Résultats : 209 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
51
p. 147-154
« A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...] »
Début :
A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...]
Mots clefs :
Sang, Amour, Mariage, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...] »
Apropos de cette Enig.>,,
me,ilmesouvient davoir
entendu racontes
un faitpeu plaisant, mais
rres - veritable.
Un jeune Anglois qui
logeoitclans une Auberge
du Fauxbourg Saint
Germain
,
devint éperduëment
amoureuxde la
fille de son Hoste. Elle
estoit tres-belle,&l'Anglois
luy sir des offres à
proporrion desa beauté;
mais cette fierehostesse,
foit par vertu ,
foit par
ambition ne voulut
entendre parler que de
mariage ; le pere de ce
jeune
jeune Anglois, estoie
homme à le desheriter
s'il eut voulu contenter
sa passion à ce prix,l'Hôtesse
n'en vouloit pourtant
rien rabattre,nostre
Amant desesperé tomba
dangereusement malade.
On fit plusieursconsultations,
où Monsieur
Gucnaut fameux Medecin
de ce temps-là,n'eut
pas de peine à prouver à
ses Confreres,qu'il faloit
d'abord seigner & rafraîchir,
&C qu'il teudroit
ensuite rafraîchir & seigner
; car, disoit-il, je
connois les deux maladies
de mon malade,elle
sont toutes deux dans le
sang. Ce(H'amour&: la
fiévre ; enfin nostre Amant
fut livreàl'opinion
de Monsieur Guenaut ,
qui par dix ou douze seignées
consecutives, osta
de ses veines non-seulement
l'amour & la ~cvre
,
mais encore la vie,
ou peu s'en salut, car on
le crut mort; cependant
il en revint, parce que
les Medecins &r le Chirurgienl'abandonnerent.
Pendant ce temps là,on
avoit écrit au pere la eause
de cette maladie,&il
arriva de Londres dans
laresolution de consentir
à ce mariageextravagant,
plustost que de perdre
son fils unique.
Ille trouva mourant
&la premiere chose qu'il
fit pour le rappeller à la
vie, ce futde lui prometre
labelle Hostesse
en mariage ; mais comme
la passiondu jeune
homme n'estoit fondée
que sur la beauté, les
idées vives des charmes
de l'Hostesse s'estoient
dissipées avec son sang;
elles revinrent pourtant
avec le fang nouveau
qu'il faisoit, mais àmélure
que sa santé se fortisioit
, le pere voyoit
moins de necessité à ce
mariage,enfin il ne craignit
plus de s'y opposer
entièrement.
Si la passion de ce fils
eut esté aussi violente
qu'avant sa maladie
,
il
eut fallu rappeller Monsieur
Guenaut pour la lui
oster par de nouvelles faignées
, ou le marier pour
l'empêcher de retomber
malade;mais cette paC"
sion n'estant presqueplus
qu'un simple souvenir ,
laraison& le perefurent
les plus forts; il renonça
à la belle Hostesse; &
cela fait voirquel'amour,
sur tout celui qui n'est
fondé que sur la beauté,
effc entièrement dans le
fang, & que si la transfusion
que quelques Médecins
ont cru possible
,
ne peut guerir de la vieillesse
, au moins elle peut
guérir de l'amour
me,ilmesouvient davoir
entendu racontes
un faitpeu plaisant, mais
rres - veritable.
Un jeune Anglois qui
logeoitclans une Auberge
du Fauxbourg Saint
Germain
,
devint éperduëment
amoureuxde la
fille de son Hoste. Elle
estoit tres-belle,&l'Anglois
luy sir des offres à
proporrion desa beauté;
mais cette fierehostesse,
foit par vertu ,
foit par
ambition ne voulut
entendre parler que de
mariage ; le pere de ce
jeune
jeune Anglois, estoie
homme à le desheriter
s'il eut voulu contenter
sa passion à ce prix,l'Hôtesse
n'en vouloit pourtant
rien rabattre,nostre
Amant desesperé tomba
dangereusement malade.
On fit plusieursconsultations,
où Monsieur
Gucnaut fameux Medecin
de ce temps-là,n'eut
pas de peine à prouver à
ses Confreres,qu'il faloit
d'abord seigner & rafraîchir,
&C qu'il teudroit
ensuite rafraîchir & seigner
; car, disoit-il, je
connois les deux maladies
de mon malade,elle
sont toutes deux dans le
sang. Ce(H'amour&: la
fiévre ; enfin nostre Amant
fut livreàl'opinion
de Monsieur Guenaut ,
qui par dix ou douze seignées
consecutives, osta
de ses veines non-seulement
l'amour & la ~cvre
,
mais encore la vie,
ou peu s'en salut, car on
le crut mort; cependant
il en revint, parce que
les Medecins &r le Chirurgienl'abandonnerent.
Pendant ce temps là,on
avoit écrit au pere la eause
de cette maladie,&il
arriva de Londres dans
laresolution de consentir
à ce mariageextravagant,
plustost que de perdre
son fils unique.
Ille trouva mourant
&la premiere chose qu'il
fit pour le rappeller à la
vie, ce futde lui prometre
labelle Hostesse
en mariage ; mais comme
la passiondu jeune
homme n'estoit fondée
que sur la beauté, les
idées vives des charmes
de l'Hostesse s'estoient
dissipées avec son sang;
elles revinrent pourtant
avec le fang nouveau
qu'il faisoit, mais àmélure
que sa santé se fortisioit
, le pere voyoit
moins de necessité à ce
mariage,enfin il ne craignit
plus de s'y opposer
entièrement.
Si la passion de ce fils
eut esté aussi violente
qu'avant sa maladie
,
il
eut fallu rappeller Monsieur
Guenaut pour la lui
oster par de nouvelles faignées
, ou le marier pour
l'empêcher de retomber
malade;mais cette paC"
sion n'estant presqueplus
qu'un simple souvenir ,
laraison& le perefurent
les plus forts; il renonça
à la belle Hostesse; &
cela fait voirquel'amour,
sur tout celui qui n'est
fondé que sur la beauté,
effc entièrement dans le
fang, & que si la transfusion
que quelques Médecins
ont cru possible
,
ne peut guerir de la vieillesse
, au moins elle peut
guérir de l'amour
Fermer
Résumé : « A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...] »
Un jeune Anglais, logeant dans une auberge du faubourg Saint-Germain, s'éprend de la fille de l'aubergiste, qui refuse toute relation hors mariage. Le père du jeune homme menace de le déshériter s'il l'épouse. Désespéré, le jeune Anglais tombe gravement malade. Le médecin Guenaut diagnostique l'amour et la fièvre dans son sang et prescrit des saignées. Après plusieurs saignées, le jeune homme survit malgré l'abandon des médecins. Informé, le père arrive de Londres et promet le mariage pour sauver son fils. Cependant, il reconsidère sa décision et s'oppose au mariage à mesure que la santé du jeune homme s'améliore. La passion du jeune homme, fondée sur la beauté, s'estompe avec son sang et ne revient que faiblement. Finalement, la raison et le père prévalent, et le jeune homme renonce à la belle aubergiste. Cette histoire montre comment l'amour, surtout celui basé sur la beauté, peut être influencé par des changements physiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
52
p. 1-70
AVANTURE amoureuse, dont je viens de parler dans le Journal de Madrid.
Début :
Il y avoit à Madrid un petit vieillard Espagnol fort [...]
Mots clefs :
Amour, Vieillard, Mariage, Fille, Couvent, Madrid, Archiduc, Amie, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE amoureuse, dont je viens de parler dans le Journal de Madrid.
AVANTURE
amoureuse, dont jeviens
deparler dans le Journal
de Madrid.
*
I y avoità Madrid
un petit
vieillard Espagnol fort
passionne pour la Maison
d'Autriche,& cet
attachement n'estoit
que tres louable dans le
temps que la Maison
d'Autriche possedoit légitimement
la Couronne
d'Espagne ; ce vieillard
estoit nouveliste
de profession, non pas
de ces nouvelistes équitables
& censez que je
hante volontiers : mais
decesnouvelistes frondeurs
qui débitent leurs
prejugez malins pour
des faits averez ,
chagrins,
incrédules dans
lesévenemens avantageux
à leur Patrie; &C
triomphans d'un malheur
public qu'ils auront
deviné par hazard,
comme si c'estoit l'ouvrage
de leur politique
rafinée.
Ce petit vieillard Autrichien
avoit jette les
yeux sur un Espagnol
de sa cabale) pour marier
une hiletrèsaimablequ'il
avoit, cetEspagnol,
qui se nommoit
D.Diegueavoit gagné
le coeur du pereen luy
apprenant toujours le
premier les mauvaises
nouvelles
, en traitant
les bonnes de visions &
se déchaînant avec fureur
contre le Gouvernement
present dePhilippeV.
ensortequ'étant
venu un jour lui aprendre
la défaite de l'armee
de ce Prince, dans
la bataille deSa-ragoffe,
ce mauvais Espagnol
en fut si transporté de
joye qu'il l'embrassa
tendrement,&luy promit
déstors sa fille en
mariage pour prix d'une
si bonne.nouvelle.
Cette charmante fille
se nommoit Dorotée ,
elle estoit aussi judicieuse
que son pereestoit
entjesté. Dorotée ne se
croyoit pas si habile que
quelquesunes de nos
Dames qui decident à
present des droits &
des démêlez des Princes.
ellen'eutpris aucun
party entre l'Archiduc
& PhilippeV.sicertain
Cavalier aimable, fort
attaché à cedernier.,
ne l'eût déterminée
dans la fuite pour ce
Roy légitimé.
Un jour ce Cavalier
qu'onappelloit Don
Pedre, après toutes les
attentions dun amant
respedueux, s'étant enfin
flatté de n'estre pas
haï de Dorotée luy déclara
son amour, Dorotée
en rougit, elle baissa
les yeuX)8C ne repondit
rien, c'est ce qu'-
on peut faire de mieux
pour un amant, sur sa
première déclaration
il en fit plusieurs , autres,
ilfaloit bien en fin
qu'elle s'expliqua, elle
ne voyoit rien à desirer
en luyque dela confiance
, elle se défioit naturellement
de celle des
hommes, c'estoit son
faible; si toutes les femmes
avoient ce faible:,
illes çueriroit de bien
d'autres; Dorotee ne
put s'empêcherdédire
à Don Pedre tout ce
qu'elle craignoitlà-defsus
, il répondit à ses
craintes par des sermens
; c'est la réponse
ordinaire: il luy jura
que sa fidélité pourelle
feroit aussi inviolable
que celle qu'il avoit
pour son Roy, c'estoit
là son sermentle plus
familier. Cet Espagnol
zélé ne juroit que par
son Roy.
Dans lemomenr que
Don Pedre prononça
avec transport le nom
de Philippe V. Dorotée
s'écria tout à coup, ah
nous sommes perdus !
ensuiteelle luyditavec
douleur que ion pere
neferoic jamaisd'alliance
avec un fidele sujet
de Philippe V. ah,
Dorotée
,
s'écriat-il à j
son tour, pourquoy estes-
vous si charmante,
j'avois juré que je ne
ferois jamais nulle liaison
avec les Partisans
entêtez del'Archiduc;
il faudra donc me faire
la violence decacher à
vostre pere mon zele
pour mon Roy.
,.
cela
ne suffira pas, reprit
Dorotée en le regardant
tendrement, vous
n'obtiendrez jamais
rien de luy si vous ne
feignez. moy feindre!
reprit brusquement le
franc castillan, les deux
amans se regardèrent
quelques temps sans
rien dire. Don Pedre
ne pouvoit se resoudre
à feindre, & Dorotée
n'osoit exiger de luy
unsi grandsacrifice, ils
se quicterécfortaffligez
de l'obstacle invincible
qu'ils voyoient à leur
union,& lejurerent qu'-
aumoins rien ne les pouroit
empêcher de s'aimer
lereste de leur vie.
Quelques jours sécoulerent,&
Don Pedre
les passoit à rêver
auxmoyens dont il
pourroit user pour gagner
le pere, sans commettre
sa sincerité ; ce
vieillardn'estoit
• pas
riche, il n'avoit que le
desir des richesses, &
l'avarice estoit sa plus
force passion après celle
de reformer le Gouvernement
; nostrejeune
Espagnol avoir de
grands biens, il acheta
exprésde quelqu'un je
ne sçai quel contrat
qui le mir en liaison
d'affaire avec le vieillard,
il eut occasionpar
làdeluy faire ledétail
de les grands biens, &
deluimontrer plusieurs
contrats,tîtres & papiers,
le hazard fit qu'en
tirant d'unportefeüille
ces papiers, il s'y trouva
une lettre ouverte, où
le vieillardapperçut ces
mots. Du Campdel'archiduc
ce 20. Aouct.
Cette date estoit fraîche,
quelle amorce pour
un nouveliste!Il se jeta
sur cette lettre, qu'il
connut estre de l'écriture
d'un zélé Espagnol
rebele, qui estoitdu
Conseil secret de Stanope,
il crut fermement
par cette lettre que
Don Pedre avoir des
intelligences secrettes
dans le parti de l'Archiduc.
Don Pedre eut
beau luy protester qu'il
estoit bon Espagnol,
je ne suis point surpris,
luy dit le vieillard en
riant, qu'ayant quantité
de biens qui dépendent
du Gouvernement
prelent
, vous cachiez
avec foin vos intrigues
secretes avec ceux de
mon parti. Plus, Don
Pèdres'obstinaà paroître
ce qu'il estoit,plus
l'autre Je crut ce qu'il
desiroit qu'il fût, caril
commençoit à l'aimer
parce qu'il le voyoit
très-riche. -
Pour expliquer icy
comment cette lettre
s'estoit trouvée entre
les mains de Don Pedre
, ilfaut reprendre
son hiftoiredeplus loin,
il avoit esté destiné par
son pere à une veuve
Espagnole,nommée
Elvire, encore jeune&
belle : mais que Don
Pedre n'avoit jamais
aimée, à qui même depuis
la mort de son pere
il avoit: fait comprendre
qu'il ne pouvoir jamais
se resoudre d'encrer
dans une famille ennemie
de son Prince, &
le frere d'Elvire estoit
Colonel dans l'armée
ennemie; c'estoit justement
de luy que v£-
noit la lettre en question
: Les nouvelles que
ce frere nlandoit..ectoient
tres - mauvaises
pour Philippe V. Elvire
les montroit avec
soinà Don Pedrepour
luy persuader de s'attacher
à l'Archiduc qui
alloit estre son Souverain,
car elle estoit
persuadée que la difference
des partis estoit
le seul obstacle qui s'oppofoit
à son mariage
avec DomPedre.
Ce fidele & sincere
Espagnol se trouveicy
dans une situationbien
delicate : Elvire luy
donnoit tous les jours
par ces lettres des détails
qui l'affligeoient
beaucoup, parce qu'ils
estoient malheureux
pour son Roy: mais
ils estoient heureux
pour ton amour,car en
les faisant voir au petit
vieillard Autrichien,
il alloit obtenir de luy
Dorotée,j'eusse voulu
demander en cette occasion
à Don Pedre si
dans le fond du coeur il
souhaitoit de voir cesser
latriste cau se qui produisoit
un si bon effet,
il m'eût répondu sans
doute qu'il ne pouvoit
démêler un sentiment
si de licat à travers un
amour violent, il se
contentoit de jurer sincerement
qu'il seroitau
desespoir si l'Archiduc
depossedoit Pbilippe V.
mais s'il efloit bien aise
qu'on le crût sur sa parole,
c'est la question:
quoyqu'il en soit il fit
si bien que le pere de
Dorotée luy donna sa
parole : mais la difficulté
estoit de retirer celle
qu'il avoit donnée au
premier, il netrouvapoint
de pretexte plus
specieux pour sauver
Ton honneur que de
mettre sa fille dans un
Convent, comme siellet
eût voulu se faire Religieufe,
Don Diegue
alarmé vint se plaindre
à son beau-pere, qui
luy dit qu'en conscience
ilne pouvoit empêcher
sa fille d'embrasser
un estatoù elleestoit si
bien appellée, &' de
peur qu'on ne découvrit
le veritable motif
d'une vocation si subite
y il défenditàDon
Pedre d'aller voir Dorotée
auConvent,jusqu'à
ce que Don Diegue
sefut rengagé dans
un autre Mariage qu'il
avoit rompu pour celui-
ci, pour lors dit le
petit vieillard, ce fera
lui qui manquera de
parole & non pas moi.
Dorotée entra donc
dans le Convent [ûre
ducoeurde Don Pedre,
dont Elvire estoit prcfqne
sûre aussi, elle en
jugeoit par l'empressement
qu'elle lui voyoic
de tirerd'elle des lettres
qui lui apprenoient la
défaite de l'armée de
Philippe V. il fera bientôt
du parti du Vainqueur,
disoit-elle en
elle-même, & il m'aimera
sans doute dés
qu'il n'aura plus cet attachetachement
à Philippe
V. qui l'empêchoit
d'en avoir pour moy;
c'estainsi qu'elle se flattoit,
lors qu'une amie
quelleavoit dans le
même Couvent où estoit
Dorotée, lui dit
qu'elle avoit surpris sur
la table de cette aimable
compagne, une lettre
fort tendre,signée
DonPedre; Elviresça.
voit d'un autre côté
que D. Diegue moins
riche avoit esté congédié
par lePere avare,
sa penetration lui fit
deviner le reste, & son
caractere artificieux &
interessé lui fit former
sur tout cela un projet
qui lui réussit comme
vous allez voir.
Premièrement, elle
prit le parti de ne point
témoigner à Don Pedre
qu'elle estoit informée
de son engagement
avec Dorotée;
cet eclaircissement n'eût
rien produit, elle sçavoit
agir bien plus finement
; cette amie,
qu'elle alloit voir au
Couvent,s'y estoit retirée
parce qu'elleétoit
pauvres El vire lui promit,
pour adoucir les
chagrins de sa retraite,
une pension considerable,
si elle vouloit lui
aider à époufer le riche
Don Pedre, & elles
convinrent du rolle
qu'elles jouëroiet pour
venir à bout de leur
dessein.
Cette amie d'Elvire
estoit complaisante,
insinuante, c'estoit la
flateuse du Couvent,
il en faut bien au moins
une dans une Communauté
pour amadouer
les nouvelles venues;
elle plaisoit assez à Dorotee,
qui commençoit
à s'ennuyer destre separée
de Don Pedre,
& qui mouroitd'envie
d'avoir une confidente
pour parler au moins
de celui qu'elle ne pouvoit
voir, celle-ci n'ayant
d'autre but que
de s'attirer .cette confidence
, l'amitié fut
bien-tôt liée entr'elles,
elles ne se quittoient
plus.
Ce-tte compagne
chagrine naturellement
par la mauvaise
situation de ses assai,
res, aflfcéta de le paroître
encore davantage,
& Dorotée l'ayant un
soir pressee de lui dire
la cause de ses chagrins
helas répondit-elle,en
soupirant, les chagrins
de la plus part des
femmes sont causez par
l'inconstance des hommes
; ce mot fit quelque
impression sur le
coeur de Dorotée, qui
par hazard n'avoit
point receu ce jour la
deletrre de son amant,
enfuiré la fausse affligée
se plaignit de l'insidelité
du ifen,& fit Ltdessus
le récit d'une
avanture ajustée au Cujet,
qui tira des larmes
de Dorotée,&qui donna
occasion à l'autre de
se déchaîner contre les
hommes, & contre la
crédulité des femmes
qui osent s'y fier; comme
cette matiere fournit
beaucoup à la conversation
des Dames,
les deux amies le couchèrent
fort tard,
toutes ces idées d'inconfiance
ne laisserent
pas de troubler un peu
le sommeil de Dorotée;
elle ne vit en songe que
des inconstans & tous
ressèmbloient à celuy
dont elle avoit l'imagination
frappée; elle se
réveillaassez inquiete,
mais une lettre fort tendre
qu'elle reçut le matin
de Don Pedre la rassura,&
luy fîtcomprendre
combien il est ridicule
d'ajouter foy aux
songes.
Le lendemain Elvire
vint sçavoir au Couvent
quel progrès avoit
fait son amie, elles en
parloient ensemble lors
que Dorotée, qui ne
pouvait, plus estre un
moment sans sa confidente,
vint la chercher
au Parloir;larusée fit figne.
à Elvire de partir;
& assectant d'avoir eu
quelque dispute avec
celle qui fuyoit,ellese
leva brusquement avec
un reste de colere affeaée,
vous me voyez fâ.
chée; dit-elle à sa compagne,
mais tres fâchée
contre cette amie a qui
je voudrois bien épargner
des chagrins pareils
à ceux qui m'accablent,
elle cft aimée
d'un jeune Cavalier,
elle lui a avoue quelle
l'aimoit, elle en va faire
un infidèle,cela ne
peut lui manquer, Dorotée
eut d'abord cette
curiosité qu'une femme
a toûjours de sçavoir
l'intrigue d'un autre,
mais celle-ci lui remontra
qu'on ne doit jamais
exiger d'uneamie
le secret d'une autre amie,
parce que d'amie
en amie les secrets les
plus cachez font divulguez
par toute une
Ville, elle fit ainsi la
discrete pendant le reste
du jour, mais enfin
sur le foir elle se laissa
vaincre par la tendresse
qu'elle juroit à Dorotée,
& lui appritavec
cent circon stances étudiées
8c interessantes,
l'intrigue d'Elvire &
d'un Cavalier qu'elle
ne nommoit point d'abord
,mais après avoir
fait un portrait, dont
chaque trait de reiférnblance
perçoit le coeur
de Dorotée, elle luy
porta le coup de Poignard
en luy nommant
Don Pedre., à ce mot
Dorotée tomba presque
évanoüie, & l'au-
-
tre feignant de ne s'en
pas appercevoir lui dit
en se levant brusquement,
ah Ciel! jecroy
que j'entends sonner
rnitiait-on nes'ennuye
point avec vous, à demain
, chere amie, à
demain, je vous apprendrayqui
est ce D.
Pedre.
On peut s'imaginer
a peu prés comment
Dorotée passa la nuit,
on lui apporta le matin
une lettre de Don Pedre
, persuadée de sa
froideur, elle croyoit
la voir dans quelques
endroits moins tendres
que les autres, él ce
qu'il y avoit de plus
passionné lui paroissoit
outré par affectation,
elle ne voyoit que perfidie
enveloppée, que
trahison cachée fous des
expressions que l'amour
seul avoit diétées à cet
amant sincere, enfin
elle expliqua sa lettre
comme on explique
presque tout, selon les
idées dont on est prévenu;
elle prit d'abord
la plume pour lui faire
une réponse fulminante,
mais elle fit reflexion
que les reproches
ne font point revenir
un infidele,il n'estquession
que de se bien asseurer
s'ill'estréellement,
& de prendre
enfuire le parti de l'oublier
si l'on peut.
Dorotée avoit beaucoup
de confiance en
un valet de son pere qui
lui apportoit les lettres
de Don Pedre, c'estoit
un ancien domestique,
dune fidélité sûre,elle
le chargea d'examiner
toutes les démarches
de Don Pedre, & illui
rapporta dés le lendemain
qu'il l'avoit vû
entrer chez Elvire,
qu'il y alloit tous les
jours & cela estoit vrai,
il continuoit d'y aller
frequément pour avoir
des nouvelles comme
nous l'avons dit: Elvire
ne pouvoir sedouter
que les lettres qu'elle
fournissoit à D. Pedre
lui servissent à obtenir
Dorotée d'un Perenouveliste,
elle lui en donna
une enfin, qui portoit
qu'apréslaBataille
gagnée, l'Archiducs'avançoit
vers Madrid;
quelques jours aprés
PhilippeV.resolut d'en
sortir,& cette nouvelle
mit Don Pedre au
desespoir, il écrivit à
Dorotée tout ce qu'on
pouvoit écrire de plus
tendre la-dessus, mais
enfin il marquoit par sa
lettre: que si le Roy
quittoit Madrid il feroit
obligé de le suivre,
&cela parutàDorotée
prévenuë,une preuve
certaine del'infidelité
de D. Pedre; en lisant
cette lettre sa douleur
,.
fut si violente qu'elle
* ne put la cacher à sa
confidente, qui luy
donna pour toute consolation
son exemple à
suivre : J'ai esté trahie
comme vous, lui ditelle,
& ce n'est que par
le mépris qu'on doit se 1
venger d'un traitre.
Pendant que Dorotée
s'affligeoit,Elvirese réjoüissoitd'avoir
découvert
que sa fille de
chambre reportoit au
valet, espion de Dorotée,
tout ce qu'elle pouvoit
sçavoir de ce qui
sepassoitchez elle;elle
fit à cette fille une fausse
confidence, elle lui dit
que son mariage estoit
réf.tu avec Don Pedre,
le un jour qu'il vint
lui demander des nouvelles
,
elle ordonna
misterieusement à cette
fille de chambre de fai-
J.re venir son Notaire,
le Notaire arrivé, Elvire
le fit passerdans
* son cabinet, resta dans
sa - chambre avec Don
Pedre
,
fit sortir ses
gens, & fit enfin tout le
manége necessairepour
persuader à la fille de
chambre qu'on alloit
signer le Contrat de
mariage de Don Pedre
qu'Elvire amufoit cependant
,comme ayant
une affairepressée à terminer
avec son Notaire.
La fille de chambre
ne manqua pas
de tout raconter au
valet, & le valet affectionné
ne doutant plus
qu'Elvire & Don Pedre
ne sussent mariez
ensemble, alla porterà
8.r.téc cetre nouvelle
-qui la mit dans un
état aisé à comprendre,
mais tres difficile à dé- -dite.
Dans le temps que
L
Doret'ée s'abandonnoit
à sa douleur, Don Pedre
deson costé estoit
dans de cruelles agitations
: Le Roy devoit
partir le
-
lendemain ;
en le suivant il se dc-
- -
claroit bon Espagnol,
& par consequent ennemi
du pere de Dorotée;
il la perdoitenfin.
Dans cette extremité il
luy écrivit qu'il falloit
absolument qu'il
la pût voir ce jour-là au !
Couvent; mais par malheur
le valet qui portoit
la lettre rencontra à la
porte du Couvent le
petit vieillard, qui vint
à luy comme un fu- 1
rieux, se doutant qu'il
porportoit
comme à l'ordinaire
une lettre de
Don Pedre à sa fille,
il contraignit le valet
à lui donner la lettre,
qu'il déchira en mille
morceaux aprés avoir
battu le porteur, car ce
petit vieillard colerique
ne sepossedoit plus
depuis qu'il avoit ap- pris, des gens mêmes
de Don Pedre, qu'il
fuyoit la Domina- * tiond'Autriche en
suivant le lendemain
Philippe V. hors de
Madrid.
Ce pere, outré contre
Don Pedre, tâcha
ensuited'inspirer sa colere
à sa fille, mais
quoiqu'elle fût irritée
contre cet amant, elle
eut voulu que son pere
ne l'eût pas esté jusqu'à
jurer qu'il n'en feroit
jamais son Gendre, car
elle esperoit toûjours
de le trouver innocent,
oubliant même en certains
momens qu'ilcftoit
marié à Elvire,elle
,. J:.. ne pouvoir s în-raginer
qu'un homme si fidele
à son Roy eût pu estre
infidele à sa Maîtresse,
mais plusieurs personnes
l'affeurerent de son
malheur: Elvirevoyat
le Roy & la Reine partis
, & sçachant que
plusieurs Dames alloient
suivre leurs maris
à Valladolid, ou al..
loit la Cour, fit courir
le bruit qu'elle alloit y
suivre Don Pedre, &
prepara~t son départ
avec des circonstances
& des discours propres
à persuader à tout le
monde qu'elle estoit
mariée fecrettement à
cet époux qu'elle vouloit
suivre, elle sortit
de la Ville avec les Dames,
mais à quelques
lieuës de là elle prit la
route de Cuensa, où
son frere lui avoit écrit
de l'aller attendre dans
un petit Château qu'il
avoit de ces côtez-là,
où devoient bien-tost
arriver les Troupes de
l'Archiduc, dans lesquelles
ce frere avoit
un Regiment.
Revenons à Don Pedre,
quelques heures
avant que de partir
pour suivre le Roy, estant
fort inquiet de n'avoir
point réponse, il
alla luy-mêmeau Couveut
, voulant parler
absolument à Dorotée
pour Patfïirer de sa fidelité
pendant son abfence,
mais il rencontra
justement le vieillard
irrité, qui venoit
de donner des ordres si
precis à la Porte, qu'il
futimpossible à cetamant
desesperé de parler
à Dorotée, son uniqueressource
fut d'aller
écrire chez luy une feconde
lettre qu'il donna
à une Touriere qui
promit enfin à force
d'argent, qu'elle la
donneroit à Dorotée,
avec cette legere consolation
l'affligé Don
Pedre partit de Madrid
&: sacrifia plus à Philippe
V. en quittant
Dorotée, que tous les
Grands & les Nobles
ensemble, en quittant
leurs biens & leurs familles
pour leur Roy.
Voila donc ce tendre
amant party sans fçavoir
qu'illaissoit Dorotée
dans un desespoir
affreux
,
elle estoit
fermement persuadée
- qu'il estoit marié à Elvire,&
qu'illaméprisoit
mêmejusqu'au
point de n'avoir pas
daigné luy écrire une
lettre, car vous sçavez
que la premiere a esté
déchirée par le vieillard
mutin
,
à l'égard de la
seconde, cette Touriere
,qui connoissoit la
compagne de Dorotée
pour estre son intime
amie & sa confidente,
n'élira point à luy avoüer
qu'elle avoit une
lettre pour elle, elle
l'avoit déjà prévenuë
sur tout ce qu'il faloit
qu'elle fçût, elle lui dit
la larme à l'oeil, car elle
avoit les larmesàcommandement
, que sa
pauvre amie estoitdans
un si grand accablej
ment qu'il faloit bien
se garder de luy donner
sîtost cette lettre, elle
l'ouvrit ensuite 1
,
la lut
& la déchira, comme
par un excès de colcre 1
contre Don Pedre, en s'écriant, hon j que
les,.
hommes sontperfides!
il faut épargner à mon |
amie la douleur de lire
de fausses excuses qui
font pour une femme
plus cruelles que Tofsense
memejtout cela
parut si naturel à la
Touriere, qu'elle répondit
naïvement, hélas
vous avez bien raison,
il ne faut pas seulement
dire à vôtre amie
que j'ay receu cette lettre
pour elle.
Après cecy la confidente
scelerate ne pensa
plus qu'à faire oublier
Don PedreàDorotée
: mais a tout ce qu'ellepouvoit dire
contre luy, Dorotée répondoic
seulement, ah
je le hais trop pour l'oublier;
en effet elle pensoit
à luy nuit & jour,
croyant le haïr, l'avoir
en horreur: mais elle
n'avoit en horreur que
sa trahison.
Pendant qu'elle se
défoloitainsi, Don Pedre
dit à Don Diegue
qu'elleavoiechangé de
vocation, & il la retira
du Couvent pour rernoucrce
mariage,cetftoit
dans le temps que [fArchiduc arrivoit à
Madrid5 deux jours
aprés son arrivée, il y
eût de grandes réjoüiffanceschezquelquesEs
pagnols Partisans dela
Maison d)Autriche, nôtrevieillard,
leplus zelé
de tousjdonnaungrand
*
souper, &dit à safille
qu'il faloit quelle en fit
les honneurs avec Don
Diegue qui alloit estre
son époux. Ces mot
prononcez par un per
terrible, àrquiellen'oJ
foit feulement répon-1
dre, la saisirent viverl
ment: il ne manquoit
plus à sa douleur que
la presence de Don
Diegue, & il arriva.
Quelle situation pour
elle d'estreplacée auprès
de luy dansun fcltin
où tour le monde la
felicitoit de ce qui alloit
faire son fuplicejon
parla des le lendemain
deconclurece mariage.
Elviré avertie de tout
par son amie du Couvent,
à qui Dorotée
contoit tous les jours
ses malheurs,alloit estre
au comble de sa joye,
cest-a-dire que Dorotée
alloitestre sacrifiée
à Don Diegue, lorsque
tout à coup les affaires
changèrent de face en
Espagne: le bruit courut
que TArchiduç à
son tour alloit quitter
Madrid: ce fut un coup
terrible pour le vieillard
Autrichien, qui
tomba malade à cette
premiere nouvelle: A
mesure que les affaires
de l'Archiduc empiroient,
le petit vieillard
déperissoit; enfin
quatrevingt-cinq ans
qu'ilavoir, & le départ
de l'Archiduc le firent
mourir:Secette mort
affligeaautant Dorotée
que si elle ne l'eût pas - délivrée d'un mariage
odieux,
Sitoftqu'elle fut maitresse
de son fort, elle
resolut de donner à un -
couvent le peu de bien
qu'elle avoit, & d'y
passer le reste de ses
jours qu'elle contoit devoir
~cftre fort cours,
puis qu'elle avoit perdu
Don Pedre:elle estoit
dans cette triste resolution
quinze jours après
la more de son pere, &
feule avec une fillede
chambre, à quielleracontait,
peuteftre pour
la centiéme fois, latrahison
de ce perfide.
Quelle fut sa surprise
quand elle le vit encrer;
il ne fut pas moins furpris
qu'elle, car en arrivant
deValladolid avec
le Roy, il avoit couru
droit chwZ le pere pour
~tafther de le fléchir:
Le hazard voulut qu'il
trouva les portes ouvertes,
& qu'il entra
d'abord dans une fale
tendue de noir,où estoit
Dorotée en deuil. Frapé
de ce fpdacle il estoit
relié immobile: Dorotée
croyant qu'il ve- - noit luy faire de mauvassesexcuses
dece quiL'estoitmarié,
fut d'abord
saisie d'ind ignation,
puis transportée
d'une colere si violente
qu'clle éclata malgré sa
modération naturelle:
elle joignit aux noms
de perfide & de traitre
des reproches où il ne
comprenoit rien, car ils
rouloient sur un mariage
&;- sur des circonstances
dont il n'avait
nulle idée; il pensa
que peutêtreTalffidion
auroit pu alterer son
bon sens: enfin sa colere
finit comme celle
de toutes les femmes,
quand elle a elle allumée
par l'amour; leur
colcre s'épuise en in j ures,
il ne leur reste que
les pleurs & la tendres
se : Dorotée fondit en
larmes, Don Pedrene
put retenir les siennes,
& je sens que je pleurerois
peutestre aussi en
écrivant cette sene, si
je ne sçavois que le dénouëment
en fera heureux;
il se fit par un
éclaircissement qui ennuyeroit
le Lecteur ,
mais qui nennuya pas
à coup seur nos deux
Amans; comme rien ne
s'opposoit plus à leur
union,ils furent si transportez
de plaisir
,
qu'ils
oublièrent de pester
contre l'artificieuse Elvire
, & sa fourbe compagne.
Elles furent asfez
punies quand elles
apprirent le mariage
de Dorotée & de Don.
Pedre.
amoureuse, dont jeviens
deparler dans le Journal
de Madrid.
*
I y avoità Madrid
un petit
vieillard Espagnol fort
passionne pour la Maison
d'Autriche,& cet
attachement n'estoit
que tres louable dans le
temps que la Maison
d'Autriche possedoit légitimement
la Couronne
d'Espagne ; ce vieillard
estoit nouveliste
de profession, non pas
de ces nouvelistes équitables
& censez que je
hante volontiers : mais
decesnouvelistes frondeurs
qui débitent leurs
prejugez malins pour
des faits averez ,
chagrins,
incrédules dans
lesévenemens avantageux
à leur Patrie; &C
triomphans d'un malheur
public qu'ils auront
deviné par hazard,
comme si c'estoit l'ouvrage
de leur politique
rafinée.
Ce petit vieillard Autrichien
avoit jette les
yeux sur un Espagnol
de sa cabale) pour marier
une hiletrèsaimablequ'il
avoit, cetEspagnol,
qui se nommoit
D.Diegueavoit gagné
le coeur du pereen luy
apprenant toujours le
premier les mauvaises
nouvelles
, en traitant
les bonnes de visions &
se déchaînant avec fureur
contre le Gouvernement
present dePhilippeV.
ensortequ'étant
venu un jour lui aprendre
la défaite de l'armee
de ce Prince, dans
la bataille deSa-ragoffe,
ce mauvais Espagnol
en fut si transporté de
joye qu'il l'embrassa
tendrement,&luy promit
déstors sa fille en
mariage pour prix d'une
si bonne.nouvelle.
Cette charmante fille
se nommoit Dorotée ,
elle estoit aussi judicieuse
que son pereestoit
entjesté. Dorotée ne se
croyoit pas si habile que
quelquesunes de nos
Dames qui decident à
present des droits &
des démêlez des Princes.
ellen'eutpris aucun
party entre l'Archiduc
& PhilippeV.sicertain
Cavalier aimable, fort
attaché à cedernier.,
ne l'eût déterminée
dans la fuite pour ce
Roy légitimé.
Un jour ce Cavalier
qu'onappelloit Don
Pedre, après toutes les
attentions dun amant
respedueux, s'étant enfin
flatté de n'estre pas
haï de Dorotée luy déclara
son amour, Dorotée
en rougit, elle baissa
les yeuX)8C ne repondit
rien, c'est ce qu'-
on peut faire de mieux
pour un amant, sur sa
première déclaration
il en fit plusieurs , autres,
ilfaloit bien en fin
qu'elle s'expliqua, elle
ne voyoit rien à desirer
en luyque dela confiance
, elle se défioit naturellement
de celle des
hommes, c'estoit son
faible; si toutes les femmes
avoient ce faible:,
illes çueriroit de bien
d'autres; Dorotee ne
put s'empêcherdédire
à Don Pedre tout ce
qu'elle craignoitlà-defsus
, il répondit à ses
craintes par des sermens
; c'est la réponse
ordinaire: il luy jura
que sa fidélité pourelle
feroit aussi inviolable
que celle qu'il avoit
pour son Roy, c'estoit
là son sermentle plus
familier. Cet Espagnol
zélé ne juroit que par
son Roy.
Dans lemomenr que
Don Pedre prononça
avec transport le nom
de Philippe V. Dorotée
s'écria tout à coup, ah
nous sommes perdus !
ensuiteelle luyditavec
douleur que ion pere
neferoic jamaisd'alliance
avec un fidele sujet
de Philippe V. ah,
Dorotée
,
s'écriat-il à j
son tour, pourquoy estes-
vous si charmante,
j'avois juré que je ne
ferois jamais nulle liaison
avec les Partisans
entêtez del'Archiduc;
il faudra donc me faire
la violence decacher à
vostre pere mon zele
pour mon Roy.
,.
cela
ne suffira pas, reprit
Dorotée en le regardant
tendrement, vous
n'obtiendrez jamais
rien de luy si vous ne
feignez. moy feindre!
reprit brusquement le
franc castillan, les deux
amans se regardèrent
quelques temps sans
rien dire. Don Pedre
ne pouvoit se resoudre
à feindre, & Dorotée
n'osoit exiger de luy
unsi grandsacrifice, ils
se quicterécfortaffligez
de l'obstacle invincible
qu'ils voyoient à leur
union,& lejurerent qu'-
aumoins rien ne les pouroit
empêcher de s'aimer
lereste de leur vie.
Quelques jours sécoulerent,&
Don Pedre
les passoit à rêver
auxmoyens dont il
pourroit user pour gagner
le pere, sans commettre
sa sincerité ; ce
vieillardn'estoit
• pas
riche, il n'avoit que le
desir des richesses, &
l'avarice estoit sa plus
force passion après celle
de reformer le Gouvernement
; nostrejeune
Espagnol avoir de
grands biens, il acheta
exprésde quelqu'un je
ne sçai quel contrat
qui le mir en liaison
d'affaire avec le vieillard,
il eut occasionpar
làdeluy faire ledétail
de les grands biens, &
deluimontrer plusieurs
contrats,tîtres & papiers,
le hazard fit qu'en
tirant d'unportefeüille
ces papiers, il s'y trouva
une lettre ouverte, où
le vieillardapperçut ces
mots. Du Campdel'archiduc
ce 20. Aouct.
Cette date estoit fraîche,
quelle amorce pour
un nouveliste!Il se jeta
sur cette lettre, qu'il
connut estre de l'écriture
d'un zélé Espagnol
rebele, qui estoitdu
Conseil secret de Stanope,
il crut fermement
par cette lettre que
Don Pedre avoir des
intelligences secrettes
dans le parti de l'Archiduc.
Don Pedre eut
beau luy protester qu'il
estoit bon Espagnol,
je ne suis point surpris,
luy dit le vieillard en
riant, qu'ayant quantité
de biens qui dépendent
du Gouvernement
prelent
, vous cachiez
avec foin vos intrigues
secretes avec ceux de
mon parti. Plus, Don
Pèdres'obstinaà paroître
ce qu'il estoit,plus
l'autre Je crut ce qu'il
desiroit qu'il fût, caril
commençoit à l'aimer
parce qu'il le voyoit
très-riche. -
Pour expliquer icy
comment cette lettre
s'estoit trouvée entre
les mains de Don Pedre
, ilfaut reprendre
son hiftoiredeplus loin,
il avoit esté destiné par
son pere à une veuve
Espagnole,nommée
Elvire, encore jeune&
belle : mais que Don
Pedre n'avoit jamais
aimée, à qui même depuis
la mort de son pere
il avoit: fait comprendre
qu'il ne pouvoir jamais
se resoudre d'encrer
dans une famille ennemie
de son Prince, &
le frere d'Elvire estoit
Colonel dans l'armée
ennemie; c'estoit justement
de luy que v£-
noit la lettre en question
: Les nouvelles que
ce frere nlandoit..ectoient
tres - mauvaises
pour Philippe V. Elvire
les montroit avec
soinà Don Pedrepour
luy persuader de s'attacher
à l'Archiduc qui
alloit estre son Souverain,
car elle estoit
persuadée que la difference
des partis estoit
le seul obstacle qui s'oppofoit
à son mariage
avec DomPedre.
Ce fidele & sincere
Espagnol se trouveicy
dans une situationbien
delicate : Elvire luy
donnoit tous les jours
par ces lettres des détails
qui l'affligeoient
beaucoup, parce qu'ils
estoient malheureux
pour son Roy: mais
ils estoient heureux
pour ton amour,car en
les faisant voir au petit
vieillard Autrichien,
il alloit obtenir de luy
Dorotée,j'eusse voulu
demander en cette occasion
à Don Pedre si
dans le fond du coeur il
souhaitoit de voir cesser
latriste cau se qui produisoit
un si bon effet,
il m'eût répondu sans
doute qu'il ne pouvoit
démêler un sentiment
si de licat à travers un
amour violent, il se
contentoit de jurer sincerement
qu'il seroitau
desespoir si l'Archiduc
depossedoit Pbilippe V.
mais s'il efloit bien aise
qu'on le crût sur sa parole,
c'est la question:
quoyqu'il en soit il fit
si bien que le pere de
Dorotée luy donna sa
parole : mais la difficulté
estoit de retirer celle
qu'il avoit donnée au
premier, il netrouvapoint
de pretexte plus
specieux pour sauver
Ton honneur que de
mettre sa fille dans un
Convent, comme siellet
eût voulu se faire Religieufe,
Don Diegue
alarmé vint se plaindre
à son beau-pere, qui
luy dit qu'en conscience
ilne pouvoit empêcher
sa fille d'embrasser
un estatoù elleestoit si
bien appellée, &' de
peur qu'on ne découvrit
le veritable motif
d'une vocation si subite
y il défenditàDon
Pedre d'aller voir Dorotée
auConvent,jusqu'à
ce que Don Diegue
sefut rengagé dans
un autre Mariage qu'il
avoit rompu pour celui-
ci, pour lors dit le
petit vieillard, ce fera
lui qui manquera de
parole & non pas moi.
Dorotée entra donc
dans le Convent [ûre
ducoeurde Don Pedre,
dont Elvire estoit prcfqne
sûre aussi, elle en
jugeoit par l'empressement
qu'elle lui voyoic
de tirerd'elle des lettres
qui lui apprenoient la
défaite de l'armée de
Philippe V. il fera bientôt
du parti du Vainqueur,
disoit-elle en
elle-même, & il m'aimera
sans doute dés
qu'il n'aura plus cet attachetachement
à Philippe
V. qui l'empêchoit
d'en avoir pour moy;
c'estainsi qu'elle se flattoit,
lors qu'une amie
quelleavoit dans le
même Couvent où estoit
Dorotée, lui dit
qu'elle avoit surpris sur
la table de cette aimable
compagne, une lettre
fort tendre,signée
DonPedre; Elviresça.
voit d'un autre côté
que D. Diegue moins
riche avoit esté congédié
par lePere avare,
sa penetration lui fit
deviner le reste, & son
caractere artificieux &
interessé lui fit former
sur tout cela un projet
qui lui réussit comme
vous allez voir.
Premièrement, elle
prit le parti de ne point
témoigner à Don Pedre
qu'elle estoit informée
de son engagement
avec Dorotée;
cet eclaircissement n'eût
rien produit, elle sçavoit
agir bien plus finement
; cette amie,
qu'elle alloit voir au
Couvent,s'y estoit retirée
parce qu'elleétoit
pauvres El vire lui promit,
pour adoucir les
chagrins de sa retraite,
une pension considerable,
si elle vouloit lui
aider à époufer le riche
Don Pedre, & elles
convinrent du rolle
qu'elles jouëroiet pour
venir à bout de leur
dessein.
Cette amie d'Elvire
estoit complaisante,
insinuante, c'estoit la
flateuse du Couvent,
il en faut bien au moins
une dans une Communauté
pour amadouer
les nouvelles venues;
elle plaisoit assez à Dorotee,
qui commençoit
à s'ennuyer destre separée
de Don Pedre,
& qui mouroitd'envie
d'avoir une confidente
pour parler au moins
de celui qu'elle ne pouvoit
voir, celle-ci n'ayant
d'autre but que
de s'attirer .cette confidence
, l'amitié fut
bien-tôt liée entr'elles,
elles ne se quittoient
plus.
Ce-tte compagne
chagrine naturellement
par la mauvaise
situation de ses assai,
res, aflfcéta de le paroître
encore davantage,
& Dorotée l'ayant un
soir pressee de lui dire
la cause de ses chagrins
helas répondit-elle,en
soupirant, les chagrins
de la plus part des
femmes sont causez par
l'inconstance des hommes
; ce mot fit quelque
impression sur le
coeur de Dorotée, qui
par hazard n'avoit
point receu ce jour la
deletrre de son amant,
enfuiré la fausse affligée
se plaignit de l'insidelité
du ifen,& fit Ltdessus
le récit d'une
avanture ajustée au Cujet,
qui tira des larmes
de Dorotée,&qui donna
occasion à l'autre de
se déchaîner contre les
hommes, & contre la
crédulité des femmes
qui osent s'y fier; comme
cette matiere fournit
beaucoup à la conversation
des Dames,
les deux amies le couchèrent
fort tard,
toutes ces idées d'inconfiance
ne laisserent
pas de troubler un peu
le sommeil de Dorotée;
elle ne vit en songe que
des inconstans & tous
ressèmbloient à celuy
dont elle avoit l'imagination
frappée; elle se
réveillaassez inquiete,
mais une lettre fort tendre
qu'elle reçut le matin
de Don Pedre la rassura,&
luy fîtcomprendre
combien il est ridicule
d'ajouter foy aux
songes.
Le lendemain Elvire
vint sçavoir au Couvent
quel progrès avoit
fait son amie, elles en
parloient ensemble lors
que Dorotée, qui ne
pouvait, plus estre un
moment sans sa confidente,
vint la chercher
au Parloir;larusée fit figne.
à Elvire de partir;
& assectant d'avoir eu
quelque dispute avec
celle qui fuyoit,ellese
leva brusquement avec
un reste de colere affeaée,
vous me voyez fâ.
chée; dit-elle à sa compagne,
mais tres fâchée
contre cette amie a qui
je voudrois bien épargner
des chagrins pareils
à ceux qui m'accablent,
elle cft aimée
d'un jeune Cavalier,
elle lui a avoue quelle
l'aimoit, elle en va faire
un infidèle,cela ne
peut lui manquer, Dorotée
eut d'abord cette
curiosité qu'une femme
a toûjours de sçavoir
l'intrigue d'un autre,
mais celle-ci lui remontra
qu'on ne doit jamais
exiger d'uneamie
le secret d'une autre amie,
parce que d'amie
en amie les secrets les
plus cachez font divulguez
par toute une
Ville, elle fit ainsi la
discrete pendant le reste
du jour, mais enfin
sur le foir elle se laissa
vaincre par la tendresse
qu'elle juroit à Dorotée,
& lui appritavec
cent circon stances étudiées
8c interessantes,
l'intrigue d'Elvire &
d'un Cavalier qu'elle
ne nommoit point d'abord
,mais après avoir
fait un portrait, dont
chaque trait de reiférnblance
perçoit le coeur
de Dorotée, elle luy
porta le coup de Poignard
en luy nommant
Don Pedre., à ce mot
Dorotée tomba presque
évanoüie, & l'au-
-
tre feignant de ne s'en
pas appercevoir lui dit
en se levant brusquement,
ah Ciel! jecroy
que j'entends sonner
rnitiait-on nes'ennuye
point avec vous, à demain
, chere amie, à
demain, je vous apprendrayqui
est ce D.
Pedre.
On peut s'imaginer
a peu prés comment
Dorotée passa la nuit,
on lui apporta le matin
une lettre de Don Pedre
, persuadée de sa
froideur, elle croyoit
la voir dans quelques
endroits moins tendres
que les autres, él ce
qu'il y avoit de plus
passionné lui paroissoit
outré par affectation,
elle ne voyoit que perfidie
enveloppée, que
trahison cachée fous des
expressions que l'amour
seul avoit diétées à cet
amant sincere, enfin
elle expliqua sa lettre
comme on explique
presque tout, selon les
idées dont on est prévenu;
elle prit d'abord
la plume pour lui faire
une réponse fulminante,
mais elle fit reflexion
que les reproches
ne font point revenir
un infidele,il n'estquession
que de se bien asseurer
s'ill'estréellement,
& de prendre
enfuire le parti de l'oublier
si l'on peut.
Dorotée avoit beaucoup
de confiance en
un valet de son pere qui
lui apportoit les lettres
de Don Pedre, c'estoit
un ancien domestique,
dune fidélité sûre,elle
le chargea d'examiner
toutes les démarches
de Don Pedre, & illui
rapporta dés le lendemain
qu'il l'avoit vû
entrer chez Elvire,
qu'il y alloit tous les
jours & cela estoit vrai,
il continuoit d'y aller
frequément pour avoir
des nouvelles comme
nous l'avons dit: Elvire
ne pouvoir sedouter
que les lettres qu'elle
fournissoit à D. Pedre
lui servissent à obtenir
Dorotée d'un Perenouveliste,
elle lui en donna
une enfin, qui portoit
qu'apréslaBataille
gagnée, l'Archiducs'avançoit
vers Madrid;
quelques jours aprés
PhilippeV.resolut d'en
sortir,& cette nouvelle
mit Don Pedre au
desespoir, il écrivit à
Dorotée tout ce qu'on
pouvoit écrire de plus
tendre la-dessus, mais
enfin il marquoit par sa
lettre: que si le Roy
quittoit Madrid il feroit
obligé de le suivre,
&cela parutàDorotée
prévenuë,une preuve
certaine del'infidelité
de D. Pedre; en lisant
cette lettre sa douleur
,.
fut si violente qu'elle
* ne put la cacher à sa
confidente, qui luy
donna pour toute consolation
son exemple à
suivre : J'ai esté trahie
comme vous, lui ditelle,
& ce n'est que par
le mépris qu'on doit se 1
venger d'un traitre.
Pendant que Dorotée
s'affligeoit,Elvirese réjoüissoitd'avoir
découvert
que sa fille de
chambre reportoit au
valet, espion de Dorotée,
tout ce qu'elle pouvoit
sçavoir de ce qui
sepassoitchez elle;elle
fit à cette fille une fausse
confidence, elle lui dit
que son mariage estoit
réf.tu avec Don Pedre,
le un jour qu'il vint
lui demander des nouvelles
,
elle ordonna
misterieusement à cette
fille de chambre de fai-
J.re venir son Notaire,
le Notaire arrivé, Elvire
le fit passerdans
* son cabinet, resta dans
sa - chambre avec Don
Pedre
,
fit sortir ses
gens, & fit enfin tout le
manége necessairepour
persuader à la fille de
chambre qu'on alloit
signer le Contrat de
mariage de Don Pedre
qu'Elvire amufoit cependant
,comme ayant
une affairepressée à terminer
avec son Notaire.
La fille de chambre
ne manqua pas
de tout raconter au
valet, & le valet affectionné
ne doutant plus
qu'Elvire & Don Pedre
ne sussent mariez
ensemble, alla porterà
8.r.téc cetre nouvelle
-qui la mit dans un
état aisé à comprendre,
mais tres difficile à dé- -dite.
Dans le temps que
L
Doret'ée s'abandonnoit
à sa douleur, Don Pedre
deson costé estoit
dans de cruelles agitations
: Le Roy devoit
partir le
-
lendemain ;
en le suivant il se dc-
- -
claroit bon Espagnol,
& par consequent ennemi
du pere de Dorotée;
il la perdoitenfin.
Dans cette extremité il
luy écrivit qu'il falloit
absolument qu'il
la pût voir ce jour-là au !
Couvent; mais par malheur
le valet qui portoit
la lettre rencontra à la
porte du Couvent le
petit vieillard, qui vint
à luy comme un fu- 1
rieux, se doutant qu'il
porportoit
comme à l'ordinaire
une lettre de
Don Pedre à sa fille,
il contraignit le valet
à lui donner la lettre,
qu'il déchira en mille
morceaux aprés avoir
battu le porteur, car ce
petit vieillard colerique
ne sepossedoit plus
depuis qu'il avoit ap- pris, des gens mêmes
de Don Pedre, qu'il
fuyoit la Domina- * tiond'Autriche en
suivant le lendemain
Philippe V. hors de
Madrid.
Ce pere, outré contre
Don Pedre, tâcha
ensuited'inspirer sa colere
à sa fille, mais
quoiqu'elle fût irritée
contre cet amant, elle
eut voulu que son pere
ne l'eût pas esté jusqu'à
jurer qu'il n'en feroit
jamais son Gendre, car
elle esperoit toûjours
de le trouver innocent,
oubliant même en certains
momens qu'ilcftoit
marié à Elvire,elle
,. J:.. ne pouvoir s în-raginer
qu'un homme si fidele
à son Roy eût pu estre
infidele à sa Maîtresse,
mais plusieurs personnes
l'affeurerent de son
malheur: Elvirevoyat
le Roy & la Reine partis
, & sçachant que
plusieurs Dames alloient
suivre leurs maris
à Valladolid, ou al..
loit la Cour, fit courir
le bruit qu'elle alloit y
suivre Don Pedre, &
prepara~t son départ
avec des circonstances
& des discours propres
à persuader à tout le
monde qu'elle estoit
mariée fecrettement à
cet époux qu'elle vouloit
suivre, elle sortit
de la Ville avec les Dames,
mais à quelques
lieuës de là elle prit la
route de Cuensa, où
son frere lui avoit écrit
de l'aller attendre dans
un petit Château qu'il
avoit de ces côtez-là,
où devoient bien-tost
arriver les Troupes de
l'Archiduc, dans lesquelles
ce frere avoit
un Regiment.
Revenons à Don Pedre,
quelques heures
avant que de partir
pour suivre le Roy, estant
fort inquiet de n'avoir
point réponse, il
alla luy-mêmeau Couveut
, voulant parler
absolument à Dorotée
pour Patfïirer de sa fidelité
pendant son abfence,
mais il rencontra
justement le vieillard
irrité, qui venoit
de donner des ordres si
precis à la Porte, qu'il
futimpossible à cetamant
desesperé de parler
à Dorotée, son uniqueressource
fut d'aller
écrire chez luy une feconde
lettre qu'il donna
à une Touriere qui
promit enfin à force
d'argent, qu'elle la
donneroit à Dorotée,
avec cette legere consolation
l'affligé Don
Pedre partit de Madrid
&: sacrifia plus à Philippe
V. en quittant
Dorotée, que tous les
Grands & les Nobles
ensemble, en quittant
leurs biens & leurs familles
pour leur Roy.
Voila donc ce tendre
amant party sans fçavoir
qu'illaissoit Dorotée
dans un desespoir
affreux
,
elle estoit
fermement persuadée
- qu'il estoit marié à Elvire,&
qu'illaméprisoit
mêmejusqu'au
point de n'avoir pas
daigné luy écrire une
lettre, car vous sçavez
que la premiere a esté
déchirée par le vieillard
mutin
,
à l'égard de la
seconde, cette Touriere
,qui connoissoit la
compagne de Dorotée
pour estre son intime
amie & sa confidente,
n'élira point à luy avoüer
qu'elle avoit une
lettre pour elle, elle
l'avoit déjà prévenuë
sur tout ce qu'il faloit
qu'elle fçût, elle lui dit
la larme à l'oeil, car elle
avoit les larmesàcommandement
, que sa
pauvre amie estoitdans
un si grand accablej
ment qu'il faloit bien
se garder de luy donner
sîtost cette lettre, elle
l'ouvrit ensuite 1
,
la lut
& la déchira, comme
par un excès de colcre 1
contre Don Pedre, en s'écriant, hon j que
les,.
hommes sontperfides!
il faut épargner à mon |
amie la douleur de lire
de fausses excuses qui
font pour une femme
plus cruelles que Tofsense
memejtout cela
parut si naturel à la
Touriere, qu'elle répondit
naïvement, hélas
vous avez bien raison,
il ne faut pas seulement
dire à vôtre amie
que j'ay receu cette lettre
pour elle.
Après cecy la confidente
scelerate ne pensa
plus qu'à faire oublier
Don PedreàDorotée
: mais a tout ce qu'ellepouvoit dire
contre luy, Dorotée répondoic
seulement, ah
je le hais trop pour l'oublier;
en effet elle pensoit
à luy nuit & jour,
croyant le haïr, l'avoir
en horreur: mais elle
n'avoit en horreur que
sa trahison.
Pendant qu'elle se
défoloitainsi, Don Pedre
dit à Don Diegue
qu'elleavoiechangé de
vocation, & il la retira
du Couvent pour rernoucrce
mariage,cetftoit
dans le temps que [fArchiduc arrivoit à
Madrid5 deux jours
aprés son arrivée, il y
eût de grandes réjoüiffanceschezquelquesEs
pagnols Partisans dela
Maison d)Autriche, nôtrevieillard,
leplus zelé
de tousjdonnaungrand
*
souper, &dit à safille
qu'il faloit quelle en fit
les honneurs avec Don
Diegue qui alloit estre
son époux. Ces mot
prononcez par un per
terrible, àrquiellen'oJ
foit feulement répon-1
dre, la saisirent viverl
ment: il ne manquoit
plus à sa douleur que
la presence de Don
Diegue, & il arriva.
Quelle situation pour
elle d'estreplacée auprès
de luy dansun fcltin
où tour le monde la
felicitoit de ce qui alloit
faire son fuplicejon
parla des le lendemain
deconclurece mariage.
Elviré avertie de tout
par son amie du Couvent,
à qui Dorotée
contoit tous les jours
ses malheurs,alloit estre
au comble de sa joye,
cest-a-dire que Dorotée
alloitestre sacrifiée
à Don Diegue, lorsque
tout à coup les affaires
changèrent de face en
Espagne: le bruit courut
que TArchiduç à
son tour alloit quitter
Madrid: ce fut un coup
terrible pour le vieillard
Autrichien, qui
tomba malade à cette
premiere nouvelle: A
mesure que les affaires
de l'Archiduc empiroient,
le petit vieillard
déperissoit; enfin
quatrevingt-cinq ans
qu'ilavoir, & le départ
de l'Archiduc le firent
mourir:Secette mort
affligeaautant Dorotée
que si elle ne l'eût pas - délivrée d'un mariage
odieux,
Sitoftqu'elle fut maitresse
de son fort, elle
resolut de donner à un -
couvent le peu de bien
qu'elle avoit, & d'y
passer le reste de ses
jours qu'elle contoit devoir
~cftre fort cours,
puis qu'elle avoit perdu
Don Pedre:elle estoit
dans cette triste resolution
quinze jours après
la more de son pere, &
feule avec une fillede
chambre, à quielleracontait,
peuteftre pour
la centiéme fois, latrahison
de ce perfide.
Quelle fut sa surprise
quand elle le vit encrer;
il ne fut pas moins furpris
qu'elle, car en arrivant
deValladolid avec
le Roy, il avoit couru
droit chwZ le pere pour
~tafther de le fléchir:
Le hazard voulut qu'il
trouva les portes ouvertes,
& qu'il entra
d'abord dans une fale
tendue de noir,où estoit
Dorotée en deuil. Frapé
de ce fpdacle il estoit
relié immobile: Dorotée
croyant qu'il ve- - noit luy faire de mauvassesexcuses
dece quiL'estoitmarié,
fut d'abord
saisie d'ind ignation,
puis transportée
d'une colere si violente
qu'clle éclata malgré sa
modération naturelle:
elle joignit aux noms
de perfide & de traitre
des reproches où il ne
comprenoit rien, car ils
rouloient sur un mariage
&;- sur des circonstances
dont il n'avait
nulle idée; il pensa
que peutêtreTalffidion
auroit pu alterer son
bon sens: enfin sa colere
finit comme celle
de toutes les femmes,
quand elle a elle allumée
par l'amour; leur
colcre s'épuise en in j ures,
il ne leur reste que
les pleurs & la tendres
se : Dorotée fondit en
larmes, Don Pedrene
put retenir les siennes,
& je sens que je pleurerois
peutestre aussi en
écrivant cette sene, si
je ne sçavois que le dénouëment
en fera heureux;
il se fit par un
éclaircissement qui ennuyeroit
le Lecteur ,
mais qui nennuya pas
à coup seur nos deux
Amans; comme rien ne
s'opposoit plus à leur
union,ils furent si transportez
de plaisir
,
qu'ils
oublièrent de pester
contre l'artificieuse Elvire
, & sa fourbe compagne.
Elles furent asfez
punies quand elles
apprirent le mariage
de Dorotée & de Don.
Pedre.
Fermer
Résumé : AVANTURE amoureuse, dont je viens de parler dans le Journal de Madrid.
Le texte narre une aventure amoureuse complexe à Madrid. Un vieillard espagnol, passionné par la Maison d'Autriche, est un nouvelliste frondeur qui se réjouit des malheurs publics. Il a une fille, Dorotée, et un allié, Diego, qui gagne la confiance du vieillard en lui rapportant de mauvaises nouvelles et en critiquant le gouvernement de Philippe V. Diego obtient la main de Dorotée en mariage après avoir annoncé la défaite de l'armée de Philippe V. Dorotée, judicieuse contrairement à son père entêté, est courtisée par Don Pedre, un cavalier attaché à Philippe V. Don Pedre déclare son amour à Dorotée, mais elle exprime ses craintes concernant la fidélité des hommes. Don Pedre jure sa fidélité, mais Dorotée révèle que son père ne consentira jamais à une alliance avec un fidèle de Philippe V. Ils décident de s'aimer secrètement. Pour gagner la confiance du père de Dorotée, Don Pedre utilise des contrats et des papiers pour montrer ses richesses. Par hasard, le vieillard découvre une lettre datée du camp de l'archiduc, ce qui le convainc que Don Pedre a des intelligences secrètes avec le parti de l'archiduc. Malgré les protestations de Don Pedre, le vieillard le croit riche et commence à l'aimer. La lettre provient du frère d'Elvire, une veuve espagnole à qui Don Pedre avait été destiné par son père. Elvire tente de persuader Don Pedre de s'attacher à l'archiduc, mais il reste fidèle à Philippe V. Finalement, le père de Dorotée accepte de donner sa fille à Don Pedre, mais ce dernier doit d'abord rompre son engagement avec Elvire. Pour ce faire, il place Dorotée dans un couvent. Elvire, informée de la situation, forme un projet avec une amie au couvent pour séduire Don Pedre. Cette amie, complaisante et insinuante, gagne la confiance de Dorotée et lui raconte des histoires d'inconstance masculine. Dorotée, troublée, reçoit une lettre tendre de Don Pedre qui la rassure. Elvire, lors d'une visite au couvent, apprend de son amie que Dorotée est curieuse de l'intrigue d'Elvire et d'un cavalier. L'amie révèle à Dorotée que ce cavalier est Don Pedre, ce qui la plonge dans le désespoir. Dorotée passe une nuit agitée et, le matin, interprète la lettre de Don Pedre comme une preuve de sa froideur et de sa perfidie. Dorotée, après avoir reçu une lettre de Don Pedre, décide de ne pas répondre immédiatement, réfléchissant que les reproches ne ramèneraient pas un infidèle. Elle confie à un valet fidèle de son père la surveillance des démarches de Don Pedre, qui découvre que ce dernier fréquente Elvire. Dorotée, malgré ses doutes, continue d'espérer la fidélité de Don Pedre. Elvire manipule la situation pour sembler mariée à Don Pedre, utilisant sa femme de chambre comme espionne. Dorotée, désespérée, apprend la prétendue infidélité de Don Pedre et sombre dans le chagrin. Don Pedre, obligé de suivre le roi Philippe V, tente en vain de voir Dorotée, ses lettres étant interceptées par le père de Dorotée. Dorotée, convaincue de l'infidélité de Don Pedre, est forcée de se préparer à un mariage arrangé avec Don Diegue. Cependant, les événements politiques en Espagne changent, et le père de Dorotée meurt. Dorotée décide de se retirer dans un couvent. Finalement, Don Pedre revient et retrouve Dorotée en deuil. Après des malentendus et des éclats de colère, ils se réconcilient et se marient, oubliant les manipulations d'Elvire et de sa complice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
53
p. 9-51
LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Début :
Un Pere avare, qui ne pensoit qu'à marier richement [...]
Mots clefs :
Fille, Père, Mariage, Homme, Marquis, Amour, Ami, Conseiller, Enchère, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
LE MARIAGE
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
Fermer
Résumé : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Le texte relate l'histoire d'un père avare déterminé à marier sa fille Lucie au plus offrant. Plusieurs fiançailles sont rompues, attirant ainsi le ridicule et des rumeurs malveillantes sur Lucie. Un jeune Marquis, amoureux de Lucie, voit sa demande rejetée au profit d'un gentilhomme plus riche. Désespéré, le Marquis demande à son ami Damon, un homme riche et honnête, de faire une offre pour gagner du temps. Damon accepte à contrecœur et rencontre Lucie, qu'il trouve charmante et vertueuse. Il finit par tomber amoureux d'elle, mais décide de ne plus la voir pour éviter de trahir son ami. Lucie est ensuite promise à un Conseiller de Province, mais elle est horrifiée par cette perspective. Le Conseiller, jaloux, découvre une lettre d'amour prétendument écrite par un autre homme, ce qui le pousse à quitter Lucie. Le Marquis révèle alors que la lettre était un stratagème pour éloigner le Conseiller. Lucie, offensée par l'imprudence du Marquis, refuse de l'épouser. Damon, présent lors de cette révélation, propose alors de l'épouser pour la justifier pleinement. Lucie accepte, impressionnée par la délicatesse et l'estime de Damon. Le père, voyant l'unanimité en faveur de Damon, consent au mariage. Le texte se termine par l'approbation générale de cette union, soulignant la sagesse et la raison qui ont guidé la décision de Lucie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
54
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Fermer
Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
55
p. 1-64
SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Début :
LEONORE arriva bien-tost dans l'Isle de Gade sans [...]
Mots clefs :
Prince, Grenade, Amour, Temps, Seigneur, Fortune, Père, Sujets, Amant, Douleur, Vaisseau, Princesse, Inconnue, Pouvoir, Andalousie, Malheur, Coeur, Ciel, Bonheur, Homme, Mort, Vertu, Souverain, Soeur, Duc, Usurpateur, Mariage, Doute, Perfidie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
AM~USE-ME~NS. SUITE
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
Fermer
Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Le texte relate les aventures de Léonore et du Prince de Murcie, séparés par des circonstances tragiques. Léonore arrive sur l'île de Gade, où elle est accablée par l'absence du Prince et les discours moralisateurs de sa tante, sœur du Duc d'Andalousie. Elle y rencontre Elvire, une jeune femme également triste, qui lui raconte son histoire : promise à un prince, elle dut épouser Dom Garcie après la mort de son père. Elvire parvint à s'échapper et se retrouva sur l'île de Gade. Pendant ce temps, le Prince de Murcie, désespéré par l'absence de Léonore, décide de se rendre en Andalousie malgré les dangers. Sur le rivage, il rencontre Dom Pedre, le frère d'Elvire, qui lui révèle que le Duc de Grenade est mort et que Dom Garcie, un traître, s'apprête à usurper le trône de Dom Juan. Ils s'allient pour chasser Dom Garcie et restaurer Dom Juan sur le trône de Grenade. Dom Pedre rallie les habitants contre Dom Garcie, qui s'enfuit. Dom Juan, informé de la mort de son père, rencontre Dom Garcie, qui le persuade que le Prince de Murcie a usurpé ses États. Dom Juan décide de se venger et se rend chez le Duc d'Andalousie, un allié. En mer, une tempête éclate et Dom Juan sauve Léonore, qui est troublée par les révélations sur la perfidie du Prince de Murcie. Le Duc d'Andalousie décide de marier Léonore à Dom Juan, malgré la tristesse de la jeune femme. Léonore, obligée d'obéir à son père, se prépare à épouser Dom Juan. Le Prince de Murcie, après avoir assuré la tranquillité du Duché de Grenade, est dominé par sa passion pour Léonore. Il se retrouve sur l'île de Gade et apprend de manière fortuite que Léonore a épousé Dom Juan huit jours plus tôt. À cette nouvelle, il s'évanouit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
56
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
Fermer
Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
57
p. 3-9
Extrait d'une Lettre d'Alemagne.
Début :
Le Roy de Suede est toûjours à Bender avec un corps [...]
Mots clefs :
Roi de Suède, Maladie, Allemagne, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre d'Alemagne.
Extrait d'une Lettre
d'Alemagne.
,
Le Roy de Suede est toûjours
à Bender anjec un corps
deTroupes Ottomanes qui doit
lny servir d'forte ey on ne
sçait point encore précisement
quand ce Prince en partira.
La réponse que le grand Visir
a faite sur les plaintes que S.
A4. S. & le Kan des Tartares
ont portées contre luy
,
riefl
pas demeuréésansreplique&
les Lettres de Constantinople
continuent de dire qu'il y a
fort à craindre pour le grand
vi;cir, parce que le Czar ne
'Veut executer aucun des Articles
du Traitédepaix tant que
le Roy de Suede sera dans
l'Empire du GrandSeigneur.
Cependant l'Armée des Turcs
l'si toujours sur lesbords du
Danube, & la faison est si
avancée qu'oncroit qu'elle ne
pourra rien entreprendre quand
même on auroit de~sein deforcer
le CKara% executer les conditions
de sonTraité.
CePrince partit le iG.
Octobre de Carelsbaden ; il
devoit se rendre à TorgdW
pour y assister à la Ceremonie
du Adanâge du Prince hereditaire
de Moscovie son fils,
avec la Princesse de Wolsembutel
,
après quoy il devoit
aller à Elbing,& de-là à
Petersbourgsa nouvelle Ville,
dans le Golphe de Finlande.
Les Danois sont toujours
devant Stralzundsans avan..
cer lesiege faute degros canon.
Les Suedois font de temps en
temps des sorties. Ils en firent
une le 20. Octobre dans laquelle
ils tuerent beaucoup de
monde. Les Suedois ont reçti
quelque secours dans I'IJIj de
Rugenparplusieurs Vais aux
de transport quiyfont arri'Ve:{.
L'on ~assare que la contagion
rft dans la Flotte Danoise, cque
ce mal diminuë beaucoup
à Copenhague.
Ily a dans la Hongrie ,
dans la Transylvanie cm dans
l3A'ntriche
, une maladie qui
s'estjettéesur le gros bestail
:J
de maniere qu'en peu de temps
ilyestmort la plusgrande partie
des Boeufs &des Saches ,
ÇjT* cjiicn beaucoup d'endroits
les Passans ne front pas en
état de labourer leurs Terres,
Ony a envoyé de Vienne des
Medecins & des Chirurgiens
sur les lieux pour tascher de
découvrir le principe du mal
,
&y aporter du rmede ; mais
,
les Modemssontrevenus sans
y avoir pû rien connoistre.
Le dommage causé par le
coup de foudre qui tomba le
z6, Aoustsur la Tour de
Sainte Elisabeth à Hetmanftad
en Transylvanie
, (si tresconsiderable.
Le Magasin de
poudre qui étoit dans cette
Tour lafit sauterenl'air, en
renversa plusieurs autres avec
une partie du Rempart; ily
eut soixante& trois Maisons
fe~ntfirè~refm~ernt~ruïn,éesc,f~cfe<nt ?qu~a.
rante autresfort endommages,
toutes les vitres des ifneflrcs de
toutes les autres Maisons tant
de laVillequedesfauxbourgs,
furent brisees
, & un grand
nombre de personnes furent écrasées
, OU moururent de
frayeur.
d'Alemagne.
,
Le Roy de Suede est toûjours
à Bender anjec un corps
deTroupes Ottomanes qui doit
lny servir d'forte ey on ne
sçait point encore précisement
quand ce Prince en partira.
La réponse que le grand Visir
a faite sur les plaintes que S.
A4. S. & le Kan des Tartares
ont portées contre luy
,
riefl
pas demeuréésansreplique&
les Lettres de Constantinople
continuent de dire qu'il y a
fort à craindre pour le grand
vi;cir, parce que le Czar ne
'Veut executer aucun des Articles
du Traitédepaix tant que
le Roy de Suede sera dans
l'Empire du GrandSeigneur.
Cependant l'Armée des Turcs
l'si toujours sur lesbords du
Danube, & la faison est si
avancée qu'oncroit qu'elle ne
pourra rien entreprendre quand
même on auroit de~sein deforcer
le CKara% executer les conditions
de sonTraité.
CePrince partit le iG.
Octobre de Carelsbaden ; il
devoit se rendre à TorgdW
pour y assister à la Ceremonie
du Adanâge du Prince hereditaire
de Moscovie son fils,
avec la Princesse de Wolsembutel
,
après quoy il devoit
aller à Elbing,& de-là à
Petersbourgsa nouvelle Ville,
dans le Golphe de Finlande.
Les Danois sont toujours
devant Stralzundsans avan..
cer lesiege faute degros canon.
Les Suedois font de temps en
temps des sorties. Ils en firent
une le 20. Octobre dans laquelle
ils tuerent beaucoup de
monde. Les Suedois ont reçti
quelque secours dans I'IJIj de
Rugenparplusieurs Vais aux
de transport quiyfont arri'Ve:{.
L'on ~assare que la contagion
rft dans la Flotte Danoise, cque
ce mal diminuë beaucoup
à Copenhague.
Ily a dans la Hongrie ,
dans la Transylvanie cm dans
l3A'ntriche
, une maladie qui
s'estjettéesur le gros bestail
:J
de maniere qu'en peu de temps
ilyestmort la plusgrande partie
des Boeufs &des Saches ,
ÇjT* cjiicn beaucoup d'endroits
les Passans ne front pas en
état de labourer leurs Terres,
Ony a envoyé de Vienne des
Medecins & des Chirurgiens
sur les lieux pour tascher de
découvrir le principe du mal
,
&y aporter du rmede ; mais
,
les Modemssontrevenus sans
y avoir pû rien connoistre.
Le dommage causé par le
coup de foudre qui tomba le
z6, Aoustsur la Tour de
Sainte Elisabeth à Hetmanftad
en Transylvanie
, (si tresconsiderable.
Le Magasin de
poudre qui étoit dans cette
Tour lafit sauterenl'air, en
renversa plusieurs autres avec
une partie du Rempart; ily
eut soixante& trois Maisons
fe~ntfirè~refm~ernt~ruïn,éesc,f~cfe<nt ?qu~a.
rante autresfort endommages,
toutes les vitres des ifneflrcs de
toutes les autres Maisons tant
de laVillequedesfauxbourgs,
furent brisees
, & un grand
nombre de personnes furent écrasées
, OU moururent de
frayeur.
Fermer
Résumé : Extrait d'une Lettre d'Alemagne.
Le roi de Suède est toujours à Bender, entouré de troupes ottomanes, et sa date de départ reste incertaine. Le grand visir a répondu aux plaintes du tsar et du Khan des Tartares, mais la situation reste tendue. Le tsar refuse d'exécuter les articles du traité de paix tant que le roi de Suède restera dans l'Empire ottoman. L'armée turque est positionnée sur les bords du Danube, mais la saison avancée rend improbable toute action militaire. Le tsar a quitté Carlsbad le 16 octobre pour assister au baptême de son petit-fils à Torgau, puis se rendre à Elbing et enfin à Petersbourg. Les Danois assiègent Stralsund sans succès, tandis que les Suédois effectuent des sorties, comme celle du 20 octobre. La flotte danoise est touchée par la contagion, mais la situation s'améliore à Copenhague. En Hongrie, Transylvanie et Autriche, une maladie affecte le bétail, rendant impossible le labour des terres dans certaines régions. Des médecins ont été envoyés pour enquêter, sans succès. Un coup de foudre a causé des dégâts considérables à la tour de Sainte Élisabeth à Hetmanstadt en Transylvanie, détruisant plusieurs bâtiments et blessant de nombreuses personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
58
p. 1-38
LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Début :
L'Esté dernier un riche Bourgeois de Paris alla faire [...]
Mots clefs :
Médecin, Amant, Amour, Dame, Mariage, Mari, Fille, Maladie, Malade, Désespoir, Enceinte, Rupture, Femme grosse, Colère, Rouen, Paris, Père
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
ieJnt7iue1rnetMçoiéiimsdoainreslseuyrumnoeavanture,
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
Fermer
Résumé : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Le texte relate l'histoire d'une jeune fille parisienne dont le père, un riche bourgeois, part en voyage à Rouen. Pendant son absence, la fille, qui apprécie de gérer le ménage, développe des sentiments pour un voisin. Ils s'aiment et envisagent de se marier, espérant obtenir le consentement du père à son retour. Cependant, la fille reçoit une lettre de son père annonçant qu'il lui a trouvé un mari à Rouen. Désespérée, elle envisage de mourir pour éviter ce mariage. Son amant, plus raisonnable, imagine un plan. Il se déguise en femme enceinte et se rend chez un médecin de Rouen, frère d'un médecin parisien, pour obtenir son aide. Le médecin, croyant que la 'fille' est enceinte d'un autre homme, accepte de l'aider à éviter le mariage. Le père, de retour, trouve sa fille malade et accepte la rupture du mariage arrangé. Le médecin et la fille ont une conversation équivoque, révélant finalement la vérité. Le père, l'amant et le médecin sont tous surpris. L'amant, désespéré, veut se suicider, mais la fille le chasse. Le médecin, comprenant la situation, propose de marier les deux jeunes gens. Le père accepte, et le médecin prescrit ce mariage comme remède à leur malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
59
p. 3-14
A Torgau le 27. Octobre.
Début :
Le Czar arriva icy samedy dernier. Sa majesté alla à pied [...]
Mots clefs :
Torgau, Mariage, Tsar, Cour, Prince, Princesse, Maréchaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Torgau le 27. Octobre.
A Torgau le 17.Octobre.
Le Czararriva icy samedy
dernier. Sa Majestéalla dpied
à la Cour;leCzarowitzson
fils alla au-devant de luy, &
l'accompagna à l'appartement
qu'on luy avoit préparé. S.A.
le Ducdntoine7JlrlckaUt luy
rendrevisite. Monfèignejir U
Ducse retira ensuite gr le
C-çar alla voir la Duchesse
Louise, parce que la Reine
n'étoit pas encore habillée. Il
trouva auprés de la Duchesse,
la Princessefiancéeau C%arr.
OWtlz. Je dois vous dire, Madame
, que le Czar ejlun
Princegrand, tres bienfait,&
fortgracieux. Ilporteses cheveux
quisontbruns &frisez.
Il a unegrande barbe à la Po-
Jonoifl; ses habitsfont à la
Françoise5 mais plus modestes
qu'éclatans. Il a toûjours une
Canne à la main, eil al'air
d'ungrand Capitaine, comme
il est en effet. Il parlesouvent
à son Grand Chanchelier le
Comte Galouski, & aux
Princes & Generaux Moscosuites
: iln'estpas unmoment
çtj'tf Ilparle Bas Aiemand IJ
mieux qu'il ne croit luy même.
La DuchéeLouise le sçait
fort bien entretenir. Il y a
toujours dans ses Apartemrnts,
des Bouffonsy & desmoindres
ofo~~MM~jW~~ avec les
Princes, Généraux, CM autres
Seigneurs. S. M.>Czarienne
nesoupa point Samedy. A la
sortie de la Comedie, d<tns le
temps qu'on servoitsa Table,
elle entra dansson Abattement,
mit un Manteausursa teste) e alla pajjer la nuit dans une
Mai[inde la Ville
,
où l'on
ne s'attendaitpasd'avoir l'honneur
de recevoir un si grand
Prince. Il fait presqueregu~
lierement quatre repas chaque
jour; il mange deuxfois avec
la Reine, e deux foischez
UY-
Le Mariage se fit hier
Dimanche. Tous les Princes
&toutesles Princepesdinerent
en particulier, &•je rendirent
enfuite auprès de la Reine.
La Cour étoit magnifique.
La nouvelle épouse avoit un
habit de Moire d'argent, brodé
aujji d'argent, & fort ricbe;
Un Manteau Royal de la
mesme coulenr, ses cheveux
lien tressez, co une Couronne
couleur de Cramoisysur 1.
teste, toutegarnie de Diamants,
Le C^aroypit^ avoit un habit
blancfortbeau, broded'or; &
le Czar avoit un habit rouge
dont les boutonnières étoient de
Galon d'argent.
Les Maréchaux vinrent
avertir à trois heures que tout
étoit prest, & toute l'ajfembleç
se rendit dans 14 grande Salle
ou l'on avoitdressé un Autel.
Le vieux Duc mena la Princese.
sa petite fille, & trois
Dames de la Reineportèrent lit
queue de son Manteau.
Le C^ar accompagna l,
Reine, & le Czarowitz 14
Duchcfe Laüise. Dés qu'ils
surentarrivez
,
le Prestre Grec
qui étoit babille à peu prés de
mesmeque les Catholiques,
dcma la Benediction; il changea,
les Bagues, & demanda
en latin aufutur époux & à
lafuture épouse, s'ilsvoulount
se prendre pour Mary &pour
Femme. Il mit ensuite un
Bonnet Ducal
, ou Couronne
de velours Cramoisi, sur la
teste du Prince; mais celle
de laPrincefe s*étanttrouvée
trop étroite, le Czarordonna
àson Grand Chancellier de la
tenirsur la tefie de cette Princesse.
Le Czar se promena
toujours pendant cette Ceremo-
~3~* lors qu'ellefutachevée,
ilselicita les nouveaux époux,
On retourna ensuite chez la
Reine, dans lemesme ordre
qu'on en étoit sorti, & toute
la Cour fit Compliment ati
Prince& àla Princesse. Le
Czar donna pendant tout le
jour de grandes marques de
joye,ilécrivit à la Ptincejjè
sonépouse quiétoitàThorn erf
Pologneypour luy notifier ce
Mariage.
1
Onservit un grandsouper
a huit heures, sur un, Table
eu ilyavoitdouze Couverts.
Le Czarowitzfut placé dans
le milieu ayant a sa droite lé
Czarson Perecm la Princesse
son eooufe à sa gauche. Le
DucAntoineVlrick étoit à
la droite du Czar, & la
Reine à lagauche de la nouvelle
époufiy le Due Louis, à Iai
gauche de la Reine,ainsi que li
Prince Dolorouki, à l'un des
bouts "de la Table
:
le Prince
Turbetti étoit vis-à-vis de 1.
Reine, le Prince Courquin.,
vis-à-vis de la Primcesse, le
General Prusse vis-à-vis le
Duc AmoineUlrich., qui
avoit àsa droite la Duchesse
JLouife;Cm le Comte Galonski,
à l'autre bout de 1. Table.
Apres le souper, onse rendit
dans la Salle où l'on avoit
fait la Ceremonie. Onydansa
d'abord plusieurs danses Polonoiss.
Le Czarowitz dansa
lepremier; le vieux Duc dansa
après luy, puis le C%ary &
ensuite tous les Princes- Adofce*
vîtes. Ces danses durèrent
long-temps; le C^AY sortoit
quelques sois de la Salle, (y*
alors tout étoit dans l'inaflions
quelquesfois les Bouffons dAn.
soient seuls
,
puis se fatjbierib
donner de grands verres pour
boire à la santé de la Compagnie.
Le Czarowitz dansa
quelques Menuets; le Bal
finit par une danseAngloise.
1,1etotton-e heures lorjvjuc
l'on conduisit les nouveaux
époux à leur Apartement. Le
Czarowitz allase desbabiller
dantunautre Apartement, ~&
quand on eut deshabillé la
Princesse ,le C=t.:tr entraavec
toute la Cour. Le Prince son
filsavoituneRobbedeChambre
rougrsemée defleurs d'çr.
LaPrincesse en avaitune blAss.
chesemée defleurs au naturel
,
~& brodées.
Aprés que le C-çar eut
donnésa Benediction au Prince
son fils, illefit entrerdans le
Lit d'un costé, pendant que Io,
Princessey entroit de l'autre,
laReine Cm la DuchesseLoüise
étant auprés d'elle,ensuite
dequoychacunseretira.
P. S.
Le Duc AntoineUlrick
tria dit qu'il seroitdeVendredy
en huit jours à Gorde qu'il ira
ensuite avec le Czarowitzà
Francfort
- njoir le nouvel
Empereur} ~& que le Czar
pnaiert,iorùalJaeudy pour i. Pomera-
pénibClaem.pagne tfi fort
Le Czararriva icy samedy
dernier. Sa Majestéalla dpied
à la Cour;leCzarowitzson
fils alla au-devant de luy, &
l'accompagna à l'appartement
qu'on luy avoit préparé. S.A.
le Ducdntoine7JlrlckaUt luy
rendrevisite. Monfèignejir U
Ducse retira ensuite gr le
C-çar alla voir la Duchesse
Louise, parce que la Reine
n'étoit pas encore habillée. Il
trouva auprés de la Duchesse,
la Princessefiancéeau C%arr.
OWtlz. Je dois vous dire, Madame
, que le Czar ejlun
Princegrand, tres bienfait,&
fortgracieux. Ilporteses cheveux
quisontbruns &frisez.
Il a unegrande barbe à la Po-
Jonoifl; ses habitsfont à la
Françoise5 mais plus modestes
qu'éclatans. Il a toûjours une
Canne à la main, eil al'air
d'ungrand Capitaine, comme
il est en effet. Il parlesouvent
à son Grand Chanchelier le
Comte Galouski, & aux
Princes & Generaux Moscosuites
: iln'estpas unmoment
çtj'tf Ilparle Bas Aiemand IJ
mieux qu'il ne croit luy même.
La DuchéeLouise le sçait
fort bien entretenir. Il y a
toujours dans ses Apartemrnts,
des Bouffonsy & desmoindres
ofo~~MM~jW~~ avec les
Princes, Généraux, CM autres
Seigneurs. S. M.>Czarienne
nesoupa point Samedy. A la
sortie de la Comedie, d<tns le
temps qu'on servoitsa Table,
elle entra dansson Abattement,
mit un Manteausursa teste) e alla pajjer la nuit dans une
Mai[inde la Ville
,
où l'on
ne s'attendaitpasd'avoir l'honneur
de recevoir un si grand
Prince. Il fait presqueregu~
lierement quatre repas chaque
jour; il mange deuxfois avec
la Reine, e deux foischez
UY-
Le Mariage se fit hier
Dimanche. Tous les Princes
&toutesles Princepesdinerent
en particulier, &•je rendirent
enfuite auprès de la Reine.
La Cour étoit magnifique.
La nouvelle épouse avoit un
habit de Moire d'argent, brodé
aujji d'argent, & fort ricbe;
Un Manteau Royal de la
mesme coulenr, ses cheveux
lien tressez, co une Couronne
couleur de Cramoisysur 1.
teste, toutegarnie de Diamants,
Le C^aroypit^ avoit un habit
blancfortbeau, broded'or; &
le Czar avoit un habit rouge
dont les boutonnières étoient de
Galon d'argent.
Les Maréchaux vinrent
avertir à trois heures que tout
étoit prest, & toute l'ajfembleç
se rendit dans 14 grande Salle
ou l'on avoitdressé un Autel.
Le vieux Duc mena la Princese.
sa petite fille, & trois
Dames de la Reineportèrent lit
queue de son Manteau.
Le C^ar accompagna l,
Reine, & le Czarowitz 14
Duchcfe Laüise. Dés qu'ils
surentarrivez
,
le Prestre Grec
qui étoit babille à peu prés de
mesmeque les Catholiques,
dcma la Benediction; il changea,
les Bagues, & demanda
en latin aufutur époux & à
lafuture épouse, s'ilsvoulount
se prendre pour Mary &pour
Femme. Il mit ensuite un
Bonnet Ducal
, ou Couronne
de velours Cramoisi, sur la
teste du Prince; mais celle
de laPrincefe s*étanttrouvée
trop étroite, le Czarordonna
àson Grand Chancellier de la
tenirsur la tefie de cette Princesse.
Le Czar se promena
toujours pendant cette Ceremo-
~3~* lors qu'ellefutachevée,
ilselicita les nouveaux époux,
On retourna ensuite chez la
Reine, dans lemesme ordre
qu'on en étoit sorti, & toute
la Cour fit Compliment ati
Prince& àla Princesse. Le
Czar donna pendant tout le
jour de grandes marques de
joye,ilécrivit à la Ptincejjè
sonépouse quiétoitàThorn erf
Pologneypour luy notifier ce
Mariage.
1
Onservit un grandsouper
a huit heures, sur un, Table
eu ilyavoitdouze Couverts.
Le Czarowitzfut placé dans
le milieu ayant a sa droite lé
Czarson Perecm la Princesse
son eooufe à sa gauche. Le
DucAntoineVlrick étoit à
la droite du Czar, & la
Reine à lagauche de la nouvelle
époufiy le Due Louis, à Iai
gauche de la Reine,ainsi que li
Prince Dolorouki, à l'un des
bouts "de la Table
:
le Prince
Turbetti étoit vis-à-vis de 1.
Reine, le Prince Courquin.,
vis-à-vis de la Primcesse, le
General Prusse vis-à-vis le
Duc AmoineUlrich., qui
avoit àsa droite la Duchesse
JLouife;Cm le Comte Galonski,
à l'autre bout de 1. Table.
Apres le souper, onse rendit
dans la Salle où l'on avoit
fait la Ceremonie. Onydansa
d'abord plusieurs danses Polonoiss.
Le Czarowitz dansa
lepremier; le vieux Duc dansa
après luy, puis le C%ary &
ensuite tous les Princes- Adofce*
vîtes. Ces danses durèrent
long-temps; le C^AY sortoit
quelques sois de la Salle, (y*
alors tout étoit dans l'inaflions
quelquesfois les Bouffons dAn.
soient seuls
,
puis se fatjbierib
donner de grands verres pour
boire à la santé de la Compagnie.
Le Czarowitz dansa
quelques Menuets; le Bal
finit par une danseAngloise.
1,1etotton-e heures lorjvjuc
l'on conduisit les nouveaux
époux à leur Apartement. Le
Czarowitz allase desbabiller
dantunautre Apartement, ~&
quand on eut deshabillé la
Princesse ,le C=t.:tr entraavec
toute la Cour. Le Prince son
filsavoituneRobbedeChambre
rougrsemée defleurs d'çr.
LaPrincesse en avaitune blAss.
chesemée defleurs au naturel
,
~& brodées.
Aprés que le C-çar eut
donnésa Benediction au Prince
son fils, illefit entrerdans le
Lit d'un costé, pendant que Io,
Princessey entroit de l'autre,
laReine Cm la DuchesseLoüise
étant auprés d'elle,ensuite
dequoychacunseretira.
P. S.
Le Duc AntoineUlrick
tria dit qu'il seroitdeVendredy
en huit jours à Gorde qu'il ira
ensuite avec le Czarowitzà
Francfort
- njoir le nouvel
Empereur} ~& que le Czar
pnaiert,iorùalJaeudy pour i. Pomera-
pénibClaem.pagne tfi fort
Fermer
Résumé : A Torgau le 27. Octobre.
Le 17 octobre à Torgau, le tsar arriva le samedi précédent et fut accueilli par le tsarévitch, son fils, qui l'accompagna à son appartement. Le duc Antoine Ulrich lui rendit visite. Le tsar rencontra ensuite la duchesse Louise, car la reine n'était pas encore habillée. Il y trouva la princesse fiancée au tsar. Le tsar est décrit comme un homme grand, bien fait et gracieux, avec des cheveux bruns et frisés, une grande barbe à la polonaise, et des habits à la française mais modestes. Il conversait souvent avec son grand chancelier, le comte Galouski, ainsi qu'avec les princes et généraux moscovites. Le mariage eut lieu le dimanche. Les princes et princesses dînèrent en privé avant de se rendre auprès de la reine. La nouvelle épouse portait un habit de moire d'argent brodé d'or et un manteau royal de la même couleur, avec une couronne cramoisie garnie de diamants. Le tsarévitch portait un habit blanc brodé d'or, et le tsar un habit rouge avec des boutonnières en galon d'argent. La cérémonie se déroula dans une grande salle où un autel avait été dressé. Le vieux duc mena la princesse, et trois dames de la reine portèrent la queue de son manteau. Le tsar accompagna la reine, et le tsarévitch la duchesse Louise. Le prêtre grec donna la bénédiction, échangea les bagues, et demanda aux futurs époux s'ils voulaient se prendre pour mari et femme. Il mit ensuite une couronne de velours cramoisi sur la tête du prince, mais celle de la princesse étant trop étroite, le tsar ordonna à son grand chancelier de la tenir. Après la cérémonie, un grand souper fut servi à huit heures avec douze couverts. Le tsarévitch fut placé au milieu, avec à sa droite le tsar son père et à sa gauche la princesse son épouse. Le duc Antoine Ulrich était à la droite du tsar, et la reine à la gauche de la nouvelle épouse. Après le souper, on se rendit dans la salle de la cérémonie pour danser. Le bal se termina par une danse anglaise à une heure du matin. Les nouveaux époux furent conduits à leur appartement, où le tsar donna sa bénédiction avant que chacun ne se retire. Le duc Antoine Ulrich annonça qu'il serait à Gorde dans huit jours, puis irait avec le tsarévitch à Francfort pour voir le nouvel empereur, et que le tsar partirait le jeudi suivant pour la Poméranie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
60
p. 101-120
AVANTURE de deux Officers.
Début :
Un riche bourgeois de Boulogne, bon homme, mais un peu foible [...]
Mots clefs :
Boulogne, Mariage, Capitaine, Père, Fille, Bal, Officiers, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE de deux Officers.
AVANTVRE
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
Fermer
Résumé : AVANTURE de deux Officers.
Le texte narre une aventure impliquant un riche bourgeois de Boulogne, sa fille, un capitaine et un officier. Le bourgeois, timide et faible d'esprit, accepte de marier sa fille à un capitaine logé chez lui. Lors d'un voyage à Dieppe, la fille rencontre un officier qui tombe amoureux d'elle et réciproquement. Malgré l'interdiction de son père, la fille continue de voir l'officier. Pour prouver sa noblesse et sa richesse, l'officier part en voyage mais est capturé par des corsaires hollandais. Il est libéré à condition de revenir à Boulogne pour payer une rançon. À son retour, il découvre que la fille doit épouser le capitaine le lendemain. Pour résoudre la situation, l'officier invite le capitaine à bord d'un vaisseau, où ce dernier est capturé à son tour par les Hollandais. Rassuré par l'absence du capitaine, le père conclut le mariage entre sa fille et l'officier. Plus tard, le capitaine, blessé et libéré de Flessingue, se réconcilie avec l'officier, et ils deviennent amis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
61
p. 253-262
« On a mis dans le Mercure dernier le mariage de [...] »
Début :
On a mis dans le Mercure dernier le mariage de [...]
Mots clefs :
Gourgue, Mariage, Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a mis dans le Mercure dernier le mariage de [...] »
Onamis dans le Mercure dernier le mariage
de Monteur de Gourgue, dont le memoire
s'efl trouvé fautif, en
ce que ce n'est point Mr
de Gourgue Maître des
Requêtes, maisJacques
Dominique de Gourgue Conseiller au Parlement,qui a
épouséMa-
demoiselle Aubourg.
Voici ce qui est contenu dans un memoire
plusjuste qu'on m'a donné sur la maison de
Gourgue.
Elle cft originaire de Guyenne, elle fut iepare'e en
deux branches vers l'an 1310.
une s'établit en Efpagnc
y
l'autre qui éroit l'aînée demeura en Guienne, où elle
a
fourni depuis ce temps-là
un premier President ôc
plusieurs Presidens à Mor-
tier sùccessivement. Le
dernier dccedé etoit Jean
de Gourgue,fils de Marc
Antoine de Gourgue,Prefident à Mortier au Parlement de Bourdeaux, & de
Marie Seguyer, fœur du
Chancelier de ce nom, &
de Madame la Ducheflfe
de Verneiiil. Jean de Gourgue decedéen 1683. a
laisse
quatre garçons: Armand
Jacques de Gourgue Maître des Requêtes,ci-devant
Intendant de Limoges,&
de Jean François de Gourgue JesuiteJacquesJoseph
Evêque de Baras, & Jean
Michel President à Mortier au Parlement de Guyenne. Armand Jacques ie
Gourgue de son mariage
avec Marie Isabelle leClerc
de Cottier3iaeu Jean Fran.
çois Joseph de Gourgue,
marié en premieres noces
tivec Elisabeth deBarillon
de Morangis,petite-fillede
M. Boucherat Chancelier
de France, dont il y aune
Elle,MarieLoulfeC--abrielle;
& en fécondés noces avec
Catherine de Bardouvil4e, fille de Monsieur dr
Bar-
Mardouvîlle,,ConiCiller au
Parlement de Roüen,& de
Marie Marche de Caradas
du Héron3{œur de M. de
Héron, ci-devant Envoyé
extraordinaire du Roy en
Pologne, mort en Allemagne, après avoir mérité
Teftime du Roy dans plufleurs emplois dont illuy a
plu de l'honnorer. Louis
Armand Consèiller Clerc
au Parlement'de Parisdécedé en 1508. &: Jacques
Dominique de Gourgue
Conseiller au Parlement,
qui a
épousé Damoifèllç
N. Aubourg.Y
Dominique de Gourgue dont il est parlé dans
Mezeray & dans plusieursautres auteurs,qui
mourut à la Rochelle
fous leregne de Charles
IX.après avoir fait plusieurs belles avions qui
luy firent meriter l'honneur d'être choisi par la
Reine ElifabethpourAmiral d'Angleterre, aprés Ion retour de la Floride, qu'il avoit remis
fous l'obeiffaiice du Roy
avec trois vaisseaux qu'il
avoit armez &équipez à
ses dépens, étoit frere
d'Ogier de Gourgue,
premier President du
Parlement de Bourdeauxeni;6o. LeSrde
Mafleville
,
qui a
fait
rHissoire de Normandie, en parle en ces termes. On fut fort étonné de ce que l'armement
que l'on attendoit du
Roy sur le sujet de
la Floride, & qui ne
reussit point, fut entrepris par un Gentil-hom-
- me quiyreussit fortglorieusement.Ce fut Dominique de Gourgue,
brave Gasconlequel ne
pouvant souffrir que sa
patrie fût insultée impunément, vendit ce qu'il
avoit de bien, dont illeva trois cent hommes,
qu'il mit dans trois vaisseaux, avec lesquels il
passa heureusement dans
la Floridel'an 1567. Dés
qu'il y
futarrivé, ilattaqua trois forteresses
des Espagnols, il s'en
rend it le maître, & fit
pendre les Espagnols
qui écoiem ~n~ en garnison ;
declarant
pour répondre à l'inscription qu'ils avoient
faitmettre aux François
qu'ils avoient traitez de
même peu de tems auparavant, qu'il les faisoit
mourir, non comme des
Espagnols,mais comme
des pirates perfides &
inhumains. La maison
de Gourgue estalliée à
celle de la Roche-foucault,deDurasdelaFor-
,.-)
ac Sully, de Mortemars, de Lorraine & de
Charost, Se à plusieurs
autrestrés-distinguées
tant dansl'épée quedans
la robe.
de Monteur de Gourgue, dont le memoire
s'efl trouvé fautif, en
ce que ce n'est point Mr
de Gourgue Maître des
Requêtes, maisJacques
Dominique de Gourgue Conseiller au Parlement,qui a
épouséMa-
demoiselle Aubourg.
Voici ce qui est contenu dans un memoire
plusjuste qu'on m'a donné sur la maison de
Gourgue.
Elle cft originaire de Guyenne, elle fut iepare'e en
deux branches vers l'an 1310.
une s'établit en Efpagnc
y
l'autre qui éroit l'aînée demeura en Guienne, où elle
a
fourni depuis ce temps-là
un premier President ôc
plusieurs Presidens à Mor-
tier sùccessivement. Le
dernier dccedé etoit Jean
de Gourgue,fils de Marc
Antoine de Gourgue,Prefident à Mortier au Parlement de Bourdeaux, & de
Marie Seguyer, fœur du
Chancelier de ce nom, &
de Madame la Ducheflfe
de Verneiiil. Jean de Gourgue decedéen 1683. a
laisse
quatre garçons: Armand
Jacques de Gourgue Maître des Requêtes,ci-devant
Intendant de Limoges,&
de Jean François de Gourgue JesuiteJacquesJoseph
Evêque de Baras, & Jean
Michel President à Mortier au Parlement de Guyenne. Armand Jacques ie
Gourgue de son mariage
avec Marie Isabelle leClerc
de Cottier3iaeu Jean Fran.
çois Joseph de Gourgue,
marié en premieres noces
tivec Elisabeth deBarillon
de Morangis,petite-fillede
M. Boucherat Chancelier
de France, dont il y aune
Elle,MarieLoulfeC--abrielle;
& en fécondés noces avec
Catherine de Bardouvil4e, fille de Monsieur dr
Bar-
Mardouvîlle,,ConiCiller au
Parlement de Roüen,& de
Marie Marche de Caradas
du Héron3{œur de M. de
Héron, ci-devant Envoyé
extraordinaire du Roy en
Pologne, mort en Allemagne, après avoir mérité
Teftime du Roy dans plufleurs emplois dont illuy a
plu de l'honnorer. Louis
Armand Consèiller Clerc
au Parlement'de Parisdécedé en 1508. &: Jacques
Dominique de Gourgue
Conseiller au Parlement,
qui a
épousé Damoifèllç
N. Aubourg.Y
Dominique de Gourgue dont il est parlé dans
Mezeray & dans plusieursautres auteurs,qui
mourut à la Rochelle
fous leregne de Charles
IX.après avoir fait plusieurs belles avions qui
luy firent meriter l'honneur d'être choisi par la
Reine ElifabethpourAmiral d'Angleterre, aprés Ion retour de la Floride, qu'il avoit remis
fous l'obeiffaiice du Roy
avec trois vaisseaux qu'il
avoit armez &équipez à
ses dépens, étoit frere
d'Ogier de Gourgue,
premier President du
Parlement de Bourdeauxeni;6o. LeSrde
Mafleville
,
qui a
fait
rHissoire de Normandie, en parle en ces termes. On fut fort étonné de ce que l'armement
que l'on attendoit du
Roy sur le sujet de
la Floride, & qui ne
reussit point, fut entrepris par un Gentil-hom-
- me quiyreussit fortglorieusement.Ce fut Dominique de Gourgue,
brave Gasconlequel ne
pouvant souffrir que sa
patrie fût insultée impunément, vendit ce qu'il
avoit de bien, dont illeva trois cent hommes,
qu'il mit dans trois vaisseaux, avec lesquels il
passa heureusement dans
la Floridel'an 1567. Dés
qu'il y
futarrivé, ilattaqua trois forteresses
des Espagnols, il s'en
rend it le maître, & fit
pendre les Espagnols
qui écoiem ~n~ en garnison ;
declarant
pour répondre à l'inscription qu'ils avoient
faitmettre aux François
qu'ils avoient traitez de
même peu de tems auparavant, qu'il les faisoit
mourir, non comme des
Espagnols,mais comme
des pirates perfides &
inhumains. La maison
de Gourgue estalliée à
celle de la Roche-foucault,deDurasdelaFor-
,.-)
ac Sully, de Mortemars, de Lorraine & de
Charost, Se à plusieurs
autrestrés-distinguées
tant dansl'épée quedans
la robe.
Fermer
Résumé : « On a mis dans le Mercure dernier le mariage de [...] »
Le texte corrige une erreur du Mercure concernant le mariage de Jacques Dominique de Gourgue, Conseiller au Parlement, et non de Monsieur de Gourgue, Maître des Requêtes. La maison de Gourgue, originaire de Guyenne, s'est divisée en deux branches vers 1310. La branche aînée est restée en Guyenne et a produit plusieurs Présidents à Mortier au Parlement de Bordeaux. Jean de Gourgue, décédé en 1683, a eu quatre fils : Armand Jacques, Maître des Requêtes, Jean François, Jésuite, Jacques Joseph, Évêque de Bazas, et Jean Michel, Président à Mortier. Jacques Dominique de Gourgue a épousé Mademoiselle Aubourg. Dominique de Gourgue a mené des expéditions notables, notamment en Floride en 1567, où il a attaqué et pris des forteresses espagnoles. La maison de Gourgue est alliée à plusieurs familles distinguées, telles que La Rochefoucauld, Duras, Sully, Mortemart, Lorraine et Charost.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
62
p. 76-77
« Mr le Marquis de saint Chaumont Brigadier des armées du [...] »
Début :
Mr le Marquis de saint Chaumont Brigadier des armées du [...]
Mots clefs :
Mariage, Larcher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mr le Marquis de saint Chaumont Brigadier des armées du [...] »
Mr le Marquis de saint
Chaumont Brigadier des
arméesdu Roy,cy devant
Colonel du Regiment Royal Estranger Cavalerie,
& à present Enseigne des
Gardes du Corps, a
espousé Mademoiselle Larcher
fille de Mr Larcher Pre'fi-'
dent à
la Chambre des
Comptes. La Maison de
saint Chaumont est assez
connuë
,
& l'on sçait que
c'est une des plus anciennes &des plus illustres de
la Province de Limosin.
Tout le monde connoist la
naissancedistinguée, & les
grandes alliances de Mr le
Président Larcher
Chaumont Brigadier des
arméesdu Roy,cy devant
Colonel du Regiment Royal Estranger Cavalerie,
& à present Enseigne des
Gardes du Corps, a
espousé Mademoiselle Larcher
fille de Mr Larcher Pre'fi-'
dent à
la Chambre des
Comptes. La Maison de
saint Chaumont est assez
connuë
,
& l'on sçait que
c'est une des plus anciennes &des plus illustres de
la Province de Limosin.
Tout le monde connoist la
naissancedistinguée, & les
grandes alliances de Mr le
Président Larcher
Fermer
Résumé : « Mr le Marquis de saint Chaumont Brigadier des armées du [...] »
Le mariage entre le Marquis de Saint-Chaumont et Mademoiselle Larcher est annoncé. Le Marquis est Brigadier des armées du Roy, ancien Colonel du Régiment Royal Estranger Cavalerie et Enseigne des Gardes du Corps. Mademoiselle Larcher est la fille du Président à la Chambre des Comptes Larcher. La Maison de Saint-Chaumont est l'une des plus anciennes et illustres de la Province de Limosin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
63
p. 49-53
LE VIEIL OYSEAU. Fable.
Début :
Un vieux Rossignol de ce bois [...]
Mots clefs :
Oiseau, Cocuage, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VIEIL OYSEAU. Fable.
LE VIEIL OYSEAU.
FABLE.
UNvieux Roffignol de
ce bois
Laiffa femmejeune & fringante :
Auffitôt d'amans plus de
trente ,
Et chacun d'étaler fa voix ,
On ne vit onc mufique fi
charmante.
Pas un ne plut pourtant,c'étoient oyfeaux de Cour,
Juin 1712 E
.
MERCURE
Leftes d'atour,
Le col beau , la plume luifante ,
Au furplus pas un fol de
rente.
La belle aimoit l'argent , &
qui n'en avoit pas
Eftoit elle fans appas. pour
Tendres regards , douces
paroles
N'y faifoient rien, il faloit
des piftoles.
Ce fut par là qu'en vint à
bouti
Un riche oyfeau de ce bocage;
Richeje dis,car c'étoir tout:
GALANT.
Durefte vieux , de noir plu
mage ,
Oyfeau d'un étrange jargon ,
Caron dit qu'il parloitGaſIl n'étoit femine un peu jolie
Dans tous nos bois ,
A quicent fois / m
Enfon patois
Il n'eût conté fon amou
reuſe envie.odi
L'affreuſe pieyo emmc0
Et la fauyette tour à tour
Avoient écouté fon amour,
Sans en avoir l'ame atten
drie. Eij
4
"
152 MERCURE
Mais enfin il plaît en ce
jour,
Et fans retour
Il fe marie :
L'affaire fe conclut, dit-on,
Avant que le printemps expire.
Tous les oyfeaux n'en font
que rire ,
Et s'en vont chantant fur
ce ton :
Quand on a l'âge
De foixante ans ,
Comme l'oyfeau du noir
plumage ,
Plus de bon temps ;
En mariage
GALANT 33
Le cocủage
N'eft pas le mal
Le plus fatal ;
Ce qu'on doit craindre da
vantage
En mariage
Quand on a l'âge
De foixante ans ,
Eft d'aller voir en peu de
remps
Le noir rivag
FABLE.
UNvieux Roffignol de
ce bois
Laiffa femmejeune & fringante :
Auffitôt d'amans plus de
trente ,
Et chacun d'étaler fa voix ,
On ne vit onc mufique fi
charmante.
Pas un ne plut pourtant,c'étoient oyfeaux de Cour,
Juin 1712 E
.
MERCURE
Leftes d'atour,
Le col beau , la plume luifante ,
Au furplus pas un fol de
rente.
La belle aimoit l'argent , &
qui n'en avoit pas
Eftoit elle fans appas. pour
Tendres regards , douces
paroles
N'y faifoient rien, il faloit
des piftoles.
Ce fut par là qu'en vint à
bouti
Un riche oyfeau de ce bocage;
Richeje dis,car c'étoir tout:
GALANT.
Durefte vieux , de noir plu
mage ,
Oyfeau d'un étrange jargon ,
Caron dit qu'il parloitGaſIl n'étoit femine un peu jolie
Dans tous nos bois ,
A quicent fois / m
Enfon patois
Il n'eût conté fon amou
reuſe envie.odi
L'affreuſe pieyo emmc0
Et la fauyette tour à tour
Avoient écouté fon amour,
Sans en avoir l'ame atten
drie. Eij
4
"
152 MERCURE
Mais enfin il plaît en ce
jour,
Et fans retour
Il fe marie :
L'affaire fe conclut, dit-on,
Avant que le printemps expire.
Tous les oyfeaux n'en font
que rire ,
Et s'en vont chantant fur
ce ton :
Quand on a l'âge
De foixante ans ,
Comme l'oyfeau du noir
plumage ,
Plus de bon temps ;
En mariage
GALANT 33
Le cocủage
N'eft pas le mal
Le plus fatal ;
Ce qu'on doit craindre da
vantage
En mariage
Quand on a l'âge
De foixante ans ,
Eft d'aller voir en peu de
remps
Le noir rivag
Fermer
Résumé : LE VIEIL OYSEAU. Fable.
La fable 'Le Vieil Oiseau' relate l'histoire d'un vieux rossignol vivant dans un bois, marié à une jeune et joyeuse épouse. De nombreux prétendants, tous des oiseaux de cour, tentent de séduire la jeune femme avec leurs chants et leurs apparences soignées, mais elle préfère l'argent. Un riche rossignol du bocage, bien que laid et parlant un langage étrange, parvient à la séduire grâce à sa richesse. Malgré les moqueries des autres oiseaux, le couple se marie avant l'arrivée du printemps. La morale de la fable est que, à un âge avancé, le cocuage n'est pas le pire mal en mariage, mais plutôt le risque de mourir rapidement après le mariage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
64
p. 265
MARIAGE.
Début :
M. Hebert, Maistre des Requestes, fils de M. Hebert du [...]
Mots clefs :
Mariage, Hebert, Lallemand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE, b
M. Hebert, Maistre des
Requeftes , fils de M. Hel
bert du Buc , auffi Maitre
des Requeſtes , & de N. le
Gendre de Lormoy , fa feconde femme époufa le 14.
May N. Lallemand , fille de
M. Lallemand Fermier genetal.
M. Hebert, Maistre des
Requeftes , fils de M. Hel
bert du Buc , auffi Maitre
des Requeſtes , & de N. le
Gendre de Lormoy , fa feconde femme époufa le 14.
May N. Lallemand , fille de
M. Lallemand Fermier genetal.
Fermer
65
p. 242-244
Parodie de l'Enigme dont le mot est le Corps.
Début :
Que maudit soit mon mariage; [...]
Mots clefs :
Mariage, Corps, Épouse, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de l'Enigme dont le mot est le Corps.
Parodie de l'Enigme dont
le mot eft le Corps,
Que maudit fait mon
mariage ;
Caron a milie fois, jecrois,
Ainfi nommé ce quijoint
l'ame à moy.
Souvent l'ame& lecorps
font très mauvais
ménage.
Du mariage encorc'est la
proprieté :
Engardant fa maifon avec exactitude,
X
GALANT. 243
Mon époofe fe perd par
contrarieté.
Jeportefur monfrontparfois fa turpitude,
Autre appanage de mari.
De ma femme pourtant
je fuis le favori.
Quand je fuis bien usé
mafemme est encor
neuve :
Entre époux bien unis il
en arrive autant ;
Je puis mourir , & cepenSohdant
X ij
244 MERCURE
Mafemme nefera point
veure.
le mot eft le Corps,
Que maudit fait mon
mariage ;
Caron a milie fois, jecrois,
Ainfi nommé ce quijoint
l'ame à moy.
Souvent l'ame& lecorps
font très mauvais
ménage.
Du mariage encorc'est la
proprieté :
Engardant fa maifon avec exactitude,
X
GALANT. 243
Mon époofe fe perd par
contrarieté.
Jeportefur monfrontparfois fa turpitude,
Autre appanage de mari.
De ma femme pourtant
je fuis le favori.
Quand je fuis bien usé
mafemme est encor
neuve :
Entre époux bien unis il
en arrive autant ;
Je puis mourir , & cepenSohdant
X ij
244 MERCURE
Mafemme nefera point
veure.
Fermer
Résumé : Parodie de l'Enigme dont le mot est le Corps.
Le texte parodie l'énigme du 'Corbs' en explorant les tensions du mariage. Le narrateur décrit son union comme maudite, avec des conflits entre l'âme et le corps. Il souligne la nécessité de maintenir la maison avec précision et avoue les contrariétés et les turpitudes. Malgré tout, il se voit comme le favori de son épouse, qui reste neuve même lorsqu'il est usé. Il conclut que sa femme ne deviendra pas veuve s'il meurt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
66
p. 49-56
MARIAGE. A Monsieur l'Evesque de S. Flour, à l'occasion du Mariage de M. de Monboissier de Canilac, qui a épouse Mademoiselle de Maillé-Brezé.
Début :
Destaing dont l'equité, le sçavoir & le zele. [...]
Mots clefs :
Mariage, Destaing, Héros, Honneur, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE. A Monsieur l'Evesque de S. Flour, à l'occasion du Mariage de M. de Monboissier de Canilac, qui a épouse Mademoiselle de Maillé-Brezé.
ARIAGE.
A Monfieur l'Evefque
deS. Flour, à l'occafion
du Mariage de M.de
Monboiffierde Canil
Lac, qui a épouse Ma
demoiselle de MailléBreze.
DEftaingdont l'equité,
le fçavoir & le zele.
Aux Prélats à venir peut
fervi de modele
Tes ayeux autrefois par
Auguſte annoblis ,
Septembre 1712. E
sọ MERCURE
Ont tranfmis jufqu'àtoi,
leur gloire avec les lys , 1
Leur valeur pour briller
n'attendit pas Bovine ,
Mille travaux guerriers ,
& mille exploitsfameux
Désjá dans le paffé les
rendoit glorieux ,
Et fi d'un fang fi beau la
fource n'eft divine
Du moins il eft vrai qu'à
nos,yeux
Le temps cache ſon origine ,
Comme il cache celle
CALANTA ST
Mochides Dieux. 300
Les plus grands Heros
feront gloire , ad
De mefurer leurs faits
dans la fuite des temps
Acetteéclatantevictoire,
Qui valut à Deftaing ces
honneurs éclatans ,
Mais enfin du Public foulager la mifere,
A l'orphelin fervir de
Pere ,
Diſpenſer la juftice en
obfervant fes loix
Pourſuivre & démafquer
E ij
52 MERCURE
l'erreur qui fe déguife
N'eft- ce pas d'auffi beaux
exploits
A
Que ceux par qui ton
nom chez Mars s'immortalife. 3
Saillans , l'honneur de fes
ayeux ,
Saillans , dans l'ardeur
des batailles ,
Saillans , deffendant fes
murailles ,
N'a pas plusfait, que tu
fait à nos yeux.
Et tandis qu'à Namurfur
GALANT: $3
fesramparts tranquilles,
Il rit des vains efforts, des
ennemis vainqueurs ,
T'occupant à des foins
auffi nobles qu'utiles ,
Tu répand dans ces lieux
tes celeftes faveurs ,
Et tes foins pour gagner
nos cœurs
Valent bien ceux qu'il
prend pour conferver
nos villes.
Avec tant de vertus fi digne de memoire
Que peut - il manquer à
E iij
$4 MERCURE
ta gloire ,
Que de voir icy bas ton
foin récompensé ,
Mais le noble & chafte
himenée
Qui vient d'unir Montboiffier & Breze ,
Va déformais remplir ta
deftinée.
Ainfi pour t'exalter dif
putant la victoire ,
Et la gloire & l'himen,
Prélat femblent s'unir
La gloire, la folide gloire,
De tes nobles aycux
CALANT 35
maintiens le fouvenir,
Et l'himen aujourd'huy
couronnant leur memoire ,
Leur affure encore l'avenir.
Ouitupeux t'en former le
préfage agréable ,
Le paffé te reponds d'un
ML avenir heureux ,
Et le Ciel tousjours équitable
Le Ciel à qui pour toi ,
nous addreffons nos
vœux
E iiij
56 MERCURE
Pour la rendre à jamais
durable ,
N'a qu'à leur donner des
neveux .
A Monfieur l'Evefque
deS. Flour, à l'occafion
du Mariage de M.de
Monboiffierde Canil
Lac, qui a épouse Ma
demoiselle de MailléBreze.
DEftaingdont l'equité,
le fçavoir & le zele.
Aux Prélats à venir peut
fervi de modele
Tes ayeux autrefois par
Auguſte annoblis ,
Septembre 1712. E
sọ MERCURE
Ont tranfmis jufqu'àtoi,
leur gloire avec les lys , 1
Leur valeur pour briller
n'attendit pas Bovine ,
Mille travaux guerriers ,
& mille exploitsfameux
Désjá dans le paffé les
rendoit glorieux ,
Et fi d'un fang fi beau la
fource n'eft divine
Du moins il eft vrai qu'à
nos,yeux
Le temps cache ſon origine ,
Comme il cache celle
CALANTA ST
Mochides Dieux. 300
Les plus grands Heros
feront gloire , ad
De mefurer leurs faits
dans la fuite des temps
Acetteéclatantevictoire,
Qui valut à Deftaing ces
honneurs éclatans ,
Mais enfin du Public foulager la mifere,
A l'orphelin fervir de
Pere ,
Diſpenſer la juftice en
obfervant fes loix
Pourſuivre & démafquer
E ij
52 MERCURE
l'erreur qui fe déguife
N'eft- ce pas d'auffi beaux
exploits
A
Que ceux par qui ton
nom chez Mars s'immortalife. 3
Saillans , l'honneur de fes
ayeux ,
Saillans , dans l'ardeur
des batailles ,
Saillans , deffendant fes
murailles ,
N'a pas plusfait, que tu
fait à nos yeux.
Et tandis qu'à Namurfur
GALANT: $3
fesramparts tranquilles,
Il rit des vains efforts, des
ennemis vainqueurs ,
T'occupant à des foins
auffi nobles qu'utiles ,
Tu répand dans ces lieux
tes celeftes faveurs ,
Et tes foins pour gagner
nos cœurs
Valent bien ceux qu'il
prend pour conferver
nos villes.
Avec tant de vertus fi digne de memoire
Que peut - il manquer à
E iij
$4 MERCURE
ta gloire ,
Que de voir icy bas ton
foin récompensé ,
Mais le noble & chafte
himenée
Qui vient d'unir Montboiffier & Breze ,
Va déformais remplir ta
deftinée.
Ainfi pour t'exalter dif
putant la victoire ,
Et la gloire & l'himen,
Prélat femblent s'unir
La gloire, la folide gloire,
De tes nobles aycux
CALANT 35
maintiens le fouvenir,
Et l'himen aujourd'huy
couronnant leur memoire ,
Leur affure encore l'avenir.
Ouitupeux t'en former le
préfage agréable ,
Le paffé te reponds d'un
ML avenir heureux ,
Et le Ciel tousjours équitable
Le Ciel à qui pour toi ,
nous addreffons nos
vœux
E iiij
56 MERCURE
Pour la rendre à jamais
durable ,
N'a qu'à leur donner des
neveux .
Fermer
Résumé : MARIAGE. A Monsieur l'Evesque de S. Flour, à l'occasion du Mariage de M. de Monboissier de Canilac, qui a épouse Mademoiselle de Maillé-Brezé.
Le poème célèbre le mariage de M. de Monboiffier de Canillac avec Mademoiselle de Maillé-Brézé, qui a eu lieu en septembre 1712. Il met en avant les vertus et les exploits militaires des ancêtres de l'évêque de Saint-Flour. Le texte compare les actions passées des ancêtres à celles de l'évêque actuel, qui, bien qu'il n'ait pas combattu, se distingue par ses actions justes et utiles. Il mentionne notamment la défense de Namur et les efforts pour servir le public et les orphelins. Le mariage est présenté comme une union noble et chaste, destinée à assurer une postérité glorieuse. Le poème exprime le souhait que cette union apporte un avenir heureux et durable, avec la bénédiction du ciel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
67
p. 3-32
AVANTURE nouvelle. Le Mariage par dépit.
Début :
Un homme de condition, entre deux âges, homme d'un [...]
Mots clefs :
Mariage, Damis, Lucile, Bague, Amour, Mère, Conversation, Mépris, Rendez-vous, Beauté, Voyage, Dépit, Paris, Aventure, Soupirs, Ami
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE nouvelle. Le Mariage par dépit.
AVANTURE
nouvelle.
Le Mariage par dépit.
UNhomme de condition , entre deux
âges , homme d'un cſOctob. 1712. A ij
4 MERCURE
prit enjoüé , mais un peu
vain , avoit été fi heureux dans fes amours
jufqu'àl'âge de quarante
ans , qu'il s'imaginoit
devoir l'être encore à
foixante. Il étoit garçon,
& difoit quelquefois , en
plaifantant , qu'il fe marieroit quand il auroit
enfin trouvé une cruela
le ; car pour lors , diſoitil , je commencerai à juger par fes mépris que
je ne fuis plus affez jeu-
GALANT 5
ne pour briller dans la
galanterie : & c'eft alors
qu'un homme fait comme moy doit penſer au
mariage.
Cet homme, que nous
appellerons Damis , vir
chez un Preſident , qu'il
alloit folliciter , une jeune & belle perfonne avec
fa mere ; elles follicitoient auffi de leur côté.
Appellons cette jeune
perfonne Lucile.
Damis fut fi frapé de
A iij
6 MERCURE
la beauté de Lucile , qu'il
ne voulut point faire ſa
follicitation ce jour-là ,
pour avoir occafion de
revoir le lendemain cette
beauté , parce qu'il entendit dire à fa mere
qu'elle reviendroit lę
lendemain aporter quelques papiers qu'elle avoit oubliez ce jour- là.
Le lendemain Damiş
Fut affez heureux pour
retrouver Lucile & fa
mere chez le Prefident ,,
GALANT 7
qui revint fort tard du
Palais , enforte qu'il eut
tout le loifir , en l'attendant , de lier converfation avec la mere , que
l'envie de parler de fon
procés rendit fort acceffible. Il fçut qu'elle étoit
Bretonne , & qu'elle
pourfuivoit à Paris une
affaire où il s'agiffoit de
tout fon bien. Il faifit
l'occafion , il offre de la
protection & des amis ,
que la mere eût accepté
Aiiij
8 MERCURE
d'abord : mais Lucile refufoit tout avec une po
liteffe fi froide , que Damis defefpera de pouvoir
jamais s'en faire écouter ;
& comme il n'étoit pas.
d'humeur à foûpirer en
vain , il refolut d'en demeurer là : mais fa refo
lution ne l'empêcha pas
de s'informer plus à fond
qui elles étoient. En fortant il apprit de leur laquais leur nom, leur famille, leur logis, & leurs
و .GALANT
, &
moyens. Quand il fçut
que Lucile avoit à peine
de quoy fubfifter
qu'elle étoit logée tréspetitement , il s'étonna
de l'avoir trouvée ſi fiere :mais il efpera que s'il
pouvoit faire naître l'oc
cafion de lui offrir des
fecours confiderables , il
pourroit enfuite parler
de fon amour.
Il ufa de cent détours
polis & delicats pour
-faire connoître qu'il é--
Do MERCURE
toit liberal, & qu'il avoit
le moyen de l'être : mais
fitôt qu'il touchoit cette
corde, il voyoit redou--
bler les mépris de LuciTe ; & l'on lui eût. Tans
doute défendu la maifon , fila mere , que fon
procés tenoit fort au
cœur , & qui avoit déja
reçû des fervices de Damis , cuſt pu fe refoudre
à perdre un ami qui lui
étoit fi neceffaire.
Les choſes en étoient
GALANT:
là , lors qu'un des amis.
de Damis revint d'un.
voyage qu'il avoit fait
en Bretagne. Cet ami
lui ayant rendu viſite ,
il lui fit une ample confidence du malheureux
fuccés de fon avanture ,
& c'étoit la premiere
qu'il lui euft faite de cette espece ; car depuis dix
ans qu'ils étoient amis.
il l'importunoit fans.
ceffe des détails de fes.
bonnes fortunes. Au tri--
12 MERCURE
fte recit qu'il lui fit de là
maniereméprifantedont
Lucile l'avoit receu , aux
plaintes & aux ſoupirs
dont il accompagna ce
recit , l'ami lui répondit,,
pour toute confolation ::
Le Ciel fout loué ; je te fe--
licite d'avoir enfin rencon
tré la cruelle que tu attendois pour dire fage : fes
mépris l'avertiffent que tu
dt viens moins aimable.
Tu m'as promis de te
marier quandtu ne ferois
いき
GALANT. 13
plus bon qu'à cela , il eſt
temps d'y penfer ; on te
méprife, c'est le fignal de
la retraite , penfes -y feruufement.
A plufieurs plaifanteries pareilles , que Damis écouta avec douleur,
il ne put répondre que
par un foupir. Helas !
dit -il , je n'ai pourtant
encore que quarante ans,
Hé morbleu , reprit brufquement l'ami , un homme àla mode eft vieux à
14 MERCURE
₹
trente. Mais quittons cet
entretien , continua-t-il,
il n'eft pas agreable pour
toy. C'à , mon ami , il
s'agit de me rendre un
ſervice important. Tu
fçais qu'avant mon
voyage mon pere vouloit me marier à uneperfonne qui ne me convient point ; j'apprens à
mon retour que ma famille eft d'accord avec la
fienne : il faut que tu
m'aides à rompre ce mas
GALANT. I
riage ; & pour y parvenir , je fuis convenu avec
elle , qui a auſſi ſes raifons pour le rompre ,
qu'elle feindra d'avoir
de l'inclination pourtoy.
Ses parens font intereffez , ils te croyent trésriche; en un mot il faut
que tu fecondes nôtre
projet , & que tu viennes avec moy chez elle
dés aujourd'hui. Damis
convint de faire tout ce
qu'il faudroit pour fer-
16 MERCURE
vir ſon ami , dont le vrai
deffein étoit de marier
Damis à celle qu'on lui
vouloit donner. Elle avoit tout le merite poffible , & beaucoup d'inclination pour Damis
qu'elle avoit veu plufieurs fois. Laliaifon qui
fe forma entre Damis &
cette aimable perſonne ,
donna infenfiblement à
Damis beaucoup d'eſtime pour elle : mais il é
toit piqué au jeu pour
Luci,
GALANT. 17
Lucile. Unjour que fon
ami lui propofa trés ſerieuſement de penſer au
mariage , il lui répondit
qu'il ne defeſperoit
:
pas
encore de fe faire aimer
de Lucile mais que du
moins s'il ne reüffiffoit
pas auprés d'elle , il étoit
feur que perfonne n'y
reüffiroit. Oc'est trop fe
flater , lui dit fon ami ,
& je veux attaquer ta
vanité jufques dans fes
derniers retranchemens ,
Octobre 1712. B
18 MERCURE
en te faiſant voir que :
Lucilen'a de la fierté que
pour toy ; & la raiſon en
eft toute naturelle , c'eft
que de tous les amans
que je lui connois , tu es
le moins jeune, & qu'en,
fin, moncher ami, ileft
temps que tu te rendes
juſtice , puifque les Dames te la rendent.
que
Damis crut d'abord
fon ami plaifantoit.
Tout ce qu'il lui put dire
de Lucile lui parut in
& privebo
GALANT. 19
croyable ; il la voyoit
tous les jours , elle ne
recevoit perfonne chez
elle , ne fortoit que rarement & avec fa mere , qui l'accompagnoit
prefque toujours dans
fes follicitations. Enfin
il défia fon ami de lui
donner la moindre preuvé de tout ce qu'il lui
avançoit. Par exemple ,
lui difoit-il, je l'ai mife
à toute épreuve fur les
prefens , & il m'a été im
Bij
20 MERCURE
1
poſſible de lui faire ſeulement écouter mes offres. Je fuis ravi , répondit l'ami , d'avoir juftementoccafion de te convaincre fur cet article ;;
car je fuis le confident
d'un cavalier de qui elle
doit recevoir une bague
dés demain. Nous la vîmes enſemble hier, nous
la marchandons , & fitu
yeux venir avec moy
tantôt, je te la ferai voir.
Damis accepta le parti ;
GALANT.. 211
& fon ami , aprés lui
avoir fait examiner la
bague à loifir chez le
Joüailler ; lui dit en fortant, qu'apparemment ib
la verroit dans quelques
jours au doigt de Lucile , & que celui qui lui
en vouloit faire prefent
ne fe tenoit qu'à peu de
choſe.
ศ
Quelle fut la furpriſe
de Damis , dorfque dés
le lendemain il recon--
nut la bague au doigt de
22: MERCURE
Lucile ! Il en pâlit , ik
fut troublé mais il n'ofa
éclater ; car il avoit promis à fon ami une difcretion inviolable furi
les chofes qu'il lui confioit. Ilne put pourtant
s'empêcherde faire compliment à la mere fur la
beauté de la bague de fa
fille.
A quoy la mere ré--
pondit froidement , que
c'étoit uneancienne pier--
se à elle qu'elle avoit fait
GALANT. 232;
remonter. Cemenfonge
ne fit que confirmer les
foupçons de Damis , qui
fortit dans le moment,.,
pour aller témoigner à
fon ami combien il étoit
piqué : mais il n'eut de
lui,, pour toute confolation , que le confeil qu'ib
en avoit déja receu. Ma-.
rie-toy , lui dit- il , marie-toy au plus vîte , &
renonce de bonne grace.
à la vanité de donner de
Famour, puifque tu n'es
24 MERCURE
plus affez jeune même
pour faire accepter tes
prefens. Je ne fuis point
bien convaincu fur la
bague , répondit Damis ,
& il faut qu'il y ait là--
deffous quelque mal en--
tendu ; car , felon tout
ce qu'on m'a dit de Lucile ,& felon tout ce que
j'en ai vû , c'eſt la plus
vertueufe perfonne du
monde , & je l'ai bien
éprouvé par moy- même. Fort bien, repliqua
}
Tami,
GALANT. 23
T'ami , dans ta jeuneffe ,
lorfque quelques femmes avoient de la foibleffe pour toy , tu t'imaginois que toutes étoient foibles ; & tu vas
croire à prefent qu'elles
font toutes des femmes
fortes , parce qu'elles te
refifteront toutes. Cà,
mon ami , que diras- tu
fi dans un certain temps ,
que je prendrai pour
faire connoiffance avec
Lucile, je puis parvenir
Octob. 1712.
C
16 MERCURE
m'en faire aimer : Oh
pour lors , repliqua l'ami , je croirai que je ne
fois plus fait pour être
aimé. Damis donna un
mois detemps àfon ami:
mais en moins de quinze jours ilfut bien receu
dans la maifon, & ſevan
ta même à fon ami d'avoir déja fait quelques
progrés dans le cœur de
Lucile. Mais quel fut
l'étonnement & le dépit
de nôtre amant mépri-
GALANT
27
fe , quand l'autre lui affura ,
quelque temps a
prés , que Lucile lui avoit promis de ſe dérober de fa mere pour l'aller voir chez lui ! Il ne
put le croire d'abord :
mais fon ami l'ayant caché dans fon cabinet le
jour du rendez- vous , il
fut témoin de l'entrevue ; & la converfation
fut fi paffionnée , que
Damis ne fe poffedant
plus fortit brufqueCij
28 MERCURE
ment du cabinet. Lu
cile fe fauva dans la
chambre prochaine. L'ami parut fi irrité de cette
indifcretion , que Damis
lui en demanda pardon,
& comprit , pour la premiere fois defave, qu'i
Le pouvoit faire qu'ung
femme trés - fufceptible
d'amour pour un autre
eût du mépris pour lui.
Son ami profita de fon
dépit ; & pour le determinerà conclure fon
GALANT. 29
mariage, il lui declará
qu'il étoit marié lui- mêThe fecretement depuis
trois mois. Dés le lendemain , le contrát de
Damis étant figné , fon
ami voulut abfolument
lui donner à fouper chez
fuit Comme les nouveaux mariez étoient
prefts à le mettre à table , it leur dit que fa
femme vouloit eftre du
fouper. Quelle fut la furprife de Damis, quand il
C.iij
30 MERCURE
vit fortir d'un cabinet
Lucile avec fa mere ,
qui vinrent le plaiſanter furce qu'il avoit voulu fe faire aimer de la
femmede fon ami. Vous
ne ſcaviez pas , lui ditLucile, qu'en follicitant
nôtre procés vous rendiez fervice à vâtre ami;
en recompenfe il vous a
bien marié, & vous n'euffiez jamais pû vous y
refoudre , s'il ne vous eût
fait comprendre, par les
GALANT. .31
mépris affectez qu'il
m'a ordonné d'avoir
pour vous , qu'il faloit
en éviter de réels , que
vous euffiez peut - eftre
pû vous attirer dans
quelques années , yous
cuffiez arrendu plus long
tempsà vous marier. Tu
n'es plus étonné , lui dit
l'ami , ni du diamant , ni
du rendez-vous que je
donnai ici à mon époufe ? Apprens que le voyage que j'ai fait en Bre
C.iiij
32 MERCURE
tagne a donné occafionà
mon mariage; & quema
femme étant ' arrivée la
premiere à Paris , elle a
profité de cette avantu
re, pour te refoudre à ce
qu'elle fcavoit que je
fouhaitois fi fort , c'eft à.
dire à te voir marié auffi
heureuſement que je le
fuis.
nouvelle.
Le Mariage par dépit.
UNhomme de condition , entre deux
âges , homme d'un cſOctob. 1712. A ij
4 MERCURE
prit enjoüé , mais un peu
vain , avoit été fi heureux dans fes amours
jufqu'àl'âge de quarante
ans , qu'il s'imaginoit
devoir l'être encore à
foixante. Il étoit garçon,
& difoit quelquefois , en
plaifantant , qu'il fe marieroit quand il auroit
enfin trouvé une cruela
le ; car pour lors , diſoitil , je commencerai à juger par fes mépris que
je ne fuis plus affez jeu-
GALANT 5
ne pour briller dans la
galanterie : & c'eft alors
qu'un homme fait comme moy doit penſer au
mariage.
Cet homme, que nous
appellerons Damis , vir
chez un Preſident , qu'il
alloit folliciter , une jeune & belle perfonne avec
fa mere ; elles follicitoient auffi de leur côté.
Appellons cette jeune
perfonne Lucile.
Damis fut fi frapé de
A iij
6 MERCURE
la beauté de Lucile , qu'il
ne voulut point faire ſa
follicitation ce jour-là ,
pour avoir occafion de
revoir le lendemain cette
beauté , parce qu'il entendit dire à fa mere
qu'elle reviendroit lę
lendemain aporter quelques papiers qu'elle avoit oubliez ce jour- là.
Le lendemain Damiş
Fut affez heureux pour
retrouver Lucile & fa
mere chez le Prefident ,,
GALANT 7
qui revint fort tard du
Palais , enforte qu'il eut
tout le loifir , en l'attendant , de lier converfation avec la mere , que
l'envie de parler de fon
procés rendit fort acceffible. Il fçut qu'elle étoit
Bretonne , & qu'elle
pourfuivoit à Paris une
affaire où il s'agiffoit de
tout fon bien. Il faifit
l'occafion , il offre de la
protection & des amis ,
que la mere eût accepté
Aiiij
8 MERCURE
d'abord : mais Lucile refufoit tout avec une po
liteffe fi froide , que Damis defefpera de pouvoir
jamais s'en faire écouter ;
& comme il n'étoit pas.
d'humeur à foûpirer en
vain , il refolut d'en demeurer là : mais fa refo
lution ne l'empêcha pas
de s'informer plus à fond
qui elles étoient. En fortant il apprit de leur laquais leur nom, leur famille, leur logis, & leurs
و .GALANT
, &
moyens. Quand il fçut
que Lucile avoit à peine
de quoy fubfifter
qu'elle étoit logée tréspetitement , il s'étonna
de l'avoir trouvée ſi fiere :mais il efpera que s'il
pouvoit faire naître l'oc
cafion de lui offrir des
fecours confiderables , il
pourroit enfuite parler
de fon amour.
Il ufa de cent détours
polis & delicats pour
-faire connoître qu'il é--
Do MERCURE
toit liberal, & qu'il avoit
le moyen de l'être : mais
fitôt qu'il touchoit cette
corde, il voyoit redou--
bler les mépris de LuciTe ; & l'on lui eût. Tans
doute défendu la maifon , fila mere , que fon
procés tenoit fort au
cœur , & qui avoit déja
reçû des fervices de Damis , cuſt pu fe refoudre
à perdre un ami qui lui
étoit fi neceffaire.
Les choſes en étoient
GALANT:
là , lors qu'un des amis.
de Damis revint d'un.
voyage qu'il avoit fait
en Bretagne. Cet ami
lui ayant rendu viſite ,
il lui fit une ample confidence du malheureux
fuccés de fon avanture ,
& c'étoit la premiere
qu'il lui euft faite de cette espece ; car depuis dix
ans qu'ils étoient amis.
il l'importunoit fans.
ceffe des détails de fes.
bonnes fortunes. Au tri--
12 MERCURE
fte recit qu'il lui fit de là
maniereméprifantedont
Lucile l'avoit receu , aux
plaintes & aux ſoupirs
dont il accompagna ce
recit , l'ami lui répondit,,
pour toute confolation ::
Le Ciel fout loué ; je te fe--
licite d'avoir enfin rencon
tré la cruelle que tu attendois pour dire fage : fes
mépris l'avertiffent que tu
dt viens moins aimable.
Tu m'as promis de te
marier quandtu ne ferois
いき
GALANT. 13
plus bon qu'à cela , il eſt
temps d'y penfer ; on te
méprife, c'est le fignal de
la retraite , penfes -y feruufement.
A plufieurs plaifanteries pareilles , que Damis écouta avec douleur,
il ne put répondre que
par un foupir. Helas !
dit -il , je n'ai pourtant
encore que quarante ans,
Hé morbleu , reprit brufquement l'ami , un homme àla mode eft vieux à
14 MERCURE
₹
trente. Mais quittons cet
entretien , continua-t-il,
il n'eft pas agreable pour
toy. C'à , mon ami , il
s'agit de me rendre un
ſervice important. Tu
fçais qu'avant mon
voyage mon pere vouloit me marier à uneperfonne qui ne me convient point ; j'apprens à
mon retour que ma famille eft d'accord avec la
fienne : il faut que tu
m'aides à rompre ce mas
GALANT. I
riage ; & pour y parvenir , je fuis convenu avec
elle , qui a auſſi ſes raifons pour le rompre ,
qu'elle feindra d'avoir
de l'inclination pourtoy.
Ses parens font intereffez , ils te croyent trésriche; en un mot il faut
que tu fecondes nôtre
projet , & que tu viennes avec moy chez elle
dés aujourd'hui. Damis
convint de faire tout ce
qu'il faudroit pour fer-
16 MERCURE
vir ſon ami , dont le vrai
deffein étoit de marier
Damis à celle qu'on lui
vouloit donner. Elle avoit tout le merite poffible , & beaucoup d'inclination pour Damis
qu'elle avoit veu plufieurs fois. Laliaifon qui
fe forma entre Damis &
cette aimable perſonne ,
donna infenfiblement à
Damis beaucoup d'eſtime pour elle : mais il é
toit piqué au jeu pour
Luci,
GALANT. 17
Lucile. Unjour que fon
ami lui propofa trés ſerieuſement de penſer au
mariage , il lui répondit
qu'il ne defeſperoit
:
pas
encore de fe faire aimer
de Lucile mais que du
moins s'il ne reüffiffoit
pas auprés d'elle , il étoit
feur que perfonne n'y
reüffiroit. Oc'est trop fe
flater , lui dit fon ami ,
& je veux attaquer ta
vanité jufques dans fes
derniers retranchemens ,
Octobre 1712. B
18 MERCURE
en te faiſant voir que :
Lucilen'a de la fierté que
pour toy ; & la raiſon en
eft toute naturelle , c'eft
que de tous les amans
que je lui connois , tu es
le moins jeune, & qu'en,
fin, moncher ami, ileft
temps que tu te rendes
juſtice , puifque les Dames te la rendent.
que
Damis crut d'abord
fon ami plaifantoit.
Tout ce qu'il lui put dire
de Lucile lui parut in
& privebo
GALANT. 19
croyable ; il la voyoit
tous les jours , elle ne
recevoit perfonne chez
elle , ne fortoit que rarement & avec fa mere , qui l'accompagnoit
prefque toujours dans
fes follicitations. Enfin
il défia fon ami de lui
donner la moindre preuvé de tout ce qu'il lui
avançoit. Par exemple ,
lui difoit-il, je l'ai mife
à toute épreuve fur les
prefens , & il m'a été im
Bij
20 MERCURE
1
poſſible de lui faire ſeulement écouter mes offres. Je fuis ravi , répondit l'ami , d'avoir juftementoccafion de te convaincre fur cet article ;;
car je fuis le confident
d'un cavalier de qui elle
doit recevoir une bague
dés demain. Nous la vîmes enſemble hier, nous
la marchandons , & fitu
yeux venir avec moy
tantôt, je te la ferai voir.
Damis accepta le parti ;
GALANT.. 211
& fon ami , aprés lui
avoir fait examiner la
bague à loifir chez le
Joüailler ; lui dit en fortant, qu'apparemment ib
la verroit dans quelques
jours au doigt de Lucile , & que celui qui lui
en vouloit faire prefent
ne fe tenoit qu'à peu de
choſe.
ศ
Quelle fut la furpriſe
de Damis , dorfque dés
le lendemain il recon--
nut la bague au doigt de
22: MERCURE
Lucile ! Il en pâlit , ik
fut troublé mais il n'ofa
éclater ; car il avoit promis à fon ami une difcretion inviolable furi
les chofes qu'il lui confioit. Ilne put pourtant
s'empêcherde faire compliment à la mere fur la
beauté de la bague de fa
fille.
A quoy la mere ré--
pondit froidement , que
c'étoit uneancienne pier--
se à elle qu'elle avoit fait
GALANT. 232;
remonter. Cemenfonge
ne fit que confirmer les
foupçons de Damis , qui
fortit dans le moment,.,
pour aller témoigner à
fon ami combien il étoit
piqué : mais il n'eut de
lui,, pour toute confolation , que le confeil qu'ib
en avoit déja receu. Ma-.
rie-toy , lui dit- il , marie-toy au plus vîte , &
renonce de bonne grace.
à la vanité de donner de
Famour, puifque tu n'es
24 MERCURE
plus affez jeune même
pour faire accepter tes
prefens. Je ne fuis point
bien convaincu fur la
bague , répondit Damis ,
& il faut qu'il y ait là--
deffous quelque mal en--
tendu ; car , felon tout
ce qu'on m'a dit de Lucile ,& felon tout ce que
j'en ai vû , c'eſt la plus
vertueufe perfonne du
monde , & je l'ai bien
éprouvé par moy- même. Fort bien, repliqua
}
Tami,
GALANT. 23
T'ami , dans ta jeuneffe ,
lorfque quelques femmes avoient de la foibleffe pour toy , tu t'imaginois que toutes étoient foibles ; & tu vas
croire à prefent qu'elles
font toutes des femmes
fortes , parce qu'elles te
refifteront toutes. Cà,
mon ami , que diras- tu
fi dans un certain temps ,
que je prendrai pour
faire connoiffance avec
Lucile, je puis parvenir
Octob. 1712.
C
16 MERCURE
m'en faire aimer : Oh
pour lors , repliqua l'ami , je croirai que je ne
fois plus fait pour être
aimé. Damis donna un
mois detemps àfon ami:
mais en moins de quinze jours ilfut bien receu
dans la maifon, & ſevan
ta même à fon ami d'avoir déja fait quelques
progrés dans le cœur de
Lucile. Mais quel fut
l'étonnement & le dépit
de nôtre amant mépri-
GALANT
27
fe , quand l'autre lui affura ,
quelque temps a
prés , que Lucile lui avoit promis de ſe dérober de fa mere pour l'aller voir chez lui ! Il ne
put le croire d'abord :
mais fon ami l'ayant caché dans fon cabinet le
jour du rendez- vous , il
fut témoin de l'entrevue ; & la converfation
fut fi paffionnée , que
Damis ne fe poffedant
plus fortit brufqueCij
28 MERCURE
ment du cabinet. Lu
cile fe fauva dans la
chambre prochaine. L'ami parut fi irrité de cette
indifcretion , que Damis
lui en demanda pardon,
& comprit , pour la premiere fois defave, qu'i
Le pouvoit faire qu'ung
femme trés - fufceptible
d'amour pour un autre
eût du mépris pour lui.
Son ami profita de fon
dépit ; & pour le determinerà conclure fon
GALANT. 29
mariage, il lui declará
qu'il étoit marié lui- mêThe fecretement depuis
trois mois. Dés le lendemain , le contrát de
Damis étant figné , fon
ami voulut abfolument
lui donner à fouper chez
fuit Comme les nouveaux mariez étoient
prefts à le mettre à table , it leur dit que fa
femme vouloit eftre du
fouper. Quelle fut la furprife de Damis, quand il
C.iij
30 MERCURE
vit fortir d'un cabinet
Lucile avec fa mere ,
qui vinrent le plaiſanter furce qu'il avoit voulu fe faire aimer de la
femmede fon ami. Vous
ne ſcaviez pas , lui ditLucile, qu'en follicitant
nôtre procés vous rendiez fervice à vâtre ami;
en recompenfe il vous a
bien marié, & vous n'euffiez jamais pû vous y
refoudre , s'il ne vous eût
fait comprendre, par les
GALANT. .31
mépris affectez qu'il
m'a ordonné d'avoir
pour vous , qu'il faloit
en éviter de réels , que
vous euffiez peut - eftre
pû vous attirer dans
quelques années , yous
cuffiez arrendu plus long
tempsà vous marier. Tu
n'es plus étonné , lui dit
l'ami , ni du diamant , ni
du rendez-vous que je
donnai ici à mon époufe ? Apprens que le voyage que j'ai fait en Bre
C.iiij
32 MERCURE
tagne a donné occafionà
mon mariage; & quema
femme étant ' arrivée la
premiere à Paris , elle a
profité de cette avantu
re, pour te refoudre à ce
qu'elle fcavoit que je
fouhaitois fi fort , c'eft à.
dire à te voir marié auffi
heureuſement que je le
fuis.
Fermer
Résumé : AVANTURE nouvelle. Le Mariage par dépit.
Le texte raconte l'histoire de Damis, un homme d'une quarantaine d'années, vaniteux et jouisseur, qui souhaite se marier avec une femme capable de le mépriser. Il rencontre Lucile, une jeune femme belle et fière, lors d'une sollicitation chez un président. Damis est immédiatement séduit par Lucile mais se heurte à son mépris. Malgré ses efforts pour l'aider dans ses démarches judiciaires, Lucile reste froide et distante. Damis apprend qu'elle vit dans des conditions modestes, ce qui le surprend mais lui donne espoir de la séduire par des offres généreuses. Un ami de Damis, de retour de Bretagne, lui conseille de se marier après avoir entendu les mésaventures de Damis avec Lucile. Cet ami organise une rencontre avec une jeune femme qui accepte de feindre de l'incliner pour Damis afin de rompre un mariage arrangé. Damis, bien que toujours attiré par Lucile, commence à apprécier cette nouvelle femme. Son ami lui révèle que Lucile n'a de la fierté que pour lui et qu'elle est susceptible d'accepter les avances d'un autre homme. Damis, incrédule, défie son ami de prouver ses dires. L'ami lui montre une bague destinée à Lucile, que Damis reconnaît le lendemain au doigt de Lucile. La mère de Lucile explique que la bague est une ancienne pièce remontée. Damis est troublé mais garde le secret. Son ami lui conseille de se marier rapidement. Damis, toujours sceptique, donne un mois à son ami pour tenter sa chance avec Lucile. L'ami réussit rapidement à gagner les faveurs de Lucile, ce qui plonge Damis dans le désespoir. Finalement, Damis assiste à une rencontre secrète entre Lucile et son ami, confirmant ses soupçons. L'ami révèle alors qu'il est secrètement marié à Lucile depuis trois mois. Le lendemain, Damis signe son contrat de mariage avec la jeune femme que son ami lui avait présentée. Lors du dîner de noces, Damis découvre que Lucile et sa mère sont présentes, révélant que tout avait été orchestré pour le pousser à se marier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
68
p. 212-242
HISTOIRE de Zaczer & de Bouladabas.
Début :
Zaczer fils de Sam Prince Persan, ayant fait une partie [...]
Mots clefs :
Zaczer, Bouladabas, Chasse, Kaboul, Prince, Amants, Princesse, Perse, Fête galante, Orient, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Zaczer & de Bouladabas.
HISTOIRE
de Zaczer & de
Bouladabas.
ZAczer fils de Sam
Prince Perſan , ayant fait If
une partie de chaffe , c'eſtà- dire un petit voyage de
quelques femaines , pour
chaffer dans le Kalleſtan,
qui eft la Province de Kabul aux Indes , qui confine avec la Perfe du cofé du Nord. Mecherab
Gouverneur de cette Pro-
GALANT 213
vince alla au devant du
fils de Sam pour luy faire honneur , & fut tellement charmé des belles
& grandes qualitez de ce
jeunePrince , que retournant dans fa famille il ne
pouvoit ceffer d'en parler , & fur ce recit une
de fes filles nommée Bouladabas en devint amou-,
reufe ; elle envoya quel-
-unes de fes filles
ſous prétexte de cueillir
des fleurs autour d'une
ques
214 MERCURE
fontaine où elle fceut que
Zaczer alloit fe rafraif
chir pendantla chaffe.
Zaczer ayant apperceu
ces filles , ne manqua pas
de les aborder , de s'informer qui elles eftoient.
Elles prirent occaſion de
luy dire tant de bien de
leur jeune maiſtreſſe ,
qu'il conceut dès ce jourlà beaucoup d'eftime
pour elle , & fut impatient de retourner le lendemain pour voir files
GALANT. 215
cueilleufes de fleurs ne
reviendroient point à la
fontaine : elles ne manquerent pas d'y revenir ,
& Zaczel paffa avec elles
tout le temps de la chaſſe,
& devint amoureux de
Bouladabas fur l'idée que
ces filles luy en donnerent , comme elle eftoit
devenue amoureufe de
luy fur les recits que fon
pere en faifoit tous les
jours.
Il faut remarquer que
216 MERCURE
Zaczer avoit une de ces
phifionomies qui ne plaifent pas d'abord , mais
qui fe font aimer dans la
fuite par l'efprit & par les
fentiments qui les animent; cependant les filles
de Bouladabas luy en
avoient fait un Adonis ;
& d'un autre coſté en
faifant à Zaczer le por
trait de leur maiftreffe ,
chacune d'elles y adjouſ
toit tousjours quelque
trait de beauté pour éncherir
GALANT. 217
3
cherir fur fa compagne ,
& cela formoit dans l'imagination de Zaczer
une beauté , finon plus
grande au moins toute
differente de celle de Bouladabas. Ces deux Amants furent quelque
temps fans pouvoir trouyer les moyens de ſe voir,
& ne pouvant appuyer
leur amour que fur l'idée
qu'ils s'eſtoient formée
l'un del'autre, ils auroient
juré que ce qu'ils aiOctobre. 1712. T
218 MERCURE
moient reffembloit parfaitement à l'image où
leur amour les avoit accouſtumeż. ‹ Un jour
Bouladabas ayant trouvé moyen de fe dérober
aux foins de ceux qui la
gardoient , vintà la fontaine , & y arriva quelques heures avant Zaczer. Pendant que fes filles l'entretenoient àa l'ordinaire des charmes de
celuy qu'elle alloit voir ,
elle fut long - temps ré-
GALANT. 219
veuſe , & rompit enfuite
le filence pour leur dire
qu'elle craignoit deux
chofes dans cette entre
veuë : la premiere de ne
pas paroistre auxyeux de
Zaczer digne du portrait
qu'elles luy avoient fait
d'elle; & la feconde, de ne
pas trouver Zaczer fi aimable qu'elle fe l'eftoit
imaginé : Etfi l'un de ces
deux malheurs m'arrive,
leur difoit- eller, que deviendray- je après toutes
Tij
220 MERCURE
ces avances que nous nous
fommes faites indifcretement fans nous efire veus.
Une de fes filles luy dit
qu'en effet il eftoit fouvent dangereux de prévenir trop avantageufement, & que c'eſtoit mefmeunepolitique des fem- .
mes jaloufes de profner
exceffivement les beautez qu'onannonçoit dans
le monde , afin qu'on les
trouvaſt moins belles : je
ne crains point cela pour
GALANT. 221
vous , Madame , continua - elle , moy je le
crains , interrompt Bouladabas , mais , Madame , reprit la fille qui eftoit vive &
ingenieuſe ,
faites une chofe , je nefuis
point encore venue à la
fontaine avec mes compagnes, ainfi Zaczer ne m'a
point encore veuë , je fuis
"brune comme vous , &je
puis reffembler àpeu près
en laid auportrait qu'on
luy a fait , je vais me
Tiij
222 MERCURE
parerde vospierreries , &
faire icy vofire perfonnage , cela produira plufleurs bons effets. Premierement ma vene détruira
dans fon imagination ce
phantofme de beauté qu'il
s'est fait ,
craignez la comparaifon ,
ce ne fera plus qu'à moy
dont vous
qu'il vous comparera
quand vous vous ferez
connoiftre à luy dans la
fuite , commejefuis infiniment moins belle que
. GALANT. 223
vous , &que l'idée qu'il
s'eft faite , cette premiere
furprife le difpofera à une
feconde tres- avantageuſe
pour vous.
Une autre raifon encore que cette fille réprefenta à Bouladabas , fut
que cette fuppofition lụy
donneroit lieu d'exaininer incognito & à loifir , fi
Zaczer eftoit digne de
l'idée qu'elle avoit de luy
Bouladabas accepta le
parti pour une troifiéme
Tiiij
224 MERCURE
raifon encore : j'éprouveraypar là , dit- elle , s'il
m'auroit aimée naturellement fans la prévention.
>
qu'on luy a donnée pour
moy , ma delicateſſe fe-·
roit bien plus touchée de cet
amour & s'il venoit à
t'aimerparhazardje n'en
ferois point jaloufe , cela
me prouveroit que nous
n'eftions pas deftinez l'un
pour l'autre. A peine
cette converfation fut- elle
finié , qu'on entendit de
GALANT. 225
loin le bruit de la chaffe ,
la fauffe Bouladabas eut
à peine le temps de ſe parer , que Zaczer parut
feul , percer le bois avec
impatience pour venir
joindre les filles. Elles
coururent toutes au devant de luy , & la fauſſe
Bouladabas reſta ſur un
fiege de verdure & de
fleurs , accompagnée de
la veritable , qu'on annonça à Zaczer comme
une parente de Boulada-
226 MERCURE
bas dont elle s'eftoit fait
accompagner. La fauffe
Bouladabas fe leva à l'arrivée de Zaczer , qui tout
plein de fa beauté divine
&imaginaire , accouroit
avec ardeur ; mais cette
ardeur fut bien rallentie
quand il vit une perfonne
qui n'eftoit en effet que
mediocrement belle , &
qui luy parut encore fort
au deffous de ce qu'elle
eftoit ; il refta immobile
&prefque muet, l'amour
GALANT. 227
de Bouladabas fut encore
plus refroidi que le fien ,
car Zaczer , comme nous
avons dit. ,
n'avoit pas
pour luy le premier abord ; toutes les graces
qui euffent pûanimer fon
vilage eftoient effacées
par la froideur & la furprife dont il avoit eſté
frappé : en un mot Bouladabas , bien loin de le
trouver aimable , ne fongea qu'à abbreger l'entreveue, & fit fouvenir la
228 MERCURE
fauſſe Bouladabas qu'il
falloit retourner au plus
viſte , de peur qu'on ne
s'apperceuſt au Palais de
fon Pere qu'elle en eſtoit
fortie ; on parla de ſe ſeparer , & Zaczer ne s'en
plaignit que par politeſſe.
Dansce moment les filles
de Bouladabas connurent
le tort qu'ils avoient eu
de prévenir ces Amants
trop
P'un
avantageuſement
pour l'autre ; car felon toutes les apparences
GALANT. 229
fi Zaczer avoit veu Bouladabas naturellement
d'abord en Princeſſe, leur
amour ſe fuſt peut - eſtre
efteint tout-à- fait , au
lieu que comme vous allez voir , la froideur de
cette premiere entreveuë
ne fervit qu'à rallumer
plus vivement un fond
d'amour qu'ils avoient
réellement pour le merite
l'un de l'autre.
Dans le temps que les
compliments de ſepara-
230 MERCURE
tion fe faifoient , Zaczer
qui avoit eu preſque tousjours les yeux baiffez ,
les jetta fur Bouladabas ;
& fon imagination n'eſtant plus occupée d'aucune fauffe image , la
beautéde Bouladabas s'en
empara , le premier coup
d'oeil le frappa fi vive
ment, que fa phifionomie
en fut ranimée , & Bou
ladabas qui s'apperçut
qu'elle plaifoit , commença à le trouver moins
GALANT 231 4
1
choquant , elle cuft bien
voulu refter encore , mais
Zaczer partit bruſquement,"& Bouladabas s'en
retourna avec fes filles.
La raiſon qui fit partir
Zaczer fi brufquement ,
fut une raifon de delicateffe & de conftance.
orientale , il craignit que
celle qu'il ne croyoit qu'
une parente de Bouladabas , ne luy pluſt trop ,
& ne s'eftant pas encore
apperceu qu'il l'aimoit
232 MERCURE
désja , il vouloit conferver l'amour qui luy ref
toit pour le merite de
Bouladabas , dont il ne
pouvoit douter , parce
qu'il eftoit conneu dans
toute la Perfe , & ce
>
jeune Prince qui s'eſtoit
dévoué hautement à cette Princeffe , avant que
de l'avoir veuë , voulant
fouftenir par honneur
le party qu'il avoit prit
revint le lendemain à
la fontaine , où la Princeffe
GALANT. 233
ceffe devoit revenir , il
s'imaginoit craindre d'y
retrouver fa parente
mais dans le fond du
cœur il n'y venoit que
pour elle , & il eut une
joye fecrette , lorſque
Bouladabas fous le nom
de parente parut fans
la Princeffe , qui l'avoit
chargée luy difoit- elle de:
venir luy témoigner la
douleur qu'elle avoit de
n'avoir pu s'y trouver
ce jour- là , Zaczer luy
Octobre. 1712 Y
234 MERCURE
répondit d'un air tres
content , qu'il en eftoit
fafché , & elle luy dit
que Bouladabas l'avoit
chargée de venir luy
parler d'elle le plus
long- temps qu'elle pourroit cette converfation
fut longue , & Zaczer
ne la pouvoit finir ; elle
roula toutefur la conftance , & Bouladabas le
mettoit exprés fur ce fujet , pour connoître s'il
en eftoit capable. Zac-
GALANT. 235
zer eut, tant de pouvoir,
fur luy- mefme dans cette
entreveuë , que jamais il
ne luy eſchapa aucun
mot qui luy marquaft fon
amour , au contraire , il
juroit qu'il feroit toufjours fidelle à Bouladabas , mais en jurant fidelité à celle qu'il croyoit ne
pas voir, il foupiroit pour
celle qu'il voyoit : quel
plaifir pour Bouladabas
de fe voir ainfi doublement aimée. Celjeu
L3
V ij
236 MERCURE
continua quelques jours ,
& la Princeffe ne paroiffant point , Bouladabas
pouffa l'épreuve de la conftance de Zaczer jufqu'à
luy declarer qu'elle l'aimoit ; & qu'eftant auffi
grande Princeffe que fa
parente, &beaucoup plus
riche , il auroit dû penſer
à l'époufer. Que ne ſouffrit point Zaczer dans cet
te épreuve , il alloit peut-
}
eftre fuccomber : mais
Bouladabas craignant de
"
GALANT. 237
pour tousle voir infidelle, le prévint
par un dépit & un adieu
qu'elle luy dit
jours ; & fans luy donner
le temps de luy répondre,
elle luy dit ſeulement que
Bouladabas viendroit elle- mefme le lendemain
pour le recompenfer defa
conſtance.
Zaczerrefta au mefme
endroit où on l'avoit laiffé , fans avoir la force ni
de parler ni de ſe ſouſtenir , & fe laiffa tomber
238 MERCURE
fur un gazon où il feroit
refté long-temps , fi fes
gens ne fuſſent venus le
joindre : il fe trouva mal
& on l'emporta chez luy,
où il paſſa la nuit dans un
eftat fi violent qu'il prit
le party de ne fe jamais
marier , ne voulant pas
3
donner à Bouladabas un
coeur fi rempli d'amour
pour une autre , ni épou¬
fer cette autre en manquant de fidelité à Boula
dabas min 51 38
GALANT. 239
Le lendemain , Zaczer.
feur de trouver Boulada--
bas au rendez- vous , y retourna à deffein de luy
avoüer de bonne foy les
raifon's qu'il avoit de ne
jamais voir ni elle ni fa
parente. Quel fpectacles
pourluy ! lorfque le lendomain la Princeffe parut
de loin magnifiquement
parée, avec plufieurs Maures qui la portoient ſur un
Palanquin de fleurs , entourée d'un grand nom
240 MERCURE
bre de filles tenant des
guirlandes , & de quantité de petits enfants repreſentants les Amours ;
en un mot avec tout l'appareil d'uneFeſte galante,
qui a pourbutle mariage.
Plufieurs Cavaliers parez
comme pour un Tournoy fe détacherent de la
Troupe; &le pere deBouladabas à leur tefte vint
offrir fa fille à Zaczer , qui
eftoit preſt à la refuſer &
àfuir. Lorfquevoyant de
plus
GALANT. 241
plus près la Princeffe qui
s'avançoit , il vit à ſa place celle dont il eftoit fi
amoureux. Quelle fut fa
furpriſe je croy qu'une
peinture de tout ce quife
paſſa en ce moment , ne
feroit qu'affoiblir celle
que chacun s'en peut faire. Bouladabas dit à Zaccer quefon pere avoit eſté
touché de fa conſtance ,
& avoit voulu venir la
couronner luy - meſme ,
les noces fe celebrerent
Octobre.
1712. X
242 MERCURE
peu après , & au bout
de neuf mois fortit de ce
mariage le fameux Roftam furnommé Oaſtam
le plus vaillant guerrier
que les Perfans ayent jamais eu , & qui fert encore aujourd'huy de modelle à tous les grands
hommes de l'Orient
de Zaczer & de
Bouladabas.
ZAczer fils de Sam
Prince Perſan , ayant fait If
une partie de chaffe , c'eſtà- dire un petit voyage de
quelques femaines , pour
chaffer dans le Kalleſtan,
qui eft la Province de Kabul aux Indes , qui confine avec la Perfe du cofé du Nord. Mecherab
Gouverneur de cette Pro-
GALANT 213
vince alla au devant du
fils de Sam pour luy faire honneur , & fut tellement charmé des belles
& grandes qualitez de ce
jeunePrince , que retournant dans fa famille il ne
pouvoit ceffer d'en parler , & fur ce recit une
de fes filles nommée Bouladabas en devint amou-,
reufe ; elle envoya quel-
-unes de fes filles
ſous prétexte de cueillir
des fleurs autour d'une
ques
214 MERCURE
fontaine où elle fceut que
Zaczer alloit fe rafraif
chir pendantla chaffe.
Zaczer ayant apperceu
ces filles , ne manqua pas
de les aborder , de s'informer qui elles eftoient.
Elles prirent occaſion de
luy dire tant de bien de
leur jeune maiſtreſſe ,
qu'il conceut dès ce jourlà beaucoup d'eftime
pour elle , & fut impatient de retourner le lendemain pour voir files
GALANT. 215
cueilleufes de fleurs ne
reviendroient point à la
fontaine : elles ne manquerent pas d'y revenir ,
& Zaczel paffa avec elles
tout le temps de la chaſſe,
& devint amoureux de
Bouladabas fur l'idée que
ces filles luy en donnerent , comme elle eftoit
devenue amoureufe de
luy fur les recits que fon
pere en faifoit tous les
jours.
Il faut remarquer que
216 MERCURE
Zaczer avoit une de ces
phifionomies qui ne plaifent pas d'abord , mais
qui fe font aimer dans la
fuite par l'efprit & par les
fentiments qui les animent; cependant les filles
de Bouladabas luy en
avoient fait un Adonis ;
& d'un autre coſté en
faifant à Zaczer le por
trait de leur maiftreffe ,
chacune d'elles y adjouſ
toit tousjours quelque
trait de beauté pour éncherir
GALANT. 217
3
cherir fur fa compagne ,
& cela formoit dans l'imagination de Zaczer
une beauté , finon plus
grande au moins toute
differente de celle de Bouladabas. Ces deux Amants furent quelque
temps fans pouvoir trouyer les moyens de ſe voir,
& ne pouvant appuyer
leur amour que fur l'idée
qu'ils s'eſtoient formée
l'un del'autre, ils auroient
juré que ce qu'ils aiOctobre. 1712. T
218 MERCURE
moient reffembloit parfaitement à l'image où
leur amour les avoit accouſtumeż. ‹ Un jour
Bouladabas ayant trouvé moyen de fe dérober
aux foins de ceux qui la
gardoient , vintà la fontaine , & y arriva quelques heures avant Zaczer. Pendant que fes filles l'entretenoient àa l'ordinaire des charmes de
celuy qu'elle alloit voir ,
elle fut long - temps ré-
GALANT. 219
veuſe , & rompit enfuite
le filence pour leur dire
qu'elle craignoit deux
chofes dans cette entre
veuë : la premiere de ne
pas paroistre auxyeux de
Zaczer digne du portrait
qu'elles luy avoient fait
d'elle; & la feconde, de ne
pas trouver Zaczer fi aimable qu'elle fe l'eftoit
imaginé : Etfi l'un de ces
deux malheurs m'arrive,
leur difoit- eller, que deviendray- je après toutes
Tij
220 MERCURE
ces avances que nous nous
fommes faites indifcretement fans nous efire veus.
Une de fes filles luy dit
qu'en effet il eftoit fouvent dangereux de prévenir trop avantageufement, & que c'eſtoit mefmeunepolitique des fem- .
mes jaloufes de profner
exceffivement les beautez qu'onannonçoit dans
le monde , afin qu'on les
trouvaſt moins belles : je
ne crains point cela pour
GALANT. 221
vous , Madame , continua - elle , moy je le
crains , interrompt Bouladabas , mais , Madame , reprit la fille qui eftoit vive &
ingenieuſe ,
faites une chofe , je nefuis
point encore venue à la
fontaine avec mes compagnes, ainfi Zaczer ne m'a
point encore veuë , je fuis
"brune comme vous , &je
puis reffembler àpeu près
en laid auportrait qu'on
luy a fait , je vais me
Tiij
222 MERCURE
parerde vospierreries , &
faire icy vofire perfonnage , cela produira plufleurs bons effets. Premierement ma vene détruira
dans fon imagination ce
phantofme de beauté qu'il
s'est fait ,
craignez la comparaifon ,
ce ne fera plus qu'à moy
dont vous
qu'il vous comparera
quand vous vous ferez
connoiftre à luy dans la
fuite , commejefuis infiniment moins belle que
. GALANT. 223
vous , &que l'idée qu'il
s'eft faite , cette premiere
furprife le difpofera à une
feconde tres- avantageuſe
pour vous.
Une autre raifon encore que cette fille réprefenta à Bouladabas , fut
que cette fuppofition lụy
donneroit lieu d'exaininer incognito & à loifir , fi
Zaczer eftoit digne de
l'idée qu'elle avoit de luy
Bouladabas accepta le
parti pour une troifiéme
Tiiij
224 MERCURE
raifon encore : j'éprouveraypar là , dit- elle , s'il
m'auroit aimée naturellement fans la prévention.
>
qu'on luy a donnée pour
moy , ma delicateſſe fe-·
roit bien plus touchée de cet
amour & s'il venoit à
t'aimerparhazardje n'en
ferois point jaloufe , cela
me prouveroit que nous
n'eftions pas deftinez l'un
pour l'autre. A peine
cette converfation fut- elle
finié , qu'on entendit de
GALANT. 225
loin le bruit de la chaffe ,
la fauffe Bouladabas eut
à peine le temps de ſe parer , que Zaczer parut
feul , percer le bois avec
impatience pour venir
joindre les filles. Elles
coururent toutes au devant de luy , & la fauſſe
Bouladabas reſta ſur un
fiege de verdure & de
fleurs , accompagnée de
la veritable , qu'on annonça à Zaczer comme
une parente de Boulada-
226 MERCURE
bas dont elle s'eftoit fait
accompagner. La fauffe
Bouladabas fe leva à l'arrivée de Zaczer , qui tout
plein de fa beauté divine
&imaginaire , accouroit
avec ardeur ; mais cette
ardeur fut bien rallentie
quand il vit une perfonne
qui n'eftoit en effet que
mediocrement belle , &
qui luy parut encore fort
au deffous de ce qu'elle
eftoit ; il refta immobile
&prefque muet, l'amour
GALANT. 227
de Bouladabas fut encore
plus refroidi que le fien ,
car Zaczer , comme nous
avons dit. ,
n'avoit pas
pour luy le premier abord ; toutes les graces
qui euffent pûanimer fon
vilage eftoient effacées
par la froideur & la furprife dont il avoit eſté
frappé : en un mot Bouladabas , bien loin de le
trouver aimable , ne fongea qu'à abbreger l'entreveue, & fit fouvenir la
228 MERCURE
fauſſe Bouladabas qu'il
falloit retourner au plus
viſte , de peur qu'on ne
s'apperceuſt au Palais de
fon Pere qu'elle en eſtoit
fortie ; on parla de ſe ſeparer , & Zaczer ne s'en
plaignit que par politeſſe.
Dansce moment les filles
de Bouladabas connurent
le tort qu'ils avoient eu
de prévenir ces Amants
trop
P'un
avantageuſement
pour l'autre ; car felon toutes les apparences
GALANT. 229
fi Zaczer avoit veu Bouladabas naturellement
d'abord en Princeſſe, leur
amour ſe fuſt peut - eſtre
efteint tout-à- fait , au
lieu que comme vous allez voir , la froideur de
cette premiere entreveuë
ne fervit qu'à rallumer
plus vivement un fond
d'amour qu'ils avoient
réellement pour le merite
l'un de l'autre.
Dans le temps que les
compliments de ſepara-
230 MERCURE
tion fe faifoient , Zaczer
qui avoit eu preſque tousjours les yeux baiffez ,
les jetta fur Bouladabas ;
& fon imagination n'eſtant plus occupée d'aucune fauffe image , la
beautéde Bouladabas s'en
empara , le premier coup
d'oeil le frappa fi vive
ment, que fa phifionomie
en fut ranimée , & Bou
ladabas qui s'apperçut
qu'elle plaifoit , commença à le trouver moins
GALANT 231 4
1
choquant , elle cuft bien
voulu refter encore , mais
Zaczer partit bruſquement,"& Bouladabas s'en
retourna avec fes filles.
La raiſon qui fit partir
Zaczer fi brufquement ,
fut une raifon de delicateffe & de conftance.
orientale , il craignit que
celle qu'il ne croyoit qu'
une parente de Bouladabas , ne luy pluſt trop ,
& ne s'eftant pas encore
apperceu qu'il l'aimoit
232 MERCURE
désja , il vouloit conferver l'amour qui luy ref
toit pour le merite de
Bouladabas , dont il ne
pouvoit douter , parce
qu'il eftoit conneu dans
toute la Perfe , & ce
>
jeune Prince qui s'eſtoit
dévoué hautement à cette Princeffe , avant que
de l'avoir veuë , voulant
fouftenir par honneur
le party qu'il avoit prit
revint le lendemain à
la fontaine , où la Princeffe
GALANT. 233
ceffe devoit revenir , il
s'imaginoit craindre d'y
retrouver fa parente
mais dans le fond du
cœur il n'y venoit que
pour elle , & il eut une
joye fecrette , lorſque
Bouladabas fous le nom
de parente parut fans
la Princeffe , qui l'avoit
chargée luy difoit- elle de:
venir luy témoigner la
douleur qu'elle avoit de
n'avoir pu s'y trouver
ce jour- là , Zaczer luy
Octobre. 1712 Y
234 MERCURE
répondit d'un air tres
content , qu'il en eftoit
fafché , & elle luy dit
que Bouladabas l'avoit
chargée de venir luy
parler d'elle le plus
long- temps qu'elle pourroit cette converfation
fut longue , & Zaczer
ne la pouvoit finir ; elle
roula toutefur la conftance , & Bouladabas le
mettoit exprés fur ce fujet , pour connoître s'il
en eftoit capable. Zac-
GALANT. 235
zer eut, tant de pouvoir,
fur luy- mefme dans cette
entreveuë , que jamais il
ne luy eſchapa aucun
mot qui luy marquaft fon
amour , au contraire , il
juroit qu'il feroit toufjours fidelle à Bouladabas , mais en jurant fidelité à celle qu'il croyoit ne
pas voir, il foupiroit pour
celle qu'il voyoit : quel
plaifir pour Bouladabas
de fe voir ainfi doublement aimée. Celjeu
L3
V ij
236 MERCURE
continua quelques jours ,
& la Princeffe ne paroiffant point , Bouladabas
pouffa l'épreuve de la conftance de Zaczer jufqu'à
luy declarer qu'elle l'aimoit ; & qu'eftant auffi
grande Princeffe que fa
parente, &beaucoup plus
riche , il auroit dû penſer
à l'époufer. Que ne ſouffrit point Zaczer dans cet
te épreuve , il alloit peut-
}
eftre fuccomber : mais
Bouladabas craignant de
"
GALANT. 237
pour tousle voir infidelle, le prévint
par un dépit & un adieu
qu'elle luy dit
jours ; & fans luy donner
le temps de luy répondre,
elle luy dit ſeulement que
Bouladabas viendroit elle- mefme le lendemain
pour le recompenfer defa
conſtance.
Zaczerrefta au mefme
endroit où on l'avoit laiffé , fans avoir la force ni
de parler ni de ſe ſouſtenir , & fe laiffa tomber
238 MERCURE
fur un gazon où il feroit
refté long-temps , fi fes
gens ne fuſſent venus le
joindre : il fe trouva mal
& on l'emporta chez luy,
où il paſſa la nuit dans un
eftat fi violent qu'il prit
le party de ne fe jamais
marier , ne voulant pas
3
donner à Bouladabas un
coeur fi rempli d'amour
pour une autre , ni épou¬
fer cette autre en manquant de fidelité à Boula
dabas min 51 38
GALANT. 239
Le lendemain , Zaczer.
feur de trouver Boulada--
bas au rendez- vous , y retourna à deffein de luy
avoüer de bonne foy les
raifon's qu'il avoit de ne
jamais voir ni elle ni fa
parente. Quel fpectacles
pourluy ! lorfque le lendomain la Princeffe parut
de loin magnifiquement
parée, avec plufieurs Maures qui la portoient ſur un
Palanquin de fleurs , entourée d'un grand nom
240 MERCURE
bre de filles tenant des
guirlandes , & de quantité de petits enfants repreſentants les Amours ;
en un mot avec tout l'appareil d'uneFeſte galante,
qui a pourbutle mariage.
Plufieurs Cavaliers parez
comme pour un Tournoy fe détacherent de la
Troupe; &le pere deBouladabas à leur tefte vint
offrir fa fille à Zaczer , qui
eftoit preſt à la refuſer &
àfuir. Lorfquevoyant de
plus
GALANT. 241
plus près la Princeffe qui
s'avançoit , il vit à ſa place celle dont il eftoit fi
amoureux. Quelle fut fa
furpriſe je croy qu'une
peinture de tout ce quife
paſſa en ce moment , ne
feroit qu'affoiblir celle
que chacun s'en peut faire. Bouladabas dit à Zaccer quefon pere avoit eſté
touché de fa conſtance ,
& avoit voulu venir la
couronner luy - meſme ,
les noces fe celebrerent
Octobre.
1712. X
242 MERCURE
peu après , & au bout
de neuf mois fortit de ce
mariage le fameux Roftam furnommé Oaſtam
le plus vaillant guerrier
que les Perfans ayent jamais eu , & qui fert encore aujourd'huy de modelle à tous les grands
hommes de l'Orient
Fermer
Résumé : HISTOIRE de Zaczer & de Bouladabas.
L'histoire narre les amours entre Zaccher, fils du prince persan Sam, et Bouladabas, fille du gouverneur Mecherab du Kallestan. Zaccher, de retour d'une chasse, est captivé par les qualités de Bouladabas, dont il entend parler par son gouverneur. Les servantes de Bouladabas, envoyées cueillir des fleurs, rencontrent Zaccher et lui vantent les mérites de leur maîtresse, éveillant ainsi son intérêt. Les deux amants, sans se connaître, développent une passion basée sur des descriptions idéalisées. Bouladabas, craignant de ne pas correspondre à l'image que Zaccher s'est faite d'elle, envoie une de ses servantes se faire passer pour elle lors de leur première rencontre. Cette ruse échoue, car Zaccher est déçu par la fausse Bouladabas. Cependant, lors d'une seconde rencontre, Zaccher découvre la véritable Bouladabas et en tombe amoureux. Bouladabas, de son côté, apprécie Zaccher après avoir observé sa constance. Leur amour est mis à l'épreuve par des séparations et des malentendus. Malgré ces obstacles, ils finissent par se marier. Leur union donne naissance à Rostam, un célèbre guerrier persan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
69
p. [3]-24
L'ENTREMETTEUR pour lui-même.
Début :
Un Gentilhomme de Province étant venu à Paris pour un [...]
Mots clefs :
Entremetteur, Paris, Gentilhomme, Auberge, Charme, Mère, Visites, Fille, Cavalier, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ENTREMETTEUR pour lui-même.
L"ENTREMETTEVR
pour lui-même.
N Gentilhomme de Province
étant venu à Paris pour unC- procés, se..
toit logé dans une au..
berge, dont lemaîtrele
connoissoit depuis dix
ans. Il était bien fait de
sa personne, agreable.
dans la conversation,'ÔC
assez riche pour trouver
des partis fort avantageux
,
s'il cllt voulu
donner dans le Sacrement: maisla liberté lui
plaisoit, ou plutôt son
heure n'était point encore venue
> car quand
elle frape, il n'y a
plus
moyen
dedififerer. Sa
chambre donnoit sur la
rue. L'imparience de
voir revenir un laquais
qu'il avoit envoyé en
ville, luifitmettre la tête à la fenêtre, & ses
yeux furent agreablement arrêtez par une
belle personne quifit la
mêmechose que lui dans
le même temps. Elleétoit dans une chambre
opposée directement à
celle du Cavalier;& un
bruit de peuple, dont el-
le vouloit sçavoir la cause, l'avoit obligée à se
montrer.C'était unebrune d'une beauté surprenante. De grands yeux
noirs pleins de feu, la
bouche admirable, le
nez bien taillé, & le teint
aussivifqu'uni. Le Gentilhomme charmé d'une
sibellevoisine, luifitun
salut qui lui marqua
l'admiration où il étoit.
illui fut rendu d'un air
serieux, quoique fore ci-
vil;& la rumeur ayant
cessédans la rue, cette
aimable personne se retira,au grand déplaisir
du Cavalier qui la regardoitde tous ses yeux.
Il crut qu'il n'auroit pas
de peine à s'introduire
chez elle comme voisin,
& dans cette pensée il
demanda à son hôte qui
elleétoit,& quelles pouvoient être les habitudes. L'hôte lui apprit
quedepuis un an elle oc-
cupoit une partie de cette maison avec sa mere;
qu'elle avoit de la naislance, & peu de bien;
qu'il n'y avoit rien de
plus regulier que sa conduite; que tout le monde en parloit avec grande estime, & qu'il n'y
avoir que des proportions de mariage qui
pussent obliger la mere
a
écouter des gens comme lui. Le Cavaliertrouva le parti trop [cxieux ;
il aimoit les belles personnes, mais non pas jusqu'à vouloir épouser.
Cependant il demeura
ferme dans la resolution
de visite. Il prit la mere
par son foible, & lui
ayantfait entendrequ'il
lui venoit demander sa
fille pour un ami, quien
étoit devenu passionnément. amoureux, il fut
reçû favorablement.Il
donna du bien & une
Charge considerable à
cet ami; &C comme il çr
toit maître du Roman,,
il l'embellit de tout ce
qui le pouvoitrendre
vraisemblable. L'ami étoit à la campagne pour
quinze jours; des affaires importantes l'y a-r
voient mené,&ildede
voit
cette
lui
négociation.
écrirele»
On
futcontent de tout,pourveu que les c
hofes fs
trouvassent telles qu'on
les proposoit. La metc-
s'informa du Cavalier
dans son auberge; on lui
dit qQ"Íl étoit trés-riche, d'une des plus
considerablesMaisons de
la Province, & si fort
en reputation d'homme d'honneur, qu'on
pouvoirs'assurer sur sa
parole. Cependant ,
il
joüoit un rôle assez delicat : mais comme il avoit del'esprit,il ne s'en
embarassoit pas. Il faisoit son compte de voir
la belle le plus longtemps qu'ilpourroit sur
le pied d'agent, &
croyoit forcir d'affaire
par un ami, qui seroit le
passionné pendant quelques jours, & romproit
ensuite sur les articles :
mais il fut la dupe de
lui-mêmeàforce de voir.
L'espritde cette aimable
perfonnefutun nouveau
charme pour lui, &' il
acheva de se perdre en
l'entretenant ;
sa dou-
ceur, son honnêteté,
tout l'enchanta. Il fupposoit tous les joursquelque lettre de son ami,
qu'il faisoitvoirà lamere, & elle lui servoit de
pretexte pour des visites
qui ne le laissoientplus
maîtrede saraison. La
belle ne s'engageoit pas
moins que lui, & il lui
disoit quelquefois des
choses si passionnées,
qu'elle étoit ,. contrainte
:
de le fairesouvenir qu'il
s'égaroit. Un mois entier s'étant écoulé sans
qu'il amenât son ami,
lamere,qui craignit d'estre joüée, le pria de ne
plus revenir chezelle,
tant qu'il n'auroit que
des lettres à lui montrer.
Il se plaignit à la fillede
la cruauté de cet ordre.
Cette charmante personneluirépondit qu'-
elle vouloit bien lui avoüer que l'impatience
de voir l'époux qu'on lui
destinoit n'avoitrien qui
la tourmentât: mais qu'-
elleavoit ses raisons pour
n'estre pas fâchée que sa
mere lui eût fait la désensedontilse plaignoit.
Le Cavalier comprit ce
qu'il y
avoit d'obligeant
pour lui dans cette réponse, & en sentit augmenter sa passion. Iln'osa pourtant continuer
ses visites le lendemain,
& ce jour passé sans voir
ce qu'il adoroit, lui pa-
rut un siecle. Il voulut
se faire violence pour en
- passer encore quelquesuns de la mesme forte,
afin de s'accoutumer à se
détacher: mais le suppliceétoittroprudepour
lui,& l'habitude déja
trop formée. Aprés de
longues agitations,l'amour l'emporta sur l'aversion qu'il avoit toûjours euë pour les engagemens qui pouvoient
tirer à consequence. Il
retour-
retourna plus charmé
qu'auparavant,où il connuttrop qu'il avoit laisséson coeur) & pour arrester les plaintes qu'on
commençoït déja de lui
faire,il débuta parune
lettre de son ami, qui
arrivoit ce mesme jour,
& qui devoit venir confirmer le lendemaintoutes les assurances qu'il
avoit données pour lui.
Cette nouvelle fut reçûë diversement.Autant
que la mere en montra
de joye
,
autant la fille
en eut de chagrin. Ilfut
J
1 j
remarque du Cavalier,
qui s'en applaudit, &
qui eut la rigueur de la
préparer à
la reception,
4eTépoux qu'on luipromçttoii; depuis silongtemps. El/c.ne sesentoit
pas le cœur assez libre
pour se réjoüir de son
a"r¡rivé.e, &C paflfa la nuit
dans - des inquietudes,
qu'il feroit difficile de
se figurer. L'heure de la
vifice étant venuë, le
Cavalier entra le premier. La joye qu' 1 fit
paroîrrede ce qu'il étoit
enfin en état de tenir parole, futun nouveausujet dechagrinpourcette
belle personne: mais ce
chagrin n'aprocha point
de la surpriseoùelle se
trouva, en voyant entrer
après lui un homme à
manteau, & aussi Bourgeois par son équipage
que par sa mine La mere le regard a, la fille rou- gir &: il ne se peut rien
de plus froid que la civilité dont elles payerent
le salut qu'elles en reçûrent. Le Cavalier étoit
dans un enjouëment extraordinaire, & leur dit
centchoses plaisantessur
le serieux avec lequel
elles recevoient une personne qu'il croyoit leur
devoir être si agreable.
L'homme à manteau le
laissa parler long-temps
sans t'interrompre; Se
ayant enfin, demandé si
,
on ne vouloit pas dresser
les articles, il fut fort
surpris d'entendre dire à
la belle qu'il n'y avoit
rien qui pressât, & que
la chose lui étoit assez
d'importance pour lui
donner le temps d'y penser. Cette réponse, & la
maniere dédaigneuse
dont elle regardoit l'époux pretendu qu'on lui
avoit fait attendre depuisunmois,mirent ICi
Cavalier dans des éclats.
de rire,quil lui fut impossible. de retenir. Us*
furent tels, que la mere
& lafille commencerent
à s'en fâcher: mais il
n'eut pas de peine à fair:cifa paix, &: elles ne rirent pas moins que lui,
quand il leur eut appris
qu'il étoit luimême
cet ami dont il leur avoit
parlé,& que celui qu-
elles voyoient étoit un
Notaire qu'il avoit amené pour dresser le contrat de mariage. Jugez
de la joyede la belle,
qui ne s'attendoit à rien
moins qu'à une si agreable tromperie, & qui
s'étant laissé insensiblement prévenir pour
le Cavalier
,
ne souffroit plus qu'avec peine qu'on parlât, de la
marier avec son ami,
quelque honnête hom-
me qu'elle pût le croire. Les articles furent
signez & la grande ceremonie se fit un des
derniersjoursde l'autre
mois
pour lui-même.
N Gentilhomme de Province
étant venu à Paris pour unC- procés, se..
toit logé dans une au..
berge, dont lemaîtrele
connoissoit depuis dix
ans. Il était bien fait de
sa personne, agreable.
dans la conversation,'ÔC
assez riche pour trouver
des partis fort avantageux
,
s'il cllt voulu
donner dans le Sacrement: maisla liberté lui
plaisoit, ou plutôt son
heure n'était point encore venue
> car quand
elle frape, il n'y a
plus
moyen
dedififerer. Sa
chambre donnoit sur la
rue. L'imparience de
voir revenir un laquais
qu'il avoit envoyé en
ville, luifitmettre la tête à la fenêtre, & ses
yeux furent agreablement arrêtez par une
belle personne quifit la
mêmechose que lui dans
le même temps. Elleétoit dans une chambre
opposée directement à
celle du Cavalier;& un
bruit de peuple, dont el-
le vouloit sçavoir la cause, l'avoit obligée à se
montrer.C'était unebrune d'une beauté surprenante. De grands yeux
noirs pleins de feu, la
bouche admirable, le
nez bien taillé, & le teint
aussivifqu'uni. Le Gentilhomme charmé d'une
sibellevoisine, luifitun
salut qui lui marqua
l'admiration où il étoit.
illui fut rendu d'un air
serieux, quoique fore ci-
vil;& la rumeur ayant
cessédans la rue, cette
aimable personne se retira,au grand déplaisir
du Cavalier qui la regardoitde tous ses yeux.
Il crut qu'il n'auroit pas
de peine à s'introduire
chez elle comme voisin,
& dans cette pensée il
demanda à son hôte qui
elleétoit,& quelles pouvoient être les habitudes. L'hôte lui apprit
quedepuis un an elle oc-
cupoit une partie de cette maison avec sa mere;
qu'elle avoit de la naislance, & peu de bien;
qu'il n'y avoit rien de
plus regulier que sa conduite; que tout le monde en parloit avec grande estime, & qu'il n'y
avoir que des proportions de mariage qui
pussent obliger la mere
a
écouter des gens comme lui. Le Cavaliertrouva le parti trop [cxieux ;
il aimoit les belles personnes, mais non pas jusqu'à vouloir épouser.
Cependant il demeura
ferme dans la resolution
de visite. Il prit la mere
par son foible, & lui
ayantfait entendrequ'il
lui venoit demander sa
fille pour un ami, quien
étoit devenu passionnément. amoureux, il fut
reçû favorablement.Il
donna du bien & une
Charge considerable à
cet ami; &C comme il çr
toit maître du Roman,,
il l'embellit de tout ce
qui le pouvoitrendre
vraisemblable. L'ami étoit à la campagne pour
quinze jours; des affaires importantes l'y a-r
voient mené,&ildede
voit
cette
lui
négociation.
écrirele»
On
futcontent de tout,pourveu que les c
hofes fs
trouvassent telles qu'on
les proposoit. La metc-
s'informa du Cavalier
dans son auberge; on lui
dit qQ"Íl étoit trés-riche, d'une des plus
considerablesMaisons de
la Province, & si fort
en reputation d'homme d'honneur, qu'on
pouvoirs'assurer sur sa
parole. Cependant ,
il
joüoit un rôle assez delicat : mais comme il avoit del'esprit,il ne s'en
embarassoit pas. Il faisoit son compte de voir
la belle le plus longtemps qu'ilpourroit sur
le pied d'agent, &
croyoit forcir d'affaire
par un ami, qui seroit le
passionné pendant quelques jours, & romproit
ensuite sur les articles :
mais il fut la dupe de
lui-mêmeàforce de voir.
L'espritde cette aimable
perfonnefutun nouveau
charme pour lui, &' il
acheva de se perdre en
l'entretenant ;
sa dou-
ceur, son honnêteté,
tout l'enchanta. Il fupposoit tous les joursquelque lettre de son ami,
qu'il faisoitvoirà lamere, & elle lui servoit de
pretexte pour des visites
qui ne le laissoientplus
maîtrede saraison. La
belle ne s'engageoit pas
moins que lui, & il lui
disoit quelquefois des
choses si passionnées,
qu'elle étoit ,. contrainte
:
de le fairesouvenir qu'il
s'égaroit. Un mois entier s'étant écoulé sans
qu'il amenât son ami,
lamere,qui craignit d'estre joüée, le pria de ne
plus revenir chezelle,
tant qu'il n'auroit que
des lettres à lui montrer.
Il se plaignit à la fillede
la cruauté de cet ordre.
Cette charmante personneluirépondit qu'-
elle vouloit bien lui avoüer que l'impatience
de voir l'époux qu'on lui
destinoit n'avoitrien qui
la tourmentât: mais qu'-
elleavoit ses raisons pour
n'estre pas fâchée que sa
mere lui eût fait la désensedontilse plaignoit.
Le Cavalier comprit ce
qu'il y
avoit d'obligeant
pour lui dans cette réponse, & en sentit augmenter sa passion. Iln'osa pourtant continuer
ses visites le lendemain,
& ce jour passé sans voir
ce qu'il adoroit, lui pa-
rut un siecle. Il voulut
se faire violence pour en
- passer encore quelquesuns de la mesme forte,
afin de s'accoutumer à se
détacher: mais le suppliceétoittroprudepour
lui,& l'habitude déja
trop formée. Aprés de
longues agitations,l'amour l'emporta sur l'aversion qu'il avoit toûjours euë pour les engagemens qui pouvoient
tirer à consequence. Il
retour-
retourna plus charmé
qu'auparavant,où il connuttrop qu'il avoit laisséson coeur) & pour arrester les plaintes qu'on
commençoït déja de lui
faire,il débuta parune
lettre de son ami, qui
arrivoit ce mesme jour,
& qui devoit venir confirmer le lendemaintoutes les assurances qu'il
avoit données pour lui.
Cette nouvelle fut reçûë diversement.Autant
que la mere en montra
de joye
,
autant la fille
en eut de chagrin. Ilfut
J
1 j
remarque du Cavalier,
qui s'en applaudit, &
qui eut la rigueur de la
préparer à
la reception,
4eTépoux qu'on luipromçttoii; depuis silongtemps. El/c.ne sesentoit
pas le cœur assez libre
pour se réjoüir de son
a"r¡rivé.e, &C paflfa la nuit
dans - des inquietudes,
qu'il feroit difficile de
se figurer. L'heure de la
vifice étant venuë, le
Cavalier entra le premier. La joye qu' 1 fit
paroîrrede ce qu'il étoit
enfin en état de tenir parole, futun nouveausujet dechagrinpourcette
belle personne: mais ce
chagrin n'aprocha point
de la surpriseoùelle se
trouva, en voyant entrer
après lui un homme à
manteau, & aussi Bourgeois par son équipage
que par sa mine La mere le regard a, la fille rou- gir &: il ne se peut rien
de plus froid que la civilité dont elles payerent
le salut qu'elles en reçûrent. Le Cavalier étoit
dans un enjouëment extraordinaire, & leur dit
centchoses plaisantessur
le serieux avec lequel
elles recevoient une personne qu'il croyoit leur
devoir être si agreable.
L'homme à manteau le
laissa parler long-temps
sans t'interrompre; Se
ayant enfin, demandé si
,
on ne vouloit pas dresser
les articles, il fut fort
surpris d'entendre dire à
la belle qu'il n'y avoit
rien qui pressât, & que
la chose lui étoit assez
d'importance pour lui
donner le temps d'y penser. Cette réponse, & la
maniere dédaigneuse
dont elle regardoit l'époux pretendu qu'on lui
avoit fait attendre depuisunmois,mirent ICi
Cavalier dans des éclats.
de rire,quil lui fut impossible. de retenir. Us*
furent tels, que la mere
& lafille commencerent
à s'en fâcher: mais il
n'eut pas de peine à fair:cifa paix, &: elles ne rirent pas moins que lui,
quand il leur eut appris
qu'il étoit luimême
cet ami dont il leur avoit
parlé,& que celui qu-
elles voyoient étoit un
Notaire qu'il avoit amené pour dresser le contrat de mariage. Jugez
de la joyede la belle,
qui ne s'attendoit à rien
moins qu'à une si agreable tromperie, & qui
s'étant laissé insensiblement prévenir pour
le Cavalier
,
ne souffroit plus qu'avec peine qu'on parlât, de la
marier avec son ami,
quelque honnête hom-
me qu'elle pût le croire. Les articles furent
signez & la grande ceremonie se fit un des
derniersjoursde l'autre
mois
Fermer
Résumé : L'ENTREMETTEUR pour lui-même.
Un gentilhomme de province, distingué et agréable en conversation, séjourne à Paris pour un procès. Logé dans une auberge, il remarque une belle jeune femme à une fenêtre opposée à la sienne. Intrigué, il s'enquiert de son identité auprès de son hôte, qui lui apprend qu'elle vit avec sa mère, qu'elle est de bonne naissance mais peu fortunée, et qu'elle est respectée pour sa conduite régulière. Bien que le gentilhomme apprécie les belles personnes, il n'est pas prêt à se marier. Cependant, il décide de la visiter en se faisant passer pour un ami amoureux d'elle. Il convainc la mère en lui promettant une dot et une charge pour cet ami fictif. La mère, satisfaite des propositions, accepte. Le gentilhomme continue de visiter la jeune femme, prétextant des lettres de son ami. Il finit par tomber amoureux d'elle, charmé par son esprit et sa douceur. La mère, craignant d'être trompée, demande au gentilhomme de ne plus venir sans son ami. Désespéré, il avoue ses sentiments à la jeune femme, qui lui révèle qu'elle est également amoureuse de lui. Après une nuit d'angoisse, la jeune femme découvre que le prétendu ami est en réalité le gentilhomme lui-même, accompagné d'un notaire pour dresser le contrat de mariage. La surprise et la joie de la jeune femme sont immenses, et ils se marient peu après.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
70
p. 20-24
CHANSON. ESTRENNES à Climene. Sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie.
Début :
JE vous envoye vos étrennes, [...]
Mots clefs :
Étrennes, Climène, Mariage, Rire, Bail
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. ESTRENNES à Climene. Sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie.
CHANSON.
ETRENNES
à Climene.
Sur l'air: Réveillez-vous,
belle endormie.
Je
vous envoye vos etren-;
nts)
Climene, -
vous levoyezbien:
Mais je vous demande les
miennes
,
Peut
-
être n'ensçavez-vous
rien.
Quelles êtrennes je desire,
Peut- être n'en [ça'VeZ-'Vous
rien:
Que voudroit-on quand au
soûpire?
Peut-être le sçavez-vous
bien.
De votre cœur je veux l'é-
»Peut-être
trenne
le ffa'VeZ y-'Vous
bien:
Est-il encore à vous, Climene?
Peut- être n'ensçavez-vous
rien.
Je ne veux qu'un ) mot four
étrenne,
Quel il est vous le J[ave%
bien
;
Souvent très-loin ce mot nous
mene,
Peut-être n'en Jçave^-vous
rien.
Ase marier il engage;
Sans doute vous le ffd/ve'{,
bien:
Maisqu'est-ce que le maria- Le?
Peut-êtren'ensçavez-vous
rien.
Cejl un bail à longues années,
Sans doute vous le .f?'VP'(
bien:
Mais au mariseul dessinées
y
Peut-être n'ensçavez-vous
rien.
Par ce bail de vous il disPo.
si,
Peut-être le sçauvez-vous
bien:
Mais il estpeu de baux sans
clause,
Peut-êtren'en ffaurez-vous
rien.
Là-deffia
on peut trop (crû
re,
Climene, Yous lesçavezbien •
Ce trop le voudriezvous lire?
Peut-être n'en f^ave^-vous
rien.
J'aurois cent choses à vous
dire,
Climene^ousleJçave^hi^j
Demandez- moy si c'eji pour
rIre)
Peut-être que je rien sçaî
rien.
ETRENNES
à Climene.
Sur l'air: Réveillez-vous,
belle endormie.
Je
vous envoye vos etren-;
nts)
Climene, -
vous levoyezbien:
Mais je vous demande les
miennes
,
Peut
-
être n'ensçavez-vous
rien.
Quelles êtrennes je desire,
Peut- être n'en [ça'VeZ-'Vous
rien:
Que voudroit-on quand au
soûpire?
Peut-être le sçavez-vous
bien.
De votre cœur je veux l'é-
»Peut-être
trenne
le ffa'VeZ y-'Vous
bien:
Est-il encore à vous, Climene?
Peut- être n'ensçavez-vous
rien.
Je ne veux qu'un ) mot four
étrenne,
Quel il est vous le J[ave%
bien
;
Souvent très-loin ce mot nous
mene,
Peut-être n'en Jçave^-vous
rien.
Ase marier il engage;
Sans doute vous le ffd/ve'{,
bien:
Maisqu'est-ce que le maria- Le?
Peut-êtren'ensçavez-vous
rien.
Cejl un bail à longues années,
Sans doute vous le .f?'VP'(
bien:
Mais au mariseul dessinées
y
Peut-être n'ensçavez-vous
rien.
Par ce bail de vous il disPo.
si,
Peut-être le sçauvez-vous
bien:
Mais il estpeu de baux sans
clause,
Peut-êtren'en ffaurez-vous
rien.
Là-deffia
on peut trop (crû
re,
Climene, Yous lesçavezbien •
Ce trop le voudriezvous lire?
Peut-être n'en f^ave^-vous
rien.
J'aurois cent choses à vous
dire,
Climene^ousleJçave^hi^j
Demandez- moy si c'eji pour
rIre)
Peut-être que je rien sçaî
rien.
Fermer
Résumé : CHANSON. ESTRENNES à Climene. Sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie.
La chanson 'Étrennes' est dédiée à Climène et suit l'air de 'Réveillez-vous, belle endormie'. Le narrateur envoie des étrennes à Climène et attend les siennes en retour. Il exprime son désir d'obtenir l'étrenne de son cœur, se demandant si elle lui appartient encore. Le narrateur souhaite un mot particulier comme étrenne, un mot qu'elle connaît bien et qui les mène souvent loin. Ce mot engage à se marier, un acte qu'elle connaît bien, mais elle ignore peut-être ce qu'est réellement le mariage. Il compare le mariage à un bail à longues années, dont elle connaît les termes, mais elle ignore peut-être les détails spécifiques. Le narrateur souligne que ce bail dispose d'elle, mais elle ignore peut-être les clauses. Il mentionne que dans ce contrat, on peut trop croire, et se demande si elle voudrait lire ce trop. Enfin, il déclare avoir cent choses à lui dire, mais elle ignore peut-être de quoi il s'agit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
71
p. 97-120
LETTRE DE GENES. Evenement singulier d'une mort arrivée au mois de Juin 1712.
Début :
UN riche Marchand, homme capricieux, ayant toujours été heureux dans [...]
Mots clefs :
Gênes, Mort, Marchand, Voyage, Perte, Peur, Avarice, Mariage, Départ, Femme, Caprice, Vaisseau, Chute, Séparation, Catastrophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE GENES. Evenement singulier d'une mort arrivée au mois de Juin 1712.
LETTRE DE GENES.
Evénement singulierd'une mort
arrivée au mois de Juin1712.
UN riche Marchand,
hône capricieux, ayant
toûjours été heureux
dans son commerce, avoit en tête que le premier voyage qu'il feroit
lui porteroit malheur
cependant il risquoitde
perdre une sommeconfiderable s'il nerctournoit
affzz-dc-bica poursupporter cette perte, &
dans. un moment où son
avarice l'emportoit fu*.
la peur qu'il s'étoit mise -
dans l'esprit
,
il se determina à partir quelquesjours aprés.
A la veille- de son départ la peur le reprit, Se
il se mit en-tête d'achever de se rendre amoureux d'une très- belle
personne, qu'il-avoit
vuë, afin que son amour
se joignant à sa peur,
l'avaricedevînt la moins
forte. En effetcet amour luireüssit, S6 devint si
violent, qu'ayant resolu
de ne plus s'exposer sur
mer, ilsemaria, pour fortifier sa resolution. Les
complaisances que sa
femme eut pour lui la
rendaient digne deson
attachement & n'ayant
nul su jet des'enplaindre,
un de Ces capricesle prit,
&ils'imaginaqu'ilman-
quoità son bonheur une
femme dont l'amourfust
à l'épreuved'une absence
de six mois. Il crutaussi
par cette absence se preparer un renouvellement de passion, dont il
croyoitavoir besoin, à
cause d'un refroidissement qu'il commençoit
à sentir. Sur ces entrefaites il reçut une lettre
de son correspondant
,
qui lui proposoit un bon
coup à faire,pourvu qu'-
il fist aux Indes un voyage de sept à huit mois.
L'occasion d'un vaisseau
&: d'un ami qui partoit,
le determinerent.
Jamais départ d'unmari ne fut plus sensible à
une femme: elle vouloit
absolument suivre son
mari dans ce voyage, &
en fit de si tend res instances, que son mari qui
changeoit souvent de
fantaisies, crut que l'épreuve d'un tel voyage é-
toit aussi feure pour l'amour d'une femmeque
celle de l'absence.Il pria
son ami deretarder quelques jours le départ du
navire dont il croitmaître :
mais l'ami n'employa ce peu de jours
qu'à s'opposer au départ
de la femme, & represensa au mari qu'il ne
devoit pas l'exposeraux
fatigues& aux perils de
la mer, pour le seul plaisir de contenter son ca-
price.Enfin le mari se
rendit, la femme obeïtJ
resta, & le navire partit.
L'ami ressentit en partant une joye & une
douleur qui avoient des
causes differentes,il étoit
devenu passionnément
amoureux de cette semme,dont la beautél'avoit
frapé d'abord. Les rendres adieux qu'elle fit à
son mari achevevent (tu
lecharmer.IlfalotJonc
quitter cequ'il aimoit,
voila sa dou leur: mais il
étoit honnête liomiiiç
bon ami, Ez il futravi
d'avoirempêché la femme de s'embarquerade
s'en separerpour tâcher
de l'ou blier.Mais commenteût-ilpû l'oublier?
sonmari ne luiparlait
d'aucrechose. Imaginezvousquel embarras étoit
le lien; son ami n'avoit
pas d'autre plaisir quecet
entretien, qui faisoit son
suplice par la contrainte
où il setrouvait. Elle fut
pousséeau point, quel'ami ne voulant pas absolument que le mari lui
parlât de sa femme, le
mari soupçonna la chose. Il n'étoit naturellement que capricieux,
& peu jaloux } & l'ami
setrouvant contraint de
luitoutavouer,lui dit en
même temps qu'il nedevoit pascraindre qu'ilrevît jamais sa femme, puis
qu'il avoit voulu de si
bonne foi s'en separer.En
effet des que le marieut
fait ses affaires, l'ami le
pressaderetournerseul à
Genes,&montaun autre
vaisseau qui venoit en
France,où il avoitenvie
de se venir établir,même
avant son avanture. Ainsi les deux amis se dirent
adieu pour toute la vie.
Le Marchand mari
fut plus song-temps sur
mer qu'ilnecroyoit, Se
battu d'une tempête,
fut contraint de relâcher à larade de. Il
fut contraint d'y sejourner quelques semaines. Cependant il prit
patience,n'ayant plus
qu'un petittrajet à faire
pour revoir sa chere
femme: mais un de ses
caprices le prit, & ce fut
le plus extravagant qu'il
eût eu de sa vie; car craignant de retrouversa
femme trop insensible au
plaisir de le revoir
,
il
voulue lui donner une
alarme: & voyant partir
de la rade où ilétoit un
vaisseauqu'il croyoit
suivrede prés, il chargea
quelqu'un de ce vaisseau
d'un paquet de lettres,
sans dire qui il étoit.
Dans ce paquet étoit une
lettre, qu'il fit écrire par
le Capitaine du vaisseau
oùil étoit, &: cette lettre
adressée à sa femme lui racontoit la mort de son
mari avec les plusten-
dres Ô£ les plus tocuhantes circonstances qu'il
put imaginer; &C pour
donner plusde certitude
àcette faussenouvelle,il
écrivit de sa main propre
unbillet., dont lescaracteres tremblans 6C mal
formez paroissoient d'un
homme mourant, & par
ce billet de cinq ou six lignes il témoignoit à sa
femme qu'étant prés de
quiter lavie,ilemployoit
ses dern iers momens à
lui direunéternel adieu.
Ce dernier caprice paroîtra peu vrai-semblable
: maisce n'est point
ici une avanture où il
s'agisse de vrai-semblance
,
puisque c'est une
simple relation- où l'on
n'a ajoûté aucune cir-q
confiance romanesque.
Ce mari imprudent
s'embarqua peu de jours
aprés, &£ eut trés-m-luvais tem ps,&des évé-
.nomen-s de mercontrai-
r€$àl'impatiencequ'ilavoit
devoirlaréussicedeson billet i car ib n'arriva à Gencs;
que 6. ou7.semainesaprès.
Ceuxquiporterentlalettrefirent aucontraire une
navigation trés-heureuse &
trés-prompte. La lettre fut
renduë àlafemme, quifut à
la mort pendant huitjours.
Il yavoitdéjalongtems
que IIyavoitdéjàlongtemsque
l'amiamoureux étoit arrivé
à Marseille, toûjours tourmentéde son amour; quand
se promenant sur le port,
il vit aborder un' vaisseau
Génois.Ils'informade ceux
quiétoient dedans sileMar-
chand son ami étoit de retour à Genes. Un de ceux à
qui il s'adressa lui dit qu'il
connoissoit sa veuve,& qu'il
l'avoit bissée dans une affliction qui faisoit craindre
pour sa vie.
:
Il seroit difficile d'exprimer les mouvemens divers
dont cet amant & ami fut
agité. Il fut 24. heures dans
uneagitation terrible, &
le lendemain se jetta dans
uiv vaisseau qui reparroit
pour Genes, & se rendit auprès de la veuve, dont il renouvella la douleur par son
arri-
arrivée. Enfinaprès avoir
pleuré quelques jours ensemble, il lui proposa de rétablir Ses affaires en l'épousant. N'ayant point encore
d'enfans de Son mari,& ayât
peu de bien par elle-même,
elle eût eu grand besoin de
se remarier si elle eûtétéveritablementveuve
; cependant l'interêt ne la toucha
point:mais ce Negociant-ci
étoit jeune,assezaimable.En
un mot il ne fut plus question pour elle que du temps
6c des bienseances
;
elle ne
pouvoit se resoudre à se re-
marier après un mois de
veuvage ou environ.Cependant leNegociantétoit obligé de s'en retourner promtement àMarseille.Elleprit
le parti de l'epousersecretement, de quitter Genes,&
d'allers'établir en France avec ce nouveau mari. Elle
n'avoit chez elle qu'unefervante, & une parente de fôn
mari,qui étoit trés-vieille&
trés-folle. Elleluilassatout
te qu'elle avoit, &avec sa
servante seule elle partitdipantàcettevieillequ'ellealloit se jetter dansunConvent;&ellealla 4e marier,
&s'embarquerensuite avec
son mari pour Marseille.
Quelques joursaprés le
premiermari arriva à Genes,&rencontra,avantque
d'entrerchez lui, quelques
amis & voisins, qui ayant vû
réellement sa femme deses-
,'perée & malade à la mort,
exagererentencore son desespoir, pour faire sa courà
son mari, qui courut fort alarméjusqu'à son logis,où
la vieille parente,aprés être
revenuë de la peur que le revenant lui causa, lui raconta d'abord le desespoir de
sa femme
3
6c lui dit ensuite
qu'étant sortie de chezelle,
pour s'aller jetter dans un
Convent, il étoit revenu un
bruit le lendemain que
quelques gens l'avoient vû
aller du côté de la mer, &
même que quelques autres
l'avoient vû s'y precipirer.
Lavieillefolle luiconfirma
ce dernier bruit, qui n'avoit
nul fondement que quelques préjugez de bonnes
femmes. Le mari fut déja
fort malade de ce premier
coup :
maisil ne sur au desespoir quecontre lui-même;&
aprés être un peu revenu à
lui,&avoirsuivideplusprés
les bruits differens qui couroient, il apprit feulement
qu'onl'avoit vû monter avec un homme pour Marseille. La douleur,la rage lui
donnerent une attaqueplus
vive que la premiere,&il fut
deux jours dans unesituation cruelle,sanssavoir quel
parti prendre. Enfin ayant
pris celui d'aller à Marseille
pour approfondir la chose,il
y
arriva dans un état pitoyablé, & ressemblant plûtôt à
un spectre qu'à un homme.
Il demanda,enarrivant,de
nouvelles de son ami, eiperant se conioler au moins
avec lui de son malheur, Se
qu'il lui aideroit à faire des
perquisitionsdecelui qui avoit enlevé sa femme à Gcmes. Il n'eut pas de peine à
trouver oùlogeoit sonami,
tkle hazard voulut que ceux
qui luienseignement son logisne lui parlerentpoint
qu'il eût une femme avec
lui, jusqu'à ce qu'il fut parvenu à la porte de sa chambre, que lui ouvrit un valet
nouveau des nouveaux mariez,qui le pria d'atendre un
moment, parce que lafemme de Monsieur étoitavec
lui.Le pauvre homme n'eut
d'abord aucun soupçon de la
verité:mais crutque son ami
Vétoit marié parraison3 on
pour oublier la femme; &.Çc
Croyant assez intime ami
pour encrersans ceremonie,
:&, troublé d'ailleurs par son
malheur, il pouffa la porte
sortement,&entra malgré
le valet dans une fécondé
chambre, où le mari & la
femme étoient tête à tête.
On ne peut pas exprimer
l'effet de cette apparition.
La femme prit son mari
pour un deterré,outre qu'il
en avoir assezl'air;la vue de
sa femme le rendit-immobi-
le comme un [peétre. La
femme tomba à la renverse,
& le revenant tomba un
moment après, ôc ne releva
de cette chute que peur languir quelques jours. Il pardonna en mourant à son ami
6c àsa femme, à qui illaissa
même une partie de son
bien.Ils furent si penetrés de
douleur l'un & raurre,qu'iIs
font encore à present enretraite chacun dans un Convent.On,¡}e sçait point combien durera cette separation
volontaire:maisils n'ont pas
eu un moment de santé depuis cette triste catastrofe
Evénement singulierd'une mort
arrivée au mois de Juin1712.
UN riche Marchand,
hône capricieux, ayant
toûjours été heureux
dans son commerce, avoit en tête que le premier voyage qu'il feroit
lui porteroit malheur
cependant il risquoitde
perdre une sommeconfiderable s'il nerctournoit
affzz-dc-bica poursupporter cette perte, &
dans. un moment où son
avarice l'emportoit fu*.
la peur qu'il s'étoit mise -
dans l'esprit
,
il se determina à partir quelquesjours aprés.
A la veille- de son départ la peur le reprit, Se
il se mit en-tête d'achever de se rendre amoureux d'une très- belle
personne, qu'il-avoit
vuë, afin que son amour
se joignant à sa peur,
l'avaricedevînt la moins
forte. En effetcet amour luireüssit, S6 devint si
violent, qu'ayant resolu
de ne plus s'exposer sur
mer, ilsemaria, pour fortifier sa resolution. Les
complaisances que sa
femme eut pour lui la
rendaient digne deson
attachement & n'ayant
nul su jet des'enplaindre,
un de Ces capricesle prit,
&ils'imaginaqu'ilman-
quoità son bonheur une
femme dont l'amourfust
à l'épreuved'une absence
de six mois. Il crutaussi
par cette absence se preparer un renouvellement de passion, dont il
croyoitavoir besoin, à
cause d'un refroidissement qu'il commençoit
à sentir. Sur ces entrefaites il reçut une lettre
de son correspondant
,
qui lui proposoit un bon
coup à faire,pourvu qu'-
il fist aux Indes un voyage de sept à huit mois.
L'occasion d'un vaisseau
&: d'un ami qui partoit,
le determinerent.
Jamais départ d'unmari ne fut plus sensible à
une femme: elle vouloit
absolument suivre son
mari dans ce voyage, &
en fit de si tend res instances, que son mari qui
changeoit souvent de
fantaisies, crut que l'épreuve d'un tel voyage é-
toit aussi feure pour l'amour d'une femmeque
celle de l'absence.Il pria
son ami deretarder quelques jours le départ du
navire dont il croitmaître :
mais l'ami n'employa ce peu de jours
qu'à s'opposer au départ
de la femme, & represensa au mari qu'il ne
devoit pas l'exposeraux
fatigues& aux perils de
la mer, pour le seul plaisir de contenter son ca-
price.Enfin le mari se
rendit, la femme obeïtJ
resta, & le navire partit.
L'ami ressentit en partant une joye & une
douleur qui avoient des
causes differentes,il étoit
devenu passionnément
amoureux de cette semme,dont la beautél'avoit
frapé d'abord. Les rendres adieux qu'elle fit à
son mari achevevent (tu
lecharmer.IlfalotJonc
quitter cequ'il aimoit,
voila sa dou leur: mais il
étoit honnête liomiiiç
bon ami, Ez il futravi
d'avoirempêché la femme de s'embarquerade
s'en separerpour tâcher
de l'ou blier.Mais commenteût-ilpû l'oublier?
sonmari ne luiparlait
d'aucrechose. Imaginezvousquel embarras étoit
le lien; son ami n'avoit
pas d'autre plaisir quecet
entretien, qui faisoit son
suplice par la contrainte
où il setrouvait. Elle fut
pousséeau point, quel'ami ne voulant pas absolument que le mari lui
parlât de sa femme, le
mari soupçonna la chose. Il n'étoit naturellement que capricieux,
& peu jaloux } & l'ami
setrouvant contraint de
luitoutavouer,lui dit en
même temps qu'il nedevoit pascraindre qu'ilrevît jamais sa femme, puis
qu'il avoit voulu de si
bonne foi s'en separer.En
effet des que le marieut
fait ses affaires, l'ami le
pressaderetournerseul à
Genes,&montaun autre
vaisseau qui venoit en
France,où il avoitenvie
de se venir établir,même
avant son avanture. Ainsi les deux amis se dirent
adieu pour toute la vie.
Le Marchand mari
fut plus song-temps sur
mer qu'ilnecroyoit, Se
battu d'une tempête,
fut contraint de relâcher à larade de. Il
fut contraint d'y sejourner quelques semaines. Cependant il prit
patience,n'ayant plus
qu'un petittrajet à faire
pour revoir sa chere
femme: mais un de ses
caprices le prit, & ce fut
le plus extravagant qu'il
eût eu de sa vie; car craignant de retrouversa
femme trop insensible au
plaisir de le revoir
,
il
voulue lui donner une
alarme: & voyant partir
de la rade où ilétoit un
vaisseauqu'il croyoit
suivrede prés, il chargea
quelqu'un de ce vaisseau
d'un paquet de lettres,
sans dire qui il étoit.
Dans ce paquet étoit une
lettre, qu'il fit écrire par
le Capitaine du vaisseau
oùil étoit, &: cette lettre
adressée à sa femme lui racontoit la mort de son
mari avec les plusten-
dres Ô£ les plus tocuhantes circonstances qu'il
put imaginer; &C pour
donner plusde certitude
àcette faussenouvelle,il
écrivit de sa main propre
unbillet., dont lescaracteres tremblans 6C mal
formez paroissoient d'un
homme mourant, & par
ce billet de cinq ou six lignes il témoignoit à sa
femme qu'étant prés de
quiter lavie,ilemployoit
ses dern iers momens à
lui direunéternel adieu.
Ce dernier caprice paroîtra peu vrai-semblable
: maisce n'est point
ici une avanture où il
s'agisse de vrai-semblance
,
puisque c'est une
simple relation- où l'on
n'a ajoûté aucune cir-q
confiance romanesque.
Ce mari imprudent
s'embarqua peu de jours
aprés, &£ eut trés-m-luvais tem ps,&des évé-
.nomen-s de mercontrai-
r€$àl'impatiencequ'ilavoit
devoirlaréussicedeson billet i car ib n'arriva à Gencs;
que 6. ou7.semainesaprès.
Ceuxquiporterentlalettrefirent aucontraire une
navigation trés-heureuse &
trés-prompte. La lettre fut
renduë àlafemme, quifut à
la mort pendant huitjours.
Il yavoitdéjalongtems
que IIyavoitdéjàlongtemsque
l'amiamoureux étoit arrivé
à Marseille, toûjours tourmentéde son amour; quand
se promenant sur le port,
il vit aborder un' vaisseau
Génois.Ils'informade ceux
quiétoient dedans sileMar-
chand son ami étoit de retour à Genes. Un de ceux à
qui il s'adressa lui dit qu'il
connoissoit sa veuve,& qu'il
l'avoit bissée dans une affliction qui faisoit craindre
pour sa vie.
:
Il seroit difficile d'exprimer les mouvemens divers
dont cet amant & ami fut
agité. Il fut 24. heures dans
uneagitation terrible, &
le lendemain se jetta dans
uiv vaisseau qui reparroit
pour Genes, & se rendit auprès de la veuve, dont il renouvella la douleur par son
arri-
arrivée. Enfinaprès avoir
pleuré quelques jours ensemble, il lui proposa de rétablir Ses affaires en l'épousant. N'ayant point encore
d'enfans de Son mari,& ayât
peu de bien par elle-même,
elle eût eu grand besoin de
se remarier si elle eûtétéveritablementveuve
; cependant l'interêt ne la toucha
point:mais ce Negociant-ci
étoit jeune,assezaimable.En
un mot il ne fut plus question pour elle que du temps
6c des bienseances
;
elle ne
pouvoit se resoudre à se re-
marier après un mois de
veuvage ou environ.Cependant leNegociantétoit obligé de s'en retourner promtement àMarseille.Elleprit
le parti de l'epousersecretement, de quitter Genes,&
d'allers'établir en France avec ce nouveau mari. Elle
n'avoit chez elle qu'unefervante, & une parente de fôn
mari,qui étoit trés-vieille&
trés-folle. Elleluilassatout
te qu'elle avoit, &avec sa
servante seule elle partitdipantàcettevieillequ'ellealloit se jetter dansunConvent;&ellealla 4e marier,
&s'embarquerensuite avec
son mari pour Marseille.
Quelques joursaprés le
premiermari arriva à Genes,&rencontra,avantque
d'entrerchez lui, quelques
amis & voisins, qui ayant vû
réellement sa femme deses-
,'perée & malade à la mort,
exagererentencore son desespoir, pour faire sa courà
son mari, qui courut fort alarméjusqu'à son logis,où
la vieille parente,aprés être
revenuë de la peur que le revenant lui causa, lui raconta d'abord le desespoir de
sa femme
3
6c lui dit ensuite
qu'étant sortie de chezelle,
pour s'aller jetter dans un
Convent, il étoit revenu un
bruit le lendemain que
quelques gens l'avoient vû
aller du côté de la mer, &
même que quelques autres
l'avoient vû s'y precipirer.
Lavieillefolle luiconfirma
ce dernier bruit, qui n'avoit
nul fondement que quelques préjugez de bonnes
femmes. Le mari fut déja
fort malade de ce premier
coup :
maisil ne sur au desespoir quecontre lui-même;&
aprés être un peu revenu à
lui,&avoirsuivideplusprés
les bruits differens qui couroient, il apprit feulement
qu'onl'avoit vû monter avec un homme pour Marseille. La douleur,la rage lui
donnerent une attaqueplus
vive que la premiere,&il fut
deux jours dans unesituation cruelle,sanssavoir quel
parti prendre. Enfin ayant
pris celui d'aller à Marseille
pour approfondir la chose,il
y
arriva dans un état pitoyablé, & ressemblant plûtôt à
un spectre qu'à un homme.
Il demanda,enarrivant,de
nouvelles de son ami, eiperant se conioler au moins
avec lui de son malheur, Se
qu'il lui aideroit à faire des
perquisitionsdecelui qui avoit enlevé sa femme à Gcmes. Il n'eut pas de peine à
trouver oùlogeoit sonami,
tkle hazard voulut que ceux
qui luienseignement son logisne lui parlerentpoint
qu'il eût une femme avec
lui, jusqu'à ce qu'il fut parvenu à la porte de sa chambre, que lui ouvrit un valet
nouveau des nouveaux mariez,qui le pria d'atendre un
moment, parce que lafemme de Monsieur étoitavec
lui.Le pauvre homme n'eut
d'abord aucun soupçon de la
verité:mais crutque son ami
Vétoit marié parraison3 on
pour oublier la femme; &.Çc
Croyant assez intime ami
pour encrersans ceremonie,
:&, troublé d'ailleurs par son
malheur, il pouffa la porte
sortement,&entra malgré
le valet dans une fécondé
chambre, où le mari & la
femme étoient tête à tête.
On ne peut pas exprimer
l'effet de cette apparition.
La femme prit son mari
pour un deterré,outre qu'il
en avoir assezl'air;la vue de
sa femme le rendit-immobi-
le comme un [peétre. La
femme tomba à la renverse,
& le revenant tomba un
moment après, ôc ne releva
de cette chute que peur languir quelques jours. Il pardonna en mourant à son ami
6c àsa femme, à qui illaissa
même une partie de son
bien.Ils furent si penetrés de
douleur l'un & raurre,qu'iIs
font encore à present enretraite chacun dans un Convent.On,¡}e sçait point combien durera cette separation
volontaire:maisils n'ont pas
eu un moment de santé depuis cette triste catastrofe
Fermer
Résumé : LETTRE DE GENES. Evenement singulier d'une mort arrivée au mois de Juin 1712.
La 'Lettre de Gênes' raconte une série d'événements survenus en juin 1712, impliquant un riche marchand superstitieux et son épouse. Le marchand, bien que craignant que son premier voyage maritime lui porte malheur, fut poussé par son avarice à partir. Pour renforcer sa résolution, il se rendit amoureux d'une belle personne qu'il épousa. Cependant, un caprice le poussa à tester la fidélité de son épouse en partant pour un voyage aux Indes, malgré les supplications de celle-ci de l'accompagner. Un ami du marchand, secrètement amoureux de son épouse, s'opposa à son départ et réussit à convaincre le marchand de laisser son épouse à terre. Le marchand partit seul et, après plusieurs semaines en mer, décida de faire croire à sa femme qu'il était mort en lui envoyant une lettre falsifiée. Cette lettre plongea l'épouse dans un désespoir profond. Pendant ce temps, l'ami amoureux, ayant appris la fausse nouvelle de la mort du marchand, se rendit à Gênes et épousa secrètement la veuve. Quelques jours plus tard, le marchand revint à Gênes et découvrit la trahison. Il se rendit à Marseille, où il trouva son ami et son épouse. La surprise et le choc le tuèrent. Avant de mourir, il pardonna à son ami et à son épouse, leur laissant une partie de sa fortune. Les deux coupables, rongés par la culpabilité, se retirèrent chacun dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
72
p. 168-231
HISTOIRE.
Début :
On m'a conté une Avanture du Carnaval, qui vous [...]
Mots clefs :
Cavalier, Financier, Amour, Fortune, Engagement, Mariage, Obstacle, Conversation, Billet, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE.
ON m'a conté une Avanture
du Carnaval , qui
vous fera voir que le
ve
ritable amour n'eft point
volontaire . Une Veuve
tres - bien faite , n'ayant
point d'Enfans , & eftant
encore dans ſes plus belles
années , joüiffoit avec
plaifir de la liberté que
luy donnoit le Veuvage.
Parmy ceux qui la voyoient
, un Cavalier d'un
fort
GALANT. 169
fort grand mérite , luy
rendoit des foins affez
affidus . Il avoit beaucoup
d'efprit , & fortoit d'une
Maiſon qu'une ancienne
Nobleffe égaloit aux plus
illuftres. La Dame , à qui
fon attachement eftoit
gloricùx , ſe fit un honneur
d'entreprendre fa
conquefte ; & pour ne la
manquer pas , elle cut
pour luy des manieres
engageantes
, qui luy firent
prendre un com-
Fanvier 1713 .
P
170 MERCURE
mencement d'amour. Il
luy conta des douceurs ,
luy dit cent fois qu'elle
eftoit aimable ; & le plaifir
de la voir luy eſtant :
fenfible , il crut l'aimer
tout de bon , & fans prendre
foin de bien connoiftre
fon coeur , il l'abandonna
à un penchant indifcret
qui l'obligea enfin
de fe déclarer. Cette
déclaration
fut receue
avec plaifir. On la fouhaittoit
depuis longGALANT
. 171 :
temps , & le Cavalier
plaiſant
à la Dame , l'affaire
euft efté prompte-
:
ment concluë
, fans l'obftacle
d'un vieil Oncle
dont il heritoit , & qui
s'eftoit mis en tefte de le
marier à fa fantaiſie. Cet
Oncle eftoit un Gentilhomme
d'Anjou , qui
pour retenir le Cavalier.
dans fon voifinage , taf
choit de luy ménager un
Party fort riche . La Demoiſelle
qu'il euft bien :
A
P ij
172 MERCURE
voulu luy faire époufer ,
n'avoit pas encore treize
ans. Elle eftoit laide
donnoit peu de marques
d'avoir un jour de l'efprit
, & tout fon mérite
eftant dans fon Bien , ce
feul avantage ne pouvoit
fuffire au Cavalier ,
pour qui la beauté eſtoit
un grand charme. Il dit
à la Dame qu'elle devoit
peu s'inquiéter d'une recherche
que l'on faifoit
malgré luy , & dans laGALANT.
73
quelle quantité de Concurrens
le traverſoient.
Il fut réfolu
, que pour
empefcher qu'elle n'euft
des fuites , il fe rendroit
auprés du vieil Oncle, &
que fans luy découvrir
qu'il cuft de l'engagement
, il le prieroit de le
laiffer libre dans le choix
d'une Maiftreffe . Il fit ce
voyage , & négocia fi
bien , que les Parens de
la Demoiſelle diférant
toûjours à s'expliquer
Piij
174 MERCURE
afin d'avoir à choisir entre
plus de Prétendans ,
le vieil Oncle luy permit
de fe marier felon
fon coeur. Il le quitta ,
fort ravi de ce fuccés:
fans luy avoir parlé de
la Dame , & à fon retour
il alla coucher chez un
Gentilhomme de fes
Amis , qui faifoit ſon ordinaire
fejour dans une
fort belle Terre à dix ou
douze lieues de Paris. Le
Gentilhomme le retint le
GALANT. 175
lendemain , & pour l'obliger
à ne point partir ,
il le pria d'un Soupé qu'il
donnoit ce jour - là mẹfme
à une fort belle Compagnie
, l'affurant qu'il
verroit des Dames d'un
affez bon air , & entr'autres
une tres aimable Parifienne
, en faveur de qui
il ne vouloit point le prévenir.
L'Aſſemblée eftoit
de dix ou douze Perfonnes
, de l'un & de l'autre
fexe . La Belle , dont
Piiij
176 MERCURE
le
Gentilhomme luy
avoit parlé , s'y trouva
avec fa Mere. C'eftoit
une grande Brune , dont
tous les traits eftoient
animez , & qui brilloit
d'un éclat que les plus indifferens
ne
fouftenoient
qu'avec
peine . Son ef
prit refpondoit
à ſa beauté.
Elle l'avoit délicat
& vif , & tant d'agrément
eftoit joint à fes
manieres , qu'elle ne difoit
ni ne faifoit rien qui
GALANT. 177
ne donnaft lieu de l'admirer.
Le Cavalier qui
avoit beaucoup d'uſage
du monde , trouva mo
yen d'entrer avec elle
dans une maniere de
converfation galante ; &
fi fa perfonne luy avoit
d'abord paru toute aimable
, il fut charmé de
fon entretien . Elle parloit
finement , & ſes reponfes
à ce qu'on luy
difoit d'obligeant , ef
toient accompagnées de
178 MERCURE
certains
regards qui pe
nétroient
juſqu'au
coeur,
Tant que dura le Soupé
, il eut les yeux attachez
fur elle ; & quand
il fut ſeul avec ſon Amy,
il ne luy put parler d'autre
choſe. Comme
il
il avoit fçu fon nom , il
luy demanda
dans quel
Quartier elle logeoit à
Paris ; fi elle y feroit
bientoft de retour , & fi
fa Famille eftoit fort confidérable.
Son Amy qui
GALANT . 179
remarqua fon empreffement
à s'informer d'elle ,
luy dit en riant
prift garde à luy , que la
Demoiſelle
eftoit dangereufe
, & qu'il devoit
› qu'il
bien fe confulter avant
que chercher à la mieux
connoiftre . Il adjouſta
qu'elle paffoit ordinairement
tout l'Eté à la
Campagne , qu'elle ef
toit d'une Maiſon plus
noble que riche › que
s'il l'alloit voir on le re180
MERCURE
cevroit la premiere fois
avec beaucoup de civilité
, mais qu'aſſurément
on l'obligeroit de s'expliquer
dés la feconde vifite,
fa Mere vivant dans
la plus exacte régularité ,
& s'alarmant auffi- tost
de la veuë d'un Homme
, qui rendoit des foins
fans parler de Mariage .
Le Cavalier refva un
moment , & ne voulut
plus fçavoir où logeoit
la Belle. Il partit le jour
GALANT: 181
fuivant , & quoy qu'il
puft faire pour bannir
l'image qu'il en conſervoit
, il n'en fceut venir
à bout. Cette charmante
Perfonne luy eftoit toufjours
préfente , & il rêntra
à Paris l'efprit remply
d'elle. La Dame
pour qui il avoit fait
ce voyage , fçavoit à peu
prés jour de fon arriv
ée , & comme en le
revoyant elle avoit lieu
d'attendre de luy de
182 MERCURE
grandes marques de
joye , il fe trouvoit fort
embaraſſé de ne pouvoir
fe montrer à elle qu'avec
un eſprit diftrait . Il alla
la voir fi toft qu'il fut de .
retour , & fans trop fçavoir
pourquoy
,
cacha qu'il eut gagné
le vieil Oncle , & fe contenta
de dire qu'ayant
commencé de l'ébranler,
il avoit laiffé auprés de
luy des Gens qui feroient
le refte. Il gagnoit du
il
luy
GALANT . 183
temps par là , & fi quelquefois
il luy efchapoit
quelque refverie , il s'en
excufoit fur les nouvelles
qu'il difoit avoir receues
moins favorables
que fa paffion ne ſe les
eftoit promifes. Cependant
par la maniere dont
fon coeur eftoit touché ,
pour avoir veu une ſeule
fois la belle Brune , il
ouvrit les yeux fur le
faux amour qu'il avoit
pris pour la Dame , &
184 MERCURE
ne fentant point pour
elle la force de ce panchant
, qui l'entraifnoit
malgré luy vers l'autre
il commença
de trembler
de l'engagement où
il s'eſtoit mis . La Dam
qui s'ennuyoit du retardement
, luy dit plufieurs
fois qu'elle avoit
du Bien pour lui , &
elle , & que l'intéreſt
n'ayant point de
part à fon amour , elle
eftoit preſte à lui en donpour
elle
ner
GALANT. 185 .
ner des preuves fenfibles,
en l'époufant fans l'aveu
de l'Oncle. Le Cavalier
oppofoit tousjours que
ce feroit renoncer à une
importante Succeffion ,
& qu'il valoit mieux fe
contraindre encore pendant
quelque temps , que
de s'expoſer
à faire une
pertè fi confiderable
. La
belle faifon finit , & le
Cavalier , guéry enfin
par le temps d'une idée
flateufe qui l'avoit trop
Tanvier
1713. Q
186 MERCURE
occupé , fe préparoit à
dire à la Dame que fon
amour n'avoit plus d'obftacle
, lors qu'eftantvenu
un matin chez elle , il vit
entrer tout d'un coup
une Perfonne affez né
gligée , qui la courant
embraffer , en fut embraffée
de mefme avec
de fort tendres marques
d'une amitié réciproque
.
C'eftoit juſtement la bel
le Brune , qui eftant arrivée
de la Campagne
le
GALANT. 187
föir précedent , avoit
voulu la furprendre fans
luy faire faire aucun meſfage.
Elle demeuroit dans
fa mefme rue , & ce voi,
finage avoit donné lieu à
leur amitié. Jugez de l'étonnement
du Cavalier ,
quifrappéencore plus vi
vement par cette feconde
yeuë , eut de la peine à
cacher fon trouble. Il fit
compliment à cette belle
Perfonne ; & de la maniere
qu'il le fit, la Dame
Q ij
188 MERCURE
connut que ce n'eftoit
pas la premiere fois qu'ils
fe voyoient. Elle apprit
la rencontre du Soupé ,
& dit au Cavalier en
riant , que comme il verroit
ſouvent fon Amie
chez elle , c'eſtoit à luy à
ſe munir de fidelité pour
fe fauver de fes charmes .
On plaifanta là - deffus
& la converfation devint
tres- fpirituelle . Le Cavalier
qui reprit foudain
fon premier feu , réfolur
GALANT. 189
plus que jamais de faire
valoir l'obftacle de l'Oncle.
Rompre avec la Da
me , fe faire aimer de la
Belle , & obtenir l'une
fans ſe la voir diſputer
par l'autre, c'eſtoient des
chofes qui luy paroif
foient comme impoffi
bles ; mais il aimoit }
& quelques difficultez
qu'on ait à combatre , il
pour
fe
fuffit qu'on aime
mettre en tefte que l'on
peut furmonter tout!
190 MERCURE
L'affiduité qu'il avoit de
puis long - temps auprés
de la Dame , luy donnoit
occafion de fe rencontrer
chez elle dans les heures
que la Belle choififfoit
pour la venir voir . Il en
manqua peu , & s'obfer
va avec tant de foin , que
s'il tâchoit de luy paroiftre
agreable , c'eftoitfeu
lement par un enjoüe→
ment d'efprit , auquel il
fembloit que le coeur
n'euft point de part. L
GALANT . 191
faifoit des Vers . La Belle
en faifoit auffi d'affez naturels
; & comme il luy
en donnoit devant la
Dame , qui marquoient
avec des expreſſions trespaſſionnées
, combien il
tiroit de gloire du choix
qu'il avoit fait pour ai
mer , elle ne faifoit aucune
façon d'en apporter
d'autres quelques jours
aprés , qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui meri192
MERCURE
toit le mieux d'eftre aimée.
Tous les Vers du
Cavalier eftant faits d'u
ne maniere qui les faiſoit
appliquer à l'engagement
qu'il avoit avec la
Dame , elle n'eut aucun
foupçon de cejeu d'efprit
qui fe pratiquoit ouvertement
, & qui paroiffoit
tourner à fon avantage.
Ce fut par là cependant
que le Cavalier vint
à bout de fon deffein . Un
jour que la Dame l'avoit
laiffé
GALANT. 193
>
laiffé feul avec la Belle
il luy dit , en luy jettant
des regards tout pleins
d'amour,qu'il faifoit parfaitement
, ce que fes
Vers luy faifoient connoiftre
qu'elle fouhaitoit
qu'il fit ; c'eſt- à dire qu'il
aimoit
tousjours de plus
en plus la belle Perfonne
pour qui les fiens eftoient
faits. La Belle luy répondit
que fon Amie eftoit
trop aimable
pour n'inf
pirer pas la plus forte
Fanvier 1713. R
194 MERCURE
paffion ; & fur ce qu'il
adjouſta qu'il ne ſe tiendroit
heureux , que quand
fes Vers luy plairoient ,
faits pour une autre que
fon Amie , elle rougit,
demeura embaraſſée,
& quelque effort qu'elle
pour
fit
pour
cacher fon trouble
en détournant
le difcours
, il s'aperceut
aiſément
qu'elle eftoit entrée
dans ce qu'il avoit voulu
luy faire entendre , &
eut grande joye d'avoir
GALANT . 195
fait ce
premier pas. La
Dame rentra , & le Cavalier
demeura fort enjoüé.
Il fit d'autres Vers.
La Belley répondit à fon
ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmentet
tousjours ſa paſfion
, luy faiſant croire
qu'elle confentoit à eſtre
aimée , il réfolut de fe déclarer
fans aucun détour,
& profita pour cela des
moindres
occafions qu'il
cut de luy parler feul,
Rij
196 MERCURE
La Belle le traita d'extravagant
; mais quoy qu'elle
fit des plaifanteries de
tout ce qu'il luy diſoit de
paffionné , elle l'écoutoit
quoy qu'il vouluſt dire ';
ou fi quelquefois la bienféance
l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit
la honte que fon infidelité
luy attireroit , la
douceur de fes regards
l'invitoit fecretement à
eftre infidelle, Comme
GALANT. 197
des
jamais il n'avoit
momens
à l'entretenir
, il
que
ne pouvoit s'expliquer
affez pour luy ofter ſes
fcrupules ; mais c'eftoit
tousjours beaucoup pour
fuy , qu'elle connuſt les
fentimens de fon coeur.
& qu'elle en fift un ſecret
à fon Amie. Tandis
que fa paffion prenoit
d'agreables efpérances
il arriva une choſe qui
luy fit croire que tout
confpiroit à le rendre
,
R iij
198 MERCURE
20
9: heureux. Un Financier ,
Favory de la Fortune ,
& qui fans aucun mérite
eftoit parvenu à de
grands Biens , ayant veu
la Dame en quelque lieu ,
fe laiffa piquer de fon
agrément , & ne doutant
point que le brillant de
fon or n'euft dequoy
charmer les plus délicates
, il la vint voir dés le
lendemain , & débuta
par le mariage. Il n'aimoit
point à languir , &
THEQUE
BEE
GALANT. 12
prompte déclar
une fi
tion luy épargnoit des
cerémonies d'Amant qui
YON
DE
LA
VILLE
n'eftoient point de fon
caractere.Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre
ébloüye par le
Bien , elle crût que fes
affaires n'en iroient que
mieux , fi le Cavalier
craignoit de la perdre ;
& dans cette veuë , elle
répondit avec beaucoup
de reconnoiffance à la déclaration
du Financier ,
R iiij
100
MERCURE
& le pria feulement de
luy accorder un mois ,
pendant lequel ils fe connoiftroient
l'un l'autre.
Leterme eftoit long pour
luy . Il vouloit conclure ;
& fi la Dame l'euft crû ,
deux jours auroient terminé
la chofe . Il falut
pourtant qu'il s'accommodaft
du retardement
.
Elle conta l'avanture au
Cavalier , & la crainte
qu'il devoit avoir d'un
Rival fi
redoutable , ne
GALANT. 201
luy donna point plus
d'empreffement pour l'époufer.
Il dit à la Dame,
que plus la Fortune la
favorifoit , plus il fe
croyoit indigne qu'elle y
renonçaft pour luy , s'il
ne s'affuroit la Succeffion
de l'Oncle ; que cet Oncle
refuſoit tousjours de
s'expliquer , & qu'il falloit
attendre fa mort , qui
ne pouvoit qu'eftre proche
ou que fes Amis
euffent obtenu le confen
402 MERCURE
tement qu'il luy faifoit
demander. Il cruft la rebuter
par cette réponſe ,
& elle de fon cofté demeura
perfuadée qu'en
voyant fouvent le Financier
, elle le rendroit jaloux
, & que craignant
qu'elle ne changeaft ,
égards
il cefferoit d'avoir les
qui
choient de conclure Ainfi
elle fit tousjours bon
vifage au Financier
quoy que fes manieres
>
l'empefGALANT.
203
luy dépluffent ; & le Cavalier
par politique , luy
témoignoit quelquefois
qu'il en eftoit alarmé.
Elle répondoit qu'il avoit
fujet de l'eftre , que les
Femmes n'eftoient pas
tousjours conftantes , &
qu'un Financier qui offroit
toute forte d'avantages
, eftoit un Rival à
craindre. Le Cavalier ñe
fouhaitant rien plus ardemment
que de le voir
infidelle , luy diſoit en
204 MERCURE
ſoûpirant , que s'il arrivoit
que fon Rival fuft
heureux , il ne ſe plaindroitque
de fon malheur.
Pendant ce temps , le Financier
vit la belle Bru
ne. Comme elle plaifoit
à tout le monde , il ne
faut pas s'eftonner fi elle
luy plut. Il apprit qui
elle eftoit , & dit à la
Dame fort naïvement
qu'il eftoit fafché de ne
l'avoir pas connuë avant
elle ; qu'ayant tres - peu
GALANT. 205
de fortune , elle auroit
fur l'heure conſenti à l'efpoufer
, & n'euft pas mis
fon amour à une filongue
efpreuve. Cela luy
donnoit un nouveau prétexte
de preffer la Dame,
qui aprés pluſieurs remifes
eftoit fort embaraffée
de fe voir enfin dans les
derniers jours du Carnaval.
Le Financier prenoit
pour affront qu'elle prétendit
le faire encore attendre
aprés Pafques ; &
206 MERCURE
comme le temps qu'il
avoit efté contraint de
luy accorder , étoit expiré
depuis plus de quinze
jours , il vouloit abfolument
terminer ou
rompre
. Les chofes
eftoient
en cet eftat, quand
le Cavalier flaté des marques
d'estime qu'il rece,
voit de la belle Brune ,
crut qu'il y alloit de tout
fon bonheur de s'expliquer
avec elle plus pré:
cifément qu'il n'avoit
GALANT . 207
fait . Il l'attendit à l'Egli .
fe, d'où il revint plufieurs
fois fans luy parler , parce
qu'elle accompagnoit
fa Mere ; & enfin l'ayant
un jour trouvée feule , il
l'arrefta dans le temps
qu'elle en fortoit. La
Belle , à qui les occafions
de l'efcouter n'eftoient
pas tousjours préfentes ,
receut affez agreablement
tout ce qu'il luy dit
de fon amour ; & commeil
la preffoit de ſe dé208
MERCURE
clarer , elle répondit que
lors qu'il feroit fans engagement,
il n'auroit pas
lieu de fe plaindre d'elle.
L'inquiétude qu'elle fit
paroiftre d'eftre dans un
Lieu où elle pouvoit eſtre
obfervée , l'obligea de la
prier de luy en marquer
un autre , où il puſt en
liberté luy faire connoiftre
qu'elle n'avoit rien à
craindre d'un engagement
qui eftoit preſt de
finir. Elle ne luy fit aucune
GALANT . 209
cune réponſe , ſon Amie
ayant paru dans le mefme
temps. Elle venoit à
l'Eglife , & les avoit apperceus
de loin. L'action
avec laquelle
ils parloient
, luy ayant eſté
fufpecte , elle fut furpri
fe , quand elle aborda
la Belle , de la voir embaraffée.
Elle feignit de
ne le point remarquer ,
& aprés quelques paroles
des plus obligeantes ,
elle la quitta , & donna
Fanvier 1-13.
S
210 MERCURE
la main au Cavalier. Ils
entrerent à l'Eglife , &
la Belle alla chez elle . La
Dame eut déslors quelque
foupçon de l'amour
du Cavalier , & l'impatience
de s'en éclaircir ne
luy coufta pas de longues
peines , puifque le
hazard la fatisfit dés le
lendemain
. Elle régaloit
le foir une belle Compagnie
; & le Cavalier
qui s'eftoit rendu chez
elle avant tous les autres ,
,
GALANT. 211
laiffa tomber un Billet.
Elle mit le pied deſſus
fans qu'il y prift garde ,
& fe baiffantcomme pour
remedier à un Soulier
qui l'incommodoit , elle
s'en faifit adroitement.
& l'alla lire fi-toft qu'il
fut venu d'autre monde,
Elle reconnut foudain
l'écriture de la Belle. Le
Billet portoit , que s'il
vouloit continuer la converfation
dans laquelle
ils avoient efté interrom-
S ij
212 MERCURE
pus le jour précedent , il
pouvoit fe rendre fur les
onze heures du foir chez
Madame la Marquiſe de..
à qui on donnoit le Bal ;
que cette Maiſon eſtant
tres- voifine , elle y viendroit
en Egyptienne , &
qu'il pourroit luy faire
connoiftre s'il eftoit vray
que fa bonne fortune dépendiſt
d'elle. La lecture
de ce Billet convainquit
la Dame de l'intelligence
du Cavalier & de fon
GALANT . 213
Amie. Pour mieux fçavoir
jufqu'où elle alloit ,
elle fongea auffi - toſt à
prendre la place , ne dou
tant point que l'amourne
rendift le Cavalier dili
gent , & qu'elle ne puft
prévenir la Belle , en ve
nant au lieu marqué avant
l'heure qu'elle luy a
voit donné. Elles eftoient
toutes deux de la mefme
taille , & fous un mafque
, elle pouvoit déguifer
fa voix. Ce deffein ef
214 MERCURE
tant formé , elle donna
ordre à fa Suivante , de
luy tenir preſt un Habit
d'Egyptienne , & vint
retrouver la Compagnie
dans un enjoüement qui
ne pouvoit mieux cacher
qu'elle euft quelque chofe
en tefte . On foupa , &
incontinent aprés , elle
propofa diverfes tables de
Jeu. Elle fe mit d'une partie
d'Hombre; & leCavalier
qui avoit prié qu'on
le difpenfaft d'en eftre ,
1
GALANT . 215
fe retira dans le mefme
temps qu'il luy vit tenir
des Cartes. La Dame n'en
perdit point. Elle obligea
une Amie de prendre fon
Jeu pendant une heure ,
& eftant montée dans
fon Cabinet , elle s'habilla
fort
promptement
, &
courut au rendez - vous .
Elle eut bien- toft apperçeu
le Cavalier , qui
dans fon impatience obfervoit
tous les Maſques
qui entroient , & qui
216 MERCURE
voyant une Egyptienne ,
fut aifément trompé par
fa taille. Elle luy dit , en
le tirant un peu à l'écart ,
que fa ponctualité luy
devoit faire connoiftre
combien elle avoit trou
vé de charmes dans la
converfation qu'elle venoit
luy donner moyen
de pourfuivre. Les remercimens
du Cavalier furent
meflez de mille affurances
du plus tendre amour
, & aprés qu'il en
eur
GALANT. 217
cut exageré toute la force
, il luy dit qu'elle devoit
avoit l'efprit en repos
fur les reproches qui
lui
paroiffoient à craindre
du cofté de fon .
Amie ; qu'eftant réfolu
de ne
l'efpoufer jamais ,
il s'en
défendoit depuis
plus de quatre mois , fur
le prétendu obftacle d'un
Oncle qui ne lui cauſoit
aucun
embarras ; que rebutée
des
longueurs de
cet obftacle
Fanvier 1713 .
elle avoit
T
418 MERCURE
prefté l'oreille à un Financier
, dont le grand
Bien commençoit
à l'ébloüir
qu'il fe conduiroit
de fortequ'il l'obligeroit
enfin à ne pas laiffer
efchaper une fi grande
fortune ; & que quand
le Financier l'auroit efpoufée
, rien ne s'oppo
fant à leur amour , il leur
feroit fort aifé de le faire
réuffir , fans que l'un ny
l'autre en receuffent aus
cun blâme. La Dame
GALANT. (-119
feignit d'eftre fort contente
, & dit que pour
veu qu'il fuft conftant ,
elle voyoit tout à efperers
mais qu'il prift bien garde...
Il ne fouffrit point
"
qu'elle achevaft , & mille
fermens qui luy firent
voir la plus violente paffion
, furent la fin de cet
entretien
. La Dame parlant
tousjours au nom de
la Belle , témoigna craindre
que fa Mere qu'elle
-diſoit avoir laiffée endor-
Tij
240 MERCURE
mie , ne la demandaſt fi
elle venoit à s'éveiller ,
& elle fe hafta de fortir
fous ce prétexte. Le Ca-
-valier voulut la condui
re ; mais elle ufa d'une
autorité fi abfoluë pour
le faire demeurer , qu'il
fut contraint de luy
obeïr. Il refta peu dans
cette Aflemblée , & alla
chez luy refver en repos
à fon bonheur. La Belle
n'eftant venue qu'à minuit
, parce que fa Mere
GALANT. 12 #
s'eftoit couchée tard , l'at
tendit jufqu'à une heure,
& s'en retourna pleine
de dépit qu'il euft fäit ſi
peu de cas du feul rendez-
vous qu'il avoit eu
d'elle. Ce que je viens de
yous dire arriva le Jeudy
gras. Le lendemain , le
foin de la Dame fut d'e
•
xécuter ce qu'elle avoit
médité toute la nuit . Le
Financier vint la voir ; &
la preffa , comme il avoit
déja fait plus d'une fois ,
Tiij
22 MERCURE
de luy déclarer détermi
nement ce qu'elle avoit
réfolu de faire. Quelque
Bien qu'il euft , elle ne
balançoit point à demeurer
tousjours Veuve
plutoft que de faire un
choix qui gefnaft ſon
coeur , mais le Financier
luy eftoit utile pour la
yangeance qu'elle s'eſtoit
propolée. Elle connoiffoit
fon foible , & le
.
yoyant
dans l'enteſte
..
ment de ſe marier
avant
GALANT. 223
le Carefme , elle affecta
une bonne foy dont il
n'avoit aucun intéreſt à
développer
la caufe,
Aprés lui avoir marqué
grande paffion de le voit
tousjours de fes Amis
elle luy dit qu'elle avoit
tafché de rompre un engagement
fecret que le
Cavalier & elle avoient
pris enfemble , & què
n'en pouvant
venir à
4
bout , elle le prioit , puis
qu'il eftoit impoffible
Tiiij
124 MERCURE
qu'elle fe donnaft à lui ;.
de vouloir bien eſpouſer
une autre elle- mefme ;
qu'il connoiffoit fon Ame
; qu'elle eftoit tresbelle
, avoit mille bonnes
qualitez , & qu'en failant
la fortune d'une Fille de
naiffance , il trouvoit &
moyen de fe rendre heu
reux. Le Financier , dont
les yeux régloient l'amour
, n'eut aucune per
ne à confentir à l'échange.
Il répondit que la.
GALANT. 223
a
Demoiſelle luy plaifoit
affez , mais qu'il ne vou
doit donner aucune paro
le , à moins qu'on ne
Faffuraft que le Mariage
fe feroit en vingt- quatre
heures. La Dame qui ne
fouhaitoit rien tant que
la promptitude , fe chargea
du foin de cette affaire
, & luy demanda
le refte du jour pour la
propofer à la Mere de la
Belle. Jamais propofition
ne pouvoit donner plus :
226 MERCURE
de joye à cette Meré . II
fut arrefté qu'on garderoit
le fecret , & que 122
Fille elle mefme n'apren--
droit rien de ce Mariage
,
que dans le moment qu'il
faudroit qu'elle fignaft.
Le jour fuivant , qui ef
toit le Samedi , la Dame
amena le Financier chez
la Mere. Il l'entretint en
particuliers Le Notaire :
vint , & l'on fit alors fçavoir
à la Belle pourquoy
onl'avoit mandé . Le ton
GALANT . 227
abfolu dont fa Mere luy
parla , la haute fortune
que lui affuroit ce Maria!
ge , & le fujet qu'elle
croyoit avoir de fe plain
dre des mépris du Cava
lier , tout cela lui fit une
impreffion fi forte , qu'el
le figna comme on le
voulut. Le Financier
plein de joie , alla donner
ordre aux Bans , &
en fit publier un le lendemain
à la grande Mef
fe , aprés laquelle on les
28 MERCURE
maria . La Cerémonie ver
noit d'eftre faite , quand
le Cavalier entra dans
l'Eglife . Il connut bientoft
par l'empreffement
des Curieux , qu'il y
avoit une Mariće ; & en
tendant dire qu'elle eftoit
de qualité , il s'avança
pour la voir. Quel coup
de foudre quand il remarqua
la Belle ! Il fit
un cry qui furprit tous
ceux qui l'entendirent .
La Dame , qui eftoit du
n..
GALANT. 229
Mariage , tourna la teſte
vers luy , & fe fépara de
la Compagnie
, pour fe
donner le plaifir d'aller
infulter à fa douleur.
Ah , Madame , qu'ay-je
veu , lui dit- il tout conf-
-terné ? Sa réponſe fut
qu'elle eftoit contente ,
puis que le chagrin où il
eſtoit luy faifoit connoiftre
que rien ne manquoit
-à fa vangeance. Alors
elle luy parla du Billet
trouvé , de fon Perfon-
*
250 MERCURE
#
nage d'Egyptienne , du
bonheur qu'elle avoit eu
de marier promptement
la Belle ; & aprés luy
avoir dit qu'il pouvoit
donner fon coeur fans
appréhender qu'elle y
miſt obſtacle , elle le quita
, en luy défendant de
la voir jamais. Il demeura
abîmé dans fa douleur,
& le defefpoir d'avoir
perdu par fon imprudence
la feule perfonne qu'il
fe fentoit capable d'aiGALANT
. 431
mer , le rendant i confolable
, il abandonna Paris
, pour cacher à ſes
Amis l'accablement où
il fe trouvoit. On ne m'a
point dit fila fierté de la
Dame l'a guérie de fon
amour. Je fçay ſeulement
que le Financier
adore la Belle , & que
l'abondance où elle eft
de toutes chofes ne
luy laiffe aucun fujet de
regreter ce qu'elle a perdu.
ON m'a conté une Avanture
du Carnaval , qui
vous fera voir que le
ve
ritable amour n'eft point
volontaire . Une Veuve
tres - bien faite , n'ayant
point d'Enfans , & eftant
encore dans ſes plus belles
années , joüiffoit avec
plaifir de la liberté que
luy donnoit le Veuvage.
Parmy ceux qui la voyoient
, un Cavalier d'un
fort
GALANT. 169
fort grand mérite , luy
rendoit des foins affez
affidus . Il avoit beaucoup
d'efprit , & fortoit d'une
Maiſon qu'une ancienne
Nobleffe égaloit aux plus
illuftres. La Dame , à qui
fon attachement eftoit
gloricùx , ſe fit un honneur
d'entreprendre fa
conquefte ; & pour ne la
manquer pas , elle cut
pour luy des manieres
engageantes
, qui luy firent
prendre un com-
Fanvier 1713 .
P
170 MERCURE
mencement d'amour. Il
luy conta des douceurs ,
luy dit cent fois qu'elle
eftoit aimable ; & le plaifir
de la voir luy eſtant :
fenfible , il crut l'aimer
tout de bon , & fans prendre
foin de bien connoiftre
fon coeur , il l'abandonna
à un penchant indifcret
qui l'obligea enfin
de fe déclarer. Cette
déclaration
fut receue
avec plaifir. On la fouhaittoit
depuis longGALANT
. 171 :
temps , & le Cavalier
plaiſant
à la Dame , l'affaire
euft efté prompte-
:
ment concluë
, fans l'obftacle
d'un vieil Oncle
dont il heritoit , & qui
s'eftoit mis en tefte de le
marier à fa fantaiſie. Cet
Oncle eftoit un Gentilhomme
d'Anjou , qui
pour retenir le Cavalier.
dans fon voifinage , taf
choit de luy ménager un
Party fort riche . La Demoiſelle
qu'il euft bien :
A
P ij
172 MERCURE
voulu luy faire époufer ,
n'avoit pas encore treize
ans. Elle eftoit laide
donnoit peu de marques
d'avoir un jour de l'efprit
, & tout fon mérite
eftant dans fon Bien , ce
feul avantage ne pouvoit
fuffire au Cavalier ,
pour qui la beauté eſtoit
un grand charme. Il dit
à la Dame qu'elle devoit
peu s'inquiéter d'une recherche
que l'on faifoit
malgré luy , & dans laGALANT.
73
quelle quantité de Concurrens
le traverſoient.
Il fut réfolu
, que pour
empefcher qu'elle n'euft
des fuites , il fe rendroit
auprés du vieil Oncle, &
que fans luy découvrir
qu'il cuft de l'engagement
, il le prieroit de le
laiffer libre dans le choix
d'une Maiftreffe . Il fit ce
voyage , & négocia fi
bien , que les Parens de
la Demoiſelle diférant
toûjours à s'expliquer
Piij
174 MERCURE
afin d'avoir à choisir entre
plus de Prétendans ,
le vieil Oncle luy permit
de fe marier felon
fon coeur. Il le quitta ,
fort ravi de ce fuccés:
fans luy avoir parlé de
la Dame , & à fon retour
il alla coucher chez un
Gentilhomme de fes
Amis , qui faifoit ſon ordinaire
fejour dans une
fort belle Terre à dix ou
douze lieues de Paris. Le
Gentilhomme le retint le
GALANT. 175
lendemain , & pour l'obliger
à ne point partir ,
il le pria d'un Soupé qu'il
donnoit ce jour - là mẹfme
à une fort belle Compagnie
, l'affurant qu'il
verroit des Dames d'un
affez bon air , & entr'autres
une tres aimable Parifienne
, en faveur de qui
il ne vouloit point le prévenir.
L'Aſſemblée eftoit
de dix ou douze Perfonnes
, de l'un & de l'autre
fexe . La Belle , dont
Piiij
176 MERCURE
le
Gentilhomme luy
avoit parlé , s'y trouva
avec fa Mere. C'eftoit
une grande Brune , dont
tous les traits eftoient
animez , & qui brilloit
d'un éclat que les plus indifferens
ne
fouftenoient
qu'avec
peine . Son ef
prit refpondoit
à ſa beauté.
Elle l'avoit délicat
& vif , & tant d'agrément
eftoit joint à fes
manieres , qu'elle ne difoit
ni ne faifoit rien qui
GALANT. 177
ne donnaft lieu de l'admirer.
Le Cavalier qui
avoit beaucoup d'uſage
du monde , trouva mo
yen d'entrer avec elle
dans une maniere de
converfation galante ; &
fi fa perfonne luy avoit
d'abord paru toute aimable
, il fut charmé de
fon entretien . Elle parloit
finement , & ſes reponfes
à ce qu'on luy
difoit d'obligeant , ef
toient accompagnées de
178 MERCURE
certains
regards qui pe
nétroient
juſqu'au
coeur,
Tant que dura le Soupé
, il eut les yeux attachez
fur elle ; & quand
il fut ſeul avec ſon Amy,
il ne luy put parler d'autre
choſe. Comme
il
il avoit fçu fon nom , il
luy demanda
dans quel
Quartier elle logeoit à
Paris ; fi elle y feroit
bientoft de retour , & fi
fa Famille eftoit fort confidérable.
Son Amy qui
GALANT . 179
remarqua fon empreffement
à s'informer d'elle ,
luy dit en riant
prift garde à luy , que la
Demoiſelle
eftoit dangereufe
, & qu'il devoit
› qu'il
bien fe confulter avant
que chercher à la mieux
connoiftre . Il adjouſta
qu'elle paffoit ordinairement
tout l'Eté à la
Campagne , qu'elle ef
toit d'une Maiſon plus
noble que riche › que
s'il l'alloit voir on le re180
MERCURE
cevroit la premiere fois
avec beaucoup de civilité
, mais qu'aſſurément
on l'obligeroit de s'expliquer
dés la feconde vifite,
fa Mere vivant dans
la plus exacte régularité ,
& s'alarmant auffi- tost
de la veuë d'un Homme
, qui rendoit des foins
fans parler de Mariage .
Le Cavalier refva un
moment , & ne voulut
plus fçavoir où logeoit
la Belle. Il partit le jour
GALANT: 181
fuivant , & quoy qu'il
puft faire pour bannir
l'image qu'il en conſervoit
, il n'en fceut venir
à bout. Cette charmante
Perfonne luy eftoit toufjours
préfente , & il rêntra
à Paris l'efprit remply
d'elle. La Dame
pour qui il avoit fait
ce voyage , fçavoit à peu
prés jour de fon arriv
ée , & comme en le
revoyant elle avoit lieu
d'attendre de luy de
182 MERCURE
grandes marques de
joye , il fe trouvoit fort
embaraſſé de ne pouvoir
fe montrer à elle qu'avec
un eſprit diftrait . Il alla
la voir fi toft qu'il fut de .
retour , & fans trop fçavoir
pourquoy
,
cacha qu'il eut gagné
le vieil Oncle , & fe contenta
de dire qu'ayant
commencé de l'ébranler,
il avoit laiffé auprés de
luy des Gens qui feroient
le refte. Il gagnoit du
il
luy
GALANT . 183
temps par là , & fi quelquefois
il luy efchapoit
quelque refverie , il s'en
excufoit fur les nouvelles
qu'il difoit avoir receues
moins favorables
que fa paffion ne ſe les
eftoit promifes. Cependant
par la maniere dont
fon coeur eftoit touché ,
pour avoir veu une ſeule
fois la belle Brune , il
ouvrit les yeux fur le
faux amour qu'il avoit
pris pour la Dame , &
184 MERCURE
ne fentant point pour
elle la force de ce panchant
, qui l'entraifnoit
malgré luy vers l'autre
il commença
de trembler
de l'engagement où
il s'eſtoit mis . La Dam
qui s'ennuyoit du retardement
, luy dit plufieurs
fois qu'elle avoit
du Bien pour lui , &
elle , & que l'intéreſt
n'ayant point de
part à fon amour , elle
eftoit preſte à lui en donpour
elle
ner
GALANT. 185 .
ner des preuves fenfibles,
en l'époufant fans l'aveu
de l'Oncle. Le Cavalier
oppofoit tousjours que
ce feroit renoncer à une
importante Succeffion ,
& qu'il valoit mieux fe
contraindre encore pendant
quelque temps , que
de s'expoſer
à faire une
pertè fi confiderable
. La
belle faifon finit , & le
Cavalier , guéry enfin
par le temps d'une idée
flateufe qui l'avoit trop
Tanvier
1713. Q
186 MERCURE
occupé , fe préparoit à
dire à la Dame que fon
amour n'avoit plus d'obftacle
, lors qu'eftantvenu
un matin chez elle , il vit
entrer tout d'un coup
une Perfonne affez né
gligée , qui la courant
embraffer , en fut embraffée
de mefme avec
de fort tendres marques
d'une amitié réciproque
.
C'eftoit juſtement la bel
le Brune , qui eftant arrivée
de la Campagne
le
GALANT. 187
föir précedent , avoit
voulu la furprendre fans
luy faire faire aucun meſfage.
Elle demeuroit dans
fa mefme rue , & ce voi,
finage avoit donné lieu à
leur amitié. Jugez de l'étonnement
du Cavalier ,
quifrappéencore plus vi
vement par cette feconde
yeuë , eut de la peine à
cacher fon trouble. Il fit
compliment à cette belle
Perfonne ; & de la maniere
qu'il le fit, la Dame
Q ij
188 MERCURE
connut que ce n'eftoit
pas la premiere fois qu'ils
fe voyoient. Elle apprit
la rencontre du Soupé ,
& dit au Cavalier en
riant , que comme il verroit
ſouvent fon Amie
chez elle , c'eſtoit à luy à
ſe munir de fidelité pour
fe fauver de fes charmes .
On plaifanta là - deffus
& la converfation devint
tres- fpirituelle . Le Cavalier
qui reprit foudain
fon premier feu , réfolur
GALANT. 189
plus que jamais de faire
valoir l'obftacle de l'Oncle.
Rompre avec la Da
me , fe faire aimer de la
Belle , & obtenir l'une
fans ſe la voir diſputer
par l'autre, c'eſtoient des
chofes qui luy paroif
foient comme impoffi
bles ; mais il aimoit }
& quelques difficultez
qu'on ait à combatre , il
pour
fe
fuffit qu'on aime
mettre en tefte que l'on
peut furmonter tout!
190 MERCURE
L'affiduité qu'il avoit de
puis long - temps auprés
de la Dame , luy donnoit
occafion de fe rencontrer
chez elle dans les heures
que la Belle choififfoit
pour la venir voir . Il en
manqua peu , & s'obfer
va avec tant de foin , que
s'il tâchoit de luy paroiftre
agreable , c'eftoitfeu
lement par un enjoüe→
ment d'efprit , auquel il
fembloit que le coeur
n'euft point de part. L
GALANT . 191
faifoit des Vers . La Belle
en faifoit auffi d'affez naturels
; & comme il luy
en donnoit devant la
Dame , qui marquoient
avec des expreſſions trespaſſionnées
, combien il
tiroit de gloire du choix
qu'il avoit fait pour ai
mer , elle ne faifoit aucune
façon d'en apporter
d'autres quelques jours
aprés , qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui meri192
MERCURE
toit le mieux d'eftre aimée.
Tous les Vers du
Cavalier eftant faits d'u
ne maniere qui les faiſoit
appliquer à l'engagement
qu'il avoit avec la
Dame , elle n'eut aucun
foupçon de cejeu d'efprit
qui fe pratiquoit ouvertement
, & qui paroiffoit
tourner à fon avantage.
Ce fut par là cependant
que le Cavalier vint
à bout de fon deffein . Un
jour que la Dame l'avoit
laiffé
GALANT. 193
>
laiffé feul avec la Belle
il luy dit , en luy jettant
des regards tout pleins
d'amour,qu'il faifoit parfaitement
, ce que fes
Vers luy faifoient connoiftre
qu'elle fouhaitoit
qu'il fit ; c'eſt- à dire qu'il
aimoit
tousjours de plus
en plus la belle Perfonne
pour qui les fiens eftoient
faits. La Belle luy répondit
que fon Amie eftoit
trop aimable
pour n'inf
pirer pas la plus forte
Fanvier 1713. R
194 MERCURE
paffion ; & fur ce qu'il
adjouſta qu'il ne ſe tiendroit
heureux , que quand
fes Vers luy plairoient ,
faits pour une autre que
fon Amie , elle rougit,
demeura embaraſſée,
& quelque effort qu'elle
pour
fit
pour
cacher fon trouble
en détournant
le difcours
, il s'aperceut
aiſément
qu'elle eftoit entrée
dans ce qu'il avoit voulu
luy faire entendre , &
eut grande joye d'avoir
GALANT . 195
fait ce
premier pas. La
Dame rentra , & le Cavalier
demeura fort enjoüé.
Il fit d'autres Vers.
La Belley répondit à fon
ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmentet
tousjours ſa paſfion
, luy faiſant croire
qu'elle confentoit à eſtre
aimée , il réfolut de fe déclarer
fans aucun détour,
& profita pour cela des
moindres
occafions qu'il
cut de luy parler feul,
Rij
196 MERCURE
La Belle le traita d'extravagant
; mais quoy qu'elle
fit des plaifanteries de
tout ce qu'il luy diſoit de
paffionné , elle l'écoutoit
quoy qu'il vouluſt dire ';
ou fi quelquefois la bienféance
l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit
la honte que fon infidelité
luy attireroit , la
douceur de fes regards
l'invitoit fecretement à
eftre infidelle, Comme
GALANT. 197
des
jamais il n'avoit
momens
à l'entretenir
, il
que
ne pouvoit s'expliquer
affez pour luy ofter ſes
fcrupules ; mais c'eftoit
tousjours beaucoup pour
fuy , qu'elle connuſt les
fentimens de fon coeur.
& qu'elle en fift un ſecret
à fon Amie. Tandis
que fa paffion prenoit
d'agreables efpérances
il arriva une choſe qui
luy fit croire que tout
confpiroit à le rendre
,
R iij
198 MERCURE
20
9: heureux. Un Financier ,
Favory de la Fortune ,
& qui fans aucun mérite
eftoit parvenu à de
grands Biens , ayant veu
la Dame en quelque lieu ,
fe laiffa piquer de fon
agrément , & ne doutant
point que le brillant de
fon or n'euft dequoy
charmer les plus délicates
, il la vint voir dés le
lendemain , & débuta
par le mariage. Il n'aimoit
point à languir , &
THEQUE
BEE
GALANT. 12
prompte déclar
une fi
tion luy épargnoit des
cerémonies d'Amant qui
YON
DE
LA
VILLE
n'eftoient point de fon
caractere.Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre
ébloüye par le
Bien , elle crût que fes
affaires n'en iroient que
mieux , fi le Cavalier
craignoit de la perdre ;
& dans cette veuë , elle
répondit avec beaucoup
de reconnoiffance à la déclaration
du Financier ,
R iiij
100
MERCURE
& le pria feulement de
luy accorder un mois ,
pendant lequel ils fe connoiftroient
l'un l'autre.
Leterme eftoit long pour
luy . Il vouloit conclure ;
& fi la Dame l'euft crû ,
deux jours auroient terminé
la chofe . Il falut
pourtant qu'il s'accommodaft
du retardement
.
Elle conta l'avanture au
Cavalier , & la crainte
qu'il devoit avoir d'un
Rival fi
redoutable , ne
GALANT. 201
luy donna point plus
d'empreffement pour l'époufer.
Il dit à la Dame,
que plus la Fortune la
favorifoit , plus il fe
croyoit indigne qu'elle y
renonçaft pour luy , s'il
ne s'affuroit la Succeffion
de l'Oncle ; que cet Oncle
refuſoit tousjours de
s'expliquer , & qu'il falloit
attendre fa mort , qui
ne pouvoit qu'eftre proche
ou que fes Amis
euffent obtenu le confen
402 MERCURE
tement qu'il luy faifoit
demander. Il cruft la rebuter
par cette réponſe ,
& elle de fon cofté demeura
perfuadée qu'en
voyant fouvent le Financier
, elle le rendroit jaloux
, & que craignant
qu'elle ne changeaft ,
égards
il cefferoit d'avoir les
qui
choient de conclure Ainfi
elle fit tousjours bon
vifage au Financier
quoy que fes manieres
>
l'empefGALANT.
203
luy dépluffent ; & le Cavalier
par politique , luy
témoignoit quelquefois
qu'il en eftoit alarmé.
Elle répondoit qu'il avoit
fujet de l'eftre , que les
Femmes n'eftoient pas
tousjours conftantes , &
qu'un Financier qui offroit
toute forte d'avantages
, eftoit un Rival à
craindre. Le Cavalier ñe
fouhaitant rien plus ardemment
que de le voir
infidelle , luy diſoit en
204 MERCURE
ſoûpirant , que s'il arrivoit
que fon Rival fuft
heureux , il ne ſe plaindroitque
de fon malheur.
Pendant ce temps , le Financier
vit la belle Bru
ne. Comme elle plaifoit
à tout le monde , il ne
faut pas s'eftonner fi elle
luy plut. Il apprit qui
elle eftoit , & dit à la
Dame fort naïvement
qu'il eftoit fafché de ne
l'avoir pas connuë avant
elle ; qu'ayant tres - peu
GALANT. 205
de fortune , elle auroit
fur l'heure conſenti à l'efpoufer
, & n'euft pas mis
fon amour à une filongue
efpreuve. Cela luy
donnoit un nouveau prétexte
de preffer la Dame,
qui aprés pluſieurs remifes
eftoit fort embaraffée
de fe voir enfin dans les
derniers jours du Carnaval.
Le Financier prenoit
pour affront qu'elle prétendit
le faire encore attendre
aprés Pafques ; &
206 MERCURE
comme le temps qu'il
avoit efté contraint de
luy accorder , étoit expiré
depuis plus de quinze
jours , il vouloit abfolument
terminer ou
rompre
. Les chofes
eftoient
en cet eftat, quand
le Cavalier flaté des marques
d'estime qu'il rece,
voit de la belle Brune ,
crut qu'il y alloit de tout
fon bonheur de s'expliquer
avec elle plus pré:
cifément qu'il n'avoit
GALANT . 207
fait . Il l'attendit à l'Egli .
fe, d'où il revint plufieurs
fois fans luy parler , parce
qu'elle accompagnoit
fa Mere ; & enfin l'ayant
un jour trouvée feule , il
l'arrefta dans le temps
qu'elle en fortoit. La
Belle , à qui les occafions
de l'efcouter n'eftoient
pas tousjours préfentes ,
receut affez agreablement
tout ce qu'il luy dit
de fon amour ; & commeil
la preffoit de ſe dé208
MERCURE
clarer , elle répondit que
lors qu'il feroit fans engagement,
il n'auroit pas
lieu de fe plaindre d'elle.
L'inquiétude qu'elle fit
paroiftre d'eftre dans un
Lieu où elle pouvoit eſtre
obfervée , l'obligea de la
prier de luy en marquer
un autre , où il puſt en
liberté luy faire connoiftre
qu'elle n'avoit rien à
craindre d'un engagement
qui eftoit preſt de
finir. Elle ne luy fit aucune
GALANT . 209
cune réponſe , ſon Amie
ayant paru dans le mefme
temps. Elle venoit à
l'Eglife , & les avoit apperceus
de loin. L'action
avec laquelle
ils parloient
, luy ayant eſté
fufpecte , elle fut furpri
fe , quand elle aborda
la Belle , de la voir embaraffée.
Elle feignit de
ne le point remarquer ,
& aprés quelques paroles
des plus obligeantes ,
elle la quitta , & donna
Fanvier 1-13.
S
210 MERCURE
la main au Cavalier. Ils
entrerent à l'Eglife , &
la Belle alla chez elle . La
Dame eut déslors quelque
foupçon de l'amour
du Cavalier , & l'impatience
de s'en éclaircir ne
luy coufta pas de longues
peines , puifque le
hazard la fatisfit dés le
lendemain
. Elle régaloit
le foir une belle Compagnie
; & le Cavalier
qui s'eftoit rendu chez
elle avant tous les autres ,
,
GALANT. 211
laiffa tomber un Billet.
Elle mit le pied deſſus
fans qu'il y prift garde ,
& fe baiffantcomme pour
remedier à un Soulier
qui l'incommodoit , elle
s'en faifit adroitement.
& l'alla lire fi-toft qu'il
fut venu d'autre monde,
Elle reconnut foudain
l'écriture de la Belle. Le
Billet portoit , que s'il
vouloit continuer la converfation
dans laquelle
ils avoient efté interrom-
S ij
212 MERCURE
pus le jour précedent , il
pouvoit fe rendre fur les
onze heures du foir chez
Madame la Marquiſe de..
à qui on donnoit le Bal ;
que cette Maiſon eſtant
tres- voifine , elle y viendroit
en Egyptienne , &
qu'il pourroit luy faire
connoiftre s'il eftoit vray
que fa bonne fortune dépendiſt
d'elle. La lecture
de ce Billet convainquit
la Dame de l'intelligence
du Cavalier & de fon
GALANT . 213
Amie. Pour mieux fçavoir
jufqu'où elle alloit ,
elle fongea auffi - toſt à
prendre la place , ne dou
tant point que l'amourne
rendift le Cavalier dili
gent , & qu'elle ne puft
prévenir la Belle , en ve
nant au lieu marqué avant
l'heure qu'elle luy a
voit donné. Elles eftoient
toutes deux de la mefme
taille , & fous un mafque
, elle pouvoit déguifer
fa voix. Ce deffein ef
214 MERCURE
tant formé , elle donna
ordre à fa Suivante , de
luy tenir preſt un Habit
d'Egyptienne , & vint
retrouver la Compagnie
dans un enjoüement qui
ne pouvoit mieux cacher
qu'elle euft quelque chofe
en tefte . On foupa , &
incontinent aprés , elle
propofa diverfes tables de
Jeu. Elle fe mit d'une partie
d'Hombre; & leCavalier
qui avoit prié qu'on
le difpenfaft d'en eftre ,
1
GALANT . 215
fe retira dans le mefme
temps qu'il luy vit tenir
des Cartes. La Dame n'en
perdit point. Elle obligea
une Amie de prendre fon
Jeu pendant une heure ,
& eftant montée dans
fon Cabinet , elle s'habilla
fort
promptement
, &
courut au rendez - vous .
Elle eut bien- toft apperçeu
le Cavalier , qui
dans fon impatience obfervoit
tous les Maſques
qui entroient , & qui
216 MERCURE
voyant une Egyptienne ,
fut aifément trompé par
fa taille. Elle luy dit , en
le tirant un peu à l'écart ,
que fa ponctualité luy
devoit faire connoiftre
combien elle avoit trou
vé de charmes dans la
converfation qu'elle venoit
luy donner moyen
de pourfuivre. Les remercimens
du Cavalier furent
meflez de mille affurances
du plus tendre amour
, & aprés qu'il en
eur
GALANT. 217
cut exageré toute la force
, il luy dit qu'elle devoit
avoit l'efprit en repos
fur les reproches qui
lui
paroiffoient à craindre
du cofté de fon .
Amie ; qu'eftant réfolu
de ne
l'efpoufer jamais ,
il s'en
défendoit depuis
plus de quatre mois , fur
le prétendu obftacle d'un
Oncle qui ne lui cauſoit
aucun
embarras ; que rebutée
des
longueurs de
cet obftacle
Fanvier 1713 .
elle avoit
T
418 MERCURE
prefté l'oreille à un Financier
, dont le grand
Bien commençoit
à l'ébloüir
qu'il fe conduiroit
de fortequ'il l'obligeroit
enfin à ne pas laiffer
efchaper une fi grande
fortune ; & que quand
le Financier l'auroit efpoufée
, rien ne s'oppo
fant à leur amour , il leur
feroit fort aifé de le faire
réuffir , fans que l'un ny
l'autre en receuffent aus
cun blâme. La Dame
GALANT. (-119
feignit d'eftre fort contente
, & dit que pour
veu qu'il fuft conftant ,
elle voyoit tout à efperers
mais qu'il prift bien garde...
Il ne fouffrit point
"
qu'elle achevaft , & mille
fermens qui luy firent
voir la plus violente paffion
, furent la fin de cet
entretien
. La Dame parlant
tousjours au nom de
la Belle , témoigna craindre
que fa Mere qu'elle
-diſoit avoir laiffée endor-
Tij
240 MERCURE
mie , ne la demandaſt fi
elle venoit à s'éveiller ,
& elle fe hafta de fortir
fous ce prétexte. Le Ca-
-valier voulut la condui
re ; mais elle ufa d'une
autorité fi abfoluë pour
le faire demeurer , qu'il
fut contraint de luy
obeïr. Il refta peu dans
cette Aflemblée , & alla
chez luy refver en repos
à fon bonheur. La Belle
n'eftant venue qu'à minuit
, parce que fa Mere
GALANT. 12 #
s'eftoit couchée tard , l'at
tendit jufqu'à une heure,
& s'en retourna pleine
de dépit qu'il euft fäit ſi
peu de cas du feul rendez-
vous qu'il avoit eu
d'elle. Ce que je viens de
yous dire arriva le Jeudy
gras. Le lendemain , le
foin de la Dame fut d'e
•
xécuter ce qu'elle avoit
médité toute la nuit . Le
Financier vint la voir ; &
la preffa , comme il avoit
déja fait plus d'une fois ,
Tiij
22 MERCURE
de luy déclarer détermi
nement ce qu'elle avoit
réfolu de faire. Quelque
Bien qu'il euft , elle ne
balançoit point à demeurer
tousjours Veuve
plutoft que de faire un
choix qui gefnaft ſon
coeur , mais le Financier
luy eftoit utile pour la
yangeance qu'elle s'eſtoit
propolée. Elle connoiffoit
fon foible , & le
.
yoyant
dans l'enteſte
..
ment de ſe marier
avant
GALANT. 223
le Carefme , elle affecta
une bonne foy dont il
n'avoit aucun intéreſt à
développer
la caufe,
Aprés lui avoir marqué
grande paffion de le voit
tousjours de fes Amis
elle luy dit qu'elle avoit
tafché de rompre un engagement
fecret que le
Cavalier & elle avoient
pris enfemble , & què
n'en pouvant
venir à
4
bout , elle le prioit , puis
qu'il eftoit impoffible
Tiiij
124 MERCURE
qu'elle fe donnaft à lui ;.
de vouloir bien eſpouſer
une autre elle- mefme ;
qu'il connoiffoit fon Ame
; qu'elle eftoit tresbelle
, avoit mille bonnes
qualitez , & qu'en failant
la fortune d'une Fille de
naiffance , il trouvoit &
moyen de fe rendre heu
reux. Le Financier , dont
les yeux régloient l'amour
, n'eut aucune per
ne à confentir à l'échange.
Il répondit que la.
GALANT. 223
a
Demoiſelle luy plaifoit
affez , mais qu'il ne vou
doit donner aucune paro
le , à moins qu'on ne
Faffuraft que le Mariage
fe feroit en vingt- quatre
heures. La Dame qui ne
fouhaitoit rien tant que
la promptitude , fe chargea
du foin de cette affaire
, & luy demanda
le refte du jour pour la
propofer à la Mere de la
Belle. Jamais propofition
ne pouvoit donner plus :
226 MERCURE
de joye à cette Meré . II
fut arrefté qu'on garderoit
le fecret , & que 122
Fille elle mefme n'apren--
droit rien de ce Mariage
,
que dans le moment qu'il
faudroit qu'elle fignaft.
Le jour fuivant , qui ef
toit le Samedi , la Dame
amena le Financier chez
la Mere. Il l'entretint en
particuliers Le Notaire :
vint , & l'on fit alors fçavoir
à la Belle pourquoy
onl'avoit mandé . Le ton
GALANT . 227
abfolu dont fa Mere luy
parla , la haute fortune
que lui affuroit ce Maria!
ge , & le fujet qu'elle
croyoit avoir de fe plain
dre des mépris du Cava
lier , tout cela lui fit une
impreffion fi forte , qu'el
le figna comme on le
voulut. Le Financier
plein de joie , alla donner
ordre aux Bans , &
en fit publier un le lendemain
à la grande Mef
fe , aprés laquelle on les
28 MERCURE
maria . La Cerémonie ver
noit d'eftre faite , quand
le Cavalier entra dans
l'Eglife . Il connut bientoft
par l'empreffement
des Curieux , qu'il y
avoit une Mariće ; & en
tendant dire qu'elle eftoit
de qualité , il s'avança
pour la voir. Quel coup
de foudre quand il remarqua
la Belle ! Il fit
un cry qui furprit tous
ceux qui l'entendirent .
La Dame , qui eftoit du
n..
GALANT. 229
Mariage , tourna la teſte
vers luy , & fe fépara de
la Compagnie
, pour fe
donner le plaifir d'aller
infulter à fa douleur.
Ah , Madame , qu'ay-je
veu , lui dit- il tout conf-
-terné ? Sa réponſe fut
qu'elle eftoit contente ,
puis que le chagrin où il
eſtoit luy faifoit connoiftre
que rien ne manquoit
-à fa vangeance. Alors
elle luy parla du Billet
trouvé , de fon Perfon-
*
250 MERCURE
#
nage d'Egyptienne , du
bonheur qu'elle avoit eu
de marier promptement
la Belle ; & aprés luy
avoir dit qu'il pouvoit
donner fon coeur fans
appréhender qu'elle y
miſt obſtacle , elle le quita
, en luy défendant de
la voir jamais. Il demeura
abîmé dans fa douleur,
& le defefpoir d'avoir
perdu par fon imprudence
la feule perfonne qu'il
fe fentoit capable d'aiGALANT
. 431
mer , le rendant i confolable
, il abandonna Paris
, pour cacher à ſes
Amis l'accablement où
il fe trouvoit. On ne m'a
point dit fila fierté de la
Dame l'a guérie de fon
amour. Je fçay ſeulement
que le Financier
adore la Belle , & que
l'abondance où elle eft
de toutes chofes ne
luy laiffe aucun fujet de
regreter ce qu'elle a perdu.
Fermer
Résumé : HISTOIRE.
Le texte narre une aventure carnavalesque impliquant une veuve jeune et belle, jouissant de sa liberté, et un cavalier de grande valeur qui lui rend des visites régulières. La veuve, flattée par son attachement, cherche à le conquérir et finit par lui inspirer un début d'amour. Cependant, le cavalier est contraint par un vieil oncle de considérer un mariage avec une jeune fille riche mais laide. Pour éviter cette union, le cavalier négocie avec son oncle et obtient la liberté de choisir sa maîtresse. Lors d'un souper chez un ami, le cavalier rencontre une belle brune qui le charme profondément. De retour à Paris, il est troublé par cette nouvelle rencontre et commence à douter de ses sentiments pour la veuve. La veuve, ignorant ses tourments, lui propose de l'épouser sans l'accord de l'oncle. Le cavalier, de plus en plus épris de la brune, cherche à rompre avec la veuve sans la blesser. Un jour, la brune rend visite à la veuve, et le cavalier, surpris, doit cacher son trouble. Il continue de voir les deux femmes, utilisant des poèmes pour exprimer ses sentiments sans éveiller les soupçons. Finalement, il parvient à déclarer son amour à la brune, qui, bien que troublée, garde le secret. La situation se complique lorsque un financier riche déclare son amour à la veuve, qui accepte de le fréquenter pour rendre le cavalier jaloux. Le cavalier, malgré cette nouvelle menace, reste déterminé à conquérir la brune. La veuve refuse de renoncer à sa relation avec le cavalier tant qu'il ne lui assure pas la succession de son oncle. Cet oncle refuse de s'expliquer, et la veuve espère le rendre jaloux en fréquentant le financier. Le cavalier, de son côté, feint d'être alarmé par cette situation mais espère que la veuve sera infidèle. Le financier, quant à lui, rencontre la belle brune et exprime des regrets de ne pas l'avoir connue plus tôt. La veuve est pressée par le financier de prendre une décision avant Pâques. Pendant ce temps, le cavalier tente de s'expliquer avec la belle brune, qui accepte de l'écouter mais exige qu'il se déclare sans engagement. Leur conversation est interrompue par une amie de la belle brune, qui suspecte une liaison entre eux. La veuve, soupçonnant une relation entre le cavalier et la belle brune, décide de se déguiser en égyptienne pour rencontrer le cavalier à un rendez-vous. Elle apprend ainsi que le cavalier est prêt à épouser la belle brune pour éviter le financier. Pour se venger, la veuve organise rapidement le mariage entre la belle brune et le financier. Lors de la cérémonie de mariage, le cavalier découvre la supercherie et est dévasté. La veuve lui révèle alors comment elle a orchestré la situation et lui interdit de la revoir. Le cavalier, accablé par la perte de la veuve, quitte Paris. La veuve et le financier vivent heureux, et le financier adore la belle brune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
73
p. 3-47
HISTORIETTE, traduite de l'Espagnol.
Début :
Deux jeunes Cavaliers de Seville devinrent amoureux d'une belle personne [...]
Mots clefs :
Don Fernand, Beatrix, Veuve, Fille unique, Poltron, Confidente, Se déguiser, Jaloux, Mariage, Espagnol, Jardin, Amant, Lettre, Porte, Rival, Don Juan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE, traduite de l'Espagnol.
HI STO RIETTE,
.', traduite de l'Espagnol.
Eux jeunes Cavaliers
de Sevilledevinrentamoureux.
d'une belle personnequi
senommoit Beatrix EHe
étoit aussi riche que bel-
Te-" étant fille unique
d'un homme qui avoit
été Gouverneur des Indes
, où il avoit amassé
de grands biens. Il s'appelloit
Don à Cuarado.
L'un des deux amans dfëg.
Beatrix étoit DonFernand,
parti convenable
au pere, parce - qu'il étoit
aussi fort riche: mais
Don Felix, qui avoit
moinsde bien, avoit
touché le coeur de Bea-r
trix. Il étoit d'une valeur
distinguées & Don
Fernand n'étoit pas fort
brave, quoy qu'Espagnol.
(Ilya des poltrons
dans toutes sortes de nations,
& même dans la
nôtre) ajoûte l'auteur
Espagnol.
Ces deux amans ne
manquoient pas un jour
\ase trouver dans une petite
ruë peu frequentée,
où donnoit une fenêtre
de l'appartement de Beatrix,
qui avoit aussi corn*
munication sur un jardin,
dont une petite porte
à demicondamnée
rendoit dans cette petite
ruë. Les deux amans venoient
separément sur le
foir aux environs de ce
jardin:mais l'amant poltron
se donnoit bien de
garde dese montrer lorsqueDon
Felix paroissoit;
il lé concentoit de
l'observer comme un jaloux,
& dés qu'il étoit
parti, il alloitchanter&
soûpirersous lesfenêtres
de Beatrix, dont il n'étoit
presque pas écouté.
Il faut remarquer que
ce jardin,dont la petite
porte donnoitsur la ruë,
étoit commun à la maison
de Beatrix 8£ à une
autre où logeoit une veuve
fort belle, qui voyoit
en cet endroit un troisiéme
Cavalier al'indu de
ses parens. Les choses
étant ainsi disposées, D.
Fernand prit le parti de
demander Beatrix à son
pere,&l'obtintaisément
à cause de ses richesses.
Le mariage fut resolu
promtement;& les conventions
étant faites, il
prit jour pour donner
une fête à sa maîtresse
,
dans les jardins d'Alfarache.
Don Felix apprit bientôt
toutes ces choses par
Donna Hermandez
f suivante de Beatrix, 8c
qui étoit la confidente
de son amour. Don Felix
resolut de parler à Beatrix,
qui neparoissoit
plus à la fenêtre depuis
qu'onl'avoit promise à
Don Fernand, soit par
devoir, soit parce que
Don Fernand lui avoit
fait défendre par son pere
d'entrer dans l'appartement
dont la fenêtre
lui servoit à voir Don
Felix.
Ce Cavalier avertidu
jour que la fête se devoit
donner dans les jardins
d'Alfarache, gagna
le jardinier, qui lui permit
de se déguiser comme
s'il eût été un autre
jardinier qui lui vinst aider
à cüeillir des fleurs,
&, préparer des feüillées
pour la fete. Don Felix
ainsi déguiséen jardinier
se mit à travailler dans
de petits cabinetsde verdure
qu'on ornoit avec
des festons de fleurs;&
comme il y en avoit plusieurs,&
que les Dames
de la famille de Beatrix
& de Fernand se promenoient
de l'un à l'autre,
il épia l'occasionde parler
à Beatrix, & se confia
à unvalet de la fête,
dont la suivante Hermandez
recevoit volontiers
les hommages 3 8C
ce valet ayant été avertir
Beatrix & la suivante,
elles se détacherent des
autres Dames,& vin-
;it.
rent voir travailler le
jardinier- amant Don
Felix.
Le jaloux Don Fernand
qui s'apperçut de
ces menées, avoit suivi
de loin Beatrix; & la
voyant parler familièrement
à ce jardinier, s'approchoit
insensiblement
pour les examiner:mais
Don Felix l'ayant apperçû
avant qu'il fùraffez
prés pour en estrereconnu
, prit son parti
dans le moment, & dit
à Beatrix & à la suivante,
qui vouloient fuir,
qu'elles restassent à l'endroitoù
ellesétoient; &
aussitôt avec une promtitude
incroyable il rentra
fous le cabinet de verdure,
où il avoit laissé
le valet amant de la fuivante
; & l'ayant revef-
, tu de son habit de jardinier,
qui étoit fort remarquable
quoy qu'à la
brune, parce qu'il étoit
de serge blanche, il i'in-j
struisit en deux mots de
ce qu'il devoit faire. i
Ce valet, que D. Fernand
prit pour le mesme
qu'ilavoit déjaveu
avec Beatrix, la pria de
trouver bon qu'il lui parlât
familièrement, pour,
faire croire au jaloux
Don Fernand qu'il étoit
ale mefine. En effet en p prochant illes trouva
parlant dumariage,
de ce jard inieravecHermandez,
illui parut vraisemblable
que Beatrix
voulust bienfamiliariser
par bonté avec l'amant
de sa suivante, pour la
marier: & cela dissipa
pour cette fois-là le soupçon
de Fernand, qui
les eût empeschez de
prendre les mesures qu'-
ils vouloient prendre,
parce que le pere de Beatrix
eût fait éclat sur
cette intrigue; ce qui 3* siarriva point ce jourlà.
Cette fête fut fort
galante: mais ellen'ennuya
pas moins Beatrix,
qui feignit même d'estre
malade pour la faire
cesserplûtost. Ainsichacun
étant retourné chez
foy, la signature du contrat
fut resoluë pour le
lendemain:mais la maladie
feinte ou veritable
de Beatrix la retarda de
quelques jours, pendant
lesquels Don Felix fut
surpris par D. Fernand
dans
dans une autre tentative
qu'il fit pour parler à
Beatrix. Don Fernand
fut desesperé 5 &nese
sentant pas assez de courage
pour se battre contre
Don Felix, il saisit
une occasion que le hazard
lui fournit, pour se
vanger sans rien hazarder.
Voici comment la
chose arriva.
Beatrix au desespoirs;
&C obsérvée de siprés,
qu'elle n'avoit plûs aucune
esperance de pouvoir
parler à Don Felix,
chargea d'une lettre pour
lui un petit laquais Maure
qu'elle avoit auprès
d'elle; & Don Fernand,
à qui tout étoit suspect,
voyant sortir le soir ce
petit Maure, lui fit avoüer
,
à force de menaces
& de coups,qu'il
étoit. chargé d'une lettre
pour Don Felix. Il
ouvrit la lettre, qui étoit
écrite en ces termes.
Le desespoir ou me met
un mariage queje ne puis
fias retarder, m'afait oublier
devoir, respect &
obeissance. Un pere cruel
aura voulu en vain disposer
de la confiante Beatrix
ytf)sil m'ôte à celui
que fatrne, du moins il
ne serapasenson polivoir
de me livrer à celui que
je hais. Ce malheur cruel
ma fait prendre une resolution
desesperée : si vous
maimeZj autant que je
'vousaime,ha^arde^out
pour entrer à l'heure de
minuit dans le petit jardin.
se hasarderai tout
pour rrij trouver avec,
Hermandez, qui veut
bien suivre ma malheureuse
destinée. Vous nom
menerez dans un sonvwty
ou, j.',ai une tante,
qui me recevra par çitie',
& j'y passerai le reste de
mes jours.
La premiere idée qui
vint à Don Fernand, fut
de se trouver au rendezvous
au lieu de son rival
aimé, & de prendre
une cruelle vangeance
de Beatrix, en la surprenant
en faute. Il gagna,
ou crut gagner par argent
le petit Maure,qui
lui promit en effet de
dire à Beatrix qu'il avoit
donné la lettre à
Don Félix: mais ce petit
Maure dit à Beatrix
comment la chose s'é-
: toit passéc. Ainsi elle ne
fut point au rendezvous,
où Don Fernand
attendit encore deux
heures par-delà celle du
rendez-vous. Enfin il entendit
que quelqu'un
marchoit dans le jardin:
Ja nuit étoit fort noire;
il ne douta point que ce
ne fût Beatrix & sa suivante
, & c'etoit en esset
unemaîtresse & une
fuivanre ; c'étoie cette
veuve dont nous avons
parlé, qui avoit donné
rendez- vous dans le même
jardin à un brave
Cavalier; qui dévoie
l'emmener chez lui, 6C
l'épouser malgré ses parens
,
c'est à dire malgré
les parens de laveuve,
qui vouloient l'obliger à
un autre mariagequi
convenoit mieux à leurs
interêrs. Cette ressemblanced'intrigue
& Iobscurité
de la nuit produisirent
une conversation
à voix basse, qui
fut équivoque pendant
quelques nlorrftns, la
veuve prenant Don Fernand
pour son Cavalier,
& Don Fernand la prenant
pour Beatrix. Mais
cette double erreur ne
put durer long-temps,
& la choseéclairciemit
la veuve au desespoir >
elle conjura Don Fernand
de lui garder le secret.
Il rêva quelque
temps au parti qu'il avoit
à prendre sur une
a aiavanturesi
singuliere ;
& voici ce qu'il lui répondit.
Madame, étant
amant comme celui que
vous Attendez, &
la même necessité rienlcver
celle que j'aime, parce
que[el parens font aulft
déraisonnables que les vôtres
,
la conformité d'avanture
me fait prendre
part à votre situation :
liachcZ-J donc que j'ai rencontré
en venant ici le Cavalier
qui doit vous venir
prendre. Il entroit en
même temps que moy dans
cette petite rue, & j'ai
entendu en payantqu'il
disoit à quelqu'un qui l'accompagnai
: Attendons
que cet homme-ci n'y
foit plus; car à coup sur
on ne S'impatientera
point dans le jardin,&
il ne faut pas risquer d'y
estredécouvert. jitnfi (continua Don Fernand,
qui inventoic sur
le eh mp ce qu'ildifoit
) je suis sur que votre
amant attend au coin
de la rue, & qu'en me
voyantsortirilviendra:
A - je vais même l'arvertir de
ce qui cft arrivé9 je laisserai
la porte ouverte , je le ramenerai., (t)nprés
vous avoir aidez, dans
votre entreprise
,
j'aurai
tout le loisir d'accomplir
la mienne; car ma Beatrix
ne doit venir que
sur les trois heures après
minuit, & l'impatience
damant mavoit fait
prévenir lheure de beaucoup.
jittendtZjdonc patiemment
, je vait chercher
votre amant, &
je rentreraiici avec lui.
La veuve remercia
affectueusement D. Fernand,
&: lui dit qu'elle
rattendroir. Il sortit à
tâtons: il rveut pas fait
vingt pas dans la rue,
qu'il entendit marcher,
èc c'étoit le Cavalierqui
venoit au rendezvous.
Il l'aborda,& lui
dit d'une voix mysterieuse
: Est-ce vous, Don Juan? (car il avoic
appris son nom de
la veuve.) Don Juan luidemanda qui il étoir
:Ïe fuis, lui dit-il,
votre rival, mais un rival
malheureux, qui ne
suis pas plus aimé que
VOUS de la veuve perfide
qui nous trahit tous
deux, têsi vous avez,
du courage, vous devez,
vous joindre à moy pour
vous vanger d'un rival
heureux, qui doit cette
même nuit enlevercelle
qui nous méprise. Don
Juan étoit naturellement
vif& jaloux, &C
fut si étourdi d'une infidélité
à laquelle il s'attendoit
si peu, qu'il
ne fit pas reflexion qu'
il n'était pas tout-àfait
vrai-semblable que
sa maîtresse eustchoisi
)
pour se faire enlever par
¿
tin autre, la mesme nuit
qu'elle lui donnoit à lui
pour rendez-vous. Il
entra d'abord en fureur
contre ce pretendu rival
qui devoit enlever
sa maîtresse. Don Fernand
lui dit que pour
peu qu'il attendît
,
il le
verroitvenir, &C quensuitil
verroit la veuve
sortir avec lui du
jardin: en un mot, que
s'il vouloit attendre patiemment
dans une porteenfoncée
qui n'étoitr
pas loin de celle du jardin,
il seroit témoin de
lenlevement
, & seroit
contraint d'avouer qu'
en intrigues de femmes
les circonstances qui paroissent
les moins vraisemblables
sont quelquefois
les plus vrayes.
Don Fernand, après
avoir posté Don Juan
en embuscade dans la
porte enfoncée,SCfuivant
à tout hazard le
projet qu'ils'écoit formé,
court au logis de
Don Felix, qui n'étoit
pas fort loin de là, heurte
très-fort à la porte.
Onseréveille, un valet
de Don Felix vient
ouvrir; illui donne la
lettre, lui disant qu'un
incident fâcheux l'avoit
empesché d'executer
à l'heure nommée la
commission que lui avoit
donnée Beatrix de
rendre cette lettre : mais
que si Don Félix Ce pressoit
fort, il seroit encore
temps dexecuter
ce qui écoit porté dans
la lettre. Il donna les
meilleures raisons qu'il
put pour justifier la lettre
décachetée : mais enfin
elle étoit écrite de la
propre main de Beatrix
, &, cela ne pouvoit
estre douteux à
Don Félix. Don Fernand
court au plus vîte
dire à la veuve que son
amant Don Juan alloit
venir la prendre. Elle
va au-devant à la porte
du jardin, où arrivoit
Don Felix. Alors Don
Fernand dit tout bas à
la veuve de sortir au
plus vîce, parce qu'il
entendoit quelqu'un du
logis qui couroit après
elle. Don Felix prit la
veuve par la main. La
crainte d'estre suivie entrecoupant
la voix de
la veuve , ÔC l'obscurité,
laissaDonFélixdans
l'erreur tout le temps
qu'ils mirent à rraverfer
la ruë. Ilcroyoitenlever
sa Beatrix, pendant
que Don Fernand
fut avertir le Cavalier
amant de la veuve qu'il avoit porté dans)
la parte enforcée. Cet
amant transportéde fureur
court à sa veuve;
& l'accablant de reproches
& d'injures
,
surprit
fort Don Felix
It
qui croyoit que ces reproches
s'adreffoient à
sa Beatrix,qu'il croyoit
encore tenir par la main;
car tout cela se fit si
promptement, qu'il n'étoit
pas encore détrompé.
Don Felix piqué
au vif, met l'épée à la
main, charge l'autre,
qui le receut en homme
brave & jaloux.
Laissons-les se battre,
oC retournons à Don
Fernand, qui fut ravi
d'avoirreüssi à faire attaquer
Don Felix pat
ce jaloux furieux; car
il n'avoit tramé cette
avanture nocturne que
pour se défaire, sans se
commettre, d'un rival
qu'il craignoit. Il fuivoit
de loin nos combattans
, pour voir la
reüssite du combat,
quand il se sentit faisir
par deux ou trois
hommes; & c'étoit les
gens du logis de la veuve,
qui le prenant pour
celui qui l'avoit enlevée,
l'emmenerent dans
le jardin, & le jetterent
dans un caveau, où ils l'enfermerent
promptement, pour courir
après la veuve, qu'-
ils ne purent rejoindre;
car dans le moment
qu'elle eut entendu la
voix de Don Juan, &
que le combat commença
,
elle avoit fui
toute effrayée, & n'osant
retourner chez elle
,
elle étoit allée se
réfugier chez une de
ses amies, qui ne logeoic
pas loin de Jà.
Retournons à nos deux
combattans. Don Felix
receut d'abord deux
grands coups depée:
mais il pouffa si vivement
son ennemi, quaprés
l'avoir blessé en
plusieurs endroits trésdangereusement
, il le
desarmatomba enfuite
faite de foiblesse à côté
de son ennemi. Ces mêmes
hommes qui avoient
enfermé Don
Fernand dans le caveau,
arriverent jusqu'à l'endroitoùétoient
les blef
fez; &: l'un d'eux
J
qui
étoit parent de la veuve,
reconnut Don Felix
,
dont il étoit ami.
Quelle fut sa surprise !
Don Felix le reconnut,
& d'une voix
mourante lui demanda
du secours
, & pria quon
en donnâtaussi à
son adversaire, qui se
trouva entièrementévanoui.
Cet ami les fit
emporter chez lui, c'est
à dire dans la maison
de la veuve, où il logeoit.
On leur donna
du secours, on les mit
chacun dans un lit; 8c
quand ils furent en état
de s'expliquer, toute
l'avanturenoéturne
se débrouilla par un éclaircissement.
Les deux
blessez furent au defespoir
de s'êtreainsi
mat-trairez, 6L l'indignation
de tous tomba
sur Don Fernand,
qu'on laissa passer la
nuit dans le caveau,
pour le mettre lelendemain
entre les mains
de la Justice.
Don Felix, qui ne
pouvoit se consoler d'avoir
b!e(re trés-dangereusement
Don Juan,-¡
obtint de son ami qu"--
on lui donneroit laveuve
en mariage : car cet
ami, parent de la veuve
,
avoit un grand credit
auprès de ses autres
parens.
-
A l'égard de Don
Felix, il se trouva que
ses deux blessures n'étoient
pas dangereuses.
Il empêcha qu'on ne
mît Don Fernand entre
les mains de la Justice
: mais il pria qll'-::
on avertît le pere de
Beatrix de tout ce qui
s'était passé la nuit. Ce
pere étoit hommed'honneur
, quoique feroce-
Il alla trouver Don Fernand
, & lui declara
qu'un homme capable
de tramer de si noires
actions étoit indigne de
sa fille; & l'ami de
Don Felix lui déclarade
sa part que s'il ne
vouloit pas se battre
contre Don Felix, il saloit
seresoudre à s'exiler
lui-même hors de
Seville. Il se seroit exilé
même d'Espagne
plûtôt , que de se battre,
&C accepta l'exil:
ce qui acheva d'indigner
contre lui le pere
de Beatrix, qui, pour
le punir encore davantage
, la donna en mariage
à son rival. Ainsi
Don Felix & Beatrix
devinrent heureux
par un incident, duquel
Don Fernand avoit
voulu se servir
pour perdre Don Felix.
.', traduite de l'Espagnol.
Eux jeunes Cavaliers
de Sevilledevinrentamoureux.
d'une belle personnequi
senommoit Beatrix EHe
étoit aussi riche que bel-
Te-" étant fille unique
d'un homme qui avoit
été Gouverneur des Indes
, où il avoit amassé
de grands biens. Il s'appelloit
Don à Cuarado.
L'un des deux amans dfëg.
Beatrix étoit DonFernand,
parti convenable
au pere, parce - qu'il étoit
aussi fort riche: mais
Don Felix, qui avoit
moinsde bien, avoit
touché le coeur de Bea-r
trix. Il étoit d'une valeur
distinguées & Don
Fernand n'étoit pas fort
brave, quoy qu'Espagnol.
(Ilya des poltrons
dans toutes sortes de nations,
& même dans la
nôtre) ajoûte l'auteur
Espagnol.
Ces deux amans ne
manquoient pas un jour
\ase trouver dans une petite
ruë peu frequentée,
où donnoit une fenêtre
de l'appartement de Beatrix,
qui avoit aussi corn*
munication sur un jardin,
dont une petite porte
à demicondamnée
rendoit dans cette petite
ruë. Les deux amans venoient
separément sur le
foir aux environs de ce
jardin:mais l'amant poltron
se donnoit bien de
garde dese montrer lorsqueDon
Felix paroissoit;
il lé concentoit de
l'observer comme un jaloux,
& dés qu'il étoit
parti, il alloitchanter&
soûpirersous lesfenêtres
de Beatrix, dont il n'étoit
presque pas écouté.
Il faut remarquer que
ce jardin,dont la petite
porte donnoitsur la ruë,
étoit commun à la maison
de Beatrix 8£ à une
autre où logeoit une veuve
fort belle, qui voyoit
en cet endroit un troisiéme
Cavalier al'indu de
ses parens. Les choses
étant ainsi disposées, D.
Fernand prit le parti de
demander Beatrix à son
pere,&l'obtintaisément
à cause de ses richesses.
Le mariage fut resolu
promtement;& les conventions
étant faites, il
prit jour pour donner
une fête à sa maîtresse
,
dans les jardins d'Alfarache.
Don Felix apprit bientôt
toutes ces choses par
Donna Hermandez
f suivante de Beatrix, 8c
qui étoit la confidente
de son amour. Don Felix
resolut de parler à Beatrix,
qui neparoissoit
plus à la fenêtre depuis
qu'onl'avoit promise à
Don Fernand, soit par
devoir, soit parce que
Don Fernand lui avoit
fait défendre par son pere
d'entrer dans l'appartement
dont la fenêtre
lui servoit à voir Don
Felix.
Ce Cavalier avertidu
jour que la fête se devoit
donner dans les jardins
d'Alfarache, gagna
le jardinier, qui lui permit
de se déguiser comme
s'il eût été un autre
jardinier qui lui vinst aider
à cüeillir des fleurs,
&, préparer des feüillées
pour la fete. Don Felix
ainsi déguiséen jardinier
se mit à travailler dans
de petits cabinetsde verdure
qu'on ornoit avec
des festons de fleurs;&
comme il y en avoit plusieurs,&
que les Dames
de la famille de Beatrix
& de Fernand se promenoient
de l'un à l'autre,
il épia l'occasionde parler
à Beatrix, & se confia
à unvalet de la fête,
dont la suivante Hermandez
recevoit volontiers
les hommages 3 8C
ce valet ayant été avertir
Beatrix & la suivante,
elles se détacherent des
autres Dames,& vin-
;it.
rent voir travailler le
jardinier- amant Don
Felix.
Le jaloux Don Fernand
qui s'apperçut de
ces menées, avoit suivi
de loin Beatrix; & la
voyant parler familièrement
à ce jardinier, s'approchoit
insensiblement
pour les examiner:mais
Don Felix l'ayant apperçû
avant qu'il fùraffez
prés pour en estrereconnu
, prit son parti
dans le moment, & dit
à Beatrix & à la suivante,
qui vouloient fuir,
qu'elles restassent à l'endroitoù
ellesétoient; &
aussitôt avec une promtitude
incroyable il rentra
fous le cabinet de verdure,
où il avoit laissé
le valet amant de la fuivante
; & l'ayant revef-
, tu de son habit de jardinier,
qui étoit fort remarquable
quoy qu'à la
brune, parce qu'il étoit
de serge blanche, il i'in-j
struisit en deux mots de
ce qu'il devoit faire. i
Ce valet, que D. Fernand
prit pour le mesme
qu'ilavoit déjaveu
avec Beatrix, la pria de
trouver bon qu'il lui parlât
familièrement, pour,
faire croire au jaloux
Don Fernand qu'il étoit
ale mefine. En effet en p prochant illes trouva
parlant dumariage,
de ce jard inieravecHermandez,
illui parut vraisemblable
que Beatrix
voulust bienfamiliariser
par bonté avec l'amant
de sa suivante, pour la
marier: & cela dissipa
pour cette fois-là le soupçon
de Fernand, qui
les eût empeschez de
prendre les mesures qu'-
ils vouloient prendre,
parce que le pere de Beatrix
eût fait éclat sur
cette intrigue; ce qui 3* siarriva point ce jourlà.
Cette fête fut fort
galante: mais ellen'ennuya
pas moins Beatrix,
qui feignit même d'estre
malade pour la faire
cesserplûtost. Ainsichacun
étant retourné chez
foy, la signature du contrat
fut resoluë pour le
lendemain:mais la maladie
feinte ou veritable
de Beatrix la retarda de
quelques jours, pendant
lesquels Don Felix fut
surpris par D. Fernand
dans
dans une autre tentative
qu'il fit pour parler à
Beatrix. Don Fernand
fut desesperé 5 &nese
sentant pas assez de courage
pour se battre contre
Don Felix, il saisit
une occasion que le hazard
lui fournit, pour se
vanger sans rien hazarder.
Voici comment la
chose arriva.
Beatrix au desespoirs;
&C obsérvée de siprés,
qu'elle n'avoit plûs aucune
esperance de pouvoir
parler à Don Felix,
chargea d'une lettre pour
lui un petit laquais Maure
qu'elle avoit auprès
d'elle; & Don Fernand,
à qui tout étoit suspect,
voyant sortir le soir ce
petit Maure, lui fit avoüer
,
à force de menaces
& de coups,qu'il
étoit. chargé d'une lettre
pour Don Felix. Il
ouvrit la lettre, qui étoit
écrite en ces termes.
Le desespoir ou me met
un mariage queje ne puis
fias retarder, m'afait oublier
devoir, respect &
obeissance. Un pere cruel
aura voulu en vain disposer
de la confiante Beatrix
ytf)sil m'ôte à celui
que fatrne, du moins il
ne serapasenson polivoir
de me livrer à celui que
je hais. Ce malheur cruel
ma fait prendre une resolution
desesperée : si vous
maimeZj autant que je
'vousaime,ha^arde^out
pour entrer à l'heure de
minuit dans le petit jardin.
se hasarderai tout
pour rrij trouver avec,
Hermandez, qui veut
bien suivre ma malheureuse
destinée. Vous nom
menerez dans un sonvwty
ou, j.',ai une tante,
qui me recevra par çitie',
& j'y passerai le reste de
mes jours.
La premiere idée qui
vint à Don Fernand, fut
de se trouver au rendezvous
au lieu de son rival
aimé, & de prendre
une cruelle vangeance
de Beatrix, en la surprenant
en faute. Il gagna,
ou crut gagner par argent
le petit Maure,qui
lui promit en effet de
dire à Beatrix qu'il avoit
donné la lettre à
Don Félix: mais ce petit
Maure dit à Beatrix
comment la chose s'é-
: toit passéc. Ainsi elle ne
fut point au rendezvous,
où Don Fernand
attendit encore deux
heures par-delà celle du
rendez-vous. Enfin il entendit
que quelqu'un
marchoit dans le jardin:
Ja nuit étoit fort noire;
il ne douta point que ce
ne fût Beatrix & sa suivante
, & c'etoit en esset
unemaîtresse & une
fuivanre ; c'étoie cette
veuve dont nous avons
parlé, qui avoit donné
rendez- vous dans le même
jardin à un brave
Cavalier; qui dévoie
l'emmener chez lui, 6C
l'épouser malgré ses parens
,
c'est à dire malgré
les parens de laveuve,
qui vouloient l'obliger à
un autre mariagequi
convenoit mieux à leurs
interêrs. Cette ressemblanced'intrigue
& Iobscurité
de la nuit produisirent
une conversation
à voix basse, qui
fut équivoque pendant
quelques nlorrftns, la
veuve prenant Don Fernand
pour son Cavalier,
& Don Fernand la prenant
pour Beatrix. Mais
cette double erreur ne
put durer long-temps,
& la choseéclairciemit
la veuve au desespoir >
elle conjura Don Fernand
de lui garder le secret.
Il rêva quelque
temps au parti qu'il avoit
à prendre sur une
a aiavanturesi
singuliere ;
& voici ce qu'il lui répondit.
Madame, étant
amant comme celui que
vous Attendez, &
la même necessité rienlcver
celle que j'aime, parce
que[el parens font aulft
déraisonnables que les vôtres
,
la conformité d'avanture
me fait prendre
part à votre situation :
liachcZ-J donc que j'ai rencontré
en venant ici le Cavalier
qui doit vous venir
prendre. Il entroit en
même temps que moy dans
cette petite rue, & j'ai
entendu en payantqu'il
disoit à quelqu'un qui l'accompagnai
: Attendons
que cet homme-ci n'y
foit plus; car à coup sur
on ne S'impatientera
point dans le jardin,&
il ne faut pas risquer d'y
estredécouvert. jitnfi (continua Don Fernand,
qui inventoic sur
le eh mp ce qu'ildifoit
) je suis sur que votre
amant attend au coin
de la rue, & qu'en me
voyantsortirilviendra:
A - je vais même l'arvertir de
ce qui cft arrivé9 je laisserai
la porte ouverte , je le ramenerai., (t)nprés
vous avoir aidez, dans
votre entreprise
,
j'aurai
tout le loisir d'accomplir
la mienne; car ma Beatrix
ne doit venir que
sur les trois heures après
minuit, & l'impatience
damant mavoit fait
prévenir lheure de beaucoup.
jittendtZjdonc patiemment
, je vait chercher
votre amant, &
je rentreraiici avec lui.
La veuve remercia
affectueusement D. Fernand,
&: lui dit qu'elle
rattendroir. Il sortit à
tâtons: il rveut pas fait
vingt pas dans la rue,
qu'il entendit marcher,
èc c'étoit le Cavalierqui
venoit au rendezvous.
Il l'aborda,& lui
dit d'une voix mysterieuse
: Est-ce vous, Don Juan? (car il avoic
appris son nom de
la veuve.) Don Juan luidemanda qui il étoir
:Ïe fuis, lui dit-il,
votre rival, mais un rival
malheureux, qui ne
suis pas plus aimé que
VOUS de la veuve perfide
qui nous trahit tous
deux, têsi vous avez,
du courage, vous devez,
vous joindre à moy pour
vous vanger d'un rival
heureux, qui doit cette
même nuit enlevercelle
qui nous méprise. Don
Juan étoit naturellement
vif& jaloux, &C
fut si étourdi d'une infidélité
à laquelle il s'attendoit
si peu, qu'il
ne fit pas reflexion qu'
il n'était pas tout-àfait
vrai-semblable que
sa maîtresse eustchoisi
)
pour se faire enlever par
¿
tin autre, la mesme nuit
qu'elle lui donnoit à lui
pour rendez-vous. Il
entra d'abord en fureur
contre ce pretendu rival
qui devoit enlever
sa maîtresse. Don Fernand
lui dit que pour
peu qu'il attendît
,
il le
verroitvenir, &C quensuitil
verroit la veuve
sortir avec lui du
jardin: en un mot, que
s'il vouloit attendre patiemment
dans une porteenfoncée
qui n'étoitr
pas loin de celle du jardin,
il seroit témoin de
lenlevement
, & seroit
contraint d'avouer qu'
en intrigues de femmes
les circonstances qui paroissent
les moins vraisemblables
sont quelquefois
les plus vrayes.
Don Fernand, après
avoir posté Don Juan
en embuscade dans la
porte enfoncée,SCfuivant
à tout hazard le
projet qu'ils'écoit formé,
court au logis de
Don Felix, qui n'étoit
pas fort loin de là, heurte
très-fort à la porte.
Onseréveille, un valet
de Don Felix vient
ouvrir; illui donne la
lettre, lui disant qu'un
incident fâcheux l'avoit
empesché d'executer
à l'heure nommée la
commission que lui avoit
donnée Beatrix de
rendre cette lettre : mais
que si Don Félix Ce pressoit
fort, il seroit encore
temps dexecuter
ce qui écoit porté dans
la lettre. Il donna les
meilleures raisons qu'il
put pour justifier la lettre
décachetée : mais enfin
elle étoit écrite de la
propre main de Beatrix
, &, cela ne pouvoit
estre douteux à
Don Félix. Don Fernand
court au plus vîte
dire à la veuve que son
amant Don Juan alloit
venir la prendre. Elle
va au-devant à la porte
du jardin, où arrivoit
Don Felix. Alors Don
Fernand dit tout bas à
la veuve de sortir au
plus vîce, parce qu'il
entendoit quelqu'un du
logis qui couroit après
elle. Don Felix prit la
veuve par la main. La
crainte d'estre suivie entrecoupant
la voix de
la veuve , ÔC l'obscurité,
laissaDonFélixdans
l'erreur tout le temps
qu'ils mirent à rraverfer
la ruë. Ilcroyoitenlever
sa Beatrix, pendant
que Don Fernand
fut avertir le Cavalier
amant de la veuve qu'il avoit porté dans)
la parte enforcée. Cet
amant transportéde fureur
court à sa veuve;
& l'accablant de reproches
& d'injures
,
surprit
fort Don Felix
It
qui croyoit que ces reproches
s'adreffoient à
sa Beatrix,qu'il croyoit
encore tenir par la main;
car tout cela se fit si
promptement, qu'il n'étoit
pas encore détrompé.
Don Felix piqué
au vif, met l'épée à la
main, charge l'autre,
qui le receut en homme
brave & jaloux.
Laissons-les se battre,
oC retournons à Don
Fernand, qui fut ravi
d'avoirreüssi à faire attaquer
Don Felix pat
ce jaloux furieux; car
il n'avoit tramé cette
avanture nocturne que
pour se défaire, sans se
commettre, d'un rival
qu'il craignoit. Il fuivoit
de loin nos combattans
, pour voir la
reüssite du combat,
quand il se sentit faisir
par deux ou trois
hommes; & c'étoit les
gens du logis de la veuve,
qui le prenant pour
celui qui l'avoit enlevée,
l'emmenerent dans
le jardin, & le jetterent
dans un caveau, où ils l'enfermerent
promptement, pour courir
après la veuve, qu'-
ils ne purent rejoindre;
car dans le moment
qu'elle eut entendu la
voix de Don Juan, &
que le combat commença
,
elle avoit fui
toute effrayée, & n'osant
retourner chez elle
,
elle étoit allée se
réfugier chez une de
ses amies, qui ne logeoic
pas loin de Jà.
Retournons à nos deux
combattans. Don Felix
receut d'abord deux
grands coups depée:
mais il pouffa si vivement
son ennemi, quaprés
l'avoir blessé en
plusieurs endroits trésdangereusement
, il le
desarmatomba enfuite
faite de foiblesse à côté
de son ennemi. Ces mêmes
hommes qui avoient
enfermé Don
Fernand dans le caveau,
arriverent jusqu'à l'endroitoùétoient
les blef
fez; &: l'un d'eux
J
qui
étoit parent de la veuve,
reconnut Don Felix
,
dont il étoit ami.
Quelle fut sa surprise !
Don Felix le reconnut,
& d'une voix
mourante lui demanda
du secours
, & pria quon
en donnâtaussi à
son adversaire, qui se
trouva entièrementévanoui.
Cet ami les fit
emporter chez lui, c'est
à dire dans la maison
de la veuve, où il logeoit.
On leur donna
du secours, on les mit
chacun dans un lit; 8c
quand ils furent en état
de s'expliquer, toute
l'avanturenoéturne
se débrouilla par un éclaircissement.
Les deux
blessez furent au defespoir
de s'êtreainsi
mat-trairez, 6L l'indignation
de tous tomba
sur Don Fernand,
qu'on laissa passer la
nuit dans le caveau,
pour le mettre lelendemain
entre les mains
de la Justice.
Don Felix, qui ne
pouvoit se consoler d'avoir
b!e(re trés-dangereusement
Don Juan,-¡
obtint de son ami qu"--
on lui donneroit laveuve
en mariage : car cet
ami, parent de la veuve
,
avoit un grand credit
auprès de ses autres
parens.
-
A l'égard de Don
Felix, il se trouva que
ses deux blessures n'étoient
pas dangereuses.
Il empêcha qu'on ne
mît Don Fernand entre
les mains de la Justice
: mais il pria qll'-::
on avertît le pere de
Beatrix de tout ce qui
s'était passé la nuit. Ce
pere étoit hommed'honneur
, quoique feroce-
Il alla trouver Don Fernand
, & lui declara
qu'un homme capable
de tramer de si noires
actions étoit indigne de
sa fille; & l'ami de
Don Felix lui déclarade
sa part que s'il ne
vouloit pas se battre
contre Don Felix, il saloit
seresoudre à s'exiler
lui-même hors de
Seville. Il se seroit exilé
même d'Espagne
plûtôt , que de se battre,
&C accepta l'exil:
ce qui acheva d'indigner
contre lui le pere
de Beatrix, qui, pour
le punir encore davantage
, la donna en mariage
à son rival. Ainsi
Don Felix & Beatrix
devinrent heureux
par un incident, duquel
Don Fernand avoit
voulu se servir
pour perdre Don Felix.
Fermer
Résumé : HISTORIETTE, traduite de l'Espagnol.
Le texte relate l'histoire de deux jeunes cavaliers de Séville, Don Fernand et Don Felix, tous deux amoureux de Beatrix, une jeune femme riche et belle, fille unique de Don Cuarado, ancien Gouverneur des Indes. Don Fernand, bien que moins brave, est préféré par le père de Beatrix en raison de sa richesse. Les deux amants se retrouvent secrètement près de la maison de Beatrix. Don Fernand, jaloux, observe Don Felix et se montre seulement après son départ. Beatrix est promise à Don Fernand, mais Don Felix, informé par la suivante de Beatrix, Donna Hermandez, tente de la voir lors d'une fête organisée par Don Fernand. Déguisé en jardinier, Don Felix parle à Beatrix et à Donna Hermandez, échappant de justesse à la découverte de Don Fernand. La fête se déroule sans incident majeur, mais Beatrix feint la maladie pour éviter Don Fernand. Plus tard, Beatrix envoie une lettre à Don Felix via un petit laquais Maure, mais Don Fernand intercepte la lettre et organise une ruse. Il se fait passer pour Don Felix à un rendez-vous nocturne dans le jardin, où il rencontre une veuve et son amant. Don Fernand manipule les deux amants, provoquant un combat entre Don Felix et l'amant de la veuve. Pendant ce temps, Don Fernand est capturé par les gens de la veuve, qui le confondent avec l'enlèveur de leur maîtresse. Après un duel, Don Felix et Don Juan sont grièvement blessés. Un parent de la veuve, ami de Don Felix, les secourt et les emmène chez lui. Une fois rétablis, ils expliquent la situation. Don Fernand, responsable de l'enchaînement des événements, est laissé en prison pour être jugé. Don Felix, désolé d'avoir blessé Don Juan, obtient la main de la veuve grâce à l'influence de son ami. Les blessures de Don Felix ne sont pas graves. Il empêche la justice de s'en mêler mais demande que le père de Béatrix soit informé. Le père de Béatrix, homme d'honneur mais sévère, refuse Don Fernand comme gendre en raison de ses actions. Forcé de choisir entre l'exil et un duel contre Don Felix, Don Fernand opte pour l'exil. En conséquence, Béatrix épouse Don Felix, rendant les deux amants heureux malgré les intentions malveillantes de Don Fernand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
74
p. 47-48
MARIAGE.
Début :
Monsieur le Comte de Châteaurenault, fils de Monsieur le [...]
Mots clefs :
Mariage, Mademoiselle de Noailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Monsieur le Comte
de Châceaurenault, fils
de Monsieur le Maréchal
de Châceaurenault,
aépousé le du
mois de Février dernier
Mademoiselle. deNoailles,
fille de feu Monsieur
le Maréchal d'er
Noailles.
Le mois prochain on
donnera un memoire
plus ample, qu'on n'a.
pû avoir celui-ci.
Monsieur le Comte
de Châceaurenault, fils
de Monsieur le Maréchal
de Châceaurenault,
aépousé le du
mois de Février dernier
Mademoiselle. deNoailles,
fille de feu Monsieur
le Maréchal d'er
Noailles.
Le mois prochain on
donnera un memoire
plus ample, qu'on n'a.
pû avoir celui-ci.
Fermer
75
p. 3-40
LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
Début :
Deux chefs de famille qui avoient l'un contre l'autre un procés [...]
Mots clefs :
Père, Veuve, Haine, Amour, Mariage, Argent, Amie, Accommodement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
MERCURE
galant.
LAHAINE SURMONTE'E
par l'amour,
Eux chefs de famillequi
avoient
l'un contre l'autre
un procès sur des affaires
de point d'honneur,
parvinrent enfin à
se haïr à tel point, que
l'un qui avoit une fille
dont le fils de l'autre étoit
amoureux, ne voulut
jamais entendre parler
de ce mariage, quoy
qu'il lui fût trés-avanrageux.
Le pere de l'amant
mourut dans cette conjoncture,&
comme le
fils n'avoit jamais eu aucune
part aux procedez
du pere, il crut ne plus
trouverd'obstacle, & il
alla supplier le perede
sa maîtresse qu'il l'acceptât
pour gendre: mais
ce pere lui répondit que
sa haine pour le défunt
iroit jusqu'à la quatriéme
generation, & qu'il
ne pensât plus à sa fille.
En effet, pour l'empêcher
d'avoir aucune relation
avec son amant,
il l'enferma dans un
Convent. L'amant desesperé
prit le parti d'aller
faire un voyage, tz
trouva le moyen de jurer
à sa maîtresse une
constance inviolable,
qui lui fut promisereciproquement,
& ils se
tinrent parole. C'est ce
qu'il y a de plus singulier
dans cette histoire.
-
Sitôt qu'il fut parti,
le pere songea à marier
sa fille: mais il ne put
jamais la faire obeïr, &
lui representa pendant
trois ou quatre ans que
dura sa desobeïssance,
que rien n'étoit plus
honteux que la foiblesse
de l'amour, & que lui
qui étoit veuf depuis
dix ans, & qui n'avoit
encore que soixante ans,
croiroit être deshonoré
si l'amour lui donnoit
envie de se marier. La
fille se contenta de loüer
la force d'esprit de son
pere, & ne voulut point
faire usage de la sienne.
Elle declara que puis
qu'elle ne pouvoit point
avoircelui qu'elle aimoit,
du moins elle n'en
auroit jamais d'autre. Le
pere étoit homme déraisonnable
, entêté, ÔC
d'ailleurs cherchoit une
occasion de se disculper
dans sa familled'avoir
ruiné sa fille par un procés
qui duroit encore. Il
prit cette occasion pour
ne rien donner à sa fille
; illa desherita dés ce
moment, & l'enferma
dans un Convent.
Quelque temps aprés
une veuve trés-belle vint
se retirer dans ce même
Convent ,li,aYaIlt pas
assez de bien pour vivre
dans le monde. Elle devint
amie de Dorotée,
(c'estainsi que se nommoit
la fille confiante
dont la veuve devint intime
amie) & cette amitié
devint si parfaite,
qu'elles se firent mutuellement
confidence de
leurs secrets les plus cachez.
La veuve avoüa à Dorotée
qu'une nouvelle
avanture qu'elle avoit
euë lui donnoit envie de
se remarier,fariefipoeS)
lui dit-elle,avecun homme
aimable comme celui
dont l'absence t'afflige depuis
si long-temps: celui a
qui j'aidonné de ïamour
eji un vieillard, qui me
vit l'autre jour
cheZ
une
Dame àe[es amies, où
jemetrouvaiparhazard.
Je nai pu encore sçavoir
le nom de cet amant mysterieux
s il ne m'a declaré
d'abord queses richesses,
& nia aifltré qu'il ctOlt
homme de condition.
m'a donné quinze jours
pour me déterminer, &
ses richesses me determineront,
non pas que je les
Aime:mais je hais naturellement
la pauvreté, (t) )aime à rendre service à
mes amis. Qtiel plaisir
aurois-je, parexemple,
si je pouvoir te fournir
l'argent dont tu aurois
besoin pour (oûtcnir- le proces
injuste que ton pere
te fait pour usurper les
biens de ta mere ! Dorotée
remercia son amie de
ses offres genereuses, u
lui declara qu'elle aimeroit
mieux tout perdre
que de plaider contre
son pere Cette conversation
fut inrerrompuë
par une Touriere
,
qui
vint apporter un billet
à la veuve. Ce billet étoit
du vieux amant inconnu,
qui lui donnoit
rendez-vous chez une -
per sonne où ils se trouvoient
tous les jours; &
cette personne gardoit
si exactement le secret
au vieillard,que la veuve
n'avoir pû sçavoir encore
qui ilétoit. Ce vieillard
ne vouloit point declarer
son nom, qu'il ne
fût sûr que la veuve
l'accepteroit pour mari.
Il avoit, disoit-il,ses
raisons pour le cacher,
outre la fausse honte
d'être àson âge amoureux
,
&C refusé. La veuve
de son côté ne vouloit
rien promettre qu'-
elle nesçût le nom du
vieillard, pour pouvoir
s'informer s'il étoit aussi
riche qu'il se le disoit.
Ils en étoient là,quand
ils sevirent au rendezvous
aà l'heure marquée
-
cure marquee
par le billet. La veuve
le pressa à son ordinaire
de lui dire son nom.
Je vois bien,lui répondit
le vieillard, que vous
ruouleZJ vous informer de
moy avant que de me
promettre; vous craignez^
sans doute que je ne fois
ppaasiaauu§sisrit'rcichheequqeuqe;ovo,,u,ess
lesouhaiteriez: mais pour
vous donner d&s preuves
de ma richefie, & en même
temps de ma generofilé,
voila une bourse de
cent louis d'or que je vous
donne pour commencer à
arrangervos affaires;car
jesçai que vous avez, dei
procès. Dans quelques
jours vous me direz, si
vous commencer4 vous
confierassez à moy pour
vouloir qu'on faÇe dresser
un contrat ; car vous ne
sçaurez, qui je fuis qu'en
le signant. La veuve, qui
n'eût jamais accepté les
cent louis pour elle,les
prit dans d'autres vûës;
te aprés qu'elle fut convenue
d'un autre rendezvous
vous avec son vieux amant
, elle retourna au
Convent
,
M offrit les
cent loüisàDorotée
pour son procés contre
son pere: & voyant qu'-
elle les refusoit obstinément
,
elle ne lapressa
pas davantage: mais elle
alla trouver un bon parent
J
qui soutenoit le
procés de Dorotée malgré
elle contre son injuste
pere,&qui 1eue1
laissé perdre faute d'argent,
sans ce renfort de
cent loüis que la veuve
lui donna, en le priant
de n'en rien dire à Dorotée.
Quelque temps
aprés ce parent dit à la
veuve qu'il avoit besoin
dela signature de Dorotée,
&C quellel'amenât
chez lui, pour tâcher de
la faite consentir à retirer
du moins son bien
des mains d'un pere dont
elle ne pouvoit jamais
rien esperer. Dorotée
consentit d'y aller, sans
sçavoir ce qu'on vouloit
exiger d'elle. Un moment
après qu'elles y
furent arrivées, le parent
de Dorotée la laissa
dans la chambre, &C passa
dans son cabinet avec la
veuve, pour lui parler
en particulier. Il lui dit
qu'un jeune hommetrésriche
lui étoit venu demander
son entremise
pour lui faire époufer
Dorotée, & qu'il deoit
revenir ce mesme
jour pour lui parler
plus amplement. Pendant
qu'ils parloicnt de
cette affaire, l'impatience
d'attendre &lacuriosité
sirententrer Dorotée
dans le cabinet. Elle
entendit la proposition
que faisoit son parent,
& l'interrompit avec
dépit,lui protestant qu'-
elle ne vouloit jamais
entendre parler de mariage.
Son amie lui remontra
qu'aprés avoir
été confiante pendant
six ans pour un homme
absent, &: mesme qu'-
elle pouvoit croire mort,
ou infidele, puis qu'elle
n'avoit point eu de ses
nouvelles, il faloit enfin
se determiner à saisir une
occasion si avantageuse.
Dorotée ne daigna pas
feulement répondre à
son amie, & pour ne
pas l'écouter davantage,
retourna dans la chambre
d'où elle sortoit. Elle
n'y fut pas plutôt entrée
,
qu'elle fit un cri
qui fit accourir la veuve
& le parent, qui voyant
entrer le jeune homme
qui lui avoit demandé
Dorotée, se tourna aussirôt
vers elle,quiétoit
restée muette & immobile
: Quoy, lui dit-il,
avez-vousdeviné que
c'étoit Monsieur que je
vousproposois pourépoux?
fI) votre confiance pour un
absent vous a-t-elle donné
si subitementdel'aversion
pour un Cavaliersi
aimable ? La veuve pendant
cela les examinoit
tous deux;& quoy qu'-
ellen'eust jamais veu le
Cavalier, elle reconnut
l'amant. En effet la furprise
,
le trouble & le
plaisir faisoient un tel esset
sur Dorotée & sur
lui, que le parent fut
bientost au fait, & reconnut
que l'amant ab..-
sent & celui qui luiavoit
demandé Dorotée
étoient le mesme. Il y
eut alors entre eux quatre
une longue explication.
L'amant se justifia
de n'avoir pu faire sçavoir
de ses nouvelles à
Dorotée.Ilarrivoitd'un
long voyage. Dorotée
lui pardonna, SC la veuve
conclut que pour ne
pas exposerl'amant à
faire par desespoir un
fecond voyage, il faloit
4r
les
les mariersecretement,
en attendant qu'on pue
faire consentir le pere de
Dororée. Le Cavalier
étoit en effet trés-riche
en fond de terre: mais
il avoit emprunté pour
ses voyages, & il avoit
aussi peu d'argent comptant
queDorotée. Le
parent n'enavoit pas
plus qu'eux:il en faloit
pourtant si l'on vouloit
les mariersecretement;
carle Cavalier, qui étoit
en tutelle, avoit
quelques parens interessez
à gagner, outre qu'il
faloit acheter le ministere
de quelqu'un qui
voulût bien les marier
sans peres ni meres. En
un mot illeur faloitde
l'argent pour plusieurs
raisons. La veuve leur
ditqu'elle en emprunteroit
à son vieillard, avec
qui elle avoit encore rendez
vous ce jour-là.
Je crois qu'il est temps
d'avertir ici le lecteur
que ce vieillard mysterieux
étoit le pere de
Dorotée, qui avoit
déjafourni à la veuve
de l'argent pour plaider
contre lui -même.
Il lui en prêta encore
pour marier sa fille à
son ennemi; &; la veuve
lui demanda deux
cent loüis d'or, lui promettant
que, persuadée
par là de sa richesse &:
de sa generosité, elle se
declarcroit avant quil
fiiffc huit jours. Les deux
cent loüis d'or furent
donnez par l'amoureux
vieillard, qui n'oublia
pas de se plaindre en general
qu'il lui en avoit
salu dépenser beaucoup
depuisquelques jours
pour un procés qu'il avoit
cru gagner, 6c
qu'on avo t renouvellé
fortement contre lui.
Aprés ces p l aintes géneral
es, qui ne mirent
point encore la veuve
au fait, il lui donna rendez-
vous à huitaine; k
tUe courut bien joyeuse
porter aux amans l'argent
qu'il leur faloit
pour se marier malgré le
pere de Dorotée. Le mariage
sefit secretement;
$£ le parent ayant mis
aveccenouvel argent le
procés en état de faire
craindre au pere de le
perdre, ils efperoient que
par un accommodement
ils l'obligeroient à donner
aprés coup son consentement
à un mariage
déja fait, plutôt que
de faire un éclat dont
on l'auroit pû blâmer
dans le monde ; car il
étoit trés-delicat sur le
point d'honneur, comme
on ladéja dit dans
le commencement de
cette histoire.
Le mariage étant fait, r SC le procés poursuivi
vivement, le parent fit
dire au pere que s'il vouloit
venir chez lui, il lui
propoferoit un moyen
d'accommoder l'affaire.
Le pere ne manqua pas
de s'y trouver, &leparent
fit cacher les nouveaux
mariez dans une
chambre à côté de celle
où il devoit conferer avec
le pere pour l'accommodement.
Le parent
, homme d'esprit,
fit d'abord sentir à ce
vieillard obstiné leperil
oOùÙiillééroioititddeepp~errddrr~efsooun
procés contre sa fille,&
qu'ildevoit en homme
fage se faire auprés d'elle
un merite de sabonté,
&C lui accorder de bonne
grace ce qu'ilperdroit
conrrelle malgré lui.
Enfuire il disposa insensiblement
son esprit à
consentir de bonne grace
à un mariage qu'il
ne pouvoirplus empêcher,
&r le menaça même
de ne faire aucun accommodementavec
lui
sur le procés, qu'il n'eust
confirmé ce mariage.
Levieillard parutmalgré
lui traitab le sur tous
les articl es, & même sur
le mariage de sa fille,
jusqu'à ce qu'on lui eut
nommé le fils de feu son
ennemi: mais à ce nom
il rompit tout. Sa fille
& son gendre entrerent
à cet instant, & se jettant
à ses pieds, tâcherent
de le fléchir: mais
ce fut inutilement, &
la vue du fils de son ennemi
redou bla son obstination
& son emportement.
Il jura qu'il feroit
casser le mariage, & sortit
comme un furieux,
sans vouloir rien écouter,
laissant les deux amans
consternez, & le
parent indigné, qui lui
dit qu'il avoit trouvé
unesource d'argent qui
ne lui manqueroit point
pour le plaider,& pour
le punir de son obstination
& de son injustice.
Pendant que tout ceci
se passoit, la veuve
vint chez le parent, pour
sçavoir comment le feroit
passée l'entreveuë
de la fille & du pere,
qu'elle ne soupçonnoit
point encored'être le
vieillard anonime qu'-
elleétoitprête d'époufer.
Dans le moment qu'-
elleentroitdans la chambre
du parent, il en fortoit,
& fut aussi surpris
d'y trouver sa belle veuve,
qu'elle le fut del'y
voir,Héquevenez-vous
faireii,Monsieur, lui
dit-elle ? Qny vtnez*-
<vow f.iire vous-même,
reprit le vieillard agité?
vus me voyez transportl
d'unejuste colerecontre
une fillequi scg mariée
avec un homme que je
hais,&que je veux IJtltr-,
parce que son pere etoit un
maraut. Et là-dessus il
continua d évaporer - sa
bele par un recit quisit
connoître a la veuve
qu'il étoit celui à qui
elle avoit emprunté de
l'argent pour s'en servir -
contre lui-mesme. Elle
demeura toute interdite,
pendant que le vieillard
la trouvant plus
charmante que jamais,
passoitinsensiblementde
la colere a l'amour. Nos
amans & le parent qui
i obsérvoient, furent
fort étonnez de le voir
engagé dans une conversation
tendre avec
leur amie. Ils s'approcherent
doucement. Dés
qu'illes revit, sa colere
se ralluma: mais la veuve
revenant àelle, déclara
au pere irrité que
sa fille étoit sa meilleure
amie, & que s'il n'en
usoit bien avecelle, il
faloit qu'il renonçât à
son amour. Mais> continua-
t-elle
, en faisant
une reflexion fubice, je
ne vois point d'accommodement
à tout ceci ; car je
ne me resoudraijamais à
faire à mon amie le tort
d'epouser un pere dont elle
lerite.
Dorotée se jetta à l'infiant
aux pieds de son r
pere, pour le conjurer de
donner tout son bien à
celle qui meritoit tout
son amour; & ensuite
em brassant cette amie,
la conjura de l'accepter.
Ce ne fut plus qu'un
combat de generosité entre
les deux amies & l'amant.
Pendant cette dispute
le pere fut fort agité
entre son amour pour
la veuve,& sa haine contre
son gendre:mais enfin
l'amourl'emporta;les
deux mariages sesirent,
& les biens devinrent
communs entr'eux tous;
car parbonheur le vieillard
n'étoitplus en âgede
donner des coheritiers à
sa fille.
galant.
LAHAINE SURMONTE'E
par l'amour,
Eux chefs de famillequi
avoient
l'un contre l'autre
un procès sur des affaires
de point d'honneur,
parvinrent enfin à
se haïr à tel point, que
l'un qui avoit une fille
dont le fils de l'autre étoit
amoureux, ne voulut
jamais entendre parler
de ce mariage, quoy
qu'il lui fût trés-avanrageux.
Le pere de l'amant
mourut dans cette conjoncture,&
comme le
fils n'avoit jamais eu aucune
part aux procedez
du pere, il crut ne plus
trouverd'obstacle, & il
alla supplier le perede
sa maîtresse qu'il l'acceptât
pour gendre: mais
ce pere lui répondit que
sa haine pour le défunt
iroit jusqu'à la quatriéme
generation, & qu'il
ne pensât plus à sa fille.
En effet, pour l'empêcher
d'avoir aucune relation
avec son amant,
il l'enferma dans un
Convent. L'amant desesperé
prit le parti d'aller
faire un voyage, tz
trouva le moyen de jurer
à sa maîtresse une
constance inviolable,
qui lui fut promisereciproquement,
& ils se
tinrent parole. C'est ce
qu'il y a de plus singulier
dans cette histoire.
-
Sitôt qu'il fut parti,
le pere songea à marier
sa fille: mais il ne put
jamais la faire obeïr, &
lui representa pendant
trois ou quatre ans que
dura sa desobeïssance,
que rien n'étoit plus
honteux que la foiblesse
de l'amour, & que lui
qui étoit veuf depuis
dix ans, & qui n'avoit
encore que soixante ans,
croiroit être deshonoré
si l'amour lui donnoit
envie de se marier. La
fille se contenta de loüer
la force d'esprit de son
pere, & ne voulut point
faire usage de la sienne.
Elle declara que puis
qu'elle ne pouvoit point
avoircelui qu'elle aimoit,
du moins elle n'en
auroit jamais d'autre. Le
pere étoit homme déraisonnable
, entêté, ÔC
d'ailleurs cherchoit une
occasion de se disculper
dans sa familled'avoir
ruiné sa fille par un procés
qui duroit encore. Il
prit cette occasion pour
ne rien donner à sa fille
; illa desherita dés ce
moment, & l'enferma
dans un Convent.
Quelque temps aprés
une veuve trés-belle vint
se retirer dans ce même
Convent ,li,aYaIlt pas
assez de bien pour vivre
dans le monde. Elle devint
amie de Dorotée,
(c'estainsi que se nommoit
la fille confiante
dont la veuve devint intime
amie) & cette amitié
devint si parfaite,
qu'elles se firent mutuellement
confidence de
leurs secrets les plus cachez.
La veuve avoüa à Dorotée
qu'une nouvelle
avanture qu'elle avoit
euë lui donnoit envie de
se remarier,fariefipoeS)
lui dit-elle,avecun homme
aimable comme celui
dont l'absence t'afflige depuis
si long-temps: celui a
qui j'aidonné de ïamour
eji un vieillard, qui me
vit l'autre jour
cheZ
une
Dame àe[es amies, où
jemetrouvaiparhazard.
Je nai pu encore sçavoir
le nom de cet amant mysterieux
s il ne m'a declaré
d'abord queses richesses,
& nia aifltré qu'il ctOlt
homme de condition.
m'a donné quinze jours
pour me déterminer, &
ses richesses me determineront,
non pas que je les
Aime:mais je hais naturellement
la pauvreté, (t) )aime à rendre service à
mes amis. Qtiel plaisir
aurois-je, parexemple,
si je pouvoir te fournir
l'argent dont tu aurois
besoin pour (oûtcnir- le proces
injuste que ton pere
te fait pour usurper les
biens de ta mere ! Dorotée
remercia son amie de
ses offres genereuses, u
lui declara qu'elle aimeroit
mieux tout perdre
que de plaider contre
son pere Cette conversation
fut inrerrompuë
par une Touriere
,
qui
vint apporter un billet
à la veuve. Ce billet étoit
du vieux amant inconnu,
qui lui donnoit
rendez-vous chez une -
per sonne où ils se trouvoient
tous les jours; &
cette personne gardoit
si exactement le secret
au vieillard,que la veuve
n'avoir pû sçavoir encore
qui ilétoit. Ce vieillard
ne vouloit point declarer
son nom, qu'il ne
fût sûr que la veuve
l'accepteroit pour mari.
Il avoit, disoit-il,ses
raisons pour le cacher,
outre la fausse honte
d'être àson âge amoureux
,
&C refusé. La veuve
de son côté ne vouloit
rien promettre qu'-
elle nesçût le nom du
vieillard, pour pouvoir
s'informer s'il étoit aussi
riche qu'il se le disoit.
Ils en étoient là,quand
ils sevirent au rendezvous
aà l'heure marquée
-
cure marquee
par le billet. La veuve
le pressa à son ordinaire
de lui dire son nom.
Je vois bien,lui répondit
le vieillard, que vous
ruouleZJ vous informer de
moy avant que de me
promettre; vous craignez^
sans doute que je ne fois
ppaasiaauu§sisrit'rcichheequqeuqe;ovo,,u,ess
lesouhaiteriez: mais pour
vous donner d&s preuves
de ma richefie, & en même
temps de ma generofilé,
voila une bourse de
cent louis d'or que je vous
donne pour commencer à
arrangervos affaires;car
jesçai que vous avez, dei
procès. Dans quelques
jours vous me direz, si
vous commencer4 vous
confierassez à moy pour
vouloir qu'on faÇe dresser
un contrat ; car vous ne
sçaurez, qui je fuis qu'en
le signant. La veuve, qui
n'eût jamais accepté les
cent louis pour elle,les
prit dans d'autres vûës;
te aprés qu'elle fut convenue
d'un autre rendezvous
vous avec son vieux amant
, elle retourna au
Convent
,
M offrit les
cent loüisàDorotée
pour son procés contre
son pere: & voyant qu'-
elle les refusoit obstinément
,
elle ne lapressa
pas davantage: mais elle
alla trouver un bon parent
J
qui soutenoit le
procés de Dorotée malgré
elle contre son injuste
pere,&qui 1eue1
laissé perdre faute d'argent,
sans ce renfort de
cent loüis que la veuve
lui donna, en le priant
de n'en rien dire à Dorotée.
Quelque temps
aprés ce parent dit à la
veuve qu'il avoit besoin
dela signature de Dorotée,
&C quellel'amenât
chez lui, pour tâcher de
la faite consentir à retirer
du moins son bien
des mains d'un pere dont
elle ne pouvoit jamais
rien esperer. Dorotée
consentit d'y aller, sans
sçavoir ce qu'on vouloit
exiger d'elle. Un moment
après qu'elles y
furent arrivées, le parent
de Dorotée la laissa
dans la chambre, &C passa
dans son cabinet avec la
veuve, pour lui parler
en particulier. Il lui dit
qu'un jeune hommetrésriche
lui étoit venu demander
son entremise
pour lui faire époufer
Dorotée, & qu'il deoit
revenir ce mesme
jour pour lui parler
plus amplement. Pendant
qu'ils parloicnt de
cette affaire, l'impatience
d'attendre &lacuriosité
sirententrer Dorotée
dans le cabinet. Elle
entendit la proposition
que faisoit son parent,
& l'interrompit avec
dépit,lui protestant qu'-
elle ne vouloit jamais
entendre parler de mariage.
Son amie lui remontra
qu'aprés avoir
été confiante pendant
six ans pour un homme
absent, &: mesme qu'-
elle pouvoit croire mort,
ou infidele, puis qu'elle
n'avoit point eu de ses
nouvelles, il faloit enfin
se determiner à saisir une
occasion si avantageuse.
Dorotée ne daigna pas
feulement répondre à
son amie, & pour ne
pas l'écouter davantage,
retourna dans la chambre
d'où elle sortoit. Elle
n'y fut pas plutôt entrée
,
qu'elle fit un cri
qui fit accourir la veuve
& le parent, qui voyant
entrer le jeune homme
qui lui avoit demandé
Dorotée, se tourna aussirôt
vers elle,quiétoit
restée muette & immobile
: Quoy, lui dit-il,
avez-vousdeviné que
c'étoit Monsieur que je
vousproposois pourépoux?
fI) votre confiance pour un
absent vous a-t-elle donné
si subitementdel'aversion
pour un Cavaliersi
aimable ? La veuve pendant
cela les examinoit
tous deux;& quoy qu'-
ellen'eust jamais veu le
Cavalier, elle reconnut
l'amant. En effet la furprise
,
le trouble & le
plaisir faisoient un tel esset
sur Dorotée & sur
lui, que le parent fut
bientost au fait, & reconnut
que l'amant ab..-
sent & celui qui luiavoit
demandé Dorotée
étoient le mesme. Il y
eut alors entre eux quatre
une longue explication.
L'amant se justifia
de n'avoir pu faire sçavoir
de ses nouvelles à
Dorotée.Ilarrivoitd'un
long voyage. Dorotée
lui pardonna, SC la veuve
conclut que pour ne
pas exposerl'amant à
faire par desespoir un
fecond voyage, il faloit
4r
les
les mariersecretement,
en attendant qu'on pue
faire consentir le pere de
Dororée. Le Cavalier
étoit en effet trés-riche
en fond de terre: mais
il avoit emprunté pour
ses voyages, & il avoit
aussi peu d'argent comptant
queDorotée. Le
parent n'enavoit pas
plus qu'eux:il en faloit
pourtant si l'on vouloit
les mariersecretement;
carle Cavalier, qui étoit
en tutelle, avoit
quelques parens interessez
à gagner, outre qu'il
faloit acheter le ministere
de quelqu'un qui
voulût bien les marier
sans peres ni meres. En
un mot illeur faloitde
l'argent pour plusieurs
raisons. La veuve leur
ditqu'elle en emprunteroit
à son vieillard, avec
qui elle avoit encore rendez
vous ce jour-là.
Je crois qu'il est temps
d'avertir ici le lecteur
que ce vieillard mysterieux
étoit le pere de
Dorotée, qui avoit
déjafourni à la veuve
de l'argent pour plaider
contre lui -même.
Il lui en prêta encore
pour marier sa fille à
son ennemi; &; la veuve
lui demanda deux
cent loüis d'or, lui promettant
que, persuadée
par là de sa richesse &:
de sa generosité, elle se
declarcroit avant quil
fiiffc huit jours. Les deux
cent loüis d'or furent
donnez par l'amoureux
vieillard, qui n'oublia
pas de se plaindre en general
qu'il lui en avoit
salu dépenser beaucoup
depuisquelques jours
pour un procés qu'il avoit
cru gagner, 6c
qu'on avo t renouvellé
fortement contre lui.
Aprés ces p l aintes géneral
es, qui ne mirent
point encore la veuve
au fait, il lui donna rendez-
vous à huitaine; k
tUe courut bien joyeuse
porter aux amans l'argent
qu'il leur faloit
pour se marier malgré le
pere de Dorotée. Le mariage
sefit secretement;
$£ le parent ayant mis
aveccenouvel argent le
procés en état de faire
craindre au pere de le
perdre, ils efperoient que
par un accommodement
ils l'obligeroient à donner
aprés coup son consentement
à un mariage
déja fait, plutôt que
de faire un éclat dont
on l'auroit pû blâmer
dans le monde ; car il
étoit trés-delicat sur le
point d'honneur, comme
on ladéja dit dans
le commencement de
cette histoire.
Le mariage étant fait, r SC le procés poursuivi
vivement, le parent fit
dire au pere que s'il vouloit
venir chez lui, il lui
propoferoit un moyen
d'accommoder l'affaire.
Le pere ne manqua pas
de s'y trouver, &leparent
fit cacher les nouveaux
mariez dans une
chambre à côté de celle
où il devoit conferer avec
le pere pour l'accommodement.
Le parent
, homme d'esprit,
fit d'abord sentir à ce
vieillard obstiné leperil
oOùÙiillééroioititddeepp~errddrr~efsooun
procés contre sa fille,&
qu'ildevoit en homme
fage se faire auprés d'elle
un merite de sabonté,
&C lui accorder de bonne
grace ce qu'ilperdroit
conrrelle malgré lui.
Enfuire il disposa insensiblement
son esprit à
consentir de bonne grace
à un mariage qu'il
ne pouvoirplus empêcher,
&r le menaça même
de ne faire aucun accommodementavec
lui
sur le procés, qu'il n'eust
confirmé ce mariage.
Levieillard parutmalgré
lui traitab le sur tous
les articl es, & même sur
le mariage de sa fille,
jusqu'à ce qu'on lui eut
nommé le fils de feu son
ennemi: mais à ce nom
il rompit tout. Sa fille
& son gendre entrerent
à cet instant, & se jettant
à ses pieds, tâcherent
de le fléchir: mais
ce fut inutilement, &
la vue du fils de son ennemi
redou bla son obstination
& son emportement.
Il jura qu'il feroit
casser le mariage, & sortit
comme un furieux,
sans vouloir rien écouter,
laissant les deux amans
consternez, & le
parent indigné, qui lui
dit qu'il avoit trouvé
unesource d'argent qui
ne lui manqueroit point
pour le plaider,& pour
le punir de son obstination
& de son injustice.
Pendant que tout ceci
se passoit, la veuve
vint chez le parent, pour
sçavoir comment le feroit
passée l'entreveuë
de la fille & du pere,
qu'elle ne soupçonnoit
point encored'être le
vieillard anonime qu'-
elleétoitprête d'époufer.
Dans le moment qu'-
elleentroitdans la chambre
du parent, il en fortoit,
& fut aussi surpris
d'y trouver sa belle veuve,
qu'elle le fut del'y
voir,Héquevenez-vous
faireii,Monsieur, lui
dit-elle ? Qny vtnez*-
<vow f.iire vous-même,
reprit le vieillard agité?
vus me voyez transportl
d'unejuste colerecontre
une fillequi scg mariée
avec un homme que je
hais,&que je veux IJtltr-,
parce que son pere etoit un
maraut. Et là-dessus il
continua d évaporer - sa
bele par un recit quisit
connoître a la veuve
qu'il étoit celui à qui
elle avoit emprunté de
l'argent pour s'en servir -
contre lui-mesme. Elle
demeura toute interdite,
pendant que le vieillard
la trouvant plus
charmante que jamais,
passoitinsensiblementde
la colere a l'amour. Nos
amans & le parent qui
i obsérvoient, furent
fort étonnez de le voir
engagé dans une conversation
tendre avec
leur amie. Ils s'approcherent
doucement. Dés
qu'illes revit, sa colere
se ralluma: mais la veuve
revenant àelle, déclara
au pere irrité que
sa fille étoit sa meilleure
amie, & que s'il n'en
usoit bien avecelle, il
faloit qu'il renonçât à
son amour. Mais> continua-
t-elle
, en faisant
une reflexion fubice, je
ne vois point d'accommodement
à tout ceci ; car je
ne me resoudraijamais à
faire à mon amie le tort
d'epouser un pere dont elle
lerite.
Dorotée se jetta à l'infiant
aux pieds de son r
pere, pour le conjurer de
donner tout son bien à
celle qui meritoit tout
son amour; & ensuite
em brassant cette amie,
la conjura de l'accepter.
Ce ne fut plus qu'un
combat de generosité entre
les deux amies & l'amant.
Pendant cette dispute
le pere fut fort agité
entre son amour pour
la veuve,& sa haine contre
son gendre:mais enfin
l'amourl'emporta;les
deux mariages sesirent,
& les biens devinrent
communs entr'eux tous;
car parbonheur le vieillard
n'étoitplus en âgede
donner des coheritiers à
sa fille.
Fermer
Résumé : LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
Le texte relate l'histoire de deux familles ennemies dont les chefs se détestent au point de refuser un mariage avantageux entre leurs enfants. Dorotée, la jeune fille, est enfermée dans un couvent par son père pour l'empêcher de voir son amant. Désespéré, l'amant part en voyage et jure une constance réciproque avec Dorotée. Malgré les tentatives du père de Dorotée de la marier de force, elle refuse obstinément. En conséquence, il la déshérite et l'enferme dans un couvent. Dans ce couvent, Dorotée se lie d'amitié avec une veuve belle et riche. La veuve révèle à Dorotée qu'un vieillard mystérieux et riche souhaite l'épouser. Ce vieillard, en réalité le père de Dorotée déguisé, lui offre de l'argent pour l'aider dans son procès contre lui. La veuve utilise cet argent pour faciliter un mariage secret entre Dorotée et son amant. Le père de Dorotée, ignorant la véritable identité du vieillard, finit par accepter le mariage après des menaces de poursuites judiciaires. Cependant, il refuse toujours de donner son consentement. La veuve, découvrant la vérité, accepte d'épouser le père de Dorotée. Les deux couples se marient et les biens sont partagés équitablement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
76
s. p.
AVANTURE, ou Historiette nouvelle. LES DÉDITS.
Début :
Comme il ne faut jurer de rien, aussi ne doit-on jamais [...]
Mots clefs :
Dédit, Veuve, Mariage, Conseiller, Cavalier, Inconstance, Caprices, Argent, Tromperie, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE, ou Historiette nouvelle. LES DÉDITS.
AVANTURE,
ou Historiette nouvelle.
LES DEDITS.
Ommc il ne faut
juier de rien
,
aussi
ïlc doit-on jamais faire
ded.édits confiderables. -
Lavolonté des hommes
est trop changeante,celle
des femmes l'est encore
plus ; M de toutes les
femmes que j'ai jamais
connues, la plus sujetta
à changer,c'est certaine
veuve, dont je vais vous
conter l'avanture.
Cette veuve erolttresvive
dans ses desirs
, SC
dans lesaffaires qui dépsndoient
de sa têteelle
ne laissoit aucun intervale.
entre la volonté s
l'execution > en moins
de rien en elle tout devenoit
passion, jusqu'à
ses vertus: en un mot
elle étoit excessive en
tout, hors en confiance.
Un jour cette veuve
capricieuse se prit d'amitié
dés la premicre
vûë pourune autre veuve
qu'ellc rencontra
chez une personne de sa
connoissance. Cette séconde
veuve étoit d'une
humeur gaye, enjoüéc,
ne cherchoit qua se rejoüir,
§£ l'unique chagrin
quelle eûtrepenti,
cetoic la morede son mari,
encore ne dura-t-il
guercs, & n'empêcha;
pas qu'elle ne devinft amoureuse
d'un jeune
homme aimable. Elle en
fut passionnément aimée.
Elle relit bien voulu
époufer : mais elle avoit
si peu de bien, qu'.
elle n'ellc pas pû le mettre
à son aire, lui qui
n'avoit rien du tout. Ils
se plaignoient un jour
l'un à l'autre de l'injustice
de la fortune, qui
ne leur donnoit pas seulement
de quoy contenter
leurs desirs sages &
reglez, pendant que l'autre
veuve étoit assez riche
pour fuivrc à grands
frais ses idées les plus extravagantes.
La veuve
enjouée,mais qui pensoit
serieusement au solide,
imagina un moyen
de mettre à profit les ca;
prices de la riche veuve.
Puil quelle veut lier sicteté
avec moy , dit-elle
à son amant,ilfautque
cesoit elle qui mus marie
Il ses dépens. Hé comment
cela, répondit le
Cavalier? felon le portrait
que vous m'en faites,
elle nest pas femme
à faire plaisir à personne,
que par rapportà ses
fantaisies.C'estpourcela
reprit la veuve, que je
ne serai pas grand férupule
de tirer parti de ses
caprices. Apres avoir rêve
un moment, la veuve
enjoüée fie un projet,
& voici comment elle
commença à executer.
-
Premièrement elle reçut
avec beaucoup de
froideur les avances d'amitié
que lui fie l'autre
veuve, que nous nommerons
Belise, pour cacher
son veritable nom.
Belise donc fit à celle-ci
toutes les avances de l'a- -~
miriéla plus tendre,
L'autre veuve reçut sesj
offres d'amitié avec
unef
indifférence, une froi-j
deur qui eût rebuté Belife,
si elle n'eût pas été
d'un caraétere a s'animer
par les difficultez.
Elle fut d'autant plus
empressée au prèsdecet- -
te nouvelle amie, qu'-
elle la trouva insensible
à Ces empressemens. Enfin
poussee à bout par
son indolence affecte,
elle la conjura de lui diire
pourquoy elle ne répondoit
point,du moins
parpolitesse, aux avances
d'amitié qu'elle lui falfoit. lui répondit
la veuve enjoüée,
parce que je ne veux point
être de ruas amies. L'aveu
est brusque, lui dit
Belife. Et sincere, repartit
la veuve. Qu'avez-
vous donc trouvé
enmoy,répliquaBelise,
qui puisse m'attirer un
pareil mépris? Loin de
vous méprtftr> reprit la
veuve, ce(l parce queje
vous estime trop que je
veux rompre av,c 'vous;
car quand je fais tant
que de m'attacher, ceji
pour long-temps. Je (ça;
que vous rictes pas capable
d'une amitie durable:
mais supposé que vous
Irvous fixassiez, pour moy,
il me resteroit encore une
raison plus forte dene me
point attacher à vousi ceji que vous pensez, diton,
à vousremarier , &
je ne veux point être Camie
d'une femme mariee.
Ce discours parut bigearre
à Belise, qui lui
dit qu'elle ne pensoit
point àCe remarier:mais
que quand elle se remarieroit,
elle ne comprenoit
pas que cela pût
faireobstacle à leur amitié.
C'en est un invincibleyreprit
brusquement
la veuve folâtre; ep-cë
qu'unefemme mariée peut
avoirdes amies ?avec une
femmemariéeplus desocieté,
plus dejoye, son humeur
saigrit9son esprits'émous-
Je3 &soncoeurs'endurcit.
Belise protesta que jamais
un mari ne la feroit
changer d'humeur, &:
qu'elle: en avoit déjà fait
l'experience.
Ilm'importe, continua
; l'autre, st) pour mon reposseul
à moy je ne veux
point m'atacheraunefemmemariée
; il mefaudroit
partager avec elle tous les
soinsde son ménage, j'en
auroti la tête pleine , je
seroispresqueaussi mariée
qu'elle; elle se prendrait à
moy des brusqueries deson
mari , & son mari me
rendroit responsable des
bigearrertes desa femme;
il me faudroit être conswolatrice
perpétuelle de leurs
chagrins, si) pige assiduè
de leurs querelles dome-
(tiques s & en voulant
les remettre bien Funavec
l'autre, je me ferois
hllir de tous les deux.
Cette veuve continua
ainsi en riant de faire à
l'autre un tableau siaffreux
du mariage, quelle
commença à l'en dégoûter,
& lui donna en
deux ou trois jours tant
d'aversion pour les maris
, qu'elle se voüa au
veuvage avec tout le zele
& toute la ferveur
dont elle étoit susceptible
ble dans ses nouveaux
entêtemens. La veuve
rusée feignit d'être de
moitié dans un voeu qui
devoit rendre leur amitié
durable, 8£ proposa
à l'autre de faire entr'elles
un dédit de trente
mille francs pour ce lle
qui voudroit rompre un
voeu si prudent, Le dédit
fut resolu, & elles
choisirent pour dépositaire
un ami commun,
ou-
plutôt un ami tout
dévoué à la veuve, SC
qui ne connoissoit Belife
que parce que l'autre
lui en avoit ménagé la
connoissance pour venir
à bout de ses desseins.
Voila donc le dédit
fait & consigné ; il s'agit
à present de le faire
payer à Belise, & pour
cela elle trouva moyen
de lui faire voir son amant,
dont nous avons
déja parlé. C'etoit un
jeune hommeaimable,
insinuant, & capable de
faire tourner la tête à
toutes les veuves qu'il
entreprenoit.Il trouva
la riche Belife digne d'être
dupée: mais il avoit
peine à se resoudreà
tromper. Il refusa d'abord
lacommission:mais
son amante luidit qu'en
unbesoin elle lui permettroit
de vouloir serieusement
époufer Belise
; qu'il n'avoit qu'à
lui plaire dans cette intention,
pour ôter tout
scrupule.Enfin,sans plus
examiner ce cas de conscience,
il s'attacha à Belise;
il ne fut pas longtemps
sans la faire repentir
du voeu qu'elle
avoit fait de ne se point
remarier. Elle n'osaconfier
son amour à son a,-
mie, jugeant bien qu'-
elle feroit sans quartier
sur le dédit: mais enfin
cet amour devint si violent
, qu'ellepria son
amie de vouloir bien
composer avec elle & la
quitter du dédit pour
moitié. L'amie rusée lui
jura que dans un autre
tems elle n'en auroit pas
rabattu une obole: mais
qu'un procés important,
pour lequel elle avoit befoin
incessamment de
vingt mille francs,l'obligeoitàluienremetre
dix.
On marchanda, ôc
l'on convint enfin que
Belise mettroit vingt
mille francs entre les
mains du dépositaire,
pour être remis après le
mariage dans celles de
l'amie;moyennantquoy
Belise prendroit desmesures
avec cet amant
pour le mariage. L'argent
pour le dédit fut
déposé, fous condition
qu'on ledélivreroit dans
huitaine à l'amie
,
aprés
lequel temps elle vouloit
les dix mille écus
entiers; ce fut la convention.
! Belife ne pouvoit avoir
aucun soupçon sur
le jeune amant: elle scavoit
qu'iln'étoit pas riche,
& ne croyoit pas
feulement qu'il connût
son amie. Elle se pressoit
donc de conclure dans la
huitaine prescrite: mais
l'amant lui faisoit naître
d'un jour à l'autre des sujets
de retardement si
vraisemblables
,
qu'elle
nepouvoit se défier de
lui. Enfinlahuitaine étant
échuë, le Cavalier
fit paroître un obstacle
insurmontable, qui differoit
le mariage de quelques
jours. Sur quoy l'amie
feignant d'estre fort
pressée pour son procés,
quitta le dédit pour les
vingt mille francs comptant,
& Belife les fic
livrer, dans la certitude
où elle étoit de son mariage,
pour ne pas donner
les dix mille écus entiers;
& ce fut déja une
partie
partie de la dot que cette
pauvre veuve destinoit
à son jeune amant,
en cas qu'il ne fust pas
obligé d'honneur à tenir
parole à Belife : maison
esperoit qu'elle romproit
la premiere, & ce fut
pour la mettre dans son
tort qu'on lui tendit un
fecond paneau.
Dés que la veuve eut
touché l'argent du premier
dédit, elle ne songea
plus qu'à en tirer
un second;&travaillant
en apparence à presser le
mariage de son amie Be
de son amant,elleleretardoiten
effet. Ceprocedé
n'étoit pas dans la
regle severe des bonnes
moeurs : mais l'amour
& la necessitérelâchent
souvent la morale. Nos
deux amans justifioient
tout ceci par leur intention;
car supposé, disoit
l'amant, que Belife persevere
dans son amour,
je ne puis en honneur
rompre avec elle, & il
faudra bien l'épouser. Et
siau contraire, disoit la
veuve ,
je fais que Belift
change la premiere,
il est juste qu'elle paye le
dédit de soninconstance.
Est-ce trop exiger d'el-
JeJ disoit l'amant, qu'un
mois de confiance? Il
faut absolument que je
fasse un voyage en Province
pour mes affaires:
si vous venez à bout de
la faire changer avant
mon retour, merite-telle
que je lui sacrifie l'amour
que j'aipour vous ?
2Sfon vraiment
,
répondit
la veuve ; voyons
doncsifkcon/lanceest à
l'épreuve, du paneau que
je vais lui tendre.
Aprés qu'ils eurent digeré
leur projet, le Cavalier
alla trouver Belife,
& la fit convenir
de la necessité de son
voyage. Quelques jours
aprés l'amie
,
qui commença
d'être la confidente
de ce mariage,
dit au Cavalier, en presence
de Belife, que puis
qu'il ne pouvoit pas époufer
avant son départ,
il faloitdumoins qu'il
lui signât une promesse
de mariage, avec un dédit.
La proposition fut
goutée par Belise ; on fit
le dédit de dix mil écus,
&leCavalier partit réellement
pour un voyage
necessairescar toute cette
intrigue se traitoit
moitiéfranchise, & moitié
tromperie de la part
des amans. Le Cavalier
vouloit de bonne foy
s'engager par ce dédit à
époufcr Belise, si elle
persistoit dans le dessein
de recevoir sa main. C'étoit
donc ici une véritable
crise pour nos amans
;car la jeune veuve
se voyoit dans la necessité
de rendre Be1
lise inconstante dans un
mois, ou de lui voir
épouser sonamant.
La jeune veuveavoit
été recherchée par un
jeune Conseiller trésaimable,
mais qu'elle n'avoit
jamais pû aimer.
Ce Conseiller étoitassez
mal dans ses affaires,
pour souhaiter de les rétablir
par un riche mariage.
Elle lui fit confidence
de tout ce qui s'étoitpassé,
& lui dit que
s'il vouloir longer serieusement
à se faire aimerde
Belise, elle pourroit
bien la lui faire époufer.
Le Conseiller,
dont l'amour étoit fort
ralenti, con senti t à tout
ce que luiprescrivitcelle
qu'il avoit fort aimée,
& voici le jeu qu'ils
joμüerent.
Un jour la jeune veuve
parut accablée de chagrin;
& Belife lui en demandant
lesujet,ellelui
dit, que quelque force
d'esprit &C quelquegayeté
qu'elle eust toujours
affc&é d'avoir elle ne
pouvoit surmonter une
forte patTion qu'elle avoit
- encore pour un
hommes dont l'indifference
la defoloit ; que
cet homme n'avoit jamais
rien aimé vi vement
, & n'etoit capable
que d'une amitié confiante
qu'il avoit encore
pourelle,inais quinesufsifoit
pas pour un coeur
sensible à Tàmour. Ce qui
m'asstige depuis quelques
joursyContwuxtc\\e>ct/l
qu'ilpenseàsétablir,~&
qHilepouseunefemme bïgearre;
avec qui je ne pourai
jamaisavoir aucune
haifbn ; il faudra que je
rompeaveccetamisolide.
Ensuite cette adroite
veuve fit un si beau portrait
du Conseiller à Belife,
qu'ellelui donna envie
de le voir. Elle ne
l'eut pas vû deux fois,
qu'illui parut plus aimable
que l'absent. Il s'attacha
à elle de meilleure
grace que l'autre, qui
tout occupé de son amour
pour sa veuve, n'avoit
pour Belise qu'une
politesseforcée. En un
mot le Conseiller fut aimé,&
parconsequent le
Cavalier absent fut haï;
car lavivacitédeBelise
la faisoit toûjours passer
d'une extrémité à
-
l'autre. La voila donc
entêtée du Conseiller,
& fort embarassée de
l'absent, quiarriva justement
pour se faire haïr
encore plus, en pressant
ce mariage. Alors Belife
ne peu saplus qu'aux
moyens de s'exempter
du dédit: elle con sulta
son amie, qui feignit
d'abord de croire la chose
impossible. Ce jeune
homme-la, luidit-elle,ne
iejt attachéà VOIN que
par interet : vous JugeZj
bien qu'ilprofitera de votre
inconstance pour gagner
dix mille écus, en se
débarassant d'un mariage
qui lui eut été à charge.
Ilmenafait une fois conjidence,
tt)je n'ose pas
vous dire mes sentimens
sur la folie que vous faites
s car vous êtes trop
occupée de vos entêtemens,
vous rompriez, avec moy. Alaù, continua-t-elle,
ily a bien plus; c'estque
depuis son retour il ma
paru prendre beaucoup de
plaisir à me confier ses
chagrins, &je me trompe
fort çln'a un peu de
goût pourmoy. Ohplust
au Ciel, reprit vivement
Belife, plust au
Ciel qu'il fust amoureux
de vous ; ce feroit
un moyen de l'obliger à
se dédire le premier,&
nous romprions but à
but.
Mais, répliqua la
veuve,faites-vous attention
qu'iln'est pasajftz,
riche pour avoir véritablement
envie de vous - quitter pourmoy? que
gagneroit-il en perdant
vos dixmil ecus ? Cette
conversation ne fut pas
poussée plus loin, & la
jeune veuve se contenta
dedisposerinsensîblement
Belise à payer le
déditavecmoins de peine.
LeConseiller redoubla
ses empressemens
pour elle ; & l'autre en
la pressant d'executer sa
promesse, lui dit qu'il
croyoit ecre engagé
d'honneur à lui declarer
qu'il étoit amoureux de
la jeune veuve; qu'il ne
vouloit pas la tromper
là-dessus: maisqu'en même
temps il lui declaroit
qu'il étoit tout prêt à ligner
un contrat malgré
cet amour. Les choses
resterent quelque temps
dans cet état: mais enfin
Belise
Belise impatiente se resolut
à donner un air de
generosité à la démarche
qu'il lui faloit faire: elle
alla trouver son amie,
& lui dit que si de bonne
foy elle étoit resoluë
d'épouser celui qui étoit
si passionné pour elle,
elle donneroit volontiers
les dixmil écus, non pas
commeun dédit,mais
comme un present de
noce à celle qui lui avoit
procuré la connoissance
de son cher Conseillers
Cette proposition ôta
tout scrupule à nos amans,
parce qu'en effet
ces deux mariages étant
faits, Belise fut si contente
des procédez de
son époux, qu'elle ne
regretta jamais les cinquante
mil francs qu'il
lui coûta pour avoir le
plaisîr de se dédiredeux,
fois.
ou Historiette nouvelle.
LES DEDITS.
Ommc il ne faut
juier de rien
,
aussi
ïlc doit-on jamais faire
ded.édits confiderables. -
Lavolonté des hommes
est trop changeante,celle
des femmes l'est encore
plus ; M de toutes les
femmes que j'ai jamais
connues, la plus sujetta
à changer,c'est certaine
veuve, dont je vais vous
conter l'avanture.
Cette veuve erolttresvive
dans ses desirs
, SC
dans lesaffaires qui dépsndoient
de sa têteelle
ne laissoit aucun intervale.
entre la volonté s
l'execution > en moins
de rien en elle tout devenoit
passion, jusqu'à
ses vertus: en un mot
elle étoit excessive en
tout, hors en confiance.
Un jour cette veuve
capricieuse se prit d'amitié
dés la premicre
vûë pourune autre veuve
qu'ellc rencontra
chez une personne de sa
connoissance. Cette séconde
veuve étoit d'une
humeur gaye, enjoüéc,
ne cherchoit qua se rejoüir,
§£ l'unique chagrin
quelle eûtrepenti,
cetoic la morede son mari,
encore ne dura-t-il
guercs, & n'empêcha;
pas qu'elle ne devinft amoureuse
d'un jeune
homme aimable. Elle en
fut passionnément aimée.
Elle relit bien voulu
époufer : mais elle avoit
si peu de bien, qu'.
elle n'ellc pas pû le mettre
à son aire, lui qui
n'avoit rien du tout. Ils
se plaignoient un jour
l'un à l'autre de l'injustice
de la fortune, qui
ne leur donnoit pas seulement
de quoy contenter
leurs desirs sages &
reglez, pendant que l'autre
veuve étoit assez riche
pour fuivrc à grands
frais ses idées les plus extravagantes.
La veuve
enjouée,mais qui pensoit
serieusement au solide,
imagina un moyen
de mettre à profit les ca;
prices de la riche veuve.
Puil quelle veut lier sicteté
avec moy , dit-elle
à son amant,ilfautque
cesoit elle qui mus marie
Il ses dépens. Hé comment
cela, répondit le
Cavalier? felon le portrait
que vous m'en faites,
elle nest pas femme
à faire plaisir à personne,
que par rapportà ses
fantaisies.C'estpourcela
reprit la veuve, que je
ne serai pas grand férupule
de tirer parti de ses
caprices. Apres avoir rêve
un moment, la veuve
enjoüée fie un projet,
& voici comment elle
commença à executer.
-
Premièrement elle reçut
avec beaucoup de
froideur les avances d'amitié
que lui fie l'autre
veuve, que nous nommerons
Belise, pour cacher
son veritable nom.
Belise donc fit à celle-ci
toutes les avances de l'a- -~
miriéla plus tendre,
L'autre veuve reçut sesj
offres d'amitié avec
unef
indifférence, une froi-j
deur qui eût rebuté Belife,
si elle n'eût pas été
d'un caraétere a s'animer
par les difficultez.
Elle fut d'autant plus
empressée au prèsdecet- -
te nouvelle amie, qu'-
elle la trouva insensible
à Ces empressemens. Enfin
poussee à bout par
son indolence affecte,
elle la conjura de lui diire
pourquoy elle ne répondoit
point,du moins
parpolitesse, aux avances
d'amitié qu'elle lui falfoit. lui répondit
la veuve enjoüée,
parce que je ne veux point
être de ruas amies. L'aveu
est brusque, lui dit
Belife. Et sincere, repartit
la veuve. Qu'avez-
vous donc trouvé
enmoy,répliquaBelise,
qui puisse m'attirer un
pareil mépris? Loin de
vous méprtftr> reprit la
veuve, ce(l parce queje
vous estime trop que je
veux rompre av,c 'vous;
car quand je fais tant
que de m'attacher, ceji
pour long-temps. Je (ça;
que vous rictes pas capable
d'une amitie durable:
mais supposé que vous
Irvous fixassiez, pour moy,
il me resteroit encore une
raison plus forte dene me
point attacher à vousi ceji que vous pensez, diton,
à vousremarier , &
je ne veux point être Camie
d'une femme mariee.
Ce discours parut bigearre
à Belise, qui lui
dit qu'elle ne pensoit
point àCe remarier:mais
que quand elle se remarieroit,
elle ne comprenoit
pas que cela pût
faireobstacle à leur amitié.
C'en est un invincibleyreprit
brusquement
la veuve folâtre; ep-cë
qu'unefemme mariée peut
avoirdes amies ?avec une
femmemariéeplus desocieté,
plus dejoye, son humeur
saigrit9son esprits'émous-
Je3 &soncoeurs'endurcit.
Belise protesta que jamais
un mari ne la feroit
changer d'humeur, &:
qu'elle: en avoit déjà fait
l'experience.
Ilm'importe, continua
; l'autre, st) pour mon reposseul
à moy je ne veux
point m'atacheraunefemmemariée
; il mefaudroit
partager avec elle tous les
soinsde son ménage, j'en
auroti la tête pleine , je
seroispresqueaussi mariée
qu'elle; elle se prendrait à
moy des brusqueries deson
mari , & son mari me
rendroit responsable des
bigearrertes desa femme;
il me faudroit être conswolatrice
perpétuelle de leurs
chagrins, si) pige assiduè
de leurs querelles dome-
(tiques s & en voulant
les remettre bien Funavec
l'autre, je me ferois
hllir de tous les deux.
Cette veuve continua
ainsi en riant de faire à
l'autre un tableau siaffreux
du mariage, quelle
commença à l'en dégoûter,
& lui donna en
deux ou trois jours tant
d'aversion pour les maris
, qu'elle se voüa au
veuvage avec tout le zele
& toute la ferveur
dont elle étoit susceptible
ble dans ses nouveaux
entêtemens. La veuve
rusée feignit d'être de
moitié dans un voeu qui
devoit rendre leur amitié
durable, 8£ proposa
à l'autre de faire entr'elles
un dédit de trente
mille francs pour ce lle
qui voudroit rompre un
voeu si prudent, Le dédit
fut resolu, & elles
choisirent pour dépositaire
un ami commun,
ou-
plutôt un ami tout
dévoué à la veuve, SC
qui ne connoissoit Belife
que parce que l'autre
lui en avoit ménagé la
connoissance pour venir
à bout de ses desseins.
Voila donc le dédit
fait & consigné ; il s'agit
à present de le faire
payer à Belise, & pour
cela elle trouva moyen
de lui faire voir son amant,
dont nous avons
déja parlé. C'etoit un
jeune hommeaimable,
insinuant, & capable de
faire tourner la tête à
toutes les veuves qu'il
entreprenoit.Il trouva
la riche Belife digne d'être
dupée: mais il avoit
peine à se resoudreà
tromper. Il refusa d'abord
lacommission:mais
son amante luidit qu'en
unbesoin elle lui permettroit
de vouloir serieusement
époufer Belise
; qu'il n'avoit qu'à
lui plaire dans cette intention,
pour ôter tout
scrupule.Enfin,sans plus
examiner ce cas de conscience,
il s'attacha à Belise;
il ne fut pas longtemps
sans la faire repentir
du voeu qu'elle
avoit fait de ne se point
remarier. Elle n'osaconfier
son amour à son a,-
mie, jugeant bien qu'-
elle feroit sans quartier
sur le dédit: mais enfin
cet amour devint si violent
, qu'ellepria son
amie de vouloir bien
composer avec elle & la
quitter du dédit pour
moitié. L'amie rusée lui
jura que dans un autre
tems elle n'en auroit pas
rabattu une obole: mais
qu'un procés important,
pour lequel elle avoit befoin
incessamment de
vingt mille francs,l'obligeoitàluienremetre
dix.
On marchanda, ôc
l'on convint enfin que
Belise mettroit vingt
mille francs entre les
mains du dépositaire,
pour être remis après le
mariage dans celles de
l'amie;moyennantquoy
Belise prendroit desmesures
avec cet amant
pour le mariage. L'argent
pour le dédit fut
déposé, fous condition
qu'on ledélivreroit dans
huitaine à l'amie
,
aprés
lequel temps elle vouloit
les dix mille écus
entiers; ce fut la convention.
! Belife ne pouvoit avoir
aucun soupçon sur
le jeune amant: elle scavoit
qu'iln'étoit pas riche,
& ne croyoit pas
feulement qu'il connût
son amie. Elle se pressoit
donc de conclure dans la
huitaine prescrite: mais
l'amant lui faisoit naître
d'un jour à l'autre des sujets
de retardement si
vraisemblables
,
qu'elle
nepouvoit se défier de
lui. Enfinlahuitaine étant
échuë, le Cavalier
fit paroître un obstacle
insurmontable, qui differoit
le mariage de quelques
jours. Sur quoy l'amie
feignant d'estre fort
pressée pour son procés,
quitta le dédit pour les
vingt mille francs comptant,
& Belife les fic
livrer, dans la certitude
où elle étoit de son mariage,
pour ne pas donner
les dix mille écus entiers;
& ce fut déja une
partie
partie de la dot que cette
pauvre veuve destinoit
à son jeune amant,
en cas qu'il ne fust pas
obligé d'honneur à tenir
parole à Belife : maison
esperoit qu'elle romproit
la premiere, & ce fut
pour la mettre dans son
tort qu'on lui tendit un
fecond paneau.
Dés que la veuve eut
touché l'argent du premier
dédit, elle ne songea
plus qu'à en tirer
un second;&travaillant
en apparence à presser le
mariage de son amie Be
de son amant,elleleretardoiten
effet. Ceprocedé
n'étoit pas dans la
regle severe des bonnes
moeurs : mais l'amour
& la necessitérelâchent
souvent la morale. Nos
deux amans justifioient
tout ceci par leur intention;
car supposé, disoit
l'amant, que Belife persevere
dans son amour,
je ne puis en honneur
rompre avec elle, & il
faudra bien l'épouser. Et
siau contraire, disoit la
veuve ,
je fais que Belift
change la premiere,
il est juste qu'elle paye le
dédit de soninconstance.
Est-ce trop exiger d'el-
JeJ disoit l'amant, qu'un
mois de confiance? Il
faut absolument que je
fasse un voyage en Province
pour mes affaires:
si vous venez à bout de
la faire changer avant
mon retour, merite-telle
que je lui sacrifie l'amour
que j'aipour vous ?
2Sfon vraiment
,
répondit
la veuve ; voyons
doncsifkcon/lanceest à
l'épreuve, du paneau que
je vais lui tendre.
Aprés qu'ils eurent digeré
leur projet, le Cavalier
alla trouver Belife,
& la fit convenir
de la necessité de son
voyage. Quelques jours
aprés l'amie
,
qui commença
d'être la confidente
de ce mariage,
dit au Cavalier, en presence
de Belife, que puis
qu'il ne pouvoit pas époufer
avant son départ,
il faloitdumoins qu'il
lui signât une promesse
de mariage, avec un dédit.
La proposition fut
goutée par Belise ; on fit
le dédit de dix mil écus,
&leCavalier partit réellement
pour un voyage
necessairescar toute cette
intrigue se traitoit
moitiéfranchise, & moitié
tromperie de la part
des amans. Le Cavalier
vouloit de bonne foy
s'engager par ce dédit à
époufcr Belise, si elle
persistoit dans le dessein
de recevoir sa main. C'étoit
donc ici une véritable
crise pour nos amans
;car la jeune veuve
se voyoit dans la necessité
de rendre Be1
lise inconstante dans un
mois, ou de lui voir
épouser sonamant.
La jeune veuveavoit
été recherchée par un
jeune Conseiller trésaimable,
mais qu'elle n'avoit
jamais pû aimer.
Ce Conseiller étoitassez
mal dans ses affaires,
pour souhaiter de les rétablir
par un riche mariage.
Elle lui fit confidence
de tout ce qui s'étoitpassé,
& lui dit que
s'il vouloir longer serieusement
à se faire aimerde
Belise, elle pourroit
bien la lui faire époufer.
Le Conseiller,
dont l'amour étoit fort
ralenti, con senti t à tout
ce que luiprescrivitcelle
qu'il avoit fort aimée,
& voici le jeu qu'ils
joμüerent.
Un jour la jeune veuve
parut accablée de chagrin;
& Belife lui en demandant
lesujet,ellelui
dit, que quelque force
d'esprit &C quelquegayeté
qu'elle eust toujours
affc&é d'avoir elle ne
pouvoit surmonter une
forte patTion qu'elle avoit
- encore pour un
hommes dont l'indifference
la defoloit ; que
cet homme n'avoit jamais
rien aimé vi vement
, & n'etoit capable
que d'une amitié confiante
qu'il avoit encore
pourelle,inais quinesufsifoit
pas pour un coeur
sensible à Tàmour. Ce qui
m'asstige depuis quelques
joursyContwuxtc\\e>ct/l
qu'ilpenseàsétablir,~&
qHilepouseunefemme bïgearre;
avec qui je ne pourai
jamaisavoir aucune
haifbn ; il faudra que je
rompeaveccetamisolide.
Ensuite cette adroite
veuve fit un si beau portrait
du Conseiller à Belife,
qu'ellelui donna envie
de le voir. Elle ne
l'eut pas vû deux fois,
qu'illui parut plus aimable
que l'absent. Il s'attacha
à elle de meilleure
grace que l'autre, qui
tout occupé de son amour
pour sa veuve, n'avoit
pour Belise qu'une
politesseforcée. En un
mot le Conseiller fut aimé,&
parconsequent le
Cavalier absent fut haï;
car lavivacitédeBelise
la faisoit toûjours passer
d'une extrémité à
-
l'autre. La voila donc
entêtée du Conseiller,
& fort embarassée de
l'absent, quiarriva justement
pour se faire haïr
encore plus, en pressant
ce mariage. Alors Belife
ne peu saplus qu'aux
moyens de s'exempter
du dédit: elle con sulta
son amie, qui feignit
d'abord de croire la chose
impossible. Ce jeune
homme-la, luidit-elle,ne
iejt attachéà VOIN que
par interet : vous JugeZj
bien qu'ilprofitera de votre
inconstance pour gagner
dix mille écus, en se
débarassant d'un mariage
qui lui eut été à charge.
Ilmenafait une fois conjidence,
tt)je n'ose pas
vous dire mes sentimens
sur la folie que vous faites
s car vous êtes trop
occupée de vos entêtemens,
vous rompriez, avec moy. Alaù, continua-t-elle,
ily a bien plus; c'estque
depuis son retour il ma
paru prendre beaucoup de
plaisir à me confier ses
chagrins, &je me trompe
fort çln'a un peu de
goût pourmoy. Ohplust
au Ciel, reprit vivement
Belife, plust au
Ciel qu'il fust amoureux
de vous ; ce feroit
un moyen de l'obliger à
se dédire le premier,&
nous romprions but à
but.
Mais, répliqua la
veuve,faites-vous attention
qu'iln'est pasajftz,
riche pour avoir véritablement
envie de vous - quitter pourmoy? que
gagneroit-il en perdant
vos dixmil ecus ? Cette
conversation ne fut pas
poussée plus loin, & la
jeune veuve se contenta
dedisposerinsensîblement
Belise à payer le
déditavecmoins de peine.
LeConseiller redoubla
ses empressemens
pour elle ; & l'autre en
la pressant d'executer sa
promesse, lui dit qu'il
croyoit ecre engagé
d'honneur à lui declarer
qu'il étoit amoureux de
la jeune veuve; qu'il ne
vouloit pas la tromper
là-dessus: maisqu'en même
temps il lui declaroit
qu'il étoit tout prêt à ligner
un contrat malgré
cet amour. Les choses
resterent quelque temps
dans cet état: mais enfin
Belise
Belise impatiente se resolut
à donner un air de
generosité à la démarche
qu'il lui faloit faire: elle
alla trouver son amie,
& lui dit que si de bonne
foy elle étoit resoluë
d'épouser celui qui étoit
si passionné pour elle,
elle donneroit volontiers
les dixmil écus, non pas
commeun dédit,mais
comme un present de
noce à celle qui lui avoit
procuré la connoissance
de son cher Conseillers
Cette proposition ôta
tout scrupule à nos amans,
parce qu'en effet
ces deux mariages étant
faits, Belise fut si contente
des procédez de
son époux, qu'elle ne
regretta jamais les cinquante
mil francs qu'il
lui coûta pour avoir le
plaisîr de se dédiredeux,
fois.
Fermer
Résumé : AVANTURE, ou Historiette nouvelle. LES DÉDITS.
Le texte 'AVANTURE, ou Historiette nouvelle' raconte l'histoire de deux veuves, Belise, riche et capricieuse, et une autre veuve rusée et enjouée. Cette dernière cherche à empêcher Belise de se remarier pour des raisons financières. Elle refuse d'abord les avances d'amitié de Belise, prétextant qu'elle ne veut pas être l'amie d'une femme mariée. Elle convainc ensuite Belise de signer un dédit de trente mille francs, engageant celle qui romprait son vœu de ne pas se remarier à payer cette somme. La veuve rusée organise une rencontre entre Belise et un jeune homme aimable, dont Belise tombe amoureuse. Elle souhaite se remarier, mais l'amant trouve des prétextes pour retarder le mariage. La veuve rusée feint de presser le mariage tout en le retardant en réalité. Elle convainc Belise de signer un second dédit de dix mille écus avec l'amant, qui part ensuite en voyage. Pour empêcher le mariage, la veuve rusée manipule Belise en lui présentant un jeune conseiller aimable. Belise tombe amoureuse du conseiller, ce qui la met dans l'embarras face à l'amant revenu. Elle cherche alors des moyens de se libérer du dédit, mais la veuve rusée la manipule encore en lui faisant croire que l'amant pourrait être amoureux d'elle. Finalement, Belise se retrouve piégée par ses propres caprices et inconstances, devant payer les dédits imposés par la veuve rusée. Dans une conversation ultérieure, une jeune veuve envisage de quitter son fiancé, un conseiller, mais se demande ce qu'il gagnerait en perdant une dot de dix mille écus. Belise est chargée de régler le dédit. Le conseiller, amoureux de la jeune veuve, exprime son désir de l'épouser tout en étant prêt à signer le contrat malgré ses sentiments. Belise décide de faire preuve de générosité en offrant les dix mille écus non pas comme un dédit, mais comme un présent de noces. Cette proposition lève les scrupules des deux amants, et les mariages sont célébrés. Belise est ensuite satisfaite de son époux et ne regrette pas les cinquante mille francs dépensés pour se dédire de deux engagements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
77
p. 3-54
NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
Début :
Un Gentilhomme fort riche, & qui n'avoit qu'un fils [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amour, Mariage, Père, Fils, Marquise , Rivaux, Méfiance , Confidence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
NOUVELLE GALANTE.
LA JALOUSIE GUERIE
par la jalousie.
Par M. le Chtvalitr de P * *. N Gentilhomme
fort riche, & qui
n'avoit qu'un fils
,
avoit
depuis long -temps envie
de le marier: mais
eommeil remarqua dans
ce fils unique une grande
disposition à la jalousie,
il craignit de le rendre
malheureux en le
mariant ; il prévoyoit
que son humeur inquiete
k soupçonneuse pourroit
chagriner une semme,
& que les chagrins
d'une femme retomberoient
sur lui: car il susfit
en mariage que l'un
des deux soit de mauvasse
humeur, l'autre le
devient bientôt par contagion.
Ce pere étoit
homme sencé, penetrant
;il connoissoit dans
son fils un fond de raison
& de vertu, qui lui
faisoit esperer que dans
un âge plus avancé il
deviendroit plus capable
de surmonter ses passions;
& celle de la jalousie
dont il le croyoit
susceptible, n'étoit
pas
de ces jalousies noires
qui partent d'un mauvais
coeur:ce n'etoit qu'-
une jalousie soupçonneu
se, qu'il condamnoit
lui-mêsme, pour peu
qu'il fît reflexion sur
l'injustice de ses soupçons.
Ainsi par lesconscils
de son pere il ne se
pressoit point de se marier
, 6c son pere trouva
à propos de Iaisser épuiser
la jalousie de son fils
sur quelques maîtresses,
en attendant qu'il fût
assez raisonnable pour
rendre une femme heureuse.
Cependant l'amour,
sans consulter la
prudence du pere, s'empara
du fils. Celle qu'-
il aima étoit belle &
d'une naissance distinguée
: mais il voulut étouffer
son amour dés
qu'il s'apperçut qu'il avoit
beaucoup de rivaux.
C'étoit une trop
rude épreuve pour lui.
Issut quelques jours sans
aller chez la Marquifc
de P. (Cetoit ainsi
que s'appelloit cette jeune
personne, veuve d'un
Marquis tué à la guerre
,
qui n'avoit été son
mari que pendant un hiver,
&quil'avoitlaissée
avec très peu de bien.)
Cette Marquise commençoit
à aimer nôtre
jeune jaloux, & s'etoit
déja apperçûë de son
foible. Elle fit ses efforts
pour l'oublier, quoique
ce fût un parti qui lui
faisoit sa fortune; car
elle craignoit de s'engageravec
un jaloux. Elle
tâcha donc de se consoler
- de son absence avec
ses rivaux, &: resolut
fermement de choisir entr'eux
un époux qui pût
la tirer de son indigence
: mais ce fut en vain
qu'elle voulut s'attacher
a d'autres qu'à l'amant
jaloux, c'étoit le seul défaut
qu'elle lui trouvoit
sa passion pour lui augmentoitde
jour en jour:
en un mot elle prit son
parti pour le faire revenir
chez elle, & trouva
plusieurs pretextes pour
congédier tous ceux qui
la recherchoient en mariage.
Cependant l'amour du
Cavalier avoit encore
augmenté par la violence
qu'il s'étoit faire pour
ne point voir la Marquise
; &, son pere, qui
le voyoit accablé de chagrin,
avoir exigé de lui
une entiere confidence.
Ils vivoient ensemble
comme deux veritables
amis;ce pere de bon sens
s'étoitplus attaché à se
faire aimer de son fils,
qu'à s'en faire craindre,
& avoit enfin acquis sur
lui, à force de bons procédez,
cette confiance
que les enfans ont si rarement
en leurs peres.
Celui-cis'informa d'abord
à fond du caractère
de la Marquise
,
& sitôt
qu'il fut bien persuadé
de sa vertu &,- de son
bonesprit, ilne fut point
rebuté par sapauvreté;
il con seil la à son fils de
s'attacher à elle, ô£ d'examiner
exactement si
la jalousie qu'il avoit
conçûë étoit bien fondée.
On s'informa, on
examina, & l'amant jaloux
ayant appris que
tous ses rivaux étoient
écartez, se flata qu'il
pouvoit avoir quelque
part à ce changement. Il
retourna chez elle, &
dés ce jour-là ils furent
si contens l'un de l'autre
,
qu'en moins d'un
mois leur mariage fut
resolu, & le pere, qui se
liad'amitié avec la Marquise,
y donna son consentement
avec plaisir,
Cependant il dit en particulier
à son fils qu'il
luiconseilloitdesuspendre
encore le contrat
pendant quelques mois;
&que quoi qu'il blâmât
ordinairement son foible
sur la jalousie, il
croyoit qu'en cette occasion
la prudence vouloit
qu'il observât pendant
quelque temps la
conduite d'une personne
qui avoit reçû tant de
déclarations d'amour;
qu'illa croyoit trés-vertueuse
: mais que si elle
l'étoit, elle le fcroit encore
dans six mois; qu'en
un mot on nerisqueroit
rien à differer. Le fils
donna de bon coeur dans
son foible. En effetils
trouvèrent d'honnêtes
pretextes pour differer
de jour en jour un mariage
que la Marquise
envifageoit comme le
plus grand bonheur qui
lui pût arri ver. Le Cavalier
amoureux passoit
les jours entiers chez
elle, lors qu'il survint
une affairequil'obligea
d'accompagner son pere
dans un petit voyage de
huit jours. La separation
des amans fut tendre
& la Marquise passa fort
tristement le temps de
cette petite absencemais
la joye du retour la dédommagea,&
son amant
revint sipassionné, qu'à
leur entrevuë il resta une
heure entiere sans pouvoir
parler, ses regards
fixez sur ce qu'il aimoit.
Après
Aprés les premiers transports,
il jetta les yeux
sur un miroir magnifique,
& fut fort surpris
dé voir ce nouveau meuble
à la Marquise, qui
n'étoit pas assez riche
pour s'en donner de pareils.
Pendant qu'il le regardoit
fixement,la Marquise
sourioit, en lui
ferrant tendrement les
mains. lVlonfIler époux,
lui dirait-elle, fere'{:
110ut aussigalant après le
contrat, que vous l'avez,
été pendant vôtre absence
? Cette corbeille de dentelles,
quim'estvenueavec
ce miroir &ces autres bijoux
,choisisd'ungoût ex- quis.Moy un miroir,
interrompit brusquement
le jaloux tout étourdi
! moy des dentelles!
moy des bijoux! Ah
Ciel qu'entens-je ! Cette
surprise qu'il témoigna
en causa une si grande à
la Marquise, qu'elle resta
muette &immobile;
car ceux qui avoient apporté
ces presens chez
elle avoient affecté un
air mysterieux, & elle
n'avoit point douté que
ce ne fust une galanterie
de son amant: mais il
prit la chose sur un ton
qui la détrompa dans le
moment. Ellese troubla
ensuite sur quelques petits
reproches que lui fit
ce tendre amant, qui
pour cette fois ne put
avoir pourtant aucun
soupçon que la Marquise
n',y eusIlt. pas éItlé trompé0e
elle-même. Elle jura qu'-
elletâcheroit de découvrir
de quelle part lui
venoient ces presens, &
qu'elle les renverroit au
plutôt.
Nôtre amant ne laissa
pas d'être fort inquiet
sur l'avanture, dont il
fitconsidence à son pere
,
qui le rassura, étant
persuadé de la vertu de
la Marquise. Elle crut
avoir trouve occasion dés
le lendemain de s'éclaircir
sur la galanterie qu'-
on lui avoit faite.
Un Huissier vint chez
elle de la part de quelques
marchands d'étofses
à qui elle devoit deux
millefrancs,&; cet Huisfier,
sans respecter sa
qualité ni sa beauté, lui
demanda permissiond'exccuter
ses meubles, 8c
sans vouloir lui donner
une heure de répit, en
commença l'inventaire.
On ne sçauroit exprimer
la consternation de la
Marquise:elleétoit prêoA
te à tomber évanüieau
milieu de ses gens, qui
étoient aussi accablez
qu'elle de la vision des
Sergens, lorsque l'Huie.
sier considerant le miroir
, & examinant les
bijoux qui étoient sur la
table, s'écria: Ah quailois-
je faire, Madame?
je reconnois ces nipes, &
j'ai mêmeaidéà les acheterauCentilhomme
leplus
généreux&le plusamoureux
qui foit en France;
homme à quij'aimême
obligation de ma fortune.
ztu,gy c'étoit donc à vous,
Madame, à quiillesdestinoit?
Ah que je vais
bien faire ma cour à cet
amant, nonseulement en
ne saisissantpoint ces marques
de (on amour, mais
ensacrifiantà l'adorable
personne qu'il aime les
memoires & procedures
dontje suisporteur. Tenez,
Madame, tene&>
continua-t-il
, en montrant
à la Marquise les
mémoires arrestez & les
Sentences obtenuës,voilacomment
jesçaiservir
mes amis amoureux, &
sur-tout quand ils le sont
d'une personneaussi charmante
que vous l'êtes.
Aprésun discoursdéjà
trop galant pour un
HuisHuissier,
il acheva de
prouver qu'il ne l'étoit
pas, en déchirant tous
les mémoires de la Marquise,&
lui disant qu'à
coup sûr l'amant qui avoit
fait present du reste
seroit ravi d'acquitter
ces mémoires pour elle.
Jugez de rétonnement
où fut la Marquise du
procedé de ce faux Huissier,
& du tour que l'amant
genereux avoit
pris pour lui faire prcsent
de deux cent pisto
les. Dés qu'elle eut repris
ses esprits, & qu'-
elle se fut remisede l'effroy
quelle avoit euen
voyant executera meub!
cS)Ct)e ne songea plus
qu'à s'informerdu nom
de cet amant: mais
l'Huissiercontinua d'en
faire <mytferc,ÔC dit
seulementcertains mots
é1quivoques , , où la
Marquisecrut âtre seure
quecetoit son amant
époux lui-même qui
lui avoir joué ce second
tour. Il arriva chez
elle un peu aprés que
l'Huissier en fut sorti ;
Se l'éclaircissement qu'-
ils eurent ensemble fut
tel, que l'amant en fut
penetré de jalousie,& la
Marquise accablée de
douleur. Cependant la
bonne foy de cette amante
étoit visible ; car elle
avoit appris elle-même
l'avanture à son amant.
C'est à quoy son pere lui
fit faire attention; car il
couroit à lui dés qu'il avoit
quelque sujet de
plainte contre la Marquise:&
ce pere aussi
froid, aussi tranquile que
son filsétoit bouillant&
agité
,
lui representoit
que les apparences les
plus vrai-semblables éroient
souventtrompeuses>
que tout mari sensé
devaits'accoûtumer à
ne rien croirede tout ce
qui pouvoit lui donner
de l'ombrage; qu'il faloit
d'abord approfondir
de fang froid, feulement
pour connoître la verité,
Se non pour s'en fâcher
; qu'il y a de la folie
à se chagriner d'avance
; &qu'en cas même
que les soupçons d'un
mari se trouvaient bien
fondez, il faloit en prévenir
les suites, sans se
chagriner du passé, où
l'on ne peut plus remedier.
Mais
,
lui repliquoit
vivement son fils
à de pareils discours ,
mail,'}'jon p,re)il est encore
temps de rompre les
engagemens que nous anjons
avec la Alarqtfi/e;
ainftic n'ai pets tort d'être
jaloux. On a toûjours
tortd'etre jaloux, luidisoit
le pere: mais on n'a
pas tort d'être prudent;
ainsîapprofondissez la
conduite de la Marquise,
jenem'yoppose pas:
mais apprenez pour vôtre
repos à douter des
choses qui vous paroisfent
les plus certaines;
car je fuis persuade que
la Marquise est innocente
des galanteriesqu'on
lui fait; & vous devez
croire que c'est quelque
amant qu'ellea maltraite)
Se qui veut s'en vangeren
vous donnant de
la jalousie. Continuez
donc de voir une personne
si aimable, & de
concert avec elletâchez
dedécouvrir quelestramant
qui commerce à
niper vôtre épouse, Se
à payer ses dettes.
Avec de pareils discours
le pere remettoit
le calme dans l'esprit du
fils, qui avoit par bonheur
encore plus de raison
que de disposition à
la jalousie. Il continua
de voir assidûment la
Marquise,à qui le rival
inconnu fit encore d'autrès
tours aussi singuliers
que les precedens. Un
jour la Marquise pria le
pere & le fils à souper à
une maison de campagne
qu'elle avoitproche
deParis ; elle leur dit
d'y mener quelqu'un de
leurs amîs, & qu elle y
meneroit quelque amie
intime, pour pouvoir
rassembler sept ou huit
personnes, nombre desirable
pour se bien réjouir,
S>C qu'on ne doit
jaimaisexceder quand on
hait la cohue. Le pere
pronit d'y aller, à condition
que la Marquise
ne ILli donneroit qu'un
petit sou per propre & de
bon goût, parce qu'il
naimoit point les cadeaux.
Elle lui promit ce
qu'il exigea d'elle, & resolut
de lui tenir parole:
mais elle fut bien furprise
le foir en arrivant
chez elle avec sa compagnie,
d'y trouver un
souper superbe, voluptueux
& galant. Elle demande
au concierge raifonde
ce qu'elle yeyoit.
Il lui die bas à l'oreille :
Metdame on ma recommandé
lesteres ; mais
jecrois que ctji celui que
uom devez, épuuser qui
mous fait cette galanterie,
Ne - dites mot;car ilprepare
encore dàns la maison
11nifine une mafrarade
où il se dégmjera,
& je votié le montrerai
alors, afin que vous ayiez*
le plaisir de le reconnoître.
La Marquise persuadée
Je ce que lui disoit
son concierge, prit
Un air de gayete &d'enjoûment,
qui joint à la
magnisicence du souper,
sie grand plaisità la compagnie.
Tout le monde
se réjoüissoità table, excepté
le jeune jaloux,
qui ne pouvoit s'imaginer
que la Marquise eust
disposé & fait les frais
d'un pareil repas sans l'aide
de quelqu'un. Ilétoit
trop rebattu des galanteries
de l'amant inconnu,
pour ne pas croire
qu'il eust encore part à
celle-ci. Cependant la
gayeté de la Marquise
lui ôtoit tout soupçon ;
car il l'avoit veuë inquiète
& chagrine à l'occasson
des galanteries
precedentes; il ne Sçavoit
que penser de celle-
ci. Il entra dans une
rêverie profonde, & ne
mangea point de tout le
repas. Sitôt que la Marquise
s'en apperçut,elle
cessa de croire qu'il fust
l'ordonnateur de la setes
ce qui la rendit aussi chagrine
que lui. Le repas
finit par une serenade,
où l'on mêla une Cantate
sur les amans heureux
& les maris jaloux.
Ces deux sujets firent
une alternative de mufique
douce, tendre &
galante
,
dans le goût
François,&demusique
Italienne propre à exprimer
la bigearrerie des
jaloux : auili fit-elle son
effet;nôtre amantépoux
pensa éclater au milieu
de lassemblée. On vit
entrer ensuite dans le
jardin, qu'on avoit éclairé
par des illumitiétions,
une troupe de gens masquez.
Le concierge les
voyant entrer, courut
dire à la Marquise que si
elle vouloit il alloit lui
faire voir celui qui donnoit
cette seste galante.
La Marquise troublée,
hors d'elle-mesme, hazarda
tout pour connoître
celui qui lui enfonsoie
le poignard dans le
fein : elle suivitbrusquement
son concierge
dans une allée moins éclairée
que les autres , & dans le moment un
des masques se détacha,
cha, &c vint joindre la
Marquise. Onn'apoint
sçu ce qui fut dit dans
cette entrevuë. Quelqu'un
prit le moment
pour la faire remarquer
au fils jaloux. Il la fit
remarquer aussitôt à son
pere, qui commençant
à donner le tort à la Marquise
, fut emmené par
son fils. Ils sortirent tous
deux sans parler à cette
infidclle, & resolurent
de ne la voir jamais. Ce
qui pensa la faire mourir
de douleur; car le galant
masqué ne lui donna
aucun éclaircissement
: & après l'avoir
amusee autant qu'il saloit
pour la faire soupçonner,&
lorsquepoussée
à bout, elle voulut,
aidée de son concierge
&d'unefemmedechambre,
contraindre le galant
à se faire connoître,
elle trouva fous le
masque une femme, qui
lui rit au nez, & s'enfuit,
en lui laissant dans
la main un billet qui
contenoit ces vers.
Allez dormir iranquilc*
ment,
Vous connoîtrez demain
celui qui vous tourmente
D'une maniérésigalante:
Troyez qu'il neveut pPooiinntt
vous êter vOIre
amanty
Il voudroit le guérir contre
la jalousie ; D'un vieux mauvais
plaisantc'eji unefantllifie,
Qui peut êtresage en un
sens.
MArquifl) reprènetvos
senii
A present ilest vrai>
votre amant vous
soupçonne:
Maitsilessoupçons qiton
lui donne
Le rendent sans retour
o.. réellement jaloux,
Vous ne devez, jamais
l'accepterpour époux.
Ces vers enigmatiques
embaraffercnt fort
la Marquise, au lieu de
la tranquiliser. Elle pafsa
la nuit à samaison de
campagne : mais dés le
lendemain matin elle retourna
à Paris, dans la
Teto!ution de se justifier
auprès de son amant. Ille le conjura par un
billet de la venir voir,
& son pere y copsentit,
pourveu qu'il n'y allât
que sur le foir ; car, lui
dit-il, il vouloit estre
present à cette entrevue.
On écrivit à la Marquise
qu'on iroit dans la
journée, & dans le moment
le pere reçut en
presence du fils un billet,
qu'illut sans vouloir
le montrer à son
fils. Cependant voyant
que ce mystere lui donnoit
trop d'inquietude, illuiavoua que c'était
un avis que lui donnoic
la femme de chambre
de la Marquise, qu'il
avoit gagnée à forcechargent;
& cette femme de
chambre lui mandoit
que l'amant inconnu devoit
venir le foir à neuf
heures voir samaîtresse.
Le pere ensuite dit qu'-
après un pareil avis,
qu'il croyoittrès-certain
, il ne faloit point
aller chez la Marquise.
Celadit, il laissa son fils
dans un chagrin mortel,
êciortit pour aller souper
en ville. Le fils outré
de jalousie resolut,
sans le dire à son pere,
d'aller secretement chez
la Marquise. Il y alla
avant l'heure du rendezvous
; & donnant encore
trente pistoles à la
femme de chambre, il
la pria de le mettre en
lieu où il pût surprendre
celui
celui que la Marquise
attendoit. La femme de
chambre lui fit promettre
qu'il ne feroit aucun
éclat, du moins dans la
maison de la Marquise;
ce qu'il luipromit.
Peu de temps aprés, à
la lueur d'une bougie
que la femme de chambre
tenoit en sa main, il
entrevit un homme envelopé
dans un man- -
teau, qui montoit chez
la Marquise, & qui se
cacha dans un petit passage
, dés qu'il s'apperçut
qu'on l'avoit vû.
Nôtre jaloux transporté
de fureur courut à l'homme
à manteau, à qui il
dit tout ce que la rage
peut faire dire à un homme
sage ; &: il finit par
lui dire que s'il avoit du
coeur il devoit se faire
connoîtreàlui,afin que
dans la rencontre il pût
tirer raison d'un rival
qui le ménageoit si peu.
L'autre lui répondit à
voix basse & de fang
froid qu'il ne faloit pas
soupçonner legerement
une femme aussivertueuse
que la Marquise >
qu'il s'offroit à la justifier
dans son esprit ; &
qu'en lui faisant voir
que les apparences les
plus vraisemblables peuvent
estre sans fondement,
il lui rendroit du
moins le service de le
corriger pour le reste de
sa vie de la facilité qu'il
avoit à se chagriner sans
sujet. Nôtreamantpensa
perdre patiencequand
il entendit mora liserson
rival, qui dans l'instant
appella la femme de
cham bre
,
disant qu'il
vouloit pourtant se faire
connoître, & qu'il ne
refusoit point de se battre
contre un rival offensé.
Lalumiere parut:
quel fut l'étonnement du
fils, en reconnoissant son
pere! C'étoit ce pere qui,
de concert avec le concierge
& la femme de
chambre de la Marquise,
avoit crû lui rendre
service
, en poussant à
bout la jalousie d'un fils,
si galant homme d'ailleurs.
Ilcontinua de lui
faire des remontrances
si touchantes, qu'il lui
fit prendre la sage resolution
de ne rien croire
mesme detout ce qu'on
peut voir; c'est à dire,
quand on s'est une fois
pour tout assuré de la
vertud'une femmeavant
que de l'épouser, en seroit
imprudent de la
prendie sans l'examiner
: mais sitôt qu'onl'a
épousée, plus d'examen,
ou du moins il la faut
croire fidelle tout le plus
long-temps qu'on peut.
LA JALOUSIE GUERIE
par la jalousie.
Par M. le Chtvalitr de P * *. N Gentilhomme
fort riche, & qui
n'avoit qu'un fils
,
avoit
depuis long -temps envie
de le marier: mais
eommeil remarqua dans
ce fils unique une grande
disposition à la jalousie,
il craignit de le rendre
malheureux en le
mariant ; il prévoyoit
que son humeur inquiete
k soupçonneuse pourroit
chagriner une semme,
& que les chagrins
d'une femme retomberoient
sur lui: car il susfit
en mariage que l'un
des deux soit de mauvasse
humeur, l'autre le
devient bientôt par contagion.
Ce pere étoit
homme sencé, penetrant
;il connoissoit dans
son fils un fond de raison
& de vertu, qui lui
faisoit esperer que dans
un âge plus avancé il
deviendroit plus capable
de surmonter ses passions;
& celle de la jalousie
dont il le croyoit
susceptible, n'étoit
pas
de ces jalousies noires
qui partent d'un mauvais
coeur:ce n'etoit qu'-
une jalousie soupçonneu
se, qu'il condamnoit
lui-mêsme, pour peu
qu'il fît reflexion sur
l'injustice de ses soupçons.
Ainsi par lesconscils
de son pere il ne se
pressoit point de se marier
, 6c son pere trouva
à propos de Iaisser épuiser
la jalousie de son fils
sur quelques maîtresses,
en attendant qu'il fût
assez raisonnable pour
rendre une femme heureuse.
Cependant l'amour,
sans consulter la
prudence du pere, s'empara
du fils. Celle qu'-
il aima étoit belle &
d'une naissance distinguée
: mais il voulut étouffer
son amour dés
qu'il s'apperçut qu'il avoit
beaucoup de rivaux.
C'étoit une trop
rude épreuve pour lui.
Issut quelques jours sans
aller chez la Marquifc
de P. (Cetoit ainsi
que s'appelloit cette jeune
personne, veuve d'un
Marquis tué à la guerre
,
qui n'avoit été son
mari que pendant un hiver,
&quil'avoitlaissée
avec très peu de bien.)
Cette Marquise commençoit
à aimer nôtre
jeune jaloux, & s'etoit
déja apperçûë de son
foible. Elle fit ses efforts
pour l'oublier, quoique
ce fût un parti qui lui
faisoit sa fortune; car
elle craignoit de s'engageravec
un jaloux. Elle
tâcha donc de se consoler
- de son absence avec
ses rivaux, &: resolut
fermement de choisir entr'eux
un époux qui pût
la tirer de son indigence
: mais ce fut en vain
qu'elle voulut s'attacher
a d'autres qu'à l'amant
jaloux, c'étoit le seul défaut
qu'elle lui trouvoit
sa passion pour lui augmentoitde
jour en jour:
en un mot elle prit son
parti pour le faire revenir
chez elle, & trouva
plusieurs pretextes pour
congédier tous ceux qui
la recherchoient en mariage.
Cependant l'amour du
Cavalier avoit encore
augmenté par la violence
qu'il s'étoit faire pour
ne point voir la Marquise
; &, son pere, qui
le voyoit accablé de chagrin,
avoir exigé de lui
une entiere confidence.
Ils vivoient ensemble
comme deux veritables
amis;ce pere de bon sens
s'étoitplus attaché à se
faire aimer de son fils,
qu'à s'en faire craindre,
& avoit enfin acquis sur
lui, à force de bons procédez,
cette confiance
que les enfans ont si rarement
en leurs peres.
Celui-cis'informa d'abord
à fond du caractère
de la Marquise
,
& sitôt
qu'il fut bien persuadé
de sa vertu &,- de son
bonesprit, ilne fut point
rebuté par sapauvreté;
il con seil la à son fils de
s'attacher à elle, ô£ d'examiner
exactement si
la jalousie qu'il avoit
conçûë étoit bien fondée.
On s'informa, on
examina, & l'amant jaloux
ayant appris que
tous ses rivaux étoient
écartez, se flata qu'il
pouvoit avoir quelque
part à ce changement. Il
retourna chez elle, &
dés ce jour-là ils furent
si contens l'un de l'autre
,
qu'en moins d'un
mois leur mariage fut
resolu, & le pere, qui se
liad'amitié avec la Marquise,
y donna son consentement
avec plaisir,
Cependant il dit en particulier
à son fils qu'il
luiconseilloitdesuspendre
encore le contrat
pendant quelques mois;
&que quoi qu'il blâmât
ordinairement son foible
sur la jalousie, il
croyoit qu'en cette occasion
la prudence vouloit
qu'il observât pendant
quelque temps la
conduite d'une personne
qui avoit reçû tant de
déclarations d'amour;
qu'illa croyoit trés-vertueuse
: mais que si elle
l'étoit, elle le fcroit encore
dans six mois; qu'en
un mot on nerisqueroit
rien à differer. Le fils
donna de bon coeur dans
son foible. En effetils
trouvèrent d'honnêtes
pretextes pour differer
de jour en jour un mariage
que la Marquise
envifageoit comme le
plus grand bonheur qui
lui pût arri ver. Le Cavalier
amoureux passoit
les jours entiers chez
elle, lors qu'il survint
une affairequil'obligea
d'accompagner son pere
dans un petit voyage de
huit jours. La separation
des amans fut tendre
& la Marquise passa fort
tristement le temps de
cette petite absencemais
la joye du retour la dédommagea,&
son amant
revint sipassionné, qu'à
leur entrevuë il resta une
heure entiere sans pouvoir
parler, ses regards
fixez sur ce qu'il aimoit.
Après
Aprés les premiers transports,
il jetta les yeux
sur un miroir magnifique,
& fut fort surpris
dé voir ce nouveau meuble
à la Marquise, qui
n'étoit pas assez riche
pour s'en donner de pareils.
Pendant qu'il le regardoit
fixement,la Marquise
sourioit, en lui
ferrant tendrement les
mains. lVlonfIler époux,
lui dirait-elle, fere'{:
110ut aussigalant après le
contrat, que vous l'avez,
été pendant vôtre absence
? Cette corbeille de dentelles,
quim'estvenueavec
ce miroir &ces autres bijoux
,choisisd'ungoût ex- quis.Moy un miroir,
interrompit brusquement
le jaloux tout étourdi
! moy des dentelles!
moy des bijoux! Ah
Ciel qu'entens-je ! Cette
surprise qu'il témoigna
en causa une si grande à
la Marquise, qu'elle resta
muette &immobile;
car ceux qui avoient apporté
ces presens chez
elle avoient affecté un
air mysterieux, & elle
n'avoit point douté que
ce ne fust une galanterie
de son amant: mais il
prit la chose sur un ton
qui la détrompa dans le
moment. Ellese troubla
ensuite sur quelques petits
reproches que lui fit
ce tendre amant, qui
pour cette fois ne put
avoir pourtant aucun
soupçon que la Marquise
n',y eusIlt. pas éItlé trompé0e
elle-même. Elle jura qu'-
elletâcheroit de découvrir
de quelle part lui
venoient ces presens, &
qu'elle les renverroit au
plutôt.
Nôtre amant ne laissa
pas d'être fort inquiet
sur l'avanture, dont il
fitconsidence à son pere
,
qui le rassura, étant
persuadé de la vertu de
la Marquise. Elle crut
avoir trouve occasion dés
le lendemain de s'éclaircir
sur la galanterie qu'-
on lui avoit faite.
Un Huissier vint chez
elle de la part de quelques
marchands d'étofses
à qui elle devoit deux
millefrancs,&; cet Huisfier,
sans respecter sa
qualité ni sa beauté, lui
demanda permissiond'exccuter
ses meubles, 8c
sans vouloir lui donner
une heure de répit, en
commença l'inventaire.
On ne sçauroit exprimer
la consternation de la
Marquise:elleétoit prêoA
te à tomber évanüieau
milieu de ses gens, qui
étoient aussi accablez
qu'elle de la vision des
Sergens, lorsque l'Huie.
sier considerant le miroir
, & examinant les
bijoux qui étoient sur la
table, s'écria: Ah quailois-
je faire, Madame?
je reconnois ces nipes, &
j'ai mêmeaidéà les acheterauCentilhomme
leplus
généreux&le plusamoureux
qui foit en France;
homme à quij'aimême
obligation de ma fortune.
ztu,gy c'étoit donc à vous,
Madame, à quiillesdestinoit?
Ah que je vais
bien faire ma cour à cet
amant, nonseulement en
ne saisissantpoint ces marques
de (on amour, mais
ensacrifiantà l'adorable
personne qu'il aime les
memoires & procedures
dontje suisporteur. Tenez,
Madame, tene&>
continua-t-il
, en montrant
à la Marquise les
mémoires arrestez & les
Sentences obtenuës,voilacomment
jesçaiservir
mes amis amoureux, &
sur-tout quand ils le sont
d'une personneaussi charmante
que vous l'êtes.
Aprésun discoursdéjà
trop galant pour un
HuisHuissier,
il acheva de
prouver qu'il ne l'étoit
pas, en déchirant tous
les mémoires de la Marquise,&
lui disant qu'à
coup sûr l'amant qui avoit
fait present du reste
seroit ravi d'acquitter
ces mémoires pour elle.
Jugez de rétonnement
où fut la Marquise du
procedé de ce faux Huissier,
& du tour que l'amant
genereux avoit
pris pour lui faire prcsent
de deux cent pisto
les. Dés qu'elle eut repris
ses esprits, & qu'-
elle se fut remisede l'effroy
quelle avoit euen
voyant executera meub!
cS)Ct)e ne songea plus
qu'à s'informerdu nom
de cet amant: mais
l'Huissiercontinua d'en
faire <mytferc,ÔC dit
seulementcertains mots
é1quivoques , , où la
Marquisecrut âtre seure
quecetoit son amant
époux lui-même qui
lui avoir joué ce second
tour. Il arriva chez
elle un peu aprés que
l'Huissier en fut sorti ;
Se l'éclaircissement qu'-
ils eurent ensemble fut
tel, que l'amant en fut
penetré de jalousie,& la
Marquise accablée de
douleur. Cependant la
bonne foy de cette amante
étoit visible ; car elle
avoit appris elle-même
l'avanture à son amant.
C'est à quoy son pere lui
fit faire attention; car il
couroit à lui dés qu'il avoit
quelque sujet de
plainte contre la Marquise:&
ce pere aussi
froid, aussi tranquile que
son filsétoit bouillant&
agité
,
lui representoit
que les apparences les
plus vrai-semblables éroient
souventtrompeuses>
que tout mari sensé
devaits'accoûtumer à
ne rien croirede tout ce
qui pouvoit lui donner
de l'ombrage; qu'il faloit
d'abord approfondir
de fang froid, feulement
pour connoître la verité,
Se non pour s'en fâcher
; qu'il y a de la folie
à se chagriner d'avance
; &qu'en cas même
que les soupçons d'un
mari se trouvaient bien
fondez, il faloit en prévenir
les suites, sans se
chagriner du passé, où
l'on ne peut plus remedier.
Mais
,
lui repliquoit
vivement son fils
à de pareils discours ,
mail,'}'jon p,re)il est encore
temps de rompre les
engagemens que nous anjons
avec la Alarqtfi/e;
ainftic n'ai pets tort d'être
jaloux. On a toûjours
tortd'etre jaloux, luidisoit
le pere: mais on n'a
pas tort d'être prudent;
ainsîapprofondissez la
conduite de la Marquise,
jenem'yoppose pas:
mais apprenez pour vôtre
repos à douter des
choses qui vous paroisfent
les plus certaines;
car je fuis persuade que
la Marquise est innocente
des galanteriesqu'on
lui fait; & vous devez
croire que c'est quelque
amant qu'ellea maltraite)
Se qui veut s'en vangeren
vous donnant de
la jalousie. Continuez
donc de voir une personne
si aimable, & de
concert avec elletâchez
dedécouvrir quelestramant
qui commerce à
niper vôtre épouse, Se
à payer ses dettes.
Avec de pareils discours
le pere remettoit
le calme dans l'esprit du
fils, qui avoit par bonheur
encore plus de raison
que de disposition à
la jalousie. Il continua
de voir assidûment la
Marquise,à qui le rival
inconnu fit encore d'autrès
tours aussi singuliers
que les precedens. Un
jour la Marquise pria le
pere & le fils à souper à
une maison de campagne
qu'elle avoitproche
deParis ; elle leur dit
d'y mener quelqu'un de
leurs amîs, & qu elle y
meneroit quelque amie
intime, pour pouvoir
rassembler sept ou huit
personnes, nombre desirable
pour se bien réjouir,
S>C qu'on ne doit
jaimaisexceder quand on
hait la cohue. Le pere
pronit d'y aller, à condition
que la Marquise
ne ILli donneroit qu'un
petit sou per propre & de
bon goût, parce qu'il
naimoit point les cadeaux.
Elle lui promit ce
qu'il exigea d'elle, & resolut
de lui tenir parole:
mais elle fut bien furprise
le foir en arrivant
chez elle avec sa compagnie,
d'y trouver un
souper superbe, voluptueux
& galant. Elle demande
au concierge raifonde
ce qu'elle yeyoit.
Il lui die bas à l'oreille :
Metdame on ma recommandé
lesteres ; mais
jecrois que ctji celui que
uom devez, épuuser qui
mous fait cette galanterie,
Ne - dites mot;car ilprepare
encore dàns la maison
11nifine une mafrarade
où il se dégmjera,
& je votié le montrerai
alors, afin que vous ayiez*
le plaisir de le reconnoître.
La Marquise persuadée
Je ce que lui disoit
son concierge, prit
Un air de gayete &d'enjoûment,
qui joint à la
magnisicence du souper,
sie grand plaisità la compagnie.
Tout le monde
se réjoüissoità table, excepté
le jeune jaloux,
qui ne pouvoit s'imaginer
que la Marquise eust
disposé & fait les frais
d'un pareil repas sans l'aide
de quelqu'un. Ilétoit
trop rebattu des galanteries
de l'amant inconnu,
pour ne pas croire
qu'il eust encore part à
celle-ci. Cependant la
gayeté de la Marquise
lui ôtoit tout soupçon ;
car il l'avoit veuë inquiète
& chagrine à l'occasson
des galanteries
precedentes; il ne Sçavoit
que penser de celle-
ci. Il entra dans une
rêverie profonde, & ne
mangea point de tout le
repas. Sitôt que la Marquise
s'en apperçut,elle
cessa de croire qu'il fust
l'ordonnateur de la setes
ce qui la rendit aussi chagrine
que lui. Le repas
finit par une serenade,
où l'on mêla une Cantate
sur les amans heureux
& les maris jaloux.
Ces deux sujets firent
une alternative de mufique
douce, tendre &
galante
,
dans le goût
François,&demusique
Italienne propre à exprimer
la bigearrerie des
jaloux : auili fit-elle son
effet;nôtre amantépoux
pensa éclater au milieu
de lassemblée. On vit
entrer ensuite dans le
jardin, qu'on avoit éclairé
par des illumitiétions,
une troupe de gens masquez.
Le concierge les
voyant entrer, courut
dire à la Marquise que si
elle vouloit il alloit lui
faire voir celui qui donnoit
cette seste galante.
La Marquise troublée,
hors d'elle-mesme, hazarda
tout pour connoître
celui qui lui enfonsoie
le poignard dans le
fein : elle suivitbrusquement
son concierge
dans une allée moins éclairée
que les autres , & dans le moment un
des masques se détacha,
cha, &c vint joindre la
Marquise. Onn'apoint
sçu ce qui fut dit dans
cette entrevuë. Quelqu'un
prit le moment
pour la faire remarquer
au fils jaloux. Il la fit
remarquer aussitôt à son
pere, qui commençant
à donner le tort à la Marquise
, fut emmené par
son fils. Ils sortirent tous
deux sans parler à cette
infidclle, & resolurent
de ne la voir jamais. Ce
qui pensa la faire mourir
de douleur; car le galant
masqué ne lui donna
aucun éclaircissement
: & après l'avoir
amusee autant qu'il saloit
pour la faire soupçonner,&
lorsquepoussée
à bout, elle voulut,
aidée de son concierge
&d'unefemmedechambre,
contraindre le galant
à se faire connoître,
elle trouva fous le
masque une femme, qui
lui rit au nez, & s'enfuit,
en lui laissant dans
la main un billet qui
contenoit ces vers.
Allez dormir iranquilc*
ment,
Vous connoîtrez demain
celui qui vous tourmente
D'une maniérésigalante:
Troyez qu'il neveut pPooiinntt
vous êter vOIre
amanty
Il voudroit le guérir contre
la jalousie ; D'un vieux mauvais
plaisantc'eji unefantllifie,
Qui peut êtresage en un
sens.
MArquifl) reprènetvos
senii
A present ilest vrai>
votre amant vous
soupçonne:
Maitsilessoupçons qiton
lui donne
Le rendent sans retour
o.. réellement jaloux,
Vous ne devez, jamais
l'accepterpour époux.
Ces vers enigmatiques
embaraffercnt fort
la Marquise, au lieu de
la tranquiliser. Elle pafsa
la nuit à samaison de
campagne : mais dés le
lendemain matin elle retourna
à Paris, dans la
Teto!ution de se justifier
auprès de son amant. Ille le conjura par un
billet de la venir voir,
& son pere y copsentit,
pourveu qu'il n'y allât
que sur le foir ; car, lui
dit-il, il vouloit estre
present à cette entrevue.
On écrivit à la Marquise
qu'on iroit dans la
journée, & dans le moment
le pere reçut en
presence du fils un billet,
qu'illut sans vouloir
le montrer à son
fils. Cependant voyant
que ce mystere lui donnoit
trop d'inquietude, illuiavoua que c'était
un avis que lui donnoic
la femme de chambre
de la Marquise, qu'il
avoit gagnée à forcechargent;
& cette femme de
chambre lui mandoit
que l'amant inconnu devoit
venir le foir à neuf
heures voir samaîtresse.
Le pere ensuite dit qu'-
après un pareil avis,
qu'il croyoittrès-certain
, il ne faloit point
aller chez la Marquise.
Celadit, il laissa son fils
dans un chagrin mortel,
êciortit pour aller souper
en ville. Le fils outré
de jalousie resolut,
sans le dire à son pere,
d'aller secretement chez
la Marquise. Il y alla
avant l'heure du rendezvous
; & donnant encore
trente pistoles à la
femme de chambre, il
la pria de le mettre en
lieu où il pût surprendre
celui
celui que la Marquise
attendoit. La femme de
chambre lui fit promettre
qu'il ne feroit aucun
éclat, du moins dans la
maison de la Marquise;
ce qu'il luipromit.
Peu de temps aprés, à
la lueur d'une bougie
que la femme de chambre
tenoit en sa main, il
entrevit un homme envelopé
dans un man- -
teau, qui montoit chez
la Marquise, & qui se
cacha dans un petit passage
, dés qu'il s'apperçut
qu'on l'avoit vû.
Nôtre jaloux transporté
de fureur courut à l'homme
à manteau, à qui il
dit tout ce que la rage
peut faire dire à un homme
sage ; &: il finit par
lui dire que s'il avoit du
coeur il devoit se faire
connoîtreàlui,afin que
dans la rencontre il pût
tirer raison d'un rival
qui le ménageoit si peu.
L'autre lui répondit à
voix basse & de fang
froid qu'il ne faloit pas
soupçonner legerement
une femme aussivertueuse
que la Marquise >
qu'il s'offroit à la justifier
dans son esprit ; &
qu'en lui faisant voir
que les apparences les
plus vraisemblables peuvent
estre sans fondement,
il lui rendroit du
moins le service de le
corriger pour le reste de
sa vie de la facilité qu'il
avoit à se chagriner sans
sujet. Nôtreamantpensa
perdre patiencequand
il entendit mora liserson
rival, qui dans l'instant
appella la femme de
cham bre
,
disant qu'il
vouloit pourtant se faire
connoître, & qu'il ne
refusoit point de se battre
contre un rival offensé.
Lalumiere parut:
quel fut l'étonnement du
fils, en reconnoissant son
pere! C'étoit ce pere qui,
de concert avec le concierge
& la femme de
chambre de la Marquise,
avoit crû lui rendre
service
, en poussant à
bout la jalousie d'un fils,
si galant homme d'ailleurs.
Ilcontinua de lui
faire des remontrances
si touchantes, qu'il lui
fit prendre la sage resolution
de ne rien croire
mesme detout ce qu'on
peut voir; c'est à dire,
quand on s'est une fois
pour tout assuré de la
vertud'une femmeavant
que de l'épouser, en seroit
imprudent de la
prendie sans l'examiner
: mais sitôt qu'onl'a
épousée, plus d'examen,
ou du moins il la faut
croire fidelle tout le plus
long-temps qu'on peut.
Fermer
Résumé : NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
Le texte 'La Jalousie guérie par la jalousie' narre l'histoire d'un gentilhomme riche et sage qui redoute de marier son fils unique en raison de sa forte tendance à la jalousie. Le père, conscient des vertus et de la raison de son fils, décide de laisser sa jalousie s'épuiser sur quelques maîtresses avant de se marier. Cependant, le fils tombe amoureux d'une marquise belle et de naissance distinguée, mais il étouffe son amour en découvrant qu'elle a de nombreux rivaux. La marquise, bien qu'elle commence à aimer le jeune homme, craint de s'engager avec un jaloux et tente de se consoler avec d'autres rivaux. Cependant, son amour pour lui grandit, et elle trouve des prétextes pour congédier ses autres prétendants. Le père du jeune homme, voyant son fils accablé de chagrin, lui conseille d'examiner la conduite de la marquise. Ils découvrent que tous les rivaux ont été écartés, et le jeune homme retourne auprès de la marquise. Le père conseille à son fils de suspendre le contrat de mariage pendant quelques mois pour observer la conduite de la marquise. Pendant une séparation temporaire, la marquise reçoit des cadeaux mystérieux, ce qui provoque la jalousie du jeune homme. La marquise, troublée, jure de découvrir l'origine des cadeaux. Il s'avère que ces cadeaux proviennent d'un amant inconnu qui cherche à se venger de la marquise en provoquant la jalousie du jeune homme. Le père rassure son fils et lui conseille de ne pas se chagriner à l'avance et d'approfondir les choses avec sang-froid. Le jeune homme continue de voir la marquise, et l'amant inconnu fait d'autres tours singuliers. Lors d'un souper à une maison de campagne, la marquise et le jeune homme découvrent que l'amant inconnu a organisé une soirée somptueuse. La marquise, aidée par son concierge, découvre finalement l'identité de l'amant inconnu et met fin à ses manœuvres. Après une dispute, le père et le fils décident de ne plus voir la marquise, qui est tourmentée par un galant masqué. Ce dernier, après l'avoir trompée, se révèle être une femme qui laisse un billet énigmatique à la marquise. Cette dernière, troublée, retourne à Paris pour se justifier auprès de son amant. Le père, informé par la femme de chambre de la marquise, décide de ne pas laisser son fils se rendre chez elle. Fou de jalousie, le fils se rend malgré tout chez la marquise et surprend un homme masqué. Ce dernier, après une altercation, se révèle être le père du fils. Le père, ayant orchestré cette mise en scène avec le concierge et la femme de chambre, fait des remontrances à son fils, lui conseillant de ne plus douter de la fidélité de sa femme une fois marié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
78
p. 93-94
« Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Début :
Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...]
Mots clefs :
Altesses, Mariage, Pièce, Présentation , Gracieusement, Épître, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Cette pièce sur presentéeà
Leurs Altesses Serenissimes
vtgr le Duc & ~r la Duchesè)
Ie lendemain de la celeration
de leur mariage,qui
la reçûrent tre's- gracieusement
des mains de celui qui l'acomposée. Elle est dela
façon de la même personne
qui presenta à feu Mgr le
Duc deBourgogne,lorsqu'
il revenoit de sa conquête,
de Brisac,l'Epitre qui plut
si fort aux connoisseurs. Cet
Epitalame a eu trop de resist
site, pour caire le nom de
l'auteur, qui est M. Martineau,
Seigneur de Solleyne
en Bourgogne, fils de M.
Marrineau, President à Auxerre.
Leurs Altesses Serenissimes
vtgr le Duc & ~r la Duchesè)
Ie lendemain de la celeration
de leur mariage,qui
la reçûrent tre's- gracieusement
des mains de celui qui l'acomposée. Elle est dela
façon de la même personne
qui presenta à feu Mgr le
Duc deBourgogne,lorsqu'
il revenoit de sa conquête,
de Brisac,l'Epitre qui plut
si fort aux connoisseurs. Cet
Epitalame a eu trop de resist
site, pour caire le nom de
l'auteur, qui est M. Martineau,
Seigneur de Solleyne
en Bourgogne, fils de M.
Marrineau, President à Auxerre.
Fermer
Résumé : « Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Le lendemain de leur mariage, le Duc et la Duchesse ont reçu avec grâce une pièce composée par M. Martineau, Seigneur de Solleyne. Ce dernier avait déjà présenté une épître au Duc de Bourgogne. L'épithalame, genre poétique célébrant les noces, a longtemps gardé son auteur anonyme en raison de résistances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
79
p. 10-19
MARIAGE.
Début :
Le 31. Juillet 1713. le Comte de Pontchartrain, Secretaire d'Etat [...]
Mots clefs :
Mariage, Noblesse, Héritage, Titres, Alliances, Service, Généalogie, Chancellerie, Cérémonie, Patrimoine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Le 31. Juillet 1713. le Comte
de Ponrchartrain, Secretaice
d'Etat, & Commandeur
des Ordres du
Roy, épousa à Pontchartrain
Mademoifclle deLau
befpine de Verderonne;
M. l'Evêque de Chartres
les a mariez.
M. de Pontcharrrain est
fils unique de M. le Chancelier-
Garde des Sceaux de
France, Commandeur des
Ordres du Roy, Ministre
d'Etat
; & de Madame la
Chanceliere, qui est de la
Maison de Maupeou.
M. leChancelier est
fils de Louis Phelypeaux,
Seigneur de Pontchartrain
, Conseiller d'Ecir^
& President des Comités
, qui ccoic fils de
Paul Phelypeaux, Seigneur
de Pontchartrain
y
fait Secretaire
d'Etat par Henry:
le Grand.
PaulPhielypeaux fut en..
voyé à Londres, y traita ôc
conc lut la paix avec les
Prices. & sur Plenipotentiaire
du Ray au Trai-té de
Lou dun.
Il ya eu dans cette Maison
huit Secrétaires dera-t.
& cinq Commandeurs des
Ordres du Roy.
Leur genealogie se trouve
dans tant d'ouvrages &
d'archives de differens Orr
-
dres de Chevalerie
,
& est
si connue aussi bien que
leurs grandes alliances de
les services qu'ils ont rendus
à l'Etat, qu'il est inutile
d'en parler ici: de plus en
leur donnant les éloges qui
leur dont dûs, je craindrois
de blesser la modedtie attachée
à leur Maidon.
Mademoiselle de Verderonne
s'appelle Helene Angélique-
Rosalie de Laubedpine.
Elle est fille de
Claude-Estienne de Laubespine,
Comte de Verderonne,
tué à labataille de
Fleurus;& de Marie-Anne
de Festard
,
heritiere de
Beaucourt, d'une ancienne
noblesse de Picardie, qui a
pris des alliances dans les
Maisons de Rubempré, de
Rivery, de Carvoisin-d'Achy,
ôc plusieurs autres des
plus anciennes de cette
Province.
Quant à la Maison de
Laubespine, elle est fort
ancienne
J
ôc illustrée depuis
prés de deux cens ans
des premieres & principales
dignitez de l'Etat. Elle
a donné à l'Eglise plusieurs
v
Prelats considerables, un
Garde des Sceaux de France
)
deux Chanceliers des
Ordres du Roy, quatre
Commandeurs des mêmes
Ordres, deux Secretaires
d'Etat sous les Rois FrançoisPremier,
Henry II. &
sous François II. & Charles
IX. plusieurs Conseillers
d'Etat,& des Ambassadeurs
dans les principales Cours
de l'Europe : & sans encrer
dans le détail des degrez au
dessus de l'an r> 1500. on remarquera
feulement que
Claude de Laubespine, Seigneur
d'Erouville, épousa
l'an 1507. Marguerite le Ber
ruyer, Dame de la Corbiliere,
& que de cette alliance
sortirent, entr'autres
enfans, Claude de Laubespine,
Baron deChâteauneuf,
premier Secretaire
d'Etat, qui a fait la branche
des Marquis de Châteauneuf-
Surcher, alliée dans
les Maisons de la Châtre,
de Neufville-Villeroy, de
S. Chaumont, de Volvire,
Russec, de Cochesilet-Vaucelas
J
de Rouvroy-faint-
Simone de Beauvillier; ôc
se Gilles de Laubespine,
qui a faitla branche des
Marquis de Verderonne. Il
fut pere de Claude de Laubespine,
Seigneur de Verderonne
,
Commandeur &
Secretaire des Ordres du
Roy,marié l'an 1593. avec
Loüise Pot, fille de Claude
Seigneur de Rodes & de
Chemaut, Commandeur ôc
Prevôt des Ordres du Roy,
Grand Maîtredes Ceremonies
de France; 6c de Jacqueline
de la Châtre, de
laquelle il eut Loüise de
Laubespine, mariée à Jean
de Montberon, Comte de
Fontaines-Chalendray
; &
Charles de Laubespine,
Seigneur de Verderonne,
Ambassadeur en Suisse,
Chancelier de Gaston Duc
d'Orleans, & marié avec
Marie le Bray de Flacourt.
Il en eut Claude de Laubespine,
Marquis de Verderonne
, qui épousa Helene
d'Aligre, fille d'Etienne
d'Aligre Chancelier de
France, & petite-fille d'autre
Etienne d'Aligre, aussï
Chancelier de France. De
ce mariage sortit lepere de
Madame la Comtesse de
Pontchartrain, comme il
aété remarqué ci-devant.
Ceux qui voudront en
être instruits plus amplement,
pourront avoir recours
à l'histoire des Chanceliers
&Gardes des Sceaux
de France, par Antoine du
Chesne
; & à l'histoire des
grands Officiers de la Couronne
& de la Maison du
Roy, par le Pere Anselme
de l'édition de 1712.
Le 31. Juillet 1713. le Comte
de Ponrchartrain, Secretaice
d'Etat, & Commandeur
des Ordres du
Roy, épousa à Pontchartrain
Mademoifclle deLau
befpine de Verderonne;
M. l'Evêque de Chartres
les a mariez.
M. de Pontcharrrain est
fils unique de M. le Chancelier-
Garde des Sceaux de
France, Commandeur des
Ordres du Roy, Ministre
d'Etat
; & de Madame la
Chanceliere, qui est de la
Maison de Maupeou.
M. leChancelier est
fils de Louis Phelypeaux,
Seigneur de Pontchartrain
, Conseiller d'Ecir^
& President des Comités
, qui ccoic fils de
Paul Phelypeaux, Seigneur
de Pontchartrain
y
fait Secretaire
d'Etat par Henry:
le Grand.
PaulPhielypeaux fut en..
voyé à Londres, y traita ôc
conc lut la paix avec les
Prices. & sur Plenipotentiaire
du Ray au Trai-té de
Lou dun.
Il ya eu dans cette Maison
huit Secrétaires dera-t.
& cinq Commandeurs des
Ordres du Roy.
Leur genealogie se trouve
dans tant d'ouvrages &
d'archives de differens Orr
-
dres de Chevalerie
,
& est
si connue aussi bien que
leurs grandes alliances de
les services qu'ils ont rendus
à l'Etat, qu'il est inutile
d'en parler ici: de plus en
leur donnant les éloges qui
leur dont dûs, je craindrois
de blesser la modedtie attachée
à leur Maidon.
Mademoiselle de Verderonne
s'appelle Helene Angélique-
Rosalie de Laubedpine.
Elle est fille de
Claude-Estienne de Laubespine,
Comte de Verderonne,
tué à labataille de
Fleurus;& de Marie-Anne
de Festard
,
heritiere de
Beaucourt, d'une ancienne
noblesse de Picardie, qui a
pris des alliances dans les
Maisons de Rubempré, de
Rivery, de Carvoisin-d'Achy,
ôc plusieurs autres des
plus anciennes de cette
Province.
Quant à la Maison de
Laubespine, elle est fort
ancienne
J
ôc illustrée depuis
prés de deux cens ans
des premieres & principales
dignitez de l'Etat. Elle
a donné à l'Eglise plusieurs
v
Prelats considerables, un
Garde des Sceaux de France
)
deux Chanceliers des
Ordres du Roy, quatre
Commandeurs des mêmes
Ordres, deux Secretaires
d'Etat sous les Rois FrançoisPremier,
Henry II. &
sous François II. & Charles
IX. plusieurs Conseillers
d'Etat,& des Ambassadeurs
dans les principales Cours
de l'Europe : & sans encrer
dans le détail des degrez au
dessus de l'an r> 1500. on remarquera
feulement que
Claude de Laubespine, Seigneur
d'Erouville, épousa
l'an 1507. Marguerite le Ber
ruyer, Dame de la Corbiliere,
& que de cette alliance
sortirent, entr'autres
enfans, Claude de Laubespine,
Baron deChâteauneuf,
premier Secretaire
d'Etat, qui a fait la branche
des Marquis de Châteauneuf-
Surcher, alliée dans
les Maisons de la Châtre,
de Neufville-Villeroy, de
S. Chaumont, de Volvire,
Russec, de Cochesilet-Vaucelas
J
de Rouvroy-faint-
Simone de Beauvillier; ôc
se Gilles de Laubespine,
qui a faitla branche des
Marquis de Verderonne. Il
fut pere de Claude de Laubespine,
Seigneur de Verderonne
,
Commandeur &
Secretaire des Ordres du
Roy,marié l'an 1593. avec
Loüise Pot, fille de Claude
Seigneur de Rodes & de
Chemaut, Commandeur ôc
Prevôt des Ordres du Roy,
Grand Maîtredes Ceremonies
de France; 6c de Jacqueline
de la Châtre, de
laquelle il eut Loüise de
Laubespine, mariée à Jean
de Montberon, Comte de
Fontaines-Chalendray
; &
Charles de Laubespine,
Seigneur de Verderonne,
Ambassadeur en Suisse,
Chancelier de Gaston Duc
d'Orleans, & marié avec
Marie le Bray de Flacourt.
Il en eut Claude de Laubespine,
Marquis de Verderonne
, qui épousa Helene
d'Aligre, fille d'Etienne
d'Aligre Chancelier de
France, & petite-fille d'autre
Etienne d'Aligre, aussï
Chancelier de France. De
ce mariage sortit lepere de
Madame la Comtesse de
Pontchartrain, comme il
aété remarqué ci-devant.
Ceux qui voudront en
être instruits plus amplement,
pourront avoir recours
à l'histoire des Chanceliers
&Gardes des Sceaux
de France, par Antoine du
Chesne
; & à l'histoire des
grands Officiers de la Couronne
& de la Maison du
Roy, par le Pere Anselme
de l'édition de 1712.
Fermer
Résumé : MARIAGE.
Le 31 juillet 1713, le Comte de Pontchartrain, Secrétaire d'État et Commandeur des Ordres du Roi, épousa Mademoiselle de Laubespine de Verderonne. La cérémonie fut dirigée par l'Évêque de Chartres. Le Comte de Pontchartrain est le fils unique de M. le Chancelier-Garde des Sceaux de France et de Madame la Chancelière, issue de la Maison de Maupeou. La famille Pontchartrain compte huit Secrétaires d'État et cinq Commandeurs des Ordres du Roi, et leur généalogie est bien documentée dans divers ouvrages et archives. Mademoiselle de Verderonne, de son nom complet Hélène Angélique-Rosalie de Laubespine, est la fille de Claude-Estienne de Laubespine, Comte de Verderonne, tué à la bataille de Fleurus, et de Marie-Anne de Festard, héritière de Beaucourt, issue d'une ancienne noblesse de Picardie. La Maison de Laubespine est illustre depuis près de deux cents ans et a occupé de hautes fonctions dans l'État, notamment des prélats, des Gardes des Sceaux, des Chanceliers des Ordres du Roi, des Secrétaires d'État, et des ambassadeurs dans les principales cours d'Europe. La généalogie détaillée de la famille peut être trouvée dans des ouvrages tels que l'histoire des Chanceliers et Gardes des Sceaux de France par Antoine du Chesne et l'histoire des grands Officiers de la Couronne et de la Maison du Roi par le Père Anselme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
80
p. 3-32
Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Début :
Je vous fais part, mon cher ami, d'une avanture [...]
Mots clefs :
Aventure tragi-comique, Tolède, Philippe V, Retraite incendiaire, Castillan, Don Quichotte, Château, Siège, Combat, Chevalerie, Claire, Mariage, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
jlvanture tragi-comique,extraite
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
Fermer
Résumé : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Le texte raconte une aventure tragi-comique inspirée d'une lettre espagnole écrite à l'époque où Philippe V s'empara de Madrid. L'histoire se déroule dans un village situé à sept ou huit lieues de Tolède. Lors de la retraite incendiaire des ennemis, un vieux Castillan de quatre-vingt-deux ans, comparé à Don Quixotte, refuse de fuir. Il se prépare à défendre son château, une ancienne masure avec une tour bâtie du temps des Maures, où il a rassemblé ses biens et une jeune Espagnole de quinze ans, Claire, dont il est amoureux et qu'il retient contre sa volonté en attendant un mariage arrangé par ses parents. Le vieil homme s'arme et se prépare à affronter les ennemis, malgré les moqueries de Claire. Alors qu'il se tient prêt, des soldats escaladent la tour. Claire, qui a reçu une lettre secrète, se moque de lui. Soudain, un autre chevalier entre par une fenêtre et maîtrise le vieux Castillan. Ce chevalier propose un combat singulier pour obtenir Claire et le trésor du vieil homme. Claire et ses parents révèlent que le trésor a été acquis par des vexations et que son cœur n'appartient pas au vieil homme. Le combat commence, mais le vieil homme trébuche et est sauvé par la générosité de son adversaire. Blessé, il est finalement vaincu. Claire accepte de pardonner la vie du vieil homme à condition qu'il soit nourri jusqu'à sa mort. Un contrat de mariage est signé, mettant fin à l'aventure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
81
p. 13-39
L'HOMME ROUGE. Nouvelle Metamorphose.
Début :
Tout Paris a crû trop legerement qu'un époux, de [...]
Mots clefs :
Gascon, Peintre, Nièce, Oncle, Mariage, Intrigue, Lettre, Vanité, Duperie, Comédie, Rouge, Métamorphose, Fiançailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME ROUGE. Nouvelle Metamorphose.
L'HOMME ROUGE.
-1vouirgiu
TOut Larissacrûtrop
iegercment qu'un é-•
poux. de concert avec
sa n|s: -•
aimable: moitié,
avoit teint en verd
un galantehomme, qui les incommodait:
par lès frequentcs fie
très- importunés visites
, 8c
- par la liberté
qu'il prenoit tous les
jours de faire nombrea
leur table sans. t~t avoir
jamais été invité. Il efli
inutile de rapporter 1^
détail de cette fiétion,
où personnen'a varié J
ni change la moindres
circonstancepour larendre
encore plus croya
ble sur le comptede ce
luiauxdépens de quvJ
elle a été imaginée ; &t::
comme le public se dédit
rarement ,
l'homme
verd passe aujourd'hui
dans sescroniques pour
être parvenu, en se lavant
&frotanc bien tous
les jours, à n'être plus
que de couleur de verd
de Tourville;cesont encore
deux ou troisnuan*
ces vertes qu'ilfautqu'il
essuye pour se trouver à
sa couleur naturelle.
Un jeune &.très
tourdi Gascon n'en fera
pas quitte a meilleur
marché. On amande ici
qu'ilénoitd'Aire, ville,
& Evêché deGascogne.
&,' qu'étant arrivé sur Jai
fin du printemps, der-;
niér à Marseille en qualité
de jeune Peintre qui
voyageyiisymit en
testedefairelafortune
àlanieced'un Peintre,
qui est jolie
,
& qui a
vingt,foisplusde bien
que lui. Elleaperdu très
jeuneson pere & sa mci
re , &C a été élevée par
un oncle, quiest sontu^
teur,
teur, avecplusdesoin
que si elleeût été sa propre
fille. Lescomplimens
outrez 8c lesoffres
dé services à perte
de vue duGascon furent
d'abord reçues par
l'oncle, avec beaucoup
d'indifference. Les Provençaux,
trop prévenus
contre les Gascons, font
persuadez que tout l'univers
met de grandes
différences entre leurcarters&
ccl'uid'ullLatl
guedockien,d'un Ptri.
gourdin, d'un Gascon &
de tous leurs autres voisins
; semblables en cela
aux Normands & aux
Manceaux, qui quoy
qu'également fins, subtils&
c prévoyans, affectent
neanmoins d'avoir
en particulier de belles
qualitez, & de n'estre
jamais fuicts) a certains
défauts dont les quolibets
& mauvais proverbescaracterisent
également
les uns & les autres.
Le fcul nom de
Gascon mit donc en
garde lé Provençal, qui
ne prit pas pour argent
comptant les vingt mil
écus quele jeune Peintre
disoit que son pere
étoit fort en état de luy
donner s'il se presentoit
un partiquilui convinst.
Il avançoitautïi que sa
famille étoit alliée à toute
la noblessedeson pays;
que les ancestres avoient
blanchi auservicedu
Prince. Il ne manquoit
que des preuves &•des
titres a tout cela ;&,l'oncle,
quicomeriça$ecou->
ter avec plaisirlesrécits
romanesques quçle¡Ga(j
con faisoitdesesançêrres-
& de fafortune,affecta
de ne le contredire en
rien. Il nerebutadoncpoint
le dessein qu'ilavoit
d'epouser sa niece;
& pour rendre le roman
plus long & plus complçt,
ilfdpm#n4.a à l'amant
des lettres Se des
assurancesdp, ses parens quiprouvaientque là
recherche de-sa nièce
leur étoit agréable.
': Le
Gascon; fij^d'un pere-
CltJtar' .ptyscfçvi&.plusi
vajfl-que lui ,-e0, reçut
bientost réponsesur l'avis^
u'U:lvy eivit.,4on-;
nétiqUi'iJIé^oit-defiri.ejrt»
m.rlag': '-pa,i unetrèsbc:,
Uef &. , Jirés.-riche'Da-,
rfioUeJlejquiiherït^roiC:
encore d'un oncle, qui
le pressoit l'épée dans les
reins pour la conclusion
du mariage de sa niece ;
dont tout le pays de
Marseille jazoit, depuis
qu'il lui comptoit des
fleurettes. Le Gasconlogeoitchez
un hôte malin,
& qui nemanquoit
pas d'esprit > il lui confial'intrigile
de son mariage,
Se ils firent ensemble
la lettre qu'il écrivit
à son pere ; c'cft*
de lui qu'on a sçû ce
qu'elle contenoit:voici
la reponef du pere.
Vôtremere, vos quatre
freres toutesVQ$
fteurs craignent,comme, "Jnemam
foyezxtrvp )'ren,J"tIII/#
appas de,la belle que
?etts 'VwlezJ épojifèr i
V0.ttsa'veT^anotre pàrtç
des filles richest belles
f5 de condition
-,
qui ne
demandentpas mieux.
%7\
que notre alliancei&si
nous gagnons le procès
de la demande que mes
'-la!cy'.culs font depuis prés
cent: ans àlamaifon
'-¡Braqucnagt.
, vous
IJtIW--¡t#Ji:oJfe- asix
vthmnaux ylmo*WMi*Q$r\W^ le droit de vosports)f5
ne> vousméfalhe^ pasa
qu'àconditionquelafille
que vous pÓurfùi'Vt'en
mariagefiitune grande
hmmre;e.t"rmnk.
aufifi
àu,et dans ses parens
9 tant paternels que maternels
ilny en a point
eu qui eurent des vices
de corps ou d'iffrit; car
parbleu on ne peut rien
reprocher à ma race> eS
nous efmmes tous gaillards
f5 Jains comme
des poissons:je vous envoirai
par la premiere
sosievôtre extrait ba..
ptiftaireFlJ un pouvoir
de moy f5 de votre me
n de vous marier à t'()ô:" -
tre gré
s en'vous refera
vant al, nos(uccejjions dés
que nous ferons mortsjouhliois de : vous dire
que vo/1tre mere a une
bellef5 riche croix d'or
ou pendent six rubis
troisperlesfinesdegrand
prix; elle a aussi un fort
beau colier f5 des hraf
felets dambre
>
quiJont
les preftns de nôce que
rvotreajeule luifit lors
que je l'épousai, elle les
çonfèrve bien chèrement
pour en faire un-presènt
à evotre épouse ,
a qui
nous vous chargeons de
faire e5 redoubler quelque
joli compliment de
nôtre part. Jefuisvotre
fere es bon ami,
DE CAGANAC.
Le Gascon qui craignoit
que son pere n'eût
pas resprit de lui faire
unereponseequ"il pûtmotrer
en avoit une toute
preste de sa façon,si celle
qu'il reçut neutt pas
satisfait sa folle vanité:
mais il la trouva encore
plus à son gré que la
sienne, qu'il avoit déjà
fait voir & corriger par
son hte, railleur de
profession, & qui aassuré
que l'une valoit bien
l'autre. La reponse du
pere fut bientost communiquée
à l'oncle, qui
la trouva si singuliere&
si piaisante, qu'il pria le
Gascon de la lui laisser,
afin qu'il la montrât à
sa niece, & à ses proches
parens , qui s'en divertirent
en perfection avec
tous leurs amis: on ne
parla pendant plus d'un
mois dans Marseille que
de la lettre du pere Gascon,
que tout le monde
voulut voir &C copier;
on en parloit au fils avec
des éloges pour sa belle
famille, & pour toutes
les grandes demandes
qu'elle faisoit à Messieurs
de Braquenage. LeGascon
recevoit tout ce quon
lui disoit comme
choses qui lui eussent
esté fort deuës, & quoiqu'on
sçust qu'il n'estoit
que le fils d'un petit
marchand de drap, on
le traittoit ~néanmoins
en homme de qualité,
& avec des maniérés qui
acheverent de lui gâter
l'esprit : mais le peintre,
qui le recevoit toûjours
gracieusement, & qui
l'arrestoitquelquefois à
souper, se trouva embarrassé
dans le dénoue..
ment du pretendu mariage
de sa niece, que le
Gascon disoit en confidence
à tout le monde ne
dépendre plus que de
lui, d'autant qu'il avoic
mis la Demoiselle sur le
pied de le traiter autant
bien qu'it pouvoitl'esperer
d'une personne à
qui il feroit sa fortune,
& qui recevroitde grads
honneurs de son allince;
on redisoit à l'oncle &
à la niece les sotises ÔC
toutes les gasconades
qu'imaginoit de jour en
jour le pretendu futur;
& comme la matière en
étoit delicate, & extravagament
mise en oeuvre
par le Gascon, on
crut qu'il étoit necessaire
de finir cette comedie.
L'oncle pour y
parvenir ménagea un entretien
seul à seul avec
l'amant àquiilfit confidence
d'un bruit qui
couroit de sa niece, non
pas qu'il le crustcapable
d'un pareil attentat:mais
bien un Gentil-homme
que sa niece écoutoit
trop favorablement depuis
prés de deux ans.
LeGascon qui avoit toutes
les preuves de sa
continence avec laniece
du Peintre,se mordit le
doigt au recit de cette
confidence, & neanmoins
aprés un moment
de reflexion il se jetta
aux pieds de l'oncle en
le conjurant de ne pas
aprofondir un mystere
amoureux; le Gascon
s'imagina apparemment
que la niece mourant
d'envie de l'épouser auroit
eu l'adressede faire
courir ce faux bruit, &
il continua de supplier
l'oncle de ne point faire
d'éclat pour une bagatelle
: mais l'oncle, qui
avec une pareille fuposition
ne trouva point
l'interessé Gascon dégouté
de sa niecc, prit sur
le champ le parti de lui
défendrel'entrée de sa
maison, en lui disant
qu'il étoit resolu de laisfer
époufer à sa niece le
Gentil-homme dontelle
estoit en-testéè. Le Gascon
ne se tint pas pour
irrevocablement rcfufé,
& parut dés le lendemain
chez le peintre à
l'heure de son souper,
il se mit à table sans en
estre prié,&buteffron.
tement à la santé de la
belle qui ne pouvoit
plus S'ên dédire;la niece
qui étoit trés-sage sortit
de table dés qu'elle eut
entendu ce compliment,
& l'oncle, pour ôter abfolument
au Gascon
toutes ses folles pretentions,
le fit inviter dés
le lendemain à souper
chez lui, où il pria deux
de les amis de le venir
seconder pour mieux
jouër sa piece 5 illeur en
fit considence, & leur
dit qu'ils ne feroient
qu'imiter ce qu'on avoit
fait à Paris depuis trois
mois à l' homme verd.
On convint que la niece
ne feroit point du souper,
pour être en état de
parler gayment & à
coeur ouvert de ce que
le Gascon pretendoits'êtrepassé
entre elle & lui;
on se mit à table à l'heure
convenue, 84 on y
tint des propos à mettre
l'imagination du Gascon
en campagne > on lui
porta coup sur coup la
sante de sa maîtresse, &C
dés qu'on le vit pris de
vin, on lui en donna de
préparé dont l'effet fut
d'assoupir ses sens de
telle maniéré qu'on le
coucha sur un lit de repos,
où ilnesetouvient
point d'avoir été mis,ni
d'avoir été porté chez
lui, après qu'on lui eut
peint tout le visage en
rouge couleur de masque
de furie. Ne voila
que deux couleursusées
pour des amans importuns
& indiscrets
t &
tous ceux qui leur ressemblent
meritent au
moins de pareils traitemens.
Cetteavanture m'aété
envoyée par M. l¥-.¥¥
-1vouirgiu
TOut Larissacrûtrop
iegercment qu'un é-•
poux. de concert avec
sa n|s: -•
aimable: moitié,
avoit teint en verd
un galantehomme, qui les incommodait:
par lès frequentcs fie
très- importunés visites
, 8c
- par la liberté
qu'il prenoit tous les
jours de faire nombrea
leur table sans. t~t avoir
jamais été invité. Il efli
inutile de rapporter 1^
détail de cette fiétion,
où personnen'a varié J
ni change la moindres
circonstancepour larendre
encore plus croya
ble sur le comptede ce
luiauxdépens de quvJ
elle a été imaginée ; &t::
comme le public se dédit
rarement ,
l'homme
verd passe aujourd'hui
dans sescroniques pour
être parvenu, en se lavant
&frotanc bien tous
les jours, à n'être plus
que de couleur de verd
de Tourville;cesont encore
deux ou troisnuan*
ces vertes qu'ilfautqu'il
essuye pour se trouver à
sa couleur naturelle.
Un jeune &.très
tourdi Gascon n'en fera
pas quitte a meilleur
marché. On amande ici
qu'ilénoitd'Aire, ville,
& Evêché deGascogne.
&,' qu'étant arrivé sur Jai
fin du printemps, der-;
niér à Marseille en qualité
de jeune Peintre qui
voyageyiisymit en
testedefairelafortune
àlanieced'un Peintre,
qui est jolie
,
& qui a
vingt,foisplusde bien
que lui. Elleaperdu très
jeuneson pere & sa mci
re , &C a été élevée par
un oncle, quiest sontu^
teur,
teur, avecplusdesoin
que si elleeût été sa propre
fille. Lescomplimens
outrez 8c lesoffres
dé services à perte
de vue duGascon furent
d'abord reçues par
l'oncle, avec beaucoup
d'indifference. Les Provençaux,
trop prévenus
contre les Gascons, font
persuadez que tout l'univers
met de grandes
différences entre leurcarters&
ccl'uid'ullLatl
guedockien,d'un Ptri.
gourdin, d'un Gascon &
de tous leurs autres voisins
; semblables en cela
aux Normands & aux
Manceaux, qui quoy
qu'également fins, subtils&
c prévoyans, affectent
neanmoins d'avoir
en particulier de belles
qualitez, & de n'estre
jamais fuicts) a certains
défauts dont les quolibets
& mauvais proverbescaracterisent
également
les uns & les autres.
Le fcul nom de
Gascon mit donc en
garde lé Provençal, qui
ne prit pas pour argent
comptant les vingt mil
écus quele jeune Peintre
disoit que son pere
étoit fort en état de luy
donner s'il se presentoit
un partiquilui convinst.
Il avançoitautïi que sa
famille étoit alliée à toute
la noblessedeson pays;
que les ancestres avoient
blanchi auservicedu
Prince. Il ne manquoit
que des preuves &•des
titres a tout cela ;&,l'oncle,
quicomeriça$ecou->
ter avec plaisirlesrécits
romanesques quçle¡Ga(j
con faisoitdesesançêrres-
& de fafortune,affecta
de ne le contredire en
rien. Il nerebutadoncpoint
le dessein qu'ilavoit
d'epouser sa niece;
& pour rendre le roman
plus long & plus complçt,
ilfdpm#n4.a à l'amant
des lettres Se des
assurancesdp, ses parens quiprouvaientque là
recherche de-sa nièce
leur étoit agréable.
': Le
Gascon; fij^d'un pere-
CltJtar' .ptyscfçvi&.plusi
vajfl-que lui ,-e0, reçut
bientost réponsesur l'avis^
u'U:lvy eivit.,4on-;
nétiqUi'iJIé^oit-defiri.ejrt»
m.rlag': '-pa,i unetrèsbc:,
Uef &. , Jirés.-riche'Da-,
rfioUeJlejquiiherït^roiC:
encore d'un oncle, qui
le pressoit l'épée dans les
reins pour la conclusion
du mariage de sa niece ;
dont tout le pays de
Marseille jazoit, depuis
qu'il lui comptoit des
fleurettes. Le Gasconlogeoitchez
un hôte malin,
& qui nemanquoit
pas d'esprit > il lui confial'intrigile
de son mariage,
Se ils firent ensemble
la lettre qu'il écrivit
à son pere ; c'cft*
de lui qu'on a sçû ce
qu'elle contenoit:voici
la reponef du pere.
Vôtremere, vos quatre
freres toutesVQ$
fteurs craignent,comme, "Jnemam
foyezxtrvp )'ren,J"tIII/#
appas de,la belle que
?etts 'VwlezJ épojifèr i
V0.ttsa'veT^anotre pàrtç
des filles richest belles
f5 de condition
-,
qui ne
demandentpas mieux.
%7\
que notre alliancei&si
nous gagnons le procès
de la demande que mes
'-la!cy'.culs font depuis prés
cent: ans àlamaifon
'-¡Braqucnagt.
, vous
IJtIW--¡t#Ji:oJfe- asix
vthmnaux ylmo*WMi*Q$r\W^ le droit de vosports)f5
ne> vousméfalhe^ pasa
qu'àconditionquelafille
que vous pÓurfùi'Vt'en
mariagefiitune grande
hmmre;e.t"rmnk.
aufifi
àu,et dans ses parens
9 tant paternels que maternels
ilny en a point
eu qui eurent des vices
de corps ou d'iffrit; car
parbleu on ne peut rien
reprocher à ma race> eS
nous efmmes tous gaillards
f5 Jains comme
des poissons:je vous envoirai
par la premiere
sosievôtre extrait ba..
ptiftaireFlJ un pouvoir
de moy f5 de votre me
n de vous marier à t'()ô:" -
tre gré
s en'vous refera
vant al, nos(uccejjions dés
que nous ferons mortsjouhliois de : vous dire
que vo/1tre mere a une
bellef5 riche croix d'or
ou pendent six rubis
troisperlesfinesdegrand
prix; elle a aussi un fort
beau colier f5 des hraf
felets dambre
>
quiJont
les preftns de nôce que
rvotreajeule luifit lors
que je l'épousai, elle les
çonfèrve bien chèrement
pour en faire un-presènt
à evotre épouse ,
a qui
nous vous chargeons de
faire e5 redoubler quelque
joli compliment de
nôtre part. Jefuisvotre
fere es bon ami,
DE CAGANAC.
Le Gascon qui craignoit
que son pere n'eût
pas resprit de lui faire
unereponseequ"il pûtmotrer
en avoit une toute
preste de sa façon,si celle
qu'il reçut neutt pas
satisfait sa folle vanité:
mais il la trouva encore
plus à son gré que la
sienne, qu'il avoit déjà
fait voir & corriger par
son hte, railleur de
profession, & qui aassuré
que l'une valoit bien
l'autre. La reponse du
pere fut bientost communiquée
à l'oncle, qui
la trouva si singuliere&
si piaisante, qu'il pria le
Gascon de la lui laisser,
afin qu'il la montrât à
sa niece, & à ses proches
parens , qui s'en divertirent
en perfection avec
tous leurs amis: on ne
parla pendant plus d'un
mois dans Marseille que
de la lettre du pere Gascon,
que tout le monde
voulut voir &C copier;
on en parloit au fils avec
des éloges pour sa belle
famille, & pour toutes
les grandes demandes
qu'elle faisoit à Messieurs
de Braquenage. LeGascon
recevoit tout ce quon
lui disoit comme
choses qui lui eussent
esté fort deuës, & quoiqu'on
sçust qu'il n'estoit
que le fils d'un petit
marchand de drap, on
le traittoit ~néanmoins
en homme de qualité,
& avec des maniérés qui
acheverent de lui gâter
l'esprit : mais le peintre,
qui le recevoit toûjours
gracieusement, & qui
l'arrestoitquelquefois à
souper, se trouva embarrassé
dans le dénoue..
ment du pretendu mariage
de sa niece, que le
Gascon disoit en confidence
à tout le monde ne
dépendre plus que de
lui, d'autant qu'il avoic
mis la Demoiselle sur le
pied de le traiter autant
bien qu'it pouvoitl'esperer
d'une personne à
qui il feroit sa fortune,
& qui recevroitde grads
honneurs de son allince;
on redisoit à l'oncle &
à la niece les sotises ÔC
toutes les gasconades
qu'imaginoit de jour en
jour le pretendu futur;
& comme la matière en
étoit delicate, & extravagament
mise en oeuvre
par le Gascon, on
crut qu'il étoit necessaire
de finir cette comedie.
L'oncle pour y
parvenir ménagea un entretien
seul à seul avec
l'amant àquiilfit confidence
d'un bruit qui
couroit de sa niece, non
pas qu'il le crustcapable
d'un pareil attentat:mais
bien un Gentil-homme
que sa niece écoutoit
trop favorablement depuis
prés de deux ans.
LeGascon qui avoit toutes
les preuves de sa
continence avec laniece
du Peintre,se mordit le
doigt au recit de cette
confidence, & neanmoins
aprés un moment
de reflexion il se jetta
aux pieds de l'oncle en
le conjurant de ne pas
aprofondir un mystere
amoureux; le Gascon
s'imagina apparemment
que la niece mourant
d'envie de l'épouser auroit
eu l'adressede faire
courir ce faux bruit, &
il continua de supplier
l'oncle de ne point faire
d'éclat pour une bagatelle
: mais l'oncle, qui
avec une pareille fuposition
ne trouva point
l'interessé Gascon dégouté
de sa niecc, prit sur
le champ le parti de lui
défendrel'entrée de sa
maison, en lui disant
qu'il étoit resolu de laisfer
époufer à sa niece le
Gentil-homme dontelle
estoit en-testéè. Le Gascon
ne se tint pas pour
irrevocablement rcfufé,
& parut dés le lendemain
chez le peintre à
l'heure de son souper,
il se mit à table sans en
estre prié,&buteffron.
tement à la santé de la
belle qui ne pouvoit
plus S'ên dédire;la niece
qui étoit trés-sage sortit
de table dés qu'elle eut
entendu ce compliment,
& l'oncle, pour ôter abfolument
au Gascon
toutes ses folles pretentions,
le fit inviter dés
le lendemain à souper
chez lui, où il pria deux
de les amis de le venir
seconder pour mieux
jouër sa piece 5 illeur en
fit considence, & leur
dit qu'ils ne feroient
qu'imiter ce qu'on avoit
fait à Paris depuis trois
mois à l' homme verd.
On convint que la niece
ne feroit point du souper,
pour être en état de
parler gayment & à
coeur ouvert de ce que
le Gascon pretendoits'êtrepassé
entre elle & lui;
on se mit à table à l'heure
convenue, 84 on y
tint des propos à mettre
l'imagination du Gascon
en campagne > on lui
porta coup sur coup la
sante de sa maîtresse, &C
dés qu'on le vit pris de
vin, on lui en donna de
préparé dont l'effet fut
d'assoupir ses sens de
telle maniéré qu'on le
coucha sur un lit de repos,
où ilnesetouvient
point d'avoir été mis,ni
d'avoir été porté chez
lui, après qu'on lui eut
peint tout le visage en
rouge couleur de masque
de furie. Ne voila
que deux couleursusées
pour des amans importuns
& indiscrets
t &
tous ceux qui leur ressemblent
meritent au
moins de pareils traitemens.
Cetteavanture m'aété
envoyée par M. l¥-.¥¥
Fermer
Résumé : L'HOMME ROUGE. Nouvelle Metamorphose.
Le texte présente deux anecdotes distinctes. La première raconte l'histoire d'un homme qui se teint en vert pour se débarrasser d'un importun. Après s'être lavé et frotté quotidiennement, il parvient à retrouver une couleur de peau plus naturelle, bien que quelques nuances vertes subsistent encore. La seconde anecdote met en scène un jeune Gascon, peintre ambitieux, qui arrive à Marseille dans l'espoir d'épouser une jeune femme riche et belle, élevée par son oncle. Malgré les préjugés des Provençaux contre les Gascons, le jeune homme insiste sur sa richesse et sa noblesse. L'oncle, amusé par les récits romantiques du Gascon, ne le contredit pas et laisse croire que le mariage est possible. Encouragé, le Gascon écrit à son père pour obtenir son consentement. La réponse du père, exagérant la richesse et la noblesse de la famille, est communiquée à l'oncle et à la nièce, qui s'en divertissent. Flatté, le Gascon se comporte de plus en plus arrogamment. Pour mettre fin à cette situation, l'oncle organise un souper où il invite des amis pour jouer une pièce similaire à celle jouée à Paris contre l'homme vert. Lors du souper, ils font boire au Gascon du vin préparé qui l'endort. Pendant son sommeil, ils lui peignent le visage en rouge. À son réveil, le Gascon ne comprend pas ce qui lui est arrivé et est ainsi dissuadé de poursuivre ses avances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
82
p. 133-144
MARIAGE.
Début :
Le 6. de ce mois M. le Comte du Brossay [...]
Mots clefs :
Mariage, Comte du Brossay, Fille naturelle, Duc de Bretagne, Barons de Montmartin, Députation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
JldARiAGE,
Le6.de cemoisM. le
Comte du Brossay ,frere
de M. le Marquis du Brosfay!
yéppufsLau châteaude
_Mau,ryo Madame la Mi rjqujfç 4eIfCh.ainelaye, de
lamaison de Sacour-Beldfoerrirere.
Elle étqit veuve Roumilly,MarquisdelaÇbaiiIP4c,
Gou.
verneur deFougerres, 6c estmereduMarquis de cc
moiselleRanchein,&
de
Madame la Duchesse de
Gévres.
-
M.le Comte duBrossay
s'appelleJoseph-Joachim
du Maz, maison trés-noble
très-ancienne sortie de
cellede Matsellon,quidans
tous les temps s'est distinguée
;
&sans entreprendre
den faire la genealogie,
je dirayfeulement que fous
les Ducs de Bourgogne elle
a donné un Jacques du Maz
grand Etendard de ce Duché,
dont les actions font
-écrites dans plusieurs histoires;
Ce fut lefils, de ce Jacques
qui ayant été envoyé
ambassadeur au Duc de
Bretagne par le Duc de
Bourgogne, quitta quelque
tems après le service
de ce Duc pour celui du
premier, qui le voulant établir
en Bretagne, le maria
à sa fille naturelle nommée
Madame de Baucours. Le
contrat qu'on garde dans
cette maison est trop singulier
pour nêtre pas mis
ici.
Je baille imd filleJeanne
U Terre & Seigneurie d
Broufiajy y gravée
,
à bonne
condition que je pourrons
quand je voudrons y hétreZ
{? hebergeZenpiesance.Depuis
ce temps cette maison
a eu de grandes alliances en
iBrctagne.
Ilya plus de cinq cens
ans qu'unGuyondeLaval-
Monmorency, dont la femme
étoit de la maison de
Matfellon
j te parconseqiUent
:partide. celle du
Mz) faisantson testament
pour partir pour la Terre
^ntCyii^Upue pour en êbe
lescxçcuceursl'Evê» s que
que de Rennes, l'Abbé
de Clermont prés Laval,
& Raoul du Maz & Geoffroy
de Monburchier
qualifiez désce , temps de
Chevaliers.
Cette maison, originaire
d'Anjou, y a long-tems
possedé la Terre de Durtal,
tombée à present dans
celle de Messieurs de la
Rochefoucault & celle de
la Vesousiere , ou dans le
bourg de Boirre. Leurs anciens
tombeaux y sont encore.
Le dernier qui fut
Seigneur de ces Terres étoit
Evêque de DolJ»t:ro
Sous Louis onze Jean
du Maz étoit Grand Maître
des. Eaux & Forêts de
France
,
Charge crés.,.confiderable
dans ce tempslà.
Cette maison a eu deux
branches en Bretagne;celle
de l'aîné, qui est celle du
Brossay.
Et celle des Barons de
Montmartin,Comte de
-
Terchands. Cette derniere
est distinguée, puis qu'ils
étoient Gouverneurs de
Vittray fous les Ducsde
Bretagne; Gouvernement
qu'ils rendirent quand cette
Terre tomba aux Ducs de
la Tremoille.
Les Comtes de Terchands
étoient Gentilshommes
de la Chambre
fous François Premier, & laBretagne honora Jean
du Maz de sa deputation
,
avec un de la maison de
Guemadeve, aux Estats generaux
de Blois.
, Depuis ils ont eu les
mêmes Charges fous Henry
quatre ,
qui les honoroit
si fort de ses bontez
) -
qu'on y conserveencore
des lettres de ce grand
Roy, dont l'intitulé estde sa
main en ces termesPourmon
amile BarondeMontmartin.
Cette maison a été de tous
les tems si attachée au Roy,
quesa devise est, Crains
Dieu,honore le Roy. Cequi
se voit encore écrit au château
de Terchands dans
tous les endroits les plus
remarquables.
Cette branche est finie;
la derniere femme de cette
maison étoit Elisabeth - de
Baumanoir. Lavardin, qui
il.eut que des filles, l'aînée
desquelles fut mariée à M.
le Comte de Marcé
)
de la
maison, de Goujon de la
Moussaye.
La seconde à M.le Comte
de Dussé Montgommery
y
dont étoit fille MadamelaComtesse
de Quinlin
, depuis Madame la
.CIonlteùè de Mortagne.
Il ne restedonc plus que
celledu Brossay, & sans
parler d'avantage, je irai
feulement que René du
Maz, ayeul de Messieursdu
BrofTayd'aujourd'iiui^mou;
rut Maréchal de Camp
après avoir été envoyé de la»
Reine Mcre en Angleterre,
où il étoit lorsque Charles
premier eut le cou coupé;
& avoit épousé Gillone de
la Marfelliere, fille de François
Marquis de ce nom, & de Françoised'Harcour,
soeur de M. le Marquis de
Beuvron, Gouverneur de
Rouën. l ',. Elle épousa en secondes
noces M. le Ducde Bouillon-
la-Marcq. Elle avoir
trois filles. L'aînée épousa
le Marquis de Coesquin,
la seconde le Marquis du
Brossay, dont nous parlons
; & la troisiéme le
Marquis du Bellay, & en
secondes noces M. le Presidentde
Thou,âmbaflàdeur
en Hollande.
René du Mazeut de
Gilonnede la Marselliere
Charlesdu Maz, qui épousaHelene
du Guesclin, de
la maison de(Bertranddu
GuesclinConnêtable sie
France,dont sont nez Monsieur,
le Marquis du Brossay
,quiaépousé Marie-
Yolande de la Baume de
la Valiere; & M.leComte
du Brossay, dont on vient
de parler. Leurs grandes
alliances, qui les font appartenir
àMessieurs d'Harcour,
de Matignon, de
Rieux &autres,ic le rang
queleur maisonatoujours
tcnuJeiïllreoagne, où les
Estats les onthonorez tant
de fois de leurs grandes
deputations , ne doivent
paspermettreàpersonne
d'en parlerautrement
Le6.de cemoisM. le
Comte du Brossay ,frere
de M. le Marquis du Brosfay!
yéppufsLau châteaude
_Mau,ryo Madame la Mi rjqujfç 4eIfCh.ainelaye, de
lamaison de Sacour-Beldfoerrirere.
Elle étqit veuve Roumilly,MarquisdelaÇbaiiIP4c,
Gou.
verneur deFougerres, 6c estmereduMarquis de cc
moiselleRanchein,&
de
Madame la Duchesse de
Gévres.
-
M.le Comte duBrossay
s'appelleJoseph-Joachim
du Maz, maison trés-noble
très-ancienne sortie de
cellede Matsellon,quidans
tous les temps s'est distinguée
;
&sans entreprendre
den faire la genealogie,
je dirayfeulement que fous
les Ducs de Bourgogne elle
a donné un Jacques du Maz
grand Etendard de ce Duché,
dont les actions font
-écrites dans plusieurs histoires;
Ce fut lefils, de ce Jacques
qui ayant été envoyé
ambassadeur au Duc de
Bretagne par le Duc de
Bourgogne, quitta quelque
tems après le service
de ce Duc pour celui du
premier, qui le voulant établir
en Bretagne, le maria
à sa fille naturelle nommée
Madame de Baucours. Le
contrat qu'on garde dans
cette maison est trop singulier
pour nêtre pas mis
ici.
Je baille imd filleJeanne
U Terre & Seigneurie d
Broufiajy y gravée
,
à bonne
condition que je pourrons
quand je voudrons y hétreZ
{? hebergeZenpiesance.Depuis
ce temps cette maison
a eu de grandes alliances en
iBrctagne.
Ilya plus de cinq cens
ans qu'unGuyondeLaval-
Monmorency, dont la femme
étoit de la maison de
Matfellon
j te parconseqiUent
:partide. celle du
Mz) faisantson testament
pour partir pour la Terre
^ntCyii^Upue pour en êbe
lescxçcuceursl'Evê» s que
que de Rennes, l'Abbé
de Clermont prés Laval,
& Raoul du Maz & Geoffroy
de Monburchier
qualifiez désce , temps de
Chevaliers.
Cette maison, originaire
d'Anjou, y a long-tems
possedé la Terre de Durtal,
tombée à present dans
celle de Messieurs de la
Rochefoucault & celle de
la Vesousiere , ou dans le
bourg de Boirre. Leurs anciens
tombeaux y sont encore.
Le dernier qui fut
Seigneur de ces Terres étoit
Evêque de DolJ»t:ro
Sous Louis onze Jean
du Maz étoit Grand Maître
des. Eaux & Forêts de
France
,
Charge crés.,.confiderable
dans ce tempslà.
Cette maison a eu deux
branches en Bretagne;celle
de l'aîné, qui est celle du
Brossay.
Et celle des Barons de
Montmartin,Comte de
-
Terchands. Cette derniere
est distinguée, puis qu'ils
étoient Gouverneurs de
Vittray fous les Ducsde
Bretagne; Gouvernement
qu'ils rendirent quand cette
Terre tomba aux Ducs de
la Tremoille.
Les Comtes de Terchands
étoient Gentilshommes
de la Chambre
fous François Premier, & laBretagne honora Jean
du Maz de sa deputation
,
avec un de la maison de
Guemadeve, aux Estats generaux
de Blois.
, Depuis ils ont eu les
mêmes Charges fous Henry
quatre ,
qui les honoroit
si fort de ses bontez
) -
qu'on y conserveencore
des lettres de ce grand
Roy, dont l'intitulé estde sa
main en ces termesPourmon
amile BarondeMontmartin.
Cette maison a été de tous
les tems si attachée au Roy,
quesa devise est, Crains
Dieu,honore le Roy. Cequi
se voit encore écrit au château
de Terchands dans
tous les endroits les plus
remarquables.
Cette branche est finie;
la derniere femme de cette
maison étoit Elisabeth - de
Baumanoir. Lavardin, qui
il.eut que des filles, l'aînée
desquelles fut mariée à M.
le Comte de Marcé
)
de la
maison, de Goujon de la
Moussaye.
La seconde à M.le Comte
de Dussé Montgommery
y
dont étoit fille MadamelaComtesse
de Quinlin
, depuis Madame la
.CIonlteùè de Mortagne.
Il ne restedonc plus que
celledu Brossay, & sans
parler d'avantage, je irai
feulement que René du
Maz, ayeul de Messieursdu
BrofTayd'aujourd'iiui^mou;
rut Maréchal de Camp
après avoir été envoyé de la»
Reine Mcre en Angleterre,
où il étoit lorsque Charles
premier eut le cou coupé;
& avoit épousé Gillone de
la Marfelliere, fille de François
Marquis de ce nom, & de Françoised'Harcour,
soeur de M. le Marquis de
Beuvron, Gouverneur de
Rouën. l ',. Elle épousa en secondes
noces M. le Ducde Bouillon-
la-Marcq. Elle avoir
trois filles. L'aînée épousa
le Marquis de Coesquin,
la seconde le Marquis du
Brossay, dont nous parlons
; & la troisiéme le
Marquis du Bellay, & en
secondes noces M. le Presidentde
Thou,âmbaflàdeur
en Hollande.
René du Mazeut de
Gilonnede la Marselliere
Charlesdu Maz, qui épousaHelene
du Guesclin, de
la maison de(Bertranddu
GuesclinConnêtable sie
France,dont sont nez Monsieur,
le Marquis du Brossay
,quiaépousé Marie-
Yolande de la Baume de
la Valiere; & M.leComte
du Brossay, dont on vient
de parler. Leurs grandes
alliances, qui les font appartenir
àMessieurs d'Harcour,
de Matignon, de
Rieux &autres,ic le rang
queleur maisonatoujours
tcnuJeiïllreoagne, où les
Estats les onthonorez tant
de fois de leurs grandes
deputations , ne doivent
paspermettreàpersonne
d'en parlerautrement
Fermer
Résumé : MARIAGE.
Le document présente la famille du Comte du Brossay, Joseph-Joachim du Maz, issue d'une maison noble et ancienne d'Anjou. La famille du Maz a joué des rôles significatifs dans l'histoire, notamment en Bourgogne et en Bretagne. Jacques du Maz, ancêtre de Joseph-Joachim, fut grand Etendard du Duché de Bourgogne. Son fils devint ambassadeur et se maria à une fille naturelle du Duc de Bretagne. La maison du Maz a établi de grandes alliances en Bretagne, notamment avec la famille Laval-Monmorency. Elle a possédé des terres comme Durtal, actuellement dans les domaines de la Rochefoucault et de la Vesousiere. Jean du Maz fut Grand Maître des Eaux et Forêts sous Louis XI. La famille a eu deux branches en Bretagne : celle du Brossay et celle des Barons de Montmartin, gouverneurs de Vitre sous les Ducs de Bretagne. Les Comtes de Terchands étaient Gentilshommes de la Chambre sous François Ier et Henri IV. La devise de la maison est 'Crains Dieu, honore le Roy'. La branche des Barons de Montmartin s'est éteinte avec Elisabeth de Baumanoir. René du Maz, aïeul des Comtes du Brossay actuels, fut Maréchal de Camp et épousa Gillone de la Marfelliere. Leur fils Charles du Maz épousa Hélène du Guesclin, issue de la maison de Bertrand du Guesclin. Les Comtes du Brossay ont des alliances prestigieuses, notamment avec les familles d'Harcour, de Matignon et de Rieux, et ont été honorés par les États de Bretagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
83
p. 173-206
LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
Début :
On ne voit point de si pestite Beste, [...]
Mots clefs :
Fable, Verluisant, Abeille, Amour, Nature, Musique, Rejet , Morale, Mariage, Ver
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
LE VERLVISANT,
L'ABEILLE,
ET LE V E R-A-S O Y E.
FABLE.
On ne
voit point de si
-~ petite Beste, ;: ~S
Qui dans sa jeune,ou sa vieillefaison, I
Ne se mette l'amour, en
P' , ~i teste.i H
Et qui ne croye encor le
,' faire avecraison. A
Ce que je dis estveritable,
La preuve en est dans cette
table.
Sous le pied d'une Ruche
un certain Verluisant
Logeoit; & ce Logis estoit
assez plaisant.
Nostre bonne Mere NaLturc,
Soit à dessein, foit par hazard
* De ses faveurs au Vers ajvoit
fait bonne part.
Il
,
trouvoit. pour sa
*
nour- ~-xiture*i: ')
A quatre pas dequoy inan.
; geravec plaisïr '., - l*
Herbe seche
,
Herbe fraîche
, il n'avoit qu'à
choisir
S'il en vouloir faire pâture,
Tout alloit sélon son desir.
Mais helas ! du moment
--
f ..: :.
qu'on,aime ,'. -;:
A moins que ce ne soit par
un bonheur extrême,.r.
Il faut se réfoudreàiou ffrir.
L'Amour est unvray crou- :ble-£este,••
Des Hommes en ont pu
:., mourir; ; i Voyons comme ihtraita
une beste.
Dans la Ruche, lieu propre
& très- bien habité,
Entre plusieurs, logeoit
certaine jeune Abeille,
Dont lecoeur à l'amour estoit
assez porté.
Ce n'estoit pas grande merveille
A cette passion le Sexe fé.
,'r- minin
Est enclin,-
Autant & plus que ness le
masculin.
Ajoutez que le voisinage
Donnant les moyens de Ce
: voir
Matin <3e soit,
Insensiblement on s'engage.
Venons au Ver. Il avoic de
l'esprit
Il n'estoit rien de beau, ny
de bon, qu'il n'apprît>
Aussi jamais n'avoit on veu
Reprile
En belles qualitez aucanc
que iuy fertile.
il dançoit & chantoit fore
agréablement
;
Mais ce que l'on trouvoie
de rare,
Et dans un Ver qui l'est a£
surément,
C'estqu'iljoüoit dela Guitare
Panablemenr.
Enfin pour la galanterie
Il avoit un si beau talent,
Qu'en Prose cpmme en
,'. Poësie,,
Cestoit un Aucheur excellent.
Quvrage en Vers , Bitlejr*
& Lettre,
Le tout estant de sa façon,
On n'y trouvoit plus rien
-; n' • a mettre :
Et Voirureencomparaiso.ln,
<
Auroit auprès de luy passé
pour un Oyso1n.
Voila le Ver. Quant à
l'Abeille,
Et pour l'esprit, & pour le
corps,
De la Nature elle eut les
plus riches trésors.
Du Monde ellepassoit pour
huitième Merveille,
Ellejoüitdu Clavessin,
Elle avoir appris WMusi-j
v que, ;>
Parloit Italien, &-' mesme
un peuLatin.
Sa mémoire estoit angéli-
.que,-/
?
';!:-j
Aussi l'exerçoit-elle avec
juste raison.
Elle lisoit la Fable,elle lisoit
l'Histoire,
Elle lisoit, cela se peut-il
croire?
Jusques aux Livresde Blazon.
S'il faut parler de sa personne
,
Quoyqu'elle eust assez
- d'embonpoint,
Sa
-
mtaiillge nestooisngranndee &,
Et le bon air n'y manquoit
",. :',':' point. -.. ,-:
Au reste,c'écoituneBlonde,
Dont le teint blanc, frais,
,
& poly,
L'eust fait seul passer dans
le monde
Pour l'Objet le plus accomply.
Cependant malgré tous
ces charmes,
L'Histoire dit que nostre
Verluifant
Eust bravé son pouvoir, s'il
n'eust rendu les armes
Au regard tendre & languissant,
Dont ( quand il plaisoit à la
Dame) Le coeur le plus glacé se
sentoittouten flaâmmee..
C'est en vain qu'on voudroit
resister à l'Amour.
Tortoutard ,
quoyqu'on
fasse, ilest Maistre à son
- tour.
Ce petit Dieu
,
de toute :/i!:: chosè- En ce monde à son grédispcrfe.
L'Abeille est amoureuse,&
leVer amoureux,
Sans que cependant tous
les deux
De leur trou ble secret sçachent
d'abord la cause ;
Mais comme en eux ce
trouble est tous les jours
plus grand
,
L'un &l'autre bientostl'ap-
,
prend.
LeVerestenhumeur chagriné,
Quand il ne voit pas favoisine
;
Et del'Abeille lechagrin
C'est de ne point voirson Voisin.
Quesi quelque doux te steàteste
Se rencontre pour nos A- mans,
Ils ne font que trop voir
dans cesheureux momens
Que l'un de l'autre est la
conqueste.
En mille & mille occasions
Que leur donnoïclafoli-.
tude,
Sans soucy
,
sans inquiétude,
Satisfaisant leurs payions,,
Ils passerent deuxans dans
ce doux badinage.
Mais à la fin eslans surpris,
Il fallut que le Versortist
duvoisinage.
C'estoir le seul moyen- de
dissiperl'ombrage -
Que les Parens de l'Abeille
avoienc pris.
Tout d'un coup il plia bagage,
Et
Et crut àfranchement:par-
-
ler,
Qu'afin de fauter mieux,il alloitreculer.
C'estoitagir en Ver tressage;
Mais par malheur, le pau-
.< vreDiablealla
Pis que de CaribdeenSylla.
,
Comme il ne voyoit plus
qu'une fois la semaine,'.::
Encarincognito,toujours
mesmeavecpeiné,
L-'objetde ses tcadr£$rar mours. ; >
°,r-
Luy quipouvoit le voir autrefoistous
les jours 1
Par un revers en tel cas or-
A mesure qu'il futmoins Veu, -
,}
( Qui de l'Abeille l'auroit
A ) J. -
A mesure il cessa deplaire.
De plus, Dame Avarice
;-""Y" vint mettredusien,
Elle qui tous lesjours: de
etant de maux-c
Les Parens
-
del'Abeille .Lvoietbeaucoupde
Bien è]
Et ceux duGalant n'a-
-r-.r.l'Oi'yûticvnt•'ntn-jr,p ''L
Q(I tourau plus si peu de
chose
Que jen'ose
Là-dessus seulement sous-
Ecdevouloirlesaccoupler
Ec devouloir les accoupler,
Lecoup paroissoit impossible-
A l'Abeille on ditbien&
-
beau,:
(
Qu'ondoimeroit sur lemu-
-4 i
seau,
Si plusau Verluisanton la
:., :-Noÿoit fenCble;
Quenfin elle devoir avoir
Sur.sarichesse un autre esi,
poir,
Puisque leMielpouvoir làmettre
enl'alliance
Du plus riche Animal de
France. »'i I
Fy d'un Ver, disoit-on,qui
napour tout vaillant
Qu'une etincelle de brillant.
Or donc parheureuse.
rencontre,
A nostreVerluifantunjour
L'inconstante Abeille se
moncre. :,
Il luy parla d'abord de son
amour.
Elle recoure sans repondre.
Questce donc qui peut vous
confondre,
Luy dit ce Ver,luy-mesme
confondu
De ce qu'à ses propos elle
n'arépon d u?
Ay je quelque Rival à craindre
?
Non de cela, dit elle, il ne
fautpasvous plaindre; ',"
Si l'airfroid dont J'agis fait
vostre estonnement,
Je m'en vaisvous contersans feindre,
Ce qui causece changement.
Tous mes Parens
, ne vous
:
déplaiseT
SortiGensquisontfort à leur*
aise.
Et lesyoftrpjs3,mvm.vçuil
enseriezlefin,
N'ont pasun semblable destin.
Il est vrayquevous eKr
, (7
moychétive Abeille, >v--V
Nostrecondition si trouve ast
,
sezpareille.
Mais onnecomptepointsur
cettif-éXae. ; Dans laplupart des Maria.
ges ; Etce qui les fautchez les Sages,
Ce n'estquelaréalité --,
Ergo. Parmes
Biensseulsestantrecommandable,
Je dois fairechoixd' un Party
que vd.M Wtfâïfar
table*
Mes Parens à nos feux n'ont
jamaisconsenty.
Ainsicherchez une Maistresse
Quiveuille bien recevoiren
payement
V..ps douceurs& vopre ten- Ànjjf-:
Jy renonce, & dés ce moment
Jelésseavosdpftrfilibertétçttte
entiere
,
Dese donnerailleurscarriere.
L'Abetil^difp.arçi(t vkVer
au desespoir
A tout cela qu'eust-il pû
dire?
Si vous desurezJesçavoir,
Il est dans ceRondeau, vous
n'avez qu'à le lire.
Un tendre coeur fait tout
mon bien;
Et pour n'avoir que cesoustien;
Jeseraytoujoursmiserable;
Car dans ce temps abominable,
On regarde un Gueux comme
un Chien.
• Des amitiez le seul lien,
Argent
,
bel argent, cejl le
tien;
Etsanstoyl'onenvoyeau
-
,
Un.-:Dia£/e tendre coeur.
Tay mon sort, chacun à le
,::. ; :'
,
:-:, sien , Mais
Mais en est-ilcomme le mien?
En est-il d'aussu deplorable ?
Non,non,jesuisinconsolable,
Si l'Abeillecompte pour rien
Vn tendre coeur.
Pendant qu'ainsi nostre
Vermoralise,
L'Abeille sans s'en soucier,
Prend sonessorjusque sur
un Meurier,
Où si-tost qu'elle se suc
n1ise)
Ses yeux d'un ver-à foye
attaquent la franchise.
(Sur ces Arbres tousjours
,.
Ver-àsoye esterrant. )*
Ce Ver la voit, l'aborde,
& dit en son langage,
Aprés l'humble salut que
l'Abeille luy rend;
A veniren ces lieux quelsujet
vous engage?
Vous n'y trouverez point de Fleur,
? Mais en récompense mon cteu-Y
Vient s'offrir à vostre pillage.
Pour vous il est sans aucun
fiel,
Vous en pourriez faire du
Miel;
Belle Abeille,daignezleprendre.
Nostre Abeille sans plus attendre,
Aprés un regard des plus
doux,
Luy dit, Tout de bon, m'aimez-
vous ?
A peine encor m'avez - vous
veuë ;
Et cependant, sivous quittez
ces lieux;
Répond le Ver,vostreabsence
me tuë
, Je ne puis vivreesloigné de
vos jeux.
Je ne sçaurois aussi sans défiance
Croire , un amoursi prompt, si
plein de violence,
Repartl'Abeille au Ver.
; Mais en cas que demain
Vous yresserntieez pareille m.Lar-
Vousviendrez chez,moy me le
dire
y Et vous n'yvviaendirnez p.as en
jidtf'u, beau Ver,je me
retire.
..-"" r'
Quandl'Abeille esten sa
Maison
, .', Ellesonge à sonavanture,
Èt par leSiecle d'or en soymesme
elle jure
Qu'elle fera tres prompte
1
guérison
De la blessure
,
Qu'au coeur du Ver-à soye
ont fait ses doux appas,
Si l'Animal porte les pas
Le lendemain du costé de
la Ruc he.
Quoy,jiii-n-rûistt-igueuxde
Verluisant, Disoit elleenreste hiffanc>
Ilfl!tj¡OÚ rjM'r je fasseCrache.
Vivent mes nouvelles amours
Ah, quellejoye !
Jevais coulerle reste de mes
jours
Et dans le miel
, & dans la
soye.
Elle passa la nuit à raisonnerainsi;
Et des le grand marin elle
n'eut desoucy
Que de demeurer sur sa
Porte,
Croyant de moment en
moment
Qu'il faut que le bon vent
y porte
LebeauVer
,
son nouvel
-
Amant, Il en arriva d'autre sorte,
Pour elle c'estoit temps
perdu.
Son Ver-à soye étoit dodu,
Et marchoit lentement,suivy
de l'équipage
Qu'un Ver semblable à luy
méne à son Mariage.
Le Rendez-vous estoitun
Rendez-vous d'amour;
Mais pour faire un pareil
voyage, Au pesant Ver-à-soye ilfalloit
plus d'un jour.
Quoyqu'il en fust,voicyla
triste destinée
Qu'autour delaRuchetraînoit
Le pauvre Verluisant. Son
ame abandonnée
Au plus mortel chagrin
sans ccèe examinoit
Par où pouvoir adoucir
l'Inhumaine.
Sur Je feüil dela Ruche il
la surprit le soir.
Elle n'estoit pas là sans
doute pour le voir.
J\I*aure^-rusMpoint pitié, luy.
dit il, de ma peine?
Je vous aime tousjours, &..
vousnem'aimezplus
Ingrate, insensible , insidelle,
Que dites-vousune flâmesi
belle?
Messoûpirs si conjlansferont-
-
ilssuperstus?
Enfin, tout de bon, dois-je
croire
v
Que contre rno) vous soyezen
courroux,
Et que vous perdiez la mémoire
De tout ce que l'Amour m'a
faitfaire pour vous ?
Vil Animal
,
Infecte teméraire,
Qu'a'Vez vousfaitqu'envous
trompant
Répond l'Abeill3e, & que
pouviez vous faire ?
Ce que j'ayfait, dit le Ver
en rampant ? Je m'en vay vous l'apprendre,
Abeilie trop légere.
J'ay fait, nonsans de grands
travaux ,
Pour vous conter mes doleances
Messoins, mes soucis, mesfouf
frances, -
Tous les joursmille Vers nouveaux.
J'ayfait cent t7 cent Madrigaux
Sur la moindre de vos absences;
J'ay fait des Odes & des
Stances,
Chansons
,
Triolets, & Rondeaux.
J'ay fait pour vous des Epigrammes
)
Et mesme quelquesAnagrammes
y Le tout d'unstile pur & net.
Et s'il eust esté necessaire
, J'avoistelle ardeur de VOUA plaire,
Que jcujje esté jusqu'au Sonnet.
De tout cela je vous tiens
peu de compte,
Répond l'Abeille, & je
mourrois de honte,
Si javois de l'attachement
Pour un Amant
Dontleplussolide merite
Consiste en beaux discours; dés
mes plus jeunes ans
On m'offusquoit de cetEncens.
JaimeAujourd'huy celuy de la
Marmite.
Elle rentre en sa Ruche, en
disantce beau mot.
Aussi le Verluisantestoit-il
un grand sot,
D'oseraspireràla proye,
Que fuivanc les regles du
temps
Doit attraperle riche Verà
soye.
Qu'il soit donc sage à fcs
dépens,
Et secontente d'une Mouche
>
Qui n'aura comme luy,
que l'esprit & la bouc he,
Il passera par là pour un
Ver de bon sens.
,.J'ay prétendu qu'en cet- te Fable,
Pour que lque Amant peutéstre
Histoireverita ble,
Et les Filles, &les Garçons,
Trouveroient de bonnes
leçons.
Les unes sur l'obéïssance
Que rend l'Abeille aux
droits de la naissance,
Profiteront en la lisant;
Et les autres sujetsàl'aveugle
tendresse,
Quand ils voudront choisir
uneMaistresse,
Consulteront leVerluisant;
Il sçait dans l'amoureuse affaire
Comme est punile Temeraire.
L'ABEILLE,
ET LE V E R-A-S O Y E.
FABLE.
On ne
voit point de si
-~ petite Beste, ;: ~S
Qui dans sa jeune,ou sa vieillefaison, I
Ne se mette l'amour, en
P' , ~i teste.i H
Et qui ne croye encor le
,' faire avecraison. A
Ce que je dis estveritable,
La preuve en est dans cette
table.
Sous le pied d'une Ruche
un certain Verluisant
Logeoit; & ce Logis estoit
assez plaisant.
Nostre bonne Mere NaLturc,
Soit à dessein, foit par hazard
* De ses faveurs au Vers ajvoit
fait bonne part.
Il
,
trouvoit. pour sa
*
nour- ~-xiture*i: ')
A quatre pas dequoy inan.
; geravec plaisïr '., - l*
Herbe seche
,
Herbe fraîche
, il n'avoit qu'à
choisir
S'il en vouloir faire pâture,
Tout alloit sélon son desir.
Mais helas ! du moment
--
f ..: :.
qu'on,aime ,'. -;:
A moins que ce ne soit par
un bonheur extrême,.r.
Il faut se réfoudreàiou ffrir.
L'Amour est unvray crou- :ble-£este,••
Des Hommes en ont pu
:., mourir; ; i Voyons comme ihtraita
une beste.
Dans la Ruche, lieu propre
& très- bien habité,
Entre plusieurs, logeoit
certaine jeune Abeille,
Dont lecoeur à l'amour estoit
assez porté.
Ce n'estoit pas grande merveille
A cette passion le Sexe fé.
,'r- minin
Est enclin,-
Autant & plus que ness le
masculin.
Ajoutez que le voisinage
Donnant les moyens de Ce
: voir
Matin <3e soit,
Insensiblement on s'engage.
Venons au Ver. Il avoic de
l'esprit
Il n'estoit rien de beau, ny
de bon, qu'il n'apprît>
Aussi jamais n'avoit on veu
Reprile
En belles qualitez aucanc
que iuy fertile.
il dançoit & chantoit fore
agréablement
;
Mais ce que l'on trouvoie
de rare,
Et dans un Ver qui l'est a£
surément,
C'estqu'iljoüoit dela Guitare
Panablemenr.
Enfin pour la galanterie
Il avoit un si beau talent,
Qu'en Prose cpmme en
,'. Poësie,,
Cestoit un Aucheur excellent.
Quvrage en Vers , Bitlejr*
& Lettre,
Le tout estant de sa façon,
On n'y trouvoit plus rien
-; n' • a mettre :
Et Voirureencomparaiso.ln,
<
Auroit auprès de luy passé
pour un Oyso1n.
Voila le Ver. Quant à
l'Abeille,
Et pour l'esprit, & pour le
corps,
De la Nature elle eut les
plus riches trésors.
Du Monde ellepassoit pour
huitième Merveille,
Ellejoüitdu Clavessin,
Elle avoir appris WMusi-j
v que, ;>
Parloit Italien, &-' mesme
un peuLatin.
Sa mémoire estoit angéli-
.que,-/
?
';!:-j
Aussi l'exerçoit-elle avec
juste raison.
Elle lisoit la Fable,elle lisoit
l'Histoire,
Elle lisoit, cela se peut-il
croire?
Jusques aux Livresde Blazon.
S'il faut parler de sa personne
,
Quoyqu'elle eust assez
- d'embonpoint,
Sa
-
mtaiillge nestooisngranndee &,
Et le bon air n'y manquoit
",. :',':' point. -.. ,-:
Au reste,c'écoituneBlonde,
Dont le teint blanc, frais,
,
& poly,
L'eust fait seul passer dans
le monde
Pour l'Objet le plus accomply.
Cependant malgré tous
ces charmes,
L'Histoire dit que nostre
Verluifant
Eust bravé son pouvoir, s'il
n'eust rendu les armes
Au regard tendre & languissant,
Dont ( quand il plaisoit à la
Dame) Le coeur le plus glacé se
sentoittouten flaâmmee..
C'est en vain qu'on voudroit
resister à l'Amour.
Tortoutard ,
quoyqu'on
fasse, ilest Maistre à son
- tour.
Ce petit Dieu
,
de toute :/i!:: chosè- En ce monde à son grédispcrfe.
L'Abeille est amoureuse,&
leVer amoureux,
Sans que cependant tous
les deux
De leur trou ble secret sçachent
d'abord la cause ;
Mais comme en eux ce
trouble est tous les jours
plus grand
,
L'un &l'autre bientostl'ap-
,
prend.
LeVerestenhumeur chagriné,
Quand il ne voit pas favoisine
;
Et del'Abeille lechagrin
C'est de ne point voirson Voisin.
Quesi quelque doux te steàteste
Se rencontre pour nos A- mans,
Ils ne font que trop voir
dans cesheureux momens
Que l'un de l'autre est la
conqueste.
En mille & mille occasions
Que leur donnoïclafoli-.
tude,
Sans soucy
,
sans inquiétude,
Satisfaisant leurs payions,,
Ils passerent deuxans dans
ce doux badinage.
Mais à la fin eslans surpris,
Il fallut que le Versortist
duvoisinage.
C'estoir le seul moyen- de
dissiperl'ombrage -
Que les Parens de l'Abeille
avoienc pris.
Tout d'un coup il plia bagage,
Et
Et crut àfranchement:par-
-
ler,
Qu'afin de fauter mieux,il alloitreculer.
C'estoitagir en Ver tressage;
Mais par malheur, le pau-
.< vreDiablealla
Pis que de CaribdeenSylla.
,
Comme il ne voyoit plus
qu'une fois la semaine,'.::
Encarincognito,toujours
mesmeavecpeiné,
L-'objetde ses tcadr£$rar mours. ; >
°,r-
Luy quipouvoit le voir autrefoistous
les jours 1
Par un revers en tel cas or-
A mesure qu'il futmoins Veu, -
,}
( Qui de l'Abeille l'auroit
A ) J. -
A mesure il cessa deplaire.
De plus, Dame Avarice
;-""Y" vint mettredusien,
Elle qui tous lesjours: de
etant de maux-c
Les Parens
-
del'Abeille .Lvoietbeaucoupde
Bien è]
Et ceux duGalant n'a-
-r-.r.l'Oi'yûticvnt•'ntn-jr,p ''L
Q(I tourau plus si peu de
chose
Que jen'ose
Là-dessus seulement sous-
Ecdevouloirlesaccoupler
Ec devouloir les accoupler,
Lecoup paroissoit impossible-
A l'Abeille on ditbien&
-
beau,:
(
Qu'ondoimeroit sur lemu-
-4 i
seau,
Si plusau Verluisanton la
:., :-Noÿoit fenCble;
Quenfin elle devoir avoir
Sur.sarichesse un autre esi,
poir,
Puisque leMielpouvoir làmettre
enl'alliance
Du plus riche Animal de
France. »'i I
Fy d'un Ver, disoit-on,qui
napour tout vaillant
Qu'une etincelle de brillant.
Or donc parheureuse.
rencontre,
A nostreVerluifantunjour
L'inconstante Abeille se
moncre. :,
Il luy parla d'abord de son
amour.
Elle recoure sans repondre.
Questce donc qui peut vous
confondre,
Luy dit ce Ver,luy-mesme
confondu
De ce qu'à ses propos elle
n'arépon d u?
Ay je quelque Rival à craindre
?
Non de cela, dit elle, il ne
fautpasvous plaindre; ',"
Si l'airfroid dont J'agis fait
vostre estonnement,
Je m'en vaisvous contersans feindre,
Ce qui causece changement.
Tous mes Parens
, ne vous
:
déplaiseT
SortiGensquisontfort à leur*
aise.
Et lesyoftrpjs3,mvm.vçuil
enseriezlefin,
N'ont pasun semblable destin.
Il est vrayquevous eKr
, (7
moychétive Abeille, >v--V
Nostrecondition si trouve ast
,
sezpareille.
Mais onnecomptepointsur
cettif-éXae. ; Dans laplupart des Maria.
ges ; Etce qui les fautchez les Sages,
Ce n'estquelaréalité --,
Ergo. Parmes
Biensseulsestantrecommandable,
Je dois fairechoixd' un Party
que vd.M Wtfâïfar
table*
Mes Parens à nos feux n'ont
jamaisconsenty.
Ainsicherchez une Maistresse
Quiveuille bien recevoiren
payement
V..ps douceurs& vopre ten- Ànjjf-:
Jy renonce, & dés ce moment
Jelésseavosdpftrfilibertétçttte
entiere
,
Dese donnerailleurscarriere.
L'Abetil^difp.arçi(t vkVer
au desespoir
A tout cela qu'eust-il pû
dire?
Si vous desurezJesçavoir,
Il est dans ceRondeau, vous
n'avez qu'à le lire.
Un tendre coeur fait tout
mon bien;
Et pour n'avoir que cesoustien;
Jeseraytoujoursmiserable;
Car dans ce temps abominable,
On regarde un Gueux comme
un Chien.
• Des amitiez le seul lien,
Argent
,
bel argent, cejl le
tien;
Etsanstoyl'onenvoyeau
-
,
Un.-:Dia£/e tendre coeur.
Tay mon sort, chacun à le
,::. ; :'
,
:-:, sien , Mais
Mais en est-ilcomme le mien?
En est-il d'aussu deplorable ?
Non,non,jesuisinconsolable,
Si l'Abeillecompte pour rien
Vn tendre coeur.
Pendant qu'ainsi nostre
Vermoralise,
L'Abeille sans s'en soucier,
Prend sonessorjusque sur
un Meurier,
Où si-tost qu'elle se suc
n1ise)
Ses yeux d'un ver-à foye
attaquent la franchise.
(Sur ces Arbres tousjours
,.
Ver-àsoye esterrant. )*
Ce Ver la voit, l'aborde,
& dit en son langage,
Aprés l'humble salut que
l'Abeille luy rend;
A veniren ces lieux quelsujet
vous engage?
Vous n'y trouverez point de Fleur,
? Mais en récompense mon cteu-Y
Vient s'offrir à vostre pillage.
Pour vous il est sans aucun
fiel,
Vous en pourriez faire du
Miel;
Belle Abeille,daignezleprendre.
Nostre Abeille sans plus attendre,
Aprés un regard des plus
doux,
Luy dit, Tout de bon, m'aimez-
vous ?
A peine encor m'avez - vous
veuë ;
Et cependant, sivous quittez
ces lieux;
Répond le Ver,vostreabsence
me tuë
, Je ne puis vivreesloigné de
vos jeux.
Je ne sçaurois aussi sans défiance
Croire , un amoursi prompt, si
plein de violence,
Repartl'Abeille au Ver.
; Mais en cas que demain
Vous yresserntieez pareille m.Lar-
Vousviendrez chez,moy me le
dire
y Et vous n'yvviaendirnez p.as en
jidtf'u, beau Ver,je me
retire.
..-"" r'
Quandl'Abeille esten sa
Maison
, .', Ellesonge à sonavanture,
Èt par leSiecle d'or en soymesme
elle jure
Qu'elle fera tres prompte
1
guérison
De la blessure
,
Qu'au coeur du Ver-à soye
ont fait ses doux appas,
Si l'Animal porte les pas
Le lendemain du costé de
la Ruc he.
Quoy,jiii-n-rûistt-igueuxde
Verluisant, Disoit elleenreste hiffanc>
Ilfl!tj¡OÚ rjM'r je fasseCrache.
Vivent mes nouvelles amours
Ah, quellejoye !
Jevais coulerle reste de mes
jours
Et dans le miel
, & dans la
soye.
Elle passa la nuit à raisonnerainsi;
Et des le grand marin elle
n'eut desoucy
Que de demeurer sur sa
Porte,
Croyant de moment en
moment
Qu'il faut que le bon vent
y porte
LebeauVer
,
son nouvel
-
Amant, Il en arriva d'autre sorte,
Pour elle c'estoit temps
perdu.
Son Ver-à soye étoit dodu,
Et marchoit lentement,suivy
de l'équipage
Qu'un Ver semblable à luy
méne à son Mariage.
Le Rendez-vous estoitun
Rendez-vous d'amour;
Mais pour faire un pareil
voyage, Au pesant Ver-à-soye ilfalloit
plus d'un jour.
Quoyqu'il en fust,voicyla
triste destinée
Qu'autour delaRuchetraînoit
Le pauvre Verluisant. Son
ame abandonnée
Au plus mortel chagrin
sans ccèe examinoit
Par où pouvoir adoucir
l'Inhumaine.
Sur Je feüil dela Ruche il
la surprit le soir.
Elle n'estoit pas là sans
doute pour le voir.
J\I*aure^-rusMpoint pitié, luy.
dit il, de ma peine?
Je vous aime tousjours, &..
vousnem'aimezplus
Ingrate, insensible , insidelle,
Que dites-vousune flâmesi
belle?
Messoûpirs si conjlansferont-
-
ilssuperstus?
Enfin, tout de bon, dois-je
croire
v
Que contre rno) vous soyezen
courroux,
Et que vous perdiez la mémoire
De tout ce que l'Amour m'a
faitfaire pour vous ?
Vil Animal
,
Infecte teméraire,
Qu'a'Vez vousfaitqu'envous
trompant
Répond l'Abeill3e, & que
pouviez vous faire ?
Ce que j'ayfait, dit le Ver
en rampant ? Je m'en vay vous l'apprendre,
Abeilie trop légere.
J'ay fait, nonsans de grands
travaux ,
Pour vous conter mes doleances
Messoins, mes soucis, mesfouf
frances, -
Tous les joursmille Vers nouveaux.
J'ayfait cent t7 cent Madrigaux
Sur la moindre de vos absences;
J'ay fait des Odes & des
Stances,
Chansons
,
Triolets, & Rondeaux.
J'ay fait pour vous des Epigrammes
)
Et mesme quelquesAnagrammes
y Le tout d'unstile pur & net.
Et s'il eust esté necessaire
, J'avoistelle ardeur de VOUA plaire,
Que jcujje esté jusqu'au Sonnet.
De tout cela je vous tiens
peu de compte,
Répond l'Abeille, & je
mourrois de honte,
Si javois de l'attachement
Pour un Amant
Dontleplussolide merite
Consiste en beaux discours; dés
mes plus jeunes ans
On m'offusquoit de cetEncens.
JaimeAujourd'huy celuy de la
Marmite.
Elle rentre en sa Ruche, en
disantce beau mot.
Aussi le Verluisantestoit-il
un grand sot,
D'oseraspireràla proye,
Que fuivanc les regles du
temps
Doit attraperle riche Verà
soye.
Qu'il soit donc sage à fcs
dépens,
Et secontente d'une Mouche
>
Qui n'aura comme luy,
que l'esprit & la bouc he,
Il passera par là pour un
Ver de bon sens.
,.J'ay prétendu qu'en cet- te Fable,
Pour que lque Amant peutéstre
Histoireverita ble,
Et les Filles, &les Garçons,
Trouveroient de bonnes
leçons.
Les unes sur l'obéïssance
Que rend l'Abeille aux
droits de la naissance,
Profiteront en la lisant;
Et les autres sujetsàl'aveugle
tendresse,
Quand ils voudront choisir
uneMaistresse,
Consulteront leVerluisant;
Il sçait dans l'amoureuse affaire
Comme est punile Temeraire.
Fermer
Résumé : LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
La fable 'Le Verluisant, l'Abeille, et le Ver-à-soye' raconte l'histoire d'un ver nommé Verluisant, qui vit sous une ruche et bénéficie des faveurs de la nature pour sa nourriture. Cependant, Verluisant est tourmenté par l'amour et tombe amoureux d'une abeille habitant la ruche. Cette abeille est décrite comme ayant de nombreux talents et qualités, mais elle ne répond pas aux avances de Verluisant. L'abeille, bien que charmée par les talents de Verluisant, finit par le repousser en raison de sa condition sociale inférieure. Elle rencontre ensuite un ver-à-soye, qui lui déclare son amour. Après une nuit de réflexion, l'abeille décide de se rendre au rendez-vous avec le ver-à-soye, laissant Verluisant dans le désespoir. Verluisant, désespéré, tente de comprendre pourquoi l'abeille l'a rejeté. Il lui rappelle tous les efforts qu'il a faits pour elle, mais l'abeille reste insensible à ses discours. Elle lui avoue préférer un amant plus riche et plus solide, comme le ver-à-soye. Verluisant est alors qualifié de sot pour avoir osé aspirer à l'abeille, et on lui conseille de se contenter d'une mouche. La fable se conclut par une morale destinée aux jeunes amants, leur apprenant à respecter les droits de la naissance et à éviter la témérité en matière d'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
84
p. 207-240
HISTORIETTE.
Début :
L'Amour n'est point à couvert de la destinée, & [...]
Mots clefs :
Amour, Inconstance, Destinée , Attachement , Beauté, Esprit, Gentilhomme, Affaires, Passion, Ambition, Mariage, Rivalité, Trahison, Séduction, Jalousie, Chagrin, Vengeance, Fidélité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE.
HISTORIETTE.
L'Amour nJielt point à
couvert de la destinée
, &
les changemens qui arrivent
tous les jours dans
les liaisons les mieux establies
sont assez connoistre
que les mouvements de
nostre coeur ne font pas fixez
par le premier choix
que nous faisons. Un certain
je ne sçay quoy qui
nousentraisne en dépitde
nous, nous determine à
estre inconstans;& quand
mille exem ples ne serviroient
pas à justifier ce que
je dis,l'avanture donrje vais
vous faire part en seroit la
preuve. Une Demoiselle
fort bien faite,estimable
par sa beauté, & plus encorepar
son esprit qu'elle
avoir vif&très penetrant,
estantvenuë depuis peu de
-
mois prendre soin de quelques
affaires dans une petite
Ville peu esloignée de
Paris, y fut connuë en fort
peu
peu de tems de tout ce
qu'elle y trouva de personnes
denaissance. Son pere
& sa mere qui estoient de
qualité, mais qui avoient
peu de biens, luy connoisfant
du talent pour venir à
bouc de mille chicannes
qui leur estoient faites,&
par lesquelles on taschoit
de renverser leurs précentions
,quoyquejustement
fondées
,
s'estoient reposez
sur elle de la conservation
de leursinterests,&
elles'appliquoitàles mainteniravec
tant d'exactitude
& de conduite, qu'elle
eut bientost demesté les
difficultez quiempefchoient
qu'on ne luy rendit
justice. Son habileté fie
bruit, & tout le monde
marquant de rempressement
pour la servis auprés
de ses Juges, un Gentilhomme
, maistre de son
bien, & des plus riches de
tout le Pays, n'épargna ni
son crédit,ni ses soins pour
luy faire voir combien il
prenoit de part à ses avantages.
Angelique receut
agréablement le secours
i
qu'illuy donnaj&comme
dans le besoin qu'elle avoic
de luy les visites assidues
luy estoient permises
,
insensiblement
le Cavalier
prit pour elle un attachement
plus fort qu'il ne l'avoit
cru. Il connut bien
que ce qu'on luy Jonneroiç
en la mariant n'approcheroit
pas
'*
de ce qu'il pouvoit
prérendre; mais l'amour
commençant à l'cc.
bloüir,il considera que les
grands biens qu'il avoit lui
attireroient beaucoup d'affaires,
& dans cette veuë,
il crut qu'illuy feroit plus
avantageux d'avoir une
femme qui y mettroit ordre
, que d'épouserunefille
qui luy apportant une
dote considerable
, ne se
mefleroit de rien, & n'auroit
l'esprit porté qu'àfaire
de la dépense.Labellequi
s'apperceut de la conquête
que son merite luy avoir
fait faire , la menagea si
adroitement, que le Cavalier
fut enfin contraint de
luydeclarer sapassion On
ne doute point qu'il ne fut
écouté avec plaisir. Elle lui
marqua une estimepleine
de reconnoissance ; & en
l'assurant que ses parens ne
luy seroient point contraires,
elle eut pour luy des
égards d'honnesteté & de
complaisance qui luy firent
connoistre qu'il estoitaimé.
Commeelle avoit de
l'ambition,elle voulut s'asfurer
un rang, & se servir
du pouvoir que sa passion
luy donnoit sur son esprit,
pour luy marquer qu'il y alloit
de sa gloire de pren dre
une Charge avant que de
l'épouser. Le Cavalier avoit
ce dessein depuis quelque
temps, & ainsi en luy promettant
de la satisfaire,il
ne faisoitquece qu'il avoic
desja resolu. Les affaires
d'Angelique s'estantterminées
de la maniere la plus
avantageuse qu'elleeût pû
le souhaiter
,
elle retourna
à Paris, où son Amant la
suivit deux jours après. Son
pere & sa mere qu'elle avoit
instruit de l'estas des
choses, luy firent un accuëil
tres-obligeant, & pour estre
moins en peril de le
laisser échapper, ils luy offrirent
un Appartement
chez eux. L'offre estoit trop
favorable à l'amour duCavalier
pour n'estre pas accepté.
Il logea chez le perc
de laBelle;& ne songeant
qu'à avancer ses affaires, il
prit son avis sur la Charge
qu'il vouloit achepter.Tandis
qu'ontravailloit à lever
des difficultez assez legercs
qui empeschoient de conclurre
le marché de cette
Charge, l'amour fit paroitre
sa bizarrerie par les sentimens
qu'il inspira au Cavalier
pour une soeur d'Angelique.
Cette cadetteavoit
dans les yeux un fort grand
deffaut, dont beaucou p de
gensne se seroient pas accommodez
; & ce deffaut,
tout grand qu'ilestoit
,
ne
pur dérourner le Cavalier
du dessein qu'il prit de ne
vivre que pour elle. Il est
vray ,
qu'excepté ce deffaut,
il n'y avoit rien de
plus aimable.Elle avoit un
tein qui ébloüissoit
,
d*$
traits reguliers dans tout
son visaoge,•des mains & desbras d'une beauté (ans
, pareiflle,uinentailleeaisée;&
fine; & ce quiengageoit
encoreplus,elle estoitdu
ne humeur si douce & G.
agreable queparcetteseulequalité
elleestoit digne
duplus fort amour. Plus
leCavalierla vit,plusil la
trouvacharmante.Illuy
contoit cent folies,& l'enjouëment
avec lequel elle
y répondoit, estoit tout plein de
4
feu ,&. d'esprit.
Riennedevenoit suspect
dans leurs conversations,
parce qu'elles se faisoient
sans àQCun. mystere
,
&:
que l'occasion qu'ils avoient
de se parler àtoute
heure les rendant fortfamiliers,
ne laissoitrienvoir
iqlui fûtrecherche.Eneffet/'
n'yavoit que des sentimens
d'honnestetéducôté
decetteaimable cadette,
qui ne doutant point que
leCavalier .n'épousait..sa:;
soeur,estoitincapable d'aller
pour luyplus loin que
l'estime. Il n'enestoit pasi
ainsi du Cavalier. Le pen^*
chantqui l'entraisnoitvers
Julie,c'estoit ainsiqu'on
nommoitlacadette, eut
tant deforcequ'aprés lui
avoit dit plusieursfois en
badinantqu'ilestoitcharmé
desesmanieras,ils'expliqua
enfin serieusement
sur l'ardent amour • qu'elle
layavoitdonné. Julietournantlachose
en plaisanterie,
luyditqu'il perdoit
l'esprit;toutes lesdeclarations
qu'illuyfit ensuite
luy attirant la mesmeréponse,
illuydemanda un
jour quel désegrément Ôir
dans
son
hitmëtïr[du dans
sa personneluy faisoit
croire qu'ilnemeritoitque
ses mépris. Julie, qaecc
reprochefurprir*seAÇEUS
obligée deluy répondre
d'un ton un peu serieuxi,
qu'il se faisoit tort auiff^-
bien qu'à elle quand il
l'accusoit de le me'priser,
,& que s'il lui eût marqué
del'estime avant quede
s'engager avec si^foeur/
peut-estrene lui eust-ellc.
pas donnésujet de seplain-
-ài-é.^u peu dereconnoiC*.
sancequ'elleauroiteu de
: ses sentimens; maisqu'en fl'eftâcoù estoient les choqu'avec
lesïrcferves-qu'il
trouvoit injustes. Cette réponse
animala passion ; Ce
fut assez qu'il crustt nedéplaire
pas pour l'engager
à aimeravecplus de vio-
~îehée;îl abandonna, son
coeur à tout son penchant,
& ne songea plus qu'à persuader
Julie de sonveritable
attachement. Comme
elle estoitsage, ellevoulut
leguérir en lui donnant
moins d'occasionsdel'entretenierdesonamour;
;rnâi$*plus elle avoit soin
de les éviter, plus illes re-
,
cherchoit.Cetempressement
fut remarquée .& il
:,fettahitbientoft& par
soninquiétude ,; lorsque
fpour le fuïr cette cadette- senfermoit exprisdans sa
chambre,&- par, les regards
pleinsdamour,qu'il
;jettoit sur elle quand illa
voyoitdeyant destémoins.
L'aisnée qui trouvaquel?-
cque refroidissementdans
les maniérés du CavalierJ, >» ensoupçonnaauflitoftla
cause.Ellç pritgardejqu^l
navoit plus auprès de sa
joçurces airs enjoiiez & lu
:bres qu1a-vou pris tantdç
ibis. Elle les .voyait embafailes
fitor quoleursyeuxfe
renconcroienr,ôçla contrainte
qu'ils s'ilup.osoient
J'un & rau.tre Ce lon les. div,
veerrescess'vy-ecuuëc1iCq¡uUt\lleessoobbHli--
geoient de s'observer, luy
fut enfin une indice de la
rrahifonqui lay cftoir faite.
Commeelle estoit ficre,
elle s'en feroit volontiers
vengeeenle prévenant par
ion cjungejnçncjmaisd
Je avpird£ fort peu de biens?en renonçantan
Cavalier elle
n'etoitpas furedexroirver
un :aurrc:fPareilquil'eust
confoléc xfesr avanrao-es
qu'elle auroit perdue ERllfe
rsfolut de dissimuler;& fc
Contenta desoulager ses
-t,' chagriné par- ; -, - ]4ùes quelques
plaintes qui deconcercerent
le Cavalier. Le troublequ'il
fit paroiflre suc
un aveu de son crimeelleen
tira desconfequettces
qui lui firent examiner
de plus prés tous lesfujers
quelleavoit de fe- deffier
de on amour.Leunma~-
riage ne se devant faire
quaprès cWEculcer lc+
vees touchantLr charge
qiriti vouloir-avoir'elfe
découvrit qu- ne teneit;
qu'à luy de les voir finies,
f&aqisuoeitlnesaiosbtrsetnacelpeosuqiuro'ii^eyn*c
avoir aucun autre fondée
mène que le defilein de gau
gner du terni. Remplie dfe
tous cés fouprons, & vouw
lanceftre* cclaircie dece
qu'elleapprehendoit relfe
pria son pere & sa mere
de vouloir presserlescheM
ses, leur faisant connoistre,
[ans leur parler de sa
foeur, ce qu'il y avoit
.4.r~q~~:~fqer~nT.
jypbftin^i<pn,4^Çav/alter
fur- les prétenduësdifficihi^
rez de la Charge avoic déjà
commencéàleur devenir
suspecte.-jlç, renrreriQrenten
particulier., & luy
dirent, que comme ilsl'a*-
voient logé chez eux >oni
lqïiuuarrnt^ijejrrodipc,..;dvaonirs'&tolountg^te-
.cçpips ^jiffçrpr le mariage
^IpAÈ p#i^^oit cpnvena>>;
que pour;:einpe^her.Iç?
fafcheu* difcoursril falloir
longerg terminerçette.af- fajre«Reliait mile.
fcefoin
-
d'attendre quileuft
fini (on autretraite. Le Cavalier
ne balançapoint far
le parti qu'il avoit à prendre.
IL leur repçjiditqu'il
se sôuvenoit dela, parole
qu'il avait doppée
, &
qu'il Tâ tiendrour avec joïç
en telteras qu'il leur plairoit*,
quilayoit promis d'entre
leur Gcndre., & qu'ilse
feroit un bonheur de le dc<-
venir, mais que ce feroit
en epousant la cadette pouf
qui il sentoit la plus violente
passion
;
qu'il trouçvoit
enelle tout ce* qui
pouvait lesarefairejq1!s
l'humeur de son aisnée êtoit
si peu compatiflante
avec la tienne , qu'elle rre
'hpeouurerurxoitque'terendre trial- ; Ce ques'ils rIl
soient ce qu'ildemandôté
aveclescplilsinftanresprte^
res; ilférdft côntrainrd'é (h
étirer.IlTenirStcette reponsèavec
tant de fermeté
,& toutcequ'ils purent
ce defleirieue si peud'efset,
quene voulant pas rifquer
une si bonne fortune,
ils se virent obligerde conïcntir
a ce qu'il voulÙr. La
feule condition qu'ils exigèrent
»fut que lachofe lè sirau.plustost&eri fçcrct,
afin Que l'aînée fit moins,
éclater."son rcfTehrimenc
quand elleapprendroic
luip injnftice-qui n'auroic,
plus de remède. Le transl
port qui l'obligea de se jet-l'
tera leurspieds pour leurs
rendre grâce de ce qu'ils
faifoiencpour luy, leur
fut une preuve dekvio-''
lence avec laquelle il aimait.
Ils direntà Angélique,,
que quelques raisons -'"~- :jl ¿Lt.,
q'u'Us eutreht: puappoftrf,
le CavalierNettoie si bien
mis en ceste de ne fc poins
marier-quiIn'tut traJcedc làCharge*qu'illeuravQÎt
este impossible den rien
obtenir.Elle compritce
vouloic direrirt refu?
siobstine, &ejifiic,p(qiie'c
audernierpoint: Cependant
toutseconcerroit fccfrecëitientpôurle
mariage
ifaCavalier & de la cadette,
6cil nemanquoitpoor
l'achever qu'une oçcasion
d'en faire la cercmonie
fins queJîaifnécenpu£k
«Tien^fçayoir.cElliBts^ôfffio
favorable peude joursa
persétosi.sU:-nteeDndamreemdeonntfacimelelcea^,
la priade lui tenir <comp&ȣ
gniedansune partie»de*
promenade qui l'enga- - géoît'àallerpasser^queU:
quesjours ala campagne,
Angelique y alla; &euch
assez de forced'esprit pourd
se rneitreaudessus, der fc*:
chagrins ,y;pàroiftra
d'une humeur toute char,s?
mante. Onluy dit qu'onr«
voyoit bien que lajoye
unmariage prêssà;fefai^*
re iiotkmit :au.JJr belles 4c>
grands sujetsd'en~
rrient 3c f>&ur affoibiir la
bèiïf^ÙfcÇftoic
:'1;W ~po~ sép^#;
<yi,'ori jugeoiemal d'elle;
qu'il falloitpourlatoucher
dfccçrtgînçft çp^plaiJàtW
ççsScéc^rpu^s,4'efpri^
qu'ellen'avoit potfiHfcotfivc
dans le Cavalier ;&que
]$&€&>&$tf/a^pkfbC ji;G-
''¥tt.,..Jà-, traîne
!
çnlon.
gwàF que .paw <~J)~
vouioitl'engagerà épothsersa
cadette.Un vieux
garçonfôrc riche,$c re-
.-, : ve stu
Veftj d'une Charge plus
côn(lderab!e, que; cele
^orn^le*CavalierttrakoiC",
itïi'dieeirriant^que quoif
qi/ft eûttousjours esté indiffèrentpoarle
mariage-,
41 vouloiravoir ces tou«s
dVfpm^qui^lmplaifq»erft
tartr,afin de luyoffrirses
*fcrviccssSe quepourles
^cotîi'pîaifiincc^illoy-ii#ok
'aisëifcritépondreîAng^-
lliquéluyrepartit''-¡Ual'-eR
'riant,quelleavoie cm de-
* cûcfâïr'c&luyoc-quï^ftolc
"ftfoftde Ionjgé&É1, faqu^
liotit premire
3*
iïij seroient
^(Tezl'undel'autre;
Surcepies la levietbQ£±,
t~fipç£jçnf4iar>çnj&$dce*uixdjoeus.rdsçruccoemubïfmeunAmant
declaré eç
die à une maistresse;ilgoû-
~asi bien foû-efpric,que
malgrétoutes lesresolutions
prises de demeurer
toujourslibre,il parla eafin
4cnnnfafriâge, Cetteproposition
fut ct.ua
d'Angelique. Elletrouvoit
un rangquicontetoitson
~M;AtPIC,
me à^ui elle '^ouviic foa
•;
ccçw*entrai dansla contu
sJgacejàp;vieik Officier è.ôç
luyfitpromettreque puisqpril,
scîlcrit;déclaré avec
son amie
,
ilen iroitfaire
la demande dans les fox?
mes apressonretour. Ao*
gelique estantrevenue ccçrmnrta à rscoynn pp~e~ree lr'eenn9g'aaggce,4.
ment ou l'on s'estoit mis
pourelle. Lemariagje de
lacadetteestoitfait;ce fut
• pourJuyune joye sensiblé
de voir finir plustost qu'il
f}cTayoit.^çnirembarrai
de te cacher. Cetteadroite
filledissimulant son reflet^
"timénr, ~tWIia deserendre
coure aimablepourle Cavalier
,afindereveillerson
: amour,&deluydonner
parlaplus de regret dela
perdre. Le lendemainelle
remarqua sans estreveue,
que le Cavàliers'èstoitcouole
dans sa chambre délà
soeur,&que la porte en
avoit esté au{fitbftrFerm'éei
Si elleeut ladouleur,elle eut de la joye en meflriè
temps de ce que sa
I
foeur faisant 0"det
avancessiindignesd'elle,
mettoit leic-al
valier hors d'estat de la voirloir,
pour sa femme.Cetre
penséelui remplie l'esprit,
E|lcçrutqfi'ilr^fufepait de
l'epouseraprés les ofreurs
qu'il enavoit obtenuës, &
qu'ainsielle seroit vengée
&d'elle&deluy, quand
son mariage avec l'Officier
ne laisseroit plus. aucun
prerexteà son pere de garder
leCavalier. CetOfficiertintparole.
Onavoit
esteaverti de savisite,& le
Cavalier qui la sçavoitalia
iQUt expréssouperenville
,
&ne revint que.forttard.
L'Officiercharmédel'ac.
*
cuélquï luifut fait, nesortit
point qu'onn'eustfigné
des articles.Angeliquequi
naspiroitqu'à joüir de
vengeance ,
attendisà G.;,
coucher que leCavalierfust
révenn. Apresluiavoirfait
quelquespUimes.delan}*-
niere dont il en usoit po^fc elledepuisquelque rems,
elleajoustaqu'elle lavpiç
timens favorablesqu'elle
luy avoirmarqué d'abord,
qu'ellevenoit ;d£/eagagejf
à un autre,&qu'un Contrat
dem~gc~~sa
separoit pour jamais. Ilseignit
vivejnençxogtçhiî 4e_cy tte
nouvelle. Augeiique pleinede
son triompheenlevoyant a-iii1
accablé, le quitta sans lui donner
letemsde répondra,c'étoit
ce qu'if avoitsouhaitté.Ilse
coucha forttranquillement, Sç
le lendemain comme il l'avoit
concerté avec sonbeaupere ££
atec sa femme,ilalla
chez
un
amidans un quartier éloigné,
oùildemeurajusqu'à ce qu'on,
~çût:sais;lemari^gplÀng^ljqu^
qui imputa cette retraité a'fj>n
deseespoir ,en
.-
sentir (a Vanité
agréablementflatée. Elleépousal'Officier,&
deuxjqursaprés.
le Cavalier revint auprèsde sa
femme. La nouvelle mariée ne
l'eûtpasplustost appris,qu'elle
alla trouver son pere, & luy fit
connoitre le péril où Julie eftoit
exposée s'il gardoitchez
luyleCavalier.Son pereluy
dit, que puisqqu'elleavoittout
sujet d'estre contente, il estoit
pesruadé qu'elle aimait sa soeur
pbur prendre partà ses avanta
ges ; après quoy illuyexpliqua
ce quiestoit arrivé: Le dépit
qu'elle,eue*,de s'estrepromis
une veugeance >
qui ne tournoitqu'asahonte
,la mit, dans
ila deff>rdr6~d'éfpVjhcroy2-
ble.Elle sorit blusquement,
& depuis trois moisqu'elle est
mariée
,
elle n'a
,
point encore
voulu.voirsa soeur
L'Amour nJielt point à
couvert de la destinée
, &
les changemens qui arrivent
tous les jours dans
les liaisons les mieux establies
sont assez connoistre
que les mouvements de
nostre coeur ne font pas fixez
par le premier choix
que nous faisons. Un certain
je ne sçay quoy qui
nousentraisne en dépitde
nous, nous determine à
estre inconstans;& quand
mille exem ples ne serviroient
pas à justifier ce que
je dis,l'avanture donrje vais
vous faire part en seroit la
preuve. Une Demoiselle
fort bien faite,estimable
par sa beauté, & plus encorepar
son esprit qu'elle
avoir vif&très penetrant,
estantvenuë depuis peu de
-
mois prendre soin de quelques
affaires dans une petite
Ville peu esloignée de
Paris, y fut connuë en fort
peu
peu de tems de tout ce
qu'elle y trouva de personnes
denaissance. Son pere
& sa mere qui estoient de
qualité, mais qui avoient
peu de biens, luy connoisfant
du talent pour venir à
bouc de mille chicannes
qui leur estoient faites,&
par lesquelles on taschoit
de renverser leurs précentions
,quoyquejustement
fondées
,
s'estoient reposez
sur elle de la conservation
de leursinterests,&
elles'appliquoitàles mainteniravec
tant d'exactitude
& de conduite, qu'elle
eut bientost demesté les
difficultez quiempefchoient
qu'on ne luy rendit
justice. Son habileté fie
bruit, & tout le monde
marquant de rempressement
pour la servis auprés
de ses Juges, un Gentilhomme
, maistre de son
bien, & des plus riches de
tout le Pays, n'épargna ni
son crédit,ni ses soins pour
luy faire voir combien il
prenoit de part à ses avantages.
Angelique receut
agréablement le secours
i
qu'illuy donnaj&comme
dans le besoin qu'elle avoic
de luy les visites assidues
luy estoient permises
,
insensiblement
le Cavalier
prit pour elle un attachement
plus fort qu'il ne l'avoit
cru. Il connut bien
que ce qu'on luy Jonneroiç
en la mariant n'approcheroit
pas
'*
de ce qu'il pouvoit
prérendre; mais l'amour
commençant à l'cc.
bloüir,il considera que les
grands biens qu'il avoit lui
attireroient beaucoup d'affaires,
& dans cette veuë,
il crut qu'illuy feroit plus
avantageux d'avoir une
femme qui y mettroit ordre
, que d'épouserunefille
qui luy apportant une
dote considerable
, ne se
mefleroit de rien, & n'auroit
l'esprit porté qu'àfaire
de la dépense.Labellequi
s'apperceut de la conquête
que son merite luy avoir
fait faire , la menagea si
adroitement, que le Cavalier
fut enfin contraint de
luydeclarer sapassion On
ne doute point qu'il ne fut
écouté avec plaisir. Elle lui
marqua une estimepleine
de reconnoissance ; & en
l'assurant que ses parens ne
luy seroient point contraires,
elle eut pour luy des
égards d'honnesteté & de
complaisance qui luy firent
connoistre qu'il estoitaimé.
Commeelle avoit de
l'ambition,elle voulut s'asfurer
un rang, & se servir
du pouvoir que sa passion
luy donnoit sur son esprit,
pour luy marquer qu'il y alloit
de sa gloire de pren dre
une Charge avant que de
l'épouser. Le Cavalier avoit
ce dessein depuis quelque
temps, & ainsi en luy promettant
de la satisfaire,il
ne faisoitquece qu'il avoic
desja resolu. Les affaires
d'Angelique s'estantterminées
de la maniere la plus
avantageuse qu'elleeût pû
le souhaiter
,
elle retourna
à Paris, où son Amant la
suivit deux jours après. Son
pere & sa mere qu'elle avoit
instruit de l'estas des
choses, luy firent un accuëil
tres-obligeant, & pour estre
moins en peril de le
laisser échapper, ils luy offrirent
un Appartement
chez eux. L'offre estoit trop
favorable à l'amour duCavalier
pour n'estre pas accepté.
Il logea chez le perc
de laBelle;& ne songeant
qu'à avancer ses affaires, il
prit son avis sur la Charge
qu'il vouloit achepter.Tandis
qu'ontravailloit à lever
des difficultez assez legercs
qui empeschoient de conclurre
le marché de cette
Charge, l'amour fit paroitre
sa bizarrerie par les sentimens
qu'il inspira au Cavalier
pour une soeur d'Angelique.
Cette cadetteavoit
dans les yeux un fort grand
deffaut, dont beaucou p de
gensne se seroient pas accommodez
; & ce deffaut,
tout grand qu'ilestoit
,
ne
pur dérourner le Cavalier
du dessein qu'il prit de ne
vivre que pour elle. Il est
vray ,
qu'excepté ce deffaut,
il n'y avoit rien de
plus aimable.Elle avoit un
tein qui ébloüissoit
,
d*$
traits reguliers dans tout
son visaoge,•des mains & desbras d'une beauté (ans
, pareiflle,uinentailleeaisée;&
fine; & ce quiengageoit
encoreplus,elle estoitdu
ne humeur si douce & G.
agreable queparcetteseulequalité
elleestoit digne
duplus fort amour. Plus
leCavalierla vit,plusil la
trouvacharmante.Illuy
contoit cent folies,& l'enjouëment
avec lequel elle
y répondoit, estoit tout plein de
4
feu ,&. d'esprit.
Riennedevenoit suspect
dans leurs conversations,
parce qu'elles se faisoient
sans àQCun. mystere
,
&:
que l'occasion qu'ils avoient
de se parler àtoute
heure les rendant fortfamiliers,
ne laissoitrienvoir
iqlui fûtrecherche.Eneffet/'
n'yavoit que des sentimens
d'honnestetéducôté
decetteaimable cadette,
qui ne doutant point que
leCavalier .n'épousait..sa:;
soeur,estoitincapable d'aller
pour luyplus loin que
l'estime. Il n'enestoit pasi
ainsi du Cavalier. Le pen^*
chantqui l'entraisnoitvers
Julie,c'estoit ainsiqu'on
nommoitlacadette, eut
tant deforcequ'aprés lui
avoit dit plusieursfois en
badinantqu'ilestoitcharmé
desesmanieras,ils'expliqua
enfin serieusement
sur l'ardent amour • qu'elle
layavoitdonné. Julietournantlachose
en plaisanterie,
luyditqu'il perdoit
l'esprit;toutes lesdeclarations
qu'illuyfit ensuite
luy attirant la mesmeréponse,
illuydemanda un
jour quel désegrément Ôir
dans
son
hitmëtïr[du dans
sa personneluy faisoit
croire qu'ilnemeritoitque
ses mépris. Julie, qaecc
reprochefurprir*seAÇEUS
obligée deluy répondre
d'un ton un peu serieuxi,
qu'il se faisoit tort auiff^-
bien qu'à elle quand il
l'accusoit de le me'priser,
,& que s'il lui eût marqué
del'estime avant quede
s'engager avec si^foeur/
peut-estrene lui eust-ellc.
pas donnésujet de seplain-
-ài-é.^u peu dereconnoiC*.
sancequ'elleauroiteu de
: ses sentimens; maisqu'en fl'eftâcoù estoient les choqu'avec
lesïrcferves-qu'il
trouvoit injustes. Cette réponse
animala passion ; Ce
fut assez qu'il crustt nedéplaire
pas pour l'engager
à aimeravecplus de vio-
~îehée;îl abandonna, son
coeur à tout son penchant,
& ne songea plus qu'à persuader
Julie de sonveritable
attachement. Comme
elle estoitsage, ellevoulut
leguérir en lui donnant
moins d'occasionsdel'entretenierdesonamour;
;rnâi$*plus elle avoit soin
de les éviter, plus illes re-
,
cherchoit.Cetempressement
fut remarquée .& il
:,fettahitbientoft& par
soninquiétude ,; lorsque
fpour le fuïr cette cadette- senfermoit exprisdans sa
chambre,&- par, les regards
pleinsdamour,qu'il
;jettoit sur elle quand illa
voyoitdeyant destémoins.
L'aisnée qui trouvaquel?-
cque refroidissementdans
les maniérés du CavalierJ, >» ensoupçonnaauflitoftla
cause.Ellç pritgardejqu^l
navoit plus auprès de sa
joçurces airs enjoiiez & lu
:bres qu1a-vou pris tantdç
ibis. Elle les .voyait embafailes
fitor quoleursyeuxfe
renconcroienr,ôçla contrainte
qu'ils s'ilup.osoient
J'un & rau.tre Ce lon les. div,
veerrescess'vy-ecuuëc1iCq¡uUt\lleessoobbHli--
geoient de s'observer, luy
fut enfin une indice de la
rrahifonqui lay cftoir faite.
Commeelle estoit ficre,
elle s'en feroit volontiers
vengeeenle prévenant par
ion cjungejnçncjmaisd
Je avpird£ fort peu de biens?en renonçantan
Cavalier elle
n'etoitpas furedexroirver
un :aurrc:fPareilquil'eust
confoléc xfesr avanrao-es
qu'elle auroit perdue ERllfe
rsfolut de dissimuler;& fc
Contenta desoulager ses
-t,' chagriné par- ; -, - ]4ùes quelques
plaintes qui deconcercerent
le Cavalier. Le troublequ'il
fit paroiflre suc
un aveu de son crimeelleen
tira desconfequettces
qui lui firent examiner
de plus prés tous lesfujers
quelleavoit de fe- deffier
de on amour.Leunma~-
riage ne se devant faire
quaprès cWEculcer lc+
vees touchantLr charge
qiriti vouloir-avoir'elfe
découvrit qu- ne teneit;
qu'à luy de les voir finies,
f&aqisuoeitlnesaiosbtrsetnacelpeosuqiuro'ii^eyn*c
avoir aucun autre fondée
mène que le defilein de gau
gner du terni. Remplie dfe
tous cés fouprons, & vouw
lanceftre* cclaircie dece
qu'elleapprehendoit relfe
pria son pere & sa mere
de vouloir presserlescheM
ses, leur faisant connoistre,
[ans leur parler de sa
foeur, ce qu'il y avoit
.4.r~q~~:~fqer~nT.
jypbftin^i<pn,4^Çav/alter
fur- les prétenduësdifficihi^
rez de la Charge avoic déjà
commencéàleur devenir
suspecte.-jlç, renrreriQrenten
particulier., & luy
dirent, que comme ilsl'a*-
voient logé chez eux >oni
lqïiuuarrnt^ijejrrodipc,..;dvaonirs'&tolountg^te-
.cçpips ^jiffçrpr le mariage
^IpAÈ p#i^^oit cpnvena>>;
que pour;:einpe^her.Iç?
fafcheu* difcoursril falloir
longerg terminerçette.af- fajre«Reliait mile.
fcefoin
-
d'attendre quileuft
fini (on autretraite. Le Cavalier
ne balançapoint far
le parti qu'il avoit à prendre.
IL leur repçjiditqu'il
se sôuvenoit dela, parole
qu'il avait doppée
, &
qu'il Tâ tiendrour avec joïç
en telteras qu'il leur plairoit*,
quilayoit promis d'entre
leur Gcndre., & qu'ilse
feroit un bonheur de le dc<-
venir, mais que ce feroit
en epousant la cadette pouf
qui il sentoit la plus violente
passion
;
qu'il trouçvoit
enelle tout ce* qui
pouvait lesarefairejq1!s
l'humeur de son aisnée êtoit
si peu compatiflante
avec la tienne , qu'elle rre
'hpeouurerurxoitque'terendre trial- ; Ce ques'ils rIl
soient ce qu'ildemandôté
aveclescplilsinftanresprte^
res; ilférdft côntrainrd'é (h
étirer.IlTenirStcette reponsèavec
tant de fermeté
,& toutcequ'ils purent
ce defleirieue si peud'efset,
quene voulant pas rifquer
une si bonne fortune,
ils se virent obligerde conïcntir
a ce qu'il voulÙr. La
feule condition qu'ils exigèrent
»fut que lachofe lè sirau.plustost&eri fçcrct,
afin Que l'aînée fit moins,
éclater."son rcfTehrimenc
quand elleapprendroic
luip injnftice-qui n'auroic,
plus de remède. Le transl
port qui l'obligea de se jet-l'
tera leurspieds pour leurs
rendre grâce de ce qu'ils
faifoiencpour luy, leur
fut une preuve dekvio-''
lence avec laquelle il aimait.
Ils direntà Angélique,,
que quelques raisons -'"~- :jl ¿Lt.,
q'u'Us eutreht: puappoftrf,
le CavalierNettoie si bien
mis en ceste de ne fc poins
marier-quiIn'tut traJcedc làCharge*qu'illeuravQÎt
este impossible den rien
obtenir.Elle compritce
vouloic direrirt refu?
siobstine, &ejifiic,p(qiie'c
audernierpoint: Cependant
toutseconcerroit fccfrecëitientpôurle
mariage
ifaCavalier & de la cadette,
6cil nemanquoitpoor
l'achever qu'une oçcasion
d'en faire la cercmonie
fins queJîaifnécenpu£k
«Tien^fçayoir.cElliBts^ôfffio
favorable peude joursa
persétosi.sU:-nteeDndamreemdeonntfacimelelcea^,
la priade lui tenir <comp&ȣ
gniedansune partie»de*
promenade qui l'enga- - géoît'àallerpasser^queU:
quesjours ala campagne,
Angelique y alla; &euch
assez de forced'esprit pourd
se rneitreaudessus, der fc*:
chagrins ,y;pàroiftra
d'une humeur toute char,s?
mante. Onluy dit qu'onr«
voyoit bien que lajoye
unmariage prêssà;fefai^*
re iiotkmit :au.JJr belles 4c>
grands sujetsd'en~
rrient 3c f>&ur affoibiir la
bèiïf^ÙfcÇftoic
:'1;W ~po~ sép^#;
<yi,'ori jugeoiemal d'elle;
qu'il falloitpourlatoucher
dfccçrtgînçft çp^plaiJàtW
ççsScéc^rpu^s,4'efpri^
qu'ellen'avoit potfiHfcotfivc
dans le Cavalier ;&que
]$&€&>&$tf/a^pkfbC ji;G-
''¥tt.,..Jà-, traîne
!
çnlon.
gwàF que .paw <~J)~
vouioitl'engagerà épothsersa
cadette.Un vieux
garçonfôrc riche,$c re-
.-, : ve stu
Veftj d'une Charge plus
côn(lderab!e, que; cele
^orn^le*CavalierttrakoiC",
itïi'dieeirriant^que quoif
qi/ft eûttousjours esté indiffèrentpoarle
mariage-,
41 vouloiravoir ces tou«s
dVfpm^qui^lmplaifq»erft
tartr,afin de luyoffrirses
*fcrviccssSe quepourles
^cotîi'pîaifiincc^illoy-ii#ok
'aisëifcritépondreîAng^-
lliquéluyrepartit''-¡Ual'-eR
'riant,quelleavoie cm de-
* cûcfâïr'c&luyoc-quï^ftolc
"ftfoftde Ionjgé&É1, faqu^
liotit premire
3*
iïij seroient
^(Tezl'undel'autre;
Surcepies la levietbQ£±,
t~fipç£jçnf4iar>çnj&$dce*uixdjoeus.rdsçruccoemubïfmeunAmant
declaré eç
die à une maistresse;ilgoû-
~asi bien foû-efpric,que
malgrétoutes lesresolutions
prises de demeurer
toujourslibre,il parla eafin
4cnnnfafriâge, Cetteproposition
fut ct.ua
d'Angelique. Elletrouvoit
un rangquicontetoitson
~M;AtPIC,
me à^ui elle '^ouviic foa
•;
ccçw*entrai dansla contu
sJgacejàp;vieik Officier è.ôç
luyfitpromettreque puisqpril,
scîlcrit;déclaré avec
son amie
,
ilen iroitfaire
la demande dans les fox?
mes apressonretour. Ao*
gelique estantrevenue ccçrmnrta à rscoynn pp~e~ree lr'eenn9g'aaggce,4.
ment ou l'on s'estoit mis
pourelle. Lemariagje de
lacadetteestoitfait;ce fut
• pourJuyune joye sensiblé
de voir finir plustost qu'il
f}cTayoit.^çnirembarrai
de te cacher. Cetteadroite
filledissimulant son reflet^
"timénr, ~tWIia deserendre
coure aimablepourle Cavalier
,afindereveillerson
: amour,&deluydonner
parlaplus de regret dela
perdre. Le lendemainelle
remarqua sans estreveue,
que le Cavàliers'èstoitcouole
dans sa chambre délà
soeur,&que la porte en
avoit esté au{fitbftrFerm'éei
Si elleeut ladouleur,elle eut de la joye en meflriè
temps de ce que sa
I
foeur faisant 0"det
avancessiindignesd'elle,
mettoit leic-al
valier hors d'estat de la voirloir,
pour sa femme.Cetre
penséelui remplie l'esprit,
E|lcçrutqfi'ilr^fufepait de
l'epouseraprés les ofreurs
qu'il enavoit obtenuës, &
qu'ainsielle seroit vengée
&d'elle&deluy, quand
son mariage avec l'Officier
ne laisseroit plus. aucun
prerexteà son pere de garder
leCavalier. CetOfficiertintparole.
Onavoit
esteaverti de savisite,& le
Cavalier qui la sçavoitalia
iQUt expréssouperenville
,
&ne revint que.forttard.
L'Officiercharmédel'ac.
*
cuélquï luifut fait, nesortit
point qu'onn'eustfigné
des articles.Angeliquequi
naspiroitqu'à joüir de
vengeance ,
attendisà G.;,
coucher que leCavalierfust
révenn. Apresluiavoirfait
quelquespUimes.delan}*-
niere dont il en usoit po^fc elledepuisquelque rems,
elleajoustaqu'elle lavpiç
timens favorablesqu'elle
luy avoirmarqué d'abord,
qu'ellevenoit ;d£/eagagejf
à un autre,&qu'un Contrat
dem~gc~~sa
separoit pour jamais. Ilseignit
vivejnençxogtçhiî 4e_cy tte
nouvelle. Augeiique pleinede
son triompheenlevoyant a-iii1
accablé, le quitta sans lui donner
letemsde répondra,c'étoit
ce qu'if avoitsouhaitté.Ilse
coucha forttranquillement, Sç
le lendemain comme il l'avoit
concerté avec sonbeaupere ££
atec sa femme,ilalla
chez
un
amidans un quartier éloigné,
oùildemeurajusqu'à ce qu'on,
~çût:sais;lemari^gplÀng^ljqu^
qui imputa cette retraité a'fj>n
deseespoir ,en
.-
sentir (a Vanité
agréablementflatée. Elleépousal'Officier,&
deuxjqursaprés.
le Cavalier revint auprèsde sa
femme. La nouvelle mariée ne
l'eûtpasplustost appris,qu'elle
alla trouver son pere, & luy fit
connoitre le péril où Julie eftoit
exposée s'il gardoitchez
luyleCavalier.Son pereluy
dit, que puisqqu'elleavoittout
sujet d'estre contente, il estoit
pesruadé qu'elle aimait sa soeur
pbur prendre partà ses avanta
ges ; après quoy illuyexpliqua
ce quiestoit arrivé: Le dépit
qu'elle,eue*,de s'estrepromis
une veugeance >
qui ne tournoitqu'asahonte
,la mit, dans
ila deff>rdr6~d'éfpVjhcroy2-
ble.Elle sorit blusquement,
& depuis trois moisqu'elle est
mariée
,
elle n'a
,
point encore
voulu.voirsa soeur
Fermer
Résumé : HISTORIETTE.
Le texte raconte les péripéties amoureuses et les manœuvres stratégiques d'Angélique, une jeune femme intelligente et belle, et d'un gentilhomme riche. Angélique se rend dans une petite ville près de Paris pour régler des affaires et attire rapidement l'attention du gentilhomme, qui tombe amoureux d'elle. Consciente de son pouvoir, Angélique manœuvre habilement pour obtenir une déclaration d'amour et une charge avant le mariage. Cependant, le gentilhomme rencontre Julie, la sœur cadette d'Angélique, et se trouve attiré par elle malgré un défaut physique notable. Julie, sage et douce, repousse d'abord ses avances mais finit par succomber. Angélique, devinant la situation, dissimule sa douleur et accepte de se marier avec un officier. Le gentilhomme obtient la charge et épouse Julie, tandis qu'Angélique se venge en se mariant rapidement, privant ainsi son père de garder le gentilhomme dans la famille. Parallèlement, un cavalier revient tard chez lui après un voyage. Un officier, charmé par Angélique, apprend qu'elle ne sortira pas tant que certains articles ne seront pas signés. Angélique, assoiffée de vengeance, attend le retour du cavalier pour lui révéler qu'elle est fiancée à un autre et que leur contrat de mariage les sépare à jamais. Accablé, le cavalier se couche tranquillement. Le lendemain, il se rend chez un ami dans un quartier éloigné pour éviter d'être saisi. Angélique épouse l'officier deux jours plus tard. Le cavalier revient ensuite auprès de sa femme, mais la nouvelle mariée informe son père du danger que court Julie si le cavalier reste. Le père explique la situation à sa fille, qui, dépitée de ne pas avoir obtenu sa vengeance, refuse de voir sa sœur depuis trois mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
85
p. 93-111
L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
Début :
Une femme trés-sensible à l'ambitionm & encore plus à [...]
Mots clefs :
Veuve, Pêcheur, Mélancolie, Amour, Magicienne, Oracle, Sacrifice, Résolution, Consolation, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
L'ISLE
DES PESCHEURS.
Hitoriette traduite de l'Italien
parM.dePrè***.
UNe femme trés-sensible
à l'ambition, & encore
plus à l'amour, venoit
de perdre son mari
qu'elle , aimoit, & qui
étoit Gouverneur de
l'Isle des Pescheurs.
Elle se retira dans le
creuxd'un rocher, dont
elle ne sortoit que pour
aller pleurer sur le bord
de la mer.
Unpescheur mélancolique,
& qui pour
pescher seul s'écartoit
toûjours des autres, alla
un jour pescher de bon
matin, & se plaça sur
le bout d'un rocher, proche
decelui qu'habitoit
Zauraa. (c'étoit le nom
de la veuve ) Quoique
depuis son veuvage elle
1
n'eût éie capable de
prendre aucun plaisir,
elle trouva que celui de
la pesche étoit si mélancolique,
qu'il convenoit
à une personneaffligée:
elle regarda la pesche un
peu detemps, & ensuite
elle regarda le pescheur.
Il avoit aussi l'air
fort mélancolique; cest
ce qui luyplut d'abord:
elle s'approcha de luy,
8G se mit à pleurer. Le
gescheur, qui nesçavoit
que lui dire, se mit à
pleurer aussi, & ce fut
toute la conversation de
cette premiere entrevuë.
Zauraa rentra dans son
rocher,& le pêcheurss'en
retourna dans sa cabane.
Toute la nuit Zauraa
pensa à son défunt mari
,
& par malheur pour
elle elle n'y peut penser
sans pleurer, ni pleurer
sans se souvenir de celui
qui avoit pleuré de compagnie
-
avec elle: elle
jugea
jugea que deux pleureursvalentmieux
qu'-
un, & font plus d'honneur
au défunt. Elle retourna
àl'endroit de la
peschepouryrencontrer
son second. Dés la
pointe du jour il ne manqua
pas de s'y trouver;
carilavoitresoludeconsoler
la veuve. D'abord
ils reprirent les pleurs
où ils lesavoientlaissez
de bonesprit, & qui
sçavoit que 1g meilleur
moyen de retirer quelqu'un
de sadouleur,c'est
d'yentrer d'abord avec
lui, se mità parlerainsi.
En vérité, Madame,
vous avez bien raifonde
pleurer Monsieur vôtre
mari; car c'étoit le
meilleur & le plus honjiete
homme du monde.
Comment donc, dit
la veuve, est-ceque vous
le connoissez?Non pas,
Madame, répondit le
pescheur:mais j'en juge
par la maniere dont vous
le pleurez. Après plusieurs
autres discours de
la même espece, enfin le
pescheur la consola de si
bonne grace, qu'elle benissoit
presque le sujet
d'affliction qui luyavoit
attiré un tel consolateur.
Elle l'aima pendant quelque
temps sans s'en ap-
- percevoir;car siere comme
elle Tétoit, elle ailroit
rompu d'abord tout
commerce. Le pescheur
qui s'en étoit apperçû
d'abord, avoit fait confidence
de sa bonne fortune
à la suivante de la
veuve, à qui il promit
tout si elle conduisoit la
chose jusqu'à un bon
mariage.
Cette suivante étoit
une espece de magicienne,
c'est à dire une espece
de fourbe qui avoit
lû des livres de magic,
d'Astrologie, de Chiromancie
,& autres de pareille
trempe. Un foir,
que sa maîtresse rêvoit
profondément au pescheur,
elle lui prit la
main en badinant, &
par certaines lignes redoublées
qu'elle vit dans
sa main, elle devina qu'-
elle étoit destinée à se
remarier. Ce mot deremarier
l'irrita si fort,
que la suivante eût voulu
le retenir, 6L n'en
pnarlaépelus.de la jour-
Le lendemain cette
fiere veuve voyant à son
ordinaire pêscher le pescheur,
se surprit dans un
mouvement detendresse
si fort, qu'elle ne pouvoit
plus le meconnoître.
Elle en eut tant
d'horreur, qu'elle fut
prête à se précipiter dans
la mer:on dit même qu'-
elle s'y précipita,& que
le pescheur la repescha
aussitôt. Quoy qu'il en
foit
,
ello resolut de ne
le plus voir, & elle n'eût
jamais crû pouvoir tenir
sa resolution ;elle la tint
pourtant: mais quels
combatsnéprouvat-elle
point?Tantôt elle regardoit
avec horreur
l'objet de sa foiblesse;
tantôt elle prenoit plaisir
à penser à lui malgré
elle:encertains momens
elle vouloit mourir, en
d'autres momens elle se
feiitoit delà^iipeiîtîoïi
à vi vre. Enfin^a. Magicienne,
qui devinoit tout
de - qu'elle ne ---vouloi-t
point luidire,siten forte
, avec le temps & l'amour,
que la veuve conftritit'à
êtrepresenteà
Uhê^efthêmerveiHeufc
que la Magicienne * lui
Èro?o«sa, &C qui se passa
enjtféfrte'fortc.-; Entre les herbes qu'-
elleconnoissoit, il y en
avoit une pour la-qu-cllc-
,
les poissons avoient tant
d'antipatie, quelle les
faifoic fuir du plus loin
qu'ils la sentoient. Du
jus de cette herbe le pescheur
alloit toutes les
nuits froter les filetsde
ses camarades, en sorte
que pendant huit jours
on ne pur prendre aucun
poisson dans toute fine.
Les voila desolez ; car
ils ne vivoient que de
leur pesche, c'étoit tout
leur commerce.
On eut recours a l'oracle
feur & .trés-seur
car l'oracle dépendoitdu
Sacrificateur, & le Sacrificateur
dépendoitde
la Magicienne. En un
mot elle fit dire à l'oracle
que le poisson ne
viendroit point se prendre
si la veuve de leur
Gouverneur ne leur donnoit
pour chef le pescheuren
question.Apres
cela l'oracle fitunebelle
genealogie au pescheur,
pour le rendre plus digne
de commander: ensuite
sur la foy de l'oracle
on depura vers la
veuve,quirefusa, autant
qu'il en fut besoin
pour persuader qu'elle
ne se fûtjamais mariée
sans la necessité absoluë
qu'il y a d'obéir aux oracles.
Enfin l(histoireditqu'-
elle se maria pour le bien
public; que l'amourdu
bien public lui fit prendre
son mariage en patience
aussi bien qu'à son
mari, qui pour ne jamais
oublier sa baffe extraction
,fit élever un monument
magnifique, avec
un trophée superbe, ou
il appendit son habit ruftique
, sa ligne, ses filets;&
toute sadépoüille
de pescheur, & fitgraver
ces vers au-dessous.
Rustiques omemens de
mapauvrefamille,
Filets
, guetres,sabots
es barette &man- 9
dille,
Je n'ai pas de regret de
*7 * vous avoir quittez
Mais je veux vousgarder
dans mes antiquitez.,
Pour me servir un jour
contre la vaine
gloire.
C'ejl par vous que je
veux commencermon
histoire
A ceux qui curieux de
mesillustresfaits, Mecroiroientvolontiers
descendu desJafets.
Lorsque vous me verrez
un jour par avanture
Succombantsous lepoids
d'une injuste dorure,
'B,Ouff dans mon jabot
comme un pigeon
patu y, Faites-moyJouvenirque
vous m avez, vêtu.
Si quelquefatpajépour
illustrer ma race,
Retranche à mes ayeux
lefiltteS lanasse Pour , me passer sur le
rapé
D'une antique Principauté
,
Pour lors,mes chers hA"
bits,contrecetteimposture
Vous vous érigerez, en
preuves de roture.
DES PESCHEURS.
Hitoriette traduite de l'Italien
parM.dePrè***.
UNe femme trés-sensible
à l'ambition, & encore
plus à l'amour, venoit
de perdre son mari
qu'elle , aimoit, & qui
étoit Gouverneur de
l'Isle des Pescheurs.
Elle se retira dans le
creuxd'un rocher, dont
elle ne sortoit que pour
aller pleurer sur le bord
de la mer.
Unpescheur mélancolique,
& qui pour
pescher seul s'écartoit
toûjours des autres, alla
un jour pescher de bon
matin, & se plaça sur
le bout d'un rocher, proche
decelui qu'habitoit
Zauraa. (c'étoit le nom
de la veuve ) Quoique
depuis son veuvage elle
1
n'eût éie capable de
prendre aucun plaisir,
elle trouva que celui de
la pesche étoit si mélancolique,
qu'il convenoit
à une personneaffligée:
elle regarda la pesche un
peu detemps, & ensuite
elle regarda le pescheur.
Il avoit aussi l'air
fort mélancolique; cest
ce qui luyplut d'abord:
elle s'approcha de luy,
8G se mit à pleurer. Le
gescheur, qui nesçavoit
que lui dire, se mit à
pleurer aussi, & ce fut
toute la conversation de
cette premiere entrevuë.
Zauraa rentra dans son
rocher,& le pêcheurss'en
retourna dans sa cabane.
Toute la nuit Zauraa
pensa à son défunt mari
,
& par malheur pour
elle elle n'y peut penser
sans pleurer, ni pleurer
sans se souvenir de celui
qui avoit pleuré de compagnie
-
avec elle: elle
jugea
jugea que deux pleureursvalentmieux
qu'-
un, & font plus d'honneur
au défunt. Elle retourna
àl'endroit de la
peschepouryrencontrer
son second. Dés la
pointe du jour il ne manqua
pas de s'y trouver;
carilavoitresoludeconsoler
la veuve. D'abord
ils reprirent les pleurs
où ils lesavoientlaissez
de bonesprit, & qui
sçavoit que 1g meilleur
moyen de retirer quelqu'un
de sadouleur,c'est
d'yentrer d'abord avec
lui, se mità parlerainsi.
En vérité, Madame,
vous avez bien raifonde
pleurer Monsieur vôtre
mari; car c'étoit le
meilleur & le plus honjiete
homme du monde.
Comment donc, dit
la veuve, est-ceque vous
le connoissez?Non pas,
Madame, répondit le
pescheur:mais j'en juge
par la maniere dont vous
le pleurez. Après plusieurs
autres discours de
la même espece, enfin le
pescheur la consola de si
bonne grace, qu'elle benissoit
presque le sujet
d'affliction qui luyavoit
attiré un tel consolateur.
Elle l'aima pendant quelque
temps sans s'en ap-
- percevoir;car siere comme
elle Tétoit, elle ailroit
rompu d'abord tout
commerce. Le pescheur
qui s'en étoit apperçû
d'abord, avoit fait confidence
de sa bonne fortune
à la suivante de la
veuve, à qui il promit
tout si elle conduisoit la
chose jusqu'à un bon
mariage.
Cette suivante étoit
une espece de magicienne,
c'est à dire une espece
de fourbe qui avoit
lû des livres de magic,
d'Astrologie, de Chiromancie
,& autres de pareille
trempe. Un foir,
que sa maîtresse rêvoit
profondément au pescheur,
elle lui prit la
main en badinant, &
par certaines lignes redoublées
qu'elle vit dans
sa main, elle devina qu'-
elle étoit destinée à se
remarier. Ce mot deremarier
l'irrita si fort,
que la suivante eût voulu
le retenir, 6L n'en
pnarlaépelus.de la jour-
Le lendemain cette
fiere veuve voyant à son
ordinaire pêscher le pescheur,
se surprit dans un
mouvement detendresse
si fort, qu'elle ne pouvoit
plus le meconnoître.
Elle en eut tant
d'horreur, qu'elle fut
prête à se précipiter dans
la mer:on dit même qu'-
elle s'y précipita,& que
le pescheur la repescha
aussitôt. Quoy qu'il en
foit
,
ello resolut de ne
le plus voir, & elle n'eût
jamais crû pouvoir tenir
sa resolution ;elle la tint
pourtant: mais quels
combatsnéprouvat-elle
point?Tantôt elle regardoit
avec horreur
l'objet de sa foiblesse;
tantôt elle prenoit plaisir
à penser à lui malgré
elle:encertains momens
elle vouloit mourir, en
d'autres momens elle se
feiitoit delà^iipeiîtîoïi
à vi vre. Enfin^a. Magicienne,
qui devinoit tout
de - qu'elle ne ---vouloi-t
point luidire,siten forte
, avec le temps & l'amour,
que la veuve conftritit'à
êtrepresenteà
Uhê^efthêmerveiHeufc
que la Magicienne * lui
Èro?o«sa, &C qui se passa
enjtféfrte'fortc.-; Entre les herbes qu'-
elleconnoissoit, il y en
avoit une pour la-qu-cllc-
,
les poissons avoient tant
d'antipatie, quelle les
faifoic fuir du plus loin
qu'ils la sentoient. Du
jus de cette herbe le pescheur
alloit toutes les
nuits froter les filetsde
ses camarades, en sorte
que pendant huit jours
on ne pur prendre aucun
poisson dans toute fine.
Les voila desolez ; car
ils ne vivoient que de
leur pesche, c'étoit tout
leur commerce.
On eut recours a l'oracle
feur & .trés-seur
car l'oracle dépendoitdu
Sacrificateur, & le Sacrificateur
dépendoitde
la Magicienne. En un
mot elle fit dire à l'oracle
que le poisson ne
viendroit point se prendre
si la veuve de leur
Gouverneur ne leur donnoit
pour chef le pescheuren
question.Apres
cela l'oracle fitunebelle
genealogie au pescheur,
pour le rendre plus digne
de commander: ensuite
sur la foy de l'oracle
on depura vers la
veuve,quirefusa, autant
qu'il en fut besoin
pour persuader qu'elle
ne se fûtjamais mariée
sans la necessité absoluë
qu'il y a d'obéir aux oracles.
Enfin l(histoireditqu'-
elle se maria pour le bien
public; que l'amourdu
bien public lui fit prendre
son mariage en patience
aussi bien qu'à son
mari, qui pour ne jamais
oublier sa baffe extraction
,fit élever un monument
magnifique, avec
un trophée superbe, ou
il appendit son habit ruftique
, sa ligne, ses filets;&
toute sadépoüille
de pescheur, & fitgraver
ces vers au-dessous.
Rustiques omemens de
mapauvrefamille,
Filets
, guetres,sabots
es barette &man- 9
dille,
Je n'ai pas de regret de
*7 * vous avoir quittez
Mais je veux vousgarder
dans mes antiquitez.,
Pour me servir un jour
contre la vaine
gloire.
C'ejl par vous que je
veux commencermon
histoire
A ceux qui curieux de
mesillustresfaits, Mecroiroientvolontiers
descendu desJafets.
Lorsque vous me verrez
un jour par avanture
Succombantsous lepoids
d'une injuste dorure,
'B,Ouff dans mon jabot
comme un pigeon
patu y, Faites-moyJouvenirque
vous m avez, vêtu.
Si quelquefatpajépour
illustrer ma race,
Retranche à mes ayeux
lefiltteS lanasse Pour , me passer sur le
rapé
D'une antique Principauté
,
Pour lors,mes chers hA"
bits,contrecetteimposture
Vous vous érigerez, en
preuves de roture.
Fermer
Résumé : L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
Le texte relate l'histoire de Zauraa, une veuve sensible et amoureuse, qui se retire dans un rocher après la perte de son mari, gouverneur de l'Isle des Pêcheurs. Elle y pleure sa douleur sur le bord de la mer. Un pêcheur mélancolique, qui s'isole pour pêcher, la rencontre et partage sa tristesse. Ils pleurent ensemble sans échanger un mot. Zauraa, incapable de trouver du réconfort, retourne voir le pêcheur le lendemain. Ils discutent de son défunt mari, et le pêcheur la console avec tant de grâce qu'elle finit par l'aimer sans s'en rendre compte. Le pêcheur, aidé par la suivante de Zauraa, une magicienne, cherche à l'épouser. La magicienne prédit à Zauraa qu'elle se remariera, ce qui la perturbe. Malgré ses efforts pour éviter le pêcheur, Zauraa finit par céder à ses sentiments. La magicienne utilise ses pouvoirs pour manipuler la situation. Elle fait en sorte que les pêcheurs de l'île ne puissent plus attraper de poissons, ce qui les pousse à consulter l'oracle. L'oracle, contrôlé par la magicienne, déclare que le pêcheur doit devenir le chef de l'île pour que la pêche reprenne. Zauraa accepte finalement de l'épouser pour le bien public. Le pêcheur, devenu gouverneur, fait ériger un monument avec ses anciens vêtements de pêcheur et des vers gravés, rappelant ses origines modestes et mettant en garde contre la vanité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
86
p. 169-188
MARIAGE.
Début :
Le Marquis de Prie, Aide de Camp de Monsiegneur le [...]
Mots clefs :
Mariage, Marquis, Ambassadeur, Noblesse, Lignées , Familles, Titres, Alliances, Ancêtres, Aristocratie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Le Marquis de Prie, Aide
de Camp de Monseigneur le
Duc de Bourgogne en 1702.
& 1703.Colonel d'un Regiment
de Dragons
,
nommé
en 1713.Ambassadeur pour
le Roy auprès du Roy de Sicile
,
épousa le 28. Décembre
Agnès Berthelor, fille d'Etienne
Berthelot, Ecuyer, Seigneur
de Pleneuf
,
&c. Conseiller
du Royen ses Conseils,
Directeur General de l'Artilletie
de France, & d'Agnès
~Rioult Düilly. Etienne Berthelot
de Pleneuf, cil fils de
François Bert helot
,
Conseillet
d'Etat & Secretaire des
Commandemens de feuë Madame
la Dauphine
,
qui eut
neuf enfans
,
six garçons: * N Berthelot de Joy
,
Secretaire
des Commandemens
en survivance ; Etienne Berthelot
de Pleneuf, pere de la
Marquise de Prie ; Jean-Baptiste
Berthelot de Duchy;N..
Berthelot de S. Alban, morr
Capitaine au Régiment du
Roy;N. Berthelot de Rebourfeau
,
Brigadier & Colonet
du Regiment de Bretagne;
& N. Berthelot de S. Laurent.
Trois filles: la premiere
épousa Mr Dombreval,Avocat
General de la Cour des
Aides; la seconde
,
le Maréchal
de Matignon ; la troisiéme,
M1 le President de Novion,
President à Mortier au
Parlement de Paris.
La Maison de ~Piiecft une
des plus anciennes & des plus
illustres du Royaume : elle a
produit de grands Hommes,
& diversOfficiers de la Couronne.
Jean de Prie I du
nom, Seigneur de Buzancois
(x. de Moulinsen Berry, vivoiten
nôj. Philippes do
Prie, Seigneur de Buzancois
& de Montpoupon, Sénéchal
de Beaucaire & de Nismes,
servir au Siege d'Ypres
l'an 1318. & en d'autres Sieges.
Il avoit épouséIsabeau
de Sainte Maure, de laquelle
il eut plusieurs enfans, entr'-
autres Jean de Prie, Seigneur
de ~Buzancois, & Capitaine de
la Rochelle quiservit dans les
Armées des Rois Philippes de
Valois, & Jean, & se signalaau
Siege de la Charité, &
al la bataille d'Auray en 1364.
Il eut PhilippesCourault, sa
femme, Jean de Prie, Seigeur
de Busancois & de Moulins,
qui prit alliance avec Isabeau
de Chanac, dont il eut
Jean de Prie, Seigneur de Buzancois,
grand Pannetier de
France, & Ca pitaine de la
grosse Tour de Bourges, qui
fut tué l'an 1427. endéfendant
cette Placecontre les
Anglois; Antoine de Prie,
Chevalier Seigneur de Busancois,
de Montpoupon & de
Moulins, étoit grand Queux
de France, l'an 1431. Il épou- sa Madeleined'Amboise ,
fille d'Hugues d'Amboife^Sei*-
gneur de Chaumont , &cv
dont ilcu-t'.ilioiiis-dc Pryc,
René Cardinal, & Aimar,
Radegonde, Religieuse à
Poissy,morteen1501.Chariorcc,
Mauec à Geofroy de
Chabannes, Seigneur de la
Palisse,& Catherine, femme
de Loüis du Puy
,
Seineur du
Coudray en Berry.
Loiiis de Prye, Seigneur de
Buzancois,Chambellan du
Roy & grand Queux de France,
épou sa Jeanne deSalafart,
donc ileut Aimoin de Prye.
-' Aimar de Prye,Seigneur
de Montpoupon & de la
Mothe, alla à la Conqueste
de Naples avec le Roy CharlesVIII.
en1495.& setrouva
à la prise de Capouë en 1501.
& au secours de Therouannc
en 15 1 3. il fut Conseiller &
Chambellan du Roy, Grand
Maistre des Arbalestriers de
France en 1513.& Gouverneur
du saint Esprit. Ce Seigneur
épousa en premieres
nôces Claude de Traves
,
fille
de Thibaud Seigneur de Draci
, & en seconde Claudine
de la Baume, fille de Marc
Comte de Montrevel, desquelles
il a eu plusieurs enfans.
René de Prie Cardinal Eve-,
que de Bayeux ,Abbé de
Bourgüeil ;
soutenuducredit
de son coufin germain, le
Cardinal d' Amboise, il s'éleva
auxDignitez de grand Archi-
! diacre de Bourges, d'Abbé.
i de Bourg -
Dieu,de la Prée
,
d'Evêquc de ~Laboure ,
de
Limoges
,
de Bayeux, &enfin
1 à celle de Cardinal qu'il obtint
i du Pape JulesII. en 1507.
[ deux ans aprés le Cardinal de
* Priealla à Rome & s'y trou- va avec le Cardinal de Clermont,
lorsque le Pape Jules
II. prie les armes contre le
Roy Loüis XII. ce Pontise
fie arrêter le Cardinal de Clermont,&
deffendit au Cardinal
de Prie de sortir de Rome
fous peine d'être privé defcg
Benefices ; mais ces précautions
furent inutiles. Les
Cardinaux de Prie
,
de Carvaïal,
de saint Severin & quelqu'autres
se retirerent à Gennes
d'oùils vinrent à ~Pise
tenir leur Concile; ce coup
irrita furieusement le Pape,
qui les priva du Cardinalat ;
mais ils furent rétablis fous
Leon X. Le Cardinal de Prie
mourut en France "le!). Septembre151
6. & fut enterré à
l'Abbaye de la Prée,où l'on
voit son Tombeau.
Aymar de Prie IIdu nom
Marquis de Coucy
,
Baron de
Montpoupon épousa le 13.
Mars 1593. Loüise de du
Hautaner,fillede Guillaume
Seigneur de Fervaques Maréchal
de France
,
dont il eut
Aymar de Prie tué au fervicc
du Roy au Siege de Montauban,
en 162 1. Loüis & François
de Prie Baron de Plannas
de qui Marie Brochart fillede
Pierre Seigneur de Marigny, a
laissé N.dePre quia des enfans.
-
Loüis de Prie,Marquis de
ToucyépousaFrançoise de
saint Gelais fille d'Artus, Seigneur
de Lanzac
,
& de
Françoise de ~Souvré, morte
le 29. Avril 1693. dont ila
eu Charlotte de Prie mariée le
27. Fevrier ~1639. à Noël de
Bullion
,
Marquis de Gallardon,
Sei1gn)eur de Bonnelles Conseiller d'honneur au Parlement
de Paris & Commandeur
des Ordres du Roy ,
morte le 14. Novembre
1700. âgée78.de Loüise de
Prie Marquise de Toucy
Gouvernante des Enfans de
France,&Surintendante de
leurs Maisons
,
alliée le 22.
Novembre1650. àPhilippe
de la Mothe-~Houdancourc
Duc de Cardonnc Maréchal
de France, morte le 6. Janvier
1709. âgée 85. ans.
François de Prie Baron de
Plannas
,
aprés la mort de
Loiiis det Prie son aîné,
demeura le Chefde la maison.
Il épousa Marie Brochardfille
de Pierre Brochard Seigneur
de Marigny, Maistre des Requestesdel'Hôtel
de la Ville.
Il eut pour enfans Aymara
Antoine, Edme ,& Jean de
Prie.
Aymar Antoine de Prie,
âiné de la Maison
,
Baron de
Plannas &c. Maréchal de
Camp, épousa Jaqueline de
Ferrésfilleunique de N. Ferrés
dont il ~eur Leonor & Loüis
de Prie, qui a épousé Mlle.
de Pleneuf.
Roland Aymar de Prie
Abbé du Papat
,
& Leonor
de Prie Capitaine de Cavalerie.
Madame la Princesse de
Ting yJ acoucha le 30. Novembre
d'un fils, que 1on
nomme le Comte de Luxe,
Elle est femme de MclIirc
Christian Loiiis de Montmorency-
Luxembourg, comme
cy devant fous le nom de
Chevalier de Luxembourg,
& depuis son mariage fous le
nom de Prince de Tingry. Il
cd fils de feu Mr le Mare-
~chai de Luxembourg, & frere
de Mr le Duc de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie
, premier de Mr le
Duc de Chastillon & de Madame
la Princesse de Neufchastel
; je ne puis étendre
davantage 1 Eloge de la Maison
de Montmorency que
celle que je vous ay donnée
cy-devant dans le Mercure
du mois de Décembre 1711,
lorsque je vous ay parlé du
mariage de Mondit Seigneur
le Prince de Tin^ry où je
- renvoye le Lecteur. Quand à
la famille de Madame la Princesse
de Tingry
,
elle se nomme
Marie LouisedeHarlay;
elleestfillede flire A-bilcs
de Harlay 4e du nom, Comte
de Beaumont, Conseiller
d'Etat, & de Dame Anne
RenéeduLoüet, fille du Marquis
de ~Coeijanval, Doyen
du Parlement de ~Brecagne,
& petite fille de Achiles de
Harlay 5e du nom, Comte
de Beaumont, premier Pulîdent
au Parlement de Paris,
quia rempli cette haute dignité
avec tanr d intégrité & de
gloire pendant l'espace de 18.
ans Cette famille de Harlay
descend de Gautier de Harlay,
Sergent d'armes du Roy, qui
vivoit en 1397, & depuis luy
Madame la Princesse de Tingry
est au onziémedegré.
Cette famille a donné de tresgrands
hommes, Robert de
Harlay, Baron de Monglac
a esté grand Louvetier de
France; Jean de Harlay a
esté Chevalier du Guet, à
Paris en 1461. Christophe de
Harlay, suc President à Mortier
à Paris en 1555. Achiles
deHarlay fut President à mortier,
Conseiller d'Etat, puis
Premier President. Achiles de
Harlay 20
c: du nom fut Conseiller
au Parlement, Maistre
des Requestes, Conseiller d'Erat
, puis Procureur General
en 1661. pere d'Achiles 3e.
du nom, dont j'ay parlé cydessus
& qui fut Conseiller au
Parlement, Procureur Genc*
ral, enfin premier President,
qui ~écoit l'Ayeul de Madame
la Princesse de Tingry.
Cette famille s'est divisée -
en plusieurs branches dans lesquelles
il s'est rencontré quantité
d'hommes tres illustres,
& des alliances tres ~confiierables
; entr'autres Nicolas
Auçufte de Harlay, Maistre
des Requestes, qui a esté un
tres grand Negotiateur commeila
paru dans ses Ambassades,
ayant esté Plenipotentiaire
à Francfort en 1681.
& pour la Paix generale à ~Rifvick
en 169j.
L'Eglise a eu des ~Prelacs de
distinction de cette famille
dans la branche de Chamvalon,
entrautres François de
Harlay, Abbé de S. Victor,
premier Archevesque Roüen,
& François de Harlay, son
Neveu, & son successeur à
l'Archevesché de Roüen,puis
Archevesque de Paris, Duc.
de S. Clou, en faveur de qui
le Roy Louis XIV. érigea
la Terre de S Clou en Duché
Pairie, & pour luy & ses
successeurs, Archevesques de
Paris, le Roy le fit aussi Commandeur
des ses Ordres ~cn
2664. & le nomma au Cardinalat
en 1690. pour la premiere
Promotion qui se feroit
en faveur desCouronnes:mais
la mort l'empêcha en 1695.
de recevoir cet honneur.
Le Marquis de Prie, Aide
de Camp de Monseigneur le
Duc de Bourgogne en 1702.
& 1703.Colonel d'un Regiment
de Dragons
,
nommé
en 1713.Ambassadeur pour
le Roy auprès du Roy de Sicile
,
épousa le 28. Décembre
Agnès Berthelor, fille d'Etienne
Berthelot, Ecuyer, Seigneur
de Pleneuf
,
&c. Conseiller
du Royen ses Conseils,
Directeur General de l'Artilletie
de France, & d'Agnès
~Rioult Düilly. Etienne Berthelot
de Pleneuf, cil fils de
François Bert helot
,
Conseillet
d'Etat & Secretaire des
Commandemens de feuë Madame
la Dauphine
,
qui eut
neuf enfans
,
six garçons: * N Berthelot de Joy
,
Secretaire
des Commandemens
en survivance ; Etienne Berthelot
de Pleneuf, pere de la
Marquise de Prie ; Jean-Baptiste
Berthelot de Duchy;N..
Berthelot de S. Alban, morr
Capitaine au Régiment du
Roy;N. Berthelot de Rebourfeau
,
Brigadier & Colonet
du Regiment de Bretagne;
& N. Berthelot de S. Laurent.
Trois filles: la premiere
épousa Mr Dombreval,Avocat
General de la Cour des
Aides; la seconde
,
le Maréchal
de Matignon ; la troisiéme,
M1 le President de Novion,
President à Mortier au
Parlement de Paris.
La Maison de ~Piiecft une
des plus anciennes & des plus
illustres du Royaume : elle a
produit de grands Hommes,
& diversOfficiers de la Couronne.
Jean de Prie I du
nom, Seigneur de Buzancois
(x. de Moulinsen Berry, vivoiten
nôj. Philippes do
Prie, Seigneur de Buzancois
& de Montpoupon, Sénéchal
de Beaucaire & de Nismes,
servir au Siege d'Ypres
l'an 1318. & en d'autres Sieges.
Il avoit épouséIsabeau
de Sainte Maure, de laquelle
il eut plusieurs enfans, entr'-
autres Jean de Prie, Seigneur
de ~Buzancois, & Capitaine de
la Rochelle quiservit dans les
Armées des Rois Philippes de
Valois, & Jean, & se signalaau
Siege de la Charité, &
al la bataille d'Auray en 1364.
Il eut PhilippesCourault, sa
femme, Jean de Prie, Seigeur
de Busancois & de Moulins,
qui prit alliance avec Isabeau
de Chanac, dont il eut
Jean de Prie, Seigneur de Buzancois,
grand Pannetier de
France, & Ca pitaine de la
grosse Tour de Bourges, qui
fut tué l'an 1427. endéfendant
cette Placecontre les
Anglois; Antoine de Prie,
Chevalier Seigneur de Busancois,
de Montpoupon & de
Moulins, étoit grand Queux
de France, l'an 1431. Il épou- sa Madeleined'Amboise ,
fille d'Hugues d'Amboife^Sei*-
gneur de Chaumont , &cv
dont ilcu-t'.ilioiiis-dc Pryc,
René Cardinal, & Aimar,
Radegonde, Religieuse à
Poissy,morteen1501.Chariorcc,
Mauec à Geofroy de
Chabannes, Seigneur de la
Palisse,& Catherine, femme
de Loüis du Puy
,
Seineur du
Coudray en Berry.
Loiiis de Prye, Seigneur de
Buzancois,Chambellan du
Roy & grand Queux de France,
épou sa Jeanne deSalafart,
donc ileut Aimoin de Prye.
-' Aimar de Prye,Seigneur
de Montpoupon & de la
Mothe, alla à la Conqueste
de Naples avec le Roy CharlesVIII.
en1495.& setrouva
à la prise de Capouë en 1501.
& au secours de Therouannc
en 15 1 3. il fut Conseiller &
Chambellan du Roy, Grand
Maistre des Arbalestriers de
France en 1513.& Gouverneur
du saint Esprit. Ce Seigneur
épousa en premieres
nôces Claude de Traves
,
fille
de Thibaud Seigneur de Draci
, & en seconde Claudine
de la Baume, fille de Marc
Comte de Montrevel, desquelles
il a eu plusieurs enfans.
René de Prie Cardinal Eve-,
que de Bayeux ,Abbé de
Bourgüeil ;
soutenuducredit
de son coufin germain, le
Cardinal d' Amboise, il s'éleva
auxDignitez de grand Archi-
! diacre de Bourges, d'Abbé.
i de Bourg -
Dieu,de la Prée
,
d'Evêquc de ~Laboure ,
de
Limoges
,
de Bayeux, &enfin
1 à celle de Cardinal qu'il obtint
i du Pape JulesII. en 1507.
[ deux ans aprés le Cardinal de
* Priealla à Rome & s'y trou- va avec le Cardinal de Clermont,
lorsque le Pape Jules
II. prie les armes contre le
Roy Loüis XII. ce Pontise
fie arrêter le Cardinal de Clermont,&
deffendit au Cardinal
de Prie de sortir de Rome
fous peine d'être privé defcg
Benefices ; mais ces précautions
furent inutiles. Les
Cardinaux de Prie
,
de Carvaïal,
de saint Severin & quelqu'autres
se retirerent à Gennes
d'oùils vinrent à ~Pise
tenir leur Concile; ce coup
irrita furieusement le Pape,
qui les priva du Cardinalat ;
mais ils furent rétablis fous
Leon X. Le Cardinal de Prie
mourut en France "le!). Septembre151
6. & fut enterré à
l'Abbaye de la Prée,où l'on
voit son Tombeau.
Aymar de Prie IIdu nom
Marquis de Coucy
,
Baron de
Montpoupon épousa le 13.
Mars 1593. Loüise de du
Hautaner,fillede Guillaume
Seigneur de Fervaques Maréchal
de France
,
dont il eut
Aymar de Prie tué au fervicc
du Roy au Siege de Montauban,
en 162 1. Loüis & François
de Prie Baron de Plannas
de qui Marie Brochart fillede
Pierre Seigneur de Marigny, a
laissé N.dePre quia des enfans.
-
Loüis de Prie,Marquis de
ToucyépousaFrançoise de
saint Gelais fille d'Artus, Seigneur
de Lanzac
,
& de
Françoise de ~Souvré, morte
le 29. Avril 1693. dont ila
eu Charlotte de Prie mariée le
27. Fevrier ~1639. à Noël de
Bullion
,
Marquis de Gallardon,
Sei1gn)eur de Bonnelles Conseiller d'honneur au Parlement
de Paris & Commandeur
des Ordres du Roy ,
morte le 14. Novembre
1700. âgée78.de Loüise de
Prie Marquise de Toucy
Gouvernante des Enfans de
France,&Surintendante de
leurs Maisons
,
alliée le 22.
Novembre1650. àPhilippe
de la Mothe-~Houdancourc
Duc de Cardonnc Maréchal
de France, morte le 6. Janvier
1709. âgée 85. ans.
François de Prie Baron de
Plannas
,
aprés la mort de
Loiiis det Prie son aîné,
demeura le Chefde la maison.
Il épousa Marie Brochardfille
de Pierre Brochard Seigneur
de Marigny, Maistre des Requestesdel'Hôtel
de la Ville.
Il eut pour enfans Aymara
Antoine, Edme ,& Jean de
Prie.
Aymar Antoine de Prie,
âiné de la Maison
,
Baron de
Plannas &c. Maréchal de
Camp, épousa Jaqueline de
Ferrésfilleunique de N. Ferrés
dont il ~eur Leonor & Loüis
de Prie, qui a épousé Mlle.
de Pleneuf.
Roland Aymar de Prie
Abbé du Papat
,
& Leonor
de Prie Capitaine de Cavalerie.
Madame la Princesse de
Ting yJ acoucha le 30. Novembre
d'un fils, que 1on
nomme le Comte de Luxe,
Elle est femme de MclIirc
Christian Loiiis de Montmorency-
Luxembourg, comme
cy devant fous le nom de
Chevalier de Luxembourg,
& depuis son mariage fous le
nom de Prince de Tingry. Il
cd fils de feu Mr le Mare-
~chai de Luxembourg, & frere
de Mr le Duc de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie
, premier de Mr le
Duc de Chastillon & de Madame
la Princesse de Neufchastel
; je ne puis étendre
davantage 1 Eloge de la Maison
de Montmorency que
celle que je vous ay donnée
cy-devant dans le Mercure
du mois de Décembre 1711,
lorsque je vous ay parlé du
mariage de Mondit Seigneur
le Prince de Tin^ry où je
- renvoye le Lecteur. Quand à
la famille de Madame la Princesse
de Tingry
,
elle se nomme
Marie LouisedeHarlay;
elleestfillede flire A-bilcs
de Harlay 4e du nom, Comte
de Beaumont, Conseiller
d'Etat, & de Dame Anne
RenéeduLoüet, fille du Marquis
de ~Coeijanval, Doyen
du Parlement de ~Brecagne,
& petite fille de Achiles de
Harlay 5e du nom, Comte
de Beaumont, premier Pulîdent
au Parlement de Paris,
quia rempli cette haute dignité
avec tanr d intégrité & de
gloire pendant l'espace de 18.
ans Cette famille de Harlay
descend de Gautier de Harlay,
Sergent d'armes du Roy, qui
vivoit en 1397, & depuis luy
Madame la Princesse de Tingry
est au onziémedegré.
Cette famille a donné de tresgrands
hommes, Robert de
Harlay, Baron de Monglac
a esté grand Louvetier de
France; Jean de Harlay a
esté Chevalier du Guet, à
Paris en 1461. Christophe de
Harlay, suc President à Mortier
à Paris en 1555. Achiles
deHarlay fut President à mortier,
Conseiller d'Etat, puis
Premier President. Achiles de
Harlay 20
c: du nom fut Conseiller
au Parlement, Maistre
des Requestes, Conseiller d'Erat
, puis Procureur General
en 1661. pere d'Achiles 3e.
du nom, dont j'ay parlé cydessus
& qui fut Conseiller au
Parlement, Procureur Genc*
ral, enfin premier President,
qui ~écoit l'Ayeul de Madame
la Princesse de Tingry.
Cette famille s'est divisée -
en plusieurs branches dans lesquelles
il s'est rencontré quantité
d'hommes tres illustres,
& des alliances tres ~confiierables
; entr'autres Nicolas
Auçufte de Harlay, Maistre
des Requestes, qui a esté un
tres grand Negotiateur commeila
paru dans ses Ambassades,
ayant esté Plenipotentiaire
à Francfort en 1681.
& pour la Paix generale à ~Rifvick
en 169j.
L'Eglise a eu des ~Prelacs de
distinction de cette famille
dans la branche de Chamvalon,
entrautres François de
Harlay, Abbé de S. Victor,
premier Archevesque Roüen,
& François de Harlay, son
Neveu, & son successeur à
l'Archevesché de Roüen,puis
Archevesque de Paris, Duc.
de S. Clou, en faveur de qui
le Roy Louis XIV. érigea
la Terre de S Clou en Duché
Pairie, & pour luy & ses
successeurs, Archevesques de
Paris, le Roy le fit aussi Commandeur
des ses Ordres ~cn
2664. & le nomma au Cardinalat
en 1690. pour la premiere
Promotion qui se feroit
en faveur desCouronnes:mais
la mort l'empêcha en 1695.
de recevoir cet honneur.
Fermer
Résumé : MARIAGE.
Le texte traite des mariages et des lignées de deux familles nobles françaises : la famille de Prie et la famille Harlay. Le Marquis de Prie, aide de camp du Duc de Bourgogne en 1702 et 1703, et colonel d'un régiment de dragons en 1713, épousa Agnès Berthelot le 28 décembre. Agnès Berthelot était la fille d'Étienne Berthelot, écuyer et seigneur de Pleneuf, conseiller du roi et directeur général de l'artillerie de France. Étienne Berthelot avait neuf enfants, dont six garçons et trois filles, mariés à des personnalités influentes. La famille de Prie est décrite comme l'une des plus anciennes et illustres du royaume, ayant produit de grands hommes et divers officiers de la couronne. Plusieurs générations de la famille de Prie sont mentionnées, ainsi que leurs alliances matrimoniales et leurs rôles militaires et politiques. Par exemple, Jean de Prie, seigneur de Buzancois, servit lors du siège d'Ypres en 1318. René de Prie, cardinal et évêque de Bayeux, obtint le cardinalat en 1507. Aymar de Prie, marquis de Coucy, épousa Louise de Hautemer en 1593. Le texte mentionne également la famille Harlay, dont Marie Louise de Harlay, princesse de Tingry, est issue. Cette famille a produit de nombreux hommes illustres, tels que Robert de Harlay, grand louvetier de France, et Achille de Harlay, premier président au Parlement de Paris. François de Harlay, archevêque de Rouen et de Paris, fut élevé au cardinalat en 1690.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
87
p. 225-249
LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
Début :
En une Ville de basse Bretagne brilloit, malgré sa laideur [...]
Mots clefs :
Bretagne, Marquis, Baron, Magistrat, Mariage, Duperie, Dot, Laideur, Amour, Stratagème, Sincérité, Contrat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
LABELLEL.AIDE
ou la Duperie de Bretagne
,
Avanture de
l'an passé. -
ENuneVille de basse
Bretagne brilloit, malgré
sa laideur,une fille
de condition, c'estoit un
prodige; car avec des
traits, dont la description
auroit donnél'idée
d'une très-laide personne,
elle avoit desja fait
de très-fortes passions.
Elle avoit les yeux petits,
le _fi.ont étroit, le nez
court & relevé, la bouche
fort grande, mais de
belles dents, un rire agréable,
un air de vivacité
répandu dans tous
les traits, la rendoient la
plus piquante personne
du la Province, en forte
qu'on la nommoit par
singularité la belle laide.
UnMarquis passionnément
amoureux d'elle,
mais qui n'avoit pas aiIèz
de bien pour l'épouser,
elle qui n'en avoit point
du tout, fit une campagne
dans la marine, Se
rencontra en plusieurs
endroits un Baron negociantqui
avoit fait plusieurs
voyages sur mer
moitié guerre,moitié
marchandise, &C n'avoit
réüssi ny à l'un ny a.rau"
tre,estant tres-pesant de
genie.Ayant fort peu de
sens& de hardiesse il perdit
par avarice beaucoup
d'occasions de gagner. Il
avoit mis sur un vaisseau
quelque argent, ce vaisseau
ayant peri, il se dégoutta
du negoce, & resolut
de revenir sur son
pallier où il vivoit dans
une de fès terres fort engagée
par les pertes qu'il
avoit faites. Ce Barcn
devenu très-mal aisé,pria
fès amis de luy chercher
quelque femme jeune ou
vieille, belle ou laide,
vertueuse ou non >
pourvû
qu'elle luyapportast
de l'argent comptant. Il
ne luy importoit
, cette
espece d'aviscirculaire
qu'il donnoit à la Province
du besoin qu'il avoit
de se marier
,
vint aux
oreilles du Marquis, qui
trouva dans la bourse de
ses amis dix mille écus
d'argent comptant, avec
lesquels il medita de faire
la fortune de sa belle laide
& la sienne en la maoiere
que vous allez voir,
& à l'occasiond'une Lettre
qu'il receut de Cadis
en ce temps-là.
Un amy du Marquis
qui l'avoit veu à Cadis
avec le Baron, & qui estoit
alors à Cadis où un
ancien associé du Baron
estoit en peine de sçavoir
ce qu'il estoit devenu,
écrivit au Marquis de
luy faire sçavoir si le Baron
estoit en Bretagne,
& luy manda par occailon
que c'estoit pour luy
donner avis que son ancien
associé avoit recouvert
depuis peu sur les
debris de ce Vaisseau qui
avoit pery, plusieurs effets,
qui pour la part du
Baron se montoient à peu
présàcinquante mille
écus. Sur cette Lettred'avis)
ce Marquis qui eût
esté assez passablement
honneste homme s'il eût
esté riche
, &C s'iln'eût
point esté amoureux, oublia
en ce moment l'exade
probité pour le rendre
legitimemaistre de
cescinquante mille écus,
en profitant de la betise
&dela paressedu Baron.
Voicyce qu'ilfitdeconcert
avec sa belle laide.
Une fille plus vieille
que jeune,& réellement
trés
-
laide, les seconda
dans cette intrigue:elle
alla trouverun Magistrat
de la Ville de homme
aisé à tromper, parce
qu'il estoit bon & charitable
table, elle luy dit qu'estant
de famille delicate
sur l' honneur, elle seroit
assomée par deux brutaux
de freres qu'elle avoit,
si elle ne se marioit
au plus viste, parce que,
disoit-elle
, pour sauver
son honneur elle n'avoit
point de temps à perdre;
& pour faire croire qu'elle
avoitraison de se presser,
elle avoit un peu outré
son deshabillé&
garni son corset. Le Magiftrat
eutpeine à estre
desabusé de la sagesse de
lafille, parce qu'elle estoit
d'une laideur à rester
fage toute sa viemalgré
qu'elle en eust. Enfin le
Magistrat luy promit de
proposer au Baron les dix
mille écus qu'elle offrit,
& de disposer adroitement
le Baron à la prendre
en deshabillé en faveur
des dix mille écus;
& il fut resolu, qu'on
addresseroit leBaronchez
une Dame avec qui elle
logeoit, & qu'on luy
diroit d'y aller incognito
fous quelqueprétexte,
pour voir si la laideur ne
le rebuteroit point.
Deux jours aprés le
Baronalla de la part du
Magistrat chez l'hofleffe
intrigantedecette entreveuë
qui l'entretint un
moment de la laideur singuliere
de la fille à marier
,luy disant qu'elle ne
laissoit pas d'avoir quelque
agrément. Enfin, elle
luy fit voir la belle laide
au lieu de la laide laide:
d'abord le Baron en
fut charmé
,
& il en devint
passionnément amoureux.
A la seconde
visite il fit confidence de
son amour au Magistrat
qui avoit entendu quelquefois
parler de la belle
laide, & qui estant un
bon homme fort retiré,
la confondit avec la laide
laide qu'il avoit vue. Il
ne pouvoit pourtant
s'empescher d'admirer
comment le Baron en estoit
devenu amoureux ;
& le Baron luy répondoit
qu'en effet elle n'avoit
pas les traits beaux,
mais qu'elle l'avoit charmé.
Le Magistrat n'ayant
nul interest d'approfondir
d'avantage ce qui
pro quo, luy dit que
puisqu'il estoit content
il n'avoitqu'à convenir
de ses faits, & qu'il iroit
signer le contrat, mais
que puifqu'il s'estoitentremis
pour ce mariage,
qu'il prit bien garde à ne
luy pas donner parole
mal - à- propos, & à ne
luy point faire de reproches
dans la suite; qu'il
ne luy garantiffoit la fille
qu'à l'égard des dix mille
écus. LeBaron protesta
qu'il estoit dans une impatience
extrême
,
Se que
dés le lendemain on termineroit.
- Le Magistrat qui set
toit informé à quelqu'un
qui estoitla belle laide,
avoit esté instruit qu'un
Marquis en estoit devenu
fort amoureux; & sans
sortir de son erreur l'a
crut tousjours la mesme
qui l'estoit venu trouver.
Le jour fut pris enfin
pour le - lendemain
, &
enprenant ce dernierrendez
vous la laide belle
qui avoittousjours imité
le deshabiller dontl'autre
avoit dit la cause au Magistrat,
affectasurtout ce
jour-là del'estaller encore
davantage, en mesme
temps que ses charmes
achevoient de déterminer
le Baron à supporter les
malheurs qu'on luyavoit
fait pressentir
,
& qu'il
avoit à demy preveu,
comme nous l'avons dit.
Il estoit donc passionnément
amoureux, & n'avoit
sur l'amour qu'une
delicatesse basseBretonne.
Vous
Vdousoavezveu Gi;3 le bonne &>y;*
qui la donnoit au^Bai'ard
avoit estétrompé luymesme
par le manege de
la laide, &qu'il ne s'étoit
point trouveauxieh-f>
trevuësde la belle laide
&C du Baron, ce qui causace
qui pro quo que
vous verrez dans lafuite;l
La belle laide cruë enceinte
par le Baron, signa,
lapremièreune promessè
de mariage fous sein privé,
&C feignant après
avoir écrit son nom, une
honte subite 6C un remors
d'avoir à se reprocher
de ne pas avouer
franchementàson époux
qu'elle n'avoir pas un
coeur tout neuf, le tira à
quartier dans un coin de
la chambre, & luy avoüa
les yeux en pleurs, qu'il
feroit obligé de fairedans
troismoisladépensed'un
Baptême. Le Breton enchanté
de la beauté & de
la sinceritéde sa nouvelle
épouse
,
pleura aussi de
son costé, & enfuitevint
signer la promesse qu'ils
avoient quittée de vûë.
On attendoit avec impatience
,
disoit on,le Magistrat
qui devoit signer
comme témoin. Dans
cette impatiencel'épouse
monta en carrosse pour
eller au devant de luy, &C
quelque temps après on
vit revenir avec le Magistrat
la laide laide, qui
du plus loin qu'elle vit le
Baron courut l'embrasser
comme époux. M.le Baron
voyant cet épouvantail,
s'éstonna
,
setroubla,
& jura bas Breton que ce
n'estoit point la celle qui
avaitsigné : ceux qui estoient
du complot luy dirent
qu'il extravaquoit,
& le Magistrat qui n'avoit
jamaisveu que celle-
là, le crut réellement
extravagant,quandilluy
jura que celle à qui il setoit
mariéestoitcharmante.
Voicy commenton la
voit escamotée pour luy
substituer la laide affreuse.
La belle après avoir
signé un papier, avoit
occupé les yeux 6c le
coe) ur du Baron, pendant
qu'on substitua un
Wrc papier où celle-cy
avoit réellement
-
signé,
-&cestoit ce dernier que
le Baronavoit signéaussi,
ensortequ'il estoit rnai'ié
avec la laide qui luy apportoit
à ce qu'il crut ui*
enfanten mariage.D'ailleurs
les dix mille écus estoient
réellement sur table
,
& c'est ce qui tenoit
au coeur du Baron à qui
on proposa que si ce mariage
ne luy convenoit
pas qu'on pouvoitannullex
l'affaire. Comme on
vit qu'ilnepouvoit se refoudre
ny à lascher les
trente mille francs ny à fè
charger de la laide enceinte,
le Marquis qui
-èftOlt present luy fit une
proposition en ces termesf
Rien n'est plus vray- ,
Monsieur, que tout ce
qu'on vous 3. dit, &je
fuis passionnément amoureux
de cette belle
laide,& si amoureux ,
que j'avaisdessein de
l'emmener à Cadis. Vous
avez euautrefois quelque
actionsurun vaisseau qui
apery, si vous voulezme
ceder la part que vous y
av ez, j'iray denleÍlcI: làies
cequ'onpourroit en
civo r sauvé, & à tout hazard
je vous lâisse ces dix
mille écus d'argent com-
-ptspt& jcod"a& charge
.ducciitràti'j Letraité fut
conclu, &cequele Baron,
ceda au Marquis se
trouva assez considerable
pour servir de dor à» sa
bcitc maistresse oui n'avoit
jamais commis aucui-
ie faute contre sr*on honneur, mais bien contre
la sincerité en trompant
le Magistrat& le
Baron.
ou la Duperie de Bretagne
,
Avanture de
l'an passé. -
ENuneVille de basse
Bretagne brilloit, malgré
sa laideur,une fille
de condition, c'estoit un
prodige; car avec des
traits, dont la description
auroit donnél'idée
d'une très-laide personne,
elle avoit desja fait
de très-fortes passions.
Elle avoit les yeux petits,
le _fi.ont étroit, le nez
court & relevé, la bouche
fort grande, mais de
belles dents, un rire agréable,
un air de vivacité
répandu dans tous
les traits, la rendoient la
plus piquante personne
du la Province, en forte
qu'on la nommoit par
singularité la belle laide.
UnMarquis passionnément
amoureux d'elle,
mais qui n'avoit pas aiIèz
de bien pour l'épouser,
elle qui n'en avoit point
du tout, fit une campagne
dans la marine, Se
rencontra en plusieurs
endroits un Baron negociantqui
avoit fait plusieurs
voyages sur mer
moitié guerre,moitié
marchandise, &C n'avoit
réüssi ny à l'un ny a.rau"
tre,estant tres-pesant de
genie.Ayant fort peu de
sens& de hardiesse il perdit
par avarice beaucoup
d'occasions de gagner. Il
avoit mis sur un vaisseau
quelque argent, ce vaisseau
ayant peri, il se dégoutta
du negoce, & resolut
de revenir sur son
pallier où il vivoit dans
une de fès terres fort engagée
par les pertes qu'il
avoit faites. Ce Barcn
devenu très-mal aisé,pria
fès amis de luy chercher
quelque femme jeune ou
vieille, belle ou laide,
vertueuse ou non >
pourvû
qu'elle luyapportast
de l'argent comptant. Il
ne luy importoit
, cette
espece d'aviscirculaire
qu'il donnoit à la Province
du besoin qu'il avoit
de se marier
,
vint aux
oreilles du Marquis, qui
trouva dans la bourse de
ses amis dix mille écus
d'argent comptant, avec
lesquels il medita de faire
la fortune de sa belle laide
& la sienne en la maoiere
que vous allez voir,
& à l'occasiond'une Lettre
qu'il receut de Cadis
en ce temps-là.
Un amy du Marquis
qui l'avoit veu à Cadis
avec le Baron, & qui estoit
alors à Cadis où un
ancien associé du Baron
estoit en peine de sçavoir
ce qu'il estoit devenu,
écrivit au Marquis de
luy faire sçavoir si le Baron
estoit en Bretagne,
& luy manda par occailon
que c'estoit pour luy
donner avis que son ancien
associé avoit recouvert
depuis peu sur les
debris de ce Vaisseau qui
avoit pery, plusieurs effets,
qui pour la part du
Baron se montoient à peu
présàcinquante mille
écus. Sur cette Lettred'avis)
ce Marquis qui eût
esté assez passablement
honneste homme s'il eût
esté riche
, &C s'iln'eût
point esté amoureux, oublia
en ce moment l'exade
probité pour le rendre
legitimemaistre de
cescinquante mille écus,
en profitant de la betise
&dela paressedu Baron.
Voicyce qu'ilfitdeconcert
avec sa belle laide.
Une fille plus vieille
que jeune,& réellement
trés
-
laide, les seconda
dans cette intrigue:elle
alla trouverun Magistrat
de la Ville de homme
aisé à tromper, parce
qu'il estoit bon & charitable
table, elle luy dit qu'estant
de famille delicate
sur l' honneur, elle seroit
assomée par deux brutaux
de freres qu'elle avoit,
si elle ne se marioit
au plus viste, parce que,
disoit-elle
, pour sauver
son honneur elle n'avoit
point de temps à perdre;
& pour faire croire qu'elle
avoitraison de se presser,
elle avoit un peu outré
son deshabillé&
garni son corset. Le Magiftrat
eutpeine à estre
desabusé de la sagesse de
lafille, parce qu'elle estoit
d'une laideur à rester
fage toute sa viemalgré
qu'elle en eust. Enfin le
Magistrat luy promit de
proposer au Baron les dix
mille écus qu'elle offrit,
& de disposer adroitement
le Baron à la prendre
en deshabillé en faveur
des dix mille écus;
& il fut resolu, qu'on
addresseroit leBaronchez
une Dame avec qui elle
logeoit, & qu'on luy
diroit d'y aller incognito
fous quelqueprétexte,
pour voir si la laideur ne
le rebuteroit point.
Deux jours aprés le
Baronalla de la part du
Magistrat chez l'hofleffe
intrigantedecette entreveuë
qui l'entretint un
moment de la laideur singuliere
de la fille à marier
,luy disant qu'elle ne
laissoit pas d'avoir quelque
agrément. Enfin, elle
luy fit voir la belle laide
au lieu de la laide laide:
d'abord le Baron en
fut charmé
,
& il en devint
passionnément amoureux.
A la seconde
visite il fit confidence de
son amour au Magistrat
qui avoit entendu quelquefois
parler de la belle
laide, & qui estant un
bon homme fort retiré,
la confondit avec la laide
laide qu'il avoit vue. Il
ne pouvoit pourtant
s'empescher d'admirer
comment le Baron en estoit
devenu amoureux ;
& le Baron luy répondoit
qu'en effet elle n'avoit
pas les traits beaux,
mais qu'elle l'avoit charmé.
Le Magistrat n'ayant
nul interest d'approfondir
d'avantage ce qui
pro quo, luy dit que
puisqu'il estoit content
il n'avoitqu'à convenir
de ses faits, & qu'il iroit
signer le contrat, mais
que puifqu'il s'estoitentremis
pour ce mariage,
qu'il prit bien garde à ne
luy pas donner parole
mal - à- propos, & à ne
luy point faire de reproches
dans la suite; qu'il
ne luy garantiffoit la fille
qu'à l'égard des dix mille
écus. LeBaron protesta
qu'il estoit dans une impatience
extrême
,
Se que
dés le lendemain on termineroit.
- Le Magistrat qui set
toit informé à quelqu'un
qui estoitla belle laide,
avoit esté instruit qu'un
Marquis en estoit devenu
fort amoureux; & sans
sortir de son erreur l'a
crut tousjours la mesme
qui l'estoit venu trouver.
Le jour fut pris enfin
pour le - lendemain
, &
enprenant ce dernierrendez
vous la laide belle
qui avoittousjours imité
le deshabiller dontl'autre
avoit dit la cause au Magistrat,
affectasurtout ce
jour-là del'estaller encore
davantage, en mesme
temps que ses charmes
achevoient de déterminer
le Baron à supporter les
malheurs qu'on luyavoit
fait pressentir
,
& qu'il
avoit à demy preveu,
comme nous l'avons dit.
Il estoit donc passionnément
amoureux, & n'avoit
sur l'amour qu'une
delicatesse basseBretonne.
Vous
Vdousoavezveu Gi;3 le bonne &>y;*
qui la donnoit au^Bai'ard
avoit estétrompé luymesme
par le manege de
la laide, &qu'il ne s'étoit
point trouveauxieh-f>
trevuësde la belle laide
&C du Baron, ce qui causace
qui pro quo que
vous verrez dans lafuite;l
La belle laide cruë enceinte
par le Baron, signa,
lapremièreune promessè
de mariage fous sein privé,
&C feignant après
avoir écrit son nom, une
honte subite 6C un remors
d'avoir à se reprocher
de ne pas avouer
franchementàson époux
qu'elle n'avoir pas un
coeur tout neuf, le tira à
quartier dans un coin de
la chambre, & luy avoüa
les yeux en pleurs, qu'il
feroit obligé de fairedans
troismoisladépensed'un
Baptême. Le Breton enchanté
de la beauté & de
la sinceritéde sa nouvelle
épouse
,
pleura aussi de
son costé, & enfuitevint
signer la promesse qu'ils
avoient quittée de vûë.
On attendoit avec impatience
,
disoit on,le Magistrat
qui devoit signer
comme témoin. Dans
cette impatiencel'épouse
monta en carrosse pour
eller au devant de luy, &C
quelque temps après on
vit revenir avec le Magistrat
la laide laide, qui
du plus loin qu'elle vit le
Baron courut l'embrasser
comme époux. M.le Baron
voyant cet épouvantail,
s'éstonna
,
setroubla,
& jura bas Breton que ce
n'estoit point la celle qui
avaitsigné : ceux qui estoient
du complot luy dirent
qu'il extravaquoit,
& le Magistrat qui n'avoit
jamaisveu que celle-
là, le crut réellement
extravagant,quandilluy
jura que celle à qui il setoit
mariéestoitcharmante.
Voicy commenton la
voit escamotée pour luy
substituer la laide affreuse.
La belle après avoir
signé un papier, avoit
occupé les yeux 6c le
coe) ur du Baron, pendant
qu'on substitua un
Wrc papier où celle-cy
avoit réellement
-
signé,
-&cestoit ce dernier que
le Baronavoit signéaussi,
ensortequ'il estoit rnai'ié
avec la laide qui luy apportoit
à ce qu'il crut ui*
enfanten mariage.D'ailleurs
les dix mille écus estoient
réellement sur table
,
& c'est ce qui tenoit
au coeur du Baron à qui
on proposa que si ce mariage
ne luy convenoit
pas qu'on pouvoitannullex
l'affaire. Comme on
vit qu'ilnepouvoit se refoudre
ny à lascher les
trente mille francs ny à fè
charger de la laide enceinte,
le Marquis qui
-èftOlt present luy fit une
proposition en ces termesf
Rien n'est plus vray- ,
Monsieur, que tout ce
qu'on vous 3. dit, &je
fuis passionnément amoureux
de cette belle
laide,& si amoureux ,
que j'avaisdessein de
l'emmener à Cadis. Vous
avez euautrefois quelque
actionsurun vaisseau qui
apery, si vous voulezme
ceder la part que vous y
av ez, j'iray denleÍlcI: làies
cequ'onpourroit en
civo r sauvé, & à tout hazard
je vous lâisse ces dix
mille écus d'argent com-
-ptspt& jcod"a& charge
.ducciitràti'j Letraité fut
conclu, &cequele Baron,
ceda au Marquis se
trouva assez considerable
pour servir de dor à» sa
bcitc maistresse oui n'avoit
jamais commis aucui-
ie faute contre sr*on honneur, mais bien contre
la sincerité en trompant
le Magistrat& le
Baron.
Fermer
Résumé : LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
Le texte décrit une intrigue en Bretagne impliquant une jeune femme surnommée 'la belle laide' en raison de ses traits ingrats mais de son charme. Un Marquis amoureux mais sans fortune apprend qu'un Baron ruiné cherche une épouse fortunée. Le Marquis, aidé par la 'belle laide' et une complice plus âgée et réellement laide, élabore un plan. La complice persuade un magistrat de proposer le mariage au Baron en se faisant passer pour une jeune femme en détresse. Le magistrat, trompé par son apparence, accepte de faciliter le mariage. Le Baron, charmé par la 'belle laide' qu'il prend pour la complice, accepte de l'épouser. Lors de la signature du contrat de mariage, une substitution est effectuée : la 'belle laide' signe un faux document, remplacé par celui de la complice laide. Le Baron découvre la supercherie après la signature mais est contraint d'accepter en raison des dix mille écus promis. Le Marquis révèle alors son amour pour la 'belle laide' et propose au Baron de racheter sa part dans un vaisseau naufragé en échange des écus et de la charge de la laide. Le Baron accepte, permettant ainsi au Marquis et à la 'belle laide' de vivre ensemble avec la fortune récupérée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
88
p. 3-41
LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
Début :
Une veuve de condition mediocre, assez bonne, passablement bête, & [...]
Mots clefs :
Mère, Marquis, Thérèse, Dorimont, Amants, Fortune, Riche, Conseiller, Mariage, Chambre, Premier président, Amis, Lettre, Femme de chambre, Faux commissaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
LES DOUZE AMANS.
Avanittre nouvelle.
Ne veuve de
condition mediocre,
assez bonne,
passablement bête,
& fort ambitieuse, fondoit
sa fortune sur la
beauté de sa fille unique.
Cette fille avoit
toutes les bonnes qualitez
qu'on peut joindre à
une beauté parfaite, &
meritoit la prévention
que sa mere avoit pour
elle.Peu après que cette
mere l'eut retirée du
Convent,il se presenta
un parti trés-convenable
: un jeune homme
aimable, qui avoit autant
de bien Se de naissance
qu'il en saloir, la
fit demander par Tes parens.
Lamere, à qui on
en fit la proposition, ne
put trouver d'autre raison
pour le refuser, finon
que cetoitdommage
de donner une fille
comme la tienne au premier
amant oui le presentoit,
&C que peut-être
s'en preicncefoit-il
de plus riche; enfinque
quand sa fille seroit une
fois pourvuë, elle ne
pourroit plus courir le
hazard d'une :', grande
fortune: qu'il faloit du
moins attendrequelques
années, après quoy elle
pourroit penser à lui si
elle ne trouvoit pas
mieux.
Pareils discours auroient
sans doute rebuté
l'amant, que nous appellerons
Doritnont : mais
il étoit devenu vcritablement
amant, &Thevese
( c'était le nom de
la fille) l'aima réciproquement
> & ils prirent
ensemble la resolution
de tromper innocemment
la mere, pour la
faire consentir à un marriage
qui lui étoit avantageux.
Dorimont soupant
un foiravec deux
de ses amis chez une
soeur mariée qu'il avoit,
setoit plaint à eux de
son malheur ; ce cette
soeur,qui avoitl'esprit
inventis& plaisant, concerra
avec les deux amis
& son frere ce que vous
allez voir dans la fuite.
Dés le lendemain l'un
de les amis
,
qui éroit un
jeune Conseiller à marier
&: plus riche que
Dorimonc, alla trouver
la mere, dont safamille
& ses biens étoient connus
, & luy demanda
Thereseen mariage. La
mere se tournant aussitôt
du côté de sa fille,
lui dit : Eh bien, ma
fille, tu vois qu'une fille
ne perd rien pour attendre.
Vous avez bien raison,
ma mere,répondit
Therese, & si nous àvions
acceptél'autre parti,
celui -ci, qui vaut
mieux, ne se feroit pas
presenté. C'est pourquoy,
reprit la mercen
parlant au Conseiller,
vous me permettrez de
vous faire attendrequelquesannées.
Je vous entends,
répondit le Conseiller,
s'il sepresente un
President, vous le prefcrerez
à moy qui ne fuis
que Conseiller : je ne
veux point attendre un
refus, &, jeme le tiens
pour dit, je n'y penserai
plus.
Le lendemainl'autre
ami deDorimont, qui
étoir d'une riche maison,
vintoffrir desbiens considerables
à la mere de
Therese,quis'applaudit
fort d'avoir refusé la
veille le Conseiller. Le
:
Chevalier fut reçû beaucoup
mieux que le Conseiller,
& on ne lui demanda
à lui que laclau-
: se des six mois; a près
quoy, s'il ne se pre sentoit
rien de mieux, on
se feroit honneur de l'aciCCPter
pour gendre.
Quelques jours après
Dorimont, quela veuven'avoit
presque point
vû,parcequ'ilavoirfait
demander Therese par
safamille,sefitdeblond
qu'il éroit, un brun à -
sourcilsreceints, & em- -
pruntant le nom & le-N
quipage d'unriche Marquis
qui étoit brun, .&
connu même par quelques
Dames fous le nom
du brun vif du Fauxbourg
saint Germain, il
alla faire le passionné de
Therese, se trouva à
quelques bals & autres
endroits, pour obliger
la mere à avoir quelque
ombrage des poursuites
qu'il faisoit sans parler
de mariage.Therefeun
jour en fit la fausse considenceà
sa mere , qui
étoit prête à lui en faire
des reproches, & Therese
lui promit de faire
expliquer le Marquis
brun à la premiere occation.
Cette premiere
occasion se presenta
quand Therese jugea à
propos deld'ire à sa mere, r- 1 quellesetoitpresentée,
& feignant d'être fort
affligée,elle, lui dit la
larme à I'oeil,qu'elle aimoit,
le Marquis, &qu'-
elle craignoit bien qu'il
- ne fut accepte que comme
les autres ,
à.conditiond'êtrelepis-
aller;
que ce Marquis étoit sier
& n'avait point voulu se
presenter qu'il ne fût
sur, d'autant qu'un pareil
refus lui feroit tort
dans le monde. Je m'en
çonsole, répondit la merc
car onma parlé ce
matin d'un Comte qui
eU bien plus riche que
lui. En effet, on avoit
fait parler par quelque
femme du quartier d'un
Comte Allemand, qui
etoit devenu amoureux,
disoit-on, de Thercfe à
un concerta & tout cela
étoit un jeu joué comme
te reste. Voila donc
déja sur les rangs le véritable
amànt Dorimont
Sele Marquisqû'ilreprefencoit
incognito;. le
Chevalier, le Conleiller
& le Comtey cela fait
déjàcinq amans que la
mere croit avoir à son
choix : voyons les autres.
La soeur de Dorimont
s'habilla en veuve, &
en grand équipage de
deuil alla trouver la mere
deTherese,& laconjura
de ne lui point donner
lechagrindaccepri
ter pour gendre un fils
uniunique
, riche héritier
de feu sonmari,& en
âge de se marier malgré
elle,&quidevoitluidcmander
sa fille en mariage
> & ce fut la fille
de chambre de la soeur
qui avec un habit d'heritier
en grand deüil fit
son personnage le foir
même, 8c lefit de façon
à faire presque consentir
sans delay la mere
: mais dans cemême
soirelle reçut une lettre
de Province, par laquelle
le premier President
de. qui avoit vû
safille au Convent, la
lui demandoiten mariage.
Cetétablissementsolide
la fit renoncer à la
poursuite de l'autre, &
elle attendit des nouvelles
du premier President
huit jours entiers, pendant
lesquels plusieurs
autres épouseurs,. tous
partant de la mêmesabrique,&£
tous enchetifTanî:
les uns sur les autres
en biens & en fortune.
Ils pen serent faire
tourner la tête à la mere
, &C la firent resoudre
à refuser cous ceux qui
se presenteroient, ne
doutant point que le
dernier quiviendroit ne
fût un Duc ou quelque
Prince étranger, & ne
voulant plus se determinerqu'à
ce prix.
:
Elle attendit le Prince
Se le Duc pendant
quinze jours, qui penserent
la faire mourir
d'inquietude & d'embarras;
cartous les amans
qui étoient, à ce qu'elle
croyoit, au nombre de
douze, se mirent à faire
des pourfuires si vives,
qu'à chaque heure du
jour, & même de lanuit,
elle recevoit une lettre
par des laquais de differentes
livrées , & chacun
envoyant aussi des
presens, non assez grands
pour lui faire plaisir,
mais en assez grand nombre
pour la fatiguer,
comme fruits, confitures,
gibier; & tous ces
valets de pied, pages,
laquais, gentilshommes
même la réveillant dés
la pointe du jour, elle
fut bientôt aussi laffedes
amans de sa fille, qu'un
homme à bonne fortune
affecte de l'estre de fcs
maîtresses.
Enfin elle resolut de
fermer sa porte,d'autant
plus que le Marquis
brun, dont elle
commençoit à se défier
beaucoup pour l'honneur
de sa fille, se servoit
de toutes ces allées
& venuës pour voir sa
fille dans les momens
dérobez 5 k Therese,
trés-reservée au fond
pourDorimont, feignoit
de ne l'estre pas
tant pour le Marquis
brun, dontDorimont
joüoit, le rôlepour arriver
au dénoûment que
nous verrons dans la
suite.
La galante fiétion du
Marquis brun allasiloin
auxyeux de la mere,
qu'elle le vit sortit un
jour avant l'aurore de la
chambre de sa fille 5 car
ayant eu de violens sou pçons
par degrcz
,
elle se
resolut àguetter le ga- lant, qui afFcéla de se
glisser mysterieusement
lenez dans un manteau,
pour aller gagner une petite
porte qui donnoit
d1ans.u.ne cour par où il étoit entré1 un quartd'heure
devant. Lamere
crut donc qu'il avoit pa la nuit dans la
chambre de sa fille
,
où
elle entra outrée de colere,
pour la maltraiter
du moins de paroles:
mais elle ne trouva point
sa fille dans sa chambre,
elle avoit pris la précaution
tion de passer la nuit
dans un appartement
voisin qu'occupoit une
Dame fort vertueufc
dans ce même logis,&
la fille prouva par alibi
qu'elle n'avoit point vû
l'amant à bonne fortune.
Cette preuve étoit suffisante
pour prouver un
jour à sa mere que tout
ce qu'elle avoit vû &
devoit voir dans la suite
n'étoit qu'une feinte innocente:
mais cette preuve
ne passa alors que pour
une fausse justification
d'une faute réelle; k
quelque bête que fùt
cette merc, elle crut
voir clairement qu'il étoit
temps de marier sa
fille avant qu'une pareille
avanture eût fait
éclat. Cela fit qu'elle
borna son ambition au
premier President de
Province, & lui écrivit
une lettre à l'adresse qui
lui avoit été donnée
dans la pretenduëlettre
quelle avoit reçûë de
lui. Cette lettre partie,
elle fut huit jours sans
avoir réponse, & voici
le jeu qu'on joüa pendant
ces huit jours.
l, La femme de chambre
de la iceur de Dorimont
s'habilla en devote
à grande manche, un
chapelet à sa ceinture
,
8c ses heures dans son
manchon, fuivic d'une
petite servante de la même
parure. Ellealla demander
à parler en particulierà
la mere deTherese
> & aprés tous les
préambules necessaires à
cellesqui veulent calomnier
par charité chrétienlie)
elle lui donna avis de
'iintrigue du Marquis
-
orun, & conseil en mê-
- me temps de marier sa
fille avant que la chose
ik sçûë de gens qui ne
seroient pas si discrets
u'elle.
Le même matin la mere
ayant mené Thercfc
à la3elle entendit
parler un peu haut deux
Dames qui
-
s'entretenoient
enfembie de l'intrigue
de sa fille, &disoient
l'avoir apprise de
la fausse devote. Vous
devinez bien que ces
deux femmes étoient la
soeur de Dorimont&sa
femme de chambre, qui
prirent bien garde de se
posterde maniereauprès
de la mere,que personne
qu'elle ne pût entendre
une conversation qui
eût fait tort à la fille.
Toutes deux retournerent
au logis fort desolées
,
la mere l'étant
réellement, &la hIIeaffectant
de l'estre, &
priant sa mere de presser
le President de Province,
parce quedés qu'-
une devote &deux fem-
Bles du monde sçavoient
son histoire, elle deviendroit
bientôt publique.
La mere n'eut pas
pour cette alarme seules;
on lui en donna de toutes
parts, & toutcela
partoit toûjours du petit
nombre d'amis de Dorimont
déguisez en plusieurs
façons. L'un des
amis enfin s'habilla en
Commissaire, & alla
- trouver la mere, pour
lui donner avis qu'on alloit
plaider une affaire
qui perdroit sa fille
d'honneur; qu'ily avoit
eu un homme blessé à !
mort par le Marquis
brun à bonne fortune,
dans le temps qu'il fortoit
de chez sa fille &
qu'un autre y vouloit
entrer. A ce rapport la
mere fût morte enfin de
saisissement aprés toutes
les autres alarmes dont
elle étoit troublée:mais
le faux Commissaire promit
de traîner cette affaire,
& de l'empescher
d'éclater pendant quelques
jours, afinqu'elle
cftc le loisir de marier sa
fillç avec toute sa bonne
renommée, SC que l'affaire
n'éc latant qu'aprés
le mariage, elle seroit
alors sur le compte du
mari.
La mere remercia le
faux Commissaire, qui
lui fit mesme voir, pour
combler la mesure,quelques
vaudevilles faits sur
cette avanture, & qu'il
avoit étouffez dés leur
naissance.
La mere alors serieusement
pressée, & n'entendant
point de nouvelles
du riche President,
on pressa tort l'amant le
plus riche après lui, duquel
n'ayant pas réponse
prompte, on alla au devant
de celui qui valoit
mieux que le Comte,
& du Comte au Chevalier.
Enfin les douze amans
furent par gradation
de richesses sollicitez
par les mesmes canaux
par où ils avoient
fait demander Therese
en mariage : mais point
de réponse ni des uns ni
des autres.
Cette mere abandonnée
par tous ceux qui la
recherchoient, crut bien
deviner la cause de la
retraite &du silence des
douze amans; elle crut
sa filleperduë d'honneur
publiquement, &nefortoit
point de chez elle
qu'elle ne crust que tous
ceux qui regardoient sa
fille parce qu'elle étoit
belle,ne la regardassent
pour en médire. On la
laissa quelques jours das
ce supplice, & Therese
la prioit incessamment
de la remettre dans le
Convent pour toute sa
vie: mais la mere ne
pouvant s'y resoudre,
prit un jour la resolution
d'aller chercher dans un
- pays étranger la fortune
qu'elle ne pouvoit plus
esperer en France; &
pe qui lui fit prendre ce
parti defcfperé, ce fut
le dernier jour de cette
Comedie, qui fut pour
elle le pluscruel de tous:
car tous ces messagers de
lifferentes livrées qui
l'avoient importunée par
des presens, vinrent en
un seul jour l'accabler de
lettres trés- polies, qui
lui enfonçoient autant
de fois le poignard dans
le sein,en lui faisant sentir
que les douze amans
cedoient Therese au
Marquis brun, qui envoya
aussi sa lettre de
refus, alleguant ses bonnes
fortunes pour excuse.
On laissa la mere desolée
vingt- quatre heures
dans cette situation
> & le lendemain parut le
fidele Dorimont, à qui
on n'avoit osé recourir,
parce qu'ilavoir paru le
plus offensé des preferences.
Il arriva donc,
comme ayant paffé tout
le mois en solitude à la
campagne,& comme ne
sçachant rien de tout ce
qui s'étoit passé, & n'accusant
que la mere d'infidelité.
Therefc affectant
une impatience vive
de prendre pour dupe
cet amant unique,
conseilla à sa mere de
ne le pas laisser sortir
sans conclure. Le contrat
se fit ce même soir,
on les maria la nuit, &
il demanda en grace
qu'il n'y eust au dîner
qu'on fit le lendemain
chez lui que ceux 6C
celles qui avoient été de
son complot; & ce fut
a ce dîner où tournant
en plaisanterie les douze
amans, il se declara le
Marquis brun, & la mère
ravie de retrouver sa
fille blanchecomme neigc.
ge, pardonna le tour
qu'on lui avoit jcüé pour
la guerir de sa folle ambition.,
Avanittre nouvelle.
Ne veuve de
condition mediocre,
assez bonne,
passablement bête,
& fort ambitieuse, fondoit
sa fortune sur la
beauté de sa fille unique.
Cette fille avoit
toutes les bonnes qualitez
qu'on peut joindre à
une beauté parfaite, &
meritoit la prévention
que sa mere avoit pour
elle.Peu après que cette
mere l'eut retirée du
Convent,il se presenta
un parti trés-convenable
: un jeune homme
aimable, qui avoit autant
de bien Se de naissance
qu'il en saloir, la
fit demander par Tes parens.
Lamere, à qui on
en fit la proposition, ne
put trouver d'autre raison
pour le refuser, finon
que cetoitdommage
de donner une fille
comme la tienne au premier
amant oui le presentoit,
&C que peut-être
s'en preicncefoit-il
de plus riche; enfinque
quand sa fille seroit une
fois pourvuë, elle ne
pourroit plus courir le
hazard d'une :', grande
fortune: qu'il faloit du
moins attendrequelques
années, après quoy elle
pourroit penser à lui si
elle ne trouvoit pas
mieux.
Pareils discours auroient
sans doute rebuté
l'amant, que nous appellerons
Doritnont : mais
il étoit devenu vcritablement
amant, &Thevese
( c'était le nom de
la fille) l'aima réciproquement
> & ils prirent
ensemble la resolution
de tromper innocemment
la mere, pour la
faire consentir à un marriage
qui lui étoit avantageux.
Dorimont soupant
un foiravec deux
de ses amis chez une
soeur mariée qu'il avoit,
setoit plaint à eux de
son malheur ; ce cette
soeur,qui avoitl'esprit
inventis& plaisant, concerra
avec les deux amis
& son frere ce que vous
allez voir dans la fuite.
Dés le lendemain l'un
de les amis
,
qui éroit un
jeune Conseiller à marier
&: plus riche que
Dorimonc, alla trouver
la mere, dont safamille
& ses biens étoient connus
, & luy demanda
Thereseen mariage. La
mere se tournant aussitôt
du côté de sa fille,
lui dit : Eh bien, ma
fille, tu vois qu'une fille
ne perd rien pour attendre.
Vous avez bien raison,
ma mere,répondit
Therese, & si nous àvions
acceptél'autre parti,
celui -ci, qui vaut
mieux, ne se feroit pas
presenté. C'est pourquoy,
reprit la mercen
parlant au Conseiller,
vous me permettrez de
vous faire attendrequelquesannées.
Je vous entends,
répondit le Conseiller,
s'il sepresente un
President, vous le prefcrerez
à moy qui ne fuis
que Conseiller : je ne
veux point attendre un
refus, &, jeme le tiens
pour dit, je n'y penserai
plus.
Le lendemainl'autre
ami deDorimont, qui
étoir d'une riche maison,
vintoffrir desbiens considerables
à la mere de
Therese,quis'applaudit
fort d'avoir refusé la
veille le Conseiller. Le
:
Chevalier fut reçû beaucoup
mieux que le Conseiller,
& on ne lui demanda
à lui que laclau-
: se des six mois; a près
quoy, s'il ne se pre sentoit
rien de mieux, on
se feroit honneur de l'aciCCPter
pour gendre.
Quelques jours après
Dorimont, quela veuven'avoit
presque point
vû,parcequ'ilavoirfait
demander Therese par
safamille,sefitdeblond
qu'il éroit, un brun à -
sourcilsreceints, & em- -
pruntant le nom & le-N
quipage d'unriche Marquis
qui étoit brun, .&
connu même par quelques
Dames fous le nom
du brun vif du Fauxbourg
saint Germain, il
alla faire le passionné de
Therese, se trouva à
quelques bals & autres
endroits, pour obliger
la mere à avoir quelque
ombrage des poursuites
qu'il faisoit sans parler
de mariage.Therefeun
jour en fit la fausse considenceà
sa mere , qui
étoit prête à lui en faire
des reproches, & Therese
lui promit de faire
expliquer le Marquis
brun à la premiere occation.
Cette premiere
occasion se presenta
quand Therese jugea à
propos deld'ire à sa mere, r- 1 quellesetoitpresentée,
& feignant d'être fort
affligée,elle, lui dit la
larme à I'oeil,qu'elle aimoit,
le Marquis, &qu'-
elle craignoit bien qu'il
- ne fut accepte que comme
les autres ,
à.conditiond'êtrelepis-
aller;
que ce Marquis étoit sier
& n'avait point voulu se
presenter qu'il ne fût
sur, d'autant qu'un pareil
refus lui feroit tort
dans le monde. Je m'en
çonsole, répondit la merc
car onma parlé ce
matin d'un Comte qui
eU bien plus riche que
lui. En effet, on avoit
fait parler par quelque
femme du quartier d'un
Comte Allemand, qui
etoit devenu amoureux,
disoit-on, de Thercfe à
un concerta & tout cela
étoit un jeu joué comme
te reste. Voila donc
déja sur les rangs le véritable
amànt Dorimont
Sele Marquisqû'ilreprefencoit
incognito;. le
Chevalier, le Conleiller
& le Comtey cela fait
déjàcinq amans que la
mere croit avoir à son
choix : voyons les autres.
La soeur de Dorimont
s'habilla en veuve, &
en grand équipage de
deuil alla trouver la mere
deTherese,& laconjura
de ne lui point donner
lechagrindaccepri
ter pour gendre un fils
uniunique
, riche héritier
de feu sonmari,& en
âge de se marier malgré
elle,&quidevoitluidcmander
sa fille en mariage
> & ce fut la fille
de chambre de la soeur
qui avec un habit d'heritier
en grand deüil fit
son personnage le foir
même, 8c lefit de façon
à faire presque consentir
sans delay la mere
: mais dans cemême
soirelle reçut une lettre
de Province, par laquelle
le premier President
de. qui avoit vû
safille au Convent, la
lui demandoiten mariage.
Cetétablissementsolide
la fit renoncer à la
poursuite de l'autre, &
elle attendit des nouvelles
du premier President
huit jours entiers, pendant
lesquels plusieurs
autres épouseurs,. tous
partant de la mêmesabrique,&£
tous enchetifTanî:
les uns sur les autres
en biens & en fortune.
Ils pen serent faire
tourner la tête à la mere
, &C la firent resoudre
à refuser cous ceux qui
se presenteroient, ne
doutant point que le
dernier quiviendroit ne
fût un Duc ou quelque
Prince étranger, & ne
voulant plus se determinerqu'à
ce prix.
:
Elle attendit le Prince
Se le Duc pendant
quinze jours, qui penserent
la faire mourir
d'inquietude & d'embarras;
cartous les amans
qui étoient, à ce qu'elle
croyoit, au nombre de
douze, se mirent à faire
des pourfuires si vives,
qu'à chaque heure du
jour, & même de lanuit,
elle recevoit une lettre
par des laquais de differentes
livrées , & chacun
envoyant aussi des
presens, non assez grands
pour lui faire plaisir,
mais en assez grand nombre
pour la fatiguer,
comme fruits, confitures,
gibier; & tous ces
valets de pied, pages,
laquais, gentilshommes
même la réveillant dés
la pointe du jour, elle
fut bientôt aussi laffedes
amans de sa fille, qu'un
homme à bonne fortune
affecte de l'estre de fcs
maîtresses.
Enfin elle resolut de
fermer sa porte,d'autant
plus que le Marquis
brun, dont elle
commençoit à se défier
beaucoup pour l'honneur
de sa fille, se servoit
de toutes ces allées
& venuës pour voir sa
fille dans les momens
dérobez 5 k Therese,
trés-reservée au fond
pourDorimont, feignoit
de ne l'estre pas
tant pour le Marquis
brun, dontDorimont
joüoit, le rôlepour arriver
au dénoûment que
nous verrons dans la
suite.
La galante fiétion du
Marquis brun allasiloin
auxyeux de la mere,
qu'elle le vit sortit un
jour avant l'aurore de la
chambre de sa fille 5 car
ayant eu de violens sou pçons
par degrcz
,
elle se
resolut àguetter le ga- lant, qui afFcéla de se
glisser mysterieusement
lenez dans un manteau,
pour aller gagner une petite
porte qui donnoit
d1ans.u.ne cour par où il étoit entré1 un quartd'heure
devant. Lamere
crut donc qu'il avoit pa la nuit dans la
chambre de sa fille
,
où
elle entra outrée de colere,
pour la maltraiter
du moins de paroles:
mais elle ne trouva point
sa fille dans sa chambre,
elle avoit pris la précaution
tion de passer la nuit
dans un appartement
voisin qu'occupoit une
Dame fort vertueufc
dans ce même logis,&
la fille prouva par alibi
qu'elle n'avoit point vû
l'amant à bonne fortune.
Cette preuve étoit suffisante
pour prouver un
jour à sa mere que tout
ce qu'elle avoit vû &
devoit voir dans la suite
n'étoit qu'une feinte innocente:
mais cette preuve
ne passa alors que pour
une fausse justification
d'une faute réelle; k
quelque bête que fùt
cette merc, elle crut
voir clairement qu'il étoit
temps de marier sa
fille avant qu'une pareille
avanture eût fait
éclat. Cela fit qu'elle
borna son ambition au
premier President de
Province, & lui écrivit
une lettre à l'adresse qui
lui avoit été donnée
dans la pretenduëlettre
quelle avoit reçûë de
lui. Cette lettre partie,
elle fut huit jours sans
avoir réponse, & voici
le jeu qu'on joüa pendant
ces huit jours.
l, La femme de chambre
de la iceur de Dorimont
s'habilla en devote
à grande manche, un
chapelet à sa ceinture
,
8c ses heures dans son
manchon, fuivic d'une
petite servante de la même
parure. Ellealla demander
à parler en particulierà
la mere deTherese
> & aprés tous les
préambules necessaires à
cellesqui veulent calomnier
par charité chrétienlie)
elle lui donna avis de
'iintrigue du Marquis
-
orun, & conseil en mê-
- me temps de marier sa
fille avant que la chose
ik sçûë de gens qui ne
seroient pas si discrets
u'elle.
Le même matin la mere
ayant mené Thercfc
à la3elle entendit
parler un peu haut deux
Dames qui
-
s'entretenoient
enfembie de l'intrigue
de sa fille, &disoient
l'avoir apprise de
la fausse devote. Vous
devinez bien que ces
deux femmes étoient la
soeur de Dorimont&sa
femme de chambre, qui
prirent bien garde de se
posterde maniereauprès
de la mere,que personne
qu'elle ne pût entendre
une conversation qui
eût fait tort à la fille.
Toutes deux retournerent
au logis fort desolées
,
la mere l'étant
réellement, &la hIIeaffectant
de l'estre, &
priant sa mere de presser
le President de Province,
parce quedés qu'-
une devote &deux fem-
Bles du monde sçavoient
son histoire, elle deviendroit
bientôt publique.
La mere n'eut pas
pour cette alarme seules;
on lui en donna de toutes
parts, & toutcela
partoit toûjours du petit
nombre d'amis de Dorimont
déguisez en plusieurs
façons. L'un des
amis enfin s'habilla en
Commissaire, & alla
- trouver la mere, pour
lui donner avis qu'on alloit
plaider une affaire
qui perdroit sa fille
d'honneur; qu'ily avoit
eu un homme blessé à !
mort par le Marquis
brun à bonne fortune,
dans le temps qu'il fortoit
de chez sa fille &
qu'un autre y vouloit
entrer. A ce rapport la
mere fût morte enfin de
saisissement aprés toutes
les autres alarmes dont
elle étoit troublée:mais
le faux Commissaire promit
de traîner cette affaire,
& de l'empescher
d'éclater pendant quelques
jours, afinqu'elle
cftc le loisir de marier sa
fillç avec toute sa bonne
renommée, SC que l'affaire
n'éc latant qu'aprés
le mariage, elle seroit
alors sur le compte du
mari.
La mere remercia le
faux Commissaire, qui
lui fit mesme voir, pour
combler la mesure,quelques
vaudevilles faits sur
cette avanture, & qu'il
avoit étouffez dés leur
naissance.
La mere alors serieusement
pressée, & n'entendant
point de nouvelles
du riche President,
on pressa tort l'amant le
plus riche après lui, duquel
n'ayant pas réponse
prompte, on alla au devant
de celui qui valoit
mieux que le Comte,
& du Comte au Chevalier.
Enfin les douze amans
furent par gradation
de richesses sollicitez
par les mesmes canaux
par où ils avoient
fait demander Therese
en mariage : mais point
de réponse ni des uns ni
des autres.
Cette mere abandonnée
par tous ceux qui la
recherchoient, crut bien
deviner la cause de la
retraite &du silence des
douze amans; elle crut
sa filleperduë d'honneur
publiquement, &nefortoit
point de chez elle
qu'elle ne crust que tous
ceux qui regardoient sa
fille parce qu'elle étoit
belle,ne la regardassent
pour en médire. On la
laissa quelques jours das
ce supplice, & Therese
la prioit incessamment
de la remettre dans le
Convent pour toute sa
vie: mais la mere ne
pouvant s'y resoudre,
prit un jour la resolution
d'aller chercher dans un
- pays étranger la fortune
qu'elle ne pouvoit plus
esperer en France; &
pe qui lui fit prendre ce
parti defcfperé, ce fut
le dernier jour de cette
Comedie, qui fut pour
elle le pluscruel de tous:
car tous ces messagers de
lifferentes livrées qui
l'avoient importunée par
des presens, vinrent en
un seul jour l'accabler de
lettres trés- polies, qui
lui enfonçoient autant
de fois le poignard dans
le sein,en lui faisant sentir
que les douze amans
cedoient Therese au
Marquis brun, qui envoya
aussi sa lettre de
refus, alleguant ses bonnes
fortunes pour excuse.
On laissa la mere desolée
vingt- quatre heures
dans cette situation
> & le lendemain parut le
fidele Dorimont, à qui
on n'avoit osé recourir,
parce qu'ilavoir paru le
plus offensé des preferences.
Il arriva donc,
comme ayant paffé tout
le mois en solitude à la
campagne,& comme ne
sçachant rien de tout ce
qui s'étoit passé, & n'accusant
que la mere d'infidelité.
Therefc affectant
une impatience vive
de prendre pour dupe
cet amant unique,
conseilla à sa mere de
ne le pas laisser sortir
sans conclure. Le contrat
se fit ce même soir,
on les maria la nuit, &
il demanda en grace
qu'il n'y eust au dîner
qu'on fit le lendemain
chez lui que ceux 6C
celles qui avoient été de
son complot; & ce fut
a ce dîner où tournant
en plaisanterie les douze
amans, il se declara le
Marquis brun, & la mère
ravie de retrouver sa
fille blanchecomme neigc.
ge, pardonna le tour
qu'on lui avoit jcüé pour
la guerir de sa folle ambition.,
Fermer
Résumé : LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
Le texte 'Les Douze Amans' relate l'histoire d'une veuve ambitieuse qui souhaite marier sa fille unique, Thérèse, à un parti riche et prestigieux. Thérèse, belle et vertueuse, reçoit une demande en mariage de Dorimont, un jeune homme aimable, mais sa mère refuse, espérant un parti plus fortuné. Dorimont et Thérèse décident alors de tromper la mère pour obtenir son consentement. Ils mettent en scène plusieurs prétendants, tous interprétés par les amis de Dorimont, incluant un conseiller, un chevalier, un marquis brun, un comte, et même un président de province. La mère, submergée par les demandes et les rumeurs, finit par accepter le premier président de province. Cependant, les amis de Dorimont continuent de semer la confusion avec des lettres et des visites, poussant la mère à croire que Thérèse est compromise. Désespérée, la mère décide de fuir à l'étranger. Finalement, Dorimont réapparaît et ils se marient. Lors d'un dîner, le personnage principal révèle son identité en plaisantant sur les douze amants. Le Marquis Brun se déclare, et la mère, ravie de retrouver sa fille, pardonne la ruse qui lui avait été jouée pour la guérir de sa folle ambition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
89
p. 3-48
AVANTURE nouvelle.
Début :
Un Gentilhomme d'un veritable merite, & d'une naissance [...]
Mots clefs :
Marquis, Chevalier, Belle, Coeur, Amour, Plaisir, Sentiments, Esprit, Mariage, Passion, Peine, Chagrin, Amoureux, Jeune, Violence, Beauté, Devoir, Engagement, Entretenir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE nouvelle.
tA-VANTV RE
nouvelle.
N Gentilhomme
d'un ver itable mérite
, 5c d'une naissance
aflfczdiftinguée pour a:-,,
Voir[pris'lenomde Marquis
sans qu'on pût dire
qu'il l1eueusurpé, étant
un jour allé entendre un
concert, où il fut mené
par un ami, trouva dans
la maison où il se faisoit
une Demoiselle dont la
beauté lui parut piquante.
Elle étoitblonde,
avoit les traits assez reguliers,
le teint d'un
éclat qui surprenoitC 8C
une douceur toute charmante
répandue sur son
vifagc. Il fit fibien qui
se plaça auprès d'elle; &C
tandis que tout le monde
prêtoit l'oreille avec
foin aux belles voixdont
le concert etoit composé
,
il eut lesyeuxtoûjours
attachez sur cette
aimable personne. Les
paroles qu'on chanta lui
donnèrent lieu de l'entretenir.
Il en tira de
quoy la flater sur son merité;&
s'il la mit dans
quelque embarras à forr
ce de lui donner des
loüanges, il ne laissa pas
de s'appercevoir qu'elle
avoit l'esprit aisé, &C
que le silence qu'ellegardoit
quelquefois étoit un
effet de sa mode stie. Il
ne sortit point de l'assemblée
sans avoir appris qui
elle étoit. Il fçut que sa
qualitérépondoit à fou
merite, & qu'ayant perdu
(on pere & sa mere
dans son plus bas âge,
elle demeuroit chez une
tante quis'étoit chargée
ic Ca conduite. jCorrune
4, l'avoittrouvce toute
aimable, l'envie de la
voir avec quelque liberté
Lui fie ch erc her accès
auprès de la tante;Se
vous jugez bien qu'ayant
de l'esprit 8c du fçavoirfaiiç
,il n'eut pas de peine
à y relilTiF, Dans les
premiers foins qu'il s'attacha
à lui rendre, son
unique vûë fut le plaisir
-d'un amufernent honne.
te qui l'occupât pendant
quelques heures. Il dit
force douceurs à la bellesepreparant
au triomphe
d'attendrir un jeune
coeur. Ce ne lui fut
pas une chose aisée. Elle
s3'accoûA tuma a 1l,'entendre
,
sans qu'aucun sentiment
particul ier lui
fîr découvrir qu'elle fut
touchée; &cetteespece
d'indiffcrence blessant le
Marquis, qui étoit fier
naturellement, il ne put
souffiir sans beaucoup
de peine qu'elle lui ôtât
la gloire de lui laisser remarquer
en elle un commencement
de passion.
Ce n'est pas qu'elle n'eût
pour lui des honnêtetez,
dont il eût eu lieud'être
content, s'iln'eût souhaité
que del'estime :
ma is ce n'étoientpoint
des honnêtetez de diftinérion,
& il regardoit
comme une honte, qu'-
elle attendît son entier
hommage pour se declarer,
après que partout
ailleurs on l'avoit
presque toûjours prévenu
par des avances. Cependant
les manières de
la belle, de quelque froideur
qu'elles lui parussent
, ne laisserent pas
d.e1:enflâmer, Si meme
on peut dire que ce fut
ce qui porta son amour
à toute la violence qu'il
commença de sentir. Il
iy abandonna malgré
lui, & à quelque plix
que ce pût étre, il rèlOlut
de.se donner le plaisir
de se fairedirequ'il
étoit aimé. Ses empreffçmeus,
qu'il redoubla.,
le firent voir le plus amoureux
de tous les
hommes. Il dit à la belle
leschofès les plus flateuses,
& ne douta point
qu'en lui déclarant qu'il
la vouloit époufer,il ne
lui çausât toute la joye
que lui devoit inspirer
une alliance si avantageufe.
La belle reçut
cette dec laration avec
beaucou p de reconnoiiTance
> &C après lui
avoir marqué en ternies
fort serieux qu'clle
luiétoit sen siblement
obligée de l'honncur
qu'illui faisoit,elleajouta
que dépendant d'une
tante, dont lesvolontez
regloient les siennes,cetoit
à elle qu'il se devoit
adresser. Une réponse si
peu attenduë déplut au
Marquis. Ilditàlabelle,
avec un peu de chagrin,
qu'ilnesongeoit à se
marier que pour vivre
heureux > qu'il ne pouvoit
l'être s'iln'avoit son
coeur, & que ne voulant
le devoir qu'à dtcmême,
il seroit fort inutile
de lui faire demander,
le consentement de
ses parens, tant qu'illa
verroic dans cette reserve.
Il fie ce qu'il put pour
l'en tirer, & ses plus fortes
prieres n'obtinrent
rien de plus favorable
pour sa paisson
,
qu'une
assurance qu'elle suivrois
son devoir sans aucune
peine, & qu'aussitôt
que sa tante auroit
parlé0 il auroit sujet d'être
content. Le Marquis
tira de làuneconfequence
qui fit fbuHrirfa delicateffc.
Il s'en expliqua
avec la belle
,
& lui dit'
d'un ton de plainte,qu'il
lui devoit estre bien fâi
cheux de, voir que si la
tanre soppofoit à (on
bonheur, clic feroit prelte
à le dégager pour la
fatisfiuie. Labelle luircpliqua
qu'il se faisoit
tore de craindre qu'on
n'eust pas pour lui les
égards qui étoient deus
6càsonmérité & à sa
naissance;S£ n'ayant pu
l'obliger de se declarer
plus precifémerit, illui
fit connoître qu'il alloit
remettre au temps le
succés de sesdesseins,
afin que Imipression que
ses services feroient sur
son coeur lui fît tenir
d'elle feule ce que son
amour ne pouvoit devoir
à d'autres. Il continua
ses soins, qui furent toujours
reçus d'une man
iéré assez engageante.
L'étatoù il se trouvoit avoir
quelque chose d'extraordinaire.
Il aimoit
avec excés ; & quoique
labelle lui fît voir beaucoup
coup d'estime, 6C qu'il
ne remarquât rien qui
lui fît apprehender que
sa recherche ne lui sust
pas agreable, il ne pouvoit
se resoudre à presser
de rien conclure,
| parce qu'il ne voyoit pas
i qu'elle eust pour luy les
< empressemens dont il
croyoit que sa passion le
; rendroit digne. Les cho-
} ses ayant encore demeuré
un peu detempsdans
ces melmes termes,elles
changèrent de face par
un incident qui eut des
fuites qu'on n'attendoit
pas. Le Marquis avoit
un frere qu'on nommoit
Je Chevalier. Il estoit à
Rome depuis trois ou
quatre années, & il en
revint en ce temps-là.
Le Marquis qui avoit
toujours vescu avec luy
dans la plus étroiteliaison
que l'amitié ait jamais
établie entre deux
freres
, ne manqua pas
un peu après son retour,
de l'entretenir de samaistresse.
Ilne luy parla
ni de son esprit ni de sa
beauté, &C voulant qu'il
en jugeast par luy-mesme,
ille mena chez cette
jeune personne. Le Chevalier
qui avoit acquis
dans ses Voyages certaines
maniérés pleines
d'agrément qui perfectionnent
les heureux ta-
Jens que l'on a receus de
la natute,brilla fort avec
la belle dans une assez
longue conversationqui
fut aussivive qu'enjoüée.
Il fut touché de ce qu'il
connut d'aimable en elle,
& son frere luy ayant
demandé son sentiment,
il luy en dit millebiens,
& ne pouvoit fc lasser
de luy applaudir sur le
choix qu'il avoit fait.
Le Marquis ravi d'estre
approuvé, &. ne trouvant
point de plus grand
plaisir que d'entendre
parler d'elle,engagea le
Chevalier à la voir souvent.
C'estoient toujours
de nouveaux applaudiffemens
qu'il recevoir sur
f sa passion; & comme il
i estoitaisé de voir que le
Chevalier luy parloirde
bonne soy, & que rien
n'enflâme tant que les
:; louanges qu'on entend
donner ace qu'on aime,
J le Marquis sans y penser
i prenoit desredoublemés
; d'amour dont il ne pouvoit
démefler toute la
force. Il trouvoit que sa
maistresse avoit plus d'esprit
de jour en jour, &C
il ne comprenoit pas
qu'il lui étoit inspiré par
l'envie de plaire. La belle
ne sçavoit pas ellemesme
d'où lui venoient
de certains je ne sçay
quoy qui la rendoient
pluscharmante, & qui
lui donnoient en tout
une vivacité extraordinaire.
Elle suivoit un
panchant quelle neconnoissoit
pas, & le Chevalier
ne faisantrien qui
ne parlast à sonavantage,
elle abandonnoic son
coeur avec plaisir à des
sentimens qu'ellen'avoit
jamais eus. Elle ne s'a pperceut
mesme qu'ils
étoient nouveaux pour
elle, que lorsque le Chevalier
passa trois ou quatre
jours sans la venir
voir avec son frere. Elle
en montra quelque trouble,&
l'empressement
qu'elle avoit à demander
ce qui l'occupoit ailleurs,
étoit une marque
qu'elle y prenoit intesest.
Elle étoit moins
gaye lereste du jour, &
quand le Chevalier revenoit
, outre la joye
qu'elle laissoit éclater sur
son virage, elle lui faisoit
de si obligeans reproches
de sa négligence
, qu'elle ne pouvoit
lui dire plus ouvertement
ment que rien ne lui
plaisit tant que ses visites.
Elle ne cachoit rien
detoutecela au Marquis,
parce qu'agissant naturellement,
& n'ayant jamais
connu ce que c'étoit
quel'amour elle
étoit bien éloignée de
penser qu'il y eust rien
dans ses sentimens dont
il lui salut faire mystere.
Cependant comme
un amant véritablement
touché a les yeux bien
éclairez sur les moindres
choses, le Marquis
connut bientôt que sa
maîtreflfe sentoit pour le
Chevalier ce qu'il n'avoit
jamais pu lui faire
sentir pour lui. Il en eut
un depit secret qui fut
soutenu par sa fierté;
& au lieu d'y donner
ordre en l'empeschant
de le voir, il s'en fie accompagner
toutes les
fois qu'il alla chez elle.
Il étoit toujours de bonnehumeur;
Se sans laisfer
échaper aucun mouvement
ni de jalousie,
ni de chagrin, il montroit
un esprit libre qui
auroit trom pé les plus
clairvoyans. Le Chevalier
y fut abusé, & ne
crut point que par cette
fausse liberté d'esprit il
se ménageât celled'observer
ce qui se passoit
dans le coeur de samaitresse
: mais comme la
belle avoit pour lui une
honnesteté qui lui découvroit
des sentimens
plus forts que l'estime,
& qu'il se feroit senti de
grandes dispositions à y
répondre sans l'engagement
où il la voyoit, il
resolut, & pour Ton repos
, & pour s'acquicrer
de ce qu'il devoit à l'amitié
du Marquis, de renoncer
à une voue agreable,
mais qui pouvoie
le mettre en peril d'aller
plus loin qu'il ne lui
étoit permis. Ilavoitdéja
celle de parler si fortement
à son frere du
mérite de la belle, de
peur que le plaisir d'en
dire du bien ne découvrist
trop ce qu'il eust
voulu pouvoir se déguiser
à lui-mesme 5 & le
Marquis
,
homme attentif
à tout remarquer,
avoit jugé comme il le
devoit de cette reserve.
Ainsi quand le Chevalier
lui dit qu'il avoit
dessein de faire un voyage,
il entra d'abord dans
le motifqui en étoit eause
;& ce que la belle lui
avoit fait paroîtreavec
ingénuité de ses nouveaux
sentimens, ne lui
permettant point de
douter que leurs coeurs
ne s'entendirent sans
s'être expliquez, il fit
un effort sur lui pour
ne montrer aucune foiblesse.
A pres avoir pris
un visage gai, ildità
son frere qu'il voyoit
son embarras; que non
seulement il aimoit la
belle: mais qu'il avoit
dû s'appercevoir qu'il
avoit touché son coeur;
& que pour n'écouter
pas une passion qui lui
pouvoit attirer le blâme
de s'être fait son rival,
il se resol voit à s'éloigner.
Là dessus il l'embrassa,
comme lui étant
fort obligé des égards
honncces qu'il avoit
pour lui,&luidit enfuite
queleplus grand
plaisir qu'il lui pouvoic
faire étoit de ne point
partir, &, de continuer
à voir sa maitresse. Il
ajoûta qu'il l'aimoit
beaucoup
par les belles
qualitez qui la rendoient
estimable:mais que son
amour n'ayant jamais
été assezfort pour lui
faire vaincre l'aversion
qu'il avoit toûjours sentie
pour le mariage, il
s'étoit tenu dans les seuls
termes d'amant, sans avoir
osé pousser les cho
ses plus loin : qu'a prés
l'ouverture qu'il lui faisoit,
c'étoit à lui à se con- sulter, & que s'il étoit
assez amoureux pour
vou loir bien épouser la
belle, il lui cederoit ses
pretentions avec d'autant
plus de joye, qu'il
empêcheroiten l'épousant
qu'on ne se plaignistdelui.
Ce discours
surprit tellement le Chevalier,
qu'il en demeura
embarassé.Ilrépondit
que n'ayant rien à se reprocher
dans sa conduite,
il ne se défendroit
point des sentimens qu'-
on lui vouloit imputer;
qu'il ne desavoüoit pas
que l'esprit & la beauté
de la personne dont il
s'agissoit ne l'eussent rendu
sensible
: mais que
tout ce qu'il sentoit demeurant
soûmis à sarai;,,'
son, il n'avoit point à I s'expliquer là-dessus ;
qu'il consentoit à ne
point partir, si l'on jugeoit
à propos qu'il sus-
, pendistson voyage: mais
qu'il seroit inutile de
lui demander qu'il 6ft
encore des visites ; qu'-
absolument il n'en rendroit
aucune à la belle
que sa fortune ne fust
! arre stée; que le Marquis
|1 ayant tant de sujet de l'aimer, pouvoiç fatisr
faire son amour, puis
qu'il ne tenoit qu'à lui
de se ren d re heureux;
& que s'il étoit vrai qu'il
fust assez ennemidu mariage
pour estre bien aise
de rompre l'engagement
qu'il avoit pris avec elle,
il pouvoit donner
telle parole qu'il lui plairoit
en son nom, avec assurance
qu'il ne seroit
pointdesavoüé. Le Marquis
n'en voulut point
sçavoir davanta ge. liaila
trouver la belle, & lui
dit qu'il étoit temps
qu'il connusts'il étoit
aimé veritablement. La
belle,qui crut qu'il pretendoit
encore la faire
expliquer, & qui se
sentoit moinsdisposée
que jamais à se réjoüir
des marques qu'il lui
pouvoit donner de sa
passion
,
lui répondit avec
beaucoup de froideur,
que sa tante [eure
pouvoit disposer de ses
volontez
, comme elle
l'en avoitdéjà assuré,
&qu'il n'étoit pas befoin
qu'il la confulrât
sur cequil avoit à faire.
Le dépit qui animoit le
Marquis depuis quelque
temps, le fit passer
par- dessus l'aigreur de
cette réponse. Il repliqua
qu'elle n'étoit pas
entrée dans ce qu'il avoit
voulu lui dire;que
s'étant examiné dans les
sentimens qu'il avoit
pour elle, il s'etoit connu
si mal disposé au mariage,
que dans la crainte
de ne la pas rendre
aussiheureuse qu'elle
meritoit de rcfirej il la
prioit, si elle avoit un
peu de bonté pour lui,
de vouloir bien recevoir
son frere en sa place, &C
de trouver bon qu'il allât
traiter cette affaire
avec sa tante. L'émotion
que fit voir la belle trahit
tout le secret de son
coeur. Elle ne sçut que
répondre, tant la joye
l'avoit saisie; & ce ne
fut qu'aprés que le Marquis,
en continuant a
lui parler,lui eut donné
le temps de vaincre son
trouble,qu'elle lui dit,
quoy qu'un peu deconcertée
,
qu'elle se feroit
toûjoursun fujctde joye
de l'obliger: mais qu'-
elle n'avoit pas lieu de
presumer assez d'elle-même,
pour se flater que
le
le mariagequ'il lui proposoit
fût agreable à son
frere. Le Marquis en répondit,
&cetteassurance
mit la belle dans un
état de plaisir, qui lui fit
connoître tout ce que
l'amour avoit produit
pour le Chevalier. L'en-
, tiere certitude qu'il en
eut par là le fit resoudre
à ne plus songer à elle,
& s'applaudissant de ce
dessein, comme s'il eût
dû la punir & le vanger,
parce qu'en effet le
parti du Chevalier lui
étoit moins avantageux,
il alla trouver latante.
Elle fut surprise de ce
changement : mais il
lui parla d'un air si libre,
& lui peignit avec
,
tant de force le dégoût
presque invincible qu'il
avoit du mariage, ( ce
qui l'avoit obligé d'amener
son frere chez sa
niece, dont il avoit bien
prévû qu'il deviendroit
amoureux ) qu'elle demeura
persuadée qu'il
nedisoitrien qui ne fût
vrai.Elle ne voulut pourtant
lui donner aucune
parole, qu'elle n'eût fçû
les sentimens de sa niece.
Elle les avoit déja pêne-*
trez, & lui reprocha qu'-
elle perdoit le rang de
Marquise pour ne s'être
pas assez possedée : mais
c'étoit un jeune coeur
surpris par l'amour, sans
qu'il se fust fait connoître.
La bellene put s'empêcher
de parler du Chevalier
d'une maniere fort
avantageuse;&satante
la vit tellement satisfaite
de ce choix, qu'elle
y donna son consentement.
Le Chevalier resista
long-temps à ce
que son frere avoit fait
pour lui. Il le pria de
se mieux examiner, Se
de craindre qu'un peu
de chagrin n'eust part à
laresolution qu'il avoit
prise: mais plus il fit
voir pour lui d'honnê-
1 teté là-dessus
,
plus le
; Marquis l'assura querien
'; ne lui pouvoit faire tant
, de plaisir que son mariage,
& il lui reïtera ces
assurances avec des manieres
si ouvertes Se d'un
cfprit si content, qu'il
ne laissa plus de scrupule
au Chevalier. Il continua
de se fcrvir du mê- tme pretexte; Se pour
mieux faire paroître que
son coeur étoitentierement
libre,ilfit dresser
te contrat lui-même,&
voulut faire les frais de
la noce. Rien ne lui fit
peine en tout cela, & il
leprocesta à tous ses amis.
Cependant on ne
futpasplutôt revenu de
l'Egliseoù le mariage
venoitd'estrefait,qu'on
fut surpris de le voir tomber
dans un chagrin extraordinaire.
Ilditqu'il
se trouvoit mal, & en
effet deux heures après
la fievre le prit avec une
extreme violence. Cet
accident troubla fort la
joye des mariez; & leur
déplaisir augméta beaucoup
le lendemain,
quand le transport au
cerveau ne le laissant
plusmaîtrede sa raison,
fit connoître la vraiecause
de son mal. Il dit cent
choses touchantes sur ce
qu'il n'avoit pu se faire
aimer de la bélier sur
la necessité où il setoit
veu de la ceder à son
frcre. On connut par là
qu'il s'étoitfait violence,
& que la contrainte qu'il
avoir tâché de s'imposer
lavoir réduit au tnalheureuxétatoù
il Ce trouvoit.
Ilvécutencoretrois
jours, pendant lesquels
ses agitations redoublerent
,
sans qu'il cessât
de parler du defcfpoir
où lavoit jette son trop
de delicatcfsc.
nouvelle.
N Gentilhomme
d'un ver itable mérite
, 5c d'une naissance
aflfczdiftinguée pour a:-,,
Voir[pris'lenomde Marquis
sans qu'on pût dire
qu'il l1eueusurpé, étant
un jour allé entendre un
concert, où il fut mené
par un ami, trouva dans
la maison où il se faisoit
une Demoiselle dont la
beauté lui parut piquante.
Elle étoitblonde,
avoit les traits assez reguliers,
le teint d'un
éclat qui surprenoitC 8C
une douceur toute charmante
répandue sur son
vifagc. Il fit fibien qui
se plaça auprès d'elle; &C
tandis que tout le monde
prêtoit l'oreille avec
foin aux belles voixdont
le concert etoit composé
,
il eut lesyeuxtoûjours
attachez sur cette
aimable personne. Les
paroles qu'on chanta lui
donnèrent lieu de l'entretenir.
Il en tira de
quoy la flater sur son merité;&
s'il la mit dans
quelque embarras à forr
ce de lui donner des
loüanges, il ne laissa pas
de s'appercevoir qu'elle
avoit l'esprit aisé, &C
que le silence qu'ellegardoit
quelquefois étoit un
effet de sa mode stie. Il
ne sortit point de l'assemblée
sans avoir appris qui
elle étoit. Il fçut que sa
qualitérépondoit à fou
merite, & qu'ayant perdu
(on pere & sa mere
dans son plus bas âge,
elle demeuroit chez une
tante quis'étoit chargée
ic Ca conduite. jCorrune
4, l'avoittrouvce toute
aimable, l'envie de la
voir avec quelque liberté
Lui fie ch erc her accès
auprès de la tante;Se
vous jugez bien qu'ayant
de l'esprit 8c du fçavoirfaiiç
,il n'eut pas de peine
à y relilTiF, Dans les
premiers foins qu'il s'attacha
à lui rendre, son
unique vûë fut le plaisir
-d'un amufernent honne.
te qui l'occupât pendant
quelques heures. Il dit
force douceurs à la bellesepreparant
au triomphe
d'attendrir un jeune
coeur. Ce ne lui fut
pas une chose aisée. Elle
s3'accoûA tuma a 1l,'entendre
,
sans qu'aucun sentiment
particul ier lui
fîr découvrir qu'elle fut
touchée; &cetteespece
d'indiffcrence blessant le
Marquis, qui étoit fier
naturellement, il ne put
souffiir sans beaucoup
de peine qu'elle lui ôtât
la gloire de lui laisser remarquer
en elle un commencement
de passion.
Ce n'est pas qu'elle n'eût
pour lui des honnêtetez,
dont il eût eu lieud'être
content, s'iln'eût souhaité
que del'estime :
ma is ce n'étoientpoint
des honnêtetez de diftinérion,
& il regardoit
comme une honte, qu'-
elle attendît son entier
hommage pour se declarer,
après que partout
ailleurs on l'avoit
presque toûjours prévenu
par des avances. Cependant
les manières de
la belle, de quelque froideur
qu'elles lui parussent
, ne laisserent pas
d.e1:enflâmer, Si meme
on peut dire que ce fut
ce qui porta son amour
à toute la violence qu'il
commença de sentir. Il
iy abandonna malgré
lui, & à quelque plix
que ce pût étre, il rèlOlut
de.se donner le plaisir
de se fairedirequ'il
étoit aimé. Ses empreffçmeus,
qu'il redoubla.,
le firent voir le plus amoureux
de tous les
hommes. Il dit à la belle
leschofès les plus flateuses,
& ne douta point
qu'en lui déclarant qu'il
la vouloit époufer,il ne
lui çausât toute la joye
que lui devoit inspirer
une alliance si avantageufe.
La belle reçut
cette dec laration avec
beaucou p de reconnoiiTance
> &C après lui
avoir marqué en ternies
fort serieux qu'clle
luiétoit sen siblement
obligée de l'honncur
qu'illui faisoit,elleajouta
que dépendant d'une
tante, dont lesvolontez
regloient les siennes,cetoit
à elle qu'il se devoit
adresser. Une réponse si
peu attenduë déplut au
Marquis. Ilditàlabelle,
avec un peu de chagrin,
qu'ilnesongeoit à se
marier que pour vivre
heureux > qu'il ne pouvoit
l'être s'iln'avoit son
coeur, & que ne voulant
le devoir qu'à dtcmême,
il seroit fort inutile
de lui faire demander,
le consentement de
ses parens, tant qu'illa
verroic dans cette reserve.
Il fie ce qu'il put pour
l'en tirer, & ses plus fortes
prieres n'obtinrent
rien de plus favorable
pour sa paisson
,
qu'une
assurance qu'elle suivrois
son devoir sans aucune
peine, & qu'aussitôt
que sa tante auroit
parlé0 il auroit sujet d'être
content. Le Marquis
tira de làuneconfequence
qui fit fbuHrirfa delicateffc.
Il s'en expliqua
avec la belle
,
& lui dit'
d'un ton de plainte,qu'il
lui devoit estre bien fâi
cheux de, voir que si la
tanre soppofoit à (on
bonheur, clic feroit prelte
à le dégager pour la
fatisfiuie. Labelle luircpliqua
qu'il se faisoit
tore de craindre qu'on
n'eust pas pour lui les
égards qui étoient deus
6càsonmérité & à sa
naissance;S£ n'ayant pu
l'obliger de se declarer
plus precifémerit, illui
fit connoître qu'il alloit
remettre au temps le
succés de sesdesseins,
afin que Imipression que
ses services feroient sur
son coeur lui fît tenir
d'elle feule ce que son
amour ne pouvoit devoir
à d'autres. Il continua
ses soins, qui furent toujours
reçus d'une man
iéré assez engageante.
L'étatoù il se trouvoit avoir
quelque chose d'extraordinaire.
Il aimoit
avec excés ; & quoique
labelle lui fît voir beaucoup
coup d'estime, 6C qu'il
ne remarquât rien qui
lui fît apprehender que
sa recherche ne lui sust
pas agreable, il ne pouvoit
se resoudre à presser
de rien conclure,
| parce qu'il ne voyoit pas
i qu'elle eust pour luy les
< empressemens dont il
croyoit que sa passion le
; rendroit digne. Les cho-
} ses ayant encore demeuré
un peu detempsdans
ces melmes termes,elles
changèrent de face par
un incident qui eut des
fuites qu'on n'attendoit
pas. Le Marquis avoit
un frere qu'on nommoit
Je Chevalier. Il estoit à
Rome depuis trois ou
quatre années, & il en
revint en ce temps-là.
Le Marquis qui avoit
toujours vescu avec luy
dans la plus étroiteliaison
que l'amitié ait jamais
établie entre deux
freres
, ne manqua pas
un peu après son retour,
de l'entretenir de samaistresse.
Ilne luy parla
ni de son esprit ni de sa
beauté, &C voulant qu'il
en jugeast par luy-mesme,
ille mena chez cette
jeune personne. Le Chevalier
qui avoit acquis
dans ses Voyages certaines
maniérés pleines
d'agrément qui perfectionnent
les heureux ta-
Jens que l'on a receus de
la natute,brilla fort avec
la belle dans une assez
longue conversationqui
fut aussivive qu'enjoüée.
Il fut touché de ce qu'il
connut d'aimable en elle,
& son frere luy ayant
demandé son sentiment,
il luy en dit millebiens,
& ne pouvoit fc lasser
de luy applaudir sur le
choix qu'il avoit fait.
Le Marquis ravi d'estre
approuvé, &. ne trouvant
point de plus grand
plaisir que d'entendre
parler d'elle,engagea le
Chevalier à la voir souvent.
C'estoient toujours
de nouveaux applaudiffemens
qu'il recevoir sur
f sa passion; & comme il
i estoitaisé de voir que le
Chevalier luy parloirde
bonne soy, & que rien
n'enflâme tant que les
:; louanges qu'on entend
donner ace qu'on aime,
J le Marquis sans y penser
i prenoit desredoublemés
; d'amour dont il ne pouvoit
démefler toute la
force. Il trouvoit que sa
maistresse avoit plus d'esprit
de jour en jour, &C
il ne comprenoit pas
qu'il lui étoit inspiré par
l'envie de plaire. La belle
ne sçavoit pas ellemesme
d'où lui venoient
de certains je ne sçay
quoy qui la rendoient
pluscharmante, & qui
lui donnoient en tout
une vivacité extraordinaire.
Elle suivoit un
panchant quelle neconnoissoit
pas, & le Chevalier
ne faisantrien qui
ne parlast à sonavantage,
elle abandonnoic son
coeur avec plaisir à des
sentimens qu'ellen'avoit
jamais eus. Elle ne s'a pperceut
mesme qu'ils
étoient nouveaux pour
elle, que lorsque le Chevalier
passa trois ou quatre
jours sans la venir
voir avec son frere. Elle
en montra quelque trouble,&
l'empressement
qu'elle avoit à demander
ce qui l'occupoit ailleurs,
étoit une marque
qu'elle y prenoit intesest.
Elle étoit moins
gaye lereste du jour, &
quand le Chevalier revenoit
, outre la joye
qu'elle laissoit éclater sur
son virage, elle lui faisoit
de si obligeans reproches
de sa négligence
, qu'elle ne pouvoit
lui dire plus ouvertement
ment que rien ne lui
plaisit tant que ses visites.
Elle ne cachoit rien
detoutecela au Marquis,
parce qu'agissant naturellement,
& n'ayant jamais
connu ce que c'étoit
quel'amour elle
étoit bien éloignée de
penser qu'il y eust rien
dans ses sentimens dont
il lui salut faire mystere.
Cependant comme
un amant véritablement
touché a les yeux bien
éclairez sur les moindres
choses, le Marquis
connut bientôt que sa
maîtreflfe sentoit pour le
Chevalier ce qu'il n'avoit
jamais pu lui faire
sentir pour lui. Il en eut
un depit secret qui fut
soutenu par sa fierté;
& au lieu d'y donner
ordre en l'empeschant
de le voir, il s'en fie accompagner
toutes les
fois qu'il alla chez elle.
Il étoit toujours de bonnehumeur;
Se sans laisfer
échaper aucun mouvement
ni de jalousie,
ni de chagrin, il montroit
un esprit libre qui
auroit trom pé les plus
clairvoyans. Le Chevalier
y fut abusé, & ne
crut point que par cette
fausse liberté d'esprit il
se ménageât celled'observer
ce qui se passoit
dans le coeur de samaitresse
: mais comme la
belle avoit pour lui une
honnesteté qui lui découvroit
des sentimens
plus forts que l'estime,
& qu'il se feroit senti de
grandes dispositions à y
répondre sans l'engagement
où il la voyoit, il
resolut, & pour Ton repos
, & pour s'acquicrer
de ce qu'il devoit à l'amitié
du Marquis, de renoncer
à une voue agreable,
mais qui pouvoie
le mettre en peril d'aller
plus loin qu'il ne lui
étoit permis. Ilavoitdéja
celle de parler si fortement
à son frere du
mérite de la belle, de
peur que le plaisir d'en
dire du bien ne découvrist
trop ce qu'il eust
voulu pouvoir se déguiser
à lui-mesme 5 & le
Marquis
,
homme attentif
à tout remarquer,
avoit jugé comme il le
devoit de cette reserve.
Ainsi quand le Chevalier
lui dit qu'il avoit
dessein de faire un voyage,
il entra d'abord dans
le motifqui en étoit eause
;& ce que la belle lui
avoit fait paroîtreavec
ingénuité de ses nouveaux
sentimens, ne lui
permettant point de
douter que leurs coeurs
ne s'entendirent sans
s'être expliquez, il fit
un effort sur lui pour
ne montrer aucune foiblesse.
A pres avoir pris
un visage gai, ildità
son frere qu'il voyoit
son embarras; que non
seulement il aimoit la
belle: mais qu'il avoit
dû s'appercevoir qu'il
avoit touché son coeur;
& que pour n'écouter
pas une passion qui lui
pouvoit attirer le blâme
de s'être fait son rival,
il se resol voit à s'éloigner.
Là dessus il l'embrassa,
comme lui étant
fort obligé des égards
honncces qu'il avoit
pour lui,&luidit enfuite
queleplus grand
plaisir qu'il lui pouvoic
faire étoit de ne point
partir, &, de continuer
à voir sa maitresse. Il
ajoûta qu'il l'aimoit
beaucoup
par les belles
qualitez qui la rendoient
estimable:mais que son
amour n'ayant jamais
été assezfort pour lui
faire vaincre l'aversion
qu'il avoit toûjours sentie
pour le mariage, il
s'étoit tenu dans les seuls
termes d'amant, sans avoir
osé pousser les cho
ses plus loin : qu'a prés
l'ouverture qu'il lui faisoit,
c'étoit à lui à se con- sulter, & que s'il étoit
assez amoureux pour
vou loir bien épouser la
belle, il lui cederoit ses
pretentions avec d'autant
plus de joye, qu'il
empêcheroiten l'épousant
qu'on ne se plaignistdelui.
Ce discours
surprit tellement le Chevalier,
qu'il en demeura
embarassé.Ilrépondit
que n'ayant rien à se reprocher
dans sa conduite,
il ne se défendroit
point des sentimens qu'-
on lui vouloit imputer;
qu'il ne desavoüoit pas
que l'esprit & la beauté
de la personne dont il
s'agissoit ne l'eussent rendu
sensible
: mais que
tout ce qu'il sentoit demeurant
soûmis à sarai;,,'
son, il n'avoit point à I s'expliquer là-dessus ;
qu'il consentoit à ne
point partir, si l'on jugeoit
à propos qu'il sus-
, pendistson voyage: mais
qu'il seroit inutile de
lui demander qu'il 6ft
encore des visites ; qu'-
absolument il n'en rendroit
aucune à la belle
que sa fortune ne fust
! arre stée; que le Marquis
|1 ayant tant de sujet de l'aimer, pouvoiç fatisr
faire son amour, puis
qu'il ne tenoit qu'à lui
de se ren d re heureux;
& que s'il étoit vrai qu'il
fust assez ennemidu mariage
pour estre bien aise
de rompre l'engagement
qu'il avoit pris avec elle,
il pouvoit donner
telle parole qu'il lui plairoit
en son nom, avec assurance
qu'il ne seroit
pointdesavoüé. Le Marquis
n'en voulut point
sçavoir davanta ge. liaila
trouver la belle, & lui
dit qu'il étoit temps
qu'il connusts'il étoit
aimé veritablement. La
belle,qui crut qu'il pretendoit
encore la faire
expliquer, & qui se
sentoit moinsdisposée
que jamais à se réjoüir
des marques qu'il lui
pouvoit donner de sa
passion
,
lui répondit avec
beaucoup de froideur,
que sa tante [eure
pouvoit disposer de ses
volontez
, comme elle
l'en avoitdéjà assuré,
&qu'il n'étoit pas befoin
qu'il la confulrât
sur cequil avoit à faire.
Le dépit qui animoit le
Marquis depuis quelque
temps, le fit passer
par- dessus l'aigreur de
cette réponse. Il repliqua
qu'elle n'étoit pas
entrée dans ce qu'il avoit
voulu lui dire;que
s'étant examiné dans les
sentimens qu'il avoit
pour elle, il s'etoit connu
si mal disposé au mariage,
que dans la crainte
de ne la pas rendre
aussiheureuse qu'elle
meritoit de rcfirej il la
prioit, si elle avoit un
peu de bonté pour lui,
de vouloir bien recevoir
son frere en sa place, &C
de trouver bon qu'il allât
traiter cette affaire
avec sa tante. L'émotion
que fit voir la belle trahit
tout le secret de son
coeur. Elle ne sçut que
répondre, tant la joye
l'avoit saisie; & ce ne
fut qu'aprés que le Marquis,
en continuant a
lui parler,lui eut donné
le temps de vaincre son
trouble,qu'elle lui dit,
quoy qu'un peu deconcertée
,
qu'elle se feroit
toûjoursun fujctde joye
de l'obliger: mais qu'-
elle n'avoit pas lieu de
presumer assez d'elle-même,
pour se flater que
le
le mariagequ'il lui proposoit
fût agreable à son
frere. Le Marquis en répondit,
&cetteassurance
mit la belle dans un
état de plaisir, qui lui fit
connoître tout ce que
l'amour avoit produit
pour le Chevalier. L'en-
, tiere certitude qu'il en
eut par là le fit resoudre
à ne plus songer à elle,
& s'applaudissant de ce
dessein, comme s'il eût
dû la punir & le vanger,
parce qu'en effet le
parti du Chevalier lui
étoit moins avantageux,
il alla trouver latante.
Elle fut surprise de ce
changement : mais il
lui parla d'un air si libre,
& lui peignit avec
,
tant de force le dégoût
presque invincible qu'il
avoit du mariage, ( ce
qui l'avoit obligé d'amener
son frere chez sa
niece, dont il avoit bien
prévû qu'il deviendroit
amoureux ) qu'elle demeura
persuadée qu'il
nedisoitrien qui ne fût
vrai.Elle ne voulut pourtant
lui donner aucune
parole, qu'elle n'eût fçû
les sentimens de sa niece.
Elle les avoit déja pêne-*
trez, & lui reprocha qu'-
elle perdoit le rang de
Marquise pour ne s'être
pas assez possedée : mais
c'étoit un jeune coeur
surpris par l'amour, sans
qu'il se fust fait connoître.
La bellene put s'empêcher
de parler du Chevalier
d'une maniere fort
avantageuse;&satante
la vit tellement satisfaite
de ce choix, qu'elle
y donna son consentement.
Le Chevalier resista
long-temps à ce
que son frere avoit fait
pour lui. Il le pria de
se mieux examiner, Se
de craindre qu'un peu
de chagrin n'eust part à
laresolution qu'il avoit
prise: mais plus il fit
voir pour lui d'honnê-
1 teté là-dessus
,
plus le
; Marquis l'assura querien
'; ne lui pouvoit faire tant
, de plaisir que son mariage,
& il lui reïtera ces
assurances avec des manieres
si ouvertes Se d'un
cfprit si content, qu'il
ne laissa plus de scrupule
au Chevalier. Il continua
de se fcrvir du mê- tme pretexte; Se pour
mieux faire paroître que
son coeur étoitentierement
libre,ilfit dresser
te contrat lui-même,&
voulut faire les frais de
la noce. Rien ne lui fit
peine en tout cela, & il
leprocesta à tous ses amis.
Cependant on ne
futpasplutôt revenu de
l'Egliseoù le mariage
venoitd'estrefait,qu'on
fut surpris de le voir tomber
dans un chagrin extraordinaire.
Ilditqu'il
se trouvoit mal, & en
effet deux heures après
la fievre le prit avec une
extreme violence. Cet
accident troubla fort la
joye des mariez; & leur
déplaisir augméta beaucoup
le lendemain,
quand le transport au
cerveau ne le laissant
plusmaîtrede sa raison,
fit connoître la vraiecause
de son mal. Il dit cent
choses touchantes sur ce
qu'il n'avoit pu se faire
aimer de la bélier sur
la necessité où il setoit
veu de la ceder à son
frcre. On connut par là
qu'il s'étoitfait violence,
& que la contrainte qu'il
avoir tâché de s'imposer
lavoir réduit au tnalheureuxétatoù
il Ce trouvoit.
Ilvécutencoretrois
jours, pendant lesquels
ses agitations redoublerent
,
sans qu'il cessât
de parler du defcfpoir
où lavoit jette son trop
de delicatcfsc.
Fermer
Résumé : AVANTURE nouvelle.
Le texte narre l'histoire d'un Marquis, homme de mérite et de haute naissance, qui rencontre une jeune demoiselle lors d'un concert. Séduit par sa beauté et son esprit, il cherche à la fréquenter et découvre qu'elle vit sous la tutelle de sa tante, qui dirige sa vie. Le Marquis, sincèrement amoureux, est blessé par l'indifférence apparente de la jeune femme. Il redouble ses efforts pour gagner son cœur, mais elle reste réservée, invoquant toujours la volonté de sa tante. Un jour, le frère du Marquis, le Chevalier, revient de Rome et est présenté à la jeune femme. Le Chevalier, charmant et spirituel, plaît beaucoup à la demoiselle. Le Marquis, encouragé par les louanges de son frère, continue de fréquenter la jeune femme, mais il finit par remarquer qu'elle développe des sentiments pour le Chevalier. Ce dernier, conscient de la situation, décide de partir pour éviter de trahir l'amitié de son frère. Le Marquis, devinant les sentiments de la jeune femme, confronte son frère. Le Chevalier avoue son attirance mais décide de renoncer à elle par respect pour son frère. Le Marquis, malgré son amour, ne parvient pas à obtenir une déclaration claire de la part de la jeune femme, qui reste fidèle à sa réserve. La situation reste tendue, marquée par des sentiments non exprimés et des malentendus. Par la suite, le Marquis, initialement réticent au mariage, propose à sa nièce d'épouser son frère. La nièce, émue et joyeuse, accepte de recevoir le Chevalier. Le Marquis, constatant l'amour de sa nièce pour le Chevalier, décide de ne plus songer à elle et va voir sa tante pour discuter de cette union. La tante, après avoir discuté avec sa nièce, donne son consentement. Le Chevalier, d'abord hésitant, finit par accepter après les assurances de son frère. Le Marquis organise le mariage et semble content, mais tombe gravement malade peu après la cérémonie. Il est pris de fièvre et perd la raison, révélant son chagrin et son impossibilité d'être aimé par la nièce. Il meurt trois jours plus tard, après avoir exprimé son désespoir et sa délicatesse excessive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
90
p. 193-219
HISTORIETTE.
Début :
Il y auroit plus d'Amans heureux que l'on en voit, [...]
Mots clefs :
Amants, Marquis, Conseiller, Comte, Jeune héritière, Soeur, Parente, Coeur, Pouvoir, Amant, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE.
HISTORIETTE,
IL y auroit plus d'Amans
heureux que l'on n'en voit
fi on laiffoit l'amour mail
tre de fes entrepriſes , mais
s'il peut toucher les coeurs
quand il luy plaiſt , il n'a
pas toûjours le pouvoir de
les unir. Des obftacles invincibles
renverfent fouvent
fes plus grands deffeins
, & ce qui eft le plus
chagrinant , c'eft qu'il fe
Mars
1714.
R
194 MERCURE
rencontre des occafions où
il fe nuit par luy même.
Un jeune Homme de qualité
, qui ayant un Marquifat
eftoit Marquis à bon titre,
devint amoureux d'une
des plus aimables Perfonnes
de la Ville où il demeuroit.
Elle eftoit d'une Famille
de Robe , & un Frere
unique qu'elle avoit
eftoit Confeiller au Parlement
de fa Province
mais il s'attendoit bien à
monter avec l'âge dans des
Charges plus confidéra-
Eles. Ce Frere eftoit alors
GALANT. 195
fur le point de revenir d'un
voyage d'Italie , & quoy
que fon retour fuft fort
proche , le Marquis nelaiffa
pas de faire affez de progrés
dans le coeur de cette
Belle , avant qu'il fuft revenu.
Elle eftoit vive naturel.
lement,, pleine de foins &
de zele pour ce qu'elle aimoit
, & fi fenfible à l'amitié
qu'on luy témoignoit
,
qu'il y avoit fujet d'efperer
que les empreffemens
de
l'amour ne luy feroient pas
indifférens
. Elle trouva le
Marquis affez aimable
Rij
196 MERCURE
>
pour le perfuader qu'elle
en pourroit eftre aimée , &
elle eftoit trop fincere pour
douter long- temps de la
fincerité des autres fur
tout quand ils eftoient agréables
. Enfin de la ma.
niere dont le Confeiller
vit les chofes difpofées à
fon retour
il jugea bien
qu'il ne feroit plus chargé
de fa Soeur , qu'autant que
des Articles de mariage à
regler le demanderoient
car elle ne dépendoit que
de luy. Le Marquis fit tous.
les pas neceffaires , & les
GALANT
* . 197
Amans alloient eftre heureux
, s'il n'y euft point eu
d'autre amour que le leur
dans leur Famille . Le Marquis
avoit une Couſine germaine
, qui eftoit demeurée
feule Heritiere d'un
grand Ben , par la mort
de fon Pere & de fa Mere.
Elle eftoit tombée fous fa
Tutelle , parce qu'un autre
Tuteur qu'elle avoit eu
d'abord , cftoit mort depuis
fix mois. C'eftoit au jeune
Tuteur à difpofer de fa jeu
ne Pupille ; mais elle avoit
difpofé elle mefme de fon
FR iij
198 MERCURE
coeur , fans avis de Parens .
Un Gentilhomme fort fpirituel
, & qui avoit affez
de naiffance , pour pouvoir
prendre le titre de Comte ,
avoit entrepris de plaire à
la Belle , & luy avoit plû.
Il avoit fait diverfes Campagnes
avec beaucoup de
dépenfe , & affez de réputation
. Cela ébloüiffoit fort:
l'aimable Héritiere
avoit le coeur tres - bien placé
. Par malheur pour le
Marquis , le Confeiller la
vit trop fouvent , & fon
coeur en fut touché. Elle
qui
THEQUE
GALANT.
BIBLIO
avoit tout l'air d'une
LY
BAD
DE
LA
VILLE
de naiſſance , une certain e
fierté qui luy feyoit bien ,
moins de beauté que de
manieres agréables , & un
art particulier de fe faire
extrémement valoir , fans
avoir pourtant d'orgueil
qui choquaft . Peut - eftre
auroit - il choqué dans une
Perfonne, qui cuft eu moins
de naiffance , moins de jeuneffe
, & moins de Bien .
Elle ne regardoit guére les
Hommes qu'avec une efpece
de dédain . Le Comre
eftoit le plus excepté ; en-
R iiij
200 MERCURE
core le traitoit elle quelquefois
comme les autres
, quand elle en avoit
envie . Tout cela charma
le Confeiller, Ileftoit affez
riche pour ne devoir pas
eftre foupçonné d'aimer la
jeune Heritiere pour fon
Bien. Cependant il ne laif
fa peut eft e pas d'avoir
quelques veues de ce coftélà.
Ce qui luy parut d'un
fort bon augure pour fa
paffion , ce fut l'amour du
Marquis & de fa Soeur. 11
trouvoit mefme quelque
chofe d'agréable à s'imaGALANT
. 201
giner la double alliance de
leurs Maifons , & l'échange
qu'elles ferojent entreelles
de ces deux jeunes
Perfonnes . Il découvrit fon
deffein au Marquis , & luy
exagera fort le plaifir qu'il
fe feroit de devenir fon
Coufin-germain , en mef
me temps qu'il deviendroit
fon Beau -frere . Le Marquis
ne reçût point cette
propofition avec autant de
joye qu'il euft dû naturellement
la recevoir . Il luy
parut auffi - toft , fans qu'il
fçuft trop pourquoy , que
202 MERCURE
4
c'eftoit une difficulté furvenue
à fes affaires il
euft beaucoup mieux aimé
qu'on n'euft parlé que d'une
alliance. Cependant
quand il y eut fait refléxion
, il ne trouva pas que
le mariage du Confeiller
avec la Parente , duft cftre
une chofe fi malaisée , &
it fe perfuada , ou il tâcha
de fe le perfuader que
quand mefme il ne fe feroit
pas , cela n'apportéroit
point d'obſtacle à fon
bonheur. Il alla donc propofer
le Confeiller à fa
.
GALANT. 103
Coufine , avec toute l'addreffe
dont fa paffion le
rendoit capable ; mais elle
luy fit connoiftre combien
elle eftoit peu difpofée à
fonger à ce Party . Il pric
encore trois ou quatre fois
le temps le plus favorable
qu'il put , pour traiter la
mefme matiere mais ce
fut toûjours inutilement .
Le Comte n'eftoit point
trop connu pour un Amant
de la Parente du Marquis ,
& moins encore pour un
Amant qu'elle aimaſt . Elle
avoit avec luy une manie-
>
204 MERCURE
re d'agir fi inégale , que
l'on eftoit bien embaraffé à
pouvoir juger de ce qui
eftoit entre eux . Ainfi le
Marquis ne fceut pas précifement
s'il devoit fe prendre
au Comte , de l'éloi
gnement que fa Coufine
montroit pour leConfeiller,
ou s'il ne devoit s'en pren
dre qu'au peu d'inclination
qu'elle faifoit voir en general
pour la Robe , ce qui
femblait eftre affez natu
rel à une jeune Perfonne ,
dont les yeux font plus fla
tez de l'équipage d'un Ca.
GALANT.
205
valier , que de celuy d'un
Magiftrat , & dont les oreilles
fe plaifent davantage au
récit d'une Campagne
qu'à celuy du jugement
d'un Procés. Le Marquis
fit entendre au Confeiller .
le plus honneftement qu'il
luy fur poffible , le mauvais
fuccés de fa négotiation. 11
ne luy en dit qu'un partie ,
pour l'accoûtumer douce
ment au déplaifir d'être refufé
, & il quita ce difcours
fort vifte , pour luy parler
de ce qui le regardoit
mais le Confeiller luy parut
206 MERCURE
fort refroidy fur le mariage
de fa Soeur , & le Marquis
jugea bien déflors qu'il auroit
de la peine à eftre le
Beau- frere du Confeiller ,
s'il ne devenoit auffi fon
Coufin. Il fit de nouveaux
efforts fur fa Parente , qui
luy parut toûjours moins
difpofée à faire ce qu'il
vouloit. Il loüa le Confeiller
& toute la Robe & dit
tout le mal qu'il put des
Gens d'Epée . Il alla meſme
jufqu'à tourner le Comte
en ridicule , & juſqu'à
le décrier , fans épargner
•
GALANT . 207
que fon nom ; mais tout
cela ne gagna rien fur cette
Parente . A la fin voyant
qu'il ne pouvoit luy donner
de gouft pour le Confeiller
, il crut devoir le dégoûter
d'elle . Il luy dit en confidence
qu'elle n'eftoit pas
d'une humeur aiſée , & qu'-
elle donneroit aſſez de peine
à un Mary ; que mefme
elle n'avoit pas autant de
Bien qu'on s'imaginoit ,
qu'il le fçavoit mieux qu'un
autre , puis qu'il eftoit fon`
Tuteur ; mais le Confeiller
ne fe rendit point à ces ar-
&
208 MERCURE
tifices . Il foupçonna que le
Marquis ne les employoit
que pour ſe diſpenſer de le
fervir de tout fon pouvoir ,
& dans l'humeur chagrine
où il fe trouva , il luy déclara
fort nettement que le
feul moyen d'obtenir la
Soeur , eftoit de le faire aimer
de fa Parente . Le Marquis
qui eftoit fort amoureux
, fut au défefpoir. Il
repréſenta au Confeiller ,
avec toute la force & toute
la vivacité imaginable
qu'il ne devoit pas eftre
puny des bizarreries de fa
Pupille
GALANT. 209
Pupille ; mais le Confeiller
fut inexorable
. Sa Soeur
commença
à fentir pour
la jeune Heritiere
, toute la
haine qu'elle euft pû avoir
pour une Rivale . Elle n'en
parloit jamais que comme
d'une Demoifelle de Campagne
, qu'une fierté ridicule
rendoit infuportable
par tout , & qui fe croyoit
d'une meilleure Maifon
qu'une autre , parce que
fes Parens n'avoient pas
coûtume de demeurer dans
les Villes . Le Comte eftoit
charmé de la réfiftance
Mars 1714.
"
S
110 MERCURE
qu'on faiſoit pour luy aux
volontez du Marquis ; mais
il fut au déſeſpoir , quand
le Marquis dit un jour à
fa Coufine , d'un ton ferme
& prefque abfolu , que
fi c'eftoit à caufe du Comte
'qu'elle refufoit le Confeiller
, elle devoit s'affeurer
qu'il s'oppoferoit toûjours
de tout fon pouvoir aux
prétentions de cet Amant.
Elle nia que le Comte fuft
fon Amant , & qu'elle l'euft
jamais regardé fur ce piedlà
. Le Comte qui vit fes
affaires en défordre , s'aviGALANT.
21I
fa d'un expédient affez extraordinaire
. Il confidera
qui s'il pouvoit rompre l'u
nion du Marquis & de l'aimable
Perfonne à qui il
eftoit fi fort attaché , le
Marquis ne s'obſtineroit
plus à vouloir donner fa
Parente au Conſeiller ;
mais comment mettre mal
enfemble deux Perfonnes
qui s'aimoient fi tendrement
1 eftoit entreprenant
ne défefperoit jamais
de rien , & fur tout
il comptoit beaucoup fur
l'inconftance des Femmes.
,
Sij
212 MERCURE
Ainfi de concert avec la
jeune Heritiere , il réfolut
de fe feindre Amant de la
Soeur du Confeiller , & de
la conduire à faire une infidélité
au Marquis . Il fe
rendit peu à peu & fans
marque d'affectation , plus
affidu à la voir. Comme il
n'eftoit pas Amant déclaré
de l'Heritiere , fa conduite
ne parut pas fi étrange.
Le Confeiller luy - mefme
qui le foupçonnoit d'eftre
fon Rival , eftoit bien - aiſe
de commencer à avoir lieu
d'en douter. L'Heritiere de
GALANT . 20:3
fon cofté , qui vouloit favorifer
les affiduitez du
Comte chez la Soeur du
Confeiller , recevoit le Confeiller
bien plus agréablement
, depuis que le Comte
alloit moins fouvent chez
elle . Ainfi il n'y ayoit que le
Marquis à qui le nouvel attachement
du Comte ne
plaifoit pas trop. Elle eftoit
née pour la tendreffe , mais
non pas pour la conftance.
Elle avoit un coeur qui recevoit
des impreffions affez
vivement mais encore plus
facilement . Enfin elle eftoit
214 MERCURE
faite comme la plupart des
Femmes ont accoûtumé de
l'eftre . Le Comte avoit de
l'aſcendant ſur le Marquis.ll
l'étoufoit , & l'empefchant
de paroiftre en fa préfence ,
il pouffoit la converſation
jufqu'à un ton de gayeté &
d'enjouëment , où le Marquis
ne pouvoit aller , &
avoit l'adreſſe de mettre
toujours fon Rival hors de
fon génie naturel . La diférence
qui eftoit entre - eux ,
frapoit trop les yeux de la
Belle pour nnee la pas déterminer
en faveur du Com-
3
GALANT .
215
te. D'abord elle luy applaudiffoit
bien plus qu'au
Marquis. Enfuite elle le
trouva beaucoup plus à dire
quand il n'eftoit pas chez
elle , que quand le Marquis
n'y eftoit pas. Enfin
foit par fes regards , foit par
fes manieres, elle luy donna
une préference fi viſible ,
que le Marquis , aprés plufieurs
plaintes qui furent
affez mal reçûës , ne pút
douter qu'il ne fuft trahy.
Le Confeiller qui fe crut
heureux , fur ce qu'il ne
trouvoit plus le Comte en
216
MERCURE
fon chemin , & qui s'apper- '
eevoit qu'il eftoit micux
dans l'efprit de l'Heritiere ,
s'imagina que
le
temps
eftoit favorable pour pref
fer le Marquis d'achever
ce qu'il avoit commencé ;
mais le Marquis luy répondit
léchement , que fa Soeur
avoit changé , qu'elle l'avoit
quitté pour un autre , qu'il
ne fongeoit plus à elle ; &
vous ne devez pas trouver
mauvais , pourfuivir - il , que
je vous redile ce que vous
m'avez dit fi fouvent , que
nous ne pouvons faire aucunc
GALANT. 217
>
cune alliance , fi nous n'en
faifons deux à la fois. Jamais
le Confeiller ne fut
plus furpris . Il querella fa
Soeur , & luy fit mille reproches
. Il éloigna tout- àfait
le Comte de chez luy
& de Comte en fut trescontent.
La Seur meſme
qui foupçonna quelque
trahison ; auroit fouhaité
de tout fon coeur fe raccommoder
avec le Marquis.
Le Confeiller y travailla
de tout fon pouvoir ;
mais le Marquis ne put digerer
l'injure qu'on luy
Mars
1714.
T
218
MERCURE
pas
;
avoit faite . Le Comte , qui
eftoit caufe de toute cette
révolution , ne fut pas plus
heureux que les autres . Son
deffein luy avoit paru plai
fant à imaginer , & à executer
mais il n'en avoit
bien préveu les fuites.
Le Marquis conceur pour
luy toute la haine que l'on
peut avoir pour un Rival.
il mit bon ordre à empef
cher qu'il ne put voir fouvent
la jeune Heritiere , &
il fouleva tellement toute
la Parenté contre luy >
qu'il n'auroit pas efté bien
GALANT .• 0219
receu à parler de Mariage .
Ainfi perfonne ne ſe maria ;
ce ne fut que divifion de
tous coftez. Peut - eftre
quand la belle Heritiere
fera en âge de difpofer
d'elle , elle fera choix du
Comte qui l'aime toujours
; mais dans le temps
qu'il faudra attendre , c'eſt
grande merveille , fi l'une
des deux paffions ne s'affoiblit.
Aprés tout pour
tant , elles pourront ne s'affoiblir
pas , car les deux
Amans ne fe voyent guére.
IL y auroit plus d'Amans
heureux que l'on n'en voit
fi on laiffoit l'amour mail
tre de fes entrepriſes , mais
s'il peut toucher les coeurs
quand il luy plaiſt , il n'a
pas toûjours le pouvoir de
les unir. Des obftacles invincibles
renverfent fouvent
fes plus grands deffeins
, & ce qui eft le plus
chagrinant , c'eft qu'il fe
Mars
1714.
R
194 MERCURE
rencontre des occafions où
il fe nuit par luy même.
Un jeune Homme de qualité
, qui ayant un Marquifat
eftoit Marquis à bon titre,
devint amoureux d'une
des plus aimables Perfonnes
de la Ville où il demeuroit.
Elle eftoit d'une Famille
de Robe , & un Frere
unique qu'elle avoit
eftoit Confeiller au Parlement
de fa Province
mais il s'attendoit bien à
monter avec l'âge dans des
Charges plus confidéra-
Eles. Ce Frere eftoit alors
GALANT. 195
fur le point de revenir d'un
voyage d'Italie , & quoy
que fon retour fuft fort
proche , le Marquis nelaiffa
pas de faire affez de progrés
dans le coeur de cette
Belle , avant qu'il fuft revenu.
Elle eftoit vive naturel.
lement,, pleine de foins &
de zele pour ce qu'elle aimoit
, & fi fenfible à l'amitié
qu'on luy témoignoit
,
qu'il y avoit fujet d'efperer
que les empreffemens
de
l'amour ne luy feroient pas
indifférens
. Elle trouva le
Marquis affez aimable
Rij
196 MERCURE
>
pour le perfuader qu'elle
en pourroit eftre aimée , &
elle eftoit trop fincere pour
douter long- temps de la
fincerité des autres fur
tout quand ils eftoient agréables
. Enfin de la ma.
niere dont le Confeiller
vit les chofes difpofées à
fon retour
il jugea bien
qu'il ne feroit plus chargé
de fa Soeur , qu'autant que
des Articles de mariage à
regler le demanderoient
car elle ne dépendoit que
de luy. Le Marquis fit tous.
les pas neceffaires , & les
GALANT
* . 197
Amans alloient eftre heureux
, s'il n'y euft point eu
d'autre amour que le leur
dans leur Famille . Le Marquis
avoit une Couſine germaine
, qui eftoit demeurée
feule Heritiere d'un
grand Ben , par la mort
de fon Pere & de fa Mere.
Elle eftoit tombée fous fa
Tutelle , parce qu'un autre
Tuteur qu'elle avoit eu
d'abord , cftoit mort depuis
fix mois. C'eftoit au jeune
Tuteur à difpofer de fa jeu
ne Pupille ; mais elle avoit
difpofé elle mefme de fon
FR iij
198 MERCURE
coeur , fans avis de Parens .
Un Gentilhomme fort fpirituel
, & qui avoit affez
de naiffance , pour pouvoir
prendre le titre de Comte ,
avoit entrepris de plaire à
la Belle , & luy avoit plû.
Il avoit fait diverfes Campagnes
avec beaucoup de
dépenfe , & affez de réputation
. Cela ébloüiffoit fort:
l'aimable Héritiere
avoit le coeur tres - bien placé
. Par malheur pour le
Marquis , le Confeiller la
vit trop fouvent , & fon
coeur en fut touché. Elle
qui
THEQUE
GALANT.
BIBLIO
avoit tout l'air d'une
LY
BAD
DE
LA
VILLE
de naiſſance , une certain e
fierté qui luy feyoit bien ,
moins de beauté que de
manieres agréables , & un
art particulier de fe faire
extrémement valoir , fans
avoir pourtant d'orgueil
qui choquaft . Peut - eftre
auroit - il choqué dans une
Perfonne, qui cuft eu moins
de naiffance , moins de jeuneffe
, & moins de Bien .
Elle ne regardoit guére les
Hommes qu'avec une efpece
de dédain . Le Comre
eftoit le plus excepté ; en-
R iiij
200 MERCURE
core le traitoit elle quelquefois
comme les autres
, quand elle en avoit
envie . Tout cela charma
le Confeiller, Ileftoit affez
riche pour ne devoir pas
eftre foupçonné d'aimer la
jeune Heritiere pour fon
Bien. Cependant il ne laif
fa peut eft e pas d'avoir
quelques veues de ce coftélà.
Ce qui luy parut d'un
fort bon augure pour fa
paffion , ce fut l'amour du
Marquis & de fa Soeur. 11
trouvoit mefme quelque
chofe d'agréable à s'imaGALANT
. 201
giner la double alliance de
leurs Maifons , & l'échange
qu'elles ferojent entreelles
de ces deux jeunes
Perfonnes . Il découvrit fon
deffein au Marquis , & luy
exagera fort le plaifir qu'il
fe feroit de devenir fon
Coufin-germain , en mef
me temps qu'il deviendroit
fon Beau -frere . Le Marquis
ne reçût point cette
propofition avec autant de
joye qu'il euft dû naturellement
la recevoir . Il luy
parut auffi - toft , fans qu'il
fçuft trop pourquoy , que
202 MERCURE
4
c'eftoit une difficulté furvenue
à fes affaires il
euft beaucoup mieux aimé
qu'on n'euft parlé que d'une
alliance. Cependant
quand il y eut fait refléxion
, il ne trouva pas que
le mariage du Confeiller
avec la Parente , duft cftre
une chofe fi malaisée , &
it fe perfuada , ou il tâcha
de fe le perfuader que
quand mefme il ne fe feroit
pas , cela n'apportéroit
point d'obſtacle à fon
bonheur. Il alla donc propofer
le Confeiller à fa
.
GALANT. 103
Coufine , avec toute l'addreffe
dont fa paffion le
rendoit capable ; mais elle
luy fit connoiftre combien
elle eftoit peu difpofée à
fonger à ce Party . Il pric
encore trois ou quatre fois
le temps le plus favorable
qu'il put , pour traiter la
mefme matiere mais ce
fut toûjours inutilement .
Le Comte n'eftoit point
trop connu pour un Amant
de la Parente du Marquis ,
& moins encore pour un
Amant qu'elle aimaſt . Elle
avoit avec luy une manie-
>
204 MERCURE
re d'agir fi inégale , que
l'on eftoit bien embaraffé à
pouvoir juger de ce qui
eftoit entre eux . Ainfi le
Marquis ne fceut pas précifement
s'il devoit fe prendre
au Comte , de l'éloi
gnement que fa Coufine
montroit pour leConfeiller,
ou s'il ne devoit s'en pren
dre qu'au peu d'inclination
qu'elle faifoit voir en general
pour la Robe , ce qui
femblait eftre affez natu
rel à une jeune Perfonne ,
dont les yeux font plus fla
tez de l'équipage d'un Ca.
GALANT.
205
valier , que de celuy d'un
Magiftrat , & dont les oreilles
fe plaifent davantage au
récit d'une Campagne
qu'à celuy du jugement
d'un Procés. Le Marquis
fit entendre au Confeiller .
le plus honneftement qu'il
luy fur poffible , le mauvais
fuccés de fa négotiation. 11
ne luy en dit qu'un partie ,
pour l'accoûtumer douce
ment au déplaifir d'être refufé
, & il quita ce difcours
fort vifte , pour luy parler
de ce qui le regardoit
mais le Confeiller luy parut
206 MERCURE
fort refroidy fur le mariage
de fa Soeur , & le Marquis
jugea bien déflors qu'il auroit
de la peine à eftre le
Beau- frere du Confeiller ,
s'il ne devenoit auffi fon
Coufin. Il fit de nouveaux
efforts fur fa Parente , qui
luy parut toûjours moins
difpofée à faire ce qu'il
vouloit. Il loüa le Confeiller
& toute la Robe & dit
tout le mal qu'il put des
Gens d'Epée . Il alla meſme
jufqu'à tourner le Comte
en ridicule , & juſqu'à
le décrier , fans épargner
•
GALANT . 207
que fon nom ; mais tout
cela ne gagna rien fur cette
Parente . A la fin voyant
qu'il ne pouvoit luy donner
de gouft pour le Confeiller
, il crut devoir le dégoûter
d'elle . Il luy dit en confidence
qu'elle n'eftoit pas
d'une humeur aiſée , & qu'-
elle donneroit aſſez de peine
à un Mary ; que mefme
elle n'avoit pas autant de
Bien qu'on s'imaginoit ,
qu'il le fçavoit mieux qu'un
autre , puis qu'il eftoit fon`
Tuteur ; mais le Confeiller
ne fe rendit point à ces ar-
&
208 MERCURE
tifices . Il foupçonna que le
Marquis ne les employoit
que pour ſe diſpenſer de le
fervir de tout fon pouvoir ,
& dans l'humeur chagrine
où il fe trouva , il luy déclara
fort nettement que le
feul moyen d'obtenir la
Soeur , eftoit de le faire aimer
de fa Parente . Le Marquis
qui eftoit fort amoureux
, fut au défefpoir. Il
repréſenta au Confeiller ,
avec toute la force & toute
la vivacité imaginable
qu'il ne devoit pas eftre
puny des bizarreries de fa
Pupille
GALANT. 209
Pupille ; mais le Confeiller
fut inexorable
. Sa Soeur
commença
à fentir pour
la jeune Heritiere
, toute la
haine qu'elle euft pû avoir
pour une Rivale . Elle n'en
parloit jamais que comme
d'une Demoifelle de Campagne
, qu'une fierté ridicule
rendoit infuportable
par tout , & qui fe croyoit
d'une meilleure Maifon
qu'une autre , parce que
fes Parens n'avoient pas
coûtume de demeurer dans
les Villes . Le Comte eftoit
charmé de la réfiftance
Mars 1714.
"
S
110 MERCURE
qu'on faiſoit pour luy aux
volontez du Marquis ; mais
il fut au déſeſpoir , quand
le Marquis dit un jour à
fa Coufine , d'un ton ferme
& prefque abfolu , que
fi c'eftoit à caufe du Comte
'qu'elle refufoit le Confeiller
, elle devoit s'affeurer
qu'il s'oppoferoit toûjours
de tout fon pouvoir aux
prétentions de cet Amant.
Elle nia que le Comte fuft
fon Amant , & qu'elle l'euft
jamais regardé fur ce piedlà
. Le Comte qui vit fes
affaires en défordre , s'aviGALANT.
21I
fa d'un expédient affez extraordinaire
. Il confidera
qui s'il pouvoit rompre l'u
nion du Marquis & de l'aimable
Perfonne à qui il
eftoit fi fort attaché , le
Marquis ne s'obſtineroit
plus à vouloir donner fa
Parente au Conſeiller ;
mais comment mettre mal
enfemble deux Perfonnes
qui s'aimoient fi tendrement
1 eftoit entreprenant
ne défefperoit jamais
de rien , & fur tout
il comptoit beaucoup fur
l'inconftance des Femmes.
,
Sij
212 MERCURE
Ainfi de concert avec la
jeune Heritiere , il réfolut
de fe feindre Amant de la
Soeur du Confeiller , & de
la conduire à faire une infidélité
au Marquis . Il fe
rendit peu à peu & fans
marque d'affectation , plus
affidu à la voir. Comme il
n'eftoit pas Amant déclaré
de l'Heritiere , fa conduite
ne parut pas fi étrange.
Le Confeiller luy - mefme
qui le foupçonnoit d'eftre
fon Rival , eftoit bien - aiſe
de commencer à avoir lieu
d'en douter. L'Heritiere de
GALANT . 20:3
fon cofté , qui vouloit favorifer
les affiduitez du
Comte chez la Soeur du
Confeiller , recevoit le Confeiller
bien plus agréablement
, depuis que le Comte
alloit moins fouvent chez
elle . Ainfi il n'y ayoit que le
Marquis à qui le nouvel attachement
du Comte ne
plaifoit pas trop. Elle eftoit
née pour la tendreffe , mais
non pas pour la conftance.
Elle avoit un coeur qui recevoit
des impreffions affez
vivement mais encore plus
facilement . Enfin elle eftoit
214 MERCURE
faite comme la plupart des
Femmes ont accoûtumé de
l'eftre . Le Comte avoit de
l'aſcendant ſur le Marquis.ll
l'étoufoit , & l'empefchant
de paroiftre en fa préfence ,
il pouffoit la converſation
jufqu'à un ton de gayeté &
d'enjouëment , où le Marquis
ne pouvoit aller , &
avoit l'adreſſe de mettre
toujours fon Rival hors de
fon génie naturel . La diférence
qui eftoit entre - eux ,
frapoit trop les yeux de la
Belle pour nnee la pas déterminer
en faveur du Com-
3
GALANT .
215
te. D'abord elle luy applaudiffoit
bien plus qu'au
Marquis. Enfuite elle le
trouva beaucoup plus à dire
quand il n'eftoit pas chez
elle , que quand le Marquis
n'y eftoit pas. Enfin
foit par fes regards , foit par
fes manieres, elle luy donna
une préference fi viſible ,
que le Marquis , aprés plufieurs
plaintes qui furent
affez mal reçûës , ne pút
douter qu'il ne fuft trahy.
Le Confeiller qui fe crut
heureux , fur ce qu'il ne
trouvoit plus le Comte en
216
MERCURE
fon chemin , & qui s'apper- '
eevoit qu'il eftoit micux
dans l'efprit de l'Heritiere ,
s'imagina que
le
temps
eftoit favorable pour pref
fer le Marquis d'achever
ce qu'il avoit commencé ;
mais le Marquis luy répondit
léchement , que fa Soeur
avoit changé , qu'elle l'avoit
quitté pour un autre , qu'il
ne fongeoit plus à elle ; &
vous ne devez pas trouver
mauvais , pourfuivir - il , que
je vous redile ce que vous
m'avez dit fi fouvent , que
nous ne pouvons faire aucunc
GALANT. 217
>
cune alliance , fi nous n'en
faifons deux à la fois. Jamais
le Confeiller ne fut
plus furpris . Il querella fa
Soeur , & luy fit mille reproches
. Il éloigna tout- àfait
le Comte de chez luy
& de Comte en fut trescontent.
La Seur meſme
qui foupçonna quelque
trahison ; auroit fouhaité
de tout fon coeur fe raccommoder
avec le Marquis.
Le Confeiller y travailla
de tout fon pouvoir ;
mais le Marquis ne put digerer
l'injure qu'on luy
Mars
1714.
T
218
MERCURE
pas
;
avoit faite . Le Comte , qui
eftoit caufe de toute cette
révolution , ne fut pas plus
heureux que les autres . Son
deffein luy avoit paru plai
fant à imaginer , & à executer
mais il n'en avoit
bien préveu les fuites.
Le Marquis conceur pour
luy toute la haine que l'on
peut avoir pour un Rival.
il mit bon ordre à empef
cher qu'il ne put voir fouvent
la jeune Heritiere , &
il fouleva tellement toute
la Parenté contre luy >
qu'il n'auroit pas efté bien
GALANT .• 0219
receu à parler de Mariage .
Ainfi perfonne ne ſe maria ;
ce ne fut que divifion de
tous coftez. Peut - eftre
quand la belle Heritiere
fera en âge de difpofer
d'elle , elle fera choix du
Comte qui l'aime toujours
; mais dans le temps
qu'il faudra attendre , c'eſt
grande merveille , fi l'une
des deux paffions ne s'affoiblit.
Aprés tout pour
tant , elles pourront ne s'affoiblir
pas , car les deux
Amans ne fe voyent guére.
Fermer
Résumé : HISTORIETTE.
Au début du XVIIIe siècle, une histoire d'amour complexe se déroule entre plusieurs personnages de la noblesse et de la robe. Un jeune marquis s'éprend d'une femme issue d'une famille de robe, dont le frère unique est conseiller au Parlement. Bien que le marquis fasse des progrès dans le cœur de cette femme, des obstacles surgissent. Le conseiller, de retour d'Italie, approuve l'union de sa sœur avec le marquis. Cependant, il est lui-même amoureux de la cousine germaine du marquis, une jeune héritière sous la tutelle de ce dernier. Cette héritière est éprise d'un comte spirituel et réputé. Le conseiller espère une double alliance et propose au marquis d'épouser l'héritière, mais celle-ci refuse. Pour faciliter son propre mariage, le comte tente de semer la discorde entre le marquis et sa bien-aimée en se faisant passer pour son amant. Cette manœuvre échoue, et les relations entre les familles se dégradent. Finalement, personne ne se marie, et les passions restent vives, bien que les amants ne se voient plus fréquemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
91
p. 12-128
HISTOIRE nouvelle.
Début :
La peste qui exerce souvent de furieux ravages dans les [...]
Mots clefs :
Amour, Monde, Veuve, Coeur, Dames, Dame, Cavalier, Chambre, Mort, Gentilhomme, Charmes, Affaires, Esprit, Comte, Rome, Pologne, Femmes, Roi, Ambassadeur, Tendresse, Hymen, Valet de chambre, Paris, Comte, Cavalier français, Aventures, Connaissances, Duc, Fête, Veuve, Yeux, Beauté, Maison, Récit, Amis, Compagnie, Voyage, Mariage, Province, Étrangers, Peste, Curiosité, Honneur, Bosquet, Hommes, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE nouvelle.
HISTOIRE
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
Fermer
Résumé : HISTOIRE nouvelle.
La peste à Varsovie pousse de nombreux habitants à fuir vers les campagnes. La Palatine et plusieurs dames de la haute société, dont Madame Belzesca, se réfugient à Dantzic, accueillies par le Marquis de Canop. Madame Belzesca, connue pour son charme malgré son âge avancé, a déjà eu trois maris et de nombreux amants tout en conservant une réputation irréprochable. Originaire de Touraine, elle est élevée secrètement après une prédiction d'un berger. À douze ans, elle est ramenée chez elle et devient l'objet de l'admiration locale. Pelagie, de son vrai nom, reçoit une éducation soignée à Tours et rencontre le Chevalier de Versan lors d'un sauvetage dramatique sur la Loire. Ils se marient et vivent cinq ans de bonheur avant de se séparer. Pelagie devient veuve et hérite de la fortune de son mari. Elle s'installe à Paris avec son fils et devient célèbre pour sa beauté et son charme. À Paris, Pelagie attire l'attention de nombreux nobles et étrangers, notamment pendant le séjour du roi Casimir en France. Sa maison devient un lieu de rencontre pour les personnes distinguées. Un seigneur polonais, épris de Pelagie, planifie son enlèvement mais est déjoué par le duc de... et le cavalier français, amant de Pelagie. Le comte Pioski, jaloux, tente de tuer le cavalier français lors d'un duel mais se blesse gravement et se retire dans un monastère. Madame Belzesca, veuve, traverse une période de deuil intense mais se rétablit grâce à des prières et des promesses religieuses. Elle entreprend un voyage à Lorette et visite des villes italiennes. À Rome, elle rencontre un gentilhomme italien ébloui par sa beauté mais reste réservée. L'ambassadeur polonais à Rome, épris de la veuve, la retrouve et obtient son consentement. Ils se marient secrètement et retournent en Pologne, où ils vivent heureux pendant vingt-cinq ans. L'ambassadeur est mortellement blessé lors d'une chasse au sanglier. Madame Belzesca pleure sa perte depuis plus de six ans et est devenue l'amie inséparable de Madame la Palatine. À soixante ans, elle est encore respectée et aimée, et on envisage de la remarier à un homme de grande distinction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
92
p. 178-190
Rare et curieux Extrait d'une Lettre de Madrid du 15. May.
Début :
Il y a environ un mois que le Marquis Don-Juan de Cardoça [...]
Mots clefs :
Chevalier, Marquis, Fille, Esclave, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rare et curieux Extrait d'une Lettre de Madrid du 15. May.
Rare &curieux Extrait d'une
-Lettrede Madriddu 15.May.
3
Ily a environ un mois que
leMarquis Don- Juan deCardoça
, Conſeiller du Conſeil
des Indes , donna ſa derniere
fille en mariage au Chevalier
deNoguichard , Colonel en
ſecond du Regiment desDragons
du Valleco. Il eſt natif
de Bourdeaux & s'appelleCô
GALANT. 179
teau en fon nom. Il y a dix
- ans qu'il eſt au ſervice du Roy
d'Eſpagne , où il s'eſt avancé
par ſon merite; cependant
malgré ſon employ , qui à
peine luy donnoit dequoy vi
vre,il étoit encore ſi pauvre ,
il y a fix mois , qu'il ne pou
voit pas s'imaginer qu'il y cur
une fille au monde pour luy,
Le Marquis de Salmeron Efpagnol
de nation, qui étoit &
qui eſt encore fon ami , luy
propoſa il y a quelque temps
de ſe marier ; leCavalier lui répondit
qu'il acceptoit la propoſition
, s'il pouvoit lui trou
180 MERCURE
ver une fille qui luy convint.
Mr de Salmeron qui connoif
ſoit particulierement Don
Juan de Cardoça , luy rendit
auſſi toſt une viſite , où il luy
infinua adroitement dans la
converſation , qu'il devroit
bien ſonger à marier ſa derniere
fille qui estoit en âge de
l'eſtre. DonJuan luy dit qu'il y
conſentoitde bon coeur ; mais
qu'il vouloit pour Gendre un
homme de bonnes moeurs , &
qui eutunrangdans lemonde,
qu'il ne s'embarraſſoit pas qu'il
cut du bien , ny de quelqueNation
, qu'il fut pourvû
1
GALANT. 181
qu'il fut honnête homme,perſuadé
que la reconnoiffance
dans une ame bien née, établiroit
lebonheur de cette union,
autant que les liens de l'amour
&&dduummariage. Le Marquis de
Salmeron luy propoſa inſenſiblement
le Chevalier de Noguichard.
Don Juan demanda
du temps pour examiner
cette affaire; & au bout d'un
mois toutes ſes reflexions
faites , il donna ſa fille au
jeune homme , avec une belle
maiſon toute meublée , un
équipage magnifique & cent
mille piaſtres d'argent compsant
Si le bon exemple fert de
planche aux autres , il y a bien
de l'apparence que les François
qui font icy , auffi - bien que
ceux qui y viendront , feront
toutes leurs diligences pour
trouver de pareilles aubaines.
Au reſtejevous recommandede
faire afficher dans Paris
&dans les autres Villes du
Royaume , ſi vous le jugez à
propos , la nouvelle que je
vais vous apprendre , elle
pourra eſtre d'une grande utilité
à ceux qui voudront
courir de grands riſques ...
Il y a icy une Eſclave de
GALANT. 183
trente ans , fort jolie , & ri
che de fix cens mille écus
qu'elle poſſede à preſent , ſans
compter plus de trente mille
piaſtres qu'elle attend des Indes.
Voicy de quelle maniere
la fortune luy a envoyé tant
de richeſſes .
Cette pauvre fille fut vendue
étant encore enfant à un
Eſpagnol de bonnes aires .
Son Patron la mit auprés de
ſa femme, qui fut fi contente
du zele avec lequel elle l'a fervie
pendant vingt- ans , que
ſe voyant présde mourir ſans
184 MERCURE
enfants , elle recommanda ſon
Eſclave à ſon mary , autant
que ſi elle cut eſté ſa propre
fille,& luy laiſſa par teſtament
avec la liberté qu'elle luy donna
d'abord , la moitié de tout
le bien dont elle pouvoit difpoſer
, & l'autre moitié à ſon
époux. Cette ſomme eſtoit
fort confiderable. Le mary
qui avoit fort travaillé pendant
toute ſa vie pour amafſer
de ſi grandes richeſſes , &
qui d'ailleurs eſtoit un honneste
homme , & vieux Chrétien
, aima de bonne foy cette
heureuſe Eſclave , autant
que
GALANT. 185
que ſa femme l'avoit aimée ,
& fans faire aucun compte
avec elle , il luy dit qu'il la laiffoit
, non ſeulement la Maîtreffe
de tout le bien de ſa
femme; mais même de tout
celuy qu'il poffedoit.
1. Cette fille trouvantdes manieres
ſi franches , & tant de
generofité dans ſon maittre ,
s'attacha encore plus fortement
à luy , & quoy qu'affranchie
, elle ne voulut pas
le quitter , ny ſe prévaloir aucunement
des bontez qu'il avoit
pour elle. Au contraire
elle l'aima avec tant de ten-
May 1714.
186 MERCURE
dreſſe & de conſtance , que le
bon homme , ſe voyant à ſon
tour à l'article de la mort , fit
appeller ſes amis & la Juſtice ,
& en leur prefence , d'un efprit
tranquile & d'une voix
nette & libre , il fit une donation
autentique de tous fes
biens à cette créature fortunée
, qui ſix mois avant la perte
de ſon maiſtre & de ſa maitreffe
, eſtoit encore toute
chargée du poids de ſa ſervitude
, & expofée au danger de
tomber entre les mains d'un
nouveau Patron , tant les ma
ladies continuelles du ſien ,
GALANT . 187
lui donnoient lieu d'apprehen.
der, qu'il ne mourut bientoft.
t
Il mourut en effet ; mais
avec les conditions que je
viens de vous dire.
Cette riche fille , aprés avoir
eſſuyé ſes larmes , a écoûté
enfinquelques propofitions
de mariage ; mais aucun des
prétendans qui ſe ſontprefentez
,ne luya plû, elle ne ſe ſouciepas
mêmeque celuy qu'elle
préferera aux autres , foit de
fa Nation, ou n'en foit pas :
elle veut feulement avant de
s'engager eſtre ſeure de l'hom
Qij
188 MERCURE
me qu'elle épouſera : elle veut
éprouver ſon amour & fa fidelité
, ſans ſe montrer , & ne
l'épouler qu'aprés l'avoir éprouvé.
Elle n'a rien de deſagréable
; mais c'eſt conſtamment
à preſent la Dame invi.
fible: Celle- cy vaut mieux que
celle de la Comedie.
Si vous ſçavez quelqu'un qui
oſe venir tenter l'avanture ,
& qui fe croye affez brave ,
pour ofer ſe flatter de ne pas
s'en retourner les mains vuides
, envoyez-le moy:
Je connois le Directeur de
labelle,je le mettray aux priGALANT.
189
ſes avec luy , & il le mettra
aux priſes avec elle , qu'il
vienne , & s'il réüffit , il eſt
bien juſte , qu'en faveur d'un
pareil avis , il me faffe au
moins un preſent de mille Piftoles
, puiſque le Marquis de
Salmeron en a cu huit cens ,
pour la façon du mariage du
Chevalier de Noguichard.
Ne croyez pas , s'il vous
plaiſt , Monfieur , que je vous
écris icy des balivernes. Ce
ne ſont pas là des jeux d'enfant
, & je vous proteſte que
Ces deux Hiſtoires ſont ſi veritables
, que j'enrage d'avoir
190 MERCURE
une femme. Celle de l'Eſclave
,& fes intentions pour le
mariage , ont déja mis iben du
monde en Campagne......
-Lettrede Madriddu 15.May.
3
Ily a environ un mois que
leMarquis Don- Juan deCardoça
, Conſeiller du Conſeil
des Indes , donna ſa derniere
fille en mariage au Chevalier
deNoguichard , Colonel en
ſecond du Regiment desDragons
du Valleco. Il eſt natif
de Bourdeaux & s'appelleCô
GALANT. 179
teau en fon nom. Il y a dix
- ans qu'il eſt au ſervice du Roy
d'Eſpagne , où il s'eſt avancé
par ſon merite; cependant
malgré ſon employ , qui à
peine luy donnoit dequoy vi
vre,il étoit encore ſi pauvre ,
il y a fix mois , qu'il ne pou
voit pas s'imaginer qu'il y cur
une fille au monde pour luy,
Le Marquis de Salmeron Efpagnol
de nation, qui étoit &
qui eſt encore fon ami , luy
propoſa il y a quelque temps
de ſe marier ; leCavalier lui répondit
qu'il acceptoit la propoſition
, s'il pouvoit lui trou
180 MERCURE
ver une fille qui luy convint.
Mr de Salmeron qui connoif
ſoit particulierement Don
Juan de Cardoça , luy rendit
auſſi toſt une viſite , où il luy
infinua adroitement dans la
converſation , qu'il devroit
bien ſonger à marier ſa derniere
fille qui estoit en âge de
l'eſtre. DonJuan luy dit qu'il y
conſentoitde bon coeur ; mais
qu'il vouloit pour Gendre un
homme de bonnes moeurs , &
qui eutunrangdans lemonde,
qu'il ne s'embarraſſoit pas qu'il
cut du bien , ny de quelqueNation
, qu'il fut pourvû
1
GALANT. 181
qu'il fut honnête homme,perſuadé
que la reconnoiffance
dans une ame bien née, établiroit
lebonheur de cette union,
autant que les liens de l'amour
&&dduummariage. Le Marquis de
Salmeron luy propoſa inſenſiblement
le Chevalier de Noguichard.
Don Juan demanda
du temps pour examiner
cette affaire; & au bout d'un
mois toutes ſes reflexions
faites , il donna ſa fille au
jeune homme , avec une belle
maiſon toute meublée , un
équipage magnifique & cent
mille piaſtres d'argent compsant
Si le bon exemple fert de
planche aux autres , il y a bien
de l'apparence que les François
qui font icy , auffi - bien que
ceux qui y viendront , feront
toutes leurs diligences pour
trouver de pareilles aubaines.
Au reſtejevous recommandede
faire afficher dans Paris
&dans les autres Villes du
Royaume , ſi vous le jugez à
propos , la nouvelle que je
vais vous apprendre , elle
pourra eſtre d'une grande utilité
à ceux qui voudront
courir de grands riſques ...
Il y a icy une Eſclave de
GALANT. 183
trente ans , fort jolie , & ri
che de fix cens mille écus
qu'elle poſſede à preſent , ſans
compter plus de trente mille
piaſtres qu'elle attend des Indes.
Voicy de quelle maniere
la fortune luy a envoyé tant
de richeſſes .
Cette pauvre fille fut vendue
étant encore enfant à un
Eſpagnol de bonnes aires .
Son Patron la mit auprés de
ſa femme, qui fut fi contente
du zele avec lequel elle l'a fervie
pendant vingt- ans , que
ſe voyant présde mourir ſans
184 MERCURE
enfants , elle recommanda ſon
Eſclave à ſon mary , autant
que ſi elle cut eſté ſa propre
fille,& luy laiſſa par teſtament
avec la liberté qu'elle luy donna
d'abord , la moitié de tout
le bien dont elle pouvoit difpoſer
, & l'autre moitié à ſon
époux. Cette ſomme eſtoit
fort confiderable. Le mary
qui avoit fort travaillé pendant
toute ſa vie pour amafſer
de ſi grandes richeſſes , &
qui d'ailleurs eſtoit un honneste
homme , & vieux Chrétien
, aima de bonne foy cette
heureuſe Eſclave , autant
que
GALANT. 185
que ſa femme l'avoit aimée ,
& fans faire aucun compte
avec elle , il luy dit qu'il la laiffoit
, non ſeulement la Maîtreffe
de tout le bien de ſa
femme; mais même de tout
celuy qu'il poffedoit.
1. Cette fille trouvantdes manieres
ſi franches , & tant de
generofité dans ſon maittre ,
s'attacha encore plus fortement
à luy , & quoy qu'affranchie
, elle ne voulut pas
le quitter , ny ſe prévaloir aucunement
des bontez qu'il avoit
pour elle. Au contraire
elle l'aima avec tant de ten-
May 1714.
186 MERCURE
dreſſe & de conſtance , que le
bon homme , ſe voyant à ſon
tour à l'article de la mort , fit
appeller ſes amis & la Juſtice ,
& en leur prefence , d'un efprit
tranquile & d'une voix
nette & libre , il fit une donation
autentique de tous fes
biens à cette créature fortunée
, qui ſix mois avant la perte
de ſon maiſtre & de ſa maitreffe
, eſtoit encore toute
chargée du poids de ſa ſervitude
, & expofée au danger de
tomber entre les mains d'un
nouveau Patron , tant les ma
ladies continuelles du ſien ,
GALANT . 187
lui donnoient lieu d'apprehen.
der, qu'il ne mourut bientoft.
t
Il mourut en effet ; mais
avec les conditions que je
viens de vous dire.
Cette riche fille , aprés avoir
eſſuyé ſes larmes , a écoûté
enfinquelques propofitions
de mariage ; mais aucun des
prétendans qui ſe ſontprefentez
,ne luya plû, elle ne ſe ſouciepas
mêmeque celuy qu'elle
préferera aux autres , foit de
fa Nation, ou n'en foit pas :
elle veut feulement avant de
s'engager eſtre ſeure de l'hom
Qij
188 MERCURE
me qu'elle épouſera : elle veut
éprouver ſon amour & fa fidelité
, ſans ſe montrer , & ne
l'épouler qu'aprés l'avoir éprouvé.
Elle n'a rien de deſagréable
; mais c'eſt conſtamment
à preſent la Dame invi.
fible: Celle- cy vaut mieux que
celle de la Comedie.
Si vous ſçavez quelqu'un qui
oſe venir tenter l'avanture ,
& qui fe croye affez brave ,
pour ofer ſe flatter de ne pas
s'en retourner les mains vuides
, envoyez-le moy:
Je connois le Directeur de
labelle,je le mettray aux priGALANT.
189
ſes avec luy , & il le mettra
aux priſes avec elle , qu'il
vienne , & s'il réüffit , il eſt
bien juſte , qu'en faveur d'un
pareil avis , il me faffe au
moins un preſent de mille Piftoles
, puiſque le Marquis de
Salmeron en a cu huit cens ,
pour la façon du mariage du
Chevalier de Noguichard.
Ne croyez pas , s'il vous
plaiſt , Monfieur , que je vous
écris icy des balivernes. Ce
ne ſont pas là des jeux d'enfant
, & je vous proteſte que
Ces deux Hiſtoires ſont ſi veritables
, que j'enrage d'avoir
190 MERCURE
une femme. Celle de l'Eſclave
,& fes intentions pour le
mariage , ont déja mis iben du
monde en Campagne......
Fermer
Résumé : Rare et curieux Extrait d'une Lettre de Madrid du 15. May.
Le texte présente deux événements distincts. Premièrement, il relate le mariage de la dernière fille du Marquis Don Juan de Cardoça avec le Chevalier de Noguichard, Colonel en second du Régiment des Dragons du Valleco. Originaire de Bordeaux, le Chevalier, surnommé Cô Galant, est au service du Roi d'Espagne depuis dix ans et s'est distingué par son mérite. Malgré sa pauvreté, il a été proposé comme gendre par le Marquis de Salmeron, ami de Don Juan. Ce dernier a accepté cette proposition, cherchant un homme de bonnes mœurs et de rang, sans se soucier de sa fortune. Le mariage a été célébré avec une dot comprenant une belle maison meublée, un équipage magnifique et cent mille piastres. Deuxièmement, le texte mentionne une esclave de trente ans qui est devenue riche grâce à la générosité de ses maîtres. Vendue enfant à un Espagnol, elle a été bien traitée et a hérité de la moitié des biens de sa maîtresse à sa mort. Son maître, également reconnaissant, lui a laissé l'intégralité de ses biens. Affranchie et riche, elle refuse de se marier sans éprouver au préalable la fidélité de ses prétendants. Le texte se termine par une offre de récompense pour quiconque réussira à la séduire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
93
p. 217-241
Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Début :
Je suis fort redevable à Mr L. V. du present qu'on [...]
Mots clefs :
Enfant, Mariage, Père, Époux, Épouse, Naissance, Province, Gendre, Procès, Chagrin, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Je fuis fort redevable à
Mr L. V. du present qu'on
vient de me faire de sa part,
& je ne doute point que
tout le monde ne luy fçaJ
che autant de gré que moy
; de la peine qu'il a prise de
décacher tous les Articles
; principaux d'un procez extraordinaire
qui vient d'cc.
trejugéà un des premiers
tribunaux de Paris, pouren
composer(sans s'écarter de
la vérité) l'histoire qui suit
sur les pieces originales qui
en font la matiere.
Mademoiselle Nassulvaved
estnée dans une des
plus considerables provinces
du Royaume; ses parens
qui y tenoient les premiers
rangs dans la robe, & qui
possedoient de grands
biens, luy donnerent une
éducation conforme à sa
naissance, leurs foins ne furent
pas infructueux. Elle
eut a peine quinze ansquelle
fut l'admiration de toute
sa province, les plus honnestes
gens luy rendirent
des soins; sa beauté, sa ieunesse,
& son esprit au dessus
de son âgeluy attirerent
bien-tost une grosse cour. De tous ceux qui s'empresserent
à la servir, le
seul Emselad son parent fut
celuy qui trouva le secret de
la rendre sensible
,
le libre
accez qu'il avoit dans la
maison de son pere ,
luy
fit faire en peu de temps
un progrez considerable
sur son coeur. Les premierres
inclinations sont viol
lentes, on oublie facilement
le devoir pour ne suivre
que les mouvements
d'unepassion agreable.
La pauvre Demoiselle fen*
tit bien-tost avec douleur;
ce que Forcez de sa complaisance
alloit lyy couster;
lacrainte que sa hontene;
le:, decouvrist, l'accabla
d'horreur & de tristiesse,
elle pressa, mais inutilement
,Emcelad à la demander
en mariage, des raisons
de famille luy servirent de
prpérétetexxttee ppoouurr ll''eesnlooii~gnneerr de
cette proposition. Lnnnuii
autre parti se presenta, ce
fut Lezariu magistrat illustre,
riche &connu, particulierement
du pere de
Nassulvaved, quifutécoute
ir- favorablement.Le pere
sans consulter sa fille regle
avec luy, & les conditions
Ôc le temps du mariage.
Quel coup de foudre pour
cette tendre amante ! de
quels mouvements ne futelle
pointagitée quand elle
,~
apprit cette fatale resolution.
Il falloit renoncer
pour cousjours à la feule
r personne qui luy estoirchere,
s'engager avec une àurre
qu'elle ne pouvoit souffris,
& plus que cela, s'exporer
à l'accablante confusion de
voir découvrir parun
les fuites d'un commerce
qu'elle auroit fouhairé pouvoir
se cacker à elle-mesme.
Quellesituation 1 daps le
fort de sa douleur, elle chercha
de la consolation dans
les conseils de ses alTIies.,
elles luy proposerent ( entre
autres une Religieuse )
de se jetter aux pieds de son
pere, & deluy avoüer l'estac
où elle estoit
, pour ledé-
-
tourner du dessein qu'il
avoit formé, enÍÙite de ne
pas s'éloigner, au cas que Lezariu
fit quelques démarches
pour obtenir des
1. faveurs,& enfin de prendre
desremedes qu'elle s'offrit
de luy faire avoir pour
| empescher raccroiflement,
, ou plustost pour étouffer le
fruit de son premier amour;
; mais s'estanttrouvédes ob
tfaclesinfurmontablesàcecexpedient,
ktrifte Nassulvaved
se determinaà envo-
: yer chercher Emcelad,elle
,
l'informa de ce qui se pas-
> soit,Iuy peignitsontion
avec les traits les plus
vifs)le conjura de rompre l'engagement que l'on avoit
projetté, & quiestoit sur le
point de se conclure. Ses
prieres& ses larmes furent
sans effet,cet amant lasche,
infidele
, ou degousté, demeura
dans l'inaction, la
victime fut menée à l'aucel,
& le mariage célébré avec
Lezariu, sans qu'Emcelad
fit le moindre mouvement
pours'y opposer.
Les premiers jours de ce
mariage qui paroissoit si
convenable,& qui l'estoit
si peu, se passerent en apparence
asseztranquillement
; mais ce calme dura
peu, l'époux s'a pperceut du
malheur de son épouse
,
il
s'abandonna aux fureurs de
la plus noire jalousîe,& de
la plus violente colere, il la
força de luy avouër son crime,
luy fit nommer son seducteur,&
Tengageaàfaire
le mesme aveu devant son
pere, qu'il avoit fait venir
chez luy pour cela. Le pere
au desespoir porta son resfentimeot
jusqu'à vouloir
faire enfermer sa fille; mais
le mary qui prévit l'éclat
que cela feroit dans lemonde,
& que la honte en réjailliroit
sur luy, prit le par.
ty que tous les hommes sages
devroient prendre en
pareille occasion
;
il opposa
la puissance maritale à la
paternelle,pria son beaupere
d'écouffer son chagrin,
& exigea feulement de luy
que l'enfant qui naistroit
de son épouse ne sust point
confideré comme le sien;
on prit sur cela des temperaments,
oti convint quimmediatement
après la naissance
de l'enfant, il feroit
secretement exposé
, &
qu'on feroit ensorte qu'il
ignorast toujours son origine.
-
Le mary cependant qui
portoit tousjours dans le
coeur le trait de la jalousie
dont il avoit esté blessé
n'eut depuis , pour son epouse
qu'un extrêmeéloignement.
Il ne la voulut plus
voir pendant plus de six
mois, il fit plusieurs voyages
,
fut prendre les eaux,
trop heureux s'il eust peu
trouver celles de l'oubli.
Dans le septiéme mois du
mariage, sonépouse accoucha
d'une fille à une maison
de campagne de son
mary; l'enfant fut misaussitost
dans un panier, &por.
téàdix lieuësde là par un
laquais chez une nourrice
qui s'en chargea, &le fit
baptiser le lendemain fous
lenom de Catherine ccinime
un enfant trouvé; il ne
fut point parlé du nom hy
du pere ny de la mere , on
tut mesmejusqu'à celuy du
parain & de la maraine, ce
furent deux enfans de paysans
quien servirent.
Le pere de l'épouse, qui
par un principe de charité
n'avoit pu le déterminerà
faire exposer l'enfant,voulutCependant
rassurer Tépouxsur
la creance qu'il auroit
eue,s'ilavoit seeu qu'on
lefit secretement élever,il
luy écrivit le mesme jour des
couches qu'ilpouvoir se
tranquiliser
, que l'enfant
estoit mort en naissant.Cela
luy fut confirmé à son retour
par tous les domestiques,
& toutes les personnes
Iqui pouvoient avoir con-
»rçoifTance des couches; le
mary qui
,
le croyoit fince-
'; rement n'enparla plus depuis,
il fut trois ans sans s'en
»
informer.
Le beaupere cependant
qui vouloit empescher quon
ne sceut quel estoit l'ensant,
le fit pendant ces trois
annéespromenerde province
en province, de village
en village, & enfin il
le fit revenir dans le lieu de
sa naissance. Tout cela se
fit tousjours avec un exrréme
mystere ,& ce ne fut
qu'à des personnes de la lie
du peuple,&en dernier lieu
à des femmes de mauvâise
vie que son éducation fut
confiée.
L'épouse qui ne voyoit
point de retour sincere pour
elle dans son époux,avait
paffé tout ce temps dans
une langueur qui ne luy laisfoit
qu'une santé fort imparfaite,
le temps ne diminuoit
rien de la violence de
son chagrin, il sembloit au
contraire l'augmenter: elle
en fut si accablée qu'elle
tomba malade,& mourut
sans avoir lainea sonmary
aucun autre enfant de son
mariage
Elle estoit une des plus riches
heritieres de la province.
Lemary qui par cette
mort estoit obligé de restituer
une dote considerable
qu'il avoit touchée:, & qui
d'un autre cofté se voyoit
privé de l'esperance des successions
opulentes de son
beaupere ou de sa bellemere,
marqua un extrême chagrin
de n'avoir point d'enfants.
Quelques uns desesamis
à qui il en parla, s'eftonnerent
du motifqu'il donnoit
a son chagrin, luy dirent
qu'il avoit un enfant, luy
indiquèrent le lieu oùil estoit.
Transporté de joye, il
«
le
le fut prendre, &le remit
dans la maison paternelle,
oùilademeuré tranquillement
pendant plusieurs-années.
•-Le beaupere devoit à l'époux
une rente pour le restant
de la dote de son épouse
qu'il navoit pas payé, il
en estoit esheu quelques
années d'arrerages, l'époux
.-les luy demanda, & faute
de payement le-fît ensuite
ussigner pourestrecondarn
aie à les luy payer*^ :
Uninterest aussi leger Ici
broüilla ensemble;le beaupere
que loin de
riendevoir à son gendre,
c'estoit son gendre qui luy
devoir, que la mort de sa
femme sans enfants le met.
toit dans l'obligation de restituer
sa doc.
< - Cela fit une contestation
entre eux, qui fut portée
dans un tribunal de la province.
Le gendre surpris de
la prétention de son beaupere,
soustint qu'elle n'estoit
pas légitime, il dit fay
un enfant,il le representa
ce fut , celuy dont nous
avons parlé.) il futquestion
:en premier lieu de sçavoir
si cet enfant representé eC:
toit celuy dont l'épouse estoit
accouchée,& duquel on
avoit si fort enveloppé la
naissance dans les trois premieres
années de sa vie;
mais ce systeme ayant été
abandonné par le beaupere.
il se retrancha ensuite à dire
que l'enfant n'estoit pas legiume,
parce qu'il avoit
esle conceu d'un autre que
de l'époux deux mois avant
son mariage. Cela donna
lieu à des enquestesqui furentfaites
de part &d autre,
plusieurs tesmoins y déposerent,
les uns qu'avant le
mariage la femme leur avoit
confié les chagrins qus-t
elle avoit au sujet de sa grossesse,
quelle leur en avoit
nommél'auteur
,
qu'elle
leur avoit dit que c'estoit
Emcelad son parentqui restoit
; d'autres dirent luy
avoir ouy dire ce qui s'estoit
passéà ce sujet immédiatement
après son mariage entre
son pere, son époux &
elle, & d'autres enfin expliquèrent
ce qui est arrive
dans le temps & depuis les
couches. Dit ces differentes
depositions on prétendoit
tirer la consequence que
¡ l'enfant n'estoitpaslegitime.
L'époux n'avoit pour
asseurer l'estat de l'enfant
que sa naissance dans le septiéme
mois du mariage, &
la possession où elle estoit
de sonestat dans la maison
;apanternnelleédepeuisspl.usieurs
Les premiers Juges ne
trouvèrent pas que ce fust
assez pour l'époux de justi-
1.
fier que l'enfant estoit né
dans le septiéme mois du
mariage, ils luy ordonnerent
de faire preuve qu'il
estoit conceu dumariage &
pendant le mariage
,
c'esta
dire de luy & depuis son
mariage.
Une pareille preuve n'estoit
pas facile,elle ne pouvoit
estre ny demandée ny
ordonnée;l'époux a interjette
appel de ce jugement.
Le tribunal auguste où cet
appel a esté porté,est composé
de Magistrarstrès-éclairez,
& justes dispensateurs
de la justice. En vain
on y a renouvelle fous le
nom de tierces personnes le
systemedesupposicion qu'-
onavoiraban donné devanr
les premiers Juges, inutilement
on a voulu employer
le testament du beaupere
,
& un écrit qu'il avoit fait
avant sa mort pour prouver
riitegicimice de l'enfant,
pour faire voir qu'il la tousjours
regardé comme tel,
qu'il la privé de sa succes-
, sion; on ya employé avec
aussipeu de succez les paroles
foudroyantes addressées
par le beaupere au gendre
un moment avant sa mort à
l'occasion de la renonciation
qu'on vouloir quise fit
entre eux: Je vous fAfidonne
en dieu, luy dit-il, mais je
ne vous pardonne point leton
que vous faites a ma famille
,
je vous adjourne devant Dieu,
il nous jugera jal/és.jè riay
,plus rien a vous dire. L'éloquence
& l'art des orateurs
,na pu faire d'impression sur
cesesprits su blimes,unique-.
mentattachez à l'observance
des loix
,
ils ontjudicieusement
separé tout ce qui
contre le droit public& la
saintetédu mariage , pouvoit
voit aller à faire douter de
lalegitimité de l'enfant; &
par un Arrest celebre ils ont
aÍfeuré l'estat de l'enfant,en
le déclarant légitimé.
Tout Paris, toute la pro-.
vince, attentifs à cette decision,
luy ont donné toutes
les loüanges qu'elle merireJ
& cette jeune, &belle
fille qui a prés de quatorze
ans, va estre un des riches
Mr L. V. du present qu'on
vient de me faire de sa part,
& je ne doute point que
tout le monde ne luy fçaJ
che autant de gré que moy
; de la peine qu'il a prise de
décacher tous les Articles
; principaux d'un procez extraordinaire
qui vient d'cc.
trejugéà un des premiers
tribunaux de Paris, pouren
composer(sans s'écarter de
la vérité) l'histoire qui suit
sur les pieces originales qui
en font la matiere.
Mademoiselle Nassulvaved
estnée dans une des
plus considerables provinces
du Royaume; ses parens
qui y tenoient les premiers
rangs dans la robe, & qui
possedoient de grands
biens, luy donnerent une
éducation conforme à sa
naissance, leurs foins ne furent
pas infructueux. Elle
eut a peine quinze ansquelle
fut l'admiration de toute
sa province, les plus honnestes
gens luy rendirent
des soins; sa beauté, sa ieunesse,
& son esprit au dessus
de son âgeluy attirerent
bien-tost une grosse cour. De tous ceux qui s'empresserent
à la servir, le
seul Emselad son parent fut
celuy qui trouva le secret de
la rendre sensible
,
le libre
accez qu'il avoit dans la
maison de son pere ,
luy
fit faire en peu de temps
un progrez considerable
sur son coeur. Les premierres
inclinations sont viol
lentes, on oublie facilement
le devoir pour ne suivre
que les mouvements
d'unepassion agreable.
La pauvre Demoiselle fen*
tit bien-tost avec douleur;
ce que Forcez de sa complaisance
alloit lyy couster;
lacrainte que sa hontene;
le:, decouvrist, l'accabla
d'horreur & de tristiesse,
elle pressa, mais inutilement
,Emcelad à la demander
en mariage, des raisons
de famille luy servirent de
prpérétetexxttee ppoouurr ll''eesnlooii~gnneerr de
cette proposition. Lnnnuii
autre parti se presenta, ce
fut Lezariu magistrat illustre,
riche &connu, particulierement
du pere de
Nassulvaved, quifutécoute
ir- favorablement.Le pere
sans consulter sa fille regle
avec luy, & les conditions
Ôc le temps du mariage.
Quel coup de foudre pour
cette tendre amante ! de
quels mouvements ne futelle
pointagitée quand elle
,~
apprit cette fatale resolution.
Il falloit renoncer
pour cousjours à la feule
r personne qui luy estoirchere,
s'engager avec une àurre
qu'elle ne pouvoit souffris,
& plus que cela, s'exporer
à l'accablante confusion de
voir découvrir parun
les fuites d'un commerce
qu'elle auroit fouhairé pouvoir
se cacker à elle-mesme.
Quellesituation 1 daps le
fort de sa douleur, elle chercha
de la consolation dans
les conseils de ses alTIies.,
elles luy proposerent ( entre
autres une Religieuse )
de se jetter aux pieds de son
pere, & deluy avoüer l'estac
où elle estoit
, pour ledé-
-
tourner du dessein qu'il
avoit formé, enÍÙite de ne
pas s'éloigner, au cas que Lezariu
fit quelques démarches
pour obtenir des
1. faveurs,& enfin de prendre
desremedes qu'elle s'offrit
de luy faire avoir pour
| empescher raccroiflement,
, ou plustost pour étouffer le
fruit de son premier amour;
; mais s'estanttrouvédes ob
tfaclesinfurmontablesàcecexpedient,
ktrifte Nassulvaved
se determinaà envo-
: yer chercher Emcelad,elle
,
l'informa de ce qui se pas-
> soit,Iuy peignitsontion
avec les traits les plus
vifs)le conjura de rompre l'engagement que l'on avoit
projetté, & quiestoit sur le
point de se conclure. Ses
prieres& ses larmes furent
sans effet,cet amant lasche,
infidele
, ou degousté, demeura
dans l'inaction, la
victime fut menée à l'aucel,
& le mariage célébré avec
Lezariu, sans qu'Emcelad
fit le moindre mouvement
pours'y opposer.
Les premiers jours de ce
mariage qui paroissoit si
convenable,& qui l'estoit
si peu, se passerent en apparence
asseztranquillement
; mais ce calme dura
peu, l'époux s'a pperceut du
malheur de son épouse
,
il
s'abandonna aux fureurs de
la plus noire jalousîe,& de
la plus violente colere, il la
força de luy avouër son crime,
luy fit nommer son seducteur,&
Tengageaàfaire
le mesme aveu devant son
pere, qu'il avoit fait venir
chez luy pour cela. Le pere
au desespoir porta son resfentimeot
jusqu'à vouloir
faire enfermer sa fille; mais
le mary qui prévit l'éclat
que cela feroit dans lemonde,
& que la honte en réjailliroit
sur luy, prit le par.
ty que tous les hommes sages
devroient prendre en
pareille occasion
;
il opposa
la puissance maritale à la
paternelle,pria son beaupere
d'écouffer son chagrin,
& exigea feulement de luy
que l'enfant qui naistroit
de son épouse ne sust point
confideré comme le sien;
on prit sur cela des temperaments,
oti convint quimmediatement
après la naissance
de l'enfant, il feroit
secretement exposé
, &
qu'on feroit ensorte qu'il
ignorast toujours son origine.
-
Le mary cependant qui
portoit tousjours dans le
coeur le trait de la jalousie
dont il avoit esté blessé
n'eut depuis , pour son epouse
qu'un extrêmeéloignement.
Il ne la voulut plus
voir pendant plus de six
mois, il fit plusieurs voyages
,
fut prendre les eaux,
trop heureux s'il eust peu
trouver celles de l'oubli.
Dans le septiéme mois du
mariage, sonépouse accoucha
d'une fille à une maison
de campagne de son
mary; l'enfant fut misaussitost
dans un panier, &por.
téàdix lieuësde là par un
laquais chez une nourrice
qui s'en chargea, &le fit
baptiser le lendemain fous
lenom de Catherine ccinime
un enfant trouvé; il ne
fut point parlé du nom hy
du pere ny de la mere , on
tut mesmejusqu'à celuy du
parain & de la maraine, ce
furent deux enfans de paysans
quien servirent.
Le pere de l'épouse, qui
par un principe de charité
n'avoit pu le déterminerà
faire exposer l'enfant,voulutCependant
rassurer Tépouxsur
la creance qu'il auroit
eue,s'ilavoit seeu qu'on
lefit secretement élever,il
luy écrivit le mesme jour des
couches qu'ilpouvoir se
tranquiliser
, que l'enfant
estoit mort en naissant.Cela
luy fut confirmé à son retour
par tous les domestiques,
& toutes les personnes
Iqui pouvoient avoir con-
»rçoifTance des couches; le
mary qui
,
le croyoit fince-
'; rement n'enparla plus depuis,
il fut trois ans sans s'en
»
informer.
Le beaupere cependant
qui vouloit empescher quon
ne sceut quel estoit l'ensant,
le fit pendant ces trois
annéespromenerde province
en province, de village
en village, & enfin il
le fit revenir dans le lieu de
sa naissance. Tout cela se
fit tousjours avec un exrréme
mystere ,& ce ne fut
qu'à des personnes de la lie
du peuple,&en dernier lieu
à des femmes de mauvâise
vie que son éducation fut
confiée.
L'épouse qui ne voyoit
point de retour sincere pour
elle dans son époux,avait
paffé tout ce temps dans
une langueur qui ne luy laisfoit
qu'une santé fort imparfaite,
le temps ne diminuoit
rien de la violence de
son chagrin, il sembloit au
contraire l'augmenter: elle
en fut si accablée qu'elle
tomba malade,& mourut
sans avoir lainea sonmary
aucun autre enfant de son
mariage
Elle estoit une des plus riches
heritieres de la province.
Lemary qui par cette
mort estoit obligé de restituer
une dote considerable
qu'il avoit touchée:, & qui
d'un autre cofté se voyoit
privé de l'esperance des successions
opulentes de son
beaupere ou de sa bellemere,
marqua un extrême chagrin
de n'avoir point d'enfants.
Quelques uns desesamis
à qui il en parla, s'eftonnerent
du motifqu'il donnoit
a son chagrin, luy dirent
qu'il avoit un enfant, luy
indiquèrent le lieu oùil estoit.
Transporté de joye, il
«
le
le fut prendre, &le remit
dans la maison paternelle,
oùilademeuré tranquillement
pendant plusieurs-années.
•-Le beaupere devoit à l'époux
une rente pour le restant
de la dote de son épouse
qu'il navoit pas payé, il
en estoit esheu quelques
années d'arrerages, l'époux
.-les luy demanda, & faute
de payement le-fît ensuite
ussigner pourestrecondarn
aie à les luy payer*^ :
Uninterest aussi leger Ici
broüilla ensemble;le beaupere
que loin de
riendevoir à son gendre,
c'estoit son gendre qui luy
devoir, que la mort de sa
femme sans enfants le met.
toit dans l'obligation de restituer
sa doc.
< - Cela fit une contestation
entre eux, qui fut portée
dans un tribunal de la province.
Le gendre surpris de
la prétention de son beaupere,
soustint qu'elle n'estoit
pas légitime, il dit fay
un enfant,il le representa
ce fut , celuy dont nous
avons parlé.) il futquestion
:en premier lieu de sçavoir
si cet enfant representé eC:
toit celuy dont l'épouse estoit
accouchée,& duquel on
avoit si fort enveloppé la
naissance dans les trois premieres
années de sa vie;
mais ce systeme ayant été
abandonné par le beaupere.
il se retrancha ensuite à dire
que l'enfant n'estoit pas legiume,
parce qu'il avoit
esle conceu d'un autre que
de l'époux deux mois avant
son mariage. Cela donna
lieu à des enquestesqui furentfaites
de part &d autre,
plusieurs tesmoins y déposerent,
les uns qu'avant le
mariage la femme leur avoit
confié les chagrins qus-t
elle avoit au sujet de sa grossesse,
quelle leur en avoit
nommél'auteur
,
qu'elle
leur avoit dit que c'estoit
Emcelad son parentqui restoit
; d'autres dirent luy
avoir ouy dire ce qui s'estoit
passéà ce sujet immédiatement
après son mariage entre
son pere, son époux &
elle, & d'autres enfin expliquèrent
ce qui est arrive
dans le temps & depuis les
couches. Dit ces differentes
depositions on prétendoit
tirer la consequence que
¡ l'enfant n'estoitpaslegitime.
L'époux n'avoit pour
asseurer l'estat de l'enfant
que sa naissance dans le septiéme
mois du mariage, &
la possession où elle estoit
de sonestat dans la maison
;apanternnelleédepeuisspl.usieurs
Les premiers Juges ne
trouvèrent pas que ce fust
assez pour l'époux de justi-
1.
fier que l'enfant estoit né
dans le septiéme mois du
mariage, ils luy ordonnerent
de faire preuve qu'il
estoit conceu dumariage &
pendant le mariage
,
c'esta
dire de luy & depuis son
mariage.
Une pareille preuve n'estoit
pas facile,elle ne pouvoit
estre ny demandée ny
ordonnée;l'époux a interjette
appel de ce jugement.
Le tribunal auguste où cet
appel a esté porté,est composé
de Magistrarstrès-éclairez,
& justes dispensateurs
de la justice. En vain
on y a renouvelle fous le
nom de tierces personnes le
systemedesupposicion qu'-
onavoiraban donné devanr
les premiers Juges, inutilement
on a voulu employer
le testament du beaupere
,
& un écrit qu'il avoit fait
avant sa mort pour prouver
riitegicimice de l'enfant,
pour faire voir qu'il la tousjours
regardé comme tel,
qu'il la privé de sa succes-
, sion; on ya employé avec
aussipeu de succez les paroles
foudroyantes addressées
par le beaupere au gendre
un moment avant sa mort à
l'occasion de la renonciation
qu'on vouloir quise fit
entre eux: Je vous fAfidonne
en dieu, luy dit-il, mais je
ne vous pardonne point leton
que vous faites a ma famille
,
je vous adjourne devant Dieu,
il nous jugera jal/és.jè riay
,plus rien a vous dire. L'éloquence
& l'art des orateurs
,na pu faire d'impression sur
cesesprits su blimes,unique-.
mentattachez à l'observance
des loix
,
ils ontjudicieusement
separé tout ce qui
contre le droit public& la
saintetédu mariage , pouvoit
voit aller à faire douter de
lalegitimité de l'enfant; &
par un Arrest celebre ils ont
aÍfeuré l'estat de l'enfant,en
le déclarant légitimé.
Tout Paris, toute la pro-.
vince, attentifs à cette decision,
luy ont donné toutes
les loüanges qu'elle merireJ
& cette jeune, &belle
fille qui a prés de quatorze
ans, va estre un des riches
Fermer
Résumé : Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Le texte relate une histoire judiciaire complexe impliquant trois personnages principaux : Mademoiselle Nassulvaved, Emcelad, et Lezariu. Nassulvaved, issue d'une famille influente et riche d'une province du Royaume, attire l'attention de nombreux prétendants à l'âge de quinze ans. Emcelad, son parent, parvient à gagner son affection, mais elle se retrouve forcée d'épouser Lezariu, un magistrat riche et connu, à la demande de son père. Nassulvaved, désespérée, tente en vain de convaincre Emcelad de l'épouser. Après le mariage, Lezariu découvre la grossesse de Nassulvaved et, dans un accès de jalousie, la force à avouer sa relation avec Emcelad. Lezariu exige que l'enfant soit exposé et élevé secrètement. L'enfant, une fille nommée Catherine, est confiée à une nourrice et élevée dans le secret. Nassulvaved meurt quelques années plus tard sans avoir eu d'autres enfants. Lezariu, ignorant la survie de l'enfant, la récupère après avoir été informé de son existence. Une dispute éclate entre Lezariu et le père de Nassulvaved concernant la légitimité de l'enfant et la restitution de la dot. Le tribunal, après avoir examiné les témoignages et les preuves, déclare l'enfant légitime, confirmant ainsi son statut dans la famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
94
p. 267-280
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. du mois de Juillet dernier, Messire Guillaume Alexandre [...]
Mots clefs :
Dame, Marquis, Régiment, Roi, Colonnel, Président, Maréchal, Mariage, Parlement, Femme, Fille, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
Le 2.6. du mois de Juillet
dernier, Messire Guillaume
Alexandre de Galard de
Bearn
,
Marquis de Brassac lé.
pousaDamoifcllc Luce FrançoisedeCotcntin
de Tourville,
fille unique deMlle Maréchal
de Tourville. Le mariage
s'est fait de l'agrément du
Roy & des Princes de. son
Sang qui leur ont fait l'honneur
d'en signer le Contrat.
S. A. S.Madame la Princesse,
assista à la celebration du mariage
,& Madame la Duchesse
de Vendosme mena la Mariée
à l'Eglise. Elle fit ensuite une
Festedigne de sa grandeur &
de sa magnisicence.
La Maison de Gallard eu
une des pius anciennes & des
plus illustres du Royaume
descenduë des Comtes de
Condomois. Elle a joint par
une alliance à son nom & à ses
armes, le nom & les armes
de la Maison de Bearn : Pierre
de Galard de Bearn étoit grand
Maistre des Ai balestriers fous
Philippe le Bel : plusieurs de
ses descendans ont esté Gouverneurs
de Xaintonge &
d'Augoumois : Jean de Galard
de Bearn, Comte de Brassacestoit
en 1640. Chevalier
de l'Ordre du S. Esprit, Gouverneur
de Lorraine, & Ambassadeur
du Roy àla Cour de
Rome, & Catherine de Sainte:
Maure sa femme,Dame
d honneur de la ReineMere.
La Maison de Cotentin de
Tourville,estaussi très.-ancienne&
tres illustre;Cezar de
Cotentin, Comte de Tourville,
Commandast au Siege;
dela Rochelle, sous sonEminence
Mr le Cardinal de Ri- 1
chelieu; il eut de Luce de la
Rochefoucault, entr'autres
enfans, Anne- Hilarion- de
Coreni in de Tourville, Chevalier
de Malthe,qui par les j
differentes batailles qu'il avoit *
données '& gagnées pour le
service du. Roy, est parvenu
aux dignitez de Maréchal u
Vice-Amiralde France; il a
eudeLoüise Françoised Himbercourt,
deux enfans,Loüis
Alexandre de Cotentin de
Tourville, Colonel d'un Regiment
de son nom, tué à
l'attaque des retranchemens
de Denain,&Luce-Françoise
de Cotentin de Tourville, qui
vient d'épouser Mr le Marquis
de Brassac.
Messire Pierre Gilbert de
Voisins,Maistre des Requêtes
Ordinaire de l'Hostel du
Roy, a épousé le 25. Juillet
Damoiselle de Fieubet,
soeur de Loüis Gaspard
de FieubetConseiller au Parlement,
& fille de Paul de
Ficuber, Seigneur de Launac..,
de Reveillon & de Beauregard
,
Maistre des Requestes,
& de Dame Angélique Mar,
guérite deFourey.
Mr de Voisins est frere de
Mr le Comtede Vilaines, Colonel
du Regiment de Medoc,
& fils de Messire Pierre
Gilbert, Seigneur deVoisins,
Président aux Enquestes du
Parlement de Paris, & de
Dame Françoise Dongois.
* CettefamilledeGilbert est,
ancienneàParis & descendde
Jean Gilbertsieur de Voisins.
: Correcteur desComptesmort
le 5. Janvier 1507.& enterré à S. Severin avec Jeanne Bri-
! nou sa femme; elle s'estalliée
aux familles de Bourdin, de
Viole,du Prat,de Larcher, l,&c.n-r't' f)"'t TP'••V "d- l:'
Pour celle de Ficubet elle
est originaire de Languedoc
,
& elle descend d'Arnaud Fieubet
qui fut fait Greffier des
Etats de Languedoc par la faveur
de M le Connestable
Henry deMontmorency. Elle
a donné un Président à Mortier
& un Premier Président
auParlement de Toulouse &,
trois Maistres des Requestes
donc l'un estoit Chancelier de
la ReinemereduRoy,&elle
s'est alliée aux familles de S.
Pol, de Maniban
,
& Dossunà~i Toulou se,& à celles de Nico-
Li , de Longuëil &de Castille ; àParis.
Messire Jacques de Monccaux
d' A ~uxi, Marquisd'Au- ,:
xi, ci devant Capitaine aux
Girdes, & Colonel du Régiment
Royal Comtois, fils
unique de Missire François de
Monceaux
,
créé Marquis
d'Auxi, parletresdu mois
de Septembre 1687. & de
Dame Marie Magdelaine Jabert
du Thil, sorti des anciens
Sires, & Bersd'Auxi en
Picardie, connus il y a plus de
500. ans, a épousé le 20e de
ce mois Damoiselle Marie-
MagdelainedelaGrangeTrianon,
sille du feu Messire Loüis
Armand de la Grange Trianon
, Baron Duplessis aux
Tournelles, Conseiller au
,
Grand Conseil, & de Dame
MargueriteMagdelaine Joly
d'Oudeil ; & petite fille de
Loüts de la GrangeTrianon,
Seigneur d'Aravilliers, de
Nandi de Marconville, Châtelain
de Renets en Touraine,
&-' Président de la seconde
Chambre des Requestes du
Palais, & de Dame Marguerite
Martineau. Mademoiselle
de la Grange Trianon est niece
de MessireCharlesde la
Grange Trianon Abbé de
Saint Severe, Chanoine de
Nôtre Dame * de Paris, &
ConseillerClercau Parlement
&de feuë Dame Marguerite
dela Grange u morte en 16 87;
veuve deFrançois de la TremoilleDuc
de Noirmontier.
, ;*-? ( Lafamille
dela Grange cft
t
une des plus considerablesde
} Paris, clle descend de Michel
(de laGrange Seigneur de
| Trianon, MàistredelaCham- I bre aux deniers
, & Prevôt
r_',' des Marchands de cette Ville
( dés l'an1466. & de Guille-
: mette deLongüeil, elle s'est
*alliée auxfamilles de Boucher,
*d'Orfôy, de Molé, deBailleul,
de Hercis, de Bragelonne, de
»
Fourcy, de Charon, de Menars,&
c. ici -rff
Monsieur le Marquis d'Auxi
quivient de se marier,cit
neveu de Messire Henri do
Monceaux d'Auxi, Comte
d'Hanvoille, cy-devant Colonel
du Regiment de Dragons
qui de son mariageavec Dame de Crequy
d Osseu n'a que deux filles, &
de Messire Jacques de Monceaux
d'Auxi, dit Monsieur
de la Bruiere cy devant Caps- j
taine dans le Regiment de
Champagne qui n'a aussi que
deux filles de
:
son mariage
avec Dame Marie Anne le Fé- j
vrc sa femme, Soeur de M. j
Hardouin U Fevre de Fonteray,
cy-devant-Gentilhomme de Mr
le Marquis deBonnac, Envoyé
Extraordinaire de France, O4
à present tres -digne Auteur
du nouveau Mercure Galant;
DameJeanne de Soufflas
Bisayeule de Monsieur le Niarquis
d'Auxi,étoit grande tante
de feu M le Maréchal Duc
l de Boufflers, & cette Maison
d'Auxi s'est alliée à celles de
: Craon, de Piqirgny,de Me-
: lun, de la Tremoille d'Estouteville
,
d'Enghien, de
#
Remburses, de Crevecoeur,
de Quesdes, de Trafigny,
,
de Saveufc, de Hangec, de
Villiersl'Isle-Adam,de la
Chaisede Vieux Pont,de la
Vieuville, d'O, de Tiercelin,
de Brosse, de Breauté. de Rochechoüar;
de Saint Simon
de Soyecourt&del'Ecendart
Bully.
dernier, Messire Guillaume
Alexandre de Galard de
Bearn
,
Marquis de Brassac lé.
pousaDamoifcllc Luce FrançoisedeCotcntin
de Tourville,
fille unique deMlle Maréchal
de Tourville. Le mariage
s'est fait de l'agrément du
Roy & des Princes de. son
Sang qui leur ont fait l'honneur
d'en signer le Contrat.
S. A. S.Madame la Princesse,
assista à la celebration du mariage
,& Madame la Duchesse
de Vendosme mena la Mariée
à l'Eglise. Elle fit ensuite une
Festedigne de sa grandeur &
de sa magnisicence.
La Maison de Gallard eu
une des pius anciennes & des
plus illustres du Royaume
descenduë des Comtes de
Condomois. Elle a joint par
une alliance à son nom & à ses
armes, le nom & les armes
de la Maison de Bearn : Pierre
de Galard de Bearn étoit grand
Maistre des Ai balestriers fous
Philippe le Bel : plusieurs de
ses descendans ont esté Gouverneurs
de Xaintonge &
d'Augoumois : Jean de Galard
de Bearn, Comte de Brassacestoit
en 1640. Chevalier
de l'Ordre du S. Esprit, Gouverneur
de Lorraine, & Ambassadeur
du Roy àla Cour de
Rome, & Catherine de Sainte:
Maure sa femme,Dame
d honneur de la ReineMere.
La Maison de Cotentin de
Tourville,estaussi très.-ancienne&
tres illustre;Cezar de
Cotentin, Comte de Tourville,
Commandast au Siege;
dela Rochelle, sous sonEminence
Mr le Cardinal de Ri- 1
chelieu; il eut de Luce de la
Rochefoucault, entr'autres
enfans, Anne- Hilarion- de
Coreni in de Tourville, Chevalier
de Malthe,qui par les j
differentes batailles qu'il avoit *
données '& gagnées pour le
service du. Roy, est parvenu
aux dignitez de Maréchal u
Vice-Amiralde France; il a
eudeLoüise Françoised Himbercourt,
deux enfans,Loüis
Alexandre de Cotentin de
Tourville, Colonel d'un Regiment
de son nom, tué à
l'attaque des retranchemens
de Denain,&Luce-Françoise
de Cotentin de Tourville, qui
vient d'épouser Mr le Marquis
de Brassac.
Messire Pierre Gilbert de
Voisins,Maistre des Requêtes
Ordinaire de l'Hostel du
Roy, a épousé le 25. Juillet
Damoiselle de Fieubet,
soeur de Loüis Gaspard
de FieubetConseiller au Parlement,
& fille de Paul de
Ficuber, Seigneur de Launac..,
de Reveillon & de Beauregard
,
Maistre des Requestes,
& de Dame Angélique Mar,
guérite deFourey.
Mr de Voisins est frere de
Mr le Comtede Vilaines, Colonel
du Regiment de Medoc,
& fils de Messire Pierre
Gilbert, Seigneur deVoisins,
Président aux Enquestes du
Parlement de Paris, & de
Dame Françoise Dongois.
* CettefamilledeGilbert est,
ancienneàParis & descendde
Jean Gilbertsieur de Voisins.
: Correcteur desComptesmort
le 5. Janvier 1507.& enterré à S. Severin avec Jeanne Bri-
! nou sa femme; elle s'estalliée
aux familles de Bourdin, de
Viole,du Prat,de Larcher, l,&c.n-r't' f)"'t TP'••V "d- l:'
Pour celle de Ficubet elle
est originaire de Languedoc
,
& elle descend d'Arnaud Fieubet
qui fut fait Greffier des
Etats de Languedoc par la faveur
de M le Connestable
Henry deMontmorency. Elle
a donné un Président à Mortier
& un Premier Président
auParlement de Toulouse &,
trois Maistres des Requestes
donc l'un estoit Chancelier de
la ReinemereduRoy,&elle
s'est alliée aux familles de S.
Pol, de Maniban
,
& Dossunà~i Toulou se,& à celles de Nico-
Li , de Longuëil &de Castille ; àParis.
Messire Jacques de Monccaux
d' A ~uxi, Marquisd'Au- ,:
xi, ci devant Capitaine aux
Girdes, & Colonel du Régiment
Royal Comtois, fils
unique de Missire François de
Monceaux
,
créé Marquis
d'Auxi, parletresdu mois
de Septembre 1687. & de
Dame Marie Magdelaine Jabert
du Thil, sorti des anciens
Sires, & Bersd'Auxi en
Picardie, connus il y a plus de
500. ans, a épousé le 20e de
ce mois Damoiselle Marie-
MagdelainedelaGrangeTrianon,
sille du feu Messire Loüis
Armand de la Grange Trianon
, Baron Duplessis aux
Tournelles, Conseiller au
,
Grand Conseil, & de Dame
MargueriteMagdelaine Joly
d'Oudeil ; & petite fille de
Loüts de la GrangeTrianon,
Seigneur d'Aravilliers, de
Nandi de Marconville, Châtelain
de Renets en Touraine,
&-' Président de la seconde
Chambre des Requestes du
Palais, & de Dame Marguerite
Martineau. Mademoiselle
de la Grange Trianon est niece
de MessireCharlesde la
Grange Trianon Abbé de
Saint Severe, Chanoine de
Nôtre Dame * de Paris, &
ConseillerClercau Parlement
&de feuë Dame Marguerite
dela Grange u morte en 16 87;
veuve deFrançois de la TremoilleDuc
de Noirmontier.
, ;*-? ( Lafamille
dela Grange cft
t
une des plus considerablesde
} Paris, clle descend de Michel
(de laGrange Seigneur de
| Trianon, MàistredelaCham- I bre aux deniers
, & Prevôt
r_',' des Marchands de cette Ville
( dés l'an1466. & de Guille-
: mette deLongüeil, elle s'est
*alliée auxfamilles de Boucher,
*d'Orfôy, de Molé, deBailleul,
de Hercis, de Bragelonne, de
»
Fourcy, de Charon, de Menars,&
c. ici -rff
Monsieur le Marquis d'Auxi
quivient de se marier,cit
neveu de Messire Henri do
Monceaux d'Auxi, Comte
d'Hanvoille, cy-devant Colonel
du Regiment de Dragons
qui de son mariageavec Dame de Crequy
d Osseu n'a que deux filles, &
de Messire Jacques de Monceaux
d'Auxi, dit Monsieur
de la Bruiere cy devant Caps- j
taine dans le Regiment de
Champagne qui n'a aussi que
deux filles de
:
son mariage
avec Dame Marie Anne le Fé- j
vrc sa femme, Soeur de M. j
Hardouin U Fevre de Fonteray,
cy-devant-Gentilhomme de Mr
le Marquis deBonnac, Envoyé
Extraordinaire de France, O4
à present tres -digne Auteur
du nouveau Mercure Galant;
DameJeanne de Soufflas
Bisayeule de Monsieur le Niarquis
d'Auxi,étoit grande tante
de feu M le Maréchal Duc
l de Boufflers, & cette Maison
d'Auxi s'est alliée à celles de
: Craon, de Piqirgny,de Me-
: lun, de la Tremoille d'Estouteville
,
d'Enghien, de
#
Remburses, de Crevecoeur,
de Quesdes, de Trafigny,
,
de Saveufc, de Hangec, de
Villiersl'Isle-Adam,de la
Chaisede Vieux Pont,de la
Vieuville, d'O, de Tiercelin,
de Brosse, de Breauté. de Rochechoüar;
de Saint Simon
de Soyecourt&del'Ecendart
Bully.
Fermer
Résumé : Mariages. [titre d'après la table]
Le 26 juillet dernier, Messire Guillaume Alexandre de Galard de Bearn, Marquis de Brassac, a épousé Damoiselle Luce Françoise de Cotentin de Tourville, fille unique de Mademoiselle Maréchal de Tourville. Le mariage a été approuvé par le Roi et les Princes de son Sang, qui ont signé le contrat. Madame la Princesse et Madame la Duchesse de Vendosme ont assisté à la célébration et à la fête qui a suivi. La Maison de Galard est l'une des plus anciennes et illustres du Royaume, descendant des Comtes de Condomois. Elle a été alliée à la Maison de Bearn. Plusieurs membres de cette famille ont occupé des postes prestigieux, tels que Gouverneur de Saintonge et d'Auvergne, Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, Gouverneur de Lorraine, et Ambassadeur du Roi à la Cour de Rome. La Maison de Cotentin de Tourville est également très ancienne et illustre. César de Cotentin, Comte de Tourville, a commandé au siège de La Rochelle sous le Cardinal de Richelieu. Son petit-fils, Anne-Hilarion de Cotentin de Tourville, a atteint les dignités de Maréchal et Vice-Amiral de France. Luce Françoise de Cotentin de Tourville, l'épouse du Marquis de Brassac, est la fille de Louise Françoise d'Himbercourt. Par ailleurs, Messire Pierre Gilbert de Voisins, Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hostel du Roy, a épousé Damoiselle de Fieubet, sœur de Louis Gaspard de Fieubet, Conseiller au Parlement. La famille de Voisins est ancienne à Paris et descend de Jean Gilbert, Sieur de Voisins, Correcteur des Comptes. La famille de Fieubet est originaire de Languedoc et a donné plusieurs Maîtres des Requêtes. Enfin, Messire Jacques de Monceaux d'Auxi, Marquis d'Auxi, a épousé Damoiselle Marie-Magdelaine de la Grange Trianon. La famille de la Grange est l'une des plus considérables de Paris et s'est alliée à de nombreuses familles illustres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
95
p. 122-131
Copie d'une lettre écrite du Pardo le. 15. Août.
Début :
Le mariage du Roy fut déclaré hier après dîné, & [...]
Mots clefs :
Mariage, Princesse, Roi, Nouvelle, Princesse des Asturies, Prince des Asturies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une lettre écrite du Pardo le. 15. Août.
Copie d'une lettre écrite du
Pardo le 15. Août.
Le mariage du Roy fut
declaré hier aprés dîné , &
j'eus l'honneur de baifer
la main à Sa Majeſté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princeſſe montra
4
GALANT. 123
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demana
derent à le voir ; elle paroît
belle &bien faite. On étoit
en peine comment le dire
à Monſeigneur le Prince
des Afturies , & il fut decidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy auffi. Il ſe mit à
rire , diſant à M. de Figue.
roa,qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaiſant conte ,& que cela
ne pouvoit pas être , qu'il
entendoit bien ce qu'on
youloit lui dire. On lui de
Lij
124 MERCURE
manda ce qu'il entendoit ; il
ne voulut point s'expliquer,
& il fortit de ſon apparte.
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
pafſagero,c'eſt à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
fon ſoupé il ne parla d'autre
chofe , & il appella M. do
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy s'al
loit marier , puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes , &
1
GALANT. 125
pourquoy Papa en prenoit
encore une ;diſant toûjours
qu'il penſoit autre choſe ,
ſans vouloir s'expliquer : &
laiſſant cet article à part
qu'onnevouloit pas pouffer
plus loin, il parla de ſonmariage
, & demanda pourquoyonvouloit
le marier fi
jeune. On lui répondit que
cen'étoit encore qu'une parole
donnée depart&d'autre,&
que quand il ſeroit en
âge il ſe marieroit ,que cela
ſe pratiquoit envers lesPrinces.
Ildemanda enſuite ſi ſa
femme pretenduë étoitbel
Liij
126 MERCURE
le;onlui dit qu'oui.Hé bien,
répondit il, fi elle me plaît ,
elle ſera trés - heureuſe avec
moy; car je compte qu'elle
ſera juſte: je lui laiſſerai faire
tout ce qu'elle voudra , je la
ferai bien danſer , & quand
nous irons en caroſſe , j'ordonnerai
qu'iln'aille pas vi
te , peur de faire mal à ſa
groffefſe.
Aprés avoir un peu reflechi,
il commença àdire qu'il
avoit biendes choses à penfer
pour fon mariage ; qu'il
vouloit commander des habitsmagnifiques,&
fur tout
GALANT. 127
:
un bien brodé , parce qu'il
en devoit avoir un de même,
des beaux caroffes , des
-pierreries , & bien d'autres
choſes , qu'il ne lui donneroit
que les unes apres les
autres, parce que s'il donnoit
tout en une fois , il la
lafſeroit , & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaifir.
Un moment aprés il dit
qu'il étoit bien obligéàMadamela
Princeſſe de le vouloir
marier , & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grandplaiſir : mais qu'il jugeoit
bien que ce ne feroit
Liiij
128 MERCURE
pas fitôt,n'ayant encoreque
ſept ans,&qu'on ne marioit
pas avant quatorze ; que
cependant ſi on le marioit
dans huit jours, il ſeroit marié
fortbien.M. de Figueroa
charmé de tous ces dif
cours,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être
prefens, lui fit unequeſtion,
&lui demanda, ſi le jour de
ſon mariage il y avoit bal ,
comme onpouvoit le croire
, qui il prendroit la premiere
pour danſer,ou laReine,
ou la Princeſſe desAfturies
; il répondit qu'il pren
GALANT . 129
droit la Reine , & enſuite
ſa chere petite femme.
Un peu aprés il dit àMadame
la Marquiſe de Salzedo:
Marquiſe,je veux penſer
auſſi àvous ;&comme vous
m'avez bien ſervi ,que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de la Princeffe
des Afturies. A cette
penfćeelle ne putretenir ſes
larmes &ſajoye. Aprés ſoupé
on le mena chezMadame
la Princeſſe pourvoir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouvabeau, & de
130 MERCURE
A
manda à voir auſſi le por.
trait de la Princeſſe des AL
turies. On lui dit qu'il viendroit
inceſſamment.
Il alla enfuite promener ,
&au retour ilditàM. de Figueroa
qu'il avoit toûjours
penſé aumariage du Roy,&
qu'il ſçavoit bien pourquoy
il ſe marioit. Nevoulant pas
endiredavantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
toutbas. Alors il s'expliqua,
&lui dit qu'il ſçavoit bien
que ſa chere Maman étoit
morte , & qu'il prioit Dieu
pour elle. Ace mot on le
GALANT . 131
lui avoüa , diſant qu'elle
étoit bienheureuſe , parce
qu'elle étoit en Paradis.
Pardo le 15. Août.
Le mariage du Roy fut
declaré hier aprés dîné , &
j'eus l'honneur de baifer
la main à Sa Majeſté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princeſſe montra
4
GALANT. 123
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demana
derent à le voir ; elle paroît
belle &bien faite. On étoit
en peine comment le dire
à Monſeigneur le Prince
des Afturies , & il fut decidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy auffi. Il ſe mit à
rire , diſant à M. de Figue.
roa,qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaiſant conte ,& que cela
ne pouvoit pas être , qu'il
entendoit bien ce qu'on
youloit lui dire. On lui de
Lij
124 MERCURE
manda ce qu'il entendoit ; il
ne voulut point s'expliquer,
& il fortit de ſon apparte.
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
pafſagero,c'eſt à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
fon ſoupé il ne parla d'autre
chofe , & il appella M. do
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy s'al
loit marier , puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes , &
1
GALANT. 125
pourquoy Papa en prenoit
encore une ;diſant toûjours
qu'il penſoit autre choſe ,
ſans vouloir s'expliquer : &
laiſſant cet article à part
qu'onnevouloit pas pouffer
plus loin, il parla de ſonmariage
, & demanda pourquoyonvouloit
le marier fi
jeune. On lui répondit que
cen'étoit encore qu'une parole
donnée depart&d'autre,&
que quand il ſeroit en
âge il ſe marieroit ,que cela
ſe pratiquoit envers lesPrinces.
Ildemanda enſuite ſi ſa
femme pretenduë étoitbel
Liij
126 MERCURE
le;onlui dit qu'oui.Hé bien,
répondit il, fi elle me plaît ,
elle ſera trés - heureuſe avec
moy; car je compte qu'elle
ſera juſte: je lui laiſſerai faire
tout ce qu'elle voudra , je la
ferai bien danſer , & quand
nous irons en caroſſe , j'ordonnerai
qu'iln'aille pas vi
te , peur de faire mal à ſa
groffefſe.
Aprés avoir un peu reflechi,
il commença àdire qu'il
avoit biendes choses à penfer
pour fon mariage ; qu'il
vouloit commander des habitsmagnifiques,&
fur tout
GALANT. 127
:
un bien brodé , parce qu'il
en devoit avoir un de même,
des beaux caroffes , des
-pierreries , & bien d'autres
choſes , qu'il ne lui donneroit
que les unes apres les
autres, parce que s'il donnoit
tout en une fois , il la
lafſeroit , & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaifir.
Un moment aprés il dit
qu'il étoit bien obligéàMadamela
Princeſſe de le vouloir
marier , & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grandplaiſir : mais qu'il jugeoit
bien que ce ne feroit
Liiij
128 MERCURE
pas fitôt,n'ayant encoreque
ſept ans,&qu'on ne marioit
pas avant quatorze ; que
cependant ſi on le marioit
dans huit jours, il ſeroit marié
fortbien.M. de Figueroa
charmé de tous ces dif
cours,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être
prefens, lui fit unequeſtion,
&lui demanda, ſi le jour de
ſon mariage il y avoit bal ,
comme onpouvoit le croire
, qui il prendroit la premiere
pour danſer,ou laReine,
ou la Princeſſe desAfturies
; il répondit qu'il pren
GALANT . 129
droit la Reine , & enſuite
ſa chere petite femme.
Un peu aprés il dit àMadame
la Marquiſe de Salzedo:
Marquiſe,je veux penſer
auſſi àvous ;&comme vous
m'avez bien ſervi ,que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de la Princeffe
des Afturies. A cette
penfćeelle ne putretenir ſes
larmes &ſajoye. Aprés ſoupé
on le mena chezMadame
la Princeſſe pourvoir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouvabeau, & de
130 MERCURE
A
manda à voir auſſi le por.
trait de la Princeſſe des AL
turies. On lui dit qu'il viendroit
inceſſamment.
Il alla enfuite promener ,
&au retour ilditàM. de Figueroa
qu'il avoit toûjours
penſé aumariage du Roy,&
qu'il ſçavoit bien pourquoy
il ſe marioit. Nevoulant pas
endiredavantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
toutbas. Alors il s'expliqua,
&lui dit qu'il ſçavoit bien
que ſa chere Maman étoit
morte , & qu'il prioit Dieu
pour elle. Ace mot on le
GALANT . 131
lui avoüa , diſant qu'elle
étoit bienheureuſe , parce
qu'elle étoit en Paradis.
Fermer
96
p. 215-216
« Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Début :
Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...]
Mots clefs :
Mariage, Généalogie, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Bien m'en prend de n'avoir
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
Fermer
97
p. 217-233
Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Le P. Loüis de Sanlecque, Chanoine Regulier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Roi, Gouverneur, Femme, Fille, Parlement, Enfants, Épouse, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article des Morts. [titre d'après la table]
Le P. Loüis de Sanlecque,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
Fermer
98
p. 337-351
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
J'ai vû l'heure que j'allois estre obligé de donner ce [...]
Mots clefs :
Mariage, Seigneur, Dame, Conseiller, Parlement, Comte, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
J'ay vû l'heure que j'allois
eſtre obligé de donner ce
mois- cy un Mercure defiguré.
L'article des Mariages qui
eſt le plus beau & le meilleur
du Livre a penſé n'y pas eſtre ,
par la negligence de monGenealogiſte.
Je ſuis fi piqué
contre luy , que je ne peux
m'empeſcher de vous l'annoncer
, Meſſieurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde : c'eſt en
un mot un vray Democrite
qui ſe moque de tout , de ſes
Genealogies ,de ſa propre perſonne
, de mon Mercure &
Septembre 1714 . F
338 MERCURE
de moy. Jugez s'il a tort , &
lifez àbon compte l'hiſtoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon , Secretaire
du Roy , fils de M. Papillon
, époufa le 30. Aouſt
Damoifelle Renée- Françoiſe
Feydeau , fille de feu Meffire
Charles Feydeau , Capitaine
au Regiment deChampagne ,
& de Dame Marie Anne du
Pleſſis , petite fille de Pierre
Feydeau , Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy , Receveur
general des Gabelles à
Paris , & de Catherine Vi
GALANT. 339
vien , & arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conſeiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Efter Baillif.
Ledit Antoine Feydeau , fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. & enterré
à faint Medericoù ſe voitſon
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de ſe marier , avoit
fait ſes preuves pour l'Ordre
de Malthe , & elles avoient
eſté admiſes .Cette famille s'eft
alliée à celles de Meſmes ,
d'Hennequin, le Camus,Maupeou
, Montholon , le Febvre
Ffij
340 MERCURE
d'Eaubonne , Voiſin , Roüillé
de Meſlay , de Machault , & à
laMaiſon de Daillon du Lude.
Meffire Jean - Auguſte le
Rebours , Conſeiller au Parlement
, fils de Meſſire Claude
le Rebours , Seigneur de ſaint
Mars , Conſeiller d'honneur
au Parlement , & de Dame
Jeanne Pantin de la Guerre ,
époufa le trois Septembre Marie-
Loüife Chuberé , fille de
Pierre Chuberé , Avocat au
Parlement ,Banquier Expedi
tionnaire enCour deRome,&
Secretaire du Roy , & de Marie
Regnault ſa ſeconde femGALANT.
341
me. M. le Rebours eft couſin
germain de M. Alexandre le
Rebours Intendant des Finances
, & de Dame Elizabeth-
Thereſe le Rebours , femme
de Meſſire MichelChamillart,
cy devant Miniſtre & Secretaire
d'Etat , Controlleur General
des Finances , Commandeur
& Grand- Treforier des
Ordres du Roy , & ils font
tous trois petits enfans d'Alexandre
le Rebours, Seigneur
de Bertherandfoſſe , Préſident
de la Cour des Aides , fils de
Guillaume le Rebours , Seigneur
de Bertherandfoſſe , Pré-
Ffiij
342 MERCURE
fident de la Cour des Aides,&
Conſeiller d'Etat , lequel étoir
fils de Germain le Rebours ,
Seigneur de Bertherandfoſſe ,
l'un des plus celebres Avocats
du Parlement de Paris , & le
plus employé de ſon temps.
M. le Comte de Roucy ,
Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , épouſa le
4. Septembre Damoiſelle .....
Huguet, fille d'Alphonſe Denis
Huguet, Conſeiller auParlement
, & de Marguerite de
Turmenyes , & petite fillede
/ Simon Huguet mortSecretairedu
Roy en 1691. forty d'uGALANT.
343
ne famille de la Ville d'Orleans
, où elle ſubſiſte encore
-à preſent. M. le Comte de
Roucy eft fils de Moffire François
de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roucy,Lieutenant
General des Armées du
Roy , cy devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Catherine
Françoiſe d'Arpajon,fille
de feu M. le Duc d' Arpajon ,
petit fils de Frederic- Charles
de la Rochefoucaud de Roye ,
Comte de Roye & de Roucy ,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France ,Ma-
Ffiij
344 MERCURE
réchal de Camp General des
Troupes du Roy de Dannemarck
, & Chevalier de ſon
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Iſabelle de Durfort-
Duras , arriere petit fils de
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
de la Tour en Auvergne.
Ledit François de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye
Comte de Roucy ; & de Claude
de Gontheau de Biron , &
,
د
petit fils de François de la Rochefoucaud
troiſiémedu nom
GALANT. 343
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marfillac,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de so. Hommes d'Armes de
ſes Ordonnances ; & de Char
lotte de Roye ſa ſeconde femme
Comteffe de Roucy , foeur
puiſnée d'Eleonore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maiſon
de la Rochefoucaud , l'une
des plus illuftres du Royaume
, deſcend de Foucaud Seigneur
du Chateau de la Roche
en Angoumois , dit depuis,
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. & elle
346 MERCURE
s'eſt toûjours alliée aux plus
grandes Maiſons. Voyez la
Genealogie de cette Maiſon
dans l'Histoire des GrandsOf
ficiers de la Couronne.
M. le Prince de Soubize fils
de M. le Prince de Rohan
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine Lieurenant
des Gendarmes de
ſa Garde , Gouverneur de
Champagne , & de Brie ; &
de Dame Marie-Anne-Geneviéve
de Levis de Vantadour ,
a épousé Mademoiselle de
l'Eſpinoy , fille de feu Meſſire
Loüis de Melun , Prince de
GALANT. 347
l'Eſpinoy , & de Dame Eliſabeth
de Lorraine Liflebonne.
La Maiſon de Rohan eſtune
des plus illuſtres de laProvince
deBretagne ; & elleest connuë
depuis l'an 1100. que vivoir
Alinpremier du nom,Vicomte
de Rohan. M. le Princede
Guimené en eſt l'aîné ,& il a
pour cadets Meſſieurs les
Princes de Soubize : les Seigneurs
du Poulduc dans l'Evêché
de Vannes , fubfiftant
encoreà preſent en Bretagne
font auffi de cette Maiſon ,
comme on lepeut voir à la fin
de l'Hiſtoire du Maréchal de
ةيس
348 MERCURE
Guebrian par le ſieur le La
boureur ; voyez auffi pour
cette genealogie , la nouvelle
édition de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France ; de même
que pour la genealogie de la
Maiſon de Melun qui eſt aufſiunedes
plus illuftres &des
plus anciennes du Royaume.
Meffire Mathieu de Montholon
Confeiller au Grand
Confeil , fils de Meffire Mathieu
de Montholon Conſeiller
au Chaſtelet ; & de Marie
Ravier , a épouféle Sep
GALANT. 349
tembre Damoiſelle Clotilde
le Doux de Melleville , fille
de feu Claude le Doux , Seigneur
deMelleville,Conſeiller
au Parlement ; & de Françoiſe
Nau ,petite fille de Claude
le Doux Seigneur deMelleville
, mort Conſeiller au
Parlement en 1652.& arriere
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maiſtre
des Requeſtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy en 1617. lequel
eſtoit fils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville , Prefident
, Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
350 MERCURE
d'Evreux,d'où cette famille eft
originaire. M. de Montholon
eſt frere puiſné de Meffire
François de Montholon Infpecteur
General de la Marine
& des Galeres , marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion
, fille de M. le Preſident
de Novion ; & il a pour trifayeul
Meffire François de
Montholon Seigneur du Vivier&
d'Aubervilliers faitGardedes
Sceaux de France l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneur d'Aubervilliers,aufli
Garde des Sceaux de France
1
GALANT. 351
1
en 1588. Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
eſt originaire de la Villed'Autun
, l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Meffire ... de Lataignant ,
Conſeiller au Parlement , fils
& petit fils de Meſſieurs de
Lataignant Conſeiller auParlement
, a épousé Mademoifelle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier du Confeil.
eſtre obligé de donner ce
mois- cy un Mercure defiguré.
L'article des Mariages qui
eſt le plus beau & le meilleur
du Livre a penſé n'y pas eſtre ,
par la negligence de monGenealogiſte.
Je ſuis fi piqué
contre luy , que je ne peux
m'empeſcher de vous l'annoncer
, Meſſieurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde : c'eſt en
un mot un vray Democrite
qui ſe moque de tout , de ſes
Genealogies ,de ſa propre perſonne
, de mon Mercure &
Septembre 1714 . F
338 MERCURE
de moy. Jugez s'il a tort , &
lifez àbon compte l'hiſtoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon , Secretaire
du Roy , fils de M. Papillon
, époufa le 30. Aouſt
Damoifelle Renée- Françoiſe
Feydeau , fille de feu Meffire
Charles Feydeau , Capitaine
au Regiment deChampagne ,
& de Dame Marie Anne du
Pleſſis , petite fille de Pierre
Feydeau , Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy , Receveur
general des Gabelles à
Paris , & de Catherine Vi
GALANT. 339
vien , & arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conſeiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Efter Baillif.
Ledit Antoine Feydeau , fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. & enterré
à faint Medericoù ſe voitſon
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de ſe marier , avoit
fait ſes preuves pour l'Ordre
de Malthe , & elles avoient
eſté admiſes .Cette famille s'eft
alliée à celles de Meſmes ,
d'Hennequin, le Camus,Maupeou
, Montholon , le Febvre
Ffij
340 MERCURE
d'Eaubonne , Voiſin , Roüillé
de Meſlay , de Machault , & à
laMaiſon de Daillon du Lude.
Meffire Jean - Auguſte le
Rebours , Conſeiller au Parlement
, fils de Meſſire Claude
le Rebours , Seigneur de ſaint
Mars , Conſeiller d'honneur
au Parlement , & de Dame
Jeanne Pantin de la Guerre ,
époufa le trois Septembre Marie-
Loüife Chuberé , fille de
Pierre Chuberé , Avocat au
Parlement ,Banquier Expedi
tionnaire enCour deRome,&
Secretaire du Roy , & de Marie
Regnault ſa ſeconde femGALANT.
341
me. M. le Rebours eft couſin
germain de M. Alexandre le
Rebours Intendant des Finances
, & de Dame Elizabeth-
Thereſe le Rebours , femme
de Meſſire MichelChamillart,
cy devant Miniſtre & Secretaire
d'Etat , Controlleur General
des Finances , Commandeur
& Grand- Treforier des
Ordres du Roy , & ils font
tous trois petits enfans d'Alexandre
le Rebours, Seigneur
de Bertherandfoſſe , Préſident
de la Cour des Aides , fils de
Guillaume le Rebours , Seigneur
de Bertherandfoſſe , Pré-
Ffiij
342 MERCURE
fident de la Cour des Aides,&
Conſeiller d'Etat , lequel étoir
fils de Germain le Rebours ,
Seigneur de Bertherandfoſſe ,
l'un des plus celebres Avocats
du Parlement de Paris , & le
plus employé de ſon temps.
M. le Comte de Roucy ,
Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , épouſa le
4. Septembre Damoiſelle .....
Huguet, fille d'Alphonſe Denis
Huguet, Conſeiller auParlement
, & de Marguerite de
Turmenyes , & petite fillede
/ Simon Huguet mortSecretairedu
Roy en 1691. forty d'uGALANT.
343
ne famille de la Ville d'Orleans
, où elle ſubſiſte encore
-à preſent. M. le Comte de
Roucy eft fils de Moffire François
de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roucy,Lieutenant
General des Armées du
Roy , cy devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Catherine
Françoiſe d'Arpajon,fille
de feu M. le Duc d' Arpajon ,
petit fils de Frederic- Charles
de la Rochefoucaud de Roye ,
Comte de Roye & de Roucy ,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France ,Ma-
Ffiij
344 MERCURE
réchal de Camp General des
Troupes du Roy de Dannemarck
, & Chevalier de ſon
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Iſabelle de Durfort-
Duras , arriere petit fils de
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
de la Tour en Auvergne.
Ledit François de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye
Comte de Roucy ; & de Claude
de Gontheau de Biron , &
,
د
petit fils de François de la Rochefoucaud
troiſiémedu nom
GALANT. 343
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marfillac,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de so. Hommes d'Armes de
ſes Ordonnances ; & de Char
lotte de Roye ſa ſeconde femme
Comteffe de Roucy , foeur
puiſnée d'Eleonore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maiſon
de la Rochefoucaud , l'une
des plus illuftres du Royaume
, deſcend de Foucaud Seigneur
du Chateau de la Roche
en Angoumois , dit depuis,
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. & elle
346 MERCURE
s'eſt toûjours alliée aux plus
grandes Maiſons. Voyez la
Genealogie de cette Maiſon
dans l'Histoire des GrandsOf
ficiers de la Couronne.
M. le Prince de Soubize fils
de M. le Prince de Rohan
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine Lieurenant
des Gendarmes de
ſa Garde , Gouverneur de
Champagne , & de Brie ; &
de Dame Marie-Anne-Geneviéve
de Levis de Vantadour ,
a épousé Mademoiselle de
l'Eſpinoy , fille de feu Meſſire
Loüis de Melun , Prince de
GALANT. 347
l'Eſpinoy , & de Dame Eliſabeth
de Lorraine Liflebonne.
La Maiſon de Rohan eſtune
des plus illuſtres de laProvince
deBretagne ; & elleest connuë
depuis l'an 1100. que vivoir
Alinpremier du nom,Vicomte
de Rohan. M. le Princede
Guimené en eſt l'aîné ,& il a
pour cadets Meſſieurs les
Princes de Soubize : les Seigneurs
du Poulduc dans l'Evêché
de Vannes , fubfiftant
encoreà preſent en Bretagne
font auffi de cette Maiſon ,
comme on lepeut voir à la fin
de l'Hiſtoire du Maréchal de
ةيس
348 MERCURE
Guebrian par le ſieur le La
boureur ; voyez auffi pour
cette genealogie , la nouvelle
édition de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France ; de même
que pour la genealogie de la
Maiſon de Melun qui eſt aufſiunedes
plus illuftres &des
plus anciennes du Royaume.
Meffire Mathieu de Montholon
Confeiller au Grand
Confeil , fils de Meffire Mathieu
de Montholon Conſeiller
au Chaſtelet ; & de Marie
Ravier , a épouféle Sep
GALANT. 349
tembre Damoiſelle Clotilde
le Doux de Melleville , fille
de feu Claude le Doux , Seigneur
deMelleville,Conſeiller
au Parlement ; & de Françoiſe
Nau ,petite fille de Claude
le Doux Seigneur deMelleville
, mort Conſeiller au
Parlement en 1652.& arriere
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maiſtre
des Requeſtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy en 1617. lequel
eſtoit fils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville , Prefident
, Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
350 MERCURE
d'Evreux,d'où cette famille eft
originaire. M. de Montholon
eſt frere puiſné de Meffire
François de Montholon Infpecteur
General de la Marine
& des Galeres , marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion
, fille de M. le Preſident
de Novion ; & il a pour trifayeul
Meffire François de
Montholon Seigneur du Vivier&
d'Aubervilliers faitGardedes
Sceaux de France l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneur d'Aubervilliers,aufli
Garde des Sceaux de France
1
GALANT. 351
1
en 1588. Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
eſt originaire de la Villed'Autun
, l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Meffire ... de Lataignant ,
Conſeiller au Parlement , fils
& petit fils de Meſſieurs de
Lataignant Conſeiller auParlement
, a épousé Mademoifelle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier du Confeil.
Fermer
99
p. 185-186
« Le fonds de cette nouvelle a tant de rapport avec celle [...] »
Début :
Le fonds de cette nouvelle a tant de rapport avec celle [...]
Mots clefs :
Mariage, Reine d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le fonds de cette nouvelle a tant de rapport avec celle [...] »
Le fonds de cette nouvelle
a tant de rapport avec celle
quila precede,que la date ſeule
des lieux en peut faire la difference.
L'une traite de la reception
diſtinguée que la Reine
Doüairiere d'Eſpagne a faite
au Marquis de Villa Garcia
Envoyé du Roy , pour luy
faire part de fon Mariage avec
la Princeffe de Parme, & celle-
Octobre 1714.
186 MERCURE
cy des magnifiques Ceremo
nies de ce Mariage.
a tant de rapport avec celle
quila precede,que la date ſeule
des lieux en peut faire la difference.
L'une traite de la reception
diſtinguée que la Reine
Doüairiere d'Eſpagne a faite
au Marquis de Villa Garcia
Envoyé du Roy , pour luy
faire part de fon Mariage avec
la Princeffe de Parme, & celle-
Octobre 1714.
186 MERCURE
cy des magnifiques Ceremo
nies de ce Mariage.
Fermer
100
p. 199-211
A Parme le 17. Septembre.
Début :
Samedy aprés midy 15. de ce mois le Cardinal Gozzadini [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Mariage, Princesse, Cardinaux, Dames, Cardinal, Duc de Parme, Princes, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Parme le 17. Septembre.
AParme le 17. Septembre.
Samedy aprés midy 15. de
ce mois le Cardinal Gozzadini
Legat de Sa Sainteté fit
ſon entrée publique en cette
Ville , les Princes & le Cardinal
Acquaviva furent à ſa
rencontre , ily avoit avec luy
beaucoup de Nobleſſe & un
grand nombre de Domeſtiques
tous veſtus de riches &
magnifiques livrées , il eſtoſt
accompagné des Gardes du
-R iiij
200 MERCURE
Corps , les Grenadiers eſtoient
diſpoſez dans les places & l'Infanterie
dans les avenuës du
Cours pour empêcher le defordre
: il eſtoit precedé du
Clergé , cette Ceremonie
commença & finit ſans le
moindre defordre & aux applaudiffements
de tout le
monde.
La Reine voulut la voir &
pour cet effet Elle ſe rendit
avec la Princeſſe ſa mere & la
Princeſſe Iſabelle au Palais
,
du Prince Antoine qui eſt dans
le Cours. A peine le Legat
eſtoit- il paſſfé ſous le Dais avec
GALANT. 201
5
leCardinal Acquaviva , eſtant
tousdeux entre le Duc de Parme,&
le Prince Antoine vêtus
d'un brocard d'or des plus
beaux & des plus riches
qu'Elle defcendit avec les Princeffes
par une porte fecrete
pour ſe trouver au Palais à l'arrivée
du Legat , là , voulant
prendre la derniere place ainſi
qu'Elle avoit accoutumée de
faire , la Princeſſe ſa mere la
luy ceda , & ſe mit dans la
ſeconde , & la Princeſſe Iſabelle
dans la derniere : cette
nuit mêmeElle receut le Legat
ſous le Throne&paſſa enfuite
202 MERCURE
dans un appartement Royal :
on fit les viſites qui durerent
juſqu'à quatre heures pour
donner lieu à l'une & à l'autre
Nobleſſe auſſi-bien qu'aux
Etrangers d'aller aux Opera.
Dimanche matin 16. du
courant , les Grenadiers , l'Infanterie,
les Compagnies des
Gardes du Corps à cheval ,
les Archers , & la Garde Suiffe
furentdans lemême ordreque
le jour precedent &pofé dans
les mêmes endroits. On alla
entendre la Meſſe au Dôme
qui paroiſſoit un Ciel par ſa
grandeur , par les belles pein
GALANT. 203
tures du Corregge & par les
emblêmes qu'on y avoit mis.
La Reine étoit ſous un Thiône
, ayant à ſa main droite le
Duc de Parme qui reprefentoit
le Roy d'Eſpagne. La
Princefle mere de la Reine &
leCardinalAcquaviva étoient
dans des fauteüils hors du
Thrône : dans deux autres
plus bas eſtoient la Princeſſe
Iſabelle & le Prince Antoine.
Le Legat celebra la Meſſe ,&
le Credo fini , il ſe mit ſous un
Dais qu'on luy avoit preparé ,
oùun Prelat lut la procuration
pour le mariage du Roy d'Ef.
204 MERCURE
pagne avee la Reine , & ur
autre la diſpenſe du Pape. Le
Duc de Parme mit enſuite au
doigt de la Reine un anneau
d'un riche diamant ; le Legat
preſenta la rofe , & la Ceremonie
finit avec un applaudiſſement
univerſel. Pendant
qu'elle dura, la Princeſſe mere
de la Reine ne leva jamais les
yeux de deſſus la Reine ſa fille
qui fut complimentée , & elle
enfuite par les Princes & les
deuxCardinaux. Dans le moment
que la Reine defcendit
du Throſne pour ſe retirer
la Princeſſe ſa mere avant de
د
GALANT. 205
luy donner le bras voulut luy
baiſer la main , mais la Reine
employa toute ſa force pour
la retirer avec beaucoup de
vivacité d'eſprit & un grand
reſpect ; là tous ceux qui y prirent
garde ne purent s'empêcher
de pleurer de tendreffe ;
la foule fut grande , & il y
eût un nombre infini de Dames
& de Gentilhommes , celles
cy habillées magnifiquement
& parées de diamants &
de toutes fortes de pierres précieuſes
, & ceux cy avec des
habits à la Romaine galonnez
d'or ,& leurs manteaux dou
206 MERCURE
blez de brocard , excepté les
gens du Legat dont les habits
n'étoient point galonnez d'or,
tous les autres étoient vêtus à
la Françoiſe auſſi magnifiquement
& auffi richement que
les premiers. La Reine mangea
en particulier avec laPrinceffe
la mere , les Princes mangerent
en publicavec les deux
Cardinaux. Le ſoir on repreſenta
une Paftorale dans le
grand Theâtre , cù il y cût
plus de 1 5000. perſonnes. La
Reine y fut avec les Princes &
les Cardinaux qui fortirent au
commencement de la piece
GALANT. 207
pour garder le decorum. Il y
avoit plus de 700. Dames , &
dans la Place du milieu entre
les deux angles on fit un bal
où danſerent douze jeunes
Demoiselles avec autant de
jeunes Seigneurs : de temps à
autre on portoit des rafraî
chiſſements de forbet , &c . on
preſenta à toutes les Dames
quiy étoient des petits paniers
verds attachez à des rubans
remplis de confitures ſeches ,
& on porta des eaux glacées
aux gens de diſtinction Tour
ſe paſſa ſans aucun bruit ny
confufion : à ſept heures ces
208 MERCURE
1
champseliſées diſparurent ,&
chacun ſe retira ſurpris d'une
fi grande magnificence. Le
Legat devoit aujourd'huy
partir , mais les Princes ont
fait tout leur poſſible pour
l'obliger à differer ſon départ
juſqu'à demain. On ne ſçast fi
la Reine qui devoit partir demain
apreſdinée pourra le faire
Samedy pour donner tems
à l'Armée de venir. Le Cardinal
Acquaviva diſpoſe de
tout , & il ne ſe fait rien que
les Princes ne prennent auparavant
ſon avis& fon conſeil :
hier au foir le Duc de Parme
luy
GALANT. 209
:
luy fit preſent d'une Croix
garnie de gros diamants qui
renferme dans le milieu un
morceau de la vraye Croix ,
au haut il y a une pierre d'une
groffeur extraordinaire ; on
dit que cette Croix vaut douze
mille écus , quelques uns
même diſent encore beaucoup
plus . Ces jours paffez les
Cardinaux ont toûjours mangé
avec les Princes , & il y a
apparence que cela continuëra
juſqu'au départ du Legat , qui
probablement fera demain au
foir. La Reine quoyque déja
revêtuë de cette qualité , &
Octobre 1714. S
210 MERCURE
1
quoyqu'elle ait infiniment
d'eſprit , ne fait neanmoins
pas un pas fans en conſulter
auparavant ſon Eminence,qui
paſſe preſque les jours entiers
à luy donner les inftructions
neceffaires. La Princeſſe mere
en uſe déja avec ſa fille comme
elle feroit avec une grande
Reine étrangere. Quand
nous ſommes preſents à leurs
entreveues & aux converfations
qu'elles ont enſemble ,
les larmes nous viennent aux
yeux. On traite d'Excellence
le Comte del Verme ſon Majordome
, & la Comteſſe de
GALANT. 211-
Saint Vital ſa premiere Dame
d'Honneur qui doivent l'accompagner
juſqu'à Seſtri. Il
eſt certain que lorſque le Roy
d'Eſpagne & ſon Confeil
ſçauront toutes ces particularitez
, cela leurs donnera beaucoupde
plaifir.
Samedy aprés midy 15. de
ce mois le Cardinal Gozzadini
Legat de Sa Sainteté fit
ſon entrée publique en cette
Ville , les Princes & le Cardinal
Acquaviva furent à ſa
rencontre , ily avoit avec luy
beaucoup de Nobleſſe & un
grand nombre de Domeſtiques
tous veſtus de riches &
magnifiques livrées , il eſtoſt
accompagné des Gardes du
-R iiij
200 MERCURE
Corps , les Grenadiers eſtoient
diſpoſez dans les places & l'Infanterie
dans les avenuës du
Cours pour empêcher le defordre
: il eſtoit precedé du
Clergé , cette Ceremonie
commença & finit ſans le
moindre defordre & aux applaudiffements
de tout le
monde.
La Reine voulut la voir &
pour cet effet Elle ſe rendit
avec la Princeſſe ſa mere & la
Princeſſe Iſabelle au Palais
,
du Prince Antoine qui eſt dans
le Cours. A peine le Legat
eſtoit- il paſſfé ſous le Dais avec
GALANT. 201
5
leCardinal Acquaviva , eſtant
tousdeux entre le Duc de Parme,&
le Prince Antoine vêtus
d'un brocard d'or des plus
beaux & des plus riches
qu'Elle defcendit avec les Princeffes
par une porte fecrete
pour ſe trouver au Palais à l'arrivée
du Legat , là , voulant
prendre la derniere place ainſi
qu'Elle avoit accoutumée de
faire , la Princeſſe ſa mere la
luy ceda , & ſe mit dans la
ſeconde , & la Princeſſe Iſabelle
dans la derniere : cette
nuit mêmeElle receut le Legat
ſous le Throne&paſſa enfuite
202 MERCURE
dans un appartement Royal :
on fit les viſites qui durerent
juſqu'à quatre heures pour
donner lieu à l'une & à l'autre
Nobleſſe auſſi-bien qu'aux
Etrangers d'aller aux Opera.
Dimanche matin 16. du
courant , les Grenadiers , l'Infanterie,
les Compagnies des
Gardes du Corps à cheval ,
les Archers , & la Garde Suiffe
furentdans lemême ordreque
le jour precedent &pofé dans
les mêmes endroits. On alla
entendre la Meſſe au Dôme
qui paroiſſoit un Ciel par ſa
grandeur , par les belles pein
GALANT. 203
tures du Corregge & par les
emblêmes qu'on y avoit mis.
La Reine étoit ſous un Thiône
, ayant à ſa main droite le
Duc de Parme qui reprefentoit
le Roy d'Eſpagne. La
Princefle mere de la Reine &
leCardinalAcquaviva étoient
dans des fauteüils hors du
Thrône : dans deux autres
plus bas eſtoient la Princeſſe
Iſabelle & le Prince Antoine.
Le Legat celebra la Meſſe ,&
le Credo fini , il ſe mit ſous un
Dais qu'on luy avoit preparé ,
oùun Prelat lut la procuration
pour le mariage du Roy d'Ef.
204 MERCURE
pagne avee la Reine , & ur
autre la diſpenſe du Pape. Le
Duc de Parme mit enſuite au
doigt de la Reine un anneau
d'un riche diamant ; le Legat
preſenta la rofe , & la Ceremonie
finit avec un applaudiſſement
univerſel. Pendant
qu'elle dura, la Princeſſe mere
de la Reine ne leva jamais les
yeux de deſſus la Reine ſa fille
qui fut complimentée , & elle
enfuite par les Princes & les
deuxCardinaux. Dans le moment
que la Reine defcendit
du Throſne pour ſe retirer
la Princeſſe ſa mere avant de
د
GALANT. 205
luy donner le bras voulut luy
baiſer la main , mais la Reine
employa toute ſa force pour
la retirer avec beaucoup de
vivacité d'eſprit & un grand
reſpect ; là tous ceux qui y prirent
garde ne purent s'empêcher
de pleurer de tendreffe ;
la foule fut grande , & il y
eût un nombre infini de Dames
& de Gentilhommes , celles
cy habillées magnifiquement
& parées de diamants &
de toutes fortes de pierres précieuſes
, & ceux cy avec des
habits à la Romaine galonnez
d'or ,& leurs manteaux dou
206 MERCURE
blez de brocard , excepté les
gens du Legat dont les habits
n'étoient point galonnez d'or,
tous les autres étoient vêtus à
la Françoiſe auſſi magnifiquement
& auffi richement que
les premiers. La Reine mangea
en particulier avec laPrinceffe
la mere , les Princes mangerent
en publicavec les deux
Cardinaux. Le ſoir on repreſenta
une Paftorale dans le
grand Theâtre , cù il y cût
plus de 1 5000. perſonnes. La
Reine y fut avec les Princes &
les Cardinaux qui fortirent au
commencement de la piece
GALANT. 207
pour garder le decorum. Il y
avoit plus de 700. Dames , &
dans la Place du milieu entre
les deux angles on fit un bal
où danſerent douze jeunes
Demoiselles avec autant de
jeunes Seigneurs : de temps à
autre on portoit des rafraî
chiſſements de forbet , &c . on
preſenta à toutes les Dames
quiy étoient des petits paniers
verds attachez à des rubans
remplis de confitures ſeches ,
& on porta des eaux glacées
aux gens de diſtinction Tour
ſe paſſa ſans aucun bruit ny
confufion : à ſept heures ces
208 MERCURE
1
champseliſées diſparurent ,&
chacun ſe retira ſurpris d'une
fi grande magnificence. Le
Legat devoit aujourd'huy
partir , mais les Princes ont
fait tout leur poſſible pour
l'obliger à differer ſon départ
juſqu'à demain. On ne ſçast fi
la Reine qui devoit partir demain
apreſdinée pourra le faire
Samedy pour donner tems
à l'Armée de venir. Le Cardinal
Acquaviva diſpoſe de
tout , & il ne ſe fait rien que
les Princes ne prennent auparavant
ſon avis& fon conſeil :
hier au foir le Duc de Parme
luy
GALANT. 209
:
luy fit preſent d'une Croix
garnie de gros diamants qui
renferme dans le milieu un
morceau de la vraye Croix ,
au haut il y a une pierre d'une
groffeur extraordinaire ; on
dit que cette Croix vaut douze
mille écus , quelques uns
même diſent encore beaucoup
plus . Ces jours paffez les
Cardinaux ont toûjours mangé
avec les Princes , & il y a
apparence que cela continuëra
juſqu'au départ du Legat , qui
probablement fera demain au
foir. La Reine quoyque déja
revêtuë de cette qualité , &
Octobre 1714. S
210 MERCURE
1
quoyqu'elle ait infiniment
d'eſprit , ne fait neanmoins
pas un pas fans en conſulter
auparavant ſon Eminence,qui
paſſe preſque les jours entiers
à luy donner les inftructions
neceffaires. La Princeſſe mere
en uſe déja avec ſa fille comme
elle feroit avec une grande
Reine étrangere. Quand
nous ſommes preſents à leurs
entreveues & aux converfations
qu'elles ont enſemble ,
les larmes nous viennent aux
yeux. On traite d'Excellence
le Comte del Verme ſon Majordome
, & la Comteſſe de
GALANT. 211-
Saint Vital ſa premiere Dame
d'Honneur qui doivent l'accompagner
juſqu'à Seſtri. Il
eſt certain que lorſque le Roy
d'Eſpagne & ſon Confeil
ſçauront toutes ces particularitez
, cela leurs donnera beaucoupde
plaifir.
Fermer