Résultats : 6 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 51-91
LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre touchant le / MONSIEUR, Pour continuer nostre commerce de Lettres, je vay vous [...]
Mots clefs :
Croix, Tableau, Sauveur, M. le Brun, M. Mignard, Expression du visage, Soldats, Enfants, Dieu, Douleur, Mouvements, Spectacles, Corps, Ville de Jérusalem
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Il m'eft tombé entre les
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
Fermer
2
p. 124-136
AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Début :
Le nombre de ceux qui se convertissent augmente de jour / Enfin, de vos ames rebelles, [...]
Mots clefs :
Conversions, Calvinistes, Erreurs, Vérité, Poésie, Grâces, Seigneur, Clémence, Rayons, Orgueil, Mystères, Attaque, Sauveur, Âme, Sentiments, Enfer, Ennemis, Monarque, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le nombre de ceux qui fe convertiffent
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
Fermer
Résumé : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le texte relate une augmentation des conversions religieuses sincères, souvent précédées de débats où même les calvinistes les plus fermes reconnaissent leurs erreurs. L'auteur encourage les calvinistes à réfléchir sur des vers mettant en garde contre les limites de la raison face aux mystères de la foi. Un poème dédié aux nouveaux convertis célèbre la grâce divine qui les a conduits à la vérité et met en garde contre l'orgueil de la raison humaine, source d'erreurs et d'illusions. La conversion est perçue comme une libération des doutes, apportant paix et joie. La quête spirituelle est comparée à un malade affamé insatisfait, soulignant que Jésus se révèle à ceux qui l'aiment et les invite à partager son amour. Le texte loue également un roi qui utilise son pouvoir pour ramener ses sujets à la foi. Il mentionne une ode et un poème de Charles Perrault, membre de l'Académie Française. L'ode exprime le zèle et la piété de l'auteur, appelant à protéger et encourager la foi des jeunes générations. Le poème 'Saint Paulin Évêque de Nole' démontre que la poésie peut servir des sujets de dévotion, combinant élégance et descriptions vivantes pour toucher à la fois l'esprit et le cœur. Cette œuvre a été appréciée pour sa forme et la dignité de son sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 136-146
A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
Début :
Voicy une Lettre qui est de saison, quoy qu'il y ait / Monsieur, Il y a des coups de hazard qui sont heureux, & je croy [...]
Mots clefs :
Conversions, Religionnaires, Erreurs, Providence, Foi, Écritures, Eucharistie, Dieu, Sauveur, Apôtre, Communion, Louis le Grand, Hérésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
Voicy une Lettre qui eft de
faifon , quoy qu'il y ait déja quel
que temps qu'elle eft écrite. On
affeure qu'elle a contribué à plufieurs
Conversions , & je n'ay pas
de peine à le croire . Les raifons
que l'Autheur employe font affez
perfuafives pour ne laiffer rien à
repliquer. C'eft ainsi que le Roy
eft caufe du falut des ames , puifque
chacun y travaille à fon
exemple. On peut voir par cette
Lettre , que les armes qui font
rendre les Religionnaires , font
tirées de la feule force de la Verité
, qui fournit des argumens
invincibles contre les erreurs.
GALANT.
137
1
A MONSIEUR
DE LA GATELINIERE ...
M
ONSIEUR ,
Ily a des coups de hazard
qui font heureux , & je croy teli
celuy qui me procura l'honneur de
vous voir ces derniers jours en un
lieu où nous ne fongions ny vous ny
moy à lier enfemble aucun entretien.
T'en ay remercié la Providence , devant
qui les rencontres qui nous pa
roiffent fortuites font prémeditées ,
& j'espere que la nôtre aura quelque.
rapport avec celle de ce grand Offi
cier de Candace , qui trouva l'Apoftre
Saint Philippes dans for :
chemin. Cet Officier avoit comme.
vous , Monfieur , la Bible entre les
main. Il fondoit Sa Foy fur less,
138
MERCURE
Ecritures , mais il ne pouvoit en
entendre le vray fens . Il s'adreffa
donc à l'Eglife en la perfonne de
Saint Philippes , qui luy expliqua
le Sacrifice du Fils de Dieu fur la
Croix. L'eus l'honneur de vous entretenir
à peu près du mefme Myftere
; car celuy de l'Euchariftie eft
un Memorial de celuy de la Croix,
& nous parlafmes beaucoup de ce
Myftere adorable. Le me fouviens
que nous entrafmes en matiere par
l'Ecriture fainte , qui fonde uniquement
la Foy felon nous . Ie pris
la liberté de vous remontrer que
vous combattiez ce principe de
Euchariftie , puifque vous y appelliek
figure ce que le Sauveur du
mondey appele Corps . Ainsi , ajoûtay
-je , le Fils de Dieu affeure ce
que vous nie . Il dit Cecy eft mon
Corps , & vous dites que ce ne
L'eft pas. Vous ne fonde donc pas
GALAN T. 139
voftre Foy fur Sa Parole. Aprés
avoir eu la bonté de m'écouter
vous me répondites que le Fils de
Dieu avoit dit ailleurs . Ie fuis une
Vigne , & que pourtant ny vous
ny moy ne croyons pas qu'ilfoit une
Vigne. Là - deffus je vous priay de
diftinguer les occafions . Dans celle
où N. Seigneur fe difoit une Vigne,
il n'établiffoit pas un Sacrement, ny:
par confequent un Article de Foy,
ainfi ilpouvoit ufer de Paraboles ;
mais en inftituant l'Euchariftic , le
Sauveur du mondeformoit un Article
de Foy effenciel , & il établiffoit
un Sacrement`; par confequent il
y parloit à la lettre , comme ily a
parléquand il ainftituele Baptefme.
Tout de mefme donc que quand
il a dit , Baptiſez au Nom du
Pere , & du Fils , & du Saint-
Esprit , il nous afait un Article de
Foy litteral d'une Trinité réelle ,
140 MERCURE
3
de mefme quand il a dit , Cecy eft
mon corps , & faites cecy en
memoire de moy , il nous a expreffément
proposé la realité de fon
Corps ,fous les apparences du Pain.
Vous n'oubliaftes pas dans cet en
droit celuy des Capharnaites , &
voicy ce que j'eus l'avantage de
Vous repliquer. Ie des donc , Mon
fieur , que le Fils de Dieu avoit confirmé
fa Prefence corporelle , quand
ilremontra defes Auditeurs , Que
fa Chair ne profite de rien , &
que c'est l'efprit qui vivifie. Le
vous fis remarquer , que noftre Seigneur
en feparant ces deux chofes ,
témoignoit que l'on pouvoit recevoir
l'une fans l'autre, & par confequent
que fa Chair prife fans fon
Efprit , c'est à dire fans fa Grace ,
faifoit ce que nous appellons une
Communion indigne ; d'où il refulte
que le Sauveur du Monde établisfoit
•
GALANT. 141
réellement & localement fa Chair
1 dans l'Echariftie ; a trement , continuay-
je , ce qu'il dit enfuite du
Scandale de fes Auditeurs , feroit
un pur galimatias , dont le Fils de
Dieu n'eft pas capable . Quoy , ditil
, cela vous fcandalife ? Et que
fera - ce donc quand vous verrez
'le Fils de l'Homme remonter où
il eftoit auparavant ? De bonne
foy , Monfieur , quels rapports à
cette Parole avec celles qui la precedent
? Eftoit-il question icy de
Afcenfion du Fils de Dieu ? Non ;
mais il eftoit queftion d'inftruire des
Peuples qui s'effrayoient de manger
réellement le Sauveur du Monde
, & il leur dit : Si vous eftes
fcandalifez de me manger pendant
que je fuis fur la Terre, que
fera - ce donc quand vous me
mangerez encore aprés que je
feray monté au Ciel le vous
142
MERCURE
défie , avec tout le respect que je
vous dois , de tirer une autre con-
Sequence de ces Paroles , à moins de
leur donner la torture , & de faire
tomber le Fils de Dieu dans des
difparates indignes de luy. Cette
reflexion vous furprit , & là- deffus
vous me témoignaftes par modeftie
que vous n'estic pas d'une profeffion
à Controverfe. I'eus l'honneur de
vous repondre , Monfieur , que la
verité eftoit de toutes les profeffions
chez les Chrétiens. Vous me repli
quaftes que vous la chercherie ,
& quepour cela vous aviez beaucoup
de Livres. Ie pris la liberté
de vous dire » que le meilleur de
tous les Livres eftoit le coeur ; qu'il
falloit à Livre ouvert y recevoir la
verité , la demander à Dieu , qui ne
la refufe jamais à ceux qui la cher-
•chent avec bonté & fimplicité de
coeur.L'opinay bien du voftre dans
1
>
1
GALANT. 143
2
J cette rencontre , où vous me parlaftes
avec beaucoup de probité.
Vousy loüaftes la mienne , & ce que
j'aioutay vous en paru plein. Ce
fut quand je vous expofay la Communion
des Apoftres , & que je vous
prouvay qu'elle euft efté illufoire
s'ils n'avoient communié que par la
Foy ; car enfin , la Foy est un argument
des chofes qui ne paroiffent
point , & tout paroiffoit aux Apo
ftres, d'un cofté le Corps du Sauveur,
de l'autre du Pain tout pur felon
vous. Où pouvoient - ils donc exercer
leurfoy felon nous ? Ils l'exerçoient
en croyani le Corps du Sauveur du
Monde , comme nous le croyons placé
fous les apparences du Pain. Quoy
que cetteraifon demeuraft fans une
feule replique , je la confirmay par
ces paroles de S. Paul , qui attri
buent les mauvaises Communions ,
à ce qu'on n'y difcerne pas le
344
MERCURE
d'une
Corps du Seigneur. Nous tombâ
mes d'accord que ce difcernement fe
faifoit par la Foy, & j'en tiray cette
confequence ; donc la Foy fuppofe la
prefence réelle du Fils de Dieu dans
la Cene , comme mon ailfuppofe les
couleurs dans les objets ; car enfin,
fila Foy difcerne le Corps du Fils de
Dieu dans la Cene, ily eft donc , puis
qu'on ne difcerne pas des chofes qui
nefont point , & nousfinifmes noftre
Converfation par des marques
mutuelle eftime. I'en ay pour vous ,
Monfieur , une tres-particuliere , &
je fouhaite que mon Entretien ait
avec vous le mefme fuccés qu'il aeu
dans Chafteaudun , avec une Veuve
de voftre Religion , qui a profeſſé la
noftre. Il n'est pas honteux à un homme
d'eftre touché par les raifonnemens
qui touchent certaines Fem
mes. Vous fçavez que les ames n'ont
point defexe , & que ce n'estpas la
1
difference
GALANT. 145
difference des corps , mais des coeurs
& des efprits , qui nous fait valoir
auprés de Dieu. Il a répandu fon
Efprit autrefois fur Anne , fur Hol-
= da , &fur Debora , qui prophetife
rent à l'exclufion des Hommes , &
dernierement encore Madame de l
Ferté acheva ce que plufieurs Ecclefiaftiques
& moy n'avions pû finir
avec Madame Maillot , qu'elle
a envoyée à Chatres pour fe convertir.
Vous connoiffez fans doute
Madame de la Ferté , qui a des
- Freres chez Monfieur le Prince &
= chez Madame la Princeffe de
Brunfvvic , qui tiennent les premieres
Charges , comme vous avez
des Proches qui tiennent les premiers
rangs dans la Maifon du
Ray & Monfieur de la Ferté a
L'honneur d'appartenir à Madame
la Marefchale de Caftelnau , com-
Ianvier 1686 . G
846 MERCURE
me vous appartenez à Monfieur
le Marquis de Dangeau , dont les
lumieres vous garantiffent l'exemple.
Suivez-le , je vous en conjure
fous le Regne de LOUIS le Grand,
qui a le coeur d'un Pere , & la tefte
d'un Roy. Son caur eft auffi grand
que fon nom , & fa tefte fait bonneur
à la Couronne, Fiez vous en
à fes connoiffances , qui l'empef
chent de fe tromper , & àsa probité
, qui l'empefche de tromper les
autres. Ie ne vous trompe point mojmefme
, quand je vous affeure que je
fuis avec un respect tendre & fing
cere , voftre , &c.
faifon , quoy qu'il y ait déja quel
que temps qu'elle eft écrite. On
affeure qu'elle a contribué à plufieurs
Conversions , & je n'ay pas
de peine à le croire . Les raifons
que l'Autheur employe font affez
perfuafives pour ne laiffer rien à
repliquer. C'eft ainsi que le Roy
eft caufe du falut des ames , puifque
chacun y travaille à fon
exemple. On peut voir par cette
Lettre , que les armes qui font
rendre les Religionnaires , font
tirées de la feule force de la Verité
, qui fournit des argumens
invincibles contre les erreurs.
GALANT.
137
1
A MONSIEUR
DE LA GATELINIERE ...
M
ONSIEUR ,
Ily a des coups de hazard
qui font heureux , & je croy teli
celuy qui me procura l'honneur de
vous voir ces derniers jours en un
lieu où nous ne fongions ny vous ny
moy à lier enfemble aucun entretien.
T'en ay remercié la Providence , devant
qui les rencontres qui nous pa
roiffent fortuites font prémeditées ,
& j'espere que la nôtre aura quelque.
rapport avec celle de ce grand Offi
cier de Candace , qui trouva l'Apoftre
Saint Philippes dans for :
chemin. Cet Officier avoit comme.
vous , Monfieur , la Bible entre les
main. Il fondoit Sa Foy fur less,
138
MERCURE
Ecritures , mais il ne pouvoit en
entendre le vray fens . Il s'adreffa
donc à l'Eglife en la perfonne de
Saint Philippes , qui luy expliqua
le Sacrifice du Fils de Dieu fur la
Croix. L'eus l'honneur de vous entretenir
à peu près du mefme Myftere
; car celuy de l'Euchariftie eft
un Memorial de celuy de la Croix,
& nous parlafmes beaucoup de ce
Myftere adorable. Le me fouviens
que nous entrafmes en matiere par
l'Ecriture fainte , qui fonde uniquement
la Foy felon nous . Ie pris
la liberté de vous remontrer que
vous combattiez ce principe de
Euchariftie , puifque vous y appelliek
figure ce que le Sauveur du
mondey appele Corps . Ainsi , ajoûtay
-je , le Fils de Dieu affeure ce
que vous nie . Il dit Cecy eft mon
Corps , & vous dites que ce ne
L'eft pas. Vous ne fonde donc pas
GALAN T. 139
voftre Foy fur Sa Parole. Aprés
avoir eu la bonté de m'écouter
vous me répondites que le Fils de
Dieu avoit dit ailleurs . Ie fuis une
Vigne , & que pourtant ny vous
ny moy ne croyons pas qu'ilfoit une
Vigne. Là - deffus je vous priay de
diftinguer les occafions . Dans celle
où N. Seigneur fe difoit une Vigne,
il n'établiffoit pas un Sacrement, ny:
par confequent un Article de Foy,
ainfi ilpouvoit ufer de Paraboles ;
mais en inftituant l'Euchariftic , le
Sauveur du mondeformoit un Article
de Foy effenciel , & il établiffoit
un Sacrement`; par confequent il
y parloit à la lettre , comme ily a
parléquand il ainftituele Baptefme.
Tout de mefme donc que quand
il a dit , Baptiſez au Nom du
Pere , & du Fils , & du Saint-
Esprit , il nous afait un Article de
Foy litteral d'une Trinité réelle ,
140 MERCURE
3
de mefme quand il a dit , Cecy eft
mon corps , & faites cecy en
memoire de moy , il nous a expreffément
proposé la realité de fon
Corps ,fous les apparences du Pain.
Vous n'oubliaftes pas dans cet en
droit celuy des Capharnaites , &
voicy ce que j'eus l'avantage de
Vous repliquer. Ie des donc , Mon
fieur , que le Fils de Dieu avoit confirmé
fa Prefence corporelle , quand
ilremontra defes Auditeurs , Que
fa Chair ne profite de rien , &
que c'est l'efprit qui vivifie. Le
vous fis remarquer , que noftre Seigneur
en feparant ces deux chofes ,
témoignoit que l'on pouvoit recevoir
l'une fans l'autre, & par confequent
que fa Chair prife fans fon
Efprit , c'est à dire fans fa Grace ,
faifoit ce que nous appellons une
Communion indigne ; d'où il refulte
que le Sauveur du Monde établisfoit
•
GALANT. 141
réellement & localement fa Chair
1 dans l'Echariftie ; a trement , continuay-
je , ce qu'il dit enfuite du
Scandale de fes Auditeurs , feroit
un pur galimatias , dont le Fils de
Dieu n'eft pas capable . Quoy , ditil
, cela vous fcandalife ? Et que
fera - ce donc quand vous verrez
'le Fils de l'Homme remonter où
il eftoit auparavant ? De bonne
foy , Monfieur , quels rapports à
cette Parole avec celles qui la precedent
? Eftoit-il question icy de
Afcenfion du Fils de Dieu ? Non ;
mais il eftoit queftion d'inftruire des
Peuples qui s'effrayoient de manger
réellement le Sauveur du Monde
, & il leur dit : Si vous eftes
fcandalifez de me manger pendant
que je fuis fur la Terre, que
fera - ce donc quand vous me
mangerez encore aprés que je
feray monté au Ciel le vous
142
MERCURE
défie , avec tout le respect que je
vous dois , de tirer une autre con-
Sequence de ces Paroles , à moins de
leur donner la torture , & de faire
tomber le Fils de Dieu dans des
difparates indignes de luy. Cette
reflexion vous furprit , & là- deffus
vous me témoignaftes par modeftie
que vous n'estic pas d'une profeffion
à Controverfe. I'eus l'honneur de
vous repondre , Monfieur , que la
verité eftoit de toutes les profeffions
chez les Chrétiens. Vous me repli
quaftes que vous la chercherie ,
& quepour cela vous aviez beaucoup
de Livres. Ie pris la liberté
de vous dire » que le meilleur de
tous les Livres eftoit le coeur ; qu'il
falloit à Livre ouvert y recevoir la
verité , la demander à Dieu , qui ne
la refufe jamais à ceux qui la cher-
•chent avec bonté & fimplicité de
coeur.L'opinay bien du voftre dans
1
>
1
GALANT. 143
2
J cette rencontre , où vous me parlaftes
avec beaucoup de probité.
Vousy loüaftes la mienne , & ce que
j'aioutay vous en paru plein. Ce
fut quand je vous expofay la Communion
des Apoftres , & que je vous
prouvay qu'elle euft efté illufoire
s'ils n'avoient communié que par la
Foy ; car enfin , la Foy est un argument
des chofes qui ne paroiffent
point , & tout paroiffoit aux Apo
ftres, d'un cofté le Corps du Sauveur,
de l'autre du Pain tout pur felon
vous. Où pouvoient - ils donc exercer
leurfoy felon nous ? Ils l'exerçoient
en croyani le Corps du Sauveur du
Monde , comme nous le croyons placé
fous les apparences du Pain. Quoy
que cetteraifon demeuraft fans une
feule replique , je la confirmay par
ces paroles de S. Paul , qui attri
buent les mauvaises Communions ,
à ce qu'on n'y difcerne pas le
344
MERCURE
d'une
Corps du Seigneur. Nous tombâ
mes d'accord que ce difcernement fe
faifoit par la Foy, & j'en tiray cette
confequence ; donc la Foy fuppofe la
prefence réelle du Fils de Dieu dans
la Cene , comme mon ailfuppofe les
couleurs dans les objets ; car enfin,
fila Foy difcerne le Corps du Fils de
Dieu dans la Cene, ily eft donc , puis
qu'on ne difcerne pas des chofes qui
nefont point , & nousfinifmes noftre
Converfation par des marques
mutuelle eftime. I'en ay pour vous ,
Monfieur , une tres-particuliere , &
je fouhaite que mon Entretien ait
avec vous le mefme fuccés qu'il aeu
dans Chafteaudun , avec une Veuve
de voftre Religion , qui a profeſſé la
noftre. Il n'est pas honteux à un homme
d'eftre touché par les raifonnemens
qui touchent certaines Fem
mes. Vous fçavez que les ames n'ont
point defexe , & que ce n'estpas la
1
difference
GALANT. 145
difference des corps , mais des coeurs
& des efprits , qui nous fait valoir
auprés de Dieu. Il a répandu fon
Efprit autrefois fur Anne , fur Hol-
= da , &fur Debora , qui prophetife
rent à l'exclufion des Hommes , &
dernierement encore Madame de l
Ferté acheva ce que plufieurs Ecclefiaftiques
& moy n'avions pû finir
avec Madame Maillot , qu'elle
a envoyée à Chatres pour fe convertir.
Vous connoiffez fans doute
Madame de la Ferté , qui a des
- Freres chez Monfieur le Prince &
= chez Madame la Princeffe de
Brunfvvic , qui tiennent les premieres
Charges , comme vous avez
des Proches qui tiennent les premiers
rangs dans la Maifon du
Ray & Monfieur de la Ferté a
L'honneur d'appartenir à Madame
la Marefchale de Caftelnau , com-
Ianvier 1686 . G
846 MERCURE
me vous appartenez à Monfieur
le Marquis de Dangeau , dont les
lumieres vous garantiffent l'exemple.
Suivez-le , je vous en conjure
fous le Regne de LOUIS le Grand,
qui a le coeur d'un Pere , & la tefte
d'un Roy. Son caur eft auffi grand
que fon nom , & fa tefte fait bonneur
à la Couronne, Fiez vous en
à fes connoiffances , qui l'empef
chent de fe tromper , & àsa probité
, qui l'empefche de tromper les
autres. Ie ne vous trompe point mojmefme
, quand je vous affeure que je
fuis avec un respect tendre & fing
cere , voftre , &c.
Fermer
Résumé : A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
La lettre relate une discussion théologique entre deux individus concernant le mystère de l'Eucharistie. L'auteur exprime sa reconnaissance pour une rencontre avec Monsieur de La Gatellinière, au cours de laquelle ils ont débattu du sacrifice du Fils de Dieu et du mystère eucharistique. Monsieur de La Gatellinière remet en question la présence réelle du corps du Christ dans l'Eucharistie, tandis que l'auteur soutient que Jésus a parlé littéralement lorsqu'il a affirmé que le pain est son corps, distinguant ainsi les paraboles de l'institution des sacrements. La conversation aborde également les paroles de Jésus à Capharnaüm, où il déclare que sa chair ne sert à rien sans l'esprit. L'auteur en conclut que Jésus établit effectivement sa présence corporelle dans l'Eucharistie. Monsieur de La Gatellinière, bien qu'il reconnaisse la sincérité de l'auteur, préfère rechercher la vérité à travers divers ouvrages. L'auteur rétorque que le cœur est le meilleur moyen de recevoir la vérité, en la demandant à Dieu avec simplicité et bonté. Le texte met en avant que la foi permet de discerner le corps du Christ sous les espèces du pain, comparant cette perception à celle des couleurs. La lettre mentionne également une rencontre avec une veuve convertie et évoque des exemples bibliques de femmes prophétesses. Elle se termine par une exhortation à suivre l'exemple du Marquis de Dangeau et par des marques de respect et de sincérité envers l'interlocuteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 2394-2396
LETTRE écrite de Nîmes, le 20 Aoust 1731. au sujet d'un Remede qui dissout la Pierre.
Début :
On a vû, Monfieur, avec plaisir dans votre Mercure de Juillet dernier, une Lettre qui [...]
Mots clefs :
Remède, Pierre, Libérateur, Charité, Sauveur, Générosité chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Nîmes, le 20 Aoust 1731. au sujet d'un Remede qui dissout la Pierre.
N-a vu , Monfieur , avec plaifir dans votre
Mercure deJuillet dernier , une Lettre qui
confirme la verité du remede qui sert à dissoudre
la Pierre dans les Reins . Cette confirmation eft
tres -agréable au public et aux personnes interessées;
mais elle le seroit bien davantage,si on avoit
bien voulu manifester la composition de ce remede;
car que sert-il d'être assuré qu'il y en a un,
si l'on ne sçait point en quoi il consiste : Il paroît
OCTOBRE. 173. 2395
ne
roit que celui qui en possede le secret , ne veut
point le découvrir , et qu'il ne le distribuë qu'à
ceux qui ont le bonheur d'être de ses amis ou
qui peuvent le récompenser dignement ; quoiqu'il
en soit des motifs qu'il peut avoir ,
seroit - il pas plus honorable pour lui , de
livrer au public un remede qui lui procureroit
la gloire d'être comme le Liberateur du genre
humain, en affranchissant une infinité de malheureux
des douleurs piquantes et insupportables
qu'ils ressentens ? Quelle consolation pour lui ,
d'imiter la charité et la compassion du Sauveur
même , qui n'avoit point de plus grand plaisir que
de soulager et de guérir des malades . Toutes les
personnes affligées de ce mal ; lui donneroient
mille louanges et mille benedictions. Pour moi
je vous l'avouë , si j'étois à sa place , je serois incapable
de refuser au public un remede si salutaire
, et je renoncerois de bon coeur pour cela
à toutes les esperances de la fortune . Quel plus
grand mérite ponr un honnête homnie , et sur
tout pour un Chrétien , que de rendre la santé à
ses semblables ? Mérite également loüable et devant
Dieu et devant les hommes.
Il est vrai que la communication de ce remede
auroit des suites , et que plusieurs Opérateurs
tres - habiles perdroient par ce moyen toute leur
pratique ; mais faudroit- il que cette pratique se
soutint aux dépens de tant de malheureux , exposez
à leurs cruelles opérations ; et la générosi
té chrétienne ne devroit - elle pas inspirer à celui
qui est le dépositaire de ce remede , de finir tous
les tourmens , toutes les inquiétudes , tous les perils
, dont ces infortunez malades sont menacez ?
Voilà , Monsieur , les sentimens que la lettre de
votre dernier Mercure m'a inſpirez . J'ai crû , ent
Fiiij lisan
219K MERCURE DE FRANCE
.
lifant le titre de cette Lettre, que j'y trouverois ce
remede si désiré mais on nous a laissé sur la
bonne bouché , et tout le monde a le déplaisir de
se voir frustré de son attente. Car on voit bien
qu'il est impossible aux personnes interessées de
trouver par elles -mêmes la composition de ce
remede. Si vous voulez inserer cette Lettre dans
votre Mercure, peut - être serviroit - elle à toucher
de compassion et de charité le Possesseur de ce
remede. C'est ce que j'ose me promettre , et de
votre politesse et du soin que vous avez de procurer
en toutes occasions le bien public . Je suis ,
&c.
Mercure deJuillet dernier , une Lettre qui
confirme la verité du remede qui sert à dissoudre
la Pierre dans les Reins . Cette confirmation eft
tres -agréable au public et aux personnes interessées;
mais elle le seroit bien davantage,si on avoit
bien voulu manifester la composition de ce remede;
car que sert-il d'être assuré qu'il y en a un,
si l'on ne sçait point en quoi il consiste : Il paroît
OCTOBRE. 173. 2395
ne
roit que celui qui en possede le secret , ne veut
point le découvrir , et qu'il ne le distribuë qu'à
ceux qui ont le bonheur d'être de ses amis ou
qui peuvent le récompenser dignement ; quoiqu'il
en soit des motifs qu'il peut avoir ,
seroit - il pas plus honorable pour lui , de
livrer au public un remede qui lui procureroit
la gloire d'être comme le Liberateur du genre
humain, en affranchissant une infinité de malheureux
des douleurs piquantes et insupportables
qu'ils ressentens ? Quelle consolation pour lui ,
d'imiter la charité et la compassion du Sauveur
même , qui n'avoit point de plus grand plaisir que
de soulager et de guérir des malades . Toutes les
personnes affligées de ce mal ; lui donneroient
mille louanges et mille benedictions. Pour moi
je vous l'avouë , si j'étois à sa place , je serois incapable
de refuser au public un remede si salutaire
, et je renoncerois de bon coeur pour cela
à toutes les esperances de la fortune . Quel plus
grand mérite ponr un honnête homnie , et sur
tout pour un Chrétien , que de rendre la santé à
ses semblables ? Mérite également loüable et devant
Dieu et devant les hommes.
Il est vrai que la communication de ce remede
auroit des suites , et que plusieurs Opérateurs
tres - habiles perdroient par ce moyen toute leur
pratique ; mais faudroit- il que cette pratique se
soutint aux dépens de tant de malheureux , exposez
à leurs cruelles opérations ; et la générosi
té chrétienne ne devroit - elle pas inspirer à celui
qui est le dépositaire de ce remede , de finir tous
les tourmens , toutes les inquiétudes , tous les perils
, dont ces infortunez malades sont menacez ?
Voilà , Monsieur , les sentimens que la lettre de
votre dernier Mercure m'a inſpirez . J'ai crû , ent
Fiiij lisan
219K MERCURE DE FRANCE
.
lifant le titre de cette Lettre, que j'y trouverois ce
remede si désiré mais on nous a laissé sur la
bonne bouché , et tout le monde a le déplaisir de
se voir frustré de son attente. Car on voit bien
qu'il est impossible aux personnes interessées de
trouver par elles -mêmes la composition de ce
remede. Si vous voulez inserer cette Lettre dans
votre Mercure, peut - être serviroit - elle à toucher
de compassion et de charité le Possesseur de ce
remede. C'est ce que j'ose me promettre , et de
votre politesse et du soin que vous avez de procurer
en toutes occasions le bien public . Je suis ,
&c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Nîmes, le 20 Aoust 1731. au sujet d'un Remede qui dissout la Pierre.
L'auteur d'une lettre adressée à un éditeur exprime sa satisfaction de voir confirmée l'efficacité d'un remède contre la pierre dans les reins dans le Mercure de Juillet. Il regrette cependant que la composition de ce remède ne soit pas révélée. L'auteur suggère que le détenteur du secret pourrait gagner en gloire et en bénédictions en partageant ce remède, soulageant ainsi de nombreuses personnes souffrant de douleurs insupportables. Il compare cette action à la charité et la compassion du Sauveur, soulignant le mérite d'un chrétien qui rend la santé à ses semblables. L'auteur reconnaît que la divulgation du remède pourrait nuire à certains opérateurs, mais insiste sur l'importance de la générosité chrétienne pour mettre fin aux souffrances des malades. La lettre se termine par l'espoir que cette missive touchera le détenteur du remède et l'incitera à le partager, exprimant la confiance en la politesse et le souci du bien public de l'éditeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 2894-2896
EGLOGUE SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Début :
Palemon. Quel spectale nouveau se présente à mes yeux? [...]
Mots clefs :
Naissance de Jésus-Christ, Messager des cieux, Sauveur, Bergers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
EGLOGUE
SUR LA NAISSANCE
Q
DE JESUS-CHRIST.
Palemon.
Uel spectacle nouveau se présente à mes
yeux ?
Dans cette obscure nuit qui répand la lu- miere ,
Quel éclat frappe ma paupiere ?
Ah! Bergers , qui veillés dans ces paisibles lieux ,
Voyez-vous , comme moi > ce Messager dos Cieux ?
Il nous parle ; écoutons.
Un Ange.
Mortels , soyez sans crainte ,
Je viens vous annoncer une éternelle paix ,
De vos justes frayeurs n'ayez plus l'ame atteinte :
Le Ciel sensible à vos souhaits
Répand sur vous le plus grand des bienfaits.
Choeur des Bergers.
Par des Chants de réjouissance
Témoignons à l'envi notre reconnoissance.
II. Vol.
Daph
DECEMBRE. 1732 2895.
Daphnis.
Joüissez d'un destin paisible ;
Ah ! Bergers , revenez de vos mortels cha
grins ;
Le Ciel à nos soupirs sensible ,
En faveur des ingrats humains
Désarme son courroux terrible ,
Et nous donne des jours tranquiles et sereinss
Le Chœur.
Un Dieu naissant te bannit de ces lieux,
Et dissipe à jamais tes complots odieux
Affreux Auteur de nos alarmes ;
Que de notre bonheur tu vas être envieux !
Aussi-bon que puissant , cet Enfant glorieux ,
Tarit enfin nos larmes ,
Et nous ouvre les Cieux.
Licidas.
Admirons la bonté de ce divin Sauveur ,
Parmi nous il vient prendre une humaine
gure ,
Et du faîte de la grandeur
Non content de descendre , il veut souffrir l'ing
jure ,
D'un affreux hyver la rigueur.
II. Vol. Rou
2896 MERCURE DE FRANCE
Rougis , perfide créature ,
De voir en cet état réduit ton Créateur.
Alcandre , Daphnis , et le Chœur,
Aimons le Sauveur ,
Suivons sa tendresse :
Aimons le Sauveur
De tout notre cœur.
Alcandre et Daphnis.
Méprisons sans cesse
La vaine grandeur ,
Et tout ce qui blesse
Une sainte ardeur.
Alcandre, Daphnis , et le Choeur.
Aimons le Sauveur ,
Suivons sa tendresse :
Aimons le Sauveur
De tout notre cœur.
SUR LA NAISSANCE
Q
DE JESUS-CHRIST.
Palemon.
Uel spectacle nouveau se présente à mes
yeux ?
Dans cette obscure nuit qui répand la lu- miere ,
Quel éclat frappe ma paupiere ?
Ah! Bergers , qui veillés dans ces paisibles lieux ,
Voyez-vous , comme moi > ce Messager dos Cieux ?
Il nous parle ; écoutons.
Un Ange.
Mortels , soyez sans crainte ,
Je viens vous annoncer une éternelle paix ,
De vos justes frayeurs n'ayez plus l'ame atteinte :
Le Ciel sensible à vos souhaits
Répand sur vous le plus grand des bienfaits.
Choeur des Bergers.
Par des Chants de réjouissance
Témoignons à l'envi notre reconnoissance.
II. Vol.
Daph
DECEMBRE. 1732 2895.
Daphnis.
Joüissez d'un destin paisible ;
Ah ! Bergers , revenez de vos mortels cha
grins ;
Le Ciel à nos soupirs sensible ,
En faveur des ingrats humains
Désarme son courroux terrible ,
Et nous donne des jours tranquiles et sereinss
Le Chœur.
Un Dieu naissant te bannit de ces lieux,
Et dissipe à jamais tes complots odieux
Affreux Auteur de nos alarmes ;
Que de notre bonheur tu vas être envieux !
Aussi-bon que puissant , cet Enfant glorieux ,
Tarit enfin nos larmes ,
Et nous ouvre les Cieux.
Licidas.
Admirons la bonté de ce divin Sauveur ,
Parmi nous il vient prendre une humaine
gure ,
Et du faîte de la grandeur
Non content de descendre , il veut souffrir l'ing
jure ,
D'un affreux hyver la rigueur.
II. Vol. Rou
2896 MERCURE DE FRANCE
Rougis , perfide créature ,
De voir en cet état réduit ton Créateur.
Alcandre , Daphnis , et le Chœur,
Aimons le Sauveur ,
Suivons sa tendresse :
Aimons le Sauveur
De tout notre cœur.
Alcandre et Daphnis.
Méprisons sans cesse
La vaine grandeur ,
Et tout ce qui blesse
Une sainte ardeur.
Alcandre, Daphnis , et le Choeur.
Aimons le Sauveur ,
Suivons sa tendresse :
Aimons le Sauveur
De tout notre cœur.
Fermer
Résumé : EGLOGUE SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
L'églogue 'Sur la naissance de Jésus-Christ' décrit la naissance de Jésus et les réactions des bergers présents. Palemon, un berger, observe un spectacle céleste et entend un ange annoncer la naissance de Jésus, apportant paix éternelle et bienfaits divins. Les bergers expriment leur reconnaissance et leur joie par des chants de réjouissance. Daphnis invite les bergers à se réjouir de la paix et de la tranquillité apportées par le ciel. Le chœur des bergers célèbre la naissance de Jésus, qui bannit les alarmes et ouvre les portes du ciel. Licidas admire la bonté du divin Sauveur, qui choisit de naître parmi les hommes et de souffrir les rigueurs de l'hiver. Alcandre, Daphnis et le chœur exhortent à aimer le Sauveur, à suivre sa tendresse, à mépriser la vaine grandeur et à cultiver une sainte ardeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 77-86
SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
Début :
Une maladie longue & opiniâtre, une convalescence des plus lentes & des [...]
Mots clefs :
Poème, Christiade, Dieu, Sauveur, Paradis, Académicien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
SECONDE LETTRE
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
La seconde lettre est une correspondance entre deux académiciens discutant de la 'Christiade', un poème épique. L'auteur de la lettre approuve le jugement de son interlocuteur et de leurs confrères sur l'œuvre. Il commence son analyse à partir du huitième chant, mettant en avant la tendresse et l'onction du discours du Sauveur lors de l'institution de l'Eucharistie. Il admire également la profondeur théologique du combat de l'agonie du Christ, bien que ce traitement ne soit pas conforme à leur ressource, il est approuvé par des théologiens. L'épître met en lumière plusieurs épisodes marquants du poème, tels que la trahison de Judas, le combat au jardin des Oliviers et l'intervention de la femme de Pilate. Elle loue également les descriptions poétiques, comme l'antre des génies infernaux et la politique de Satan. Le supplice du Sauveur et les réactions des anges sont décrits avec un sublime qui impressionne. Le poème est salué pour sa fidélité aux Écritures et aux autorités ecclésiastiques, justifiant ainsi les fictions poétiques par leur enracinement dans les mystères chrétiens. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour les illustrations du poème, qui sont aussi poétiques et sublimes que le texte lui-même. Il espère cependant que la 'Christiade' pourrait être réécrite en vers français pour en améliorer la fluidité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer