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p. 1-18
REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
Début :
RÉPONSE. L'On est d'avis que l'on y doit [...]
Mots clefs :
Chartes, Abbaye, Règne, Roi, Histoire, Saint-Germain, Incarnation, Charte, Date
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
REMARQUES' sur la Réponse qui a .
paru dans le Mercure du mois de No»
vemb're dernier à la question : Si les
Chartes qui ». font point dattées , mais
munies de Sceaux dé personnes illustres,
dont le temps n est pas douteux , pe «-
vent pajfcr pour certaines & autcntiquest
RE'PONS E.
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P Ijjifj "lQ"Kr T°y , ©- qu'elles peuvent
|Éjg|gg| [ preuve qu'une choje est an.
Ay Cet
i MERCURE DE FRANCE
Cet avis , quoique bon en lui-même
est cependant trop vague , & trop gene
rai , les raisons fur leíquelles il est fondé
supposent le faux , &c l'on ne croit pas
qu'elles soient jamais admises par ceux
qui font un peu versez dans la connoisfance
des Chartes.
Il y a un certain milieu à garder en tou
tes choses. C'est un excès causé par l'igno
rance de l'Histoire Diplomatique , & des
coutumes des siecle? paslèz , de rejetter
abíolument toutes les Chartes qui manq
ent de dattes , de signatures ou de
sceaux ; & c'en est un autre de les admet
tre trop facilement- L'Auteur de la Ré
ponse > est tombé dans celui.ci , qui est
bien le moindre ; 8c M s de la Justice
tombent tous les jours dans l'autre , Se
en même temps condamnent' de faux des .
pieces , lesquelles avec les conditions
Îiu'ils exigent seroient entierement fauses
aux yeux des connoisteurs. Cette
erreur vient de ce qu'ils croyent que les
anciennes Chartes ne peuvent être bon
nes fans les formalitez des Actes d'au
jourd'hui , & qu'elles dévoient être dres
sées dans les siecles paísez comme elles
le fuit depuis un certain temps.
Il falloit donc distinguer les lieux, les.
temps, &: les personnes ; car íuivant ces. i
trois différents rapports il y a des Char
tes
JANVIER 1724. 3
tes fans dacte , auxquelles on peut, &
(on doic ajouter foy , & d'autres qui n'en
meritent aucune. Or l'on peut connoître
à peu près le temps d'une Charte
fins datte , par l'écriture , & par les per
sonnes qui y sont nommées. Pour les
lieux ils y sont presque toujours mar
quez.
Chez les Romains tout Acte étoit nul
lorsqu'il n'étoit point datté du jour &
du Coníulat , abfine die & Consule , &
par les Loix des Àllemans , {a) il étoit
défendu d'avoir égard à aucune Charte
qui n'étoit pas dattée du jour & de l'an.
C'est ce qui fait qu'on ne trouve qu'une
feule de leurs Chartes qui n'ait point de
datte : c'est la 55 .- dans Goldast. Ainsi
les Chartes faites dans les lieux où les
Loix Romaines , &ç celles des Allemans
étoient observées doivent être dattées ,
autrement il y a grande apparence qu'el
les sont fau fies.
Il n'en est pas de même de celles des
François & des Germains , on en trou
ve beaucoup fans aucune datte. (b) Ferard
en a raporté un grand nombre des
Ducs de Bourgogne , & même de quel
ques Evêques , 8c l'on env voit beaucoup
(a) Leges Aìamann. cap. 42. .
b) Pcrard , pag. r?*. tu, ait. *M. &
vantes.
A vj de
4 MERCURE DE FRANCE.
de pareilles dans les traditions de l'Ab
baye de Fulde.
Mais il faut faire attention que cet
uíàge ne s'est introduit que vers le 10e
siecle , & qu'il a fini dans le 13e & cela
principalement dans les Chartes: des
Seigneurs & des autres particuliers; car
pour celles des Rois il est très.rare (a)
d'en trouver íàns datte , au moins dans
les siecles dont nous venons de parler ,
excepté celles qui étoient de peu de con
sequence, & qui devoient être execu
tées fur le champ. Encore y marquoit.on
le plus souvent le mois , & même le
jour du mois. Il est vrai que les Char
tes des Rois de la premiere race n'ont
quelquefois pour toute datte que leur
nom , où les années de leur Regne. Il y
en a deux de cette premiere sorte dans le
supplement de la Diplom. p. 92. L'une
est de Clothaire IL & l'autre de Dagobert
I. & deux autres dans la nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Germain ; (b)
sçavoir le Testament de Dagobert qui
n'a. ni datte, ni signature, &.une Charte
de Thierry IL
Au reste , il est aisé de distinguer les
Chartes des Rois Merovingiens de celles
(«.! Mabillon. Diplom. p. in.
(í) Histoire de l'Abbaye de S.. Germain , .
pieces juuir. p. 4, & suivantes.
des
JANVIER 1714/ f
des autres qui les ont suivis , & même
celles des particuliers de leur temps, de
celles des temps posterieurs ; car on ob
serva preíque toujours de leur temps
cette formule , datum qnod fecit menfìs
N. dies N_4»#o N. Regis nostri , cowïendio
in dei nomine feliciter. Ou bien
iatum fub die v. Kal. &c. ou enfin fait*
.ejjio fub die &c. Mais la premiere sornule
étoit plus commune aux Rois , &
a derniere aux particuliers. Cette soriule
varia dès les commencemens de la
euxiéme race ,. & du Regne même de
'epin. Au lieu de. regni nostri , on mit
°gni Domini , Sec. k la troisième persons
, Se au datum ou data ,.. &c On ajouta
1nm, &c. Il y eut ensuite bien d'autres
îangemens juiqu'à Charles le Gros qui
ajouta l'année de l'Incarnation. Os
:rroit peut.être ici avec plaisir toutes
s differentes formules des dattes & des
nelusions des Chartes des Rois, & des
rtkuliers juíqu'à nos jours ; mais ce
oit trop s'écarter, & ce peut être le
et d'une Diísertation particuliere , en
endant on renvoye à la Diplomatie
e , où l'on trouvera íuffisamment de
ai se satisfaire.
Il n'y a donc presque eu que les par.
jliers , quelques Comtes , Ducs , &
êques qui ayent manqué de mettre
une
4 MERCURE DE FRANCE.
line datce à leurs Chartes.' Il s'en voit
tìn grand nombre dans le Yrésor. des
Anecd. dans la nouvelle édition des Di
plômes d'Aub. le Mire, &fen particu
lier parmi les pieces justificatives de
l'Histoire de l'Abbaye de S. Germain,
entre autres une de la Comtesse Eve fans
datte, ni signature, laquelle a été don
née vers l'an 849. Cependant ce non
usage n'étoit pas absolument universel ,
même dans l'onzième &c douzième siecle,
puiíque l'on en voit plusieurs avec le
mois 8e le regne du Roy, d'autres avec
l'année du regne fans mois ni jour, &
d'autres enfin avec, regnante DominoNpomifiâante
NV Comite N. fans en mar
quer les années.
Il y a une chose qui peut servir à
donner quelque ordre à cette diversité si
confuse. C'est qu'il ne paroît dans ces
deux siecles prelqu'aucun Acte fans datte
que ceux que l'on appelle notices , &
qui commencent par ces mots , noti
fia , notum fit , noveritis notifico , 8c
les Statuts Sc decrets des Abbez, des
Evêques , ou de leurs Chapitrest On en
trouve beaucoup dans l'Histoire de Saint
Germain, & pas une n'est dattée avant
l'an 1191. peut.être que ceci n'étoit
particulier qu'à la France , puisque pa-
«eils Actes faits dans la Belgique (ont
presque
JANVIER 1714. 7
preíque tous dattez , au moins ceux qui'
font raportez dans la nouvelle -édition/
d'Aubert le Mire*
Quant aux Diplômes de nos Rois il.
y en a plusieurs, principalement depuis'
le commencement de l'xi. siecle juíqu'à
la fin du 13e qui font dattez de l'année
de l'Incarnation , íâns mois , ni jour ; Se
d'autres avec le mois íans lejour. Tels.
íònt entre autres deux de Philippe Au
guste, raportez dans Perard , page 340..
mais l'on n'en trouve aucun fans quel
que marque chronologique.
Devant le regne de Charles le Gros
les Chartes des particuliers íe dattoient eiv
Italie du regne de l'Empereur, du Roy,
du Comte , Se en même temps de l'indiction.
Sous íon regne on commença à y
ajouter l'année de l'Incarnation , princi
palement en Allemagne ; (a) ainsi qu'il
paroît dans lesTrad. de Fulde, page 509..
où il y a une Charte dattée de l'an
783/ & deux autres de 800. & 802..
Mais ce ne íònt pas encore les premieres
que l'on ait dattées de l'an de i'Jncarna.
tion, puisque le continuateur du Reciieil/
des Diplômes d'Aubert Ie Mire raporte s.
page 1 1 2Ó. deux Chartes de Pépin le
Gros dit d'Heristel , dattées de l'an 687.
(a) Mabìl. Diplom. p..
S MERCURE DE FRANCE:
Se <?$> i. de l'Incarnation indict, 4e Le 5;
de sa Principauté , &c.
Il y a cependant beaucoup lieu de ne
íè pas trop fier à ces deux .Chartes pour
plusieurs raisons qui ne sont pas de nôtre
ïùjet , du. moins pour les dattes qui pourroient
y; avoir été ajoutées après coup.
En voilà aílez pour donner une idée
des Chartes .dattées , & non dattées, &
de celles qui ne le font , pour ainsi dire ,
qu'à demi. On voit par là quand elles
peuvent faire foy , étant íàns datte , &
qui étoient les personnes qui negligeoient
de les marquer, Examinons à present les.
raisons fur leíquelles l'Auteur de la Ré^.
ponse fonde sa décision-
Suite de la Réponse. .
Car la Charte , quoique faite pour la. '
même fin , n'approchoit cependant pas de
ce que nous nommons aujourd'hui un ASte,
en ne s'en est servi que tant qu'il n'y
Ai/oit point , ou très .peu de Notaires , &c.
Premierement tout ceci ne dit rien , &
ne regarde pas la question proposée , il
s'agit des Chartes non dattées , & non
pas de celles qui n'a voient ppint de si
gnature.
Secondement, on ne voit pas pour
quelle raison l' Auteur de la Réponse
met
J A N VIE t' Vit f
met la Charte tout au.dessous de l'Acte
de Notaire. U est vrai qu'on n'y obfèr-
Voit' pas les formalitez d'aujourd'hui ;
mais celles dont on se servoit ne la
rendoient pas moins , pour ne pas dire
plus authentique que les Actes de No
taires. S'il s'agit des Chartes de nos Rois>
c'étaient leurs Referendaires ou Chan
celiers qui en étaient les Notaires j fous
la premiere race les Princes les lìgnoient
preíque toujours., £c on y appofoit le
cachet de leurs anneaux , & eníuite leur«
sceaux ; lôus ceux de la deuxième. Le
Prince les íìgnoit de son Monogramme ,
& en generai on peut dire qu'ils n'accordoient
, Se ne faiioient presque point ex
pedier des privileges que lorsqu'ils
tenoient leurs cours plenieres, ou ea
presence des Grands Officiers de la Cou
ronne, leíquels sont toujours nommez ,
Sc signent dans les Chartes des Rois de'
la troisième race , depuis Louis le Gros.
(a) D'où vient cette formule observée'
dans. la fuite , Aílum Parifiis , &c. astan~
tïbus in Palatio nostr'o quorum nominafubtitulata
futit & signa. Signum N. Da.
piferi S. N. Const-abulariï Baftculario
nullo S. N. Camerarii data per manum
lí. Cancellarii , ou vacante cancellaria.
S'il s'agit des Chartes des particuliers,'
(«) Mabil. Diplom..p. 104..
outíe.'
lé MERCURE DÉ fRANCÊ.-
Outre qu'elles étoient preíque toujours
écrites par des Notaires , leíquels quoique
íàns privilege exclusif étoient veriblement,'
8c pas leúf profeísion hommes3
publics elles étoient ordinairement don*
nées , relues 8c signées dans des assem
blées publiques , In mallo publico. In gtr
nerali placito. In convensu Nobiliwn, &C
(a) Le Seigneur les faiseít publier de
vant íes pairs , Se devant ses Vassaux quï
étoient obligez d'être fa caution y il étoit'-
reciproquement la leur ; mais d'une au
tre maniere , ne s'engageanc seulement
qu'à les contraindre d'executer leurs
conventions , 8c les autres- , obligeant
pour leur ^Seigneur , 8c leurs corps &
leurs biens. Ç'est.là cette servitude dont
il est. parlé dans íes Chartes.
Troisièmement y les Notaires publics
étoient bien plus anciens & bien plus.
communs que l'Auteur ne l'a crû ; car
outre qu'il en est parlé dans les Loix des
Ripuaires fous le nom de Chanceliers^
dans les Chartes de Childebert , & de
S. Germain., Evêque de Paris (c) pour
l'Abbaye de son nom; Charlemagne dans
le j. Capitulaire de l'an 8oj. ordonne,
(») Bouilíard , Histoire de l'Abbaye de Saint
Germain , pieces justificatives , page 7. ' .
(b) Ad fidejujfores tollendos.
\c) Histoire de S. Germain, pages i. & *.
ut
"I A N V í Ê tí tfn. fi
.Ht mijfì nostri scabînios Advocatos yNotariosperfîngiila
loca éligant s tkc. Depuis
ce temps ilj y en a toujours eu,& en
aísez grand nombre y les Evêqtìes, les
Abbez 8c ks Seigneurs avoient ordinai
rement leurs Notaires , ou Chanceliers
qui servoient pour tous leurs Vaslàux ,
car il ne leur étoit pas permis de faire
des Chartes , c'est ce qui fait qde celles
áusquelles ils sont interessez soit pour
vente ou donation aux Eglises , sont tou.*
jfours au nom du Seigneur y qui donne ?
ou qui vend comme proprietaire , après.
avoir marqué qu'un tel ion Vassal, refîgnavit
in manus suas , &c.
Ainsi les Chartes ne se faisoient point
par le premier venu > comme l'Auteut
l'insinuë , mais par des Chanceliers oit
Notaires qui étoient publics. Et ces Offi
ces étoient exercez communément paf
des Clercs , ou des Moines q»i étoient
les moins ignorans de ces temps.là , Si
qui servoient en même temps de Cha
pelains à ces Seigneurs.
Il étoit si necessaire pour k validité
des Chartes qu'elles fuisent écrites par'
des personnes , dont le nom & l'écris
ture fu/sent si connues , qu'elles fuisent
Censées personnes publiques que le Pape
' Innocent II í. (a) regarde comme nut
1*1 Innoc.III. liw í. Epist- 3 f
a Mercure de francs.
«n privilege de l'Empereur Henry , quia
nec erat publica manu conseílmn j nef
figillum habzbat ambenticum.
Suite de la Réponse.'
Lu negligence avoit tellement pris le
dessus , que les personnes de la. premiere
difiinclion ne /pavoient pas assez, bien
écrire poursigner leur nom , ce qui a dvn*
né lieu aux sceaux , &c'
Ce n'est point à l'ignorance d'écrire
oU de signer que l'on doit l'usage d'ap
poser des sceaux, Se des cachets fur les
titres. Cet uíage est de l'antiquité la plus
íçculée; Lorsque Pharaon donna à Jo
seph le Gouvernement dé l?Egypte , (a)
tulit a-nnulum de- manu- sua & dedit eum
in manu cjus.. Les Lettres d'Assuerus ,.
Roy des Perses & des Medes , accordées'
à Esther en faveur des Juifs, (bj; anftulo
ipfius obsignata funt & mijst per
veredarios ,-Sc.c. Lefc Romains s'en fer-'
voient aussi , ainsi que les Historiens, &
les cabinets des curieux qui en íorit rem
plis en font foy. Et nos premiers Rois',
dont il s'agit ici plus particulierement
ont eu des cachets , aufquels les sceaux
ont succedé. On garde encore dans le
(a) Genes. 41.
(*} E/lhexé c l' "
cabinet^
î A.NViER 1714. 13
cabinet du Roy l'Aneau de Childeric,
pexc du grand Clo.vis. Mais .ce qui fait
voir que ce n'est point pour íuppléer à
la íignature (a) qu'on s'est mis a ícelei
les titres ; c'est que les Chartes ictus la
premiere race de nos Rois , sont preíque
toutes ignées &c sce.léçs. -Et non.íèuler
ment .celles de nos Rois , mais encore
çelles des Evêques & des Seigneurs par*;
ticuliers.
Il est vrai qu'il y a un temps & de»
lieux toìi les sceaux suppleoient aux si
gnatures i mais l'uíàge de signer & d?
sceller en même temps était bien plu?
ancien. C'est ce qui paroît certain parle
témoignage de Gregoire .de Tours qui
dit {&) que Mummole envoyé par le
Roy Theodebert vers l'Empereur Justir
nien , étant à l'extrémité fit faire son
(a) Von peut ajouter que les sceaux supfleoient
encore moins aux dattes, & que
Auteur de la Lettre écrite d Evreux dans le
Mercure d'XDcìpbre 1713. quoique bien mieux
au fait des Chartes que celui.ci , n'y a pas fait
allez d'attention , lorsqu'il a avance que dans
l'onzième & douzième siecles , il n'y avoït sas
une Charte qui n'eut son sceau , &c. il est
pourra voir un grand nombre fans dattes &
fans sceau dans les Recueils des Chartes ; 8ç
en particulier dans les pieces justificatives dé
la nouvelle Histoire de l'Abbaye de Saint
î.Germain. '
(b) Greg. Tftrpn. de Gltr.MarU lib. 1. cxti
teftar.
f 4 MERCURE DE FRANCE,
íestament., & le fit munir de signatures
.& de íceaux- Fecit testamentum fuum sertht
, munitum fubfcriptionibus ac figillis ,
&Cz. Dans le siecle suivant Berthramn ,
Evêque du Mans fit mettre siir son testa
ment les signatures., 8c les sceaux de íépt
personnes illustres. Septem virorum honestorum
fubscriptionibus & figillis.
Charlemagne signe & scelle la Charte
{a) pour l'Abbaye de S. Germain , manu
nostra fubfcriptionis fabter decrevimus robarare
, & de amuio nofiro fubter figillare.
Chez les Anglois même les íèeaux , quoi
que communs à tout le monde, au moins
depuis Guillaume le Conquerant , ne tenoient
pas lieu de signatures , mais bien
de Tabellions qui n'y étoient pas en usa
ge loríque ce Prince conquit l'Angle
terre ; cfKoHiam Tabellionum ttfus ( dit
(b) Matthieu Paris ) in eo regno non httbebamr.
Cependant il faut convenir que
depuis Gregoire de Tours jusqu'à l'oneiéme
siecle , il se trouve bien des Char
tes des Rois , d'Evêques & de Seigneurs
qui n'ont aucunes marques de cachets ,
ni de sceaux. Or la veritable marque
qu'une Charte ait été scellée , n'est pas
qu'il y ait des trous, par lefquelj leî
(a) Boiiillard. Hist. de l'Abbaye de S. Ger
main, p. u,
(i) Math. ïarìs. ad an, 1237.
lac»
JANVIER 1714. ts
|acs ou cordons du sceau auroient été
pastez , ou quelques restes de cire appli
quée dessus ; mais c'est loríqu'il est énon.
jcé dans l'Acte qu'elle* été ícellée. Car
sans cela les sceaux íèroienc une preuyg
de fausseté.
Suite de la Réponse.
L'on se servoit dans le même temps des
ghartes parties ou coupées , c'est.à.dire
qu'après avoir fait une Charte , on la
fioupoit en pieces , dont chaque contrac
tant en prenoit une pour la representer lors
de l'execution des conventions , Sec.
Ceci est dit d'une maniere si décisive,
-qu'on croiroit que tout cela est vrai , &
que l'Auteur a vu de ces Cljarces parties ;
jnais il permettra que l'on assure qu'il
n'en connoît que le nom , & qu'on n'a
jamais coupé en pieces Jes Chartes com
me il s'imagine.'
Les Chartes parties ou coupées tirent
leur origine des Chartes appellées dans
les formules (a) de Marculfe Chant pa~
rida & paricuU , parce que c'étoient des
doubles copies d'un même acte fait entre
deujç parties égales inter pares , ou plutft
parce qu'elles étoient de pareille for
me, grandeur & écriture. A ces Char-
(a) Marculfi formuis. , lib* z.
tes
itf MERCURE DE FRANCE.
tes succederent les Chartes parties ow
.coupées , autrement Chartes endentées,
Charte indentatA , ou idetitat* , que l'on
appella dans les H. 11. Se 1.3 e. siecles
Chkographes ou CirographeS. C!étpient
auflì deux copies d'un même acte écrites
fur une même peau , & de même ma
niere, entre lesquels on .écrjvoit en
grands caracteres une ligne , qui ne contenoit
Jbuvent qu'une partie des Lettres
de l'Alphabet , quelquefois une Sentent
ce, 6c quelquefois le .nom du principal
des contractons $ & l'on separoitees deux
copies, en coupant la peau par le mi
lieu Se .le long de ces caracteres. A peu
pïès de la même maniere que l'on faiíòit
les premiers billets de banque , ait.
tpur desquels, on voyoit une partie de
pluíieurs traits entrelacez.
' Ces fortes de Chartes n'etoient gneres
;cn usage que pour les échanges , transac
tions Se accords entre deux ou plusieurs
Í>arties , Se l'on y marquoit la datte .de
a maniere qu'on avoit coutume de la
marquer dans le temps , Se les lieux où
elles éto.ient dressées. Lorsqu'il y avoit
plus que deux parties interessées au mê
me Acte , ôc que l'on étoit obligé d'en
faire trois ou quatre copies , on les écr re
voit en même temps fur la même peau ,
6c l'on écriyoitfcendeflture fur les lignes,
par
des jugemjenst aes iianrdcriox
B
.par lesquelles on les devoit separer.
i'Auteur de la Réponse , qui íâns
doute n'en a jamais vu íera bien aiíê d'en
voir ici une., & il y a lieu d'eiperer
qu'elle fera plaisir au.public., parce qu'el
les font aflez rares ; on l'a réduite de
grande en petite , & l'on n'en a fait co
pier que le commencement 8c la fin, ce
qui suffira pour en donner une idée , &
pour faire voir à 1J Auteur que. l'on dattoit
ces Chartes , .& que chaque partie
étoit une copie entiere du même Acte.
Cette piece dont l'original est dans les
Archives de l'Abbaye de Saint Bertin, a
pour endenture , ces mots DROGO
TARWANENSIS EPS. & c'est un
accord fait entre cet Evêque & l'Abbé
4e S. Bertin en l'année 1040.
.Suite de la Réponse.
D'ailleurs le sujet dont on composé ît la
Charte ne rouloit pour l'ordinaire que fur
des conventions qui n a voient sas besoin
d'un temps fixé , &c.
On íçait quels sent les íujets des
Chartes, c'étoientdes privileges accor
dez aux Villes, aux Eglises, &aux par
ticuliers par les Souverains, des dona
tions faites paf eux, ou par les Seigneurs,
des jugemens, des transactions , des
B baux
tt MERCURE DE FRANCE.
baux à ferme , &c. Voilà le sujet dont on
oompoíoit les Chartes. Or )e demaïde
/il ne rouloit c/ue Jur dus conventions cjui
n'avaient pas b"foin d'un temps fivé} La
chose est si claire qu' .1 íuffit d'y faire
faire attention. Nqus en avons dit aslez
pour faire voir que l'on .ne doit pas
ajouter foy indifferemment aux Chartes
non dattées , pour marquer en quel
temps , & quels lieux on les dattoit,
Se on ne les dattoit pas pour mon
trer l'antiquité desjsigriatjures., des sceaux
& des Notaires , Se pour .expliquer ce
que c'étoit que les Chartes parties. Nous
esperons que l'Auteur ne trouvera pas
mauvais que l'on ait un peu éclairci cette
matiere , & que l'on ne se íôit pas ren
contré de iòn sentiment.
Nous croyons que le public éclairé pen
sera comme nom furie merite de cette pier
Ce, il seroit a souhaiter cjjipn nous en
envoyât souvent de semblables : la Repu
blique des Lettres , & nôtre Journal en
particulier y gagneroient infiniment?
paru dans le Mercure du mois de No»
vemb're dernier à la question : Si les
Chartes qui ». font point dattées , mais
munies de Sceaux dé personnes illustres,
dont le temps n est pas douteux , pe «-
vent pajfcr pour certaines & autcntiquest
RE'PONS E.
JSppS^jl.'O» est d'avis que l'on y doit
P Ijjifj "lQ"Kr T°y , ©- qu'elles peuvent
|Éjg|gg| [ preuve qu'une choje est an.
Ay Cet
i MERCURE DE FRANCE
Cet avis , quoique bon en lui-même
est cependant trop vague , & trop gene
rai , les raisons fur leíquelles il est fondé
supposent le faux , &c l'on ne croit pas
qu'elles soient jamais admises par ceux
qui font un peu versez dans la connoisfance
des Chartes.
Il y a un certain milieu à garder en tou
tes choses. C'est un excès causé par l'igno
rance de l'Histoire Diplomatique , & des
coutumes des siecle? paslèz , de rejetter
abíolument toutes les Chartes qui manq
ent de dattes , de signatures ou de
sceaux ; & c'en est un autre de les admet
tre trop facilement- L'Auteur de la Ré
ponse > est tombé dans celui.ci , qui est
bien le moindre ; 8c M s de la Justice
tombent tous les jours dans l'autre , Se
en même temps condamnent' de faux des .
pieces , lesquelles avec les conditions
Îiu'ils exigent seroient entierement fauses
aux yeux des connoisteurs. Cette
erreur vient de ce qu'ils croyent que les
anciennes Chartes ne peuvent être bon
nes fans les formalitez des Actes d'au
jourd'hui , & qu'elles dévoient être dres
sées dans les siecles paísez comme elles
le fuit depuis un certain temps.
Il falloit donc distinguer les lieux, les.
temps, &: les personnes ; car íuivant ces. i
trois différents rapports il y a des Char
tes
JANVIER 1724. 3
tes fans dacte , auxquelles on peut, &
(on doic ajouter foy , & d'autres qui n'en
meritent aucune. Or l'on peut connoître
à peu près le temps d'une Charte
fins datte , par l'écriture , & par les per
sonnes qui y sont nommées. Pour les
lieux ils y sont presque toujours mar
quez.
Chez les Romains tout Acte étoit nul
lorsqu'il n'étoit point datté du jour &
du Coníulat , abfine die & Consule , &
par les Loix des Àllemans , {a) il étoit
défendu d'avoir égard à aucune Charte
qui n'étoit pas dattée du jour & de l'an.
C'est ce qui fait qu'on ne trouve qu'une
feule de leurs Chartes qui n'ait point de
datte : c'est la 55 .- dans Goldast. Ainsi
les Chartes faites dans les lieux où les
Loix Romaines , &ç celles des Allemans
étoient observées doivent être dattées ,
autrement il y a grande apparence qu'el
les sont fau fies.
Il n'en est pas de même de celles des
François & des Germains , on en trou
ve beaucoup fans aucune datte. (b) Ferard
en a raporté un grand nombre des
Ducs de Bourgogne , & même de quel
ques Evêques , 8c l'on env voit beaucoup
(a) Leges Aìamann. cap. 42. .
b) Pcrard , pag. r?*. tu, ait. *M. &
vantes.
A vj de
4 MERCURE DE FRANCE.
de pareilles dans les traditions de l'Ab
baye de Fulde.
Mais il faut faire attention que cet
uíàge ne s'est introduit que vers le 10e
siecle , & qu'il a fini dans le 13e & cela
principalement dans les Chartes: des
Seigneurs & des autres particuliers; car
pour celles des Rois il est très.rare (a)
d'en trouver íàns datte , au moins dans
les siecles dont nous venons de parler ,
excepté celles qui étoient de peu de con
sequence, & qui devoient être execu
tées fur le champ. Encore y marquoit.on
le plus souvent le mois , & même le
jour du mois. Il est vrai que les Char
tes des Rois de la premiere race n'ont
quelquefois pour toute datte que leur
nom , où les années de leur Regne. Il y
en a deux de cette premiere sorte dans le
supplement de la Diplom. p. 92. L'une
est de Clothaire IL & l'autre de Dagobert
I. & deux autres dans la nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Germain ; (b)
sçavoir le Testament de Dagobert qui
n'a. ni datte, ni signature, &.une Charte
de Thierry IL
Au reste , il est aisé de distinguer les
Chartes des Rois Merovingiens de celles
(«.! Mabillon. Diplom. p. in.
(í) Histoire de l'Abbaye de S.. Germain , .
pieces juuir. p. 4, & suivantes.
des
JANVIER 1714/ f
des autres qui les ont suivis , & même
celles des particuliers de leur temps, de
celles des temps posterieurs ; car on ob
serva preíque toujours de leur temps
cette formule , datum qnod fecit menfìs
N. dies N_4»#o N. Regis nostri , cowïendio
in dei nomine feliciter. Ou bien
iatum fub die v. Kal. &c. ou enfin fait*
.ejjio fub die &c. Mais la premiere sornule
étoit plus commune aux Rois , &
a derniere aux particuliers. Cette soriule
varia dès les commencemens de la
euxiéme race ,. & du Regne même de
'epin. Au lieu de. regni nostri , on mit
°gni Domini , Sec. k la troisième persons
, Se au datum ou data ,.. &c On ajouta
1nm, &c. Il y eut ensuite bien d'autres
îangemens juiqu'à Charles le Gros qui
ajouta l'année de l'Incarnation. Os
:rroit peut.être ici avec plaisir toutes
s differentes formules des dattes & des
nelusions des Chartes des Rois, & des
rtkuliers juíqu'à nos jours ; mais ce
oit trop s'écarter, & ce peut être le
et d'une Diísertation particuliere , en
endant on renvoye à la Diplomatie
e , où l'on trouvera íuffisamment de
ai se satisfaire.
Il n'y a donc presque eu que les par.
jliers , quelques Comtes , Ducs , &
êques qui ayent manqué de mettre
une
4 MERCURE DE FRANCE.
line datce à leurs Chartes.' Il s'en voit
tìn grand nombre dans le Yrésor. des
Anecd. dans la nouvelle édition des Di
plômes d'Aub. le Mire, &fen particu
lier parmi les pieces justificatives de
l'Histoire de l'Abbaye de S. Germain,
entre autres une de la Comtesse Eve fans
datte, ni signature, laquelle a été don
née vers l'an 849. Cependant ce non
usage n'étoit pas absolument universel ,
même dans l'onzième &c douzième siecle,
puiíque l'on en voit plusieurs avec le
mois 8e le regne du Roy, d'autres avec
l'année du regne fans mois ni jour, &
d'autres enfin avec, regnante DominoNpomifiâante
NV Comite N. fans en mar
quer les années.
Il y a une chose qui peut servir à
donner quelque ordre à cette diversité si
confuse. C'est qu'il ne paroît dans ces
deux siecles prelqu'aucun Acte fans datte
que ceux que l'on appelle notices , &
qui commencent par ces mots , noti
fia , notum fit , noveritis notifico , 8c
les Statuts Sc decrets des Abbez, des
Evêques , ou de leurs Chapitrest On en
trouve beaucoup dans l'Histoire de Saint
Germain, & pas une n'est dattée avant
l'an 1191. peut.être que ceci n'étoit
particulier qu'à la France , puisque pa-
«eils Actes faits dans la Belgique (ont
presque
JANVIER 1714. 7
preíque tous dattez , au moins ceux qui'
font raportez dans la nouvelle -édition/
d'Aubert le Mire*
Quant aux Diplômes de nos Rois il.
y en a plusieurs, principalement depuis'
le commencement de l'xi. siecle juíqu'à
la fin du 13e qui font dattez de l'année
de l'Incarnation , íâns mois , ni jour ; Se
d'autres avec le mois íans lejour. Tels.
íònt entre autres deux de Philippe Au
guste, raportez dans Perard , page 340..
mais l'on n'en trouve aucun fans quel
que marque chronologique.
Devant le regne de Charles le Gros
les Chartes des particuliers íe dattoient eiv
Italie du regne de l'Empereur, du Roy,
du Comte , Se en même temps de l'indiction.
Sous íon regne on commença à y
ajouter l'année de l'Incarnation , princi
palement en Allemagne ; (a) ainsi qu'il
paroît dans lesTrad. de Fulde, page 509..
où il y a une Charte dattée de l'an
783/ & deux autres de 800. & 802..
Mais ce ne íònt pas encore les premieres
que l'on ait dattées de l'an de i'Jncarna.
tion, puisque le continuateur du Reciieil/
des Diplômes d'Aubert Ie Mire raporte s.
page 1 1 2Ó. deux Chartes de Pépin le
Gros dit d'Heristel , dattées de l'an 687.
(a) Mabìl. Diplom. p..
S MERCURE DE FRANCE:
Se <?$> i. de l'Incarnation indict, 4e Le 5;
de sa Principauté , &c.
Il y a cependant beaucoup lieu de ne
íè pas trop fier à ces deux .Chartes pour
plusieurs raisons qui ne sont pas de nôtre
ïùjet , du. moins pour les dattes qui pourroient
y; avoir été ajoutées après coup.
En voilà aílez pour donner une idée
des Chartes .dattées , & non dattées, &
de celles qui ne le font , pour ainsi dire ,
qu'à demi. On voit par là quand elles
peuvent faire foy , étant íàns datte , &
qui étoient les personnes qui negligeoient
de les marquer, Examinons à present les.
raisons fur leíquelles l'Auteur de la Ré^.
ponse fonde sa décision-
Suite de la Réponse. .
Car la Charte , quoique faite pour la. '
même fin , n'approchoit cependant pas de
ce que nous nommons aujourd'hui un ASte,
en ne s'en est servi que tant qu'il n'y
Ai/oit point , ou très .peu de Notaires , &c.
Premierement tout ceci ne dit rien , &
ne regarde pas la question proposée , il
s'agit des Chartes non dattées , & non
pas de celles qui n'a voient ppint de si
gnature.
Secondement, on ne voit pas pour
quelle raison l' Auteur de la Réponse
met
J A N VIE t' Vit f
met la Charte tout au.dessous de l'Acte
de Notaire. U est vrai qu'on n'y obfèr-
Voit' pas les formalitez d'aujourd'hui ;
mais celles dont on se servoit ne la
rendoient pas moins , pour ne pas dire
plus authentique que les Actes de No
taires. S'il s'agit des Chartes de nos Rois>
c'étaient leurs Referendaires ou Chan
celiers qui en étaient les Notaires j fous
la premiere race les Princes les lìgnoient
preíque toujours., £c on y appofoit le
cachet de leurs anneaux , & eníuite leur«
sceaux ; lôus ceux de la deuxième. Le
Prince les íìgnoit de son Monogramme ,
& en generai on peut dire qu'ils n'accordoient
, Se ne faiioient presque point ex
pedier des privileges que lorsqu'ils
tenoient leurs cours plenieres, ou ea
presence des Grands Officiers de la Cou
ronne, leíquels sont toujours nommez ,
Sc signent dans les Chartes des Rois de'
la troisième race , depuis Louis le Gros.
(a) D'où vient cette formule observée'
dans. la fuite , Aílum Parifiis , &c. astan~
tïbus in Palatio nostr'o quorum nominafubtitulata
futit & signa. Signum N. Da.
piferi S. N. Const-abulariï Baftculario
nullo S. N. Camerarii data per manum
lí. Cancellarii , ou vacante cancellaria.
S'il s'agit des Chartes des particuliers,'
(«) Mabil. Diplom..p. 104..
outíe.'
lé MERCURE DÉ fRANCÊ.-
Outre qu'elles étoient preíque toujours
écrites par des Notaires , leíquels quoique
íàns privilege exclusif étoient veriblement,'
8c pas leúf profeísion hommes3
publics elles étoient ordinairement don*
nées , relues 8c signées dans des assem
blées publiques , In mallo publico. In gtr
nerali placito. In convensu Nobiliwn, &C
(a) Le Seigneur les faiseít publier de
vant íes pairs , Se devant ses Vassaux quï
étoient obligez d'être fa caution y il étoit'-
reciproquement la leur ; mais d'une au
tre maniere , ne s'engageanc seulement
qu'à les contraindre d'executer leurs
conventions , 8c les autres- , obligeant
pour leur ^Seigneur , 8c leurs corps &
leurs biens. Ç'est.là cette servitude dont
il est. parlé dans íes Chartes.
Troisièmement y les Notaires publics
étoient bien plus anciens & bien plus.
communs que l'Auteur ne l'a crû ; car
outre qu'il en est parlé dans les Loix des
Ripuaires fous le nom de Chanceliers^
dans les Chartes de Childebert , & de
S. Germain., Evêque de Paris (c) pour
l'Abbaye de son nom; Charlemagne dans
le j. Capitulaire de l'an 8oj. ordonne,
(») Bouilíard , Histoire de l'Abbaye de Saint
Germain , pieces justificatives , page 7. ' .
(b) Ad fidejujfores tollendos.
\c) Histoire de S. Germain, pages i. & *.
ut
"I A N V í Ê tí tfn. fi
.Ht mijfì nostri scabînios Advocatos yNotariosperfîngiila
loca éligant s tkc. Depuis
ce temps ilj y en a toujours eu,& en
aísez grand nombre y les Evêqtìes, les
Abbez 8c ks Seigneurs avoient ordinai
rement leurs Notaires , ou Chanceliers
qui servoient pour tous leurs Vaslàux ,
car il ne leur étoit pas permis de faire
des Chartes , c'est ce qui fait qde celles
áusquelles ils sont interessez soit pour
vente ou donation aux Eglises , sont tou.*
jfours au nom du Seigneur y qui donne ?
ou qui vend comme proprietaire , après.
avoir marqué qu'un tel ion Vassal, refîgnavit
in manus suas , &c.
Ainsi les Chartes ne se faisoient point
par le premier venu > comme l'Auteut
l'insinuë , mais par des Chanceliers oit
Notaires qui étoient publics. Et ces Offi
ces étoient exercez communément paf
des Clercs , ou des Moines q»i étoient
les moins ignorans de ces temps.là , Si
qui servoient en même temps de Cha
pelains à ces Seigneurs.
Il étoit si necessaire pour k validité
des Chartes qu'elles fuisent écrites par'
des personnes , dont le nom & l'écris
ture fu/sent si connues , qu'elles fuisent
Censées personnes publiques que le Pape
' Innocent II í. (a) regarde comme nut
1*1 Innoc.III. liw í. Epist- 3 f
a Mercure de francs.
«n privilege de l'Empereur Henry , quia
nec erat publica manu conseílmn j nef
figillum habzbat ambenticum.
Suite de la Réponse.'
Lu negligence avoit tellement pris le
dessus , que les personnes de la. premiere
difiinclion ne /pavoient pas assez, bien
écrire poursigner leur nom , ce qui a dvn*
né lieu aux sceaux , &c'
Ce n'est point à l'ignorance d'écrire
oU de signer que l'on doit l'usage d'ap
poser des sceaux, Se des cachets fur les
titres. Cet uíage est de l'antiquité la plus
íçculée; Lorsque Pharaon donna à Jo
seph le Gouvernement dé l?Egypte , (a)
tulit a-nnulum de- manu- sua & dedit eum
in manu cjus.. Les Lettres d'Assuerus ,.
Roy des Perses & des Medes , accordées'
à Esther en faveur des Juifs, (bj; anftulo
ipfius obsignata funt & mijst per
veredarios ,-Sc.c. Lefc Romains s'en fer-'
voient aussi , ainsi que les Historiens, &
les cabinets des curieux qui en íorit rem
plis en font foy. Et nos premiers Rois',
dont il s'agit ici plus particulierement
ont eu des cachets , aufquels les sceaux
ont succedé. On garde encore dans le
(a) Genes. 41.
(*} E/lhexé c l' "
cabinet^
î A.NViER 1714. 13
cabinet du Roy l'Aneau de Childeric,
pexc du grand Clo.vis. Mais .ce qui fait
voir que ce n'est point pour íuppléer à
la íignature (a) qu'on s'est mis a ícelei
les titres ; c'est que les Chartes ictus la
premiere race de nos Rois , sont preíque
toutes ignées &c sce.léçs. -Et non.íèuler
ment .celles de nos Rois , mais encore
çelles des Evêques & des Seigneurs par*;
ticuliers.
Il est vrai qu'il y a un temps & de»
lieux toìi les sceaux suppleoient aux si
gnatures i mais l'uíàge de signer & d?
sceller en même temps était bien plu?
ancien. C'est ce qui paroît certain parle
témoignage de Gregoire .de Tours qui
dit {&) que Mummole envoyé par le
Roy Theodebert vers l'Empereur Justir
nien , étant à l'extrémité fit faire son
(a) Von peut ajouter que les sceaux supfleoient
encore moins aux dattes, & que
Auteur de la Lettre écrite d Evreux dans le
Mercure d'XDcìpbre 1713. quoique bien mieux
au fait des Chartes que celui.ci , n'y a pas fait
allez d'attention , lorsqu'il a avance que dans
l'onzième & douzième siecles , il n'y avoït sas
une Charte qui n'eut son sceau , &c. il est
pourra voir un grand nombre fans dattes &
fans sceau dans les Recueils des Chartes ; 8ç
en particulier dans les pieces justificatives dé
la nouvelle Histoire de l'Abbaye de Saint
î.Germain. '
(b) Greg. Tftrpn. de Gltr.MarU lib. 1. cxti
teftar.
f 4 MERCURE DE FRANCE,
íestament., & le fit munir de signatures
.& de íceaux- Fecit testamentum fuum sertht
, munitum fubfcriptionibus ac figillis ,
&Cz. Dans le siecle suivant Berthramn ,
Evêque du Mans fit mettre siir son testa
ment les signatures., 8c les sceaux de íépt
personnes illustres. Septem virorum honestorum
fubscriptionibus & figillis.
Charlemagne signe & scelle la Charte
{a) pour l'Abbaye de S. Germain , manu
nostra fubfcriptionis fabter decrevimus robarare
, & de amuio nofiro fubter figillare.
Chez les Anglois même les íèeaux , quoi
que communs à tout le monde, au moins
depuis Guillaume le Conquerant , ne tenoient
pas lieu de signatures , mais bien
de Tabellions qui n'y étoient pas en usa
ge loríque ce Prince conquit l'Angle
terre ; cfKoHiam Tabellionum ttfus ( dit
(b) Matthieu Paris ) in eo regno non httbebamr.
Cependant il faut convenir que
depuis Gregoire de Tours jusqu'à l'oneiéme
siecle , il se trouve bien des Char
tes des Rois , d'Evêques & de Seigneurs
qui n'ont aucunes marques de cachets ,
ni de sceaux. Or la veritable marque
qu'une Charte ait été scellée , n'est pas
qu'il y ait des trous, par lefquelj leî
(a) Boiiillard. Hist. de l'Abbaye de S. Ger
main, p. u,
(i) Math. ïarìs. ad an, 1237.
lac»
JANVIER 1714. ts
|acs ou cordons du sceau auroient été
pastez , ou quelques restes de cire appli
quée dessus ; mais c'est loríqu'il est énon.
jcé dans l'Acte qu'elle* été ícellée. Car
sans cela les sceaux íèroienc une preuyg
de fausseté.
Suite de la Réponse.
L'on se servoit dans le même temps des
ghartes parties ou coupées , c'est.à.dire
qu'après avoir fait une Charte , on la
fioupoit en pieces , dont chaque contrac
tant en prenoit une pour la representer lors
de l'execution des conventions , Sec.
Ceci est dit d'une maniere si décisive,
-qu'on croiroit que tout cela est vrai , &
que l'Auteur a vu de ces Cljarces parties ;
jnais il permettra que l'on assure qu'il
n'en connoît que le nom , & qu'on n'a
jamais coupé en pieces Jes Chartes com
me il s'imagine.'
Les Chartes parties ou coupées tirent
leur origine des Chartes appellées dans
les formules (a) de Marculfe Chant pa~
rida & paricuU , parce que c'étoient des
doubles copies d'un même acte fait entre
deujç parties égales inter pares , ou plutft
parce qu'elles étoient de pareille for
me, grandeur & écriture. A ces Char-
(a) Marculfi formuis. , lib* z.
tes
itf MERCURE DE FRANCE.
tes succederent les Chartes parties ow
.coupées , autrement Chartes endentées,
Charte indentatA , ou idetitat* , que l'on
appella dans les H. 11. Se 1.3 e. siecles
Chkographes ou CirographeS. C!étpient
auflì deux copies d'un même acte écrites
fur une même peau , & de même ma
niere, entre lesquels on .écrjvoit en
grands caracteres une ligne , qui ne contenoit
Jbuvent qu'une partie des Lettres
de l'Alphabet , quelquefois une Sentent
ce, 6c quelquefois le .nom du principal
des contractons $ & l'on separoitees deux
copies, en coupant la peau par le mi
lieu Se .le long de ces caracteres. A peu
pïès de la même maniere que l'on faiíòit
les premiers billets de banque , ait.
tpur desquels, on voyoit une partie de
pluíieurs traits entrelacez.
' Ces fortes de Chartes n'etoient gneres
;cn usage que pour les échanges , transac
tions Se accords entre deux ou plusieurs
Í>arties , Se l'on y marquoit la datte .de
a maniere qu'on avoit coutume de la
marquer dans le temps , Se les lieux où
elles éto.ient dressées. Lorsqu'il y avoit
plus que deux parties interessées au mê
me Acte , ôc que l'on étoit obligé d'en
faire trois ou quatre copies , on les écr re
voit en même temps fur la même peau ,
6c l'on écriyoitfcendeflture fur les lignes,
par
des jugemjenst aes iianrdcriox
B
.par lesquelles on les devoit separer.
i'Auteur de la Réponse , qui íâns
doute n'en a jamais vu íera bien aiíê d'en
voir ici une., & il y a lieu d'eiperer
qu'elle fera plaisir au.public., parce qu'el
les font aflez rares ; on l'a réduite de
grande en petite , & l'on n'en a fait co
pier que le commencement 8c la fin, ce
qui suffira pour en donner une idée , &
pour faire voir à 1J Auteur que. l'on dattoit
ces Chartes , .& que chaque partie
étoit une copie entiere du même Acte.
Cette piece dont l'original est dans les
Archives de l'Abbaye de Saint Bertin, a
pour endenture , ces mots DROGO
TARWANENSIS EPS. & c'est un
accord fait entre cet Evêque & l'Abbé
4e S. Bertin en l'année 1040.
.Suite de la Réponse.
D'ailleurs le sujet dont on composé ît la
Charte ne rouloit pour l'ordinaire que fur
des conventions qui n a voient sas besoin
d'un temps fixé , &c.
On íçait quels sent les íujets des
Chartes, c'étoientdes privileges accor
dez aux Villes, aux Eglises, &aux par
ticuliers par les Souverains, des dona
tions faites paf eux, ou par les Seigneurs,
des jugemens, des transactions , des
B baux
tt MERCURE DE FRANCE.
baux à ferme , &c. Voilà le sujet dont on
oompoíoit les Chartes. Or )e demaïde
/il ne rouloit c/ue Jur dus conventions cjui
n'avaient pas b"foin d'un temps fivé} La
chose est si claire qu' .1 íuffit d'y faire
faire attention. Nqus en avons dit aslez
pour faire voir que l'on .ne doit pas
ajouter foy indifferemment aux Chartes
non dattées , pour marquer en quel
temps , & quels lieux on les dattoit,
Se on ne les dattoit pas pour mon
trer l'antiquité desjsigriatjures., des sceaux
& des Notaires , Se pour .expliquer ce
que c'étoit que les Chartes parties. Nous
esperons que l'Auteur ne trouvera pas
mauvais que l'on ait un peu éclairci cette
matiere , & que l'on ne se íôit pas ren
contré de iòn sentiment.
Nous croyons que le public éclairé pen
sera comme nom furie merite de cette pier
Ce, il seroit a souhaiter cjjipn nous en
envoyât souvent de semblables : la Repu
blique des Lettres , & nôtre Journal en
particulier y gagneroient infiniment?
Fermer
Résumé : REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
Le texte examine la validité des chartes historiques non datées mais portant des sceaux de personnes illustres. L'auteur du Mercure de France critique l'avis selon lequel ces chartes peuvent servir de preuve authentique, le jugeant trop vague et général. Il dénonce l'ignorance historique qui conduit soit à rejeter toutes les chartes sans dates, signatures ou sceaux, soit à les accepter trop facilement. Le texte insiste sur l'importance de distinguer les lieux, les temps et les personnes pour évaluer la validité des chartes. Chez les Romains et les Allemans, les actes devaient être datés, tandis que chez les Francs et les Germains, nombreuses étaient les chartes sans date. Les chartes royales étaient généralement datées, sauf celles de peu d'importance ou exécutées immédiatement. En revanche, les chartes des particuliers, des comtes, des ducs et des évêques étaient souvent sans date. Le texte mentionne les différentes formules de datation utilisées par les rois mérovingiens et leurs successeurs. Les chartes sans date étaient souvent des notices ou des statuts d'abbayes et d'évêques. À partir du XIe siècle, les diplômes royaux étaient souvent datés de l'année de l'Incarnation, sans mois ni jour. Le texte critique également l'auteur d'une réponse pour avoir sous-estimé l'authenticité des chartes, souvent rédigées par des notaires ou des chanceliers publics et signées en assemblées publiques. Les chartes étaient considérées comme valides si elles étaient écrites par des personnes reconnues, dont le nom et l'écriture étaient connus. Par ailleurs, le texte souligne que les sceaux et les signatures étaient utilisés conjointement pour authentifier les actes. Des exemples historiques, comme ceux de Grégoire de Tours et de Charlemagne, illustrent cette pratique. Les chartes parties ou coupées, utilisées pour les transactions entre plusieurs parties, étaient écrites sur une même peau et séparées par une ligne de caractères ou une sentence. Le texte conclut en affirmant que les chartes non datées ne doivent pas être utilisées pour déterminer l'antiquité des signatures, des sceaux ou des notaires, et qu'il est important de comprendre le contexte des chartes parties.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 997-1013
LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
Début :
De retour depuis peu de jours, Monsieur, d'un Voyage que je viens de [...]
Mots clefs :
Galilée, Voyage, Roi de Tyr, Syriaque, Royaume de Sidon, Cap blanc, Acre, Pèlerins, Nazareth, Incarnation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
LETTRE écrite de Seyde le premier
Décembre 1730. par M. du Bellis , sur
un Voyage fait en Galilée , & c.
Dieur, Voyage que je
E retour depuis peu de jours , Monsieur
, d'un Voyage que je viens de
faire , je ne perds point de temps à vous
faire un récit succint de ce que j'ai vû ,
pour prévenir vos reproches. Dispensezmoi
de Dissertations , et permettez que
je vous renvoye une foule de Voyageurs
qui ont écrit des mêmes Pays où
j'ai été.
Les Révolutions de 18. siecles ont extrémement
simplifié la Galilée ; Flavius
Joseph , qui en a été Gouverneur , écrit
qu'il y avoit dans cette Province 204.
Bourgs ou Villages , dont plusieurs étoient
bien fortifiez , et dont le moindre avoit
environ 15000. hommes , sans parler des
grandes Villes de Tiberiade , de Sephoris
et de Gabara .
Hiram , Roi de Tyr , se trouva fort
mal payé de 20. Villes de la Galilée que
Salomon lui donna pour les Bois de Cedres
, de Sapins et autres Materiaux
ce Roi avoit fournis pour la construction.
du Temple de Jerusalem.
A iiij
que
La
998 MERCURE DE FRANCE
La Charuë a passé sur presque toutes
les Villes , Bourgs et Villages , et ceux
qui restent aujourd'hui , ne sont plus
situez aux mêmes lieux où étoient les
anciens . On n'y voit plus que quelques
monceaux de pierres et décombres de
maisons ruinées .
En partant de Seides , je ne m'étois pro
posé que d'aller à Acre ; j'étois en compagnie
de trois Négocians , dont deux
étoient les Députez de la Nation . Le Valet
d'un de ces Députez, est fils d'un Curé
Maronite de Seyde ; et comme il est au
fait de la Tradition , et qu'il sçait lire et
écrire le Syriaque , je le pris en affection
pour les secours que j'en attendois.
Après trois lieues de marche ,
Docteur domestique , me fit observer que
j'étois sur les ruines de Sarepta , et me
fit arrêter à une petite Mosquée , bâtie
au lieu même où étoit la maison de cette
Veuve, qui ayant bien voulu partager son
petit pain avec Elie , obtint de ce Prophete
la multiplication de sa farine , de
son huile , et là résurrection de son fils.
mon
A une lieuë et demie de cette Mosquée
nous passâmes la Riviere nommée la Hasemiech
, sur un fort beau Pont de Pierre ,
qu'Osman , Pacha de Seyde , a fait bâtir.
Que cette Riviere soit le Fleuve Eleuthere
des
MA Y. 1731. 999
des Anciens , ou non , je laisse cette discussion
aux Sçavans ; ce qu'il y a de certain
, c'est qu'elle séparoit autrefois les
Royaumes de Tyr et de Sidon.
Comme je souhaitois voir les fameux
Puits appellez les Puits de Salomon , parce
que ce Roi en parle dans le Cantique
des Cantiques , nous ne prîmes point le
chemin de Tyr , et nous marchâmes droit
à une Mosquée que les Maronites prétendent
être le Tombeau de Daniel . Nous
passâmes à cette Mosquée une partie de la
nuit.
Au lever du Soleil nous arrivâmes aux
Puits . Nous avions découvert en traversant
la vaste Plaine de Tyr , des restes
des Aqueducs qui conduisoient l'eau
de ces Puits dans cette Ville , qui en est
éloignée d'une lieuë.
Le plus grand de ces Puits subsiste en
son entier ; les deux autres sont ruinez.
L'eau monte jusqu'au bord , ce qui le fait
ressembler à un Réservoir , et en sortant
elle fait tourner des Moulins à blé , ce
qui le rend d'une grande utilité..
A deux lieues de ces Puits , on trouve
le chemin appellé aujourd'hui Anakoura;
il est taillé dans le Roc , sur le milieu
d'une Montagne qui n'a presque point de
pente ; il a environ une demie licuë de
A v long
-
1000 MERCURE DE FRANCE:
long : c'est un Ouvrage d'Alexandre le
Grand , le garde fou en est ruiné, le préci
pice en est affreux ; la Mer et des Rochers:
escarpez, sont au bas à une si grande
distance, qu'on ne peut presque en soutenir
la vûë; ce chemin,au reste, est si ruiné
et si mauvais , qu'on est obligé de mettre
pied à terre à chaque bout de champ .
Au sortir de ce passage , on trouve
un grand tas de pierres et quelques restes
de Murs . Ces ruines s'appellent Scandarete
, ce qui signifie petit Château d'Alexandre.
On arrive enfin au Cap Blanc , que les
'Anciens nommoient le Mont Saron . Delà
on découvre la Plaine d'Acre , bornée
au Sud par le Mont Carmel , qui avançant
dans la Mer , semble simétriser avec
le Cap Blanc , et entourer circulairement
avec les Montagnes de l'Est cette immense
Plaine . La Ville d'Acre paroît au
milieu sur le Rivage de la Mer ; et quoiqu'il
semble qu'on doive bien- tôt atteindre
à cette Ville , il faut pourtant émployer
quatre bonnes heures pour y arriver
, marchant toujours en ligne directe.
La Ville d'Acre ou de Ptolemaide , fait
pitié aujourd'hui , en voyant les ruines
des étonnantes Fortifications qui entouroient
cette grande Ville. L'Eglise de
S.
MAY. 1731. ΥΘΟΥ
S. André , celle de S. Jean , le Palais et la
Chapelle du Grand-Maître des Hospitaliers,
doivent être des Edifices admirables .
Il reste encore de ces superbes Edifices ,
quelques pans de murailles dans leur entier
, qui font juger de leur ancienne
beauté.
Trois jours après notre arrivée à Acre
un Négociant de Seyde , étant dans le
dessein d'aller à Tiberiade pour rendre
visite aux Cheiks qui ont la Ferme gene-
- rale de ce Pays , me proposa de l'accompagner
dans ce voyage , ce que j'acceptai
avec plaisir.
Ce Négociant avoit rendu un service
important au Cheik Saad , aîné de la
Famille des Cheiks de la Tiberiade. Ce
Cheik Saad , avec un des ses freres , informé
de l'arrivée de mon ami à Acre
se rendit à Nazareth ; et ayant appris
qu'il devoit les aller voir , il lui envoya
dix Cavaliers bien armez pour l'accompagner.
Après trois heures de marche vers l'Orient
, dans la Plaine d'Acre , nous entrâmes
dans les Montagnes de la Phénicie ,
et de-là dans les Verres de la Tribu de
Zabulon ; nous passâmes la belle Plaine
de cette Tribu ; et étant parvenus à un
Village nommé Saffoury , notre Cavalier
A vi con1002
MERCURE DE FRANCE
conducteur me fit observer le lieu oùétoit
la Maison de S.Joachim et de sainte Anne ,.
et le reste d'une fort belle Eglise à trois
Nefs , que sainte Helene avoit fait bâtirtout
auprès.
Cette dévote Imperatrice avoit rempli
toute la Terre- Sainte de Monumens de
sa pieté au commencement du IVe siecle.
Ce pauvre Village de Saffoury étoit autrefois
la fameuse Ville de Sephoris.
Au reste , vous remarquerez que le Cavalier
dont je parle , est un homme encore
plus important que
le Valet que
j'ai déja cité ; il sçait sa Terre- Sainte par
coeur , il conduit depuis 30. ans les Religieux
et les Pelerins . Ce Cavalier , nommé
Jacoub , connoît et explique tous les
lieux Saints.
Après avoir traversé Monts et Vallées ,
nous vîmes Nazareth dans un petit Valon.
entouré de Montagnes. Il est sur le penchant
d'une de ces Montagnes , regardant
l'Orient , et ne consiste qu'en quelques.
Cahutes dispersées sur une petite Esplanade.
Nous passâmes auprès de la Fontaine
où la sainte Vierge venoit prendre de
l'eau , n'y ayant point de Puits dans Nazareth
, mais seulement quelques Citernes .
Cette Fontaine est à 4. ou 500. pas du
Village
MAY . 1731.
1003
Village ; il en est de même de tous les
Villages de la Galilée. Les Habitans de
Saffoury vont chercher l'eau à un quart.
de lieuë.
La nouvelle Eglise que les Religieux de
la Terre-Sainte ont fait bâtir à Nazareth ,
est située au même lieu où s'est operé le
Mistere de l'Incarnation ; cette Eglise a
été consacrée depuis peu , et on y fait actuellement
l'Office divin.LeConvent n'est
pas encore achevé ; nous logeâmes dans
les chambres du vieux Monastere .
Comme nous arrivâmes bien avant le
coucher du Soleil , j'eus le temps d'aller
visiter l'Eglise. Elle est à trois Nefs et
fort éclairée.
La sainte Grote où s'est operé le Mistere
, se presente d'abord en entrant , on
y descend par un spacieux Escalier de
douze marches ; et après avoir traversé
l'espace où étoit la Maison qui a été transportée
à Lorette , on entre dans la Grotte
taillée dans le Roc.
Le Ceintre extérieur de cette Grotte est:
tout couvert de Marbre , et sous l'Autel
isolé qui est au milieu , on y lit ces mots :
Hic Verbum caro factum est.
A gauche en entrant , il y a deux grosses
Colomnes d'un Marbre singulier ; elles.
sont placées comme sont les Colomnes
Cou
}
1004 MERCURE DE FRANCE
couplées dans les Edifices. Sainte Helene
les fit poser lorsqu'elle fit bâtir une superbe
Eglise à Nazareth , pour désigner
la place où étoient la sainte Vierge et l'Ange
Gabriel , dans l'instant de l'Annonciation
; l'une de ces Colomnes demeuresuspendue,
adhérante à la voute de la Grotte
, ayant été brisée vers sa base par un
Pacha de Damas , qui pensant qu'elle étoit
creuse , croyoit y trouver un trésor .
On monte par deux Escaliers de 12. marches
, situez aux deux côtez du vieux Escalier
qui conduit à cette Grotte ; au grand
Autel de l'Eglise , qui est à la Romaine , et
placé précisément sur la voute de la Grotte
; le Choeur est derriere l'Autel .
M. Bergeret , Négociant François , Résident
à Acre , qui a donné le dessein de
cette Eglise , m'a dit qu'elle avoit dix toises
de longueur , neuf de largeur , et huit
et demie de hauteur. Les Maçons Turcs.
qui l'ont élevée , ont commis mille défauts
grossiers contre le Dessein de M.Bergeret.
On voit dans les cours du Convent
quelques anciens Chapiteaux Corinthiens
de l'Eglise de sainte Heleine , dont les
feuilles d'acanche et les autres ornemens
sont admirables.
Le lendemain j'allai visiter l'ancienne
SyMAY.
1731 1005
Synagogue de Nazareth ; cet Edifice s'est
bien conservé, mais il sert aujourd'hui d'écurie.
Je vis aussi les ruines d'une petite ,
Eglise bâtie où étoit la Boutique de S. Joseph
, et la Table de pierre sur laquelle le
Sauveur mangeoit quelquefois avec ses
Apôtres ; elle est à present renverseé .
Je négligeai d'aller voir le Précipice
qui est à un quart de lieuë de Nazareth ,
parce qu'il n'est pas décidé si ce fut à ce
lieu où au haut de la Montagne même ,
au penchant de laquelle le Village est
place , que les Juifs au sortir de la Synagogue
, conduisirent le Seigneur pour le
précipiter.
Nous partîmes avec les Cheiks de la
Tiberiade pour nous rendre chez eux. Ils
avoient pour leur suite 60. Cavaliers armez
de lances , de fusils , de sabres et de
pistolets à la ceinture , desorte qu'avec
nos dix Cavaliers et nos gens , nous étions
plus de 80. personnes à cheval.
A peine eûmes- nous marché une heure,
que nous nous arrêtâmes pour attendre
un Cavalier que nous voyons venir à toute
bride ; il rendit une Lettre aux Cheiks,
qu'on leur écrivoit d'Acre , par laquelle
on les informoit que le jour d'auparavant
21. de Novembre , il étoit arrivé à
Seyde un Capigi , porteur d'un Commandement
TOOG MERCURE DE FRANCE
•
dement pour arrêter Soliman- Pacha et
s'assurer de son bien ; que le Pacha de
Damas , son frere , avoit été également
arrêté avec le Pacha de Tripoli , fils de ce
dernier , le Gouverneur de Lataquie , fils
du Pacha de Tripoli , et celui de Mara.
Le Cavalier ajoûta que depuis un quart
d'heure qu'il étoit parti de Nazareth , il
y étoit arrivé un Capigi qui étoit descendu
chez les PP: de la Terre- Sainte .
Les Cheiks retournerent sur leurs pas
pour sçavoir le sujet de ce dernier Ĉapigi
, et nous rejoindre ensuite au Kanaintujar,
qui est au - dessous du Thabor , dans
la Plaine d'Esdrelon ; ils nous laisserent
20. Cavaliers .
Continuant notre route , nous vîmes
en passant une Mosquée , où l'on dit que
le Prophete Jonas est enterré ; de-là nous
allâmes à Cana.
L'Eglise et le Monastere que sainte He
lene avoit fait bâtir au lieu même où étoit
la Maison des Nôces où se fit le Miracle
sont aux trois quarts démolis. Je bus à
F'unique Fontaine du Village , de cette eau
qui fut convertie en vin . On voit auprès
les restes d'une Chapelle.
Aux environs de Cana , nous traversâmes
le Champ des Epis , où les Pharisiens
scandalisez de voir les Apôtres manger
dess
MAY. 1731 1057
des grains de froment le jour du Sabat ,
furent repris par le Sauveur.
Après avoir marché dans de beaux Va-.
lons , dont les Montagnes sont couvertes
de Chênes verds , nous entrâmes dans
la Plaine d'Esdrelon , nous nous trouvâmes
dans peu presque au pied du Thabor,
mais la forme piramidale de cette fameuse
Montagne , est encore la plus admirable
vûë de la Plaine. C'est ici où le docte
Cavalier Jacoub donna une grande satisfaction
à mes yeux et à mon imagination
. D'abord il m'instruisit des ruines
qui subsistent au sommet du Thabor ,
reste des Edifices que sainte Helene et le
Prince Tancrede avoient fait bâtir.
Il me montra ensuite les Monts Here
mon et Hermonien , et me fit appercevoir
de fort loin les Montagnes arides et pellées
de Gelboé , me de igna derriere le
Thabor le lieu où étoit la Ville de Naïm
au pied d'Hermonoüm . La Ville d'Ador,
où Saül alla consulter la Devineresse .
Il me rapella les évenemens de l'Ecriture .
arrivez in Campo magno Esdrelon , la Bataille
de Josué contre le Roi de Maggedo ,
la défaite de Sisara par Barac , assisté de
Débora ; la mort d'Ochozias par Jehu
et celle de Josias par Pharaon Nechao .
Nous nous rendîmes ensuite au Kanaintujar
1008 MERCURE DE FRANCE
naïntujar , c'est à-dire , le Kan de la Source
des Marchands ; c'est un très - bel Edifice:
construit par les Turcs , et qu'ils laissent
tomber en ruine ; il a été bâti pour la
commodité des Caravanes de Damas qui:
passent par la Plaine d'Esdrelon . Il s'y
tient un Bazar ou Marché toutes les se
maines. Les Pierres qui ont servi à cet
Edifice , avoient été tirées de la démolition
d'une Forteresse que les Chrétiens
avoient bâtie.
Les murailles et les tours de cette Forteresse
, qui est à une portée de fusil du
Kan , subsistent encore à une toise d'élevation
; rien n'est si admirable que les
Edifices , que les Croisez avoient élevés
dans ces Pays.
Les Cheiks nous joignirent une heure
après, et nous apprirent que le Capigi arrivé
à Nazareth , venoit de Jerusalem ,
où il avoit été envoyé pour examiner un
nouvel Edifice des Arméniens , sur lequel
il y avoit eu des plaintes à la Porte,
que les Latins , les Grecs et les Arméniens
lui avoient fait ensemble un present de
onze Bourses , afin qu'il fit à la Porte des
Relations inconsequentes de leurs Eglises
et de leurs Monasteres , et que les Religieux
de Nazareth lui avoient donné cent
Sequins pour le même sujet .
Au
MAY. 1731. 1009.
Au Soleil couchant nous arrivâmes à
la Tiberiade. On ne voit la Mer
que lorsqu'on
est parvenu
au haut de la Monta- gne, où l'on arrive
par une Plaine
; il faut descendre
après pendant
une demie
heure
pour
arriver
à la Ville.
Cette Ville bâtie par Hérode en l'honneur
de Tibere , devoit être superbe ; elle
étoit fort longue , mais peu large , parce
que la montagne la serre vers le bord de
la Mer.
Il. y a apparence que la Maison des
Cheiks où nous descendîmes , étoit un
ancien Palais , à en juger par ce qui reste
des Murailles , au bas desquelles la Mer
bat , et sur lesquelles ils ont pratiqué des
logemens à la façon du Pays. Toutes les
pierres de ces Murailles sont taillées en
pointe de diamants.
>
On voit sur le Rivage trois petits Ouvrages
d'une toise en quarré , revêtus des
mêmes pierres placées sur une même ligne
, et elevez sur des Colomnes enfoncées
dans terre , l'une touchant l'autre
à la façon de nos Pilotis. On présume que
ces Ouvrages soutenoient quelque Peristile
ou Galerie saillante du Palais. Il y a
quelques morceaux de Frise et autres fragmens
sur la Gréve , dont la Sculpture n'a
rien de remarquable.
Auprès
Toro MERCURE DE FRANCE
Auprès de ce Palais il y avoit une Forteresse
dont les ruines font aujourd'hui
un très-bel objet pittoresque ; le Palais et
la Forteresse étoient précisément au milieu
de la Ville. On ne sçait si l'enceinte de
murailles qui renferme avec ces antiques
Masures , 40. ou 50. Chaumieres , est un
Ouvrage d'Hérode ou des Croisez.
Ce sont ces murailles que le Pacha canona
le mois d'Avril dernier et devant
lesquelles il se posta avec 4000. hommes.
Elles forment un quarré long de 5. ou
600. pas , et ont tout au plus trois pieds
d'épaisseur et trois toises d'élevation . Les
Assiegez étoient au nombre de 170. mal
armez et le Chekdair joüoit aux Echecspendant
le Siege.
Ce Cheik et ses freres , au nombre de
cinq , nous régalerent de leur mieux ; et
le lendemain matin nous allâmes à cheval,
marchant toujours dans des ruines aux
Bains chauds qui étoient au bout de la
Ville du côté du Midy.
Au retour j'examinai ce Lac ou cette
Mer , sur les bords de laquelle et sur
laquelle même le Seigneur a operé tant
de prodiges. Le Cavalier Jacoub me dit
qu'elle n'avoit pas six à sept milles de
largeur et 18. à 19. milles de longueur.
Elle est toute entourée de Montagnes très
roides.
MAY. 1731. 1011
nides Il me fit observer du côté du Nord
P'endroit où le Jourdain entre dans cette
Mer , et quelques tas de pierres au lieu
où étoient Capharnaum et Betsaïde .
Au sommet d'une haute Montagne du
même côté , au Nord , je voyois parfaifaitement
la Ville de Saphet avec sa Citadelle.
Cette Ville est actuellement en
grande veneration parmi les Juifs , à cause
que leurs Rabbins , Auteurs du Talmud
, y sont enterrez . Elle donne lieu à
une grande question pour sçavoir si elle
est l'ancienne Bethulie.
En descendant vers l'Est sur la même
Montagne , on voit le Puits où Joseph fut
mis par ses freres , ou pour mieux dire
le Kan auprès duquel est ce Puits. On ne
voit rien du Corosaim ni de Gerasa , de
l'autre côté du Lac.
Il y a dans les murs de Tiberiade une
Chapelle qui sert de Magazin aux Cheiks ,
que le Prince Tancrede a fait bâtir,et qui
fut dédiée à S. Pierre , parce que ce fut
là où le Seigneur après sa Résurrection ,
apparut à ses Apôtres. Les Cheiks permettent
à nos Religieux d'y dire la Messe
quand ils vont à Tiberiade.
Nous quittâmes les Cheiks après le
diné , et nous laissâmes les dix Cavaliers
qui nous avoient escortez en allant , nous
prîmes
fo12 MERCURE DE FRANCE
prîmes notre route par la Plaine de la
multiplication des cinq Pains d'Orge et
des deux Poissons , nous passâmes au pied
de la petite Montagne sur laquelle le Seigneur
prononça les Beatitudes , auprès
de laquelle est le Village d'Athin : la
charue a passé sur le lieu où étoit le
Bourg de Jotapa , situé aux environs , et
dans lequel Flavius - Joseph fut pris par
les Romains. On ne reconnoît ce lieu
que par quelques Cîternes qu'on y trouve.
Nous arrivâmes à deux heures après
minuit à Acre , d'où je partis deux jours
après pour Seyde. Je passai à Tyr , et je
vis que les Propheties d'Ezechiel étoient
pleinement accomplies à l'égard de cette
Ville ; Dieu l'a effacée de dessus la terres
je n'y trouvai de remarquable qu'une
triple Colomne de Marbre grande de 40.
à so. pieds de longueur , qui est dans les
décombres d'une Eglise dont il subsiste
encore quelque portion de muraille . Origene
étoit enterré dans cette Eglise. Les
sables ont couvert la Digue par laquelle
Alexandre joignit la Ville à la Terre ferme
; on diroit qu'elle a toûjours été unie
au Continent. Il n'y a actuellement qu'environ
20. ou 25. personnes à Tyr.
J'aurois été au Mont Carmel , si trois
eu quatre mille Arabes n'étoient venus.
camper
M
Qu
des
able
MAY. 1731. 1013
dans la Plaine un jour après mon
camper
arrivée de Galilée , sur la nouvelle de la
disgrace des Pachas de Damas et de Seyde.
Ces descendans d'Ismaël , sous prétexte
qu'Abraham n'a laissé aucun heritage à
leur pere , s'emparent par droit d'aubeine,
des habits et des Effets des Voyageurs ,
qu'ils regardent comme leur patrimoine.
Je suis , Monsieur , &c.
Décembre 1730. par M. du Bellis , sur
un Voyage fait en Galilée , & c.
Dieur, Voyage que je
E retour depuis peu de jours , Monsieur
, d'un Voyage que je viens de
faire , je ne perds point de temps à vous
faire un récit succint de ce que j'ai vû ,
pour prévenir vos reproches. Dispensezmoi
de Dissertations , et permettez que
je vous renvoye une foule de Voyageurs
qui ont écrit des mêmes Pays où
j'ai été.
Les Révolutions de 18. siecles ont extrémement
simplifié la Galilée ; Flavius
Joseph , qui en a été Gouverneur , écrit
qu'il y avoit dans cette Province 204.
Bourgs ou Villages , dont plusieurs étoient
bien fortifiez , et dont le moindre avoit
environ 15000. hommes , sans parler des
grandes Villes de Tiberiade , de Sephoris
et de Gabara .
Hiram , Roi de Tyr , se trouva fort
mal payé de 20. Villes de la Galilée que
Salomon lui donna pour les Bois de Cedres
, de Sapins et autres Materiaux
ce Roi avoit fournis pour la construction.
du Temple de Jerusalem.
A iiij
que
La
998 MERCURE DE FRANCE
La Charuë a passé sur presque toutes
les Villes , Bourgs et Villages , et ceux
qui restent aujourd'hui , ne sont plus
situez aux mêmes lieux où étoient les
anciens . On n'y voit plus que quelques
monceaux de pierres et décombres de
maisons ruinées .
En partant de Seides , je ne m'étois pro
posé que d'aller à Acre ; j'étois en compagnie
de trois Négocians , dont deux
étoient les Députez de la Nation . Le Valet
d'un de ces Députez, est fils d'un Curé
Maronite de Seyde ; et comme il est au
fait de la Tradition , et qu'il sçait lire et
écrire le Syriaque , je le pris en affection
pour les secours que j'en attendois.
Après trois lieues de marche ,
Docteur domestique , me fit observer que
j'étois sur les ruines de Sarepta , et me
fit arrêter à une petite Mosquée , bâtie
au lieu même où étoit la maison de cette
Veuve, qui ayant bien voulu partager son
petit pain avec Elie , obtint de ce Prophete
la multiplication de sa farine , de
son huile , et là résurrection de son fils.
mon
A une lieuë et demie de cette Mosquée
nous passâmes la Riviere nommée la Hasemiech
, sur un fort beau Pont de Pierre ,
qu'Osman , Pacha de Seyde , a fait bâtir.
Que cette Riviere soit le Fleuve Eleuthere
des
MA Y. 1731. 999
des Anciens , ou non , je laisse cette discussion
aux Sçavans ; ce qu'il y a de certain
, c'est qu'elle séparoit autrefois les
Royaumes de Tyr et de Sidon.
Comme je souhaitois voir les fameux
Puits appellez les Puits de Salomon , parce
que ce Roi en parle dans le Cantique
des Cantiques , nous ne prîmes point le
chemin de Tyr , et nous marchâmes droit
à une Mosquée que les Maronites prétendent
être le Tombeau de Daniel . Nous
passâmes à cette Mosquée une partie de la
nuit.
Au lever du Soleil nous arrivâmes aux
Puits . Nous avions découvert en traversant
la vaste Plaine de Tyr , des restes
des Aqueducs qui conduisoient l'eau
de ces Puits dans cette Ville , qui en est
éloignée d'une lieuë.
Le plus grand de ces Puits subsiste en
son entier ; les deux autres sont ruinez.
L'eau monte jusqu'au bord , ce qui le fait
ressembler à un Réservoir , et en sortant
elle fait tourner des Moulins à blé , ce
qui le rend d'une grande utilité..
A deux lieues de ces Puits , on trouve
le chemin appellé aujourd'hui Anakoura;
il est taillé dans le Roc , sur le milieu
d'une Montagne qui n'a presque point de
pente ; il a environ une demie licuë de
A v long
-
1000 MERCURE DE FRANCE:
long : c'est un Ouvrage d'Alexandre le
Grand , le garde fou en est ruiné, le préci
pice en est affreux ; la Mer et des Rochers:
escarpez, sont au bas à une si grande
distance, qu'on ne peut presque en soutenir
la vûë; ce chemin,au reste, est si ruiné
et si mauvais , qu'on est obligé de mettre
pied à terre à chaque bout de champ .
Au sortir de ce passage , on trouve
un grand tas de pierres et quelques restes
de Murs . Ces ruines s'appellent Scandarete
, ce qui signifie petit Château d'Alexandre.
On arrive enfin au Cap Blanc , que les
'Anciens nommoient le Mont Saron . Delà
on découvre la Plaine d'Acre , bornée
au Sud par le Mont Carmel , qui avançant
dans la Mer , semble simétriser avec
le Cap Blanc , et entourer circulairement
avec les Montagnes de l'Est cette immense
Plaine . La Ville d'Acre paroît au
milieu sur le Rivage de la Mer ; et quoiqu'il
semble qu'on doive bien- tôt atteindre
à cette Ville , il faut pourtant émployer
quatre bonnes heures pour y arriver
, marchant toujours en ligne directe.
La Ville d'Acre ou de Ptolemaide , fait
pitié aujourd'hui , en voyant les ruines
des étonnantes Fortifications qui entouroient
cette grande Ville. L'Eglise de
S.
MAY. 1731. ΥΘΟΥ
S. André , celle de S. Jean , le Palais et la
Chapelle du Grand-Maître des Hospitaliers,
doivent être des Edifices admirables .
Il reste encore de ces superbes Edifices ,
quelques pans de murailles dans leur entier
, qui font juger de leur ancienne
beauté.
Trois jours après notre arrivée à Acre
un Négociant de Seyde , étant dans le
dessein d'aller à Tiberiade pour rendre
visite aux Cheiks qui ont la Ferme gene-
- rale de ce Pays , me proposa de l'accompagner
dans ce voyage , ce que j'acceptai
avec plaisir.
Ce Négociant avoit rendu un service
important au Cheik Saad , aîné de la
Famille des Cheiks de la Tiberiade. Ce
Cheik Saad , avec un des ses freres , informé
de l'arrivée de mon ami à Acre
se rendit à Nazareth ; et ayant appris
qu'il devoit les aller voir , il lui envoya
dix Cavaliers bien armez pour l'accompagner.
Après trois heures de marche vers l'Orient
, dans la Plaine d'Acre , nous entrâmes
dans les Montagnes de la Phénicie ,
et de-là dans les Verres de la Tribu de
Zabulon ; nous passâmes la belle Plaine
de cette Tribu ; et étant parvenus à un
Village nommé Saffoury , notre Cavalier
A vi con1002
MERCURE DE FRANCE
conducteur me fit observer le lieu oùétoit
la Maison de S.Joachim et de sainte Anne ,.
et le reste d'une fort belle Eglise à trois
Nefs , que sainte Helene avoit fait bâtirtout
auprès.
Cette dévote Imperatrice avoit rempli
toute la Terre- Sainte de Monumens de
sa pieté au commencement du IVe siecle.
Ce pauvre Village de Saffoury étoit autrefois
la fameuse Ville de Sephoris.
Au reste , vous remarquerez que le Cavalier
dont je parle , est un homme encore
plus important que
le Valet que
j'ai déja cité ; il sçait sa Terre- Sainte par
coeur , il conduit depuis 30. ans les Religieux
et les Pelerins . Ce Cavalier , nommé
Jacoub , connoît et explique tous les
lieux Saints.
Après avoir traversé Monts et Vallées ,
nous vîmes Nazareth dans un petit Valon.
entouré de Montagnes. Il est sur le penchant
d'une de ces Montagnes , regardant
l'Orient , et ne consiste qu'en quelques.
Cahutes dispersées sur une petite Esplanade.
Nous passâmes auprès de la Fontaine
où la sainte Vierge venoit prendre de
l'eau , n'y ayant point de Puits dans Nazareth
, mais seulement quelques Citernes .
Cette Fontaine est à 4. ou 500. pas du
Village
MAY . 1731.
1003
Village ; il en est de même de tous les
Villages de la Galilée. Les Habitans de
Saffoury vont chercher l'eau à un quart.
de lieuë.
La nouvelle Eglise que les Religieux de
la Terre-Sainte ont fait bâtir à Nazareth ,
est située au même lieu où s'est operé le
Mistere de l'Incarnation ; cette Eglise a
été consacrée depuis peu , et on y fait actuellement
l'Office divin.LeConvent n'est
pas encore achevé ; nous logeâmes dans
les chambres du vieux Monastere .
Comme nous arrivâmes bien avant le
coucher du Soleil , j'eus le temps d'aller
visiter l'Eglise. Elle est à trois Nefs et
fort éclairée.
La sainte Grote où s'est operé le Mistere
, se presente d'abord en entrant , on
y descend par un spacieux Escalier de
douze marches ; et après avoir traversé
l'espace où étoit la Maison qui a été transportée
à Lorette , on entre dans la Grotte
taillée dans le Roc.
Le Ceintre extérieur de cette Grotte est:
tout couvert de Marbre , et sous l'Autel
isolé qui est au milieu , on y lit ces mots :
Hic Verbum caro factum est.
A gauche en entrant , il y a deux grosses
Colomnes d'un Marbre singulier ; elles.
sont placées comme sont les Colomnes
Cou
}
1004 MERCURE DE FRANCE
couplées dans les Edifices. Sainte Helene
les fit poser lorsqu'elle fit bâtir une superbe
Eglise à Nazareth , pour désigner
la place où étoient la sainte Vierge et l'Ange
Gabriel , dans l'instant de l'Annonciation
; l'une de ces Colomnes demeuresuspendue,
adhérante à la voute de la Grotte
, ayant été brisée vers sa base par un
Pacha de Damas , qui pensant qu'elle étoit
creuse , croyoit y trouver un trésor .
On monte par deux Escaliers de 12. marches
, situez aux deux côtez du vieux Escalier
qui conduit à cette Grotte ; au grand
Autel de l'Eglise , qui est à la Romaine , et
placé précisément sur la voute de la Grotte
; le Choeur est derriere l'Autel .
M. Bergeret , Négociant François , Résident
à Acre , qui a donné le dessein de
cette Eglise , m'a dit qu'elle avoit dix toises
de longueur , neuf de largeur , et huit
et demie de hauteur. Les Maçons Turcs.
qui l'ont élevée , ont commis mille défauts
grossiers contre le Dessein de M.Bergeret.
On voit dans les cours du Convent
quelques anciens Chapiteaux Corinthiens
de l'Eglise de sainte Heleine , dont les
feuilles d'acanche et les autres ornemens
sont admirables.
Le lendemain j'allai visiter l'ancienne
SyMAY.
1731 1005
Synagogue de Nazareth ; cet Edifice s'est
bien conservé, mais il sert aujourd'hui d'écurie.
Je vis aussi les ruines d'une petite ,
Eglise bâtie où étoit la Boutique de S. Joseph
, et la Table de pierre sur laquelle le
Sauveur mangeoit quelquefois avec ses
Apôtres ; elle est à present renverseé .
Je négligeai d'aller voir le Précipice
qui est à un quart de lieuë de Nazareth ,
parce qu'il n'est pas décidé si ce fut à ce
lieu où au haut de la Montagne même ,
au penchant de laquelle le Village est
place , que les Juifs au sortir de la Synagogue
, conduisirent le Seigneur pour le
précipiter.
Nous partîmes avec les Cheiks de la
Tiberiade pour nous rendre chez eux. Ils
avoient pour leur suite 60. Cavaliers armez
de lances , de fusils , de sabres et de
pistolets à la ceinture , desorte qu'avec
nos dix Cavaliers et nos gens , nous étions
plus de 80. personnes à cheval.
A peine eûmes- nous marché une heure,
que nous nous arrêtâmes pour attendre
un Cavalier que nous voyons venir à toute
bride ; il rendit une Lettre aux Cheiks,
qu'on leur écrivoit d'Acre , par laquelle
on les informoit que le jour d'auparavant
21. de Novembre , il étoit arrivé à
Seyde un Capigi , porteur d'un Commandement
TOOG MERCURE DE FRANCE
•
dement pour arrêter Soliman- Pacha et
s'assurer de son bien ; que le Pacha de
Damas , son frere , avoit été également
arrêté avec le Pacha de Tripoli , fils de ce
dernier , le Gouverneur de Lataquie , fils
du Pacha de Tripoli , et celui de Mara.
Le Cavalier ajoûta que depuis un quart
d'heure qu'il étoit parti de Nazareth , il
y étoit arrivé un Capigi qui étoit descendu
chez les PP: de la Terre- Sainte .
Les Cheiks retournerent sur leurs pas
pour sçavoir le sujet de ce dernier Ĉapigi
, et nous rejoindre ensuite au Kanaintujar,
qui est au - dessous du Thabor , dans
la Plaine d'Esdrelon ; ils nous laisserent
20. Cavaliers .
Continuant notre route , nous vîmes
en passant une Mosquée , où l'on dit que
le Prophete Jonas est enterré ; de-là nous
allâmes à Cana.
L'Eglise et le Monastere que sainte He
lene avoit fait bâtir au lieu même où étoit
la Maison des Nôces où se fit le Miracle
sont aux trois quarts démolis. Je bus à
F'unique Fontaine du Village , de cette eau
qui fut convertie en vin . On voit auprès
les restes d'une Chapelle.
Aux environs de Cana , nous traversâmes
le Champ des Epis , où les Pharisiens
scandalisez de voir les Apôtres manger
dess
MAY. 1731 1057
des grains de froment le jour du Sabat ,
furent repris par le Sauveur.
Après avoir marché dans de beaux Va-.
lons , dont les Montagnes sont couvertes
de Chênes verds , nous entrâmes dans
la Plaine d'Esdrelon , nous nous trouvâmes
dans peu presque au pied du Thabor,
mais la forme piramidale de cette fameuse
Montagne , est encore la plus admirable
vûë de la Plaine. C'est ici où le docte
Cavalier Jacoub donna une grande satisfaction
à mes yeux et à mon imagination
. D'abord il m'instruisit des ruines
qui subsistent au sommet du Thabor ,
reste des Edifices que sainte Helene et le
Prince Tancrede avoient fait bâtir.
Il me montra ensuite les Monts Here
mon et Hermonien , et me fit appercevoir
de fort loin les Montagnes arides et pellées
de Gelboé , me de igna derriere le
Thabor le lieu où étoit la Ville de Naïm
au pied d'Hermonoüm . La Ville d'Ador,
où Saül alla consulter la Devineresse .
Il me rapella les évenemens de l'Ecriture .
arrivez in Campo magno Esdrelon , la Bataille
de Josué contre le Roi de Maggedo ,
la défaite de Sisara par Barac , assisté de
Débora ; la mort d'Ochozias par Jehu
et celle de Josias par Pharaon Nechao .
Nous nous rendîmes ensuite au Kanaintujar
1008 MERCURE DE FRANCE
naïntujar , c'est à-dire , le Kan de la Source
des Marchands ; c'est un très - bel Edifice:
construit par les Turcs , et qu'ils laissent
tomber en ruine ; il a été bâti pour la
commodité des Caravanes de Damas qui:
passent par la Plaine d'Esdrelon . Il s'y
tient un Bazar ou Marché toutes les se
maines. Les Pierres qui ont servi à cet
Edifice , avoient été tirées de la démolition
d'une Forteresse que les Chrétiens
avoient bâtie.
Les murailles et les tours de cette Forteresse
, qui est à une portée de fusil du
Kan , subsistent encore à une toise d'élevation
; rien n'est si admirable que les
Edifices , que les Croisez avoient élevés
dans ces Pays.
Les Cheiks nous joignirent une heure
après, et nous apprirent que le Capigi arrivé
à Nazareth , venoit de Jerusalem ,
où il avoit été envoyé pour examiner un
nouvel Edifice des Arméniens , sur lequel
il y avoit eu des plaintes à la Porte,
que les Latins , les Grecs et les Arméniens
lui avoient fait ensemble un present de
onze Bourses , afin qu'il fit à la Porte des
Relations inconsequentes de leurs Eglises
et de leurs Monasteres , et que les Religieux
de Nazareth lui avoient donné cent
Sequins pour le même sujet .
Au
MAY. 1731. 1009.
Au Soleil couchant nous arrivâmes à
la Tiberiade. On ne voit la Mer
que lorsqu'on
est parvenu
au haut de la Monta- gne, où l'on arrive
par une Plaine
; il faut descendre
après pendant
une demie
heure
pour
arriver
à la Ville.
Cette Ville bâtie par Hérode en l'honneur
de Tibere , devoit être superbe ; elle
étoit fort longue , mais peu large , parce
que la montagne la serre vers le bord de
la Mer.
Il. y a apparence que la Maison des
Cheiks où nous descendîmes , étoit un
ancien Palais , à en juger par ce qui reste
des Murailles , au bas desquelles la Mer
bat , et sur lesquelles ils ont pratiqué des
logemens à la façon du Pays. Toutes les
pierres de ces Murailles sont taillées en
pointe de diamants.
>
On voit sur le Rivage trois petits Ouvrages
d'une toise en quarré , revêtus des
mêmes pierres placées sur une même ligne
, et elevez sur des Colomnes enfoncées
dans terre , l'une touchant l'autre
à la façon de nos Pilotis. On présume que
ces Ouvrages soutenoient quelque Peristile
ou Galerie saillante du Palais. Il y a
quelques morceaux de Frise et autres fragmens
sur la Gréve , dont la Sculpture n'a
rien de remarquable.
Auprès
Toro MERCURE DE FRANCE
Auprès de ce Palais il y avoit une Forteresse
dont les ruines font aujourd'hui
un très-bel objet pittoresque ; le Palais et
la Forteresse étoient précisément au milieu
de la Ville. On ne sçait si l'enceinte de
murailles qui renferme avec ces antiques
Masures , 40. ou 50. Chaumieres , est un
Ouvrage d'Hérode ou des Croisez.
Ce sont ces murailles que le Pacha canona
le mois d'Avril dernier et devant
lesquelles il se posta avec 4000. hommes.
Elles forment un quarré long de 5. ou
600. pas , et ont tout au plus trois pieds
d'épaisseur et trois toises d'élevation . Les
Assiegez étoient au nombre de 170. mal
armez et le Chekdair joüoit aux Echecspendant
le Siege.
Ce Cheik et ses freres , au nombre de
cinq , nous régalerent de leur mieux ; et
le lendemain matin nous allâmes à cheval,
marchant toujours dans des ruines aux
Bains chauds qui étoient au bout de la
Ville du côté du Midy.
Au retour j'examinai ce Lac ou cette
Mer , sur les bords de laquelle et sur
laquelle même le Seigneur a operé tant
de prodiges. Le Cavalier Jacoub me dit
qu'elle n'avoit pas six à sept milles de
largeur et 18. à 19. milles de longueur.
Elle est toute entourée de Montagnes très
roides.
MAY. 1731. 1011
nides Il me fit observer du côté du Nord
P'endroit où le Jourdain entre dans cette
Mer , et quelques tas de pierres au lieu
où étoient Capharnaum et Betsaïde .
Au sommet d'une haute Montagne du
même côté , au Nord , je voyois parfaifaitement
la Ville de Saphet avec sa Citadelle.
Cette Ville est actuellement en
grande veneration parmi les Juifs , à cause
que leurs Rabbins , Auteurs du Talmud
, y sont enterrez . Elle donne lieu à
une grande question pour sçavoir si elle
est l'ancienne Bethulie.
En descendant vers l'Est sur la même
Montagne , on voit le Puits où Joseph fut
mis par ses freres , ou pour mieux dire
le Kan auprès duquel est ce Puits. On ne
voit rien du Corosaim ni de Gerasa , de
l'autre côté du Lac.
Il y a dans les murs de Tiberiade une
Chapelle qui sert de Magazin aux Cheiks ,
que le Prince Tancrede a fait bâtir,et qui
fut dédiée à S. Pierre , parce que ce fut
là où le Seigneur après sa Résurrection ,
apparut à ses Apôtres. Les Cheiks permettent
à nos Religieux d'y dire la Messe
quand ils vont à Tiberiade.
Nous quittâmes les Cheiks après le
diné , et nous laissâmes les dix Cavaliers
qui nous avoient escortez en allant , nous
prîmes
fo12 MERCURE DE FRANCE
prîmes notre route par la Plaine de la
multiplication des cinq Pains d'Orge et
des deux Poissons , nous passâmes au pied
de la petite Montagne sur laquelle le Seigneur
prononça les Beatitudes , auprès
de laquelle est le Village d'Athin : la
charue a passé sur le lieu où étoit le
Bourg de Jotapa , situé aux environs , et
dans lequel Flavius - Joseph fut pris par
les Romains. On ne reconnoît ce lieu
que par quelques Cîternes qu'on y trouve.
Nous arrivâmes à deux heures après
minuit à Acre , d'où je partis deux jours
après pour Seyde. Je passai à Tyr , et je
vis que les Propheties d'Ezechiel étoient
pleinement accomplies à l'égard de cette
Ville ; Dieu l'a effacée de dessus la terres
je n'y trouvai de remarquable qu'une
triple Colomne de Marbre grande de 40.
à so. pieds de longueur , qui est dans les
décombres d'une Eglise dont il subsiste
encore quelque portion de muraille . Origene
étoit enterré dans cette Eglise. Les
sables ont couvert la Digue par laquelle
Alexandre joignit la Ville à la Terre ferme
; on diroit qu'elle a toûjours été unie
au Continent. Il n'y a actuellement qu'environ
20. ou 25. personnes à Tyr.
J'aurois été au Mont Carmel , si trois
eu quatre mille Arabes n'étoient venus.
camper
M
Qu
des
able
MAY. 1731. 1013
dans la Plaine un jour après mon
camper
arrivée de Galilée , sur la nouvelle de la
disgrace des Pachas de Damas et de Seyde.
Ces descendans d'Ismaël , sous prétexte
qu'Abraham n'a laissé aucun heritage à
leur pere , s'emparent par droit d'aubeine,
des habits et des Effets des Voyageurs ,
qu'ils regardent comme leur patrimoine.
Je suis , Monsieur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
En décembre 1730, M. du Bellis relate un voyage en Galilée, mentionnant les révolutions des 18 derniers siècles qui ont simplifié la région. Flavius Josèphe décrivait 204 bourgs ou villages, certains fortifiés et peuplés de milliers d'habitants, mais la région est marquée par des destructions, laissant des monceaux de pierres et des décombres. Le voyageur part de Seyde avec trois négociants, dont un valet connaissant la tradition et le syriaque. Ils visitent les ruines de Sarepta, la rivière Hasemiech, et les Puits de Salomon. Ils traversent le chemin d'Anakoura, construit par Alexandre le Grand, et découvrent les ruines de Scandarete avant d'atteindre le Cap Blanc et la ville d'Acre, dont les fortifications sont en ruines. À Acre, le voyageur accompagne un négociant à Tibériade. Ils traversent la plaine d'Acre, les montagnes de la Phénicie, et les terres de la tribu de Zabulon, visitant les ruines de Sephoris et la maison de saint Joachim et sainte Anne à Saffoury. Ils atteignent ensuite Nazareth, où ils visitent l'église de l'Incarnation et la grotte de l'Annonciation. Le voyage se poursuit vers Cana, où ils visitent les ruines de l'église et du monastère construits par sainte Hélène. Ils traversent ensuite la plaine d'Esdrelon et le mont Thabor, où le cavalier Jacoub explique les ruines et les événements bibliques associés à la région. Ils se rendent finalement au Kanaintujar, un bel édifice près de la source des marchands. Le texte décrit également plusieurs sites historiques et événements observés en mai 1731. Un édifice construit par les Turcs pour les caravanes de Damas, situé dans la plaine d'Esdrelon, abrite un marché hebdomadaire. Les pierres de cet édifice proviennent de la démolition d'une forteresse chrétienne. Les Croisés avaient élevé des édifices admirables dans la région. À Nazareth, un Capigi, envoyé de Jérusalem pour examiner un nouvel édifice arménien, a reçu des présents des Latins, Grecs et Arméniens pour éviter des plaintes à la Porte. Les religieux de Nazareth lui ont également donné cent sequins. Le voyage se poursuit vers Tibériade, une ville bâtie par Hérode en l'honneur de Tibère. La ville est longue mais peu large, serrée par la montagne près de la mer. La maison des cheiks, où les auteurs descendent, semble être un ancien palais avec des murailles taillées en pointe de diamants. Les murailles de la ville, canonnées par le Pacha en avril, forment un carré long de 500 à 600 pas, avec une épaisseur de trois pieds et une élévation de trois toises. Les cheiks et leurs frères offrent un repas aux auteurs, qui visitent ensuite les bains chauds à l'extrémité de la ville. Le lac de Tibériade, où le Seigneur a opéré de nombreux prodiges, est décrit comme ayant une largeur de six à sept milles et une longueur de 18 à 19 milles, entouré de montagnes très roides. Des sites bibliques comme Capharnaum et Betsaïde sont mentionnés. La ville de Saphet, en grande vénération parmi les Juifs, est visible depuis une montagne. En descendant vers l'est, on voit le puits où Joseph fut mis par ses frères. À Tibériade, une chapelle dédiée à Saint-Pierre, construite par le prince Tancrede, sert de magasin aux cheiks et permet aux religieux de dire la messe. Le voyage se poursuit vers Acre, en passant par des lieux bibliques comme la plaine de la multiplication des pains et la montagne des Béatitudes. À Tyr, les prophéties d'Ézéchiel sont accomplies, et la ville est presque déserte. Les auteurs mentionnent également la présence de tribus arabes dans la plaine, prêtes à s'emparer des biens des voyageurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 1149
AUTRE.
Début :
Tu t'abuses, Lecteur, si tu veux me comprendre. [...]
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Incarnation