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1
p. 22-24
« Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...] »
Début :
Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Latin, Art de parler, Hercule, Ennemi, Univers, Peuple, Gouverner, Valeur
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texteReconnaissance textuelle : « Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...] »
Voicy un Sonnet fort heureufement
remply , fur les
GALANT. 23
Bouts- rimez Latins qui ont
cours: Comme il eft fait pour
le Roy , il ne fçauroit manquer
de vous plaire . M ' Blanchard
, Curé de Fiffé aux En--
virons de Dijon , en eft l'Autheur.
E
"Stre en tout par tout NON
... IMPARC omnibus,
Sçavoir l'Art de parler, fans rien dire
qui fâche,
Pourfa gloire& l'Etat travaillerfans .
relâche ,
Plus qu ' Hercule jadis , faire tefte
tribus. "
$2
Contraindre l'Ennemy de ramper
comme un lâche ,
24 MERCURE
Effre dans l'Univers ce qu'au Ciel eft
Phoebus,
Faire parfon espritplusqueparfon
quibus ,
Qu'au milieu des Lauriersfon Peuplebaive
& mâche.
༡ .
Quoy que ten,ohrs vainqueur ,faire
la Paix , item
La donner, la régler, d'eft- là lé tu.
autem
Regner gouvernerful
, & commander
fans irez.
S
N'ouir de fes Sujets que
vivat &
qu'amo,
Faire par fa valeur plus qu'on ne
Scauroit lire,
C'est plus que Peliffon n'en dira ca--
lamo.
remply , fur les
GALANT. 23
Bouts- rimez Latins qui ont
cours: Comme il eft fait pour
le Roy , il ne fçauroit manquer
de vous plaire . M ' Blanchard
, Curé de Fiffé aux En--
virons de Dijon , en eft l'Autheur.
E
"Stre en tout par tout NON
... IMPARC omnibus,
Sçavoir l'Art de parler, fans rien dire
qui fâche,
Pourfa gloire& l'Etat travaillerfans .
relâche ,
Plus qu ' Hercule jadis , faire tefte
tribus. "
$2
Contraindre l'Ennemy de ramper
comme un lâche ,
24 MERCURE
Effre dans l'Univers ce qu'au Ciel eft
Phoebus,
Faire parfon espritplusqueparfon
quibus ,
Qu'au milieu des Lauriersfon Peuplebaive
& mâche.
༡ .
Quoy que ten,ohrs vainqueur ,faire
la Paix , item
La donner, la régler, d'eft- là lé tu.
autem
Regner gouvernerful
, & commander
fans irez.
S
N'ouir de fes Sujets que
vivat &
qu'amo,
Faire par fa valeur plus qu'on ne
Scauroit lire,
C'est plus que Peliffon n'en dira ca--
lamo.
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Résumé : « Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...] »
Le sonnet 'Voicy un Sonnet fort heureufement' de M. Blanchard, curé de Fiffé, utilise des bouts-rimés latins. Il loue un souverain maître de l'art de parler sans offenser, travaillant pour la gloire et l'État. Le poème évoque la soumission de l'ennemi, l'inspiration de la paix et un règne sage. Le souverain est décrit comme un vainqueur pacifique, gouvernant avec amour et sagesse, sa valeur dépassant les mots.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 15-17
SUR LA NAISSANCE & le progrés de l'Herésie, sous les régnes de sept dernier de nos Roys ; & sur son déclin sous le régne de LOÜIS LE GRAND. SONNET.
Début :
Je ne vous dis rien de ce qui se fait pour / Sous le grand Roy François ce Monstre prit naissance [...]
Mots clefs :
Hérésie, Religion prétendue réformée, Roi, Monstre, Enfer, Sang, Serpent, Hercule, Louis, Hydre
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE & le progrés de l'Herésie, sous les régnes de sept dernier de nos Roys ; & sur son déclin sous le régne de LOÜIS LE GRAND. SONNET.
Je ne vous dis
rien de ce qui ſe fait pour fai
re Aflceuurriirr en France la veritable
Religion , & pour en
bannir la Prétendue Refor-
, mée. Sa Majesté fait toû-
- jours paroiſtre la plus forte
ardeur pour détruire l'Heré-
: ſie , & toûjours les Muſes tirent
de là ſon plus grand élo-
-ge. Vous le connoiſtrez par
ce Sonnet M' Terraudiere,
premier Eçhevin de Niort.
16 MERCURE
SUR LA NAISSANCE
& le progrés de l'Heréſie,
ſous les régnes des ſept derniers
de nos Roys ; & fur
ſon déclin ſous le régne de
LOUIS LE GRAND .
SONNET.
Ous le grand RoyFrançois ce
Monstreprit naissance
Parde faux Apoftats fufcitez de
l'Enfers
Son Fils HenrySecond s'en alloit
l'étouffer,
S'il n'eustestétuéd'un fatal coup de
Lance.
Se
Apresfa mort on vit cettefatale Engeance
GALANT
17
S'établir parlefeu, s'élever parlefers
François , Charles , Henry la virent
triompher,
Et répandre à leursyeux tout lefang
de la France.
S&
Henryquatre endormit ce Serpent
dangereux ;
Mais ilſe réveilla bien- tost plusfurieux
Etsous Loüis le Juste ilfit bien du
ravage.
52
Enfin le grand LOVIS, l'Hérculedé
nosjours,
Pardes moyens prudens, pardeſages
détours,
Vient d'abatre cette Hydre,&l'Enfer
enenrage.
rien de ce qui ſe fait pour fai
re Aflceuurriirr en France la veritable
Religion , & pour en
bannir la Prétendue Refor-
, mée. Sa Majesté fait toû-
- jours paroiſtre la plus forte
ardeur pour détruire l'Heré-
: ſie , & toûjours les Muſes tirent
de là ſon plus grand élo-
-ge. Vous le connoiſtrez par
ce Sonnet M' Terraudiere,
premier Eçhevin de Niort.
16 MERCURE
SUR LA NAISSANCE
& le progrés de l'Heréſie,
ſous les régnes des ſept derniers
de nos Roys ; & fur
ſon déclin ſous le régne de
LOUIS LE GRAND .
SONNET.
Ous le grand RoyFrançois ce
Monstreprit naissance
Parde faux Apoftats fufcitez de
l'Enfers
Son Fils HenrySecond s'en alloit
l'étouffer,
S'il n'eustestétuéd'un fatal coup de
Lance.
Se
Apresfa mort on vit cettefatale Engeance
GALANT
17
S'établir parlefeu, s'élever parlefers
François , Charles , Henry la virent
triompher,
Et répandre à leursyeux tout lefang
de la France.
S&
Henryquatre endormit ce Serpent
dangereux ;
Mais ilſe réveilla bien- tost plusfurieux
Etsous Loüis le Juste ilfit bien du
ravage.
52
Enfin le grand LOVIS, l'Hérculedé
nosjours,
Pardes moyens prudens, pardeſages
détours,
Vient d'abatre cette Hydre,&l'Enfer
enenrage.
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Résumé : SUR LA NAISSANCE & le progrés de l'Herésie, sous les régnes de sept dernier de nos Roys ; & sur son déclin sous le régne de LOÜIS LE GRAND. SONNET.
Le texte décrit les efforts pour promouvoir la véritable religion en France et éradiquer la Réforme. Le roi, Louis XIV, montre une détermination constante à détruire l'hérésie. Un sonnet de M. Terraudiere, premier échevin de Niort, illustre l'histoire de l'hérésie sous les sept derniers rois de France. L'hérésie naît sous François Ier et est presque étouffée par Henri II, qui meurt ensuite. Elle se développe sous François II, Charles IX et Henri III, avant d'être temporairement endormie par Henri IV. Elle resurgit sous Louis XIII, causant de nombreux ravages. Louis XIV, comparé à Hercule, parvient à abattre cette hydre grâce à des moyens prudents et des stratégies habiles, mettant ainsi en rage l'enfer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 197-198
XI.
Début :
Quel affront ! & quel contretemps [...]
Mots clefs :
Affront, Épée, Quenouille, Coeur, Courage, Hercule, Mercure, Héros
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texteReconnaissance textuelle : XI.
& quel contretemps
En ce mois faites-vont, Mercure!
Beaucoup en feront mècontens.
Vintrautres ÀlciJoren gronde,pest't;ure.
Et toit croit- qu'il a bien rAison.,
Quoy ! dans dans le mesmejourquun
Mars, qu'un Apollon
Le choisit pour porter CT l'épée & la
ptque
Vous lay mettez, vont mesme une Quenouille
en main!
Tourquoycettnftrument? Quel est votre
dejfeln?
Efl-ce a cause qu'il estd'une humeur pacifique
Et q,u'ilestdecoeurhumble &douxr'
apprenez que pour estrefage
Il n'en a pat moins de courage.
Vne Qaenoiiiile,direz-vom,
Fut birndonnée au grand Achille,
, Et tonilit cefameuxGuerrier
Nepour la guerre & le laurier,
S'en serviren habit defille;
HeYculeenfit de mesme on ne peut l,
nier,
Mais tout cela ne peut appaiser noftrt
hile,
Lepresent efl trop bas, & paroist in*
sultant,
Mercure, vous déviez rendre plus de
jnftice
A nostre Gouverneur plut subtil qu'àig
-Vlife, Dontlechoixefl toujours prudent.
Si du brave Alcidorilfait un Capitaine,
Ilconnoijifm mérité, & veut que lon
.* apprenne '!!J!emalgrévostre don outrageHx, pt-l-l
Galant,
Il va dans les périls devenir un RolAnd.
Lemefmet
En ce mois faites-vont, Mercure!
Beaucoup en feront mècontens.
Vintrautres ÀlciJoren gronde,pest't;ure.
Et toit croit- qu'il a bien rAison.,
Quoy ! dans dans le mesmejourquun
Mars, qu'un Apollon
Le choisit pour porter CT l'épée & la
ptque
Vous lay mettez, vont mesme une Quenouille
en main!
Tourquoycettnftrument? Quel est votre
dejfeln?
Efl-ce a cause qu'il estd'une humeur pacifique
Et q,u'ilestdecoeurhumble &douxr'
apprenez que pour estrefage
Il n'en a pat moins de courage.
Vne Qaenoiiiile,direz-vom,
Fut birndonnée au grand Achille,
, Et tonilit cefameuxGuerrier
Nepour la guerre & le laurier,
S'en serviren habit defille;
HeYculeenfit de mesme on ne peut l,
nier,
Mais tout cela ne peut appaiser noftrt
hile,
Lepresent efl trop bas, & paroist in*
sultant,
Mercure, vous déviez rendre plus de
jnftice
A nostre Gouverneur plut subtil qu'àig
-Vlife, Dontlechoixefl toujours prudent.
Si du brave Alcidorilfait un Capitaine,
Ilconnoijifm mérité, & veut que lon
.* apprenne '!!J!emalgrévostre don outrageHx, pt-l-l
Galant,
Il va dans les périls devenir un RolAnd.
Lemefmet
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4
p. 102-131
Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient encore à Berny, lors qu'ils furent priez [...]
Mots clefs :
Tragédie, Femmes, Berny, Ambassadeurs, Roi, Collège Louis le Grand, Hercule, Ballet, Siam, Ambassadeur, Père de La Chaise, Enfants, Plaisir, Esprit, Princesses, Cheval, Portrait, Clovis, Hôtel des ambassadeurs, Abbé de Dangeau
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texteReconnaissance textuelle : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Ils estoient encore à
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
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Résumé : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, alors à Berny, reçurent une invitation du Père de la Chaise pour assister à une tragédie intitulée 'Clovis' au Collège de Louis-le-Grand. Ils déclinèrent initialement, souhaitant d'abord rendre leurs respects au roi, mais acceptèrent finalement en raison de la sagesse du Père. Le jour de la tragédie, ils se rendirent incognito à l'Hôtel des Ambassadeurs pour se reposer. Ils furent impressionnés par la grandeur du théâtre et la multitude de personnes présentes. La tragédie comprenait un ballet en quatre parties, représentant les exploits d'Hercule et les actions du roi de France. Les ambassadeurs apprécièrent particulièrement les danses des enfants pensionnaires, dont ceux du Duc de Villeroy et du Chevalier d'Avaux. Après la représentation, ils reçurent diverses visites, notamment celle de l'Abbé de Dangeau, qui exprima son désir d'apprendre la langue siamoise. Les ambassadeurs montrèrent une grande civilité et esprit, répondant avec finesse aux questions et railleries des visiteurs. Ils assistèrent également à une cavalcade de princesses et dames françaises, qu'ils complimentèrent sur leur adresse à cheval. Lors d'un souper, ils burent à la santé des princesses et répondirent avec humour aux questions sur leurs vingt-deux femmes.
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5
p. 69-72
Devises des Jettons de l'Année 1712.
Début :
TRESOR ROYAL. Des Cyclopes travaillant à un Bouclier. Arte atque [...]
Mots clefs :
Jetons, Devises, Trésor royal, Guerres, Hercule, Marine, Galères, Bâtiments, Parties casuelles
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texteReconnaissance textuelle : Devises des Jettons de l'Année 1712.
Devise des Jettons
de l'Année 1712.
TRESOR ROYAL;
Des Cyclopestravaillant
à un Bouclier.
Arte atque metallo.
PARTIES CASUELLES.
Daphné changée. en
Lauriers, f5 ces mots de
Virgile.
Mortalem eripuit
formam,
ORDINAIRE
des Guerres.
La Massuë d'Hercule.
Eadempost mille labores.
EXTRAORDINAIRE
des Guerres.
Hercule avec sa peau
de Lion f5 sa Àdajjuë ,
rnarctantàgrands pas.
Orbem pacare laborat.
marine.
JSftptunedansfonChar*
Bello pacique.
GALERES.
Meduse couchée dans
son antre au bord de la
mer.
Etiamtranquillevidetur.
BASTIMENTS.
Minerve tenant à la
main une éqúerre&quelques
instruments deJardinage.
Gravibus folatia curis.
1
Le sujetchoisi pourle
Jetton de Madame la
Dauphine est une CouronneferméedeDauphins,
&pour Devijc ces mots.
Magnus splendor maximaque
virtus.
ï Celle -cy n'est pas de udcadémie,
de l'Année 1712.
TRESOR ROYAL;
Des Cyclopestravaillant
à un Bouclier.
Arte atque metallo.
PARTIES CASUELLES.
Daphné changée. en
Lauriers, f5 ces mots de
Virgile.
Mortalem eripuit
formam,
ORDINAIRE
des Guerres.
La Massuë d'Hercule.
Eadempost mille labores.
EXTRAORDINAIRE
des Guerres.
Hercule avec sa peau
de Lion f5 sa Àdajjuë ,
rnarctantàgrands pas.
Orbem pacare laborat.
marine.
JSftptunedansfonChar*
Bello pacique.
GALERES.
Meduse couchée dans
son antre au bord de la
mer.
Etiamtranquillevidetur.
BASTIMENTS.
Minerve tenant à la
main une éqúerre&quelques
instruments deJardinage.
Gravibus folatia curis.
1
Le sujetchoisi pourle
Jetton de Madame la
Dauphine est une CouronneferméedeDauphins,
&pour Devijc ces mots.
Magnus splendor maximaque
virtus.
ï Celle -cy n'est pas de udcadémie,
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Résumé : Devises des Jettons de l'Année 1712.
En 1712, le Trésor Royal émit des jetons classés en catégories telles que 'Parties Casuelles', 'Ordinare des Guerres' et 'marine'. Les motifs incluent des Cyclopes, Daphné, Hercule, Méduse et Minerve. Les devises proviennent de la littérature classique, comme des vers de Virgile. Le jeton de Madame la Dauphine montre une couronne de dauphins avec la devise 'Magnus splendor maximaque virtus'.
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6
p. 243-247
DEVISES des Jettons de 1714.
Début :
TRESOR ROYAL. Un fleuve qui aprés plusieurs cascades entre des [...]
Mots clefs :
Hercule, Artillerie, Trésor royal, Parties casuelles, Ordinaire des guerres, Extraordinaire des guerres, Marine, Galères, Bâtiments, Chambre aux deniers
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texteReconnaissance textuelle : DEVISES des Jettons de 1714.
DEVISES
¡
des Jettons de 1714.j
TRESOR ROYAL.
Un fleuve qui aprés
plusieurs cascades entre
des rochers prend un
cours tranquille & coule
en plein canal.
Tacaïopiemus alveo.
PARTIES CASUELES.
La Constellation du NavireArgo.
Non jarllfatalia terrent.
ORDINAIRE
des Guerres.
LaMassuë d'Hercule.
Dnum Hercule robur,
o
EXTRAORDINAIRE
des Guerres.
Minerve tenant d'une
main sa pique dans lauelle
sont passées deux
Couronnes muralles, &
de l'autre une branche
d'olivier.
Vtraquetriumvhat.
MARINE.
Neptunequi calme les
flots d'une Mer agitée.
Præftlllcomponereflue?us.
GALERES.
Des Sirennes 6c des
Neréïdes tranquilles au
bord d'une Mercalme.
DaîJedeshabitarecjutetas.
BASTI M ENS.
Le Soleil parcourant
les signes du Zodiaque.
Jllufirat superum domos.
CHAMBRE
aux deniers.
UneColombe.
Ambrofiamdirvis hoecJola
miniftrat.
ARTILLERIE.
Friftinus eftolhsmgor.
¡
des Jettons de 1714.j
TRESOR ROYAL.
Un fleuve qui aprés
plusieurs cascades entre
des rochers prend un
cours tranquille & coule
en plein canal.
Tacaïopiemus alveo.
PARTIES CASUELES.
La Constellation du NavireArgo.
Non jarllfatalia terrent.
ORDINAIRE
des Guerres.
LaMassuë d'Hercule.
Dnum Hercule robur,
o
EXTRAORDINAIRE
des Guerres.
Minerve tenant d'une
main sa pique dans lauelle
sont passées deux
Couronnes muralles, &
de l'autre une branche
d'olivier.
Vtraquetriumvhat.
MARINE.
Neptunequi calme les
flots d'une Mer agitée.
Præftlllcomponereflue?us.
GALERES.
Des Sirennes 6c des
Neréïdes tranquilles au
bord d'une Mercalme.
DaîJedeshabitarecjutetas.
BASTI M ENS.
Le Soleil parcourant
les signes du Zodiaque.
Jllufirat superum domos.
CHAMBRE
aux deniers.
UneColombe.
Ambrofiamdirvis hoecJola
miniftrat.
ARTILLERIE.
Friftinus eftolhsmgor.
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Résumé : DEVISES des Jettons de 1714.
Le document de 1714 décrit les devises et emblèmes du Trésor Royal. Le Trésor est symbolisé par un fleuve apaisé après des cascades, avec la devise 'Tacaïopiemus alveo'. Les 'Parties Casuelles' montrent la Constellation du Navire Argo avec 'Non jarllfatalia terrent'. Les 'Guerres Ordinaires' présentent la Massue d'Hercule avec 'Dnum Hercule robur'. Les 'Guerres Extraordinaires' sont représentées par Minerve avec 'Vtraquetriumvhat'. La 'Marine' illustre Neptune calmant les flots avec 'Præftlllcomponereflue?us'.
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7
p. 69-80
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
Début :
C'est une tradition dans ce Pays qu'Orange a été fondée en même temps [...]
Mots clefs :
Orange, Colonie, Mars, Empereur, Romains, Médaille, Hercule, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
EXTRAIT esune Lettre écrite par
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
La lettre de M. Jean Frédéric Guib explore l'origine et les antécédents de la ville d'Orange. Selon une tradition locale, Orange et Avignon auraient été fondées simultanément par les Phocéens, des Grecs asiatiques. Cependant, la date exacte de leur fondation reste incertaine. Pline le Naturaliste, bien que familier avec l'Italie, reconnaissait la difficulté de déterminer l'origine des villes italiennes, rendant la datation des villes provençales encore plus complexe. En 600 avant J.-C., des habitants de Phocée fondèrent Marseille, et d'autres Phocéens établirent ensuite Nice, Antibes, Agde, et peut-être Orange. Orange ne devint prospère et renommée qu'après être passée sous domination romaine. Environ 124 ans avant J.-C., les Romains, sollicités par les Marseillais, battirent les ennemis et conquirent la Provence, le Languedoc, la Savoie et le Dauphiné. Orange, située près du Rhône, était alors un simple bourg. Les Romains construisirent un arc de triomphe à Orange pour commémorer leurs victoires. La ville devint une colonie romaine environ 45 ans avant J.-C., sous le règne de Tibère Néron. Les Romains y envoyèrent des soldats de la seconde légion, lui donnant le nom de Colonia Arausio Secunda. Une médaille de Néron mentionnerait une seconde colonie, mais son authenticité est douteuse. Orange bénéficia de privilèges et de dignités romaines, incluant des pontifes, augures, aruspices, censeurs, questeurs, et édiles. Les Romains embellirent la ville avec des temples, des bains, des arènes, un théâtre, et des aqueducs. Aujourd'hui, plusieurs de ces structures sont détruites ou en ruine, mais des vestiges subsistent, témoignant de la grandeur passée d'Orange. Les auteurs anciens comme Strabon, Pomponius Mela, et Pline le Naturaliste ont mentionné Orange, mais leurs descriptions sont succinctes et ne fournissent que peu d'éclairages sur l'histoire ancienne de la ville. Le texte mentionne également Ptolémée, décrit comme le 'Prince des Astronomes' vivant sous le règne d'un empereur non nommé, ainsi qu'Adrien et un itinéraire attribué à l'empereur Antonin. L'auteur exprime son intention de donner l'étymologie du nom 'Orange', mais il hésite en raison des incertitudes dans cette science. Il conclut en s'excusant pour la liberté prise de mentionner le nom illustre d'une personne à la tête de son écrit. Le texte est daté du 21 septembre et provient d'Orange.
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8
p. 751-752
Ancien Temple d'Hercule découvert, &c. [titre d'après la table]
Début :
Des Lettres de Lisbonne, du commencement du mois passé, portent [...]
Mots clefs :
Tempête, Lisbonne, Poisson, Inconnu, Hercule, Pêcheurs, Temple, Carthaginois, Statue
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texteReconnaissance textuelle : Ancien Temple d'Hercule découvert, &c. [titre d'après la table]
Des Lettres de Lisbonne , du commencement
du mois passé , portent que
la derniere Tempête avoit fait échouet
sur la Côte , entre la Ville de Condé et
celle de Varzin , un Poisson d'une forme
extraordinaire , et inconnu à tous les Pêcheurs
et gens de Mer ; ce Poisson avoit
11. pieds 4. pouces de haut , et 46. pieds
8. pouces de circonference.
Ĉes Lettres ajoûtent , qu'on avoit ap
pris de Cadix , que quelques jours après
Fiiij la
752 MERCURE DE FRANCE
la même tempête on avoit trouvé sur le
bord de la Mer les ruines d'un ancien
Temple des Payens , avec une Statuë de
bronze et quelques Médailles qui font
conjecturer que ce Temple avoit été bâti
par les Carthaginois , et que c'étoit l'ancien
Temple d'Hercule.
du mois passé , portent que
la derniere Tempête avoit fait échouet
sur la Côte , entre la Ville de Condé et
celle de Varzin , un Poisson d'une forme
extraordinaire , et inconnu à tous les Pêcheurs
et gens de Mer ; ce Poisson avoit
11. pieds 4. pouces de haut , et 46. pieds
8. pouces de circonference.
Ĉes Lettres ajoûtent , qu'on avoit ap
pris de Cadix , que quelques jours après
Fiiij la
752 MERCURE DE FRANCE
la même tempête on avoit trouvé sur le
bord de la Mer les ruines d'un ancien
Temple des Payens , avec une Statuë de
bronze et quelques Médailles qui font
conjecturer que ce Temple avoit été bâti
par les Carthaginois , et que c'étoit l'ancien
Temple d'Hercule.
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Résumé : Ancien Temple d'Hercule découvert, &c. [titre d'après la table]
Des lettres de Lisbonne signalent un poisson inconnu échoué entre Condé et Varzin, mesurant 11 pieds 4 pouces de haut et 46 pieds 8 pouces de circonférence. À Cadix, des ruines d'un ancien temple païen, probablement carthaginois, ont été découvertes avec une statue de bronze et des médailles.
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9
p. 1516-1520
REMARQUES sur une Médaille Grecque de Diadumenien.
Début :
Mr Galland ; dans une Lettre écrite en 1705. dont le Mercure de France [...]
Mots clefs :
Diaduménien, Médaille grecque, Philosophe, Héraclite, Hercule, Homère, Pythagore, Conjecture
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur une Médaille Grecque de Diadumenien.
REMARQUES sur une Médaille
"Grecque de Diadumenien.
MR
R Galland ; dans une Lettre écrite
en 1705. dont le Mercure de France
du mois d'Avril dernier , nous a don
né un Extrait , rapporte une Médaille
Grecque de Diadumenien , où d'un côté
se voit la tête de ce jeune Prince , avec
la Legende . Μ . ΟΠΕΛ. ΔΙΑΛΟΥΜΙΝΙΑ-
NOC. On lit sur le revers , EDECION
HPAKAEITOC. Le Type en est ainsi ex-
1-
primé
JUILLET. 1733. 1517
> primé. Le Philosophe Heraclite debout
avec le petit Manteau de Philosophe et une
Massue qu'il tient de la main gauche . Le
P. Hardouin , qui dans ses Nummi Antiqui
Illustrati , a cité cette Médaille , en
a adopté l'explication
*
Quelque déférence que j'aye pour deux
aussi grands Maîtres que M. Galland et le
P. Hardouin , j'ai peine à me persuader
qu'ils ne se soient pas trompez sur cette
Médaille ; ne me paroissant en aucune ma
niere que ce soit le Philosophe Heraclite
qu'on ait voulu réprésenter sur son revers.
Je sçais bien le soin particulier qu'ont
eu les Villes Grecques de graver sur leurs
Monnoyes les grands hommes ausquels .
elles avoient donné la naissance ; que
par cette raison nous voyons sur celles
de Smyrne et de Chio l'image d'Homere ,
celle de Pithagore sur les Monnoyes de
Samos; et qu'ainsi Héraclite étant d'Ephe-
• il est assez naturel que ce Philosophe
ait reçû un pareil honneur des Ephesiens
ses Compatriotes .
Mais si ces Peuples avoient voulu
nous le représenter , l'auroient- ils gravé
dans un équipage si peu convenable
à un Sage ! qu'a de commun la Massuë
* Page 19. Col. 20
Ciij avec
1518 MERCURE DE FRANCE
avec la Philosophie ; cette arme , le symbole
de la force du corps , 'convient- elle
à une profession toute spirituelle ! pour
moy je n'y vois aucun rapport que celui
qu'on pourroit tirer de la conformité du
nom HPAKAEITOC , avec celui d'HPA
KAHC Hercule , mais je ne crois pas qu'on
veuille se servir d'une pareille raison ; et
quoique les Anciens ayent connu un
Hercule ami des Muses , HERCULES MUSARUM
, comme on lit sur une Médaille
de la Famille Pomponia , ils ne se sont
jamais servi des symboles de ce Heros
pour en orner les Sçavans dont ils nous
ont voulu laisser les Portraits .
les
Homere et Pithagore , sur les Médail
que j'ai citées , pour ne point cherther
plus loin des preuves de ce que j'a
vance , sont représentez assis dans l'attitude
de Maîtres qui enseignent , Homere >
tient un Livre à la main , et Pithagore
une baguette , du bout de laquelle il
touche un Globe celeste , l'un et l'autre
sont enveloppez d'un long Manteau. Tout
cet équipage qui convient parfaitement
à ceux qu'on a voulu représenterest
bien different de celui du prétendu Héraclite.
Aussi ce n'est point ce Philosophe ,
mais Hercule qu'on voit gravé sur la Médaille
de Diaduménien.
Car
JUILLET. 1733. 1519
Car quoique les Ephesiens adorassent
principalement Diane , et que cette Déesse
fût la Divinité titulaire d'Ephese , son
culte n'excluoit point celui des autres
Dieux , les Médailles de cette Ville nous
en font foi ; nous y trouvons Saturne, Jupiter
, Apollon , Mercure , Isis , Cerès ,
Minerve , et ce qui confirme ma conjecture
pour Hercule sur la Médaille de
Diaduménien , c'est que , ce Dieu . y est
souvent réprésenté.
Ainsi donc HPAKAEITOC est le nom
du Magistrat sous l'autorité duquel la
Médaille a été frappées et pour donner
quelque chose à la conjecture , il se
peut faire que cet Héraclité est le même
que celui dont il est parlé dans Spartien .
C'étoit un des Lieutenans de Septime Sc
vere, que ce Prince envoya au commencement
de son regne , pour faire déclarer
l'Angleterre en sa faveur . Cet Officier, qui
peut-être étoit d'Ephese,comme son nom
peut le faire soupçonner , se sera retiré
dans le lieu de sa naissance après la mort
de Severe , pour éviter la cruauté de Caracalle
, et là , il aura exercé les premieres
Charges ; le temps qui s'est passé depuis
les premieres années de Severe jusqu'à
Diadumenien n'étant que d'environ 23 .
années,n'est pas un espace assez considèra-
Cili ble
1520 MERCURE DE FRANCE
ble pour détruire la possibilité de ce que
j'avance.
Ce n'est ici , comme je l'ai marqué d'abord
, qu'une conjecture , et l'on en peut
diré autant de tout ce que j'ai écrit sur le
revers de la Médaille de Diaduménien ,
n'ayant pas vû cette Médaille , dont la
seule inspection peut détruire tous mes
raisonnemens ; mais comme elle n'a point
encore été gravée , que je sçache ; jusques
là il est permis d'en porter son jugement.
D'Orleans le s. Juin 1732. D. P.
"Grecque de Diadumenien.
MR
R Galland ; dans une Lettre écrite
en 1705. dont le Mercure de France
du mois d'Avril dernier , nous a don
né un Extrait , rapporte une Médaille
Grecque de Diadumenien , où d'un côté
se voit la tête de ce jeune Prince , avec
la Legende . Μ . ΟΠΕΛ. ΔΙΑΛΟΥΜΙΝΙΑ-
NOC. On lit sur le revers , EDECION
HPAKAEITOC. Le Type en est ainsi ex-
1-
primé
JUILLET. 1733. 1517
> primé. Le Philosophe Heraclite debout
avec le petit Manteau de Philosophe et une
Massue qu'il tient de la main gauche . Le
P. Hardouin , qui dans ses Nummi Antiqui
Illustrati , a cité cette Médaille , en
a adopté l'explication
*
Quelque déférence que j'aye pour deux
aussi grands Maîtres que M. Galland et le
P. Hardouin , j'ai peine à me persuader
qu'ils ne se soient pas trompez sur cette
Médaille ; ne me paroissant en aucune ma
niere que ce soit le Philosophe Heraclite
qu'on ait voulu réprésenter sur son revers.
Je sçais bien le soin particulier qu'ont
eu les Villes Grecques de graver sur leurs
Monnoyes les grands hommes ausquels .
elles avoient donné la naissance ; que
par cette raison nous voyons sur celles
de Smyrne et de Chio l'image d'Homere ,
celle de Pithagore sur les Monnoyes de
Samos; et qu'ainsi Héraclite étant d'Ephe-
• il est assez naturel que ce Philosophe
ait reçû un pareil honneur des Ephesiens
ses Compatriotes .
Mais si ces Peuples avoient voulu
nous le représenter , l'auroient- ils gravé
dans un équipage si peu convenable
à un Sage ! qu'a de commun la Massuë
* Page 19. Col. 20
Ciij avec
1518 MERCURE DE FRANCE
avec la Philosophie ; cette arme , le symbole
de la force du corps , 'convient- elle
à une profession toute spirituelle ! pour
moy je n'y vois aucun rapport que celui
qu'on pourroit tirer de la conformité du
nom HPAKAEITOC , avec celui d'HPA
KAHC Hercule , mais je ne crois pas qu'on
veuille se servir d'une pareille raison ; et
quoique les Anciens ayent connu un
Hercule ami des Muses , HERCULES MUSARUM
, comme on lit sur une Médaille
de la Famille Pomponia , ils ne se sont
jamais servi des symboles de ce Heros
pour en orner les Sçavans dont ils nous
ont voulu laisser les Portraits .
les
Homere et Pithagore , sur les Médail
que j'ai citées , pour ne point cherther
plus loin des preuves de ce que j'a
vance , sont représentez assis dans l'attitude
de Maîtres qui enseignent , Homere >
tient un Livre à la main , et Pithagore
une baguette , du bout de laquelle il
touche un Globe celeste , l'un et l'autre
sont enveloppez d'un long Manteau. Tout
cet équipage qui convient parfaitement
à ceux qu'on a voulu représenterest
bien different de celui du prétendu Héraclite.
Aussi ce n'est point ce Philosophe ,
mais Hercule qu'on voit gravé sur la Médaille
de Diaduménien.
Car
JUILLET. 1733. 1519
Car quoique les Ephesiens adorassent
principalement Diane , et que cette Déesse
fût la Divinité titulaire d'Ephese , son
culte n'excluoit point celui des autres
Dieux , les Médailles de cette Ville nous
en font foi ; nous y trouvons Saturne, Jupiter
, Apollon , Mercure , Isis , Cerès ,
Minerve , et ce qui confirme ma conjecture
pour Hercule sur la Médaille de
Diaduménien , c'est que , ce Dieu . y est
souvent réprésenté.
Ainsi donc HPAKAEITOC est le nom
du Magistrat sous l'autorité duquel la
Médaille a été frappées et pour donner
quelque chose à la conjecture , il se
peut faire que cet Héraclité est le même
que celui dont il est parlé dans Spartien .
C'étoit un des Lieutenans de Septime Sc
vere, que ce Prince envoya au commencement
de son regne , pour faire déclarer
l'Angleterre en sa faveur . Cet Officier, qui
peut-être étoit d'Ephese,comme son nom
peut le faire soupçonner , se sera retiré
dans le lieu de sa naissance après la mort
de Severe , pour éviter la cruauté de Caracalle
, et là , il aura exercé les premieres
Charges ; le temps qui s'est passé depuis
les premieres années de Severe jusqu'à
Diadumenien n'étant que d'environ 23 .
années,n'est pas un espace assez considèra-
Cili ble
1520 MERCURE DE FRANCE
ble pour détruire la possibilité de ce que
j'avance.
Ce n'est ici , comme je l'ai marqué d'abord
, qu'une conjecture , et l'on en peut
diré autant de tout ce que j'ai écrit sur le
revers de la Médaille de Diaduménien ,
n'ayant pas vû cette Médaille , dont la
seule inspection peut détruire tous mes
raisonnemens ; mais comme elle n'a point
encore été gravée , que je sçache ; jusques
là il est permis d'en porter son jugement.
D'Orleans le s. Juin 1732. D. P.
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Résumé : REMARQUES sur une Médaille Grecque de Diadumenien.
Le texte traite d'une médaille grecque de Diaduménien, mentionnée par M. Galland dans une lettre de 1705 et publiée dans le Mercure de France d'avril. Cette médaille présente sur une face la tête de Diaduménien accompagnée de l'inscription Μ. ΟΠΕΛ. ΔΙΑΛΟΥΜΙΝΙΑΝΟC. Sur l'autre face, elle montre un personnage debout, vêtu d'un manteau et tenant une massue. Le P. Hardouin a identifié ce personnage comme le philosophe Héraclite. Cependant, l'auteur du texte conteste cette identification, soulignant que les philosophes grecs sont généralement représentés assis et enseignant. Il propose plutôt que la figure pourrait être Hercule, un dieu souvent représenté sur les médailles d'Éphèse, ville supposée être le lieu de naissance de Diaduménien. L'auteur suggère également que HPAKAEITOC pourrait être le nom d'un magistrat sous l'autorité duquel la médaille a été frappée. Il mentionne un certain Héraclite, lieutenant de Septime Sévère, qui pourrait être lié à cette médaille. Le texte se conclut par une note de prudence, soulignant que ces interprétations restent des conjectures en l'absence de la médaille elle-même.
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10
p. 149-168
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
Début :
M. Newton (1) confond aussi Sésac avec Osiris, mais il est aisé de montrer en [...]
Mots clefs :
Chronologie, Newton, Égypte, Hercule, Phéniciens, Égyptiens, Grèce, Peuples, Sésostris, Jupiter
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texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
CHRONOLOGIE.
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh . P. R.
fur la Chronologie de M. Newton.
M. Newton (1) confond auffi Séſac avec
Ofiris , mais il eft aifé de montrer en
deux mots qu'il fe trompe. Selon lui , Séfac
monta fur le trône d'Egypte pendant le
regne de Salomon : or il eft certain , &
tous les habiles gens en conviennent , que
le boeuf, fymbole d'Ofiris , étoit adoré dès
les tems de Moïfe. Le Géographe Eftienne
dit
que la ville de Thebes , cette fameuſe
Diofpolis appellée No-Hammon dans l'Ecriture
Sainte , avoir été bâtie par Ofiris
& Ifis. Krigua Crígid& vyù l'ord . Diodore
dit la même choſe. Or fi les peuples
de la Thébaïde font les plus anciens habitans
de l'Egypte , comme ( 2 ) les Hiftoriens
en conviennent , fi Thebes fut d'a-
( 1 ) Newton , p. 83. (2) Diodore , L. 1 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
bord le fiege des Rois d'Egypte , où en
fera M. Newton avec fon Séfac ?
Les Hiftoriens ( 1 ) nous diſent encore
qu'Ofiris enfeigna l'Agriculture aux Egyptiens
, que fon époufe leur donna l'ufage
du froment & de l'orge qui croiffoient auparavant
comme des plantes inconnues &
négligées . En un mot , ils conviennent
qu'Oficis fut le Légiflateur des Egyptiens.
Ya- t'il làquelque chofe qui puiffe regarder
Séfac ? Eft- ce que l'Egypte n'étoit pas dès
les temps de Jofeph , le grenier de tous les
peuples circonvoifins ? Cet Empire n'étoitil
pas gouverné par d'excellentes loix ? L'Ecriture
elle- même loue le
gouvernement
& la fageffe des Egyptiens dans ces temps
reculés , &c . Ces objections & plufieurs
autres que je pourrois accumuler ici , fe
préfentent naturellement à l'efprit ; pourquoi
M. Newton n'en a-t'il point fait ufage,
les croyoit- il peu dignes de fon attention
?
<< (2 ) Sous le regne d'Ammon , pere
» d'Ofiris ou Séfac, & ayeul d'Orus & de
» Bubafte , les Thébains
commencerent à
s'appliquer à la navigation & à l'Aftro-
» nomie , & par le lever & le coucher Hé-
"
(1 ) Diodore , L. 1. Plutarque dans fon Traité
d'Oliris & d'Ifis. ( 2) Newton , p. 83 .
DECEMBRE . 1755. 151
ל כ
» liaque des Etoiles , ils déterminerent la
longueur de l'année folaire ; ils ajouterent
» à la vieille année du Calendrier , cinq
» jours qu'ils confacrerent à fes cinq enfans
, & c. » .
و د
Cette détermination de l'année folaire ,
doit être attribuée à Ofiris , Prince éclairé
& très-inftruit. J'en ai de bonnes preuves ,
& fi mes réflexions donnent lieu à une réponſe
, j'aurai occafion de développer ce
poin: d'hiftoire que je ne mets point ici
pour ne pas trop m'étendre.
66
(1 ) Car il n'eft pas vraisemblable que
l'équation du mouvement du foleil ait
» été connue des l'enfance de l'Aftrono-
» mie ». Mais l'Aftronomie avoit pris fon
origine dans les plaines de Sennaar , avant
la difperfion des peuples , & il eft conftant
que cette équation a été connue & fixée
par le fondateur de la Monarchie Egyptienne.
Elle a été connue auffi des Chinois
fous leur Empereur Yao dont le regne paſſe
l'an 2000 avant Jefus-Chrift .
of
(2 ) Jules Céfar la corrigea , en y ajou
» tant un jour tous les quatre ans , & en
» fit l'année Romaine »
Cette correction étoit faite dès le tems
d'Oficis , & c'eft ce qu'il eft très- aifé de
(1 ) Newton , p. 84. (2 ) Ibid.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prouver par la compofition de la grande
période de 36525 ans qui fut dès- lors en
ufage.
( 1 ) Quand Amenophis eut fixé à l'équinoxe
du printems le commencement
» de la nouvelle année Egyptienne de 365
» jours , il mérita le monument dont on a
» parlé ci- deffus » . ( 2 ) Ce monument étoit
un cercle d'or de 365 coudées de circonférence
, divifé en 395 parties égales , pour
repréſenter tous les jours de l'année ; on
avoit auffi décrit fur chaque partie , le
lever & le coucher héliaque des étoiles .
Si l'on prouve que cet Amenophis n'eſt
pas différent du Prince Manoph ou Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne ,
& que Menès & Ofiris font deux noms
différens du même Prince , il fe trouvera
que M. Newton parle ici contre fon propre
fentiment. (3 ) Le Chevalier Marsham
fait voir qu'il y a eu plufieurs Amenophis ;
il dit de plus & avec raifon , que ce nom
d'Amenophis , comme celui de Memnon
ne different point du nom de Menès. Phamenophis
itaque , five Amenophis , Thebanis
is eft , qui Gracis Memnon , nomen ex Menis
, primi Regis , nómine componi videtur.
Memnoph Gracis , Euphonia gratiâ. Men-
(1 ) Newton , p. 69. ( 2 ) Diodore , L. I 、
(3 ) Marsham , P. 401 .
DECEMBRE. 1755. 153
non five Memnon. Je crois donc que cet
Amenophis dont la ftatue étoit à Thebes
dans les Syringes , & auquel on dédia le
riche monument dont on vient de parler
n'eft point différent de Menès auquel étoit
due la fixation de l'année Egyptienne . Il
eft aifé même de le faire voir
par les propres
paroles de M. Newton qui dit
104 , qu'Amenophis bâtit la ville qu'il
appella de fon nom , Amenoph ou Memphis.
Or ( 1 ) Memphis fut bâtie par Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne .
Amenophis & Menès font donc un feul &
même Prince.
page
« (2) Plufieurs nations célebrerent fous
» des noms différens , les louanges de Sé-
» foftris , à caufe de fes grandes conquêtes.
Les Chaldéens l'appelloient Belus , qui
» en leur langue veut dire Seigneur : les
» Arabes le nommoient Bacchus qui en
leur langue fignifie grand : les Phrygiens
& les Thraces lui donnoient le
» nom de Mafors , Mavors , Mars , qui
» veut dire vaillant , & c » .
23
Le culte de Belus exiftoit chez les Chaldéens
plufieurs fiecles avant Séfac & Séfoftris.
Je n'ignore pas auffi qu'il y a eu
plufieurs Belus , mais ils font tous anté-
( 1 ) Hérodote , L. z. ( 2) Newton , p. 101 ,
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
rieurs aux deux Princes Egyptiens. Sans
fçavoit fi le nom de Bacchus fignifie grand
dans la langue des Arabes , je ne doute pas
que Bacchus ne foit le même qu'Oficis ,
mais non point que Bel & Séfac. Quant
au Mavors , Ares , Marts , je crois qu'il
eft le Nemrod de l'Ecriture Sainte , connu
des Grecs fous le nom de Ninus , & adoré
des Chaldéens fous le titre générique de
Baal. Ces quatre noms Ares ou Arets ,
Marts , Ninus & Nemrod , paroiffent fort
différens , il font formés cependant de la
même racine. Arats , fignifie violentiâ ufus
fuit , fortem aut violentum fe exhibuit. D'Arats
vint Arets , Tyran , Conquérant , &
avec le même du participe Marets ou Mavorts.
On remarquera que chez les Latins,
Mars fait au génitif Martis , ce qui prouve
qu'on a du prononcer dans l'origine
Marts au lieu de Mars , qui eft plus doux à
la prononciation , & que pour cette raifon
on a préferé. Dans mes réflexions fur
page 73 de M. Newton , j'ai déja remar
la
qué que le changement des lettres S , TS ,
T, étoit fort communs. Ainfi on prononçoit
indifféremment Agns , Mavorts , &
Mars ou Marts.
Dans Nemrod , nom que je crois un peu
corrompu , il doit y avoir l'n . Cette infertion
de l'n eft commune ; on en a vu un
DECEMBRE. 1755 155
exemple dans Noph , Moph , & Manoph
qui expriment la ville de Memphis . Avec
cette n inférée , on aura donc Ninmrod ,
ce qui doit être interprêté Nin , le Conquérant
ou le Tyran. On peut confulter la Dif
fertation d'un fçavant ( 1 ) Académicien ,
dans laquelle on établit un parallele auffi
ingénieux que folide entre les deux Conquérans
Ninus & Nemrod. Quelqu'un a
déja remarqué que le nom de Baal ou Bel ,
a formé le bellum des Latins , parce que
Mars eft le premier qui fe foit fervi des armes
, & qu'il eft réputé le dieu des guer
riers.
a ( 2) Les Egyptiens l'appelloient Héro
ou Hercule.
Je ne connois point ce nom de Héro ; je
ne crois point non plus que quelque Ancien
ait dit que les Egyptiens donnerent à
Ofiris le nom d'Hercule . Je pense que cet
Hercule n'eft point différent de Canaan
frere de Mifor ou Mefraim , frere par con
féquent d'Ofitis. On peut voir à cette occafion
une Differtation imprimée dans la
Bibliotheque choifie de M. le Clerc , dans
laquelle on établit ce fentiment.
( 3 ) En le déïfiant , ils lui donnerent les
(1) M. Gibert de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres . ( 2 ) Newton , p. 102. ( 3) Ibid,
P. 102.00 10:
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
»noms de ce fleuve ( du Nil ) , Sihor ,
» Nilus & Ægyptus " .
Sicher fignifie noir , & ce nom n'eſt
qu'une traduction ou épithete de celui de
Ham. Les Egyptiens avoient donné ce nom
de Ham , à leur royaume , à leur fleuve &
à Thebes leur ville capitale . Le nom d'Ægyptus
eft bien plus récent , il exprime en
grec un espece de Vautour extrêmement
noir il n'eft donc que la traduction du
nom de Ham .
"3
a ( 1 ) Les Grecs ayant entendu les
» Egyptiens s'exprimer ainfi dans leurs
» cantiques lugubres : O Sihor , Bou Sihor,
prirent delà occafion de l'appeller Ofiris
» & Bufiris ».
Le nom d'Ofiris ne dérive pas de Sihor ;
une lettre afpirée telle que le Cheth ne
s'éclipfe pas ainfi ; Ofiris & Siris viennent
d'une autre fource . Quant aux noms de
Bufiris , Tapofiris , on peut confulter faint
Clément d'Alexandrie.
(2) Ofiris fut donc tué la cinquieme
» année d'Afa par fon frere Japet , que les
» Egyptiens appelloient Typhon , Python
» & Neptune ce fut alors que les Lybiens
fous la conduite de Japet & de fon
fils Atlas , envahirent l'Egypte , & exci-
(1) Newton , p. 102. ( 2 ) Ibid. p . 103 .
1
DECEMBRE . 1755. 157
» terent la fameufe guerre des Dieux &
» des Géants ".
Comme M. Newton lui- même fait Japet
frere d'Ofiris , on peut juger delà ſi j'ai
eu tort de dire qu'Hammon étoit Ham ,
qu'Oficis étoit le fondateur de la Monarchie
Egyptienne ou Mefraïm . Mais Japet
qu'on ne peut méconnoître ici pour le
Patriarche Japhet étoit oncle d'Ofiris &
non point fon frere : les Grecs ont jetté
M. Newton dans cette méprife parce qu'ils
font Japet frere de Chronos ; mais il y a
eu deux Chronos comme on peut le voir
par le fragment de Sanchoniathon ancien
auteur Phénicien . Le premier Chronos eft
Noë , le fecond eſt Ham ; le Poëte Nonnus
dit auffi que le nom d'Hammon chez les
Arabes étoit Chronos. Il eft donc vrai que
Japet étoit frere du fecond Chronos &
fils du premier , par conféquent oncle
d'Ofiris.
Je penfe auffi comme M. Newton que
ce même Japet eft Neptune , mais non
point Python ou Typhon. Eft- il donc fi
difficile de reconnoître ce Python dans
Phuth , frere de Mefraïm . Ham avoit eu
l'Afrique en partage , il la diftribua à ſes
enfans. Chus eut l'Ethiopie , & depuis on
a toujours appellé les Ethiopiens des Chufites
; Mefr , Mifor , ou comme l'appelle
158 MERCURE DE FRANCE.
l'Écriture Sainte , Mefraïm , eur l'Egypte
qui porte encore aujourd'hui fon nom ;
Canaan eut le païs de ce nom , & enfin
Phuth cut les païs qui font à l'occident
de l'Egypte.
(1) Sur ces entrefaites , Amenophis
» quitta la Baffe-Egypte , & vint à Mem-
" phis fuivi par les reftes de l'armée Ethio-
»pienne de fon pere ; étant arrivé dans
» ce païs , il fit paffer le Nil dans un autre
» canal , fous un Pont neuf qu'il bâtit en-
» tre deux montagnes ; en même- tems if
»bâtit & fortifia cette ville contre Ofarfiphus
, & l'appella de fon nom Amenoph
» ou Memphis ».
Cet Amenophis comme nous l'avons
déja infinué eſt le même que Menès fondateur
de la Monarchie Egyptienne . Le nom
bien orthographié eft Manof on Menouf
comme les Arabes prononcent. Les Grecs
ont étrangement corrompu ce nom . Ils
l'ont écrit tantôt Menevis , Mnevis , Memphis
, tantôt Menophis Minevis , Meneus ,
Menes , Menon , & c . car on le trouve écrit
de toutes ces manieres. Ce nom fignifie
ville , habitation . Ainfi on appelloit MenoufMefr
ou la ville de Mefraim , celle
que les Grecs appellerent toujours Memphis
, mais que les Orientaux nomment
(1) Newton , p. 103.
DECEMBRE . 1755. 159
encore aujourd'hui Manof , Monf & Mefr.
Hérodote & Jofephe attribuent fa fondation
à Menès . En un mot , Menès n'a été
appellé ainfi que du nom de la ville qu'il
avoit fait bâtir ; car fon véritable nom
étoit Mefr , ou Mifor, comme il eft appellé
dans le fragment de Sanchoniathon .
M. Newton place cette expédition d'Amenophis
fept ans après celle des Argonautes
, c'eſt - à - dire , l'an 930. Eft- il vraifemblable
que la ville de Memphis ait été
bâtie fi tard ?
« (1 ) Il eft für que cet Hercule de Tyr
»ne fçauroit être plus ancien que la guerre
» de Troye , parce que les Tyriens ne
» commencerent à voyager fur la Médi
terranée , qu'après cette guerre..... ( 2)
Jofephe fait mention d'un autre Hercule
» plus ancien , en l'honneur duquel Hiram
fit bâtir un Temple à Tyr : peut- être y
» avoit-il auffi avant lui un Hercule de
» Tyr qui avoit établi le commerce des
Tyriens fur la Mer Rouge , du tems de
David & de Salomon »..
Sans doute il y avoit un ancien Hercule,
& bien antérieur à Salomon & à David.
Il y en avoit un comtemporain d'Oficis.
Il étoit fils du Nil , felon Ciceron , c'eſt-
( 1 ) Newton , p. 118. (2 ) Ibid. p. 119.
160 MERCURE DE FRANCE.
à - dire , fils de Ham , frere par conféquent
d'Ofiris ou Mefr .
Je dis qu'Hercule étant qualifié fils du
Ni , on doit entendre par là qu'il étoit fils
de Cham ; on en peut voir la raifon dans
la réflexion que j'ai faite précédemment
fur la page 102 de M. Newton . Le nom
d'Hercule ne fe trouve point parmi les enfans
de Ham , auffi n'étoit-ce là qu'une
épithete qui , felon la remarque ingénieufe
de M. le Clerc , paroît ne fignifier rien
autre chofe que Marchand , Négociant
Harokel . Mais écoutons l'Auteur de l'Etymologicon
Megad : Tìv H'ganaŭv qasì , x 1à
των λουπλέων διαλεκτον , ΧΩΝΑ λέγεθαι .
Hercule eft appellé Cona dans le Dialecle
1 Egyptien. Méconnoîtra t'on ici Canaan ou
Cna frere d'Ofiris ? Eufebe à la fuite du
fragment de Sanchoniathon , qualifie Ofiris
, frere de XNA , le premier , dit- il ,
qui ait été appellé Phénicien par les étrangers.
Hercule eft donc Canaan fils de Ham:
auffi les Grecs font -ils Hercule fils de Jupiter
, & en Egypte on ne connoiffoit
point d'autre Jupiter qu'Hammon ou Ham.
Quant à l'épithète d'Harokel , Marchand ,
elle n'a rien de ridicule. Canaan fe diftingua
par fon grand commerce , au point
que dans l'Ecriture même Cnani fignifie
un Marchand. Dans Etienne de Byzance
DECEMBRE. 1755. 161
XNA exprime la Phénicie , & xv un
Phénicien , ainfi on ne doit point ranget
cette étymologie au nombre des conjectures.
Hercule a été encore appellé Mélicerte
, mais ce nom ne fignifie que Roi de
la ville .
»(1 ) Après que les Phéniciens & les Grecs
» eurent reçu des Egyptiens l'art de naviger
, & la maniere de faire de longs
» vaiffeaux à voiles & à un rang de rames ,
» les Sidoniens porterent leur commerce
» dans la Gréce , & le continuerent pen-
» dant 50 ans.
Ce que dit ici M. Newton manque
d'exactitude. Les Phéniciens font les plus
anciens commerçans , & les premiers navigateurs
non -feulement ils ont les premiers
trouvé l'art de la navigation (2 ) , mais
encore ils ont appris aux autres peuples à
donner des batailles fur mer , à ufer du
droit de la royauté , & à foumettre les
peuples voifins. Le nom feul d'Hercule
qui a fait tant de bruit parmi les Grecs ,
prouve bien que les Phéniciens ont fçu
profiter d'abord de la fituation avantageufe
de leur païs pour le commerce maritime.
Marsham , page 109 , cite un paſſage
de Jofephe , qui fait voir que les Egyptiens
(1 ) Newton, p. 121. ( 2 ) Sanchoniathon . Stra
bon , L. 16. Pline , L. s . c. 12, Jofeph . Antiq.
162 MERCURE DE FRANCE.
n'ont été connus des Grecs que par le canal
des Phéniciens .
( 1 ) Du tems d'Erechthée , Roi d'A-
» thenes , & de Celeus , Roi d'Eleufis ,
» Cerès vint dans l'Attique , éleva Tripto-
» leme , fils de Celeus , & lui apprit à femer
» des grains ; elle coucha avec Jafon , &c.
Comment M. Newton n'a-t'il point vu
que cette Cerès étoit Egyptienne , & femme
d'Oɓiris , conféquemment qu'il ne s'agit
ici que de l'introduction de fon culte
dans la Grece ? (2) Erechthée étoit Egyp
tien; pendant une famine qui défoloit la
Grece , il y tranfporta des blés : il fut établi
Roi par les Athéniens en reconnoiffance
de ce bienfait. Erechthtée leur enfeigna les
facrifices de Cerès , & établit à Eleufis les
myfteres de cette Décffe , & des Prêtres
pour en obferver les pratiques fur le mo
dele de ceux d'Egypte.
Cette époque de l'introduction des myf
teres de Ĉerès dans la Grece eft fixée par
les Interprêtes des marbres d'Arondel à
Fan 1426 avant J.C. environ 280 ans avant
la guerre de Troye. M. Newton la fixe à
Pan rozo , la différence eft de 396 : est- ce
là ce qu'il appelle ne pas porrer l'exactitude
jufqu'à une année près ?
(1) Newton, p. 141. ( 2 ) Diodore.
DECEMBRE. 1755. 163
ود
» (1) Au retour de Séfoftris en Egypte ,
» fon frere Danaus attenta non-feulement
» à fa vie , comme on a déja dit , mais
» commanda encore à fes cinquante filles
qui épouferent les fils de Séfoftris , de
» tuer leurs maris , après quoi il fe fauva
d'Egypte fur un long vaiffeau , & c .
"
و ر
Dans la chronique abrégée à l'époque
956 , M. Newton dit » Séfac eft tué par
» fon frere Japet .
Si l'on fuppofe , avec M. Newton , que
Séfoftris foit le même que Séfac & qu'O
firis , il faudra dire auffi que ce Prince a
été tué par un de fes freres. Après avoir
prouvé plus haut la fauffeté de cette prétendue
identité , fi le fait fe trouvoit être
le même , ce ne pourroit être qu'un effet
du pur hazard ; mais comme il eft entiérement
faux , & que Diodore nous dit ,
» que Séfoftris ayant perdu la vue après un
>>regne de 33 ans , fe donna volontairement
» la mort » (2 ) , il eft vifible que M. Newton
ne marque cet affaffinat que pour foutenir
le parallele qu'il a établi entre Séfoftris
, Oficis & Séfac. Pourquoi tromper
fes Lecteurs , altérer les faits , & jetter de
l'obfcurité où il n'y en a point?
"
En lifant ces paffages dans M. Newton ,
( 1) Newton , p. 144. ( 2 ) Diodore , L. 1.
164 MERCURE DE FRANCE.
il me femble entendre quelqu'un qui dit ,
Louis XIV qui eft le même que Philippe
Augufte & que Clovis , eft tué par fon
frere Pharamond ; les Anachronismes de
M. Newton ne font guere moins violens.
(1 ) Hérodote dit que les Phéniciens
qui fuivirent Cadmus , introduisirent
» plufieurs fciences dans la Grece ; car il y
» avoit parmi ces Phéniciens des gens ap-
» pellés Curetes , qui étoient plus verfés
» dans les Arts & dans les fciences de la
Phénicie que d'autres les uns s'établi
» rent dans la Phrygie , où ils furent appellés
Corybantes , les autres dans la
» Crete , où on leur donna le nom d'Idoi
» Dactyli , &c.
Ces gens , appellés Curetes , Corybantes,
&c. étoient des Prêtres Phéniciens , comme
les noms qu'ils portent nous l'apprennent .
Curete , fignifie châtré , parce que ces Prêtres
, comme l'on fçait , étoient prefque
tous eunuques. Corybante fignifie Sacrificateur,
Prêtre , de Corban , facrifice , obla
tion les Chretiens Orientaux fe fervent
encore aujourd'hui de ce terme pour exprimer
le facrifice de la Meffe.
:
» (2 ) Les deux premiers Rois de Crete
qui regnerent après l'arrivée des Cure-
(1 ) Newton, p. 154. (1 ) Ibid. p . 158 .
DECEMBRE. 1755. 169
» tes , furent Afterius & Minos. Europe
» fut femme d'Afterius & mere de Minos :
» les Curetes du mont Ida furent fes compatriotes
, & vinrent avec elle ; .... par
» conféquent il faut qu'Afterius , Europe ,
» & Minos foyent le Saturne , la Rhea , &
» le Jupiter des Crétois .
Je doute que ce raifonnement foit bien
conféquent , puifque les Curetes & les Corybantes
qui fuivirent Cadmus en Grece ,
étoient des Prêtres Phéniciens : il eft , ce
me femble , plus naturel de penfer qu'a
vec la connoiffance des Arts & des fciences
, ils porterent encore celle des Divinités
qui étoient adorées dans la Phénicie ,
& dont ils étoient les Miniftres .
» ( 1 ) Car les Phéniciens dans leur pre-
» premier voyage en Grece donnoient le
» nom de Jaopater , Jupiter à tous les
» Rois.
Je doute très-fort que le nom de Jupiter
ait été connu des Phéniciens ; il n'étoit
feulement pas en ufage en Grece . Je ne
connois que les Latins qui l'aient employé
pour exprimer des Princes , fondateurs de
quelques Empires , des Héros qui par leurs
belles actions avoient mérité la déïfication
; mais jamais il n'a été un nom géné
rique de tous les Rois.
(1 ) Newton , p. 158.
166 MERCURE DE FRANCE.
Ce nom de Jupiter ne vient pas de Jaopater
, il vient du Cevs des Grecs , & le gus
des Grecs vient lui -même du Dzew des
Orientaux, qui fignifie Poffeffeur , Maître ,
Seigneur.
Les Grecs donnoient affez indiftinctement
le nom de Zeus à tous leurs Dieux ,
comme les Phéniciens donnoient aux leurs
celui de Baal , Bel .
( 1 ) Macrobe dit qu'après la mort de
» Saturne , Janus lui dreffa un autel com-
» me à un Dieu , établit des cérémonies fa-
» crées , & inftitua les Saturnales , & qu'on
» lui facrifioit des hommes , jufqu'à ce
qu'Hercule emmenant en Italie les bef-
» tiaux de Geryon , y abolît cette coutu-
» me ; on peut voir par ces facrifices hu-
» mains que Janus étoit un defcendant de
» Lycaon ; ce caractere a quelque rapport
» à notrus.
Ce que M. Newton dit ici n'eſt pas juſte :
ces facrifices inhumains qu'on faifoit en
l'honneur de Molok ou Saturne , ou Chronos
, ( car c'eft le même Dieu fous différens
noms ) avoient pris leur origine dans la
Phénicie , & n'avoient aucun rapport aux
Rois d'Italie ou de Grece . Les Phéniciens ,
Hercule lui-même , fondateur du Royau-
(1 ) Newton , p. 164.
!
:
DECEMBRE 1755. 167
me de Phénicie , porterent ces facrifices
partout où leur religion put prendre racine
, de même que Didon les porta en Afrique
, lorfqu'elle y alla fonder Carthage.
Âu refte la religion Phénicienne pouvoit
être connue en Afrique avant l'arrivée de
Didon , puifqu'Hercule avoit pouffé fes
découvertes par mer jufqu'au détroit de
Gades , où il fit élever ces fameufes colonnes
connues fous fon nom. M. Newton
convient lui-même , page 171 , que l'idolâtrie
commença dans la Chaldée & l'Egypte
, d'où elle s'étendit dans la Phénicie
& les pays voifins longtems avant qu'elle
eût été introduite en Europe.
( 1 ) Cependant du tems de Moyfe ,
» tous les charriots de l'Egypte , avec lef-
» quels Pharaon pourfuivit Ifraël , ne
» montoient qu'à 600.
"
Cela eft vrai : mais en doit-on conclure
que l'Egypte n'en poffédoit pas un nombre
beaucoup plus confiderable ? Pharaon dans
la pourfuite des Ifraelites , à laquelle il ne
pas, ne put fe fervir
charriots qui pouvoient être alors à Tanis
& dans les environs ; il n'eut pas le tems
d'en raffembler davantage.
s'attendoit
que
des
Voilà , Monfieur , les obfervations que
(1 ) Newton , p . 178 .
168 MERCURE DE FRANCE.
j'avois à faire fur la Chronologie des Grecs,
par M. Newton. Je n'ai relevé que les
Anachronifmes qui m'ont paru les plus
hardis : j'aurois pu en relever un plus grand
nombre , puifque tout eft Anachronisme
dans un ſyſtème fondé fur de pareils principes.
Je fuis réellement fâché qu'un auffi
grand homme fe foit trop prévenu en faveur
de l'obfervation d'Eudoxe pour la fixation
de l'époque des Argonautes. Avec une
lecture vafte , il étoit en état de faire d'importantes
découvertes en fait de Chronologie
: j'en juge par ce fyftême , que je crois
faux , mais qui par là même a demandé un
effort de génie d'autant plus grand . La
vérité ne coute pas tant de peines à dévoiler.
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh . P. R.
fur la Chronologie de M. Newton.
M. Newton (1) confond auffi Séſac avec
Ofiris , mais il eft aifé de montrer en
deux mots qu'il fe trompe. Selon lui , Séfac
monta fur le trône d'Egypte pendant le
regne de Salomon : or il eft certain , &
tous les habiles gens en conviennent , que
le boeuf, fymbole d'Ofiris , étoit adoré dès
les tems de Moïfe. Le Géographe Eftienne
dit
que la ville de Thebes , cette fameuſe
Diofpolis appellée No-Hammon dans l'Ecriture
Sainte , avoir été bâtie par Ofiris
& Ifis. Krigua Crígid& vyù l'ord . Diodore
dit la même choſe. Or fi les peuples
de la Thébaïde font les plus anciens habitans
de l'Egypte , comme ( 2 ) les Hiftoriens
en conviennent , fi Thebes fut d'a-
( 1 ) Newton , p. 83. (2) Diodore , L. 1 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
bord le fiege des Rois d'Egypte , où en
fera M. Newton avec fon Séfac ?
Les Hiftoriens ( 1 ) nous diſent encore
qu'Ofiris enfeigna l'Agriculture aux Egyptiens
, que fon époufe leur donna l'ufage
du froment & de l'orge qui croiffoient auparavant
comme des plantes inconnues &
négligées . En un mot , ils conviennent
qu'Oficis fut le Légiflateur des Egyptiens.
Ya- t'il làquelque chofe qui puiffe regarder
Séfac ? Eft- ce que l'Egypte n'étoit pas dès
les temps de Jofeph , le grenier de tous les
peuples circonvoifins ? Cet Empire n'étoitil
pas gouverné par d'excellentes loix ? L'Ecriture
elle- même loue le
gouvernement
& la fageffe des Egyptiens dans ces temps
reculés , &c . Ces objections & plufieurs
autres que je pourrois accumuler ici , fe
préfentent naturellement à l'efprit ; pourquoi
M. Newton n'en a-t'il point fait ufage,
les croyoit- il peu dignes de fon attention
?
<< (2 ) Sous le regne d'Ammon , pere
» d'Ofiris ou Séfac, & ayeul d'Orus & de
» Bubafte , les Thébains
commencerent à
s'appliquer à la navigation & à l'Aftro-
» nomie , & par le lever & le coucher Hé-
"
(1 ) Diodore , L. 1. Plutarque dans fon Traité
d'Oliris & d'Ifis. ( 2) Newton , p. 83 .
DECEMBRE . 1755. 151
ל כ
» liaque des Etoiles , ils déterminerent la
longueur de l'année folaire ; ils ajouterent
» à la vieille année du Calendrier , cinq
» jours qu'ils confacrerent à fes cinq enfans
, & c. » .
و د
Cette détermination de l'année folaire ,
doit être attribuée à Ofiris , Prince éclairé
& très-inftruit. J'en ai de bonnes preuves ,
& fi mes réflexions donnent lieu à une réponſe
, j'aurai occafion de développer ce
poin: d'hiftoire que je ne mets point ici
pour ne pas trop m'étendre.
66
(1 ) Car il n'eft pas vraisemblable que
l'équation du mouvement du foleil ait
» été connue des l'enfance de l'Aftrono-
» mie ». Mais l'Aftronomie avoit pris fon
origine dans les plaines de Sennaar , avant
la difperfion des peuples , & il eft conftant
que cette équation a été connue & fixée
par le fondateur de la Monarchie Egyptienne.
Elle a été connue auffi des Chinois
fous leur Empereur Yao dont le regne paſſe
l'an 2000 avant Jefus-Chrift .
of
(2 ) Jules Céfar la corrigea , en y ajou
» tant un jour tous les quatre ans , & en
» fit l'année Romaine »
Cette correction étoit faite dès le tems
d'Oficis , & c'eft ce qu'il eft très- aifé de
(1 ) Newton , p. 84. (2 ) Ibid.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prouver par la compofition de la grande
période de 36525 ans qui fut dès- lors en
ufage.
( 1 ) Quand Amenophis eut fixé à l'équinoxe
du printems le commencement
» de la nouvelle année Egyptienne de 365
» jours , il mérita le monument dont on a
» parlé ci- deffus » . ( 2 ) Ce monument étoit
un cercle d'or de 365 coudées de circonférence
, divifé en 395 parties égales , pour
repréſenter tous les jours de l'année ; on
avoit auffi décrit fur chaque partie , le
lever & le coucher héliaque des étoiles .
Si l'on prouve que cet Amenophis n'eſt
pas différent du Prince Manoph ou Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne ,
& que Menès & Ofiris font deux noms
différens du même Prince , il fe trouvera
que M. Newton parle ici contre fon propre
fentiment. (3 ) Le Chevalier Marsham
fait voir qu'il y a eu plufieurs Amenophis ;
il dit de plus & avec raifon , que ce nom
d'Amenophis , comme celui de Memnon
ne different point du nom de Menès. Phamenophis
itaque , five Amenophis , Thebanis
is eft , qui Gracis Memnon , nomen ex Menis
, primi Regis , nómine componi videtur.
Memnoph Gracis , Euphonia gratiâ. Men-
(1 ) Newton , p. 69. ( 2 ) Diodore , L. I 、
(3 ) Marsham , P. 401 .
DECEMBRE. 1755. 153
non five Memnon. Je crois donc que cet
Amenophis dont la ftatue étoit à Thebes
dans les Syringes , & auquel on dédia le
riche monument dont on vient de parler
n'eft point différent de Menès auquel étoit
due la fixation de l'année Egyptienne . Il
eft aifé même de le faire voir
par les propres
paroles de M. Newton qui dit
104 , qu'Amenophis bâtit la ville qu'il
appella de fon nom , Amenoph ou Memphis.
Or ( 1 ) Memphis fut bâtie par Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne .
Amenophis & Menès font donc un feul &
même Prince.
page
« (2) Plufieurs nations célebrerent fous
» des noms différens , les louanges de Sé-
» foftris , à caufe de fes grandes conquêtes.
Les Chaldéens l'appelloient Belus , qui
» en leur langue veut dire Seigneur : les
» Arabes le nommoient Bacchus qui en
leur langue fignifie grand : les Phrygiens
& les Thraces lui donnoient le
» nom de Mafors , Mavors , Mars , qui
» veut dire vaillant , & c » .
23
Le culte de Belus exiftoit chez les Chaldéens
plufieurs fiecles avant Séfac & Séfoftris.
Je n'ignore pas auffi qu'il y a eu
plufieurs Belus , mais ils font tous anté-
( 1 ) Hérodote , L. z. ( 2) Newton , p. 101 ,
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
rieurs aux deux Princes Egyptiens. Sans
fçavoit fi le nom de Bacchus fignifie grand
dans la langue des Arabes , je ne doute pas
que Bacchus ne foit le même qu'Oficis ,
mais non point que Bel & Séfac. Quant
au Mavors , Ares , Marts , je crois qu'il
eft le Nemrod de l'Ecriture Sainte , connu
des Grecs fous le nom de Ninus , & adoré
des Chaldéens fous le titre générique de
Baal. Ces quatre noms Ares ou Arets ,
Marts , Ninus & Nemrod , paroiffent fort
différens , il font formés cependant de la
même racine. Arats , fignifie violentiâ ufus
fuit , fortem aut violentum fe exhibuit. D'Arats
vint Arets , Tyran , Conquérant , &
avec le même du participe Marets ou Mavorts.
On remarquera que chez les Latins,
Mars fait au génitif Martis , ce qui prouve
qu'on a du prononcer dans l'origine
Marts au lieu de Mars , qui eft plus doux à
la prononciation , & que pour cette raifon
on a préferé. Dans mes réflexions fur
page 73 de M. Newton , j'ai déja remar
la
qué que le changement des lettres S , TS ,
T, étoit fort communs. Ainfi on prononçoit
indifféremment Agns , Mavorts , &
Mars ou Marts.
Dans Nemrod , nom que je crois un peu
corrompu , il doit y avoir l'n . Cette infertion
de l'n eft commune ; on en a vu un
DECEMBRE. 1755 155
exemple dans Noph , Moph , & Manoph
qui expriment la ville de Memphis . Avec
cette n inférée , on aura donc Ninmrod ,
ce qui doit être interprêté Nin , le Conquérant
ou le Tyran. On peut confulter la Dif
fertation d'un fçavant ( 1 ) Académicien ,
dans laquelle on établit un parallele auffi
ingénieux que folide entre les deux Conquérans
Ninus & Nemrod. Quelqu'un a
déja remarqué que le nom de Baal ou Bel ,
a formé le bellum des Latins , parce que
Mars eft le premier qui fe foit fervi des armes
, & qu'il eft réputé le dieu des guer
riers.
a ( 2) Les Egyptiens l'appelloient Héro
ou Hercule.
Je ne connois point ce nom de Héro ; je
ne crois point non plus que quelque Ancien
ait dit que les Egyptiens donnerent à
Ofiris le nom d'Hercule . Je pense que cet
Hercule n'eft point différent de Canaan
frere de Mifor ou Mefraim , frere par con
féquent d'Ofitis. On peut voir à cette occafion
une Differtation imprimée dans la
Bibliotheque choifie de M. le Clerc , dans
laquelle on établit ce fentiment.
( 3 ) En le déïfiant , ils lui donnerent les
(1) M. Gibert de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres . ( 2 ) Newton , p. 102. ( 3) Ibid,
P. 102.00 10:
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
»noms de ce fleuve ( du Nil ) , Sihor ,
» Nilus & Ægyptus " .
Sicher fignifie noir , & ce nom n'eſt
qu'une traduction ou épithete de celui de
Ham. Les Egyptiens avoient donné ce nom
de Ham , à leur royaume , à leur fleuve &
à Thebes leur ville capitale . Le nom d'Ægyptus
eft bien plus récent , il exprime en
grec un espece de Vautour extrêmement
noir il n'eft donc que la traduction du
nom de Ham .
"3
a ( 1 ) Les Grecs ayant entendu les
» Egyptiens s'exprimer ainfi dans leurs
» cantiques lugubres : O Sihor , Bou Sihor,
prirent delà occafion de l'appeller Ofiris
» & Bufiris ».
Le nom d'Ofiris ne dérive pas de Sihor ;
une lettre afpirée telle que le Cheth ne
s'éclipfe pas ainfi ; Ofiris & Siris viennent
d'une autre fource . Quant aux noms de
Bufiris , Tapofiris , on peut confulter faint
Clément d'Alexandrie.
(2) Ofiris fut donc tué la cinquieme
» année d'Afa par fon frere Japet , que les
» Egyptiens appelloient Typhon , Python
» & Neptune ce fut alors que les Lybiens
fous la conduite de Japet & de fon
fils Atlas , envahirent l'Egypte , & exci-
(1) Newton , p. 102. ( 2 ) Ibid. p . 103 .
1
DECEMBRE . 1755. 157
» terent la fameufe guerre des Dieux &
» des Géants ".
Comme M. Newton lui- même fait Japet
frere d'Ofiris , on peut juger delà ſi j'ai
eu tort de dire qu'Hammon étoit Ham ,
qu'Oficis étoit le fondateur de la Monarchie
Egyptienne ou Mefraïm . Mais Japet
qu'on ne peut méconnoître ici pour le
Patriarche Japhet étoit oncle d'Ofiris &
non point fon frere : les Grecs ont jetté
M. Newton dans cette méprife parce qu'ils
font Japet frere de Chronos ; mais il y a
eu deux Chronos comme on peut le voir
par le fragment de Sanchoniathon ancien
auteur Phénicien . Le premier Chronos eft
Noë , le fecond eſt Ham ; le Poëte Nonnus
dit auffi que le nom d'Hammon chez les
Arabes étoit Chronos. Il eft donc vrai que
Japet étoit frere du fecond Chronos &
fils du premier , par conféquent oncle
d'Ofiris.
Je penfe auffi comme M. Newton que
ce même Japet eft Neptune , mais non
point Python ou Typhon. Eft- il donc fi
difficile de reconnoître ce Python dans
Phuth , frere de Mefraïm . Ham avoit eu
l'Afrique en partage , il la diftribua à ſes
enfans. Chus eut l'Ethiopie , & depuis on
a toujours appellé les Ethiopiens des Chufites
; Mefr , Mifor , ou comme l'appelle
158 MERCURE DE FRANCE.
l'Écriture Sainte , Mefraïm , eur l'Egypte
qui porte encore aujourd'hui fon nom ;
Canaan eut le païs de ce nom , & enfin
Phuth cut les païs qui font à l'occident
de l'Egypte.
(1) Sur ces entrefaites , Amenophis
» quitta la Baffe-Egypte , & vint à Mem-
" phis fuivi par les reftes de l'armée Ethio-
»pienne de fon pere ; étant arrivé dans
» ce païs , il fit paffer le Nil dans un autre
» canal , fous un Pont neuf qu'il bâtit en-
» tre deux montagnes ; en même- tems if
»bâtit & fortifia cette ville contre Ofarfiphus
, & l'appella de fon nom Amenoph
» ou Memphis ».
Cet Amenophis comme nous l'avons
déja infinué eſt le même que Menès fondateur
de la Monarchie Egyptienne . Le nom
bien orthographié eft Manof on Menouf
comme les Arabes prononcent. Les Grecs
ont étrangement corrompu ce nom . Ils
l'ont écrit tantôt Menevis , Mnevis , Memphis
, tantôt Menophis Minevis , Meneus ,
Menes , Menon , & c . car on le trouve écrit
de toutes ces manieres. Ce nom fignifie
ville , habitation . Ainfi on appelloit MenoufMefr
ou la ville de Mefraim , celle
que les Grecs appellerent toujours Memphis
, mais que les Orientaux nomment
(1) Newton , p. 103.
DECEMBRE . 1755. 159
encore aujourd'hui Manof , Monf & Mefr.
Hérodote & Jofephe attribuent fa fondation
à Menès . En un mot , Menès n'a été
appellé ainfi que du nom de la ville qu'il
avoit fait bâtir ; car fon véritable nom
étoit Mefr , ou Mifor, comme il eft appellé
dans le fragment de Sanchoniathon .
M. Newton place cette expédition d'Amenophis
fept ans après celle des Argonautes
, c'eſt - à - dire , l'an 930. Eft- il vraifemblable
que la ville de Memphis ait été
bâtie fi tard ?
« (1 ) Il eft für que cet Hercule de Tyr
»ne fçauroit être plus ancien que la guerre
» de Troye , parce que les Tyriens ne
» commencerent à voyager fur la Médi
terranée , qu'après cette guerre..... ( 2)
Jofephe fait mention d'un autre Hercule
» plus ancien , en l'honneur duquel Hiram
fit bâtir un Temple à Tyr : peut- être y
» avoit-il auffi avant lui un Hercule de
» Tyr qui avoit établi le commerce des
Tyriens fur la Mer Rouge , du tems de
David & de Salomon »..
Sans doute il y avoit un ancien Hercule,
& bien antérieur à Salomon & à David.
Il y en avoit un comtemporain d'Oficis.
Il étoit fils du Nil , felon Ciceron , c'eſt-
( 1 ) Newton , p. 118. (2 ) Ibid. p. 119.
160 MERCURE DE FRANCE.
à - dire , fils de Ham , frere par conféquent
d'Ofiris ou Mefr .
Je dis qu'Hercule étant qualifié fils du
Ni , on doit entendre par là qu'il étoit fils
de Cham ; on en peut voir la raifon dans
la réflexion que j'ai faite précédemment
fur la page 102 de M. Newton . Le nom
d'Hercule ne fe trouve point parmi les enfans
de Ham , auffi n'étoit-ce là qu'une
épithete qui , felon la remarque ingénieufe
de M. le Clerc , paroît ne fignifier rien
autre chofe que Marchand , Négociant
Harokel . Mais écoutons l'Auteur de l'Etymologicon
Megad : Tìv H'ganaŭv qasì , x 1à
των λουπλέων διαλεκτον , ΧΩΝΑ λέγεθαι .
Hercule eft appellé Cona dans le Dialecle
1 Egyptien. Méconnoîtra t'on ici Canaan ou
Cna frere d'Ofiris ? Eufebe à la fuite du
fragment de Sanchoniathon , qualifie Ofiris
, frere de XNA , le premier , dit- il ,
qui ait été appellé Phénicien par les étrangers.
Hercule eft donc Canaan fils de Ham:
auffi les Grecs font -ils Hercule fils de Jupiter
, & en Egypte on ne connoiffoit
point d'autre Jupiter qu'Hammon ou Ham.
Quant à l'épithète d'Harokel , Marchand ,
elle n'a rien de ridicule. Canaan fe diftingua
par fon grand commerce , au point
que dans l'Ecriture même Cnani fignifie
un Marchand. Dans Etienne de Byzance
DECEMBRE. 1755. 161
XNA exprime la Phénicie , & xv un
Phénicien , ainfi on ne doit point ranget
cette étymologie au nombre des conjectures.
Hercule a été encore appellé Mélicerte
, mais ce nom ne fignifie que Roi de
la ville .
»(1 ) Après que les Phéniciens & les Grecs
» eurent reçu des Egyptiens l'art de naviger
, & la maniere de faire de longs
» vaiffeaux à voiles & à un rang de rames ,
» les Sidoniens porterent leur commerce
» dans la Gréce , & le continuerent pen-
» dant 50 ans.
Ce que dit ici M. Newton manque
d'exactitude. Les Phéniciens font les plus
anciens commerçans , & les premiers navigateurs
non -feulement ils ont les premiers
trouvé l'art de la navigation (2 ) , mais
encore ils ont appris aux autres peuples à
donner des batailles fur mer , à ufer du
droit de la royauté , & à foumettre les
peuples voifins. Le nom feul d'Hercule
qui a fait tant de bruit parmi les Grecs ,
prouve bien que les Phéniciens ont fçu
profiter d'abord de la fituation avantageufe
de leur païs pour le commerce maritime.
Marsham , page 109 , cite un paſſage
de Jofephe , qui fait voir que les Egyptiens
(1 ) Newton, p. 121. ( 2 ) Sanchoniathon . Stra
bon , L. 16. Pline , L. s . c. 12, Jofeph . Antiq.
162 MERCURE DE FRANCE.
n'ont été connus des Grecs que par le canal
des Phéniciens .
( 1 ) Du tems d'Erechthée , Roi d'A-
» thenes , & de Celeus , Roi d'Eleufis ,
» Cerès vint dans l'Attique , éleva Tripto-
» leme , fils de Celeus , & lui apprit à femer
» des grains ; elle coucha avec Jafon , &c.
Comment M. Newton n'a-t'il point vu
que cette Cerès étoit Egyptienne , & femme
d'Oɓiris , conféquemment qu'il ne s'agit
ici que de l'introduction de fon culte
dans la Grece ? (2) Erechthée étoit Egyp
tien; pendant une famine qui défoloit la
Grece , il y tranfporta des blés : il fut établi
Roi par les Athéniens en reconnoiffance
de ce bienfait. Erechthtée leur enfeigna les
facrifices de Cerès , & établit à Eleufis les
myfteres de cette Décffe , & des Prêtres
pour en obferver les pratiques fur le mo
dele de ceux d'Egypte.
Cette époque de l'introduction des myf
teres de Ĉerès dans la Grece eft fixée par
les Interprêtes des marbres d'Arondel à
Fan 1426 avant J.C. environ 280 ans avant
la guerre de Troye. M. Newton la fixe à
Pan rozo , la différence eft de 396 : est- ce
là ce qu'il appelle ne pas porrer l'exactitude
jufqu'à une année près ?
(1) Newton, p. 141. ( 2 ) Diodore.
DECEMBRE. 1755. 163
ود
» (1) Au retour de Séfoftris en Egypte ,
» fon frere Danaus attenta non-feulement
» à fa vie , comme on a déja dit , mais
» commanda encore à fes cinquante filles
qui épouferent les fils de Séfoftris , de
» tuer leurs maris , après quoi il fe fauva
d'Egypte fur un long vaiffeau , & c .
"
و ر
Dans la chronique abrégée à l'époque
956 , M. Newton dit » Séfac eft tué par
» fon frere Japet .
Si l'on fuppofe , avec M. Newton , que
Séfoftris foit le même que Séfac & qu'O
firis , il faudra dire auffi que ce Prince a
été tué par un de fes freres. Après avoir
prouvé plus haut la fauffeté de cette prétendue
identité , fi le fait fe trouvoit être
le même , ce ne pourroit être qu'un effet
du pur hazard ; mais comme il eft entiérement
faux , & que Diodore nous dit ,
» que Séfoftris ayant perdu la vue après un
>>regne de 33 ans , fe donna volontairement
» la mort » (2 ) , il eft vifible que M. Newton
ne marque cet affaffinat que pour foutenir
le parallele qu'il a établi entre Séfoftris
, Oficis & Séfac. Pourquoi tromper
fes Lecteurs , altérer les faits , & jetter de
l'obfcurité où il n'y en a point?
"
En lifant ces paffages dans M. Newton ,
( 1) Newton , p. 144. ( 2 ) Diodore , L. 1.
164 MERCURE DE FRANCE.
il me femble entendre quelqu'un qui dit ,
Louis XIV qui eft le même que Philippe
Augufte & que Clovis , eft tué par fon
frere Pharamond ; les Anachronismes de
M. Newton ne font guere moins violens.
(1 ) Hérodote dit que les Phéniciens
qui fuivirent Cadmus , introduisirent
» plufieurs fciences dans la Grece ; car il y
» avoit parmi ces Phéniciens des gens ap-
» pellés Curetes , qui étoient plus verfés
» dans les Arts & dans les fciences de la
Phénicie que d'autres les uns s'établi
» rent dans la Phrygie , où ils furent appellés
Corybantes , les autres dans la
» Crete , où on leur donna le nom d'Idoi
» Dactyli , &c.
Ces gens , appellés Curetes , Corybantes,
&c. étoient des Prêtres Phéniciens , comme
les noms qu'ils portent nous l'apprennent .
Curete , fignifie châtré , parce que ces Prêtres
, comme l'on fçait , étoient prefque
tous eunuques. Corybante fignifie Sacrificateur,
Prêtre , de Corban , facrifice , obla
tion les Chretiens Orientaux fe fervent
encore aujourd'hui de ce terme pour exprimer
le facrifice de la Meffe.
:
» (2 ) Les deux premiers Rois de Crete
qui regnerent après l'arrivée des Cure-
(1 ) Newton, p. 154. (1 ) Ibid. p . 158 .
DECEMBRE. 1755. 169
» tes , furent Afterius & Minos. Europe
» fut femme d'Afterius & mere de Minos :
» les Curetes du mont Ida furent fes compatriotes
, & vinrent avec elle ; .... par
» conféquent il faut qu'Afterius , Europe ,
» & Minos foyent le Saturne , la Rhea , &
» le Jupiter des Crétois .
Je doute que ce raifonnement foit bien
conféquent , puifque les Curetes & les Corybantes
qui fuivirent Cadmus en Grece ,
étoient des Prêtres Phéniciens : il eft , ce
me femble , plus naturel de penfer qu'a
vec la connoiffance des Arts & des fciences
, ils porterent encore celle des Divinités
qui étoient adorées dans la Phénicie ,
& dont ils étoient les Miniftres .
» ( 1 ) Car les Phéniciens dans leur pre-
» premier voyage en Grece donnoient le
» nom de Jaopater , Jupiter à tous les
» Rois.
Je doute très-fort que le nom de Jupiter
ait été connu des Phéniciens ; il n'étoit
feulement pas en ufage en Grece . Je ne
connois que les Latins qui l'aient employé
pour exprimer des Princes , fondateurs de
quelques Empires , des Héros qui par leurs
belles actions avoient mérité la déïfication
; mais jamais il n'a été un nom géné
rique de tous les Rois.
(1 ) Newton , p. 158.
166 MERCURE DE FRANCE.
Ce nom de Jupiter ne vient pas de Jaopater
, il vient du Cevs des Grecs , & le gus
des Grecs vient lui -même du Dzew des
Orientaux, qui fignifie Poffeffeur , Maître ,
Seigneur.
Les Grecs donnoient affez indiftinctement
le nom de Zeus à tous leurs Dieux ,
comme les Phéniciens donnoient aux leurs
celui de Baal , Bel .
( 1 ) Macrobe dit qu'après la mort de
» Saturne , Janus lui dreffa un autel com-
» me à un Dieu , établit des cérémonies fa-
» crées , & inftitua les Saturnales , & qu'on
» lui facrifioit des hommes , jufqu'à ce
qu'Hercule emmenant en Italie les bef-
» tiaux de Geryon , y abolît cette coutu-
» me ; on peut voir par ces facrifices hu-
» mains que Janus étoit un defcendant de
» Lycaon ; ce caractere a quelque rapport
» à notrus.
Ce que M. Newton dit ici n'eſt pas juſte :
ces facrifices inhumains qu'on faifoit en
l'honneur de Molok ou Saturne , ou Chronos
, ( car c'eft le même Dieu fous différens
noms ) avoient pris leur origine dans la
Phénicie , & n'avoient aucun rapport aux
Rois d'Italie ou de Grece . Les Phéniciens ,
Hercule lui-même , fondateur du Royau-
(1 ) Newton , p. 164.
!
:
DECEMBRE 1755. 167
me de Phénicie , porterent ces facrifices
partout où leur religion put prendre racine
, de même que Didon les porta en Afrique
, lorfqu'elle y alla fonder Carthage.
Âu refte la religion Phénicienne pouvoit
être connue en Afrique avant l'arrivée de
Didon , puifqu'Hercule avoit pouffé fes
découvertes par mer jufqu'au détroit de
Gades , où il fit élever ces fameufes colonnes
connues fous fon nom. M. Newton
convient lui-même , page 171 , que l'idolâtrie
commença dans la Chaldée & l'Egypte
, d'où elle s'étendit dans la Phénicie
& les pays voifins longtems avant qu'elle
eût été introduite en Europe.
( 1 ) Cependant du tems de Moyfe ,
» tous les charriots de l'Egypte , avec lef-
» quels Pharaon pourfuivit Ifraël , ne
» montoient qu'à 600.
"
Cela eft vrai : mais en doit-on conclure
que l'Egypte n'en poffédoit pas un nombre
beaucoup plus confiderable ? Pharaon dans
la pourfuite des Ifraelites , à laquelle il ne
pas, ne put fe fervir
charriots qui pouvoient être alors à Tanis
& dans les environs ; il n'eut pas le tems
d'en raffembler davantage.
s'attendoit
que
des
Voilà , Monfieur , les obfervations que
(1 ) Newton , p . 178 .
168 MERCURE DE FRANCE.
j'avois à faire fur la Chronologie des Grecs,
par M. Newton. Je n'ai relevé que les
Anachronifmes qui m'ont paru les plus
hardis : j'aurois pu en relever un plus grand
nombre , puifque tout eft Anachronisme
dans un ſyſtème fondé fur de pareils principes.
Je fuis réellement fâché qu'un auffi
grand homme fe foit trop prévenu en faveur
de l'obfervation d'Eudoxe pour la fixation
de l'époque des Argonautes. Avec une
lecture vafte , il étoit en état de faire d'importantes
découvertes en fait de Chronologie
: j'en juge par ce fyftême , que je crois
faux , mais qui par là même a demandé un
effort de génie d'autant plus grand . La
vérité ne coute pas tant de peines à dévoiler.
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Résumé : Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
Le texte critique la chronologie de M. Newton, notamment son identification de Sésac avec Osiris. Newton affirme que Sésac monta sur le trône d'Égypte pendant le règne de Salomon, mais le texte conteste cette affirmation en soulignant que le culte du bœuf, symbole d'Osiris, existait déjà du temps de Moïse. Des historiens comme Diodore et Plutarque sont cités pour montrer que les habitants de la Thébaïde étaient les plus anciens Égyptiens et que Thèbes était leur capitale. Le texte met en avant que les historiens attribuent à Osiris l'enseignement de l'agriculture aux Égyptiens et son rôle de législateur. Il souligne également que l'Égypte était déjà un grenier pour les peuples voisins du temps de Joseph et que son gouvernement était loué dans l'Écriture Sainte. Le texte discute de la détermination de l'année solaire par Osiris et de la correction du calendrier par Jules César. Il mentionne Amenophis, qui aurait fixé l'année égyptienne à 365 jours, et le compare à Menès, fondateur de la monarchie égyptienne. Le texte explore les différentes appellations d'Osiris dans diverses cultures et les confusions possibles entre les noms de Belus, Bacchus, Mars et Nemrod. Le texte aborde également la guerre des Dieux et des Géants, impliquant Japet et Atlas, et la fondation de Memphis par Amenophis, identifié comme Menès. Il conclut en discutant de l'ancienneté d'Hercule et de ses liens avec Osiris et Ham. Le texte critique les inexactitudes de M. Newton concernant les relations entre les Égyptiens, les Grecs et les Phéniciens. Il mentionne que les mystères de Cérès en Grèce proviennent d'Égypte et que les Phéniciens ont introduit diverses sciences en Grèce. Les Curetes, Corybantes et autres prêtres phéniciens sont décrits comme ayant joué un rôle clé dans la transmission des connaissances et des pratiques religieuses. Enfin, le texte conteste les affirmations de M. Newton sur les sacrifices humains et l'origine de l'idolâtrie, affirmant que ces pratiques proviennent de la Phénicie et de l'Égypte, bien avant leur introduction en Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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