DESCRIPTION PHILOSOPHIQUE
des Ouvrages de la Nature , où l'on tache
de faire voir les diverfes gradations des
Mineraux & des Animaux. On y joine
une Defcription de l'état preſent du Jardinage
dans la grande Bretagne , & en
d'autres Pays de l'Europe , avec de nouvelles
experiences pour améliorer les
Terres fteriles , & pour multiplier toutes
ortes d'Arbres. Ouvrage enrichi de pluffeurs
belles Figures . Par Richard Bradley,
de la Societé Royale. A Londres , chez
W
>
JUILLET. 1730. 1613
W. Mears , 1721. grand in 4°. de 194
pages.
Dans l'examen de l'accroiffement des
Plantes , l'Auteur fuppofe que 12 Glands',
nouvellement cueillis , pefent une once ,
& qu'un Chefne dans fon état de perfection
, c'eſt- à - dire , au bout de cent ans
pefe environ 15 tonneaux ; de forte que
dans l'efpace de cent ans , un Gland du
poids de la 12 partie d'une onze , produit
un Arbre qui pefe 33600 liv. c'eft- à dire ,
$ 37600 onces , ou 6457200 Glands. On
voit par là que ce Gland , dans l'efpace de
cent ans , s'eft augmenté chaque année ,
l'une portant l'autre , de 64512 parties ,
ce qui fait 5376 onces. L'experience nous
enfeigne , continue l'auteur , que la premiere
année , le jeune Chene pefe environ
trois fois autant que le Gland ; que
2de année il peſe environ trois fois autant
que la premiere ; & la troisième année ,
environ trois fois autant que la 2de ; &
ainfi de fuite dans la même progreffion ,
pendant le principal temps de l'accroiffement
du Chene . M. Bradley ne compte
pas le poids , ou le nombre des Glands
qu'un Chene peut porter depuis fa 30
année jufqu'à la 100. Il croit que cet Arbre
n'en produit pas moins de cent Boiffeaux
, qui contiennent vrai - femblables
ment 384000 Glands ; car fi l'on compte
la
›
1614 MERCURE DE FRANCE
o Glinds par pinte , ce qui fait 3840
Glands par Boiffeau ; 100 Boiffeaux contiendront
le nombre que nous venons de
marquer. Et fi l'on fuppofe que 12 Glands
pefent une once le poids entier des Glands
montera à 32000 onces , ou 2000 livres ,
L'Auteur ajoute que fa fupputation des
Glands n'eft pas moins moderée que ce
qu'il a dit du poids du Chene , y com
pris fes racines & fes branches. Il a vû
cueillir 4 facs de Glands d'un feul Chene
, lefquels faifoient 16 boiffeaux . Il croit
donc que l'on peut compter cinq boif
feaux de Glands chaque année , l'une portant
l'autre ; ce qui fait en cent ans , soo
boiffeaux , lefquels pefent 10000 liv. fuivant
la fupputation précedente , & font
1920000 Glands . Et fi l'on fuppofe que
le poids des feuilles & des coffes des Glands
que le Chene produit pendant cent ans ,
cft égal au poids des Glands ; cet Arbre
aura tiré de la terre , de l'eau & de l'air ,
durant cet intervale , une nourriture du
poids de 524000 liv.ce qui eft un accroif
fement merveilleux.
L'Auteur entreprend de faire voir que
dans les Plantes annuelles , comme la Citrouille
ou la Courge , la proportion du
poids de la Plante , comparé avec le poids
de la femence, eft à peu près la même que
celle du Chene ; & que l'accroiffement
proJUILLET
. 1730. 1615
progreffif eft à peu près femblable , à proportion
du temps. Comme l'accroiffement
de ces Plantes fe fait fort vîte , M.Bridleydit
que l'on pourroit voir leur mouvement
avec un bon Microfcope . Il y a des
Microfcopes qui font paroire un fimple
Point de la groffeur d'un grain de fable ,
fous un Diametre de trois pouces. Si l'on
fuppofe qu'une feuille croît d'un pouce &
demi en 24 heures , & qu'un pouce contient
so points ; il s'enfuivra que cette
feuille s'augmente de 75 points en 24
heures .
Et fi chacun de ces Points paroit avoir
trois pouces de diametre par le Microfcope
, cet accroiffement fera de 18 pieds ,
pouces,
De forte que fi l'on mettoit un Microſcope
fur une feuille de Citroüille ,lorfque
le foleil luit , on y pourroit découvrir
la circulation de la féve , & l'on au
roit le plaifir de voir croître la Plante &
d'obferver le mouvement de fes parties ,
lequel feroit plus promt que celui d'une
Aiguille d'Horloge qui marque les minutes.
Les Maquereaux ,ajoute l'Auteur en parlant
des Poiffons ; les Harengs & plufieurs
autres fortes de Poiffons , paffent vers les
côtes de la grande Bretagne dans certai
nes faifons , pour chercher leur nourritu
re
1616 MERCURE DE FRANCE
re dans la Manché & dans les Rivieres &
pour y frayer. Le nombre des oeufs de
quelques poiffons eft prefque incroyable.
Dans le Merlus , par exemple , on compte
250 oeufs dans un cube de la 14 partic
d'un pouces & fuivant cette proportion ,
un Merlus doit contenir plus d'un million
d'oeufs. Suppofé que chaque cuf devint
un poiffon , & que dans les 5 ans
chacun de ces poiffons en produit d'autres
, il y en auroit 500 mille millions ; &
5 ans après, fuivant la même fupputation,
il y en auroit environ mille Myriades de
Myriades. Cet accroiffement produit originairement
par un feul poiffon , dans
l'efpace de dix ans , nous donne lieu de
croire que dans mille ans les Merlus occu
peroient un plus grand eſpace que celui
du Monde entier.
Tous ces oeufs ne font pas féconds ;
d'ailleurs ils font frequemment dévorez
par des poiffons d'une autre efpece , ou détruits
par d'autres accidens . Si la 40 ° partie
des oeufs de chaque année produifoit
d'autres poiffons , la Mer auroit de la
peine à les contenir. Les Poiffons des Rivieres
& des Lacs ne font pas moins féconds
en leur genre. Une Carpe fait 20000
oeufs , & la Tenche en fait peut - être dix
mille . On peut dire en general que plus un
poiffon a d'ennemis , plus la nature a eu
foin
JUILLET. 1730. 1617
Loin de la mettre en état de travailler abondamment
à la propagation de fon
Efpece.