je ne parle point icy de la
difpofition avantageufe de
l'Eglife pour ces fortes de
Ceremonies , parce que je
vous l'ay marquée fort exactement,
en vous entretenant
du Service que ces meſines
Peres firent pour la Reinc il
y a deux ans. Je vous diray
64 MERCURE
feulement qu'on avoit placé
la Reprefentation à vingtcinq
pas de l'Autel du colté
de la Nef.Ceux qui l'ont veuë
l'ont trouvée fort bien prife
dans ſa fimplicité, parce qu’-
ils y ont remarqué beaucoup
d'agrément fans confufion
d'ornemens inutiles . C'eftoit
un Octogone de fix degrez,
fur lequel on avoit élevé une
imaniere de Tombeau couvert
d'un grand Poële de velours
noir bordé d'hermines,
aux Armes du Défunt , & par
deffus un autre drap plus pevtit
broché or & argent à gros
GALANT. 65
fleurons rouges veloutez. La
figure de M le Chancelier
eftoit pofée à genoux fur le
Tombeau. Il eftoit reveftu
d'une Soutane de fatin violet
, & par deffus il avoit fa
Robe de velours auffi violet,
doublée de fatin rouge, avec
le Cordon bleu au col , d'ou
pendoit la Croix de l'Ordre
du Saint Efprit , dont il eftoit
Commandeur. Devant luy
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraflée d'hermines ,
la Couronne & les Maffes
de Vermeil doré , qui font
les marques de fa Dignité ,
Decembre 1685. F
66 MERCURE
le tout pofé fur un Carreau
de velours couvert de crefpe.
Cette attitude d'un Mort
reprefenté comme vivant
fur fon Tombeau , n'eft pas
extraordinaire
, puis qu'elle
fe juftifie par un grand nom
bre de monumens anciens
& nouveaux particuliererement
à Saint Denys , où
les Roys Charles VIII . Louis
XII . François I. & Henry
II. font ainfi à genoux fur
leur Tombeau .
Aux quatre principaux
Angles de l'Octogone , s'éevoie
nt quatre Piramides de
GALANT. 67
5
Marbre blanc fin, avec leurs
Panneaux de Marbre noir
fur leurs piedeftaux de même.
Les Piramides eftoient
rehauffées de Maffes , de Lezards
, & d'Etoiles de Bronze
difpofées fur chaque face
en maniere de Feftons , &
foûtenoient de groffes Gi
randoles fort bien éclairées;
le refte des dégrez de l'Octogone
eftant garny de plus
de fix- vingts Chandeliers
d'argent , dont les cierges
eftoient chargez d'armoiries
& de maffes entremê
lées.
F ip
68 MERCURE
Il y avoit au tour de la
Repreſentation des Cartouches
, dans lesquels on avoit
peint des Deviſes & Emblêmes
fort Spirituelles , compoſées
par un ſçavant Religieux
de la Congregation.
C'eft le mefme qui eft Auteur
d'un Eloge Latin , ou
Profe quarrée à la loüange
de M ' le Chancelier , qu'or
prit foin de diftribuer à tou
tel'Affemblée avant la Ceremonie.
Cét Eloge qui eft
fort long , eft digne de la
curiofité de tous ceux qui
connoiffent la beauté des
GALANT. 69
Ouvrages de cette nature.
Le Maufolée eftoit couvert
d'un riche Dais en maniere
de Lit d'Ange , ayant
un fond de Velours noir
croifé de Moire d'argent.
Le tour eftoit de Moire auf
fi d'argent , bordé de riches.
Campanes recroifées qui ſe
terminoient en Houpes de
foye & d'argent. Quatre
gros Bouquets de plumes
avec leurs aigrettes remplif
foient les quatre coins dur
Dais. Les chutes des Ri
deaux liez par bouillons , avoient
beaucoup d'agré
70 MERCURE
ment , & faifoient un tresbel
effect.
,
Le P. General de la Congregation
, affifté de douze
Officiers tous reveftus de
riches Ornemens officia
folemnellement à la grand-
Meſſe qui fut chantée par
plus de quatre-vingt Religieux
, dont la modeſtie édifia
beaucoup l'Affemblée ,
qui eftoit compofée de plufieurs
perfonnes de la premiere
Qualité. La décoration
de ce Service a efté
conduite par le Pere Barré
Procureur de l'Abbaye , &
GALANT 71
par le celebre M' Benoift ,
fi connu par fon Cercle
Royal . C'eft luy qui avoit
fait le beau Portrait en Cire
de M' le Chancelier , &
qui avoit difpofé la Figure
dans une attitude qu'on a
trouvée fort naturelle . Il у
avoit dix Devifes ou Emblêmes
La I. reprefentoit un Lezard
qui s'étend fur une
muraille , & fe montre tout
entier à un Soleil brillant
de lumiere , avec ces paro
les ,
obb Soli fe totum explicat,
72 MERCURE
Ce qui marque que Lours
LE GRAND eft le feul qui
ait bien connu la Sageffe
des Confeils de feu M le
Chancelier , parce que ce
digne Miniftre ne s'eft jamais
découvert tout entier
qu'à fon Roy.
La II. avoit pour Corps
un Lezard' victorieux au milieu
des Scorpions & des
Araignées , & pour amer,.
Venenato mortifer hofti.
Les Naturaliftes remarquent
que le Lezard eſt ennemy
mortel des Araignées
& des Scorpions qu'il tue de
fom
GALANT. 73
fon feul régard. Le Livre
que Tertullien a écrit contre
les Heretiques , & auquel
il a donné le titre de
Scorpiacum , nous fait entendre
par les Scorpions & les
autres animaux de cette forte,
l'Herefie que Mile Chancelier
a toûjours eu foin de
détruire , autant qu'il a efté
en fon pouvoir.
La III. eftoit un Lezard
pofé devant un Palais Royal,
qui eft en Perſpective , avec
ces mots ,
Inter quatuor fapientior fapien.
tibus, Stellio in ædibus Regis,
G Decembre. 1685-
74 MERCURE
Cette penſée est tirée de
l'Ecriture Sainte au 30. Chapitre
des Proverbes , auffibien
que l'Infcription , qui
s'applique fort avantageufement
à feu Mr le Chance .
lier
principalement lors
qu'il eftoit Secretaire d'Etat .
La IV. eft un Lezard paſ
fant un torrent fur une épée,
avec cette Infcription ,
Faufta fert omina Regi.
Ceux qui fçavent noftre
Hiftoire fe fouviendront des
fervices importans
› que
feu Mle Tellier a rendus
au Roy , dans les temps les
plus fâcheux.
GALANT. 75
La V. marquoit un Ciel
rout remply d'Etoiles , entre
lefquelles on en voyoit briller
trois de la premiere gran.
deur , avec ces paroles ,
3. Solatia noctis.
Pour faire voir combien
l'on a tiré de fecours de la
grande fidelité & conftance
de Mle Chancelier ,
dans le temps de la Minorité
& des Troubles .
La VI. reprefentoit le
Signe de la Balance, dans le
Zodiaque, environné d'Etoiles
fous un Soleil , avec cette
Inſcription.
Gij
76 MERCURE
Hoc aquiffimus Orbi.
Lorfque le Soleil eft au
Signe de la Balance , il eſt
fur l'Equateur. , & partage
également les jours & les
nuits à tout le monde. Il eft
aifé de voir que l'on a voulu
marquer par là , que la
Juftice n'a jamais efté mieux
adminiftrée
que
gne de Louis LE GRAND ,
& par un plus digne Miniftre
que M le Tellier.
›
fous le Re-
La VII. faifoit voir un
Pain de cire rompu en deux
fur une table , qui portoit
d'un cofté deux ChandeGALANT.
77
liers d'Autel avec leurs Cierges
, & de l'autre cofté des
Lettres feellées du grand
Sceau de Sa Majeſté . Le Tapis
eftoit miparty , femé de
Lezards & d'Etoiles , le tout
aux Emaux des Armes de
' Mr le Tellier
>
avec ces paroles
tirées de l'Evangile du
jour ,
Qua funt Cafaris , Cafari ;
qua Dei Deo.
Ce raport fort ingenieux
'des Lettres feellées avec les
Lezards , qui font pour la
Terre , & des Chandeliers
avec les Etoiles qui font
G iij
78 MERCURE
pour le Ciel , fait voir par
une application tres - heu
reufe , toute la conduite de
ce grand Miniftre qui a toû
jours pris pour le principal.
motif de fes actions Dien &
le Roy
.
La VIII. eftoit encore tirée
de l'Ecriture Sainte . On
y voyoit trois Etoiles qui
Iançoient comme des rayons
foudroyans vers la Terre
avec cette Infcription prife
dans le Chapitre 5. desJuges,
Manentes in ordine fuo pugnaverunt.
On a voulu exprimer par
GALANT. 79
là , que quoy que M le
Chancelier fuft un homme
de Robe , il n'a pas laiffé
d'avoir part aux Victoires
remportées fur nos Ennemis
, non feulement par le:
foin qu'il a eu des Arméescomme
Intendant , & comme
Secretaire d'Etat pour la
Guerre ; mais auffi par les
grandes lumieres qu'il a données
dans le Confeil.
La IX. reprefentoit un Trépié
à la facon de ceux des
Oracles anciens . Il eftoit for
mé de trois Lezards d'argent
qui foûtenoient chacun une
G iiij.
80 MERCURE
Etoile d'or avec ces mots ,
Hoc nofter meliora Oracula
Phoebus.
On avoit depeint dans la
X. cette main miraculeufe
qui condamne l'Impie & le
Sacrilegue Balthafar , en é
crivant fur la muraille ces
paroles terribles , MANE
THECEL... qui n'eftoient
pas achevées , pour donner
à connoiftre qu'elles ne faifoient
pas l'Infcription principale
qu'on a marquée par
ces mots ,
Impia damnat.
Cette peinture reprefenGALANT.
81
te la derniere action de la
Vie de M le Chancelier ,
qui n'a pû finir par une
expedition plus heureuſe ,
qu'en fignant la Revocation
de l'Edit de Nantes , & la
Condamnation de l'Herefiè ,
quiavoit prophané nos San-
Quaires & nos Vafes facrez
, par les Impietez & les
Sacrileges qu'elle a commis
par tout ce Royaume.
Les Recolets de la Ville
de Luxembourg ont fait un
pareil Service, avec toute la
magnificence qui peut entrer
dans une fi lugubre Ce82
MERCURE
remonie .. M ' le Marquis de
Lambert , Gouverneur de
cette Place , y aſſiſta avec
tous les Officiers de la Garnifon.
Meffieurs du Confeil &
du Magiftrat s'y trouverent
auffi en corps , & toutes les
Perfonnes
qualifiées de la
Ville , fuivirent
l'exemple
qu'ils donnerent de leur zèle..
On a rendu ce meſme devoir
à la
memoire de ce digne
Chef de la Juftice dans l'Abaye
de S. Arnoult de Mets.
On y
chantá la Meſſe en
Mufique , & le Service fut
fait par les foins de Meffieurs
S
1
GALANT. 83:
"
les Secretaires du Roy.
On en a auffi fait un à Cha--
ftel - Cenfey en Nivernois
auffi bien qu'à Perpignan
, où
nouvelle de cette mort ne
fut pas plûtoft portée , que
M' le Prefident
Trobat , Intendant
en Rouffillon
, donna
des marques
de l'attachement
qu'il a toujours eu pour
la Maiſon de Mile Tellier. Il
fit dire un tres- grand nom-.
bre de Meffes dans toutes
les Eglifes de la Ville ,
l'on éleva par fon ordre un
fuperbe Maufolée
au milieu
&
du Choeur de Noftre - Dame:
84 MERCURE
de la Real. Il eftoit en Pyramide,
& de figure quarrée, &
avoit quatre toifes de hau
teur fur feize de fuperficie.
Deux rangs de flambeaux de
cire blanche eftoient fur chacun
des quatre degrez de ce
Maufolée , qui diminuoient
en Pyramide jufqu'au fommet
, où l'on avoit étendu un
grand tapis , & mis un carreau
de velours noir , fur lequel
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraffé d'hermines ,
avec les deux grandes Maf
fes paffées en fautoir , & les
grands Seaux du Royaume.
GALANT. S
le
Cette trifte Ceremonie fe fit
15. du mois paffé. Toutes
les perfonnes de qualité de la
Ville de Perpignan, & les Of
ficiers de la Garniſon ſe rendirent
dans l'Eglife Collegiale
& Abbatiale de Noftre-
Dame , où M' l'Abbé de la
Real , Frere de Mr le Prefident
Trobat, fit l'Office avec
toute la folemnité poffible. Il
celebra la Meffe en habits
Pontificaux , croffé & mitré ,
& elle fut chantée en Mufique.
Les Capucins fe font diftinguez
dans ces meſmes de86
MERCURE
voirs de pieté rendus à feu M²
le Chancelier, dans leurConvent
de la rue Saint Honoré,
& dans tous les autres de cet
Ordre, aufquelsle Pere Charles
François de Paris, Vicaire
de ce Convent , Frere de M
le Chevalier , Commiffaire
apointé à la conduite du Regiment
des Gardes , écrivit
une Lettre Circulaire. Aprés
leur avoir marqué que lePere
Provincial fouhaitoit que
dans toutes leurs Communautez
on fift pour ce grand
Miniftre les mefmes chofes
qu'on avoit accouftumé de
GALANT. 87
Ves
pratiquer à la mort de chaque
Religieux de l'Ordre , il
ajoufte ce qui fuit . Les importans
fervices que ce digne
Chancelier
a rendus à l'Eglife
à l'Etat, fa tres- haute pieté, l'extréme
bonté qu'il avoit pour
Pauvres , fa douceur & fa modeftie
prefque inimitable dans l'éclatante
elevation que fon feul
merite luy avoit procuré , le zele
la fidelité inviolable qu'il
avoit pour les interefts & la
gloire de noftre augufte Monar
que , enfin l'approbation generale
qu'il s'eftoit acquife par ſa pro-
"fonde érudition , fon experience
88 MERCURE
confommée dans les affaires , &
fes autres admirables quilitez
ayant engagé tout le monde àfai
re des Prieres publiques pour le
repos de fon ame ; nousyfommes
d'autant plus obligez , que pendant
toute fa vie , il a eu pour
noftre Ordre une estime & une
affection finguliere , & qu'il eftoit
le Protecteur& le Syndicgeneral
de tousles Capucins de France
. Ce n'eftoit pas fans raifon
, Madame , que ce grand
Homme eftimoit fi fort les
Capucins , puifque l'avantage
que l'Egliſe tire de leur
zele , les rend dignes de la
GALANT. 89
veneration que tout le mon
de à pour eux . Ils ne laiffent .
échaper aucune occafion
d'en donner des marques ,
qu'ils ne l'embraffent avec
beaucoup de ferveur, & prefentement
ils ont plus de ni
le de leurs Religieux en
ployez aux Converſions des
Religionnaires.
2
२
Le 3. de ce mois , il y cua
auffi un Service tres -folemnel
pour feu M' le Chancelier
, dans l'Eglife des Carmes
des Billettes . Les Chevaliers
de Noftre - Dame du
Montcarmel & de Saint La-
Decembre 1685. H.
90 MERCURE
zare qui le faifoient faire , y
affifterent en corps au nombre
de plus de cent. L'éclat
& la magnificence y parurent
, mais d'une maniere trifte
, qui faifoit connoiſtre
combien tout le monde ef
toit fenfible à la perte que la
France a faite en la perfonne
de cet illuftre Miniftre .
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Résumé : Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Le texte décrit les hommages rendus à la mémoire d'un chancelier décédé, identifié comme étant probablement Michel Le Tellier. Les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur ont organisé diverses cérémonies en son honneur, incluant 1500 messes, des communions pour les jeunes religieux, et des services solennels dans plusieurs monastères. Un service particulièrement somptueux a été célébré à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dirigé par le Père Claude Bretagne. Cet événement était marqué par des décorations riches et une représentation du chancelier entourée de symboles de sa dignité. Les Récollets de Luxembourg ont également organisé une cérémonie funéraire, présidée par le Père Général. Cette cérémonie mettait en avant des emblèmes représentant la vie et les réalisations du chancelier, tels que sa sagesse, sa lutte contre l'hérésie, et son soutien au roi. Parmi les participants notables figuraient le Marquis de Lambert. D'autres villes et institutions ont également rendu hommage au chancelier, notamment l'abbaye de Saint-Arnoul de Metz, Château-Chenonceau, et Perpignan. Les Capucins et les Carmes ont également honoré le défunt par des prières et des services, soulignant ses mérites et son soutien aux ordres religieux. Ces hommages reflètent l'importance et le respect accordés au chancelier par diverses communautés religieuses et institutions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 306-326
Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est si inconstant que la Mode, & quoy que [...]
Mots clefs :
Mode, Habits, Éventails à la siamoise, Poches, Modes, Habit, Étoffe, Corps, Galon, Usage, Nouvelle, Argent, Agréable, Justaucorps, Inconstant, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Rien n'est si inconstant
que la Mode, & quoy que
Mode veuille dire une chose
actuellement en usage, les
Modes sont si incertaines en
France, qu'on peut dire qu'il
n'y en a presquejamais d'assurées,
parce qu'ily en a trop,
& trop souvent, & qu'il suffit
qu'elles soient receuës,
pour faire craindre qu'elles ne
changent bien tost. Cependant
il faut estre à la Mode à
moins que l'on ne veüillepasser,
oupourridiculeoupouravare;
mais la difficulté est de se
saisir des Modes dans le moment
qu'elles paroissent, puis
qu'à peine se sont-elles fait remarquer,
qu'onn'envoit plus
que des restes, étouffez par
d'autres Modes naissantes.Ce
qu'il y a de fâcheux, c'est
qu'on îVert pas toujours en
estat de suivre les Modes
dans leur fleur. Tel quitte un
habit qu'il n'aporté qu'une
fois, à cause que quelque
more l'oblige à se metrre en
deuil
,
qui se trouve hors de
Mode quand il reprend cet
habit. Ainsiilne faut jamais
outrer les Modes, parce que
ceux qui les chargent davantage,
paroissenr bien-tots
les plus ridiculement vêtus.
Celles de cet Esté sont venuës
tard aussi-bien queles
chaleurs.C'est ce qui a obligé
beaucoup de gens à se
faire faire des habits d'Esté
de drap fin. La Mode la plus
constante que nous ayons
euëdepuis quelques années,
a esté celle des Culotesd'une
étoffe différente de celle
des Juste-au corps,les Culoces
estant de velours & de
Brocard, &les Juste-au-corps
de drap & de serge. Cette
Mode commence àchanger,
& la pluspar de ceux qui ont
fait faire des habits d'Esté.
ont pris des Culotes de la
mesme étoffe que le reste de
l'habit. Les Juste-au-corps
sont plus largespar le bas
qu'ils ne l'ont encore esté.
Les manches sont à botes, &
toutes plates, &la grandeur
du revers est un peu diminuée.
On voit beaucoup de
poches bizarement coupées,
appellées poches de Chasse ;
elles ne laissent pas d'estre
prelquc toutes differentes,
qnoy qu'elles portent le mêmenom.
Les unes ont deux
languetes, lesautres trois,
& les autres ont de petits
croissans tout autour. Leur
chamarrure est fort bizarre.
Les unes sont chamarées en
chevrons, les autres en zigzag,
& lesautres sont toutes
pleines : la pluspart s'en remettantàleurs
Tailleur qui
soutiennent que ce qu'ils ont
imaginé est une Mode naissante.
Aussi seroit-il difficile
qu'elle fuit plus nouvelle,
puis qu'elle n'est encore que
dans leur imagination. On
ne voit de ces poches bizarres
qu'àceux qui se font fait
habiller des premiers. Ces
placards d'or&d'argent sur
,
des habits dont le reste est
uny ,font un effet peu agréable.
Ce n'est pas la faute de
ceux qui en portent,puis
qu'ils ne font point les inventeursd'une
Mode qu'ils
n'ont prise,que parce qu'ils se
sontfait habiller avant qu'on
~McôMde~a~Me~h~
bicrfftfSAfr1usage «Î!tfettêfH
ModePcïWl
foufît#è püú.t dë^jAiries^Ofïr^
£"ièrs>\fiJis^1îfc !l'tâ 1*aVéti^ ~i~ën~p~t~éiniercrftPf
cavalier.Li(Mbdedè^pdéjh$
âhlcmg;aUcrâTyent^ok:Bes ek
trompettes, est toûjourse
usageparmy ceux dont
ilest
glorieux de suivre l'éx'empltf.
Les étofes les plus à la mode
fotit les RasdeSiam, de'Oue.;.
bec ,& deCastor. Ces étofes
sont fort fines,& quoyqu'eldes
ayent l'oeil d'uneétofe
d'Hoiver ,ronne laeisse pars dje&
porter beaucoup. La couleur
verdastre est entièrement
bannie, maiscelles demuse
clair&de Caffé font tout-àfait
en usage. Il y a encore
une petite étoffe nouvelle,
&qu'on trouve fort agreable;
elle
,
rayéressemble à du Chagrin
par petitsfilets de couleur
de gorge de pigeon. On
double tous les habits de petits
taffetas d'Angleterre glacez
& jaspez, & assortissans
aux étoffes des habits.Quand
ces habitssont à poches de
Chass ces poches, & les
revers demanches des lusteau-
corps sontchamarrez
pleind'un petit galon cou
uny, & fort leger, d'or oo d'argent étroit; mais un habtun
peu distingué,estchamarré,
d'un beau galon d'or àlissere, fc,rt Ipisant partour
donton couvre les poches & lesmanches. Il y a aussi des
habits avec une petite broderie
fort agréable d'or passé.
Cette broderie fait les mesmes
compartimens que formele
galon. Ces fortes d'habits
font pour les personnes
d'une qualitédistinguée. Les
vettesles plusàJanjod-e,.Sa
les - plus riches,sont d'une
étoffe nouvelle, dontle fond
citde gros de Tours, rayé
d'or de pouce en pouce ; le
milieu des rayes est remply
de petites fleurs d'or à l'Indienne.
Il y en a d'autres;
qui sans estre rayées sont semees
de ces fleurs. A l'égard
delà coul eur de ces vestes
cllesi sont toutes en usage.
On en porte de taffetas semblable
àl'habit, dont tout le
devant est couvert d'un galon.
d'or ou d'argent. On se sert
toujours d'Amadis fort chaûiarrez.
Jamais on n'a tant vû
d'habits deTiretaine Ilssont
toutgarnisd'unepetitenompareille
d'orsurlescoutures.
Lcsf^éftéside ceshabits sont
desmesmeétoffe, & toutes
couvotesîde galenjoude
nompareille xL'orderaefme t <
cltte celuy descouturesde
l&afoôt^Oit:porte aussides
habitsdeTiretaineavec des
hcut0tûû£tci$&t.<y&ï passent
:cdtnmc::de labroderie. Comjourd'fo):
qujrfor&l'argent
&.qu'iineskûtpâsemployai
de grandesfemmespourgarfiitvn
habit debdf
pttlté:garori surles kIoûtbrt'h
ceuxqui ns'fe^r p^i &iiqua£
lepeu-dédépense?a at^orifé
lueaporter de b'or&'tfôlèail
gcniï a en mettre surleurs haU
bits;de quoles person
nes deinaifTincx ne £anç plus
d^ftin^aces/Cela fijitque plu>
fièurfci commencent aiporoet
des habitsunis aveedesbout
tonsdelamêmecouleurqui
thafâtbinaisavei:destestes
si riches,que les Bourgeoisne
pd^emuvêmenetiJoLuesa»^oJufefntet;-eaau[p-eûpErr^ajs'
Wçjil&d'écarlace:font1
cou*-
jbufôAUjaodcv«an-lhiddour
bip delàmemecouleur qu'est
ledrap, ilssontchamarrez de i^iyutonnieres. Les
ÇYpvs.-des1manches detous ces
Jufte~a\i-cçrps for^deLl^noér
meétoffe3sur laquelle onfait
siverfes,,chamarrures. On
pprte lf&r'çhape^jx rjetrèflez>
%y.€c un cordai},e$ou»argent*
ou un tour de plumasblanc.
jDnvoitsi peujde chapeaux
gris." qu'onne peut pas dtre
qu'ils sçientà la mode. Les
cravates sont toujours en coletavecpligros,
noeud de rub$
4^g)r>pprççrle^basjGtefeye
^ortilli^ à4^abi^L^'baudriers
font peu enusage,
on n'en voit presquè plufctLes
Julie au-corpsdes personne£
dequalité qiii^tcompagttcnt
ordinairement jMonietgiietir
le Dauphin àlaGhaflfesétôient
l'année detnierededr-',i
& cette année ils sont d'un
drap gris-brun, & brodez d'argent,n'Jtj^ JJe passe à l'Article des ma*
des qui regardent les Femmes,
& je vay tâcher de Té^
claircir de manière , que les
Tailleurs de vostre Province
pui fient leur faire des habitsî
a la mode, sur ce que je vous
adicay..CTa modèdes Manteaux
aSg xlcsiJtlpmdl toujoursicà
âuâg^nLes;Qarcfçs?ontcntic»-
3fej»cnt1î J J toiites les to
ifflSjdol'filéipâiTéycUes forât
cfeabilLcgs^d'unepropreté cx>-
^triaordin^ifé. he-s\érÕl¿s:. dont ilcs Jtipèls,fonfcàpetites rayps.>tic
&cCimal^ifr^(udb deuxdoigts en milieu de
cesrayessont semées de petitesfleursd'or&
d'argent fort
^^ïcâlïlesu IIy en ad'autres
dont tout lemilieuest d'ar-
--gct-itfux-u,n fond de gros de
-3Ct)urs*Ontrouve. decesfonds
~tC~tM couieisrîi ^D'^ucifcs
ifoRoà'nayes deocwjjlsuniàrgcs
d>'undiDigt^&Eèii^unojï&yfc
<ta fleurs d'or oud'argcot^àfc
joa\v.cîar«Tçuja1fait le fond
dotoute-I^etofciCette!otose
:skppelle Marl\ .i! y erb£tdcJpuissept
francilTaunejufciti-à
1 cvingç trancsjOnvcit au{ïLdès j.ctokstoutesdefoY{ivf'fLvm,¡,
dduucrbrôbssddcTeoTuotsù#rpsu;taf&tas
f fort;ellessont rayéesdegrandes
rayesde cinqousix,courpalenuthrsè,
opraergmry*elreObseqauuecloleus3prlamCaois- étoffessontsortbigarées,&
sontappelléesRigaudans.Les
Grisetes des Dames sont d'u—
ne étofe de lainefrayée de
quantité de rayes de toutes
couleurs? &son les appelle
Siameifek s cette étofe est a
: grandmarché£Pour ce qui
regarde lamaniere ces Mano
caux ?
la gorge est fort couvertc,&
a deux grands plis par
devanteun ply renversé par
derriere, la bordure large,&
un petit aîleron à l'attachement
de la manchephflée à
l'Espagnole. Cette manche
est relevée sur le bras, & pend
sur lederete & naudedans
du bras
*
&le roulement eu
lest large. Toutes les étofes
qu'onprend pour les Jupes
font en travers, & ces rayes ontcomme des ceic^au^
Ces fortes de Jupes sontfort
propres aux tailles fines; mais
les Dames qui ont un peki
d'cmbonpoint>fonttaire Iculie
Ju pes à coins tournez, ave
un galon au bas. Il se faites
core des Manteaux tout unis
de gros taffetas de couleur) où
l'on met autourdu col unga,
Ion d'argent tout droit ; mais
pour le gros roulement de la
manche? il se chamarréci.
ondes ,-ouenlassez avec uu
grosnoeudderubansauac4
kMqixcauz.Lesjflobç-S prés
pjcsjquel;on ncue•erjgiejt
tantrC RoJbcftjdçgj} pl^yj^sipwle^ui)pre^
|iên:.ejevapt^àçi®«rp. £)%
neporte phisciemançhesdc^
dessous.Les.Dames poKcnt sLes,&"&%9m*'
guant^tç. 4ç,^>rAç^-4 la jafl» tîinîerofaiteî d'ypfiaandfe-
4e a7,c lanche >3t}%4emyr|
~%4~ fSPeWft
pt^cfi&j~~fdu~ir~tu~nfi©|>C8o§«!fftlW3»
M~~SH~M~
tTeff unOuvrage aiaihôdé9
èjui tftunecfpcccde cahevas
ià fine gaze vitrêeyfiifMaquellçort
fait im oûvràgea
Péguille avec dufil fort finJei
ôuelcuivrageest appelle ~f~
ty^&lle$iDamess'yoctupcfiè
avec plàisir. Les Fontanges
ftffctftfrtgioftessurcescçc'^
fyre^ : ù' àn'
ellessoàntd*unruban
d~é*^ouitrayeijs
dôd<Mgt>&g^niè*:nottir
pmawresiollJells'yde différentes coua
encore d'autfcS
côëffûresde gaze apetite*
fleufsblanches. Les coëffes
n~it~Ïonc l'ordinaire. tes4
Eventails font à fond d'or &
d'argent? avec des figures
de la Chine; on les appelle
Eventails à la Siamoise On
porte les Colliers de Perles
fort gros; ils font d'une com-.
pofirionsi surprenante? qu'ils
paroissent fins. Les plus beaux
font de deux Louis d'or. Les
Souliers font à l'Angloise;
les Gands glacez.
que la Mode, & quoy que
Mode veuille dire une chose
actuellement en usage, les
Modes sont si incertaines en
France, qu'on peut dire qu'il
n'y en a presquejamais d'assurées,
parce qu'ily en a trop,
& trop souvent, & qu'il suffit
qu'elles soient receuës,
pour faire craindre qu'elles ne
changent bien tost. Cependant
il faut estre à la Mode à
moins que l'on ne veüillepasser,
oupourridiculeoupouravare;
mais la difficulté est de se
saisir des Modes dans le moment
qu'elles paroissent, puis
qu'à peine se sont-elles fait remarquer,
qu'onn'envoit plus
que des restes, étouffez par
d'autres Modes naissantes.Ce
qu'il y a de fâcheux, c'est
qu'on îVert pas toujours en
estat de suivre les Modes
dans leur fleur. Tel quitte un
habit qu'il n'aporté qu'une
fois, à cause que quelque
more l'oblige à se metrre en
deuil
,
qui se trouve hors de
Mode quand il reprend cet
habit. Ainsiilne faut jamais
outrer les Modes, parce que
ceux qui les chargent davantage,
paroissenr bien-tots
les plus ridiculement vêtus.
Celles de cet Esté sont venuës
tard aussi-bien queles
chaleurs.C'est ce qui a obligé
beaucoup de gens à se
faire faire des habits d'Esté
de drap fin. La Mode la plus
constante que nous ayons
euëdepuis quelques années,
a esté celle des Culotesd'une
étoffe différente de celle
des Juste-au corps,les Culoces
estant de velours & de
Brocard, &les Juste-au-corps
de drap & de serge. Cette
Mode commence àchanger,
& la pluspar de ceux qui ont
fait faire des habits d'Esté.
ont pris des Culotes de la
mesme étoffe que le reste de
l'habit. Les Juste-au-corps
sont plus largespar le bas
qu'ils ne l'ont encore esté.
Les manches sont à botes, &
toutes plates, &la grandeur
du revers est un peu diminuée.
On voit beaucoup de
poches bizarement coupées,
appellées poches de Chasse ;
elles ne laissent pas d'estre
prelquc toutes differentes,
qnoy qu'elles portent le mêmenom.
Les unes ont deux
languetes, lesautres trois,
& les autres ont de petits
croissans tout autour. Leur
chamarrure est fort bizarre.
Les unes sont chamarées en
chevrons, les autres en zigzag,
& lesautres sont toutes
pleines : la pluspart s'en remettantàleurs
Tailleur qui
soutiennent que ce qu'ils ont
imaginé est une Mode naissante.
Aussi seroit-il difficile
qu'elle fuit plus nouvelle,
puis qu'elle n'est encore que
dans leur imagination. On
ne voit de ces poches bizarres
qu'àceux qui se font fait
habiller des premiers. Ces
placards d'or&d'argent sur
,
des habits dont le reste est
uny ,font un effet peu agréable.
Ce n'est pas la faute de
ceux qui en portent,puis
qu'ils ne font point les inventeursd'une
Mode qu'ils
n'ont prise,que parce qu'ils se
sontfait habiller avant qu'on
~McôMde~a~Me~h~
bicrfftfSAfr1usage «Î!tfettêfH
ModePcïWl
foufît#è püú.t dë^jAiries^Ofïr^
£"ièrs>\fiJis^1îfc !l'tâ 1*aVéti^ ~i~ën~p~t~éiniercrftPf
cavalier.Li(Mbdedè^pdéjh$
âhlcmg;aUcrâTyent^ok:Bes ek
trompettes, est toûjourse
usageparmy ceux dont
ilest
glorieux de suivre l'éx'empltf.
Les étofes les plus à la mode
fotit les RasdeSiam, de'Oue.;.
bec ,& deCastor. Ces étofes
sont fort fines,& quoyqu'eldes
ayent l'oeil d'uneétofe
d'Hoiver ,ronne laeisse pars dje&
porter beaucoup. La couleur
verdastre est entièrement
bannie, maiscelles demuse
clair&de Caffé font tout-àfait
en usage. Il y a encore
une petite étoffe nouvelle,
&qu'on trouve fort agreable;
elle
,
rayéressemble à du Chagrin
par petitsfilets de couleur
de gorge de pigeon. On
double tous les habits de petits
taffetas d'Angleterre glacez
& jaspez, & assortissans
aux étoffes des habits.Quand
ces habitssont à poches de
Chass ces poches, & les
revers demanches des lusteau-
corps sontchamarrez
pleind'un petit galon cou
uny, & fort leger, d'or oo d'argent étroit; mais un habtun
peu distingué,estchamarré,
d'un beau galon d'or àlissere, fc,rt Ipisant partour
donton couvre les poches & lesmanches. Il y a aussi des
habits avec une petite broderie
fort agréable d'or passé.
Cette broderie fait les mesmes
compartimens que formele
galon. Ces fortes d'habits
font pour les personnes
d'une qualitédistinguée. Les
vettesles plusàJanjod-e,.Sa
les - plus riches,sont d'une
étoffe nouvelle, dontle fond
citde gros de Tours, rayé
d'or de pouce en pouce ; le
milieu des rayes est remply
de petites fleurs d'or à l'Indienne.
Il y en a d'autres;
qui sans estre rayées sont semees
de ces fleurs. A l'égard
delà coul eur de ces vestes
cllesi sont toutes en usage.
On en porte de taffetas semblable
àl'habit, dont tout le
devant est couvert d'un galon.
d'or ou d'argent. On se sert
toujours d'Amadis fort chaûiarrez.
Jamais on n'a tant vû
d'habits deTiretaine Ilssont
toutgarnisd'unepetitenompareille
d'orsurlescoutures.
Lcsf^éftéside ceshabits sont
desmesmeétoffe, & toutes
couvotesîde galenjoude
nompareille xL'orderaefme t <
cltte celuy descouturesde
l&afoôt^Oit:porte aussides
habitsdeTiretaineavec des
hcut0tûû£tci$&t.<y&ï passent
:cdtnmc::de labroderie. Comjourd'fo):
qujrfor&l'argent
&.qu'iineskûtpâsemployai
de grandesfemmespourgarfiitvn
habit debdf
pttlté:garori surles kIoûtbrt'h
ceuxqui ns'fe^r p^i &iiqua£
lepeu-dédépense?a at^orifé
lueaporter de b'or&'tfôlèail
gcniï a en mettre surleurs haU
bits;de quoles person
nes deinaifTincx ne £anç plus
d^ftin^aces/Cela fijitque plu>
fièurfci commencent aiporoet
des habitsunis aveedesbout
tonsdelamêmecouleurqui
thafâtbinaisavei:destestes
si riches,que les Bourgeoisne
pd^emuvêmenetiJoLuesa»^oJufefntet;-eaau[p-eûpErr^ajs'
Wçjil&d'écarlace:font1
cou*-
jbufôAUjaodcv«an-lhiddour
bip delàmemecouleur qu'est
ledrap, ilssontchamarrez de i^iyutonnieres. Les
ÇYpvs.-des1manches detous ces
Jufte~a\i-cçrps for^deLl^noér
meétoffe3sur laquelle onfait
siverfes,,chamarrures. On
pprte lf&r'çhape^jx rjetrèflez>
%y.€c un cordai},e$ou»argent*
ou un tour de plumasblanc.
jDnvoitsi peujde chapeaux
gris." qu'onne peut pas dtre
qu'ils sçientà la mode. Les
cravates sont toujours en coletavecpligros,
noeud de rub$
4^g)r>pprççrle^basjGtefeye
^ortilli^ à4^abi^L^'baudriers
font peu enusage,
on n'en voit presquè plufctLes
Julie au-corpsdes personne£
dequalité qiii^tcompagttcnt
ordinairement jMonietgiietir
le Dauphin àlaGhaflfesétôient
l'année detnierededr-',i
& cette année ils sont d'un
drap gris-brun, & brodez d'argent,n'Jtj^ JJe passe à l'Article des ma*
des qui regardent les Femmes,
& je vay tâcher de Té^
claircir de manière , que les
Tailleurs de vostre Province
pui fient leur faire des habitsî
a la mode, sur ce que je vous
adicay..CTa modèdes Manteaux
aSg xlcsiJtlpmdl toujoursicà
âuâg^nLes;Qarcfçs?ontcntic»-
3fej»cnt1î J J toiites les to
ifflSjdol'filéipâiTéycUes forât
cfeabilLcgs^d'unepropreté cx>-
^triaordin^ifé. he-s\érÕl¿s:. dont ilcs Jtipèls,fonfcàpetites rayps.>tic
&cCimal^ifr^(udb deuxdoigts en milieu de
cesrayessont semées de petitesfleursd'or&
d'argent fort
^^ïcâlïlesu IIy en ad'autres
dont tout lemilieuest d'ar-
--gct-itfux-u,n fond de gros de
-3Ct)urs*Ontrouve. decesfonds
~tC~tM couieisrîi ^D'^ucifcs
ifoRoà'nayes deocwjjlsuniàrgcs
d>'undiDigt^&Eèii^unojï&yfc
<ta fleurs d'or oud'argcot^àfc
joa\v.cîar«Tçuja1fait le fond
dotoute-I^etofciCette!otose
:skppelle Marl\ .i! y erb£tdcJpuissept
francilTaunejufciti-à
1 cvingç trancsjOnvcit au{ïLdès j.ctokstoutesdefoY{ivf'fLvm,¡,
dduucrbrôbssddcTeoTuotsù#rpsu;taf&tas
f fort;ellessont rayéesdegrandes
rayesde cinqousix,courpalenuthrsè,
opraergmry*elreObseqauuecloleus3prlamCaois- étoffessontsortbigarées,&
sontappelléesRigaudans.Les
Grisetes des Dames sont d'u—
ne étofe de lainefrayée de
quantité de rayes de toutes
couleurs? &son les appelle
Siameifek s cette étofe est a
: grandmarché£Pour ce qui
regarde lamaniere ces Mano
caux ?
la gorge est fort couvertc,&
a deux grands plis par
devanteun ply renversé par
derriere, la bordure large,&
un petit aîleron à l'attachement
de la manchephflée à
l'Espagnole. Cette manche
est relevée sur le bras, & pend
sur lederete & naudedans
du bras
*
&le roulement eu
lest large. Toutes les étofes
qu'onprend pour les Jupes
font en travers, & ces rayes ontcomme des ceic^au^
Ces fortes de Jupes sontfort
propres aux tailles fines; mais
les Dames qui ont un peki
d'cmbonpoint>fonttaire Iculie
Ju pes à coins tournez, ave
un galon au bas. Il se faites
core des Manteaux tout unis
de gros taffetas de couleur) où
l'on met autourdu col unga,
Ion d'argent tout droit ; mais
pour le gros roulement de la
manche? il se chamarréci.
ondes ,-ouenlassez avec uu
grosnoeudderubansauac4
kMqixcauz.Lesjflobç-S prés
pjcsjquel;on ncue•erjgiejt
tantrC RoJbcftjdçgj} pl^yj^sipwle^ui)pre^
|iên:.ejevapt^àçi®«rp. £)%
neporte phisciemançhesdc^
dessous.Les.Dames poKcnt sLes,&"&%9m*'
guant^tç. 4ç,^>rAç^-4 la jafl» tîinîerofaiteî d'ypfiaandfe-
4e a7,c lanche >3t}%4emyr|
~%4~ fSPeWft
pt^cfi&j~~fdu~ir~tu~nfi©|>C8o§«!fftlW3»
M~~SH~M~
tTeff unOuvrage aiaihôdé9
èjui tftunecfpcccde cahevas
ià fine gaze vitrêeyfiifMaquellçort
fait im oûvràgea
Péguille avec dufil fort finJei
ôuelcuivrageest appelle ~f~
ty^&lle$iDamess'yoctupcfiè
avec plàisir. Les Fontanges
ftffctftfrtgioftessurcescçc'^
fyre^ : ù' àn'
ellessoàntd*unruban
d~é*^ouitrayeijs
dôd<Mgt>&g^niè*:nottir
pmawresiollJells'yde différentes coua
encore d'autfcS
côëffûresde gaze apetite*
fleufsblanches. Les coëffes
n~it~Ïonc l'ordinaire. tes4
Eventails font à fond d'or &
d'argent? avec des figures
de la Chine; on les appelle
Eventails à la Siamoise On
porte les Colliers de Perles
fort gros; ils font d'une com-.
pofirionsi surprenante? qu'ils
paroissent fins. Les plus beaux
font de deux Louis d'or. Les
Souliers font à l'Angloise;
les Gands glacez.
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Résumé : Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte aborde l'inconstance de la mode en France, notant que les tendances changent fréquemment, rendant difficile leur suivi. Les modes sont nombreuses et instables, et il est essentiel d'être à la mode pour éviter de paraître ridicule ou avare. Cependant, s'y conformer excessivement peut également devenir ridicule. Les modes estivales sont arrivées tardivement, poussant beaucoup à se faire confectionner des habits d'été en drap fin. La tendance récente la plus constante a été celle des culottes d'une étoffe différente de celle des justaucorps, mais cette mode commence à évoluer. Les justaucorps actuels sont plus larges au bas, avec des manches à boutons et plates, et des revers légèrement réduits. Les poches, appelées poches de chasse, sont variées et bizarres, avec des coupes et des ornements différents. Les étoffes à la mode incluent les ras de Siam, de Queue, de Bec et de Castor, avec des couleurs verdâtres bannies et des teintes de muse clair et café en usage. Les habits sont doublés de petits taffetas d'Angleterre glacés et jaspez, assortis aux étoffes des habits. Les habits distingués sont ornés de galons d'or ou d'argent, avec des broderies en or passé. Les vestes à la mode sont en étoffe nouvelle, avec des fonds de gros de Tours rayés d'or et des fleurs d'or à l'Indienne. Les cravates sont toujours en col avec des plis gros, et les chapeaux gris sont peu à la mode. Les habits unis avec des boutons de la même couleur que le tissu sont également en vogue. Les justaucorps des personnes de qualité sont souvent ornés de galons d'or ou d'argent. Les manteaux des femmes sont en gros taffetas de couleur, avec des galons et des rubans. Les dames portent des guimpes et des éventails à fond d'or et d'argent, avec des figures de la Chine. Les colliers de perles sont gros et fins, et les souliers sont à l'Angloise, avec des gants glacés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 289-306
Entrée de M. le Comte de Ribeira, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal en France. [titre d'après la table]
Début :
Le 18. M. le Comte de Ribeira, Lieutenant General, [...]
Mots clefs :
Ambassadeur extraordinaire, Portugal, Carosse, Chevaux, Ambassadeur, Étoffe, Marquis, Broderie, Duc, Argent, Écuyer, Velours, Duchesse, Sculpture, Comte de Ribeira
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de M. le Comte de Ribeira, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal en France. [titre d'après la table]
Lc 18. M. le Comte de Ribeira
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
Fermer
4
p. 202-218
Description modeste de la magnificence du Bal de M. l'Ambassadeur de Portugal. . [titre d'après la table]
Début :
Le Lecteur doit s'attendre icy à la vûë du plus brillant tableau [...]
Mots clefs :
Bal, Palais, Appartement, Ambassadeur, Portugal, Meubles, Étoffe, Diamants, Ambassadeur de Portugal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description modeste de la magnificence du Bal de M. l'Ambassadeur de Portugal. . [titre d'après la table]
Le Lecteur doit s'attendre
icy à la vûë du plus brillant tableau
qu'on puifle offrir à ſes
yeux , fi le Peintre a l'art de
s'exprimer d'une façon qui réponde
aux idées que le public
a de la magnificence de cer
Ambaſſadeur. L'Entrée qu'il
fit en cetteVillele 18. du mois
d'Aouſt dernier parut ſi ſuperGALANT.
103
be , ſi ſplendide & fi riche ,
queperſonne àParis ne ſe ſouvientd'enavoir
vue une pareille.
La quantité de medailles
d'or & d'argent qui furent
alors jettées au peuple ,acheverent
dedonner de fa perſonne
la haute opinion que tout
lemonde en a. Attentif à fuivre
les temps pour ſe conferver
des fuffrages univerſels
dont nul particulier , quelque
diſtingué qu'il foit , ne peut
luy difputer l'avantage , il n'a
pas plutôt vû arriver le carnaval
, qu'il a établi que tous les
Mercredis ilyauroit une Af204
MERCURE
ſemblée dans ſa maiſon où
l'on recevroit d'une maniere
convenable à ſa dignité & à
ſes intentions , tout ce qu'il y
a d'honnêtes gens àla Cour &
à la Ville qui voudroient lui
faire leplaifir d'aller chez luy.
Cette Affemblée ſe tient régulierement
le Mercredy dans
pluſieurs falles de fon Hôtel ,
oùil y a concert , bal , jeux ,
& collations ſuperbes ; mais
ces fêtes reglées n'ont eſté que
le preludede celle qu'il a donnée
le 28. de ce mois.
Pour en tracer une idée ap
prochante de la verité , il eſt à
GALANT . 205
propos d'entrer dans un leger
détail de la ſituation de fa
maiſon .
L'Hôtel de Portugal connue
avant que M. le Comte
de Ribeira l'occupât , ſous le
nom de Bretonvilliers , eſt un
des plus beaux Palais de cette
Ville, je dis Palais , quoyque ce
terme ne foit pas en ufage en
France , pour diftinguer cette
maiſon d'une infinité d'autres
qui font fort belles , & qui
n'approchent point de la beauté
de celle cy.
CePalais eſt ſitué à la pointe
de l'Iſle de Nôtre-Dame
206 MERCURE
dans * l'exposition la plus char.
mante du monde. Son étenduë eft
capable de loger commodément un
des plus grands Seigneurs avec
unefuite nombreuse. Tout ce que
la vûë peut expoſer de plus fatisfaisanty
est offert avec abondance.
La rich ſſe des meubles
desdorures,ſculptures, marbres ,
bronzes ,glaces , c. y brille de
tous côtez. Les pieces les plus curieuſesſont
les tremaux de lafalle
baſſe quifont remplis d'excellen
tes copies que le celebre Mignard
afaitesfur les originaux de Ra
* Cet article eſt tiré des curiofitez
de Paris .
!
GALANT. 207
phaël d'Urbin : enfuite la galerie
du premier appartement qui eft
peinte entierement par Bourdon.
La chambre de cet appartement
eft enrichie de quatre merveilleux
Tableaux du fameux Pouffin qui
reprefentent l'enlevement des Sabines
par lesRomains , le Triomphe
de Venus ſur les eaux ,
Paffagede laMer rouge , & le
Veau d'or adoré dans le Defert.
Onyvoit encore un excellentTableau
de Michel Ange , c'estNôtre-
Seigneur porté dans le Tombeau
, & enfin dans une antichambre
l'admirable & inestima
ble Defcente de Croix ,peintepar
le
208 MERCURE
Danield Voltere. CeTableaueft
estimé leplus excellent que l'on ait
en France de cet habile Italien .
On ne peut ſe diſpenſerd'ajouter
à ces beautez la richeſſe
des tapifferies & des autres
meubles dont M. le Comte de
Ribeira a orné ce Palais. Le
dais ſous lequel eſt le Portrait
duRoyde Portugal eft comme
les chaiſes&lesportieresd'une
broderie de la Chine enrichie
d'or ,& admirable par la bizarerie
de ſon deſſein , & par la
fineſſe de ſes couleurs .
Dans un cabinet on remarque
parmi les Portraits de la
Famille
GALANT. 209
Famille du Roy de Portugal ,
celui de la belle Princeſſe quia
été le ſujet de la fête qu'adonnée
cet Ambaffadeur. Outre
une infinité de meubles de
differents damas galonnez d'or
qui ſont diftribuez dans les
bas appartements de ee Palais ,
en montant , on entre à droit
dans un appartement de quatre
grandes pieces dont la premiere
eſt tenduë d'une tapiſſerie
de haute lice qui repreſente
l'Histoire de Joſeph Dans la
ſeconde il y aundais de velours
cramorfi à fonds & franges d'or
pareilaux chaiſes : cette cham--
Janvier 1716 .
S
210 MERCURE
breeſt ornée d'un original de
Raphaël qui a pour ſujet les
travaux d'Hercule. Dans la
troifiéme on eſt ébloüi de la
magnificence d'un fuperbe lit
de parade qui,auſſi bien que le
reſte de l'emmeublement , eſt
d'une étoffe à fonds d'or garnie
d'unefrangede même.Decette
chambre on voit à travers une
porte de glaces , un cabinet
dont les murailles font garnies
d'un nombre infini de belles.
Porcelaines du Japon , & de
bijoux les plus rares & les plus
eftimez , & on y diftingue aiſfément
la beauté d'une toilette
GALANT. 211
L
qui eſt un chef- d'oeuvre d'Orfevrerie
; mais revenons , s'il
vous plaît , au bal qui a donné
lieu à cet abregé des richeſſes
de ce Palais.
La terraffe qui regne fur
la porte del'Hoſtel de Portugal
fut éclairée à onze heures
du foir d'un grand nombre de
gros flambeaux de cire blanche;
alors les Trompettes, les
Timbales , les Hautbois , &
pluſieurs Joueurs de differens
inſtruments y monterent , &
animez de la bonne chere &
des liqueurs dont ils avoient
amplement humecté leurs en-
Sij
212 MERCURE
trailles , ils entonnerent des
chants d'allegreffe ,& annoncerent
à toute la ville la magnificence
de cette fefte.
A onze heures &demi , les
Maſques commencerent à entrer
,ils furent reçus d'abord
dans une grande galerie éclai
rée de pluſieurs luftres , &d'un
grand nombre de plaques
d'Angleterre , qui portoient
chacune deux groſſes bougies.
Avantd'arriver à cette galerie,
on eſtoit obligé de s'arreſter
dans le paffage , pour y admirer
l'éclat & la propreté des
fruits & des confitures ſeches
GALANT. 2.13
arrangez ſur des corbeilles &
des plats de la Chine dreff z .
en forme d'Amphitheatre , au
deſlous eſtoit une abondance
prodigieuſe de viandes exquiſes
,&vis à-vis ungrandbuffet
de la largeur de cette falle,
eſtoient pluſieurs Officiers
chargez du ſoin de donner
fans ceffe aux Maſques , tous
les raffraichiſſements qu'ils.
pourroient demander , & de
remplacer à chaque inſtant les
plats vuides par de nouveaux
fervices . Aux deux extremitez
de la galerie , qui eſt d'une
étenduë capable de contenir
214 MERCURE
mille perſonnes ,on avoit dref.
ſé deux Amphitheatres pour
la ſimphonie : Ce fut là que
d'abord tous les Maſquesarriverent
; mais cette galerie ſe
trouva fi pleine en moins d'une
heure , que chacun chercha
contre l'affluence du monde ,
un azile dans les differents appartements
de ce Palais, qui ſe
trouverent tous vers les trois
heures du matin auffi remplis
de Maſques , que la galerie.
Toutes les premieres Dames
& les plus grands Seigneurs
du Royaume voulu.
rent prendre leur partdes plaiGALANT.
215
firs de cette feſte, où unegrofſe
banque de Pharaon attira
pluſieurs Maſques , & dont
Ics Banquiers en furentquittes
pour la perte de la meilleure
partie de leur étalage.
Le principal ornement man--
queroit à la deſcription de ce
Bal , ſi je ne diſois rien de la
grace admirable avec laquelle
Madame l'Ambaſladrice a fait
les honneurs de cette feſte..
CetteDame eſt jeune , belle ,
& fibien faite , que perſonne
n'a la taille mieux priſe& plus
noble qu'elle. C'eſt un malheur
pour elle au Bal ; car fa
216 MERCURE
7
riche taule la démaſque partout.
Elle parut dans le ſien
fous differens habillemens ;
d'abord en Amazone Portugaiſe
ſous un habit d'écarlatte
brodé d'argent , avec une jupe
d'étoffe d'argent couverte
de diſtance en diſtance de lez
d'une autre étoffe brune & or.
Les glands de ſa cravate
étoient de diamants& de perles
d'une façon toute nouvelle.
Son chapeau avoit unbordé
de gros diamants ſurmonté
par un plumet blanc , avec
une agraffe de diamants à la
place du bouton.
Elle
GALANT. 217
Elle reparut enſuite enDomino
bleu garni de Rezeaux
d'argent: fous cet habillement
plus commode , elle donna
plus aifément à l'Affemblée
le plaifir de la voir danſer , ce
qu'elle fait avec toute la propreté
&toute la grace imaginable.
Enfin elle reſta dans le Bal
auſſi bien que M. le Comte
de Ribeira , juſqu'à huit heures
du matin , &tout le monde
depuis le premier juſqu'au
د
dernier Maſque en fortit
charmé des graces de Madame
l'Ambaſſadrice , & de la
Janvier 1716.
T
218 MERCURE
politeffe & de la magnificence
de M. l'Ambaſſadeur.
icy à la vûë du plus brillant tableau
qu'on puifle offrir à ſes
yeux , fi le Peintre a l'art de
s'exprimer d'une façon qui réponde
aux idées que le public
a de la magnificence de cer
Ambaſſadeur. L'Entrée qu'il
fit en cetteVillele 18. du mois
d'Aouſt dernier parut ſi ſuperGALANT.
103
be , ſi ſplendide & fi riche ,
queperſonne àParis ne ſe ſouvientd'enavoir
vue une pareille.
La quantité de medailles
d'or & d'argent qui furent
alors jettées au peuple ,acheverent
dedonner de fa perſonne
la haute opinion que tout
lemonde en a. Attentif à fuivre
les temps pour ſe conferver
des fuffrages univerſels
dont nul particulier , quelque
diſtingué qu'il foit , ne peut
luy difputer l'avantage , il n'a
pas plutôt vû arriver le carnaval
, qu'il a établi que tous les
Mercredis ilyauroit une Af204
MERCURE
ſemblée dans ſa maiſon où
l'on recevroit d'une maniere
convenable à ſa dignité & à
ſes intentions , tout ce qu'il y
a d'honnêtes gens àla Cour &
à la Ville qui voudroient lui
faire leplaifir d'aller chez luy.
Cette Affemblée ſe tient régulierement
le Mercredy dans
pluſieurs falles de fon Hôtel ,
oùil y a concert , bal , jeux ,
& collations ſuperbes ; mais
ces fêtes reglées n'ont eſté que
le preludede celle qu'il a donnée
le 28. de ce mois.
Pour en tracer une idée ap
prochante de la verité , il eſt à
GALANT . 205
propos d'entrer dans un leger
détail de la ſituation de fa
maiſon .
L'Hôtel de Portugal connue
avant que M. le Comte
de Ribeira l'occupât , ſous le
nom de Bretonvilliers , eſt un
des plus beaux Palais de cette
Ville, je dis Palais , quoyque ce
terme ne foit pas en ufage en
France , pour diftinguer cette
maiſon d'une infinité d'autres
qui font fort belles , & qui
n'approchent point de la beauté
de celle cy.
CePalais eſt ſitué à la pointe
de l'Iſle de Nôtre-Dame
206 MERCURE
dans * l'exposition la plus char.
mante du monde. Son étenduë eft
capable de loger commodément un
des plus grands Seigneurs avec
unefuite nombreuse. Tout ce que
la vûë peut expoſer de plus fatisfaisanty
est offert avec abondance.
La rich ſſe des meubles
desdorures,ſculptures, marbres ,
bronzes ,glaces , c. y brille de
tous côtez. Les pieces les plus curieuſesſont
les tremaux de lafalle
baſſe quifont remplis d'excellen
tes copies que le celebre Mignard
afaitesfur les originaux de Ra
* Cet article eſt tiré des curiofitez
de Paris .
!
GALANT. 207
phaël d'Urbin : enfuite la galerie
du premier appartement qui eft
peinte entierement par Bourdon.
La chambre de cet appartement
eft enrichie de quatre merveilleux
Tableaux du fameux Pouffin qui
reprefentent l'enlevement des Sabines
par lesRomains , le Triomphe
de Venus ſur les eaux ,
Paffagede laMer rouge , & le
Veau d'or adoré dans le Defert.
Onyvoit encore un excellentTableau
de Michel Ange , c'estNôtre-
Seigneur porté dans le Tombeau
, & enfin dans une antichambre
l'admirable & inestima
ble Defcente de Croix ,peintepar
le
208 MERCURE
Danield Voltere. CeTableaueft
estimé leplus excellent que l'on ait
en France de cet habile Italien .
On ne peut ſe diſpenſerd'ajouter
à ces beautez la richeſſe
des tapifferies & des autres
meubles dont M. le Comte de
Ribeira a orné ce Palais. Le
dais ſous lequel eſt le Portrait
duRoyde Portugal eft comme
les chaiſes&lesportieresd'une
broderie de la Chine enrichie
d'or ,& admirable par la bizarerie
de ſon deſſein , & par la
fineſſe de ſes couleurs .
Dans un cabinet on remarque
parmi les Portraits de la
Famille
GALANT. 209
Famille du Roy de Portugal ,
celui de la belle Princeſſe quia
été le ſujet de la fête qu'adonnée
cet Ambaffadeur. Outre
une infinité de meubles de
differents damas galonnez d'or
qui ſont diftribuez dans les
bas appartements de ee Palais ,
en montant , on entre à droit
dans un appartement de quatre
grandes pieces dont la premiere
eſt tenduë d'une tapiſſerie
de haute lice qui repreſente
l'Histoire de Joſeph Dans la
ſeconde il y aundais de velours
cramorfi à fonds & franges d'or
pareilaux chaiſes : cette cham--
Janvier 1716 .
S
210 MERCURE
breeſt ornée d'un original de
Raphaël qui a pour ſujet les
travaux d'Hercule. Dans la
troifiéme on eſt ébloüi de la
magnificence d'un fuperbe lit
de parade qui,auſſi bien que le
reſte de l'emmeublement , eſt
d'une étoffe à fonds d'or garnie
d'unefrangede même.Decette
chambre on voit à travers une
porte de glaces , un cabinet
dont les murailles font garnies
d'un nombre infini de belles.
Porcelaines du Japon , & de
bijoux les plus rares & les plus
eftimez , & on y diftingue aiſfément
la beauté d'une toilette
GALANT. 211
L
qui eſt un chef- d'oeuvre d'Orfevrerie
; mais revenons , s'il
vous plaît , au bal qui a donné
lieu à cet abregé des richeſſes
de ce Palais.
La terraffe qui regne fur
la porte del'Hoſtel de Portugal
fut éclairée à onze heures
du foir d'un grand nombre de
gros flambeaux de cire blanche;
alors les Trompettes, les
Timbales , les Hautbois , &
pluſieurs Joueurs de differens
inſtruments y monterent , &
animez de la bonne chere &
des liqueurs dont ils avoient
amplement humecté leurs en-
Sij
212 MERCURE
trailles , ils entonnerent des
chants d'allegreffe ,& annoncerent
à toute la ville la magnificence
de cette fefte.
A onze heures &demi , les
Maſques commencerent à entrer
,ils furent reçus d'abord
dans une grande galerie éclai
rée de pluſieurs luftres , &d'un
grand nombre de plaques
d'Angleterre , qui portoient
chacune deux groſſes bougies.
Avantd'arriver à cette galerie,
on eſtoit obligé de s'arreſter
dans le paffage , pour y admirer
l'éclat & la propreté des
fruits & des confitures ſeches
GALANT. 2.13
arrangez ſur des corbeilles &
des plats de la Chine dreff z .
en forme d'Amphitheatre , au
deſlous eſtoit une abondance
prodigieuſe de viandes exquiſes
,&vis à-vis ungrandbuffet
de la largeur de cette falle,
eſtoient pluſieurs Officiers
chargez du ſoin de donner
fans ceffe aux Maſques , tous
les raffraichiſſements qu'ils.
pourroient demander , & de
remplacer à chaque inſtant les
plats vuides par de nouveaux
fervices . Aux deux extremitez
de la galerie , qui eſt d'une
étenduë capable de contenir
214 MERCURE
mille perſonnes ,on avoit dref.
ſé deux Amphitheatres pour
la ſimphonie : Ce fut là que
d'abord tous les Maſquesarriverent
; mais cette galerie ſe
trouva fi pleine en moins d'une
heure , que chacun chercha
contre l'affluence du monde ,
un azile dans les differents appartements
de ce Palais, qui ſe
trouverent tous vers les trois
heures du matin auffi remplis
de Maſques , que la galerie.
Toutes les premieres Dames
& les plus grands Seigneurs
du Royaume voulu.
rent prendre leur partdes plaiGALANT.
215
firs de cette feſte, où unegrofſe
banque de Pharaon attira
pluſieurs Maſques , & dont
Ics Banquiers en furentquittes
pour la perte de la meilleure
partie de leur étalage.
Le principal ornement man--
queroit à la deſcription de ce
Bal , ſi je ne diſois rien de la
grace admirable avec laquelle
Madame l'Ambaſladrice a fait
les honneurs de cette feſte..
CetteDame eſt jeune , belle ,
& fibien faite , que perſonne
n'a la taille mieux priſe& plus
noble qu'elle. C'eſt un malheur
pour elle au Bal ; car fa
216 MERCURE
7
riche taule la démaſque partout.
Elle parut dans le ſien
fous differens habillemens ;
d'abord en Amazone Portugaiſe
ſous un habit d'écarlatte
brodé d'argent , avec une jupe
d'étoffe d'argent couverte
de diſtance en diſtance de lez
d'une autre étoffe brune & or.
Les glands de ſa cravate
étoient de diamants& de perles
d'une façon toute nouvelle.
Son chapeau avoit unbordé
de gros diamants ſurmonté
par un plumet blanc , avec
une agraffe de diamants à la
place du bouton.
Elle
GALANT. 217
Elle reparut enſuite enDomino
bleu garni de Rezeaux
d'argent: fous cet habillement
plus commode , elle donna
plus aifément à l'Affemblée
le plaifir de la voir danſer , ce
qu'elle fait avec toute la propreté
&toute la grace imaginable.
Enfin elle reſta dans le Bal
auſſi bien que M. le Comte
de Ribeira , juſqu'à huit heures
du matin , &tout le monde
depuis le premier juſqu'au
د
dernier Maſque en fortit
charmé des graces de Madame
l'Ambaſſadrice , & de la
Janvier 1716.
T
218 MERCURE
politeffe & de la magnificence
de M. l'Ambaſſadeur.
Fermer
5
p. 317
Tarif des Marchands, &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît une Brochure de 60 pag. qui peut avoir son utilité, sous le Titre de [...]
Mots clefs :
Étoffe, Largeur, Aunes, Pouces, Tarif
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tarif des Marchands, &c. [titre d'après la table]
Il paroît une Brochure de 60 pag . qui
peut avoir son utilité , sous le Titre de
TARIF des Marchands Frippiers , Tailleurs
, Couturiers , &c . dans laquelle on
trouve plusieurs Tarifs , propres à sçavoir
combien il faut d'une telle Etoffe ,de telle
largeur qu'elle soit , pour faire tel vétement
, ou tel autre ouvrage qu'on voudra
. On y trouve aussi la différence des
Aûnes de chaque Pays, exprimée en pouces
, d'une nouvelle maniere , pour trouver
commodément de combien une Etoffe
est plus large que l'autre , ainsi que la
longueur des Aûnes. On y trouve enfin
les noms des différentes Manufactures , et
la largeur en Pouces des Eroffes qu'on y
fabrique , avec un petit Abrégé des quatre
principales Opérations de l'Arithmé-.
tique . Par M. Roslin , Expert Ecrivain
Juré,&c. A Paris , chez Antoine de Heuqueville,
pere , Libraire , Quai des Augustins
, à la Paix.
peut avoir son utilité , sous le Titre de
TARIF des Marchands Frippiers , Tailleurs
, Couturiers , &c . dans laquelle on
trouve plusieurs Tarifs , propres à sçavoir
combien il faut d'une telle Etoffe ,de telle
largeur qu'elle soit , pour faire tel vétement
, ou tel autre ouvrage qu'on voudra
. On y trouve aussi la différence des
Aûnes de chaque Pays, exprimée en pouces
, d'une nouvelle maniere , pour trouver
commodément de combien une Etoffe
est plus large que l'autre , ainsi que la
longueur des Aûnes. On y trouve enfin
les noms des différentes Manufactures , et
la largeur en Pouces des Eroffes qu'on y
fabrique , avec un petit Abrégé des quatre
principales Opérations de l'Arithmé-.
tique . Par M. Roslin , Expert Ecrivain
Juré,&c. A Paris , chez Antoine de Heuqueville,
pere , Libraire , Quai des Augustins
, à la Paix.
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Résumé : Tarif des Marchands, &c. [titre d'après la table]
La brochure 'TARIF des Marchands Frippiers, Tailleurs, Couturiers, &c.' de M. Roslin, Expert Ecrivain Juré, détaille les quantités d'étoffe nécessaires pour divers vêtements en fonction de la largeur de l'étoffe. Elle compare les mesures des aunes dans différents pays et liste les manufactures avec les largeurs de leurs étoffes. Elle inclut aussi un abrégé des opérations arithmétiques. Disponible à Paris chez Antoine de Heuqueville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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