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Détail
Liste
451
p. 1-23
Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il ne me sera pas difficile, Madame, de vous convaincre que [...]
Mots clefs :
Coadjuteur, Harangue, Roi, Éloge, Éloquence, Assemblée du Clergé, Souverain, Religion, Piété, Ennemis, Zèle, Bonté, Sagesse, Victoire, Action héroïque, Hérésie, Conversions, Erreurs, Hydre, Lois, Vengeance, Honneur, Religion catholique, Édit de Nantes
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texteReconnaissance textuelle : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
L ne me fera pas difficile,
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
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Résumé : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une lettre célèbre la harangue du Coadjuteur de Rouen adressée au roi, qualifiée d'une des plus remarquables récemment entendues. Cette harangue, prononcée devant les archevêques, évêques et députés de l'Assemblée du Clergé, célèbre la restauration de la religion catholique en France sous le règne du roi. Le clergé exprime sa reconnaissance et sa joie, soulignant que la religion a retrouvé sa gloire grâce à la piété du souverain. Le discours met en avant les vertus royales telles que la bienveillance, la libéralité, la magnanimité, la fidélité, la fermeté contre l'injustice, la droiture et l'équité. Le roi est également respecté pour sa sagesse et ses victoires militaires. Le clergé souligne la piété du roi, qui a combattu pour Dieu, étendu la foi et réprimé l'hérésie. Sa puissance maintient les voisins en respect et empêche les hérétiques de se révolter. Le roi a mis fin à la guerre pour promouvoir la religion et convertir les âmes égarées. Le Mercure Galant souligne la douceur et la sagesse du roi dans la gestion des hérétiques, préférant la persuasion aux méthodes brutales. Le clergé exprime sa gratitude pour les mesures royales qui ont ramené les égarés dans le sein de l'Église sans violence excessive. Le texte met en lumière les efforts du roi pour restaurer la piété et les bonnes mœurs, réduisant ainsi les scandales publics et protégeant les âmes faibles. Le clergé reconnaît la protection royale et assure qu'il ne fera plus de remontrances, se contentant de bénéficier des grâces royales. Il exprime son intention de propager les louanges du roi à travers le royaume et de prier pour lui. Le Coadjuteur de Rouen souligne le zèle du roi pour corriger les abus post-Édit de Nantes et rétablir l'ordre religieux, des actions admirées par l'Église.
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452
p. 33-41
ELEGIE.
Début :
La Piece qui suit, renferme de nouveaux Eloges de Sa Majesté. / Affligé de ma peine, & du bien qui me suit, [...]
Mots clefs :
Éloges, Monarque, Repentir, Seigneurs, Peine, Blâmer, Esprit, Fortune, Soleil, Auguste, Louis le Grand, Bonheur, Vertu, Piété, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
La Piece qui fuit , renfer
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une pièce intitulée 'La Pièce qui fuit' écrite par M. de Cantenac, théologal de Seez. L'auteur exprime son regret de n'avoir pas dédié toute sa vie au service du roi, contrairement à ses actions antérieures où il servait des grands seigneurs. Il déplore sa situation actuelle, qualifiant sa vie de longue nuit de tristesse et de malheurs, qu'il attribue à son imprudence plutôt qu'à la fortune. L'auteur utilise une métaphore maritime pour illustrer la gestion de sa vie, regrettant de ne pas avoir suivi une voie plus sage. Il admire profondément le roi Louis XIV, soulignant ses victoires militaires et sa grandeur. Le roi est décrit comme un monarque puissant et juste, ayant soumis de nombreux peuples et établi son empire grâce à sa valeur et sa piété. Sa réputation inspire respect et admiration à travers le monde. L'auteur exprime également son désir ardent de servir le roi pour échapper à sa misère actuelle, affirmant que servir fidèlement son roi est la clé du bonheur et de la gloire.
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453
p. 51-91
LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre touchant le / MONSIEUR, Pour continuer nostre commerce de Lettres, je vay vous [...]
Mots clefs :
Croix, Tableau, Sauveur, M. le Brun, M. Mignard, Expression du visage, Soldats, Enfants, Dieu, Douleur, Mouvements, Spectacles, Corps, Ville de Jérusalem
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Il m'eft tombé entre les
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
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Résumé : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Le texte décrit le dernier tableau de Charles Le Brun pour le roi, représentant la Crucifixion du Christ. Au centre de la scène, le Christ est attaché à une croix légèrement inclinée, affichant une expression de majesté et de bonté malgré ses souffrances. Les détails anatomiques sont précis, et plusieurs figures entourent le Christ, notamment la Vierge Marie, saint Jean, et des femmes pieuses, toutes exprimant une profonde affliction. La Vierge Marie est particulièrement mise en avant pour sa douleur mêlée de confiance divine. Le tableau respecte les traditions théologiques et artistiques, utilisant quatre clous pour fixer les pieds du Christ à la croix. Saint Jean apparaît troublé, tandis que la Madeleine est en proie à une douleur intense. La croix, de forme particulière ressemblant à la lettre grecque Tau, est en cours d'érection sur le Calvaire par six hommes, dont un soldat romain. La croix de Jésus mesure cinquante coudées, permettant à la Vierge Marie de baiser les pieds de son fils. La disposition des quatre faces de la croix a servi de modèle aux premiers architectes chrétiens pour structurer les églises. Le tableau inclut également des femmes de Galilée en état de ravissement céleste, des soldats jetant des dés pour la tunique de Jésus, et les deux larrons crucifiés de part et d'autre de Jésus. Des soldats romains, dirigés par un centurion, assurent l'exécution de la sentence. Le paysage comprend une vue partielle de Jérusalem, avec des spectateurs sur les murailles et dans les arbres. L'horizon est varié par des collines et des plaines, et l'air au-dessus du Calvaire est agité par des nuages annonçant des prodiges. Le roi a reçu le tableau avec satisfaction et l'a montré aux personnes de haut rang.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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454
p. 119-209
Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja donné plusieurs Relations de M. Chassebras [...]
Mots clefs :
Chapelle, Église, Chemin, Bologne, Mer, Vierge, Dame, Rome, Pèlerin, Venise, Biens, Montagne, Reliques, Dévotion, Villages, Anges, Pape, Peuple, Messe, Architecture, Tibre, Récit de voyage, Chrétienté, Cérémonies religieuses, Saint François d'Assise, Lorette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Je vous ay déja donné plufieurs
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Fermer
Résumé : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
En novembre 1684, un gentilhomme français et son ami entreprennent un voyage de Venise à Rome, traversant le fleuve Pô et continuant en chaise roulante jusqu'à Bologne. Bologne est réputée pour ses portiques, palais, églises et cloîtres, notamment celui des Cordeliers. La ville est également connue pour ses innovations telles que les moulins à soie hydrauliques et les savonnettes durables. L'université de Bologne est célèbre pour ses contributions scientifiques. Les Juifs ne peuvent y séjourner qu'une seule nuit. Le voyage se poursuit à travers plusieurs villes italiennes, chacune ayant des particularités culturelles et architecturales. À Pefaro et Ancone, on trouve des synagogues. À Ancone, le narrateur visite un rabbin et observe les préparatifs du sabbat. Le périple se termine à Lorette, célèbre pour son église et son marché abondant. Lorette abrite également une apothicairerie et des caves distribuant du vin aux pèlerins. Lorette est particulièrement célèbre pour la Sainte Chapelle de la Vierge, où la Vierge Marie a été élevée et où l'Ange lui a annoncé la naissance du Christ. Sainte Hélène et Sainte Paule, accompagnée de Saint Jérôme, ont visité cette chapelle. Le roi Saint Louis a manifesté une grande dévotion envers ce lieu. En 1291, la chapelle a été transportée par des anges de Nazareth à son emplacement actuel, devenant ainsi Notre-Dame de Lorette. La chapelle contient des objets sacrés tels qu'une image de la Vierge attribuée à Saint Luc et un crucifix. Elle est ornée de bas-reliefs en marbre blanc et de nombreux ornements précieux offerts par divers papes, empereurs, rois et princes. Un trésor comprenant des bijoux, des vases et des couronnes est exposé dans la grande église entourant la chapelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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454
455
p. 219-237
Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Début :
Cette Procession ne fut pas si-tost sortie de la Chapelle du Louvre, / Mon Coeur est saisi & presque consumé de douleur, quia ereptus [...]
Mots clefs :
Académie française, Messe, Panégyrique, Abbé Cappeau, Discours, Conversion, Monarque, Charité, Justice, Prince, Menaces, Souverain, Louis le Grand, Éloquence, Conférences, Public, Devises, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Cette Proceffion ne fut pas
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
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Résumé : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
L'Académie Française a célébré annuellement une procession et une messe en l'honneur de Saint Louis. Cette année, l'abbé Cappeau a prononcé le sermon, soulignant les vertus de Saint Louis telles que la charité, la justice et son zèle pour la conversion des hérétiques. Il a comparé la mort de Saint Louis à celle de l'empereur Théodose, citant Saint Ambroise sur l'importance de la prière pour perpétuer les vertus royales. L'abbé Cappeau a également loué les qualités du roi régnant, mettant en avant la fidélité et le respect des sujets français, ainsi que l'admiration des nations étrangères pour la puissance et la protection offertes par un État bien gouverné. Il a mentionné les ambassadeurs et souverains étrangers attirés par les vertus et la clémence du roi, espérant que la postérité du roi continue de gouverner avec sagesse et de conquérir sans excès, formant des monarques chrétiens. Lors d'une assemblée ultérieure, des savants ont été honorés pour leurs contributions aux lettres et à la langue française. Leur rôle prestigieux et leur capacité à immortaliser les actions de Louis le Grand à travers leurs écrits ont été soulignés. La réunion incluait une messe avec une musique composée par Monsieur Oudot, suivie de la distribution des prix d'éloquence et de poésie. La pièce d'éloquence primée était de Monsieur Brunel de Rouen, lue par l'abbé Régnier, et la pièce de poésie lauréate était de Monsieur d'Alibert. Plusieurs membres de l'Académie ont ensuite lu leurs œuvres, dont un poème sur la punition d'Antiochus par Monsieur le Clerc, une explication en vers de devises par l'abbé de Lavau, une épître galante de Monsieur de La Fontaine, et un chant du poème sur la vie de Saint Paulin par Monsieur Perrault, lu par l'abbé Tallemant le jeune. Les lectures ont été marquées par des applaudissements enthousiastes.
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456
p. 240-242
Prix remporté par le Pere Morgues Jesuite. [titre d'après la table]
Début :
Mr de Vertron, de l'Academie Royale d'Arles, dont je vous ay / Grands par un ample amas de glorieux exploits, [...]
Mots clefs :
Académie royale d'Arles, Livre, Sonnet, Prix, Orateur, Exploits, Sagesse, Héros, Louis le Grand
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texteReconnaissance textuelle : Prix remporté par le Pere Morgues Jesuite. [titre d'après la table]
M' de Vertron , de l'Academie
Royale d'Arles ,.
dont je vous ay parlé plufieurs
fois , ayant fait un
Livre intitulé , Paralelle de
Louis le Grand , avec les Princes
qui ont efté furnommez
Grands , a propoſé le Portrait
de Sa Majefté , pour
Prix du plus beau Sonnet
qui feroit fait fur cette mefme
matiere . M le Duc de
Saint Aignan & M le Duc
de Nevers, qui ont efté nommez
Juges , ont donné le
prix à un inconnu , qu'on a
fceu depuis eftre le Pere
Morgues
GALANT. 241
Morgues Jefuite. Il paffe
pour un habile Orateur
& un grand Mathematicien
, & a fait imprimer depuis
quelques mois un Livre
tres- eftimé touchant les Regles
de la Poëfie Françoiſe .
Voicy fon Sonnet .
GRands un
Rands par un ample amas de
glorieux exploits
Grands par tant de bienfaits , Grands
par tant defageffe ,
Grands par une puissance affujetie
aux Loix ,
Grands par mille revers foûtenus
fans foibleffe.
03
Vertron , ces grands Heros ont ram
pé quelquefois ,
Septembre 1685.
X
242 MERCURE
Tu trouves à chacun quelque endroit
qui labaiffe ,
Il n'est qu'un feul Mortel Grand par
tous ces endroits ,
Devant LOVIS LE GRAND , tout
le refte eft baffeffe.
ca
Ta leur oftes pourtant moins que tu
ne leur rends ,
Comparez à LOVIS ils fe trouvent
plus gronds,
Ceder ne peut icy tirer à confequence.
£3
Leurs titres de Grandeur n'en feront
pas plus vains,
On peut eftre audeffous du Heros de
la Erance ,
Et beaucoup audeffus du reste des
Humains.
Royale d'Arles ,.
dont je vous ay parlé plufieurs
fois , ayant fait un
Livre intitulé , Paralelle de
Louis le Grand , avec les Princes
qui ont efté furnommez
Grands , a propoſé le Portrait
de Sa Majefté , pour
Prix du plus beau Sonnet
qui feroit fait fur cette mefme
matiere . M le Duc de
Saint Aignan & M le Duc
de Nevers, qui ont efté nommez
Juges , ont donné le
prix à un inconnu , qu'on a
fceu depuis eftre le Pere
Morgues
GALANT. 241
Morgues Jefuite. Il paffe
pour un habile Orateur
& un grand Mathematicien
, & a fait imprimer depuis
quelques mois un Livre
tres- eftimé touchant les Regles
de la Poëfie Françoiſe .
Voicy fon Sonnet .
GRands un
Rands par un ample amas de
glorieux exploits
Grands par tant de bienfaits , Grands
par tant defageffe ,
Grands par une puissance affujetie
aux Loix ,
Grands par mille revers foûtenus
fans foibleffe.
03
Vertron , ces grands Heros ont ram
pé quelquefois ,
Septembre 1685.
X
242 MERCURE
Tu trouves à chacun quelque endroit
qui labaiffe ,
Il n'est qu'un feul Mortel Grand par
tous ces endroits ,
Devant LOVIS LE GRAND , tout
le refte eft baffeffe.
ca
Ta leur oftes pourtant moins que tu
ne leur rends ,
Comparez à LOVIS ils fe trouvent
plus gronds,
Ceder ne peut icy tirer à confequence.
£3
Leurs titres de Grandeur n'en feront
pas plus vains,
On peut eftre audeffous du Heros de
la Erance ,
Et beaucoup audeffus du reste des
Humains.
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Résumé : Prix remporté par le Pere Morgues Jesuite. [titre d'après la table]
Le texte relate une compétition littéraire organisée par M. de Vertron de l'Académie Royale d'Arles en septembre 1685. Le sujet portait sur un parallèle entre Louis le Grand et d'autres princes célèbres. Le prix du meilleur sonnet a été décerné à un inconnu, identifié plus tard comme le Père Morgues, jésuite. Morgues est reconnu pour ses talents en tant qu'orateur et mathématicien et a récemment publié un ouvrage apprécié sur les règles de la poésie française. Le sonnet primé compare Louis le Grand à divers héros historiques, soulignant sa supériorité en grandeur et en exploits. Des extraits du sonnet lauréat mettent en avant les mérites exceptionnels de Louis le Grand par rapport à d'autres figures historiques.
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457
p. 245-252
Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Début :
Je vous diray seulement que le premier des deux Echevins / Sire, Vostre bonne Ville de Paris, en Vous presentant ses [...]
Mots clefs :
Discours, Sa Majesté, Paris, Magistrats, Actions, Bonté, Abondance, Libéralité, Règne, Éloges, Église, Exploits, Illustre, Mr d'Ormesson, Louanges, Serment
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texteReconnaissance textuelle : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Je vous
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
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Résumé : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'élection de deux échevins à Paris, M. Geoffroy et M. Gayot. Maître Février d'Ormesson, Maistre des Requêtes et neveu du Président de Fourcy, les accompagna à Versailles le 19 du mois précédent pour soumettre le scrutin au roi. Il prononça un discours en l'honneur du roi, mettant en avant les bienfaits royaux envers Paris, tels que l'approvisionnement en blé malgré la pénurie et l'emploi des indigents pour l'embellissement des remparts. Le discours évoqua également les victoires militaires du roi en Europe et la soumission de villes italiennes. Maître d'Ormesson exprima sa gratitude pour la charge qui lui avait été confiée et son engagement à servir le roi. Après le discours, les deux échevins prêtèrent serment.
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458
p. 328-329
Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Début :
Cet Article demande plus d'étenduë, & je le reserve pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Cet Article demande
plus d'étenduë , & je
le reſerve pour le mois pro
GALANT. 329
chain, auffi bien que le 6 Dialogue
des Chofes difficiles à
croire , que l'Autheur m'a
fait la grace de m'envoyer.
Je n'oublieray pas ce qui s'eft
paffé à Caen , lors qu'on a élevé
la Statue du Roy, non plus
que ce que M' le Maréchal
d'Etrées a fait àTunis . Jevous
parleray auffi de plufieurss
Converfions , & de beaucoup
de Feftes qui ont efté
faites dans leRoyaume.Vous
voyez par la que la matiere
ne me manque pas , fi j'avois ›
du temps & de la place. Jefuis
, Madame , Voftre , & c .
A Paris,ce 30. Sept. 1685.
plus d'étenduë , & je
le reſerve pour le mois pro
GALANT. 329
chain, auffi bien que le 6 Dialogue
des Chofes difficiles à
croire , que l'Autheur m'a
fait la grace de m'envoyer.
Je n'oublieray pas ce qui s'eft
paffé à Caen , lors qu'on a élevé
la Statue du Roy, non plus
que ce que M' le Maréchal
d'Etrées a fait àTunis . Jevous
parleray auffi de plufieurss
Converfions , & de beaucoup
de Feftes qui ont efté
faites dans leRoyaume.Vous
voyez par la que la matiere
ne me manque pas , fi j'avois ›
du temps & de la place. Jefuis
, Madame , Voftre , & c .
A Paris,ce 30. Sept. 1685.
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Résumé : Articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
L'auteur annonce un article détaillé pour le mois suivant, incluant des dialogues surprenants. Il évoque l'érection de la statue du roi à Caen et les actions du maréchal d'Estrées à Tunis. Il prévoit aussi de traiter des conversions et fêtes récentes dans le royaume. Manquant de temps et d'espace, il ne peut tout aborder. La lettre est datée du 30 septembre 1685 à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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459
p. 32-43
Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Début :
Le 2. de Septembre, Mr Berthe, Recteur de l'Université, alla [...]
Mots clefs :
Recteur de l'Université, Versailles, Doyens de la faculté, Cérémonies, Thèse, Harangue, Honneur, Hommage, Jugement, Règne, Héros, Nations, Empereur, Hérésie, Louis le Grand, Couronne, Estime, Affection, Sa Majesté, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1. de Septembre, Mr
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
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Résumé : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1er septembre, Monsieur Berthe, relieur de l'Université, accompagné des procureurs des Quatre Nations, des doyens des facultés et d'autres officiers universitaires, se rendit à Versailles. Revêtus de leurs habits de cérémonie, ils furent reçus par Monsieur Colbert de Croissy qui les mena à l'audience du roi. Monsieur Berthe présenta une thèse sous forme de tableau et prononça une harangue en l'honneur du roi, soulignant ses vertus et ses accomplissements. Il exprima la soumission et l'admiration de l'Université envers le roi, le comparant à un héros parfait et protecteur de l'Église. Le roi manifesta sa satisfaction et montra des marques d'estime et d'affection envers Monsieur Berthe. Après l'audience royale, l'Université visita les appartements du Dauphin, de la Dauphine, du Duc de Bourgogne, du Duc d'Anjou, de Monsieur et de Madame, où Monsieur Berthe prononça également des harangues, recevant les applaudissements de la cour. L'archevêque de Paris accompagna l'Université lors de ces visites, démontrant un zèle exceptionnel. Le 20 septembre, une thèse mineure ordinaire dédiée au roi fut soutenue. L'Université, désireuse de montrer son attachement à la doctrine ecclésiastique et aux libertés de l'Église gallicane, autorisa cet acte et désigna Monsieur Berthe comme chef et maître, identifiable par sa fourrure. La cérémonie se déroula avec grand éclat et en présence de nombreuses personnalités illustres représentant divers ordres, symbolisant ainsi toute la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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460
p. 43-53
SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Début :
Vous m'avez demandé la Piece de Vers qui a / Maitresse des Heros, qui dans les nobles ames [...]
Mots clefs :
Vers, Académie française, Héros, Conquérant, Louis, Gloire, Lauriers, Lys, Espoir, Clémence, Hérésie, Équité, Fortune, Princes, Secours, Passion, Richesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Vous m'avez demandé la.
Eiece de Vers qui a rem porte
le Prix cette année par le
jugement de l'Académie Fra1
çoise, je vous l'envoye. Vous
vous souviendrez que je vous.
manday la derniere fois, quelle
est de Mr d' Alibert de
Saint Romain.
.¥!t
SUR LA GLOIRE
quele Roy s'est acquise en
se condamnant dans [a propre
cause.
Mj~ Aitrejcfdes Héros}qui dansles
nobles ames
Allumes nuit & jlur de gtnerttifès
ifâmesy
*
:<:;ifiAÚaux Con^ueYAns de
tesckdî-
*
-
mes épris j
Des horreNls de lamort infyinr le
mépri *"
Détffi, de LOZJIScompagne inftparable,
GLOIRE,quel bruit te trouble, à*
quel (hagrin t'accable ?
La trêve (a cejeul ntm lu trtmblfs,
tu fremis )
T'dnonLC un long repos a l'Europepromis.
Le plut vaillant des Rois en desfatfons
moins calmes
T'tH!fiurnJ des weijfons de lauriers
& de palmes,
Dans ses eaux le Batave en vainsi
fust cachéy
JNjf¡u'dlJ fonddeJcfeaux la foudre
Ceufl cherché.
De Luxembourg en feu l'ipouvantable
image
Menâçoit le Germain aunftmbtable
ravage,
A lafpecl du CroiffuntCAigle hors
de combat
Eustbienmoins du SoleilpusoutenirCéclat,
Et le Lia hurlant dans sa rage der- , nlcre
Aupié des fleurs de Lys eust mordit
la pouffiere.
Jguel bras * ton Athicte,ôGL0IRF,
euBresisté?
Sage, pttiffint, & brave il auroit
têutdomté.
Pleine de cet espoir, à chanter [es
trosées
Tupréparons déjà nos plutfeavans
Orfées,
Et voilà tout à coup que bornantses
progres,
Sa clemencea changéUn tfjoir en,
regrets,
Kamour de la. vièloire en vain le
sollicite.-
Telpouvant terrajjer & le Parthe
& le Siitbe,
ConteCnt desaegranfdeuir lerfécsond des Sur l'autel de Janus après mille bazars
Aima mieux enchaîner lt dimon dt la
guerre,
J^ue le fer à ta main vaincre toute
la Terre.
Guidé du mesme ifprit) flou ré.
pandre de fang,
Loris de toutes parts fait refpcBer
fin rang,
Severe aux vicieux, doux aux bws,
toujoursjuste,
Sur les bords de la Seine il represente
Augllfle.
c'est la que dans le cours cCunregne
fortuné.
JLajfurant CVniversqu'ilavoit étonné.
GLOIRE,tule VtrrdJ, de nouvelles
lumieres
Rehaujjer les rayons deJes vertus premières
,
Seule tu l'ttttirois aux compagnes de
Marsy
Tu le retrouveras dans le thamp des
beaux arts.
Tous les'jours ee grand Boj,des autres
Rois l'exemple,
S'ouvre un nouveau chemin aIlfaifie
de ton Temple,
LHerejie afispiedspleined'unjujle
e.ffrIJJ
Mejme aux bords du Lemhn voit
triompher lafoy,
L Equitéparses foins voitlafraude
proferite,
La Fortune efi J'accord avecque le
merite, •
Tout découvre en LOVIS un Prince
plus qu'humain,Et
Et LAugujie FrltnFoúftrpdJlè le Ko*
main.
Lors que cent Légionsfousfis draféaux
rangées
$ournettoie?uafinjonglesTilles affligées
,
.Zue gros de mille feux fis menasans
vaisseaux
Repandoient la terreur dans l'empire
des eaux,
Tant de travaux guerriers a toutautre
impojjlblts
LOnt- ils interrompu danffis travaux
paifiiieç?
Le -Louvre n'a-t il pas ,
s'élevint
jusquaux Cieux>
De miracles nouveaux toujoursfrappe
nos yeux?
Etjamais t-onvû dans le bruit
des Batailles
La pompe & findNjlrie abttndonner
Vcrfiiilles ?
Quellesource en treflrs siféconde
aujourd'huy,
JVuel merveilleux?affole icy coule
pour luy?
EjI- ce donc quison gré maijlre de la
Fortune
il recueille luyseul l'abondance cornmune,
Taudis que de leur Prince esclaves
trop abjets
Sêiu le faix des Tributsgemissent les
Sujets?
Ah ! bien loin d'exiger par un trop
dur empire
VuJècours odieuxdentfin Ejlatfoupire,
Jufie à tous )feulementinjufie contre
fiy>
Il renonce auJecours que luypresse ld> loy.irejle It
Entre les dons exquis & d'un olrdre
suprème
Dont le cielfavorable orna le Diadême
,
Il en eH un fameux des peuples veré, ré-
Sous le nom de Domaine: auxseuls
Rois consacré.
Vne loy redoutable en tout temps reconnuë
du reste des mortels en ferme l'avenuë;
Auguste de ce droit tempera lavigueur,
Plus que son privilege il écouta son
coeur,
Onsçait desi bonté la genereuse mir.
que,
EtRome au Citoyen vit ceder le Momrque
j Dans le douteJota luy le Fisc eut toujours
tort..
Roy defis payions, par un pua
digne effort,
LOFIS , qtioy que Themis ensa faveur
decide,
Pour mieux se condamnerasa causè
frefidtj
De PereAH nom de Prince unifiant le
devoir
Sa douceur fff la loy qui réglé fin
pouvoir.
11 croit,sursessujets remportant l'avantage,
s'il n'asa propre vfiix n'avoirpas un
fijfrage,
Son amour les soutient
,
& par un
nouveau fort
Le ftirti du plusfoibledors eflle plu*
firt.
En vain à ce grand Roy CiatcreH
plein d'adresse
LtaL les appas d'ute immense rjçheJlè,
GLOIRE, sans balancer dans le che1i-x7
un moment, Il trouve en tes appxs un objet pifit
charmlfnt.
Pour comble de tes voeux que faut.ir
davantage y
Reconnoà à ce trait le Heros de noJfre
JI age
Sans demander encor des exploits a
fin bras
Cet exploit de son coeur ne tesufist.
pas?
Certes dun Ji hautfait la grandeur
publiée
Utt plus que l'oeil en pleurs Genes
humiliée,
Plu6qtu deslfots du Rhin l'obstacle
furmsntç
Etplus auAlge,r.du choc encore épouvanté,
Eiece de Vers qui a rem porte
le Prix cette année par le
jugement de l'Académie Fra1
çoise, je vous l'envoye. Vous
vous souviendrez que je vous.
manday la derniere fois, quelle
est de Mr d' Alibert de
Saint Romain.
.¥!t
SUR LA GLOIRE
quele Roy s'est acquise en
se condamnant dans [a propre
cause.
Mj~ Aitrejcfdes Héros}qui dansles
nobles ames
Allumes nuit & jlur de gtnerttifès
ifâmesy
*
:<:;ifiAÚaux Con^ueYAns de
tesckdî-
*
-
mes épris j
Des horreNls de lamort infyinr le
mépri *"
Détffi, de LOZJIScompagne inftparable,
GLOIRE,quel bruit te trouble, à*
quel (hagrin t'accable ?
La trêve (a cejeul ntm lu trtmblfs,
tu fremis )
T'dnonLC un long repos a l'Europepromis.
Le plut vaillant des Rois en desfatfons
moins calmes
T'tH!fiurnJ des weijfons de lauriers
& de palmes,
Dans ses eaux le Batave en vainsi
fust cachéy
JNjf¡u'dlJ fonddeJcfeaux la foudre
Ceufl cherché.
De Luxembourg en feu l'ipouvantable
image
Menâçoit le Germain aunftmbtable
ravage,
A lafpecl du CroiffuntCAigle hors
de combat
Eustbienmoins du SoleilpusoutenirCéclat,
Et le Lia hurlant dans sa rage der- , nlcre
Aupié des fleurs de Lys eust mordit
la pouffiere.
Jguel bras * ton Athicte,ôGL0IRF,
euBresisté?
Sage, pttiffint, & brave il auroit
têutdomté.
Pleine de cet espoir, à chanter [es
trosées
Tupréparons déjà nos plutfeavans
Orfées,
Et voilà tout à coup que bornantses
progres,
Sa clemencea changéUn tfjoir en,
regrets,
Kamour de la. vièloire en vain le
sollicite.-
Telpouvant terrajjer & le Parthe
& le Siitbe,
ConteCnt desaegranfdeuir lerfécsond des Sur l'autel de Janus après mille bazars
Aima mieux enchaîner lt dimon dt la
guerre,
J^ue le fer à ta main vaincre toute
la Terre.
Guidé du mesme ifprit) flou ré.
pandre de fang,
Loris de toutes parts fait refpcBer
fin rang,
Severe aux vicieux, doux aux bws,
toujoursjuste,
Sur les bords de la Seine il represente
Augllfle.
c'est la que dans le cours cCunregne
fortuné.
JLajfurant CVniversqu'ilavoit étonné.
GLOIRE,tule VtrrdJ, de nouvelles
lumieres
Rehaujjer les rayons deJes vertus premières
,
Seule tu l'ttttirois aux compagnes de
Marsy
Tu le retrouveras dans le thamp des
beaux arts.
Tous les'jours ee grand Boj,des autres
Rois l'exemple,
S'ouvre un nouveau chemin aIlfaifie
de ton Temple,
LHerejie afispiedspleined'unjujle
e.ffrIJJ
Mejme aux bords du Lemhn voit
triompher lafoy,
L Equitéparses foins voitlafraude
proferite,
La Fortune efi J'accord avecque le
merite, •
Tout découvre en LOVIS un Prince
plus qu'humain,Et
Et LAugujie FrltnFoúftrpdJlè le Ko*
main.
Lors que cent Légionsfousfis draféaux
rangées
$ournettoie?uafinjonglesTilles affligées
,
.Zue gros de mille feux fis menasans
vaisseaux
Repandoient la terreur dans l'empire
des eaux,
Tant de travaux guerriers a toutautre
impojjlblts
LOnt- ils interrompu danffis travaux
paifiiieç?
Le -Louvre n'a-t il pas ,
s'élevint
jusquaux Cieux>
De miracles nouveaux toujoursfrappe
nos yeux?
Etjamais t-onvû dans le bruit
des Batailles
La pompe & findNjlrie abttndonner
Vcrfiiilles ?
Quellesource en treflrs siféconde
aujourd'huy,
JVuel merveilleux?affole icy coule
pour luy?
EjI- ce donc quison gré maijlre de la
Fortune
il recueille luyseul l'abondance cornmune,
Taudis que de leur Prince esclaves
trop abjets
Sêiu le faix des Tributsgemissent les
Sujets?
Ah ! bien loin d'exiger par un trop
dur empire
VuJècours odieuxdentfin Ejlatfoupire,
Jufie à tous )feulementinjufie contre
fiy>
Il renonce auJecours que luypresse ld> loy.irejle It
Entre les dons exquis & d'un olrdre
suprème
Dont le cielfavorable orna le Diadême
,
Il en eH un fameux des peuples veré, ré-
Sous le nom de Domaine: auxseuls
Rois consacré.
Vne loy redoutable en tout temps reconnuë
du reste des mortels en ferme l'avenuë;
Auguste de ce droit tempera lavigueur,
Plus que son privilege il écouta son
coeur,
Onsçait desi bonté la genereuse mir.
que,
EtRome au Citoyen vit ceder le Momrque
j Dans le douteJota luy le Fisc eut toujours
tort..
Roy defis payions, par un pua
digne effort,
LOFIS , qtioy que Themis ensa faveur
decide,
Pour mieux se condamnerasa causè
frefidtj
De PereAH nom de Prince unifiant le
devoir
Sa douceur fff la loy qui réglé fin
pouvoir.
11 croit,sursessujets remportant l'avantage,
s'il n'asa propre vfiix n'avoirpas un
fijfrage,
Son amour les soutient
,
& par un
nouveau fort
Le ftirti du plusfoibledors eflle plu*
firt.
En vain à ce grand Roy CiatcreH
plein d'adresse
LtaL les appas d'ute immense rjçheJlè,
GLOIRE, sans balancer dans le che1i-x7
un moment, Il trouve en tes appxs un objet pifit
charmlfnt.
Pour comble de tes voeux que faut.ir
davantage y
Reconnoà à ce trait le Heros de noJfre
JI age
Sans demander encor des exploits a
fin bras
Cet exploit de son coeur ne tesufist.
pas?
Certes dun Ji hautfait la grandeur
publiée
Utt plus que l'oeil en pleurs Genes
humiliée,
Plu6qtu deslfots du Rhin l'obstacle
furmsntç
Etplus auAlge,r.du choc encore épouvanté,
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Résumé : SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Le texte est un poème dédié à la gloire du roi Louis XIV, lauréat d'un prix de l'Académie Française. Il célèbre les exploits militaires et les vertus morales du souverain. Le poème mentionne ses victoires sur divers ennemis, tels que les Bataves et les Germains, et sa capacité à susciter la crainte et le respect. Louis XIV est dépeint comme sage, compatissant et courageux, ses actions étant comparées à celles des héros antiques. Le texte insiste sur sa clémence et sa justice, particulièrement envers ses sujets et dans la gestion des tributs. Il est présenté comme un prince juste qui privilégie la loi à la force et soutient ses sujets même dans leurs moments de faiblesse. La générosité et le sens du devoir du roi sont mis en avant, illustrés par son refus des richesses personnelles au profit du bien commun. Le poème conclut en soulignant que la grandeur de Louis XIV réside autant dans ses actes de cœur que dans ses exploits militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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461
p. 54
PRIERE POUR LE ROY.
Début :
Que pour le bien de son Empire [...]
Mots clefs :
Empire, Louis, Vainqueur, Nations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIERE POUR LE ROY.
PRIERE
POUR LE ROY. QVe pour le bien de son Em-
- pire LOVAIS, aqui le Ciel injpire
Tant d'héroïques actions,
Long-temps entre tu Rois tienne le
rangsuprême,
Toujours Vainqueur des Nations
,
Jamais vaincu que par foymcfme.
POUR LE ROY. QVe pour le bien de son Em-
- pire LOVAIS, aqui le Ciel injpire
Tant d'héroïques actions,
Long-temps entre tu Rois tienne le
rangsuprême,
Toujours Vainqueur des Nations
,
Jamais vaincu que par foymcfme.
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462
p. 83-128
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Début :
Voicy le Dialogue nouveau de Mr Bordelon, que je / Je sors d'un Festin, où la joye a esté troublée par [...]
Mots clefs :
Songes, Mort, Interprétation, Histoire, Dieu, Superstitions, Philosophes, Auteurs, Connaissances, Imagination, Sentiments, Cicéron, Épicure, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Voicy le Dialogue nouveau
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
Fermer
Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Le texte présente un dialogue entre Philonte et Belorond sur les superstitions et la crédibilité des songes. Lors d'un festin, un maître d'hôtel a renversé la salière, provoquant une perturbation due à la superstition associée au sel, considéré comme sacré par les anciens païens. La discussion se poursuit sur les interprétations des songes, Philonte estimant que certains peuvent être divins et utiles, tandis que Belorond met en garde contre une interprétation trop littérale. Le texte critique l'art de l'interprétation des songes, soulignant l'absence de règles précises et la diversité des méthodes. Des exemples de songes vérifiés, comme ceux de Sylla et du roi Gontran, sont mentionnés, mais Belorond conteste leur validité, les qualifiant souvent de rumeurs. Le dialogue aborde ensuite la vie et les enseignements d'Épicure, un philosophe grec. Épicure prônait une volupté tranquille et liée à la vertu, valorisant la prudence, l'honnêteté et la justice. Sa doctrine, souvent mal comprise, est critiquée par Cicéron mais défendue par Sénèque. Épicure est décédé à l'âge de 72 ans après une longue maladie, démontrant une grande sérénité. Sa mauvaise réputation provient de ses critiques envers Platon et Aristote, ainsi que des comportements de ses disciples. Ses erreurs en physique et en morale, ainsi que ses vues sur les dieux, ont également contribué à sa controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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463
p. 128-135
Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Début :
Comme il n'y a rien dans la vie de si pretieux [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Apothicaire, Antidote, Doyen, Remède, Médecins, Attestations, Méthodes
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texteReconnaissance textuelle : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
vie de si pretieux que la
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
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Résumé : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Le texte présente la thériaque, un remède préparé par Monsieur de Rouviere, apothicaire du roi et major des hôpitaux. Après six mois de fermentation, cette thériaque est prête et reconnue pour sa qualité exceptionnelle. Son efficacité est confirmée par le doyen et les professeurs de la Faculté de Médecine de Paris, ainsi que par les médecins et apothicaires de province et de Paris. Initialement produite à plus de six cents livres, la demande est telle qu'une seconde production est envisagée. La thériaque est considérée comme un remède universel contre diverses maladies et est accessible même dans les régions éloignées. Monsieur de Rouviere fournit des instructions sur son utilisation. De nombreux membres de la cour possèdent déjà des boîtes de ce remède. Une attestation en latin des médecins de Paris, traduite en français, confirme la qualité et l'efficacité de la thériaque préparée par Monsieur de Rouviere.
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464
p. 135-138
IDILLE.
Début :
L'Idille qui suit, est de mr de Messange, & a esté / Doux ornemens de ces sauvages lieux, [...]
Mots clefs :
Ornements, Exil, Astre, Lys, Printemps, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDILLE.
Me{Tan-g-e,& - a estéenvoyé
a avec un Bouquet. Les Vers
) en font si heureusemet tour-
1nez,que je puis vous affeuirerque
vous les lirez avec
jplaifir.
IDILLE.
Dlux ornemens de cessauvages
lieux,
Ou je mine en langueur une mourante
vie,
Legeramusementd'unexil ennuyeux,
Allez, aimables Fleurs, allez trouver
Silvie,
VOIM la reconnoiftrez,àl'éclat deses
yeux.
L*Aflredujour en a moinsqueux
Lors qu'il vient dorer ce Bocage.
Elle a.t',air agreable & doux, Le teint a peu pré1s comme vous: rous vous verrez surfin vifâge;
Les Roses& les Lysy brillent en toutt
temps.
Près d'ctle vom pourrez,Jans crainte
vous produire,
Vous y trouverez, le Printemps;
Lors qu'il quitte nos BoÚ, c'efîlaq%'il
Je retire.
Allez, donc, baiiez,-votis
,
c'est t'op
vous retenir,
EtJîpar hazard cette Belle
rouloit Jeavoir qui vous afat
venIr,
Sans la fâcherfaiteslasouvenir
D'un malheureux qui meurt pour
elle.
{ Voué estes les témoins des ennuis de
mon coeur;
Peignez. lu, mestourmens;&faites
luy connoijlre
J>)ue mes larmes vous ont fait
naître.
Par noflre air languijjant marquez
luy ma langueur;
Mourez,sur ce beaufin, dont l'éclat
vomefface,
1 Pendant que moins heureux que
vousy
le demande pour -toute grace,
De pouvoirfeulement mourir ases
genoux.
a avec un Bouquet. Les Vers
) en font si heureusemet tour-
1nez,que je puis vous affeuirerque
vous les lirez avec
jplaifir.
IDILLE.
Dlux ornemens de cessauvages
lieux,
Ou je mine en langueur une mourante
vie,
Legeramusementd'unexil ennuyeux,
Allez, aimables Fleurs, allez trouver
Silvie,
VOIM la reconnoiftrez,àl'éclat deses
yeux.
L*Aflredujour en a moinsqueux
Lors qu'il vient dorer ce Bocage.
Elle a.t',air agreable & doux, Le teint a peu pré1s comme vous: rous vous verrez surfin vifâge;
Les Roses& les Lysy brillent en toutt
temps.
Près d'ctle vom pourrez,Jans crainte
vous produire,
Vous y trouverez, le Printemps;
Lors qu'il quitte nos BoÚ, c'efîlaq%'il
Je retire.
Allez, donc, baiiez,-votis
,
c'est t'op
vous retenir,
EtJîpar hazard cette Belle
rouloit Jeavoir qui vous afat
venIr,
Sans la fâcherfaiteslasouvenir
D'un malheureux qui meurt pour
elle.
{ Voué estes les témoins des ennuis de
mon coeur;
Peignez. lu, mestourmens;&faites
luy connoijlre
J>)ue mes larmes vous ont fait
naître.
Par noflre air languijjant marquez
luy ma langueur;
Mourez,sur ce beaufin, dont l'éclat
vomefface,
1 Pendant que moins heureux que
vousy
le demande pour -toute grace,
De pouvoirfeulement mourir ases
genoux.
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Résumé : IDILLE.
L'auteur envoie un bouquet de fleurs à Sylvie, accompagné de vers qu'il espère qu'elle appréciera. Il la décrit comme ayant un éclat dans les yeux surpassant celui du jour illuminant un bocage, un air agréable et doux, ainsi qu'un teint comparable aux roses et aux lys. Les fleurs sont destinées à rappeler à Sylvie un amoureux malheureux qui souffre pour elle. Elles doivent témoigner des tourments de son cœur, peindre ses souffrances et marquer sa langueur. L'auteur souhaite que les fleurs meurent d'une belle mort, symbolisant son propre désir de mourir à ses genoux.
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465
p. 347-349
ENIGME.
Début :
Des deux Enigmes nouvelles que je vous envoye, la premiere / En certain temps de l'an, je parois si charmante [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Des deux Enigmes nouvelles
que je vous envoye, la première
test de Mrde la ChJi{e dieu, & la
Seconde de MrRault de Roüen.
ENIGME. EN certain temps de l'an,jeparoissicharmante
uneamitiéferte & constante,
Fortepour lors chacun a mesuivreen
ton* lieux;
Mais dans un autre temps ma fortune
efi petite.
On me laif/è
, on me fuit, tout le
monde me quitte,
Onpeutjugerpar la, si monfort efi heureuxi Et cependant rien ne mirrite,
Ce propos semble merveilleux,
je mqe turouvoe pyar tout,ou fay de-
Chacun, porte avec fil
,
la cause de
mon eflre;
£htand je fuis
, on me
*
voit, dansla
Ville & les Bois,
> Veux qui portent mon nom, jijfi.
rent en nature;
L'unfert-arecréer> 6, grand plaijîr
procure,
Vautrefert À manger, en différent
endroits.
que je vous envoye, la première
test de Mrde la ChJi{e dieu, & la
Seconde de MrRault de Roüen.
ENIGME. EN certain temps de l'an,jeparoissicharmante
uneamitiéferte & constante,
Fortepour lors chacun a mesuivreen
ton* lieux;
Mais dans un autre temps ma fortune
efi petite.
On me laif/è
, on me fuit, tout le
monde me quitte,
Onpeutjugerpar la, si monfort efi heureuxi Et cependant rien ne mirrite,
Ce propos semble merveilleux,
je mqe turouvoe pyar tout,ou fay de-
Chacun, porte avec fil
,
la cause de
mon eflre;
£htand je fuis
, on me
*
voit, dansla
Ville & les Bois,
> Veux qui portent mon nom, jijfi.
rent en nature;
L'unfert-arecréer> 6, grand plaijîr
procure,
Vautrefert À manger, en différent
endroits.
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466
p. 349-350
AUTRE ENIGME.
Début :
Ma Teste vaut mieux qu'un Tresor ; [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME. MA TeJle vaut mieux qu'ull
Tresor ;
un la pref/*eremcjm/1e a' if411Or ;
Mats quand des armes on apprefle,
Et que le fer en main on me fait
fhccomber,
,
On neme voitjamais tomber, ue pour brûler mon corps & maltraiter
ma Telle.
Battu de mille &.millecoups, SAns meriter tant de couroux,
A quelJort me dois-je resoudrese
Voyez, mon supplice nouveau, Avant que Centrer au tombeau,-
Ilfaut eflre réduit en poudre,
Et paffir par la jlamt
, Ayant pafê^
par L'eau.
Mais malgré monétrangefort,
Ne fuis-je pas digne d'wvie
,
Pi isque je donne tnC01 la vie,
A c ux qui me donnent la mort?
Tresor ;
un la pref/*eremcjm/1e a' if411Or ;
Mats quand des armes on apprefle,
Et que le fer en main on me fait
fhccomber,
,
On neme voitjamais tomber, ue pour brûler mon corps & maltraiter
ma Telle.
Battu de mille &.millecoups, SAns meriter tant de couroux,
A quelJort me dois-je resoudrese
Voyez, mon supplice nouveau, Avant que Centrer au tombeau,-
Ilfaut eflre réduit en poudre,
Et paffir par la jlamt
, Ayant pafê^
par L'eau.
Mais malgré monétrangefort,
Ne fuis-je pas digne d'wvie
,
Pi isque je donne tnC01 la vie,
A c ux qui me donnent la mort?
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467
p. 356-35[8]
Conclusion contenant plusieurs articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Début :
Je me souviens que je vous promis il y a [...]
Mots clefs :
Articles, Nouvelles, Mois prochain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conclusion contenant plusieurs articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
promis
il y a un mois, de grands Ar*
(
ticles historiques qui ne sont point
• dans cette Lettre, mais ceux de
la Religion, après lesquels je pret
tendois leur donner place,s'estant
trouvez aussi longsquecurieux &
importans, je ne puis me difpen.
fer de remettre encore au mois
prochain, ce que je devois vous
envoyer des le mois passé
,
aussibien
que le détail de la nouvelle
que je viens d'apprendre, qui est
que Mr le Duc de Noailles parcourt
les Sevenes en convertissant
beaucoup de monde; qu'il ya déja
fait faire Abjuration à plus de
vingt mille personnes, & que de.
puis le sejour qu'il fait dans son
Gouvernement,on y compte cent
quarante mille convertis.
,
Je ne doute point n'ayez que vous déja appris la mort de MI
Courtin je remets au mois prochainà
vous en entretenir, aussibien
que de la trisse nouvelle qui si
vient de répandre une tristesse ge- si
nerale dans toute la France. Cet
article demande du temps pour, luy donner toute l'étenduë qu'il
merite. Je fuis, Madame,Vostre,
&c.
A Parti, ccsi- Offebre itiSfl
il y a un mois, de grands Ar*
(
ticles historiques qui ne sont point
• dans cette Lettre, mais ceux de
la Religion, après lesquels je pret
tendois leur donner place,s'estant
trouvez aussi longsquecurieux &
importans, je ne puis me difpen.
fer de remettre encore au mois
prochain, ce que je devois vous
envoyer des le mois passé
,
aussibien
que le détail de la nouvelle
que je viens d'apprendre, qui est
que Mr le Duc de Noailles parcourt
les Sevenes en convertissant
beaucoup de monde; qu'il ya déja
fait faire Abjuration à plus de
vingt mille personnes, & que de.
puis le sejour qu'il fait dans son
Gouvernement,on y compte cent
quarante mille convertis.
,
Je ne doute point n'ayez que vous déja appris la mort de MI
Courtin je remets au mois prochainà
vous en entretenir, aussibien
que de la trisse nouvelle qui si
vient de répandre une tristesse ge- si
nerale dans toute la France. Cet
article demande du temps pour, luy donner toute l'étenduë qu'il
merite. Je fuis, Madame,Vostre,
&c.
A Parti, ccsi- Offebre itiSfl
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Résumé : Conclusion contenant plusieurs articles reservez pour le mois prochain. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur annonce le report d'un mois pour la publication d'articles sur la religion, soulignant leur longueur et leur importance. Il rapporte que le duc de Noailles, en parcourant les Cévennes, a converti plus de vingt mille personnes, portant le total des conversions à cent quarante mille depuis son arrivée dans sa région. La lettre mentionne également le décès de M. Courtin, dont l'auteur prévoit de parler plus en détail le mois suivant. De plus, elle évoque une triste nouvelle ayant causé une grande tristesse en France, nécessitant du temps pour être traitée en profondeur. La lettre se termine par une formule de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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468
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
PAr Grace & Privilege du Roy, donné à Chaville, le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
IPAr Grace & Privilege du Roy, donné à
RoCyhaville, le 18Juillet1683. Signé, Par ensonConseil, JuNourERES. Ilest
permis au Sieur DANNEAU,Ecuyer, Sieur Devizé, de continuer de faire imprimer, ven- iHre & debiterleLivre intitulé, MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre, par tel Impirmeur qu'il
vwoudra choisir,Etdefenses sontfaites à tous Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
tiraire imprimer,vendre & debiter ledit Livre.
my graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, iec, ny mesme de le donner à pendant le temps & espace de dix années
entieres, le tout à peine de six mille livres l'amende contre les Contrevenans, ainsique
Içlus au long il est porté esdites Lettres.
Registre sur le Livre de la Communauté
JAUX charges & conditions portées, le 14. Septembre 1683. Signé, AlIHiOT) Syndic.
IPAr Grace & Privilege du Roy, donné à
RoCyhaville, le 18Juillet1683. Signé, Par ensonConseil, JuNourERES. Ilest
permis au Sieur DANNEAU,Ecuyer, Sieur Devizé, de continuer de faire imprimer, ven- iHre & debiterleLivre intitulé, MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre, par tel Impirmeur qu'il
vwoudra choisir,Etdefenses sontfaites à tous Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
tiraire imprimer,vendre & debiter ledit Livre.
my graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, iec, ny mesme de le donner à pendant le temps & espace de dix années
entieres, le tout à peine de six mille livres l'amende contre les Contrevenans, ainsique
Içlus au long il est porté esdites Lettres.
Registre sur le Livre de la Communauté
JAUX charges & conditions portées, le 14. Septembre 1683. Signé, AlIHiOT) Syndic.
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 18 juillet 1683, accorde au Sieur Dannau le droit exclusif d'imprimer, vendre et distribuer le 'Mercure Galant' pour dix ans. Il peut choisir l'imprimeur et interdit toute reproduction ou vente par autrui sous peine d'amende de six mille livres. Enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic Alihot.
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469
p. 11-17
LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Début :
Les Vers qui suivent sont de M. le Clerc de / Digne Heritier d'Armand, & de tous tes Ayeux, [...]
Mots clefs :
Héritiers, Monarque, Palais, Attraits, Saisons, Pleurs, Amour, Paix, Richesses, Douceur, Hyménée , Successeurs, Ombre, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Les Vers qui fuivent font de M. le
Clerc de l'Academie Françoife ; ils
furentprefentez à Me le Duc & à Madame
la Ducheffe de Richelieu, le jour
que cette Ducheffefit fon Entrée dans
la Ville qui portefon nom . Ie vous en
ay envoyé une Relation tres ample dans
Pune de mes Lettres ordinaires..
Sa
12 Extraordinaire
52:5252 5252-525252
LA NYMPHE
DE RICHELIEU
A MONSIEUR LE DUC ,
& à Madame la Ducheffe
de Richelieu .
DigneHeritier &Armand , & da
tous tes yeux ,
Depuis que noftre Grand Monarque
Pour t'approcher de luy te fit quitter ces
lieux ,
Tous nos jours furent ennuyeux
Et de noftre langueur tout y portoit la
marque :
Ces Promenoirs charmans , ce fuperba
Palais ,
Où l'Art a feme tant d'attraits ,
N'eftoient plus qu'une affreuse & vafte
folitude,
du
Mercure Galant. 13
L'horreur regnoit dans nos Boccages
verds,
Le Printemps le plus doux n'avoit rien
que de rude ,
Et l'Autonne & l'Efté n'eftoient que des
Hyvers. $12
Que Pay versé de pleurs , & poußé de
Soupirs
Durant une fi longue abfence !
Enfin le Ciel propice exauce nos defirs
Tu nous ramenes les plaifirs ,
Noftre felicité paffe noftre esperance ;
Ton illuftre Moitié , l'Ornement de la
Cour ,
Le digne choix de ton Amour
Fait briller dans ces lieux fes vertus &
fes charmes;
On voit les fleurs y naiftre fous fespas,
Elle y répand la joye , elle en bannit les
larmes ,
Et les remplit par tout de graces
d'appas.
ទ
&
Voy tes heureux Vaſſaux venir de tous
coftez
८
14
Extraordinaire
En foule pour luy rendre hommage :
Voy que de fa douceur leurs coeursfont
enchantez ;
Voy leurs yeux fur elle arreftez:
Voy la joye & Amour peintes fur leur
viſage ;
Voy prefs à vous fervir leurs Bataillons
armez ,
Et par vos regards animez
Au milieu de laPaix reprefenter la guerre.
Ah! s'il falloit combattre leur
pour
Roy ,
Tu les verrois te fuivre aux deux bouts
de la Terre,
Pour feconder ten zele , & fignaler leur
foy.
Couple chery du Ciel, joüiffez pleinement
Du fort de vos belles années ,
C'est pour vous que fut fait ce Palais fi
Et
charmant ,
par les foins du grand Armand ,
Ces richeffes fans prix vous furent deſtinées
:
(
du Mercure Galant .
15 .
Tout rit à vostre abord , tout y devient
plus beau,
Tout y prend un éclat nouveau,
Nos Bois en font plus gais, nos fardins
refleuriffent,
De nos Vergers les ruiffeaux font plus
clairs ,
Avec plus de vigueur nos Fontaines
jaliffent,
Et d'un plus noble effort s'élancent
dans les airs .
Ces reftes précieux de la rigueur des ans ,
Qui n'en ofa faire fa proye,
Ces Heres , ces faux Dieux dans le
marbre vivans,
Si cheris des Maistres fçavans ,
D'un langage muet vous expriment
leur joye.
Vous avez rendu l'ame à ces fiers
baftimens ,
A ces pompeux appartemens,
A ces riches lambris qui me fem bloient
fi fombres,
3
16 Extraordinaire
Sur l'Orifon l'Aftre de la clarté
Ainfi des triftes nuits vient diffiper
les ombres ,
Et rend à l'Univers fa premiere beauté.
W
Que de plaifirs font joints au plaifir
de vous voir !
La douceur n'en eft point bornée.
Quel prefage flateur , quel favorable
espoir
Ne pouvons - nous pas concevoir
De ce Fruit fi charmant né de vostre
Hymenée ?
Ce tendre & cher Objet , ce jeune
Aftre naiffant,
De qui le regard innocent
Semble déja des coeurs méditer la conqueßte
,
D'un Fils illuftre, est le gage a
feuré,
D'un Fils qui de lauriers couronnera
fa tefte ,
D'un Fils tel qu'il le faut , tel qu'il
eft defiré.
du Mercure Galant.
17
3
Sous ces toits fortunez , fous ce noble
climat,
Nâquit Armand, qui par fes veilles
De tous nos Ennemis fit triompher l'Etat
,
Mais qui de noftre Potentat
Euft eu peine à prévoir les divines
merveilles.
Son Ombre vous demande encor um
Succeffeur,
De qui l'efprit , de qui le coeur
Soutiennent vostre nom , & remplif
Sent l'Hiftoire ,
Palais augufte , admirable Sejour,
Quelle douceur pour nous , quel bon
heur , quelle gloire,
Si ce Heros pouvoit recevoir. le
jour!
Clerc de l'Academie Françoife ; ils
furentprefentez à Me le Duc & à Madame
la Ducheffe de Richelieu, le jour
que cette Ducheffefit fon Entrée dans
la Ville qui portefon nom . Ie vous en
ay envoyé une Relation tres ample dans
Pune de mes Lettres ordinaires..
Sa
12 Extraordinaire
52:5252 5252-525252
LA NYMPHE
DE RICHELIEU
A MONSIEUR LE DUC ,
& à Madame la Ducheffe
de Richelieu .
DigneHeritier &Armand , & da
tous tes yeux ,
Depuis que noftre Grand Monarque
Pour t'approcher de luy te fit quitter ces
lieux ,
Tous nos jours furent ennuyeux
Et de noftre langueur tout y portoit la
marque :
Ces Promenoirs charmans , ce fuperba
Palais ,
Où l'Art a feme tant d'attraits ,
N'eftoient plus qu'une affreuse & vafte
folitude,
du
Mercure Galant. 13
L'horreur regnoit dans nos Boccages
verds,
Le Printemps le plus doux n'avoit rien
que de rude ,
Et l'Autonne & l'Efté n'eftoient que des
Hyvers. $12
Que Pay versé de pleurs , & poußé de
Soupirs
Durant une fi longue abfence !
Enfin le Ciel propice exauce nos defirs
Tu nous ramenes les plaifirs ,
Noftre felicité paffe noftre esperance ;
Ton illuftre Moitié , l'Ornement de la
Cour ,
Le digne choix de ton Amour
Fait briller dans ces lieux fes vertus &
fes charmes;
On voit les fleurs y naiftre fous fespas,
Elle y répand la joye , elle en bannit les
larmes ,
Et les remplit par tout de graces
d'appas.
ទ
&
Voy tes heureux Vaſſaux venir de tous
coftez
८
14
Extraordinaire
En foule pour luy rendre hommage :
Voy que de fa douceur leurs coeursfont
enchantez ;
Voy leurs yeux fur elle arreftez:
Voy la joye & Amour peintes fur leur
viſage ;
Voy prefs à vous fervir leurs Bataillons
armez ,
Et par vos regards animez
Au milieu de laPaix reprefenter la guerre.
Ah! s'il falloit combattre leur
pour
Roy ,
Tu les verrois te fuivre aux deux bouts
de la Terre,
Pour feconder ten zele , & fignaler leur
foy.
Couple chery du Ciel, joüiffez pleinement
Du fort de vos belles années ,
C'est pour vous que fut fait ce Palais fi
Et
charmant ,
par les foins du grand Armand ,
Ces richeffes fans prix vous furent deſtinées
:
(
du Mercure Galant .
15 .
Tout rit à vostre abord , tout y devient
plus beau,
Tout y prend un éclat nouveau,
Nos Bois en font plus gais, nos fardins
refleuriffent,
De nos Vergers les ruiffeaux font plus
clairs ,
Avec plus de vigueur nos Fontaines
jaliffent,
Et d'un plus noble effort s'élancent
dans les airs .
Ces reftes précieux de la rigueur des ans ,
Qui n'en ofa faire fa proye,
Ces Heres , ces faux Dieux dans le
marbre vivans,
Si cheris des Maistres fçavans ,
D'un langage muet vous expriment
leur joye.
Vous avez rendu l'ame à ces fiers
baftimens ,
A ces pompeux appartemens,
A ces riches lambris qui me fem bloient
fi fombres,
3
16 Extraordinaire
Sur l'Orifon l'Aftre de la clarté
Ainfi des triftes nuits vient diffiper
les ombres ,
Et rend à l'Univers fa premiere beauté.
W
Que de plaifirs font joints au plaifir
de vous voir !
La douceur n'en eft point bornée.
Quel prefage flateur , quel favorable
espoir
Ne pouvons - nous pas concevoir
De ce Fruit fi charmant né de vostre
Hymenée ?
Ce tendre & cher Objet , ce jeune
Aftre naiffant,
De qui le regard innocent
Semble déja des coeurs méditer la conqueßte
,
D'un Fils illuftre, est le gage a
feuré,
D'un Fils qui de lauriers couronnera
fa tefte ,
D'un Fils tel qu'il le faut , tel qu'il
eft defiré.
du Mercure Galant.
17
3
Sous ces toits fortunez , fous ce noble
climat,
Nâquit Armand, qui par fes veilles
De tous nos Ennemis fit triompher l'Etat
,
Mais qui de noftre Potentat
Euft eu peine à prévoir les divines
merveilles.
Son Ombre vous demande encor um
Succeffeur,
De qui l'efprit , de qui le coeur
Soutiennent vostre nom , & remplif
Sent l'Hiftoire ,
Palais augufte , admirable Sejour,
Quelle douceur pour nous , quel bon
heur , quelle gloire,
Si ce Heros pouvoit recevoir. le
jour!
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Résumé : LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Le poème célèbre le retour du Duc et de la Duchesse de Richelieu dans leur ville. Les auteurs expriment leur joie et leur soulagement après une longue absence, notant que la présence du couple a transformé les lieux lugubres en un espace de bonheur et de beauté. La Duchesse est particulièrement louée pour ses vertus et ses charmes, qui apportent joie et grâce. Les vassaux manifestent leur enthousiasme et leur dévouement, prêts à servir et à combattre pour eux. Le palais, restauré et animé par leur présence, est décrit comme riche et beau. Le texte mentionne également la naissance d'un fils, annonçant un avenir glorieux, et fait référence à Armand, le fondateur du palais, qui espère un successeur digne de son héritage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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470
p. 38-65
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
Début :
Lequel de deux Amans aime le plus, celuy qui souhaite [...]
Mots clefs :
Amants, Maîtresse, Petite vérole, Laideur, Disgrâce, Maux, Souffrance, Outrage, Amour, Mort, Passion, Amour conjugal, Transport érotique, Jalousie, Pardon, Monstres, Gloire, Corps, Enfant, Nature, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la
pe.
tite Verole à la Maîtreffe, pour
luy faire voir que la laideur fe
roit incapable de le faire changer
, ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour, que
de luy voir arriver une pareille
difgrace.
Ans le vray, cela me defole ,
Duand
on me vient
parler de petite
verole ,
Ce mal injurieux & plein de cruauté ,
du
Mercure Galant.
39
Qui met en interdit les charmes de Cli
mene.
Fy de cette preuve inhumaine
Qui coufte tant à la beauté.
Eft-ce cherir une Maîtreſſe ,
Eft-ce une marque de tendreffe
Que de luyfouhaiter une infame laideur ?
Il vaut mieux paffer pour Autruche
Que de faire un fouhait fi cruche
Aux dépens d'un Objet qui nous touche
le coeur.
Un Amant fouffre à voir qu'on doute de
fa flame :
Mais fi de fa fidelité
Malgré tout fon amour fa Maitreffe a
douté ,
Pour le moins il fera garanti de tout bläme
,
N'ayant jamais rien ſouhaité
Qui puiffe faire aucun outrage
Aux attraits de ce beau vifage
Dont fon coeurfe trouve enchanté
40 Extraordinaire
Une affection bienfenfée
Doit eftre defintereffée.
Si l'on peut mourir d'amour.
Oute pafion vehemente
Eft pire qu'une fiévre lente s
Car fes paroxifmes font tels
Qu'elle peut mettre dans la Biere ,
Et dans le fond d'un Cimetiere
Le plus vigoureux des mortels.
L'amour eft de cette nature
Quand fon transport eft violent ,
C'est un Miferere , c'est un Trouffegalant
Qui vous met dans la fepulture :
Ce trifte & tenebreux fejour ,
Où l'on n'entre jamais qu'il n'en coûte
la vie.
Si donc l'on peut mourir de colere ou d'envie
,
On
peut
auffi
mourir
d'amour
?
3
Alceste Reynefort jolie ,
1
du Mercure Galant.
41
1
Femme d'un Roy de Theffalie ,
N'eut point de peine à fe priver du jour
Pour fatisfaire à ſon amour.
83
Que diray-je de Cleopatre ,
Dont Antoine fut idolatre ,
Voulut- elle pour un moment
Survivre à fan fidelle Amant ?
Pour le fuivre fa feule envie
Fut de décamper de la vie .
Afpic , vous fuftes l'inftrument
D'un fi fubit décampement.
Que diray-je auffi de Panthée
Qui d'un chaste amour enchantée,
Ayant appris que fon Mary
Eftoir dans la guerre pery's
Se perça fein d'une le fein d'une dague ,
En difant , la Parque j'incague ,"
Et je veux prévenir les coups
Pour me rejoindre à mon Epoux.
Attends-moy , mon cher Abradatte,
Toy qui fus le premier en datte
Ecrit & gravé fur mon coeur ,
Recoy ma mourante langueur-
2. d'Octobre 1685.-
D
412
Extraordinaire
Pour mieux conferver ta memoire.
Je te fuis jufqu'à l'Onde noire..
CA
De vous icy , que dira- t- on,
Illuftre Fille de Caton ,
Genereufe Femme de Brute ?
Portia , vous fuftes la butte
Des plus formidables revers
Qu'on peut craindre dans l'Univers.
Vous perdiftes ce galant Homme
Qui s'efforça d'affranchir Rome,
Mais toujours l'intrepidité
Se rangea de vostre costé.
Auffi, generenfe Romaine ,
'Dont l'Histoire le nom promene ,
Du malheur qui vous outragea,
Un charbon brûlant vous vanges.
Vous fiftes voir, Princeſſe illuftre,
De voftre Sexe le beau luftre ,
Que l'amour reftant dans fon fort ,
Eft auffi puiffant que la mort.
Plautie allant en Idumée
Avec une puiffante Armée,
Fit bien voir qu'il n'eft rien d'égal ,
du Mercure Galant,
43
Au feu de l'amour conjugal;
Car comme au milieu des Batailles
On celebroit les funerailles
De fa Femme , dont la beauté
Avoit tout fon coeur enchanté.
Luy dans un transport erotique
D'un poignard aceré fe pique ,
Se bleffe , fe perce le flanc ,
D'où coulent deux ruiffeaux de fang,
Qui bien toft fon corps affoibliffent .
Et fa vigueur aneantiffent.
Ce grand coup de defefpere
Fut par fon amour procuré.
E
Il eft rapporté chez Plutarque ,
Homme d'efprit , homme de marque,
Qu'Emilius joune Chaffeur,
Ayant en challant par malheur
Tue fa Femme & belle & riche,
Penfant mettre à mort une Biche,
Fut tonché changeant de couleur
D'une fifenfible douleur,"
Que pour la mettre en évidence,
Et pour punirfon imprudence
-
Dij
'44
Extraordinaire
Sur luy fans aucune pitié ,
Il vangea fa chafte Moitié.
Voilà ce que l'amour fçait faire
Lors qu'il pretend fe fatisfaire .
Nous lifons dans un certain lieu
Qui traite de l'amour de Dieu,
Oeuvre de Saint François de Sales ,
Lu par plus de mille Veſtales ,
Qu'un Gentilhomme Voyageur
Fort devot envers le Sauveur ,
S'attendriffant fur nos Myfteres ,
Quitta fon Pays & fes Freres
Sans fon entreprise éventer ,
Et mit fa joye à visiter ,
Pouffe par
la grace divine ,
Les beaux lieux de la Palestine,
Où reverant avec ferveur
Les divers tourmens du Sauveur,
Et les Theatres memorables
De fes fouffrances adorables,
Il pouffa mille ardens foûpirs
Qui marquoient fes brûlans defirs
Lors qu'il eut noyé de fes larmes
du Mercure Galant,
45.
Ces lieux qui faifoient tous fes charmes,
Eftant dans ce devot ſejour,
Il mourut par un trait d'amour.
Ce fut fur le Mont des Olives
Que de fes douleurs exceffives
Ne pouvant plus fouffrir l'effort ,
Ilfut le butin de la mort ,
S'il faut que mort on vous appelle ,
Paffage à la Vie eternelle .
Heureufe tranfmigration,
Voyage à la fainte Sion .
Enfans d'une aimable détreſſe,
Effets d'une fainte trifteffe ,
Adorables reffentimens ,
Sanglots , douloureux mouvemens
Avouez fans vous méconnoistre
Que c'est l'amour qui vous fit naiftre ,
Mais un amour chafte & divin
Qui n'a rien de fade & de vain
Mais une flame toute pure
Incompatible avec l'ordure.
46
Extraordinaire
Si l'on peut aimer fans jaloufie. -
L n'est presque point de ſaiſon
Où l'amour cede à la raifon ;
La paffion d'aimer trouble mille cervelles,
Elle fait des bourus , des aveugles , des
fous.
Elle fait mefme des jaloux
Qui ne peuvent fouffrir qu'on approcha
leurs belles.
Si par hazard dans leur appartement
İl entre fort innocemment
Un papillon ou quelque mouche ,
Le jaloux inquiet qui tourne tout en mal,
Devenu refveur & farouche,
Veut fçavoir de quel fexe eft ce pauvre.
animal.
**
S'il eft dufeminin fa bonté luy pardonne,
Et le laiffe entrer en riant.
S'il eft du mafculin il l'excite & bâtonne,
Toûjours grondant , toûjours criant.
Ilfaut pour des gens de la forte
Une complaisance bien forte.
du Mercure Galant.
47:
$ 3
Pour fe faire à l'extravagance
D'un homme fi fort hebeté,
C'est peu que de la complaisances ,
On a befoin d'infenfibilité ;
Mais en aimant eft- il poffible
De garder un coeur infenfible ??
03
On a bean dire à cet Amant
Qu'il agit tropfeverement ,
Qu'il faut changer de tablature ;
Il s'obftine à vouloir que fa chere Philis
Avec fes rozes & fes lis,
Ne regarde jamais les hommes qu'en
peinture.
Cela dégoûte étrangement
Et voilà cependant voftre temperament,
Habitans d'Aufonie & de l'Andaloufie,
Tous nefont paspourtant façonnez fur ce
tour ;
Comme on peut vivrefans amour,
On peut aimerfans jalousie.
L.
BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
48 Extraordinaire
De l'Origine des Monftres..
Celuy
qui d'une seule main
Soutient & le Ciel & la Terre,
Celuy qui lance le Tonnerre ,
Par foisfur tout le genre humain,
Celuyfous qui tremblent les Anges,
Celuy de qui les Ckerubins
Les Thrones & les Seraphins
Sans ceffe entonnent les Louanges,
Celuy de qui les plus grands Rois
Adorent l'effence & les Loix
Celuy qui des foux fait des Sages ,
Celuy qui tout fçait , qui tout pent.
Peut fans alterer (es Ouvrages
Faire des Monftres quand il veut.
63
Il en fait parfois pour fa gloire
Comme il fit en l'Aveugle né ,
Guery par le Verbe Incarné.
Ce que nous affurons fur la foy de l'hifoire
A qui nous devons tous la Veneration ,
Eftant
du Mercure Galant.
49
Eftant veritable , eftant fainte.
D'autresfois ilfait par indignation ,
Ce quifait le fujet de noftre jufte crainte.
Ca
Meffieurs les Medecins plus habiles
que moy
Diront furcefujer ce que Secolle en pense
Cependant le défaut ou l'excez de femence
Engendre les Monftres , je croy.
03
Mais pour mieux expliquer les chofes ,
Voyons les naturelles caufes
Quifont voir aux Monftres le jour
Dans ce periffable fejour.
03
Aux productions ordinaires
Plufieurs chofes font neceffaires.
Le tout eftant bien confulté
Laformatricefaculté ,
Cette ingenienfe puissance
Qui travaille parfa prefence ,
Et par qui tout eft difpofe
Dans le Phyfique compofe..
Q. d'Octobre 1685.
E
Extraordinaire
So
Adjoûtez encore la matiere ,
Qui quoy que portion groffiere ,
Fait cependant du bastiment
Le plus folide fondement.
Car de rien rien l'on ne peut faire
Selon l' Axiome vulguaire
Eft-ce tout ? Non il faut de plus
Le receptacle du Fetus ,
Puis aprés le jufte Triage
Et l'indifpenfable affemblage
De quatre maistreffes bontez ,
Quatre premieres qualitez
Le froid , le chaud , le fec , l'humide ,
Sans quoy tout feroit infipide ,
Vn air doux & delicieux
Avec l'influence des Cieux.
Ces cing fecours unis ensemble
Font des merveilles , ce me femble ;
Car la fabrique d'un vray Corps,
Voit les dedans & les débors..
Si l'une de ces chofes manque,
A Paris comme à Salamanque ,
Hors de doute un Monstre fe fait ,
du Mercure Galant.
Au lieu d'un Animal parfait .
Si donc la Vertuformatrice
Eft atteinte de quelque vice,
Eft foible , eft rude , & ne peut pas
Articuler jambes & bras ,
Enforte que tout ſe deſpece,
Il s'en engendre une autre espece ,
In monftreux enfantement ,
Au lieu d'un Homme , unefument ,
Quelqu'autre vile Creature :
Car enfin lorfque la Nature
Ne peut pas bien felonfon gré,
Monter jufqu'au dernier degré
D'artifice & de politeffe :
Où tendoit fa délicateffe .
Elle eft contente en fes efbats,
De defcendre un degré plus bas,
Et de faire voir un defordre
Où devoit regner le bel ordre.
Auffi parfois par ce deffaut ,
Qui meriteroit l'Echaffaut,
On voit le foye au cofté gauche,
La ratte au droit , quelle débauche !
Quelle erreur ! quel aveuglement !
E ij
52
Extraordinaire
C'eft auffi par ce manquement
Que la facultéformatrice ,
Voulant par un fatal caprice ,
Egal pouvoir , égal effort
Former un Enfant vif & fort
Qui fous double Sexe milite
Met au monde un Hermaphrodite,
Quiparfes deux fexes divers
Fait horreur à tout l'Vnivers ,
Comme feroit une Phenomene
Qui mille difgraces amene.
C'eft fous le Regne de Neron ,
Prince inhumain , Prince larron,
Prince amateur de la Cuifine,
Qu'on vid le premier Androgine.
Plus de cent mille Curieux
Ouvrirent la bourse & les yeux
Pour aller voir ce grand (pectacle
Qu'on admiroit comme un miracle ,
Carpour dire la verité
Avec toute fineerité ,
On n'avoit jamais veu dans Rome
Vn demy femme , un demy homme,
Ou plûtoft un objet hydeux
du Mercure Galant. 53
Fait & formé de tous les deux.
SA
Il faut par deffaut de Matiere ,
Que la Nature dégenere,
Et qu'elle demeure en chemin :
Ainfi l' Embryon vient fans main,
Sans jambe , fans cuiffe , oufans tefte ,
Ce qui grand déplaifir aprefte,
Et caufe un mortel defaroy
Quand on ades Monftres chezfoy,
Et qu'on voit affis à fa Table ,
Le modelle d'un Incurable.
*
Que fi par contraire fuccez ,
Nature peche par excez,
On voit des Enfans qui font honte,
Et dont on ne fait pas grand compte .
Des quatre jambes , des trois pieds,
Des Enfans tout eftropiez ,
Deux Chefs & quatre Clavicules.
On les prendroit pour des Hercules ,
Qui vont combattre Gerion
lufques aux portes de Riom .
Cependant ce n'eft rien qui vaille ;
E j
$4
Extraordinaire.
Car deux Enfans de cette taille,
A peine ont-ils jamais veſcu
L'âge d'un demy cart d'écu ,
Les genitures erronnées
Vivant toûjours fort peu d'années.
,
Mais en examinant ce poinct ,
Dites- moy ne pourroit- on point
Tirer la bafque à Nicephore ,
Dont l'Efcrit nous affure encore
Qu'on a veu dans certain Canton
Vn Nain qu'on nommoit Ragolon ,
Cela paffe le vray -femblable ,
Encore plus le veritable,
Petit entre les plus petits
Et pasplus grand' qu'une Perdris ?
RA
,
Que fi dans des heures perduës ,
Les femencesfont confonduës
De deux efpeces d' Animaux
Quece mélange fait de maux!
Que ce mélange pen modefte ,
Eft honteux , eft falle & funefte :
Qu'il marque de fon activité
du Mercure Galant .
$5.
3
Vne bruflante volupté ,
Vn embrafement de Gomorre ,
Vn emportement de Pherore,
Vn fond de fenfualité ,
Qui choque la Divinité.
De ce commerce insupportable
Qu'en peut- il naiftre d'admirable ,
Que des Capripedes cornus ,
Que des Satyres inconnus
Que des affreux hyppocentaures,
Moitié hommes , moitié pecores,
le vid à livre ouvert
Saint Antoine dans fon Défert.
Tels
que
>
Pourquoy dit-on Monftre d' Affrique ,
C'est parce qu'en ce lieu lubrique,
Chaud ardent , brûlé du Soleil ,
Se fait un amasfans pareil
D'Animaux de toutes efpeces
De Lyons , Pantheres , Tygreffes ,
Elephans , Buffles , Leopards
Qui viennent là de toutes parts,
S'affemblant auprés des Rivieres ,
Et des Fontaines les plus claires
.
E iij
56 Extraordinaire
Pour guerir la double chaleur
Qui brûle & confume leur coeur.
C'eft en ce lien que chaque Brutte
Sans choix & fans diftinction,
Sans qu'un mauvais gouft la rebutte,
Appaife avec la foiffon inclination.
Dans cette liberté commune ,
Chaque Animal prend fa cbacune,
Et s'abandonne fans retour
A la pente de fon amour.
De la des Monfires à centaines
S'engrendrent prés de ces Fontaines ,
Qui font qu'on ne peut fans danger
Dans ce noir climat Voyager.
Il n'eft aucun Autheur Claffique
Qui neparle ainfi de l' Affrique.
Si le réceptacle eft eftrait
Plus
que Nature ne voudroit ,
Il s'enfait un Monstre, un prodiges
Deux teftesfortent d'une tige
Ou deux corps n'en compoſent qu'un
Ce qui faierefver un chacun.
De là viennent les Vnipodes
Les Monocules, les Apodes,
du Mercure Galant. 57
Et d'autres Monftres differens,
Les uns morts , les autres mourans ,
Dautres jouiſſant d'une vie
Digne de pitié , non d'envie.
C'est ce que nous ont déclaré
Boiftuan , Vefulle , Paré,
Qui de femblables Creatures ,
Nous ont donné maintes figures.
Quand il arrive meſmement
Quelque notable changement ,
Aux quatre qualitez premieres ,
Plutoft qu'aux quatre fins dernieres.
Un Monftre fefait voir auffi ,
Pline en refte tout éclaircy .
Une éclatante intemperie >
Qui ne peut pas eftre guerie ,
Par tout les remedes de l'Art
Fait par fois qu'on paroift Vieillard ,
Eftant encore à la bavette,
Et faifant encore la difnette.
Semblable Monftre de mon temps
Parut environ le Printemps ,
Non au Climat de l'Aufonie,
58
Extraordinaire
Mais bien dans la Lufitanie.
Un Enfant encore au tetton
Portant de la barbe au menton ,
Mais une barbe une archi-barbe
Plus épaiffe qu'une joubarbe ;
Et nous avons veu dans Paris ,
Où regnent les jeux & les ris ,
Qu'on appelle autrement Lutece,
Une Femme ( elle eftoit Suiffeffe )
Qui portoit jufques fur le fein
Une barbe de Capucin .
Ce qui faifoit dans la Nature
Vne affez plaifante figures
D'où vient cette difformité?
D'abondance , d'humidité ,
Ou d'une chaleur exceffive
Quife trouvant & forte & vive ,
Pouffe au débors des excremens
Qui font d'étranges changemens ,
Et des vapeurs fuligineufes
Pires que des Caliginenfes ,
Qui font an dedans & dehors
Divers effets deffus les Corps.
De fait je veux que l'on me berne
du Mercure Galant. 59
Sil' excel de chaleur interne ,
N'efleve en certaines Saifons
De greffieres exhalaifons ,
Qui jufques au débors pouffees
Et violemment déchaffees ,
Font fortir le poil & les dens
Aux Enfans mefme avant le temps..
80
Adjoutons l'imaginative ,
Puiffance forte & fenfitive ,
Mais bouillante & pleine defeu ,
Qui s'attache & fe fait un jeu
D'imprimer en gros caracteres
Mille Chasteaux , mille chimeres
Sur le Corps du petit Pallot
Dont Lamnias fait le cachot.
Pour entretenir bien cette chofe
Qui Monftres & Prodige caufe,
Il faut fçavoir que l'Embrion
Au temps de fa Conception ,
Eft dans le ventre de fa Mere
D'une auffi flexible matiere ,
Qu'une cira molle , & qu'ilprend
(Ce qui fans doute nous surprend
60 Extraordinaire
Telle impreffion que luy donne
Celle qui le porte en perfonne ,
Si l'experience enfait foy,
On peut bien dire, je le croy .
93
L'Empereur Charles quatrième
Vid defes yeux & par luy-meſme ,
Un grand fujet d'étonnement
Vne espece d'enchantement
Vne Fille non mammeluë
,
Mais par le corps toute veluë ,
Comme un Ours qui n'a rien de beau.
D'où venoit cét objet nouveau ,
D'où procedoit cette avanture ,
En voicy la raifon je jure.
C'eft que fa Mere innocemment
Avoit regardé fixement
Vne image belle , mais trifte ›
Du Précurfeur Saint Iean- Baptifte ,
Du Iourdain , proche un Hameau
Veftu d'une peau de Chameau.
De cet objet la fantaisie
Eftant enyvrée & faifie ,
Deus la femelle Embrion
du Mercure Galant. 61
Avoit fait fon impreffion
De telle forte que Bodille
La defavonoit pourfa Fille ,
Et rejettoit avec fureur ;
Mais il fortit de ſon erreur,
Quand il eut apperceu l'image
Du Saint qui caufa cet Ouvrage.
N'avons- nous pas vû dans Nogent,
Prefque le mefme fans argent.
Vne Fille avecque deux teftes
Propres à faire des conqueftes ,
C'est à dire d'une Beauté
A peindre , & d'une majesté
Propre à faire une Souveraine,
Si l'on fouffre un Monstre fans peine.
D'où venoit la dupplicité
De cette irregularité?
Voicy d'où ; C'est qu'un jour la Mere
Priant Dieu dans un Monaftere,
Avec une diftraction
Qui partageoit fon action ,
Elle jetta quelques aillades
Sur deux teftes d'Anges dorez
62 Extraordinaire
Artiftement élabourez ,
Plaquez deffus une Corniche
Egalement brillante & riche ,
Qui femblent dedans ce faint lieu
S'entrexciter à louer Dieu;
Puis elle eut certain jour de Fefle
Une Pucelle à double tefte.
Qui ne voit la relation
De fon imagination
Avec la chofe imaginée?
Voilà quelle eft la destinée ,
Voilà l'inévitable fort
D'une Femme que je plains fort ,
Qui dans le temps de fa groffeffe
N'eft pas de fon efprit maîtreffe,
Mais s'abandonne impunément
Au cours de fon aveuglement ,
Et ne garde aucune meſure
Pour les yeux pour la pasture. &
69
Mais tâchons de dire comment
Ce monftrueux enfantement,
Eft l'effet de la tyrannie
D'une monstrueufe manie,
du Mercure Galant.
63
t
Et par queis degrez un foetus
Devient effroyable ou perclus .
Degenerant de fon efpece
Ont mutilé de quelques pieces.
Primò. L'imagination
Agit par fon impreffion ,
Puis elle prefente à la Femme
Un objet qui touche fon ame ,
Et le plus fouvent l'abrutit ;
Qui meut la puiſſance matrice
De fon vouloir l'executrice ;
Celle-là dans fes actions
N'executant fes fonctions
Que par les efprits qu'elle mene,
Qu'elle roule, & qu'elle promene
Par tous lesfibres du cerveau ,
Où ces efprits ont leur berceau
Sur lequel cerveau les Phantofmes ,
Moins vifibles que des Atomes ,
Sont gravez plus profondément
Que fur l'or & le diamant ;
Arrive que la Femme groffe,
Prefte affezfouvent de lafoffe,
64
Extraordinaire
Ayant l'imagination
Ou la reprefentation
De ce qu'elle appette & defire.
Les efprits fouples comme cire
Sur qui ce Portrait eft gravé
Avec un gouft fort dépravé ,
Venant à fortir de la lice
Par cette faculté matrice
En fe débandant de leur gros,
Qui garde au cerveau fon repos
Par une espece de Magie
Traifnent aprés eux l'effigie
De ce Phantofme dominant
Qui n'a rien que de furprenant ,
Et cette imperieufe image,
Qui fur le corps marque fa rage ;
Et c'eft-là la gradation
De voftre generation ,
Prodiges qui faites l'injure
Et l'opprobre de la Nature ,
Monftres que dans cet Univers
On n'appercent que de travers.
ཀ
Par fois des Monftres l'origine
du Mercure Galant. 65
Vient de la fuftice divine ,
Juftice aimable en fes bienfaits ,
Mais redoutable en fes effets ,
Mais en fes fugemens terrible ,
Et fouvent incomprehenfible ,
Si bien qu'un Monftre quelquefois
Par fon trifte & factieux minois
Montre prédit comme un Comette
Quelque accident , quelque défaite ,
Une mutation d'Eftat ,
Ou le deftin
Vous don d'un Potentat.
Eclypfes de Nature ,
Vous Oifeaux de mauvaise augure
A moins que Dieu le veuille ainfi ,
Monftres , écartez- vous d'icy.
L.
BouGHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy
SUR LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la
pe.
tite Verole à la Maîtreffe, pour
luy faire voir que la laideur fe
roit incapable de le faire changer
, ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour, que
de luy voir arriver une pareille
difgrace.
Ans le vray, cela me defole ,
Duand
on me vient
parler de petite
verole ,
Ce mal injurieux & plein de cruauté ,
du
Mercure Galant.
39
Qui met en interdit les charmes de Cli
mene.
Fy de cette preuve inhumaine
Qui coufte tant à la beauté.
Eft-ce cherir une Maîtreſſe ,
Eft-ce une marque de tendreffe
Que de luyfouhaiter une infame laideur ?
Il vaut mieux paffer pour Autruche
Que de faire un fouhait fi cruche
Aux dépens d'un Objet qui nous touche
le coeur.
Un Amant fouffre à voir qu'on doute de
fa flame :
Mais fi de fa fidelité
Malgré tout fon amour fa Maitreffe a
douté ,
Pour le moins il fera garanti de tout bläme
,
N'ayant jamais rien ſouhaité
Qui puiffe faire aucun outrage
Aux attraits de ce beau vifage
Dont fon coeurfe trouve enchanté
40 Extraordinaire
Une affection bienfenfée
Doit eftre defintereffée.
Si l'on peut mourir d'amour.
Oute pafion vehemente
Eft pire qu'une fiévre lente s
Car fes paroxifmes font tels
Qu'elle peut mettre dans la Biere ,
Et dans le fond d'un Cimetiere
Le plus vigoureux des mortels.
L'amour eft de cette nature
Quand fon transport eft violent ,
C'est un Miferere , c'est un Trouffegalant
Qui vous met dans la fepulture :
Ce trifte & tenebreux fejour ,
Où l'on n'entre jamais qu'il n'en coûte
la vie.
Si donc l'on peut mourir de colere ou d'envie
,
On
peut
auffi
mourir
d'amour
?
3
Alceste Reynefort jolie ,
1
du Mercure Galant.
41
1
Femme d'un Roy de Theffalie ,
N'eut point de peine à fe priver du jour
Pour fatisfaire à ſon amour.
83
Que diray-je de Cleopatre ,
Dont Antoine fut idolatre ,
Voulut- elle pour un moment
Survivre à fan fidelle Amant ?
Pour le fuivre fa feule envie
Fut de décamper de la vie .
Afpic , vous fuftes l'inftrument
D'un fi fubit décampement.
Que diray-je auffi de Panthée
Qui d'un chaste amour enchantée,
Ayant appris que fon Mary
Eftoir dans la guerre pery's
Se perça fein d'une le fein d'une dague ,
En difant , la Parque j'incague ,"
Et je veux prévenir les coups
Pour me rejoindre à mon Epoux.
Attends-moy , mon cher Abradatte,
Toy qui fus le premier en datte
Ecrit & gravé fur mon coeur ,
Recoy ma mourante langueur-
2. d'Octobre 1685.-
D
412
Extraordinaire
Pour mieux conferver ta memoire.
Je te fuis jufqu'à l'Onde noire..
CA
De vous icy , que dira- t- on,
Illuftre Fille de Caton ,
Genereufe Femme de Brute ?
Portia , vous fuftes la butte
Des plus formidables revers
Qu'on peut craindre dans l'Univers.
Vous perdiftes ce galant Homme
Qui s'efforça d'affranchir Rome,
Mais toujours l'intrepidité
Se rangea de vostre costé.
Auffi, generenfe Romaine ,
'Dont l'Histoire le nom promene ,
Du malheur qui vous outragea,
Un charbon brûlant vous vanges.
Vous fiftes voir, Princeſſe illuftre,
De voftre Sexe le beau luftre ,
Que l'amour reftant dans fon fort ,
Eft auffi puiffant que la mort.
Plautie allant en Idumée
Avec une puiffante Armée,
Fit bien voir qu'il n'eft rien d'égal ,
du Mercure Galant,
43
Au feu de l'amour conjugal;
Car comme au milieu des Batailles
On celebroit les funerailles
De fa Femme , dont la beauté
Avoit tout fon coeur enchanté.
Luy dans un transport erotique
D'un poignard aceré fe pique ,
Se bleffe , fe perce le flanc ,
D'où coulent deux ruiffeaux de fang,
Qui bien toft fon corps affoibliffent .
Et fa vigueur aneantiffent.
Ce grand coup de defefpere
Fut par fon amour procuré.
E
Il eft rapporté chez Plutarque ,
Homme d'efprit , homme de marque,
Qu'Emilius joune Chaffeur,
Ayant en challant par malheur
Tue fa Femme & belle & riche,
Penfant mettre à mort une Biche,
Fut tonché changeant de couleur
D'une fifenfible douleur,"
Que pour la mettre en évidence,
Et pour punirfon imprudence
-
Dij
'44
Extraordinaire
Sur luy fans aucune pitié ,
Il vangea fa chafte Moitié.
Voilà ce que l'amour fçait faire
Lors qu'il pretend fe fatisfaire .
Nous lifons dans un certain lieu
Qui traite de l'amour de Dieu,
Oeuvre de Saint François de Sales ,
Lu par plus de mille Veſtales ,
Qu'un Gentilhomme Voyageur
Fort devot envers le Sauveur ,
S'attendriffant fur nos Myfteres ,
Quitta fon Pays & fes Freres
Sans fon entreprise éventer ,
Et mit fa joye à visiter ,
Pouffe par
la grace divine ,
Les beaux lieux de la Palestine,
Où reverant avec ferveur
Les divers tourmens du Sauveur,
Et les Theatres memorables
De fes fouffrances adorables,
Il pouffa mille ardens foûpirs
Qui marquoient fes brûlans defirs
Lors qu'il eut noyé de fes larmes
du Mercure Galant,
45.
Ces lieux qui faifoient tous fes charmes,
Eftant dans ce devot ſejour,
Il mourut par un trait d'amour.
Ce fut fur le Mont des Olives
Que de fes douleurs exceffives
Ne pouvant plus fouffrir l'effort ,
Ilfut le butin de la mort ,
S'il faut que mort on vous appelle ,
Paffage à la Vie eternelle .
Heureufe tranfmigration,
Voyage à la fainte Sion .
Enfans d'une aimable détreſſe,
Effets d'une fainte trifteffe ,
Adorables reffentimens ,
Sanglots , douloureux mouvemens
Avouez fans vous méconnoistre
Que c'est l'amour qui vous fit naiftre ,
Mais un amour chafte & divin
Qui n'a rien de fade & de vain
Mais une flame toute pure
Incompatible avec l'ordure.
46
Extraordinaire
Si l'on peut aimer fans jaloufie. -
L n'est presque point de ſaiſon
Où l'amour cede à la raifon ;
La paffion d'aimer trouble mille cervelles,
Elle fait des bourus , des aveugles , des
fous.
Elle fait mefme des jaloux
Qui ne peuvent fouffrir qu'on approcha
leurs belles.
Si par hazard dans leur appartement
İl entre fort innocemment
Un papillon ou quelque mouche ,
Le jaloux inquiet qui tourne tout en mal,
Devenu refveur & farouche,
Veut fçavoir de quel fexe eft ce pauvre.
animal.
**
S'il eft dufeminin fa bonté luy pardonne,
Et le laiffe entrer en riant.
S'il eft du mafculin il l'excite & bâtonne,
Toûjours grondant , toûjours criant.
Ilfaut pour des gens de la forte
Une complaisance bien forte.
du Mercure Galant.
47:
$ 3
Pour fe faire à l'extravagance
D'un homme fi fort hebeté,
C'est peu que de la complaisances ,
On a befoin d'infenfibilité ;
Mais en aimant eft- il poffible
De garder un coeur infenfible ??
03
On a bean dire à cet Amant
Qu'il agit tropfeverement ,
Qu'il faut changer de tablature ;
Il s'obftine à vouloir que fa chere Philis
Avec fes rozes & fes lis,
Ne regarde jamais les hommes qu'en
peinture.
Cela dégoûte étrangement
Et voilà cependant voftre temperament,
Habitans d'Aufonie & de l'Andaloufie,
Tous nefont paspourtant façonnez fur ce
tour ;
Comme on peut vivrefans amour,
On peut aimerfans jalousie.
L.
BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
48 Extraordinaire
De l'Origine des Monftres..
Celuy
qui d'une seule main
Soutient & le Ciel & la Terre,
Celuy qui lance le Tonnerre ,
Par foisfur tout le genre humain,
Celuyfous qui tremblent les Anges,
Celuy de qui les Ckerubins
Les Thrones & les Seraphins
Sans ceffe entonnent les Louanges,
Celuy de qui les plus grands Rois
Adorent l'effence & les Loix
Celuy qui des foux fait des Sages ,
Celuy qui tout fçait , qui tout pent.
Peut fans alterer (es Ouvrages
Faire des Monftres quand il veut.
63
Il en fait parfois pour fa gloire
Comme il fit en l'Aveugle né ,
Guery par le Verbe Incarné.
Ce que nous affurons fur la foy de l'hifoire
A qui nous devons tous la Veneration ,
Eftant
du Mercure Galant.
49
Eftant veritable , eftant fainte.
D'autresfois ilfait par indignation ,
Ce quifait le fujet de noftre jufte crainte.
Ca
Meffieurs les Medecins plus habiles
que moy
Diront furcefujer ce que Secolle en pense
Cependant le défaut ou l'excez de femence
Engendre les Monftres , je croy.
03
Mais pour mieux expliquer les chofes ,
Voyons les naturelles caufes
Quifont voir aux Monftres le jour
Dans ce periffable fejour.
03
Aux productions ordinaires
Plufieurs chofes font neceffaires.
Le tout eftant bien confulté
Laformatricefaculté ,
Cette ingenienfe puissance
Qui travaille parfa prefence ,
Et par qui tout eft difpofe
Dans le Phyfique compofe..
Q. d'Octobre 1685.
E
Extraordinaire
So
Adjoûtez encore la matiere ,
Qui quoy que portion groffiere ,
Fait cependant du bastiment
Le plus folide fondement.
Car de rien rien l'on ne peut faire
Selon l' Axiome vulguaire
Eft-ce tout ? Non il faut de plus
Le receptacle du Fetus ,
Puis aprés le jufte Triage
Et l'indifpenfable affemblage
De quatre maistreffes bontez ,
Quatre premieres qualitez
Le froid , le chaud , le fec , l'humide ,
Sans quoy tout feroit infipide ,
Vn air doux & delicieux
Avec l'influence des Cieux.
Ces cing fecours unis ensemble
Font des merveilles , ce me femble ;
Car la fabrique d'un vray Corps,
Voit les dedans & les débors..
Si l'une de ces chofes manque,
A Paris comme à Salamanque ,
Hors de doute un Monstre fe fait ,
du Mercure Galant.
Au lieu d'un Animal parfait .
Si donc la Vertuformatrice
Eft atteinte de quelque vice,
Eft foible , eft rude , & ne peut pas
Articuler jambes & bras ,
Enforte que tout ſe deſpece,
Il s'en engendre une autre espece ,
In monftreux enfantement ,
Au lieu d'un Homme , unefument ,
Quelqu'autre vile Creature :
Car enfin lorfque la Nature
Ne peut pas bien felonfon gré,
Monter jufqu'au dernier degré
D'artifice & de politeffe :
Où tendoit fa délicateffe .
Elle eft contente en fes efbats,
De defcendre un degré plus bas,
Et de faire voir un defordre
Où devoit regner le bel ordre.
Auffi parfois par ce deffaut ,
Qui meriteroit l'Echaffaut,
On voit le foye au cofté gauche,
La ratte au droit , quelle débauche !
Quelle erreur ! quel aveuglement !
E ij
52
Extraordinaire
C'eft auffi par ce manquement
Que la facultéformatrice ,
Voulant par un fatal caprice ,
Egal pouvoir , égal effort
Former un Enfant vif & fort
Qui fous double Sexe milite
Met au monde un Hermaphrodite,
Quiparfes deux fexes divers
Fait horreur à tout l'Vnivers ,
Comme feroit une Phenomene
Qui mille difgraces amene.
C'eft fous le Regne de Neron ,
Prince inhumain , Prince larron,
Prince amateur de la Cuifine,
Qu'on vid le premier Androgine.
Plus de cent mille Curieux
Ouvrirent la bourse & les yeux
Pour aller voir ce grand (pectacle
Qu'on admiroit comme un miracle ,
Carpour dire la verité
Avec toute fineerité ,
On n'avoit jamais veu dans Rome
Vn demy femme , un demy homme,
Ou plûtoft un objet hydeux
du Mercure Galant. 53
Fait & formé de tous les deux.
SA
Il faut par deffaut de Matiere ,
Que la Nature dégenere,
Et qu'elle demeure en chemin :
Ainfi l' Embryon vient fans main,
Sans jambe , fans cuiffe , oufans tefte ,
Ce qui grand déplaifir aprefte,
Et caufe un mortel defaroy
Quand on ades Monftres chezfoy,
Et qu'on voit affis à fa Table ,
Le modelle d'un Incurable.
*
Que fi par contraire fuccez ,
Nature peche par excez,
On voit des Enfans qui font honte,
Et dont on ne fait pas grand compte .
Des quatre jambes , des trois pieds,
Des Enfans tout eftropiez ,
Deux Chefs & quatre Clavicules.
On les prendroit pour des Hercules ,
Qui vont combattre Gerion
lufques aux portes de Riom .
Cependant ce n'eft rien qui vaille ;
E j
$4
Extraordinaire.
Car deux Enfans de cette taille,
A peine ont-ils jamais veſcu
L'âge d'un demy cart d'écu ,
Les genitures erronnées
Vivant toûjours fort peu d'années.
,
Mais en examinant ce poinct ,
Dites- moy ne pourroit- on point
Tirer la bafque à Nicephore ,
Dont l'Efcrit nous affure encore
Qu'on a veu dans certain Canton
Vn Nain qu'on nommoit Ragolon ,
Cela paffe le vray -femblable ,
Encore plus le veritable,
Petit entre les plus petits
Et pasplus grand' qu'une Perdris ?
RA
,
Que fi dans des heures perduës ,
Les femencesfont confonduës
De deux efpeces d' Animaux
Quece mélange fait de maux!
Que ce mélange pen modefte ,
Eft honteux , eft falle & funefte :
Qu'il marque de fon activité
du Mercure Galant .
$5.
3
Vne bruflante volupté ,
Vn embrafement de Gomorre ,
Vn emportement de Pherore,
Vn fond de fenfualité ,
Qui choque la Divinité.
De ce commerce insupportable
Qu'en peut- il naiftre d'admirable ,
Que des Capripedes cornus ,
Que des Satyres inconnus
Que des affreux hyppocentaures,
Moitié hommes , moitié pecores,
le vid à livre ouvert
Saint Antoine dans fon Défert.
Tels
que
>
Pourquoy dit-on Monftre d' Affrique ,
C'est parce qu'en ce lieu lubrique,
Chaud ardent , brûlé du Soleil ,
Se fait un amasfans pareil
D'Animaux de toutes efpeces
De Lyons , Pantheres , Tygreffes ,
Elephans , Buffles , Leopards
Qui viennent là de toutes parts,
S'affemblant auprés des Rivieres ,
Et des Fontaines les plus claires
.
E iij
56 Extraordinaire
Pour guerir la double chaleur
Qui brûle & confume leur coeur.
C'eft en ce lien que chaque Brutte
Sans choix & fans diftinction,
Sans qu'un mauvais gouft la rebutte,
Appaife avec la foiffon inclination.
Dans cette liberté commune ,
Chaque Animal prend fa cbacune,
Et s'abandonne fans retour
A la pente de fon amour.
De la des Monfires à centaines
S'engrendrent prés de ces Fontaines ,
Qui font qu'on ne peut fans danger
Dans ce noir climat Voyager.
Il n'eft aucun Autheur Claffique
Qui neparle ainfi de l' Affrique.
Si le réceptacle eft eftrait
Plus
que Nature ne voudroit ,
Il s'enfait un Monstre, un prodiges
Deux teftesfortent d'une tige
Ou deux corps n'en compoſent qu'un
Ce qui faierefver un chacun.
De là viennent les Vnipodes
Les Monocules, les Apodes,
du Mercure Galant. 57
Et d'autres Monftres differens,
Les uns morts , les autres mourans ,
Dautres jouiſſant d'une vie
Digne de pitié , non d'envie.
C'est ce que nous ont déclaré
Boiftuan , Vefulle , Paré,
Qui de femblables Creatures ,
Nous ont donné maintes figures.
Quand il arrive meſmement
Quelque notable changement ,
Aux quatre qualitez premieres ,
Plutoft qu'aux quatre fins dernieres.
Un Monftre fefait voir auffi ,
Pline en refte tout éclaircy .
Une éclatante intemperie >
Qui ne peut pas eftre guerie ,
Par tout les remedes de l'Art
Fait par fois qu'on paroift Vieillard ,
Eftant encore à la bavette,
Et faifant encore la difnette.
Semblable Monftre de mon temps
Parut environ le Printemps ,
Non au Climat de l'Aufonie,
58
Extraordinaire
Mais bien dans la Lufitanie.
Un Enfant encore au tetton
Portant de la barbe au menton ,
Mais une barbe une archi-barbe
Plus épaiffe qu'une joubarbe ;
Et nous avons veu dans Paris ,
Où regnent les jeux & les ris ,
Qu'on appelle autrement Lutece,
Une Femme ( elle eftoit Suiffeffe )
Qui portoit jufques fur le fein
Une barbe de Capucin .
Ce qui faifoit dans la Nature
Vne affez plaifante figures
D'où vient cette difformité?
D'abondance , d'humidité ,
Ou d'une chaleur exceffive
Quife trouvant & forte & vive ,
Pouffe au débors des excremens
Qui font d'étranges changemens ,
Et des vapeurs fuligineufes
Pires que des Caliginenfes ,
Qui font an dedans & dehors
Divers effets deffus les Corps.
De fait je veux que l'on me berne
du Mercure Galant. 59
Sil' excel de chaleur interne ,
N'efleve en certaines Saifons
De greffieres exhalaifons ,
Qui jufques au débors pouffees
Et violemment déchaffees ,
Font fortir le poil & les dens
Aux Enfans mefme avant le temps..
80
Adjoutons l'imaginative ,
Puiffance forte & fenfitive ,
Mais bouillante & pleine defeu ,
Qui s'attache & fe fait un jeu
D'imprimer en gros caracteres
Mille Chasteaux , mille chimeres
Sur le Corps du petit Pallot
Dont Lamnias fait le cachot.
Pour entretenir bien cette chofe
Qui Monftres & Prodige caufe,
Il faut fçavoir que l'Embrion
Au temps de fa Conception ,
Eft dans le ventre de fa Mere
D'une auffi flexible matiere ,
Qu'une cira molle , & qu'ilprend
(Ce qui fans doute nous surprend
60 Extraordinaire
Telle impreffion que luy donne
Celle qui le porte en perfonne ,
Si l'experience enfait foy,
On peut bien dire, je le croy .
93
L'Empereur Charles quatrième
Vid defes yeux & par luy-meſme ,
Un grand fujet d'étonnement
Vne espece d'enchantement
Vne Fille non mammeluë
,
Mais par le corps toute veluë ,
Comme un Ours qui n'a rien de beau.
D'où venoit cét objet nouveau ,
D'où procedoit cette avanture ,
En voicy la raifon je jure.
C'eft que fa Mere innocemment
Avoit regardé fixement
Vne image belle , mais trifte ›
Du Précurfeur Saint Iean- Baptifte ,
Du Iourdain , proche un Hameau
Veftu d'une peau de Chameau.
De cet objet la fantaisie
Eftant enyvrée & faifie ,
Deus la femelle Embrion
du Mercure Galant. 61
Avoit fait fon impreffion
De telle forte que Bodille
La defavonoit pourfa Fille ,
Et rejettoit avec fureur ;
Mais il fortit de ſon erreur,
Quand il eut apperceu l'image
Du Saint qui caufa cet Ouvrage.
N'avons- nous pas vû dans Nogent,
Prefque le mefme fans argent.
Vne Fille avecque deux teftes
Propres à faire des conqueftes ,
C'est à dire d'une Beauté
A peindre , & d'une majesté
Propre à faire une Souveraine,
Si l'on fouffre un Monstre fans peine.
D'où venoit la dupplicité
De cette irregularité?
Voicy d'où ; C'est qu'un jour la Mere
Priant Dieu dans un Monaftere,
Avec une diftraction
Qui partageoit fon action ,
Elle jetta quelques aillades
Sur deux teftes d'Anges dorez
62 Extraordinaire
Artiftement élabourez ,
Plaquez deffus une Corniche
Egalement brillante & riche ,
Qui femblent dedans ce faint lieu
S'entrexciter à louer Dieu;
Puis elle eut certain jour de Fefle
Une Pucelle à double tefte.
Qui ne voit la relation
De fon imagination
Avec la chofe imaginée?
Voilà quelle eft la destinée ,
Voilà l'inévitable fort
D'une Femme que je plains fort ,
Qui dans le temps de fa groffeffe
N'eft pas de fon efprit maîtreffe,
Mais s'abandonne impunément
Au cours de fon aveuglement ,
Et ne garde aucune meſure
Pour les yeux pour la pasture. &
69
Mais tâchons de dire comment
Ce monftrueux enfantement,
Eft l'effet de la tyrannie
D'une monstrueufe manie,
du Mercure Galant.
63
t
Et par queis degrez un foetus
Devient effroyable ou perclus .
Degenerant de fon efpece
Ont mutilé de quelques pieces.
Primò. L'imagination
Agit par fon impreffion ,
Puis elle prefente à la Femme
Un objet qui touche fon ame ,
Et le plus fouvent l'abrutit ;
Qui meut la puiſſance matrice
De fon vouloir l'executrice ;
Celle-là dans fes actions
N'executant fes fonctions
Que par les efprits qu'elle mene,
Qu'elle roule, & qu'elle promene
Par tous lesfibres du cerveau ,
Où ces efprits ont leur berceau
Sur lequel cerveau les Phantofmes ,
Moins vifibles que des Atomes ,
Sont gravez plus profondément
Que fur l'or & le diamant ;
Arrive que la Femme groffe,
Prefte affezfouvent de lafoffe,
64
Extraordinaire
Ayant l'imagination
Ou la reprefentation
De ce qu'elle appette & defire.
Les efprits fouples comme cire
Sur qui ce Portrait eft gravé
Avec un gouft fort dépravé ,
Venant à fortir de la lice
Par cette faculté matrice
En fe débandant de leur gros,
Qui garde au cerveau fon repos
Par une espece de Magie
Traifnent aprés eux l'effigie
De ce Phantofme dominant
Qui n'a rien que de furprenant ,
Et cette imperieufe image,
Qui fur le corps marque fa rage ;
Et c'eft-là la gradation
De voftre generation ,
Prodiges qui faites l'injure
Et l'opprobre de la Nature ,
Monftres que dans cet Univers
On n'appercent que de travers.
ཀ
Par fois des Monftres l'origine
du Mercure Galant. 65
Vient de la fuftice divine ,
Juftice aimable en fes bienfaits ,
Mais redoutable en fes effets ,
Mais en fes fugemens terrible ,
Et fouvent incomprehenfible ,
Si bien qu'un Monftre quelquefois
Par fon trifte & factieux minois
Montre prédit comme un Comette
Quelque accident , quelque défaite ,
Une mutation d'Eftat ,
Ou le deftin
Vous don d'un Potentat.
Eclypfes de Nature ,
Vous Oifeaux de mauvaise augure
A moins que Dieu le veuille ainfi ,
Monftres , écartez- vous d'icy.
L.
BouGHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
Le texte 'Sentimens sur les questions du dernier Extraordinaire' examine divers aspects de l'amour et ses manifestations extrêmes. Il critique la jalousie excessive, qualifiée d'inhumaine, et discute de la possibilité de mourir d'amour, citant des exemples historiques tels qu'Alceste Reinefort, Cléopâtre, Portia, et Plautie. Il mentionne également des cas où l'amour pousse à des actes extrêmes, comme le suicide d'Émilie après un accident fatal. Un gentilhomme dévot, mourant d'amour sur le Mont des Oliviers après un pèlerinage, illustre comment même un amour chaste peut provoquer des émotions intenses et irrationnelles. Le texte, issu du 'Mercure Galant', est divisé en plusieurs sections. La première décrit la jalousie excessive d'un homme envers sa partenaire, comparée à un papillon ou une mouche entrant dans leur appartement. La deuxième section traite de la création des monstres par Dieu, soit pour Sa gloire, soit par indignation, et souligne l'importance des facteurs naturels pour la formation correcte des êtres humains. La troisième section explique que les monstres apparaissent lorsque ces facteurs sont absents ou en excès, citant des exemples de malformations. Le texte aborde également la brièveté de la vie des enfants malformés et pose des questions sur les conclusions tirées de cas exceptionnels. Il traite des monstres et anomalies naturelles, souvent attribués à des mélanges contre nature ou à des influences extérieures pendant la grossesse. Des exemples incluent des unions contre nature entre espèces animales et des monstres africains. Il explore les causes possibles des monstres humains, comme les excès de chaleur, d'humidité ou d'imagination maternelle, et mentionne des cas historiques spécifiques. Le texte conclut en soulignant l'influence de l'imagination maternelle sur la formation des monstres, considérés comme des oiseaux de mauvais augure.
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471
p. 88-92
RONDEAU.
Début :
Si l'on peut aimer sans être estre jaloux. / SAns jalousie & sans tourment [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amour, Rival, Haine, Amant, Décès, Maîtresse, Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
Si l'on peut aimer fans eftre jaloux
.
RONDE A U.
Ans jalonfie & fans tourment
L'on n'aime pas parfaitement .
Dis- moy , verrois- tu bien , Philéne ,
Tircis aux pieds de Celimene,
Sans un jaloux emportement ?
Alors qu'un rival eſt charmant ,
Nous le voyons malaiſément ,
Rendre vifite à noftre Reine,
Sans jaloufie.
Quelqu'un va dire en ce moment :
Vous ignorez apparemment
Qu'un jaloux eft digne de haine ?
Mais je luy répondray fans peine:
Il eft vray, mais eft - on Amant
Sans jaloufie?
C. F. LOURDET ,
du quartier de la Place Maubert .
du Mercure Galant. 89
Si l'on
A
peut mourir d'amour.
Imer & n'eftre pás aimé
De l'objet qui nous tient charmé,
Jadis nous mettoit à la gehenne.
L'un & l'autre Sexe aujourd'huy
Sur le moindre fujet rompt la plus belle
chaine
Sans en fentir le moindre ennuy.
Non, certes , ce n'est plus la mode
D'aller chez les defunts pour avoir trop
-
d'amour,
Et la maxime eft incommode
D'aimer à prefent plus d'un jour.
Que deux Amans , d'une pudique flame
S'aiment , fans partager leur ame ;
Cela pourra fe rencontrer ,
Mais difficilement pourroit- on le montrer.`
Que cela foit ! ils goûtent avec joye
Tous les plaifirs que l'amour peutfoufl'on
croye
frir,
Mais il nefaut pas que
Qu'ils en puiffent mourir.
Q. d'Octobre 1685.
H
90 Extraordinaire
Que l'on n'appelle point cecy Rodomentade
:
Philis , dont je fais tant de cas,
S'éloigne , & je me vois privé de fes
appas.
Je l'aime , j'en feray malade ,
Mais je n'en mouray pas.
Le mefme.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petiteverole
à fa Maiftreffe , pour luy
faire voir que la laideur feroit incapable
de le faire changer ; ou
celuy qui aime mieux qu'elle doute
de fon amour , que de luy voir
arriver une pareille difgrace..
Souhaiter
qu'un malheur accable in
Cloris ,
Qui terniffe fon teint & grave fon vifage
;
Afin de luy prouver que la Rofe & le
Lys
$
du Mercure Galant.
91*
Les amours & les ris
Oni d'ordinaire accompagnent fon âge ,
Ye tempefcheroient pas , Daphnis , d'es
ftre volage,
Et qu'une future laideur
Ne luy ravira point ton coeur ;
Le but eft affez bon , mais l'épreuve eſt
mauvaiſe ;
Cher amy , c'eft aimer ensemble & n'ai²
mer pas.
Cloris ayant perdu prefque tous fes apapas
,
Qu'encore elle te plaiſe ,
C'eft eftre amant ;
Mais voir fouffrir ce que l'on aime
Unfeul moment,
Sans en reffentir du tourment ,
4
Cela n'eft plus amour , c'eft la cruanté é
mesme.
Pour moy, fi de mes feux Phili's vou--
loit douter
Fe la laifferois dans le doute ;
Et j'aime bien mieux qu'il me coûter
Quelques Soupirs , que jamais fouhaiters
Hij
29
Extraordinaire
Que la Belle , pour me connêtre,
Ait quelque mal que ce puiffe eftre:
Le meſme .
.
RONDE A U.
Ans jalonfie & fans tourment
L'on n'aime pas parfaitement .
Dis- moy , verrois- tu bien , Philéne ,
Tircis aux pieds de Celimene,
Sans un jaloux emportement ?
Alors qu'un rival eſt charmant ,
Nous le voyons malaiſément ,
Rendre vifite à noftre Reine,
Sans jaloufie.
Quelqu'un va dire en ce moment :
Vous ignorez apparemment
Qu'un jaloux eft digne de haine ?
Mais je luy répondray fans peine:
Il eft vray, mais eft - on Amant
Sans jaloufie?
C. F. LOURDET ,
du quartier de la Place Maubert .
du Mercure Galant. 89
Si l'on
A
peut mourir d'amour.
Imer & n'eftre pás aimé
De l'objet qui nous tient charmé,
Jadis nous mettoit à la gehenne.
L'un & l'autre Sexe aujourd'huy
Sur le moindre fujet rompt la plus belle
chaine
Sans en fentir le moindre ennuy.
Non, certes , ce n'est plus la mode
D'aller chez les defunts pour avoir trop
-
d'amour,
Et la maxime eft incommode
D'aimer à prefent plus d'un jour.
Que deux Amans , d'une pudique flame
S'aiment , fans partager leur ame ;
Cela pourra fe rencontrer ,
Mais difficilement pourroit- on le montrer.`
Que cela foit ! ils goûtent avec joye
Tous les plaifirs que l'amour peutfoufl'on
croye
frir,
Mais il nefaut pas que
Qu'ils en puiffent mourir.
Q. d'Octobre 1685.
H
90 Extraordinaire
Que l'on n'appelle point cecy Rodomentade
:
Philis , dont je fais tant de cas,
S'éloigne , & je me vois privé de fes
appas.
Je l'aime , j'en feray malade ,
Mais je n'en mouray pas.
Le mefme.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petiteverole
à fa Maiftreffe , pour luy
faire voir que la laideur feroit incapable
de le faire changer ; ou
celuy qui aime mieux qu'elle doute
de fon amour , que de luy voir
arriver une pareille difgrace..
Souhaiter
qu'un malheur accable in
Cloris ,
Qui terniffe fon teint & grave fon vifage
;
Afin de luy prouver que la Rofe & le
Lys
$
du Mercure Galant.
91*
Les amours & les ris
Oni d'ordinaire accompagnent fon âge ,
Ye tempefcheroient pas , Daphnis , d'es
ftre volage,
Et qu'une future laideur
Ne luy ravira point ton coeur ;
Le but eft affez bon , mais l'épreuve eſt
mauvaiſe ;
Cher amy , c'eft aimer ensemble & n'ai²
mer pas.
Cloris ayant perdu prefque tous fes apapas
,
Qu'encore elle te plaiſe ,
C'eft eftre amant ;
Mais voir fouffrir ce que l'on aime
Unfeul moment,
Sans en reffentir du tourment ,
4
Cela n'eft plus amour , c'eft la cruanté é
mesme.
Pour moy, fi de mes feux Phili's vou--
loit douter
Fe la laifferois dans le doute ;
Et j'aime bien mieux qu'il me coûter
Quelques Soupirs , que jamais fouhaiters
Hij
29
Extraordinaire
Que la Belle , pour me connêtre,
Ait quelque mal que ce puiffe eftre:
Le meſme .
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Résumé : RONDEAU.
Le texte explore les relations entre amour et jalousie. Il affirme que l'amour parfait inclut une certaine dose de jalousie. Philène est interrogé sur sa réaction face à Tircis visitant Célimène, soulignant la difficulté de rester indifférent devant un rival. La jalousie, bien que détestable, est considérée comme intrinsèque à l'amour. Le texte aborde aussi l'amour non partagé et la tendance actuelle aux relations éphémères, critiquant l'absence d'engagement profond entre amants. Une anecdote mentionne un amant souhaitant la petite vérole à sa maîtresse pour prouver son amour, contrastant avec celui qui préfère que sa bien-aimée doute de son amour plutôt que de lui voir subir un malheur. Le texte discute ensuite de l'amour et de la fidélité, illustrant la cruauté de souhaiter du mal à l'être aimé pour tester son amour. Il conclut en préférant les soupirs d'amour à la volonté de nuire à la personne aimée.
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472
p. 92
I.
Début :
Voicy les Explications qui m'ont esté envoyées en Vers, / La Feüille de Papier, comme on voit tous les jours, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
Voicy les Explications qui m'ont
efté envoyées en Vers , fur les deux
Enigmes du mois de Septembre, dont
les mots eftoient Uue Feuille de Papier
, & une Rame de Papier.
L
"
I.
A Feüille de Papier , comme on
voit tous les jours ,
Acentfortes de gens eft d'un tres-grand
Secours ;
Pour garder un fecret elle eft meſme d'u
Sage,
La mettant fur un pied de diminution
Mais ne comptez pas trop fur fa difcretion
, .
Car elle peut trahirfi l'on ne fe ménages
L. BOUCHET,
ancien Curé de Nogent le R
efté envoyées en Vers , fur les deux
Enigmes du mois de Septembre, dont
les mots eftoient Uue Feuille de Papier
, & une Rame de Papier.
L
"
I.
A Feüille de Papier , comme on
voit tous les jours ,
Acentfortes de gens eft d'un tres-grand
Secours ;
Pour garder un fecret elle eft meſme d'u
Sage,
La mettant fur un pied de diminution
Mais ne comptez pas trop fur fa difcretion
, .
Car elle peut trahirfi l'on ne fe ménages
L. BOUCHET,
ancien Curé de Nogent le R
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473
p. 93
II.
Début :
Quelle est donc cette Dame avec ces avantages, [...]
Mots clefs :
Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
II.
Velle eft donc cette Dame avec ces
avantages ,
Avec ce train pompeux , avecque ces.cent
Pages,
Dont l'égale beauté ne fe peut copier ,
Son merite éclatant fait parmy nous figure,
L'on entrevoit par fois fon nom dans le
Mercure ,
Cependant ce n'eft rien qu'une Main de
Papier.
Le mefme.
Velle eft donc cette Dame avec ces
avantages ,
Avec ce train pompeux , avecque ces.cent
Pages,
Dont l'égale beauté ne fe peut copier ,
Son merite éclatant fait parmy nous figure,
L'on entrevoit par fois fon nom dans le
Mercure ,
Cependant ce n'eft rien qu'une Main de
Papier.
Le mefme.
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474
p. 96
VI.
Début :
De vos Enigmes, sans effort, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : VI.
VI.
du Havre.
E vos Enigmes , fans effort ,
L'ay pénetré le miftere d'abord,
Et j'aurois mis en Vers le mot de la premiere
,
Sur une Feuille de Papier.
Mais , pour en pouvoirfaire autant de la
derniere ,
Il m'auroit falu , fans quartier ,
En employer du moins une Main toute
entiere.
Le petit Colin de Peshiviers.
du Havre.
E vos Enigmes , fans effort ,
L'ay pénetré le miftere d'abord,
Et j'aurois mis en Vers le mot de la premiere
,
Sur une Feuille de Papier.
Mais , pour en pouvoirfaire autant de la
derniere ,
Il m'auroit falu , fans quartier ,
En employer du moins une Main toute
entiere.
Le petit Colin de Peshiviers.
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475
p. 97
VII.
Début :
Ovy, je le soûtiendray, ces Enigmes de chien [...]
Mots clefs :
Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VII.
VII.
vy, je lefoûtiendray , ces Enigmes
de chien
Ne font qu'un embarras où l'on ne comprend
rien ,
S'écria certainfat , laffè de les relire .
Lefolaftre Colin , qui les leur à fon tour,
Luy dit , en fe paſmant de rire ,
Et moy , je les foûtiens plus claires que le
jour ,
Ton foible efprit torp toft fe rebutte &
s'irrite.
L'une nous fait entendre , en termes fort
exprés,
Qu'en une Feüille tres -petite ,
Qui parloit de ton merite ,
Laifferoit du blanc de relais .
L'autre que de tes faits de fot & de beneft,
On pourroit remplir fort à l'aise ,
Vne Main de Papier à Thêfe.
Q. d'Octobre 1685.
Le mefine .
vy, je lefoûtiendray , ces Enigmes
de chien
Ne font qu'un embarras où l'on ne comprend
rien ,
S'écria certainfat , laffè de les relire .
Lefolaftre Colin , qui les leur à fon tour,
Luy dit , en fe paſmant de rire ,
Et moy , je les foûtiens plus claires que le
jour ,
Ton foible efprit torp toft fe rebutte &
s'irrite.
L'une nous fait entendre , en termes fort
exprés,
Qu'en une Feüille tres -petite ,
Qui parloit de ton merite ,
Laifferoit du blanc de relais .
L'autre que de tes faits de fot & de beneft,
On pourroit remplir fort à l'aise ,
Vne Main de Papier à Thêfe.
Q. d'Octobre 1685.
Le mefine .
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Résumé : VII.
Un dialogue oppose deux personnages sur des énigmes. L'un les trouve confuses, l'autre, Colin, les juge claires. Colin cite deux énigmes : une feuille minuscule discutant du mérite de quelqu'un et laissant du blanc pour des relais, et des actions remplissant une main de papier à thé. Le texte est daté du 16 octobre 1685 et signé 'Le mefine'.
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476
p. 100-101
X.
Début :
Deux Autheurs voulant à l'envy [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : X.
X.
Deux Autheurs voulant à l'envy
Louer du Roy le Regne & la Puiffance,
Les Actions & la Magnificence ,
Le dernier jourfe firent un deffy ;
L'un dit d'abord, ' a vifte , qu'on m'apporte
Vne Feuille de grand Papier.
L'autre à l'inftant qu'un mefme zele emporte
,
Dit, il m'enfaut un gros cabier,
Et j'ay dequoy le remplir tout entier
D'éloges de plus d'une forte. "
Farrivay pendant leurs débats ,
Et leur dis , mes amis , fi vous me voulez
croire
Vous ne vous ferez point là- deſſus d'embaras.
du Mercure Galant.
ΙΟΙ
Sila Main de Papièr mefme ne fuffit pas
Pour ébaucher du Roy le merite & la
gloire,
La Feuille & le Cahier ne fuffirent jamais
Pour contenir le moindre de fesfaits.
Le Rival du petit Colin
de Pithiviers.
Deux Autheurs voulant à l'envy
Louer du Roy le Regne & la Puiffance,
Les Actions & la Magnificence ,
Le dernier jourfe firent un deffy ;
L'un dit d'abord, ' a vifte , qu'on m'apporte
Vne Feuille de grand Papier.
L'autre à l'inftant qu'un mefme zele emporte
,
Dit, il m'enfaut un gros cabier,
Et j'ay dequoy le remplir tout entier
D'éloges de plus d'une forte. "
Farrivay pendant leurs débats ,
Et leur dis , mes amis , fi vous me voulez
croire
Vous ne vous ferez point là- deſſus d'embaras.
du Mercure Galant.
ΙΟΙ
Sila Main de Papièr mefme ne fuffit pas
Pour ébaucher du Roy le merite & la
gloire,
La Feuille & le Cahier ne fuffirent jamais
Pour contenir le moindre de fesfaits.
Le Rival du petit Colin
de Pithiviers.
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Résumé : X.
Deux auteurs rivalisent pour louer le roi, son règne et ses actions. Le premier veut une grande feuille, le second un gros cahier. Farrivay intervient, affirmant qu'aucun support ne suffirait à contenir tous les mérites et exploits royaux, soulignant ainsi leur immensité.
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477
p. 101-102
XI.
Début :
Ces jours passez un Orateur [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : XI.
XI.
CEs jours paffex un Orateur
Que l'on avoit choifi pour la plus belle
langue ,
Ne
Vonlant au Roy faire Harangue ,
put dire un feul mot , tant il avoit
de peur ;
Il demeura comme une fouche ,
A peine ilput ouvrir la bouche.
La grande Majefté du Roy
Luy pouvoit donner de l'effroy ;
Il eftoit pourtant habile homme,
On l'affeure ,fans qu'on le nomme.
Cependant des le lendemain
I iij
102
Extraordinaire
Vn Colporteur aſſez matin ,
De ces gens que l'on voit ne chercher
que l'utile,
Va criant dans toute la Ville ,
*
La Harangue d'un tel .... faite à Sa
Majefté.
Comme on la croyoit fort bienfaite
Chacun en veut avoir par curiofité ,
Tout le monde y court & l'achete ,
On croyoit que l'Autheur pour ſe fairė
eftimer,
Pour reparation l'avoitfait imprimer,
Tons difent, bienfurpris, de voir la tromperie,
Ce n'est que Papier blanc, on n'y voit rien
d'écrit ,
Auffi dit celuy qui le crie ,
Le Harangueur n'a-t- il rien dit.
Hermophile d'Antifer.
CEs jours paffex un Orateur
Que l'on avoit choifi pour la plus belle
langue ,
Ne
Vonlant au Roy faire Harangue ,
put dire un feul mot , tant il avoit
de peur ;
Il demeura comme une fouche ,
A peine ilput ouvrir la bouche.
La grande Majefté du Roy
Luy pouvoit donner de l'effroy ;
Il eftoit pourtant habile homme,
On l'affeure ,fans qu'on le nomme.
Cependant des le lendemain
I iij
102
Extraordinaire
Vn Colporteur aſſez matin ,
De ces gens que l'on voit ne chercher
que l'utile,
Va criant dans toute la Ville ,
*
La Harangue d'un tel .... faite à Sa
Majefté.
Comme on la croyoit fort bienfaite
Chacun en veut avoir par curiofité ,
Tout le monde y court & l'achete ,
On croyoit que l'Autheur pour ſe fairė
eftimer,
Pour reparation l'avoitfait imprimer,
Tons difent, bienfurpris, de voir la tromperie,
Ce n'est que Papier blanc, on n'y voit rien
d'écrit ,
Auffi dit celuy qui le crie ,
Le Harangueur n'a-t- il rien dit.
Hermophile d'Antifer.
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Résumé : XI.
Un orateur, reconnu pour son éloquence, reste muet lors d'une harangue au roi à cause de la peur. Le lendemain, un colporteur vend une prétendue harangue qui s'avère être une feuille blanche. Les acheteurs, déçus, comprennent que l'orateur n'a rien dit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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478
p. 103-104
XIII.
Début :
Pourrions-nous dans ce mois observer le silence, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XIII.
XIII.
Ourrions-nous dans ce mois obſerver
le filence , pow
Sans paffer pour des negligeans ,
Aprés tous les foins obligens
Que le divin Courier a mis en évidence?
Non , fans doute , on auroit à dos tout
l'Univers ,
Si l'on ne formoit quelques Vers,
Sur l'explication de fes belles Enigmes :
Ses plaintes feroient legitimes ,
On ne fçauroit me le nier ,
Puifque par deux Nymphes charmantes
,
I iiij
04
Extraordinaire
Spirituelles & galantes,
Il nous fait donner du Papier ,
L'une en offre une Feüille , & l'autre une
Main ample:
C'est déquoy s'exercer fur differens fujets
;
LOVIS noftre grand Roy , digne de plus
d'un Temple ,
Suffit pour nous fournir mille doctes projets
,
> Soit en faisant paflir le Croiffant de
l'Afrique :
Soit en mettant l'Hydre François
Dans les derniers abois ;
On pour avoir rendu l'Europe pacifique,
Enfin par tous les beaux endroits
De fon Ame heroïque.
Ainfi donc , que chacun plein d'une noble
ardeur
Se difpofe de bonne grace
A demander les talens du Parnaffe,
Pour louer comme il faut cet aimable
Vainqueur.
Alcidor du Havre
Ourrions-nous dans ce mois obſerver
le filence , pow
Sans paffer pour des negligeans ,
Aprés tous les foins obligens
Que le divin Courier a mis en évidence?
Non , fans doute , on auroit à dos tout
l'Univers ,
Si l'on ne formoit quelques Vers,
Sur l'explication de fes belles Enigmes :
Ses plaintes feroient legitimes ,
On ne fçauroit me le nier ,
Puifque par deux Nymphes charmantes
,
I iiij
04
Extraordinaire
Spirituelles & galantes,
Il nous fait donner du Papier ,
L'une en offre une Feüille , & l'autre une
Main ample:
C'est déquoy s'exercer fur differens fujets
;
LOVIS noftre grand Roy , digne de plus
d'un Temple ,
Suffit pour nous fournir mille doctes projets
,
> Soit en faisant paflir le Croiffant de
l'Afrique :
Soit en mettant l'Hydre François
Dans les derniers abois ;
On pour avoir rendu l'Europe pacifique,
Enfin par tous les beaux endroits
De fon Ame heroïque.
Ainfi donc , que chacun plein d'une noble
ardeur
Se difpofe de bonne grace
A demander les talens du Parnaffe,
Pour louer comme il faut cet aimable
Vainqueur.
Alcidor du Havre
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Résumé : XIII.
Le texte met en avant la nécessité de célébrer les exploits du roi Louis XIV à travers la poésie. L'auteur souligne qu'il est impensable de rester silencieux après les nombreuses obligations révélées par le 'divin Courier'. Écrire des vers pour expliquer les actions du roi est essentiel pour éviter de déplaire à l'univers entier. Le roi est décrit comme étant aidé par deux nymphes charmantes, spirituelles et galantes, qui fournissent du papier pour écrire. Les vers doivent aborder divers sujets, notamment les victoires militaires du roi, telles que la progression en Afrique et la mise en difficulté de l'hydre française. Le roi est également loué pour avoir apporté la paix en Europe grâce à ses qualités héroïques. L'auteur encourage chacun à se préparer avec ardeur à solliciter les talents poétiques nécessaires pour louer dignement ce vainqueur aimable.
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479
p. 107-108
XVII.
Début :
LA jeune Iris pour qui mon coeur est tout de flame, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XVII.
XVII.
Ajeune Iris pour qui mon coeur eft
tout de flame ,
Me commanda dernierement
Abfolument
De luy faire fon Anagramme.
Feftois chez elle alors ,& je m'en défendis,
Mais en vain , car la jeuneFris
Me jurafur fon ame
Qu'elle le pretendoit. Mais , luy dis-je
Madame ,
Si j'eftois dans mon cabinet
Aprendre tont le temps que defire l'effet
De quelques Lettres affemblées,
Aprés avoir efté cinquantefois brouillées,
Remifes en eftat, & puis encor mélées ,
Je pourrois ajuster ce que vous demandez.
Mais encor un coup , je vous prie,.
108 Extraordinaire
"
Veuillez en diſpenſer mon trop foible gea
nie !
Non,je le veux. Puis que vous comandez,
Il faut vous obeir, & l'amourm'y convie
Oyant ces mots , joyeuse elle ne fait qu'un
Sant
Du bas en haut
Pourm'apporter l'Ecritoire & la Plume 5
Et puis d'un vieux Volume
Qu'elle tient dans fes mains , elle arrache
un Cabier.
Tenez , voilà , dit- elle , du papier ;
Iris, vous vous mocquez, je ne veux point
écrire
Voftre beau nom
Sur un brouillon ,
Qu'au hazard pour rien l'on déchire.
Permettez-moy. de vous dire Et
Que pour cet Ouvrage galant,
Une Feüille de Papier blanc
Ne pourroit dignement fuffire.
Au lieu d'une Feuille , foudain
Elle m'en apporte une Main.
C. F. LOURDET,
du quartier de la Place Maubert
Ajeune Iris pour qui mon coeur eft
tout de flame ,
Me commanda dernierement
Abfolument
De luy faire fon Anagramme.
Feftois chez elle alors ,& je m'en défendis,
Mais en vain , car la jeuneFris
Me jurafur fon ame
Qu'elle le pretendoit. Mais , luy dis-je
Madame ,
Si j'eftois dans mon cabinet
Aprendre tont le temps que defire l'effet
De quelques Lettres affemblées,
Aprés avoir efté cinquantefois brouillées,
Remifes en eftat, & puis encor mélées ,
Je pourrois ajuster ce que vous demandez.
Mais encor un coup , je vous prie,.
108 Extraordinaire
"
Veuillez en diſpenſer mon trop foible gea
nie !
Non,je le veux. Puis que vous comandez,
Il faut vous obeir, & l'amourm'y convie
Oyant ces mots , joyeuse elle ne fait qu'un
Sant
Du bas en haut
Pourm'apporter l'Ecritoire & la Plume 5
Et puis d'un vieux Volume
Qu'elle tient dans fes mains , elle arrache
un Cabier.
Tenez , voilà , dit- elle , du papier ;
Iris, vous vous mocquez, je ne veux point
écrire
Voftre beau nom
Sur un brouillon ,
Qu'au hazard pour rien l'on déchire.
Permettez-moy. de vous dire Et
Que pour cet Ouvrage galant,
Une Feüille de Papier blanc
Ne pourroit dignement fuffire.
Au lieu d'une Feuille , foudain
Elle m'en apporte une Main.
C. F. LOURDET,
du quartier de la Place Maubert
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Résumé : XVII.
Le texte relate une interaction entre le narrateur et une jeune femme nommée Iris. Iris demande au narrateur de créer un anagramme de son nom. Initialement hésitant, le narrateur accepte après l'insistance d'Iris. Elle lui fournit une écritoire, une plume et un cahier provenant d'un vieux volume. Le narrateur refuse d'utiliser ce support, jugeant qu'il n'est pas approprié. Iris insiste alors en apportant des feuilles de papier blanc, qu'elle considère plus adaptées pour cette tâche. Le narrateur mentionne également qu'il habite dans le quartier de la Place Maubert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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480
p. 110-146
ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Début :
C'Est une chose assez surprenante, Monsieur, que de tant de [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Expressions, Caractères, Auxiliaire, Accents, Verbes, Signification, Exemples, Ouvrages, Méthode, Prononciation, Écritures, Diphtongue, Terminaisons, Règles
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texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Dans une lettre datée du 20 novembre 1685, l'auteur exprime sa surprise face à l'absence de réponses à son énigme publiée dans le *Mercure Galant*, qui traitait des chiffres arabes ou indiens comme caractères universels. Cette idée avait déjà été explorée par plusieurs auteurs, notamment Sorel en 1640. Deux amis parisiens apportent des informations complémentaires : l'abbé Br... mentionne un livre de 1664 du jésuite Schott qui évoque trois auteurs ayant travaillé sur l'écriture universelle, tandis que Monsieur No. parle des travaux de George Dalgarno et John Wilkins en 1680. L'auteur reconnaît la diversité des dispositions possibles pour une écriture universelle. Il fait également référence au Père Besnier, qui étudie l'arménien vulgaire, mais avec un objectif différent. L'auteur décrit ensuite deux langues basées sur les chiffres, détaillant leurs règles grammaticales et orthographiques, ainsi que l'utilisation des accents et des chiffres auxiliaires. La première langue utilise trois expressions distinctes pour les accents aigus, tandis que la seconde traite différemment la voyelle 'é' et les diphtongues 'eû' et 'oy'. L'auteur cite une phrase biblique et fournit les caractères numéraux correspondants dans la seconde langue, soulignant ainsi son potentiel universel. Il prévoit de clarifier certains passages et de compléter son ouvrage dans un prochain numéro du *Mercure Galant*.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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481
p. 147-149
Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
Début :
MA Muse, qu'allez-vous faire ? [...]
Mots clefs :
Louis, Audace, Muse, Tripoli, Héros, Gloire, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
Sur la Soûmiffion de Tripoli.
MA
ODE.
A Mufe , qu'allez- vous faire ?
Voulez- vous toujours chanter ?
Vous cftes fi téméraire
Qu'on nepeut vous arrefter.
Quoy ! d'abord que lo Parnaffe
Celebre LOVIS le Grand ,
Vous vous faites faire place ,
Cette audace me furprend.
C
En Allemagne , en Hollande ,
Par tout où vont fes Exploits ,
Qu'est- il befoin qu'on entende
Les accens de vostre voix ?
Vous savez que l'on publie,
Quand on part pour l'affieger,
Nij
148
Extraordinaire
Que Tripoli s'humilie ,
Et craint le deftin d'Alger.
Et dans l'ardeur qui vous preffe ,.
Ala gloire du Heros,
Vne nouvelle allegreffe
Fait enfler vos chalumeaux .
**
Pour ces Exploits heroïques
Il faudroit des tons plus doux :
Si les vostres font ruftiques .
Ma Mufe , qu'y feriez- vous ?
63
Sur cette grande matiere
C'eft affez que de vouloir ;
Si voftre voix eft groffiere
Voftre coeur fait fon devoir.
་
,
.
N'écoutez que vostre zele ,
C'est luy feul qui vous abfout ,
Il eft ardent & fidelle ,
Et vous répondra de tout.
ਹਰ
Que chaque jour voftre veine
-
Au Mercure Galant. 149
Faffe des efforts nouveaux ,
d'haleine Courez à perte
Sur les pas de mon Heros.
Sur la Terre ny fur l'Onde
Rien ne retarde fon cours ,
Vous irez par tout le Monde
Si vous le fuivez toujours.
MAGNIN, Confeiller du Roy au
Prefidial de Maſcon , de l'Academie
Royale d'Arles.
MA
ODE.
A Mufe , qu'allez- vous faire ?
Voulez- vous toujours chanter ?
Vous cftes fi téméraire
Qu'on nepeut vous arrefter.
Quoy ! d'abord que lo Parnaffe
Celebre LOVIS le Grand ,
Vous vous faites faire place ,
Cette audace me furprend.
C
En Allemagne , en Hollande ,
Par tout où vont fes Exploits ,
Qu'est- il befoin qu'on entende
Les accens de vostre voix ?
Vous savez que l'on publie,
Quand on part pour l'affieger,
Nij
148
Extraordinaire
Que Tripoli s'humilie ,
Et craint le deftin d'Alger.
Et dans l'ardeur qui vous preffe ,.
Ala gloire du Heros,
Vne nouvelle allegreffe
Fait enfler vos chalumeaux .
**
Pour ces Exploits heroïques
Il faudroit des tons plus doux :
Si les vostres font ruftiques .
Ma Mufe , qu'y feriez- vous ?
63
Sur cette grande matiere
C'eft affez que de vouloir ;
Si voftre voix eft groffiere
Voftre coeur fait fon devoir.
་
,
.
N'écoutez que vostre zele ,
C'est luy feul qui vous abfout ,
Il eft ardent & fidelle ,
Et vous répondra de tout.
ਹਰ
Que chaque jour voftre veine
-
Au Mercure Galant. 149
Faffe des efforts nouveaux ,
d'haleine Courez à perte
Sur les pas de mon Heros.
Sur la Terre ny fur l'Onde
Rien ne retarde fon cours ,
Vous irez par tout le Monde
Si vous le fuivez toujours.
MAGNIN, Confeiller du Roy au
Prefidial de Maſcon , de l'Academie
Royale d'Arles.
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Résumé : Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
L'ode célèbre les exploits militaires d'un héros anonyme, notamment la soumission de Tripoli. L'auteur s'adresse à la Muse, s'étonnant qu'elle veuille chanter malgré les périls. Il l'encourage à célébrer les victoires du héros, qui inspire une crainte comparable à celle d'Alger. Toutefois, il suggère que des accents plus doux conviendraient mieux à ces exploits, bien que la voix rustique de la Muse soit acceptable si elle accomplit son devoir. La Muse est invitée à suivre le héros dans ses actions, sur terre ou sur mer, pour diffuser ses exploits à travers le monde. L'auteur se nomme Magnin, conseiller du roi au présidial de Mâcon et membre de l'Académie Royale d'Arles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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482
p. 149-160
Sur le Psalme 136.
Début :
Comment chanterons-nous le Cantique du Seigneur dans une [...]
Mots clefs :
Seigneur, Chant, Coeur, Âme, Luth, Malheurs, Musique, Ennui, Air, Lyre, Harmonie, Pays étrangers, Mélodie
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texteReconnaissance textuelle : Sur le Psalme 136.
Sur le Pfalme 136.
Comment chanterons - nous le
Cantique du Seigneur dans une
Terre étrangere ?
Pourqu
Ourquoy donc tant de fois, mes fidelles
Amis ,
Avec empreffement me dire que je chante?
1
N iij
150
Extraordinaire
Que l'air d'un doux Luth m'eft permis
Ou d'une voix douce & charmante ?
**
Ony , jefçay que le chant veut un eſprit
reglé ,
Vne ame dégagée, un coeur qui fe déploye,
Et non pas ainfi que je l'ay ,
Car je ne goûte aucune joye .
C
Quoy! vous m'avertiffez qu'il eft bon de
chanter ,
Plus l'efprit eft chagrin , plus l'ame eft
abattuë ,
Et qu'un Luth la doit exciter ,
Pour chaffer l'ennuy qui la tuë.
De peur , me dites- vous ,
douleurs
, que l'excés
des
Ne l'accable à lafin d'une peine trop rude
:
On que penfant à fes malheurs ,
Elle n'ait trop d'inquietude.
**
Le remede certain que vous me promet
tez ,
du Mercure Galant.
ISI
rend des exemples feurs , comme on me
les expliques.
Et toutes ces autoritez
Marquent l'effet de la Mufique.
03
Vous m'alleguez fur tout , afin de l'appuyer,
Qu'un Rameurfatigué de fa trop longue
peine ,
Chante pour fe defennuyer ,
En voguant fur l'humide plaine.
Qu'un Pafteur qui s'ennuye , en menant
fon Troupeau
De Vallon en Vallon, ou parmy les Cam-.
pagnes ,
Fait retentir fon chalumeau ,
Dans les Bois , ou fur les Montagnes.
Qu'afin de foulager fa peine fes ennuis
,
Souvent le Voyageur à quelque chant.
s'adonne`;
Que le Soldat pendant les nuits ,
N iiij
152
Extraordinaire
En veillant des Chansons entonne.
Ca
Non , non , pour leurs doux chants je ne
condamne pas ,
Rameur , Soldat , Pafteur , ou celuy qui
voyage ;
Chacun d'eux y fent des appas,
Et dans fa peine fe foulage.
$3
Mais quant à mes ennuis , moy qui depuis
long-temps
Ecoute une Maiftreffe , & gemir , & se
plaindre ,
Parmy fes foupirs éclatans ,
A chanterpuis -je me contraindre ?
3
A peine avec ma voix veux je donc commencer
Quelque air melodieux , qu'en mon coeur
je rappelle ,
Que l'accent que je vay pouſſer ,
Me femble une chofe nouvelle.
S
Comme au fortir d'un lieu remply dobfcurité,
du Mercure Galant.
153
craint le vif éclat que le Soleil envoje,
De mefme en ma captivité ,
Je crains & le chant & la joye.
**
prend envie , ou que je Quand il me prend envie
fais deffein
De pincer doucement les cordes de ma
Lyre ,
Et que de ma tremblante main
-Ie fuis le doux air qui m'infpire;.
Que fur un Flageoles , ou fur un Cha-
Lumeau ,
Quelque aimable Chanson avec douceur
j'entonne ,
Que ma voix pouſſe un Air nouveau,
Pour fuivre mon Luth qui fredonne.
Helas ! autant de fois mes foupirs &
mes pleurs
Qui retiennent mês doigts , troublent
mon armonie ;
Ma voix qu'étouffent mes douleurs ,
154
Extraordinaire
Cede à ma trifteffe infinie .
l'effaye encore un coup à faire mes efforts,
Pour pouffer les accens d'une voix délicate,
Et joindre mes plus doux accords
Aux charmes du Lutb que je flatte.
Mais enfin j'apperçois , helas ! que c'eft en
vain
Quemon efprit s'efforce , & ma voix s'étudie
:
Car mon Luth , ma voix , ou ma main,
N'excite aucune melodie.
A negliger ainfi cet Art rare & char-
P
mant ;
Ma voix en perd l'uſage , & ma main
l'habitude ,
Et fi je l'aimais tendrement ,
L'en fuis & le foin & l'étude.
Quand mefme j'en aurois confervé dans le
coeur,
du Mercure Galant.
155
tendre paffion que j'en avois con- ·
ceue ;
Je ne vaincrois pas la rigueur
Du malheureux fort qui me tuë.
Mais encor que je fçache avec facilité,
Accorder doucement & ma voix & ma
Lyre :
Et que dans un air concerté
Ma languefaffe qu'on l'admire ;
**3
Soit qu'aux doux tremblemens qui pari
tent de mes doigs,
`Les neuf Soeurs d'Apollon cedent enfin
la gloire ;
Que mon Flageolet , ou ma voix,
Sur Marfias ait la victoire :
យ
Soit que dans l'Arcadie, autrefois Pan
vanté
Me quitte à la difpute & l'honneur &
la place ;
Que mon Luth foit plus écouté
Que celuy du Chantre de Thrace.
156
Extraordinaire
Dois-je dans cet eftat me plaindre & joupirer
?
Dois-je appliquer aux Chants mon ame
toute entiere ?
Quand je ne puis affez pleurer ,
Pour en avoir trop de matiere.
Helas ! dans mesfoupirs, & mes maux fi
divers ,
Mon coeur inceffamment goufte tant d'a
mertume ,
Que pour m'ofter l'amour des airs,
Mes douleurs paffent en coutume.
Mais quoy ! ne voit- on pas que les lieux,
les faifons ,
Ne peuvent convenir aux airs que je neglige?
Et que tout s'oppofe aux Chansons,
Dans la trifteffe qui m'afflige ?
Voulez- vous qu'en ces lieux, malgré mef
me monfort's
du Mercure Galant. }
157
T
dans l'éloignement de ma terre fi
chere ,
Sur moy je faffe quelque effort ,
Pour chanter à mon ordinaire ?
Ca
Helas ! comment chanter dans ce banniffement
,
Qui redouble en mon coeur une peine
infinie ?
Vni fâcheux éloignement
Ne convient pas à l'harmonie.
**
Quoy done! dans les horreurs de cet exil
fatal,
En ce trifte fejour où toujours je foupire,
Si loin de mon Pays natal ,
Ie ferois retentir ma Lyre ?
S
Pardonnez ; car le fort qui me vient
affliger
و ا ت
En me perçant le coeur d'une atteinte
imprévenë ,
M'ofte en ce Pays étranger ,
L'amour que j'en avois conceuë.
158 Extraordinaire
Tout banky que je fuis , & loin de
mon climat ,
Le defir de chanter nullement ne me
touche ,
Et l'horreur de mon trifte eftat
Me ferre le coeur & la bouche.
Non ne m'en parlez plus lorsque
mes triftes yeux
Se fondent tout en eau , ne verfent
que des larmes ;
Pourrois-ie en ce fort ennnyeux
Sur ma Lyre trouver des charmes ?
Avoir toujours l'objet d'on nailent mes
travaux
A fentir les ennuis dont mon ame eft
preßée ;
Par mon Luth d'adoucir mes maux,
Je ne puis avoir la pensée.
CA
Helas! le fouvenir de mes jours plus
heureux ,
du Mercure Galant. 159
Ne rappeller en l'esprit ma premiere
fortune ,
Et mon exil trop rigoureux
A chaque moment m'importune.
**
"S'il falloit qu ' Amphionfuft comme moy
contraint
1 De vivre dans ces lieux , il n'auroit
plus de gloire ,
Et de mefme douleur atteint,
Il briferoit fon Luth d'yvoire.
Par un regard Orphée , au retour des
Enfers ,
En perdant fa Moitié, perdit fa melodie,
Et fa main oubliant fes airs ,
Tout à coup devint engourdie.
Sa Harpe luy tomba fi promptement des
doigts ,
Qu'au vif reffentiment de fes douleurs
aiguës,
Les airs manquerent à fa voix,
Et fes cordes furent rompues .
160 Extraordinaire
Pourquoy donc aujourd'huy tant de fois
m'avertir,
Que je pouffe ma voix , & je pince ma
Lyre?
Monfort qui n'y peut confentir,
Veut feulement que je foûpire.
03
Helas ! quand je me vois dans l'exil où
je fuis ,
Et que mon cher climat ſe preſente à ma
venë ,
Je tombe en de fi grands ennuis,
Que mon ame en eftabattuë.
Aprés un long espoir , me voyant de retour
Dans un pays heureux , dont le defir me
preffe,
Mon coeur & ma voix tour à tour,
Chanteront avec allegreffe.
RAULT , de Rouen .
Comment chanterons - nous le
Cantique du Seigneur dans une
Terre étrangere ?
Pourqu
Ourquoy donc tant de fois, mes fidelles
Amis ,
Avec empreffement me dire que je chante?
1
N iij
150
Extraordinaire
Que l'air d'un doux Luth m'eft permis
Ou d'une voix douce & charmante ?
**
Ony , jefçay que le chant veut un eſprit
reglé ,
Vne ame dégagée, un coeur qui fe déploye,
Et non pas ainfi que je l'ay ,
Car je ne goûte aucune joye .
C
Quoy! vous m'avertiffez qu'il eft bon de
chanter ,
Plus l'efprit eft chagrin , plus l'ame eft
abattuë ,
Et qu'un Luth la doit exciter ,
Pour chaffer l'ennuy qui la tuë.
De peur , me dites- vous ,
douleurs
, que l'excés
des
Ne l'accable à lafin d'une peine trop rude
:
On que penfant à fes malheurs ,
Elle n'ait trop d'inquietude.
**
Le remede certain que vous me promet
tez ,
du Mercure Galant.
ISI
rend des exemples feurs , comme on me
les expliques.
Et toutes ces autoritez
Marquent l'effet de la Mufique.
03
Vous m'alleguez fur tout , afin de l'appuyer,
Qu'un Rameurfatigué de fa trop longue
peine ,
Chante pour fe defennuyer ,
En voguant fur l'humide plaine.
Qu'un Pafteur qui s'ennuye , en menant
fon Troupeau
De Vallon en Vallon, ou parmy les Cam-.
pagnes ,
Fait retentir fon chalumeau ,
Dans les Bois , ou fur les Montagnes.
Qu'afin de foulager fa peine fes ennuis
,
Souvent le Voyageur à quelque chant.
s'adonne`;
Que le Soldat pendant les nuits ,
N iiij
152
Extraordinaire
En veillant des Chansons entonne.
Ca
Non , non , pour leurs doux chants je ne
condamne pas ,
Rameur , Soldat , Pafteur , ou celuy qui
voyage ;
Chacun d'eux y fent des appas,
Et dans fa peine fe foulage.
$3
Mais quant à mes ennuis , moy qui depuis
long-temps
Ecoute une Maiftreffe , & gemir , & se
plaindre ,
Parmy fes foupirs éclatans ,
A chanterpuis -je me contraindre ?
3
A peine avec ma voix veux je donc commencer
Quelque air melodieux , qu'en mon coeur
je rappelle ,
Que l'accent que je vay pouſſer ,
Me femble une chofe nouvelle.
S
Comme au fortir d'un lieu remply dobfcurité,
du Mercure Galant.
153
craint le vif éclat que le Soleil envoje,
De mefme en ma captivité ,
Je crains & le chant & la joye.
**
prend envie , ou que je Quand il me prend envie
fais deffein
De pincer doucement les cordes de ma
Lyre ,
Et que de ma tremblante main
-Ie fuis le doux air qui m'infpire;.
Que fur un Flageoles , ou fur un Cha-
Lumeau ,
Quelque aimable Chanson avec douceur
j'entonne ,
Que ma voix pouſſe un Air nouveau,
Pour fuivre mon Luth qui fredonne.
Helas ! autant de fois mes foupirs &
mes pleurs
Qui retiennent mês doigts , troublent
mon armonie ;
Ma voix qu'étouffent mes douleurs ,
154
Extraordinaire
Cede à ma trifteffe infinie .
l'effaye encore un coup à faire mes efforts,
Pour pouffer les accens d'une voix délicate,
Et joindre mes plus doux accords
Aux charmes du Lutb que je flatte.
Mais enfin j'apperçois , helas ! que c'eft en
vain
Quemon efprit s'efforce , & ma voix s'étudie
:
Car mon Luth , ma voix , ou ma main,
N'excite aucune melodie.
A negliger ainfi cet Art rare & char-
P
mant ;
Ma voix en perd l'uſage , & ma main
l'habitude ,
Et fi je l'aimais tendrement ,
L'en fuis & le foin & l'étude.
Quand mefme j'en aurois confervé dans le
coeur,
du Mercure Galant.
155
tendre paffion que j'en avois con- ·
ceue ;
Je ne vaincrois pas la rigueur
Du malheureux fort qui me tuë.
Mais encor que je fçache avec facilité,
Accorder doucement & ma voix & ma
Lyre :
Et que dans un air concerté
Ma languefaffe qu'on l'admire ;
**3
Soit qu'aux doux tremblemens qui pari
tent de mes doigs,
`Les neuf Soeurs d'Apollon cedent enfin
la gloire ;
Que mon Flageolet , ou ma voix,
Sur Marfias ait la victoire :
យ
Soit que dans l'Arcadie, autrefois Pan
vanté
Me quitte à la difpute & l'honneur &
la place ;
Que mon Luth foit plus écouté
Que celuy du Chantre de Thrace.
156
Extraordinaire
Dois-je dans cet eftat me plaindre & joupirer
?
Dois-je appliquer aux Chants mon ame
toute entiere ?
Quand je ne puis affez pleurer ,
Pour en avoir trop de matiere.
Helas ! dans mesfoupirs, & mes maux fi
divers ,
Mon coeur inceffamment goufte tant d'a
mertume ,
Que pour m'ofter l'amour des airs,
Mes douleurs paffent en coutume.
Mais quoy ! ne voit- on pas que les lieux,
les faifons ,
Ne peuvent convenir aux airs que je neglige?
Et que tout s'oppofe aux Chansons,
Dans la trifteffe qui m'afflige ?
Voulez- vous qu'en ces lieux, malgré mef
me monfort's
du Mercure Galant. }
157
T
dans l'éloignement de ma terre fi
chere ,
Sur moy je faffe quelque effort ,
Pour chanter à mon ordinaire ?
Ca
Helas ! comment chanter dans ce banniffement
,
Qui redouble en mon coeur une peine
infinie ?
Vni fâcheux éloignement
Ne convient pas à l'harmonie.
**
Quoy done! dans les horreurs de cet exil
fatal,
En ce trifte fejour où toujours je foupire,
Si loin de mon Pays natal ,
Ie ferois retentir ma Lyre ?
S
Pardonnez ; car le fort qui me vient
affliger
و ا ت
En me perçant le coeur d'une atteinte
imprévenë ,
M'ofte en ce Pays étranger ,
L'amour que j'en avois conceuë.
158 Extraordinaire
Tout banky que je fuis , & loin de
mon climat ,
Le defir de chanter nullement ne me
touche ,
Et l'horreur de mon trifte eftat
Me ferre le coeur & la bouche.
Non ne m'en parlez plus lorsque
mes triftes yeux
Se fondent tout en eau , ne verfent
que des larmes ;
Pourrois-ie en ce fort ennnyeux
Sur ma Lyre trouver des charmes ?
Avoir toujours l'objet d'on nailent mes
travaux
A fentir les ennuis dont mon ame eft
preßée ;
Par mon Luth d'adoucir mes maux,
Je ne puis avoir la pensée.
CA
Helas! le fouvenir de mes jours plus
heureux ,
du Mercure Galant. 159
Ne rappeller en l'esprit ma premiere
fortune ,
Et mon exil trop rigoureux
A chaque moment m'importune.
**
"S'il falloit qu ' Amphionfuft comme moy
contraint
1 De vivre dans ces lieux , il n'auroit
plus de gloire ,
Et de mefme douleur atteint,
Il briferoit fon Luth d'yvoire.
Par un regard Orphée , au retour des
Enfers ,
En perdant fa Moitié, perdit fa melodie,
Et fa main oubliant fes airs ,
Tout à coup devint engourdie.
Sa Harpe luy tomba fi promptement des
doigts ,
Qu'au vif reffentiment de fes douleurs
aiguës,
Les airs manquerent à fa voix,
Et fes cordes furent rompues .
160 Extraordinaire
Pourquoy donc aujourd'huy tant de fois
m'avertir,
Que je pouffe ma voix , & je pince ma
Lyre?
Monfort qui n'y peut confentir,
Veut feulement que je foûpire.
03
Helas ! quand je me vois dans l'exil où
je fuis ,
Et que mon cher climat ſe preſente à ma
venë ,
Je tombe en de fi grands ennuis,
Que mon ame en eftabattuë.
Aprés un long espoir , me voyant de retour
Dans un pays heureux , dont le defir me
preffe,
Mon coeur & ma voix tour à tour,
Chanteront avec allegreffe.
RAULT , de Rouen .
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Résumé : Sur le Psalme 136.
Le poème 'Sur le Psalm 136' traite de la difficulté de chanter en terre étrangère. Le narrateur exprime son désarroi face à l'idée de chanter malgré sa tristesse et sa douleur. En exil, il se sent incapable de trouver du réconfort dans la musique, contrairement à d'autres comme les rameurs, les bergers, les voyageurs et les soldats. Ses soupirs et ses pleurs l'empêchent de jouer de la lyre ou de chanter, bien qu'il reconnaisse ses compétences musicales. La mémoire des jours heureux et l'amertume de son exil rendent toute joie ou mélodie impossible. Il se compare à Orphée, qui perdit sa mélodie après la perte d'Eurydice. Le narrateur se demande pourquoi on lui demande de chanter alors qu'il est incapable de le faire, préférant soupirer. L'exil loin de son climat natal le plonge dans un grand ennui et abat son âme. Cependant, il espère qu'après un long exil, en revenant dans un pays heureux, son cœur et sa voix pourront chanter avec allégresse.
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483
p. 163-170
NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
De tout temps les Physiciens ont cherché la Pierre Philosophale ; [...]
Mots clefs :
Centre de gravité, Demi-cercle, Polygones, Triangle, Cercle inscrit, Cercle circonscrit, Géométrie, Rectangle, Isocèle
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
NOUVELLE
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
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Résumé : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte expose une découverte mathématique relative à la quadrature du cercle, un problème anciennement exploré par les géomètres. M. Tarragon, professeur de mathématiques à Paris, propose une solution innovante fondée sur le centre de gravité du demi-cercle. Il introduit plusieurs concepts essentiels : le centre de gravité du demi-cercle, la ligne de direction, ainsi que les polygones réguliers inscrits et circonscrits au demi-cercle. Le problème central est de déterminer géométriquement le centre de gravité d'un demi-cercle donné. La méthode de construction implique la division du demi-cercle et le tracé de lignes spécifiques pour identifier les centres de gravité de triangles particuliers. La démonstration prouve que les centres de gravité de tous les polygones infinis inscrits et circonscrits au demi-cercle se situent respectivement au-dessus et en dessous de certains points précis. Cette observation confirme que le point commun des barres de gravité est effectivement le centre de gravité du demi-cercle.
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484
p. 176-194
LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Début :
VOicy donc, Monsieur, l'Historiete que vous voulez sçavoir. Si elle [...]
Mots clefs :
Marquise , Dames, Comtesse, Ridicule, Patriarche, Beauté, Décès, Étrangers, Angleterre, Grizolin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
LE DEUIL RIDICULE.
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
Fermer
Résumé : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Le texte 'Le Deuil ridicule' est une lettre adressée à Monsieur le Comte de C., décrivant divers événements impliquant deux dames : Madame la Comtesse de M... et Madame la Marquise P.... La Comtesse est décrite comme laide mais vertueuse, tandis que la Marquise est belle et autoritaire. Cette dernière subit des dommages au visage infligés par une parente jalouse. Un autre incident concerne la Marquise et Cromwell, impliquant la confiscation de toiles par un armateur anglais, finalement restituées par Cromwell. Les deux dames partagent une passion pour les chiens. La Comtesse possède un chien nommé Grizolin, et la Marquise une chienne nommée Bichete. Après la mort de Grizolin, la Marquise rend visite à la Comtesse, accompagnée de ses chiens vêtus de noir pour la consoler. Cette scène amuse l'auteur mais irrite la Comtesse, qui meurt peu après, soit de vieillesse, soit de chagrin. Le texte critique la passion excessive des dames pour les chiens, comparant cette pratique à des exemples historiques et religieux. Il mentionne également un incident violent où une personne, Maistre, est blessée mortellement. Le narrateur discute des liens entre les hommes et les animaux, notant que les chiens et les chevaux partagent des relations étroites avec les humains. Par exemple, les Turcs expriment leur chagrin pour leurs animaux décédés en provoquant des éternuements chez leurs chevaux. Le narrateur conclut en exprimant sa fatigue et met fin à sa réflexion morale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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485
p. 194-201
« Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...] »
Début :
Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...]
Mots clefs :
Explications, Énigmes, Ombre, Blé, Madrigal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...] »
Je croy ne pouvoir mieux commencer
à vous fatisfaire touchant les Explications
en Vers que vous attendez
fur les deux Enigmes propofées dans
ma Lettre d'Octobre , qu'en vous envoyant
la Lettre quifuit. Les vrais
mots de ces Enigmes, estoient l'Ombre
& l'Epy de Bled.
du´Mercure Galant. 195
V
APethiviers le 12 , Nov. 1685.
>
Ous avez accordé , Monfieur
une place dans vos
Lettres precedentes à mes petites
Explications. L'on en á pris occafion
de m'impofer pour loy indif
penſable , de vous envoyer dorefnavant
tous les mois ces mefmes
Explications en Vers. Voicy donc
celles du dernier mois.
La feconde eft affeurément le
Bled. Pour la premiere, je vous avouë
qu'elle m'a un peu embaraffé
; je crûs d'abord que c'eftoit la
Glace , je trouvay un moment aprés,
que l'ombre y convenoit en
core mieux ; mais l'un & l'autre
me faifoient du fcrupule , parce
que l'Auteur ayant commencé de
parler au feminin, change de gen.
Rij
196
Extraordinaire
re fur la fin , & met l'un au lieu
de l'une. Ce doute , qui fufpendit
quelque temps ma decifion , me
fut bien cher vendu ; vous allez
voir comment la choſe ſe paſſa ,
& à quelles gens j'ay affaire.
Un Petulant Eain de naiſſantes Brunettes
,
Fraifches comme des fleurs , comme des
Anges faites ,
Mais paffant en malignité ,
La plus maligne des Planetes.
Ces dangereux Afpics, fans comtract ny
traité,
M'ont engagé de leur autorité ,
A leur faire un tribut de contes , de
fornettes ,
D'avantures , de jeux, de vers , de chan-
Sonnettes.
Il leur en faut foir & matin.
Ces gourmandes de bagatelles
En ont à tous momens une fi grandefaim,
Qu'on n'a jamais fait avec elles. -
du Mercure Galant. 197
C'a, m'ont- elles dit aujourd' buy,
Petit Avorton de la Rime,
Qu'on nous dife le mot de la premiere
Enigme!
N'obeir pas d'abord , chez elles c'est un
crime ,
Qu'à coups de pieds , de poing, do Cifeaux
ou d'Etuy ,
D'ongles , de bufcs , de gands , d'épin
gles , ou d'éguilles ,
Ces Eutins incarnez , ces bruyantes che
nilles
Mefont expier à l'inftant .
Fe la lis donc , mais rien , trois fois je
recommence ,
Trois fois il m'en arrive autant ,
Bref plus je lis , & moins j'avance.
Defefperé , je bats la chamade à genoux;
Quartier! Comment quartier , m'ont dit
mes obftinées ,
En doit-on attendre de nous ?
A ces mots, contre moy les voilà déchai
nées ,
Je me fens accabler d'une grefle de coups.
R. iij
198 Extraordinaire
Eh bien , nous l'expliquerez- vous ?
Oùfaudra -t-il encor, fur nouveaux frais,
vous battre,
M'ont-elles repeté ? Parlez vifte . Ah!
tout doux ,
Fiffiez-vous plus encor les diableſſes à
quatre ,
Leur ay-je répondu d'un ton de fuppliant,
Cette Enigme, ma foy, me rebutte & me
paffe .
Son mot eft feminin dans le commencement
,
Et fur ce pied , j'y trouve également
Celuy de l'Ombre
Glace :
> & celuy de la
Mais le genre changé fur la fin , m'embaraffe
,
Et deflors je n'en fuis affeuré ny content:
Ainfi pour cette fois , mes belles Enfans,
grace.
Sur mon humble difcours , leur confeil
affemblé ,
M'impofe pour rançon ' d'expliquer la
dernieré.
du Mercure Galant . 199 .
Je la prends , je la lis , inquiet & troublé,
Par un tres-grand bonheur , j'en perce lemiftere.
Helas ! pour peu qu'elle enft tenu de la
premiere ,
Feftois pris comme dans un Blé.
Je fuis , Monfieur , voftre , &c.
Le petit Colin .
Depuis ma Lettre écrite , j'ay
efté bourré, par le Madrigal dont
je vous envoye la Copie. C'eſt au
fujet du double mot fur la premiere
Enigme.
'Ombre eft le vray mot, il me plaift.
Mais pour la Glace , on nesçait so
que c'eft.
On s'en raille , Colin , & j'en suis defolée.
De bonne foy , quand tu l'as mis ainfi,
Ilfalloit que pour toy Pegafe fuft tranfi,
Et l'eau d'Hypocrenne gelée.
Adieu, ta feptiéme Brunette N. S.
RiiTHE
LYON
1893
200 Extraordinaire
Vous voyez bien , Monfieur ,
que j'ay prefqu'autant de Brunettes
qu'Apollon á de Mufes. La
difference , c'eft que celles- cy
rendent quelquesfois d'affez bons
offices , & que les autres ne mé
font que du mal , & ne fe plaifent
qu'à me perfecuter . J'ay tâche
de juftifier à cette belle Criti .
que , le mot de Glace , dont elle eft
choquée , par la réponſe Luivante
à fon Madrigal.
L'
'Ombre plaift en Efté , la Glace
plaift de mefme,
Dans l'Hyver on lafuit avec un foin extrême
,
Elle naift dans la Ville , ainsi que dans
les Bois,
De l'humide & du froid elle tire fon
estre,
du Mercure Galant. 201
Et ces deux qualitez , vous le fçavez
peut- eftre ,
Dans tous les corps fe trouvent à la
fois.
Si le jeu divertit des Femmes un grand
nombre ,
Un plus grand nombre encor prend plaifir
àfe voir
Dans une Glace de miroir ,
Bref l'on mange , l'on boit le matin & le
Soir,
A la Glace auffi-bien qu'à l'Ombre :
Ainfi je nefçay point , Belle & Criti
que Iris
Auquel de ces deux mots donner la preference
Voftre gout feul chez moy fait pancher,
La balance ,
Et je cede à l'Ombre le prix..
à vous fatisfaire touchant les Explications
en Vers que vous attendez
fur les deux Enigmes propofées dans
ma Lettre d'Octobre , qu'en vous envoyant
la Lettre quifuit. Les vrais
mots de ces Enigmes, estoient l'Ombre
& l'Epy de Bled.
du´Mercure Galant. 195
V
APethiviers le 12 , Nov. 1685.
>
Ous avez accordé , Monfieur
une place dans vos
Lettres precedentes à mes petites
Explications. L'on en á pris occafion
de m'impofer pour loy indif
penſable , de vous envoyer dorefnavant
tous les mois ces mefmes
Explications en Vers. Voicy donc
celles du dernier mois.
La feconde eft affeurément le
Bled. Pour la premiere, je vous avouë
qu'elle m'a un peu embaraffé
; je crûs d'abord que c'eftoit la
Glace , je trouvay un moment aprés,
que l'ombre y convenoit en
core mieux ; mais l'un & l'autre
me faifoient du fcrupule , parce
que l'Auteur ayant commencé de
parler au feminin, change de gen.
Rij
196
Extraordinaire
re fur la fin , & met l'un au lieu
de l'une. Ce doute , qui fufpendit
quelque temps ma decifion , me
fut bien cher vendu ; vous allez
voir comment la choſe ſe paſſa ,
& à quelles gens j'ay affaire.
Un Petulant Eain de naiſſantes Brunettes
,
Fraifches comme des fleurs , comme des
Anges faites ,
Mais paffant en malignité ,
La plus maligne des Planetes.
Ces dangereux Afpics, fans comtract ny
traité,
M'ont engagé de leur autorité ,
A leur faire un tribut de contes , de
fornettes ,
D'avantures , de jeux, de vers , de chan-
Sonnettes.
Il leur en faut foir & matin.
Ces gourmandes de bagatelles
En ont à tous momens une fi grandefaim,
Qu'on n'a jamais fait avec elles. -
du Mercure Galant. 197
C'a, m'ont- elles dit aujourd' buy,
Petit Avorton de la Rime,
Qu'on nous dife le mot de la premiere
Enigme!
N'obeir pas d'abord , chez elles c'est un
crime ,
Qu'à coups de pieds , de poing, do Cifeaux
ou d'Etuy ,
D'ongles , de bufcs , de gands , d'épin
gles , ou d'éguilles ,
Ces Eutins incarnez , ces bruyantes che
nilles
Mefont expier à l'inftant .
Fe la lis donc , mais rien , trois fois je
recommence ,
Trois fois il m'en arrive autant ,
Bref plus je lis , & moins j'avance.
Defefperé , je bats la chamade à genoux;
Quartier! Comment quartier , m'ont dit
mes obftinées ,
En doit-on attendre de nous ?
A ces mots, contre moy les voilà déchai
nées ,
Je me fens accabler d'une grefle de coups.
R. iij
198 Extraordinaire
Eh bien , nous l'expliquerez- vous ?
Oùfaudra -t-il encor, fur nouveaux frais,
vous battre,
M'ont-elles repeté ? Parlez vifte . Ah!
tout doux ,
Fiffiez-vous plus encor les diableſſes à
quatre ,
Leur ay-je répondu d'un ton de fuppliant,
Cette Enigme, ma foy, me rebutte & me
paffe .
Son mot eft feminin dans le commencement
,
Et fur ce pied , j'y trouve également
Celuy de l'Ombre
Glace :
> & celuy de la
Mais le genre changé fur la fin , m'embaraffe
,
Et deflors je n'en fuis affeuré ny content:
Ainfi pour cette fois , mes belles Enfans,
grace.
Sur mon humble difcours , leur confeil
affemblé ,
M'impofe pour rançon ' d'expliquer la
dernieré.
du Mercure Galant . 199 .
Je la prends , je la lis , inquiet & troublé,
Par un tres-grand bonheur , j'en perce lemiftere.
Helas ! pour peu qu'elle enft tenu de la
premiere ,
Feftois pris comme dans un Blé.
Je fuis , Monfieur , voftre , &c.
Le petit Colin .
Depuis ma Lettre écrite , j'ay
efté bourré, par le Madrigal dont
je vous envoye la Copie. C'eſt au
fujet du double mot fur la premiere
Enigme.
'Ombre eft le vray mot, il me plaift.
Mais pour la Glace , on nesçait so
que c'eft.
On s'en raille , Colin , & j'en suis defolée.
De bonne foy , quand tu l'as mis ainfi,
Ilfalloit que pour toy Pegafe fuft tranfi,
Et l'eau d'Hypocrenne gelée.
Adieu, ta feptiéme Brunette N. S.
RiiTHE
LYON
1893
200 Extraordinaire
Vous voyez bien , Monfieur ,
que j'ay prefqu'autant de Brunettes
qu'Apollon á de Mufes. La
difference , c'eft que celles- cy
rendent quelquesfois d'affez bons
offices , & que les autres ne mé
font que du mal , & ne fe plaifent
qu'à me perfecuter . J'ay tâche
de juftifier à cette belle Criti .
que , le mot de Glace , dont elle eft
choquée , par la réponſe Luivante
à fon Madrigal.
L'
'Ombre plaift en Efté , la Glace
plaift de mefme,
Dans l'Hyver on lafuit avec un foin extrême
,
Elle naift dans la Ville , ainsi que dans
les Bois,
De l'humide & du froid elle tire fon
estre,
du Mercure Galant. 201
Et ces deux qualitez , vous le fçavez
peut- eftre ,
Dans tous les corps fe trouvent à la
fois.
Si le jeu divertit des Femmes un grand
nombre ,
Un plus grand nombre encor prend plaifir
àfe voir
Dans une Glace de miroir ,
Bref l'on mange , l'on boit le matin & le
Soir,
A la Glace auffi-bien qu'à l'Ombre :
Ainfi je nefçay point , Belle & Criti
que Iris
Auquel de ces deux mots donner la preference
Voftre gout feul chez moy fait pancher,
La balance ,
Et je cede à l'Ombre le prix..
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Résumé : « Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...] »
Dans une correspondance, Colin discute des solutions à deux énigmes posées dans une lettre précédente. Il mentionne avoir été harcelé par des jeunes femmes, surnommées 'Brunettes', pour résoudre ces énigmes. La première énigme l'a particulièrement embarrassé, car il hésitait entre 'Glace' et 'Ombre'. Les Brunettes ont exercé une pression sur lui pour obtenir la solution. Après réflexion, Colin choisit 'Ombre' comme réponse, bien que la question du genre grammatical ait compliqué sa décision. Une des Brunettes, identifiée par les initiales N.S., lui envoie un madrigal confirmant que 'Ombre' est le bon mot, tout en se moquant de l'hypothèse 'Glace'. Colin justifie ensuite le choix de 'Glace' en expliquant ses propriétés et son utilité. Il mentionne que la glace est utile pour rafraîchir les boissons et conserve les aliments. Cependant, il conclut en donnant la préférence à 'Ombre' selon son goût personnel. La discussion autour de cette énigme montre les différentes perspectives et arguments des interlocuteurs, chacun défendant son point de vue avec des raisons spécifiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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486
p. 201-202
I.
Début :
Voicy les differentes Explications que j'ay receuës sur / Si Gerion avoit trois testes [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
Voicy les differentes Explications:
que j'ay receues fur l'Ombre & l'EPy
de Bled.
202 Extraordinaire
I.
1*Gerion avoit trois teftes
Dépendantes d'un meſme corps ,
Et qui par de communs accords
A toutes chofes eftoient preftes ,
Ne peut- on pas fçavoir pourquoy
A l'exemple de ce grand Roy,
Le Mercure Galant n'en a pas pareil
nombre?
Je me trompe: grand Dieu qui fers
En mefme temps au Ciel , en la Terre,
aux Enfers ,
Si tu n'es trois en corps , c'est tout du
moins en Ombre.
RAULT , de Rouen.
que j'ay receues fur l'Ombre & l'EPy
de Bled.
202 Extraordinaire
I.
1*Gerion avoit trois teftes
Dépendantes d'un meſme corps ,
Et qui par de communs accords
A toutes chofes eftoient preftes ,
Ne peut- on pas fçavoir pourquoy
A l'exemple de ce grand Roy,
Le Mercure Galant n'en a pas pareil
nombre?
Je me trompe: grand Dieu qui fers
En mefme temps au Ciel , en la Terre,
aux Enfers ,
Si tu n'es trois en corps , c'est tout du
moins en Ombre.
RAULT , de Rouen.
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Résumé : I.
Le texte compare Mercure, dieu romain, à Gerion, roi à trois têtes. Bien que Mercure n'ait pas trois têtes physiques, il est symboliquement tripartite, présent au Ciel, sur Terre et aux Enfers. Cette analyse souligne la nature polyvalente et omniprésente de Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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487
p. 205-206
V.
Début :
Est-ce l'effet d'un esprit sombre ? [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : V.
V.
Est-ce l'effet d'un esprit fombre ?
Eft-ce que l'inconftance en nous veut fe
trouver ?
En temps d'Efté nous cherchons l'Ombre.
Nous la fuyons en temps d'Hyver.
Par tout nous rencontrons l'Ombre comme
une choſe
Qui fe voit fans obftacle en Ville &
dans les Bois ,
Chez nous , nous en portons la cauſe
D'ailleurs l'Ombre eft un jeu qui nous
charme par fois.
De plus, fi quelque amy tout remply
de bonté,
A quelque grand Repas nous appelle
convie ,
Et qu'un autre avec nous karliment
Saffocie,
Pour partager le fruit de cette bonnefteté
206 Extraordinaire
1
En beuvant & mangeant ne fervant
que de nombre,
L'ufage à qui tout rit luy donne le nom
d'Ombre.
L. BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
Est-ce l'effet d'un esprit fombre ?
Eft-ce que l'inconftance en nous veut fe
trouver ?
En temps d'Efté nous cherchons l'Ombre.
Nous la fuyons en temps d'Hyver.
Par tout nous rencontrons l'Ombre comme
une choſe
Qui fe voit fans obftacle en Ville &
dans les Bois ,
Chez nous , nous en portons la cauſe
D'ailleurs l'Ombre eft un jeu qui nous
charme par fois.
De plus, fi quelque amy tout remply
de bonté,
A quelque grand Repas nous appelle
convie ,
Et qu'un autre avec nous karliment
Saffocie,
Pour partager le fruit de cette bonnefteté
206 Extraordinaire
1
En beuvant & mangeant ne fervant
que de nombre,
L'ufage à qui tout rit luy donne le nom
d'Ombre.
L. BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
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Résumé : V.
L'ombre est présente dans la vie quotidienne, recherchée en été pour échapper à la chaleur et évitée en hiver pour fuir le froid. Elle est omniprésente en ville et dans les bois. L'ombre peut être perçue comme un jeu charmant. Dans une situation sociale, un comportement égoïste lors d'un repas est qualifié d'« ombre ». L'auteur est L. Bouchet, ancien curé de Nogent-le-Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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488
p. 206
VI.
Début :
EN vain vous étalez, Monarque de Lydie, [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VI.
VI.
E
de
Lydie ;
N vain vous étalez , Monarque
3
Les metaux qui du Tage enrichiffent
les bords ;
Quoy que la Fable en parle , ou que
l'Hiftoire en die ,
Unfeul Epy de Blé ceüilly dans noftre
Brie ,
L'emporte fur tous vos trefors.
VII.
Le mefme,
E
de
Lydie ;
N vain vous étalez , Monarque
3
Les metaux qui du Tage enrichiffent
les bords ;
Quoy que la Fable en parle , ou que
l'Hiftoire en die ,
Unfeul Epy de Blé ceüilly dans noftre
Brie ,
L'emporte fur tous vos trefors.
VII.
Le mefme,
Fermer
489
p. 206-207
VII.
Début :
JE vous aime plus que ma vie, [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VII.
VII.
Le mefme,
J
E vous aime plus que ma vie
Quand je vous vois , belle Sylvie ,
Paroistre fenfible à mesfeux ;
du Mercure Galant. 207
Mais quand avec indifference
Vous venez recevoir mes voeux,
Ah pour lors quelle eft ma fouffrance !
Mon coeur eft accablé des plus facheux
ennuis
-le n'ay point de repos ny les jours ny les
nuits ,
On le connoift tres-bien voyant mon humeurfombre,
Ie recherche à vous voir , & crains jufqu'à
voftre Ombre ,
Tant je fuis agité de divers mouvemens
;
Afin de me tirer de ce facheux dédale ,
Et mettre fin à mes tourmens ,
Soyez toûjours d'une humeur fort égales
Oufi
vous changez quelque jour,
Que ce ne foit qu'afin d'augmenter vôtre
amour,
Pour en eftre à mes foins un peu plus liberale.
Alcidor.
Le mefme,
J
E vous aime plus que ma vie
Quand je vous vois , belle Sylvie ,
Paroistre fenfible à mesfeux ;
du Mercure Galant. 207
Mais quand avec indifference
Vous venez recevoir mes voeux,
Ah pour lors quelle eft ma fouffrance !
Mon coeur eft accablé des plus facheux
ennuis
-le n'ay point de repos ny les jours ny les
nuits ,
On le connoift tres-bien voyant mon humeurfombre,
Ie recherche à vous voir , & crains jufqu'à
voftre Ombre ,
Tant je fuis agité de divers mouvemens
;
Afin de me tirer de ce facheux dédale ,
Et mettre fin à mes tourmens ,
Soyez toûjours d'une humeur fort égales
Oufi
vous changez quelque jour,
Que ce ne foit qu'afin d'augmenter vôtre
amour,
Pour en eftre à mes foins un peu plus liberale.
Alcidor.
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Résumé : VII.
Dans cette lettre, Alcidor exprime à Sylvie son amour profond et sa souffrance due à son indifférence. Tourmenté jour et nuit, il oscille entre le désir de la voir et la peur de la croiser. Il supplie Sylvie de rester constante ou d'accroître son amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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490
p. 208
VIII.
Début :
POurquoy venir ainsi sous l'habit de Cerés ? [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VIII.
VIII.
Qurquoy venir ainſi ſous l'habit de
Cerés? po
Mercure, voulez- vous faire quelquepregrés,
Saus une telle reffemblance ?
En vain vous découvrez vos beaux Ef
pics de Bled
Pour nous en donner affurance ,
Noftre cerveau n'eft pas trouble.
Non , vous n'avez point l'air d'une telle
Deeffe
,
Vos aifles à la tefte ainſi qu'à vos talons,
Frais Symboles de la viteffe,
Vous font plutoft paffer pour le Dieu des
Larrons.
IX.
Le mefme.
Qurquoy venir ainſi ſous l'habit de
Cerés? po
Mercure, voulez- vous faire quelquepregrés,
Saus une telle reffemblance ?
En vain vous découvrez vos beaux Ef
pics de Bled
Pour nous en donner affurance ,
Noftre cerveau n'eft pas trouble.
Non , vous n'avez point l'air d'une telle
Deeffe
,
Vos aifles à la tefte ainſi qu'à vos talons,
Frais Symboles de la viteffe,
Vous font plutoft paffer pour le Dieu des
Larrons.
IX.
Le mefme.
Fermer
491
p. 210-211
XIII.
Début :
APrés mille Combats qui vous comblent de gloire, [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XIII.
XIII.
APrés mille Combats qui vous comblent
de gloire ,
Et qui feront briller voftre Nom dans
l'Hiftoire ,
du Mercure Galant. 211
Il est temps , GRAND Loüis , de prendre
du repos ;
Sous d'immortels lâuriers venez coucher
à l'Ombre ,
Puifque du temps paffé les plus fameux
Heros
Auprés de vous ne fervent que de
nombre,
Ainfi que des zeros.
De la Tronche, de Roüen.
APrés mille Combats qui vous comblent
de gloire ,
Et qui feront briller voftre Nom dans
l'Hiftoire ,
du Mercure Galant. 211
Il est temps , GRAND Loüis , de prendre
du repos ;
Sous d'immortels lâuriers venez coucher
à l'Ombre ,
Puifque du temps paffé les plus fameux
Heros
Auprés de vous ne fervent que de
nombre,
Ainfi que des zeros.
De la Tronche, de Roüen.
Fermer
493
p. 211-212
XV.
Début :
A l'Ombre couché sur l'herbette, [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XV.
XV .
A
L'Ombre couché fur l'herbette,
Tircis jouoit de fa mufette
Pour chaffer l'amoureux tourment ,
Larfque Lifette luy vint dire ,
Si tu fongeois à mon martire,
Sij
212
Extraordinaire
Berger, tu ferois autrement.
Le mefme
A
L'Ombre couché fur l'herbette,
Tircis jouoit de fa mufette
Pour chaffer l'amoureux tourment ,
Larfque Lifette luy vint dire ,
Si tu fongeois à mon martire,
Sij
212
Extraordinaire
Berger, tu ferois autrement.
Le mefme
Fermer
494
p. 212
XVI.
Début :
Pourquoy nous envoyer à l'Ombre ? [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XVI.
XVI.
Pourquey
nous envoyer à l'Ombre ?
Eft-il trop de Soleil en ce temps
pluvieux ?
Helas ! il nefait que trop fombre ,
Si Filis ne revient pour éclairer ces
lieux
le perdray l'usage des yeux.
Le mefme.
Pourquey
nous envoyer à l'Ombre ?
Eft-il trop de Soleil en ce temps
pluvieux ?
Helas ! il nefait que trop fombre ,
Si Filis ne revient pour éclairer ces
lieux
le perdray l'usage des yeux.
Le mefme.
Fermer
495
p. 212-213
XVII.
Début :
EN France l'an passé, Ceros trop peu feconde [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XVII.
XV M.
N France lan paffe , Ceros trop
peu feconde
nous mit
EN
Nous referrà fon sein ,
aux abois,
Lorfque le Grand LOVIS , le Iofeph
des François ,
Nous fit venir du Blé des quatre coins
du monde ,
Pour joindre à fon grand coeur un as
mour paternel ,
du Mercure alant.
213
Et pour rendre en tout temps fon grand
Nom immortel.
Le mefme..
N France lan paffe , Ceros trop
peu feconde
nous mit
EN
Nous referrà fon sein ,
aux abois,
Lorfque le Grand LOVIS , le Iofeph
des François ,
Nous fit venir du Blé des quatre coins
du monde ,
Pour joindre à fon grand coeur un as
mour paternel ,
du Mercure alant.
213
Et pour rendre en tout temps fon grand
Nom immortel.
Le mefme..
Fermer
496
p. 213
XVIII.
Début :
UNe disette l'an passé [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XVIII.
XVIII.
Ne difette l'an paffe
•UNO
Nous refufant la nouriture ,
Menaçoit l'humaine Nature
D'un Requiefcat in pace ;
Mais cette année en récompenfe
On a des Bleds en abondance..
Le mefme
Ne difette l'an paffe
•UNO
Nous refufant la nouriture ,
Menaçoit l'humaine Nature
D'un Requiefcat in pace ;
Mais cette année en récompenfe
On a des Bleds en abondance..
Le mefme
Fermer
497
p. 213
XIX.
Début :
VOstre premiere Enigme a de l'obscurité, [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XIX.
XIX.
Oftre premiere Enigme a de l'ob-
Scurité,
Mercure , fy vois trop de contrarieté,
Ou mes lumieres font trop fombres,
Favonë auffi que je n'y connois rien,
Et que pour en percer les Ombres,
Il faudroit un Soleil plus perçant que
Le mien.
GYGES du Havre..
Oftre premiere Enigme a de l'ob-
Scurité,
Mercure , fy vois trop de contrarieté,
Ou mes lumieres font trop fombres,
Favonë auffi que je n'y connois rien,
Et que pour en percer les Ombres,
Il faudroit un Soleil plus perçant que
Le mien.
GYGES du Havre..
Fermer
498
p. 214
XX.
Début :
RIen n'est dit plus souvent chez la pluspart des hommes, [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XX.
XX.
Ien n'efl dit plus souvent chez la
plupart des hommes,
Pauvres abufez que nous fommes !
De poursuivre tant les Grandeurs,
Les biens , les plaiſirs , les honneurs,
La mort qui nous surprend nous en
ofte l'usage
Cependant il n'eft point d'erreur
Que l'on maintienne davantage ,
La Terre a toujours noftre coeur ,
Tel mefme fait femblant de rechercher
la gloire,
( Qui n'est jamais fans la vertu )
Pendant qu'il eft à tous notoire
Qu'un fordide intereft l'a plûtoft abattu;
Le tout eft donc fans elle une Ombre,
une fumée ,
Et fans elle on n'apoint de bonne renom-
1
mée.
Le mefme.
Ien n'efl dit plus souvent chez la
plupart des hommes,
Pauvres abufez que nous fommes !
De poursuivre tant les Grandeurs,
Les biens , les plaiſirs , les honneurs,
La mort qui nous surprend nous en
ofte l'usage
Cependant il n'eft point d'erreur
Que l'on maintienne davantage ,
La Terre a toujours noftre coeur ,
Tel mefme fait femblant de rechercher
la gloire,
( Qui n'est jamais fans la vertu )
Pendant qu'il eft à tous notoire
Qu'un fordide intereft l'a plûtoft abattu;
Le tout eft donc fans elle une Ombre,
une fumée ,
Et fans elle on n'apoint de bonne renom-
1
mée.
Le mefme.
Fermer
Résumé : XX.
Le texte critique la quête humaine de grandeurs, biens, plaisirs et honneurs, soulignant l'imprévoyance de la mort. Il dénonce ceux qui cherchent la gloire sans vertu, motivés par l'égoïsme. Sans vertu, ces aspirations sont vaines, comparables à une ombre ou une fumée, et n'apportent pas de véritable renommée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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499
p. 215
XXI.
Début :
QUe la Nature est admirable ! [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XXI.
XXI.
Ve la Nature eft admirable !
Pour conferver l'Epy de Bled
Qui nous donne du Pain , dont chacun eft
troublé ,
Quand ce cher confident n'est point à nôtre
table ,
On voit qu'elle fait fuir mille petits brigands
En l'air & fur terre , voguans
Pour voler ce qui nousfuftente,
Qu'elle fait oppofer mainte areßte pin
quante
Dont l'Epy fe voit herißé ,
Pour le mettre à couvert de leur bec famelique,
Cette merveilleufe fabrique
Luyfert de Corps-de-garde, il n'eft point
offense.
Le mefine.
Ve la Nature eft admirable !
Pour conferver l'Epy de Bled
Qui nous donne du Pain , dont chacun eft
troublé ,
Quand ce cher confident n'est point à nôtre
table ,
On voit qu'elle fait fuir mille petits brigands
En l'air & fur terre , voguans
Pour voler ce qui nousfuftente,
Qu'elle fait oppofer mainte areßte pin
quante
Dont l'Epy fe voit herißé ,
Pour le mettre à couvert de leur bec famelique,
Cette merveilleufe fabrique
Luyfert de Corps-de-garde, il n'eft point
offense.
Le mefine.
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500
p. 216-217
XXIII.
Début :
MErcure est admirable en tout ce qu'il projette, [...]
Mots clefs :
Épi de froment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XXIII.
XXIII.
MErcure eft admirable en tout ce
qu'il projette ,
Ilfçait fort bien pourvoir à nos neceffi
tez.
Tantoft il nous recrée avec un feu qu'il
jette ,
Il nous donne tantoft des Surtout bien
montez
Là l'on le voit jetter des marons fous :
un masque ;
Il reprend
du Mercure Galant.
217
Il reprend , il quitte le cafque ;
Et puis avec un fien Amy
·
Le premier qu'il rencontre , il entonne Ut
Re Mi
(Enigme,
Tantoft aux beaux Eſprits il délivre une
Aux Femmes il donne un fufeau :
Ce Dieu fur tous digne d'eftime ,
Peut-il rienfaire de plus beau ?
Une autre fois , il fait prefent de deux
voyelles,
Qui peuvent fe vanter d'eftre les deux \
plus belles ,
Puifqu'il ne feroit point fans elles
Un LOVIS & Fufte & Vainqueur.
Enfin ce beau Seigneur ,
Fentens ce beau Seigneur Mercure ,
Continuant toûjours fes liberalitez ,
Nous donne ce que la Nature
Tient parmy fes trefors mefme les plus
vantez :
C'estun Epy de Froment : je vous jure
Que mes yeux en font enchantez .
C. F. LOURDET,
du quartier de la Place Maubert
MErcure eft admirable en tout ce
qu'il projette ,
Ilfçait fort bien pourvoir à nos neceffi
tez.
Tantoft il nous recrée avec un feu qu'il
jette ,
Il nous donne tantoft des Surtout bien
montez
Là l'on le voit jetter des marons fous :
un masque ;
Il reprend
du Mercure Galant.
217
Il reprend , il quitte le cafque ;
Et puis avec un fien Amy
·
Le premier qu'il rencontre , il entonne Ut
Re Mi
(Enigme,
Tantoft aux beaux Eſprits il délivre une
Aux Femmes il donne un fufeau :
Ce Dieu fur tous digne d'eftime ,
Peut-il rienfaire de plus beau ?
Une autre fois , il fait prefent de deux
voyelles,
Qui peuvent fe vanter d'eftre les deux \
plus belles ,
Puifqu'il ne feroit point fans elles
Un LOVIS & Fufte & Vainqueur.
Enfin ce beau Seigneur ,
Fentens ce beau Seigneur Mercure ,
Continuant toûjours fes liberalitez ,
Nous donne ce que la Nature
Tient parmy fes trefors mefme les plus
vantez :
C'estun Epy de Froment : je vous jure
Que mes yeux en font enchantez .
C. F. LOURDET,
du quartier de la Place Maubert
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Résumé : XXIII.
Le texte met en lumière les diverses qualités et actions du dieu Mercure. Ce dernier est célébré pour sa capacité à répondre aux besoins humains et à procurer de la joie grâce à son influence bénéfique. Mercure se distingue par sa polyvalence, apparaissant tour à tour sous différents aspects : il lance des marrons déguisé ou chante 'Ut Re Mi' après avoir ôté un casque. Il propose des énigmes aux esprits éclairés et offre un fuseau aux femmes. Mercure est décrit comme un dieu respectable, capable de créer un Louis d'or, symbole de triomphe et de réussite. De plus, il offre un épi de froment, un trésor naturel très prisé. Le texte exprime une admiration pour ces dons. L'auteur de ce texte est C. F. LOURDET, résidant du quartier de la Place Maubert.
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