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4151
p. 143-146
De Vienne, le 4 Décembre.
Début :
On commence à s'apercevoir, que les Turcs ne témoignent plus tant [...]
Mots clefs :
Turcs, Paix, Empereur, Sultan, Trêve, Campagne, Rebelles, Guerre, Comte, Envoyé , Prince électoral, Grossesse, Mariage, Ministres, Négociation
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texteReconnaissance textuelle : De Vienne, le 4 Décembre.
De Vienne , te 4 Décembre.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
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4152
p. 146-147
De Ratisbonne, le 10 Décembre.
Début :
Le Baron de Gottorp est arrivé ici depuis peu, en qualité de Ministre [...]
Mots clefs :
Baron, Roi de Pologne, Protestants, Comte, Électeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Ratisbonne, le 10 Décembre.
De Ratisbone , le 10 Décembre.
E Baron de Gottorp eft arrivé ici
La
tre du Roy de Pologne , pour folliciDE
DECEMBRE. 147
ter de la part de ce Prince , la - continuation
du Directoire des Proteftans:
Il tâchera en même tems, d'applanir
toutes les difficultés , que le changement
de Réligion a caufé à ce fujer .
Le Comte de Meternith ne s'oppoſe
pas aux prétentions des Saxons ; mais
il prétend , qu'au cas qu'on en prive
le Roy Augufte , le Roy de Pruffe ait
feul le Directoire : Cependant, le Roy
Georges , comme Electeur d'Hannovre
, demande d'être joint à S. M. P.
Comme cette affaire eft de la derniére
conféquence , elle fera traitée avec
beaucoup de précaution .
E Baron de Gottorp eft arrivé ici
La
tre du Roy de Pologne , pour folliciDE
DECEMBRE. 147
ter de la part de ce Prince , la - continuation
du Directoire des Proteftans:
Il tâchera en même tems, d'applanir
toutes les difficultés , que le changement
de Réligion a caufé à ce fujer .
Le Comte de Meternith ne s'oppoſe
pas aux prétentions des Saxons ; mais
il prétend , qu'au cas qu'on en prive
le Roy Augufte , le Roy de Pruffe ait
feul le Directoire : Cependant, le Roy
Georges , comme Electeur d'Hannovre
, demande d'être joint à S. M. P.
Comme cette affaire eft de la derniére
conféquence , elle fera traitée avec
beaucoup de précaution .
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4153
p. 147-152
De Londres, le 15 Décembre.
Début :
On ressent avec chagrin à nôtre Cour, le changement de Réligion du [...]
Mots clefs :
Chagrin, Prince électoral, Trône, Roi de Suède, Roi de Prusse, Tsar, Empereur, Vaisseaux de guerre, Parlement, Abbé, Compagnie, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 15 Décembre.
De Londres , le 15 Décembre .
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
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4154
p. 152-153
De Hambourg le 13 Décembre.
Début :
Tous le déhors de Wismar sont entiérement rasés, à l'exception du Fort [...]
Mots clefs :
Fort, Armée, Roi de Prusse, Traité de paix, Fortification, Envoyé de France, Couronne de Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg le 13 Décembre.
De Hambourg le 13 Décembre.
Ous le déhors de Wifmar font
Tentiérementrarés, à l'exceptiondu
Fort de la Baleine, qui défend l'entrée
du Port qu'on fera miner inceflamment.
On n'a point touché au Corps de la
Place , le Roy de Pruffe & le Duc de
Mexelbourg fe flattant qu'on leur en
laiffera la poffeffion. On eft perfuadé
ici, qu'il y a un traitté de Paix conclu
entre le Czar & le Roy de Suède ,
ce qui cauferoit un grand changement
dans les affaires du Nord. On a trou
vé un tempérament pour le Port de
Rével, qui jufqu ici a retardé la Paix .
La fortification en fera rafée , & ce
Port fera neutre & ouvert à toutes
fortes de Nations. LEmpereur, le Roy
d'Angleterre , & L. E. G.. font fort
mécontens du Roy de Danemarck ,
caufe des Bâtimens qu'il retient à Gluchſtad.
S. M. B. a fait dire à ce Prinae,
que s'il ne rendoit le commerce de
DE DECEMBRE. 153:
l'Elbe, libre ; & s'il ne relâchoit les
Vaiffeaux qu'il retient , il envoiroit
une Flote dans ces Mers pour l'y
forcer.
M. Pouffein Envoyé de France , a
reçû des avis , que le Baron de Gortz
qui a paffé à Petersbourg , êtoit arrivé
à Stokolme. Le Roy de Pruffe a
accordé la liberté à tous les Prifonniers
Suédois qu'il avoit dans fon partage
; ce qui paroît d'un bon augure
pour la Couronne de Suéde.
Ous le déhors de Wifmar font
Tentiérementrarés, à l'exceptiondu
Fort de la Baleine, qui défend l'entrée
du Port qu'on fera miner inceflamment.
On n'a point touché au Corps de la
Place , le Roy de Pruffe & le Duc de
Mexelbourg fe flattant qu'on leur en
laiffera la poffeffion. On eft perfuadé
ici, qu'il y a un traitté de Paix conclu
entre le Czar & le Roy de Suède ,
ce qui cauferoit un grand changement
dans les affaires du Nord. On a trou
vé un tempérament pour le Port de
Rével, qui jufqu ici a retardé la Paix .
La fortification en fera rafée , & ce
Port fera neutre & ouvert à toutes
fortes de Nations. LEmpereur, le Roy
d'Angleterre , & L. E. G.. font fort
mécontens du Roy de Danemarck ,
caufe des Bâtimens qu'il retient à Gluchſtad.
S. M. B. a fait dire à ce Prinae,
que s'il ne rendoit le commerce de
DE DECEMBRE. 153:
l'Elbe, libre ; & s'il ne relâchoit les
Vaiffeaux qu'il retient , il envoiroit
une Flote dans ces Mers pour l'y
forcer.
M. Pouffein Envoyé de France , a
reçû des avis , que le Baron de Gortz
qui a paffé à Petersbourg , êtoit arrivé
à Stokolme. Le Roy de Pruffe a
accordé la liberté à tous les Prifonniers
Suédois qu'il avoit dans fon partage
; ce qui paroît d'un bon augure
pour la Couronne de Suéde.
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4155
p. 153-155
A Rome le 30 Novembre.
Début :
Il est public dans Rome, que le S. Pere a fixé son départ d'ici, [...]
Mots clefs :
Cuirassiers, Chevaux, Cardinaux, Trésorier, Ordre, Ambassadeur, Doyen, Prison, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 30 Novembre.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Fermer
4156
p. 155-158
A Barcelonne, le 6 Décembre 1717.
Début :
Le grand Convoi qu'on avoit ici préparé, en est parti à diverses [...]
Mots clefs :
Convoi, Flotte espagnole, Bâtiments, Cavalerie, Frégate, Escadrons, Troupes, Infanterie, Ingénieur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Barcelonne, le 6 Décembre 1717.
A Barcelonne , le 6 Décembre 1717.
LB
E grand Convoi qu'on avoit ici
pour aller joindre la Flote Efpagnole
en Sardaigne. Le dernier Convoi qui
mit à la voile le 24 du paffé , étoit compofé
de plus de 60 Bâtimens de char→
ges , fur lefquels il y avoit 3000 hommes
de Troupes réglées de débarque156
LE MERCURE
ment , tant Infanterie , que Cavalerie,
avec quantité de munitions de guerre
& de bouche , & toutes fortes de provifions
, fous l'eſcorte de 3 Vaiffeaux
de guerre; un du premier , & 2 du fecond
rang , avec une Fregate de 40
piéces de canon .
Il arriva le trente de l'autre mois , des
ordres de la Cour de Madrid , pour la
répartition des Quartiers qu'on doit
donner aux Troupes , qui étoient dans
cette Ville & dans les places des environs.
Depuis le deux de ce mois , juf
qu'au 6 inclufivement , près de 35 Ba--·
taillons & 20 Efcadrons fe font mis en
marche , pour fe rendre à leurs Quartiers
, qui font la Seud d'Urgel , la
Viguerie de Tarega , Mont- blanc , Tortoze
, Tarragone , Oftalric , Girone ,
& autres Places circonvoifines . A
l'égard des autres Troupes, qui doivent
encore fortir de cette Ville , & cellès
qui font cantonnées dans le voisinage ,
elles ne partiront que le 20 , pour aller
dans les Villes de Vic , de Solfone ,
Balaguer & Lérida. On comptoir qu'àprés
le départ de toutes ces forces , il
refteroit encore dans cette Capitale
plus de 15000 hommes..
DE DCEM PRE. 187
•
Nous apprenons de Sarragoffe , que
les levées pour les 2 Régimens Arragonois
, fe faifoient avec fuccés . On
compte que celui de Cavalerie fera
complet avant le premier du mois prochain
; & celui d'Infanterie qui doit
eftre de 3 bataillons , de 800 hommes
€3
chacun , le fera à la fin du mois de
Janvier.
Les 2 Régimens de Dragons & d'Infanterie
, que le Royaume de Navarre
fait auffi lever à fes dépens , font pareillement
fort avancés. Le Royaume
de Valence va fuivre cet exemple ..
La plupart des Bâtimens , qui font
arrivez ici de Rofe , où ils ont efté
conftruits , doivent mettre à la voile
au premier jour ; pour aller dans les
Ports de France , y charger des grains
que des Agens Efpagnols y ont achetés,
Les , il entra dans le Port de Barcelonne,
24 Bâtimens de charge , fur
lefquels il y avoit quantité d'habits
pour les Troupes , beaucoup de toiles ,
pour faire des chemiſes & des Tentes ,
& plufieurs caiffes remplies de Sabres
& de Bayonettes , avec une grande
quantité de toutes fortes de grains &
de provifions de bouche. On a û or18
LE MERCURE
dre d'acheter 1600 mulets , & de les
xenir prêts pour le premier Mars.
On a jetté dans Palamos 1800 hommes
en Garnifon . On va travailler à
relever les Fortifications de cette Place
, accommoder & nettoyer les Ports ;
poury mettre les Galéres d'Efpagne
qui feront beaucoup mieux , que dans
le Port de Barcelone.
Tout fe prépare pour faire le beau
Port de Rofe. L'Ingénieur qui en a levé
le Plan , & qui a êté approuvé de
la Cour de Madrid , en eft de retour.
Pour cet effet , on commencera par les
jettées
LB
E grand Convoi qu'on avoit ici
pour aller joindre la Flote Efpagnole
en Sardaigne. Le dernier Convoi qui
mit à la voile le 24 du paffé , étoit compofé
de plus de 60 Bâtimens de char→
ges , fur lefquels il y avoit 3000 hommes
de Troupes réglées de débarque156
LE MERCURE
ment , tant Infanterie , que Cavalerie,
avec quantité de munitions de guerre
& de bouche , & toutes fortes de provifions
, fous l'eſcorte de 3 Vaiffeaux
de guerre; un du premier , & 2 du fecond
rang , avec une Fregate de 40
piéces de canon .
Il arriva le trente de l'autre mois , des
ordres de la Cour de Madrid , pour la
répartition des Quartiers qu'on doit
donner aux Troupes , qui étoient dans
cette Ville & dans les places des environs.
Depuis le deux de ce mois , juf
qu'au 6 inclufivement , près de 35 Ba--·
taillons & 20 Efcadrons fe font mis en
marche , pour fe rendre à leurs Quartiers
, qui font la Seud d'Urgel , la
Viguerie de Tarega , Mont- blanc , Tortoze
, Tarragone , Oftalric , Girone ,
& autres Places circonvoifines . A
l'égard des autres Troupes, qui doivent
encore fortir de cette Ville , & cellès
qui font cantonnées dans le voisinage ,
elles ne partiront que le 20 , pour aller
dans les Villes de Vic , de Solfone ,
Balaguer & Lérida. On comptoir qu'àprés
le départ de toutes ces forces , il
refteroit encore dans cette Capitale
plus de 15000 hommes..
DE DCEM PRE. 187
•
Nous apprenons de Sarragoffe , que
les levées pour les 2 Régimens Arragonois
, fe faifoient avec fuccés . On
compte que celui de Cavalerie fera
complet avant le premier du mois prochain
; & celui d'Infanterie qui doit
eftre de 3 bataillons , de 800 hommes
€3
chacun , le fera à la fin du mois de
Janvier.
Les 2 Régimens de Dragons & d'Infanterie
, que le Royaume de Navarre
fait auffi lever à fes dépens , font pareillement
fort avancés. Le Royaume
de Valence va fuivre cet exemple ..
La plupart des Bâtimens , qui font
arrivez ici de Rofe , où ils ont efté
conftruits , doivent mettre à la voile
au premier jour ; pour aller dans les
Ports de France , y charger des grains
que des Agens Efpagnols y ont achetés,
Les , il entra dans le Port de Barcelonne,
24 Bâtimens de charge , fur
lefquels il y avoit quantité d'habits
pour les Troupes , beaucoup de toiles ,
pour faire des chemiſes & des Tentes ,
& plufieurs caiffes remplies de Sabres
& de Bayonettes , avec une grande
quantité de toutes fortes de grains &
de provifions de bouche. On a û or18
LE MERCURE
dre d'acheter 1600 mulets , & de les
xenir prêts pour le premier Mars.
On a jetté dans Palamos 1800 hommes
en Garnifon . On va travailler à
relever les Fortifications de cette Place
, accommoder & nettoyer les Ports ;
poury mettre les Galéres d'Efpagne
qui feront beaucoup mieux , que dans
le Port de Barcelone.
Tout fe prépare pour faire le beau
Port de Rofe. L'Ingénieur qui en a levé
le Plan , & qui a êté approuvé de
la Cour de Madrid , en eft de retour.
Pour cet effet , on commencera par les
jettées
Fermer
4157
p. 158-160
De Venise, le 4 Décembre.
Début :
Le Czarovitz, autrement le fils aîné de S. M, Cz que l'on [...]
Mots clefs :
Naples, Tsar, Humeur, Déserteurs, Vénitiens, Cavaliers, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise, le 4 Décembre.
De Venife , le 4 Décembre.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
Fermer
4158
p. 160
De Turin, le 10 Décembre.
Début :
Les ordres viennent d'estre donnés aux Officiers des Troupes, de tenir leurs [...]
Mots clefs :
Officiers, Compagnies, Régiments, Cavalerie, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Turin, le 10 Décembre.
De Turin , le 10 Décembre.
Es ordres viennent d'eftre donnés
remis
leurs Compagnies complettes pour le
mois de Fevrier prochain. Comme
nous fommes informez qu'il doit arriver
dans
peu, un corps de 10 à 12000
Impériaux dans le Milanois , on prend
ici toutes les précautions néceffaires,
pour empêcher que ces troupes ne faffent
quelques entreprifes fur quelques
unes des Places dépendantes des Etats
de S. M. Sic. C'est pourquoi , on a fait
fortir de leurs quartiers plufieurs Regimens
d'Infanterie , de Cavalerie & de
Dragons ; pour occuper tous les poftes
& les paffages fur nos Frontières ; afin
de prévenir les Troupes Allemandes ,
& en même-tems , obferver leurs démarches
. Le Roy de Sicile a ordonné
que l'on congédiât de chaque Compagnie
, tous les Soldats malingres.
Es ordres viennent d'eftre donnés
remis
leurs Compagnies complettes pour le
mois de Fevrier prochain. Comme
nous fommes informez qu'il doit arriver
dans
peu, un corps de 10 à 12000
Impériaux dans le Milanois , on prend
ici toutes les précautions néceffaires,
pour empêcher que ces troupes ne faffent
quelques entreprifes fur quelques
unes des Places dépendantes des Etats
de S. M. Sic. C'est pourquoi , on a fait
fortir de leurs quartiers plufieurs Regimens
d'Infanterie , de Cavalerie & de
Dragons ; pour occuper tous les poftes
& les paffages fur nos Frontières ; afin
de prévenir les Troupes Allemandes ,
& en même-tems , obferver leurs démarches
. Le Roy de Sicile a ordonné
que l'on congédiât de chaque Compagnie
, tous les Soldats malingres.
Fermer
4159
p. 161-165
A Milan, le 8 Décembre.
Début :
Les Troupes de cet Etat ont fait depuis 8 jours de grands mouvemens. [...]
Mots clefs :
Troupes, Frontières, Régiments, Bataillons, Mouvements des troupes, Cavalerie, Provisions de guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Milan, le 8 Décembre.
A Milan , le 8 Décembre:
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
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4160
p. 165-166
De Lindau ce 30 Décembre 1717.
Début :
L'Abbé de saint Galle, aprés être relevé d'une grosse maladie, fut [...]
Mots clefs :
Abbé, Maladie, Apoplexie, Décès, Abbayes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Lindau ce 30 Décembre 1717.
De Lindance 30 Décembre 17175 .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
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4161
p. 166-167
De Vuirsbourg le 1 Décembre 1717.
Début :
M. le Baron de Hutten, Doyen du Châpitre de cette Ville, aussi illustre par [...]
Mots clefs :
Baron, Doyen, Trésor, Empereur, Christoph Franz von Hutten, Bibliothèque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vuirsbourg le 1 Décembre 1717.
De Vvirsbourg le 1 Décembre 1717.
M
le Baron de Hutten , Doyen du :
Chapitre de cette Ville, auffi illuftre
par fon favoir quepar fa naifface ,
a découvert un riche Tréfor, en recherchant
les Antiquités de l'Eglife Catédrale
Il a trouvé fous le toit de ce
Vaiffeau , une ancienne Bibliotéque ,.
qui y avoit êté cachée avant la guerre
des Suédois. Outre les Livres imprimés
, il y a plus de 170 manufcrits
en parchemin ou en papier. On y voit
entre autres , les 4 Evangiles écrits du
tems de Charlemagne , ou de Burcard
Evêque de Vvirsbourg , une Bible
de 700 ans : Un Codex Theodofianus
cum aliquibus novellis , Caji inftitutionibus
& Pauli ti libris V. Sententia
DE DECEMBRE. 157
rum , formâ quadrata , litteris femiuncialibus.
On croit que ce dernier manufcrit
, et du tems de l'Empereur
Juftinien Il y a :: auffi plufieurs écrits
de divers Peres de l'Eglife en caracteres
Lombards. M. de Hutten publiera
le Catalogue de cette Biblioteque ,
auquel il fait travailler par Georges .
Conrad Sigler , Bibliotécaire de l'Académie.
M
le Baron de Hutten , Doyen du :
Chapitre de cette Ville, auffi illuftre
par fon favoir quepar fa naifface ,
a découvert un riche Tréfor, en recherchant
les Antiquités de l'Eglife Catédrale
Il a trouvé fous le toit de ce
Vaiffeau , une ancienne Bibliotéque ,.
qui y avoit êté cachée avant la guerre
des Suédois. Outre les Livres imprimés
, il y a plus de 170 manufcrits
en parchemin ou en papier. On y voit
entre autres , les 4 Evangiles écrits du
tems de Charlemagne , ou de Burcard
Evêque de Vvirsbourg , une Bible
de 700 ans : Un Codex Theodofianus
cum aliquibus novellis , Caji inftitutionibus
& Pauli ti libris V. Sententia
DE DECEMBRE. 157
rum , formâ quadrata , litteris femiuncialibus.
On croit que ce dernier manufcrit
, et du tems de l'Empereur
Juftinien Il y a :: auffi plufieurs écrits
de divers Peres de l'Eglife en caracteres
Lombards. M. de Hutten publiera
le Catalogue de cette Biblioteque ,
auquel il fait travailler par Georges .
Conrad Sigler , Bibliotécaire de l'Académie.
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4162
p. 181-182
« Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille, & non, [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille, & non, [...]
Mots clefs :
Quenouille, Musique, Oublieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille, & non, [...] »
Le mot de la premiere Enigme du
Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille
, & non , le Miroir.
Le mot de la premiere du mois de
182
LE MERCURE
Novembre , eft l'Oublieux , & celui de
la feconde , la Mufique.
Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille
, & non , le Miroir.
Le mot de la premiere du mois de
182
LE MERCURE
Novembre , eft l'Oublieux , & celui de
la feconde , la Mufique.
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4163
p. 185-216
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Nous nous contentâmes le mois dernier d'annoncer la mort de M. Santerre. / Jean Baptiste Santerre naquit d'honêtes Parens à Magni, près de Pontoise, [...]
Mots clefs :
Conseil, Finances, Régent, M. Santerre, Décès, Prince, Nature, Peinture, Ennemis, Ouvrages, Parlement, Cardinal, Princesse, Empereur, Duchesse, Abbé, Charges, Invention , Ordonnance, Dons du roi, Négociations, Assassinat, Comédiens, Fable, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
Nous nous contentames le mois dernier
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
Fermer
4164
p. 217-286
LISTE UNIVERSELLE. Du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, où chacun peut donner & recevoir avis, de toutes les nécessités & commoditez de la vie & societé civile, remis en meilleur ordre qu'il n'a êté par le passé, pour l'utilité du Public. PAR PERMISSION DU ROY, Contenuë en ses Brévets, Arrêts du Conseil d'Etat, Déclarations, Privilege, Confirmations, Arrêts de la Cour, Sentences & Jugemens donnez en consequence.
Début :
J'ai parlé dans les Mercures précédens, de l'ouverture du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, / Le Bureau d'Adresse a paru si utile, que les Rois Henri IV. Louis XIII. Louis XIV. n'ont [...]
Mots clefs :
Bureau d'adresse, Brevets, Privilèges, Rois, Feuille, Mémoire, Dépenses, Velours, Avis, Public, Messagers, Affiches, Liste, Vente, Annonce, Maisons, Libraires, Jardiniers, Biens, Princes étrangers, Marchands, Peintres, Huissiers, Prédicateur, Tapisserie, Tableau, Meubles, Demandes
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texteReconnaissance textuelle : LISTE UNIVERSELLE. Du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, où chacun peut donner & recevoir avis, de toutes les nécessités & commoditez de la vie & societé civile, remis en meilleur ordre qu'il n'a êté par le passé, pour l'utilité du Public. PAR PERMISSION DU ROY, Contenuë en ses Brévets, Arrêts du Conseil d'Etat, Déclarations, Privilege, Confirmations, Arrêts de la Cour, Sentences & Jugemens donnez en consequence.
Ai parlé dans les Mercures précédens
,de l'ouverture du Bureau général
d'Adreffe & de Rencontre , & des avantages
que le Public en retireroit.
Comme je n'en ai donnéjufqu'apréfent
qu'une légére idée , il femble que le Public
exige de moi , que je l'inftruife des
Loix & des Réglemens, que les Direc
teur de cette entrepriſe fe font impofés
pour l'utilité& la commodité publique.
J'ai cru qu'en y ajoûtant la première
Lifte de tous les Effets , Demandes G
Propofitions préfentées audit Bureau .
on détromperoit par cet expofé , beaucoup
de perfonnes qui avoient regardé
jufqu'à préfent , le projet de cet établiffement
, comme impoffible dans l'éxécution.
Voilà cependant les chofes en ordre »
& c'est déja beaucoup pour affermir la
confiance commune. Il faut efpérer
qu'elle ne fera qu'augmenter , & que
l'on appercevra bien- tôt les effets de la
fage régie de ceux qui en font à la tête.
Décembre 1717.
T
218 LE MERCURE
LISTE UNIVERSELLE.
Du Bureau général d'Adreffe & de
Rencontre , où chacun peut donner &
recevoir avis , de toutes les néceffités
& commoditez de la vie & focieté
civile , remis en meilleur ordre qu'il
n'a été par le paffé , pour l'utilité da
Public.
PAR PERMISSION DU ROY ,
Contenue en fes Brévets , Arrêts du .
Confeil d'Etat , Déclarations , Privilege
, Confirmations , Arrêts de
la Cour, Sentences & Jugemens don
nez en confequence .
L
E Bureau d'Adreſſe a paru fi utile
que les Rois Henri IV.
,
Louis XIII. Louis XIV. & Louis XV.
n'ont ceffé de le favorifer par les Brévers
, & Privileges qu'ils en ont accordés.
En effet , pour peu qu'on y
veüille faire attention , l'on reconnoîtra
qu'il n'y a gueres de chofes plus
avantageufes , que l'établiffement de
ce Bureau. Comme les hommes
DE DECEMBRE. 219
font liés entr'eux , par la néceffité
d'un commerce mutuel de befoins &
de fecours réciproques , il arrive tous
les jours , que les uns fouhaitent d'avoir
quelque chofe, dont les autres feroient
bien aife de fe défaire ; & que réciproquement
, les uns cherchent à fe
débaraffer de plufieurs effets , dont d'autres
defireroient de s'accommoder. Ce
qui peut donc être le plus utile pour
le commerce , c'est que chacun de
ceux qui voudroient fe dèfaire de quelque
chofe, fçeût à point nommé, quels
font les gens qui en ont befoin ; & qu'au
contraire, ceux qui voudroient s'accommoder
d'autres choſes , fuffent inftruits
où ils pourroient les trouver : Rien ne
paroît donc plus utile que de trouver
unmoyen facile , par lequel on pût
fatisfaire à ces befoins mutuels .
C'eft ce que nos Rois fe font propofé
dans l'établiffement du Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre ,
auquel ce nom n'a êté donné , que
parce que, tout le monde pouvant toûjours
s'y adreffer , chacun y peut rencontrer
ce qu'il chercheroit vainement
ailleurs . C'eft auffi ce qu'on fe propo-
Tij
220 LE MERCURË
fe dans ce Bureau établi ruë faint Sau
veur , dans lequel , chaque particulier
qui aura befoin de quelque chofe
pourra venir propofer ce qu'il defire ;
comme au contraire , celui qui aura
quelque chofe dont il ait deffein de fe
défaire , viendra en donner avis ; afin
que l'on en informe le public.
"
On tiendra dans ce Bureau univerfel
des Regiftres dans lesquels ,
non feulement les perfonnes qui auront
des avis licites & permis à donner ,
mais celles qui voudront en recevoir ,
pouront fe faire enregistrer.
Pour cela , chaque particulier y
fera d'abord dreffer fon Mémoire fur
une feuille , en forme de Minute , fur
laquelle , l'intention du Demandeur y
fera apurée ; après quoi , ce Mémoire
fera infcrit fur le Regiftre dans les 2,4
heures , pendant lefquelles il fera in--
formé avec une prudence tacite , du Domicile
donné ; afin qu'il n'y ait point
d'avis inutiles ; & le tout fe fera moyennant
trois fols feulement , pour
chaque article enregistré , de même
que pour l'Extrait de chaque enrégiftrement
, en cas que l'on défire en
faire tirer un : Et fi on veut que l'avis
DE DECEMBRE. 221
•
paroiffe dans les Liftes courantes , le
Bureau fe contentera de fort peu de
chofe ,pour l'article qu'on fouhaite faire
imprimer , & que l'on réitérera dans
toutes les Editions fuivantes , jufqu'à
ce que l'affaire foit confommée .
L'on rendra le Mémoire le mieux
circonftancié & le plus court qu'il fe
pourra ; & pour éviter même la longueur
& l'embaras , on fe contentera
d'écrire fur le Registre du Bureau , le
nom de celui qui donne l'avis , ou tef
autre qu'il voudra choifir avec la chofe
dont il s'agit ; & on lui donnera un
billet femblable à cet enrégiftrement ,
fel on le rang auquel il fera venu .
On recevra auffi tous les avis des
Provinces de France & des Païs étrangers
, qui indiqueront quelque chofe à
vendre , ou qui marqueront les chofes
que l'on veut achetter. Mais on aura
foin fur les lieux , de payer le port des
Lettres qu'on envoyera : Les dépenfes
que l'onfait pour le Bureau étant déja
aflés grandes , il ne feroit pas jufte que
F'on fût encore chargé de celle- là .
On fera donc imprimer , autant de
fois qu'il fera néceffaire , un petit Livre
qui ne coutera que 2 fols 6 deniers , &
Tiij
222 LE MERCURE
>
qui contiendra tous les AVIS qu'on
aura envoyez au Bureau comme
Terres , on Maisons à vendre ou à
louer , Meubles , Chevaux , Inventaires
, Curiofitez , ou autres chofes
nouvellement arrivées , à vendre à
Paris ou en Province : Livres nouveaux,
inventions touchant , les Arts & les
Sciences , Changement de demeures des
Marchands on Artifans, & autres : Hôtel
à louer , entiere ou portion , on
Chambre garnie.
De même,fiquelqu'un a befoin d'un
habit brodé , d'un meuble de Velours
ou autre effet , on aura foin de le faireimprimer
comme les autres . Si l'on
ne veut pas mettre dans l'Avis ,fon nom,
ni fon adreffe , on poura donner des
Mémoires où cela ne foit point marqué
, & le petit Livre avertita que ce
nom eft au Bureau . Par ce moyen ,
aura l'avantage , fans fe faire
connoître , de fçavoir à qui s'adreffer,
& d'apprendre quels font les gens qui
auront befoin des chofes dont on veut
fe défaire Il en fera de même à l'égard
du prix. On aura foin à l'avenir ,
pour la commodité de ceux qui achetteront
ce petit Livre , de difpofer ces
on
DE DE CEMBRE. 223
avis par Chapitres diftincts avec cha
cun leur titre, comme Maifons à louer;
Maifons à vendre , Meubles, Chevaux ,
Nouveautez, chofes perdues & trou
vées & c.
S
Or , pour éviter les inconveniens
qui arrivent , de ce que les Avis publics
changent tous les jours , & engager
les particuliers à en avertir , on dépofera
au Bureau depuis fols , jufqu'à
un louis , dont fera donné recépiffé
; car , une des principalles commoditez
du Public en ceci , eft de
ne point recevoir d'Avis inutiles. De
même , ceux qui affichent pour toute
leur vie , & qui ont befoin de renouveller
leurs Affiches de tems en tems,
& de faire pour cela , bien de la dépenfe,
en feront quittes pour une mé
diocre fomme par mois , fans autre foin
que d'envoyer payer le mois.
Il eft bon d'avertir, que ceux qui demeurent
en Province , & qui voudront
avoir ces petits Livres , n'auront qu'à
faire tenir l'argent d'un quartier ou
d'une année , par leurs meffagers , ou
amis ou correfpondans ; on fera les paquets
, & on les portera à la pofte ,
fans qu'il en coûte autre chofe , que
le prix des Livrets , avec le port. Tiiij
•
224 LE MERCURE
Ceux qui voudront donner des Avis,
touchant ce petit Livre , pour l'utilité
du Public , pouront les envoyer inceffament
.
Cette nouvelle maniere prévé
nant tous les inconvéniens , on retirerá
de ce Bureau toute l'utilité imagi
nable :Car , on ne poura rien défirer
dans les Provinces & dans la Capitale
du Royaume , dont on ne foit informé
par cette voye , ce qui feroit trés difficile
à découvrir fans ce fecours , ne
feachant à qui s'adreffer , pour avoir
ces chofes , ou pour s'en défaire. Com- ·
me les Avis viendront d'une partie du
Public , ce fera faire préfent à l'autre ,
de ce que le Public lui donne : Ainfi ,
ce canal donnera, lien réciproquement
à tous les particuliers, de fe rendre fervice
les uns aux autres ; enforte que
perfonne n'aura rien qui puiffe ferviz
à un autre , que cet autre ne fçache
auffitôt où trouver celui qui peut l'en
accommoder . Il fe rencontrera même
par là , que la plupart des perfonnes qui
ont des choſes inutiles , qui ne font
publiquement d'aucun débit , & dont
elles demeurent chargées ; & d'autres
aucontraire,ayant befoin de ces chofes ,
DE DECEMBRE. 225
eftant contraints de s'en paffer, faute
de fçavoir où les prendre , les uns &
les autres apprendront par ces petits
Livres , les moyens de s'accommoder ;
ce que l'on peut regarder , comme un
des principaux liens de la focieté ; &
it eft difficile de trouver une voye plus
abregée , plus fûre & moms onéreufe ,
pour fe rendre utile les uns aux autres.
Car ,que peut - on imaginer de plus
commode , que de pouvoir apren
dre en un quart d'heine , fans for
tir de chez foi , & prefque pour rien ,
• tout ce qui peut entrer dans le commerce
des néceffitez de la vie ? L'on pou
ta donc encore fe difpenfer par ce même
moyen, de faire des affiches , dont
la dépenfe eft d'autant plus confidérable
, qu'elle monteroit fouvent auffi
haut , que la forme que produiroit ce
qu'on veut vendre ; lors que les chofes
dont on veut fe défaire , font de peu
deconféquence, & qui font en bien plus
grand nombre que les autres. De plus ,
il y a quantité de chofes pour lesquelles
on ne s'eft point encore fervi d'affiches,
afin d'en informer le Public .
La voye qu'on propofe eft bien plus
facile > car , outre que les affiches no
226 LE MERCURE
font vûës que de ceux qui marchene
dans les rues , & dont la plûpart ſe font
même une espéce de honte de les regarder
& de les lire ; c'eft qu'elles font
en une telle confufion , par le grand
nombre de nouvelles qu'on en trouve
tous les jours , qu'on ne daigneroit y
chercher celles dont on a befoin ; enforte
qu'on ne remarque guéres que
les plus apparentes. Ainfi , chaque particulier,
qui a quelque avis à donner au
public , a donc beaucoup d'interêt de
le faire par le moyen de ce petit Livre;
& l'on peut affûrer que ceux qui s'y
feront mettre , auront un grand avantage
fur ceux qui voudroient épargner
fe peu qu'il en coûte. Car , il eft certain
qu'une maison, par exemple, que par ce
Livrer , on verra être à louer , le fera
beaucoup plûtôt que celle dont on n'eſt
averti que par un écriteau attaché à la
porte. Ceux qui auront quelques mar→
chandifes ou modes nouvelles , quelque
invention ou autre chofe qui foit
d'ufage dans les Provinces , auront encore
un interêt trés confiderable à en
donner avis , par ce petit Livre qui ne
manquera pas d'y être envoyé.
.
DEDECEMBRE.. 227
LISTE
Des principalles chofes pour lesquelles
on peut s'adreffer, & defquelles on
peut faire rencontre aisément au Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre
, & quiferont mifes fur le Regiftre
, & imprimées dans les petits
Livres d'Avis.
1. Eux qui voudront vendre des
Terres ou des Maifons à la
Campagne, envoyeront au Bureau , des
mémoires qui marquent en quoi elles
confiftent , & qui en faffent connoître
le prix.
II. Ceux qui auront des Maifons à
vendre à Paris , marqueront le prix &
ce qu'elles contiennent , dans les mémoires
qu'ils envoyeront au Bureau .
III. Ceux qui auront des places
à vendre pour bâtir , doivent marquer
dans leurs mémoires , le nombre des
toifes , le quartier où la place eft fituée
& le prix .
I V. Ceux qui auront des Charges
à vendre , doivent en marquer le prix
dans les mémoires qu'ils envoyeront
128 LE MERCURE
avec les gages & les émolumens qu'ils
en retirent.
V. Ceux qui auront des Rentes à
vendre , marqueront dans leurs mémoires
en quoi elles confiftent."
VI. Ceux qui auront des Biens, dont
la vente fera pourfuivie en Juſtice ,
pouront envoyer leurs mémoires.
VII. Ceux qui auront des Inventaires
à faire , pouront , quelque tems
avant de les ouvrir , envoyer des mémoires
de ce qui s'y doit vendre de plus
remarquable.
VIII. Ceux qui voudront vendre
des Bibliotheques , des Cabinets de
Livres ou des fonds de Librairie , dotvent
faire fçavoir le nombre des vo-
Humes, & fi ce font des Livres de Theo
logie , de Philofophie , de Mathe na
tiques , de Médecine , de Droit , d’Hiftoires
ou de figures , & dans quel lieu
on les peut aller voir ou achetter.
IX. Les Libraires pouront envoyer
des mémoires de leurs Livres nouveaux
, & le prix qu'ils les vendent ,
afin que le Public en föit inftruit On
n'entrera dans aucun détail de ce que
contiennent ces Livres ; mais , l'on fe
contentera de marquer le titre du Li-
C
DE DECEMBRE. 229
vre , le prix & le nom du Libraire .
X. Les Curieux ou autres , qui voudront
le défaire de leurs tableaux
n'auront qu'à en marquer la grandeur ,
ce qu'ils reprefentent , le nom des
Peintres qui les ont faits , & ce qu'ils
les eftiment.
XI. Ceux qui voudront vendre tout
ce qui s'appelle meubles , bijoux , habits
, caroffes , chevaux &c. n'auront
qu'à envoyer des mémoires inftructifs
de toutes ces choſes .
XII. Ceux qui voudront faire pêcher
leurs êtangs , & en vendre le
poiffon , doivent envoyer des mémojres
du lieu & du tems.
XIII. Les Particuliers qui auront
du vin à vendre en gros ou en détail ,
n'auront qu'à faire fçavoir de quel
crû , & de quel prix il eſt .
XIV. Les Jardiniers qui auront des
fruits , fleurs & legumes prématurées
à vendre , n'auront qu'à en envoyer
des mémoires .
XV. Ceux qui voudront achetter
quelques -unes des chofes marquées
dans les articles ci - deffus n'auront
qu'à s'adreffer au Bureau pour en informer
le Public.
›
230 LE MERCURE
XVI. Ceux qui auront des Maifons
ou des appartemens confidérables
à louer , en envoyeront des mémoires
: On en parlera plus amplement
que les écriteaux qui n'en font point
de defcriptions ; on dira en quel quartier
elles fons fituées , ce qu'elles ont
de beau & de commode , & leur prix.
XVII. Ceux qui voudront prendre
des Maifons à loyer, envoyeront auffi
leurs mémoires .
XVIII. Ceux qui auront des Jardins
à louer dans les fauxbourgs de
Paris , ou dans les Villages des envi-
Tons , pouront en faire fçavoir le prix ,
& en quoi ils confiftent; afin qu'on épargne
par là au Public , la peine de faire
plufieurs voyages pour en chercher.
XIX. Ceux qui voudront prendre
des Jardins à loyer , feront la même
choſe.
XX. Ceux qui voudront faire des
échanges de terres , de rentes , & généralement
de tout ce qui fe peut échanger
, marqueront dans leurs mémoires
ce qu'ils veulent donner , &
ce qu'ils veulent avoir.
XXI. Ceux qui auront des Biens
à donner à ferme , envoyeront des
DE DECEMBRE.
231
mémoires bien circonftanciés , & on
les rendra publics .
XXI . Ceux qui voudront prendre des
biens à ferme , feront la même chofe.
XXII . Ceux qui auront des machines
& des découvertes nouvelles ,
utiles au Public , n'auront qu'à le faire
fçavoir au Bureau.
XXIII . Ceux qui chercheront des
gens pour s'affocier avec eux , foit
dans l'exercice de quelque art , foit
pour trafiquer , n'auront qu'à le faire
fçavoir.
XXIV . Les Pinces Etrangers , les
Ambaffadeurs , & les autres Etrangers
de qualité qui arriveront à Paris , pourront
s'adreffer au Bureau , s'ils veulent
que leur train foit fait en peu de
tems. On les fervira , non feulement
en cela , mais encore, en ce qui regarde
beaucoup de chofes dont ils рец-
vent avoir beſoin .
XXV. Tous les Etrangers qui vien
dront à Paris , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau ; on leur dira comment
ils pourront voir ce qu'il y a de curieux
, à qui ils doivent s'adreffer ; &
s'ils veulent, on leur donnera des gens
pour les conduire par tour . On leur
232 LE MERCURE
enfeignera auffi ce qui leur poura
être néceffaire pendant le tems de
leur fejour.
dans
XXVI. Les Maîtres , qui prennent des
Penfionnaires pour étudier ,
étudier , n'auront
qu'à envoyer leurs Mémoires ,
lefquels ils auront foin de marquer
le lieu où ils demeurent , le prix qu'ils
prennent , & le nombre des Penfionnaires
qu'ils ont. Ils doivent même faire
fçavoir , s'ils font d'Eglife , ou mariez
; s'ils ont des Jardins , & s'ils
font logez en bel air .
XXVII. Ceux qui voudront fe mettre
en penfion , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau , on leur rendra fervice.
XXVIII. Les perfonnes publiques qui
fe trouveront chargées de beaucoup
d'affaires , pouront envoyer le lieu
de leur demeure , lors qu'elle "aura
changé ; on en avertira le public , &
fur tout, les gens de Province à qui on
croira faire un grand plaifir . Plufieurs
n'ayant point d'habitude à Patis , font
fouvent embaraffez , au retour de leur
pays, à chercher ceux qui ont eu autrefois
leurs affaires entre les mains ,
ne pouvant les trouver , parce qu'ils
ont changé de demeure,
CeuxDE
DECEMBRE. 233
XXIX. Cenx qui feront intereffez
dans les manufactures , pouront avertir
des chofes à quoi on travaille dans
ces lieux. Beaucoup de gens paffent
fouvent par des Villes , où il y en a
d'établies,fans rien achetter , faute de
fçavoir qu'il y en ait .
XXX . Les Curieux qui voudront
indiquer leurs demeures , & recevoir
ceux qu'on leur envoyera , pour voir
leurs Cabinets , pouront par ce moyen,
faire leurs affaires , foit en vendant ,
foit en troquant.
XXXI. Les Intereffez dans les Vaiffeaux
qui arriveront dans les Ports de
France , n'auront qu'à envoyer le dénombrement
des marchandifes qui feront
dans lefdits Vaiffeaux , & on en
avertira le Public .
XXXII Les Marchands forains
pourront
, avant l'ouverture des Foires , envoyer
des mémoires de tout ce qu'ils
auront fait faire de nouveau , pour y
étre vendu .
XXXIII. Les Peintres fameux , dont
le public fouhaite de voir les Ouvra
ges , & fur tout les Etrangers , envoyeront
leur demeure , & des mémoires
de tout ce qu'ils auront de plus confi
234
LE MERCURE
•
derable , ou qu'ils confervent chez
eux , ou qu'ils ont fait chez des , perfonnes
qui voudront bien les faire voir
aux Etrangers de qualité ; le tout , pour
la gloire de la France , & pour leur
utilité particuliere.
XXXIV . Les Marchands & Artifans
confiderables , qui auront changé de
demeure , , pouront en ' donner avis au
Bureau , qui en informera le Public.
XXXV.Ceux qui établiront des commoditez
pour voyager , doivent en envoyer
des mémoires .
XXXVI . Les Huiffiers qui partiront
pour quelque Province, pouront le faire
fçavoir , par ce moyen ils feront
chargez des affaires de ceux qui en
ent dans les mêmes lieux ou fur la
route ; & il en coûtera bien moins aux
particuliers , qui font fouvent obligez
d'envoyer des Haffiers , & de payer
feuls , tous les frais de leurs voyages.
XXXVII . Ceux qui auront des affaires
en Province , pouront auffi en
donner avis , & en envoyer des mémoires
au Bureau.
XXXVIII. Ceux qui auront fait
quelques pertes , de quelque nature
qu'elles foient , doivent bien marquer
DE DECEMBRE
235
dans les mémoires qu'ils envoyeront
au Bureau , tout ce qu'ils auront perdu
, & ce qu'ils voudront donner à
ceux qui l'auront trouvé .
XXXIX. Ceux qui auront trouvé
quelque chofe , en donneront avis au
Bureau ..
XL. Comme il fe fait de tems en
rems des plaidoyers fameux , que pluhieurs
perfonnes fouhaitent d'entendre,
foit à caufe des matiéres curieufes que
l'on y doit traitter , & dont on eft bien
aife de s'inftruire , foit à caufe du merite
des Avocats ; on croit obliger le
'public, en avertiffant des jours que l'on
doit plaider des caufes fi célébres . Ainfi
, les Parties pour lefquelles ces caufes
fe plaident , ou Meffieurs les Avocats
n'auront qu'à en envoyer des avis .
XLI. Lorfque des Prédicateurs fameux
prêcheront dans quelque Eglife ,
en en pourra auffi donner avis.
XLII. Ceux qui voudront faire des
Leçons ou des Conferences publiques ,
n'auront qu'à envoyer lears avis au
Bureau .
XLIII. Tous ceux enfin , qui voudront
avertir le public de quelque chofe qui
foit de nature à être affiché , ou qui
Vij
236
LE MERCURE
a coûtume de l'être , n'auront qu'a
donner leurs mémoires bien circonf.
tanciés au Bureau , avec pouvoir de les
faire imprimer on ne manquera pas
de les fatisfaire .
ce
Enfin , on peut s'adreffer en ee Bu
reau univerfel , pour tout ce qui peut
entier dans le commerce licite & permis
, qui compofe la focieté civile .
PREMIERE LISTE
Des Avis qui font venus au BUREAU
général d' Adreffe & de Rencontre, ruë-
S., Sauveur , qui donne d'un bout , dars
la rue Montorgueil; de l'autre , dans
la rue S. Denis..
DEUX NAVIRES A VENDRE .
L'un eft de so à 52 piéces de Canony
& l'autre, de 40 à 44 piéces , du port
de 400 à 450 Tonneaux chacun.
On verra au Bureau , l'Etat de leurs
Inventaires & autres Inftructions , pour
y recevoir les offres ..
UNE MAGNIFIQUE TENTURE DE
TAPISSERIE à Vendre .
C'eft un Ouvrage des plus riches
& des plus finis : Elle eft digne de
DE DECEMBRE.. 237
Fattention des curieux : Elle paffe.
30000 , cy
Elle eft au Bureau. grean .
30000
liv.
UNE BAGUE d'un Diamant de dix
huit grains , fort
Elle eft au Bureau.
• 5000
liv.
PLUS . 2. Pendeloques de Diamants
Ils péfent enfemble vingt-deux grains .
Au Bureau.
4500
liv.
UNE VERDURE , TAPISSERIE DE
FLANDRE.
Elle a deux afines & demie de haut ,
fur environ dix- huit aûnes de cours.
Au Bureau.
UN TABLEAU du Rimbran .. 150 liv.
1
On le voit an Bureau.
N° 2. UN TABLEAU de Louis XIV..
Dans fon cadre de bois doré.
L'adreffe eft au Burear.
་
N° 3. UN TABLEAU de Mgr le Grand
Dauphin , Fils de Louis XIV. 33 1
Au Bureau.
N 4 UN TABLEAU de Mgr le Dau
phin , Petit - Fils de Louis XIV : 33 10
Au Bureau.
NS UN TABLEAU repréſentant une
Danaë , dit original
Au Bureau.
60 liv.
Vrij
238
LE MERCURE
Nº 6. DEUX BRAS à bougie , à plaques
de glace de Venife .
An Bureau .
35 liv.
N° 7. DEUX FAUTEUILS à bras , garnis
de crin-
Ils font couverts de morceaux de
rapport , & en partie de velours cramoifi
•
401
.
L'adreffe eft au Bureau.
No S.UNE GARNITURE de fept piéces
de Fayance
Au Bureau.
14 l.
N° 9 UN CABINET,façon de la Chine.
11 eft avec une table à tiroirs , &
deux guéridons affortiffans , 401. ·
Au Bureau.
N 10. N. DEMANDB à emprunter
14000 1. partie Billers de l'Etat .
C'est un Particulier & la Dame fon
époufe , qui déclarent pour 42000 1. de
principal dans Paris , francs & quittes;
à l'exception de 150-1.de rente rachetable
, à laquelle la femme n'eft pas
obligée Les éclairciffements de leurs
biens font contenus fous les Articles ,
depuis No 10 , jufques & compris le
N 18 inclufivement. On en donnera
communication feulement à ceux à
qui la propofition conviendra .
No 19. UN TABLEAU fur toille de 40 f
DE DECEMBRE. 239
Il repréfente un Paifan jouant de
la mufette , copie d'aprés Vandeck,
Au Bureau .
30 1.
N 20 UN TABLEAU fur toille de 10 f
11 repréfente un S. Jerôme , d'aprés
Blanchard
Au Bureau.
20 1.
No 21 UN TABLEAU repréfentant les
Enfans de Jacob vendant leur frere
Jofeph ,
Au Bureau.
Nº. 22. AFFAIRE particulière .
N' 23. AFFAIRE particuliere.
No 24. UN MEUBLE à vendre.
30
l..
C'est un Lit à la Ducheffe de Damas
verd , & reparty de plufieurs étoffes
d'habits à fleurs d'or : Il y a un bordé
d'or fin , qui à la verité eft terny.
L'adreffe eft au Bureau.
No 25. PLus un Bois pour ledit lit,
une Paillaffe , deux Matelas , un
Lit de Plume , deux Couvertures
No 26. Affaire finie.
No 27 Affaire auffi finie.
N° 28. Affaire finie.
300 liv,
N 29. UNSOPHA de Bois à la
Capucine,
240 LEMERCURE
Heft garny de crin & couvert par Bandes
de Tapiflerie , & de Damas à
feurs d'Or.
L'adreffe eft au Bureau.
า
60 liv
N° 30 35. & 32. SIX CHAISES
afforties aux fufdit Soffa.
L'adreffe eft au Bureau .
>
N 33 DEUX TABOURETS de
Bois à la Capucine , affortiffans auf
dites Chaifes
An Bureau.
15. liv.
N34. UN PETIT Bureau à pied de
Biche.
Il eft façon d'Ebeine, couvert de maroquin.
Au Bureau.
1101
No 35 Jufqu'au No 47. Affaires finies .
N° 48. UN PARAVANT à fept.
feuilles.
Il est de bon Drap verd
L'adreffe eft au Bureau.
40 liv.
N 49. UN BON CLAVECIN ordinaire:
à deux Claviers & trois Jeux rgo l ..
Au Burean.
No.
50. N. DEMAND E´un Chien
Brac.
L'adreffe eft au Bureau.
No 51. N DEMANDE deux Lits
Jumeaux de rencontre,qui foient de
Damass
DE DECEMBRE. 241
Damas garnis de leur couche.
L'adreffe eft au Bureau.
No 52. N. DEMANDE une Roquelaure
Ecarlate , qui foit à Boutons d'or &
de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau.
No 53 N. DEMANDE à vendre ou
à troquer un Contrat fur une Communauté.
Il est au principal de
L'adreffe eft au Bureau .
20000 1 .
No 54. DEMANDE particuliere.
L'adreffe eft au Bureau .
No ss. N. DEMANDE une Chaiſe
roulante de rencontre
piftoles.
>
L'adreffe eft an Bureau .
d'environ 35
N°. 55. UN TABLEAU repréfentant
un Saint Pierre dans le défert. 20 liv.
Au Bureau.
DEPUIS le N°. 57. jufques & compris
le N° 1 16, le Registre du Bureau n'eſt
chargé que de belles Porcelaines du
Japon , de rencontre , & à trés jufte
prix.
L'on en voit des efchantillons an
Bureau.
N° 117. UNE GARNITURE de bontons
de rencontre .
Décembre 1717. X
242 LE MERCURE
Ils font de pur trait d'argent. II liv.
Au Bureau.
N° 1 IS. UNE BELLE ECHARPE d'hermine
noire 200 liv.
Au Bureau.
LA MESME PERSONNE demande à achetter
un Lit à la Ducheffe , de Damas
cramoifi ; les Tapifleries les
Chaifes & le Sopha affortiſſans.
L'adreffe eft au Bureau.
,
N° 1 19. N. DEMANDE encore un
Meuble de Damas cramoifi.
L'adreffe eft au Bureau .
NI 20. CHAMBRE GARNIE AVEC
UN CABINET A LOVER .
Elle confifte en une Tapifferie à
Oyfeaux , un grand Lit à Houffe verte ,
& un petit Lit dans le Cabinet, avec un
grand Miroir ; & l'on y fournira le
linge de Table ; le tout pour 20 liv,
par mois , cy
20 liv.
L'adreffe eft vis- à - vis les Peres de
l'Oratoire , à l'Image Saint Sulpice.
N° 121 DEMANDE fecrette :Elle peut
convenir à beaucoup de gens , qui ont
de l'argent qu'ils veulent placer fûrement
& fans ufure ; les éclairciffemens
s'en pouront communiquer à
gens propres pour l'exécution.
DE DECEMBRE. 243
L'adreffe eft au Bureau .
N. 122. N. Demande un caroffe
coupé de rencontre .
L'adreffe eft au Bureau.
N. 123. N. Demande une tapifferie
, verdure de Flandre , de fept à
850. livres ; & pour n'avoir point
la peine d'aller de Tapifliers en Tapiffiers
, on prie ceux qui en auront de
cette qualité & de ce prix , de la venir
annoncer au Bureau . On la payera
Comptant.
No. 124. N. Demande à emprunter à
conftitution de rente,neufà 10000. liv.
L'on hypothequera pour dix-huit à
20000. livres de contrats de rente à Paris,
que l'on déclarera francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau .
N. 125. Un Habillement d'homme
complet,neuf & de rencontre , à vendre .
Il eft de drap noir , la culote doublée
de peau;il est pour moyenne taille .
40. liv.
Au Bureau.
No. 125. N. Demande à emprunter
fur des délégations de loyers qui feront
acceptés .
L'on veut fept à 800. livres , qui fe
Xij
244
LE MERCURE
ront remboursées par cinquième , de
quartier en quartier.
L'adreffe eft au Bureau.
N ... 127. N. Demande à acheter une
Terre confidérable , dans l'acquifition
de laquelle , on voudroit paffer des billets
de l'Etat . On voit là fuite de la
propofition au Bureau.
Propofition fecrétté , pour emprunter
cent mille livres.
L'on donnera des fûretés pour plus de
trois cent mille livres, qui ne feront pas
rejettées.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 128. N. Demande à emprunter
soo. livres pour neufmois.
. On donnera de bonnes fûretés.
N. Demande une verdure d'Hollande
, & unlit de Damas uni.
C'eft la même perfonne que deffus :
L'adreffe eft au Bureau .
No. 129. Un juppon , & la tapiſſerie
d'un fauteuil à vendre .
Le juppon eft de damas verd , beau ,
comme neuf, & les morceaux de tapiflerie
pour le fauteuil , n'ont point en
core êté montés , 39 liv.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 130. N. Affaire particuliere .
DE
245 DECEMBRE.
No 131. Affaire finie .
No 132.Un Trumeau ,pour cheminée
d'une glace à vendre ,
An Bureau.
70. liv.
No 133. N. Demande à acheter une
Berline , ou un Caroffe coupé.
L'adreffe eft au Bureau.
N' . 134. N. Demande à acheter une
maifon dans Paris .
On fouhaiteroit qu'elle fût à porte
cochere,avec jardin en grand air ; comme
vers l'Eſtrapade : L'on y mettra vingt
à 22000. livres ; & on payera d'abord
moitié en efpeces .
L'adreße eft au Bureau .
No. 135. Une Montre Angloife à
vendre .
La même perfonne demande 12. chemifes
à dentelles ; il y mettra quatre
à 5oo. livres .
No. 136. L'on demande 3000. livres
à conftitution de rente.
L'on déclare pour 30000. livres de
fonds à Paris, francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 137. Diverfes rentes & rembourfemens,
à vendre ou à emprunter deffus ,
avec garantie .
Le tout eft fur dés perfonnes qui font
•
X iij
2~46 LE MERCURE
bonnes , ainfi que les éclairciffemens,
que le propofant en a donné au Bureau ,
le feront connoître .
N° 138. N. Demande une place de
Jardinier.
C'est un homme de 40. ans , marié,
& fans enfans , qui dit fçavoir le jardinage
en perfection : Il entend la culture
des arbres fruitiers des orangers ; il tra
vaille aux fontaines ; il fera connoître
les lieux où il a été.
L'adresse eft au Bureau.
No. 139. N. Demande une place
de Concierge.
C'eſt une femme veuve ,fans enfans;
elle eft propre a être concierge , jardi-
Diere & gouvernante d'enfans.
No. 140. Finie.
No. 141. Plufieurs Commodes , &
Equipages de toillete,à vendre en gros .
Une commode d'écaille de marqueserie
,
On lafera
voir
au Bureau
.
145.
liv.
No. 142. Une autre de bois d'olivier,
48. liv.
L'adresse eft au Bureau.
lée ,
Nº. 143. Une de paliffandre anne-
46.
liv.
DE DECEMBRE. 247
L'adresse eft au Bureau.
No. 144. Une de bois d'olivier , 30. I.
L'adresse eft au Bureau.
No. 145. jufqu'au no. 148. finies .
N. 149. Une de bois de fil d'olivier,
Ladresse eft au Bureau..
30 liv.
No. 1 5o. Un équipage de toilette
ferrée ,
L'adresse eft au Bureau .
No. 151. Une autre de
L'adresse eft an Bureau .
20. liv.
14. liv.
No. 152. Une de bois d'Olivier. 18. 1 .
On poura vendre lefdites Commomodes
en gros , ou on les troquera con .
tre d'autres effets.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 153. Finic .
No. 154. Quarante-fix aûnes & demie
d'or faux , fur foye fine , de rencontre
.
Il eft large de trois travers de doigt ,
& uni ; le tout péfe 7. marcs 4. onces.
L'once eft à vingt fols .
No. 155. Vingt-deux onces de bord,
de même qualité , & au même prix.
On les fera voir au Bureau.
No. 156. Rente à vendre , ou à y faire
emprunt.
X iiij
248 LE MERCURE
C'est uncontrat au principal de 3000.
livres,fur l'Hôtel de Ville , que l'on veut
vendre , ou emprunter deffus 1000. 1 .
Le mari & la femme s'obligeront .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 157. Augmentations de gages
montants à 1500. livres , à vendre , ou
à emprunter deffus 400. livres.
No. 158. N. Demande à emprunter
6000. livres.
A rendre dans fix mois ; & l'on hypothequera
pour 1 8000. livres de contrats
,fur la Province de Languedoc.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 159. Finie.
No. 160. Un contrat de 1800. livres de
principal , à vendre fur une maiſon.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 161. Affaire particuliere.
No. 162. Finie.
No. 162. N. Demande place de Précepteur.
Le fujet offre d'être éprouvé un mois.
No. 164. Une Maiſon à donner à bail
ou à vendre à Fontainebleau.
Les inftructions font au Bureau.
No. 165. Finie.
N. 165 Avis , pour toifer exactement
les Terres.
DE DECEMBRE. 249
L'Auteur a apporté au Bureau un mémoire
inftructif, touchant la maniere de
tirer les plans des terres , &de renouveller
les terriers : Ceux qui en auront
befoin , s'adrefferont au Bureau , où on
leur donnera communication dudit
mémoire, avec la demeure de l'Auteur.
No167.Six bordures fculptées, non dorées
, avec leurs chapiteaux à vendre.
Mefure des bordures par le dedans.
Une de 39. pouces fur 29. po.
Une de 40 pouces fur 29. po .
Une de 42. pouces fur 31. po.
Une de 36. pouces fur 26. po .
Une de 34. pouces fur 26. po .
Une de 45 pouces fur 33.
Cette dernière eft fans chapiteau.
Les autres font particulierement
propres pour des miroirs.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 168. Affaire particuliere.
No. 159. Un Habit complet pour
femme ; il eft bordé d'or & de foye torfe
, non monté , & de rencontre , le tout
y eft diftribué avec un goût admirable.
sso. liv.
On lefera voir au Bureau.
No. 170. Une garniture brodée de
mouffeline non montée , à vendre.
250
LE MERCURE
Elle contient onze pieces , y compris
les engageantes , & le tour de gorge :
Cette broderie eft des plus parfaites.
On la voit au Bureau.
so. liv.
N. 171. Un Phaeton à cerceau , ou
chaife roulante de rencontre , à vendre.
Elle eft garnie de drap écarlate ,
effyeux de fer . 400.
liv, N». 172.
jufqu'au
110. 174„finies
.
N.
175. N. Demande
à vendre
un
contrat
fur la Ville
.
Il est au principal de 1500. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 176. Finie.
No. 177 N. Demande à vendre un
contrat fur la Ville .
Il eſt au principal de 5000. livres.
Liadreffe eft au Bureau.
No. 178. Finie .
No. 179. Finie.
No. 180. N. Demande d'être Précepteur
, ou un autre emploi ; il fera
connoître qui il eft .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 181. N. Affaire particuliere.
No. 182. N. Demande plufieurs meubles
& hardes à acheter.
Sçavoir une tapifferie de 6000. liv.
DE DECEMBRE .
25x
Une montre , d'or de 600. liv.
Un lit de damas cramoifi , ou d'une
autre couleur , & une juppe de velours .
L'adreffe eft au Bureau .
No. 183. N. Demande à emprunter
4000. livres par obligation , un tiers en
argent , & deux tiers en billets d'Etat .
Il a de bons hypotheques à Paris .
L'adreffe eft au Bureau.
{ No. 184. Contrat fur la Ville à vendre
.
Il est au principal des5oo. livres .
No. 185. N. Demande un emploi.
Cette perfonne a eu plufieurs emplois
, dans les Aides , Domaines , &
dans les vivres. Il eft encore propre
pour les affaires du Commerce , foit
de Mer ou autre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 186. N. Demande à acheter une
trouffe de rencontre.
On y mettra jufqu'à dix pistolles.
No. 187.. Affaire particuliere.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 188. Un lit de damas' cramoifi
de rencontre , à vendre .
La houffe eft d'une belle ferge d'aumal.
Au Bureau .
252 LE MERCURE
No. 189. Finie.
No. 190. Finie ..
No. 191. Un Lit brodé en or & en argent
, avec des tapifferies y affortif
fantes.
Au Bureau.
No. 192. Un tableau à vendre .
On le dit un Paul Brille , peint fur
bois,dans fa bordure dorée , d'environ
trois pieds , fur deux pieds & demi de
haut :Il reprefente un Port .
Au Bureau.
No. 193. Un homme qui a été marchand
, demande de l'emploi , ou à folliciter
des payemens en ville.
Quelques Marchands l'en ont déja
chargé.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 193. Une Montre d'or d'Angleterre
, à double boëte , à vendre ; pour
1000. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 195. On demande à acheter des
perles fines , & toutes fortes de diamans
de prix , de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 196. Un contrat fur la Ville , au
principal de 8000. livres, à vendre , ou
à échanger contre des billets de l'Etat ,
ou autres effets.
L'adreffe
DE DECEMBRE.
253
L'adreffe eft au bureau.
No 197. Un Habit d'homme , velours
cra moifi , richement brodé d'or & non
monté , à vendre , pour
Au bureau.
soo liv
No 198. Une Vefte de taffetas vert , brodée
d'or , doublée de taffetas vert, pour
Au bureau.
100 livres.
No. 199. Une Paire de paremens de
drap écarlate,brodés d'or,comme neufs ,
pour
Au bureau.
90. liv.
No 200. Une riche Houffe brodée
d'or, avec les cuftodes , pour 500. liv.
Au bureau.
Nd. 201. N. Demande à acheter une
Maifon à Paris , ou une Terre d'environ
40000 liv. partie en billets de l'Etat.
Ou bien à placer fûrement le fonds
de pareille fomme.
L'adreffe eft au bureau.
No. 202. On demande un Lit de damas
de Camp.
Il n'importe de quelle couleur.
L'adreffe eft au bureau .
No. 203. Finie .
No 204 Une Maison à vendre à Paris
, ou à emprunter deffus , en atten
dant la vente. Y
1234 LE MERCURE
L'adreße eft au bureau.
No. 205. Cheval Anglois à vendre.
Il eft fous poil gris de fouris, âgé de
huit à neuf ans .
L'adreffe eft au bureau .
No. 206. Maifon à Arcücil prés Pa
is, à vendre.
Elle eft bâtie depuis 10. à 12. ans ; le
prix eft de 3500. livres .
1
Le memoire eft au bureau.
No. 207. Finie .
No 208. Un Tablier à raifeaux d'or,
pour
Au bureau.
No. 209. Finie.
30.
liv
.
No. 210. On demande une maiſon de
canipagne à acheter , du prix de fept à
8000. livres .
L'adresse eft an bureau.
No. 211. On demande une tableà
jouer, garnie de velours , à acheter.
L'adresse eft au bureau.
No. 212. Ondemande à placer environ
50000 livres efpéces , fur des nantiffements
en billets d'Etat , ou autres
effets mobiliaires , dont il fera paffé
acte pardevant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No. 213. Un beau Tableau original, reDE
DECEMBRE . 255
préfentant une fileuſe ; à vendre.
Il est d'un des bons maîtres du fiécle,
pour
Au bureau.
400.
1.
N. 214. On demande à acheter une
Terre, la plus proche deParis que faire
fe pourra , depuis 40000. écus juſqu'à
200000. livres .
Que ladite Terre foit en Château ,
Prés , Bois , &c.
L'adreffe eft au bureau.
No. 215 On demande à emprunter
vingt à 30000. livres d'efpèces .
On hypothequera un bâtiment neuf
à Paris.
L'adreffe eft au bureau .
No 216. On demande une tapifferie,
verdure, d'environ dix aûnes .
L'adresse eft au bureau.
No. 217. On demande une maifon
à louer.
Qu'elle foit fituée depuis le coin
de la rue Saint Sauveur , jufqu'au Palais
Royal , ou dans les rues qui y aboutiffent.
N.218 . Avis , pour mettre des Enfans
en penfion , depuis l'âge d'environ
deux ans .
Pour douze à quinze livres par mois.
Yij
256
LEMERCURE
L'adresse eft au bureau.
No. 219. Affaire particuliere.
No 2 20. Un Habit de la Vannerie du
Louvre , à vendre chez un Tailleur.
L'adresse eft au bureau .
-Changement de demeure.
No. 2 2 1. Monfieur Porus Mc Boutonnier
, qui demeuroit ci - devant ruë
Saint Sauveur , donne avis qu'il de
meure préfentement rue Saint Denis ,
devant la Huche verte , aux vieilles
étuves .
No. 222. Finie.
N. 223. On demande une maifon à
loüer .
Qu'elle foit à porte cochere ou boutique
, fans corps de logis derriere , an
quartier S. Honoré , ou au Faubourg
Saint Germain ; du prix de mille , douze
à quinze cent livres.
L'adreffe eft aus Bureau.
No.2 24. Un Meuble précieux à vendre
.
Il est compofé de fix fauteuils , un
canapé , un écran , deux placets travaillés
en petits points de foye , figures reprefentans
des hiftoires & payfages ; le
tout d'une beauté parfaite , le prix eft
DE DECEMBRE. 257
•
de 2000. livres efpéces & 2000. en
billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
No. 225. Finie .
No. 226. On demande à placer pour
1 2 30. livres de billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
N 227. UN PETIT COFFRET de bois ,
garni de chaton & de filagrame d'argent
, à vendre pour
Au Bureau.
* 25 liv.
No. 228 UN LIT de Tapiflerie à
vendre.
"
Le dedans eft de Taffetas aurore ,
garni de trois pointes , & trois foubaffemens
de Tapifferie par bandes , de
moire aurore ; les deux bonnes - graces
de Tapifferies en plein & les
quatre rideaux doublés en plein de
taffetas aurore , le grand Doffier &
l'Impérial doublé de toile > pour
450 liv.
Un habit d'Eté avec fa vefte , galoné
d'argent fur les manches & les poches
en plein , pardevant & par derriere
, pour 60 liv..
Au Bureau.
No 229. UN PARTICULIER , à quil
il est dû deux années de rentes de sol
Yiij
258
LE MERCURE
par chacun an , payables à Paris , vou
droit les tranfporter avec garantie ,
de même qu'une Promeffe de 312 liv.
10 fols.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 230. Vafes précieux & des Tableaux
originaux à vendre .
L'adreffe eft au Bureau .
No 231. On demande à emprunter
16 à 17000 liv. d'efpéces , fous le
cautionnement d'une perfonne de
Paris connue , & qui pofféde environ
12 à 1 500000 livres de biens en
fonds , confiftants en Maiſons dans .
Paris & en Terres..
L'adreffe eft au bureau ..
No 232. Un Garçon demande à emprunter
20000 1. en espéces, & 10000
1. en billets de l'Etat..
C'est pour 4 ans ; l'on affectera &
hipotequera pour plus d'un million de
biens à Paris .
L'adresse eft au bureau.
No 233 Plufieurs pièces de Dentelles
de Maline à vendre.
" Elles montent à 104 IL. 1 f 6 d. fui
vant la notte inferée au Regiftre du
Bureau qui les fera voir;
No 234 On demande une vefte
DE DECEMBRE.
259
d'Etoffe d'or pour l'efté.
L'adresse eft au bureau .
No 235. On demande à emprunter
1000 1. espéces
L'on hipotequera une maiſon ſciſe
à une demie lieue de Paris , que l'on
déclarera franche & quitte; elle produit
400 l de rentes par an , & indépendamment,
il donnera caution qui certi-.
fiéra que ladite maifon eft franche &
quitte .
L'adresse eft au bureau.
No 235. finie .
No 237. finie.
No 238. L'on demande à placer en
viron 6000 liv. partie en billets d'Etat.-
L'adreffe eft au Bureau .
*
No 239. Demande particuliere : On
en trouvera au Bureau les éclairciffe :
mens néceffaires.
N 240. Cinquante mil livres d'ar .
gent à placer , en donnant de bonnes
feuretés .
L'adresse eft au Bureau.
No 241. finie.
• No 24 Un Particulier demande
à emprunter 4000 liv. à conftitution
de, rente .
C'eft pour les employer ; fçavoir
160 LE MERCURE
2000 liv. au Bailleur de fonds de la
Maifon acquife par ledit particulier ,
& les autres 2000l . pour parachéver de
payer les Ouvriers qui ont travaillé
aux Ouvrages & réparations qui y êtoient
à faire.
L'adresse eft au bureau.
No 243. On demande à acheter une
veille Tapiflerie d'Aubuffon ou d'Auvergne,
de 13 à 14 aûnes de cours ,
fur deux un quart de haut au moins.
On y mettra jufqu'à 250 liv.
L'adresse eft au bureau.
No 244 Dentelles en gros à ven- .
dre. Il y en a environ II aûnes.
274 liv. 13 f. 8 d.
L'adresse eft au bureau.
pour
No 245. Um Habit complet pour
femme à vendre.
Il eft de Damas brodé d'or & fove ,
manteau & juppe de huit lais , non
monté pour
me.
Au bureau:
No 245. Un autre habit
650 liv.
pour fem-
Il eft de Damas brodé , argent &
foye ,la juppe ayant huit lais non mon
té
pour
Au bureau..
350 liv.
DE DECEMBRE. 261
No 247. finie .
No 248.Une Garnitured'Angleterre,
à raiſeau , à 2 piéces fans fond , à vendre
pour
Au bureau.
100 liv.
No 249. Tableaux à vendre .
Sçavoir une Marine fur toille . 35 1.
Une autre grande Marine . 35 liv.
Une Simphonie ou Mufique. 15 liv
Un Hyver.
Une Réveufe
Un Païfage.
Autre Païfage,
30 liv
20 liv
20 liv
20 liv.
liv.
Un Tableau Flamand pour 25
On les fera voir au Bureau.
N 250 Affaire particuliere .
N° 251. Affaire particuliere.
No 252 Un Particulier demande à
emprunter 500 1 efpéces pour 6 mois .
I nantira d'une ordonnance fur le
le Tréfor Royal de 14000 1 . pour la
liquidation d'un office de Sécretaire
du Roy , & il en fera paffé un acte
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
par
No 253 On demande à emprunter
à conftitution de rente, 4000 1. efpeces
C'est pour employer au parfait payement
d'une Terre de 180000 1. Ainfi,
il y a emploi & un privilege certain .
$262 LE MERCURE
L'adresse eft au bureau.
No 254 On demande un meuble à
acheter.
Qu'il foit complet , il n'importe de
quelle couleur ; mais qu'il foit propre
, avec une batterie de cuisine .
On y mettra environ.
L'adresse eft au bureau.
6000 1.
No ass. Affaire particuliere..
No. 256. On demande à emprunter
200 livres pour un an..
On hypothequera un contrat de
4400. livres fur l'Hôtel de Ville de
Paris,que l'on déclarera franc & quitte.
L'adresse eft au bureau.
No. 257. Un contrat de rente fur
l'Hôtel de Ville à vendre.
Il eft de 5500. livres de principal.
L'adresse eft au bureau.
No.
9.258. Un jeu de paume à vendre.
Il eft d'environ vingt à 2 2000. liv.
L'ddrefse eft au bureau .
No. 259. Demande particuliere.
On en trouvera les éclairciffements
convenables au Bureau .
No. 260. On demande à emprunter
à fond perdu.
On voudroit trouver une perfonne,
qui voulût mettre fur une Terre à fond
perdu , 20000 écus au denier 16. dont
DE DECEMBRE. 26
l'acquiſition eft de 1 20000. livres,produifant
8000. livres de rente par an.
L'adresse eft au bureau.
No. 261. N. Demande à emprunter
20000. livres d'argent .
On nantira de 5000. livres de billets
de l'état , dont fera paffé acte par
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No 252. Un Habit d'homme brodé
en argent , à vendre.
Il eft de drap brun , avec les paremens
d'étoffe d'argent , & or fur-brodés
, doublé de chagrin ,couleur de feu,
avec la culotte.
Au bureau.
No. 263. Marché de laine à faire.
Un Particulier voudroit trouver une
perfonne , avec qui il pût faire marché,
pour lui fournir trente livres de laine
par femaine , toute prête à filer , ou
huit à dix livres de filée , ainſi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 264. Marché de faffran à faire.
Un Particulier demande qu'on lui
fourniffe huit ou dix livres de faffran
par femaine,lec , ou fraichement cüeilli
, au choix de l'Acheteur , même pour
264 DE DECEMBRE.
plus grande quantité ; ainfi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 265. N. Demande à acheter
une Terre , & veut vendre une berline ,
& une chaife de pofte.
Que la terre foit fituée au tour de
Paris , & du prix de dix- huit à 20000.
livres de produit au denier 20.
La Berline eft un caroffe coupé, doublé
de velours, avec les harnois.
La chaife de pofte eft doublée de
drap écarlate.
L'adresse eft au bureau .
No. 266. Affaire particuliere .
No. 266. N. Demande à emprunter
300. livres d'argent pour fix mois.
On hypothequera un contrat de
1400. livres de principal, fur les mouleurs
de bois ; vifé & liquidé , duquel
il fera paffé acte par devant Notaires .
L'adresse eft au bureau.
No. 267. Tapisserie de Flandre à
vendre.
Elle contient fix piéces , ayant enfemble
dix- huit aûnes de cours , fur
deux aûnes & demie de haut , doublée
par bandes, petit cadre bien rembruni ,
& elle eft fraîche , pour
550.
liv.
On
DE DECEMBRE
265
On les fera voir au Bureau.
N°. 268. Affaire particuliere.
No. 269. Affaire particuliere.
N°. 270. Diverses Tentures de tapifleries
, d'Aubuffon , & de félletin ,
& fauteuil à vendre.
Une verdure de fix pièces , fut deux
aûnes un grand tiers d'hauteur , à double
broche bordée à Grotefque , coin à
coquille , bande , mufque tirant 16.
aûnes , un tiers , pour sso. liv.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 271. Six piéces verdure de felletin
, bordée avec des cartouches au milieu
, bandes bleuës , fur deux aûnes &
demie d'hauteur , tirant 17. dûnes , pour
L'adreffe eft au Bureau. an
380. liv.
&
No. 272. Sept pieces de tapifferies ,
verdure trés- fine , fur deux afines & demie
de haut , bords à ornement ,
portes bandes de mufque , deffin avec
des parterres ; tirant 19 , aûnes , cinq ,
fix , pour
1393 liv.
L'alreffe eft au Bureau .
No. 273. Six pieces , verdure fur deux
aûnes & demie d'hauteur , bords , dits
à la Romaine ; coins à Dauphin , bandes
bleuës , tirant dix fept aûnes deux
Ꮓ
266 LE MERCURE
tiers , pour
L'adreffe et au Bureau .
No. 274 Finic .
Nº.
No. 275. Finie .
424.liv.
No. 276. N. Demande à emprunter
2000. livres de billers de l'Etat.
On rembourfera ladite fomme , d'année
en année, par 400. livres en espéces,
& on donnera toutes les fûretés néceffaires.
L'adreße eft au Bureau-
N°. 277. N. Demande à emprunter
2000. livres , ou 1590. feulement d'atgent
.
On hypothequera une Maifon & Terres
, fituées à la valée de Montmorency
, de valeur de 10000. livres , qui fe
ront déclarées franches & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 278. N. Demande à emprunter
3000, livres en billets de l'Etat.
On prendra ladite fomme à conftitution
; & on hypothequera une Terre
Seigneuriale , eftimée 20000. livres , &
affermée 800 , livres , fituée dans l'Election
de Mantes .
L'adreffe eft au Bureau,
N°. 279. N. Demande à acheter une
Maiſon à Paris ,
DE DECEMBRE 267
Qu'elle foit fituée dans un bon &
beau quartier: On y met ra depuis trente
jufqu'à foooo . livres , & même quelque
chofe de plus ; on payera moitié comptant
, & l'autre moitié en contrat fur
la Vile , ou en bi lets de l'Etat , ou en
conftitution fur la maifon , & fur les autres
biens,
Ou bien , on placera le même fond
fur des maifonsà Paris, ou fur autres bons
privileges & déclarations d'emploi .
L'adreße eft an Bureau.
a
N°. 280. Ñ. Demande à le défaire
d'une Penſion en argent comptant.
Elle eft de 450. livres fur le Tréfor
Royal.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 281. N. Demande à acheter une
bigue & une chêne d'or , de rencontre
.
Que le Diamant foit d'environ soo. I.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 282. N. Demande à acheter une
Montre unie de bons Maîtres.
L'alreffe eft au Bureau.
·N °. 283. L'on demande à placer
des billets de l'Etat , de plufieurs manieres.
Z ij
268
LE MERCURE
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 284. Ceintures de femmes , cotdons
de Cannes , or , argent & foye , à
vendre.
No. 285. Une couverture de laine blanche
, à vendre.
Au Bureau .
Nº . 286. Un Paravant trés- curieux,
à huit fcüilles , orné de plufieurs figures
d'hommes & d'animaux , à l'endroit
& à l'envers , pour
An Burean.
5oo. liv.
No. 287 N Demande à emprunter
1200 livres en efpéces , pour trois mois. ·
L'on hypothequera un contrat de
l'Hôtel de Ville , au principal de 5000 ,
liyres ; lequel eft à un garçon , qui le
déclarera franc & quitte.
adre e au Bureau ..
No. 288. N. Demande à acheter des
Con rats , fur les Etats de Languedoc
& de Bretagne .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 289. On demande une maison à
loüer , & un caroffe coupé à acheter .
Que la maifon foit à porte cochere ,
écurie , remife , cave , & grenier , de huit
à 900. livres , & même 1000. livres de
loyers ; qu'elle foit fituée dans l'undes
DE DECEMBRE 269
Quartiers de Richelieu , Butte de Saint
Roch , ou Faubourg Saint Germain
ou au tour des Théatins , ou de l'Abbaye
Saint Germain des Prés ; & que
le caroffe foit de fept à 8oo . livres.
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 290. N. Demande une maiſon
à vendre.
Elle eft fituée à Paris , du côté de la
rue de Bourbon .
La même perfonne demande à emprunter
2000. 1. & on l'hypothequera,
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 291 Caléche à vendre. Elle eft
doublée d'un velours cramoifi , les Campannes
de foye aurore , avec cinq grandes
glaces , les cuirs & la dorure belle;
& le tout comme neuf , pour 3000. I.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 292. Office de Secretaire du Roy,
à vendre en la Chancellerie du Parlement
de Besançon , dont la finance eft de
25000. I. il y a les augmentations de
gages .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 293. C'est la tapifferie magnifique
qui eft tranfportée au commencement
de la lifte..
N°. 294. Habit , écharpes , fau-
Z iij
270 LE MERCURE
teuils & chaifes à vendre.
L'Habit eft de drap brun , fur couleur
noilette , brodé en argent.
L'écharpe eft de taffetas blanc d'Angleterre
, brodé de plufieurs couleurs en
foye , garnie de feugere ; le corps eft de
gafe noire à fleurs.
Deux deffus de fauteuils de petit
point en laine , à fond blanc.
Un fauteuil de commodité , à fond
de laine noire de petit point, quatre chaifes
, & deux tabourets à fond noir de
pareil deffin , le tout non monté.
L'adreffe eft au Bureau .
N°. 295. N. Demande à ceder deux
fols d'interêt dans une Ferme.
On prendra des billets de l'Etat.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 296. N. Demande à emprunter
soo. livres en espéces pour fix mois .
On nantira de deux quittances de
finances de rachat de Capitation , montant
en principal & inrerêt à 3065. lie
vres 14. fols 4. deniers ; il & en fera
paffé un acte par devant Notaires.
L'adreße et au Bureau.
No. 297. N. Lemande à emprunter
4000. livres ; un tiers en billets de l'E
Tat
1
DE DECEMBRE. 271
Deux Freres feront folidairement une
conftitution de ladite fomme , ou céderont
plufieurs parties de rentes , dont
les principaux font de 44300 l .; ainſi
qu'il eft plus amplement décrit fur le
Registre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 298. Caroße coupé à vendre.
Il eft de velours craimoify à rama ,
ge , le tout bon , comme neuf.
L'adreffe eft au Burean.
No 299 Deux Tableaux à vendre.
Ils font de grands Maîtres , l'un reprefente
un Paï fage , & l'autre , une
Tempeſte.
"
On les fera voir au Bureau.
No 300. Une Charge. Une Charge de Confeiller
en la Cour des monnoyes à vendre .
L'adreffe eft au bureau..
Na 301. Affaire particuliére.
N° 302. Contrat de rente fur l'Hô
gel de Ville à vendre.
Il eft de 3000 l. de principal , ou on
empruntera 1200. 1. & on hipotequera
ledit Contrat.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 303.N.Demande à acheter des ro
bes de chambre de Damas , & des juppes
de drap de faint- maur.
Z iiij
272 LE MERCURE
Il n'importe de quelles couleurs
foient les robes de chambre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 374. N. Demande à acheter une
Tapiflerie .
Qu'elle foit de ferge ou de foye, pro.
pre à un Cabinet.
L'adreffe eft an Bureau.
· N° 305- Contrat de Conftitution
de rente..
C'eft une portion de 7600. 1.
On donnera toutes les facilités convenables..
La même perfonne fouhaiteroit encore
vendre une portion de 3000 ! .
qu'il a fur un Contrat de 6000 1. qui
eft principalement hipotequé fur une
Terre , dont les déniers ont êté employés
à l'acquifition .
L'adreße eft au Bureau.
N ° 306 finie .
N° 307. N. Demande à acheter une
robe de chambre d'homme & de
femme de Calemande ou d'autres
Eroffes.
>
Qu'elles foient de rencontre & à bon
marché .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 508. NDemande à acheter une
DE DECEMBRE. 273
Tapiflerie des gobelins , Berline , Bague
, & Pendulle.
Que la Tapiflexie foit de 3 à 4000
1. Que la Bague foit pour homme , &
d'un brillant de 12 à 1500l . & que la
Pendulle foit de 2 à 300 l.
L'adreffe eft au Bureau.
•
N° 309. N. Demande à acheter un
lit de ferge , chaifes , commode , Diamans
& Montre d'or à répetition .
A
Que le Lit de ferge foit couleur de
feu ou cramoify , bordé de blanc avec
fa garniture complerte , & à la ducheffe
, d'environ 4 à 500 l , avec une demie
douzaine de chaifes & une Commode.
Que la Bague pour homme, foit d'un
Diamant brillant de 4 à 500 I , & la
Montre d'or à répetition aufli de 4 a 500
1.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 310. On demande à emprunter
de
l'argent.
tés ..
On donnera de trés bonnes feure-
L'adreffe eft au Bureau .
No 311. N. Demande à placer 40000
1. de billets de l'Etat,
Soit à conftitution ou à rendre en
differents tems , ou on les employera en
1
274 LE MERCURE
achat de meubles de differentes natures.
L'adreffe eft aus Bureau .
N° 312. On demande à acheter un
trumeau .
Qu'il foit de cinq pieds d'hauteur
& de ; pieds de largeur.
L'adreffe eft au Bureau,
N° 313 N. Demande une Terre ou
Ferme à acheter.
Que la Terre foit du prix depuis
3000 1. jufqu'à 10000 1. & éloignées
de Paris depuis 6 lieües jufqu'à 3olieües.
L'adreffe eft aus Bureau.
N° 314. N. Demande à achetter une
véfted'Etoffe d'or ou d'argent , & une
juppe de velours noir .
La même perfonne demande un Domeftioue
qui ait au moins 40 ans , fçachant
faire la cuifine & qui foit à toute
main.
L'adreffe eft au Bureau .
N° 315. N. Demande à acheter une
Tapiflerie fine , à perfonnages, d'environ
3000 1.
Plus deux faureüi's .
L'adreße eft au Bureau.
N° 316. N Demande à acheter
Maitons , Terres ou Rentes , ou à plaDE
DECEMBRE. 275
cer un fonds fur divers particuliers .
L'adreje eft an Bureau.
N° 317. N. Demande à acheter des
fauteuils dorés & des rideaux de fenêtres
.
Que les fauteiii's foient faits à la mode,
garnis non couverts, & que les deux
rideaux foient de Damas où de Taffetas
cramoify .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 318. N. Demand: à placer ou à
acheter diverfes chofes en billets de
l'Etat , partie en argent.
L'adreße eft au Bureau,
N° 319. N. Demande à acheter Dentelles
, Tabatiére , & Montre d'or pour
homme & pour femme.
L'adreffe eft an Bureau.
N° 320. N. Demande à convertir
des billets d'Etat en rentes, fur des parti
culiers
L'adreffe eft au Bureau.
N° 321. N. Demande à acheter une
Maiſon ,
Qu'elle foit fituée à Paris , & au deffous
de 40000.1 . On payera le prix de
l'acquifition en espéces , pourvû qu'elle
n'ait aucunes charges.
L'adreße eft an Bureau.
275 LE MERCURE
Nº 322. Ce sont deux Navires , dont
il est parlé au ' article de cette Lifte.
No 323. Affaire particuliére.
N° 324. Jufqu'au Nº 329. Affaires
finics .
N° 330. Sept livres de foye d'Italie
fillées , à vendre pour
Au Bureau .
80. l.
N° 331. N. Demande à emprunter
15000 1. efpéces .
C'eft pour achever de payer des Ouvrages
& Bâtiments déja avancés ; l'on
fournira une déclaration d'emploi fur
& Maifons .
L'adreffe eft au Bureau.
Nº 332. On demande un meuble
complet à acheter.
C'est - à - dire , une Tapiflerie de Damas
cramoify , avec 8 fauteuils , un
fopha comme tout neuf; plus un
écran, un trumeau qui ait tout au moins
3 pieds de large , & la hauteur à proportion.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 333. N. Demande à acheter un
Diamant brillant en bague , pout homme,
de 10 à 1200 1. & une juppe de
velours noir,
L'adreffe eft an Bureau.
DE DECEMBRE
277
N° 134. Charge d'Aumonier ordinaire
en Cour , à vendre , pour 5000 1.
Elle jouit de tous les Privileges des
grands Commenfeaux de France ; elle
peut être poffedée à fimple Tonfure ;
elle produit de révenu , fçavoir 547 l .
10 f.pour nourriture , payables en argent
par chacun quartier ; 200 1. d'apointements
; 6ol.de fourniture & 180 ' .
de bon par an ; plus un logement à Paris
de trois chambres eftimées 300 1. par an ,
outre deux autres en deux Maifons Royales.
Les frais de reception iront à 150
1. pour l'acquereur.
L'adreße est au Bureas.
No 335. Un gand Tableau reprefentant
le jugement univerfel , à vendre .
Il et de 7 pieds 2 po . de haut , &
de 6 pieds 2 po. de large fur toille ,
de
C'eſt une copie tirée fur l'original , d'aprés
Michel Ange fur leVatican deRome
On le voit au Bureau .
N » 336. Montres à vendre .
>
Depuis ce N jufqu'à 339 , font pluficurs
Montres de differents prix ,
parmi lesquelles il y en a une à répetition
d'or.
A a
278 LE MERCURE
On en donnera l'adreffe.
N 340, Affaire particuliére
No 341. N. Demande à emprunter
soo 1, efpéces.
On hipotequera un Contrat de rente,
fur l'Hôtel de Ville de 4850. 1. de
principal , que l'on déclarera franc &
quitte.
L'adreße eft au bureau.
No 242. Deux bagues à vendre.
L'une eft carrée , taillée en rofe pour,
4501
.
Et l'autre
en coeur
, auffi
taillée
en
rofe
, pour
300
1. Au
bureau
.
N 344 Un Pied de table à confolle,
fculpté , en tête de Dragon d'oré ,
comme neuf, à vendre.
Au bureau.
40 1.
No
345. On
demande
à acheter
à
vie
une
maifon
, à Paris
ou à la Campagne
, de 8 à 900
1. de loyer
.
la
Que la maison de Campagne foit à
3 ou 4 lieues de Paris , fortant par
porte faint Bernard , ou par celle de
faint Antoine , du prix de 4 à 5000 l .
qu'il y ait un peu de terrain en cour
& en jardin.
Que la maifon dansParis , foit à porte
cochere , remite & écurie , avec un
DE DECEMBRE. 279
jardin , il n'importe du quartier ny de
l'éloignement.
L'adresse eft au bureau .
No 346. Un Particulier demande une
place de fécretaire ou gouverneur d'enfans.
Il fçait le Latin , l'Eſpagnol , l'Aritmethique
, & les affaires.
L'adresse eft au burean .
No 347. finie .
No 348. Un (arofse à deux fonds
à vendre .
Il eft de bois peint en ébeine , doublé
de damas à feuilles mortes , & à feurs
noires & aurores , avec 3 belles glaces
, & quatre bons réforts ; il eft d'environ
4. à fool.
L'adresse est au bureau .
No 349. N. Demande à fe deffaire du
billet d'un particulier d'environ 2020 l .
L'adresse du Propofant est au bureau.
No 350 : 351. & 352. font Plufieurs
fichus brodés , or , argent & foye , fur
gaze d'Italie , à vendre.
Les uns font à 3 l . 6 ſ. 6 d . & á
51. 14 f. & les autres à 9 l . 10 f. de
toutes couleurs.
Au burean.
7
No 353. N. Demande à acheter une
bonne Berline. A a ij
LE MERCURE
"
Il n'importe de quelle couleur le dedans
foit.
L'adresse est au bureau.
No 354. N. Demande à acheter un
habit court avec un manteau pour un
Eclefiaftique.
On y mettra jufqu'à 60 1 .
L'adresse est au bureau .
No 355. N. Demande à acheter une
Terre , à haute , moyenne & baffe juftice.
Qu'elle foit hors de toutes capitaineries
, diftante de Paris , depuis 8 jul
qu'à 16 lieües : S'il y a Riviére , en remontant
de Paris , du côté d'Auxerre
ou de Nogent fur Seyne, on fera content
que la diſtance foit d'environ 25 lieües ,
fi plus prêt elle ne fe trouve.
L'adresse eft au bureau ,
No 356. N. Demande à placer des
billets de l'Etat.
L'adrefe eft au bureau .
No 357. Demande à emprunter 1000
1. fur une maison à Paris .
Elle produit 240 1. de rente ; on la
déclarera franche & quitte , & on payera
l'intérêt au dénier 20 .
L'adresse eft au bureau.
No 358. N. Demande à acheter une
DE DECEMBRE 281
maifon aux environs du Palais.
Qu'elle foit à porte cochere ou une
belle porte batarde ; on y mettra environ
L'adresse est au bureau.
30000
1.
No. 359. Ceintures de femmes ; fines,
* de faye , mêlées d'or & d'argent , à vendre.
Il y en a de differents prix , & de di-
- verfes couleurs ; ainfi qu'on en fera voir
au Bureau les échantillons .
1
• Nº, 360. Chaife de poste , comme
neuve , à vendre .
Elle eft doublée de velours , à ramige
, à refforts d'Espagne , Elle a coûté
d'hazard soo . livres , & n'a fait que le
voyage d'Alençon .
L'adresse est au bureau.
N° , 361. N. Demande à emprunter
1000. livres à dé eguer
,
fur des loyers
de maitons pour le remboursement.
L'adrelse est au bureau .
N°. 362. N. Demande à vendre une
maifon à Paris , ou à emprunter 3000.
livres à conflitution .
Elle eft nouvellement rébatie ,
prés de la place Maubert , & a êté acquife
par decret ; pour fûreté de l'emprunt
, on hypothequera ladite maifon
A a iis
282 LE MERCURE
que l'on déclarera franche & quitte ,
avec 20000 livres de principaux fur.
l'Hôtel de Ville .
*
L'adreffe eft au Bureau.
No. 394. Une Montre à vendre.
Elle eft de métal doré, cizelée, à grand
balancier ; émaille blanc , pour 55. liv.
Au Bureau.
No, 565. 7abatiere en étoile , garnie
de piéces d'or , & de chagrin vert , à
vendre.
Au Bureau.
No. 366. N. Demande à acheter des
foyers de marbres , des chambranles en
marbre & en pierre , avec des trumeaux
& gardes-feu do : és ou unis .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 367. N. Demande à transporter
un Billet en forme de Quittances , fur
le Tréforier des menus de la Maifon du
Roy.
L'adreffe eft au Bur as.
No. 368. Affaire particuliere.
No. 369 N. Demande à acheter un
Caroffe coupé , ou une Berline à deux
petits fonds , ou coupée
On y mettra ufqu'à mille ou 1200. l-
L'atreffe eft au Bureau .
N°. 370. Chaife de pofte , à vendre.
DE DECEMBRE 283
Elle eft fur quatre rouës , pour 400 .
L'adreße eft au Bureau.
No. 371. Finic .
No. 372. Montre à vendre .
Elle cit de métal de Prince , à grand
balancier , à boëre de chagrin noir , piquée
de cloux d'or , chaine à l'Angloife
de même métal , pour
Au Bureau.
75. liv.
No. 373. Un Particulier demande une
perfonne qui veuille s'accommoder avec
lui , des prétentions qu'il a pour un
compte de tutelle , qui eft pendant au
Bailliage de Tours ; le rendant - compte
fe trouve reliquaraire de 90co . livres ,
& eft fort folvable .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 374. Un beaufufil , comme neuf,
à garniture dorée , à vendre, pour 100. 1 .
An Bureau·
Nº . 375. N. Demande à placer 2500.
1vres , partie en billets de l'Etat , partie
en argent , à rendre dans les remps
convenus.
L'adreße eft an Bureau .
No. 376. & 377. Plufieurs piéces de
ruban rayé , mêlé d'argent fur gros
grains, de diverfes couleurs , & à differens
prix, à vendre les uns à 3. livres 5. fols S
284 LE MERCURE
1
*
l'aune , & les autres,à 2. livres 5. fols.
Au Bureau
No. 378. Finie.
No. 379. Un Particulier , Me & ancien
Marchand , demande à s'affocier
avec une perfonne , pour fabriquer des
draps hins.
L'a'reffe eft au bureau,
N° 380 N. Demande à acheter une
Charge d'Architecte ou autres , à conftitution
, au denier 255 ou àરે payer en
quittances de finances d'une autre
charge , liquidées.
L'adreße eft au bureau.
N° . 381. Un Particulier demande un
emploi dans un Bureau , ou place de
Secretaire , ou Gouverneur d'enfans de
Qualité ; il fçait écrire, felon les principes
du plus fçavant Maître de Paris , &
fçait auffi les Mathématiques.
L'adreffe eft an bureau.
N°. 382. N. Demande à tranſporter
des interêrs échûs & à échoir , d'uneCharge
(uprimée , & dont le remboursement
a êté liquidé.
L'adreffe eft au burean .
No. 383. Apartementgarni à loiter.
C'est dans la rue Maubué au Saint-
Efprit , chez Monfieur Marior.
DE DECEMBRE 285
L'ameublement eſt trés propre , & à
lamode : Il fournira la nourriture, fi on
le fouhaite .
N. 384. Une garniture de point , à
raifeau , avec les engagantes , à vendre.
Au bureau.
Nº . 385. Une Enſeigne de cuivre de
la bonne grandeur , reprefentant la Pro-´
vidence , à vendre . .
Au bureau,
No. 386. Une Garde d'épée fur cuivre
doré, à vendre ; elle eft comme neuve,
2. liv. 10, f.
Au bureau.
No. 387. Plufieurs pieces de dentelles
communes , à differens prix , à vendre
.
Au bureau.
Nº . 388. N. Demande à placer 30oo .
livres de billets de l'Etat , ou à acheter
pour ladite fomme, divers effets de rencontre.
L'adresse eft au bureau.
N. 389. Montre à vendre .
Elle eft de métal de Prince doré dans
fa boëte de même métal , cifelée , faite
par Jean Baillon , pour
An bureau.
75.
liv.
N°. 390. boutons de poignets , montés
en or , à vendre.
286 LE MERCURE
"
Ils font d'Angleterre , & garnis de
chiffres , couverts de criftaux taillez ,
pour
Au bureau.
25. liv.
N°. 391. Un brafselet de vermeil ,
avec un chiffre couronné de deux Anges
, à vendre , pour
Au burean.
10. liv.
No. 392. On demande un Caroffe
doublé de velours cramoifi, à quatre pla
ces , avec une catéche à cinq ou fix places
, avec un dais .
L'adresse est an bureau .
,de l'ouverture du Bureau général
d'Adreffe & de Rencontre , & des avantages
que le Public en retireroit.
Comme je n'en ai donnéjufqu'apréfent
qu'une légére idée , il femble que le Public
exige de moi , que je l'inftruife des
Loix & des Réglemens, que les Direc
teur de cette entrepriſe fe font impofés
pour l'utilité& la commodité publique.
J'ai cru qu'en y ajoûtant la première
Lifte de tous les Effets , Demandes G
Propofitions préfentées audit Bureau .
on détromperoit par cet expofé , beaucoup
de perfonnes qui avoient regardé
jufqu'à préfent , le projet de cet établiffement
, comme impoffible dans l'éxécution.
Voilà cependant les chofes en ordre »
& c'est déja beaucoup pour affermir la
confiance commune. Il faut efpérer
qu'elle ne fera qu'augmenter , & que
l'on appercevra bien- tôt les effets de la
fage régie de ceux qui en font à la tête.
Décembre 1717.
T
218 LE MERCURE
LISTE UNIVERSELLE.
Du Bureau général d'Adreffe & de
Rencontre , où chacun peut donner &
recevoir avis , de toutes les néceffités
& commoditez de la vie & focieté
civile , remis en meilleur ordre qu'il
n'a été par le paffé , pour l'utilité da
Public.
PAR PERMISSION DU ROY ,
Contenue en fes Brévets , Arrêts du .
Confeil d'Etat , Déclarations , Privilege
, Confirmations , Arrêts de
la Cour, Sentences & Jugemens don
nez en confequence .
L
E Bureau d'Adreſſe a paru fi utile
que les Rois Henri IV.
,
Louis XIII. Louis XIV. & Louis XV.
n'ont ceffé de le favorifer par les Brévers
, & Privileges qu'ils en ont accordés.
En effet , pour peu qu'on y
veüille faire attention , l'on reconnoîtra
qu'il n'y a gueres de chofes plus
avantageufes , que l'établiffement de
ce Bureau. Comme les hommes
DE DECEMBRE. 219
font liés entr'eux , par la néceffité
d'un commerce mutuel de befoins &
de fecours réciproques , il arrive tous
les jours , que les uns fouhaitent d'avoir
quelque chofe, dont les autres feroient
bien aife de fe défaire ; & que réciproquement
, les uns cherchent à fe
débaraffer de plufieurs effets , dont d'autres
defireroient de s'accommoder. Ce
qui peut donc être le plus utile pour
le commerce , c'est que chacun de
ceux qui voudroient fe dèfaire de quelque
chofe, fçeût à point nommé, quels
font les gens qui en ont befoin ; & qu'au
contraire, ceux qui voudroient s'accommoder
d'autres choſes , fuffent inftruits
où ils pourroient les trouver : Rien ne
paroît donc plus utile que de trouver
unmoyen facile , par lequel on pût
fatisfaire à ces befoins mutuels .
C'eft ce que nos Rois fe font propofé
dans l'établiffement du Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre ,
auquel ce nom n'a êté donné , que
parce que, tout le monde pouvant toûjours
s'y adreffer , chacun y peut rencontrer
ce qu'il chercheroit vainement
ailleurs . C'eft auffi ce qu'on fe propo-
Tij
220 LE MERCURË
fe dans ce Bureau établi ruë faint Sau
veur , dans lequel , chaque particulier
qui aura befoin de quelque chofe
pourra venir propofer ce qu'il defire ;
comme au contraire , celui qui aura
quelque chofe dont il ait deffein de fe
défaire , viendra en donner avis ; afin
que l'on en informe le public.
"
On tiendra dans ce Bureau univerfel
des Regiftres dans lesquels ,
non feulement les perfonnes qui auront
des avis licites & permis à donner ,
mais celles qui voudront en recevoir ,
pouront fe faire enregistrer.
Pour cela , chaque particulier y
fera d'abord dreffer fon Mémoire fur
une feuille , en forme de Minute , fur
laquelle , l'intention du Demandeur y
fera apurée ; après quoi , ce Mémoire
fera infcrit fur le Regiftre dans les 2,4
heures , pendant lefquelles il fera in--
formé avec une prudence tacite , du Domicile
donné ; afin qu'il n'y ait point
d'avis inutiles ; & le tout fe fera moyennant
trois fols feulement , pour
chaque article enregistré , de même
que pour l'Extrait de chaque enrégiftrement
, en cas que l'on défire en
faire tirer un : Et fi on veut que l'avis
DE DECEMBRE. 221
•
paroiffe dans les Liftes courantes , le
Bureau fe contentera de fort peu de
chofe ,pour l'article qu'on fouhaite faire
imprimer , & que l'on réitérera dans
toutes les Editions fuivantes , jufqu'à
ce que l'affaire foit confommée .
L'on rendra le Mémoire le mieux
circonftancié & le plus court qu'il fe
pourra ; & pour éviter même la longueur
& l'embaras , on fe contentera
d'écrire fur le Registre du Bureau , le
nom de celui qui donne l'avis , ou tef
autre qu'il voudra choifir avec la chofe
dont il s'agit ; & on lui donnera un
billet femblable à cet enrégiftrement ,
fel on le rang auquel il fera venu .
On recevra auffi tous les avis des
Provinces de France & des Païs étrangers
, qui indiqueront quelque chofe à
vendre , ou qui marqueront les chofes
que l'on veut achetter. Mais on aura
foin fur les lieux , de payer le port des
Lettres qu'on envoyera : Les dépenfes
que l'onfait pour le Bureau étant déja
aflés grandes , il ne feroit pas jufte que
F'on fût encore chargé de celle- là .
On fera donc imprimer , autant de
fois qu'il fera néceffaire , un petit Livre
qui ne coutera que 2 fols 6 deniers , &
Tiij
222 LE MERCURE
>
qui contiendra tous les AVIS qu'on
aura envoyez au Bureau comme
Terres , on Maisons à vendre ou à
louer , Meubles , Chevaux , Inventaires
, Curiofitez , ou autres chofes
nouvellement arrivées , à vendre à
Paris ou en Province : Livres nouveaux,
inventions touchant , les Arts & les
Sciences , Changement de demeures des
Marchands on Artifans, & autres : Hôtel
à louer , entiere ou portion , on
Chambre garnie.
De même,fiquelqu'un a befoin d'un
habit brodé , d'un meuble de Velours
ou autre effet , on aura foin de le faireimprimer
comme les autres . Si l'on
ne veut pas mettre dans l'Avis ,fon nom,
ni fon adreffe , on poura donner des
Mémoires où cela ne foit point marqué
, & le petit Livre avertita que ce
nom eft au Bureau . Par ce moyen ,
aura l'avantage , fans fe faire
connoître , de fçavoir à qui s'adreffer,
& d'apprendre quels font les gens qui
auront befoin des chofes dont on veut
fe défaire Il en fera de même à l'égard
du prix. On aura foin à l'avenir ,
pour la commodité de ceux qui achetteront
ce petit Livre , de difpofer ces
on
DE DE CEMBRE. 223
avis par Chapitres diftincts avec cha
cun leur titre, comme Maifons à louer;
Maifons à vendre , Meubles, Chevaux ,
Nouveautez, chofes perdues & trou
vées & c.
S
Or , pour éviter les inconveniens
qui arrivent , de ce que les Avis publics
changent tous les jours , & engager
les particuliers à en avertir , on dépofera
au Bureau depuis fols , jufqu'à
un louis , dont fera donné recépiffé
; car , une des principalles commoditez
du Public en ceci , eft de
ne point recevoir d'Avis inutiles. De
même , ceux qui affichent pour toute
leur vie , & qui ont befoin de renouveller
leurs Affiches de tems en tems,
& de faire pour cela , bien de la dépenfe,
en feront quittes pour une mé
diocre fomme par mois , fans autre foin
que d'envoyer payer le mois.
Il eft bon d'avertir, que ceux qui demeurent
en Province , & qui voudront
avoir ces petits Livres , n'auront qu'à
faire tenir l'argent d'un quartier ou
d'une année , par leurs meffagers , ou
amis ou correfpondans ; on fera les paquets
, & on les portera à la pofte ,
fans qu'il en coûte autre chofe , que
le prix des Livrets , avec le port. Tiiij
•
224 LE MERCURE
Ceux qui voudront donner des Avis,
touchant ce petit Livre , pour l'utilité
du Public , pouront les envoyer inceffament
.
Cette nouvelle maniere prévé
nant tous les inconvéniens , on retirerá
de ce Bureau toute l'utilité imagi
nable :Car , on ne poura rien défirer
dans les Provinces & dans la Capitale
du Royaume , dont on ne foit informé
par cette voye , ce qui feroit trés difficile
à découvrir fans ce fecours , ne
feachant à qui s'adreffer , pour avoir
ces chofes , ou pour s'en défaire. Com- ·
me les Avis viendront d'une partie du
Public , ce fera faire préfent à l'autre ,
de ce que le Public lui donne : Ainfi ,
ce canal donnera, lien réciproquement
à tous les particuliers, de fe rendre fervice
les uns aux autres ; enforte que
perfonne n'aura rien qui puiffe ferviz
à un autre , que cet autre ne fçache
auffitôt où trouver celui qui peut l'en
accommoder . Il fe rencontrera même
par là , que la plupart des perfonnes qui
ont des choſes inutiles , qui ne font
publiquement d'aucun débit , & dont
elles demeurent chargées ; & d'autres
aucontraire,ayant befoin de ces chofes ,
DE DECEMBRE. 225
eftant contraints de s'en paffer, faute
de fçavoir où les prendre , les uns &
les autres apprendront par ces petits
Livres , les moyens de s'accommoder ;
ce que l'on peut regarder , comme un
des principaux liens de la focieté ; &
it eft difficile de trouver une voye plus
abregée , plus fûre & moms onéreufe ,
pour fe rendre utile les uns aux autres.
Car ,que peut - on imaginer de plus
commode , que de pouvoir apren
dre en un quart d'heine , fans for
tir de chez foi , & prefque pour rien ,
• tout ce qui peut entrer dans le commerce
des néceffitez de la vie ? L'on pou
ta donc encore fe difpenfer par ce même
moyen, de faire des affiches , dont
la dépenfe eft d'autant plus confidérable
, qu'elle monteroit fouvent auffi
haut , que la forme que produiroit ce
qu'on veut vendre ; lors que les chofes
dont on veut fe défaire , font de peu
deconféquence, & qui font en bien plus
grand nombre que les autres. De plus ,
il y a quantité de chofes pour lesquelles
on ne s'eft point encore fervi d'affiches,
afin d'en informer le Public .
La voye qu'on propofe eft bien plus
facile > car , outre que les affiches no
226 LE MERCURE
font vûës que de ceux qui marchene
dans les rues , & dont la plûpart ſe font
même une espéce de honte de les regarder
& de les lire ; c'eft qu'elles font
en une telle confufion , par le grand
nombre de nouvelles qu'on en trouve
tous les jours , qu'on ne daigneroit y
chercher celles dont on a befoin ; enforte
qu'on ne remarque guéres que
les plus apparentes. Ainfi , chaque particulier,
qui a quelque avis à donner au
public , a donc beaucoup d'interêt de
le faire par le moyen de ce petit Livre;
& l'on peut affûrer que ceux qui s'y
feront mettre , auront un grand avantage
fur ceux qui voudroient épargner
fe peu qu'il en coûte. Car , il eft certain
qu'une maison, par exemple, que par ce
Livrer , on verra être à louer , le fera
beaucoup plûtôt que celle dont on n'eſt
averti que par un écriteau attaché à la
porte. Ceux qui auront quelques mar→
chandifes ou modes nouvelles , quelque
invention ou autre chofe qui foit
d'ufage dans les Provinces , auront encore
un interêt trés confiderable à en
donner avis , par ce petit Livre qui ne
manquera pas d'y être envoyé.
.
DEDECEMBRE.. 227
LISTE
Des principalles chofes pour lesquelles
on peut s'adreffer, & defquelles on
peut faire rencontre aisément au Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre
, & quiferont mifes fur le Regiftre
, & imprimées dans les petits
Livres d'Avis.
1. Eux qui voudront vendre des
Terres ou des Maifons à la
Campagne, envoyeront au Bureau , des
mémoires qui marquent en quoi elles
confiftent , & qui en faffent connoître
le prix.
II. Ceux qui auront des Maifons à
vendre à Paris , marqueront le prix &
ce qu'elles contiennent , dans les mémoires
qu'ils envoyeront au Bureau .
III. Ceux qui auront des places
à vendre pour bâtir , doivent marquer
dans leurs mémoires , le nombre des
toifes , le quartier où la place eft fituée
& le prix .
I V. Ceux qui auront des Charges
à vendre , doivent en marquer le prix
dans les mémoires qu'ils envoyeront
128 LE MERCURE
avec les gages & les émolumens qu'ils
en retirent.
V. Ceux qui auront des Rentes à
vendre , marqueront dans leurs mémoires
en quoi elles confiftent."
VI. Ceux qui auront des Biens, dont
la vente fera pourfuivie en Juſtice ,
pouront envoyer leurs mémoires.
VII. Ceux qui auront des Inventaires
à faire , pouront , quelque tems
avant de les ouvrir , envoyer des mémoires
de ce qui s'y doit vendre de plus
remarquable.
VIII. Ceux qui voudront vendre
des Bibliotheques , des Cabinets de
Livres ou des fonds de Librairie , dotvent
faire fçavoir le nombre des vo-
Humes, & fi ce font des Livres de Theo
logie , de Philofophie , de Mathe na
tiques , de Médecine , de Droit , d’Hiftoires
ou de figures , & dans quel lieu
on les peut aller voir ou achetter.
IX. Les Libraires pouront envoyer
des mémoires de leurs Livres nouveaux
, & le prix qu'ils les vendent ,
afin que le Public en föit inftruit On
n'entrera dans aucun détail de ce que
contiennent ces Livres ; mais , l'on fe
contentera de marquer le titre du Li-
C
DE DECEMBRE. 229
vre , le prix & le nom du Libraire .
X. Les Curieux ou autres , qui voudront
le défaire de leurs tableaux
n'auront qu'à en marquer la grandeur ,
ce qu'ils reprefentent , le nom des
Peintres qui les ont faits , & ce qu'ils
les eftiment.
XI. Ceux qui voudront vendre tout
ce qui s'appelle meubles , bijoux , habits
, caroffes , chevaux &c. n'auront
qu'à envoyer des mémoires inftructifs
de toutes ces choſes .
XII. Ceux qui voudront faire pêcher
leurs êtangs , & en vendre le
poiffon , doivent envoyer des mémojres
du lieu & du tems.
XIII. Les Particuliers qui auront
du vin à vendre en gros ou en détail ,
n'auront qu'à faire fçavoir de quel
crû , & de quel prix il eſt .
XIV. Les Jardiniers qui auront des
fruits , fleurs & legumes prématurées
à vendre , n'auront qu'à en envoyer
des mémoires .
XV. Ceux qui voudront achetter
quelques -unes des chofes marquées
dans les articles ci - deffus n'auront
qu'à s'adreffer au Bureau pour en informer
le Public.
›
230 LE MERCURE
XVI. Ceux qui auront des Maifons
ou des appartemens confidérables
à louer , en envoyeront des mémoires
: On en parlera plus amplement
que les écriteaux qui n'en font point
de defcriptions ; on dira en quel quartier
elles fons fituées , ce qu'elles ont
de beau & de commode , & leur prix.
XVII. Ceux qui voudront prendre
des Maifons à loyer, envoyeront auffi
leurs mémoires .
XVIII. Ceux qui auront des Jardins
à louer dans les fauxbourgs de
Paris , ou dans les Villages des envi-
Tons , pouront en faire fçavoir le prix ,
& en quoi ils confiftent; afin qu'on épargne
par là au Public , la peine de faire
plufieurs voyages pour en chercher.
XIX. Ceux qui voudront prendre
des Jardins à loyer , feront la même
choſe.
XX. Ceux qui voudront faire des
échanges de terres , de rentes , & généralement
de tout ce qui fe peut échanger
, marqueront dans leurs mémoires
ce qu'ils veulent donner , &
ce qu'ils veulent avoir.
XXI. Ceux qui auront des Biens
à donner à ferme , envoyeront des
DE DECEMBRE.
231
mémoires bien circonftanciés , & on
les rendra publics .
XXI . Ceux qui voudront prendre des
biens à ferme , feront la même chofe.
XXII . Ceux qui auront des machines
& des découvertes nouvelles ,
utiles au Public , n'auront qu'à le faire
fçavoir au Bureau.
XXIII . Ceux qui chercheront des
gens pour s'affocier avec eux , foit
dans l'exercice de quelque art , foit
pour trafiquer , n'auront qu'à le faire
fçavoir.
XXIV . Les Pinces Etrangers , les
Ambaffadeurs , & les autres Etrangers
de qualité qui arriveront à Paris , pourront
s'adreffer au Bureau , s'ils veulent
que leur train foit fait en peu de
tems. On les fervira , non feulement
en cela , mais encore, en ce qui regarde
beaucoup de chofes dont ils рец-
vent avoir beſoin .
XXV. Tous les Etrangers qui vien
dront à Paris , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau ; on leur dira comment
ils pourront voir ce qu'il y a de curieux
, à qui ils doivent s'adreffer ; &
s'ils veulent, on leur donnera des gens
pour les conduire par tour . On leur
232 LE MERCURE
enfeignera auffi ce qui leur poura
être néceffaire pendant le tems de
leur fejour.
dans
XXVI. Les Maîtres , qui prennent des
Penfionnaires pour étudier ,
étudier , n'auront
qu'à envoyer leurs Mémoires ,
lefquels ils auront foin de marquer
le lieu où ils demeurent , le prix qu'ils
prennent , & le nombre des Penfionnaires
qu'ils ont. Ils doivent même faire
fçavoir , s'ils font d'Eglife , ou mariez
; s'ils ont des Jardins , & s'ils
font logez en bel air .
XXVII. Ceux qui voudront fe mettre
en penfion , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau , on leur rendra fervice.
XXVIII. Les perfonnes publiques qui
fe trouveront chargées de beaucoup
d'affaires , pouront envoyer le lieu
de leur demeure , lors qu'elle "aura
changé ; on en avertira le public , &
fur tout, les gens de Province à qui on
croira faire un grand plaifir . Plufieurs
n'ayant point d'habitude à Patis , font
fouvent embaraffez , au retour de leur
pays, à chercher ceux qui ont eu autrefois
leurs affaires entre les mains ,
ne pouvant les trouver , parce qu'ils
ont changé de demeure,
CeuxDE
DECEMBRE. 233
XXIX. Cenx qui feront intereffez
dans les manufactures , pouront avertir
des chofes à quoi on travaille dans
ces lieux. Beaucoup de gens paffent
fouvent par des Villes , où il y en a
d'établies,fans rien achetter , faute de
fçavoir qu'il y en ait .
XXX . Les Curieux qui voudront
indiquer leurs demeures , & recevoir
ceux qu'on leur envoyera , pour voir
leurs Cabinets , pouront par ce moyen,
faire leurs affaires , foit en vendant ,
foit en troquant.
XXXI. Les Intereffez dans les Vaiffeaux
qui arriveront dans les Ports de
France , n'auront qu'à envoyer le dénombrement
des marchandifes qui feront
dans lefdits Vaiffeaux , & on en
avertira le Public .
XXXII Les Marchands forains
pourront
, avant l'ouverture des Foires , envoyer
des mémoires de tout ce qu'ils
auront fait faire de nouveau , pour y
étre vendu .
XXXIII. Les Peintres fameux , dont
le public fouhaite de voir les Ouvra
ges , & fur tout les Etrangers , envoyeront
leur demeure , & des mémoires
de tout ce qu'ils auront de plus confi
234
LE MERCURE
•
derable , ou qu'ils confervent chez
eux , ou qu'ils ont fait chez des , perfonnes
qui voudront bien les faire voir
aux Etrangers de qualité ; le tout , pour
la gloire de la France , & pour leur
utilité particuliere.
XXXIV . Les Marchands & Artifans
confiderables , qui auront changé de
demeure , , pouront en ' donner avis au
Bureau , qui en informera le Public.
XXXV.Ceux qui établiront des commoditez
pour voyager , doivent en envoyer
des mémoires .
XXXVI . Les Huiffiers qui partiront
pour quelque Province, pouront le faire
fçavoir , par ce moyen ils feront
chargez des affaires de ceux qui en
ent dans les mêmes lieux ou fur la
route ; & il en coûtera bien moins aux
particuliers , qui font fouvent obligez
d'envoyer des Haffiers , & de payer
feuls , tous les frais de leurs voyages.
XXXVII . Ceux qui auront des affaires
en Province , pouront auffi en
donner avis , & en envoyer des mémoires
au Bureau.
XXXVIII. Ceux qui auront fait
quelques pertes , de quelque nature
qu'elles foient , doivent bien marquer
DE DECEMBRE
235
dans les mémoires qu'ils envoyeront
au Bureau , tout ce qu'ils auront perdu
, & ce qu'ils voudront donner à
ceux qui l'auront trouvé .
XXXIX. Ceux qui auront trouvé
quelque chofe , en donneront avis au
Bureau ..
XL. Comme il fe fait de tems en
rems des plaidoyers fameux , que pluhieurs
perfonnes fouhaitent d'entendre,
foit à caufe des matiéres curieufes que
l'on y doit traitter , & dont on eft bien
aife de s'inftruire , foit à caufe du merite
des Avocats ; on croit obliger le
'public, en avertiffant des jours que l'on
doit plaider des caufes fi célébres . Ainfi
, les Parties pour lefquelles ces caufes
fe plaident , ou Meffieurs les Avocats
n'auront qu'à en envoyer des avis .
XLI. Lorfque des Prédicateurs fameux
prêcheront dans quelque Eglife ,
en en pourra auffi donner avis.
XLII. Ceux qui voudront faire des
Leçons ou des Conferences publiques ,
n'auront qu'à envoyer lears avis au
Bureau .
XLIII. Tous ceux enfin , qui voudront
avertir le public de quelque chofe qui
foit de nature à être affiché , ou qui
Vij
236
LE MERCURE
a coûtume de l'être , n'auront qu'a
donner leurs mémoires bien circonf.
tanciés au Bureau , avec pouvoir de les
faire imprimer on ne manquera pas
de les fatisfaire .
ce
Enfin , on peut s'adreffer en ee Bu
reau univerfel , pour tout ce qui peut
entier dans le commerce licite & permis
, qui compofe la focieté civile .
PREMIERE LISTE
Des Avis qui font venus au BUREAU
général d' Adreffe & de Rencontre, ruë-
S., Sauveur , qui donne d'un bout , dars
la rue Montorgueil; de l'autre , dans
la rue S. Denis..
DEUX NAVIRES A VENDRE .
L'un eft de so à 52 piéces de Canony
& l'autre, de 40 à 44 piéces , du port
de 400 à 450 Tonneaux chacun.
On verra au Bureau , l'Etat de leurs
Inventaires & autres Inftructions , pour
y recevoir les offres ..
UNE MAGNIFIQUE TENTURE DE
TAPISSERIE à Vendre .
C'eft un Ouvrage des plus riches
& des plus finis : Elle eft digne de
DE DECEMBRE.. 237
Fattention des curieux : Elle paffe.
30000 , cy
Elle eft au Bureau. grean .
30000
liv.
UNE BAGUE d'un Diamant de dix
huit grains , fort
Elle eft au Bureau.
• 5000
liv.
PLUS . 2. Pendeloques de Diamants
Ils péfent enfemble vingt-deux grains .
Au Bureau.
4500
liv.
UNE VERDURE , TAPISSERIE DE
FLANDRE.
Elle a deux afines & demie de haut ,
fur environ dix- huit aûnes de cours.
Au Bureau.
UN TABLEAU du Rimbran .. 150 liv.
1
On le voit an Bureau.
N° 2. UN TABLEAU de Louis XIV..
Dans fon cadre de bois doré.
L'adreffe eft au Burear.
་
N° 3. UN TABLEAU de Mgr le Grand
Dauphin , Fils de Louis XIV. 33 1
Au Bureau.
N 4 UN TABLEAU de Mgr le Dau
phin , Petit - Fils de Louis XIV : 33 10
Au Bureau.
NS UN TABLEAU repréſentant une
Danaë , dit original
Au Bureau.
60 liv.
Vrij
238
LE MERCURE
Nº 6. DEUX BRAS à bougie , à plaques
de glace de Venife .
An Bureau .
35 liv.
N° 7. DEUX FAUTEUILS à bras , garnis
de crin-
Ils font couverts de morceaux de
rapport , & en partie de velours cramoifi
•
401
.
L'adreffe eft au Bureau.
No S.UNE GARNITURE de fept piéces
de Fayance
Au Bureau.
14 l.
N° 9 UN CABINET,façon de la Chine.
11 eft avec une table à tiroirs , &
deux guéridons affortiffans , 401. ·
Au Bureau.
N 10. N. DEMANDB à emprunter
14000 1. partie Billers de l'Etat .
C'est un Particulier & la Dame fon
époufe , qui déclarent pour 42000 1. de
principal dans Paris , francs & quittes;
à l'exception de 150-1.de rente rachetable
, à laquelle la femme n'eft pas
obligée Les éclairciffements de leurs
biens font contenus fous les Articles ,
depuis No 10 , jufques & compris le
N 18 inclufivement. On en donnera
communication feulement à ceux à
qui la propofition conviendra .
No 19. UN TABLEAU fur toille de 40 f
DE DECEMBRE. 239
Il repréfente un Paifan jouant de
la mufette , copie d'aprés Vandeck,
Au Bureau .
30 1.
N 20 UN TABLEAU fur toille de 10 f
11 repréfente un S. Jerôme , d'aprés
Blanchard
Au Bureau.
20 1.
No 21 UN TABLEAU repréfentant les
Enfans de Jacob vendant leur frere
Jofeph ,
Au Bureau.
Nº. 22. AFFAIRE particulière .
N' 23. AFFAIRE particuliere.
No 24. UN MEUBLE à vendre.
30
l..
C'est un Lit à la Ducheffe de Damas
verd , & reparty de plufieurs étoffes
d'habits à fleurs d'or : Il y a un bordé
d'or fin , qui à la verité eft terny.
L'adreffe eft au Bureau.
No 25. PLus un Bois pour ledit lit,
une Paillaffe , deux Matelas , un
Lit de Plume , deux Couvertures
No 26. Affaire finie.
No 27 Affaire auffi finie.
N° 28. Affaire finie.
300 liv,
N 29. UNSOPHA de Bois à la
Capucine,
240 LEMERCURE
Heft garny de crin & couvert par Bandes
de Tapiflerie , & de Damas à
feurs d'Or.
L'adreffe eft au Bureau.
า
60 liv
N° 30 35. & 32. SIX CHAISES
afforties aux fufdit Soffa.
L'adreffe eft au Bureau .
>
N 33 DEUX TABOURETS de
Bois à la Capucine , affortiffans auf
dites Chaifes
An Bureau.
15. liv.
N34. UN PETIT Bureau à pied de
Biche.
Il eft façon d'Ebeine, couvert de maroquin.
Au Bureau.
1101
No 35 Jufqu'au No 47. Affaires finies .
N° 48. UN PARAVANT à fept.
feuilles.
Il est de bon Drap verd
L'adreffe eft au Bureau.
40 liv.
N 49. UN BON CLAVECIN ordinaire:
à deux Claviers & trois Jeux rgo l ..
Au Burean.
No.
50. N. DEMAND E´un Chien
Brac.
L'adreffe eft au Bureau.
No 51. N DEMANDE deux Lits
Jumeaux de rencontre,qui foient de
Damass
DE DECEMBRE. 241
Damas garnis de leur couche.
L'adreffe eft au Bureau.
No 52. N. DEMANDE une Roquelaure
Ecarlate , qui foit à Boutons d'or &
de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau.
No 53 N. DEMANDE à vendre ou
à troquer un Contrat fur une Communauté.
Il est au principal de
L'adreffe eft au Bureau .
20000 1 .
No 54. DEMANDE particuliere.
L'adreffe eft au Bureau .
No ss. N. DEMANDE une Chaiſe
roulante de rencontre
piftoles.
>
L'adreffe eft an Bureau .
d'environ 35
N°. 55. UN TABLEAU repréfentant
un Saint Pierre dans le défert. 20 liv.
Au Bureau.
DEPUIS le N°. 57. jufques & compris
le N° 1 16, le Registre du Bureau n'eſt
chargé que de belles Porcelaines du
Japon , de rencontre , & à trés jufte
prix.
L'on en voit des efchantillons an
Bureau.
N° 117. UNE GARNITURE de bontons
de rencontre .
Décembre 1717. X
242 LE MERCURE
Ils font de pur trait d'argent. II liv.
Au Bureau.
N° 1 IS. UNE BELLE ECHARPE d'hermine
noire 200 liv.
Au Bureau.
LA MESME PERSONNE demande à achetter
un Lit à la Ducheffe , de Damas
cramoifi ; les Tapifleries les
Chaifes & le Sopha affortiſſans.
L'adreffe eft au Bureau.
,
N° 1 19. N. DEMANDE encore un
Meuble de Damas cramoifi.
L'adreffe eft au Bureau .
NI 20. CHAMBRE GARNIE AVEC
UN CABINET A LOVER .
Elle confifte en une Tapifferie à
Oyfeaux , un grand Lit à Houffe verte ,
& un petit Lit dans le Cabinet, avec un
grand Miroir ; & l'on y fournira le
linge de Table ; le tout pour 20 liv,
par mois , cy
20 liv.
L'adreffe eft vis- à - vis les Peres de
l'Oratoire , à l'Image Saint Sulpice.
N° 121 DEMANDE fecrette :Elle peut
convenir à beaucoup de gens , qui ont
de l'argent qu'ils veulent placer fûrement
& fans ufure ; les éclairciffemens
s'en pouront communiquer à
gens propres pour l'exécution.
DE DECEMBRE. 243
L'adreffe eft au Bureau .
N. 122. N. Demande un caroffe
coupé de rencontre .
L'adreffe eft au Bureau.
N. 123. N. Demande une tapifferie
, verdure de Flandre , de fept à
850. livres ; & pour n'avoir point
la peine d'aller de Tapifliers en Tapiffiers
, on prie ceux qui en auront de
cette qualité & de ce prix , de la venir
annoncer au Bureau . On la payera
Comptant.
No. 124. N. Demande à emprunter à
conftitution de rente,neufà 10000. liv.
L'on hypothequera pour dix-huit à
20000. livres de contrats de rente à Paris,
que l'on déclarera francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau .
N. 125. Un Habillement d'homme
complet,neuf & de rencontre , à vendre .
Il eft de drap noir , la culote doublée
de peau;il est pour moyenne taille .
40. liv.
Au Bureau.
No. 125. N. Demande à emprunter
fur des délégations de loyers qui feront
acceptés .
L'on veut fept à 800. livres , qui fe
Xij
244
LE MERCURE
ront remboursées par cinquième , de
quartier en quartier.
L'adreffe eft au Bureau.
N ... 127. N. Demande à acheter une
Terre confidérable , dans l'acquifition
de laquelle , on voudroit paffer des billets
de l'Etat . On voit là fuite de la
propofition au Bureau.
Propofition fecrétté , pour emprunter
cent mille livres.
L'on donnera des fûretés pour plus de
trois cent mille livres, qui ne feront pas
rejettées.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 128. N. Demande à emprunter
soo. livres pour neufmois.
. On donnera de bonnes fûretés.
N. Demande une verdure d'Hollande
, & unlit de Damas uni.
C'eft la même perfonne que deffus :
L'adreffe eft au Bureau .
No. 129. Un juppon , & la tapiſſerie
d'un fauteuil à vendre .
Le juppon eft de damas verd , beau ,
comme neuf, & les morceaux de tapiflerie
pour le fauteuil , n'ont point en
core êté montés , 39 liv.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 130. N. Affaire particuliere .
DE
245 DECEMBRE.
No 131. Affaire finie .
No 132.Un Trumeau ,pour cheminée
d'une glace à vendre ,
An Bureau.
70. liv.
No 133. N. Demande à acheter une
Berline , ou un Caroffe coupé.
L'adreffe eft au Bureau.
N' . 134. N. Demande à acheter une
maifon dans Paris .
On fouhaiteroit qu'elle fût à porte
cochere,avec jardin en grand air ; comme
vers l'Eſtrapade : L'on y mettra vingt
à 22000. livres ; & on payera d'abord
moitié en efpeces .
L'adreße eft au Bureau .
No. 135. Une Montre Angloife à
vendre .
La même perfonne demande 12. chemifes
à dentelles ; il y mettra quatre
à 5oo. livres .
No. 136. L'on demande 3000. livres
à conftitution de rente.
L'on déclare pour 30000. livres de
fonds à Paris, francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 137. Diverfes rentes & rembourfemens,
à vendre ou à emprunter deffus ,
avec garantie .
Le tout eft fur dés perfonnes qui font
•
X iij
2~46 LE MERCURE
bonnes , ainfi que les éclairciffemens,
que le propofant en a donné au Bureau ,
le feront connoître .
N° 138. N. Demande une place de
Jardinier.
C'est un homme de 40. ans , marié,
& fans enfans , qui dit fçavoir le jardinage
en perfection : Il entend la culture
des arbres fruitiers des orangers ; il tra
vaille aux fontaines ; il fera connoître
les lieux où il a été.
L'adresse eft au Bureau.
No. 139. N. Demande une place
de Concierge.
C'eſt une femme veuve ,fans enfans;
elle eft propre a être concierge , jardi-
Diere & gouvernante d'enfans.
No. 140. Finie.
No. 141. Plufieurs Commodes , &
Equipages de toillete,à vendre en gros .
Une commode d'écaille de marqueserie
,
On lafera
voir
au Bureau
.
145.
liv.
No. 142. Une autre de bois d'olivier,
48. liv.
L'adresse eft au Bureau.
lée ,
Nº. 143. Une de paliffandre anne-
46.
liv.
DE DECEMBRE. 247
L'adresse eft au Bureau.
No. 144. Une de bois d'olivier , 30. I.
L'adresse eft au Bureau.
No. 145. jufqu'au no. 148. finies .
N. 149. Une de bois de fil d'olivier,
Ladresse eft au Bureau..
30 liv.
No. 1 5o. Un équipage de toilette
ferrée ,
L'adresse eft au Bureau .
No. 151. Une autre de
L'adresse eft an Bureau .
20. liv.
14. liv.
No. 152. Une de bois d'Olivier. 18. 1 .
On poura vendre lefdites Commomodes
en gros , ou on les troquera con .
tre d'autres effets.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 153. Finic .
No. 154. Quarante-fix aûnes & demie
d'or faux , fur foye fine , de rencontre
.
Il eft large de trois travers de doigt ,
& uni ; le tout péfe 7. marcs 4. onces.
L'once eft à vingt fols .
No. 155. Vingt-deux onces de bord,
de même qualité , & au même prix.
On les fera voir au Bureau.
No. 156. Rente à vendre , ou à y faire
emprunt.
X iiij
248 LE MERCURE
C'est uncontrat au principal de 3000.
livres,fur l'Hôtel de Ville , que l'on veut
vendre , ou emprunter deffus 1000. 1 .
Le mari & la femme s'obligeront .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 157. Augmentations de gages
montants à 1500. livres , à vendre , ou
à emprunter deffus 400. livres.
No. 158. N. Demande à emprunter
6000. livres.
A rendre dans fix mois ; & l'on hypothequera
pour 1 8000. livres de contrats
,fur la Province de Languedoc.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 159. Finie.
No. 160. Un contrat de 1800. livres de
principal , à vendre fur une maiſon.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 161. Affaire particuliere.
No. 162. Finie.
No. 162. N. Demande place de Précepteur.
Le fujet offre d'être éprouvé un mois.
No. 164. Une Maiſon à donner à bail
ou à vendre à Fontainebleau.
Les inftructions font au Bureau.
No. 165. Finie.
N. 165 Avis , pour toifer exactement
les Terres.
DE DECEMBRE. 249
L'Auteur a apporté au Bureau un mémoire
inftructif, touchant la maniere de
tirer les plans des terres , &de renouveller
les terriers : Ceux qui en auront
befoin , s'adrefferont au Bureau , où on
leur donnera communication dudit
mémoire, avec la demeure de l'Auteur.
No167.Six bordures fculptées, non dorées
, avec leurs chapiteaux à vendre.
Mefure des bordures par le dedans.
Une de 39. pouces fur 29. po.
Une de 40 pouces fur 29. po .
Une de 42. pouces fur 31. po.
Une de 36. pouces fur 26. po .
Une de 34. pouces fur 26. po .
Une de 45 pouces fur 33.
Cette dernière eft fans chapiteau.
Les autres font particulierement
propres pour des miroirs.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 168. Affaire particuliere.
No. 159. Un Habit complet pour
femme ; il eft bordé d'or & de foye torfe
, non monté , & de rencontre , le tout
y eft diftribué avec un goût admirable.
sso. liv.
On lefera voir au Bureau.
No. 170. Une garniture brodée de
mouffeline non montée , à vendre.
250
LE MERCURE
Elle contient onze pieces , y compris
les engageantes , & le tour de gorge :
Cette broderie eft des plus parfaites.
On la voit au Bureau.
so. liv.
N. 171. Un Phaeton à cerceau , ou
chaife roulante de rencontre , à vendre.
Elle eft garnie de drap écarlate ,
effyeux de fer . 400.
liv, N». 172.
jufqu'au
110. 174„finies
.
N.
175. N. Demande
à vendre
un
contrat
fur la Ville
.
Il est au principal de 1500. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 176. Finie.
No. 177 N. Demande à vendre un
contrat fur la Ville .
Il eſt au principal de 5000. livres.
Liadreffe eft au Bureau.
No. 178. Finie .
No. 179. Finie.
No. 180. N. Demande d'être Précepteur
, ou un autre emploi ; il fera
connoître qui il eft .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 181. N. Affaire particuliere.
No. 182. N. Demande plufieurs meubles
& hardes à acheter.
Sçavoir une tapifferie de 6000. liv.
DE DECEMBRE .
25x
Une montre , d'or de 600. liv.
Un lit de damas cramoifi , ou d'une
autre couleur , & une juppe de velours .
L'adreffe eft au Bureau .
No. 183. N. Demande à emprunter
4000. livres par obligation , un tiers en
argent , & deux tiers en billets d'Etat .
Il a de bons hypotheques à Paris .
L'adreffe eft au Bureau.
{ No. 184. Contrat fur la Ville à vendre
.
Il est au principal des5oo. livres .
No. 185. N. Demande un emploi.
Cette perfonne a eu plufieurs emplois
, dans les Aides , Domaines , &
dans les vivres. Il eft encore propre
pour les affaires du Commerce , foit
de Mer ou autre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 186. N. Demande à acheter une
trouffe de rencontre.
On y mettra jufqu'à dix pistolles.
No. 187.. Affaire particuliere.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 188. Un lit de damas' cramoifi
de rencontre , à vendre .
La houffe eft d'une belle ferge d'aumal.
Au Bureau .
252 LE MERCURE
No. 189. Finie.
No. 190. Finie ..
No. 191. Un Lit brodé en or & en argent
, avec des tapifferies y affortif
fantes.
Au Bureau.
No. 192. Un tableau à vendre .
On le dit un Paul Brille , peint fur
bois,dans fa bordure dorée , d'environ
trois pieds , fur deux pieds & demi de
haut :Il reprefente un Port .
Au Bureau.
No. 193. Un homme qui a été marchand
, demande de l'emploi , ou à folliciter
des payemens en ville.
Quelques Marchands l'en ont déja
chargé.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 193. Une Montre d'or d'Angleterre
, à double boëte , à vendre ; pour
1000. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 195. On demande à acheter des
perles fines , & toutes fortes de diamans
de prix , de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 196. Un contrat fur la Ville , au
principal de 8000. livres, à vendre , ou
à échanger contre des billets de l'Etat ,
ou autres effets.
L'adreffe
DE DECEMBRE.
253
L'adreffe eft au bureau.
No 197. Un Habit d'homme , velours
cra moifi , richement brodé d'or & non
monté , à vendre , pour
Au bureau.
soo liv
No 198. Une Vefte de taffetas vert , brodée
d'or , doublée de taffetas vert, pour
Au bureau.
100 livres.
No. 199. Une Paire de paremens de
drap écarlate,brodés d'or,comme neufs ,
pour
Au bureau.
90. liv.
No 200. Une riche Houffe brodée
d'or, avec les cuftodes , pour 500. liv.
Au bureau.
Nd. 201. N. Demande à acheter une
Maifon à Paris , ou une Terre d'environ
40000 liv. partie en billets de l'Etat.
Ou bien à placer fûrement le fonds
de pareille fomme.
L'adreffe eft au bureau.
No. 202. On demande un Lit de damas
de Camp.
Il n'importe de quelle couleur.
L'adreffe eft au bureau .
No. 203. Finie .
No 204 Une Maison à vendre à Paris
, ou à emprunter deffus , en atten
dant la vente. Y
1234 LE MERCURE
L'adreße eft au bureau.
No. 205. Cheval Anglois à vendre.
Il eft fous poil gris de fouris, âgé de
huit à neuf ans .
L'adreffe eft au bureau .
No. 206. Maifon à Arcücil prés Pa
is, à vendre.
Elle eft bâtie depuis 10. à 12. ans ; le
prix eft de 3500. livres .
1
Le memoire eft au bureau.
No. 207. Finie .
No 208. Un Tablier à raifeaux d'or,
pour
Au bureau.
No. 209. Finie.
30.
liv
.
No. 210. On demande une maiſon de
canipagne à acheter , du prix de fept à
8000. livres .
L'adresse eft an bureau.
No. 211. On demande une tableà
jouer, garnie de velours , à acheter.
L'adresse eft au bureau.
No. 212. Ondemande à placer environ
50000 livres efpéces , fur des nantiffements
en billets d'Etat , ou autres
effets mobiliaires , dont il fera paffé
acte pardevant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No. 213. Un beau Tableau original, reDE
DECEMBRE . 255
préfentant une fileuſe ; à vendre.
Il est d'un des bons maîtres du fiécle,
pour
Au bureau.
400.
1.
N. 214. On demande à acheter une
Terre, la plus proche deParis que faire
fe pourra , depuis 40000. écus juſqu'à
200000. livres .
Que ladite Terre foit en Château ,
Prés , Bois , &c.
L'adreffe eft au bureau.
No. 215 On demande à emprunter
vingt à 30000. livres d'efpèces .
On hypothequera un bâtiment neuf
à Paris.
L'adreffe eft au bureau .
No 216. On demande une tapifferie,
verdure, d'environ dix aûnes .
L'adresse eft au bureau.
No. 217. On demande une maifon
à louer.
Qu'elle foit fituée depuis le coin
de la rue Saint Sauveur , jufqu'au Palais
Royal , ou dans les rues qui y aboutiffent.
N.218 . Avis , pour mettre des Enfans
en penfion , depuis l'âge d'environ
deux ans .
Pour douze à quinze livres par mois.
Yij
256
LEMERCURE
L'adresse eft au bureau.
No. 219. Affaire particuliere.
No 2 20. Un Habit de la Vannerie du
Louvre , à vendre chez un Tailleur.
L'adresse eft au bureau .
-Changement de demeure.
No. 2 2 1. Monfieur Porus Mc Boutonnier
, qui demeuroit ci - devant ruë
Saint Sauveur , donne avis qu'il de
meure préfentement rue Saint Denis ,
devant la Huche verte , aux vieilles
étuves .
No. 222. Finie.
N. 223. On demande une maifon à
loüer .
Qu'elle foit à porte cochere ou boutique
, fans corps de logis derriere , an
quartier S. Honoré , ou au Faubourg
Saint Germain ; du prix de mille , douze
à quinze cent livres.
L'adreffe eft aus Bureau.
No.2 24. Un Meuble précieux à vendre
.
Il est compofé de fix fauteuils , un
canapé , un écran , deux placets travaillés
en petits points de foye , figures reprefentans
des hiftoires & payfages ; le
tout d'une beauté parfaite , le prix eft
DE DECEMBRE. 257
•
de 2000. livres efpéces & 2000. en
billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
No. 225. Finie .
No. 226. On demande à placer pour
1 2 30. livres de billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
N 227. UN PETIT COFFRET de bois ,
garni de chaton & de filagrame d'argent
, à vendre pour
Au Bureau.
* 25 liv.
No. 228 UN LIT de Tapiflerie à
vendre.
"
Le dedans eft de Taffetas aurore ,
garni de trois pointes , & trois foubaffemens
de Tapifferie par bandes , de
moire aurore ; les deux bonnes - graces
de Tapifferies en plein & les
quatre rideaux doublés en plein de
taffetas aurore , le grand Doffier &
l'Impérial doublé de toile > pour
450 liv.
Un habit d'Eté avec fa vefte , galoné
d'argent fur les manches & les poches
en plein , pardevant & par derriere
, pour 60 liv..
Au Bureau.
No 229. UN PARTICULIER , à quil
il est dû deux années de rentes de sol
Yiij
258
LE MERCURE
par chacun an , payables à Paris , vou
droit les tranfporter avec garantie ,
de même qu'une Promeffe de 312 liv.
10 fols.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 230. Vafes précieux & des Tableaux
originaux à vendre .
L'adreffe eft au Bureau .
No 231. On demande à emprunter
16 à 17000 liv. d'efpéces , fous le
cautionnement d'une perfonne de
Paris connue , & qui pofféde environ
12 à 1 500000 livres de biens en
fonds , confiftants en Maiſons dans .
Paris & en Terres..
L'adreffe eft au bureau ..
No 232. Un Garçon demande à emprunter
20000 1. en espéces, & 10000
1. en billets de l'Etat..
C'est pour 4 ans ; l'on affectera &
hipotequera pour plus d'un million de
biens à Paris .
L'adresse eft au bureau.
No 233 Plufieurs pièces de Dentelles
de Maline à vendre.
" Elles montent à 104 IL. 1 f 6 d. fui
vant la notte inferée au Regiftre du
Bureau qui les fera voir;
No 234 On demande une vefte
DE DECEMBRE.
259
d'Etoffe d'or pour l'efté.
L'adresse eft au bureau .
No 235. On demande à emprunter
1000 1. espéces
L'on hipotequera une maiſon ſciſe
à une demie lieue de Paris , que l'on
déclarera franche & quitte; elle produit
400 l de rentes par an , & indépendamment,
il donnera caution qui certi-.
fiéra que ladite maifon eft franche &
quitte .
L'adresse eft au bureau.
No 235. finie .
No 237. finie.
No 238. L'on demande à placer en
viron 6000 liv. partie en billets d'Etat.-
L'adreffe eft au Bureau .
*
No 239. Demande particuliere : On
en trouvera au Bureau les éclairciffe :
mens néceffaires.
N 240. Cinquante mil livres d'ar .
gent à placer , en donnant de bonnes
feuretés .
L'adresse eft au Bureau.
No 241. finie.
• No 24 Un Particulier demande
à emprunter 4000 liv. à conftitution
de, rente .
C'eft pour les employer ; fçavoir
160 LE MERCURE
2000 liv. au Bailleur de fonds de la
Maifon acquife par ledit particulier ,
& les autres 2000l . pour parachéver de
payer les Ouvriers qui ont travaillé
aux Ouvrages & réparations qui y êtoient
à faire.
L'adresse eft au bureau.
No 243. On demande à acheter une
veille Tapiflerie d'Aubuffon ou d'Auvergne,
de 13 à 14 aûnes de cours ,
fur deux un quart de haut au moins.
On y mettra jufqu'à 250 liv.
L'adresse eft au bureau.
No 244 Dentelles en gros à ven- .
dre. Il y en a environ II aûnes.
274 liv. 13 f. 8 d.
L'adresse eft au bureau.
pour
No 245. Um Habit complet pour
femme à vendre.
Il eft de Damas brodé d'or & fove ,
manteau & juppe de huit lais , non
monté pour
me.
Au bureau:
No 245. Un autre habit
650 liv.
pour fem-
Il eft de Damas brodé , argent &
foye ,la juppe ayant huit lais non mon
té
pour
Au bureau..
350 liv.
DE DECEMBRE. 261
No 247. finie .
No 248.Une Garnitured'Angleterre,
à raiſeau , à 2 piéces fans fond , à vendre
pour
Au bureau.
100 liv.
No 249. Tableaux à vendre .
Sçavoir une Marine fur toille . 35 1.
Une autre grande Marine . 35 liv.
Une Simphonie ou Mufique. 15 liv
Un Hyver.
Une Réveufe
Un Païfage.
Autre Païfage,
30 liv
20 liv
20 liv
20 liv.
liv.
Un Tableau Flamand pour 25
On les fera voir au Bureau.
N 250 Affaire particuliere .
N° 251. Affaire particuliere.
No 252 Un Particulier demande à
emprunter 500 1 efpéces pour 6 mois .
I nantira d'une ordonnance fur le
le Tréfor Royal de 14000 1 . pour la
liquidation d'un office de Sécretaire
du Roy , & il en fera paffé un acte
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
par
No 253 On demande à emprunter
à conftitution de rente, 4000 1. efpeces
C'est pour employer au parfait payement
d'une Terre de 180000 1. Ainfi,
il y a emploi & un privilege certain .
$262 LE MERCURE
L'adresse eft au bureau.
No 254 On demande un meuble à
acheter.
Qu'il foit complet , il n'importe de
quelle couleur ; mais qu'il foit propre
, avec une batterie de cuisine .
On y mettra environ.
L'adresse eft au bureau.
6000 1.
No ass. Affaire particuliere..
No. 256. On demande à emprunter
200 livres pour un an..
On hypothequera un contrat de
4400. livres fur l'Hôtel de Ville de
Paris,que l'on déclarera franc & quitte.
L'adresse eft au bureau.
No. 257. Un contrat de rente fur
l'Hôtel de Ville à vendre.
Il eft de 5500. livres de principal.
L'adresse eft au bureau.
No.
9.258. Un jeu de paume à vendre.
Il eft d'environ vingt à 2 2000. liv.
L'ddrefse eft au bureau .
No. 259. Demande particuliere.
On en trouvera les éclairciffements
convenables au Bureau .
No. 260. On demande à emprunter
à fond perdu.
On voudroit trouver une perfonne,
qui voulût mettre fur une Terre à fond
perdu , 20000 écus au denier 16. dont
DE DECEMBRE. 26
l'acquiſition eft de 1 20000. livres,produifant
8000. livres de rente par an.
L'adresse eft au bureau.
No. 261. N. Demande à emprunter
20000. livres d'argent .
On nantira de 5000. livres de billets
de l'état , dont fera paffé acte par
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No 252. Un Habit d'homme brodé
en argent , à vendre.
Il eft de drap brun , avec les paremens
d'étoffe d'argent , & or fur-brodés
, doublé de chagrin ,couleur de feu,
avec la culotte.
Au bureau.
No. 263. Marché de laine à faire.
Un Particulier voudroit trouver une
perfonne , avec qui il pût faire marché,
pour lui fournir trente livres de laine
par femaine , toute prête à filer , ou
huit à dix livres de filée , ainſi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 264. Marché de faffran à faire.
Un Particulier demande qu'on lui
fourniffe huit ou dix livres de faffran
par femaine,lec , ou fraichement cüeilli
, au choix de l'Acheteur , même pour
264 DE DECEMBRE.
plus grande quantité ; ainfi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 265. N. Demande à acheter
une Terre , & veut vendre une berline ,
& une chaife de pofte.
Que la terre foit fituée au tour de
Paris , & du prix de dix- huit à 20000.
livres de produit au denier 20.
La Berline eft un caroffe coupé, doublé
de velours, avec les harnois.
La chaife de pofte eft doublée de
drap écarlate.
L'adresse eft au bureau .
No. 266. Affaire particuliere .
No. 266. N. Demande à emprunter
300. livres d'argent pour fix mois.
On hypothequera un contrat de
1400. livres de principal, fur les mouleurs
de bois ; vifé & liquidé , duquel
il fera paffé acte par devant Notaires .
L'adresse eft au bureau.
No. 267. Tapisserie de Flandre à
vendre.
Elle contient fix piéces , ayant enfemble
dix- huit aûnes de cours , fur
deux aûnes & demie de haut , doublée
par bandes, petit cadre bien rembruni ,
& elle eft fraîche , pour
550.
liv.
On
DE DECEMBRE
265
On les fera voir au Bureau.
N°. 268. Affaire particuliere.
No. 269. Affaire particuliere.
N°. 270. Diverses Tentures de tapifleries
, d'Aubuffon , & de félletin ,
& fauteuil à vendre.
Une verdure de fix pièces , fut deux
aûnes un grand tiers d'hauteur , à double
broche bordée à Grotefque , coin à
coquille , bande , mufque tirant 16.
aûnes , un tiers , pour sso. liv.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 271. Six piéces verdure de felletin
, bordée avec des cartouches au milieu
, bandes bleuës , fur deux aûnes &
demie d'hauteur , tirant 17. dûnes , pour
L'adreffe eft au Bureau. an
380. liv.
&
No. 272. Sept pieces de tapifferies ,
verdure trés- fine , fur deux afines & demie
de haut , bords à ornement ,
portes bandes de mufque , deffin avec
des parterres ; tirant 19 , aûnes , cinq ,
fix , pour
1393 liv.
L'alreffe eft au Bureau .
No. 273. Six pieces , verdure fur deux
aûnes & demie d'hauteur , bords , dits
à la Romaine ; coins à Dauphin , bandes
bleuës , tirant dix fept aûnes deux
Ꮓ
266 LE MERCURE
tiers , pour
L'adreffe et au Bureau .
No. 274 Finic .
Nº.
No. 275. Finie .
424.liv.
No. 276. N. Demande à emprunter
2000. livres de billers de l'Etat.
On rembourfera ladite fomme , d'année
en année, par 400. livres en espéces,
& on donnera toutes les fûretés néceffaires.
L'adreße eft au Bureau-
N°. 277. N. Demande à emprunter
2000. livres , ou 1590. feulement d'atgent
.
On hypothequera une Maifon & Terres
, fituées à la valée de Montmorency
, de valeur de 10000. livres , qui fe
ront déclarées franches & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 278. N. Demande à emprunter
3000, livres en billets de l'Etat.
On prendra ladite fomme à conftitution
; & on hypothequera une Terre
Seigneuriale , eftimée 20000. livres , &
affermée 800 , livres , fituée dans l'Election
de Mantes .
L'adreffe eft au Bureau,
N°. 279. N. Demande à acheter une
Maiſon à Paris ,
DE DECEMBRE 267
Qu'elle foit fituée dans un bon &
beau quartier: On y met ra depuis trente
jufqu'à foooo . livres , & même quelque
chofe de plus ; on payera moitié comptant
, & l'autre moitié en contrat fur
la Vile , ou en bi lets de l'Etat , ou en
conftitution fur la maifon , & fur les autres
biens,
Ou bien , on placera le même fond
fur des maifonsà Paris, ou fur autres bons
privileges & déclarations d'emploi .
L'adreße eft an Bureau.
a
N°. 280. Ñ. Demande à le défaire
d'une Penſion en argent comptant.
Elle eft de 450. livres fur le Tréfor
Royal.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 281. N. Demande à acheter une
bigue & une chêne d'or , de rencontre
.
Que le Diamant foit d'environ soo. I.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 282. N. Demande à acheter une
Montre unie de bons Maîtres.
L'alreffe eft au Bureau.
·N °. 283. L'on demande à placer
des billets de l'Etat , de plufieurs manieres.
Z ij
268
LE MERCURE
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 284. Ceintures de femmes , cotdons
de Cannes , or , argent & foye , à
vendre.
No. 285. Une couverture de laine blanche
, à vendre.
Au Bureau .
Nº . 286. Un Paravant trés- curieux,
à huit fcüilles , orné de plufieurs figures
d'hommes & d'animaux , à l'endroit
& à l'envers , pour
An Burean.
5oo. liv.
No. 287 N Demande à emprunter
1200 livres en efpéces , pour trois mois. ·
L'on hypothequera un contrat de
l'Hôtel de Ville , au principal de 5000 ,
liyres ; lequel eft à un garçon , qui le
déclarera franc & quitte.
adre e au Bureau ..
No. 288. N. Demande à acheter des
Con rats , fur les Etats de Languedoc
& de Bretagne .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 289. On demande une maison à
loüer , & un caroffe coupé à acheter .
Que la maifon foit à porte cochere ,
écurie , remife , cave , & grenier , de huit
à 900. livres , & même 1000. livres de
loyers ; qu'elle foit fituée dans l'undes
DE DECEMBRE 269
Quartiers de Richelieu , Butte de Saint
Roch , ou Faubourg Saint Germain
ou au tour des Théatins , ou de l'Abbaye
Saint Germain des Prés ; & que
le caroffe foit de fept à 8oo . livres.
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 290. N. Demande une maiſon
à vendre.
Elle eft fituée à Paris , du côté de la
rue de Bourbon .
La même perfonne demande à emprunter
2000. 1. & on l'hypothequera,
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 291 Caléche à vendre. Elle eft
doublée d'un velours cramoifi , les Campannes
de foye aurore , avec cinq grandes
glaces , les cuirs & la dorure belle;
& le tout comme neuf , pour 3000. I.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 292. Office de Secretaire du Roy,
à vendre en la Chancellerie du Parlement
de Besançon , dont la finance eft de
25000. I. il y a les augmentations de
gages .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 293. C'est la tapifferie magnifique
qui eft tranfportée au commencement
de la lifte..
N°. 294. Habit , écharpes , fau-
Z iij
270 LE MERCURE
teuils & chaifes à vendre.
L'Habit eft de drap brun , fur couleur
noilette , brodé en argent.
L'écharpe eft de taffetas blanc d'Angleterre
, brodé de plufieurs couleurs en
foye , garnie de feugere ; le corps eft de
gafe noire à fleurs.
Deux deffus de fauteuils de petit
point en laine , à fond blanc.
Un fauteuil de commodité , à fond
de laine noire de petit point, quatre chaifes
, & deux tabourets à fond noir de
pareil deffin , le tout non monté.
L'adreffe eft au Bureau .
N°. 295. N. Demande à ceder deux
fols d'interêt dans une Ferme.
On prendra des billets de l'Etat.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 296. N. Demande à emprunter
soo. livres en espéces pour fix mois .
On nantira de deux quittances de
finances de rachat de Capitation , montant
en principal & inrerêt à 3065. lie
vres 14. fols 4. deniers ; il & en fera
paffé un acte par devant Notaires.
L'adreße et au Bureau.
No. 297. N. Lemande à emprunter
4000. livres ; un tiers en billets de l'E
Tat
1
DE DECEMBRE. 271
Deux Freres feront folidairement une
conftitution de ladite fomme , ou céderont
plufieurs parties de rentes , dont
les principaux font de 44300 l .; ainſi
qu'il eft plus amplement décrit fur le
Registre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 298. Caroße coupé à vendre.
Il eft de velours craimoify à rama ,
ge , le tout bon , comme neuf.
L'adreffe eft au Burean.
No 299 Deux Tableaux à vendre.
Ils font de grands Maîtres , l'un reprefente
un Paï fage , & l'autre , une
Tempeſte.
"
On les fera voir au Bureau.
No 300. Une Charge. Une Charge de Confeiller
en la Cour des monnoyes à vendre .
L'adreffe eft au bureau..
Na 301. Affaire particuliére.
N° 302. Contrat de rente fur l'Hô
gel de Ville à vendre.
Il eft de 3000 l. de principal , ou on
empruntera 1200. 1. & on hipotequera
ledit Contrat.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 303.N.Demande à acheter des ro
bes de chambre de Damas , & des juppes
de drap de faint- maur.
Z iiij
272 LE MERCURE
Il n'importe de quelles couleurs
foient les robes de chambre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 374. N. Demande à acheter une
Tapiflerie .
Qu'elle foit de ferge ou de foye, pro.
pre à un Cabinet.
L'adreffe eft an Bureau.
· N° 305- Contrat de Conftitution
de rente..
C'eft une portion de 7600. 1.
On donnera toutes les facilités convenables..
La même perfonne fouhaiteroit encore
vendre une portion de 3000 ! .
qu'il a fur un Contrat de 6000 1. qui
eft principalement hipotequé fur une
Terre , dont les déniers ont êté employés
à l'acquifition .
L'adreße eft au Bureau.
N ° 306 finie .
N° 307. N. Demande à acheter une
robe de chambre d'homme & de
femme de Calemande ou d'autres
Eroffes.
>
Qu'elles foient de rencontre & à bon
marché .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 508. NDemande à acheter une
DE DECEMBRE. 273
Tapiflerie des gobelins , Berline , Bague
, & Pendulle.
Que la Tapiflexie foit de 3 à 4000
1. Que la Bague foit pour homme , &
d'un brillant de 12 à 1500l . & que la
Pendulle foit de 2 à 300 l.
L'adreffe eft au Bureau.
•
N° 309. N. Demande à acheter un
lit de ferge , chaifes , commode , Diamans
& Montre d'or à répetition .
A
Que le Lit de ferge foit couleur de
feu ou cramoify , bordé de blanc avec
fa garniture complerte , & à la ducheffe
, d'environ 4 à 500 l , avec une demie
douzaine de chaifes & une Commode.
Que la Bague pour homme, foit d'un
Diamant brillant de 4 à 500 I , & la
Montre d'or à répetition aufli de 4 a 500
1.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 310. On demande à emprunter
de
l'argent.
tés ..
On donnera de trés bonnes feure-
L'adreffe eft au Bureau .
No 311. N. Demande à placer 40000
1. de billets de l'Etat,
Soit à conftitution ou à rendre en
differents tems , ou on les employera en
1
274 LE MERCURE
achat de meubles de differentes natures.
L'adreffe eft aus Bureau .
N° 312. On demande à acheter un
trumeau .
Qu'il foit de cinq pieds d'hauteur
& de ; pieds de largeur.
L'adreffe eft au Bureau,
N° 313 N. Demande une Terre ou
Ferme à acheter.
Que la Terre foit du prix depuis
3000 1. jufqu'à 10000 1. & éloignées
de Paris depuis 6 lieües jufqu'à 3olieües.
L'adreffe eft aus Bureau.
N° 314. N. Demande à achetter une
véfted'Etoffe d'or ou d'argent , & une
juppe de velours noir .
La même perfonne demande un Domeftioue
qui ait au moins 40 ans , fçachant
faire la cuifine & qui foit à toute
main.
L'adreffe eft au Bureau .
N° 315. N. Demande à acheter une
Tapiflerie fine , à perfonnages, d'environ
3000 1.
Plus deux faureüi's .
L'adreße eft au Bureau.
N° 316. N Demande à acheter
Maitons , Terres ou Rentes , ou à plaDE
DECEMBRE. 275
cer un fonds fur divers particuliers .
L'adreje eft an Bureau.
N° 317. N. Demande à acheter des
fauteuils dorés & des rideaux de fenêtres
.
Que les fauteiii's foient faits à la mode,
garnis non couverts, & que les deux
rideaux foient de Damas où de Taffetas
cramoify .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 318. N. Demand: à placer ou à
acheter diverfes chofes en billets de
l'Etat , partie en argent.
L'adreße eft au Bureau,
N° 319. N. Demande à acheter Dentelles
, Tabatiére , & Montre d'or pour
homme & pour femme.
L'adreffe eft an Bureau.
N° 320. N. Demande à convertir
des billets d'Etat en rentes, fur des parti
culiers
L'adreffe eft au Bureau.
N° 321. N. Demande à acheter une
Maiſon ,
Qu'elle foit fituée à Paris , & au deffous
de 40000.1 . On payera le prix de
l'acquifition en espéces , pourvû qu'elle
n'ait aucunes charges.
L'adreße eft an Bureau.
275 LE MERCURE
Nº 322. Ce sont deux Navires , dont
il est parlé au ' article de cette Lifte.
No 323. Affaire particuliére.
N° 324. Jufqu'au Nº 329. Affaires
finics .
N° 330. Sept livres de foye d'Italie
fillées , à vendre pour
Au Bureau .
80. l.
N° 331. N. Demande à emprunter
15000 1. efpéces .
C'eft pour achever de payer des Ouvrages
& Bâtiments déja avancés ; l'on
fournira une déclaration d'emploi fur
& Maifons .
L'adreffe eft au Bureau.
Nº 332. On demande un meuble
complet à acheter.
C'est - à - dire , une Tapiflerie de Damas
cramoify , avec 8 fauteuils , un
fopha comme tout neuf; plus un
écran, un trumeau qui ait tout au moins
3 pieds de large , & la hauteur à proportion.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 333. N. Demande à acheter un
Diamant brillant en bague , pout homme,
de 10 à 1200 1. & une juppe de
velours noir,
L'adreffe eft an Bureau.
DE DECEMBRE
277
N° 134. Charge d'Aumonier ordinaire
en Cour , à vendre , pour 5000 1.
Elle jouit de tous les Privileges des
grands Commenfeaux de France ; elle
peut être poffedée à fimple Tonfure ;
elle produit de révenu , fçavoir 547 l .
10 f.pour nourriture , payables en argent
par chacun quartier ; 200 1. d'apointements
; 6ol.de fourniture & 180 ' .
de bon par an ; plus un logement à Paris
de trois chambres eftimées 300 1. par an ,
outre deux autres en deux Maifons Royales.
Les frais de reception iront à 150
1. pour l'acquereur.
L'adreße est au Bureas.
No 335. Un gand Tableau reprefentant
le jugement univerfel , à vendre .
Il et de 7 pieds 2 po . de haut , &
de 6 pieds 2 po. de large fur toille ,
de
C'eſt une copie tirée fur l'original , d'aprés
Michel Ange fur leVatican deRome
On le voit au Bureau .
N » 336. Montres à vendre .
>
Depuis ce N jufqu'à 339 , font pluficurs
Montres de differents prix ,
parmi lesquelles il y en a une à répetition
d'or.
A a
278 LE MERCURE
On en donnera l'adreffe.
N 340, Affaire particuliére
No 341. N. Demande à emprunter
soo 1, efpéces.
On hipotequera un Contrat de rente,
fur l'Hôtel de Ville de 4850. 1. de
principal , que l'on déclarera franc &
quitte.
L'adreße eft au bureau.
No 242. Deux bagues à vendre.
L'une eft carrée , taillée en rofe pour,
4501
.
Et l'autre
en coeur
, auffi
taillée
en
rofe
, pour
300
1. Au
bureau
.
N 344 Un Pied de table à confolle,
fculpté , en tête de Dragon d'oré ,
comme neuf, à vendre.
Au bureau.
40 1.
No
345. On
demande
à acheter
à
vie
une
maifon
, à Paris
ou à la Campagne
, de 8 à 900
1. de loyer
.
la
Que la maison de Campagne foit à
3 ou 4 lieues de Paris , fortant par
porte faint Bernard , ou par celle de
faint Antoine , du prix de 4 à 5000 l .
qu'il y ait un peu de terrain en cour
& en jardin.
Que la maifon dansParis , foit à porte
cochere , remite & écurie , avec un
DE DECEMBRE. 279
jardin , il n'importe du quartier ny de
l'éloignement.
L'adresse eft au bureau .
No 346. Un Particulier demande une
place de fécretaire ou gouverneur d'enfans.
Il fçait le Latin , l'Eſpagnol , l'Aritmethique
, & les affaires.
L'adresse eft au burean .
No 347. finie .
No 348. Un (arofse à deux fonds
à vendre .
Il eft de bois peint en ébeine , doublé
de damas à feuilles mortes , & à feurs
noires & aurores , avec 3 belles glaces
, & quatre bons réforts ; il eft d'environ
4. à fool.
L'adresse est au bureau .
No 349. N. Demande à fe deffaire du
billet d'un particulier d'environ 2020 l .
L'adresse du Propofant est au bureau.
No 350 : 351. & 352. font Plufieurs
fichus brodés , or , argent & foye , fur
gaze d'Italie , à vendre.
Les uns font à 3 l . 6 ſ. 6 d . & á
51. 14 f. & les autres à 9 l . 10 f. de
toutes couleurs.
Au burean.
7
No 353. N. Demande à acheter une
bonne Berline. A a ij
LE MERCURE
"
Il n'importe de quelle couleur le dedans
foit.
L'adresse est au bureau.
No 354. N. Demande à acheter un
habit court avec un manteau pour un
Eclefiaftique.
On y mettra jufqu'à 60 1 .
L'adresse est au bureau .
No 355. N. Demande à acheter une
Terre , à haute , moyenne & baffe juftice.
Qu'elle foit hors de toutes capitaineries
, diftante de Paris , depuis 8 jul
qu'à 16 lieües : S'il y a Riviére , en remontant
de Paris , du côté d'Auxerre
ou de Nogent fur Seyne, on fera content
que la diſtance foit d'environ 25 lieües ,
fi plus prêt elle ne fe trouve.
L'adresse eft au bureau ,
No 356. N. Demande à placer des
billets de l'Etat.
L'adrefe eft au bureau .
No 357. Demande à emprunter 1000
1. fur une maison à Paris .
Elle produit 240 1. de rente ; on la
déclarera franche & quitte , & on payera
l'intérêt au dénier 20 .
L'adresse eft au bureau.
No 358. N. Demande à acheter une
DE DECEMBRE 281
maifon aux environs du Palais.
Qu'elle foit à porte cochere ou une
belle porte batarde ; on y mettra environ
L'adresse est au bureau.
30000
1.
No. 359. Ceintures de femmes ; fines,
* de faye , mêlées d'or & d'argent , à vendre.
Il y en a de differents prix , & de di-
- verfes couleurs ; ainfi qu'on en fera voir
au Bureau les échantillons .
1
• Nº, 360. Chaife de poste , comme
neuve , à vendre .
Elle eft doublée de velours , à ramige
, à refforts d'Espagne , Elle a coûté
d'hazard soo . livres , & n'a fait que le
voyage d'Alençon .
L'adresse est au bureau.
N° , 361. N. Demande à emprunter
1000. livres à dé eguer
,
fur des loyers
de maitons pour le remboursement.
L'adrelse est au bureau .
N°. 362. N. Demande à vendre une
maifon à Paris , ou à emprunter 3000.
livres à conflitution .
Elle eft nouvellement rébatie ,
prés de la place Maubert , & a êté acquife
par decret ; pour fûreté de l'emprunt
, on hypothequera ladite maifon
A a iis
282 LE MERCURE
que l'on déclarera franche & quitte ,
avec 20000 livres de principaux fur.
l'Hôtel de Ville .
*
L'adreffe eft au Bureau.
No. 394. Une Montre à vendre.
Elle eft de métal doré, cizelée, à grand
balancier ; émaille blanc , pour 55. liv.
Au Bureau.
No, 565. 7abatiere en étoile , garnie
de piéces d'or , & de chagrin vert , à
vendre.
Au Bureau.
No. 366. N. Demande à acheter des
foyers de marbres , des chambranles en
marbre & en pierre , avec des trumeaux
& gardes-feu do : és ou unis .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 367. N. Demande à transporter
un Billet en forme de Quittances , fur
le Tréforier des menus de la Maifon du
Roy.
L'adreffe eft au Bur as.
No. 368. Affaire particuliere.
No. 369 N. Demande à acheter un
Caroffe coupé , ou une Berline à deux
petits fonds , ou coupée
On y mettra ufqu'à mille ou 1200. l-
L'atreffe eft au Bureau .
N°. 370. Chaife de pofte , à vendre.
DE DECEMBRE 283
Elle eft fur quatre rouës , pour 400 .
L'adreße eft au Bureau.
No. 371. Finic .
No. 372. Montre à vendre .
Elle cit de métal de Prince , à grand
balancier , à boëre de chagrin noir , piquée
de cloux d'or , chaine à l'Angloife
de même métal , pour
Au Bureau.
75. liv.
No. 373. Un Particulier demande une
perfonne qui veuille s'accommoder avec
lui , des prétentions qu'il a pour un
compte de tutelle , qui eft pendant au
Bailliage de Tours ; le rendant - compte
fe trouve reliquaraire de 90co . livres ,
& eft fort folvable .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 374. Un beaufufil , comme neuf,
à garniture dorée , à vendre, pour 100. 1 .
An Bureau·
Nº . 375. N. Demande à placer 2500.
1vres , partie en billets de l'Etat , partie
en argent , à rendre dans les remps
convenus.
L'adreße eft an Bureau .
No. 376. & 377. Plufieurs piéces de
ruban rayé , mêlé d'argent fur gros
grains, de diverfes couleurs , & à differens
prix, à vendre les uns à 3. livres 5. fols S
284 LE MERCURE
1
*
l'aune , & les autres,à 2. livres 5. fols.
Au Bureau
No. 378. Finie.
No. 379. Un Particulier , Me & ancien
Marchand , demande à s'affocier
avec une perfonne , pour fabriquer des
draps hins.
L'a'reffe eft au bureau,
N° 380 N. Demande à acheter une
Charge d'Architecte ou autres , à conftitution
, au denier 255 ou àરે payer en
quittances de finances d'une autre
charge , liquidées.
L'adreße eft au bureau.
N° . 381. Un Particulier demande un
emploi dans un Bureau , ou place de
Secretaire , ou Gouverneur d'enfans de
Qualité ; il fçait écrire, felon les principes
du plus fçavant Maître de Paris , &
fçait auffi les Mathématiques.
L'adreffe eft an bureau.
N°. 382. N. Demande à tranſporter
des interêrs échûs & à échoir , d'uneCharge
(uprimée , & dont le remboursement
a êté liquidé.
L'adreffe eft au burean .
No. 383. Apartementgarni à loiter.
C'est dans la rue Maubué au Saint-
Efprit , chez Monfieur Marior.
DE DECEMBRE 285
L'ameublement eſt trés propre , & à
lamode : Il fournira la nourriture, fi on
le fouhaite .
N. 384. Une garniture de point , à
raifeau , avec les engagantes , à vendre.
Au bureau.
Nº . 385. Une Enſeigne de cuivre de
la bonne grandeur , reprefentant la Pro-´
vidence , à vendre . .
Au bureau,
No. 386. Une Garde d'épée fur cuivre
doré, à vendre ; elle eft comme neuve,
2. liv. 10, f.
Au bureau.
No. 387. Plufieurs pieces de dentelles
communes , à differens prix , à vendre
.
Au bureau.
Nº . 388. N. Demande à placer 30oo .
livres de billets de l'Etat , ou à acheter
pour ladite fomme, divers effets de rencontre.
L'adresse eft au bureau.
N. 389. Montre à vendre .
Elle eft de métal de Prince doré dans
fa boëte de même métal , cifelée , faite
par Jean Baillon , pour
An bureau.
75.
liv.
N°. 390. boutons de poignets , montés
en or , à vendre.
286 LE MERCURE
"
Ils font d'Angleterre , & garnis de
chiffres , couverts de criftaux taillez ,
pour
Au bureau.
25. liv.
N°. 391. Un brafselet de vermeil ,
avec un chiffre couronné de deux Anges
, à vendre , pour
Au burean.
10. liv.
No. 392. On demande un Caroffe
doublé de velours cramoifi, à quatre pla
ces , avec une catéche à cinq ou fix places
, avec un dais .
L'adresse est an bureau .
Fermer
4164
LISTE UNIVERSELLE. Du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, où chacun peut donner & recevoir avis, de toutes les nécessités & commoditez de la vie & societé civile, remis en meilleur ordre qu'il n'a êté par le passé, pour l'utilité du Public. PAR PERMISSION DU ROY, Contenuë en ses Brévets, Arrêts du Conseil d'Etat, Déclarations, Privilege, Confirmations, Arrêts de la Cour, Sentences & Jugemens donnez en consequence.
4165
p. 286
AVIS AU PUBLIC.
Début :
Toutes les Reconnoissances, que le Bureau d'Adresse & de Rencontre délivrera [...]
Mots clefs :
Bureau d'adresse, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC.
Outes les Reconnoiſſances , que le
Tou &
tre délivrera au Public , ne feront fignées
que de M. Prieur.
Outes les Reconnoiſſances , que le
Tou &
tre délivrera au Public , ne feront fignées
que de M. Prieur.
Fermer
4166
p. 286-296
Suplément au Journal de Paris.
Début :
Le Roy, aprés avoir assisté à tout l'Office de Noël, [...]
Mots clefs :
Orateur, Sermon, Abbé, Courtisan, Duchesse, Officiers, Duc d'Orléans, Princesse, Marquis, Hommes, Opéra, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suplément au Journal de Paris.
Suplément au Journal de Paris.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
Fermer
4167
p. 296-298
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Dame Marie de Comans d'Astrie veuve de Mre Jean Roüillé Comte [...]
Mots clefs :
Comte, Conseiller d'État, Dame, Décès, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
Ame Marie de Comans d'Aftrie
veuve de MreJean RoüilléComte
de Meflay , Confeiller d'Etat ordinaie
mourut le 30. Novembre 1717 :
Elle eftoit fille de Thomas , de Commans
d'Aftrie , Maitre d'Hôtel ordinaire
du Roy , & de Jeanne Forger ,
& elle a eu pour enfans, feu Jean Baptifte
Rouillé , Comte de Melay
Confeiller au Parlement , mort de-
>
puis peu , laiffant pour fils unique de
fon mariage avec feue Anne Catherine
de la Briffe , Anne Jean Rouillé , Comte
de Mellay , Confeiller au Parlement ,
Marie-Anne Rouillé , mariée le 21 .
Decembre
1677 , avec Charles Denis
de Bullion , Marquis de Gallardon ,
Prevoft de Paris , & Gouverneur
des Provinces du Maine , Perche , &
Comté de Laval , morte le 29. Seprembre
1714 , Marguerite
Therefe-
Rouillé , Marieé 1les . May 1687 ,
avec Jean- Baptifte-François de Noail -
les , Marquis de Noailles , &de MorrDE
DECEMBRE. 297
telar Lieutenant General au Gouverne
nent de la Haute Auvergne , &
Marechal des Camps & Armeés du
Roy , 29. leo. Mars 1702 , à Jean
Armand du Pleffis de Vignerod Duc
de Richelieu , Pair de France Chevalier
des ordres du Roy , & Elifabeth
Rouillé , Marieé le 2. Septembre
1683 à Etienne Jean Bouchet Marq. de
Leffart , alors Confeiller au Parlement
de Metz , depuis Maître des Requê→
tes & Confeiller d'Etat.
Mre Pierre de Bragelongne Préfident
honoraire aux Enquestes du Parlement
de Bretagne , où il avoit esté receu dés
l'an 1683 , mourut les Nov. 1717 , il
eftoit fils de Pierre de Bragelongne
Treforier General de l'ordinaire des
uerres , & deClaude delaCour: Il avoit
époufé Marie de Gaumont , foeur de
Mr de Gaumont à préfent Maiftre des
des Requeſtes , & de ce Mariage il ne
luy eftoit resté que Marie Catherine
de Braguelongne , Marieé, en 1709
à Michel Chauvin , Confeiller au Parlement
& Conf. aux Req. du Palais,
mort peu de temps aprésfon Mariage.
Meffire Eftienne Baudouin , Con--
feillier Honoraire de la Grande
Chambré du Parlement de Paris ,
mourut le se Decembre àAthis âgé de
198 LE MERCURE
3 ans , fans eftre marié.
Dame Louife Diane Dauvet des Ma
refts veuve de Mre Gafpard de Caftille
Marquis de Monjeu Baron de
Dracy, mourut le 7. Decembre , laiffant
pour fille unique Marie Louife Chriftine
de Caftille , marieé avec Anne
Marie Jofeph de Lorraine Prince de
Harcourt Madame de Caftille eftoit
Tante de Mr le Comte des Maretts
Grand Fauconier de France .
De Angelique Bellier de Plabuiffon
femme de Mre Ifidore Lotin Chevalier
Seigneur de Charny , Confeiller Honoraire
au Grand Confeil mourut le 10:
Decembre
Ame Marie de Comans d'Aftrie
veuve de MreJean RoüilléComte
de Meflay , Confeiller d'Etat ordinaie
mourut le 30. Novembre 1717 :
Elle eftoit fille de Thomas , de Commans
d'Aftrie , Maitre d'Hôtel ordinaire
du Roy , & de Jeanne Forger ,
& elle a eu pour enfans, feu Jean Baptifte
Rouillé , Comte de Melay
Confeiller au Parlement , mort de-
>
puis peu , laiffant pour fils unique de
fon mariage avec feue Anne Catherine
de la Briffe , Anne Jean Rouillé , Comte
de Mellay , Confeiller au Parlement ,
Marie-Anne Rouillé , mariée le 21 .
Decembre
1677 , avec Charles Denis
de Bullion , Marquis de Gallardon ,
Prevoft de Paris , & Gouverneur
des Provinces du Maine , Perche , &
Comté de Laval , morte le 29. Seprembre
1714 , Marguerite
Therefe-
Rouillé , Marieé 1les . May 1687 ,
avec Jean- Baptifte-François de Noail -
les , Marquis de Noailles , &de MorrDE
DECEMBRE. 297
telar Lieutenant General au Gouverne
nent de la Haute Auvergne , &
Marechal des Camps & Armeés du
Roy , 29. leo. Mars 1702 , à Jean
Armand du Pleffis de Vignerod Duc
de Richelieu , Pair de France Chevalier
des ordres du Roy , & Elifabeth
Rouillé , Marieé le 2. Septembre
1683 à Etienne Jean Bouchet Marq. de
Leffart , alors Confeiller au Parlement
de Metz , depuis Maître des Requê→
tes & Confeiller d'Etat.
Mre Pierre de Bragelongne Préfident
honoraire aux Enquestes du Parlement
de Bretagne , où il avoit esté receu dés
l'an 1683 , mourut les Nov. 1717 , il
eftoit fils de Pierre de Bragelongne
Treforier General de l'ordinaire des
uerres , & deClaude delaCour: Il avoit
époufé Marie de Gaumont , foeur de
Mr de Gaumont à préfent Maiftre des
des Requeſtes , & de ce Mariage il ne
luy eftoit resté que Marie Catherine
de Braguelongne , Marieé, en 1709
à Michel Chauvin , Confeiller au Parlement
& Conf. aux Req. du Palais,
mort peu de temps aprésfon Mariage.
Meffire Eftienne Baudouin , Con--
feillier Honoraire de la Grande
Chambré du Parlement de Paris ,
mourut le se Decembre àAthis âgé de
198 LE MERCURE
3 ans , fans eftre marié.
Dame Louife Diane Dauvet des Ma
refts veuve de Mre Gafpard de Caftille
Marquis de Monjeu Baron de
Dracy, mourut le 7. Decembre , laiffant
pour fille unique Marie Louife Chriftine
de Caftille , marieé avec Anne
Marie Jofeph de Lorraine Prince de
Harcourt Madame de Caftille eftoit
Tante de Mr le Comte des Maretts
Grand Fauconier de France .
De Angelique Bellier de Plabuiffon
femme de Mre Ifidore Lotin Chevalier
Seigneur de Charny , Confeiller Honoraire
au Grand Confeil mourut le 10:
Decembre
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4168
p. 298
MARIAGES.
Début :
Le 23 Decembre, Messire Pierre-Jean Romanet, Conseiller au Parlement, a [...]
Mots clefs :
Messire, Conseiller au Parlement, Blessure, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Le 23 Decembre, Meffire Pierre- Jean
Romaner , Confeiller au Parlement , a
époufe Dfelle M.Charlo . d'Eftrades, fille
de Mre Godefroi Louis Com.d'Eftrades
Gén.des Arm du Roi, Maire perpétuel , &
Gouv.delaVillede Bordeaux , quieftmort
de fes bleffures la derniere Campagne
de Hongrie ; & de Dame Charlotte le
Normand.
Le 23 Decembre, Meffire Pierre- Jean
Romaner , Confeiller au Parlement , a
époufe Dfelle M.Charlo . d'Eftrades, fille
de Mre Godefroi Louis Com.d'Eftrades
Gén.des Arm du Roi, Maire perpétuel , &
Gouv.delaVillede Bordeaux , quieftmort
de fes bleffures la derniere Campagne
de Hongrie ; & de Dame Charlotte le
Normand.
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4169
p. 298-299
NOUVELLES DIVERSES.
Début :
Le Nonce du pape a êté obligé de sortir de Naples, par Ordre [...]
Mots clefs :
Nonce du Pape, Cardinal, Prince de Galles, Honneurs, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DIVERSES.
NOUVELLES DIVERSES.
E Nonce du Pape a êté obligé de
fortir de Naples , par Ordre de
P'Empereur en 24 heures , & de tout
PEtat en 48 : Le Cardinal Nuzzi eft
DE DECEMBRE. 299
mort , il laiffe un troifiéme Chapeau
vacant.
Le Prince de Galles qui s'étoit retiré
avec la Princeffe fon époufe chez le
Comte de Grantham , eft rentré en
grace avec S. Majefté : Le different que
ce Prince avoit û avec le Duc de Neucaftle
, au fujet du Batême du jeune
Prince , ayant êté terminé à l'amiable.
Le Prince Ragotski a êté reçû à Conftantinople
, avec les mêmes honneurs
qu'on auroit pû rendre au Grand Seigneur
même."
E Nonce du Pape a êté obligé de
fortir de Naples , par Ordre de
P'Empereur en 24 heures , & de tout
PEtat en 48 : Le Cardinal Nuzzi eft
DE DECEMBRE. 299
mort , il laiffe un troifiéme Chapeau
vacant.
Le Prince de Galles qui s'étoit retiré
avec la Princeffe fon époufe chez le
Comte de Grantham , eft rentré en
grace avec S. Majefté : Le different que
ce Prince avoit û avec le Duc de Neucaftle
, au fujet du Batême du jeune
Prince , ayant êté terminé à l'amiable.
Le Prince Ragotski a êté reçû à Conftantinople
, avec les mêmes honneurs
qu'on auroit pû rendre au Grand Seigneur
même."
Fermer
4170
p. 299
APPROBATION.
Début :
J'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'Ai lû par ordre de Monfeigneur le
Chancelier, le Mercure de Décembre
1717, & j'ai crû que la lecture de cet
Ouvrage , continueroit d'eftre agréable
au Public . Fait à Paris , ce 31 Decembre
1717.
TERRASSON .
J'Ai lû par ordre de Monfeigneur le
Chancelier, le Mercure de Décembre
1717, & j'ai crû que la lecture de cet
Ouvrage , continueroit d'eftre agréable
au Public . Fait à Paris , ce 31 Decembre
1717.
TERRASSON .
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4171
p. 299-[300]
TABLE DES MATIERES.
Début :
Avant-Propos. Examen des Transpositions permises ou défenduës dans le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES MATIERES.
TABLE DES MATIERES.
A
Vant- Propos .
Examen des
Tranfpofitions permifes
ou défendues dans le ftilePoetique,
par le P. du C ,
Imma Conte ,
P. 7
73
レ
TABLE.
77
79
Fragment d'une Lettre de M.PAbbé
de C. à M. le Marq. de ..
Peur de Cupidon, Fable Anacr.à Mlle
Quinaut , par M. Fuselier ,
Diffection du Crane d'un petit Maît. 80
Anatomie du Coeur d'une Coquette , 87
Mem. du Sr de Villars concernant une
Eau de fa compofition qu'il qualifie
Remede Univerfel ,
Lettre d'une Dame fur la perfidie de
fon mari ,
Nouvelles Etrangeres ,
Deuxième Let . en Vers d'Héloïfe à
94
135
143
Abailard, par M. de Beauchamp, 168
Enigmes
Chanfon ,
183
184
185
Journal de Paris , qui commence par
l'Eloge de feu M. Santerre ,
Les Dieux Comédiens , 209
Fragment d'une Let . de M. Areskin
Confeiller Medecin , & non Chambellan
duCzar,àM ľ AbbéBignon215
Premiere Lifte du Bureau d'Adreſſe
de Rencontre , précédée d'un
Avant-propos , le tout envoyé à
l'Auteur du Mercure ,
236
Affaffinat de M. l'Abbé de Bonneuil,
207293
Morts.
Mariage..
Suplément au Journal de Paris,
Nouvelles div.rfes ,``
296
299
300
A
Vant- Propos .
Examen des
Tranfpofitions permifes
ou défendues dans le ftilePoetique,
par le P. du C ,
Imma Conte ,
P. 7
73
レ
TABLE.
77
79
Fragment d'une Lettre de M.PAbbé
de C. à M. le Marq. de ..
Peur de Cupidon, Fable Anacr.à Mlle
Quinaut , par M. Fuselier ,
Diffection du Crane d'un petit Maît. 80
Anatomie du Coeur d'une Coquette , 87
Mem. du Sr de Villars concernant une
Eau de fa compofition qu'il qualifie
Remede Univerfel ,
Lettre d'une Dame fur la perfidie de
fon mari ,
Nouvelles Etrangeres ,
Deuxième Let . en Vers d'Héloïfe à
94
135
143
Abailard, par M. de Beauchamp, 168
Enigmes
Chanfon ,
183
184
185
Journal de Paris , qui commence par
l'Eloge de feu M. Santerre ,
Les Dieux Comédiens , 209
Fragment d'une Let . de M. Areskin
Confeiller Medecin , & non Chambellan
duCzar,àM ľ AbbéBignon215
Premiere Lifte du Bureau d'Adreſſe
de Rencontre , précédée d'un
Avant-propos , le tout envoyé à
l'Auteur du Mercure ,
236
Affaffinat de M. l'Abbé de Bonneuil,
207293
Morts.
Mariage..
Suplément au Journal de Paris,
Nouvelles div.rfes ,``
296
299
300
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4172
p. 100-111
Suite des Caractéres des Dames de Qualité, par M. de Marivaux [titre d'après la table]
Début :
Voici la suite des Caractéres de M. de Marivaux que nous avions êté / Dans mes dernieres réfléxions, Madame, je vous en promis de [...]
Mots clefs :
Femme, Madame, Femmes, Cour, Âme, Qualité, Négligé, Amant, Amants, Habit, Espérances, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Caractéres des Dames de Qualité, par M. de Marivaux [titre d'après la table]
V
Oici la fuite des Caractéres de M.
de Marivaux que nous avions êté
obligés d'interrompre pendant quelques
mois , par certains contre - tems qui
font néceffairement du reffort du Mercure
: Si les morceaux du même Auteur
inférés dans nos derniers Journaux de
1717 , lui ont concilié le fuffrage des
gens délicats , il me femble que celui - ci
en fera du moins auffi favorablement
reçû. Ony fentira une maniere neuve
& fine de penser, qui renduë par des
expreffions de génie , préfente aux
yeux de l'efprit , des tableaux finis :
Mais , c'est au Lecteur à l'apprécier
felon fa jufte valeur.
DE MAR S 101
D
Ans mes dernieres réfléxions ,
Madame , je vous en promis
de nouvelles fur les femmes de Qualité
: J'en vis l'autre jour deux ou trois
qui m'en fournirent quelques - unes ;
elles étoient , ce qu'on appelle , en négligé.
J'ai toujours regardé cet habit ,
comme un honnête équivalent de la
nudité- même : Vous verrez dans un
moment pourquoi je l'appelle équivalent
Les femmes ont un fentiment
de coquetterie qui ne defempare
jamais leur ame ; il eft viclent
dans les occafions d'éclat , quelquefois
tranquille dans les indifférentes ;
mais , toujours préfent , toujours fur
le qui- vive : C'eft en un mot , le mouvement
perpétuel de leur ame ; c'eft
le feu facré qui ne s'éteint jamais ;
de forte qu'une femme veut toujours
plaire,fans le vouloir par une réflexion
expreffe. La Nature a mis ce fentiment
chez elle , à l'abri de la diftraction
& de l'oubli : Une fême qui n'eft
plus coquette , c'est une femme qui
a ceffé d'être .
Mais , revenons à ma Théfe . J'ai
Iiij
702 LE MERCURE
nommé le négligé , l'équivalent de la
audité même : Pourquoi , Madame ?
Le voici.
Je vous ai dit que les femmes
eftoient coquettes fans relâche . Or ,
elles ne le font jamais plus , que quand
elles femblent vouloir infinuer qu'elles
ne le font pas. Le négligé , par exemple
, eft une abjuration fimulée de
coquetterie , mais , en même tems ,
le chef- d'oeuvre de l'envie de plaire..
L'habit magnifique donne de l'éclat
à l'aimable femme ; elle en devient
plus curieuſe à voir , mais , non pas
fi touchante ; elle en eft plus belle ,
& moins dangereufe ; & cet éclat
étranger qui faute au yeux , étouffe
l'impreffion des graces naturelles , &
divertit le fpectateur de l'attention
rifquable qu'il donneroit au refte.
Cette façon de fe montrer , eft plus .
fuperbe que délicate : Ufer d'ornemens
pour plaire , c'eft s'appuyer de feconds
, c'eft combattre avec rufe ; &
comme cela , la victoire n'est pas
nette. Ai-je plû comme femme ornée,
ou comme femme aimable ? Voilà la
fourde queftion qu'en pareils cas fe
fait une Dame ; argument dicté par
DE MARS 103
l'amour propre qui fe connoit en
vrais avantages , & qui fe juge à la
rigueur , quand il prévoit n'y rien
rifquer.
Pour vuider la queſtion , on a recours
au négligé , c'eft par lui qu'on
fait une épreuve de fes charmes , qui
finit les chicannes de l'amour propre ;
c'est par lui qu'on expofe la vérité
toute nue , & qu'on femble dire , me
voilà telle que m'a fait la Narure ;
voilà du moins une copie modefte de
l'original mais à vous dire vrai , ce
modefte eft fifuperficiel , qu'il ne gêne
en rien l'imagination des hommes.
Mais , me dirés - vous , les femmes fça
vent-elles ce libertinage d'imagination.
Je ne vous dirai pas fi elles le
fçavent ; mais , pour le peu qu'elles
s'en doutent , le négligé durera longtems.
:
Concluez fur tout ce que nous ve
nons de dire , Madame , que cet habit
a la fimplicité , la proprété , le
peu d'affectation des habits vraiment
modeftes ; mais , qu'il n'en a pas la
pudeur ; qu'il porte ,pour ainfi dire, le
caractére de la peu chafte vanité
qui l'inventa fans doute : Quand je
Liiij .
i04 LE MERCURE
dis peu chafte , je n'entends pas des
deffeins formellement mauvais ; mais,
de vifs fentimens de complaifance
pour fes charmes ; fentimens de qui
vient l'art de pallier la vérité fans
rien perdre , & de mettre fans blâme
fes appas dans leur plus dange-
Leufe posture.
:
Revenons aux Dames que je vis .
Une d'elles fe retira , je m'en allois
auffi Un Cavalier s'avança pour
lui parler. Je m'attendis fur le champ.
à quelque phrafe de manége , & je
ne me trompai point. Laiffez- moi , lui
dit- elle , je me fauve , je fuis faite
comme une folle . Sçavez- vous , Madame
, ce qu'une femme de Qualité
penfe confufément , toutes les fois
qu'elle prononce ce peu de mots.
Regardés moi ; je ne fuis point parée
comme les femmes doivent l'eftre ;
mon bon air & les graces de ma taille
ne font point équivoques ; tout naît
de moi , c'eft moi qui donne la forme
à mon habit , & non , mon habit qui
me la donne ; je fçai combien je fuis
aimable & touchante en cet état ;
mais , je dois paroiftre ne le pas fçavoir
; c'eft une grace de plus , que
DE MARS:
105
d'en avoir tant, & les ignorer : On les
voit , on les fent , on croit qu'elles
m'échappent;croyés - le de même , je
me fauve ,je fuis faite comme une folle .
Voilà , .Madame , ce que fignifie
le langage hipocrite dont nous parlons
; & le plaifant de cela , c'eft que
les hommes n'en expliquent que le
fens favorable , & que leur jugement
étourdi fait grace du refte à la Comédienne
, & glifle fur le ridicule
qu'il contient. Il y a là deffus bien
d'autres réflexions à faire , convenables
au feu de mon âge , mais d'un
vrai trop voifin de la licence : Quelque
agréable que foit le champ d'idées
qu'elles ouvriroient à mon efprit
, je vous les facrifie , Madame.
Que vous dirai- je encore ? Les femmes
de Qualité élevées dans les ufages
de Cour , qui fçavent leurs droits
& l'étendue de leurs libertés , ne rougiffent
pas d'avoir un Amant avoué ;
ce feroit rougir à la Bourgeoife
. De
quoi rougiffent
- elles donc ? C'eft de
n'avoir
point d'Amant
, ou de le
perdre. J'aurois
pû dire des Amans.
Le plurier ailleurs
deshonorant
, fait
ici cortége
glorieux
. Chaque
Païs a
105 LE MERCURE
fa guife . On fçait à la Cour le prix de
la vie , & l'on n'y admet nulle maxime
qui ne tende à la faire fentir .
Nous avons dit qu'elles y rougif
foient de n'avoir point d'Amant . Cela
n'eit pas difficile à comprendre , en
les fuppofant coquettes . Une femme
qui vit fans eftre aimée , vit dans l'opprobre
, & dans la derniere des réputations
; la plus galante des femmes
de Cour à le pas fur elle dans
l'eftime des hommes: Je ne fçai même ,
à bien examiner l'efprit de Cour , fi
cette plus galante n'eft pas dans mille
momens la plus eftimée. Les momens
font ceux où les Courtifans ne font
point de réfléxions raifonnables : Il
feroit hardi de parier qu'ils en fiffent
quelquefois
Il faut donc des Amans , il faut
même fe les conferver. Ah ! C'en eft
trop , me répondrés- vous : Ceci devient
férieux ; j'en conviens , Madame
, & trés férieux ; fur-tout , avec
des Amans de Cour , qui veulent bien
effuyer des délais de bienséance , qui
s'attendent bien à combattre des imitations
de vertu ; mais non pas , la
verin-même ; & qui fçavent,à un jour
DE MAR S. 107
prés , affigner la durée raisonnable de
ces imitations , qui foûpirent enfin ,
non , pour tâcher de vaincre , car , tâcher
,fuppofe des efforts pour un fuccés
douteux ; mais , parce que les foupits
font un cérémonial qui doit précéder
la récompenfe ; & qu'il eft de
l'ordre qu'une femme paroifle recompenfer
, & non, donner d'avance .
Comment donc conferver des
Amans de cette efpece ? Comment.
Comme on peut : Par des efpérances.
Ah grands Dieux ! Eit- il permis
d'en fouffrir l'idée dans un homme?
Une femme a-t - elle befoin d'un plus
grand oubli de vertu pour les remplir
, que pour les donner ? C'eft contefter
fur le tems , & non, fur le crime.
Oh, Madame Attendés : Ces efperances
qui vous choquent ,ne font pas
fi criminelles que vous le penfez : Si
nous parlions d'une femme ordinaire ,
j'entends , femme de Ville ou de Pro
vince , vos conféquences feroient juftes.
Une éducation roturiere , purgée
de licence, & qui lui a appris à obferver
les vertus à la lettre , lui défend
de fouffrir unAmant : Le fouffre- t- elle?-
Elle a fait un premier pas dans la voye
108 LE MERCURE
du crime : Lui perme- t- elle d'efperer ?
Elle en a fait mille.
En effet , avant que d'en venir là ,
que de diminutions journalieres dans
fa fageffe ? Que d'inutiles travaux de
pudeur ? Quelle fucceffion de mouvemens
libertins n'a- t- il pas fallu , pour
aguerrir fon ame , pour la familiarifer
avec l'idée du crime ? Elle donne des
efperances , le crime eft refolu , elle
l'envifage , elle s'y promet. Que ne s'y
livre- t-elle ? Ce n'est pas la pudeur qui
l'en empêche , c'eft le fouvenir d'en
avoir eu , qui la retarde .
Voilà , Madame , l'hiftoire du coeur
d'une femme ordinaire qui donne des
efperances Vous vous imaginez qu'il
en eft de même du coeur d'une femine
de Cour ; mais il n'y a rien de tout
celà. 1o , quoi qu'elle foit mariée ,
elle peut avoir un foûpirant ; il fait
comme partie de fon équipage : Quant
aux efperances qu'elle lui donne , c'eſt
un difcours en l'air , un proverbe , un
vaudeville de Cour : En fait de galanterie
, elle ne fçait pas ce qu'elle don
ne alors.
Mais , l'Amant qui en attend l'échéance
, comme d'un bon billet, preffe ,
DE MAR S.
109
s'impatiente , fait fes diligences , menace
d'infidelité ; & fi quelqu'un alors ,
ne vient heureufement fe préfenter
pour tenir fa place, en cas de deſertion,
je croi franchement qu'une femme
eft en peril manifefte .
L'on voit encore une autre forte de
femmes de Cour . Il eft , par exemple,
des Coquettes honoraires ; ce font celles
qui font leurs preuves d'agrêmens
& de charmes , en laiffant feulement
aborder les Amans ; & qui , refoluës
d'être fages , prennent de publiques
atteftations de la facilité qu'elles auroient
à fe mettre au rang des aimables
folles.
Ce n'eft pas là , vertu parfaite ;
mais que voulez- vous , Madame . La
corruption eft tellement fimpathique
avec le coeur humain , qu'on ne peut
l'en purger fibien , qu'il n'y refte fouvent
ou la honte de n'ofer paroître
fage , ou du penchant à ne pas l'être .
Là deffus , ne pouroit - on pas dire que
le vice eft comme l'Amant chéri de
l'ame ? Elle le regrête en y renonçant ,
& ne le hait jamais.
Il y ades femmes de Qualité plus
courageufes encore que ces dernieres ,
TIO LE MERCURE
& qui ne fouffrent point d'adorateurs :
On voudroit bien qu'elles fuffent coquettes
; elles fçavent qu'on le voudroit
bien , & le fçavent avec plaifir ;
voilà leur coquetterie : Il leur eft doux
d'être comptées comme des beautez
inacceffibles , il leur est doux , toutes
féqueftrées qu'elles font de la foule ,
d'inquiéter les fens des fpectateurs.
Je vous parlerois ici , Madame , des
femmes de Qualité devotes; mais c'eft
une efpece trop marquée : Il vous fuffira
de fçavoir en général que la devotion
dont il s'agit , les éloigne du
monde , fans le plus fouvent les approcher
de Dieu .
Quand je vois ces faintes Ames ,
je ne puis m'empêcher de les comparer
à ces Soldats que leurs bleffures envoyent
aux Invalides : Les bleffures
de nos femmes , c'eft l'âge , & le déchet
de leurs charmes : Adieu le
monde, belle vocation ! Les habits , le
maintien, le difcours, les démarches ,
tout eft pieux , le coeur même prend
du goût pour la façon des actions
pieufes , il aime fon métier ; le formulaire
ambulant ou contemplatif lui en
plaît on gémira fans douleur aux
DE MAR S. III
pieds des Autels, on verfera des pleurs
dont la fource fera , non , l'amourde
Dieu , mais la vive & jaloufe imitation
de cet amour ; je veux dire , que l'ame
entrera dans fon fujet , ainfi qu'un
Acteur Tragique entre dans la paffion
qu'il reprefente .
Mais , fans m'en appercevoir , je
traitte une matiere que je m'êtois d'abord
interdite. Peu s'en eft fallu , que
je ne parlaffe de ceux à qui nos Dames
confient leur confcience , gens au
profit dequi , tourne la pieté de nos devotes
, pendant que Dieu n'en a que
les honneurs .
Je ne fçai ; mais l'inquiétude , le
fcrupule toûjours renaiffant , & ces vifites
fréquentes chez l'homme de Dieu ,
font une image bien reffemblante des
mouvemens du coeur tendre , ce pouroit
être de l'amour qui n'a fait que
changer de nom ; peut- être que l'ame
s'y méprend elle -même & qu'elle
n'eft jamais plus profane , que quand
elle paroît fcrupuleufe .
Oici la fuite des Caractéres de M.
de Marivaux que nous avions êté
obligés d'interrompre pendant quelques
mois , par certains contre - tems qui
font néceffairement du reffort du Mercure
: Si les morceaux du même Auteur
inférés dans nos derniers Journaux de
1717 , lui ont concilié le fuffrage des
gens délicats , il me femble que celui - ci
en fera du moins auffi favorablement
reçû. Ony fentira une maniere neuve
& fine de penser, qui renduë par des
expreffions de génie , préfente aux
yeux de l'efprit , des tableaux finis :
Mais , c'est au Lecteur à l'apprécier
felon fa jufte valeur.
DE MAR S 101
D
Ans mes dernieres réfléxions ,
Madame , je vous en promis
de nouvelles fur les femmes de Qualité
: J'en vis l'autre jour deux ou trois
qui m'en fournirent quelques - unes ;
elles étoient , ce qu'on appelle , en négligé.
J'ai toujours regardé cet habit ,
comme un honnête équivalent de la
nudité- même : Vous verrez dans un
moment pourquoi je l'appelle équivalent
Les femmes ont un fentiment
de coquetterie qui ne defempare
jamais leur ame ; il eft viclent
dans les occafions d'éclat , quelquefois
tranquille dans les indifférentes ;
mais , toujours préfent , toujours fur
le qui- vive : C'eft en un mot , le mouvement
perpétuel de leur ame ; c'eft
le feu facré qui ne s'éteint jamais ;
de forte qu'une femme veut toujours
plaire,fans le vouloir par une réflexion
expreffe. La Nature a mis ce fentiment
chez elle , à l'abri de la diftraction
& de l'oubli : Une fême qui n'eft
plus coquette , c'est une femme qui
a ceffé d'être .
Mais , revenons à ma Théfe . J'ai
Iiij
702 LE MERCURE
nommé le négligé , l'équivalent de la
audité même : Pourquoi , Madame ?
Le voici.
Je vous ai dit que les femmes
eftoient coquettes fans relâche . Or ,
elles ne le font jamais plus , que quand
elles femblent vouloir infinuer qu'elles
ne le font pas. Le négligé , par exemple
, eft une abjuration fimulée de
coquetterie , mais , en même tems ,
le chef- d'oeuvre de l'envie de plaire..
L'habit magnifique donne de l'éclat
à l'aimable femme ; elle en devient
plus curieuſe à voir , mais , non pas
fi touchante ; elle en eft plus belle ,
& moins dangereufe ; & cet éclat
étranger qui faute au yeux , étouffe
l'impreffion des graces naturelles , &
divertit le fpectateur de l'attention
rifquable qu'il donneroit au refte.
Cette façon de fe montrer , eft plus .
fuperbe que délicate : Ufer d'ornemens
pour plaire , c'eft s'appuyer de feconds
, c'eft combattre avec rufe ; &
comme cela , la victoire n'est pas
nette. Ai-je plû comme femme ornée,
ou comme femme aimable ? Voilà la
fourde queftion qu'en pareils cas fe
fait une Dame ; argument dicté par
DE MARS 103
l'amour propre qui fe connoit en
vrais avantages , & qui fe juge à la
rigueur , quand il prévoit n'y rien
rifquer.
Pour vuider la queſtion , on a recours
au négligé , c'eft par lui qu'on
fait une épreuve de fes charmes , qui
finit les chicannes de l'amour propre ;
c'est par lui qu'on expofe la vérité
toute nue , & qu'on femble dire , me
voilà telle que m'a fait la Narure ;
voilà du moins une copie modefte de
l'original mais à vous dire vrai , ce
modefte eft fifuperficiel , qu'il ne gêne
en rien l'imagination des hommes.
Mais , me dirés - vous , les femmes fça
vent-elles ce libertinage d'imagination.
Je ne vous dirai pas fi elles le
fçavent ; mais , pour le peu qu'elles
s'en doutent , le négligé durera longtems.
:
Concluez fur tout ce que nous ve
nons de dire , Madame , que cet habit
a la fimplicité , la proprété , le
peu d'affectation des habits vraiment
modeftes ; mais , qu'il n'en a pas la
pudeur ; qu'il porte ,pour ainfi dire, le
caractére de la peu chafte vanité
qui l'inventa fans doute : Quand je
Liiij .
i04 LE MERCURE
dis peu chafte , je n'entends pas des
deffeins formellement mauvais ; mais,
de vifs fentimens de complaifance
pour fes charmes ; fentimens de qui
vient l'art de pallier la vérité fans
rien perdre , & de mettre fans blâme
fes appas dans leur plus dange-
Leufe posture.
:
Revenons aux Dames que je vis .
Une d'elles fe retira , je m'en allois
auffi Un Cavalier s'avança pour
lui parler. Je m'attendis fur le champ.
à quelque phrafe de manége , & je
ne me trompai point. Laiffez- moi , lui
dit- elle , je me fauve , je fuis faite
comme une folle . Sçavez- vous , Madame
, ce qu'une femme de Qualité
penfe confufément , toutes les fois
qu'elle prononce ce peu de mots.
Regardés moi ; je ne fuis point parée
comme les femmes doivent l'eftre ;
mon bon air & les graces de ma taille
ne font point équivoques ; tout naît
de moi , c'eft moi qui donne la forme
à mon habit , & non , mon habit qui
me la donne ; je fçai combien je fuis
aimable & touchante en cet état ;
mais , je dois paroiftre ne le pas fçavoir
; c'eft une grace de plus , que
DE MARS:
105
d'en avoir tant, & les ignorer : On les
voit , on les fent , on croit qu'elles
m'échappent;croyés - le de même , je
me fauve ,je fuis faite comme une folle .
Voilà , .Madame , ce que fignifie
le langage hipocrite dont nous parlons
; & le plaifant de cela , c'eft que
les hommes n'en expliquent que le
fens favorable , & que leur jugement
étourdi fait grace du refte à la Comédienne
, & glifle fur le ridicule
qu'il contient. Il y a là deffus bien
d'autres réflexions à faire , convenables
au feu de mon âge , mais d'un
vrai trop voifin de la licence : Quelque
agréable que foit le champ d'idées
qu'elles ouvriroient à mon efprit
, je vous les facrifie , Madame.
Que vous dirai- je encore ? Les femmes
de Qualité élevées dans les ufages
de Cour , qui fçavent leurs droits
& l'étendue de leurs libertés , ne rougiffent
pas d'avoir un Amant avoué ;
ce feroit rougir à la Bourgeoife
. De
quoi rougiffent
- elles donc ? C'eft de
n'avoir
point d'Amant
, ou de le
perdre. J'aurois
pû dire des Amans.
Le plurier ailleurs
deshonorant
, fait
ici cortége
glorieux
. Chaque
Païs a
105 LE MERCURE
fa guife . On fçait à la Cour le prix de
la vie , & l'on n'y admet nulle maxime
qui ne tende à la faire fentir .
Nous avons dit qu'elles y rougif
foient de n'avoir point d'Amant . Cela
n'eit pas difficile à comprendre , en
les fuppofant coquettes . Une femme
qui vit fans eftre aimée , vit dans l'opprobre
, & dans la derniere des réputations
; la plus galante des femmes
de Cour à le pas fur elle dans
l'eftime des hommes: Je ne fçai même ,
à bien examiner l'efprit de Cour , fi
cette plus galante n'eft pas dans mille
momens la plus eftimée. Les momens
font ceux où les Courtifans ne font
point de réfléxions raifonnables : Il
feroit hardi de parier qu'ils en fiffent
quelquefois
Il faut donc des Amans , il faut
même fe les conferver. Ah ! C'en eft
trop , me répondrés- vous : Ceci devient
férieux ; j'en conviens , Madame
, & trés férieux ; fur-tout , avec
des Amans de Cour , qui veulent bien
effuyer des délais de bienséance , qui
s'attendent bien à combattre des imitations
de vertu ; mais non pas , la
verin-même ; & qui fçavent,à un jour
DE MAR S. 107
prés , affigner la durée raisonnable de
ces imitations , qui foûpirent enfin ,
non , pour tâcher de vaincre , car , tâcher
,fuppofe des efforts pour un fuccés
douteux ; mais , parce que les foupits
font un cérémonial qui doit précéder
la récompenfe ; & qu'il eft de
l'ordre qu'une femme paroifle recompenfer
, & non, donner d'avance .
Comment donc conferver des
Amans de cette efpece ? Comment.
Comme on peut : Par des efpérances.
Ah grands Dieux ! Eit- il permis
d'en fouffrir l'idée dans un homme?
Une femme a-t - elle befoin d'un plus
grand oubli de vertu pour les remplir
, que pour les donner ? C'eft contefter
fur le tems , & non, fur le crime.
Oh, Madame Attendés : Ces efperances
qui vous choquent ,ne font pas
fi criminelles que vous le penfez : Si
nous parlions d'une femme ordinaire ,
j'entends , femme de Ville ou de Pro
vince , vos conféquences feroient juftes.
Une éducation roturiere , purgée
de licence, & qui lui a appris à obferver
les vertus à la lettre , lui défend
de fouffrir unAmant : Le fouffre- t- elle?-
Elle a fait un premier pas dans la voye
108 LE MERCURE
du crime : Lui perme- t- elle d'efperer ?
Elle en a fait mille.
En effet , avant que d'en venir là ,
que de diminutions journalieres dans
fa fageffe ? Que d'inutiles travaux de
pudeur ? Quelle fucceffion de mouvemens
libertins n'a- t- il pas fallu , pour
aguerrir fon ame , pour la familiarifer
avec l'idée du crime ? Elle donne des
efperances , le crime eft refolu , elle
l'envifage , elle s'y promet. Que ne s'y
livre- t-elle ? Ce n'est pas la pudeur qui
l'en empêche , c'eft le fouvenir d'en
avoir eu , qui la retarde .
Voilà , Madame , l'hiftoire du coeur
d'une femme ordinaire qui donne des
efperances Vous vous imaginez qu'il
en eft de même du coeur d'une femine
de Cour ; mais il n'y a rien de tout
celà. 1o , quoi qu'elle foit mariée ,
elle peut avoir un foûpirant ; il fait
comme partie de fon équipage : Quant
aux efperances qu'elle lui donne , c'eſt
un difcours en l'air , un proverbe , un
vaudeville de Cour : En fait de galanterie
, elle ne fçait pas ce qu'elle don
ne alors.
Mais , l'Amant qui en attend l'échéance
, comme d'un bon billet, preffe ,
DE MAR S.
109
s'impatiente , fait fes diligences , menace
d'infidelité ; & fi quelqu'un alors ,
ne vient heureufement fe préfenter
pour tenir fa place, en cas de deſertion,
je croi franchement qu'une femme
eft en peril manifefte .
L'on voit encore une autre forte de
femmes de Cour . Il eft , par exemple,
des Coquettes honoraires ; ce font celles
qui font leurs preuves d'agrêmens
& de charmes , en laiffant feulement
aborder les Amans ; & qui , refoluës
d'être fages , prennent de publiques
atteftations de la facilité qu'elles auroient
à fe mettre au rang des aimables
folles.
Ce n'eft pas là , vertu parfaite ;
mais que voulez- vous , Madame . La
corruption eft tellement fimpathique
avec le coeur humain , qu'on ne peut
l'en purger fibien , qu'il n'y refte fouvent
ou la honte de n'ofer paroître
fage , ou du penchant à ne pas l'être .
Là deffus , ne pouroit - on pas dire que
le vice eft comme l'Amant chéri de
l'ame ? Elle le regrête en y renonçant ,
& ne le hait jamais.
Il y ades femmes de Qualité plus
courageufes encore que ces dernieres ,
TIO LE MERCURE
& qui ne fouffrent point d'adorateurs :
On voudroit bien qu'elles fuffent coquettes
; elles fçavent qu'on le voudroit
bien , & le fçavent avec plaifir ;
voilà leur coquetterie : Il leur eft doux
d'être comptées comme des beautez
inacceffibles , il leur est doux , toutes
féqueftrées qu'elles font de la foule ,
d'inquiéter les fens des fpectateurs.
Je vous parlerois ici , Madame , des
femmes de Qualité devotes; mais c'eft
une efpece trop marquée : Il vous fuffira
de fçavoir en général que la devotion
dont il s'agit , les éloigne du
monde , fans le plus fouvent les approcher
de Dieu .
Quand je vois ces faintes Ames ,
je ne puis m'empêcher de les comparer
à ces Soldats que leurs bleffures envoyent
aux Invalides : Les bleffures
de nos femmes , c'eft l'âge , & le déchet
de leurs charmes : Adieu le
monde, belle vocation ! Les habits , le
maintien, le difcours, les démarches ,
tout eft pieux , le coeur même prend
du goût pour la façon des actions
pieufes , il aime fon métier ; le formulaire
ambulant ou contemplatif lui en
plaît on gémira fans douleur aux
DE MAR S. III
pieds des Autels, on verfera des pleurs
dont la fource fera , non , l'amourde
Dieu , mais la vive & jaloufe imitation
de cet amour ; je veux dire , que l'ame
entrera dans fon fujet , ainfi qu'un
Acteur Tragique entre dans la paffion
qu'il reprefente .
Mais , fans m'en appercevoir , je
traitte une matiere que je m'êtois d'abord
interdite. Peu s'en eft fallu , que
je ne parlaffe de ceux à qui nos Dames
confient leur confcience , gens au
profit dequi , tourne la pieté de nos devotes
, pendant que Dieu n'en a que
les honneurs .
Je ne fçai ; mais l'inquiétude , le
fcrupule toûjours renaiffant , & ces vifites
fréquentes chez l'homme de Dieu ,
font une image bien reffemblante des
mouvemens du coeur tendre , ce pouroit
être de l'amour qui n'a fait que
changer de nom ; peut- être que l'ame
s'y méprend elle -même & qu'elle
n'eft jamais plus profane , que quand
elle paroît fcrupuleufe .
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4173
p. 177-184
SUITE Des Caractéres de M. de Marivaux.
Début :
Vous voulés que je vous parle des beaux Esprits de Paris, Madame : La [...]
Mots clefs :
Esprit, Beaux esprits, Amour propre, Esprits, Auteurs, Officiers subalternes, Excellent, Médiocre, Philosophe, Matière, Goût, Idées, Sentiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE Des Caractéres de M. de Marivaux.
SUITE
Des Caracteres de M. de Marivaux.
Vousvoulés que je vous parle des
beaux Efprits de Paris, Madame : La
matiere eft fine ; & bien m'en prend d'avoir
un zéle d'obéïffance qui m'étourdit fur les
difficultez du . Sujet . Foferai donc obéir ,
mais obfervez , s'il vous plaît , Madame ,
qu'ici , tout mon devoir eft d'ofer , & point.
de reuffir ; à moins qu'il ne foit vrai , comme
on dit , que l'amour donne de l'efprit :
Nous fçaurons bientôt ce qu'il en faut croire;
car, je vais éprouver le proverbe , comme
partie capable , s'ilen fûr jamais .
Paris fourmille de beau Efprits : Il n'y
en eut jamais tant ; mais , il en eft d'eux à
peu prés , comme d'une armée ; il y a peu
d'Officiers généreaux , beaucoup d'Officiers
Subalternes , un nombie infini de Soldats..
178 LE MERCURE
J'appelle Officiers généraux , les Auteurs
qu'en fait d'ouvrages de goût , le
public avoie pour excellens .
Aprés eux , viennent les Grands Médioeres
dans le même genre de travail , & que
j'appellerai les premiers des Officiers Subalternes.
Imaginez vous , Madame , un efpace
entre l'excellent & le médiocre ; c'eſt celui
qu'ils occupent . Leurs idées font intermediaires
; ce n'eft pas que ce milieu qu'ils
tiennent , foit fenti de tout le monde ; il
n'appartient qu'au Lecteur excellent luimême
, de les y voir ; & leur Caractére
d'efprits générallement parlant , leur fait
tour à tour , & trop de tort , & trop d'honneur
: Trop de tort , parce que bien des gens
machinallement connoiffeurs du beau , ne
fe fentant pas affés frappés du ton de leurs
idées , les confondent avec les médiocres :
Trop d'honneur , parce que bien des gens
auffi , n'ayant qu'un goût peu fûr ,peu décifif,
les jugent excellens fur la foy du
peu de
plaifir qu'ils prennent à la lecture de leurs -
ouvrages .
*
Aprés eux , font les Médiocres , comme
les moindres des Officiers Subalterness
gens , dont le lent eft de fixer avec ordre
fur du papier , un certain genre d'idées raifonnables
, mais communes , qui fuffifent
pour le commerce & la conduite des honnêtes
gens entr'eux; & par là fi familieres ,
DE MAY. 179
qu'elles ne méritent pas d'être expreffement
offertes à la curiofité du lecteur un
peu délicat .
Difons un mot en paffant , des Efprits
du plus bas rang : Ce font ces Auteurs audeffous
du médiocre ; gens fi miférables ,
que c'eft fortune à eux de fixer même une
idée commune dans fon degré de force &
de justeffe ,
Tax
Un fi petit talent d'efprit ne vaut pas
dépenfe d'une plus grande analyfe. Qu'il
vous fuffife de fçavoir , Madame , que ces
Meffieurs n'ont point de nom ; qu'on ne
connoît chacun d'eux , ny par la chutte ny
par le fuccés particulier de leurs ouvrages .
Fuffe par la chutte : Ce feroit toujours être
connu par quelque chofe . Un Médiocre
compofe - t-il ? S'il tombe , du moins diton
; un tel est tombé , comme on dit , un
tel Officier a efté tué ; mais à l'égard de
ces derniers , on fçait en gros , que mille
de leurs productions paroiffent & ne vallent
rien ; c'eft comme un Bataillon qui fe
préfente , & que le moufquet fait tomber.
Qui eft-ce qui s'avifera de demander le
non des Soldats morts ?
Il y a d'autres Auteurs encore que nous
mettrons , fi vous voulez , au rang des
beaux Efprits : Ce font les Traducteurs ;
ils fçavent les Langues fçavantes , & reffufcitent
l'efprit des Anciens , qui , difentils
, vaut cent fois mieux que l'efprit des
180 LE MERCURE
Modernes : Du moins , faut -il avouer qu'ils
le croient de bonne-foy ; puifque nous ne
voyons pas qu'ils s'eftiment affez pour
penfer par eux - mêmes . C'eft agir conféquement
à leur principe .
Je vous aurois parlé plûtôt d'une autre
forte d'Auteurs , fi je n'avois jugé qu'ils
tiendroient à injure de fe voir au rang de
ceux qu'on appelle beaux Efprits : Ce font
les Philofophes & les Geomêtres . J'ai quelquefois
penfé au peu de cas que ces Meffieurs
la femblent faire des productions
de fentiment & de goût ; auffi bien qu'à
la diſtinction avantageufe que le publis
fait d'eux.
Un Gromêtre , difois-je , eft un homme
qui cherche pefamment & pas à pas , les
proportions que plufieurs lignes diverfement
tracées , ont enfemble.
Si celui qui fçait l'art de trouver ces
proportions , en demeure là ; s'il ne fent
les applications délicates de fes principes ;
s'il ne voit l'ufage détourné qu'il en peut ,
& qu'on en doit faire en tout exercice d'efprit
, il eft en verité bien peu de choſe.
Le bel Efprit , il eft vrai , ne s'eft pas
fait de la Geometrie une Science ifolée ;
il n'eft point Geomêtre ouvrier , c'est un
Architecte né , qui méditant un édifice , le
voit s'élever à fes yeux dans toutes fes parties
differentes ; il en mefure l'effet total
DE MA Y. 181
parun railonnement imperceptible & comme
fans progrés , qui,pour le Geomêtre, contiendroit
la valeur de mille raisonnemens
lentement fucceffifs. Le bel Efprit en un
mot, eft doué d'une avantageufe conformation
d'organe , de laquelle réfulte dans l'ame
un fentiment arrangé des impreffions qui la
frappent : Il eft entre les organes &fon ef
prit, d'heureux accords qui lui forment une
maniere de penfer , dont l'érenduë , l'évidence
, & la chaleur font un corps ; c'eft
trois , réduit en un ; je ne dis pas qu'il ait
chacune de ces qualitez dans la totalité
de leur force ; un fi grand bien eft audeffus
de l'homme , mais il en a ce qu'il faut pour
voller à une ſphere d'idées , dont non - feulement
les raports , mais la fimple veüe
paffe le Geomêtre .
-
A l'égard des Philofophes , la Nature"
& fes principaux effets ne font il pas le
noceud-gordien pour eux ? Nous fommesnous
à nous mêmes moins Enigmes , qu'il
y a quatre mille ans ? Qu'a pu penfer fur
l'homme un Philofophe , qu'un bel efprit
excellent ne puiffe nous dire , & plus ingenieufement
, & par des préceptes plus accommodez
à nos façons non refléchies de
connoître & de fentir ? A entendre f.ftueu-
Sement prononcer le nom de Philofophe ,
qui ne croiroit que fon étude eft d'un autre
gente que celle du be ! efprit ? L'homme
pour l'ordinaire, eft cependant leur fujet
182 LE MERCURE
1
commun. En quoi different - ils donc ? C'eft
que l'un traitre ce fujet dans un Poëme ,
dans uneOde ; l'autre le traitte dans un corps
de raifonnement qu'on appelle fiftême :
L'un gliffe l'inftruction à la faveur du fentiment
; c'eft un Maître careffant qui vous
fait des leçons utiles , mais intereffantes ;
l'autre eft un Pédaguogue qui vous régente
durement & dans un trifte filence.
Pourquoi donc penfe - t- on plus refpectueufement
du Philofophe que du bel Ef
prit ? Ne feroit- ce pas que le Philofophe
au fiftême , nous propofant une connoiffance
expreffe de nous mêmes , nous fait
penfer que nous fommes difficiles à comprendre
, & fans doute importans ; au lieu
que le Philofophe du Poëme ou de l'Ode ,
femble ne nous expofer à nos propres yeux,
que pour nous divertir : Ce deffein là ne
nous fait pas tant d'honneur.
Pardon , Madame , fi ceci m'a conduit
un peu loin : Ce que j'ai dit , eft une idée
que j'avois depuis long-tems dans l'efprit ,
& qui a trouvé jour. Revenons à nos Auteurs.
Je fçai que vous aimez à raifonner ;
je vais tâcher de vous fervir à vôtre goût.
L'amour propre eft à peu prés à l'efprit ,
ce qu'eft la forme à la matiere . L'un fuppofe
l'autre . Tout efprit a donc de l'amour
propre , comme toute portion de matiere
a fa forme : De même auffi que toute portion
de matiere eft pliable à une forme
DE MAY.-
པ
18
plus ou moins fine & variée , fuivant qu'elle
et plus ou moins fine & délicate ellemême
; de même encore , nôtre amour
propre eft-il plus ou moins fubtil , fuivant
que notre efprit a lui -même plus ou moins
de fineſſe .
Ces principes établis, concluons que l'Auteur
excellent eft de tous les Auteurs celui
dont l'amour propre doit être le plus
fubtil .
Tâchons d'en développer le jeu . Tout
homme vraiment fuperieur a fentiment de
fa fuperiorité. Il a les yeux bons , il voit
incontestablement ce qu'il eft ; or , il fe
complaît à fe voir , il s'eftime ; voilà le
début de fon amour propre ; il veut des
témoins de fes avantages : En voilà le progrez.
Il veut des témoins fans faveur , naïfs ,
irréprochables , portant témoignage avec
un étonnement qui les décele inferieurs ;
il veut mettre leur propre orgueil en défaut
il eft bon juge des moindres expreffions
de confufion qui échappent à cet orgueil
; il apprécie un gefte , le filence même
: Voilà la fineffe de l'amour propre excellent.
Mais , obfervez , Madame , que
cet amour propre eft à fon dernier période ,
quand avec l'art de ces appréciations dont
j'ai parlé , il joint encore l'art de dérober
fes inquiétudes fuperbes & de jouir de fes
découvertes , fans paroître y avoir tâché.
Infinuer qu'il eft bonnement , innocem-
;
784
+
LE MERC
ment fuperieur , efcamoter à ceux qu'il
furpaffe jufqu á la trifte confolation de
I appeller vain ; voilà le nec plus ultra de
l'orgueil d'Auteur.
Nous poursuivrons le reste une autrefois
Madame : Il vous divertira.
Des Caracteres de M. de Marivaux.
Vousvoulés que je vous parle des
beaux Efprits de Paris, Madame : La
matiere eft fine ; & bien m'en prend d'avoir
un zéle d'obéïffance qui m'étourdit fur les
difficultez du . Sujet . Foferai donc obéir ,
mais obfervez , s'il vous plaît , Madame ,
qu'ici , tout mon devoir eft d'ofer , & point.
de reuffir ; à moins qu'il ne foit vrai , comme
on dit , que l'amour donne de l'efprit :
Nous fçaurons bientôt ce qu'il en faut croire;
car, je vais éprouver le proverbe , comme
partie capable , s'ilen fûr jamais .
Paris fourmille de beau Efprits : Il n'y
en eut jamais tant ; mais , il en eft d'eux à
peu prés , comme d'une armée ; il y a peu
d'Officiers généreaux , beaucoup d'Officiers
Subalternes , un nombie infini de Soldats..
178 LE MERCURE
J'appelle Officiers généraux , les Auteurs
qu'en fait d'ouvrages de goût , le
public avoie pour excellens .
Aprés eux , viennent les Grands Médioeres
dans le même genre de travail , & que
j'appellerai les premiers des Officiers Subalternes.
Imaginez vous , Madame , un efpace
entre l'excellent & le médiocre ; c'eſt celui
qu'ils occupent . Leurs idées font intermediaires
; ce n'eft pas que ce milieu qu'ils
tiennent , foit fenti de tout le monde ; il
n'appartient qu'au Lecteur excellent luimême
, de les y voir ; & leur Caractére
d'efprits générallement parlant , leur fait
tour à tour , & trop de tort , & trop d'honneur
: Trop de tort , parce que bien des gens
machinallement connoiffeurs du beau , ne
fe fentant pas affés frappés du ton de leurs
idées , les confondent avec les médiocres :
Trop d'honneur , parce que bien des gens
auffi , n'ayant qu'un goût peu fûr ,peu décifif,
les jugent excellens fur la foy du
peu de
plaifir qu'ils prennent à la lecture de leurs -
ouvrages .
*
Aprés eux , font les Médiocres , comme
les moindres des Officiers Subalterness
gens , dont le lent eft de fixer avec ordre
fur du papier , un certain genre d'idées raifonnables
, mais communes , qui fuffifent
pour le commerce & la conduite des honnêtes
gens entr'eux; & par là fi familieres ,
DE MAY. 179
qu'elles ne méritent pas d'être expreffement
offertes à la curiofité du lecteur un
peu délicat .
Difons un mot en paffant , des Efprits
du plus bas rang : Ce font ces Auteurs audeffous
du médiocre ; gens fi miférables ,
que c'eft fortune à eux de fixer même une
idée commune dans fon degré de force &
de justeffe ,
Tax
Un fi petit talent d'efprit ne vaut pas
dépenfe d'une plus grande analyfe. Qu'il
vous fuffife de fçavoir , Madame , que ces
Meffieurs n'ont point de nom ; qu'on ne
connoît chacun d'eux , ny par la chutte ny
par le fuccés particulier de leurs ouvrages .
Fuffe par la chutte : Ce feroit toujours être
connu par quelque chofe . Un Médiocre
compofe - t-il ? S'il tombe , du moins diton
; un tel est tombé , comme on dit , un
tel Officier a efté tué ; mais à l'égard de
ces derniers , on fçait en gros , que mille
de leurs productions paroiffent & ne vallent
rien ; c'eft comme un Bataillon qui fe
préfente , & que le moufquet fait tomber.
Qui eft-ce qui s'avifera de demander le
non des Soldats morts ?
Il y a d'autres Auteurs encore que nous
mettrons , fi vous voulez , au rang des
beaux Efprits : Ce font les Traducteurs ;
ils fçavent les Langues fçavantes , & reffufcitent
l'efprit des Anciens , qui , difentils
, vaut cent fois mieux que l'efprit des
180 LE MERCURE
Modernes : Du moins , faut -il avouer qu'ils
le croient de bonne-foy ; puifque nous ne
voyons pas qu'ils s'eftiment affez pour
penfer par eux - mêmes . C'eft agir conféquement
à leur principe .
Je vous aurois parlé plûtôt d'une autre
forte d'Auteurs , fi je n'avois jugé qu'ils
tiendroient à injure de fe voir au rang de
ceux qu'on appelle beaux Efprits : Ce font
les Philofophes & les Geomêtres . J'ai quelquefois
penfé au peu de cas que ces Meffieurs
la femblent faire des productions
de fentiment & de goût ; auffi bien qu'à
la diſtinction avantageufe que le publis
fait d'eux.
Un Gromêtre , difois-je , eft un homme
qui cherche pefamment & pas à pas , les
proportions que plufieurs lignes diverfement
tracées , ont enfemble.
Si celui qui fçait l'art de trouver ces
proportions , en demeure là ; s'il ne fent
les applications délicates de fes principes ;
s'il ne voit l'ufage détourné qu'il en peut ,
& qu'on en doit faire en tout exercice d'efprit
, il eft en verité bien peu de choſe.
Le bel Efprit , il eft vrai , ne s'eft pas
fait de la Geometrie une Science ifolée ;
il n'eft point Geomêtre ouvrier , c'est un
Architecte né , qui méditant un édifice , le
voit s'élever à fes yeux dans toutes fes parties
differentes ; il en mefure l'effet total
DE MA Y. 181
parun railonnement imperceptible & comme
fans progrés , qui,pour le Geomêtre, contiendroit
la valeur de mille raisonnemens
lentement fucceffifs. Le bel Efprit en un
mot, eft doué d'une avantageufe conformation
d'organe , de laquelle réfulte dans l'ame
un fentiment arrangé des impreffions qui la
frappent : Il eft entre les organes &fon ef
prit, d'heureux accords qui lui forment une
maniere de penfer , dont l'érenduë , l'évidence
, & la chaleur font un corps ; c'eft
trois , réduit en un ; je ne dis pas qu'il ait
chacune de ces qualitez dans la totalité
de leur force ; un fi grand bien eft audeffus
de l'homme , mais il en a ce qu'il faut pour
voller à une ſphere d'idées , dont non - feulement
les raports , mais la fimple veüe
paffe le Geomêtre .
-
A l'égard des Philofophes , la Nature"
& fes principaux effets ne font il pas le
noceud-gordien pour eux ? Nous fommesnous
à nous mêmes moins Enigmes , qu'il
y a quatre mille ans ? Qu'a pu penfer fur
l'homme un Philofophe , qu'un bel efprit
excellent ne puiffe nous dire , & plus ingenieufement
, & par des préceptes plus accommodez
à nos façons non refléchies de
connoître & de fentir ? A entendre f.ftueu-
Sement prononcer le nom de Philofophe ,
qui ne croiroit que fon étude eft d'un autre
gente que celle du be ! efprit ? L'homme
pour l'ordinaire, eft cependant leur fujet
182 LE MERCURE
1
commun. En quoi different - ils donc ? C'eft
que l'un traitre ce fujet dans un Poëme ,
dans uneOde ; l'autre le traitte dans un corps
de raifonnement qu'on appelle fiftême :
L'un gliffe l'inftruction à la faveur du fentiment
; c'eft un Maître careffant qui vous
fait des leçons utiles , mais intereffantes ;
l'autre eft un Pédaguogue qui vous régente
durement & dans un trifte filence.
Pourquoi donc penfe - t- on plus refpectueufement
du Philofophe que du bel Ef
prit ? Ne feroit- ce pas que le Philofophe
au fiftême , nous propofant une connoiffance
expreffe de nous mêmes , nous fait
penfer que nous fommes difficiles à comprendre
, & fans doute importans ; au lieu
que le Philofophe du Poëme ou de l'Ode ,
femble ne nous expofer à nos propres yeux,
que pour nous divertir : Ce deffein là ne
nous fait pas tant d'honneur.
Pardon , Madame , fi ceci m'a conduit
un peu loin : Ce que j'ai dit , eft une idée
que j'avois depuis long-tems dans l'efprit ,
& qui a trouvé jour. Revenons à nos Auteurs.
Je fçai que vous aimez à raifonner ;
je vais tâcher de vous fervir à vôtre goût.
L'amour propre eft à peu prés à l'efprit ,
ce qu'eft la forme à la matiere . L'un fuppofe
l'autre . Tout efprit a donc de l'amour
propre , comme toute portion de matiere
a fa forme : De même auffi que toute portion
de matiere eft pliable à une forme
DE MAY.-
པ
18
plus ou moins fine & variée , fuivant qu'elle
et plus ou moins fine & délicate ellemême
; de même encore , nôtre amour
propre eft-il plus ou moins fubtil , fuivant
que notre efprit a lui -même plus ou moins
de fineſſe .
Ces principes établis, concluons que l'Auteur
excellent eft de tous les Auteurs celui
dont l'amour propre doit être le plus
fubtil .
Tâchons d'en développer le jeu . Tout
homme vraiment fuperieur a fentiment de
fa fuperiorité. Il a les yeux bons , il voit
incontestablement ce qu'il eft ; or , il fe
complaît à fe voir , il s'eftime ; voilà le
début de fon amour propre ; il veut des
témoins de fes avantages : En voilà le progrez.
Il veut des témoins fans faveur , naïfs ,
irréprochables , portant témoignage avec
un étonnement qui les décele inferieurs ;
il veut mettre leur propre orgueil en défaut
il eft bon juge des moindres expreffions
de confufion qui échappent à cet orgueil
; il apprécie un gefte , le filence même
: Voilà la fineffe de l'amour propre excellent.
Mais , obfervez , Madame , que
cet amour propre eft à fon dernier période ,
quand avec l'art de ces appréciations dont
j'ai parlé , il joint encore l'art de dérober
fes inquiétudes fuperbes & de jouir de fes
découvertes , fans paroître y avoir tâché.
Infinuer qu'il eft bonnement , innocem-
;
784
+
LE MERC
ment fuperieur , efcamoter à ceux qu'il
furpaffe jufqu á la trifte confolation de
I appeller vain ; voilà le nec plus ultra de
l'orgueil d'Auteur.
Nous poursuivrons le reste une autrefois
Madame : Il vous divertira.
Fermer
4174
p. 68-74
SUITE DES CARACTERES de M. de Marivaux.
Début :
Nous parlions l'autre jour de l'amour propre de l'Auteur excellent ou supérieur ; [...]
Mots clefs :
Madame, Auteur, Amour propre, Esprit, Monde, Homme supérieur, Ouvrages, Vanité, Estimer, Grands médiocres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES CARACTERES de M. de Marivaux.
SUITE DES CARACTERES
de M. de Marivaux .
N
Ous parlions l'autre jour de l'amour
propre de l'Auteur excellent ou fupérieur
; & je vous dis là deffus , Madame ,
que cet Auteur fçavoit fes avantages :
Qu'il fe difoit , je connois ma fupériorité ;
cela eft doux , mais , il me revient encore
un plaifir bien flateur à prendre ; c'eft de
voir les autres , la connoître avec moi.
Ces autres , Madame , ce font des hommes
orgueilleux , comme lui ; qui compofent
ou qui ne compofent pas . Mais en un
mot , qui ont de l'efprit , qui font marqués
dans le monde , comme gens qui en ont
beaucoup , qui s'en croyent encore davantage
, parce qu'ils fuppofent que le Public
jaloux,loue modiquement , & que quand
il va pour nous jufqu'à l'eftime
c'eft figne qu'il devroit aller plus loin :
Gens enfin qui font fentinelle , fur tout à
ce qui paroît de beau , qui vont & viennent
pour en arrêter les impreffions , dans la
crainte que ce beau ne leur nuife , & qu'en
penfant indirectement à eux , on ne préfumât
pas qu'ils pûffent en faire ou dire
autant & même plus.
>
>
Voilà , Madame , quels font ceux de qui
DE JUIN. 69
l'Auteur fupérieur veut un hommage .
Cet hommage ; je vous ai dit ce que c'étoit
: Ce n'eft le plus fouvent qu'un gefte
un mot ; c'eft le filence mefme de certaine
espéce.
>
Il faut eftre bien fin, pour expliquer de pareils
fignes que la jaloufie de ceux meſmes à
qui ils échappent , rend obfcurs : Ce font
comme des Enigmes , dont l'homme fupépérieur
a le talent de trouver le Mot; mais ,
il fe garde bien de laiffer apperçevoir qu'il
l'a trouvé .
Non pas , qu'il paroiffe indifférent aux
louanges formelles qu'on veut bien lui donner
; l'air d'indifférence feroit trop groffier ,
& qui veut trop prouver , ne prouve rien.
Ce n'eft pas là le party qu'il prend ; cela
ne feroit digne que d'un mal- droit qui
ne fçauroit pas qu'il eft des occafions , où
pour faire mystére de toute fa vanité , il
faut en montrer un peu ; parce qu'il ne leroit
pas naturel de n'en point avoir alors ,
& de ne pas reffembler à tous les autres
hommes & c .
,
Bien loin donc d'eftre indifférent aux éloges
, illes reçoit d'un air ingénu , par lequel
il femble dire : Tenés , Meffieurs , je
n'y entends point de fineffe ; franchement
vôtre approbation me ffate ; j'ai du plaiſir
à vous voir eftimer ce que j'ai fait ; vous
récompenfés mon travail,
Et voilà , Madame , ce qui s'appelle agir
70 LE
MERCURE
en habile homme : Voulés- vous fçavoir ce
qui arrive de cela .
Il a forcé les autres à l'admirer ; ils
ont rougi de fe trouver inférieurs . Imaginez
- vous une jolie femme qui n'a pû
s'empêcher de convenir avec elle - même
, que fes appas le cédent à ceux de
fa Compagne . Quelle mortification ?
Eh bien , nos gens ont fenti un chagrin
de la même nature ! Mais , de la façon
dont s'y prend l'homme fupérieur , ils fe
trouvent foulagez .
Ils ont comprendre qu'il n'a pas apperçu
l'excez humiliant de leur admiration
; c'eft autant de diminué fur la honte
de l'avoir fenti Ils n'en ont û de témoins
qu'eux- mêmes ; ce témoin là n'eſt
point incorruptible , on peut fe fauver
avec lui ; à la fin , il fe trouvera qu'il
s'eft trompé.
D'ailleurs , cet homme fupérieur auroit
pû furprendre leur fécret ; il l'ignore ,
il ne leur a pas fait tout le mal qu'il pouvoit
leur faire ; ils l'en haïffent moins ,
ils le fupportent ; volontiers même lui veulent-
ils du bien ; parce que l'ignorance
où il eft de ce qu'il vaut , les mer plus
à leur aife en le loüant , & rend la loüange
fans conféquence , & de pair à pair :
Voici un homme , difent-ils , qui n'abufera
point de l'eftime que nous lui montrerons
; il l'a fimplement efpérée , &
DE JUIN. 71
cela nous fait honneur : Car , efpérer un
bien , c'eft l'eftimer foi - même : En n'en
regardant pas l'acquifition comme infaillible
, c'eft nous dire , je fouhaite de l'obtenir
; jugez fi je le mérite. Nous voici
donc juges & difpenfateurs de ce bien
qu'il attend ; c'eft jouer un rolle avantageux
, & plus noble que le fien même.
Aprés ces courtes réfléxions , qui dans
l'efprit de nos admirateurs , s'arrangent
en un inftant , & non par, reprifes comme
ici ; Le croiriez - vous , Madame , Madame , l'affront
s'oublie , leur dépit paffe , l'art de l'Auteur
a mis , pour ainfi dire , un appareil
à tout ; il fort juftifié , parce qu'il a fçû
raccommoder les autres avec eux - mêmes,
en amuſant leur vanité par de petits profits
, qui lui font regarder fon defavanta
ge paffé , comme une fauffe allarme .
Que conclure de la confiance de nos
Dupes , qui croient s'eftre effarouchés malà
propos ?
Que l'homme vraiment fupérieur , eſt
celui qui fçait plier les autres à lui ſouffrir
, à lui pardonner fa fupériorité : Tout
homme fupérieur qui révolte les autres ,
n'eft pas fi fupérieur que l'on penfe ; je
dis , quand même on lui paffe en fécret
qu'il l'eft : Illui manque au moins de voir
qu'il intereffe la malice des autres à lui
refufer nettement , pour le punir , ce qu'il
veut emporter à force ouverte , & ce qu'il
72
LE MERCURE
qu'il pourroit obtenir fans bruit.
Car , quoique l'Auteur dont je vous
ai parlé , Madame , ait fait penfer aux
autres qu'ils traitent avec lui de pair
à pair ; cependant , le dépit de fe fentir
inférieurs les petites illufions dont ils
ont eu befoin pour perdre ce fentiment d'infériorité
, tant de mouvemens enfin , ont
laiffé chez eux des traces de ce fentiment-
même ; & l'Auteur revient fi fouvent
à la charge , les réveille fi fouvent,
ces traces , qu'elles fe fortifient au point
que petit à petit les illufions n'ont plus
de prife .
Voilà ce qui arrive en faveur de l'homme
fupérieur , quand il fçait fe ménager.
Ses Ouvrages peuvent impunément
mortifier l'orgueil des autres , pourvû
que par fa conduite perfonnelle , il repare
l'effet de fes Ouvrages : Il les gâte en
les appuyant de fa voix , qu'il fe réjoüiffe
de ce que les autres les trouvent bons ;
il doit alors des démonftrations de joye à
ceux qui l'environnent , & qu'il irriteroit ,
s'il ne paroiffoit touché de leur approbation
II lesa bleflé par l'excés de fes talens,
qu'il les guériffe , en ne s'en prévalant
que de leur aveu ; ce fera tenir
d'eux fes plaifirs. Par là , il calmera leur
orgueil par cet orgueil même : Ils ont
efté fachés de le fentir au deffus d'eux ,
ile
DE JUIN. · 73
ils feront Autez de penfer qu'il ne fe croit
loüable que fur leur parole ; il gouver
nera leur amour propre , tandis qu'ils s'i
magineront qu'ils gouvernent le fien.
·
Difons encore un mot de l'Auteur dont
j'ai d'abord peint l'amour propre : Si par
hazard , il fe trouve dans le monde avec
de Grands Médiocres , & qu'on vienne
à parler d'Ouvrages , quel parti croyezvous
que lui fera prendre fa vanité ?
De mettre les fiens fur le tapis ? Non
Madame , mais bien ceux des Grandsmédiocres.
Dans le monde , on eft fort perfuadé
que ces Meffieurs ont de l'efprit ; mais,
comme cet efprit eft entre deux fers , ni
excellent, ni médiocre ; la réputation qu'il
leur produit , eft comme indécife ; on ne
fçait pas bien à quel dégré d'eftime il
faut les honorer : Parler d'eux alors ,
leur donner occafion de briller , c'eft donner
fujet aux autres de les eftimer plus
hardiment , de fe déterminer du moins
fur leur compre ,, le plus favorablement
qui fera poffible ; c'eft leur procurer une
bonne fortune de paffage .
Vous me demanderez pourquoi leur
prêter ce fecours , & fe taire fur fon chapitre
?
Tout doucement , Mada te , car voici
un des plus fins & des plus fuperbes procédés
de l'amour propre dans nôtre Au
Juin 1718 ,
G
74
LE MERCURE
teur ; voyons ce qu'il penfe.
Il s'agit d'Ouvrages : Si je parle des
miens , mes inférieurs parleront des leurs ;
on me loüera , on les louera de même ,
& me voilà compromis ; car , ils feront
comparaifon avec moi . Non , non , faifons
garder le refpect qui m'eft dû : Je fuis defhonoré
fi l'on me loüe , & l'éloge ici le
plus digne de moi , c'eft de n'en point recevoir.
Qu'ils brillent au contraire , ces inférieurs
, & qu'ils brillent par moi- même
, le Géant a bonne grace à louer la
force des hommes ; c'eft montrer à l'oeil
fa grandeur & leur petiteffe . A leur égard ,
ils ne remarqueront pas l'affront que leur
fait mon fuffrage : La remarque eft au
deffus d'eux .
Voilà , Madame , ce que fignifie le
fecours dont vous vous étonniés , & que
nôtre Auteur prête aux Grands- Médiocres .
Une autrefois , Madame , nous verrons
le refte : Je vous parlerai des Mediocres ,
enfuite des Traducteurs , ou des amateurs
des Anciens : Vous verrez les combats
qu'ils ont livrez aux Modernes & leurs
malheurs : Préparés- vous , en attendant
à les regarder comme une Famille ruinée ,
où tout le monde jufqu'aux domestiques
fe plaint de la partie adverfe , & des indifférens
même au Procés.
de M. de Marivaux .
N
Ous parlions l'autre jour de l'amour
propre de l'Auteur excellent ou fupérieur
; & je vous dis là deffus , Madame ,
que cet Auteur fçavoit fes avantages :
Qu'il fe difoit , je connois ma fupériorité ;
cela eft doux , mais , il me revient encore
un plaifir bien flateur à prendre ; c'eft de
voir les autres , la connoître avec moi.
Ces autres , Madame , ce font des hommes
orgueilleux , comme lui ; qui compofent
ou qui ne compofent pas . Mais en un
mot , qui ont de l'efprit , qui font marqués
dans le monde , comme gens qui en ont
beaucoup , qui s'en croyent encore davantage
, parce qu'ils fuppofent que le Public
jaloux,loue modiquement , & que quand
il va pour nous jufqu'à l'eftime
c'eft figne qu'il devroit aller plus loin :
Gens enfin qui font fentinelle , fur tout à
ce qui paroît de beau , qui vont & viennent
pour en arrêter les impreffions , dans la
crainte que ce beau ne leur nuife , & qu'en
penfant indirectement à eux , on ne préfumât
pas qu'ils pûffent en faire ou dire
autant & même plus.
>
>
Voilà , Madame , quels font ceux de qui
DE JUIN. 69
l'Auteur fupérieur veut un hommage .
Cet hommage ; je vous ai dit ce que c'étoit
: Ce n'eft le plus fouvent qu'un gefte
un mot ; c'eft le filence mefme de certaine
espéce.
>
Il faut eftre bien fin, pour expliquer de pareils
fignes que la jaloufie de ceux meſmes à
qui ils échappent , rend obfcurs : Ce font
comme des Enigmes , dont l'homme fupépérieur
a le talent de trouver le Mot; mais ,
il fe garde bien de laiffer apperçevoir qu'il
l'a trouvé .
Non pas , qu'il paroiffe indifférent aux
louanges formelles qu'on veut bien lui donner
; l'air d'indifférence feroit trop groffier ,
& qui veut trop prouver , ne prouve rien.
Ce n'eft pas là le party qu'il prend ; cela
ne feroit digne que d'un mal- droit qui
ne fçauroit pas qu'il eft des occafions , où
pour faire mystére de toute fa vanité , il
faut en montrer un peu ; parce qu'il ne leroit
pas naturel de n'en point avoir alors ,
& de ne pas reffembler à tous les autres
hommes & c .
,
Bien loin donc d'eftre indifférent aux éloges
, illes reçoit d'un air ingénu , par lequel
il femble dire : Tenés , Meffieurs , je
n'y entends point de fineffe ; franchement
vôtre approbation me ffate ; j'ai du plaiſir
à vous voir eftimer ce que j'ai fait ; vous
récompenfés mon travail,
Et voilà , Madame , ce qui s'appelle agir
70 LE
MERCURE
en habile homme : Voulés- vous fçavoir ce
qui arrive de cela .
Il a forcé les autres à l'admirer ; ils
ont rougi de fe trouver inférieurs . Imaginez
- vous une jolie femme qui n'a pû
s'empêcher de convenir avec elle - même
, que fes appas le cédent à ceux de
fa Compagne . Quelle mortification ?
Eh bien , nos gens ont fenti un chagrin
de la même nature ! Mais , de la façon
dont s'y prend l'homme fupérieur , ils fe
trouvent foulagez .
Ils ont comprendre qu'il n'a pas apperçu
l'excez humiliant de leur admiration
; c'eft autant de diminué fur la honte
de l'avoir fenti Ils n'en ont û de témoins
qu'eux- mêmes ; ce témoin là n'eſt
point incorruptible , on peut fe fauver
avec lui ; à la fin , il fe trouvera qu'il
s'eft trompé.
D'ailleurs , cet homme fupérieur auroit
pû furprendre leur fécret ; il l'ignore ,
il ne leur a pas fait tout le mal qu'il pouvoit
leur faire ; ils l'en haïffent moins ,
ils le fupportent ; volontiers même lui veulent-
ils du bien ; parce que l'ignorance
où il eft de ce qu'il vaut , les mer plus
à leur aife en le loüant , & rend la loüange
fans conféquence , & de pair à pair :
Voici un homme , difent-ils , qui n'abufera
point de l'eftime que nous lui montrerons
; il l'a fimplement efpérée , &
DE JUIN. 71
cela nous fait honneur : Car , efpérer un
bien , c'eft l'eftimer foi - même : En n'en
regardant pas l'acquifition comme infaillible
, c'eft nous dire , je fouhaite de l'obtenir
; jugez fi je le mérite. Nous voici
donc juges & difpenfateurs de ce bien
qu'il attend ; c'eft jouer un rolle avantageux
, & plus noble que le fien même.
Aprés ces courtes réfléxions , qui dans
l'efprit de nos admirateurs , s'arrangent
en un inftant , & non par, reprifes comme
ici ; Le croiriez - vous , Madame , Madame , l'affront
s'oublie , leur dépit paffe , l'art de l'Auteur
a mis , pour ainfi dire , un appareil
à tout ; il fort juftifié , parce qu'il a fçû
raccommoder les autres avec eux - mêmes,
en amuſant leur vanité par de petits profits
, qui lui font regarder fon defavanta
ge paffé , comme une fauffe allarme .
Que conclure de la confiance de nos
Dupes , qui croient s'eftre effarouchés malà
propos ?
Que l'homme vraiment fupérieur , eſt
celui qui fçait plier les autres à lui ſouffrir
, à lui pardonner fa fupériorité : Tout
homme fupérieur qui révolte les autres ,
n'eft pas fi fupérieur que l'on penfe ; je
dis , quand même on lui paffe en fécret
qu'il l'eft : Illui manque au moins de voir
qu'il intereffe la malice des autres à lui
refufer nettement , pour le punir , ce qu'il
veut emporter à force ouverte , & ce qu'il
72
LE MERCURE
qu'il pourroit obtenir fans bruit.
Car , quoique l'Auteur dont je vous
ai parlé , Madame , ait fait penfer aux
autres qu'ils traitent avec lui de pair
à pair ; cependant , le dépit de fe fentir
inférieurs les petites illufions dont ils
ont eu befoin pour perdre ce fentiment d'infériorité
, tant de mouvemens enfin , ont
laiffé chez eux des traces de ce fentiment-
même ; & l'Auteur revient fi fouvent
à la charge , les réveille fi fouvent,
ces traces , qu'elles fe fortifient au point
que petit à petit les illufions n'ont plus
de prife .
Voilà ce qui arrive en faveur de l'homme
fupérieur , quand il fçait fe ménager.
Ses Ouvrages peuvent impunément
mortifier l'orgueil des autres , pourvû
que par fa conduite perfonnelle , il repare
l'effet de fes Ouvrages : Il les gâte en
les appuyant de fa voix , qu'il fe réjoüiffe
de ce que les autres les trouvent bons ;
il doit alors des démonftrations de joye à
ceux qui l'environnent , & qu'il irriteroit ,
s'il ne paroiffoit touché de leur approbation
II lesa bleflé par l'excés de fes talens,
qu'il les guériffe , en ne s'en prévalant
que de leur aveu ; ce fera tenir
d'eux fes plaifirs. Par là , il calmera leur
orgueil par cet orgueil même : Ils ont
efté fachés de le fentir au deffus d'eux ,
ile
DE JUIN. · 73
ils feront Autez de penfer qu'il ne fe croit
loüable que fur leur parole ; il gouver
nera leur amour propre , tandis qu'ils s'i
magineront qu'ils gouvernent le fien.
·
Difons encore un mot de l'Auteur dont
j'ai d'abord peint l'amour propre : Si par
hazard , il fe trouve dans le monde avec
de Grands Médiocres , & qu'on vienne
à parler d'Ouvrages , quel parti croyezvous
que lui fera prendre fa vanité ?
De mettre les fiens fur le tapis ? Non
Madame , mais bien ceux des Grandsmédiocres.
Dans le monde , on eft fort perfuadé
que ces Meffieurs ont de l'efprit ; mais,
comme cet efprit eft entre deux fers , ni
excellent, ni médiocre ; la réputation qu'il
leur produit , eft comme indécife ; on ne
fçait pas bien à quel dégré d'eftime il
faut les honorer : Parler d'eux alors ,
leur donner occafion de briller , c'eft donner
fujet aux autres de les eftimer plus
hardiment , de fe déterminer du moins
fur leur compre ,, le plus favorablement
qui fera poffible ; c'eft leur procurer une
bonne fortune de paffage .
Vous me demanderez pourquoi leur
prêter ce fecours , & fe taire fur fon chapitre
?
Tout doucement , Mada te , car voici
un des plus fins & des plus fuperbes procédés
de l'amour propre dans nôtre Au
Juin 1718 ,
G
74
LE MERCURE
teur ; voyons ce qu'il penfe.
Il s'agit d'Ouvrages : Si je parle des
miens , mes inférieurs parleront des leurs ;
on me loüera , on les louera de même ,
& me voilà compromis ; car , ils feront
comparaifon avec moi . Non , non , faifons
garder le refpect qui m'eft dû : Je fuis defhonoré
fi l'on me loüe , & l'éloge ici le
plus digne de moi , c'eft de n'en point recevoir.
Qu'ils brillent au contraire , ces inférieurs
, & qu'ils brillent par moi- même
, le Géant a bonne grace à louer la
force des hommes ; c'eft montrer à l'oeil
fa grandeur & leur petiteffe . A leur égard ,
ils ne remarqueront pas l'affront que leur
fait mon fuffrage : La remarque eft au
deffus d'eux .
Voilà , Madame , ce que fignifie le
fecours dont vous vous étonniés , & que
nôtre Auteur prête aux Grands- Médiocres .
Une autrefois , Madame , nous verrons
le refte : Je vous parlerai des Mediocres ,
enfuite des Traducteurs , ou des amateurs
des Anciens : Vous verrez les combats
qu'ils ont livrez aux Modernes & leurs
malheurs : Préparés- vous , en attendant
à les regarder comme une Famille ruinée ,
où tout le monde jufqu'aux domestiques
fe plaint de la partie adverfe , & des indifférens
même au Procés.
Fermer
4175
p. 71-84
Lettre à Monsieur Buchet : Contenant la Traduction de quelques endroits d'un Livre Anglois intitulé : Le Causeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff.
Début :
MONSIEUR, Je vous envoye ce que vous m'avez demandé, [...]
Mots clefs :
Homme, Bien, Vie, Rire, Café, Traduction, Mort, Public, Mari, Amis, Anglais, Style, Neige, Ridicule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Monsieur Buchet : Contenant la Traduction de quelques endroits d'un Livre Anglois intitulé : Le Causeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff.
Lettre à Monfieur Buchet :
Contenant la Traduction de quelques en
droits d'un Livre Anglois intitulé : Le
Caufeur , ou les Veilles du fieur Iſaac
Bixerſtaff.
MONSIEUR ,
Je vous envoye ce que vous m'avez de
mmandé , mais je crains que vous n'en foyés
pas auffi content que vous avés cru. Vous
allez trouver de longues phrafes , des expreffions
hazardées , & peut- être des Anglicifmes
Ce n'eft pas tout , la maniere
de penfer vous paroîtra même bizarre.
Vous ferez choqué de l'Original & de la
Traduction , à moins que vous ne vous
prêtiez à tout ce que je m'en vais vous
dire.
L'Auteur,qui eft M. le Chevalier Steele,
celui à qui nous devons le Spectateur,
fe donne ici pour un vieux Aftrologue
Devin de profeffion , de plus Jurifconfulte ,
& Medecin. Un homme de cette efpece
doit parler d'une maniere peu commune ;
il eft impoffible de s'éloigner de la façon
de vivre de la plufpart des hommes , fans
72 LE MERCURE
2-
s'éloigner de leur façon de parler.
Voila pour l'Auteur , voici pour moi
Le ftile du Caufeur , eft tiffu d'expreffions
fertes & chargées , avec des mots hazardez
même en Anglois , la plus libre de toutes
les Langues. Il ne faut pas auffi vous déguifer
que tout cela a trés-bien réuffi en
Angleterre , & que fi ma Traduction n'eſt
pas goûtée en France , ce ne fera pas une
veritable Traduction . Cependant , il a
fallu traduire & non pas compofer . C'est
pourquoi j'ai cru devoir prendre un ftile
approchant du fien. A l'égard des Anglicifmes
, s'il y en a , je voudrois qu'ils fuffent
des fautes heureufes , & qu'on pûr
furmonter la mauvaife honte qui nous empêche
de prendre chez nos voifins ce qui
nous accommode , dans le tems qu'ils fe
font un merite de s'approprier ce que nous.
avons à leur bienféance.
J'ai peut -être imité de certaines negligences
qu'on ne me paffera point ; mais je fuis
perfuadé que le fens ne fçauroit être trop à
fon aife dans nos paroles , & que la trop
grande exactitude le gêne fouvent .
2
Entrons maintenant dans les vûës de M.
Ifaac Bickerstaff: Vous fçaurez d'abord
qu'il paroiffoit une demie feuille de fes
Veilles , trois fois la femaine , & qu'on les
diftribuoit dans les Caffez comme les Ga-'
zettes .
Dés l'entrée de fon Ouvrage , il approu
ve
DE SEPTEMBRE. 73
ve beaucoup les Gazettes ; mais , ajoutet'il
, comme il y a plufieurs bons Citoyens
à qui le zele du bien public fait negliger
leurs affaires, pour aller raifonner fur celles.
de l'Etat , il femble que ces Journaux
devroient être faits pour eux preferablement:
aux autres . Et d'autant que ces Meffieurs
ont d'ordinaire beaucoup de zele & peu de
connoiffance , c'est une oeuvie également
charitable & neceffaire, que de leur fournir
de quoi penfer aprés avoir lu. C'eft le deffein
de ce Journal , qui traittera de toutes
les matieres qui me tomberont fous la main.
Il promet d'y en inferer pour le beau
Sexe , puifque c'eft en fon honneur qu'il
a pris le titre de Caufeur.
Enfuite il dit , que tous les articles de
Galanterie feront datez du Caffé de White:
Ceux qui regardent la Poëfie , du Caffé
de Will: Ceux d'érudition , du Caffé
Grec : Qu'à l'égard des Nouvelles étrangeres
& domeftiques , elles viendront du
Caffé de S. James ; & que tout ce qu'il
aura à dire fur d'autres matieres , fera daté
de fon appartement.
Il finit en badinant fur les frais qu'il eft
obligé de faire en liqueurs & en tabac
d'Elpagne , pour entretenir de bonnes
correfpondances dans tous ces Caffez ; &
fur le don de prédire les chofes futures ,
dont il n'ofe faire que trés peu d'ufage ,
peur d'offenfer fes Superieurs.
Septembre 1719.
de
G
$4
LE
MERCURE
Aprés cette petite préparation , il ne me
refte qu'une chofe à dire , c'eſt que je n'ai
pas prétendu vous donner ici les plus beaux
endroits ; ce font les premiers morceaux
détachez que j'ai trouvé en parcourant le
Livre , & même j'ai été obligé d'y retran
cher bien des chofes . Dans la fuite je
pourrai vous en envoyer d'autres .
Si l'on condamne l'Auteur fur ma Traduction
, on aura tort ; fi l'on approuve
P'un & l'autre , je n'y veux d'autre gloire
que celle de vous avoir fait plaifir , &
d'être reputé , Monfieur , V.T. H. &
T. O. ferviteur L ***
Au Caffé de White.
Une Dame inconnuë me fit l'autre jour
l'honneur de me venir voir. Elle paroiffoit
âgée d'environ trente ans ; brune , mais
trés agreable : La fanté brilloit fur fon
vifage , & fes yeux avoient une certaine
vivacité qui ne convenoit guéres , felon
moi , au ton plaintif dont elle commençoit
à me parler. Je ne fçai fi elle s'en apperçut
, mais tout à coup elle baiffa la vue &
me dit , Monfieur Bickerstaff, vous voyez
devant vous la plus malheureufe de toutes
les Femmes . Comme vous avez la reputa
tion d'être auffi grand Jurifconfulte qu'Af
trologue ou Medecin , je viens implorer
Nos confeils & votre fecours , pour me
DE SEPTEMBRE. -75
faire obtenir la caffation d'un Mariage qui
doit être nul par toutes les loix du monde.
Madame , répondis -je , fi vous attendez
quelque fecours de moi , ayez la bonté de
vous expliquer nettement fur tous vos
griefs . Je ne croyois pas , Monfieur , repliqua-
t'elle , qu'il fût befoin de la moitié
de votre fcience , pour deviner ce qui
peut porter une Femme à fe feparer de fon
Mari. Cela eft vrai , Madame , repartisje,
mais il n'eft pas ici queftion de deviner,
on n'établit pas un Procés fur des conjec
tures : Quand on fçauroit même tout ce
que vous avez à dire , cela ne vous avavanroit
de rien , à moins que vous ne le difiez
vous- même. Alors , fe cachant le vifage
de fon éventail , mon Mari , dit- elle , n'eft
pas plus Mari ( ici elle ne put retenir fes
larmes ) que les Italiens qui chantent à
l'Opera.
Madame , lui dis- je , les Loix peuvent
apporter du remede à vôtre affliction ;
mais envifagez les mortifications que vous
aurez à effuyer , fi vous la rendez publique.
Pourrez - vous foûtenir la rifée de toute
une Cour , les reflexions licentieufes
des Avocats , & fur tout les couleurs qu'on
donnera dans le monde à votre conduite ?
. Combien peu , dira-t'on , cette Dame
fçavoit moderer fes defirs ! J'allois continuer
, mais elle me dit avec quelque émotion
, Monfieur Bickerftaff , je vous ai
Gij
76 LE MERCURE
donné demie Guinée en entrant , afin de
fçavoir vôtre avis fur la maniere dont je
dois m'y prendre, pour obtenir un divorce,
& afin d'apprendre ce qui me doit arriver :
C'eft à vous de voir . Oh , Madame , interrompis-
je ! vous ferez fatisfaite dites
moi , s'il vous plaît , quel âge a vôtre Mari
Ila , répondit la belle affligée , cinquante
ans & il y en a quinze que nous
fommes mariez. Mais , Madame , lui disje
, il auroit fallu vous plaindre plûtôt ,
n'aviez-vous pas des Parens , des Parens , des Amis
aufquels vous puiffiez vous fier ? Helas ,
répondit- elle , il n'a été ainfi que depuis
quinze jours !
Je vous avoue que ma gravité fut démontée
à cette fois , & que je ne pus
m'empêcher de rite. Je lui dis que les
Loix ne pouvoient remedier à de tefs malheurs
; mais cela ne la fatisfit point ; elle
fortit en me difant qu'elle s'adrefferoit à
un jeune Legifte d'Oxford , qui a cent fois
plus de fçavoir que moi , & que toute ma
Famille enfemble. C'eft ainfi que j'ai
perdu ma Cliente. Cependant , fi cette ennuyeufe
narration pouvoit empêcher Paftorella
d'époufer un homme qui eft plus
vieux qu'elle de vingt ans , je confentirois
volontiers , & cela, pour le falut d'une belle
perfonne , que mon fçavoir fût decrié, &
qu'on reliât mes Prédictions avec l'Almamach
de Milan.
DE SEPTEMBRE. 77
Au Caffé de Will.
Je me fuis fouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui pis eft , ils rendent
public ce qui ne vaut rien en particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé jufques
chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amis abfens de fort
рей
de profit & d'inftruction . C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'écrire
de maniere à me faire fouhaiter d'être
avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde , qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir , autant
que les plantes qui y croiffent. Un de
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres , qui ne me déplait pas trop .
"
Mon cher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pour ne pas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommet de la plus haute Montagne de Suiffe,
fur laquelle je friffonne maintenant au milieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE
MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre , quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft . Mon encre gele au fort de la Canicule.
En recompenfe j'ai le plaifir de voir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre ; me voici fur un tas qui
s'éboula du tems de Charlemagne ou de Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans ne font pas une des moindres
curiofitez du Païs . Dans leurjeuneffe ,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cinquante
ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont de refte,
achever leurs jours parmi leurs Montagnes
natales. Un des Gentilshommes du lien , qui en a été quitte
pour
un oeil , m'a dit par
maniere
de vanterie
, qu'il y avoit
à prefent
Sept jambes
de bois dans fa Famille
, &
que depuis
fept generations
, on n'avoit
enterré
aucun
mâle
de fa branche
tout à la fois. Vous
trouverez
peut-être mon ftile
auffi
extraordinaire
que tout cela ; mais
Souvenez
- vous qu'il eft dit dans une de nos Comedies
, que les gens
qui parlent
fur les
nuages
, ne doivent
pas être affervi
à mettre
du fens dans leurs
difcours
. Je me croi en droit
d'ufer
du même
privilege
, moi qui
voy les nuages
au deßous
de moi. En quelque
lieu que je fois , je ferai toûjours
, &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes , on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte-
Fité la plus éloignée.
Au Caffé de Will.
M. Dactile a déployé fon éloquence ce
foir fur le talent de tourner les chofes en
ridicule. Il difoit trés juftement qu'il s'y
feucontroit d'ordinaire quelque chofe de
trop bas pour la focieté des honnêtes gens
à moins qu'on ne le modifiât felon les circonftances
des perfonnes , du tems & du
lieu. Un honnête homme , continua- t'il ,
doit fe fervir de ce talent comme de fon
épée , pour fa feule défeufe , & jamais offenfivement
, à moins que ce ne foit pour
dévoiler l'impofture & l'affectation . Mais
on a fi fort méconnu cette faculté , que le
burlefque dans lequel eft travefti Virgile ,
a paffé de nos jours pour de l'efprit , &
que les plus nobles penſées qui foient jamais
entrées dans le coeur de l'homme , ont été
miſes au niveau de la groffiereté & de la
bouffonnerie . Suivant les regles de la juftice
aucun homme ne devroit être tourné en ridicule
, à caufe de fes imperfections , s'il
ne veut se faire valoir par les qualitez qui
lui manquent. C'eft ainfi que les Poltrons
Giiij
LE MERCURE
qui fe cachent fous un air fier & infolent,
& les Pedans qui penſent montrer la profondeur
de leur fçavoir par une fombre
gravité , font également les dignes objets
de nôtre rifée : Non qu'ils foient en euxmêmes
ridicules par leur manque de coura
ge ou par la foibleffe de leur entendement ,
mais à caufe qu'ils femblent ne pas fentir
le rang qu'ils tiennent dans la vie , & qu'ils
fe placent malheureuſement avec ceux dont
le merite répand trop de jour fur leurs défauts.
Il faut obſerver d'un autre côté que le rire
êtant l'effet de la raiſon , on devroit chaffer
des honnêtes compagnies ceux qui rient
fans raifon.... Ha , ha , dit Guillaume
Truby , qui étoit auprés de nous , eft- ce
qu'on voudra me faire rire par regle & par
methode ? Voyez - vous , répondit Homphroy
Finet , c'est que vous êtes grandement
trompé : Vous pouvez à la verité
faire beaucoup de bruit , & perfonne ne
peut empêcher un Gentilhomme Anglois
de mouvoir fon vifage à fa fantaifie ; mais
fur ma parole , ce bruit que vous faites -là
en ouvrant la bouche , cette agitation d'ef
tomac que vous foulagez en vous tenant les
côtez tout cela n'eft point tire. Le rire
eft de plus grande importance que vous ne
penfez , & je vous dirai en fecret , que
vous n'avez ri de vôtre vie › que je crains
même que vous ne riez jamais , à moins
DE SEPTEMBRE.
de vous faire guérir de ces convulfions.
Truby nous quitta , & quand il fut à deux
pas de nous fort bien , dit-il , vous êtes
d'étranges perfonnes ; en même tems il fit
un autre éclat de rire.
Les Trubys font gens benevoles , ils
rient de gure amitié avec autant de plaifir
que ceux qui rient malicieufement .
Ainfi quand on les voit prendre la figure
d'un homme qui rit ; cela ne vient que de
cette bienveillance generale qui eft née
avec eux. Les Finets ne font que fourire
des chofes les plus plaifantes , & les fentent
bien plus vivement. Je fçai que La
Hargne enrage quand Truby luirit au nez;
mais queTruby eclate de rire en me voyant,
je connois que ce rire , ou fi vous voulez
ce bruit inanimé , qui en d'autres feroit
rire , ne vient que de l'abondante joye
qu'il a de me voir . Mais j'examinerai plus
au long cette matiere dans mon Traité de
fofcitation , du rire & du ridicule.
De mon Apartement.
, Il m'en a coûté bien des foins & des
meditations pour ranger les gens fous les
dénominations qui leur font propres , &
felon leurs caracteres refpectifs . Mon travail
, d'un côté , a eû un fuccés inefperé
& de l'autre , il a été fort negligé . Car ,
quoique j'aye beaucoup de Lecteurs , j'ai
82 LE MERCURE
trés peu de Profelytes. Il faut certaine
ment que cela vienne de la fauffe opinion
qu'on a que mes écrits font plûtôt deſtinez
à l'amufement , qu'à l'inftruction du Public.
J'ai commencé mes EEffflaayyss par décla
rer que je voulois reprefenter le genre humain
tout autrement qu'on n'a fait jufqu'ici
; & j'ai avancé que toute vie inutile
ne feroit plus appellée vie dans mes écrits .
Mais de peur que ma doctrine ne paroiſſe
frivole & fantalque aux gens non lettrez ,
& que ce ne foit peut- être la cauſe du peu
de progrés qu'elle a fait ; qu'on me permette
de developer l'antiquité & la fageffe de
ma premiere propofition , à fçavoir , que
tout homme fans merite , e un homme
mort. Cette notion eft auffi ancienne que
Pitagore. Dés qu'un de fes Difciples fe
laffoit d'étudier l'art de fe rendre utile
11
144471
aux hommes & qu'il abandonnoit fon
Ecole , pour aller vivre dans Poifiver
les autres Difciples le tenoient pour mort
on devoit faire fes funerailles, lui élever un
tombeau avec des infcriptions qui fiffent
fouvenir les compagnons qu'ils étoient
mortels comme lui . Je pourrois appuyer
cette doctrine par l'exemple même des Hebreux
, & par des autorités facrées que je
laiffe à mediter à mes lecteurs , ils pourront
voir aisément dans quel fens on applique
les termes de mort & de vivant aux
hommes, felon qu'ils font bons ou mauvais .
DE SEPTEMBRE. 83'
C'eft là-deffus que j'ai dreffé mon ſyſtême
de l'exiftence , que l'on va voir ici , à
l'ufage des vivans & des morts ; mais furtout
des derniers que j'exhorte à y faire
toute l'attention poffible , fupofé qu'ils
foient capables d'attention .
و
?
Au nombre des morts font compriſes .
toutes perfonnes de quelque rang ou quali
té qu'elles foient , qui employent la plus
grande partie de leur tems à manger & à
boire afin d'entretenir cette existence imaginaire
qu'ils nomment leur vie , ou à
decorer ces ombres , ces apparitions que
le vulgaire prend pour des vrais hommes
& de vraies femmes. En un mot quiconque
refide dans ce bas monde fans y avoir
des affaires , & qui ne fonge point à quel
propos il y a été envoyé , eft felon moi
bien & dûment trepaffe , & je fouhaite
qu'on l'eftime tel. Les vivans font ceux
feulement qui s'appliquent à fe perfec
tionner l'efprit & le coeur , encore ne leur
compterai-je pour moment de vie que ceux
qu'ils auront employez ainfi . Par là nous
trouverons que les plus longues vies ne
confiftent qu'en très peu de mois , & que
la plus grande partie de la Terre eft entierement
depeuplée. Selon ce Syftême ,
il y
a des gens qui font nez à l'âge de vingt
ans , d'autres à trente , d'autres à foixante ,
& d'autres environ une heure avant mou¬
rir. Bien plus nous en verrons des multi84
LE MERCURE
>
tudes qui meurent avant que de naître
nous verrons plufieurs morts fe fourer parmi
les vivans, & figurer aux yeux des ignorans
mieux que ceux qui font pleins de
vie & de fante. Cependant , comme il peut
y avoir beaucoup de bons fujets , payant
les taxes , & vivant paisiblement chez
eux , qui ne font pas encore nez ou qui
font morts depuis longtemps , j'exhorte les
premiers à venir au monde , & je laiffe
aux autres la voye de la refurrection . Je
dis ceci en partie pour l'amour d'une perfonne
qui a publié depuis peu un avertif
fement , dans lequel elle fe fert de certaines
expreffions qu'il n'eft pas de la bienfeance à
un Mort de proferer , c'eft mon défunt
ami Jean Partridge, qui conclut l'avertiffe
ment de fon Almanac pour l'année pro
chaine par la note fuivante.
D'autant qu'il a été induftrieufement repandu
dans le Public par le nommé Ifaac
Bickerstaff , & autres , pour prevenir le'
debit de cet Almanac, que Jean Patridge,
étoit mört , cecy eft pour informer Tes
bons Compatriotes qu'il eft encore en vie
& en fanté , & que ceux qui avoient faic
courir ce bruit, font des Fripons
Contenant la Traduction de quelques en
droits d'un Livre Anglois intitulé : Le
Caufeur , ou les Veilles du fieur Iſaac
Bixerſtaff.
MONSIEUR ,
Je vous envoye ce que vous m'avez de
mmandé , mais je crains que vous n'en foyés
pas auffi content que vous avés cru. Vous
allez trouver de longues phrafes , des expreffions
hazardées , & peut- être des Anglicifmes
Ce n'eft pas tout , la maniere
de penfer vous paroîtra même bizarre.
Vous ferez choqué de l'Original & de la
Traduction , à moins que vous ne vous
prêtiez à tout ce que je m'en vais vous
dire.
L'Auteur,qui eft M. le Chevalier Steele,
celui à qui nous devons le Spectateur,
fe donne ici pour un vieux Aftrologue
Devin de profeffion , de plus Jurifconfulte ,
& Medecin. Un homme de cette efpece
doit parler d'une maniere peu commune ;
il eft impoffible de s'éloigner de la façon
de vivre de la plufpart des hommes , fans
72 LE MERCURE
2-
s'éloigner de leur façon de parler.
Voila pour l'Auteur , voici pour moi
Le ftile du Caufeur , eft tiffu d'expreffions
fertes & chargées , avec des mots hazardez
même en Anglois , la plus libre de toutes
les Langues. Il ne faut pas auffi vous déguifer
que tout cela a trés-bien réuffi en
Angleterre , & que fi ma Traduction n'eſt
pas goûtée en France , ce ne fera pas une
veritable Traduction . Cependant , il a
fallu traduire & non pas compofer . C'est
pourquoi j'ai cru devoir prendre un ftile
approchant du fien. A l'égard des Anglicifmes
, s'il y en a , je voudrois qu'ils fuffent
des fautes heureufes , & qu'on pûr
furmonter la mauvaife honte qui nous empêche
de prendre chez nos voifins ce qui
nous accommode , dans le tems qu'ils fe
font un merite de s'approprier ce que nous.
avons à leur bienféance.
J'ai peut -être imité de certaines negligences
qu'on ne me paffera point ; mais je fuis
perfuadé que le fens ne fçauroit être trop à
fon aife dans nos paroles , & que la trop
grande exactitude le gêne fouvent .
2
Entrons maintenant dans les vûës de M.
Ifaac Bickerstaff: Vous fçaurez d'abord
qu'il paroiffoit une demie feuille de fes
Veilles , trois fois la femaine , & qu'on les
diftribuoit dans les Caffez comme les Ga-'
zettes .
Dés l'entrée de fon Ouvrage , il approu
ve
DE SEPTEMBRE. 73
ve beaucoup les Gazettes ; mais , ajoutet'il
, comme il y a plufieurs bons Citoyens
à qui le zele du bien public fait negliger
leurs affaires, pour aller raifonner fur celles.
de l'Etat , il femble que ces Journaux
devroient être faits pour eux preferablement:
aux autres . Et d'autant que ces Meffieurs
ont d'ordinaire beaucoup de zele & peu de
connoiffance , c'est une oeuvie également
charitable & neceffaire, que de leur fournir
de quoi penfer aprés avoir lu. C'eft le deffein
de ce Journal , qui traittera de toutes
les matieres qui me tomberont fous la main.
Il promet d'y en inferer pour le beau
Sexe , puifque c'eft en fon honneur qu'il
a pris le titre de Caufeur.
Enfuite il dit , que tous les articles de
Galanterie feront datez du Caffé de White:
Ceux qui regardent la Poëfie , du Caffé
de Will: Ceux d'érudition , du Caffé
Grec : Qu'à l'égard des Nouvelles étrangeres
& domeftiques , elles viendront du
Caffé de S. James ; & que tout ce qu'il
aura à dire fur d'autres matieres , fera daté
de fon appartement.
Il finit en badinant fur les frais qu'il eft
obligé de faire en liqueurs & en tabac
d'Elpagne , pour entretenir de bonnes
correfpondances dans tous ces Caffez ; &
fur le don de prédire les chofes futures ,
dont il n'ofe faire que trés peu d'ufage ,
peur d'offenfer fes Superieurs.
Septembre 1719.
de
G
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LE
MERCURE
Aprés cette petite préparation , il ne me
refte qu'une chofe à dire , c'eſt que je n'ai
pas prétendu vous donner ici les plus beaux
endroits ; ce font les premiers morceaux
détachez que j'ai trouvé en parcourant le
Livre , & même j'ai été obligé d'y retran
cher bien des chofes . Dans la fuite je
pourrai vous en envoyer d'autres .
Si l'on condamne l'Auteur fur ma Traduction
, on aura tort ; fi l'on approuve
P'un & l'autre , je n'y veux d'autre gloire
que celle de vous avoir fait plaifir , &
d'être reputé , Monfieur , V.T. H. &
T. O. ferviteur L ***
Au Caffé de White.
Une Dame inconnuë me fit l'autre jour
l'honneur de me venir voir. Elle paroiffoit
âgée d'environ trente ans ; brune , mais
trés agreable : La fanté brilloit fur fon
vifage , & fes yeux avoient une certaine
vivacité qui ne convenoit guéres , felon
moi , au ton plaintif dont elle commençoit
à me parler. Je ne fçai fi elle s'en apperçut
, mais tout à coup elle baiffa la vue &
me dit , Monfieur Bickerstaff, vous voyez
devant vous la plus malheureufe de toutes
les Femmes . Comme vous avez la reputa
tion d'être auffi grand Jurifconfulte qu'Af
trologue ou Medecin , je viens implorer
Nos confeils & votre fecours , pour me
DE SEPTEMBRE. -75
faire obtenir la caffation d'un Mariage qui
doit être nul par toutes les loix du monde.
Madame , répondis -je , fi vous attendez
quelque fecours de moi , ayez la bonté de
vous expliquer nettement fur tous vos
griefs . Je ne croyois pas , Monfieur , repliqua-
t'elle , qu'il fût befoin de la moitié
de votre fcience , pour deviner ce qui
peut porter une Femme à fe feparer de fon
Mari. Cela eft vrai , Madame , repartisje,
mais il n'eft pas ici queftion de deviner,
on n'établit pas un Procés fur des conjec
tures : Quand on fçauroit même tout ce
que vous avez à dire , cela ne vous avavanroit
de rien , à moins que vous ne le difiez
vous- même. Alors , fe cachant le vifage
de fon éventail , mon Mari , dit- elle , n'eft
pas plus Mari ( ici elle ne put retenir fes
larmes ) que les Italiens qui chantent à
l'Opera.
Madame , lui dis- je , les Loix peuvent
apporter du remede à vôtre affliction ;
mais envifagez les mortifications que vous
aurez à effuyer , fi vous la rendez publique.
Pourrez - vous foûtenir la rifée de toute
une Cour , les reflexions licentieufes
des Avocats , & fur tout les couleurs qu'on
donnera dans le monde à votre conduite ?
. Combien peu , dira-t'on , cette Dame
fçavoit moderer fes defirs ! J'allois continuer
, mais elle me dit avec quelque émotion
, Monfieur Bickerftaff , je vous ai
Gij
76 LE MERCURE
donné demie Guinée en entrant , afin de
fçavoir vôtre avis fur la maniere dont je
dois m'y prendre, pour obtenir un divorce,
& afin d'apprendre ce qui me doit arriver :
C'eft à vous de voir . Oh , Madame , interrompis-
je ! vous ferez fatisfaite dites
moi , s'il vous plaît , quel âge a vôtre Mari
Ila , répondit la belle affligée , cinquante
ans & il y en a quinze que nous
fommes mariez. Mais , Madame , lui disje
, il auroit fallu vous plaindre plûtôt ,
n'aviez-vous pas des Parens , des Parens , des Amis
aufquels vous puiffiez vous fier ? Helas ,
répondit- elle , il n'a été ainfi que depuis
quinze jours !
Je vous avoue que ma gravité fut démontée
à cette fois , & que je ne pus
m'empêcher de rite. Je lui dis que les
Loix ne pouvoient remedier à de tefs malheurs
; mais cela ne la fatisfit point ; elle
fortit en me difant qu'elle s'adrefferoit à
un jeune Legifte d'Oxford , qui a cent fois
plus de fçavoir que moi , & que toute ma
Famille enfemble. C'eft ainfi que j'ai
perdu ma Cliente. Cependant , fi cette ennuyeufe
narration pouvoit empêcher Paftorella
d'époufer un homme qui eft plus
vieux qu'elle de vingt ans , je confentirois
volontiers , & cela, pour le falut d'une belle
perfonne , que mon fçavoir fût decrié, &
qu'on reliât mes Prédictions avec l'Almamach
de Milan.
DE SEPTEMBRE. 77
Au Caffé de Will.
Je me fuis fouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui pis eft , ils rendent
public ce qui ne vaut rien en particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé jufques
chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amis abfens de fort
рей
de profit & d'inftruction . C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'écrire
de maniere à me faire fouhaiter d'être
avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde , qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir , autant
que les plantes qui y croiffent. Un de
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres , qui ne me déplait pas trop .
"
Mon cher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pour ne pas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommet de la plus haute Montagne de Suiffe,
fur laquelle je friffonne maintenant au milieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE
MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre , quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft . Mon encre gele au fort de la Canicule.
En recompenfe j'ai le plaifir de voir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre ; me voici fur un tas qui
s'éboula du tems de Charlemagne ou de Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans ne font pas une des moindres
curiofitez du Païs . Dans leurjeuneffe ,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cinquante
ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont de refte,
achever leurs jours parmi leurs Montagnes
natales. Un des Gentilshommes du lien , qui en a été quitte
pour
un oeil , m'a dit par
maniere
de vanterie
, qu'il y avoit
à prefent
Sept jambes
de bois dans fa Famille
, &
que depuis
fept generations
, on n'avoit
enterré
aucun
mâle
de fa branche
tout à la fois. Vous
trouverez
peut-être mon ftile
auffi
extraordinaire
que tout cela ; mais
Souvenez
- vous qu'il eft dit dans une de nos Comedies
, que les gens
qui parlent
fur les
nuages
, ne doivent
pas être affervi
à mettre
du fens dans leurs
difcours
. Je me croi en droit
d'ufer
du même
privilege
, moi qui
voy les nuages
au deßous
de moi. En quelque
lieu que je fois , je ferai toûjours
, &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes , on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte-
Fité la plus éloignée.
Au Caffé de Will.
M. Dactile a déployé fon éloquence ce
foir fur le talent de tourner les chofes en
ridicule. Il difoit trés juftement qu'il s'y
feucontroit d'ordinaire quelque chofe de
trop bas pour la focieté des honnêtes gens
à moins qu'on ne le modifiât felon les circonftances
des perfonnes , du tems & du
lieu. Un honnête homme , continua- t'il ,
doit fe fervir de ce talent comme de fon
épée , pour fa feule défeufe , & jamais offenfivement
, à moins que ce ne foit pour
dévoiler l'impofture & l'affectation . Mais
on a fi fort méconnu cette faculté , que le
burlefque dans lequel eft travefti Virgile ,
a paffé de nos jours pour de l'efprit , &
que les plus nobles penſées qui foient jamais
entrées dans le coeur de l'homme , ont été
miſes au niveau de la groffiereté & de la
bouffonnerie . Suivant les regles de la juftice
aucun homme ne devroit être tourné en ridicule
, à caufe de fes imperfections , s'il
ne veut se faire valoir par les qualitez qui
lui manquent. C'eft ainfi que les Poltrons
Giiij
LE MERCURE
qui fe cachent fous un air fier & infolent,
& les Pedans qui penſent montrer la profondeur
de leur fçavoir par une fombre
gravité , font également les dignes objets
de nôtre rifée : Non qu'ils foient en euxmêmes
ridicules par leur manque de coura
ge ou par la foibleffe de leur entendement ,
mais à caufe qu'ils femblent ne pas fentir
le rang qu'ils tiennent dans la vie , & qu'ils
fe placent malheureuſement avec ceux dont
le merite répand trop de jour fur leurs défauts.
Il faut obſerver d'un autre côté que le rire
êtant l'effet de la raiſon , on devroit chaffer
des honnêtes compagnies ceux qui rient
fans raifon.... Ha , ha , dit Guillaume
Truby , qui étoit auprés de nous , eft- ce
qu'on voudra me faire rire par regle & par
methode ? Voyez - vous , répondit Homphroy
Finet , c'est que vous êtes grandement
trompé : Vous pouvez à la verité
faire beaucoup de bruit , & perfonne ne
peut empêcher un Gentilhomme Anglois
de mouvoir fon vifage à fa fantaifie ; mais
fur ma parole , ce bruit que vous faites -là
en ouvrant la bouche , cette agitation d'ef
tomac que vous foulagez en vous tenant les
côtez tout cela n'eft point tire. Le rire
eft de plus grande importance que vous ne
penfez , & je vous dirai en fecret , que
vous n'avez ri de vôtre vie › que je crains
même que vous ne riez jamais , à moins
DE SEPTEMBRE.
de vous faire guérir de ces convulfions.
Truby nous quitta , & quand il fut à deux
pas de nous fort bien , dit-il , vous êtes
d'étranges perfonnes ; en même tems il fit
un autre éclat de rire.
Les Trubys font gens benevoles , ils
rient de gure amitié avec autant de plaifir
que ceux qui rient malicieufement .
Ainfi quand on les voit prendre la figure
d'un homme qui rit ; cela ne vient que de
cette bienveillance generale qui eft née
avec eux. Les Finets ne font que fourire
des chofes les plus plaifantes , & les fentent
bien plus vivement. Je fçai que La
Hargne enrage quand Truby luirit au nez;
mais queTruby eclate de rire en me voyant,
je connois que ce rire , ou fi vous voulez
ce bruit inanimé , qui en d'autres feroit
rire , ne vient que de l'abondante joye
qu'il a de me voir . Mais j'examinerai plus
au long cette matiere dans mon Traité de
fofcitation , du rire & du ridicule.
De mon Apartement.
, Il m'en a coûté bien des foins & des
meditations pour ranger les gens fous les
dénominations qui leur font propres , &
felon leurs caracteres refpectifs . Mon travail
, d'un côté , a eû un fuccés inefperé
& de l'autre , il a été fort negligé . Car ,
quoique j'aye beaucoup de Lecteurs , j'ai
82 LE MERCURE
trés peu de Profelytes. Il faut certaine
ment que cela vienne de la fauffe opinion
qu'on a que mes écrits font plûtôt deſtinez
à l'amufement , qu'à l'inftruction du Public.
J'ai commencé mes EEffflaayyss par décla
rer que je voulois reprefenter le genre humain
tout autrement qu'on n'a fait jufqu'ici
; & j'ai avancé que toute vie inutile
ne feroit plus appellée vie dans mes écrits .
Mais de peur que ma doctrine ne paroiſſe
frivole & fantalque aux gens non lettrez ,
& que ce ne foit peut- être la cauſe du peu
de progrés qu'elle a fait ; qu'on me permette
de developer l'antiquité & la fageffe de
ma premiere propofition , à fçavoir , que
tout homme fans merite , e un homme
mort. Cette notion eft auffi ancienne que
Pitagore. Dés qu'un de fes Difciples fe
laffoit d'étudier l'art de fe rendre utile
11
144471
aux hommes & qu'il abandonnoit fon
Ecole , pour aller vivre dans Poifiver
les autres Difciples le tenoient pour mort
on devoit faire fes funerailles, lui élever un
tombeau avec des infcriptions qui fiffent
fouvenir les compagnons qu'ils étoient
mortels comme lui . Je pourrois appuyer
cette doctrine par l'exemple même des Hebreux
, & par des autorités facrées que je
laiffe à mediter à mes lecteurs , ils pourront
voir aisément dans quel fens on applique
les termes de mort & de vivant aux
hommes, felon qu'ils font bons ou mauvais .
DE SEPTEMBRE. 83'
C'eft là-deffus que j'ai dreffé mon ſyſtême
de l'exiftence , que l'on va voir ici , à
l'ufage des vivans & des morts ; mais furtout
des derniers que j'exhorte à y faire
toute l'attention poffible , fupofé qu'ils
foient capables d'attention .
و
?
Au nombre des morts font compriſes .
toutes perfonnes de quelque rang ou quali
té qu'elles foient , qui employent la plus
grande partie de leur tems à manger & à
boire afin d'entretenir cette existence imaginaire
qu'ils nomment leur vie , ou à
decorer ces ombres , ces apparitions que
le vulgaire prend pour des vrais hommes
& de vraies femmes. En un mot quiconque
refide dans ce bas monde fans y avoir
des affaires , & qui ne fonge point à quel
propos il y a été envoyé , eft felon moi
bien & dûment trepaffe , & je fouhaite
qu'on l'eftime tel. Les vivans font ceux
feulement qui s'appliquent à fe perfec
tionner l'efprit & le coeur , encore ne leur
compterai-je pour moment de vie que ceux
qu'ils auront employez ainfi . Par là nous
trouverons que les plus longues vies ne
confiftent qu'en très peu de mois , & que
la plus grande partie de la Terre eft entierement
depeuplée. Selon ce Syftême ,
il y
a des gens qui font nez à l'âge de vingt
ans , d'autres à trente , d'autres à foixante ,
& d'autres environ une heure avant mou¬
rir. Bien plus nous en verrons des multi84
LE MERCURE
>
tudes qui meurent avant que de naître
nous verrons plufieurs morts fe fourer parmi
les vivans, & figurer aux yeux des ignorans
mieux que ceux qui font pleins de
vie & de fante. Cependant , comme il peut
y avoir beaucoup de bons fujets , payant
les taxes , & vivant paisiblement chez
eux , qui ne font pas encore nez ou qui
font morts depuis longtemps , j'exhorte les
premiers à venir au monde , & je laiffe
aux autres la voye de la refurrection . Je
dis ceci en partie pour l'amour d'une perfonne
qui a publié depuis peu un avertif
fement , dans lequel elle fe fert de certaines
expreffions qu'il n'eft pas de la bienfeance à
un Mort de proferer , c'eft mon défunt
ami Jean Partridge, qui conclut l'avertiffe
ment de fon Almanac pour l'année pro
chaine par la note fuivante.
D'autant qu'il a été induftrieufement repandu
dans le Public par le nommé Ifaac
Bickerstaff , & autres , pour prevenir le'
debit de cet Almanac, que Jean Patridge,
étoit mört , cecy eft pour informer Tes
bons Compatriotes qu'il eft encore en vie
& en fanté , & que ceux qui avoient faic
courir ce bruit, font des Fripons
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4176
p. 3-23
SUITE DU SONGE d'Alcibiade.
Début :
Un doux penchant, un parterre émaillé de mille fleurs, me [...]
Mots clefs :
Socrate, Hommes, Vertu, Table, Mars, Dieux, Bien, Alcibiade, Temps, Passions, Peine, Fous, Femme, Fortune, Richesses, Différence, Crimes, Vice, Volupté, Âme, Théâtre, Excès, Bonheur, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU SONGE d'Alcibiade.
SUITE DU SONGE
d'Alcibiade.
Ndouxpenchant, unparterre
émaillé de mille fleurs , me
conduifirent dans un lieu fi
rempli de merveilles , que je
mecrus tranfporté par enchantement dans
le fejour des Divinitez ; mes yeux ne me
fuffifoient pas pour tant debeautez , &
je devorois avec rapidité tous les objets
qui fe prefentoient , fans me donner le
tems de les démêler. J'arrivai au milieu
de quatre allées ; une fouleprodigieufe de
peuple accouroit de toutes parts : Lefpe
tacle devint tragique , après m'avoir
d'abord agreable. Les uns paffoient fur le
pary
ventre des autres pour y arriver les pre
.
A ij
LE MERCURE
4
miers ; je voyois des morts & des mourans
àdroite & àgauche, qui avoient le vifage
Fourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir puyarriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fiter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de fa gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous medemandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques, je vous dirai que les hommes
l'appellentla Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée fur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne, avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant: mais
Bupalus a voulu nous marquer que le-monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eſt naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeffes , fans
les en pouvoir raffafier; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils fe frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes, ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'efpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe, bonne, dorée ; mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur efperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanouir au même moment : ce n'eſt
A j
LE MERCURE
4
miers; je voyois des morts & des mourans
à droite & àgauche, qui avoient le vifage
tourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie, fans avoir puy arriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fi ter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle ,
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de la gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vousmedemandez fon
nom, qui n'apas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
Pappellent la Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée ſur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulezfçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs,
les richeffes , & les autres biens quiexer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne, & pourlefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eft naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeſſes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils le frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'eſpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne : će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne, dorée , mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur eſperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanoüir au même moment : ce n'eſt
A ij
LE MERCURE
qu'un verre fragile ou une mer calme,
fur laquelle les Navires fejoient , & qui,
l'inſtant après , ouvre des gouffres affreux
pour les engloutir.
Cette femme feroit moins dangereufe
à fuivre, fi elle n'étoit à craindre que par
fa legereté; car ce n'eft pas la faute fi les
hommes lui donnent trop de confiance.
Ce qu'on voit de plus condamnable en
elle , c'eft le peu de choix avec lequel
elle difpenfefes faveurs , c'eft parce qu'elle
eft aveugle. Ainfi, vous voyez les méchans
comblez de biens , quine font dûs qu'aux
Bons , & acquerir par des crimes les hon
neurs qu'elle refuſe à la vertu.
Onméprife , on abhorre le vice , & on
le couronne. On loue , on eftimela vertu ,
& on la laiffe dans l'indigence. C'eft ce
qui a donné lieu à quelques-uns de dire,
que les Dieux ne fe mettent point en
peine des chofes d'ici bas, puifque les
bons étoient prefque toujours neceffiteux ,
pendant que les méchans fe voyoient com
blez de profperitez mais ces impies ne
fçavent pas que ces mêmes profperitez
font les boureaux des méchans; ils igno
rent que les Ethiopiens , faute de fer ,
accablent de chaînes d'or leurs criminels :
en font-ils plus heureux ces captifs , qui
ne deviennent plus riches qu'à meſure
qu'ils deviennent plus coupables ? & la
liberté eft-elle moins à regretter fous le
DE MARS. A
poids de l'or que fous celui dufer? Il en
eft de même de ceux que la fortune pre
fere aux gens de bien: Nous nous imagi
nons quec'eftune grace , & cen'eft qu'un
artifice cruel, pour les rendre plus mife
rables ; car la poffeffion des richeffes jette
les hommes dans l'immoderation , & les
defirs qui viennentde l'immoderation , les
agitentbien plus que ceux qui naiffent des
fimples befoins.
Les appas quecette Déeffe prefente , cou
vrent un hameçon dont la bleffure eft
mortelle ; c'eft avec cet hameçon qu'elle
furprend ceux qui ne font pas fur leurs
gardes fes faveurs font encore plus dan
gereufes que le Thirle de Bachus , dont
les feuilles vertes cachent la pointe cruelle.
Le poifon ne fe prefentepas dans l'argile,
il n'eft à craindre que dans les vales pre
cieux, & quand il eft mêlé avec le vin
de Thaze.
Mais pourquoi, lui demandai-je , tous
ceux qui viennent de quitter la fortune,
ne s'en retournent-ils pas par le même
chemin?Qu'importe , me répondit Socra
te , ils courent également à leur perte,
c'eft-à-dire à la volupté, & c'eft leur
mauvais genie qui les y conduit par diver
Les voyes.
Le penchant au mal embraffe plufieurs
fentimens , & ces fentimens font expri
Aiiij
LE MERCURE
3.
mez par les differens fentiers que prennent
ceux que la fortune a comblez de fes fa
veurs. Chaque route que ce penchant fait
fuivre , aboutit à un précipice : Ceux qui y
marchent , y tombent inévitablement. Il
n'en eſt pas ainſi du bien ; un feul vice
nousconduitànotre perte ; unefeule vertu
ne nous mene point à notre felicité. Il
n'eft pas neceffaire , pour eftre condamné
par les Juges qui pefent aux enfers les
vertus & les vices des mortels , d'être cou
pable de tous les crimes ; mais on nepeut
parvenir au fouverain bien, qu'en prati
quant toutes lesvertus. Un feul vicefuffit
pour nous perdre , il porte avec lui , en
quelqueforte, le poifon de tous ceux dont
nous fommes innocens. Une feule vertu
que nous n'avons pas , nous éloigne de
notre bonheur , & nous ôte le merite de
toutes celles quenous avons. Il faut donc,
Alcibiade, eftre exemt de defauts pour
eftre uni au fouverain bien, qui eft le
centre de notre ame; car comme lefou
verain bien eſt un eftre pur & l'exclufion
abfoluë de toute imperfection , nous ne
fçaurions y atteindre & le poffeder , fi nous
ne devenons purscommeluipar l'habitude
de toutes les vertus & par la feparation
abfoluë de tous les vices. Toute union
fuppofe des rapports & des proportions
neceffaires , & il ne peut y avoir de rap
DE MAR S.
port ni de proportion entre cet Etre par
fait & nous, tant qu'il y aura dans une
ame un affemblage debien & de mal , un
cahos & une confufion monftrueuſe de
vertu & de corruption.
Nedoutezpoint que tous ceuxque vous
voyez s'écarter en tant de differens ent
•
droits , ne courent à leur.perte certaine :
Suivons-les , vous ferez témoins de l'ulage
qu'ils vont faire de leur nouvelle profpe
rité, & vous verrez que lepremier fruit
qu'ils en retirent , c'eft d'être méchans im
punément, & de jouir à force d'argent des
avantages de la vertu, en perfiftant tou
jours dans le vice.
L'allée dans laquelle nous étions , abou
tiffoit à un édifice magnifique ; on l'au
roit cruélevépar les Dieux ; onn'y voyoit
partout que des chefs-d'œuvre de l'art.
Quel fuperbe portique fur la gauche , &
quel ample theatre s'offroit fur la droite !
Tout le marbre de sparte & du montHy
mete, fembloit y avoir été tranfporté: Le
frontifpice étoit fi haut , que les figures
qui l'ornoient , fe perdoient prefque dans
les nuës , comme pour approcherdu fejour
des Divinitez le maître de ce Palais , ou
pour l'y faire adorer avec plus de magni
ficence que ne le font les Dieux mêmes
dans leurs Temples.
Ciel , ô Ciel, s'écria Socrate ! quelle
LE MERCURE
RO
folie , quel ridicule foin deshommes ! les
uns bâtiffent , comme s'ils étoient furs de
Pimmortalité ; les autres font des amas
pour leurs feftins , comme s'ils devoient
mangeraux Enfers. C'eft l'ambitionfeule.
& nonle méprisdes richeffes qui leur fait
fouler aux pieds l'or & les pierreries:
Leurs plafonds dorez , leursmursincruftez
de marbre, leurs pavez de pierres rappor
rées, & de tant de couleurs afforties , ne
edent point aux tableaux des plus excel
lens Peintres.
Après avoir parcouru toutes les merveil
les de cet édifice , nous paffames dans une
gallerie que foutenoient des colonnes de
marbre d'une hauteur & d'une beauté ex
traordinaire; des ftatues y étoient placées
d'efpace en efpace ; les noms des celebres
Sculpteurs , Phidias & Praxiteles, qui
étoient gravez fur les bazes, montroient
l'excellence de l'ouvrage. Dès que Socrate
les apperçut , fes yeux & fon vifagechan
gerent fi promtement, qu'on l'auroit cru
agité du méme efprit que la Sibylle Del
phique.
Enfin , dit il , enfin! voilà le vice dans
fon dernier excès , & la pofterité n'y pourra
plus rien ajouter : c'étoit peu pour les fu
jets de la volupté que leurs honteux dé
bordemens , ilfalloit encore que leurs an
eêtres , ces grands perfonnages , en fuffenc
DE MAR'S. !
les témoins, & en paruffent les approbas
teurs. Leurs neveux dans les fiecles à venir
n'auront-ils pas lieu de croire que tous les
crimes leurferont permis,& que ces grands
hommesétoient complices de ceux deleur
famille, quand ils verront leurs ftatues
placées dans le même ordre que celles qui
la pourpre , ne fe
reprefentent les débauches deleurs enfans?
Quelle difference , cher Alcibiade, entre
celui qui né obfcurément , brille parlefeut
éclat de fes actions, & celui qui forti de
ne fe pare que de la nobleffe
de fes Ayeux! A quoi fert d'épuifer vos
foins pour chercher fi vos ancêtres vous.
font defcendre d'Hercules, & fi vous pou
yez monter fans interruption jufqu'à Ju
piter même? A quoi cette folle curiolité
vous mene-t'elle, qu'à fignaler votre va
nité, & qu'à montrerque vous eftes digne
de mépris, fi vousne leur reffemblez pas,
& fi de tout ce qu'ils ont été, il ne vous
refte queleur nom que vous deshonnorez,
& que le peuple vous donne à regret? La
gloire de vos Ancêtres fait l'éclat de votre
naiffance ; mais la gloire de vos actions.
doit faire l'éclat de votre vie. L'admiration
& Pimmortalité qu'ils le font acquifes ,
ne ferviront qu'à vous rabaiffer, fi vous
ne marchez fur leurstraces , & leur repu
tation vous accablera de honte , fi loin de
nous donner occafion de comparer votre
LE MERCURE'
12
gloire avec la leur, vous nous obligez au
contraire de comparer vos vices avec leurs
vertus. Vous vivez dans la plus floriffante
partie de l'Univers , la nobleffe & la gloire
de vos ayeux ne vous y laiffent rien à
defirer , & la route que vousdevez ſuivre,
eft toute frayée.
Dans le tems que Socrate me parloit,
une troupe de domeftiques plioit fous le
poids des baffins qu'ils portoient. Un
Trompette qui avertiffoit de l'heure du
repas , marchoit à leur tête. Le bruit avoit
interrompu Socrate , c'eft pour ne pas per
dre un inftant de chaque journée , reprit-il,
que cet homme avertit de chaque plaifir.
Entrons dans ce falon avant que les con
viez arrivent.
Des lits de pourpre étoient rangez au
tour d'une table de cedre , admirable par
le bizarte mêlange des couleurs & des vei
nes differentes dont elle étoit fouettée:
elle étoit foutenue par des dents d'Ele
phant, où l'on voyoit enbas relief le feſtin
des Dieux après la defaite des Geans , &
les nôces de Thetis & de Pelée; cet ou
vrage étoit le chef-d'œuvre de l'Afrique.
A droite, s'élevoit un Buffet fuperbe ,
Mentor en avoit gravé tous les verres,
& Mios s'étoit furpaffé dans les bas reliefs
qui paroiffoient fur les coupes de criſtal.
L'on voyoit fur ce Buffet peu de vales
DE MARS.
d'or
13
la porcelaine & le criftal en fai
foient tout l'ornement , & leur fragilité,
tout leur prix. C'est là , me dit Socrate,
le veritable luxe , que de le faire conſiſter
en des chofes que l'on puiffe perdre tout
d'un coup & fans reffource. Ne diroit-on
pas à voir cette profufion de vafes , que
le nectar n'eft delicieux quedans l'émerau
de, & qu'il perd fon prix dans l'argile ?
Mesyeux étoient occupez à cefpectacle,
& mes oreilles au difcours de Socrate ,
quand un bruit confus me fit comprendre
que les conviez arrivoient. Deux femmes
venoient les premieres , l'une étoit d'un
embonpoint extrême ; elle avoit la peau
blanche, le vifage gay, le teint frais &
vermeil ; l'autre avoit les cheveux épars ,
elle fembloit plutôt traîner que porterfa
robe qu'elle n'avoit qu'à moitié mife : Son
air étoit lent , fa démarche negligen
te; le fommeil étoit encore répandu fur
fon vifage. A peine fes yeux pouvoient
fupporter l'éclat du jour ; fa tête étoit
chancelante fur fes épaules ; elle avoit
pourtant de la beauté. Connoiffez-vous
ces deux femmes , demandai-je à Socrate?
Quy, dit-il, leur figure m'apprend ce
qu'elles font celle que vousvoyezla pre
miere, fenomme l'Intemperance; elle vient
de faire un repas en fecret, qu'elle n'a
quitté que pour le mettre à cettetable.
LE MERCURE.
14
L'autre qui fe frotte les yeux , qu'elle
n'ouvre qu'à peine , eft nommée par les
femmes qui s'aiment, le Repos; mais fon
veritable nom eft la Pareffe. Elle fort de
fon lit, & va le recoucher fur celui que
Nous voyez , la tête encore remplie des
vapeurs du fouper du jour precedent.
Après ces Dames, on vit paroître le
refte des convięz. On leur prefenta de
l'eau de neige pour fe laver les mains ,
puis dans des vales d'Onix , des parfums
pour les cheveux qu'ils ceignirent enfuite
de couronnes de fieurs de differentes eſpe
ces, &tousfecoucherent. Quej'approuve
leur précaution! dit Socrate , ils embau
ment le cadavre , de peur qu'il ne fente
mauvais mais qu'ils y font peu de refle
xion, & quelle difference ils feroient des
foins qu'ils doivent à leur ame, d'avec
ceux qu'ils donnent à leurs corps, fi l'idée
de fon immortalité leur étoit prefente , &
fi la brieveté des fleurs dont ils ornent
leurs têtes , les pouvoir faire fouvenir de
la brieveté de leurs jours!
Quellequantité de mets accable les va
lers, & quel poids il faut que cette table
foutienne elle tremblefous les piramides
de viandes que l'on fert , moins pour le
goût que pour le luxe & la profufion.
Les oifeaux de Colchos n'y paroiffent ex
cellens que par les difficultez qu'il faut
furmonter pour les avoir. Les poiflons ne
-DE MARS. T AS
font exquis qu'à proportion que les mers
où l'onles pêche, font éloignées ou ora
geufes. Tout ce qui n'eft pas d'un autre
climat , eft rejetté. Que leur luxe eft in
genieux ! il leur fait trouver des ragoûts
dont un feul coûte leur patrimoine, &
fouvent celui qui les donne , s'acheteroit à
plus bas prix. Mais ce n'eft pas tout, leur
vaniténe feroit pas fatisfaite , fi vous igno
riez les lieux d'oùviennent leursvins. Les
cruches bouchées de poix &demaſtic ont
chacune leurécriteau, où l'âge & lepais du
vin eft marqué. Quelques Lettres reftées
fur cesvieux flacons , montrent qu'ils font
pleins de vinde Lesbos & de Leucade. D'au
tres écriteaux leur annoncent les vins de
Thaze & deCoos; rien n'eftoublié nipour
la delicateffe ni pour leluxe de la table.
La falle du feftin retentiffoit des chants
& des ris des conviez , lorfque tout à
coup nous vîmes entrer une troupe de
Morions: l'un d'eux vêtu de pourpre, te
nant une lyre àla main, s'approcha de la
C
table , & mêlant l'harmonie de fon inftru
ment à la beauté de fa voix, impoſa ſi
lence à toute l'affemblée. Je fus fi charmé
de tout ce que j'entendois, que tout ce
qu'on m'avoit dit d'Arion & d'Orphée ,
meparut vrai-femblable.
Après avoir étéapplaudi de tout le mon->
de, onlui fit recommencer l'air qu'il avoit
chanté, dont voici les paroles.
LE MERCURE
Arendre la vie agreable
sans seffe occupons noftre esprit ,
Fuyons l'ufage méprisable
Que le groffier vulgaire fuit :
Amis, paffons la nuit à table,
Et confumons le jour au lit.
Dès qu'il eut achevé , il parut un Panto
mime, qui frapant un tambourde cuivre,
imitoit la danſedes Corybantes ; une fem
melefuivoit ; ils danferent enſemble avec .
mille poſtures lafcives , l'adultere de Mars
& de Venus.- Quels affaifonnemens pour un repas ,
s'écria Socrate ! N'eft-ce pas là plûtôt ra
nimer les paffions mourantes que fecourir
la fain? Quelle difference de ces mœurs
à celles des Sages , qui n'allongent leurs
repas , que pour s'entretenir de l'immor
talité de l'ame , & pours'inftruire entr'eux
des chofes les plus cachées de la Nature !
Mais ces Emportés que vous voyés , font
indignes de goûter de pareilles douceurs.
En voulant fatisfaire à toutes leurs paf
fions àla fois, ils n'en contentent aucune.
Les odeurs exquifes leur deviennent fades ,
les mets les plus delicieux leur paroiffent
infipides ; leurs yeux ne font plus furprisi
des fpectacles les plus merveilleux , & leurs
oreilles s'endurciffent auxfons les plus tou
chans ;
;
DE MAR S.
17
chans ;l'excès des plaifirs, Alcibiade, en ête
tout le prix.
Qu'ils feroient heureux , Alcibiade , s'ils
en pouvoient demeurer-là ! Mais vous les
allés voir paffer fans interruption , du luxẹ
à l'excès , de la table & de l'excès de la
table , aujeu ; ilsfont aufli avares du tems,
qu'ils le devroient être , s'ils confacroient
à la Vertu les momens qu'ils donnent à
leurs plaifirs.
Je metournai , & jevis des valets apro
cher des tables preparées pour touteforte
de jeux de hazard ; les autres ne les tou
chent point , parce qu'on n'y perd pas
affez , ni affez tôt. Il étoit aifé de juger
par l'émotion des uns & par lapâleurdes
autres , qu'un coup de Dez decidoit de
leur defefpoir ou de leur bonheur. Re
marquez vous, me dit Socrate ,la frayeur
qu'ils ont d'amener le Chien, & les vœux
qu'ils font pour amener Venus :ilne man
quoit à leurs mœurs que de mettre le
bonheur fous le fimbole d'une femmeauffi
perdue que celle-là.
Palamede auroit-il jamais crû que ce
qu'il avoit inventé pendant le Siége de
Troye , pourRamufement & l'inftruction
des gens de Guerre , deviendroit le fujet
de laruine des familles , & des diffenfions
domeftiques ? Mais c'est un effet du dere
glement des hommes de tourner à malce
B
C
LE MERCURE
18
qui ne feur a été donné que pour leur
ufage & pour leur utilité.
¿ Quefaifons-nous ici, continuaSocrate?
ces infenfés vont paffer là toute la nuit ,
& l'Aurore les trouvera les.yeux attachés
fur cette table : c'eft leur coutumede ren
verfer l'ordre de la Nature ,& d'employer
à fatisfaire leurs paffions le tems qu'elle
a donné aux hommes pourle repos. Pen
dant que le jour nous éclaire , portons
notre curiofité par tout, & voyons fi les.
plaifirs que donne la volupté , font d'un
fi grand prix , que l'on doive tout quitter
pour elle.
Voici l'heure que le fpectacle va com
mencer. Dans ce Theâtre où vous voyez
que cette foule s'empreffe d'entrer
les
Acteurs font payés par ceux qui les vont
entendre, pour les entretenir de ladouceur
des plaifirs , & pour amolir leurs cœurs'
par des fons lafcifs , & par des maximes:
voluptueufes. Nous étions à peine hors du
falon, quelebruit des inftrumens qui pre
ludoit , frapa nos oreilles : nous arrivâmes
à la porte du Theatre ;ily avoit unhom
me qui exigeoit de l'argent de tous ceux
qui fe prefentoient. C'eft donc ici , comme
aux Enfers, medir Socrate , il faut payer
pouralleraux fuplices. Serions nous affez
foux d'acheter un repentir , & de donner
notre argentpour uneextravagance ?Nous
ર
DE MAR S.
19
retournions fur nos pas, quandle Portier
s'écria : Entrés , entrés ; les Etrangers ni
les Philofophes ne payent point ici; cette
loy n'eft faite que pour ceux qui n'eftime
roient pas les plaifirs , ils ne coûtoient
cher à obtenir. Nous entrâmes , & nous
primes les places les moins recherchées.
Enun momentla fouley fut fi prodi-·
gicule , que l'on auroit crûque touteune
grande Ville s'étoit épuifée pour former
cette affemblée. Les Dames & les jeunes
filles de qualiré brilloient dans des Loges
fuperbes les unes portoient leurs regards
avides fur lesBalcons & dans l'Amphiteâtre,
pour y chercher leurs Amans : les autres
s'entretenoient d'amour avec les jeunes
hommes qui étoientavecelles. Quelques
unes avoient leur vue attachée fur les coins.
du Theâtre , pour s'annoncer à des Acteurs
qui devoient ce jour-là porter les faveurs
qu'ils avoient reçûes d'elles. Quelques-au
tres s'empreffoient pour de jeunesEtrangers.
dontla figure les avoit frapées,& qu'elles fe
difputoientdéja avantquede les connoître.
C'est ici , me dit Socrate , queles vices
s'infinuent dans l'ame , àla faveur d'une
morale pernicieufe. A peine croyons-nous
être frapés , que nous fommes vaincus ;
la Volupté attaque ici la jeuneffe partous
Les endroits par le fpectacle qui charme
les fens ,par le langage qui féduit l'efprit,,
Bij.
20
LE MERCURE
& par les fentimens qui flatent le cœur.
Qui peut être affez en garde contre les
mouvemens qui portent au vice, pour re
fifter à leurs pointes au milieu de tant de
dangers? & fi l'on élude ce charme , qui
peut refifter à une foule d'exemples ? I
n'y a point de milieu , Alcibiade ; il faut
éviter les gens vicieux, ou le devenir avec
eux : l'exemple eft plus fort que le mal
même; il acheve presque toujours ce que
la Voluptén'afait qu'ébaucher.
Qu'eft-il befoin de fpectacles pour fe
rendre plus mauvais ? Ne l'eft on pas affez
par la Nature , fans emprunter le fecours
de l'art ? Dans ce monde les uns fervent
de fpectacle aux autres , & chacun à foi
même;maiscesfpectacles font d'ungrand
ufage à qui veut les mettre à profit.
Le fpectacle que nous offrent les gens.
vicieux , nous doit donner de l'horreur
pourleurconduite , & nous faireaimer de
plus enplus la vertu. Celui que leur don
nent à leur tour les gens de bien , doit leur,
faire envier les jours fereins & les nuits
tranquilles que l'on paffe , quand on eſt
fous les Loixde la Sageffe , quine trompe
jamais ceux qui s'attachent àelle: & celui
que l'on fe doit àfoi-même, eft unaffem-.
blage d'actions vertueules , dont la vûe
doit nous exciter à enfaire de nouvelles..
Mais pourcelui-ci,ondoit leregarder com
rue l'aprenuffage des vices. Aufli vous
DE MARS.
21
voyés que les meres y menent leurs filles ,
comme fi les exemplesdomestiques qu'elles
leur donnent , ne fuffifoient pas , fans le
fecours des exemples publics , pour lesren
dre femblables à elles.
On fit l'ouverture , & la toile ſe leva.
Caramallus & Phabaton danferent ; l'un ,
Leda; l'autre , Semele ; mais avec different
fuccès. Caramallus fut applaudi, & Phaba
ton fifflé. Quelle hardieffe, s'écria Socrate,
d'expofer fur le Theatre les fautes des
Dieux , & d'aplaudir par des poftures laf
cives, à des crimes que l'on ne peut avoir
trop enhorreur! Je nepretendspoint defa
prouver la danfe. Les Lacedemoniens , qui
font , aprés les Atheniens , lesplus fages de
la Grece , ont fait tant de cas decet Art,
qu'ils tenoient de Caftor & de Pollux,qu'ils
avoienttoujours accoutumé d'allerau com
bat en danfant. Pyrrhus même étant de
vant Troye, inventa une forte de danfe ,
que l'on nomma Pyrrique de fon nom , &
dans laquelle il exerçoit la Jeuneffe pour
la rendre plus agile à laGuerre. Mais ceux
qui renouvellent les crimes des Dieux dans
leurs Danfes , meritent d'être punis publi
quement, tant pour l'exemple qu'ils don
nent aux hommes, que pour leur audace
envers les Dieux. La Danfe finit , & la
Piece commença; c'étoit Atys & Galatée.
Elle fut mal reprefentée : onauroitpris
LE MERCURE
2,2
le premier Acteur qui parut , plutôt pour
un des Ilotes de Sparte , que l'on expofe
dans les Places publiques , après les avoir
enyvrés , pour détourner la Jeuneffe de
l'excès du vin, que pour l'Amant de la
Nymphe Galathée ...... Remarqués , dir
Socrate , comme l'onrit de l'yvreffe de cet
Acteur ; rien ne vous doit prouver davan
tage la corruption de ce lieu , que de voir
que l'on s'y fait un plaifir des choſes mê
mes que l'on doitabhorrer.
Confiderez les mouvemens voluptueux
de toutes ces femmes qui danfent ; c'eſt
dans ces mouvemens que l'on fait confifter
Ta perfection de cet Art. Celles à qui vous.
voyez que l'onaplaudit, font celles qui les
fçavent nieux exprimer ; ce font ces mê
mes femmes que l'onpaye pour corrompre
la Jeuneffe.
Je demandai à Socrate quel étoit un
nouveau Spectacle, où tout le monde fe
preffoit d'aller.... Il nous faudroit bien
du temps , medit-il , pourparcourir toutes
les chofes par lefquelles la volupté , fous
Lapparence du bonheur, arrête ici ceux
qui fefont livrés à elle : elle a plusde peine
quevous ne pensez, à affermir ſon Empire.
Comme il n'a riende folide en lui-même,
elle tâche de le rendre agréable par la va
rjeté c'eft pourquoi elle établit des prix
pourceux quiinvententde nouveauxplai
DE MAR S.
firs: il faut qu'ils fe fuccedent inceffam
ment, afin qu'on n'ait pas le temps de re
fléchir fur leur peu de folidité ; c'eſt d'où
dépend la grandeur de fon Empire. Si elle
les fufpend quelquefois , c'eft pour irriter
adroitement les defirs de ceux qui pour
roient s'en dégoûter par un trop frequent
ufage. C'eſt ainfi qu'en les laiffant libres
en apparence, elle refferre leurs chaînes.
Ondonneralafin dumême Songe le mois
prochain.
d'Alcibiade.
Ndouxpenchant, unparterre
émaillé de mille fleurs , me
conduifirent dans un lieu fi
rempli de merveilles , que je
mecrus tranfporté par enchantement dans
le fejour des Divinitez ; mes yeux ne me
fuffifoient pas pour tant debeautez , &
je devorois avec rapidité tous les objets
qui fe prefentoient , fans me donner le
tems de les démêler. J'arrivai au milieu
de quatre allées ; une fouleprodigieufe de
peuple accouroit de toutes parts : Lefpe
tacle devint tragique , après m'avoir
d'abord agreable. Les uns paffoient fur le
pary
ventre des autres pour y arriver les pre
.
A ij
LE MERCURE
4
miers ; je voyois des morts & des mourans
àdroite & àgauche, qui avoient le vifage
Fourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir puyarriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fiter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de fa gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous medemandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques, je vous dirai que les hommes
l'appellentla Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée fur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne, avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant: mais
Bupalus a voulu nous marquer que le-monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eſt naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeffes , fans
les en pouvoir raffafier; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils fe frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes, ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'efpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe, bonne, dorée ; mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur efperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanouir au même moment : ce n'eſt
A j
LE MERCURE
4
miers; je voyois des morts & des mourans
à droite & àgauche, qui avoient le vifage
tourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie, fans avoir puy arriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fi ter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle ,
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de la gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vousmedemandez fon
nom, qui n'apas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
Pappellent la Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée ſur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulezfçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs,
les richeffes , & les autres biens quiexer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne, & pourlefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eft naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeſſes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils le frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'eſpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne : će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne, dorée , mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur eſperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanoüir au même moment : ce n'eſt
A ij
LE MERCURE
qu'un verre fragile ou une mer calme,
fur laquelle les Navires fejoient , & qui,
l'inſtant après , ouvre des gouffres affreux
pour les engloutir.
Cette femme feroit moins dangereufe
à fuivre, fi elle n'étoit à craindre que par
fa legereté; car ce n'eft pas la faute fi les
hommes lui donnent trop de confiance.
Ce qu'on voit de plus condamnable en
elle , c'eft le peu de choix avec lequel
elle difpenfefes faveurs , c'eft parce qu'elle
eft aveugle. Ainfi, vous voyez les méchans
comblez de biens , quine font dûs qu'aux
Bons , & acquerir par des crimes les hon
neurs qu'elle refuſe à la vertu.
Onméprife , on abhorre le vice , & on
le couronne. On loue , on eftimela vertu ,
& on la laiffe dans l'indigence. C'eft ce
qui a donné lieu à quelques-uns de dire,
que les Dieux ne fe mettent point en
peine des chofes d'ici bas, puifque les
bons étoient prefque toujours neceffiteux ,
pendant que les méchans fe voyoient com
blez de profperitez mais ces impies ne
fçavent pas que ces mêmes profperitez
font les boureaux des méchans; ils igno
rent que les Ethiopiens , faute de fer ,
accablent de chaînes d'or leurs criminels :
en font-ils plus heureux ces captifs , qui
ne deviennent plus riches qu'à meſure
qu'ils deviennent plus coupables ? & la
liberté eft-elle moins à regretter fous le
DE MARS. A
poids de l'or que fous celui dufer? Il en
eft de même de ceux que la fortune pre
fere aux gens de bien: Nous nous imagi
nons quec'eftune grace , & cen'eft qu'un
artifice cruel, pour les rendre plus mife
rables ; car la poffeffion des richeffes jette
les hommes dans l'immoderation , & les
defirs qui viennentde l'immoderation , les
agitentbien plus que ceux qui naiffent des
fimples befoins.
Les appas quecette Déeffe prefente , cou
vrent un hameçon dont la bleffure eft
mortelle ; c'eft avec cet hameçon qu'elle
furprend ceux qui ne font pas fur leurs
gardes fes faveurs font encore plus dan
gereufes que le Thirle de Bachus , dont
les feuilles vertes cachent la pointe cruelle.
Le poifon ne fe prefentepas dans l'argile,
il n'eft à craindre que dans les vales pre
cieux, & quand il eft mêlé avec le vin
de Thaze.
Mais pourquoi, lui demandai-je , tous
ceux qui viennent de quitter la fortune,
ne s'en retournent-ils pas par le même
chemin?Qu'importe , me répondit Socra
te , ils courent également à leur perte,
c'eft-à-dire à la volupté, & c'eft leur
mauvais genie qui les y conduit par diver
Les voyes.
Le penchant au mal embraffe plufieurs
fentimens , & ces fentimens font expri
Aiiij
LE MERCURE
3.
mez par les differens fentiers que prennent
ceux que la fortune a comblez de fes fa
veurs. Chaque route que ce penchant fait
fuivre , aboutit à un précipice : Ceux qui y
marchent , y tombent inévitablement. Il
n'en eſt pas ainſi du bien ; un feul vice
nousconduitànotre perte ; unefeule vertu
ne nous mene point à notre felicité. Il
n'eft pas neceffaire , pour eftre condamné
par les Juges qui pefent aux enfers les
vertus & les vices des mortels , d'être cou
pable de tous les crimes ; mais on nepeut
parvenir au fouverain bien, qu'en prati
quant toutes lesvertus. Un feul vicefuffit
pour nous perdre , il porte avec lui , en
quelqueforte, le poifon de tous ceux dont
nous fommes innocens. Une feule vertu
que nous n'avons pas , nous éloigne de
notre bonheur , & nous ôte le merite de
toutes celles quenous avons. Il faut donc,
Alcibiade, eftre exemt de defauts pour
eftre uni au fouverain bien, qui eft le
centre de notre ame; car comme lefou
verain bien eſt un eftre pur & l'exclufion
abfoluë de toute imperfection , nous ne
fçaurions y atteindre & le poffeder , fi nous
ne devenons purscommeluipar l'habitude
de toutes les vertus & par la feparation
abfoluë de tous les vices. Toute union
fuppofe des rapports & des proportions
neceffaires , & il ne peut y avoir de rap
DE MAR S.
port ni de proportion entre cet Etre par
fait & nous, tant qu'il y aura dans une
ame un affemblage debien & de mal , un
cahos & une confufion monftrueuſe de
vertu & de corruption.
Nedoutezpoint que tous ceuxque vous
voyez s'écarter en tant de differens ent
•
droits , ne courent à leur.perte certaine :
Suivons-les , vous ferez témoins de l'ulage
qu'ils vont faire de leur nouvelle profpe
rité, & vous verrez que lepremier fruit
qu'ils en retirent , c'eft d'être méchans im
punément, & de jouir à force d'argent des
avantages de la vertu, en perfiftant tou
jours dans le vice.
L'allée dans laquelle nous étions , abou
tiffoit à un édifice magnifique ; on l'au
roit cruélevépar les Dieux ; onn'y voyoit
partout que des chefs-d'œuvre de l'art.
Quel fuperbe portique fur la gauche , &
quel ample theatre s'offroit fur la droite !
Tout le marbre de sparte & du montHy
mete, fembloit y avoir été tranfporté: Le
frontifpice étoit fi haut , que les figures
qui l'ornoient , fe perdoient prefque dans
les nuës , comme pour approcherdu fejour
des Divinitez le maître de ce Palais , ou
pour l'y faire adorer avec plus de magni
ficence que ne le font les Dieux mêmes
dans leurs Temples.
Ciel , ô Ciel, s'écria Socrate ! quelle
LE MERCURE
RO
folie , quel ridicule foin deshommes ! les
uns bâtiffent , comme s'ils étoient furs de
Pimmortalité ; les autres font des amas
pour leurs feftins , comme s'ils devoient
mangeraux Enfers. C'eft l'ambitionfeule.
& nonle méprisdes richeffes qui leur fait
fouler aux pieds l'or & les pierreries:
Leurs plafonds dorez , leursmursincruftez
de marbre, leurs pavez de pierres rappor
rées, & de tant de couleurs afforties , ne
edent point aux tableaux des plus excel
lens Peintres.
Après avoir parcouru toutes les merveil
les de cet édifice , nous paffames dans une
gallerie que foutenoient des colonnes de
marbre d'une hauteur & d'une beauté ex
traordinaire; des ftatues y étoient placées
d'efpace en efpace ; les noms des celebres
Sculpteurs , Phidias & Praxiteles, qui
étoient gravez fur les bazes, montroient
l'excellence de l'ouvrage. Dès que Socrate
les apperçut , fes yeux & fon vifagechan
gerent fi promtement, qu'on l'auroit cru
agité du méme efprit que la Sibylle Del
phique.
Enfin , dit il , enfin! voilà le vice dans
fon dernier excès , & la pofterité n'y pourra
plus rien ajouter : c'étoit peu pour les fu
jets de la volupté que leurs honteux dé
bordemens , ilfalloit encore que leurs an
eêtres , ces grands perfonnages , en fuffenc
DE MAR'S. !
les témoins, & en paruffent les approbas
teurs. Leurs neveux dans les fiecles à venir
n'auront-ils pas lieu de croire que tous les
crimes leurferont permis,& que ces grands
hommesétoient complices de ceux deleur
famille, quand ils verront leurs ftatues
placées dans le même ordre que celles qui
la pourpre , ne fe
reprefentent les débauches deleurs enfans?
Quelle difference , cher Alcibiade, entre
celui qui né obfcurément , brille parlefeut
éclat de fes actions, & celui qui forti de
ne fe pare que de la nobleffe
de fes Ayeux! A quoi fert d'épuifer vos
foins pour chercher fi vos ancêtres vous.
font defcendre d'Hercules, & fi vous pou
yez monter fans interruption jufqu'à Ju
piter même? A quoi cette folle curiolité
vous mene-t'elle, qu'à fignaler votre va
nité, & qu'à montrerque vous eftes digne
de mépris, fi vousne leur reffemblez pas,
& fi de tout ce qu'ils ont été, il ne vous
refte queleur nom que vous deshonnorez,
& que le peuple vous donne à regret? La
gloire de vos Ancêtres fait l'éclat de votre
naiffance ; mais la gloire de vos actions.
doit faire l'éclat de votre vie. L'admiration
& Pimmortalité qu'ils le font acquifes ,
ne ferviront qu'à vous rabaiffer, fi vous
ne marchez fur leurstraces , & leur repu
tation vous accablera de honte , fi loin de
nous donner occafion de comparer votre
LE MERCURE'
12
gloire avec la leur, vous nous obligez au
contraire de comparer vos vices avec leurs
vertus. Vous vivez dans la plus floriffante
partie de l'Univers , la nobleffe & la gloire
de vos ayeux ne vous y laiffent rien à
defirer , & la route que vousdevez ſuivre,
eft toute frayée.
Dans le tems que Socrate me parloit,
une troupe de domeftiques plioit fous le
poids des baffins qu'ils portoient. Un
Trompette qui avertiffoit de l'heure du
repas , marchoit à leur tête. Le bruit avoit
interrompu Socrate , c'eft pour ne pas per
dre un inftant de chaque journée , reprit-il,
que cet homme avertit de chaque plaifir.
Entrons dans ce falon avant que les con
viez arrivent.
Des lits de pourpre étoient rangez au
tour d'une table de cedre , admirable par
le bizarte mêlange des couleurs & des vei
nes differentes dont elle étoit fouettée:
elle étoit foutenue par des dents d'Ele
phant, où l'on voyoit enbas relief le feſtin
des Dieux après la defaite des Geans , &
les nôces de Thetis & de Pelée; cet ou
vrage étoit le chef-d'œuvre de l'Afrique.
A droite, s'élevoit un Buffet fuperbe ,
Mentor en avoit gravé tous les verres,
& Mios s'étoit furpaffé dans les bas reliefs
qui paroiffoient fur les coupes de criſtal.
L'on voyoit fur ce Buffet peu de vales
DE MARS.
d'or
13
la porcelaine & le criftal en fai
foient tout l'ornement , & leur fragilité,
tout leur prix. C'est là , me dit Socrate,
le veritable luxe , que de le faire conſiſter
en des chofes que l'on puiffe perdre tout
d'un coup & fans reffource. Ne diroit-on
pas à voir cette profufion de vafes , que
le nectar n'eft delicieux quedans l'émerau
de, & qu'il perd fon prix dans l'argile ?
Mesyeux étoient occupez à cefpectacle,
& mes oreilles au difcours de Socrate ,
quand un bruit confus me fit comprendre
que les conviez arrivoient. Deux femmes
venoient les premieres , l'une étoit d'un
embonpoint extrême ; elle avoit la peau
blanche, le vifage gay, le teint frais &
vermeil ; l'autre avoit les cheveux épars ,
elle fembloit plutôt traîner que porterfa
robe qu'elle n'avoit qu'à moitié mife : Son
air étoit lent , fa démarche negligen
te; le fommeil étoit encore répandu fur
fon vifage. A peine fes yeux pouvoient
fupporter l'éclat du jour ; fa tête étoit
chancelante fur fes épaules ; elle avoit
pourtant de la beauté. Connoiffez-vous
ces deux femmes , demandai-je à Socrate?
Quy, dit-il, leur figure m'apprend ce
qu'elles font celle que vousvoyezla pre
miere, fenomme l'Intemperance; elle vient
de faire un repas en fecret, qu'elle n'a
quitté que pour le mettre à cettetable.
LE MERCURE.
14
L'autre qui fe frotte les yeux , qu'elle
n'ouvre qu'à peine , eft nommée par les
femmes qui s'aiment, le Repos; mais fon
veritable nom eft la Pareffe. Elle fort de
fon lit, & va le recoucher fur celui que
Nous voyez , la tête encore remplie des
vapeurs du fouper du jour precedent.
Après ces Dames, on vit paroître le
refte des convięz. On leur prefenta de
l'eau de neige pour fe laver les mains ,
puis dans des vales d'Onix , des parfums
pour les cheveux qu'ils ceignirent enfuite
de couronnes de fieurs de differentes eſpe
ces, &tousfecoucherent. Quej'approuve
leur précaution! dit Socrate , ils embau
ment le cadavre , de peur qu'il ne fente
mauvais mais qu'ils y font peu de refle
xion, & quelle difference ils feroient des
foins qu'ils doivent à leur ame, d'avec
ceux qu'ils donnent à leurs corps, fi l'idée
de fon immortalité leur étoit prefente , &
fi la brieveté des fleurs dont ils ornent
leurs têtes , les pouvoir faire fouvenir de
la brieveté de leurs jours!
Quellequantité de mets accable les va
lers, & quel poids il faut que cette table
foutienne elle tremblefous les piramides
de viandes que l'on fert , moins pour le
goût que pour le luxe & la profufion.
Les oifeaux de Colchos n'y paroiffent ex
cellens que par les difficultez qu'il faut
furmonter pour les avoir. Les poiflons ne
-DE MARS. T AS
font exquis qu'à proportion que les mers
où l'onles pêche, font éloignées ou ora
geufes. Tout ce qui n'eft pas d'un autre
climat , eft rejetté. Que leur luxe eft in
genieux ! il leur fait trouver des ragoûts
dont un feul coûte leur patrimoine, &
fouvent celui qui les donne , s'acheteroit à
plus bas prix. Mais ce n'eft pas tout, leur
vaniténe feroit pas fatisfaite , fi vous igno
riez les lieux d'oùviennent leursvins. Les
cruches bouchées de poix &demaſtic ont
chacune leurécriteau, où l'âge & lepais du
vin eft marqué. Quelques Lettres reftées
fur cesvieux flacons , montrent qu'ils font
pleins de vinde Lesbos & de Leucade. D'au
tres écriteaux leur annoncent les vins de
Thaze & deCoos; rien n'eftoublié nipour
la delicateffe ni pour leluxe de la table.
La falle du feftin retentiffoit des chants
& des ris des conviez , lorfque tout à
coup nous vîmes entrer une troupe de
Morions: l'un d'eux vêtu de pourpre, te
nant une lyre àla main, s'approcha de la
C
table , & mêlant l'harmonie de fon inftru
ment à la beauté de fa voix, impoſa ſi
lence à toute l'affemblée. Je fus fi charmé
de tout ce que j'entendois, que tout ce
qu'on m'avoit dit d'Arion & d'Orphée ,
meparut vrai-femblable.
Après avoir étéapplaudi de tout le mon->
de, onlui fit recommencer l'air qu'il avoit
chanté, dont voici les paroles.
LE MERCURE
Arendre la vie agreable
sans seffe occupons noftre esprit ,
Fuyons l'ufage méprisable
Que le groffier vulgaire fuit :
Amis, paffons la nuit à table,
Et confumons le jour au lit.
Dès qu'il eut achevé , il parut un Panto
mime, qui frapant un tambourde cuivre,
imitoit la danſedes Corybantes ; une fem
melefuivoit ; ils danferent enſemble avec .
mille poſtures lafcives , l'adultere de Mars
& de Venus.- Quels affaifonnemens pour un repas ,
s'écria Socrate ! N'eft-ce pas là plûtôt ra
nimer les paffions mourantes que fecourir
la fain? Quelle difference de ces mœurs
à celles des Sages , qui n'allongent leurs
repas , que pour s'entretenir de l'immor
talité de l'ame , & pours'inftruire entr'eux
des chofes les plus cachées de la Nature !
Mais ces Emportés que vous voyés , font
indignes de goûter de pareilles douceurs.
En voulant fatisfaire à toutes leurs paf
fions àla fois, ils n'en contentent aucune.
Les odeurs exquifes leur deviennent fades ,
les mets les plus delicieux leur paroiffent
infipides ; leurs yeux ne font plus furprisi
des fpectacles les plus merveilleux , & leurs
oreilles s'endurciffent auxfons les plus tou
chans ;
;
DE MAR S.
17
chans ;l'excès des plaifirs, Alcibiade, en ête
tout le prix.
Qu'ils feroient heureux , Alcibiade , s'ils
en pouvoient demeurer-là ! Mais vous les
allés voir paffer fans interruption , du luxẹ
à l'excès , de la table & de l'excès de la
table , aujeu ; ilsfont aufli avares du tems,
qu'ils le devroient être , s'ils confacroient
à la Vertu les momens qu'ils donnent à
leurs plaifirs.
Je metournai , & jevis des valets apro
cher des tables preparées pour touteforte
de jeux de hazard ; les autres ne les tou
chent point , parce qu'on n'y perd pas
affez , ni affez tôt. Il étoit aifé de juger
par l'émotion des uns & par lapâleurdes
autres , qu'un coup de Dez decidoit de
leur defefpoir ou de leur bonheur. Re
marquez vous, me dit Socrate ,la frayeur
qu'ils ont d'amener le Chien, & les vœux
qu'ils font pour amener Venus :ilne man
quoit à leurs mœurs que de mettre le
bonheur fous le fimbole d'une femmeauffi
perdue que celle-là.
Palamede auroit-il jamais crû que ce
qu'il avoit inventé pendant le Siége de
Troye , pourRamufement & l'inftruction
des gens de Guerre , deviendroit le fujet
de laruine des familles , & des diffenfions
domeftiques ? Mais c'est un effet du dere
glement des hommes de tourner à malce
B
C
LE MERCURE
18
qui ne feur a été donné que pour leur
ufage & pour leur utilité.
¿ Quefaifons-nous ici, continuaSocrate?
ces infenfés vont paffer là toute la nuit ,
& l'Aurore les trouvera les.yeux attachés
fur cette table : c'eft leur coutumede ren
verfer l'ordre de la Nature ,& d'employer
à fatisfaire leurs paffions le tems qu'elle
a donné aux hommes pourle repos. Pen
dant que le jour nous éclaire , portons
notre curiofité par tout, & voyons fi les.
plaifirs que donne la volupté , font d'un
fi grand prix , que l'on doive tout quitter
pour elle.
Voici l'heure que le fpectacle va com
mencer. Dans ce Theâtre où vous voyez
que cette foule s'empreffe d'entrer
les
Acteurs font payés par ceux qui les vont
entendre, pour les entretenir de ladouceur
des plaifirs , & pour amolir leurs cœurs'
par des fons lafcifs , & par des maximes:
voluptueufes. Nous étions à peine hors du
falon, quelebruit des inftrumens qui pre
ludoit , frapa nos oreilles : nous arrivâmes
à la porte du Theatre ;ily avoit unhom
me qui exigeoit de l'argent de tous ceux
qui fe prefentoient. C'eft donc ici , comme
aux Enfers, medir Socrate , il faut payer
pouralleraux fuplices. Serions nous affez
foux d'acheter un repentir , & de donner
notre argentpour uneextravagance ?Nous
ર
DE MAR S.
19
retournions fur nos pas, quandle Portier
s'écria : Entrés , entrés ; les Etrangers ni
les Philofophes ne payent point ici; cette
loy n'eft faite que pour ceux qui n'eftime
roient pas les plaifirs , ils ne coûtoient
cher à obtenir. Nous entrâmes , & nous
primes les places les moins recherchées.
Enun momentla fouley fut fi prodi-·
gicule , que l'on auroit crûque touteune
grande Ville s'étoit épuifée pour former
cette affemblée. Les Dames & les jeunes
filles de qualiré brilloient dans des Loges
fuperbes les unes portoient leurs regards
avides fur lesBalcons & dans l'Amphiteâtre,
pour y chercher leurs Amans : les autres
s'entretenoient d'amour avec les jeunes
hommes qui étoientavecelles. Quelques
unes avoient leur vue attachée fur les coins.
du Theâtre , pour s'annoncer à des Acteurs
qui devoient ce jour-là porter les faveurs
qu'ils avoient reçûes d'elles. Quelques-au
tres s'empreffoient pour de jeunesEtrangers.
dontla figure les avoit frapées,& qu'elles fe
difputoientdéja avantquede les connoître.
C'est ici , me dit Socrate , queles vices
s'infinuent dans l'ame , àla faveur d'une
morale pernicieufe. A peine croyons-nous
être frapés , que nous fommes vaincus ;
la Volupté attaque ici la jeuneffe partous
Les endroits par le fpectacle qui charme
les fens ,par le langage qui féduit l'efprit,,
Bij.
20
LE MERCURE
& par les fentimens qui flatent le cœur.
Qui peut être affez en garde contre les
mouvemens qui portent au vice, pour re
fifter à leurs pointes au milieu de tant de
dangers? & fi l'on élude ce charme , qui
peut refifter à une foule d'exemples ? I
n'y a point de milieu , Alcibiade ; il faut
éviter les gens vicieux, ou le devenir avec
eux : l'exemple eft plus fort que le mal
même; il acheve presque toujours ce que
la Voluptén'afait qu'ébaucher.
Qu'eft-il befoin de fpectacles pour fe
rendre plus mauvais ? Ne l'eft on pas affez
par la Nature , fans emprunter le fecours
de l'art ? Dans ce monde les uns fervent
de fpectacle aux autres , & chacun à foi
même;maiscesfpectacles font d'ungrand
ufage à qui veut les mettre à profit.
Le fpectacle que nous offrent les gens.
vicieux , nous doit donner de l'horreur
pourleurconduite , & nous faireaimer de
plus enplus la vertu. Celui que leur don
nent à leur tour les gens de bien , doit leur,
faire envier les jours fereins & les nuits
tranquilles que l'on paffe , quand on eſt
fous les Loixde la Sageffe , quine trompe
jamais ceux qui s'attachent àelle: & celui
que l'on fe doit àfoi-même, eft unaffem-.
blage d'actions vertueules , dont la vûe
doit nous exciter à enfaire de nouvelles..
Mais pourcelui-ci,ondoit leregarder com
rue l'aprenuffage des vices. Aufli vous
DE MARS.
21
voyés que les meres y menent leurs filles ,
comme fi les exemplesdomestiques qu'elles
leur donnent , ne fuffifoient pas , fans le
fecours des exemples publics , pour lesren
dre femblables à elles.
On fit l'ouverture , & la toile ſe leva.
Caramallus & Phabaton danferent ; l'un ,
Leda; l'autre , Semele ; mais avec different
fuccès. Caramallus fut applaudi, & Phaba
ton fifflé. Quelle hardieffe, s'écria Socrate,
d'expofer fur le Theatre les fautes des
Dieux , & d'aplaudir par des poftures laf
cives, à des crimes que l'on ne peut avoir
trop enhorreur! Je nepretendspoint defa
prouver la danfe. Les Lacedemoniens , qui
font , aprés les Atheniens , lesplus fages de
la Grece , ont fait tant de cas decet Art,
qu'ils tenoient de Caftor & de Pollux,qu'ils
avoienttoujours accoutumé d'allerau com
bat en danfant. Pyrrhus même étant de
vant Troye, inventa une forte de danfe ,
que l'on nomma Pyrrique de fon nom , &
dans laquelle il exerçoit la Jeuneffe pour
la rendre plus agile à laGuerre. Mais ceux
qui renouvellent les crimes des Dieux dans
leurs Danfes , meritent d'être punis publi
quement, tant pour l'exemple qu'ils don
nent aux hommes, que pour leur audace
envers les Dieux. La Danfe finit , & la
Piece commença; c'étoit Atys & Galatée.
Elle fut mal reprefentée : onauroitpris
LE MERCURE
2,2
le premier Acteur qui parut , plutôt pour
un des Ilotes de Sparte , que l'on expofe
dans les Places publiques , après les avoir
enyvrés , pour détourner la Jeuneffe de
l'excès du vin, que pour l'Amant de la
Nymphe Galathée ...... Remarqués , dir
Socrate , comme l'onrit de l'yvreffe de cet
Acteur ; rien ne vous doit prouver davan
tage la corruption de ce lieu , que de voir
que l'on s'y fait un plaifir des choſes mê
mes que l'on doitabhorrer.
Confiderez les mouvemens voluptueux
de toutes ces femmes qui danfent ; c'eſt
dans ces mouvemens que l'on fait confifter
Ta perfection de cet Art. Celles à qui vous.
voyez que l'onaplaudit, font celles qui les
fçavent nieux exprimer ; ce font ces mê
mes femmes que l'onpaye pour corrompre
la Jeuneffe.
Je demandai à Socrate quel étoit un
nouveau Spectacle, où tout le monde fe
preffoit d'aller.... Il nous faudroit bien
du temps , medit-il , pourparcourir toutes
les chofes par lefquelles la volupté , fous
Lapparence du bonheur, arrête ici ceux
qui fefont livrés à elle : elle a plusde peine
quevous ne pensez, à affermir ſon Empire.
Comme il n'a riende folide en lui-même,
elle tâche de le rendre agréable par la va
rjeté c'eft pourquoi elle établit des prix
pourceux quiinvententde nouveauxplai
DE MAR S.
firs: il faut qu'ils fe fuccedent inceffam
ment, afin qu'on n'ait pas le temps de re
fléchir fur leur peu de folidité ; c'eſt d'où
dépend la grandeur de fon Empire. Si elle
les fufpend quelquefois , c'eft pour irriter
adroitement les defirs de ceux qui pour
roient s'en dégoûter par un trop frequent
ufage. C'eſt ainfi qu'en les laiffant libres
en apparence, elle refferre leurs chaînes.
Ondonneralafin dumême Songe le mois
prochain.
Fermer
4177
p. 174-208
JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Début :
On a cru devoir assembler dans un seul article tout ce qui concerne [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XV, Duc, Feu, Te Deum, Musique, Feu d'artifice, Chambre, Ville, Chanter, François de Neufville de Villeroy, Soir, Fête, Église, Fleur, Majesté, Palais, Santé, Messe, Zèle, Août, Joie, Duc d'Orléans, Paris, Cour, Louvre, Fusées, Peuple, Rétablissement, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
JOURNAL
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
Fermer
4178
p. 1283-1288
LETTRE écrite de Montpellier, sur une inondation extraordinaire, arrivée dans le bas Languedoc, au mois d'Octobre dernier.
Début :
Je vous écris, Monsieur, encore tout consterné du triste évenement dont [...]
Mots clefs :
Inondation, Eau, Province du Languedoc, Montpellier, Rivières, Quantité, Cause
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Montpellier, sur une inondation extraordinaire, arrivée dans le bas Languedoc, au mois d'Octobre dernier.
LETTRE
écrite
de
Montpellier
,
Surune
inondation
extraordinaire
,
arrivée
dans
le
bas Languedoc
,
au
mois d'Octo
bre
dernier
.
E vous écris , Monfieur , encore tout
confterné du trifte évenement dont
vous me priez de vous marquer les prin-
cipales circonftances . La pluye commen-
ça de tomber ici, abondamment le pre-
mier jour du mois d'Octobre dernier ,
& continua jufqu'au 9. avec la même
force , & un débordement general de
toutes les Rivieres & des Ruiffeaux cir-
convoisins ; enforte que l'eau entroit par
les fenêtres & par les cheminées des mai-
fons les mieux fermées , ce qui caufa une
inondation generale. Le Faubourg de
Montpellier fut totalement entraîné , &
quantité de Tanneurs, qui y ont leurs Ma-
nufactures , y périrent. La petite Rivie-
' re qui traverfe ce Fauxbourg, fe débor-
da tellement , qu'elle entra bien avant
dans le Ville , & monta jufqu'au dernier
degré du Portail de l'Eglife des Reli-
gieufes de fainte Marie. Les Troupeaux
nombreux , qui paiffoient , felon la coû-
tume , dans la grande Prairie auprès
de la Ville , furent entraînez par le tor-
rent avec prefque tous les Bergers. Les
Efclufes du Canal de Lates en furent
renverfées , auffi bien que la Chauffée du
Pont Juvenal . Les Marchands de laine
de Montpellier ont fait en cet endroit
une perte de S. ou 600. mille livres , les
eaux ayant entraîné toutes les laines qui
étoient étenduës fur un grand Pré , voiſin
du Pont Juvenal. La maifon des Des
de Rouffel , quoique fituée fur la hauteur
de la Canourgue , promenade de Mont-
pellier , & rebâtie depuis peu , a èré abî
mée , l'eau ayant rempli les caves & en-
dommagé les fondemens ; fix' perfonnes:
furent
écrasées
&
ſubmergées
tout à
la
fois
fous
les
ruinés
.
Toutes les Campagnes voifines n'é-
toient qu'une Mer orageufe : on ne pou
voit aller qu'en bateau dans les rues des
Villes de Lunel & de Somieres , par le
débordement de la Riviere , dont tous les
Moulins ont été entraînez. L'eau caufa
le même ravage dans tous les Villages &
Hameaux d'alentour. Voici cependant un
fait , & tout enfemble un bonheur bien
fingulier, arrivé dans le Village de Claret.
Le Meûnier fe voyant tout-à- coup &
de toutes parts invefti par les ondes , pro-
pofa à fa femme de fe fauver à la nâge ;
il la fit étendre fur fon dos , lui recom-
mandant de le ferrer étroitement , & de
,n'avoir
point
de peur
:
il
prit
en
même-
temps
avec
les
dents
un
enfant
de
trois
mois
,
par
le
maillot
;
&
nonobftant ce
double
fardeau
,
il
eut
le
bonheur
d'arri
ver
fain
&
fauf à
un
rivage élevé
;
mais
la frayeur
&
le
froid ayant
faifi
la
fem-
elle
tomba
en
foibleffe
;
alors le
Meû
.
nier fe
remit dans
l'eau
&
alla
chercher
une
bouteille d'eau de
vie
qu'il
avoit
laif-
fée
dans
la
maiſon abandonnée
.
A
peine
eut
-il
pris la bouteille
,
que
la
maiſon
&
le moulin furent
abîmez
.
Il vint au fe-
cours de
fa
femme
,
qu'il fortifia
par le
moyen
de l'eau
de vie
.
Je vous affure
,
onfieur , que ce trait des plus hardis
& des plus genereux eft vrai dans toutes
fes circonftances , & qu'il fait encore icy
l'admiration de tout le monde.
Cette inondation a encore caufé de
grands ravages du côté d'Aigues-Mortes,
& fur tout au Salin de Pequés , l'un des
plus grands du Royaume , par la prodi-
gieufe quantité de fel qui y a été perdu ,
fans compter le terrain des Salines , pref-
que entierement engravé , ce qui fait un
tort immenfe , non-feulement aux Pro
prietaires , mais à toute la Province de
Languedoc, qui tiroit de- là le meilleur
Sel pour fon ufage.
L'impetuofité des torrens a été fi gran-
de , qu'elle a entierement renversé les
Ponts de la Verune , de faint Jean de
Vedas , de Ville- neuve , de Maguelone ,
de Pefenas , de Montagnac , d'Aniane, de
S. Guillain le Defert , & d'Agdes . Celui
de Lunel n'a pas été abbatu comme on
l'avoit d'abord dit.
Le Canal de communication des deux
Mers , par la Province de Languedoc ,
commence , comme l'on fçait , à la Ville
d'Agdes , dont le Port eft l'Entrepôt des
Marchandifes qu'on veut tranfporter
d'Agdes à Touloufe , & aux autres Vil-
les du hut Languedoc, & de la Guyenne
jufqu'à Bordeaux . Toutes les Marchan-
difes qui fe trouverent dans cet Entrepôt
furent emportées par ce déluge , qui prit
en quelque maniere fa naillance en ce
Port- là , où la Mer fembloit , pour ainfi
dire , tomber du Ciel en terre , les nuées
s'étant crevées à cette hauteur. Ces Mar-
chandiſes confiftant principalement , en
Vins , Bleds , Huiles , font eftimées en-
viron deux millions.
Les
autres Rivieres
qui ont
débordé
en-
même
-
temps
,
depuis
Beziers jufqu'à
Nif-
mes
,
ont
auffi
caufé
de
grands ravages
,
particulierement
celle
qu'on
nomme
leHe
.
ran
,
dont
toutes
les
Prairies voisines
ne fontplus
qu'une
Greve
ſterile
;
il
ne
reste
plus
fur
fes
bords
que
huit à
dix
arbres
d'une
infinité qu'il
y
en
avoit
,
&
qui
for-
moient
un
ſpectacle
champêtre
,
des plus
agréables ;
deforte
que
ces
bords font
à
prefent tout ruinez
&
d'une nudité
af-
freufe
.
On a obfervé que l'eau de la plûpart
de ces Rivieres débordées , eft montée
plus haut qu'elle n'a jamais fait , de 22.
Palmes Palme eft une mefure du pays ,
qui fait la cinquième partie de l'aune
de Paris. La Riviere du Lez en parti-
culier eft montée de douze pieds plus haut
qu'en l'année 1465. époque de la plus
grande inondation , dont les Archives de
la Province faffent mention
l
faudroit
un
volume
entier
pour
faire
un
détail
exact des degâts
horribles
que
celle
-
cy
a
caufé
.
Un
Voiturier qui
con-
duifoit
douze Mulets
chargez
d'Huile
,
en
fut
la
derniere
victime
,
fes
Muletsavec
leur
charge
périrent
auffi
.
On
croit
enfin
que
dix
ou
douze
millions
ré-
pareroient
à
peine
les
dommages
de
cetté
inondation
,
laquelle a
déraciné
une
gran
de
quantité
d'Oliviers
,
ce
qui
a
ruiné
beaucoup de
Particuliers
,
&
c
.
Je
fuis
,
Monfieur
,
&
c
écrite
de
Montpellier
,
Surune
inondation
extraordinaire
,
arrivée
dans
le
bas Languedoc
,
au
mois d'Octo
bre
dernier
.
E vous écris , Monfieur , encore tout
confterné du trifte évenement dont
vous me priez de vous marquer les prin-
cipales circonftances . La pluye commen-
ça de tomber ici, abondamment le pre-
mier jour du mois d'Octobre dernier ,
& continua jufqu'au 9. avec la même
force , & un débordement general de
toutes les Rivieres & des Ruiffeaux cir-
convoisins ; enforte que l'eau entroit par
les fenêtres & par les cheminées des mai-
fons les mieux fermées , ce qui caufa une
inondation generale. Le Faubourg de
Montpellier fut totalement entraîné , &
quantité de Tanneurs, qui y ont leurs Ma-
nufactures , y périrent. La petite Rivie-
' re qui traverfe ce Fauxbourg, fe débor-
da tellement , qu'elle entra bien avant
dans le Ville , & monta jufqu'au dernier
degré du Portail de l'Eglife des Reli-
gieufes de fainte Marie. Les Troupeaux
nombreux , qui paiffoient , felon la coû-
tume , dans la grande Prairie auprès
de la Ville , furent entraînez par le tor-
rent avec prefque tous les Bergers. Les
Efclufes du Canal de Lates en furent
renverfées , auffi bien que la Chauffée du
Pont Juvenal . Les Marchands de laine
de Montpellier ont fait en cet endroit
une perte de S. ou 600. mille livres , les
eaux ayant entraîné toutes les laines qui
étoient étenduës fur un grand Pré , voiſin
du Pont Juvenal. La maifon des Des
de Rouffel , quoique fituée fur la hauteur
de la Canourgue , promenade de Mont-
pellier , & rebâtie depuis peu , a èré abî
mée , l'eau ayant rempli les caves & en-
dommagé les fondemens ; fix' perfonnes:
furent
écrasées
&
ſubmergées
tout à
la
fois
fous
les
ruinés
.
Toutes les Campagnes voifines n'é-
toient qu'une Mer orageufe : on ne pou
voit aller qu'en bateau dans les rues des
Villes de Lunel & de Somieres , par le
débordement de la Riviere , dont tous les
Moulins ont été entraînez. L'eau caufa
le même ravage dans tous les Villages &
Hameaux d'alentour. Voici cependant un
fait , & tout enfemble un bonheur bien
fingulier, arrivé dans le Village de Claret.
Le Meûnier fe voyant tout-à- coup &
de toutes parts invefti par les ondes , pro-
pofa à fa femme de fe fauver à la nâge ;
il la fit étendre fur fon dos , lui recom-
mandant de le ferrer étroitement , & de
,n'avoir
point
de peur
:
il
prit
en
même-
temps
avec
les
dents
un
enfant
de
trois
mois
,
par
le
maillot
;
&
nonobftant ce
double
fardeau
,
il
eut
le
bonheur
d'arri
ver
fain
&
fauf à
un
rivage élevé
;
mais
la frayeur
&
le
froid ayant
faifi
la
fem-
elle
tomba
en
foibleffe
;
alors le
Meû
.
nier fe
remit dans
l'eau
&
alla
chercher
une
bouteille d'eau de
vie
qu'il
avoit
laif-
fée
dans
la
maiſon abandonnée
.
A
peine
eut
-il
pris la bouteille
,
que
la
maiſon
&
le moulin furent
abîmez
.
Il vint au fe-
cours de
fa
femme
,
qu'il fortifia
par le
moyen
de l'eau
de vie
.
Je vous affure
,
onfieur , que ce trait des plus hardis
& des plus genereux eft vrai dans toutes
fes circonftances , & qu'il fait encore icy
l'admiration de tout le monde.
Cette inondation a encore caufé de
grands ravages du côté d'Aigues-Mortes,
& fur tout au Salin de Pequés , l'un des
plus grands du Royaume , par la prodi-
gieufe quantité de fel qui y a été perdu ,
fans compter le terrain des Salines , pref-
que entierement engravé , ce qui fait un
tort immenfe , non-feulement aux Pro
prietaires , mais à toute la Province de
Languedoc, qui tiroit de- là le meilleur
Sel pour fon ufage.
L'impetuofité des torrens a été fi gran-
de , qu'elle a entierement renversé les
Ponts de la Verune , de faint Jean de
Vedas , de Ville- neuve , de Maguelone ,
de Pefenas , de Montagnac , d'Aniane, de
S. Guillain le Defert , & d'Agdes . Celui
de Lunel n'a pas été abbatu comme on
l'avoit d'abord dit.
Le Canal de communication des deux
Mers , par la Province de Languedoc ,
commence , comme l'on fçait , à la Ville
d'Agdes , dont le Port eft l'Entrepôt des
Marchandifes qu'on veut tranfporter
d'Agdes à Touloufe , & aux autres Vil-
les du hut Languedoc, & de la Guyenne
jufqu'à Bordeaux . Toutes les Marchan-
difes qui fe trouverent dans cet Entrepôt
furent emportées par ce déluge , qui prit
en quelque maniere fa naillance en ce
Port- là , où la Mer fembloit , pour ainfi
dire , tomber du Ciel en terre , les nuées
s'étant crevées à cette hauteur. Ces Mar-
chandiſes confiftant principalement , en
Vins , Bleds , Huiles , font eftimées en-
viron deux millions.
Les
autres Rivieres
qui ont
débordé
en-
même
-
temps
,
depuis
Beziers jufqu'à
Nif-
mes
,
ont
auffi
caufé
de
grands ravages
,
particulierement
celle
qu'on
nomme
leHe
.
ran
,
dont
toutes
les
Prairies voisines
ne fontplus
qu'une
Greve
ſterile
;
il
ne
reste
plus
fur
fes
bords
que
huit à
dix
arbres
d'une
infinité qu'il
y
en
avoit
,
&
qui
for-
moient
un
ſpectacle
champêtre
,
des plus
agréables ;
deforte
que
ces
bords font
à
prefent tout ruinez
&
d'une nudité
af-
freufe
.
On a obfervé que l'eau de la plûpart
de ces Rivieres débordées , eft montée
plus haut qu'elle n'a jamais fait , de 22.
Palmes Palme eft une mefure du pays ,
qui fait la cinquième partie de l'aune
de Paris. La Riviere du Lez en parti-
culier eft montée de douze pieds plus haut
qu'en l'année 1465. époque de la plus
grande inondation , dont les Archives de
la Province faffent mention
l
faudroit
un
volume
entier
pour
faire
un
détail
exact des degâts
horribles
que
celle
-
cy
a
caufé
.
Un
Voiturier qui
con-
duifoit
douze Mulets
chargez
d'Huile
,
en
fut
la
derniere
victime
,
fes
Muletsavec
leur
charge
périrent
auffi
.
On
croit
enfin
que
dix
ou
douze
millions
ré-
pareroient
à
peine
les
dommages
de
cetté
inondation
,
laquelle a
déraciné
une
gran
de
quantité
d'Oliviers
,
ce
qui
a
ruiné
beaucoup de
Particuliers
,
&
c
.
Je
fuis
,
Monfieur
,
&
c
Fermer
4179
s. p.
AU ROY,
Début :
SIRE. Le Mercure de France, qui contient l'Histoire journaliere [...]
Mots clefs :
Mercure, Histoire journalière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY,
Le Mercure de France , qui contient
histoire journaliere <te la Nation , ne
ut paroître plus heureusement pour le
blic , . Se pour ses Auteurs , que fous
Ai) Se
les glorieux auspices de VOTRE MAr
JESTE' ; la bonté que vous avez, S I RE,
de nous Je permettre , & d'agréer que
nous venions tous les mois vous offrir.,
comme un juste tribut , le fruit de nôtre
travail , nous animera de plus en plus f
& nous engagera particulierement à ne
rien presenter à VQTRE MAJESTE*
qui jjie puisse lui plaire , ou s'amuíer
agréablement. C'est , SIRE , par ces dis
positions que nous nous flatons de pou
voir meriter la grace de vôtre Royale
Protection , & que nous osons nous dire
Avec le plus profond respect.
S I RE,
DE VOTRE MAJESTE',
Les plus humbles , les plus
obéiísans . &les plus fideles.
serviteurs & sujets ,
Les Auteurs du Mercure,
A Paris , U fremit*
l*nvier 17»^.
histoire journaliere <te la Nation , ne
ut paroître plus heureusement pour le
blic , . Se pour ses Auteurs , que fous
Ai) Se
les glorieux auspices de VOTRE MAr
JESTE' ; la bonté que vous avez, S I RE,
de nous Je permettre , & d'agréer que
nous venions tous les mois vous offrir.,
comme un juste tribut , le fruit de nôtre
travail , nous animera de plus en plus f
& nous engagera particulierement à ne
rien presenter à VQTRE MAJESTE*
qui jjie puisse lui plaire , ou s'amuíer
agréablement. C'est , SIRE , par ces dis
positions que nous nous flatons de pou
voir meriter la grace de vôtre Royale
Protection , & que nous osons nous dire
Avec le plus profond respect.
S I RE,
DE VOTRE MAJESTE',
Les plus humbles , les plus
obéiísans . &les plus fideles.
serviteurs & sujets ,
Les Auteurs du Mercure,
A Paris , U fremit*
l*nvier 17»^.
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Résumé : AU ROY,
Les auteurs du Mercure de France remercient leur souverain pour la permission de publier mensuellement. Ils s'engagent à offrir des contenus agréables au roi et à mériter sa protection. Ils se déclarent ses humbles et fidèles serviteurs. La lettre est datée de Paris, le premier janvier 17XX.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4180
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Titre de Mercure de France que nous donnons aujourd'hui à nôtre [...]
Mots clefs :
Mercure
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Titre de Mercure de France que
nous donnons aujourd'hui a notre
Journal , au lieu de celui qu'il avoïi
orté depuis son' institution, ne doit pas?
tire craindre que nous voulions en re-
.ancher ces matieres agréables qui font
int de plaisir au monde galant & poli.
e rìefi point la nôtre dejfán ; nous' cher
rons a ajouter des beautez. a notre ou.
rage , plutôt . que d'en retrancher \ mais
our mettre nôtre Mercure a la portée de
mies sones de personnes , nous renonçons
un titre qui sembloit le consacrer aux
'.unes gens , & aux Dames exclusive-
\ent k tous autres Lefteurs. Les plus fileux
, & les plus enjouez. y trouveront
râlement de quoi s'occuper , & de quoi
amuser. Rien de trop libre n entrera dans
ôtre ouvrage , mais nous n'en exclurons
Un de ce qui nous paroîtra fin & déli
ts, nous .y infererons même un nouvel
rticle de bons mots , dont nous allons
'onner un essai pour Etrennes dans ce
ommencement d'année. Nous prions tous
eux qui prendront quelque interest au
Mercure , de vouloir bien nous faire part
.es choses qui viendront à leur connois
artee fur ces matieres : bons mots , repar.
A iij tie*
AVERTISSEMENT.
tììs vives & pic/nantes , contes facetieux'?
n.tivetez, plaisantes 3 Pafquinades inge
nieuses , fans aucune maligne application
pensées choisies , questions curieuses , traits
d'histoire intereffans & de morale instruc
tive J jeux de mats ,. Griphes Logogriphes
, &c. Ce nouvel article ne fera peut
être pas le moins lu de notre Journal y tous
les hommes de quelque condition , & de
quelque âge qu 'ils soient , se portent na
turellement a ce qui les réjo'icit ; Erasme
aimoit fi fort les bons mots & les bons
contes , qu'il rioìt de ceux mêmes qu ort
faifoit, & qu'on disoit de lui. Tantaiïï
yim , difoit.il , habet lepos & jucunditas
íèrmonis , uc etiam in nos aptè toitis die.*
teriis dekctemuf. Toujours bien entendit
que nous n employerons rien de licentieux 0
& qui puijje blesser les moeurs.
jiu reste , comme les sentiment , & les
inclinations du Roy font au dessus de son
âge r & qu'il n'y a point de mois que le
Aíercurc ne puise rapporter quelque action*.
ou quelque discours remarquables de Sa
^Majesté y nous redoublerons nos fins pour
ne rien oublier qui puijs servir un jour'
k l'histoire de ce jeune Monarque. La
posterité nous fçaura gré de lui av if tranf
mis jusqu'aux moin 1res par ic Uarit z.
s d'une vie que chaque jour distingue par\
quelque irait de vertu. £hte!le gloire pour
AVERTI S SÈMENT.;
\e ÂÁercure d'en être le premier Héraut.
Obligez. d'écrire rapidement ; & for la
foi de Aíemoires y souvent peu corretìs ,
nous sommes , de tous les Auteurs , les plus
exposez. a ne ire pas aussi exails que nous
le souhaiterions ; c'est pourquoi nous de
clarons ici q%e nous recevrons toujours
avec beaucoup de docilité les observations
critiques qu'on fera fur notre ouvrage £
nous ferons plus , nous les mettrons à pro
fit dès quelles nous paraîtrons raisonna
bles \ dr nous n'épargnerons pas même
tes retractations &. les reparations conve
nables. Le public y gagnera , & nous n 'y
perdrons rien.
Nous finissons cet avertissement par une
nouvelle protestation de nous éloigner toAj$
urs également de la satyre t Ô' de la fia"
terie a.i fujet des personnes , & des ouvra
ges dont nous aurons a parler ; nous espe
rons pourtant qu'on voudra bien nous per
mettre un peu de critique. Q^tand elle est
juste & msnagée , loin de faire du tort ,
elle instruit même ceux fur qui elle porte ,
& ne leur fait fintir quelques défauts que
pour renlre leurs ouvrages plus parfaits.
Il y a un genre de louanges qui produit
un efet tout contraire ; l'experience nous
l'apprend tous les jours. Nous tâcherons
de tenir un juste milieu entre ces deux
tXtrtmittZ. ,mais s'il faut pancher dequel-
A iíij que
avertissement»:
que coté , nous proposons d'être pluY
retenus fur les Eloges que fur la Critique..
La-fade adulation efi h» défaut contre le
quel tout Autiur d'un ouvrage tel que le
nôtre, ne fçattroit être assez. en garde.
L' adresse generale pour toutes choses ejì h'
A4. Morem , Commis au' Mercure > chez.
Ai. le Commissaire le Comte , vis-k.vis la
Comedie Françoise, a-Paris. Ceux qui pour
leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachete^aux Libraires qui ven
dent le Mercure y a Paris,. peuvent se
servir de cette voye pour les faire tenir..
On prie tris . instamment , quand on
adresse des Lettres ou Paquets par la Pof
te , a"avoir foin d'en affranchir le port t
comme cela s'est toujours pratiquée , afin
d'épargner , a mus le déplaisir de les re
buter ,& a ceux qui les envoyent , celai,
non.feulement de ne pas voir paraître leurs
ouvrages , mais même de les perdre , s'ils
n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui sou
haiteront avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'a donner leurs adresses a M.
Aioreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure a la Poste , ou aux Mes
sageries qu'on lui indiquera.
LE Titre de Mercure de France que
nous donnons aujourd'hui a notre
Journal , au lieu de celui qu'il avoïi
orté depuis son' institution, ne doit pas?
tire craindre que nous voulions en re-
.ancher ces matieres agréables qui font
int de plaisir au monde galant & poli.
e rìefi point la nôtre dejfán ; nous' cher
rons a ajouter des beautez. a notre ou.
rage , plutôt . que d'en retrancher \ mais
our mettre nôtre Mercure a la portée de
mies sones de personnes , nous renonçons
un titre qui sembloit le consacrer aux
'.unes gens , & aux Dames exclusive-
\ent k tous autres Lefteurs. Les plus fileux
, & les plus enjouez. y trouveront
râlement de quoi s'occuper , & de quoi
amuser. Rien de trop libre n entrera dans
ôtre ouvrage , mais nous n'en exclurons
Un de ce qui nous paroîtra fin & déli
ts, nous .y infererons même un nouvel
rticle de bons mots , dont nous allons
'onner un essai pour Etrennes dans ce
ommencement d'année. Nous prions tous
eux qui prendront quelque interest au
Mercure , de vouloir bien nous faire part
.es choses qui viendront à leur connois
artee fur ces matieres : bons mots , repar.
A iij tie*
AVERTISSEMENT.
tììs vives & pic/nantes , contes facetieux'?
n.tivetez, plaisantes 3 Pafquinades inge
nieuses , fans aucune maligne application
pensées choisies , questions curieuses , traits
d'histoire intereffans & de morale instruc
tive J jeux de mats ,. Griphes Logogriphes
, &c. Ce nouvel article ne fera peut
être pas le moins lu de notre Journal y tous
les hommes de quelque condition , & de
quelque âge qu 'ils soient , se portent na
turellement a ce qui les réjo'icit ; Erasme
aimoit fi fort les bons mots & les bons
contes , qu'il rioìt de ceux mêmes qu ort
faifoit, & qu'on disoit de lui. Tantaiïï
yim , difoit.il , habet lepos & jucunditas
íèrmonis , uc etiam in nos aptè toitis die.*
teriis dekctemuf. Toujours bien entendit
que nous n employerons rien de licentieux 0
& qui puijje blesser les moeurs.
jiu reste , comme les sentiment , & les
inclinations du Roy font au dessus de son
âge r & qu'il n'y a point de mois que le
Aíercurc ne puise rapporter quelque action*.
ou quelque discours remarquables de Sa
^Majesté y nous redoublerons nos fins pour
ne rien oublier qui puijs servir un jour'
k l'histoire de ce jeune Monarque. La
posterité nous fçaura gré de lui av if tranf
mis jusqu'aux moin 1res par ic Uarit z.
s d'une vie que chaque jour distingue par\
quelque irait de vertu. £hte!le gloire pour
AVERTI S SÈMENT.;
\e ÂÁercure d'en être le premier Héraut.
Obligez. d'écrire rapidement ; & for la
foi de Aíemoires y souvent peu corretìs ,
nous sommes , de tous les Auteurs , les plus
exposez. a ne ire pas aussi exails que nous
le souhaiterions ; c'est pourquoi nous de
clarons ici q%e nous recevrons toujours
avec beaucoup de docilité les observations
critiques qu'on fera fur notre ouvrage £
nous ferons plus , nous les mettrons à pro
fit dès quelles nous paraîtrons raisonna
bles \ dr nous n'épargnerons pas même
tes retractations &. les reparations conve
nables. Le public y gagnera , & nous n 'y
perdrons rien.
Nous finissons cet avertissement par une
nouvelle protestation de nous éloigner toAj$
urs également de la satyre t Ô' de la fia"
terie a.i fujet des personnes , & des ouvra
ges dont nous aurons a parler ; nous espe
rons pourtant qu'on voudra bien nous per
mettre un peu de critique. Q^tand elle est
juste & msnagée , loin de faire du tort ,
elle instruit même ceux fur qui elle porte ,
& ne leur fait fintir quelques défauts que
pour renlre leurs ouvrages plus parfaits.
Il y a un genre de louanges qui produit
un efet tout contraire ; l'experience nous
l'apprend tous les jours. Nous tâcherons
de tenir un juste milieu entre ces deux
tXtrtmittZ. ,mais s'il faut pancher dequel-
A iíij que
avertissement»:
que coté , nous proposons d'être pluY
retenus fur les Eloges que fur la Critique..
La-fade adulation efi h» défaut contre le
quel tout Autiur d'un ouvrage tel que le
nôtre, ne fçattroit être assez. en garde.
L' adresse generale pour toutes choses ejì h'
A4. Morem , Commis au' Mercure > chez.
Ai. le Commissaire le Comte , vis-k.vis la
Comedie Françoise, a-Paris. Ceux qui pour
leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachete^aux Libraires qui ven
dent le Mercure y a Paris,. peuvent se
servir de cette voye pour les faire tenir..
On prie tris . instamment , quand on
adresse des Lettres ou Paquets par la Pof
te , a"avoir foin d'en affranchir le port t
comme cela s'est toujours pratiquée , afin
d'épargner , a mus le déplaisir de les re
buter ,& a ceux qui les envoyent , celai,
non.feulement de ne pas voir paraître leurs
ouvrages , mais même de les perdre , s'ils
n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui sou
haiteront avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'a donner leurs adresses a M.
Aioreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure a la Poste , ou aux Mes
sageries qu'on lui indiquera.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant le changement de titre du journal 'Mercure de France'. Ce changement ne doit pas alarmer les lecteurs, car le journal continuera à publier des contenus adaptés à un public raffiné et distingué. L'objectif est de rendre le journal accessible à un plus large public sans exclure les lecteurs les plus exigeants. Le journal s'engage à éviter les contenus trop libres et à inclure des éléments fins et délicats, tels que des bons mots, des contes amusants, des pensées choisies et des jeux de mots. Un nouvel article dédié aux bons mots sera introduit, accompagné d'un essai pour les étrennes de l'année. Les lecteurs sont invités à soumettre des contributions sur ces sujets. Le journal s'engage également à rapporter les actions et discours remarquables du roi, contribuant ainsi à l'histoire de ce jeune monarque. Les auteurs acceptent les observations critiques et s'engagent à les prendre en compte pour améliorer leur ouvrage. Ils promettent de maintenir un équilibre entre la critique et la flatterie, en étant plus modérés dans les éloges que dans les critiques. Des instructions sont fournies pour soumettre des contributions, avec des adresses spécifiques pour éviter les frais de port non affranchis. Les libraires et particuliers des provinces et pays étrangers peuvent également recevoir le journal en donnant leurs adresses à M. Aioreau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4181
p. 1-18
REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
Début :
RÉPONSE. L'On est d'avis que l'on y doit [...]
Mots clefs :
Chartes, Abbaye, Règne, Roi, Histoire, Saint-Germain, Incarnation, Charte, Date
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
REMARQUES' sur la Réponse qui a .
paru dans le Mercure du mois de No»
vemb're dernier à la question : Si les
Chartes qui ». font point dattées , mais
munies de Sceaux dé personnes illustres,
dont le temps n est pas douteux , pe «-
vent pajfcr pour certaines & autcntiquest
RE'PONS E.
JSppS^jl.'O» est d'avis que l'on y doit
P Ijjifj "lQ"Kr T°y , ©- qu'elles peuvent
|Éjg|gg| [ preuve qu'une choje est an.
Ay Cet
i MERCURE DE FRANCE
Cet avis , quoique bon en lui-même
est cependant trop vague , & trop gene
rai , les raisons fur leíquelles il est fondé
supposent le faux , &c l'on ne croit pas
qu'elles soient jamais admises par ceux
qui font un peu versez dans la connoisfance
des Chartes.
Il y a un certain milieu à garder en tou
tes choses. C'est un excès causé par l'igno
rance de l'Histoire Diplomatique , & des
coutumes des siecle? paslèz , de rejetter
abíolument toutes les Chartes qui manq
ent de dattes , de signatures ou de
sceaux ; & c'en est un autre de les admet
tre trop facilement- L'Auteur de la Ré
ponse > est tombé dans celui.ci , qui est
bien le moindre ; 8c M s de la Justice
tombent tous les jours dans l'autre , Se
en même temps condamnent' de faux des .
pieces , lesquelles avec les conditions
Îiu'ils exigent seroient entierement fauses
aux yeux des connoisteurs. Cette
erreur vient de ce qu'ils croyent que les
anciennes Chartes ne peuvent être bon
nes fans les formalitez des Actes d'au
jourd'hui , & qu'elles dévoient être dres
sées dans les siecles paísez comme elles
le fuit depuis un certain temps.
Il falloit donc distinguer les lieux, les.
temps, &: les personnes ; car íuivant ces. i
trois différents rapports il y a des Char
tes
JANVIER 1724. 3
tes fans dacte , auxquelles on peut, &
(on doic ajouter foy , & d'autres qui n'en
meritent aucune. Or l'on peut connoître
à peu près le temps d'une Charte
fins datte , par l'écriture , & par les per
sonnes qui y sont nommées. Pour les
lieux ils y sont presque toujours mar
quez.
Chez les Romains tout Acte étoit nul
lorsqu'il n'étoit point datté du jour &
du Coníulat , abfine die & Consule , &
par les Loix des Àllemans , {a) il étoit
défendu d'avoir égard à aucune Charte
qui n'étoit pas dattée du jour & de l'an.
C'est ce qui fait qu'on ne trouve qu'une
feule de leurs Chartes qui n'ait point de
datte : c'est la 55 .- dans Goldast. Ainsi
les Chartes faites dans les lieux où les
Loix Romaines , &ç celles des Allemans
étoient observées doivent être dattées ,
autrement il y a grande apparence qu'el
les sont fau fies.
Il n'en est pas de même de celles des
François & des Germains , on en trou
ve beaucoup fans aucune datte. (b) Ferard
en a raporté un grand nombre des
Ducs de Bourgogne , & même de quel
ques Evêques , 8c l'on env voit beaucoup
(a) Leges Aìamann. cap. 42. .
b) Pcrard , pag. r?*. tu, ait. *M. &
vantes.
A vj de
4 MERCURE DE FRANCE.
de pareilles dans les traditions de l'Ab
baye de Fulde.
Mais il faut faire attention que cet
uíàge ne s'est introduit que vers le 10e
siecle , & qu'il a fini dans le 13e & cela
principalement dans les Chartes: des
Seigneurs & des autres particuliers; car
pour celles des Rois il est très.rare (a)
d'en trouver íàns datte , au moins dans
les siecles dont nous venons de parler ,
excepté celles qui étoient de peu de con
sequence, & qui devoient être execu
tées fur le champ. Encore y marquoit.on
le plus souvent le mois , & même le
jour du mois. Il est vrai que les Char
tes des Rois de la premiere race n'ont
quelquefois pour toute datte que leur
nom , où les années de leur Regne. Il y
en a deux de cette premiere sorte dans le
supplement de la Diplom. p. 92. L'une
est de Clothaire IL & l'autre de Dagobert
I. & deux autres dans la nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Germain ; (b)
sçavoir le Testament de Dagobert qui
n'a. ni datte, ni signature, &.une Charte
de Thierry IL
Au reste , il est aisé de distinguer les
Chartes des Rois Merovingiens de celles
(«.! Mabillon. Diplom. p. in.
(í) Histoire de l'Abbaye de S.. Germain , .
pieces juuir. p. 4, & suivantes.
des
JANVIER 1714/ f
des autres qui les ont suivis , & même
celles des particuliers de leur temps, de
celles des temps posterieurs ; car on ob
serva preíque toujours de leur temps
cette formule , datum qnod fecit menfìs
N. dies N_4»#o N. Regis nostri , cowïendio
in dei nomine feliciter. Ou bien
iatum fub die v. Kal. &c. ou enfin fait*
.ejjio fub die &c. Mais la premiere sornule
étoit plus commune aux Rois , &
a derniere aux particuliers. Cette soriule
varia dès les commencemens de la
euxiéme race ,. & du Regne même de
'epin. Au lieu de. regni nostri , on mit
°gni Domini , Sec. k la troisième persons
, Se au datum ou data ,.. &c On ajouta
1nm, &c. Il y eut ensuite bien d'autres
îangemens juiqu'à Charles le Gros qui
ajouta l'année de l'Incarnation. Os
:rroit peut.être ici avec plaisir toutes
s differentes formules des dattes & des
nelusions des Chartes des Rois, & des
rtkuliers juíqu'à nos jours ; mais ce
oit trop s'écarter, & ce peut être le
et d'une Diísertation particuliere , en
endant on renvoye à la Diplomatie
e , où l'on trouvera íuffisamment de
ai se satisfaire.
Il n'y a donc presque eu que les par.
jliers , quelques Comtes , Ducs , &
êques qui ayent manqué de mettre
une
4 MERCURE DE FRANCE.
line datce à leurs Chartes.' Il s'en voit
tìn grand nombre dans le Yrésor. des
Anecd. dans la nouvelle édition des Di
plômes d'Aub. le Mire, &fen particu
lier parmi les pieces justificatives de
l'Histoire de l'Abbaye de S. Germain,
entre autres une de la Comtesse Eve fans
datte, ni signature, laquelle a été don
née vers l'an 849. Cependant ce non
usage n'étoit pas absolument universel ,
même dans l'onzième &c douzième siecle,
puiíque l'on en voit plusieurs avec le
mois 8e le regne du Roy, d'autres avec
l'année du regne fans mois ni jour, &
d'autres enfin avec, regnante DominoNpomifiâante
NV Comite N. fans en mar
quer les années.
Il y a une chose qui peut servir à
donner quelque ordre à cette diversité si
confuse. C'est qu'il ne paroît dans ces
deux siecles prelqu'aucun Acte fans datte
que ceux que l'on appelle notices , &
qui commencent par ces mots , noti
fia , notum fit , noveritis notifico , 8c
les Statuts Sc decrets des Abbez, des
Evêques , ou de leurs Chapitrest On en
trouve beaucoup dans l'Histoire de Saint
Germain, & pas une n'est dattée avant
l'an 1191. peut.être que ceci n'étoit
particulier qu'à la France , puisque pa-
«eils Actes faits dans la Belgique (ont
presque
JANVIER 1714. 7
preíque tous dattez , au moins ceux qui'
font raportez dans la nouvelle -édition/
d'Aubert le Mire*
Quant aux Diplômes de nos Rois il.
y en a plusieurs, principalement depuis'
le commencement de l'xi. siecle juíqu'à
la fin du 13e qui font dattez de l'année
de l'Incarnation , íâns mois , ni jour ; Se
d'autres avec le mois íans lejour. Tels.
íònt entre autres deux de Philippe Au
guste, raportez dans Perard , page 340..
mais l'on n'en trouve aucun fans quel
que marque chronologique.
Devant le regne de Charles le Gros
les Chartes des particuliers íe dattoient eiv
Italie du regne de l'Empereur, du Roy,
du Comte , Se en même temps de l'indiction.
Sous íon regne on commença à y
ajouter l'année de l'Incarnation , princi
palement en Allemagne ; (a) ainsi qu'il
paroît dans lesTrad. de Fulde, page 509..
où il y a une Charte dattée de l'an
783/ & deux autres de 800. & 802..
Mais ce ne íònt pas encore les premieres
que l'on ait dattées de l'an de i'Jncarna.
tion, puisque le continuateur du Reciieil/
des Diplômes d'Aubert Ie Mire raporte s.
page 1 1 2Ó. deux Chartes de Pépin le
Gros dit d'Heristel , dattées de l'an 687.
(a) Mabìl. Diplom. p..
S MERCURE DE FRANCE:
Se <?$> i. de l'Incarnation indict, 4e Le 5;
de sa Principauté , &c.
Il y a cependant beaucoup lieu de ne
íè pas trop fier à ces deux .Chartes pour
plusieurs raisons qui ne sont pas de nôtre
ïùjet , du. moins pour les dattes qui pourroient
y; avoir été ajoutées après coup.
En voilà aílez pour donner une idée
des Chartes .dattées , & non dattées, &
de celles qui ne le font , pour ainsi dire ,
qu'à demi. On voit par là quand elles
peuvent faire foy , étant íàns datte , &
qui étoient les personnes qui negligeoient
de les marquer, Examinons à present les.
raisons fur leíquelles l'Auteur de la Ré^.
ponse fonde sa décision-
Suite de la Réponse. .
Car la Charte , quoique faite pour la. '
même fin , n'approchoit cependant pas de
ce que nous nommons aujourd'hui un ASte,
en ne s'en est servi que tant qu'il n'y
Ai/oit point , ou très .peu de Notaires , &c.
Premierement tout ceci ne dit rien , &
ne regarde pas la question proposée , il
s'agit des Chartes non dattées , & non
pas de celles qui n'a voient ppint de si
gnature.
Secondement, on ne voit pas pour
quelle raison l' Auteur de la Réponse
met
J A N VIE t' Vit f
met la Charte tout au.dessous de l'Acte
de Notaire. U est vrai qu'on n'y obfèr-
Voit' pas les formalitez d'aujourd'hui ;
mais celles dont on se servoit ne la
rendoient pas moins , pour ne pas dire
plus authentique que les Actes de No
taires. S'il s'agit des Chartes de nos Rois>
c'étaient leurs Referendaires ou Chan
celiers qui en étaient les Notaires j fous
la premiere race les Princes les lìgnoient
preíque toujours., £c on y appofoit le
cachet de leurs anneaux , & eníuite leur«
sceaux ; lôus ceux de la deuxième. Le
Prince les íìgnoit de son Monogramme ,
& en generai on peut dire qu'ils n'accordoient
, Se ne faiioient presque point ex
pedier des privileges que lorsqu'ils
tenoient leurs cours plenieres, ou ea
presence des Grands Officiers de la Cou
ronne, leíquels sont toujours nommez ,
Sc signent dans les Chartes des Rois de'
la troisième race , depuis Louis le Gros.
(a) D'où vient cette formule observée'
dans. la fuite , Aílum Parifiis , &c. astan~
tïbus in Palatio nostr'o quorum nominafubtitulata
futit & signa. Signum N. Da.
piferi S. N. Const-abulariï Baftculario
nullo S. N. Camerarii data per manum
lí. Cancellarii , ou vacante cancellaria.
S'il s'agit des Chartes des particuliers,'
(«) Mabil. Diplom..p. 104..
outíe.'
lé MERCURE DÉ fRANCÊ.-
Outre qu'elles étoient preíque toujours
écrites par des Notaires , leíquels quoique
íàns privilege exclusif étoient veriblement,'
8c pas leúf profeísion hommes3
publics elles étoient ordinairement don*
nées , relues 8c signées dans des assem
blées publiques , In mallo publico. In gtr
nerali placito. In convensu Nobiliwn, &C
(a) Le Seigneur les faiseít publier de
vant íes pairs , Se devant ses Vassaux quï
étoient obligez d'être fa caution y il étoit'-
reciproquement la leur ; mais d'une au
tre maniere , ne s'engageanc seulement
qu'à les contraindre d'executer leurs
conventions , 8c les autres- , obligeant
pour leur ^Seigneur , 8c leurs corps &
leurs biens. Ç'est.là cette servitude dont
il est. parlé dans íes Chartes.
Troisièmement y les Notaires publics
étoient bien plus anciens & bien plus.
communs que l'Auteur ne l'a crû ; car
outre qu'il en est parlé dans les Loix des
Ripuaires fous le nom de Chanceliers^
dans les Chartes de Childebert , & de
S. Germain., Evêque de Paris (c) pour
l'Abbaye de son nom; Charlemagne dans
le j. Capitulaire de l'an 8oj. ordonne,
(») Bouilíard , Histoire de l'Abbaye de Saint
Germain , pieces justificatives , page 7. ' .
(b) Ad fidejujfores tollendos.
\c) Histoire de S. Germain, pages i. & *.
ut
"I A N V í Ê tí tfn. fi
.Ht mijfì nostri scabînios Advocatos yNotariosperfîngiila
loca éligant s tkc. Depuis
ce temps ilj y en a toujours eu,& en
aísez grand nombre y les Evêqtìes, les
Abbez 8c ks Seigneurs avoient ordinai
rement leurs Notaires , ou Chanceliers
qui servoient pour tous leurs Vaslàux ,
car il ne leur étoit pas permis de faire
des Chartes , c'est ce qui fait qde celles
áusquelles ils sont interessez soit pour
vente ou donation aux Eglises , sont tou.*
jfours au nom du Seigneur y qui donne ?
ou qui vend comme proprietaire , après.
avoir marqué qu'un tel ion Vassal, refîgnavit
in manus suas , &c.
Ainsi les Chartes ne se faisoient point
par le premier venu > comme l'Auteut
l'insinuë , mais par des Chanceliers oit
Notaires qui étoient publics. Et ces Offi
ces étoient exercez communément paf
des Clercs , ou des Moines q»i étoient
les moins ignorans de ces temps.là , Si
qui servoient en même temps de Cha
pelains à ces Seigneurs.
Il étoit si necessaire pour k validité
des Chartes qu'elles fuisent écrites par'
des personnes , dont le nom & l'écris
ture fu/sent si connues , qu'elles fuisent
Censées personnes publiques que le Pape
' Innocent II í. (a) regarde comme nut
1*1 Innoc.III. liw í. Epist- 3 f
a Mercure de francs.
«n privilege de l'Empereur Henry , quia
nec erat publica manu conseílmn j nef
figillum habzbat ambenticum.
Suite de la Réponse.'
Lu negligence avoit tellement pris le
dessus , que les personnes de la. premiere
difiinclion ne /pavoient pas assez, bien
écrire poursigner leur nom , ce qui a dvn*
né lieu aux sceaux , &c'
Ce n'est point à l'ignorance d'écrire
oU de signer que l'on doit l'usage d'ap
poser des sceaux, Se des cachets fur les
titres. Cet uíage est de l'antiquité la plus
íçculée; Lorsque Pharaon donna à Jo
seph le Gouvernement dé l?Egypte , (a)
tulit a-nnulum de- manu- sua & dedit eum
in manu cjus.. Les Lettres d'Assuerus ,.
Roy des Perses & des Medes , accordées'
à Esther en faveur des Juifs, (bj; anftulo
ipfius obsignata funt & mijst per
veredarios ,-Sc.c. Lefc Romains s'en fer-'
voient aussi , ainsi que les Historiens, &
les cabinets des curieux qui en íorit rem
plis en font foy. Et nos premiers Rois',
dont il s'agit ici plus particulierement
ont eu des cachets , aufquels les sceaux
ont succedé. On garde encore dans le
(a) Genes. 41.
(*} E/lhexé c l' "
cabinet^
î A.NViER 1714. 13
cabinet du Roy l'Aneau de Childeric,
pexc du grand Clo.vis. Mais .ce qui fait
voir que ce n'est point pour íuppléer à
la íignature (a) qu'on s'est mis a ícelei
les titres ; c'est que les Chartes ictus la
premiere race de nos Rois , sont preíque
toutes ignées &c sce.léçs. -Et non.íèuler
ment .celles de nos Rois , mais encore
çelles des Evêques & des Seigneurs par*;
ticuliers.
Il est vrai qu'il y a un temps & de»
lieux toìi les sceaux suppleoient aux si
gnatures i mais l'uíàge de signer & d?
sceller en même temps était bien plu?
ancien. C'est ce qui paroît certain parle
témoignage de Gregoire .de Tours qui
dit {&) que Mummole envoyé par le
Roy Theodebert vers l'Empereur Justir
nien , étant à l'extrémité fit faire son
(a) Von peut ajouter que les sceaux supfleoient
encore moins aux dattes, & que
Auteur de la Lettre écrite d Evreux dans le
Mercure d'XDcìpbre 1713. quoique bien mieux
au fait des Chartes que celui.ci , n'y a pas fait
allez d'attention , lorsqu'il a avance que dans
l'onzième & douzième siecles , il n'y avoït sas
une Charte qui n'eut son sceau , &c. il est
pourra voir un grand nombre fans dattes &
fans sceau dans les Recueils des Chartes ; 8ç
en particulier dans les pieces justificatives dé
la nouvelle Histoire de l'Abbaye de Saint
î.Germain. '
(b) Greg. Tftrpn. de Gltr.MarU lib. 1. cxti
teftar.
f 4 MERCURE DE FRANCE,
íestament., & le fit munir de signatures
.& de íceaux- Fecit testamentum fuum sertht
, munitum fubfcriptionibus ac figillis ,
&Cz. Dans le siecle suivant Berthramn ,
Evêque du Mans fit mettre siir son testa
ment les signatures., 8c les sceaux de íépt
personnes illustres. Septem virorum honestorum
fubscriptionibus & figillis.
Charlemagne signe & scelle la Charte
{a) pour l'Abbaye de S. Germain , manu
nostra fubfcriptionis fabter decrevimus robarare
, & de amuio nofiro fubter figillare.
Chez les Anglois même les íèeaux , quoi
que communs à tout le monde, au moins
depuis Guillaume le Conquerant , ne tenoient
pas lieu de signatures , mais bien
de Tabellions qui n'y étoient pas en usa
ge loríque ce Prince conquit l'Angle
terre ; cfKoHiam Tabellionum ttfus ( dit
(b) Matthieu Paris ) in eo regno non httbebamr.
Cependant il faut convenir que
depuis Gregoire de Tours jusqu'à l'oneiéme
siecle , il se trouve bien des Char
tes des Rois , d'Evêques & de Seigneurs
qui n'ont aucunes marques de cachets ,
ni de sceaux. Or la veritable marque
qu'une Charte ait été scellée , n'est pas
qu'il y ait des trous, par lefquelj leî
(a) Boiiillard. Hist. de l'Abbaye de S. Ger
main, p. u,
(i) Math. ïarìs. ad an, 1237.
lac»
JANVIER 1714. ts
|acs ou cordons du sceau auroient été
pastez , ou quelques restes de cire appli
quée dessus ; mais c'est loríqu'il est énon.
jcé dans l'Acte qu'elle* été ícellée. Car
sans cela les sceaux íèroienc une preuyg
de fausseté.
Suite de la Réponse.
L'on se servoit dans le même temps des
ghartes parties ou coupées , c'est.à.dire
qu'après avoir fait une Charte , on la
fioupoit en pieces , dont chaque contrac
tant en prenoit une pour la representer lors
de l'execution des conventions , Sec.
Ceci est dit d'une maniere si décisive,
-qu'on croiroit que tout cela est vrai , &
que l'Auteur a vu de ces Cljarces parties ;
jnais il permettra que l'on assure qu'il
n'en connoît que le nom , & qu'on n'a
jamais coupé en pieces Jes Chartes com
me il s'imagine.'
Les Chartes parties ou coupées tirent
leur origine des Chartes appellées dans
les formules (a) de Marculfe Chant pa~
rida & paricuU , parce que c'étoient des
doubles copies d'un même acte fait entre
deujç parties égales inter pares , ou plutft
parce qu'elles étoient de pareille for
me, grandeur & écriture. A ces Char-
(a) Marculfi formuis. , lib* z.
tes
itf MERCURE DE FRANCE.
tes succederent les Chartes parties ow
.coupées , autrement Chartes endentées,
Charte indentatA , ou idetitat* , que l'on
appella dans les H. 11. Se 1.3 e. siecles
Chkographes ou CirographeS. C!étpient
auflì deux copies d'un même acte écrites
fur une même peau , & de même ma
niere, entre lesquels on .écrjvoit en
grands caracteres une ligne , qui ne contenoit
Jbuvent qu'une partie des Lettres
de l'Alphabet , quelquefois une Sentent
ce, 6c quelquefois le .nom du principal
des contractons $ & l'on separoitees deux
copies, en coupant la peau par le mi
lieu Se .le long de ces caracteres. A peu
pïès de la même maniere que l'on faiíòit
les premiers billets de banque , ait.
tpur desquels, on voyoit une partie de
pluíieurs traits entrelacez.
' Ces fortes de Chartes n'etoient gneres
;cn usage que pour les échanges , transac
tions Se accords entre deux ou plusieurs
Í>arties , Se l'on y marquoit la datte .de
a maniere qu'on avoit coutume de la
marquer dans le temps , Se les lieux où
elles éto.ient dressées. Lorsqu'il y avoit
plus que deux parties interessées au mê
me Acte , ôc que l'on étoit obligé d'en
faire trois ou quatre copies , on les écr re
voit en même temps fur la même peau ,
6c l'on écriyoitfcendeflture fur les lignes,
par
des jugemjenst aes iianrdcriox
B
.par lesquelles on les devoit separer.
i'Auteur de la Réponse , qui íâns
doute n'en a jamais vu íera bien aiíê d'en
voir ici une., & il y a lieu d'eiperer
qu'elle fera plaisir au.public., parce qu'el
les font aflez rares ; on l'a réduite de
grande en petite , & l'on n'en a fait co
pier que le commencement 8c la fin, ce
qui suffira pour en donner une idée , &
pour faire voir à 1J Auteur que. l'on dattoit
ces Chartes , .& que chaque partie
étoit une copie entiere du même Acte.
Cette piece dont l'original est dans les
Archives de l'Abbaye de Saint Bertin, a
pour endenture , ces mots DROGO
TARWANENSIS EPS. & c'est un
accord fait entre cet Evêque & l'Abbé
4e S. Bertin en l'année 1040.
.Suite de la Réponse.
D'ailleurs le sujet dont on composé ît la
Charte ne rouloit pour l'ordinaire que fur
des conventions qui n a voient sas besoin
d'un temps fixé , &c.
On íçait quels sent les íujets des
Chartes, c'étoientdes privileges accor
dez aux Villes, aux Eglises, &aux par
ticuliers par les Souverains, des dona
tions faites paf eux, ou par les Seigneurs,
des jugemens, des transactions , des
B baux
tt MERCURE DE FRANCE.
baux à ferme , &c. Voilà le sujet dont on
oompoíoit les Chartes. Or )e demaïde
/il ne rouloit c/ue Jur dus conventions cjui
n'avaient pas b"foin d'un temps fivé} La
chose est si claire qu' .1 íuffit d'y faire
faire attention. Nqus en avons dit aslez
pour faire voir que l'on .ne doit pas
ajouter foy indifferemment aux Chartes
non dattées , pour marquer en quel
temps , & quels lieux on les dattoit,
Se on ne les dattoit pas pour mon
trer l'antiquité desjsigriatjures., des sceaux
& des Notaires , Se pour .expliquer ce
que c'étoit que les Chartes parties. Nous
esperons que l'Auteur ne trouvera pas
mauvais que l'on ait un peu éclairci cette
matiere , & que l'on ne se íôit pas ren
contré de iòn sentiment.
Nous croyons que le public éclairé pen
sera comme nom furie merite de cette pier
Ce, il seroit a souhaiter cjjipn nous en
envoyât souvent de semblables : la Repu
blique des Lettres , & nôtre Journal en
particulier y gagneroient infiniment?
paru dans le Mercure du mois de No»
vemb're dernier à la question : Si les
Chartes qui ». font point dattées , mais
munies de Sceaux dé personnes illustres,
dont le temps n est pas douteux , pe «-
vent pajfcr pour certaines & autcntiquest
RE'PONS E.
JSppS^jl.'O» est d'avis que l'on y doit
P Ijjifj "lQ"Kr T°y , ©- qu'elles peuvent
|Éjg|gg| [ preuve qu'une choje est an.
Ay Cet
i MERCURE DE FRANCE
Cet avis , quoique bon en lui-même
est cependant trop vague , & trop gene
rai , les raisons fur leíquelles il est fondé
supposent le faux , &c l'on ne croit pas
qu'elles soient jamais admises par ceux
qui font un peu versez dans la connoisfance
des Chartes.
Il y a un certain milieu à garder en tou
tes choses. C'est un excès causé par l'igno
rance de l'Histoire Diplomatique , & des
coutumes des siecle? paslèz , de rejetter
abíolument toutes les Chartes qui manq
ent de dattes , de signatures ou de
sceaux ; & c'en est un autre de les admet
tre trop facilement- L'Auteur de la Ré
ponse > est tombé dans celui.ci , qui est
bien le moindre ; 8c M s de la Justice
tombent tous les jours dans l'autre , Se
en même temps condamnent' de faux des .
pieces , lesquelles avec les conditions
Îiu'ils exigent seroient entierement fauses
aux yeux des connoisteurs. Cette
erreur vient de ce qu'ils croyent que les
anciennes Chartes ne peuvent être bon
nes fans les formalitez des Actes d'au
jourd'hui , & qu'elles dévoient être dres
sées dans les siecles paísez comme elles
le fuit depuis un certain temps.
Il falloit donc distinguer les lieux, les.
temps, &: les personnes ; car íuivant ces. i
trois différents rapports il y a des Char
tes
JANVIER 1724. 3
tes fans dacte , auxquelles on peut, &
(on doic ajouter foy , & d'autres qui n'en
meritent aucune. Or l'on peut connoître
à peu près le temps d'une Charte
fins datte , par l'écriture , & par les per
sonnes qui y sont nommées. Pour les
lieux ils y sont presque toujours mar
quez.
Chez les Romains tout Acte étoit nul
lorsqu'il n'étoit point datté du jour &
du Coníulat , abfine die & Consule , &
par les Loix des Àllemans , {a) il étoit
défendu d'avoir égard à aucune Charte
qui n'étoit pas dattée du jour & de l'an.
C'est ce qui fait qu'on ne trouve qu'une
feule de leurs Chartes qui n'ait point de
datte : c'est la 55 .- dans Goldast. Ainsi
les Chartes faites dans les lieux où les
Loix Romaines , &ç celles des Allemans
étoient observées doivent être dattées ,
autrement il y a grande apparence qu'el
les sont fau fies.
Il n'en est pas de même de celles des
François & des Germains , on en trou
ve beaucoup fans aucune datte. (b) Ferard
en a raporté un grand nombre des
Ducs de Bourgogne , & même de quel
ques Evêques , 8c l'on env voit beaucoup
(a) Leges Aìamann. cap. 42. .
b) Pcrard , pag. r?*. tu, ait. *M. &
vantes.
A vj de
4 MERCURE DE FRANCE.
de pareilles dans les traditions de l'Ab
baye de Fulde.
Mais il faut faire attention que cet
uíàge ne s'est introduit que vers le 10e
siecle , & qu'il a fini dans le 13e & cela
principalement dans les Chartes: des
Seigneurs & des autres particuliers; car
pour celles des Rois il est très.rare (a)
d'en trouver íàns datte , au moins dans
les siecles dont nous venons de parler ,
excepté celles qui étoient de peu de con
sequence, & qui devoient être execu
tées fur le champ. Encore y marquoit.on
le plus souvent le mois , & même le
jour du mois. Il est vrai que les Char
tes des Rois de la premiere race n'ont
quelquefois pour toute datte que leur
nom , où les années de leur Regne. Il y
en a deux de cette premiere sorte dans le
supplement de la Diplom. p. 92. L'une
est de Clothaire IL & l'autre de Dagobert
I. & deux autres dans la nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Germain ; (b)
sçavoir le Testament de Dagobert qui
n'a. ni datte, ni signature, &.une Charte
de Thierry IL
Au reste , il est aisé de distinguer les
Chartes des Rois Merovingiens de celles
(«.! Mabillon. Diplom. p. in.
(í) Histoire de l'Abbaye de S.. Germain , .
pieces juuir. p. 4, & suivantes.
des
JANVIER 1714/ f
des autres qui les ont suivis , & même
celles des particuliers de leur temps, de
celles des temps posterieurs ; car on ob
serva preíque toujours de leur temps
cette formule , datum qnod fecit menfìs
N. dies N_4»#o N. Regis nostri , cowïendio
in dei nomine feliciter. Ou bien
iatum fub die v. Kal. &c. ou enfin fait*
.ejjio fub die &c. Mais la premiere sornule
étoit plus commune aux Rois , &
a derniere aux particuliers. Cette soriule
varia dès les commencemens de la
euxiéme race ,. & du Regne même de
'epin. Au lieu de. regni nostri , on mit
°gni Domini , Sec. k la troisième persons
, Se au datum ou data ,.. &c On ajouta
1nm, &c. Il y eut ensuite bien d'autres
îangemens juiqu'à Charles le Gros qui
ajouta l'année de l'Incarnation. Os
:rroit peut.être ici avec plaisir toutes
s differentes formules des dattes & des
nelusions des Chartes des Rois, & des
rtkuliers juíqu'à nos jours ; mais ce
oit trop s'écarter, & ce peut être le
et d'une Diísertation particuliere , en
endant on renvoye à la Diplomatie
e , où l'on trouvera íuffisamment de
ai se satisfaire.
Il n'y a donc presque eu que les par.
jliers , quelques Comtes , Ducs , &
êques qui ayent manqué de mettre
une
4 MERCURE DE FRANCE.
line datce à leurs Chartes.' Il s'en voit
tìn grand nombre dans le Yrésor. des
Anecd. dans la nouvelle édition des Di
plômes d'Aub. le Mire, &fen particu
lier parmi les pieces justificatives de
l'Histoire de l'Abbaye de S. Germain,
entre autres une de la Comtesse Eve fans
datte, ni signature, laquelle a été don
née vers l'an 849. Cependant ce non
usage n'étoit pas absolument universel ,
même dans l'onzième &c douzième siecle,
puiíque l'on en voit plusieurs avec le
mois 8e le regne du Roy, d'autres avec
l'année du regne fans mois ni jour, &
d'autres enfin avec, regnante DominoNpomifiâante
NV Comite N. fans en mar
quer les années.
Il y a une chose qui peut servir à
donner quelque ordre à cette diversité si
confuse. C'est qu'il ne paroît dans ces
deux siecles prelqu'aucun Acte fans datte
que ceux que l'on appelle notices , &
qui commencent par ces mots , noti
fia , notum fit , noveritis notifico , 8c
les Statuts Sc decrets des Abbez, des
Evêques , ou de leurs Chapitrest On en
trouve beaucoup dans l'Histoire de Saint
Germain, & pas une n'est dattée avant
l'an 1191. peut.être que ceci n'étoit
particulier qu'à la France , puisque pa-
«eils Actes faits dans la Belgique (ont
presque
JANVIER 1714. 7
preíque tous dattez , au moins ceux qui'
font raportez dans la nouvelle -édition/
d'Aubert le Mire*
Quant aux Diplômes de nos Rois il.
y en a plusieurs, principalement depuis'
le commencement de l'xi. siecle juíqu'à
la fin du 13e qui font dattez de l'année
de l'Incarnation , íâns mois , ni jour ; Se
d'autres avec le mois íans lejour. Tels.
íònt entre autres deux de Philippe Au
guste, raportez dans Perard , page 340..
mais l'on n'en trouve aucun fans quel
que marque chronologique.
Devant le regne de Charles le Gros
les Chartes des particuliers íe dattoient eiv
Italie du regne de l'Empereur, du Roy,
du Comte , Se en même temps de l'indiction.
Sous íon regne on commença à y
ajouter l'année de l'Incarnation , princi
palement en Allemagne ; (a) ainsi qu'il
paroît dans lesTrad. de Fulde, page 509..
où il y a une Charte dattée de l'an
783/ & deux autres de 800. & 802..
Mais ce ne íònt pas encore les premieres
que l'on ait dattées de l'an de i'Jncarna.
tion, puisque le continuateur du Reciieil/
des Diplômes d'Aubert Ie Mire raporte s.
page 1 1 2Ó. deux Chartes de Pépin le
Gros dit d'Heristel , dattées de l'an 687.
(a) Mabìl. Diplom. p..
S MERCURE DE FRANCE:
Se <?$> i. de l'Incarnation indict, 4e Le 5;
de sa Principauté , &c.
Il y a cependant beaucoup lieu de ne
íè pas trop fier à ces deux .Chartes pour
plusieurs raisons qui ne sont pas de nôtre
ïùjet , du. moins pour les dattes qui pourroient
y; avoir été ajoutées après coup.
En voilà aílez pour donner une idée
des Chartes .dattées , & non dattées, &
de celles qui ne le font , pour ainsi dire ,
qu'à demi. On voit par là quand elles
peuvent faire foy , étant íàns datte , &
qui étoient les personnes qui negligeoient
de les marquer, Examinons à present les.
raisons fur leíquelles l'Auteur de la Ré^.
ponse fonde sa décision-
Suite de la Réponse. .
Car la Charte , quoique faite pour la. '
même fin , n'approchoit cependant pas de
ce que nous nommons aujourd'hui un ASte,
en ne s'en est servi que tant qu'il n'y
Ai/oit point , ou très .peu de Notaires , &c.
Premierement tout ceci ne dit rien , &
ne regarde pas la question proposée , il
s'agit des Chartes non dattées , & non
pas de celles qui n'a voient ppint de si
gnature.
Secondement, on ne voit pas pour
quelle raison l' Auteur de la Réponse
met
J A N VIE t' Vit f
met la Charte tout au.dessous de l'Acte
de Notaire. U est vrai qu'on n'y obfèr-
Voit' pas les formalitez d'aujourd'hui ;
mais celles dont on se servoit ne la
rendoient pas moins , pour ne pas dire
plus authentique que les Actes de No
taires. S'il s'agit des Chartes de nos Rois>
c'étaient leurs Referendaires ou Chan
celiers qui en étaient les Notaires j fous
la premiere race les Princes les lìgnoient
preíque toujours., £c on y appofoit le
cachet de leurs anneaux , & eníuite leur«
sceaux ; lôus ceux de la deuxième. Le
Prince les íìgnoit de son Monogramme ,
& en generai on peut dire qu'ils n'accordoient
, Se ne faiioient presque point ex
pedier des privileges que lorsqu'ils
tenoient leurs cours plenieres, ou ea
presence des Grands Officiers de la Cou
ronne, leíquels sont toujours nommez ,
Sc signent dans les Chartes des Rois de'
la troisième race , depuis Louis le Gros.
(a) D'où vient cette formule observée'
dans. la fuite , Aílum Parifiis , &c. astan~
tïbus in Palatio nostr'o quorum nominafubtitulata
futit & signa. Signum N. Da.
piferi S. N. Const-abulariï Baftculario
nullo S. N. Camerarii data per manum
lí. Cancellarii , ou vacante cancellaria.
S'il s'agit des Chartes des particuliers,'
(«) Mabil. Diplom..p. 104..
outíe.'
lé MERCURE DÉ fRANCÊ.-
Outre qu'elles étoient preíque toujours
écrites par des Notaires , leíquels quoique
íàns privilege exclusif étoient veriblement,'
8c pas leúf profeísion hommes3
publics elles étoient ordinairement don*
nées , relues 8c signées dans des assem
blées publiques , In mallo publico. In gtr
nerali placito. In convensu Nobiliwn, &C
(a) Le Seigneur les faiseít publier de
vant íes pairs , Se devant ses Vassaux quï
étoient obligez d'être fa caution y il étoit'-
reciproquement la leur ; mais d'une au
tre maniere , ne s'engageanc seulement
qu'à les contraindre d'executer leurs
conventions , 8c les autres- , obligeant
pour leur ^Seigneur , 8c leurs corps &
leurs biens. Ç'est.là cette servitude dont
il est. parlé dans íes Chartes.
Troisièmement y les Notaires publics
étoient bien plus anciens & bien plus.
communs que l'Auteur ne l'a crû ; car
outre qu'il en est parlé dans les Loix des
Ripuaires fous le nom de Chanceliers^
dans les Chartes de Childebert , & de
S. Germain., Evêque de Paris (c) pour
l'Abbaye de son nom; Charlemagne dans
le j. Capitulaire de l'an 8oj. ordonne,
(») Bouilíard , Histoire de l'Abbaye de Saint
Germain , pieces justificatives , page 7. ' .
(b) Ad fidejujfores tollendos.
\c) Histoire de S. Germain, pages i. & *.
ut
"I A N V í Ê tí tfn. fi
.Ht mijfì nostri scabînios Advocatos yNotariosperfîngiila
loca éligant s tkc. Depuis
ce temps ilj y en a toujours eu,& en
aísez grand nombre y les Evêqtìes, les
Abbez 8c ks Seigneurs avoient ordinai
rement leurs Notaires , ou Chanceliers
qui servoient pour tous leurs Vaslàux ,
car il ne leur étoit pas permis de faire
des Chartes , c'est ce qui fait qde celles
áusquelles ils sont interessez soit pour
vente ou donation aux Eglises , sont tou.*
jfours au nom du Seigneur y qui donne ?
ou qui vend comme proprietaire , après.
avoir marqué qu'un tel ion Vassal, refîgnavit
in manus suas , &c.
Ainsi les Chartes ne se faisoient point
par le premier venu > comme l'Auteut
l'insinuë , mais par des Chanceliers oit
Notaires qui étoient publics. Et ces Offi
ces étoient exercez communément paf
des Clercs , ou des Moines q»i étoient
les moins ignorans de ces temps.là , Si
qui servoient en même temps de Cha
pelains à ces Seigneurs.
Il étoit si necessaire pour k validité
des Chartes qu'elles fuisent écrites par'
des personnes , dont le nom & l'écris
ture fu/sent si connues , qu'elles fuisent
Censées personnes publiques que le Pape
' Innocent II í. (a) regarde comme nut
1*1 Innoc.III. liw í. Epist- 3 f
a Mercure de francs.
«n privilege de l'Empereur Henry , quia
nec erat publica manu conseílmn j nef
figillum habzbat ambenticum.
Suite de la Réponse.'
Lu negligence avoit tellement pris le
dessus , que les personnes de la. premiere
difiinclion ne /pavoient pas assez, bien
écrire poursigner leur nom , ce qui a dvn*
né lieu aux sceaux , &c'
Ce n'est point à l'ignorance d'écrire
oU de signer que l'on doit l'usage d'ap
poser des sceaux, Se des cachets fur les
titres. Cet uíage est de l'antiquité la plus
íçculée; Lorsque Pharaon donna à Jo
seph le Gouvernement dé l?Egypte , (a)
tulit a-nnulum de- manu- sua & dedit eum
in manu cjus.. Les Lettres d'Assuerus ,.
Roy des Perses & des Medes , accordées'
à Esther en faveur des Juifs, (bj; anftulo
ipfius obsignata funt & mijst per
veredarios ,-Sc.c. Lefc Romains s'en fer-'
voient aussi , ainsi que les Historiens, &
les cabinets des curieux qui en íorit rem
plis en font foy. Et nos premiers Rois',
dont il s'agit ici plus particulierement
ont eu des cachets , aufquels les sceaux
ont succedé. On garde encore dans le
(a) Genes. 41.
(*} E/lhexé c l' "
cabinet^
î A.NViER 1714. 13
cabinet du Roy l'Aneau de Childeric,
pexc du grand Clo.vis. Mais .ce qui fait
voir que ce n'est point pour íuppléer à
la íignature (a) qu'on s'est mis a ícelei
les titres ; c'est que les Chartes ictus la
premiere race de nos Rois , sont preíque
toutes ignées &c sce.léçs. -Et non.íèuler
ment .celles de nos Rois , mais encore
çelles des Evêques & des Seigneurs par*;
ticuliers.
Il est vrai qu'il y a un temps & de»
lieux toìi les sceaux suppleoient aux si
gnatures i mais l'uíàge de signer & d?
sceller en même temps était bien plu?
ancien. C'est ce qui paroît certain parle
témoignage de Gregoire .de Tours qui
dit {&) que Mummole envoyé par le
Roy Theodebert vers l'Empereur Justir
nien , étant à l'extrémité fit faire son
(a) Von peut ajouter que les sceaux supfleoient
encore moins aux dattes, & que
Auteur de la Lettre écrite d Evreux dans le
Mercure d'XDcìpbre 1713. quoique bien mieux
au fait des Chartes que celui.ci , n'y a pas fait
allez d'attention , lorsqu'il a avance que dans
l'onzième & douzième siecles , il n'y avoït sas
une Charte qui n'eut son sceau , &c. il est
pourra voir un grand nombre fans dattes &
fans sceau dans les Recueils des Chartes ; 8ç
en particulier dans les pieces justificatives dé
la nouvelle Histoire de l'Abbaye de Saint
î.Germain. '
(b) Greg. Tftrpn. de Gltr.MarU lib. 1. cxti
teftar.
f 4 MERCURE DE FRANCE,
íestament., & le fit munir de signatures
.& de íceaux- Fecit testamentum fuum sertht
, munitum fubfcriptionibus ac figillis ,
&Cz. Dans le siecle suivant Berthramn ,
Evêque du Mans fit mettre siir son testa
ment les signatures., 8c les sceaux de íépt
personnes illustres. Septem virorum honestorum
fubscriptionibus & figillis.
Charlemagne signe & scelle la Charte
{a) pour l'Abbaye de S. Germain , manu
nostra fubfcriptionis fabter decrevimus robarare
, & de amuio nofiro fubter figillare.
Chez les Anglois même les íèeaux , quoi
que communs à tout le monde, au moins
depuis Guillaume le Conquerant , ne tenoient
pas lieu de signatures , mais bien
de Tabellions qui n'y étoient pas en usa
ge loríque ce Prince conquit l'Angle
terre ; cfKoHiam Tabellionum ttfus ( dit
(b) Matthieu Paris ) in eo regno non httbebamr.
Cependant il faut convenir que
depuis Gregoire de Tours jusqu'à l'oneiéme
siecle , il se trouve bien des Char
tes des Rois , d'Evêques & de Seigneurs
qui n'ont aucunes marques de cachets ,
ni de sceaux. Or la veritable marque
qu'une Charte ait été scellée , n'est pas
qu'il y ait des trous, par lefquelj leî
(a) Boiiillard. Hist. de l'Abbaye de S. Ger
main, p. u,
(i) Math. ïarìs. ad an, 1237.
lac»
JANVIER 1714. ts
|acs ou cordons du sceau auroient été
pastez , ou quelques restes de cire appli
quée dessus ; mais c'est loríqu'il est énon.
jcé dans l'Acte qu'elle* été ícellée. Car
sans cela les sceaux íèroienc une preuyg
de fausseté.
Suite de la Réponse.
L'on se servoit dans le même temps des
ghartes parties ou coupées , c'est.à.dire
qu'après avoir fait une Charte , on la
fioupoit en pieces , dont chaque contrac
tant en prenoit une pour la representer lors
de l'execution des conventions , Sec.
Ceci est dit d'une maniere si décisive,
-qu'on croiroit que tout cela est vrai , &
que l'Auteur a vu de ces Cljarces parties ;
jnais il permettra que l'on assure qu'il
n'en connoît que le nom , & qu'on n'a
jamais coupé en pieces Jes Chartes com
me il s'imagine.'
Les Chartes parties ou coupées tirent
leur origine des Chartes appellées dans
les formules (a) de Marculfe Chant pa~
rida & paricuU , parce que c'étoient des
doubles copies d'un même acte fait entre
deujç parties égales inter pares , ou plutft
parce qu'elles étoient de pareille for
me, grandeur & écriture. A ces Char-
(a) Marculfi formuis. , lib* z.
tes
itf MERCURE DE FRANCE.
tes succederent les Chartes parties ow
.coupées , autrement Chartes endentées,
Charte indentatA , ou idetitat* , que l'on
appella dans les H. 11. Se 1.3 e. siecles
Chkographes ou CirographeS. C!étpient
auflì deux copies d'un même acte écrites
fur une même peau , & de même ma
niere, entre lesquels on .écrjvoit en
grands caracteres une ligne , qui ne contenoit
Jbuvent qu'une partie des Lettres
de l'Alphabet , quelquefois une Sentent
ce, 6c quelquefois le .nom du principal
des contractons $ & l'on separoitees deux
copies, en coupant la peau par le mi
lieu Se .le long de ces caracteres. A peu
pïès de la même maniere que l'on faiíòit
les premiers billets de banque , ait.
tpur desquels, on voyoit une partie de
pluíieurs traits entrelacez.
' Ces fortes de Chartes n'etoient gneres
;cn usage que pour les échanges , transac
tions Se accords entre deux ou plusieurs
Í>arties , Se l'on y marquoit la datte .de
a maniere qu'on avoit coutume de la
marquer dans le temps , Se les lieux où
elles éto.ient dressées. Lorsqu'il y avoit
plus que deux parties interessées au mê
me Acte , ôc que l'on étoit obligé d'en
faire trois ou quatre copies , on les écr re
voit en même temps fur la même peau ,
6c l'on écriyoitfcendeflture fur les lignes,
par
des jugemjenst aes iianrdcriox
B
.par lesquelles on les devoit separer.
i'Auteur de la Réponse , qui íâns
doute n'en a jamais vu íera bien aiíê d'en
voir ici une., & il y a lieu d'eiperer
qu'elle fera plaisir au.public., parce qu'el
les font aflez rares ; on l'a réduite de
grande en petite , & l'on n'en a fait co
pier que le commencement 8c la fin, ce
qui suffira pour en donner une idée , &
pour faire voir à 1J Auteur que. l'on dattoit
ces Chartes , .& que chaque partie
étoit une copie entiere du même Acte.
Cette piece dont l'original est dans les
Archives de l'Abbaye de Saint Bertin, a
pour endenture , ces mots DROGO
TARWANENSIS EPS. & c'est un
accord fait entre cet Evêque & l'Abbé
4e S. Bertin en l'année 1040.
.Suite de la Réponse.
D'ailleurs le sujet dont on composé ît la
Charte ne rouloit pour l'ordinaire que fur
des conventions qui n a voient sas besoin
d'un temps fixé , &c.
On íçait quels sent les íujets des
Chartes, c'étoientdes privileges accor
dez aux Villes, aux Eglises, &aux par
ticuliers par les Souverains, des dona
tions faites paf eux, ou par les Seigneurs,
des jugemens, des transactions , des
B baux
tt MERCURE DE FRANCE.
baux à ferme , &c. Voilà le sujet dont on
oompoíoit les Chartes. Or )e demaïde
/il ne rouloit c/ue Jur dus conventions cjui
n'avaient pas b"foin d'un temps fivé} La
chose est si claire qu' .1 íuffit d'y faire
faire attention. Nqus en avons dit aslez
pour faire voir que l'on .ne doit pas
ajouter foy indifferemment aux Chartes
non dattées , pour marquer en quel
temps , & quels lieux on les dattoit,
Se on ne les dattoit pas pour mon
trer l'antiquité desjsigriatjures., des sceaux
& des Notaires , Se pour .expliquer ce
que c'étoit que les Chartes parties. Nous
esperons que l'Auteur ne trouvera pas
mauvais que l'on ait un peu éclairci cette
matiere , & que l'on ne se íôit pas ren
contré de iòn sentiment.
Nous croyons que le public éclairé pen
sera comme nom furie merite de cette pier
Ce, il seroit a souhaiter cjjipn nous en
envoyât souvent de semblables : la Repu
blique des Lettres , & nôtre Journal en
particulier y gagneroient infiniment?
Fermer
Résumé : REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
Le texte examine la validité des chartes historiques non datées mais portant des sceaux de personnes illustres. L'auteur du Mercure de France critique l'avis selon lequel ces chartes peuvent servir de preuve authentique, le jugeant trop vague et général. Il dénonce l'ignorance historique qui conduit soit à rejeter toutes les chartes sans dates, signatures ou sceaux, soit à les accepter trop facilement. Le texte insiste sur l'importance de distinguer les lieux, les temps et les personnes pour évaluer la validité des chartes. Chez les Romains et les Allemans, les actes devaient être datés, tandis que chez les Francs et les Germains, nombreuses étaient les chartes sans date. Les chartes royales étaient généralement datées, sauf celles de peu d'importance ou exécutées immédiatement. En revanche, les chartes des particuliers, des comtes, des ducs et des évêques étaient souvent sans date. Le texte mentionne les différentes formules de datation utilisées par les rois mérovingiens et leurs successeurs. Les chartes sans date étaient souvent des notices ou des statuts d'abbayes et d'évêques. À partir du XIe siècle, les diplômes royaux étaient souvent datés de l'année de l'Incarnation, sans mois ni jour. Le texte critique également l'auteur d'une réponse pour avoir sous-estimé l'authenticité des chartes, souvent rédigées par des notaires ou des chanceliers publics et signées en assemblées publiques. Les chartes étaient considérées comme valides si elles étaient écrites par des personnes reconnues, dont le nom et l'écriture étaient connus. Par ailleurs, le texte souligne que les sceaux et les signatures étaient utilisés conjointement pour authentifier les actes. Des exemples historiques, comme ceux de Grégoire de Tours et de Charlemagne, illustrent cette pratique. Les chartes parties ou coupées, utilisées pour les transactions entre plusieurs parties, étaient écrites sur une même peau et séparées par une ligne de caractères ou une sentence. Le texte conclut en affirmant que les chartes non datées ne doivent pas être utilisées pour déterminer l'antiquité des signatures, des sceaux ou des notaires, et qu'il est important de comprendre le contexte des chartes parties.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4182
p. 24-34
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure pour servir de réponse aux Remarques sur les figures du Portail de l'Eglise de l'Abbaye S. Germain
Début :
Vous avez inseré, Messieurs, dans vôtre Journal du mois de May de [...]
Mots clefs :
Clotaire, Saint-Germain, Abbaye, Église, Portail, Figures, Dom Bouillart, Couronnes de gloire, Patron, Tombeau
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure pour servir de réponse aux Remarques sur les figures du Portail de l'Eglise de l'Abbaye S. Germain
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
four servir de réponse aux Remarques
fur les figures du Portail de CEglist
de CAbbaye S. Germain.
VOus avez iníèré, Messieurs ., dans
vôtre Journal du mois de May de
l'année derniere , les Remarques d'un'
Auteur Anonyme, fur les figuras du
grand Portail de VEglise Saint Germain
des Pre^, par leíquelles il prétend dé
truire le sentiment du R. P. Dòm Jean'
Mabillon', qui' dit dàns ses Anrtales (a);
que l'£glise de S. Germain a été bâtie
Se fondée par Cliildebert L. & que les'
figures qui íònt au Portail de la même.
Eglise dix coté gauche en entrant , font
S. Germain , Clovis , Sainte Clotilde Se
Clodomir , & au côté opposé , Chilperic,
Childebert , Ultrogothe ,. íà femmes &
Clotaire î.
L'Auteur dés Remarques refute ausii
Dom Thierry Riíinard , qui prétend à
la fin de son Edition de S. Gregoire (b)
de Tours / que les figures qui font à
gauche en entrant representent Saint
(a) Annal. Ben. tom; i. pag. 169.
{í) Gieg. Turpn.
Remv>
JANVIER 1714. ; 2;
Remy , Clovis , Sainte Clotilde & Clo.
domir , Se que celles qui sont à droite ,
sont Thierry , Chlldebert , Ultrogoche
8e Clotaire.
Ces deujr sentimens ne sont pas du
goût de l'Auteur , parce qu'il prétend
l p que c'est Clotaire , & non pas ChHdebert
, qui a achevé de bâtir l'Egliíe,.
& il cite pour ses garants l'Auteur de
la vie de S. Droctovée, (a) Se l'Histoire
interpolée d'Aimoin ^ í. . 2 < cv 29. Se. 3 6 .
& 1. 3. c }1.
2° Il ajoute que ce Portail étant bien
Í>osterieur à la construction de l'Eglise , .
es figures qui y sont repreíentées ne
sont point celles que Dom Mabillon &
Dom Ruinard ont prétendu ; mais cel
les de S. Germain, de Pepin, de Bertrade
, íâ femme ., de Charlemagne Se
Carloman leurs fils , de Childebert , &
d'Ultrogothe , fa femme , & de Clotaire.
Voici les raisons qui confirment l'Au-.
teur dans cette idée. 1 * La donation du.!
Domaine de Palaiíëau , Se de ses dépen
dances faites à' l'Eglise de l'Abbaye par
Pepin , le jour de la Translation de Saints.
Germain y Se confirmée par Charlema
gne en 77 9' Cette Eglise , selon lui ,
eut un nouveau Patron en même temps:-
que la France eut des Rois d'une nou-
(4) Si. OrA. S. Btned. tMt. r.
Bt rell#
ié MERCURE DE FRANCE.
velle race , & les Moines de l'Abbaye J.
pour éterniíèr la memoire d'un si grand
changement , firent construire un Por
tail, où ils placerent les figures de ces
Princes , en conservant toujours la mé
moire de leurs premiers Fondateurs. 2*'
Le peu de vrai.semblance que l'on ait
mis à la porte d'une Eglise les Statues du
pere , de la mere & des freres du Fon
dateur. Et a quelle porte £'Eglise , dit-il
a..t'qn representé ainft des genealogies ?
3° Les Couronnes de gloire qui font
derriere la tête des sept figures , ne íê
mettoient qu'à ceux qui étroient décedezs .
& que l'on croyoit dans la beatitude t
par consequent celui qui n'en a point ne.
peut être que Charlemagne qui vivoit
alors. 4° La difficulté de trouver des^
Couronnes du sixième siecle semblables ;
à celles' que portent les figures du Por-'
tail de Saint Germain.. Enfin le peu de'
eertitude que le tombeau deFredegonde^
qui a une semblable Couronne , soit veri- :
tablement d'elle.. .
Ce íônt là Meísieurs les principaux.^
argumens que l'Auteur des Remarques.
propose dans vôtre Journa.l contre les :
ientimens de Dom Mabillon , & de Dom 1
Huinart au íujet de ces figures. Il seroit?
k- íouhaiter qu'il eut apporté des autorir'
ter tirées de bons Auteurs , au lieu de
Ï'AN VÌ E R 1724. 27
íèá íimples. conjectures qui ne peuvent
fSrvir de preuves dans les difficultez
dont il est ici question.
Dom Jacques Bouillart , qui vient de
mettre au jour l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Germain des Prez a répondu dans
íon ouvrage aux objections que l'on
Vient deráporter. Il prouve d'abord que
l'Auteur des Remarques s'est trompé
considerablement , en citant la vie de
Saint Droctovée , & l'Histoire interpo
lée d'Aimoin , & qu'il n'y a pas un seul
mot dans les endroits par lui citez où il
soit marqué que l'Egliíê fut achevée par-
Clotaire. Dom Bouillart prouve au con
traire par les mêmes Auteurs , que Chil.
debert acheva cet Edifice avant ía mort,
& que Saint Germain la dédia , à la sol
licitation de Clotaire , le jour même des
funerailles de Childebert.
Pour ce qui est du Portail , lé même'
Auteur soutient qu'il est aufli ancien que
l'Eglise : fa si uation sous la grosse tour,
faiíant corps avec elle , le goût du temps , .
le jugement qu'en ont porté juíqu'à.
present les personnes /ça vantes dans la
connoissance des anciens monumens , sont
des autoritez plus que suffisantes pour'
prouver ce qu'il avance..
L'Historien dë Saint Germain répond5
aussi à l'Aùteu.X- des Remarques , sor ce
B vj qu'il
2 8 MERCURE DE FRANCE:
qu'il avance que l'Egliíe de l'Abbaye
eut uh nouveau Patron , après la Trans
lation de Saint Germain. Il avouè que
Pepin donna alors le Domaine de Palaiseau,
& ses dépendances avec une en
tiere franchise de tous peages , Se que
cette donation fut confirmée par Charle.
magne en 779. mais. il nie que l'Eglise
ait eu dans cette occasion un nouveau.
Patron, & que les Moines de S. Ger
main ayent fait construire un Portail pour
y placer les Statues de S. Germain , des
Pepin , dç Bertrade , &c. pour éterniser
la memoire. du;. grand changement arrivé
en France. Il prouve d'une maniere so
lide & convaincante que l'Eglise, quoi
que dédiée en l'honneur de Sainte Croix,,
& de Saint Vincent, a eu aussi: le nom
de Saint Germain dès la mort du même
Saint, à cause des frequens. miracles que
Dieu operoit à son tombeau ,.nom qui lui
est resté dans les siecles^suivans. II cite
pour ce sujet le testament de Bertrant ,
í ou Bertieram Evêque du Mans , S. Gre
goire de Tours , Saint Ouen , Archevêque
de Rouen qui a écrit la -vie de Saint
Eloy, l'Auteur de la vie dé Sainte Batilde
, & plusieurs Chartes.très.ancien
nes , qu'il a mises parmi les preuves à
la fin de son Histoire. Ilisoutient de plus
que l'Eglise dc.S. Germain n'a eu que
deux
JANVIER
deux dédicaces , la premiere faite par
Saint Germain , & la seconde par le
Pape Alexandre III. en ii6}, Se que.
dans ces deux dédicaces il n'est fait men
tion que de. Sainte Croix & de Saint Vin
cent. Or comme l'on ne donne un Patron
aux Eglises que dans cétte ceremonie y
Dom Bouillart demande à l'Auteur de*
Remarques qu'il lui faste voir. une autre
dédicace faite en 7f4-. ou. environ ,
dans laquelle l'on ait changé le nom de
Saint Vincent , ou ajpûté celui de Saint'
Germain-
Quant à. la íècoside objection , qu'il .
n'est pas vrai-íèmblable que l'on ait pJa--
oé à la porte d'une Eglise les. Statues du
pere -, de la m ere & des freres du Fon-.
dateur1. Dom Bouillart répond que cet
n'est pas une chose inusitée, puisque l'on.
en voit dé íemblables au Portail de Nô
tre.Dame la Répostetdènt l'Auteur mê
me des Remarques fait mention , Se dont
ilparoît reconnoître l'antiquité,
Enfin l' Auteur. de l'Histoire de Saint'
Germain dit que l'Auteur des Remar
ques fait une question inutile, loríqu'il.
demande à' quelle porte d'Eglise a-t'om
representé ainsi des genealogies ? puis
qu'il les admet lui-même dans le Por
tail de S: Germaini en disant qu'il s'ima*
fifre ». voir Pepin , Bertrade tjâ femme ,
Jfe* MERCURE DE FRANCS.
Charlemagne & Carloman ses fils. N'estce
pas là en eiíèt une genealogie à íà
maniere, & suivant ces propres idées.
Un des principaux argumensde l'Au
teur des Remarques est comme ori
IV déja dit, que ces Statues du Por
tail de Saint Germain ont des Cou
ronnes de gloire , qui ne se mettoient
qu'aux' personnes décedées , que l'on
croyoit dans la beatitude , d'où il conclut
que la huitième Statue, qui n'en a point,
represente Charlemagne qui vivoit en
core alors , & par coníequent que le Por
tail de Saint Germain n'a été construit
que de son temps.
Dom Bouillart lui répond que les
Couronnes de gloire se mettoient aux vi-
Vans aussi bien qu'aux morts. , d'où il
conclut que ceux qui font representez .
au Portail de Saint Germain , pou voient
être vivans dans le temps de là construc
tion. Il donne plusieurs exemples de cetusage.
fa) L'Empereur Trajan est repre
senté deux fois dans l'Arc de Constantin,.
2ui est à Rome , comme vivant avec une'
louronne de gloire derriere fa tête.'
(i) Dans les siecles suivans l'Empereur'
(a) V. l'Antiquité expliquée, &c' tòm. ti.
$ 186. & tom. 3. pagg. 31J. 330. & tom. v
p. 167.
{b) iiidt Supplement.
y-alen
t
y á n v nr r ry.»^ f*
Valentinien II. paróît avec une Couron
ne de gloire faiíant des largeíses au peu
ple. On voit auflì des Medailles (#)fra*
pées du vivant des Empereurs Justin , <
Justin le jeune , Maurice , Phocas , & de
quelques Imperatrices , où ils font re
presenter de même. Il ajoute après M. le
Blanc dans son Traité des Monnoyes,
que, les Gaulois ayant été' íubjuguez par
les premiers Rois de la Monarchie Fran
çoise , ont gardé pendant quelque temps'
les usages des Romains leurs derniers
maîtres. Les Rois même de lá premiere
race les ont auflì conservez, principale
ment dans leurs Monnoyes. Ainsi il ne
faut pas s'étònnersi dans ks' temps de la
premiere race l'on mettait des Courons
ries de gloire dérriere la tête dés Rois,
Si même des Evêques qui étoient encore
en vie. L'on en trouve une preuve dans
le premier tome des Annales de Dom
Mabillon , f b) où il est: fait mention de'
S. Armand , Evêque dé Mastric , lequel.
fft son testament en presence de Rieul,^
Archevêque de Rheims , de Mommolen,'
Evê qùe deNoyon, de Vendicien de Cam.
bray ', de Bertin ; Abbé de Sithiu , Se des
Prêtres Jéán & Baudemond. Ils ont tous
des Couronnes de Gloire derriere leurs
f» Numism. Imp. Rom. ulhselm.Sfiwiuri 2-.
>z. MERCURE DE FRANCE.
têtes , comme on le peut voir dans It
planche que Dom Mabíllon' a Fait gras
ver , laquelle a été tirée des anciens. monumens
de l'Abbaye de & Amand.' Ce
íçavant homme fait là - dessus la mê
me obíervation que l'Auteur des Re
marques r5c il s'étonne que ces figu
res portent des couronnes de gloire , quoi
que ceux qu'elles representent fussent en
core vivans. L'on doit donc conclure ne-.
cessairement de ces exemples , que l'on
mettoit íouvent des couronnes de gloire
aux personnes vivantes , & que ce n'est.
pas une preuve que ceux qui íònt repre
sentez au Portail de S. Germain , fus
sent decedez.
Dom Bouillait ajoute: Y a ) l'Auteur
des Remarques admet , fans y penser , k;
même chose ; car en mettant la construc
tion du portail dans le huitième siecle ,.
il dit que les Religieux. de S. Germain le
firent faire pour éterniser la mémoire du
grand changement arrivé en France, en'
754. lorsque le corps de S. Germain fut
transferé, què l'Eglise eut un nouveau
Patron , Se que Pepitvla combla de biens.-
Or s'il est vrai que les figures du Por
tail representent Pepin, fa femme & ses
Énfans , l'Auteur des Remarques doit
convenir que l'on donnoit des couronnes
( * ) Híst. de S. Gertiwpag, 30*.
1
Janvier 17I4." :W
3è gloire aux Rois & auxpersonnes illus
tres, lorsqu'elles vivoient.j puiíque Pepin
& les Princes qu'il íoutient être re1.
preíentez par ces- figures ,- vivoient en
754. 8c que cependant ils ont des' cousonnes
de gloire , ou des nimbes derriere
leurs têtes. Il. est inutile de dire que Gharlemagnen'en
a point , parce qu'il étoit
encore vivant, ^& que les autres étoient
morts. Il en avdit auslì ; mais celui qu'il
avoit est tombe dans la fuite, ou pour
n'avoir pas. bien été attaché,' ou pour
avoir été rompu >. en eífet on voit encore
derriere íà tête un crampon de fer qui le
íetenoit t & il estcouché horiíôntalemerjt
contre la muraille.
Il ne s'agit p.lt»s que de la difficulté que
iorrrîe lf Auteur des Remarques /qui est
defaire voir des couronnes du íixième
siecle íemblables à celles que portent les.
figures' du Portail de S. Germain , & que'
le tombeau de Fredegondc qui Jt une
semblable couronne y soit Veritablement
d'elle. C'est ce que Dom Boùillart déve-
Ibpe avec solidité , en diíànt d'abord que
les anciens Historiens ont fait mention de
la íépulture de Fredegende dans l'Eglise
de S. Vincent, maintenant de S. Germain
des Prez. Il lë prouse ensuite par la situa
tion 8c la distinction des tombeaux des.
Rois 8c des Reines de la premiere race »
f4 MERCURE DE FRANCE;
inhumez dans la' même Egliie,tlonc les
.inícriptions , quoique moins anciennes T
.(ont restées julqu'en 1656. par la tra
dition des Religieux de l'Abbaye , & par
le jugement des períônnes les plus éciar*.
rées dans l'Antiquicé , qui ont regardé
le tombeau de Fredcgondë , comme uQ
monument aussi ancien qu'elle. il répond
enfin aux objections que l'on pourroit fai
re au sujet des Fleurs.de.lys qui font à la
couronne 8c au Iccprre de cette Reine ',
&c rapporte quelques exemples qui font
voir que les fleurs de lys étoient en usage
íòus les Rois de la premiere race s d'où il
Conclut que le tombeau & la couronne de
Frédegoncle «'tant aussi ancien qu'elle, les
couronnesdes statues du Portail de S. Ger
main sont aussi anciennes que & construc^
tion & du sixième siecle.
Je fuis , Messieurs , Sec1
A Paris le 13. Janvier 1714»'
four servir de réponse aux Remarques
fur les figures du Portail de CEglist
de CAbbaye S. Germain.
VOus avez iníèré, Messieurs ., dans
vôtre Journal du mois de May de
l'année derniere , les Remarques d'un'
Auteur Anonyme, fur les figuras du
grand Portail de VEglise Saint Germain
des Pre^, par leíquelles il prétend dé
truire le sentiment du R. P. Dòm Jean'
Mabillon', qui' dit dàns ses Anrtales (a);
que l'£glise de S. Germain a été bâtie
Se fondée par Cliildebert L. & que les'
figures qui íònt au Portail de la même.
Eglise dix coté gauche en entrant , font
S. Germain , Clovis , Sainte Clotilde Se
Clodomir , & au côté opposé , Chilperic,
Childebert , Ultrogothe ,. íà femmes &
Clotaire î.
L'Auteur dés Remarques refute ausii
Dom Thierry Riíinard , qui prétend à
la fin de son Edition de S. Gregoire (b)
de Tours / que les figures qui font à
gauche en entrant representent Saint
(a) Annal. Ben. tom; i. pag. 169.
{í) Gieg. Turpn.
Remv>
JANVIER 1714. ; 2;
Remy , Clovis , Sainte Clotilde & Clo.
domir , Se que celles qui sont à droite ,
sont Thierry , Chlldebert , Ultrogoche
8e Clotaire.
Ces deujr sentimens ne sont pas du
goût de l'Auteur , parce qu'il prétend
l p que c'est Clotaire , & non pas ChHdebert
, qui a achevé de bâtir l'Egliíe,.
& il cite pour ses garants l'Auteur de
la vie de S. Droctovée, (a) Se l'Histoire
interpolée d'Aimoin ^ í. . 2 < cv 29. Se. 3 6 .
& 1. 3. c }1.
2° Il ajoute que ce Portail étant bien
Í>osterieur à la construction de l'Eglise , .
es figures qui y sont repreíentées ne
sont point celles que Dom Mabillon &
Dom Ruinard ont prétendu ; mais cel
les de S. Germain, de Pepin, de Bertrade
, íâ femme ., de Charlemagne Se
Carloman leurs fils , de Childebert , &
d'Ultrogothe , fa femme , & de Clotaire.
Voici les raisons qui confirment l'Au-.
teur dans cette idée. 1 * La donation du.!
Domaine de Palaiíëau , Se de ses dépen
dances faites à' l'Eglise de l'Abbaye par
Pepin , le jour de la Translation de Saints.
Germain y Se confirmée par Charlema
gne en 77 9' Cette Eglise , selon lui ,
eut un nouveau Patron en même temps:-
que la France eut des Rois d'une nou-
(4) Si. OrA. S. Btned. tMt. r.
Bt rell#
ié MERCURE DE FRANCE.
velle race , & les Moines de l'Abbaye J.
pour éterniíèr la memoire d'un si grand
changement , firent construire un Por
tail, où ils placerent les figures de ces
Princes , en conservant toujours la mé
moire de leurs premiers Fondateurs. 2*'
Le peu de vrai.semblance que l'on ait
mis à la porte d'une Eglise les Statues du
pere , de la mere & des freres du Fon
dateur. Et a quelle porte £'Eglise , dit-il
a..t'qn representé ainft des genealogies ?
3° Les Couronnes de gloire qui font
derriere la tête des sept figures , ne íê
mettoient qu'à ceux qui étroient décedezs .
& que l'on croyoit dans la beatitude t
par consequent celui qui n'en a point ne.
peut être que Charlemagne qui vivoit
alors. 4° La difficulté de trouver des^
Couronnes du sixième siecle semblables ;
à celles' que portent les figures du Por-'
tail de Saint Germain.. Enfin le peu de'
eertitude que le tombeau deFredegonde^
qui a une semblable Couronne , soit veri- :
tablement d'elle.. .
Ce íônt là Meísieurs les principaux.^
argumens que l'Auteur des Remarques.
propose dans vôtre Journa.l contre les :
ientimens de Dom Mabillon , & de Dom 1
Huinart au íujet de ces figures. Il seroit?
k- íouhaiter qu'il eut apporté des autorir'
ter tirées de bons Auteurs , au lieu de
Ï'AN VÌ E R 1724. 27
íèá íimples. conjectures qui ne peuvent
fSrvir de preuves dans les difficultez
dont il est ici question.
Dom Jacques Bouillart , qui vient de
mettre au jour l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Germain des Prez a répondu dans
íon ouvrage aux objections que l'on
Vient deráporter. Il prouve d'abord que
l'Auteur des Remarques s'est trompé
considerablement , en citant la vie de
Saint Droctovée , & l'Histoire interpo
lée d'Aimoin , & qu'il n'y a pas un seul
mot dans les endroits par lui citez où il
soit marqué que l'Egliíê fut achevée par-
Clotaire. Dom Bouillart prouve au con
traire par les mêmes Auteurs , que Chil.
debert acheva cet Edifice avant ía mort,
& que Saint Germain la dédia , à la sol
licitation de Clotaire , le jour même des
funerailles de Childebert.
Pour ce qui est du Portail , lé même'
Auteur soutient qu'il est aufli ancien que
l'Eglise : fa si uation sous la grosse tour,
faiíant corps avec elle , le goût du temps , .
le jugement qu'en ont porté juíqu'à.
present les personnes /ça vantes dans la
connoissance des anciens monumens , sont
des autoritez plus que suffisantes pour'
prouver ce qu'il avance..
L'Historien dë Saint Germain répond5
aussi à l'Aùteu.X- des Remarques , sor ce
B vj qu'il
2 8 MERCURE DE FRANCE:
qu'il avance que l'Egliíe de l'Abbaye
eut uh nouveau Patron , après la Trans
lation de Saint Germain. Il avouè que
Pepin donna alors le Domaine de Palaiseau,
& ses dépendances avec une en
tiere franchise de tous peages , Se que
cette donation fut confirmée par Charle.
magne en 779. mais. il nie que l'Eglise
ait eu dans cette occasion un nouveau.
Patron, & que les Moines de S. Ger
main ayent fait construire un Portail pour
y placer les Statues de S. Germain , des
Pepin , dç Bertrade , &c. pour éterniser
la memoire. du;. grand changement arrivé
en France. Il prouve d'une maniere so
lide & convaincante que l'Eglise, quoi
que dédiée en l'honneur de Sainte Croix,,
& de Saint Vincent, a eu aussi: le nom
de Saint Germain dès la mort du même
Saint, à cause des frequens. miracles que
Dieu operoit à son tombeau ,.nom qui lui
est resté dans les siecles^suivans. II cite
pour ce sujet le testament de Bertrant ,
í ou Bertieram Evêque du Mans , S. Gre
goire de Tours , Saint Ouen , Archevêque
de Rouen qui a écrit la -vie de Saint
Eloy, l'Auteur de la vie dé Sainte Batilde
, & plusieurs Chartes.très.ancien
nes , qu'il a mises parmi les preuves à
la fin de son Histoire. Ilisoutient de plus
que l'Eglise dc.S. Germain n'a eu que
deux
JANVIER
deux dédicaces , la premiere faite par
Saint Germain , & la seconde par le
Pape Alexandre III. en ii6}, Se que.
dans ces deux dédicaces il n'est fait men
tion que de. Sainte Croix & de Saint Vin
cent. Or comme l'on ne donne un Patron
aux Eglises que dans cétte ceremonie y
Dom Bouillart demande à l'Auteur de*
Remarques qu'il lui faste voir. une autre
dédicace faite en 7f4-. ou. environ ,
dans laquelle l'on ait changé le nom de
Saint Vincent , ou ajpûté celui de Saint'
Germain-
Quant à. la íècoside objection , qu'il .
n'est pas vrai-íèmblable que l'on ait pJa--
oé à la porte d'une Eglise les. Statues du
pere -, de la m ere & des freres du Fon-.
dateur1. Dom Bouillart répond que cet
n'est pas une chose inusitée, puisque l'on.
en voit dé íemblables au Portail de Nô
tre.Dame la Répostetdènt l'Auteur mê
me des Remarques fait mention , Se dont
ilparoît reconnoître l'antiquité,
Enfin l' Auteur. de l'Histoire de Saint'
Germain dit que l'Auteur des Remar
ques fait une question inutile, loríqu'il.
demande à' quelle porte d'Eglise a-t'om
representé ainsi des genealogies ? puis
qu'il les admet lui-même dans le Por
tail de S: Germaini en disant qu'il s'ima*
fifre ». voir Pepin , Bertrade tjâ femme ,
Jfe* MERCURE DE FRANCS.
Charlemagne & Carloman ses fils. N'estce
pas là en eiíèt une genealogie à íà
maniere, & suivant ces propres idées.
Un des principaux argumensde l'Au
teur des Remarques est comme ori
IV déja dit, que ces Statues du Por
tail de Saint Germain ont des Cou
ronnes de gloire , qui ne se mettoient
qu'aux' personnes décedées , que l'on
croyoit dans la beatitude , d'où il conclut
que la huitième Statue, qui n'en a point,
represente Charlemagne qui vivoit en
core alors , & par coníequent que le Por
tail de Saint Germain n'a été construit
que de son temps.
Dom Bouillart lui répond que les
Couronnes de gloire se mettoient aux vi-
Vans aussi bien qu'aux morts. , d'où il
conclut que ceux qui font representez .
au Portail de Saint Germain , pou voient
être vivans dans le temps de là construc
tion. Il donne plusieurs exemples de cetusage.
fa) L'Empereur Trajan est repre
senté deux fois dans l'Arc de Constantin,.
2ui est à Rome , comme vivant avec une'
louronne de gloire derriere fa tête.'
(i) Dans les siecles suivans l'Empereur'
(a) V. l'Antiquité expliquée, &c' tòm. ti.
$ 186. & tom. 3. pagg. 31J. 330. & tom. v
p. 167.
{b) iiidt Supplement.
y-alen
t
y á n v nr r ry.»^ f*
Valentinien II. paróît avec une Couron
ne de gloire faiíant des largeíses au peu
ple. On voit auflì des Medailles (#)fra*
pées du vivant des Empereurs Justin , <
Justin le jeune , Maurice , Phocas , & de
quelques Imperatrices , où ils font re
presenter de même. Il ajoute après M. le
Blanc dans son Traité des Monnoyes,
que, les Gaulois ayant été' íubjuguez par
les premiers Rois de la Monarchie Fran
çoise , ont gardé pendant quelque temps'
les usages des Romains leurs derniers
maîtres. Les Rois même de lá premiere
race les ont auflì conservez, principale
ment dans leurs Monnoyes. Ainsi il ne
faut pas s'étònnersi dans ks' temps de la
premiere race l'on mettait des Courons
ries de gloire dérriere la tête dés Rois,
Si même des Evêques qui étoient encore
en vie. L'on en trouve une preuve dans
le premier tome des Annales de Dom
Mabillon , f b) où il est: fait mention de'
S. Armand , Evêque dé Mastric , lequel.
fft son testament en presence de Rieul,^
Archevêque de Rheims , de Mommolen,'
Evê qùe deNoyon, de Vendicien de Cam.
bray ', de Bertin ; Abbé de Sithiu , Se des
Prêtres Jéán & Baudemond. Ils ont tous
des Couronnes de Gloire derriere leurs
f» Numism. Imp. Rom. ulhselm.Sfiwiuri 2-.
>z. MERCURE DE FRANCE.
têtes , comme on le peut voir dans It
planche que Dom Mabíllon' a Fait gras
ver , laquelle a été tirée des anciens. monumens
de l'Abbaye de & Amand.' Ce
íçavant homme fait là - dessus la mê
me obíervation que l'Auteur des Re
marques r5c il s'étonne que ces figu
res portent des couronnes de gloire , quoi
que ceux qu'elles representent fussent en
core vivans. L'on doit donc conclure ne-.
cessairement de ces exemples , que l'on
mettoit íouvent des couronnes de gloire
aux personnes vivantes , & que ce n'est.
pas une preuve que ceux qui íònt repre
sentez au Portail de S. Germain , fus
sent decedez.
Dom Bouillait ajoute: Y a ) l'Auteur
des Remarques admet , fans y penser , k;
même chose ; car en mettant la construc
tion du portail dans le huitième siecle ,.
il dit que les Religieux. de S. Germain le
firent faire pour éterniser la mémoire du
grand changement arrivé en France, en'
754. lorsque le corps de S. Germain fut
transferé, què l'Eglise eut un nouveau
Patron , Se que Pepitvla combla de biens.-
Or s'il est vrai que les figures du Por
tail representent Pepin, fa femme & ses
Énfans , l'Auteur des Remarques doit
convenir que l'on donnoit des couronnes
( * ) Híst. de S. Gertiwpag, 30*.
1
Janvier 17I4." :W
3è gloire aux Rois & auxpersonnes illus
tres, lorsqu'elles vivoient.j puiíque Pepin
& les Princes qu'il íoutient être re1.
preíentez par ces- figures ,- vivoient en
754. 8c que cependant ils ont des' cousonnes
de gloire , ou des nimbes derriere
leurs têtes. Il. est inutile de dire que Gharlemagnen'en
a point , parce qu'il étoit
encore vivant, ^& que les autres étoient
morts. Il en avdit auslì ; mais celui qu'il
avoit est tombe dans la fuite, ou pour
n'avoir pas. bien été attaché,' ou pour
avoir été rompu >. en eífet on voit encore
derriere íà tête un crampon de fer qui le
íetenoit t & il estcouché horiíôntalemerjt
contre la muraille.
Il ne s'agit p.lt»s que de la difficulté que
iorrrîe lf Auteur des Remarques /qui est
defaire voir des couronnes du íixième
siecle íemblables à celles que portent les.
figures' du Portail de S. Germain , & que'
le tombeau de Fredegondc qui Jt une
semblable couronne y soit Veritablement
d'elle. C'est ce que Dom Boùillart déve-
Ibpe avec solidité , en diíànt d'abord que
les anciens Historiens ont fait mention de
la íépulture de Fredegende dans l'Eglise
de S. Vincent, maintenant de S. Germain
des Prez. Il lë prouse ensuite par la situa
tion 8c la distinction des tombeaux des.
Rois 8c des Reines de la premiere race »
f4 MERCURE DE FRANCE;
inhumez dans la' même Egliie,tlonc les
.inícriptions , quoique moins anciennes T
.(ont restées julqu'en 1656. par la tra
dition des Religieux de l'Abbaye , & par
le jugement des períônnes les plus éciar*.
rées dans l'Antiquicé , qui ont regardé
le tombeau de Fredcgondë , comme uQ
monument aussi ancien qu'elle. il répond
enfin aux objections que l'on pourroit fai
re au sujet des Fleurs.de.lys qui font à la
couronne 8c au Iccprre de cette Reine ',
&c rapporte quelques exemples qui font
voir que les fleurs de lys étoient en usage
íòus les Rois de la premiere race s d'où il
Conclut que le tombeau & la couronne de
Frédegoncle «'tant aussi ancien qu'elle, les
couronnesdes statues du Portail de S. Ger
main sont aussi anciennes que & construc^
tion & du sixième siecle.
Je fuis , Messieurs , Sec1
A Paris le 13. Janvier 1714»'
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Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure pour servir de réponse aux Remarques sur les figures du Portail de l'Eglise de l'Abbaye S. Germain
La lettre répond aux critiques d'un auteur anonyme publiées dans le Mercure de mai précédent, concernant les figures du portail de l'église Saint-Germain-des-Prés. L'auteur anonyme remet en question les interprétations du Père Jean Mabillon et de Dom Thierry Ruinard, qui attribuent les figures du portail à des personnages spécifiques de la dynastie mérovingienne. Selon l'auteur anonyme, le portail est postérieur à la construction de l'église et représente des personnages comme Pépin, Bertrade, Charlemagne, et leurs descendants. Il soutient que Clotaire, et non Childebert, a achevé la construction de l'église, citant des sources comme la vie de Saint Droctovée et l'histoire interpolée d'Aimoin. Il argue également que les couronnes de gloire sur les statues indiquent que Charlemagne, qui n'en porte pas, était vivant lors de la construction du portail. Dom Jacques Bouillart, dans son histoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, réfute ces remarques. Il prouve que Childebert a achevé l'église avant sa mort et que Saint Germain l'a dédiée. Bouillart soutient que le portail est aussi ancien que l'église et que les figures représentent bien des personnages mérovingiens. Il démontre également que les couronnes de gloire pouvaient être attribuées à des personnes vivantes, citant des exemples historiques pour appuyer cette affirmation. Enfin, Bouillart confirme l'ancienneté du tombeau de Frédégonde et des couronnes des statues du portail, les datant du sixième siècle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4183
p. 38-47
EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
Début :
Le I. Decembre, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs [...]
Mots clefs :
Paix, Orateur, Règne, Louis XV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
EX' TRAIT£un Discours. Latin prononcé
au College de Louis le Grand , fur la
longue durée de la. paix dont jouit la
France ? fous le Regne de Louis XV.
LE Decembre , le Pere de lai
Sante, Jésuite, l'un des Professeurs
de Rethorique , au College de Louis le
Grand , fit l'éloge de la Paix t dont joiiit
la France depuis plusieursannées, fous le
regne de Louis XV. La salle où se pafla
cette action ,étoit magnifiquement parée.
Ce discours fut prononcé .en prescnee de
M. le Cardinal dè ;Bilïy,de quantité de
Prélats , & de personnes de distinction ,
& il répond ;pa.rfaitetnent à la reputa
tion que s'£Ét' Acquit l'Auteur par d'au-
..E'a : . ' ; "«
7 AN VIE R. 1714. 39
tres íemblables Pieces d'Eloquence , dorçt
nous avons donné l'Extrait les années
precedentes.
' L'Orateur commence par insinuer ,
que comme chaque Roi de l'auguste
Maison de Bourbon , a merité un nom
dlstinctif , qui caracterise les principaux
évenemensde íà vie , chaque Regne de
vrait auffi avoir un nom particulier qui
le distinguat des autres. Sur ce principe
'il .voudrait qu'on appellât le regne de
tìenry I V. le regne de la clemence ,
celui de Louis X IH. le regne de la jus-
.cice , celui de Louis X 1 V. Je regne
de. la victoire , enfin celui de Louis
X V. le regne de la pai.x , puiíqu'elle
est née , puisqu'elle a crû avec ce Monar
que , & que vrai.semblablement elle diu
rera autant , ou plus que si*n regne.
Ce début conduit naturellement le Pa
negyriste à la division de iòn diícours,
où il prétend faire voir la naissance , le
progrès , & la durée de la derniere paix ,
dont il mesure en quelque íorte les disselens
âges, fus ceux même du Roi. Il
montre qu'elle a commencée íôus d'heujreux
auspices , qu'elle s'est avancée par
de sages conseils , qu'elle est íondée fur
4es conditions propres à la perpetuer.
Ces trois propositions partagent l'éloge
de la paix.
^0 MERCURE DE FRANCE.
.1/
Les commencemens de cette paix sem>;
îblent d'autant plus heureux à l'Orateur ,
qu'on entra en négociation dans un.tems
où la paix étoit plus ineíperée , &où elle
pouyoit être plus glorieuse &c plus avan
tageuse à la Francç.
.Paix inesperée , vô la difference de
caractere & d'interêt des nations qui
étoient alors en .guerre , &jque l'Orateur j
Concilie toutes , en les faisant. se regarder I
c.hacune par l'endroit le plus capable de
réiinir tant de genies .opposes , & en
leur faisant trouver un interêt commua
dans cette réunion. Cet endroit a été pour
l'habile Orateur , un de ces morceaux que
l'éloquence embellit de tout ce qu'elle
peut emprunter de la beauté du style , de
k délicateíse des pensées, de la solidité
des reflexions & de la vivacité de l'acr
tion.
Paix glorieuse , parce que ce n'est
qu'après nous être glorieusement relevez
de nos pertes par la victoire de Denain ,
par le recouvrement de la plupart de
nos places de Flandre f parla prise de
quelques.unes des plus fortes Villes de ï.
l'Allemagne qu'on a procedé tout de
bon à la paix generale, Ceci donne lieu à
un magnifique éloge du Maréchal de VilJ
ANVIER i7t4. 41
lars ,& à une élegante description de la
conference qu'il eut à Rastad avec le
Prmce Eugene , dont le caractere est
heureusement pris. L'Orateur fait un
gracieux paralelle de ces deux grands
Generaux avec Scipion & Annibal réunis
pour traiter de la paix ; mais il fait voir
l'avantage jqu'ont les deux Heros mo
dernes fur les deux anciens. Ce trait est
nouveau.
Enfin , paix avantageuse , vûlebeíôin
qu'en avoient les nations d'Europe , qui
toutes y ont trouvé leur compte , comme
l'Orateur le prouve , fie vu les conjonc
tures où elle a été negociée , c'est.à.dire,
quand la France étoit íùr le point de per
dre un grand Roi , & à là veille d'une
minorité ., source seconde de troubles ,
íîir tout quand le Royaume n'est pas en
paix au dehors.
.Rien de plus intereilânt pour le Roi ,
que la conclusion de cette premiere par-
Eie. L'Orateur felicite ce Prince d'avoir
goûté les prémices de la paix aveccelles
du Trône ; en cela plus heureux qu'Au
guste , qui ne put jouir des douceurs de
la paix que íûr la fin de íòn Empire , en
core fut-ce une paix achetée au prix de
bien des cruautez , au lieu que celle ci
n'a point coûté de sang au Roi , qui l'a
vûë naî;re avec lui , & a eu le bonheur
C d'à
4* MERCURE DE FRANCE.
d'avoir ce crait de ressemblance avec 1$
Roi des Rois , donc il est la viye image
fur lacerre.
Ce premier poinc ne rapprochanc que
des objets pour la plupart éloignés , avpit
besoin de couce l'adrefle & de touce l'é
loquence de l'Orateur , pour être recíi
aussi favorablement qu'U l'a été.
Il'
Le íêcond est beaucoup plus piquant , ij[
a les gfaces de la nouveauté par la proxi
mité des choies qu'on y traite. L'Orateur
y peint les progrès merveilleux que fit
la paix , par les foins du feu Duc d'Or
leans. Il represente ce Prince comme uç
habile & grand politique , qui fait ser
vir à la paix un rare genie soutenu d'une
admirable fermeté d'ame ; genie qu'il em.
ploye à presenter íàns cesle de nouvel
les amorces de paix 5 fermeté dont il use
pour en écarter les obstacles.
Le premier article est un portrait na
turel de cet heureux genie occupé à exa
miner & £ connoître à fond les divers in
terêts des Puislances étrangeres , à pene
trer leurs yûès , à discerner le fort & le
foible de chaque nation , à les amener
toutes par differentes voyes à son but ,
à se rendre lui.même impenetrable aux
esprits les plus clair.voyans , à déguiser
JANVIER i724, 4j
iles plus importans projets fous un air
aisé, ou vert & ingenu i à couvrit ses
desseins d'un eípece de jeu i à faire du
secret fame- de ses entreprises , & à in
spirer la même dexterité, la même sageslè,
& la même aisance à. tous ceux qui le
servoient dans les négociations de paix.
Le íecond article est une peinture alle
gorique, mais des plus brillantes de la ma
noeuvre que fit cet habile Pilote qui tint
toujours ferme le gouvernail ,qui sembla
.«'être rendu maître des .vents , qui lçut le
grand art de prévenir -ou d'écarter les tem
pêtes , d'éviter ou de bxaver les écueils,
d'entretenir le calme & de conduire ion
vaiíîeau à bon port.
La mort de ce grand Prince , les lar
mes de la pieuse Princesse , son épouse ,
les regrets d'un auguste fils , si digne de
íâ tendreíïe , & si cher à toute la France,
terminent ces deux articles qui furent
maniés par le Panegyriste avec une fi
nesse d'expressions , & un goût de pen
sées , dont l'Assemblée fit l'éloge par ses
applaudissemens. Il retombe eníuite íur
l'heureux choix qu'a fait le Roi de
Monsieur le Duc, pour remplacer le Prin-
.ce-, que la France vient de perdre. Le ca
ractere de cet auguste Ministre n'e<t des
plus brillans que parce qu'il est vrai. Ou*
»tie plusieurs grandes quaU'ez dont l'ex.
C i) trait
44. MERCURE DE FRANCE. .
trait íèroit trop long , il prouve sa bonté
pour le peuple par le premier usage qu'il
a fait de sa nouvelle autorité,pour le sou
lager , son discernement pour le vrai me
rite, & son amour pour la justice, parle
soin qu'il a eu de presenter au Roi un di
gne sujet pour mettre à la tête du pre
mier Parlement du ;Royaume. Tout le
monde a reconnu avec d'autant plus de
plaisir cet illustre Magistrat au portrait
tracé par l'Orateur , qu'il l'avoit orné de
ses veritables couleurs, & qu'il l'avoit
placé dans le jour , où M. de Novion ,
bien qu'ennemi de la louange , ai meroíc
luí.meme à se reconnoître . U finit ce se
cond point par la douce esperance dont
il flatte ses Auditeurs , que Monsieur le
Duc mettra la derniere main au grand
ouvrage de la paix , si fort avancé par le:
genie & la fermeté de son Predecesseur
de glorieuse mémoire. s
[ U I.
La troisième partie ne cede en rien à
la seconde , quoi qu'elle semble beau
coup moins fournir à l'éloquence de
l'Orateur. Il y parle des fondemens fur
lesquels est appuyée la paix , & qui la
doivent rendre durable > il les reduit à
trois principaux .. i°. à l'exacte fidelité
ayee laquelle les Puissances intéressée*
JANVIER ïfî4V 4?
observent les conventions & les traitez
reglez entr'elles. i°. Aux Alliances con
tractées entre les Maisons des Souverains
& des Princes. Aux congrès pacifi
ques établis pour donner à la' paix la der
niere perfection , & en prévenir la rup
ture. . ^
Comme' nous apprenons que lé di£
cours de l'Auteur est fous la preste, 8c
va bien-tôt paroître , nous n'entrerons
point dans les preuves de ces trois arti
cles. Qu'il nous soit feulement permis.
d'ajoûter un mot fur la conclusion de toute
la Piece. C'est une idée des plus inge
nieusement imaginées Se des plus. noble
ment remplies. L'on y represente les
Plenipotentiaires des Couronnes > envoyés
à Cambray, comme d'excellens Ouvriers
qui travaillent à la structure du Temple
de la Paix, où- chacun d'eux pose fa pierre,
jusqu'à ce que ce grand ouvrage projette
par un second David , soit consommé
par le pacifique Salomon, c'est.à.dire,
par le Roi , que l'Auteur invite à conía
crer ce monument au Dieu de la paix ,
& d'y réunir par les liens sacrez de la
même Religion tous les François , &c
tous les autres Peuples , en sorte qu'il
n'y ait plus qu'une feule bergerie 6c un
seul Pasteur. Il lui fait envisager cette
double paix de l'Eglise & de l'Europe ,
com
4* MERCURE DE FRANCË^
comme un oeuvre digne de sa pieté , de'
sa prudence, de sa qualité de Roi très-
Chrétien, & de Fils aîné de l'Eglise. En--
fin il propose le desiein d'une Inscription'
que l'on pourra graver íur le frontispice
de cet auguste édifice à la gloire du Mo
narque.
Ce seroit défigurer cette inscription ,
que de vouloir la mettre ici, après l'a
voir simplement entendue' reciter. Un
mot ou transposé , ou traduit peu correc.
tement 3lui feroit perdre son prix. Noos .
renvoyons. les Lecteurs à l'imprimé des
Discours, aufli.bien que pour les aqtres.
endroits que nous n'avons osé toucher.
Il est vrai que le papier n'aura pas tout'
l'agrément de l'action vive & animée }
mais en recompense il donnera le temps
de goûter à loisir ce que le feu de l'Ora
teur dérobe quelquefois à l'attention de
l'auditeur ; d'ailleurs ce n'est que dans
une lecture qu'on admire , comme il faut,
ces traits que k Pere de la Sante a sçû
rendre inimitables ; j'entends les caracte
res. Un caractere achevé dans l'éloquen
ce , & un portrait fini dans la peinture ,
ex kent le même sentiment, je veux dire,
ce cri d'applaudiísement universel causé
par l'agréable surprise de voir la copie
heureusement semblable en tout à l'ori
ginal. Telles étoient les acclamations
qu'on
JANVIER if 14. 47
qu'on donnoit à tous Ceux qu'a touché
l'Orateur dans le Discours Latin , dont il
feroit difficile de rendre la majesté & la
pureté de stile en François.
au College de Louis le Grand , fur la
longue durée de la. paix dont jouit la
France ? fous le Regne de Louis XV.
LE Decembre , le Pere de lai
Sante, Jésuite, l'un des Professeurs
de Rethorique , au College de Louis le
Grand , fit l'éloge de la Paix t dont joiiit
la France depuis plusieursannées, fous le
regne de Louis XV. La salle où se pafla
cette action ,étoit magnifiquement parée.
Ce discours fut prononcé .en prescnee de
M. le Cardinal dè ;Bilïy,de quantité de
Prélats , & de personnes de distinction ,
& il répond ;pa.rfaitetnent à la reputa
tion que s'£Ét' Acquit l'Auteur par d'au-
..E'a : . ' ; "«
7 AN VIE R. 1714. 39
tres íemblables Pieces d'Eloquence , dorçt
nous avons donné l'Extrait les années
precedentes.
' L'Orateur commence par insinuer ,
que comme chaque Roi de l'auguste
Maison de Bourbon , a merité un nom
dlstinctif , qui caracterise les principaux
évenemensde íà vie , chaque Regne de
vrait auffi avoir un nom particulier qui
le distinguat des autres. Sur ce principe
'il .voudrait qu'on appellât le regne de
tìenry I V. le regne de la clemence ,
celui de Louis X IH. le regne de la jus-
.cice , celui de Louis X 1 V. Je regne
de. la victoire , enfin celui de Louis
X V. le regne de la pai.x , puiíqu'elle
est née , puisqu'elle a crû avec ce Monar
que , & que vrai.semblablement elle diu
rera autant , ou plus que si*n regne.
Ce début conduit naturellement le Pa
negyriste à la division de iòn diícours,
où il prétend faire voir la naissance , le
progrès , & la durée de la derniere paix ,
dont il mesure en quelque íorte les disselens
âges, fus ceux même du Roi. Il
montre qu'elle a commencée íôus d'heujreux
auspices , qu'elle s'est avancée par
de sages conseils , qu'elle est íondée fur
4es conditions propres à la perpetuer.
Ces trois propositions partagent l'éloge
de la paix.
^0 MERCURE DE FRANCE.
.1/
Les commencemens de cette paix sem>;
îblent d'autant plus heureux à l'Orateur ,
qu'on entra en négociation dans un.tems
où la paix étoit plus ineíperée , &où elle
pouyoit être plus glorieuse &c plus avan
tageuse à la Francç.
.Paix inesperée , vô la difference de
caractere & d'interêt des nations qui
étoient alors en .guerre , &jque l'Orateur j
Concilie toutes , en les faisant. se regarder I
c.hacune par l'endroit le plus capable de
réiinir tant de genies .opposes , & en
leur faisant trouver un interêt commua
dans cette réunion. Cet endroit a été pour
l'habile Orateur , un de ces morceaux que
l'éloquence embellit de tout ce qu'elle
peut emprunter de la beauté du style , de
k délicateíse des pensées, de la solidité
des reflexions & de la vivacité de l'acr
tion.
Paix glorieuse , parce que ce n'est
qu'après nous être glorieusement relevez
de nos pertes par la victoire de Denain ,
par le recouvrement de la plupart de
nos places de Flandre f parla prise de
quelques.unes des plus fortes Villes de ï.
l'Allemagne qu'on a procedé tout de
bon à la paix generale, Ceci donne lieu à
un magnifique éloge du Maréchal de VilJ
ANVIER i7t4. 41
lars ,& à une élegante description de la
conference qu'il eut à Rastad avec le
Prmce Eugene , dont le caractere est
heureusement pris. L'Orateur fait un
gracieux paralelle de ces deux grands
Generaux avec Scipion & Annibal réunis
pour traiter de la paix ; mais il fait voir
l'avantage jqu'ont les deux Heros mo
dernes fur les deux anciens. Ce trait est
nouveau.
Enfin , paix avantageuse , vûlebeíôin
qu'en avoient les nations d'Europe , qui
toutes y ont trouvé leur compte , comme
l'Orateur le prouve , fie vu les conjonc
tures où elle a été negociée , c'est.à.dire,
quand la France étoit íùr le point de per
dre un grand Roi , & à là veille d'une
minorité ., source seconde de troubles ,
íîir tout quand le Royaume n'est pas en
paix au dehors.
.Rien de plus intereilânt pour le Roi ,
que la conclusion de cette premiere par-
Eie. L'Orateur felicite ce Prince d'avoir
goûté les prémices de la paix aveccelles
du Trône ; en cela plus heureux qu'Au
guste , qui ne put jouir des douceurs de
la paix que íûr la fin de íòn Empire , en
core fut-ce une paix achetée au prix de
bien des cruautez , au lieu que celle ci
n'a point coûté de sang au Roi , qui l'a
vûë naî;re avec lui , & a eu le bonheur
C d'à
4* MERCURE DE FRANCE.
d'avoir ce crait de ressemblance avec 1$
Roi des Rois , donc il est la viye image
fur lacerre.
Ce premier poinc ne rapprochanc que
des objets pour la plupart éloignés , avpit
besoin de couce l'adrefle & de touce l'é
loquence de l'Orateur , pour être recíi
aussi favorablement qu'U l'a été.
Il'
Le íêcond est beaucoup plus piquant , ij[
a les gfaces de la nouveauté par la proxi
mité des choies qu'on y traite. L'Orateur
y peint les progrès merveilleux que fit
la paix , par les foins du feu Duc d'Or
leans. Il represente ce Prince comme uç
habile & grand politique , qui fait ser
vir à la paix un rare genie soutenu d'une
admirable fermeté d'ame ; genie qu'il em.
ploye à presenter íàns cesle de nouvel
les amorces de paix 5 fermeté dont il use
pour en écarter les obstacles.
Le premier article est un portrait na
turel de cet heureux genie occupé à exa
miner & £ connoître à fond les divers in
terêts des Puislances étrangeres , à pene
trer leurs yûès , à discerner le fort & le
foible de chaque nation , à les amener
toutes par differentes voyes à son but ,
à se rendre lui.même impenetrable aux
esprits les plus clair.voyans , à déguiser
JANVIER i724, 4j
iles plus importans projets fous un air
aisé, ou vert & ingenu i à couvrit ses
desseins d'un eípece de jeu i à faire du
secret fame- de ses entreprises , & à in
spirer la même dexterité, la même sageslè,
& la même aisance à. tous ceux qui le
servoient dans les négociations de paix.
Le íecond article est une peinture alle
gorique, mais des plus brillantes de la ma
noeuvre que fit cet habile Pilote qui tint
toujours ferme le gouvernail ,qui sembla
.«'être rendu maître des .vents , qui lçut le
grand art de prévenir -ou d'écarter les tem
pêtes , d'éviter ou de bxaver les écueils,
d'entretenir le calme & de conduire ion
vaiíîeau à bon port.
La mort de ce grand Prince , les lar
mes de la pieuse Princesse , son épouse ,
les regrets d'un auguste fils , si digne de
íâ tendreíïe , & si cher à toute la France,
terminent ces deux articles qui furent
maniés par le Panegyriste avec une fi
nesse d'expressions , & un goût de pen
sées , dont l'Assemblée fit l'éloge par ses
applaudissemens. Il retombe eníuite íur
l'heureux choix qu'a fait le Roi de
Monsieur le Duc, pour remplacer le Prin-
.ce-, que la France vient de perdre. Le ca
ractere de cet auguste Ministre n'e<t des
plus brillans que parce qu'il est vrai. Ou*
»tie plusieurs grandes quaU'ez dont l'ex.
C i) trait
44. MERCURE DE FRANCE. .
trait íèroit trop long , il prouve sa bonté
pour le peuple par le premier usage qu'il
a fait de sa nouvelle autorité,pour le sou
lager , son discernement pour le vrai me
rite, & son amour pour la justice, parle
soin qu'il a eu de presenter au Roi un di
gne sujet pour mettre à la tête du pre
mier Parlement du ;Royaume. Tout le
monde a reconnu avec d'autant plus de
plaisir cet illustre Magistrat au portrait
tracé par l'Orateur , qu'il l'avoit orné de
ses veritables couleurs, & qu'il l'avoit
placé dans le jour , où M. de Novion ,
bien qu'ennemi de la louange , ai meroíc
luí.meme à se reconnoître . U finit ce se
cond point par la douce esperance dont
il flatte ses Auditeurs , que Monsieur le
Duc mettra la derniere main au grand
ouvrage de la paix , si fort avancé par le:
genie & la fermeté de son Predecesseur
de glorieuse mémoire. s
[ U I.
La troisième partie ne cede en rien à
la seconde , quoi qu'elle semble beau
coup moins fournir à l'éloquence de
l'Orateur. Il y parle des fondemens fur
lesquels est appuyée la paix , & qui la
doivent rendre durable > il les reduit à
trois principaux .. i°. à l'exacte fidelité
ayee laquelle les Puissances intéressée*
JANVIER ïfî4V 4?
observent les conventions & les traitez
reglez entr'elles. i°. Aux Alliances con
tractées entre les Maisons des Souverains
& des Princes. Aux congrès pacifi
ques établis pour donner à la' paix la der
niere perfection , & en prévenir la rup
ture. . ^
Comme' nous apprenons que lé di£
cours de l'Auteur est fous la preste, 8c
va bien-tôt paroître , nous n'entrerons
point dans les preuves de ces trois arti
cles. Qu'il nous soit feulement permis.
d'ajoûter un mot fur la conclusion de toute
la Piece. C'est une idée des plus inge
nieusement imaginées Se des plus. noble
ment remplies. L'on y represente les
Plenipotentiaires des Couronnes > envoyés
à Cambray, comme d'excellens Ouvriers
qui travaillent à la structure du Temple
de la Paix, où- chacun d'eux pose fa pierre,
jusqu'à ce que ce grand ouvrage projette
par un second David , soit consommé
par le pacifique Salomon, c'est.à.dire,
par le Roi , que l'Auteur invite à conía
crer ce monument au Dieu de la paix ,
& d'y réunir par les liens sacrez de la
même Religion tous les François , &c
tous les autres Peuples , en sorte qu'il
n'y ait plus qu'une feule bergerie 6c un
seul Pasteur. Il lui fait envisager cette
double paix de l'Eglise & de l'Europe ,
com
4* MERCURE DE FRANCË^
comme un oeuvre digne de sa pieté , de'
sa prudence, de sa qualité de Roi très-
Chrétien, & de Fils aîné de l'Eglise. En--
fin il propose le desiein d'une Inscription'
que l'on pourra graver íur le frontispice
de cet auguste édifice à la gloire du Mo
narque.
Ce seroit défigurer cette inscription ,
que de vouloir la mettre ici, après l'a
voir simplement entendue' reciter. Un
mot ou transposé , ou traduit peu correc.
tement 3lui feroit perdre son prix. Noos .
renvoyons. les Lecteurs à l'imprimé des
Discours, aufli.bien que pour les aqtres.
endroits que nous n'avons osé toucher.
Il est vrai que le papier n'aura pas tout'
l'agrément de l'action vive & animée }
mais en recompense il donnera le temps
de goûter à loisir ce que le feu de l'Ora
teur dérobe quelquefois à l'attention de
l'auditeur ; d'ailleurs ce n'est que dans
une lecture qu'on admire , comme il faut,
ces traits que k Pere de la Sante a sçû
rendre inimitables ; j'entends les caracte
res. Un caractere achevé dans l'éloquen
ce , & un portrait fini dans la peinture ,
ex kent le même sentiment, je veux dire,
ce cri d'applaudiísement universel causé
par l'agréable surprise de voir la copie
heureusement semblable en tout à l'ori
ginal. Telles étoient les acclamations
qu'on
JANVIER if 14. 47
qu'on donnoit à tous Ceux qu'a touché
l'Orateur dans le Discours Latin , dont il
feroit difficile de rendre la majesté & la
pureté de stile en François.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
En décembre, un jésuite et professeur de rhétorique au Collège de Louis le Grand prononça un discours élogieux sur la longue paix dont jouissait la France sous le règne de Louis XV. Cet événement eut lieu en présence du Cardinal de Bissy, de nombreux prélats et personnes de distinction. L'orateur suggéra que chaque règne des Bourbons devrait avoir un nom distinctif, proposant d'appeler celui de Louis XV le 'règne de la paix'. Il divisa son discours en trois parties : la naissance, le progrès et la durée de cette paix. L'orateur souligna que les négociations de paix commencèrent à un moment inattendu et particulièrement glorieux pour la France. Il mentionna la victoire de Denain et le recouvrement des places de Flandre comme préludes à la paix générale. Il fit également un parallèle entre les maréchaux Villars et le Prince Eugène, les comparant à Scipion et Hannibal. La paix était avantageuse pour toutes les nations d'Europe, qui y trouvèrent leur compte. L'orateur félicita Louis XV d'avoir goûté les prémices de la paix dès le début de son règne, le comparant à Auguste qui n'en jouit qu'à la fin de son empire. Le discours détailla ensuite les progrès de la paix sous l'influence du Duc d'Orléans, décrit comme un habile politique. Après la mort du Duc, l'orateur loua le choix du Roi de nommer le Duc de Bourbon pour le remplacer. Il mentionna trois principes de la paix : la fidélité aux conventions, les alliances entre souverains et les congrès pacifiques. Le discours se conclut par une métaphore des plénipotentiaires travaillant à la construction du 'Temple de la Paix', invitant le Roi à consacrer cet ouvrage au Dieu de la paix et à unir tous les peuples sous une même religion. L'orateur proposa une inscription pour ce monument, dont la récitation exacte est renvoyée à l'impression du discours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4184
p. 50-56
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
Début :
L'écrit dont vous me parlez, Monsieur, ne demande pas une grande [...]
Mots clefs :
Oronte, Syrie, Lucas, Laodicée, Mer, Voyageur, Ville, Rivière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
L'auteur réagit à une critique de Paul Lucas publiée dans le Mercure de novembre 1723, concernant une dissertation sur une médaille de la ville d'Apamée parue dans le Mercure de septembre 1723. L'auteur conteste les affirmations de Lucas sur le fleuve Oronte, notamment que ce dernier se divise en bras et passe près de Laodicée, aujourd'hui Lattaquié. Lucas avait décrit les ruines de Laodicée en mentionnant qu'un bras de l'Oronte arrose la région. L'auteur, appuyé par ses propres observations et celles d'Abulfeda, un historien et géographe arabe, soutient que l'Oronte ne se divise pas en bras. Il a parcouru le fleuve depuis sa source jusqu'à la mer en compagnie d'un guide maronite compétent et n'a jamais observé de division du fleuve. L'auteur critique les preuves de Lucas, jugées basées sur des ouï-dire et des observations superficielles. Il conclut en promettant de développer ses arguments dans le troisième volume de son voyage de Syrie et du Mont-Liban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4184
4185
p. 60-66
LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Début :
Je vous ai caché jusques à present, Monsieur, le dessein que j'avois de [...]
Mots clefs :
Dijon, Compagnie de la Mère-Folle, Institution, Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
LETTRE d'un Gentilhomme de Bjurgorgne
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
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Résumé : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Un gentilhomme de Bjurgorgne écrit à M. de Aíereau pour partager ses découvertes sur l'origine de la Fête des Fous et de la Compagnie de la Mere Folle de Dijon. Il a trouvé des représentations et des documents authentiques, tels qu'un chariot et un étendard, liés à cette compagnie. Les preuves incluent des confirmations accordées par le Duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1454 et par Jean d'Amboise, Évêque de Langres, en 1482. Ces documents sont conservés dans le Trésor de la Sainte Chapelle de Dijon. L'auteur attribue l'origine de cette compagnie à une période antérieure et décrit ses activités, notamment des processions et des déguisements grotesques. Il rapporte également des arrestations et l'abolition de la compagnie en 1630. L'auteur souhaite que ces informations amusent et intéressent M. de Aíereau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4186
p. 69-80
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
Début :
C'est une tradition dans ce Pays qu'Orange a été fondée en même temps [...]
Mots clefs :
Orange, Colonie, Mars, Empereur, Romains, Médaille, Hercule, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
EXTRAIT esune Lettre écrite par
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
La lettre de M. Jean Frédéric Guib explore l'origine et les antécédents de la ville d'Orange. Selon une tradition locale, Orange et Avignon auraient été fondées simultanément par les Phocéens, des Grecs asiatiques. Cependant, la date exacte de leur fondation reste incertaine. Pline le Naturaliste, bien que familier avec l'Italie, reconnaissait la difficulté de déterminer l'origine des villes italiennes, rendant la datation des villes provençales encore plus complexe. En 600 avant J.-C., des habitants de Phocée fondèrent Marseille, et d'autres Phocéens établirent ensuite Nice, Antibes, Agde, et peut-être Orange. Orange ne devint prospère et renommée qu'après être passée sous domination romaine. Environ 124 ans avant J.-C., les Romains, sollicités par les Marseillais, battirent les ennemis et conquirent la Provence, le Languedoc, la Savoie et le Dauphiné. Orange, située près du Rhône, était alors un simple bourg. Les Romains construisirent un arc de triomphe à Orange pour commémorer leurs victoires. La ville devint une colonie romaine environ 45 ans avant J.-C., sous le règne de Tibère Néron. Les Romains y envoyèrent des soldats de la seconde légion, lui donnant le nom de Colonia Arausio Secunda. Une médaille de Néron mentionnerait une seconde colonie, mais son authenticité est douteuse. Orange bénéficia de privilèges et de dignités romaines, incluant des pontifes, augures, aruspices, censeurs, questeurs, et édiles. Les Romains embellirent la ville avec des temples, des bains, des arènes, un théâtre, et des aqueducs. Aujourd'hui, plusieurs de ces structures sont détruites ou en ruine, mais des vestiges subsistent, témoignant de la grandeur passée d'Orange. Les auteurs anciens comme Strabon, Pomponius Mela, et Pline le Naturaliste ont mentionné Orange, mais leurs descriptions sont succinctes et ne fournissent que peu d'éclairages sur l'histoire ancienne de la ville. Le texte mentionne également Ptolémée, décrit comme le 'Prince des Astronomes' vivant sous le règne d'un empereur non nommé, ainsi qu'Adrien et un itinéraire attribué à l'empereur Antonin. L'auteur exprime son intention de donner l'étymologie du nom 'Orange', mais il hésite en raison des incertitudes dans cette science. Il conclut en s'excusant pour la liberté prise de mentionner le nom illustre d'une personne à la tête de son écrit. Le texte est daté du 21 septembre et provient d'Orange.
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4187
p. 81-82
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
Début :
J'ay l'honneur de vous informer, Messieurs, d'un évenement qui a eu [...]
Mots clefs :
Corps
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
£ JT7*^ AIT d'une Lettre écrits au»
Auteurs' du Mercure , par Ai. l'Abbé
de sienne , Chanoine de la Cathedrale'
de Châlons en Champagne , le 2 z.'
Decembre 1723.
J'Ay l'honneur dé vous informer ,
Messieurs , d'un évenement qui a eu
pour témoins. tous les habitans de cette
Ville, &c que j'ai vu moi.même dans
toutes les circonstances que je vais vous
détailler.
On trouva le 14V du present mois da
decembre 1725. en l'Eglise Paroissiale
de S. Alpin , un corps sain & entier'
après vingt. trois ans, & quelque mois
de sepulture ; les yeu* 8c lèvres qui íònt
les parties les plus délicates 3 & par con-
Itquent les plus sujettes à corruption',
n'avoient aucune apparence de pourririture',
se visage étoit si peu changé ,
que l'on reconnut sans peine les traits de;
M. Braux du Locton , vivant" Ecuyer ,
President du Bureau des Trésoriers do
France en Champagne. On raisonna dif
feremment fur un fait aussi singulier m
les uns le regardent comme la récom^
pense du merite & de la vertu du dé
font ?
#2 MERCURE DE FRAN
funt, qui en effet a vécu en bon""Chrérien
, & en honnête homme , d'autre»
l'attribuent à une veine de terre ; mais
ce dernierjfentiment me paroît peu plau.<
íible attendu que le terrain de cette
Eglise est très.humide , & que d'ailleurs
l'on n'a jamais trouvé fous la tombe de
la Famille des Braux de corps sain dans
aucune de lès parties , peu de temps mê
me après avoir été inhumé. Au reste.
Messieurs , quelque cause que puiJïe avoir
un' effet aussi extraordinaire , je l'ai crû
digne de l'attention des curieux. Je fuis,
&c.
Auteurs' du Mercure , par Ai. l'Abbé
de sienne , Chanoine de la Cathedrale'
de Châlons en Champagne , le 2 z.'
Decembre 1723.
J'Ay l'honneur dé vous informer ,
Messieurs , d'un évenement qui a eu
pour témoins. tous les habitans de cette
Ville, &c que j'ai vu moi.même dans
toutes les circonstances que je vais vous
détailler.
On trouva le 14V du present mois da
decembre 1725. en l'Eglise Paroissiale
de S. Alpin , un corps sain & entier'
après vingt. trois ans, & quelque mois
de sepulture ; les yeu* 8c lèvres qui íònt
les parties les plus délicates 3 & par con-
Itquent les plus sujettes à corruption',
n'avoient aucune apparence de pourririture',
se visage étoit si peu changé ,
que l'on reconnut sans peine les traits de;
M. Braux du Locton , vivant" Ecuyer ,
President du Bureau des Trésoriers do
France en Champagne. On raisonna dif
feremment fur un fait aussi singulier m
les uns le regardent comme la récom^
pense du merite & de la vertu du dé
font ?
#2 MERCURE DE FRAN
funt, qui en effet a vécu en bon""Chrérien
, & en honnête homme , d'autre»
l'attribuent à une veine de terre ; mais
ce dernierjfentiment me paroît peu plau.<
íible attendu que le terrain de cette
Eglise est très.humide , & que d'ailleurs
l'on n'a jamais trouvé fous la tombe de
la Famille des Braux de corps sain dans
aucune de lès parties , peu de temps mê
me après avoir été inhumé. Au reste.
Messieurs , quelque cause que puiJïe avoir
un' effet aussi extraordinaire , je l'ai crû
digne de l'attention des curieux. Je fuis,
&c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
Le 14 décembre 1725, à Châlons en Champagne, un corps intact a été découvert dans l'église paroissiale de Saint-Alpin après vingt-trois ans de sépulture. Le visage de M. Braux du Locton, écuyer et président du Bureau des Trésoriers de France en Champagne, était parfaitement reconnaissable, sans trace de décomposition. Les habitants ont réagi différemment : certains ont vu cela comme une récompense pour sa vertu et sa foi chrétienne, tandis que d'autres ont évoqué une particularité du terrain, bien que cette explication soit moins convaincante. Le terrain de l'église est humide, et aucune autre tombe de la famille Braux n'a montré de signes similaires de conservation. L'Abbé Chanoine de la Cathédrale de Châlons a jugé cet événement digne d'intérêt et a décidé de le relater dans le Mercure de France.
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4188
p. 88
« On doit expliquer les cinq Enigmes des deux volumes du mois dernier, par [...] »
Début :
On doit expliquer les cinq Enigmes des deux volumes du mois dernier, par [...]
Mots clefs :
Premier jour de l'an, Terre, Chaise à porteurs, Bière, Panier des dames
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texteReconnaissance textuelle : « On doit expliquer les cinq Enigmes des deux volumes du mois dernier, par [...] »
On doit expliquer les cinq énigmes
des deux volumes du mois dernier , pat
le premier jour de l'An , la Terre la
Chaise a Porteurs , la Bierre , & le Panier
des Dames.
des deux volumes du mois dernier , pat
le premier jour de l'An , la Terre la
Chaise a Porteurs , la Bierre , & le Panier
des Dames.
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4189
p. 88-92
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
Début :
J'eus le plaisir il y a quelques jours, Messieurs, de souper avec des personnes [...]
Mots clefs :
Bons mots, Italien, Auditeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
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Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
La lettre adressée aux auteurs du Mercure rapporte une conversation récente entre des personnes de mérite concernant cette publication. Un convive a souligné l'absence d'un article sur les bons mots, notant la richesse de la nation française en reparties plaisantes et fines. Il a proposé que le Mercure recueille ces bons mots pour les préserver éternellement, suggérant un recueil annuel. Cette idée a été bien accueillie, et l'auteur de la lettre a été chargé de la communiquer aux auteurs du Mercure, les invitant à recueillir des bons mots auprès du public, notamment ceux des régions au-delà de la Loire. L'auteur partage ensuite plusieurs exemples de bons mots. Un premier exemple concerne une femme dont le mari a été injustement condamné. Plus tard, lorsqu'elle plaide pour ses enfants impliqués dans une conspiration, elle explique qu'elle n'avait pas défendu son mari car il était innocent. Un autre exemple provient d'une dame de Provence qui préférait les hommes de petite taille, ce qui a conduit à une réplique humoristique d'un homme grand. Un bourgeois parisien a également échangé des répliques amusantes avec un savetier. Un prédicateur a riposté à une critique sur ses grimaces en soulignant celles de ses auditeurs. Un gentilhomme de Caen a utilisé une métaphore musicale pour presser un rapporteur de traiter son dossier. Enfin, un capitaine de galère a regagné de l'argent perdu au jeu en utilisant une ruse similaire à celle de son adversaire.
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4190
p. 94-95
Jeux de Quadrille, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Jeux de Quadrille & de Quintille, de la maniere dont on les [...]
Mots clefs :
Jeux, Quadrille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Jeux de Quadrille, &c. [titre d'après la table]
LEs Jeux de Quadrille &'deQuintille
, de la maniere dont on les'
joiie presentement , avec les regles éta
blies par l'usage, & un Recueil de dé.-
cisions nouvelles fur les diffìcultez, &j
incidens qui' peuvent1 survenir. 'Au Palais,
chez le Gras 1724,. brochure' in 12-
pag. 103. ; .
C'est ici une fuite des Jeux Histori.r.
lîques & Académiques'. Les hommes rï'eT
sçauroient être desceuvrez. Le íàng qut
circule toôjoars dans nos veúoes.. paité;
les esprits animaux dans les muscles .qui
fervent à divers mouvemens ; & lorsque'
ces esprits ne font point déterminez par
des occùpatioíits utiles 01» indiííêfenPesíy..
il. est dangereux -. qu'ils . n'excitení des*i
mouvemens nuiíìBles. t ; ./.ti:
Les Jeux ont donc. leur utilité.* parceA
qu'ils occupent , pourvu qu'ils n'occu
pent point trop. Mad. Deshoulieres , a
dit qu'il faut seulement que le l'eu nous
a use. Les jeux fans regles , font une
source de dispute > chacun croit & veut
-T.' avoiï
JANVIER 1714: ' 9f
áyoir raison , c'est pour prévenir cet in
convenient qu'on nous donne ici les re
gles du Quadrille , & du Quintille. , qui
depuis quelques années font devenus à'
la mode en ce pays.ci. lira à la fin un
petit Recueil de décisions fur les cas dif
ficiles , & un petit Dictionnaire des ter
mes du Jeu de Quadrille. On peut dire
des Jeux comme des alimens : Omrita ba
ttu bonis, omnia mala rnalis.
, de la maniere dont on les'
joiie presentement , avec les regles éta
blies par l'usage, & un Recueil de dé.-
cisions nouvelles fur les diffìcultez, &j
incidens qui' peuvent1 survenir. 'Au Palais,
chez le Gras 1724,. brochure' in 12-
pag. 103. ; .
C'est ici une fuite des Jeux Histori.r.
lîques & Académiques'. Les hommes rï'eT
sçauroient être desceuvrez. Le íàng qut
circule toôjoars dans nos veúoes.. paité;
les esprits animaux dans les muscles .qui
fervent à divers mouvemens ; & lorsque'
ces esprits ne font point déterminez par
des occùpatioíits utiles 01» indiííêfenPesíy..
il. est dangereux -. qu'ils . n'excitení des*i
mouvemens nuiíìBles. t ; ./.ti:
Les Jeux ont donc. leur utilité.* parceA
qu'ils occupent , pourvu qu'ils n'occu
pent point trop. Mad. Deshoulieres , a
dit qu'il faut seulement que le l'eu nous
a use. Les jeux fans regles , font une
source de dispute > chacun croit & veut
-T.' avoiï
JANVIER 1714: ' 9f
áyoir raison , c'est pour prévenir cet in
convenient qu'on nous donne ici les re
gles du Quadrille , & du Quintille. , qui
depuis quelques années font devenus à'
la mode en ce pays.ci. lira à la fin un
petit Recueil de décisions fur les cas dif
ficiles , & un petit Dictionnaire des ter
mes du Jeu de Quadrille. On peut dire
des Jeux comme des alimens : Omrita ba
ttu bonis, omnia mala rnalis.
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Résumé : Jeux de Quadrille, &c. [titre d'après la table]
La brochure 'Les Jeux de Quadrille & de Quintille', publiée en 1724 par le Gras, expose les règles des jeux de Quadrille et de Quintille selon les usages établis. Elle inclut un recueil de décisions nouvelles pour résoudre les difficultés et incidents pouvant survenir. L'auteur souligne l'utilité de ces jeux pour occuper les esprits de manière constructive, évitant ainsi des comportements nuisibles. Les jeux structurés, comme le Quadrille et le Quintille, sont préférables aux jeux sans règles, qui peuvent engendrer des disputes. La brochure se conclut par un recueil de décisions sur les cas difficiles et un dictionnaire des termes du jeu de Quadrille. Madame Deshoulières est citée, soulignant que les jeux doivent être bénéfiques sans occuper trop de temps.
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4191
p. 95-98
« ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...] »
Début :
ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...] »
Ecole de Mails ou M emoir es ins
tructifs fus toutes les parties qui compo
sent le Corps Militaire en France, avec
leur origine.& les differentes manoeuvres
au (quelles elles sont employées. Par Ai* .
Guignard, Chevalier de S. Louis , Lieu
tenant Colonel du Regiment d'Infanterig
de ThtL z. vol. in 4*. enrichis. d'un
grand nombre de figures. taris , chez
Simart , rue S. Jacques 1723.
L'Histoire Ecclesiastique & Civile
de la Ville & du Comté d'Evreux Par
M. le Brasseur., Aumônier du Conseil „
& Bibliothecaire de M. le Chancelier
Dague/seau. A Paris , chez Barrois , vol.
in 4°.
Histoire générale de la Danse ,
&erée Se pçofane, Sec. avec un supplç.
... . . E ni). ment
9& MERCURE DE FRANCE.
ment de l'Histoire de la Musique , & le
paralelle de la Peinture & de la Poesie.
Par M. Bonnet , ancien Payeur des Ga
ges du Parlement. A Paris , chez d'Houriy
ruë de la Harpe , in 1 2 . de 269. pages.
BrBLioTHEcA Sacra , &c. Bibliothe
que Sacrée , di visée en deux parties. Par
i'e Pere h Long, Prêtre de l'Oratoire. A'
Paris , chez F. Montaiant , Quay des
Augustins 1723. 2- vol. in fol.
Suite de Pièces de Deslus &c de
Pardeísus de Viole, & trois Sonates ,
avec les Basiès.continuës qui se peuvent
' joiier sur la Viole , la Flute Traversiere,.
& autres Instrumens. Par M. Marc.
Livre r. dédié à S. A. S. Mademoiselle
de la Roche-sur. Yon. A Paris , chez.
f'Auteur , rué du Haut-Moulin , derriere
S. Denis de la Chartre , a la Croix d'Or,
chez. M. Barré, Orfèvre, & chez. le
fieur Boivin , rué S. Honoré , a la Regle
v d'Or 1724. in fol. de 41. pages. Le prix
est de 6. liv.
Livre de Pieces de Clavecin , conte
nant plusieurs Divertiíïèmens , dont les
principaux íònt , les caracteres de la
Guerre , ceux de la Chaise , & la Fête
de Vilìage. Dédié au Roy. Par Franpì's
Dan~
JAN V I E R X724/ yf
Dandrieu , Organiste de la Chapelle de
S. M. & de la Paroisse S. Merry 1714*
A Paris, chez l'Auteur ,.ruë Sainte Anne,
près le Palais, Se ^ la Regle d'Or, rue
S. Honoré , chez Boivin ,. in fol. de 65.
pages , íàns l'Epître la .Preface Se la
Table. Le prix est de 15. liv. en blanc.
Ce livre est orné d'un très.beau fron-..
tiípice , gravé par C. Simonneaù , où la
Guerre , la Chasse, & la Fête Cham,
pêtre íònt très.bietfearacterisées. Cet or
nement, la propreté dont tout l'ouvrage
est gravé ; & plus que tout, le merite &
la réputation de l'Auteur, doivent faire
rechercher ces Pieces avec empreslèment,
par les Musiciens, & par les amateurs
de Musique , qui sont aujourd'hui en si
grand nombre.
Traite' Philosophique de íafoiblesle
de l'eíprit humain. Par M Huet , ancien'
Evêque £ Avranches. A Amsterdam*,.
chez H. du Sauzet 172 J. 'in 8 0 de i y 6 -.
sages , fans ïavertissement , l'éloge de M*
Huet , & la Table des Chapitres , qui
contiennent 40. pages.
Le Gage Touche', Histoire Galante*
chez. le même Libraire , 2.. vol. in 12,
avec figures.
Ey His>
9 g MERCURE DE FRAfcCfEV
Histoire du Concile de Trente }
& des choses qui se sont passées en Eu
rope touchant la Religion , depuis la
convocation de ce Concile jusqu'à la fin.
Par feu M. Louis Elies du Pm , Uoiïeur
en Theologie de la Faculté dje Pans > &
Professeur Royal en Philosophie. A Bru
xelles , chez S. Tíèrstevens 172 1.
tructifs fus toutes les parties qui compo
sent le Corps Militaire en France, avec
leur origine.& les differentes manoeuvres
au (quelles elles sont employées. Par Ai* .
Guignard, Chevalier de S. Louis , Lieu
tenant Colonel du Regiment d'Infanterig
de ThtL z. vol. in 4*. enrichis. d'un
grand nombre de figures. taris , chez
Simart , rue S. Jacques 1723.
L'Histoire Ecclesiastique & Civile
de la Ville & du Comté d'Evreux Par
M. le Brasseur., Aumônier du Conseil „
& Bibliothecaire de M. le Chancelier
Dague/seau. A Paris , chez Barrois , vol.
in 4°.
Histoire générale de la Danse ,
&erée Se pçofane, Sec. avec un supplç.
... . . E ni). ment
9& MERCURE DE FRANCE.
ment de l'Histoire de la Musique , & le
paralelle de la Peinture & de la Poesie.
Par M. Bonnet , ancien Payeur des Ga
ges du Parlement. A Paris , chez d'Houriy
ruë de la Harpe , in 1 2 . de 269. pages.
BrBLioTHEcA Sacra , &c. Bibliothe
que Sacrée , di visée en deux parties. Par
i'e Pere h Long, Prêtre de l'Oratoire. A'
Paris , chez F. Montaiant , Quay des
Augustins 1723. 2- vol. in fol.
Suite de Pièces de Deslus &c de
Pardeísus de Viole, & trois Sonates ,
avec les Basiès.continuës qui se peuvent
' joiier sur la Viole , la Flute Traversiere,.
& autres Instrumens. Par M. Marc.
Livre r. dédié à S. A. S. Mademoiselle
de la Roche-sur. Yon. A Paris , chez.
f'Auteur , rué du Haut-Moulin , derriere
S. Denis de la Chartre , a la Croix d'Or,
chez. M. Barré, Orfèvre, & chez. le
fieur Boivin , rué S. Honoré , a la Regle
v d'Or 1724. in fol. de 41. pages. Le prix
est de 6. liv.
Livre de Pieces de Clavecin , conte
nant plusieurs Divertiíïèmens , dont les
principaux íònt , les caracteres de la
Guerre , ceux de la Chaise , & la Fête
de Vilìage. Dédié au Roy. Par Franpì's
Dan~
JAN V I E R X724/ yf
Dandrieu , Organiste de la Chapelle de
S. M. & de la Paroisse S. Merry 1714*
A Paris, chez l'Auteur ,.ruë Sainte Anne,
près le Palais, Se ^ la Regle d'Or, rue
S. Honoré , chez Boivin ,. in fol. de 65.
pages , íàns l'Epître la .Preface Se la
Table. Le prix est de 15. liv. en blanc.
Ce livre est orné d'un très.beau fron-..
tiípice , gravé par C. Simonneaù , où la
Guerre , la Chasse, & la Fête Cham,
pêtre íònt très.bietfearacterisées. Cet or
nement, la propreté dont tout l'ouvrage
est gravé ; & plus que tout, le merite &
la réputation de l'Auteur, doivent faire
rechercher ces Pieces avec empreslèment,
par les Musiciens, & par les amateurs
de Musique , qui sont aujourd'hui en si
grand nombre.
Traite' Philosophique de íafoiblesle
de l'eíprit humain. Par M Huet , ancien'
Evêque £ Avranches. A Amsterdam*,.
chez H. du Sauzet 172 J. 'in 8 0 de i y 6 -.
sages , fans ïavertissement , l'éloge de M*
Huet , & la Table des Chapitres , qui
contiennent 40. pages.
Le Gage Touche', Histoire Galante*
chez. le même Libraire , 2.. vol. in 12,
avec figures.
Ey His>
9 g MERCURE DE FRAfcCfEV
Histoire du Concile de Trente }
& des choses qui se sont passées en Eu
rope touchant la Religion , depuis la
convocation de ce Concile jusqu'à la fin.
Par feu M. Louis Elies du Pm , Uoiïeur
en Theologie de la Faculté dje Pans > &
Professeur Royal en Philosophie. A Bru
xelles , chez S. Tíèrstevens 172 1.
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Résumé : « ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...] »
Le document recense diverses publications parues entre 1723 et 1724. 'Ecole de Mails ou Mémoires instructifs' de Guignard, Chevalier de S. Louis, explore les différentes parties du Corps Militaire en France, leurs origines et manœuvres. 'L'Histoire Ecclesiastique & Civile de la Ville & du Comté d'Evreux' est rédigée par M. le Brasseur, Aumônier du Conseil et Bibliothécaire de M. le Chancelier Daguesseau. 'Histoire générale de la Danse' de M. Bonnet, ancien Payeur des Gages du Parlement, inclut des éléments sur l'histoire de la musique et compare la peinture et la poésie. 'Bibliotheca Sacra' du Père Long, Prêtre de l'Oratoire, est divisée en deux parties. 'Suite de Pièces de Deslus' de Pardeísus de Viole contient des sonates et des bases continues pour divers instruments, dédiée à Mademoiselle de la Roche-sur-Yon. 'Livre de Pièces de Clavecin' de Jean-Baptiste Dandrieu, Organiste de la Chapelle de Sa Majesté et de la Paroisse Saint Merry, inclut des divertissements tels que les caractères de la Guerre, de la Chasse et la Fête de Village, dédié au Roi. 'Traité Philosophique de la faiblesse de l'esprit humain' est l'œuvre de M. Huet, ancien Evêque d'Avranches. 'Le Gage Touché' est une histoire galante. Enfin, 'Histoire du Concile de Trente' de Louis Ellies du Pin traite des événements religieux en Europe depuis la convocation du Concile de Trente jusqu'à sa fin.
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4192
p. 98-99
Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
Début :
ENTRETIENS DES OMBRES aux Champs Elisées, sur divers sujets d'Histoire, de [...]
Mots clefs :
Ombres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
Entretiens des Ombrés aux. Champs
Elisées , fur divers sujets d'Hiítoire, de
Politiques de Morale .^Ouvrage traduit
de l' Allemand , par M. Valentinlungerman.
A Amsterdam , chez Herman Vytwerfï
Les six -premiers n.ois qui font le'
premier volume contiennent 614. pages.
. On attribue cet ouvrage à diversespersonnes
: les uns croyent qu'ils font de'
l'Auteur qui est nommé dans le titre
d'autres l'attribuent à une Damoiselle de
beaucoup d'esprit qui s'est cachée sous ce'
nom , &' d'autres enfin croyent y reconnoître
Un homme de Lettres qui fait ion1
iejour en Hollande. Quoiqu'il en soit de
l'Auteur de ces Entretiens qui proisfent
tous les mois , on «peut juger par son
stile qu'il a beaucoup de feu St d'agré
ment , & qu'il merite aííez le nom qu'il'
s'est donné , supposé que ce ne soit pas
le íien.
Ce Traducteur nous apprend dans lé
JANVIER 1724. &
tnier avertissement, que depuis qu'il est
naturalisé en France , il doit regarder
ce Royaume comme íâ Patrie , & en
procurer la gloire par tous les moyens
honnêtes qui font en íòn pouvoir. Ce n'est
pas d'aujourd'hui , dit. il , que fat re
marqué que Messieurs les Allemands ft
font enrichis aux dépens de la Litterature
françoise. Il ne parott pas un bon livre.
qu'ils m traduisent presque auffi.tot. Il est
temps d'user de represailles a noire' tour ,
& lorsque nous les trouverons pillables y
il ne faut pas se faire. un scrupule de pro
fiter des ouvrages qu'ils publient' en leur
langue. Il declare eníuite que son deísein
n'est pas de traduire en Notaire ,- & de
mot à mot. Il tient parole, & ion ou
vrage n'est rien moins qu'une traduct'on,.
car il n'a tout au plus pris de son origi
nal que les noms des interlocuteurs.
Elisées , fur divers sujets d'Hiítoire, de
Politiques de Morale .^Ouvrage traduit
de l' Allemand , par M. Valentinlungerman.
A Amsterdam , chez Herman Vytwerfï
Les six -premiers n.ois qui font le'
premier volume contiennent 614. pages.
. On attribue cet ouvrage à diversespersonnes
: les uns croyent qu'ils font de'
l'Auteur qui est nommé dans le titre
d'autres l'attribuent à une Damoiselle de
beaucoup d'esprit qui s'est cachée sous ce'
nom , &' d'autres enfin croyent y reconnoître
Un homme de Lettres qui fait ion1
iejour en Hollande. Quoiqu'il en soit de
l'Auteur de ces Entretiens qui proisfent
tous les mois , on «peut juger par son
stile qu'il a beaucoup de feu St d'agré
ment , & qu'il merite aííez le nom qu'il'
s'est donné , supposé que ce ne soit pas
le íien.
Ce Traducteur nous apprend dans lé
JANVIER 1724. &
tnier avertissement, que depuis qu'il est
naturalisé en France , il doit regarder
ce Royaume comme íâ Patrie , & en
procurer la gloire par tous les moyens
honnêtes qui font en íòn pouvoir. Ce n'est
pas d'aujourd'hui , dit. il , que fat re
marqué que Messieurs les Allemands ft
font enrichis aux dépens de la Litterature
françoise. Il ne parott pas un bon livre.
qu'ils m traduisent presque auffi.tot. Il est
temps d'user de represailles a noire' tour ,
& lorsque nous les trouverons pillables y
il ne faut pas se faire. un scrupule de pro
fiter des ouvrages qu'ils publient' en leur
langue. Il declare eníuite que son deísein
n'est pas de traduire en Notaire ,- & de
mot à mot. Il tient parole, & ion ou
vrage n'est rien moins qu'une traduct'on,.
car il n'a tout au plus pris de son origi
nal que les noms des interlocuteurs.
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Résumé : Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Entretiens des Ombrés aux Champs' est une traduction française d'un texte allemand réalisée par M. Valentinlungerman. Publié à Amsterdam par Herman Vytwerf, le premier volume compte 614 pages. L'auteur de l'œuvre originale est incertain : certains attribuent le texte à l'auteur nommé dans le titre, d'autres à une dame spirituelle, et d'autres encore à un homme de lettres vivant en Hollande. Le style de l'auteur est décrit comme vif et agréable. Dans un avertissement daté de janvier 1724, le traducteur, naturalisé en France, exprime son désir de contribuer à la gloire de la France par des moyens honnêtes. Il note que les Allemands enrichissent souvent leur littérature en traduisant des œuvres françaises et propose de traduire des œuvres allemandes pour en tirer profit. Le traducteur précise que sa traduction n'est pas littérale mais adaptée, conservant uniquement les noms des interlocuteurs de l'original.
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4193
p. 99-102
« OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...] »
Début :
OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...] »
0EUVR.T.S de M. l'Abbé de S.' Reaí,
nouvelle édition. A la. Haye, chez les
freres Vaillant, & N. Prevost 1722,
j. vol. in fi.
De la Plúralite' des Mondes. Paf
Chrétien Huyghem. A la Haye , chéX^.
J. Neaulme , vol. in íi. Le même Li
braire imprime in r 2. la vie de M. Bayle,
avec des remarques curieuses.
.ioo MERCURE DE FRANCE;
Lvcje Tozzi , Opera Medica omníaj
&c. Traitez. de Medecine , de"Ai.-ToK.zJ,
Medecin Napolitain , divifil^jn cinq vo
lumes. in 4P. A Venise , chez Nicolas.
Pezzana 17 z 1 .
On trouve dans ce livre une infinité
de remedes pour toutes sortes de mala
dies. On a eu soin de faire remarquer
ceux qui sont les plus efficaces , & les
plus éprouvez.
Gatinetto Akmonico pieno d'iní7-
tromenti sonori , indicati , spiegati , e di
nuovo corretti ed accresciuti dal Padre
Philippo Bonanni delia Compagnia di
Giefu , offerti al S. Rè David. In Roma;
nella Stamperia di Giorgio Plack 1723.
Ce curieux ouvrage est accompagné de
quantité de figures-
On a imprimé à Verone chez Jacques.
Vallarsi un Teatro ltalìano. C'est un choix
des plus excellentes Tragedies Italien
nes pour l'ufàge de la scene. Le premier
tome qu'il donne au public contient h.
Sophonisbe du Triíîîn , i'Oreste du Rucel-
Iai , qui a été representée , & qui a été
fort applaudie, mais qui n'a jamais été
imprimée ; ì'Edipe de Sophocle , tra
duite par le Justinien & la Merope dix
Totelìi.
JANVIER 1714. m
On donne avis au public qu'il va paroître
une nouvelle édition de l'Histoire
dela Bible, volume in-folio avec 267'.
planches par souscription en faveur des
pauvres , le prix fera de 4. liv. 10. fols
pour ceux qui auront souícrit ; Se 6. lin
pour ceux qui n'auront pas souícrits elles
íeront ouvertes depuis le premier Fe
vrier jusqu'à la fin du mois de Mars.
On délivrera les exemplaires au mois
de May prochain , chez Alexis de la
Roche , Quay des Augustins , proche la
rue Gille.coeur,. à l'Esperance , & chez
"Lesclapart, du.côté du Pont Si Michel, à.
l'Esperance couronnée.
Le nouveau Coutumier generai , pour'
lequel on a souícrit est en vente , & l'on
délivrera les exemplaires aux Souscrip
teurs r Je ij. Fevrier à Paris , chez les
sieurs Brunet & le Gras, Libraires au
Palais , & CL Robustel , Libraire , rue
S. Jacques.
Vrìci le Titre du Livre.
Nouveau Coutumier. General, ou
corps de toutes les Coutumes Generales
& particulieres de France , & des Pro
vinces connues fous le nom de Gaules,
avec des Notes de Meísieurs Toussaint
, Ghauvelin, Julien Brodeau , & Jean-
Marie Ricard, Avocats au Parlement,
pintes.
te* MÍRCUït'E DE FRANGE.
pintes aux annotations de MM. Charles
Dumolin, François Ragueau , & Gabriel
Michel de la Roche-Maillet , mis en
ôrdre , &. accompagné de sommaires' en
marge des articles , d'interpretations des
Dictions obscures employées dans 1 estextes
de Listes Alphabetiques des lieux.
regis par chaque Coutume , & enrichi
de nouvelles Notes ., tirées des principa
les observations des Commentateurs > Sc
des jugemens qui ont éclairci ^interpreté
ou corrigé quelques points & articles des
Coutumes. Par M. Charles Antoine Bourdot
de Richebourg ,.. Avocat au Parle
ment ,.4. vol. in.folio.
On imprime actuellement chez Cail-
.feau , Place de Sorbonne , des Medita
tions Chrétiennes pour chaque jour de
Tannée en deux tomes in.douze \ ce Li
vre est .dédié à Madame la Ducheíse de'
Vantadour. Le Pere Chappuis , Jeíùite
de la Province de Lyon , qui est 1 Auteus
de ce Livre, est déja connu par d'autres
ouvrages , & par ses succès dans la] Pré
dication.
nouvelle édition. A la. Haye, chez les
freres Vaillant, & N. Prevost 1722,
j. vol. in fi.
De la Plúralite' des Mondes. Paf
Chrétien Huyghem. A la Haye , chéX^.
J. Neaulme , vol. in íi. Le même Li
braire imprime in r 2. la vie de M. Bayle,
avec des remarques curieuses.
.ioo MERCURE DE FRANCE;
Lvcje Tozzi , Opera Medica omníaj
&c. Traitez. de Medecine , de"Ai.-ToK.zJ,
Medecin Napolitain , divifil^jn cinq vo
lumes. in 4P. A Venise , chez Nicolas.
Pezzana 17 z 1 .
On trouve dans ce livre une infinité
de remedes pour toutes sortes de mala
dies. On a eu soin de faire remarquer
ceux qui sont les plus efficaces , & les
plus éprouvez.
Gatinetto Akmonico pieno d'iní7-
tromenti sonori , indicati , spiegati , e di
nuovo corretti ed accresciuti dal Padre
Philippo Bonanni delia Compagnia di
Giefu , offerti al S. Rè David. In Roma;
nella Stamperia di Giorgio Plack 1723.
Ce curieux ouvrage est accompagné de
quantité de figures-
On a imprimé à Verone chez Jacques.
Vallarsi un Teatro ltalìano. C'est un choix
des plus excellentes Tragedies Italien
nes pour l'ufàge de la scene. Le premier
tome qu'il donne au public contient h.
Sophonisbe du Triíîîn , i'Oreste du Rucel-
Iai , qui a été representée , & qui a été
fort applaudie, mais qui n'a jamais été
imprimée ; ì'Edipe de Sophocle , tra
duite par le Justinien & la Merope dix
Totelìi.
JANVIER 1714. m
On donne avis au public qu'il va paroître
une nouvelle édition de l'Histoire
dela Bible, volume in-folio avec 267'.
planches par souscription en faveur des
pauvres , le prix fera de 4. liv. 10. fols
pour ceux qui auront souícrit ; Se 6. lin
pour ceux qui n'auront pas souícrits elles
íeront ouvertes depuis le premier Fe
vrier jusqu'à la fin du mois de Mars.
On délivrera les exemplaires au mois
de May prochain , chez Alexis de la
Roche , Quay des Augustins , proche la
rue Gille.coeur,. à l'Esperance , & chez
"Lesclapart, du.côté du Pont Si Michel, à.
l'Esperance couronnée.
Le nouveau Coutumier generai , pour'
lequel on a souícrit est en vente , & l'on
délivrera les exemplaires aux Souscrip
teurs r Je ij. Fevrier à Paris , chez les
sieurs Brunet & le Gras, Libraires au
Palais , & CL Robustel , Libraire , rue
S. Jacques.
Vrìci le Titre du Livre.
Nouveau Coutumier. General, ou
corps de toutes les Coutumes Generales
& particulieres de France , & des Pro
vinces connues fous le nom de Gaules,
avec des Notes de Meísieurs Toussaint
, Ghauvelin, Julien Brodeau , & Jean-
Marie Ricard, Avocats au Parlement,
pintes.
te* MÍRCUït'E DE FRANGE.
pintes aux annotations de MM. Charles
Dumolin, François Ragueau , & Gabriel
Michel de la Roche-Maillet , mis en
ôrdre , &. accompagné de sommaires' en
marge des articles , d'interpretations des
Dictions obscures employées dans 1 estextes
de Listes Alphabetiques des lieux.
regis par chaque Coutume , & enrichi
de nouvelles Notes ., tirées des principa
les observations des Commentateurs > Sc
des jugemens qui ont éclairci ^interpreté
ou corrigé quelques points & articles des
Coutumes. Par M. Charles Antoine Bourdot
de Richebourg ,.. Avocat au Parle
ment ,.4. vol. in.folio.
On imprime actuellement chez Cail-
.feau , Place de Sorbonne , des Medita
tions Chrétiennes pour chaque jour de
Tannée en deux tomes in.douze \ ce Li
vre est .dédié à Madame la Ducheíse de'
Vantadour. Le Pere Chappuis , Jeíùite
de la Province de Lyon , qui est 1 Auteus
de ce Livre, est déja connu par d'autres
ouvrages , & par ses succès dans la] Pré
dication.
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Résumé : « OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...] »
Le document recense diverses publications et annonces éditoriales de 1722 et 1723. Parmi les ouvrages mentionnés, on trouve 'OEUVR.T.S de M. l'Abbé de S.' et 'De la Pluralité des Mondes' de Chrétien Huygens, tous deux publiés à La Haye. Le libraire J. Neaulme imprime 'La vie de M. Bayle' avec des remarques curieuses. En Italie, Luca Tozzi publie 'Opera Medica omnia', un traité de médecine en cinq volumes, à Venise, proposant de nombreux remèdes pour diverses maladies. Philippo Bonanni publie 'Gatinetto Akmonico', accompagné de nombreuses figures, à Rome. À Vérone, Jacques Vallarsi imprime un 'Teatro Italiano' contenant des tragédies italiennes, certaines inédites. Le document annonce également la parution d'une nouvelle édition de l'Histoire de la Bible, avec des planches, dont les souscriptions sont ouvertes jusqu'à la fin mars. Le 'Nouveau Coutumier Général', un recueil des coutumes de France enrichi de notes et d'interprétations par plusieurs avocats au Parlement, est en vente. Enfin, des 'Méditations Chrétiennes' pour chaque jour de l'année, écrites par le Père Chappuis, sont en cours d'impression à Paris.
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4194
p. 102-104
Journal des Sçavans. [titre d'après la table]
Début :
Le nouveau Journal des Sçavans que nous avons annoncé, a paru au commencement [...]
Mots clefs :
Journaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal des Sçavans. [titre d'après la table]
Le nouveau Journal des Sçavans que
lìous avons annoncé , a paru au commen
cement de l'année , après une interrup
tion de sept mois , fous la forme in 1 2 *
f A N V I 1 R 1714: roi
& îrt 40 l'un & l'autre en caracteres de
Cicero. L'in.quarto est à deux colonnes.,
& contient 65. pages fans l'avertisse-
Hient, & la Table. Cet ouvrage qui doit
paroître regulierement tous les mois fous
cette double forme , se vend jo. ícls^,
chez N. Pissot, Libraire, Quay des Au
gustins , lequel n'a rien ép argné pour la
beauté du papier & des caracteres. L'emprelîèment
avec lequel le tublic com/>
mence à rechercher cet ouvrage periodi
que , fait astèz sentir que la beauté de
l'impreísion n'en est pas le seul merite y
ion succès est dû en effet à un autre chan?
gement , que celui de la forme exte
rieure.
On apprend dans l'avertissement que
les Journalistes renoncent déformais aux
Vacances , & qu'on donnera toujours fans
interruption 12. Journaux par an.
Nous nous éloignerons également , «*
& de la basse flaterie , & de la censure «
atnere ( nous dit.on dans cet avertisse- «
ment ) nous voudrions pouvoir toujours «"
loiier , mais l'équité s'y oppoíe. Le bon «
goût & le progrès des sciences font in. «
fererîêz au discernement des ouvrages. «
Ainsi nous louerons , & nous censure. -
ions aussi quelquefois ; mais quand nous «
ne pourrons donner des éloges ., on s'ap. «
percevra du moins que nous ne préten- "
. dons
Rr* MERCURE DE FRANCE. .
» dons pas rendre des Arrests. A propres
» ment parler nous ne jugerons point >
» nous ne voulons être que les échos des
* íçivans , Ôc dresser touc au plus le dií^
» positif des jugemens qu'ils auront ren-
» dus avant nous , &c.
» Nous dirons à. la louange des Jour-
» naux Litteraires. en generai , que tous
» les Païs où les Lettres fleuriíïent , pro
duisent aujourd'hui de ces ouvrages*
» Comme leur nature est de ne pouvoir
» naître que parmi les nations íça vantes ,
» ils interessent en quelque forte la ré-
»' putation des Etats &c lagloire du Prin-
» ce. On peut dire même que tous les
.» Journaux , de quelque pays qu'ils^nous
»' viennent , font un honneur particulier
» à nôtre nation , parce qu'ils font tous
«► en quelque façon originaires de Fran-
» ce. C'est à Paris que le premier Jour-
» nal est né , &' ce premier Journal a
» dans la fuite servis de modele à tous
» les autres, auífrbien qu'à tous les Mei
» moires des Acadimies de l'Europe. Le
» nôtre est donc comme le pere de tous
» les. Journaux. On' ne fçauroitau moins
» lui contester le droit d'aînesse. Puistè.
» t'il avoir encore la' préeminence du
» merite, qui n'est cependant pas tou*
» jours le partage des aîner.
lìous avons annoncé , a paru au commen
cement de l'année , après une interrup
tion de sept mois , fous la forme in 1 2 *
f A N V I 1 R 1714: roi
& îrt 40 l'un & l'autre en caracteres de
Cicero. L'in.quarto est à deux colonnes.,
& contient 65. pages fans l'avertisse-
Hient, & la Table. Cet ouvrage qui doit
paroître regulierement tous les mois fous
cette double forme , se vend jo. ícls^,
chez N. Pissot, Libraire, Quay des Au
gustins , lequel n'a rien ép argné pour la
beauté du papier & des caracteres. L'emprelîèment
avec lequel le tublic com/>
mence à rechercher cet ouvrage periodi
que , fait astèz sentir que la beauté de
l'impreísion n'en est pas le seul merite y
ion succès est dû en effet à un autre chan?
gement , que celui de la forme exte
rieure.
On apprend dans l'avertissement que
les Journalistes renoncent déformais aux
Vacances , & qu'on donnera toujours fans
interruption 12. Journaux par an.
Nous nous éloignerons également , «*
& de la basse flaterie , & de la censure «
atnere ( nous dit.on dans cet avertisse- «
ment ) nous voudrions pouvoir toujours «"
loiier , mais l'équité s'y oppoíe. Le bon «
goût & le progrès des sciences font in. «
fererîêz au discernement des ouvrages. «
Ainsi nous louerons , & nous censure. -
ions aussi quelquefois ; mais quand nous «
ne pourrons donner des éloges ., on s'ap. «
percevra du moins que nous ne préten- "
. dons
Rr* MERCURE DE FRANCE. .
» dons pas rendre des Arrests. A propres
» ment parler nous ne jugerons point >
» nous ne voulons être que les échos des
* íçivans , Ôc dresser touc au plus le dií^
» positif des jugemens qu'ils auront ren-
» dus avant nous , &c.
» Nous dirons à. la louange des Jour-
» naux Litteraires. en generai , que tous
» les Païs où les Lettres fleuriíïent , pro
duisent aujourd'hui de ces ouvrages*
» Comme leur nature est de ne pouvoir
» naître que parmi les nations íça vantes ,
» ils interessent en quelque forte la ré-
»' putation des Etats &c lagloire du Prin-
» ce. On peut dire même que tous les
.» Journaux , de quelque pays qu'ils^nous
»' viennent , font un honneur particulier
» à nôtre nation , parce qu'ils font tous
«► en quelque façon originaires de Fran-
» ce. C'est à Paris que le premier Jour-
» nal est né , &' ce premier Journal a
» dans la fuite servis de modele à tous
» les autres, auífrbien qu'à tous les Mei
» moires des Acadimies de l'Europe. Le
» nôtre est donc comme le pere de tous
» les. Journaux. On' ne fçauroitau moins
» lui contester le droit d'aînesse. Puistè.
» t'il avoir encore la' préeminence du
» merite, qui n'est cependant pas tou*
» jours le partage des aîner.
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Résumé : Journal des Sçavans. [titre d'après la table]
Le 'Journal des Sçavans' a repris sa publication en janvier 1714 après une interruption de sept mois. Il est désormais disponible en deux formats : in-folio et in-quarto, chacun en caractères de Cicero. Le format in-quarto, à deux colonnes, contient 65 pages, sans compter l'avertissement et la table des matières. Le journal est vendu chez N. Pissot, libraire au Quai des Augustins, qui n'a pas investi dans la qualité du papier ou des caractères. Le succès du journal repose sur une nouvelle politique éditoriale : les journalistes promettent 12 publications par an sans interruption, évitent la flatterie et la censure excessive, tout en reconnaissant parfois la nécessité de critiquer. Ils se présentent comme des échos des savants, dressant un état positif des jugements rendus avant eux. Le texte souligne l'importance des journaux littéraires dans les pays où les lettres fleurissent, soulignant que ces publications intéressent la réputation des États et la gloire des princes. Les journaux littéraires, quel que soit leur pays d'origine, font honneur à la nation française, car le premier journal a été créé à Paris et a servi de modèle à tous les autres. Le 'Journal des Sçavans' est ainsi considéré comme le père de tous les journaux et des mémoires des académies européennes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4195
p. 105-108
Réception de l'Abbé Alaric à l'Académie Françoise. [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudi 30. Decembre dernier M. l'Abbé Alary, prit séance à l'Académie [...]
Mots clefs :
Abbé Alary, Roi, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réception de l'Abbé Alaric à l'Académie Françoise. [titre d'après la table]
Le Jeudi 30. Decembre dernier M.
l'Abbé Alary , prit séance à l'Académie
Françoise qui l'âvok élû pour remplir la*
place de feu M. de Mesmes , Premier
President du Parlement de Paris. M.'
l'Abbé Alary a eu Phonneur d'être un>
des instituteurs choisis pour les études
du Roy , & on peut avancer hardiment
qu'il est plus glorieux pour lui de s'êtrepresenté
avec ce titre qu'avec des ouvra
ges même applaudis. Quoique fa mcw
destie íèmble leule lui avoir dicté fa ha
rangue ; on sent pourtant bien que fòrí
esprit s'en est mêlé, & que ses foins ont
parfaitement réussi. Ce discours finement
& délicatement écrit , met le public etí
droit de faire de justes «proches à celui qui
l'a composé ; ne dòit.on pas tenir compte?
de fe4.talens à ee public qui les perfec
tionne ? I/Exorde de M. l'Abbé Alary ,
fait autant honneur à son coeur qu'à sort
esprit. C'est un monument de fa recon-'
noistànce pour M. le Marquis , & M.
l'Abbé deDangeau, 8c l'aveu genereux1
qu'il fait des bienfaits qu'il en a reçus
n'est pas moins une lòiiange pour lui y
que pour ces deux illustres frères.
Les Portraits du Cardinal de Riche
lieu & de Louis le Grand , quoique trai
tez déja par mille pinceaux paroislent
ensuite avec des couleurs nouvelles, &
eepenr
&á MERCURÉ DE FRANGÉ..
cependant justes. route l'Europe attenti~
ve k ses d^fieins, dit-il , en parlanc du
Cardinal de Richelieu, & executant ses
ordres dans le temps même qu'elle croyois
te plus y résister, auroit fuffi a l'ambition
du politique le p lus consommé , mais les
vastes projets d'Armand alloient encore
plus loin y toujours plein des siecles futurs
quand le sien sembloit épuiser tous ses foinsy
& l'occuper tout entier , il comptoit que...-.
la gloire de la Nation feroit ensevelie y fi
la langue qui la devoit immortaliser n'é
tait portée kfa plus haute perfection. Voici
tìn trait qui seul caracterise Loiiis XIW
il refpeEloit fa place, il la faisoit respec
ter aux autres , il étoit homme pour les
malheureux , il étoit Roy quand il falloit.
Pepriroer P injustice y & vanger l'inno*
cence. On rte peut peindre les vertus de
Ce grand Roy, íàns penser à celles de
íòn arriere - petit.fils. A peine sorti de.
l'enfance , il marche déjà fur les traces de
son prédecesseur ; l'amour de l'ordre , la
bienseance qui regle ses discours & ses
átìions , cette discretion fi necessaire pour là
gouvernement :, cette douceur ces grâces
majestueuses , tout nous rappelle son au*
giiste Bifayeul.
M. l'Ancien Evêque de Fréjus ne
í^auroìt être oublié quand on parle d'un
Prince aimable , précieux dépost confié k
ses
JANVIER tftf/ i#r
set soins. Ce Prélat qui duns le sein de lit
Cour a sait éclater un^defintenss.ment di
gne des premiers siecles de l'Eglise ne fan.
ge qu'à donner un f ere k la Patrie.
Agrès ces éloges íiiit celui de M. le
Premier President de Meímes , qui est
manié avec un art infini ; celui de Mon
sieur le Duc d'Orleans défunt n'a pas'
moins de force & de finelîe. Quelle forte
de connotjfance avoit échapée h [a penetralion
? chaque art lui avoit découvert fis
délicatesses , & l'accueil. le plus affable ,
la simplicité ta plus modeste , rehaussoient
encore le prix de ses plus rares qualite'^.
Quelle fuperiorité ne falloit-il pas pour
s'attirer le réspeSì sans l'appareil de la
grandeur \ l'hommage forcé que les. place»
exigent approthc-t'il de celui qjti ne ft
rend q u k la personne \ Vous *n'en connoifi
yê^ point d'autre , ajoûte.t'il , en s'ad-.
dielíant à ses nouveaux Confreres , &
9.est l' ifnique qu'il Vous convient de rece
voir & de rendre* . Le mente seul a des
droits fur vous \ il doit justifier les fa
iseurs de la. fortune t ou accompagner l'é
clat de la- naissance ; vous voulei toujours'
que les. digntte^ soient la preuve des talens
ou la récompense de la vertu.
. Cet Extrait de la Harangue de M.
l'Abbé Atary, & le peu d'usage qu'il a
fait jusqu'à present pour le public d'une.
V.Hi élo~''
ie# MERCURE CE FRANCE.
éloquence si brillance &c si neuve , dé
montrent claire mejjf que ce ne sont pas
toujours les meilleures plumes qui écri.*
vent davantage. La réponse de' M. l'Abbé
D"ubos , Secretaire perpetuel de l'AcgdérriieFrançoile
soutient cette proposition en'
faveur de M.- l'Abbé Alaryv II est vrai ,'
lui dit.il , Monsieur, que vous n'appor
tez. pas ici les titres qui déterminent ordi*
nairement C Académie dans les èlvEtions.
Vos ouvrages n'ont paru encore qu'aux?
yeux de vos amis , mais vous nous appor
tez. des talens qui justifient bien nôtre.
choix :. une' érudition capable de faire
honneur à des sçavans qui auroient vécu
deux fois l'âge ou vous êtes : un juge
ment aujfi solide que fi vous aviez. em
ployé' tout votre temps à l'étude des feien-'
ces y dont le principal' merite e(l de nous
accoutumer à' raisonner avec just jfe , &c.
La précision ne nous permet pas dedonner
un abregé plus étendu de la repon-'
se de M . ï Abbé Dubos qui raísemble bien
des traks dignes d'être citez.
Nous ne rappellerons que celui.ci au
fbjet de M. le Duc , chargé par le Roy
des fonctions de Principal Ministre. C'est'
un Prince dit M. l'Abbé Dubos , trop'
juste pour prendre des résolutions qui ne
fiient pas équitables > & trop ferme pour
VarUr dans celUs qu'il aura prises.
l'Abbé Alary , prit séance à l'Académie
Françoise qui l'âvok élû pour remplir la*
place de feu M. de Mesmes , Premier
President du Parlement de Paris. M.'
l'Abbé Alary a eu Phonneur d'être un>
des instituteurs choisis pour les études
du Roy , & on peut avancer hardiment
qu'il est plus glorieux pour lui de s'êtrepresenté
avec ce titre qu'avec des ouvra
ges même applaudis. Quoique fa mcw
destie íèmble leule lui avoir dicté fa ha
rangue ; on sent pourtant bien que fòrí
esprit s'en est mêlé, & que ses foins ont
parfaitement réussi. Ce discours finement
& délicatement écrit , met le public etí
droit de faire de justes «proches à celui qui
l'a composé ; ne dòit.on pas tenir compte?
de fe4.talens à ee public qui les perfec
tionne ? I/Exorde de M. l'Abbé Alary ,
fait autant honneur à son coeur qu'à sort
esprit. C'est un monument de fa recon-'
noistànce pour M. le Marquis , & M.
l'Abbé deDangeau, 8c l'aveu genereux1
qu'il fait des bienfaits qu'il en a reçus
n'est pas moins une lòiiange pour lui y
que pour ces deux illustres frères.
Les Portraits du Cardinal de Riche
lieu & de Louis le Grand , quoique trai
tez déja par mille pinceaux paroislent
ensuite avec des couleurs nouvelles, &
eepenr
&á MERCURÉ DE FRANGÉ..
cependant justes. route l'Europe attenti~
ve k ses d^fieins, dit-il , en parlanc du
Cardinal de Richelieu, & executant ses
ordres dans le temps même qu'elle croyois
te plus y résister, auroit fuffi a l'ambition
du politique le p lus consommé , mais les
vastes projets d'Armand alloient encore
plus loin y toujours plein des siecles futurs
quand le sien sembloit épuiser tous ses foinsy
& l'occuper tout entier , il comptoit que...-.
la gloire de la Nation feroit ensevelie y fi
la langue qui la devoit immortaliser n'é
tait portée kfa plus haute perfection. Voici
tìn trait qui seul caracterise Loiiis XIW
il refpeEloit fa place, il la faisoit respec
ter aux autres , il étoit homme pour les
malheureux , il étoit Roy quand il falloit.
Pepriroer P injustice y & vanger l'inno*
cence. On rte peut peindre les vertus de
Ce grand Roy, íàns penser à celles de
íòn arriere - petit.fils. A peine sorti de.
l'enfance , il marche déjà fur les traces de
son prédecesseur ; l'amour de l'ordre , la
bienseance qui regle ses discours & ses
átìions , cette discretion fi necessaire pour là
gouvernement :, cette douceur ces grâces
majestueuses , tout nous rappelle son au*
giiste Bifayeul.
M. l'Ancien Evêque de Fréjus ne
í^auroìt être oublié quand on parle d'un
Prince aimable , précieux dépost confié k
ses
JANVIER tftf/ i#r
set soins. Ce Prélat qui duns le sein de lit
Cour a sait éclater un^defintenss.ment di
gne des premiers siecles de l'Eglise ne fan.
ge qu'à donner un f ere k la Patrie.
Agrès ces éloges íiiit celui de M. le
Premier President de Meímes , qui est
manié avec un art infini ; celui de Mon
sieur le Duc d'Orleans défunt n'a pas'
moins de force & de finelîe. Quelle forte
de connotjfance avoit échapée h [a penetralion
? chaque art lui avoit découvert fis
délicatesses , & l'accueil. le plus affable ,
la simplicité ta plus modeste , rehaussoient
encore le prix de ses plus rares qualite'^.
Quelle fuperiorité ne falloit-il pas pour
s'attirer le réspeSì sans l'appareil de la
grandeur \ l'hommage forcé que les. place»
exigent approthc-t'il de celui qjti ne ft
rend q u k la personne \ Vous *n'en connoifi
yê^ point d'autre , ajoûte.t'il , en s'ad-.
dielíant à ses nouveaux Confreres , &
9.est l' ifnique qu'il Vous convient de rece
voir & de rendre* . Le mente seul a des
droits fur vous \ il doit justifier les fa
iseurs de la. fortune t ou accompagner l'é
clat de la- naissance ; vous voulei toujours'
que les. digntte^ soient la preuve des talens
ou la récompense de la vertu.
. Cet Extrait de la Harangue de M.
l'Abbé Atary, & le peu d'usage qu'il a
fait jusqu'à present pour le public d'une.
V.Hi élo~''
ie# MERCURE CE FRANCE.
éloquence si brillance &c si neuve , dé
montrent claire mejjf que ce ne sont pas
toujours les meilleures plumes qui écri.*
vent davantage. La réponse de' M. l'Abbé
D"ubos , Secretaire perpetuel de l'AcgdérriieFrançoile
soutient cette proposition en'
faveur de M.- l'Abbé Alaryv II est vrai ,'
lui dit.il , Monsieur, que vous n'appor
tez. pas ici les titres qui déterminent ordi*
nairement C Académie dans les èlvEtions.
Vos ouvrages n'ont paru encore qu'aux?
yeux de vos amis , mais vous nous appor
tez. des talens qui justifient bien nôtre.
choix :. une' érudition capable de faire
honneur à des sçavans qui auroient vécu
deux fois l'âge ou vous êtes : un juge
ment aujfi solide que fi vous aviez. em
ployé' tout votre temps à l'étude des feien-'
ces y dont le principal' merite e(l de nous
accoutumer à' raisonner avec just jfe , &c.
La précision ne nous permet pas dedonner
un abregé plus étendu de la repon-'
se de M . ï Abbé Dubos qui raísemble bien
des traks dignes d'être citez.
Nous ne rappellerons que celui.ci au
fbjet de M. le Duc , chargé par le Roy
des fonctions de Principal Ministre. C'est'
un Prince dit M. l'Abbé Dubos , trop'
juste pour prendre des résolutions qui ne
fiient pas équitables > & trop ferme pour
VarUr dans celUs qu'il aura prises.
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Résumé : Réception de l'Abbé Alaric à l'Académie Françoise. [titre d'après la table]
Le 30 décembre dernier, l'Abbé Alary a été élu à l'Académie Française pour succéder à M. de Mesmes, Premier Président du Parlement de Paris. L'Abbé Alary a été l'un des instituteurs choisis pour les études du Roi, ce qui est considéré comme un honneur supérieur à celui des œuvres applaudies. Son discours, finement et délicatement écrit, a été bien accueilli par le public. L'exorde de l'Abbé Alary rend hommage à son cœur et à son esprit, et il reconnaît les bienfaits reçus de M. le Marquis et M. l'Abbé de Dangeau. Les portraits du Cardinal de Richelieu et de Louis XIV sont présentés avec des couleurs nouvelles et justes. Richelieu est décrit comme un homme dont les vastes projets dépassaient son époque, tandis que Louis XIV est loué pour ses vertus et son respect des malheureux. Le jeune Louis XIV est comparé à son auguste bisaïeul, Henri IV, en raison de ses qualités telles que l'amour de l'ordre et la bienveillance. L'ancien Évêque de Fréjus est également mentionné pour ses qualités et son dévouement à la patrie. Les éloges de M. de Mesmes et du Duc d'Orléans sont soulignés pour leur art et leur finesse. La harangue de l'Abbé Alary démontre son éloquence et son talent, bien que ses œuvres n'aient pas encore été largement publiées. La réponse de l'Abbé Dubos, Secrétaire perpétuel de l'Académie Française, souligne que l'Abbé Alary, bien qu'il n'ait pas encore publié d'ouvrages, apporte des talents et une érudition qui justifient son élection. L'Abbé Dubos mentionne également le Duc, chargé par le Roi des fonctions de Principal Ministre, en le décrivant comme juste et ferme dans ses résolutions.
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4196
p. 109-110
SUJET que propose l'Academie des Belles-Lettres, Sciences & Arts, établie à Pau pour l'Ouvrage qui doit remporter le Prix de l'Année 1724.
Début :
Les Etats Generaux de Bearn, toûjours attentifs à tout ce qui peut procurer [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres, sciences et arts de Pau, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJET que propose l'Academie des Belles-Lettres, Sciences & Arts, établie à Pau pour l'Ouvrage qui doit remporter le Prix de l'Année 1724.
SUJET que proposé l'sîcademie des
Belles .Lettres , Sciences & Arts , et b lie
à Pau pour l'Ouvrage qui doit rempor
ter le Prix de l'Année ì 72 4.
LEs Etats Generaux de Bearn , tau.
purs attentifs à tout ce qui peut prev
. curer quelque utilité à la Province., ont '
4>ien voulu accorder aux Meilleurs de
4' Académie , établie à Pau, une somme
annuelle pour son établiísement , augmen
tation', & pour la rendre plus stable.
Cette libéralité a engagé les Messieurs
'qui composent cette Compagnies adjuger
pour prix , chaque année, une Medaille
.d'Oi , où seront gravées d'un côté les Ar
mes de la Province , avec ces mots ( Ex
libe'.alit.ïte Provincis. ) & de l'autre la
Devise de l'Academie.
' Elle avertit le Public qu'elle le destine
à une piece d'Eloquence d'une demi. heure
de lecture , tout au plus , fur ,
Ee bonheur de l'Homme ne consiste
..pas a estre sans pas s ions ., mai s a.
s'en rendre le maître
Toutes les Personnes du Royaume pourxor
t remporter le Prix ; l'Académie ayant
en vue' de faire naître par là plus d'ému
lation
silo MERCURE DE PR-ANCÇ,
lation parmi ses Habicans. On le distri.
.buera le 24. Août 1724. à l'Auteur
de la Piece qui íèra trouvée la plus
digne.
Ceux qui voudrdnt travailler doivent
envoyer leurs Ouvrages ayant Iepremier
de Juin prochain ; s'ils arrivent plus tard,
ils n'entreront point en concours. Il y au-
.ra au bas da chacun uneSentence , & l' Au
teur ^ dont l'Academie veut ignorer le
nom jusqu'à ce qu'elle ait donné son ju
gements mettraJdans un Billet separé &
cacheté , la même Sentence , avec íòct
.Nom & íòn adresse.
Les Ouvrages que l'on enyoyera de la
maniere cy. dessus expliquée , feront
adressez aux Messieurs de l'Academie .à
ipau. On aura foin de faire affranchir le
.port de ceux qu'on mettra à la Poste , íàns
!quoi ils ne seroient pas retirez.
Belles .Lettres , Sciences & Arts , et b lie
à Pau pour l'Ouvrage qui doit rempor
ter le Prix de l'Année ì 72 4.
LEs Etats Generaux de Bearn , tau.
purs attentifs à tout ce qui peut prev
. curer quelque utilité à la Province., ont '
4>ien voulu accorder aux Meilleurs de
4' Académie , établie à Pau, une somme
annuelle pour son établiísement , augmen
tation', & pour la rendre plus stable.
Cette libéralité a engagé les Messieurs
'qui composent cette Compagnies adjuger
pour prix , chaque année, une Medaille
.d'Oi , où seront gravées d'un côté les Ar
mes de la Province , avec ces mots ( Ex
libe'.alit.ïte Provincis. ) & de l'autre la
Devise de l'Academie.
' Elle avertit le Public qu'elle le destine
à une piece d'Eloquence d'une demi. heure
de lecture , tout au plus , fur ,
Ee bonheur de l'Homme ne consiste
..pas a estre sans pas s ions ., mai s a.
s'en rendre le maître
Toutes les Personnes du Royaume pourxor
t remporter le Prix ; l'Académie ayant
en vue' de faire naître par là plus d'ému
lation
silo MERCURE DE PR-ANCÇ,
lation parmi ses Habicans. On le distri.
.buera le 24. Août 1724. à l'Auteur
de la Piece qui íèra trouvée la plus
digne.
Ceux qui voudrdnt travailler doivent
envoyer leurs Ouvrages ayant Iepremier
de Juin prochain ; s'ils arrivent plus tard,
ils n'entreront point en concours. Il y au-
.ra au bas da chacun uneSentence , & l' Au
teur ^ dont l'Academie veut ignorer le
nom jusqu'à ce qu'elle ait donné son ju
gements mettraJdans un Billet separé &
cacheté , la même Sentence , avec íòct
.Nom & íòn adresse.
Les Ouvrages que l'on enyoyera de la
maniere cy. dessus expliquée , feront
adressez aux Messieurs de l'Academie .à
ipau. On aura foin de faire affranchir le
.port de ceux qu'on mettra à la Poste , íàns
!quoi ils ne seroient pas retirez.
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Résumé : SUJET que propose l'Academie des Belles-Lettres, Sciences & Arts, établie à Pau pour l'Ouvrage qui doit remporter le Prix de l'Année 1724.
L'Académie des Belles-Lettres, Sciences & Arts de Pau a lancé un concours pour un ouvrage destiné à remporter le Prix de l'Année 1724. Les États Généraux de Béarn ont alloué une somme annuelle à l'Académie pour assurer sa stabilité. En retour, l'Académie décerne chaque année une médaille d'or aux armes de la province et à sa devise. Le prix est attribué à une pièce d'éloquence de moins de 30 minutes sur le sujet 'Le bonheur de l'Homme ne consiste pas à être sans passions, mais à s'en rendre le maître'. Tous les habitants du Royaume peuvent participer pour encourager l'émulation. Le prix sera remis le 24 août 1724 à l'auteur de la meilleure pièce. Les candidatures doivent être envoyées avant le 1er juin 1724, accompagnées d'une sentence et d'un billet cacheté contenant le nom et l'adresse de l'auteur. Les ouvrages doivent être adressés aux Messieurs de l'Académie à Pau, avec port affranchi pour ceux envoyés par la poste.
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4197
p. 110-112
« Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...] »
Début :
Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...] »
Le sieur Martin , Libraire f imprime le
/Catalogue des Livres de feu M. Fessart ,
celebre Avocat , dont la Bibliotheque est
principalement recommandable par les
Livres de Jurisprudence , qui sont' eh
.grand nombre, 8c par les collections òfc
les études du défunt , si estimé du Public,
par fa droiture & fa grande capacité.
. . . On a soutenu depuis peu dans les
Ecole?
JANVIER 1714. u,
Ecoles de Medecine , ? Paris , une gran
de These, contre la pratique de l'inocu
lation de la petite verole.
Nous apprenons de Berlin que le nou
veau College de Medecine s'assembla
pour la premiere fois le 1 $>. du mois paíTé.
Tjous les Membres y furent introduits par
jVÍ. de t rintzen , Curateur de toutes les
Academies Royales- Les Leçons s'y feront
en Langue Allemande.
.On apprend de Madrid , que le Roi
d'Espagne , considerant l'utilité & lagloi?
.ie de la Nation , a accordé à l'Academie
Royale Espagnolle qu'elle a fondée depuis
son avenement à la Couronne , une rente
annuelle de 6ooqo. réales , pour les frais
de l'impreffion de son nouveau Diction
naire , & lorsque l'édition en sera ache
tee , les arrerages de cette rente ferons
employées àfournir aux frais de ,íès cor-.
jreípondances.
i. .
iOn mande de Rome qu'on y a inhumé
depuis peu dans l'Eglise de Jesus , le
corps de Ferdinand Padrone , fameux Ar
chitecte, qui íous le Pontificat d'Innocent
XII. trouva le moyen de faire conduire
les eaux d'une source de la montagne de
Tolfa , dans la Ville de Civita.Fecchia.
.ni MERCURE -DE FR ANCE.
Le Trésorier de la Chambre Apostoli
que a fait porter dans une des Salles dit
^Palais Pontifical , une statue de marbre
blanc de Jules.Ceíàr qui a été trouvée
dans les fondemens qu'on a creusez de
puis peu pour construire les fortifications
du^Port de Sainte Felicite.
Le Prince Borghese a fait present .au
íape d'un Crucifix d'or , du poids de
douze marcs.
On apprend de Lisbonne que les con
ferences de Medecine qui avoient été in
terrompues pendant quelque tems , fu
rent' recommencées le 12. de l'autre mois,
dans la maison de Joseph Gomez t Prc
fdseur en Chymie &en Pharmacie. On
y lut une Dissertation fur les fractures
des os, & .fur les meilleurs moyens qui
en procurent la réunion. La.Séance finit
parla lecture de quelques pieces de Poi>
fie, à ta louange de l' Anatomie.
On a exposé à Venise dans une des
Cours du nouveau Palais des Procura
teurs de S. Marc, un groupe de marbre
'blanc , representant le tems qui découvre
la verité. Ces deux figures font l'ouvra
ge d'Antoine Corradin-i , fameux Scul
pteur Venitien. Ce beau morceau est des
tiné pour le Palais du Rei de Pologne,
à Dresde,
/Catalogue des Livres de feu M. Fessart ,
celebre Avocat , dont la Bibliotheque est
principalement recommandable par les
Livres de Jurisprudence , qui sont' eh
.grand nombre, 8c par les collections òfc
les études du défunt , si estimé du Public,
par fa droiture & fa grande capacité.
. . . On a soutenu depuis peu dans les
Ecole?
JANVIER 1714. u,
Ecoles de Medecine , ? Paris , une gran
de These, contre la pratique de l'inocu
lation de la petite verole.
Nous apprenons de Berlin que le nou
veau College de Medecine s'assembla
pour la premiere fois le 1 $>. du mois paíTé.
Tjous les Membres y furent introduits par
jVÍ. de t rintzen , Curateur de toutes les
Academies Royales- Les Leçons s'y feront
en Langue Allemande.
.On apprend de Madrid , que le Roi
d'Espagne , considerant l'utilité & lagloi?
.ie de la Nation , a accordé à l'Academie
Royale Espagnolle qu'elle a fondée depuis
son avenement à la Couronne , une rente
annuelle de 6ooqo. réales , pour les frais
de l'impreffion de son nouveau Diction
naire , & lorsque l'édition en sera ache
tee , les arrerages de cette rente ferons
employées àfournir aux frais de ,íès cor-.
jreípondances.
i. .
iOn mande de Rome qu'on y a inhumé
depuis peu dans l'Eglise de Jesus , le
corps de Ferdinand Padrone , fameux Ar
chitecte, qui íous le Pontificat d'Innocent
XII. trouva le moyen de faire conduire
les eaux d'une source de la montagne de
Tolfa , dans la Ville de Civita.Fecchia.
.ni MERCURE -DE FR ANCE.
Le Trésorier de la Chambre Apostoli
que a fait porter dans une des Salles dit
^Palais Pontifical , une statue de marbre
blanc de Jules.Ceíàr qui a été trouvée
dans les fondemens qu'on a creusez de
puis peu pour construire les fortifications
du^Port de Sainte Felicite.
Le Prince Borghese a fait present .au
íape d'un Crucifix d'or , du poids de
douze marcs.
On apprend de Lisbonne que les con
ferences de Medecine qui avoient été in
terrompues pendant quelque tems , fu
rent' recommencées le 12. de l'autre mois,
dans la maison de Joseph Gomez t Prc
fdseur en Chymie &en Pharmacie. On
y lut une Dissertation fur les fractures
des os, & .fur les meilleurs moyens qui
en procurent la réunion. La.Séance finit
parla lecture de quelques pieces de Poi>
fie, à ta louange de l' Anatomie.
On a exposé à Venise dans une des
Cours du nouveau Palais des Procura
teurs de S. Marc, un groupe de marbre
'blanc , representant le tems qui découvre
la verité. Ces deux figures font l'ouvra
ge d'Antoine Corradin-i , fameux Scul
pteur Venitien. Ce beau morceau est des
tiné pour le Palais du Rei de Pologne,
à Dresde,
Fermer
Résumé : « Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...] »
Le texte relate plusieurs événements historiques et culturels. Le libraire Martin a imprimé le catalogue des livres de feu M. Fessart, avocat renommé pour sa bibliothèque spécialisée en jurisprudence. En janvier 1714, une thèse contre l'inoculation de la petite vérole a été présentée à Paris. À Berlin, le nouveau Collège de Médecine a tenu sa première réunion, avec des cours en allemand. À Madrid, le roi d'Espagne a octroyé une rente annuelle à l'Académie Royale Espagnole pour l'impression de son dictionnaire. À Rome, l'architecte Ferdinand Padrone a été inhumé après avoir conduit les eaux d'une source à Civita Vecchia. Une statue de Jules César a été découverte lors de travaux de fortification. Le Prince Borghese a offert un crucifix d'or à une chapelle. À Lisbonne, les conférences de médecine ont repris, abordant les fractures osseuses et incluant des lectures de poésie en hommage à l'anatomie. À Venise, une sculpture de marbre représentant le temps découvrant la vérité, œuvre d'Antoine Corradini, a été exposée pour le roi de Pologne à Dresde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4198
p. 113-117
EXTRAIT de diverses Lettres.
Début :
Depuis 1720. il s'est trouvé ici (Ganderheim) dans quelques oeufs [...]
Mots clefs :
Savants, Oeufs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de diverses Lettres.
"EXTRAIT de diverses Lettres.
DEpuis 17ZO- il s'est trouvé ici
( Ganderheim ) dans .quelques oeufs
de poule , que des femmes étrangeres 8c
inconnues ont vendu , quatre , cinq &
jfîx lentilles ou pois entre le blanc & le
jaune , qui ayant. été semez, ont pour la
plupart levé & produit à l'ordinaire. Nos
Sçavans ont beaucoup travaillé par l'or
dre de S. A. S. Mad' l'Abbeslé Elisabeth
Ernesse , pour expliquer comment ces
grains ont pu palier dans ces oeufs , &
n'ont rien dit qui satisfasse l'esprit. Pour
les autres ils n'y ont pas tant cherché de
finesse ; ils attribuent le tout à la sorcelle
rie. Nous rapporterons à ce sujet ce qui
.arriva il y a quinze ans à la femme d'un
Marchand de Ventíè. Elle étoit tourmen
tée d'une tumeur en forme d'oeuf de pi
geon , situé en un endroit que la pudeur
^empêche de nommer.* Après .qu'on y eut
appliqué quelque tems un emplâtre ,
on fut surpris d'en voir íortir une petite
branche de romarin , dont les feuilles
étoient aussi vertes que si elle venoit d'ê
tre coupée fur la plante. On communi
qua le fait à M's Senachi , Hartman , Paísol,
& Matthini ; mais , à mon avis, ils ne
réussirent pas mieux que nos Fçavans.
Notre Recteur ML J. Çristophe Ha-
F remberg
M4 MERCURE DE FRANCE.
remberg a fait imprimer une Diísertation
fur unPaííage d'Amos , chap. 5. v.
27. & fur celui des Actes des Apô
tres , chap. 7. v. 4£. & 4^. fous ce titres
Difquifìtio cçnjefturalis propemtica de
Jdolo Chtun & Rephan. L'Auteur pré
tend prouver par quelques Antiquitez
Egiptiennes , qu'on ne doit entendre par
ces mots autre chose que le Fleuve d»
jNil , que les Egyptiens désignoient par
Saturne dans le Ciel. Il fait yoir de plus
la conformité des noms en plusieurs Lanr
gues Orientales. Jl fortifie son opinion
d'autoritez aufquelles il joint de frequen
tes reflexions. Si son Óuvrage est bien
seçu du Public , il fait eíperer de donner
des jéclaiíciísemens fur plusieurs Idoles
inconnues jusqu'à present ; & de fait,
il promet dans l'Epure dédicatoire une
Dissertation particuliere de Jove Çafio
qui a été adoré à Seleucie de Sirie , sous
la forme d'un écuérL
Enfin il a paru ici „ .{ Milan ) à la gran
de satisfaction du Public", deux Tomes ,
Rernm Italicamm du fçavant Ltidovìco
jíntonio Maratore , Bibliothecaire de fòn
A. S. le Duc de Modene , & l'on attend
avec impatience les autres qui font sous
presse.
Almoro Albrizzi vient de nous donne*
(Venisi) le premier Tome des Extraits.
i'*L- ' des
JANVIER. 1714. nj
áes Principaux Journaux des Sçavans de
l'Europe > il est tiré de la Bibliotheque
.ancienne & moderne^Amsterdam. i.part.
tom. xix. & des Actes des Sçavans de
Lipsic .part. lxxxvií . Le second , qui est
tout prêt, est extrait des Journaux des
Sçavans.
M. Berger , Conseiller du Duc de.
Wirtemberg , fart imprimer ici , ( Vvïr-'
temberg ) uBe-Diflertation Critique , His
torique , Morale & Juridique sur les Mas.
.ques , accompagnée de~ 180* figures en
taille.douce>gravées par Wolffgang . cele
bre G raveur à Berlin. Elle paraîtra sous ce
titre : Commentatìo de Personisyseu L trvist
»Criûca^ Historica t Aíoralis ac Juridica,
On nous écrit de la Haye que M. de la
G range, Pocte François^ a publié un Re
cueil de ses Oeuvres mêlées , dont nous
pourrons donner un Extrait le mois pro
chain.
L'Eglise & la Republique des Lettres
ont perdu le n. de ce mois M. Jacques
de Poisson , seul Chevalier Noble Se
Commandeur Ecclesiastique des Ordres
Royaux de S. Lazare , & de Notre.Dame
de Mont.Carmel. Le feu Roi l'avoir ho
noré des principales Charges de íâ Cha
pelle pendant plus de trente ans "cç l'avoiC
gssuice donné à Madame la Dauphi.
né MERCURE DE FRANCE.
ne, Adelaïde de Sayoye. Pendant ce terns.
Jà il fut pourvu des Abbayes de Bournet
Se de Beiiil. Il joignoit à une naiííànce il?
lustre un goût & une délicatesse pour les
sciences qui l'avoient fait souhaitter dans
toutes les Academies d'Italie & de pres
que toute l'Europe , & il ne s'éíoit excusé
d'y entrer que par le travail immeníe
qu'il a voit entrepris ; sçavoir , de donner
une Traduction fidel.le des Çohciles comr
pilez en 1606. par Bini. Cet Ouvrage
qu'il disposoit pour la presse avec un
Suplement eut été d'un grand íecours aux
gens de lettres pour discerner dans les
Actes des Conciles ce que l'ignorance des
siecles grossiers, ou la malice des hereti
ques ont pu introduire d'apocriphe ou de
supposé. Il avoit encore entrepris de tra
duire en Latin la grande histoire de Fran
ce par Mezeray qu'il voulok auísi traduire
en Grec , en faveur des Orientaux. Ce
Sçavant joignoit à son érudition une po
litesse & une generosité qui reiadoient sa
maiíon & sá Bibliotheque ouvertes à tous
ceux qui en ayoient besoin. On assure
qu'il a refusé plusieurs Evêchez dans les
tems où íes fermons l'ont fait desirer des
plus grands Diocèses , content de donner
son tems à la priere , à l'étude , & à
éclairer ceux qui venoient le coníulter.
U est mort à l'âge de 80. ans 'regretté
CL ; JANVIER 171*. ÎI7
♦
GO des gens de la plus singuliere distinction,
Bon & on a crû qu'un homme de ce carac-
(k tere meritoic d'être inhumé , comme ií
)oc: l'a été dans l'Egliíe Metropolitaine de
kI Paris. On attend avec impatience que
ici ses heritiers donnent au public les fruits
tes' de plus de soixante ans , d*un travail
w assidu , utile à l'Eglise & honorable à nô*
ic tre nation.
Se Miches Boyer , Peintre ordinaire du
m Rôy , pour l'Architecture & la Perspec-
.;; tive, pensionnaire de Sa Majesté ,.demeulfj
çant aux Galleries du Louvre , Coníèilr
1er de l'Académie Royale de Feinture &
Sculpture, mourut à Paris le 15. de ce
; mois y âgé ds 5 ans',' dans de grands
feritimens de Pieté & de Religion ; outre
son rare talent, il étoit trcs.bon & fi
dele ami , ce qui le faisoit estimer do
tous .ceux qui le connoilîoient.
La pension de 600. liv qu'a voit M.
Boyer , a été donnée à M. de Chavanes,
fils d'un Notaire de Paris , Peintre du
, Roy, excellent Païíàgiste aux Gobelins.
L'Abbé Molaire , nouveau Profeíseur
du College Royal, fit le 20. de ce mois,
l'ouverture d'un cours de Phisique,par
un Discours préliminaire qui fut fort
applaudi.
DEpuis 17ZO- il s'est trouvé ici
( Ganderheim ) dans .quelques oeufs
de poule , que des femmes étrangeres 8c
inconnues ont vendu , quatre , cinq &
jfîx lentilles ou pois entre le blanc & le
jaune , qui ayant. été semez, ont pour la
plupart levé & produit à l'ordinaire. Nos
Sçavans ont beaucoup travaillé par l'or
dre de S. A. S. Mad' l'Abbeslé Elisabeth
Ernesse , pour expliquer comment ces
grains ont pu palier dans ces oeufs , &
n'ont rien dit qui satisfasse l'esprit. Pour
les autres ils n'y ont pas tant cherché de
finesse ; ils attribuent le tout à la sorcelle
rie. Nous rapporterons à ce sujet ce qui
.arriva il y a quinze ans à la femme d'un
Marchand de Ventíè. Elle étoit tourmen
tée d'une tumeur en forme d'oeuf de pi
geon , situé en un endroit que la pudeur
^empêche de nommer.* Après .qu'on y eut
appliqué quelque tems un emplâtre ,
on fut surpris d'en voir íortir une petite
branche de romarin , dont les feuilles
étoient aussi vertes que si elle venoit d'ê
tre coupée fur la plante. On communi
qua le fait à M's Senachi , Hartman , Paísol,
& Matthini ; mais , à mon avis, ils ne
réussirent pas mieux que nos Fçavans.
Notre Recteur ML J. Çristophe Ha-
F remberg
M4 MERCURE DE FRANCE.
remberg a fait imprimer une Diísertation
fur unPaííage d'Amos , chap. 5. v.
27. & fur celui des Actes des Apô
tres , chap. 7. v. 4£. & 4^. fous ce titres
Difquifìtio cçnjefturalis propemtica de
Jdolo Chtun & Rephan. L'Auteur pré
tend prouver par quelques Antiquitez
Egiptiennes , qu'on ne doit entendre par
ces mots autre chose que le Fleuve d»
jNil , que les Egyptiens désignoient par
Saturne dans le Ciel. Il fait yoir de plus
la conformité des noms en plusieurs Lanr
gues Orientales. Jl fortifie son opinion
d'autoritez aufquelles il joint de frequen
tes reflexions. Si son Óuvrage est bien
seçu du Public , il fait eíperer de donner
des jéclaiíciísemens fur plusieurs Idoles
inconnues jusqu'à present ; & de fait,
il promet dans l'Epure dédicatoire une
Dissertation particuliere de Jove Çafio
qui a été adoré à Seleucie de Sirie , sous
la forme d'un écuérL
Enfin il a paru ici „ .{ Milan ) à la gran
de satisfaction du Public", deux Tomes ,
Rernm Italicamm du fçavant Ltidovìco
jíntonio Maratore , Bibliothecaire de fòn
A. S. le Duc de Modene , & l'on attend
avec impatience les autres qui font sous
presse.
Almoro Albrizzi vient de nous donne*
(Venisi) le premier Tome des Extraits.
i'*L- ' des
JANVIER. 1714. nj
áes Principaux Journaux des Sçavans de
l'Europe > il est tiré de la Bibliotheque
.ancienne & moderne^Amsterdam. i.part.
tom. xix. & des Actes des Sçavans de
Lipsic .part. lxxxvií . Le second , qui est
tout prêt, est extrait des Journaux des
Sçavans.
M. Berger , Conseiller du Duc de.
Wirtemberg , fart imprimer ici , ( Vvïr-'
temberg ) uBe-Diflertation Critique , His
torique , Morale & Juridique sur les Mas.
.ques , accompagnée de~ 180* figures en
taille.douce>gravées par Wolffgang . cele
bre G raveur à Berlin. Elle paraîtra sous ce
titre : Commentatìo de Personisyseu L trvist
»Criûca^ Historica t Aíoralis ac Juridica,
On nous écrit de la Haye que M. de la
G range, Pocte François^ a publié un Re
cueil de ses Oeuvres mêlées , dont nous
pourrons donner un Extrait le mois pro
chain.
L'Eglise & la Republique des Lettres
ont perdu le n. de ce mois M. Jacques
de Poisson , seul Chevalier Noble Se
Commandeur Ecclesiastique des Ordres
Royaux de S. Lazare , & de Notre.Dame
de Mont.Carmel. Le feu Roi l'avoir ho
noré des principales Charges de íâ Cha
pelle pendant plus de trente ans "cç l'avoiC
gssuice donné à Madame la Dauphi.
né MERCURE DE FRANCE.
ne, Adelaïde de Sayoye. Pendant ce terns.
Jà il fut pourvu des Abbayes de Bournet
Se de Beiiil. Il joignoit à une naiííànce il?
lustre un goût & une délicatesse pour les
sciences qui l'avoient fait souhaitter dans
toutes les Academies d'Italie & de pres
que toute l'Europe , & il ne s'éíoit excusé
d'y entrer que par le travail immeníe
qu'il a voit entrepris ; sçavoir , de donner
une Traduction fidel.le des Çohciles comr
pilez en 1606. par Bini. Cet Ouvrage
qu'il disposoit pour la presse avec un
Suplement eut été d'un grand íecours aux
gens de lettres pour discerner dans les
Actes des Conciles ce que l'ignorance des
siecles grossiers, ou la malice des hereti
ques ont pu introduire d'apocriphe ou de
supposé. Il avoit encore entrepris de tra
duire en Latin la grande histoire de Fran
ce par Mezeray qu'il voulok auísi traduire
en Grec , en faveur des Orientaux. Ce
Sçavant joignoit à son érudition une po
litesse & une generosité qui reiadoient sa
maiíon & sá Bibliotheque ouvertes à tous
ceux qui en ayoient besoin. On assure
qu'il a refusé plusieurs Evêchez dans les
tems où íes fermons l'ont fait desirer des
plus grands Diocèses , content de donner
son tems à la priere , à l'étude , & à
éclairer ceux qui venoient le coníulter.
U est mort à l'âge de 80. ans 'regretté
CL ; JANVIER 171*. ÎI7
♦
GO des gens de la plus singuliere distinction,
Bon & on a crû qu'un homme de ce carac-
(k tere meritoic d'être inhumé , comme ií
)oc: l'a été dans l'Egliíe Metropolitaine de
kI Paris. On attend avec impatience que
ici ses heritiers donnent au public les fruits
tes' de plus de soixante ans , d*un travail
w assidu , utile à l'Eglise & honorable à nô*
ic tre nation.
Se Miches Boyer , Peintre ordinaire du
m Rôy , pour l'Architecture & la Perspec-
.;; tive, pensionnaire de Sa Majesté ,.demeulfj
çant aux Galleries du Louvre , Coníèilr
1er de l'Académie Royale de Feinture &
Sculpture, mourut à Paris le 15. de ce
; mois y âgé ds 5 ans',' dans de grands
feritimens de Pieté & de Religion ; outre
son rare talent, il étoit trcs.bon & fi
dele ami , ce qui le faisoit estimer do
tous .ceux qui le connoilîoient.
La pension de 600. liv qu'a voit M.
Boyer , a été donnée à M. de Chavanes,
fils d'un Notaire de Paris , Peintre du
, Roy, excellent Païíàgiste aux Gobelins.
L'Abbé Molaire , nouveau Profeíseur
du College Royal, fit le 20. de ce mois,
l'ouverture d'un cours de Phisique,par
un Discours préliminaire qui fut fort
applaudi.
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Résumé : EXTRAIT de diverses Lettres.
Entre 1710 et 1714, plusieurs événements scientifiques et littéraires marquants ont eu lieu. En 1710, à Gandersheim, des graines de lentilles ou de pois ont été découvertes dans des œufs de poule, un phénomène inexpliqué que les savants ont souvent attribué à la sorcellerie. Un cas similaire a été rapporté à Venise, où une tumeur a produit une branche de romarin. Le Recteur J. Christophe Haferberg a publié une dissertation sur des passages bibliques, interprétant des termes comme le Nil et Saturne. À Milan, Ludovico Antonio Muratori a publié deux tomes des 'Rerum Italicarum', avec d'autres tomes attendus. Almoro Albrizzi a édité des extraits des principaux journaux savants d'Europe. M. Berger, conseiller du Duc de Wurtemberg, a préparé une dissertation sur les masques, illustrée par Wolffgang. À La Haye, M. de La Grange a publié un recueil de ses œuvres. En janvier 1714, Jacques de Poisson, érudit et traducteur, est décédé à l'âge de 80 ans, laissant plusieurs traductions inachevées. Michel Boyer, peintre et architecte, est également décédé à Paris à l'âge de 55 ans, et sa pension a été attribuée à M. de Chavanes. L'Abbé Molaire a inauguré un cours de physique au Collège Royal.
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4199
p. 118-119
EXPLICATION des Types & Legendes des Jettons frappez pour le premier Janvier 1724. dont la planche est ci à côté.
Début :
TRÉSOR ROYAL. LA figure d'un Fleuve, qui avec son [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Types & Legendes des Jettons frappez pour le premier Janvier 1724. dont la planche est ci à côté.
EXPLICATION Àes-'-f^^
Légendes des Jeitms fra-ffez
.jjnmìer Janvier 1714. dont la planche
est ci k côté.
A figure d'un Fleuve , qui: ^fciòrF
JL/ Urne répand des eaux dans un grarjttt
Ballin , Legende. Recipuqùe réfertqueí^ í
// rend ce qu'il refoit.
Parties Casvelibs.
Un grand Chesne qui laisse tomber
quantité de glands , Legende : Sic manet
immortale genus. C'est ainsi que fi ntc*
fimmortalise.
Chambre aux' Déni ers.
Un Arrosoir répandu fur de jeunes
Lauriers , Legende f Certior imbre. Cet»
j>lnye ajs-tre leur vie.
Bastimens du Roy.
Apollon bâti (Tant les murailles de ThebeS,
en joiiant de la Lyre , Légende r Saxa
aurita moventur. Les Pierres enundent ,
& se meuvent d'elles.mêmes.
ÛRD5-
^ANVIÊR uitç ïi*
ÒrûinAike DES GÒER.RïS.
La tête de Meduse representée sur un
Bouclier, Legende: Contra quid postent
ruentes ! Que fourroient contre elles les
efforts ennemis !
Extraordinaire des Guerres,'.
La Massiie d'Hercule. Legendes Etianw
que per otia terret. Elle inspire la órain*
te,' même dans son repos.
Marine.
Un Vaiíseau en plaine Mer conduit
par Jes étoiles de Castor & Pollux. Legen
de : Subamico íìdere tuta. Je vogue en
partitfins cet ajìre protetteur.
Galères.'
Des Òiíèaux de Proye qui semblent
r'égayer en volant sur une mer calme.
Legende : Discuntque pei otia bellutn.
ils apprennent la guerre dans le calmt
mime.
Légendes des Jeitms fra-ffez
.jjnmìer Janvier 1714. dont la planche
est ci k côté.
A figure d'un Fleuve , qui: ^fciòrF
JL/ Urne répand des eaux dans un grarjttt
Ballin , Legende. Recipuqùe réfertqueí^ í
// rend ce qu'il refoit.
Parties Casvelibs.
Un grand Chesne qui laisse tomber
quantité de glands , Legende : Sic manet
immortale genus. C'est ainsi que fi ntc*
fimmortalise.
Chambre aux' Déni ers.
Un Arrosoir répandu fur de jeunes
Lauriers , Legende f Certior imbre. Cet»
j>lnye ajs-tre leur vie.
Bastimens du Roy.
Apollon bâti (Tant les murailles de ThebeS,
en joiiant de la Lyre , Légende r Saxa
aurita moventur. Les Pierres enundent ,
& se meuvent d'elles.mêmes.
ÛRD5-
^ANVIÊR uitç ïi*
ÒrûinAike DES GÒER.RïS.
La tête de Meduse representée sur un
Bouclier, Legende: Contra quid postent
ruentes ! Que fourroient contre elles les
efforts ennemis !
Extraordinaire des Guerres,'.
La Massiie d'Hercule. Legendes Etianw
que per otia terret. Elle inspire la órain*
te,' même dans son repos.
Marine.
Un Vaiíseau en plaine Mer conduit
par Jes étoiles de Castor & Pollux. Legen
de : Subamico íìdere tuta. Je vogue en
partitfins cet ajìre protetteur.
Galères.'
Des Òiíèaux de Proye qui semblent
r'égayer en volant sur une mer calme.
Legende : Discuntque pei otia bellutn.
ils apprennent la guerre dans le calmt
mime.
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Résumé : EXPLICATION des Types & Legendes des Jettons frappez pour le premier Janvier 1724. dont la planche est ci à côté.
En janvier 1714, diverses légendes et figures sont illustrées. Un fleuve, représenté par une urne versant de l'eau dans un grand bassin, symbolise la réciprocité. Un chêne laissant tomber des glands illustre l'immortalité de la descendance. Un arrosoir arrosant de jeunes lauriers signifie que l'eau assure leur croissance. Apollon construit les murailles de Thèbes en jouant de la lyre, montrant que les pierres se meuvent d'elles-mêmes. La tête de Méduse sur un bouclier symbolise la défense contre les efforts ennemis. La massue d'Hercule inspire la crainte même dans son repos. Un vaisseau en mer, guidé par les étoiles de Castor et Pollux, indique une navigation protégée. Des oiseaux de proie volent sur une mer calme, apprenant la guerre dans le calme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4200
p. 120-122
« Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
Début :
Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...]
Mots clefs :
Théâtre, Pièce, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
LE 7. de ce mois les Comedien*
François ont remis au Theatre la
Tragedie' de Ntthetisàe M. Danchet, de'
l'Académie Françoise , dont nous donnâ
mes un Extrait, lorsqu'elle parut l'an
née passée. L'Auteur y a fait quelques
changemens qui ont contribué à la faire
encore plus goûter da Public. La distribu-~
tion des rôles a été la même, à là'réíèrve
de celui de Nithetis , que la DUe Lecouvreur
n'a pas été en état de joiïer d'abord,
& que' la D'i« Labat a rempli au gré des.
Spectateurs. Cette jeune personne pro
met beaucoup , l'intelligence, les graces^
la Noblesse, & beaucoup de décence en
trent également dans son jeu. Le Publie
l'a encouragée par ses applaudissémens.
Le 8.. la D1 e la Chaise , qui avoit déja
été de la Troupe des Comediens Fran
çois , reparut comme postulante , & joua
les rôles de Suivante dans Democrite , Se
dans les Folies amoureuses , ainíi que
dans Tartuffe , Se la Serenade.
Le 19. de ce mois les Comediens Ita
liens donneront une Piece nouvelle d'un"
Acte en prose avec des Vaudevilles &c
des.
JANVIER 1724- m
des Chants , intitulée : Le mariage d'Ar
lequin avec Silvia , ou Thetis & Pelée
déguise.
Cette piece ne fut point goûtée du
Public, qui trouva cependant à íè dé
dommager à la Double Inconstance qu'on
repreíenta d'abord ; c'est une des meil
leures Comedies de M. de Marivaux.
Le 2 2. il parut un autre Actrice au
Theatre François , dans le rcfle de la
íuivante des Folies amoureusès de feu M.
Renard. La Due Nefmond qui donne lieu
à cet article â est une jeune personne qui
n'a jamais joiié la Comedie.
Le 26. on donna fur le même Theatre
la premiere repreíentation de l'Impatient,
Comedie en cinq Actes ^ & en vers avec
un Prologue t par M. de Boissi , Auteur.
de la Rivale d'elle.même , qui fut joiiée
avec succès il y a trois ans. La premiere
repreíentation de cette Piece a été fort
applaudie. Nous en parlerons plus au
long , & nous endonnerons un .Extrait*.
On apprend de Venise que le 2 6. de
Pautre mois tous les Theatres furent
rouverts , Si. l'on representa fur celui
de S. Chriíòstome , un Opera nouveau
intitulé le plus fideU des Amis.
Le de ce mois on representa íur
F v celui
ï2i MERCURE DE FRAtfCE;
celui de S. Moyse , un nouvel Opera ^
qui a pour titre : les Effets de l'Amour dr
di l'Ai.b'non*
François ont remis au Theatre la
Tragedie' de Ntthetisàe M. Danchet, de'
l'Académie Françoise , dont nous donnâ
mes un Extrait, lorsqu'elle parut l'an
née passée. L'Auteur y a fait quelques
changemens qui ont contribué à la faire
encore plus goûter da Public. La distribu-~
tion des rôles a été la même, à là'réíèrve
de celui de Nithetis , que la DUe Lecouvreur
n'a pas été en état de joiïer d'abord,
& que' la D'i« Labat a rempli au gré des.
Spectateurs. Cette jeune personne pro
met beaucoup , l'intelligence, les graces^
la Noblesse, & beaucoup de décence en
trent également dans son jeu. Le Publie
l'a encouragée par ses applaudissémens.
Le 8.. la D1 e la Chaise , qui avoit déja
été de la Troupe des Comediens Fran
çois , reparut comme postulante , & joua
les rôles de Suivante dans Democrite , Se
dans les Folies amoureuses , ainíi que
dans Tartuffe , Se la Serenade.
Le 19. de ce mois les Comediens Ita
liens donneront une Piece nouvelle d'un"
Acte en prose avec des Vaudevilles &c
des.
JANVIER 1724- m
des Chants , intitulée : Le mariage d'Ar
lequin avec Silvia , ou Thetis & Pelée
déguise.
Cette piece ne fut point goûtée du
Public, qui trouva cependant à íè dé
dommager à la Double Inconstance qu'on
repreíenta d'abord ; c'est une des meil
leures Comedies de M. de Marivaux.
Le 2 2. il parut un autre Actrice au
Theatre François , dans le rcfle de la
íuivante des Folies amoureusès de feu M.
Renard. La Due Nefmond qui donne lieu
à cet article â est une jeune personne qui
n'a jamais joiié la Comedie.
Le 26. on donna fur le même Theatre
la premiere repreíentation de l'Impatient,
Comedie en cinq Actes ^ & en vers avec
un Prologue t par M. de Boissi , Auteur.
de la Rivale d'elle.même , qui fut joiiée
avec succès il y a trois ans. La premiere
repreíentation de cette Piece a été fort
applaudie. Nous en parlerons plus au
long , & nous endonnerons un .Extrait*.
On apprend de Venise que le 2 6. de
Pautre mois tous les Theatres furent
rouverts , Si. l'on representa fur celui
de S. Chriíòstome , un Opera nouveau
intitulé le plus fideU des Amis.
Le de ce mois on representa íur
F v celui
ï2i MERCURE DE FRAtfCE;
celui de S. Moyse , un nouvel Opera ^
qui a pour titre : les Effets de l'Amour dr
di l'Ai.b'non*
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Résumé : « Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
En janvier 1724, les Comédiens Français ont présenté la tragédie 'Nitétis' de M. Danchet, avec des modifications appréciées. La Duè Labat a remplacé la Duè Lecouvreur dans le rôle principal et a été bien accueillie pour son intelligence et ses grâces. Le 8 janvier, la Duè La Chaise est revenue dans la troupe et a joué dans 'Démocrite', 'Les Folies amoureuses' et 'Tartuffe'. Le 19 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Mariage d'Arlequin avec Silvia, ou Thétis & Pelée déguisé', mais le public a préféré 'La Double Inconstance' de Marivaux. Le 22 janvier, la Duè Nefmond a fait ses débuts dans 'Les Folies amoureuses'. Le 26 janvier, la première représentation de 'L'Impatient', une comédie en cinq actes de M. de Boissy, a été applaudie. À Venise, les théâtres ont rouvert le 26 décembre précédent, avec des opéras nouveaux au théâtre de San Cristoforo et au théâtre de San Moisè.
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