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1
p. 3-41
LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
Début :
Une veuve de condition mediocre, assez bonne, passablement bête, & [...]
Mots clefs :
Mère, Marquis, Thérèse, Dorimont, Amants, Fortune, Riche, Conseiller, Mariage, Chambre, Premier président, Amis, Lettre, Femme de chambre, Faux commissaire
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texteReconnaissance textuelle : LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
LES DOUZE AMANS.
Avanittre nouvelle.
Ne veuve de
condition mediocre,
assez bonne,
passablement bête,
& fort ambitieuse, fondoit
sa fortune sur la
beauté de sa fille unique.
Cette fille avoit
toutes les bonnes qualitez
qu'on peut joindre à
une beauté parfaite, &
meritoit la prévention
que sa mere avoit pour
elle.Peu après que cette
mere l'eut retirée du
Convent,il se presenta
un parti trés-convenable
: un jeune homme
aimable, qui avoit autant
de bien Se de naissance
qu'il en saloir, la
fit demander par Tes parens.
Lamere, à qui on
en fit la proposition, ne
put trouver d'autre raison
pour le refuser, finon
que cetoitdommage
de donner une fille
comme la tienne au premier
amant oui le presentoit,
&C que peut-être
s'en preicncefoit-il
de plus riche; enfinque
quand sa fille seroit une
fois pourvuë, elle ne
pourroit plus courir le
hazard d'une :', grande
fortune: qu'il faloit du
moins attendrequelques
années, après quoy elle
pourroit penser à lui si
elle ne trouvoit pas
mieux.
Pareils discours auroient
sans doute rebuté
l'amant, que nous appellerons
Doritnont : mais
il étoit devenu vcritablement
amant, &Thevese
( c'était le nom de
la fille) l'aima réciproquement
> & ils prirent
ensemble la resolution
de tromper innocemment
la mere, pour la
faire consentir à un marriage
qui lui étoit avantageux.
Dorimont soupant
un foiravec deux
de ses amis chez une
soeur mariée qu'il avoit,
setoit plaint à eux de
son malheur ; ce cette
soeur,qui avoitl'esprit
inventis& plaisant, concerra
avec les deux amis
& son frere ce que vous
allez voir dans la fuite.
Dés le lendemain l'un
de les amis
,
qui éroit un
jeune Conseiller à marier
&: plus riche que
Dorimonc, alla trouver
la mere, dont safamille
& ses biens étoient connus
, & luy demanda
Thereseen mariage. La
mere se tournant aussitôt
du côté de sa fille,
lui dit : Eh bien, ma
fille, tu vois qu'une fille
ne perd rien pour attendre.
Vous avez bien raison,
ma mere,répondit
Therese, & si nous àvions
acceptél'autre parti,
celui -ci, qui vaut
mieux, ne se feroit pas
presenté. C'est pourquoy,
reprit la mercen
parlant au Conseiller,
vous me permettrez de
vous faire attendrequelquesannées.
Je vous entends,
répondit le Conseiller,
s'il sepresente un
President, vous le prefcrerez
à moy qui ne fuis
que Conseiller : je ne
veux point attendre un
refus, &, jeme le tiens
pour dit, je n'y penserai
plus.
Le lendemainl'autre
ami deDorimont, qui
étoir d'une riche maison,
vintoffrir desbiens considerables
à la mere de
Therese,quis'applaudit
fort d'avoir refusé la
veille le Conseiller. Le
:
Chevalier fut reçû beaucoup
mieux que le Conseiller,
& on ne lui demanda
à lui que laclau-
: se des six mois; a près
quoy, s'il ne se pre sentoit
rien de mieux, on
se feroit honneur de l'aciCCPter
pour gendre.
Quelques jours après
Dorimont, quela veuven'avoit
presque point
vû,parcequ'ilavoirfait
demander Therese par
safamille,sefitdeblond
qu'il éroit, un brun à -
sourcilsreceints, & em- -
pruntant le nom & le-N
quipage d'unriche Marquis
qui étoit brun, .&
connu même par quelques
Dames fous le nom
du brun vif du Fauxbourg
saint Germain, il
alla faire le passionné de
Therese, se trouva à
quelques bals & autres
endroits, pour obliger
la mere à avoir quelque
ombrage des poursuites
qu'il faisoit sans parler
de mariage.Therefeun
jour en fit la fausse considenceà
sa mere , qui
étoit prête à lui en faire
des reproches, & Therese
lui promit de faire
expliquer le Marquis
brun à la premiere occation.
Cette premiere
occasion se presenta
quand Therese jugea à
propos deld'ire à sa mere, r- 1 quellesetoitpresentée,
& feignant d'être fort
affligée,elle, lui dit la
larme à I'oeil,qu'elle aimoit,
le Marquis, &qu'-
elle craignoit bien qu'il
- ne fut accepte que comme
les autres ,
à.conditiond'êtrelepis-
aller;
que ce Marquis étoit sier
& n'avait point voulu se
presenter qu'il ne fût
sur, d'autant qu'un pareil
refus lui feroit tort
dans le monde. Je m'en
çonsole, répondit la merc
car onma parlé ce
matin d'un Comte qui
eU bien plus riche que
lui. En effet, on avoit
fait parler par quelque
femme du quartier d'un
Comte Allemand, qui
etoit devenu amoureux,
disoit-on, de Thercfe à
un concerta & tout cela
étoit un jeu joué comme
te reste. Voila donc
déja sur les rangs le véritable
amànt Dorimont
Sele Marquisqû'ilreprefencoit
incognito;. le
Chevalier, le Conleiller
& le Comtey cela fait
déjàcinq amans que la
mere croit avoir à son
choix : voyons les autres.
La soeur de Dorimont
s'habilla en veuve, &
en grand équipage de
deuil alla trouver la mere
deTherese,& laconjura
de ne lui point donner
lechagrindaccepri
ter pour gendre un fils
uniunique
, riche héritier
de feu sonmari,& en
âge de se marier malgré
elle,&quidevoitluidcmander
sa fille en mariage
> & ce fut la fille
de chambre de la soeur
qui avec un habit d'heritier
en grand deüil fit
son personnage le foir
même, 8c lefit de façon
à faire presque consentir
sans delay la mere
: mais dans cemême
soirelle reçut une lettre
de Province, par laquelle
le premier President
de. qui avoit vû
safille au Convent, la
lui demandoiten mariage.
Cetétablissementsolide
la fit renoncer à la
poursuite de l'autre, &
elle attendit des nouvelles
du premier President
huit jours entiers, pendant
lesquels plusieurs
autres épouseurs,. tous
partant de la mêmesabrique,&£
tous enchetifTanî:
les uns sur les autres
en biens & en fortune.
Ils pen serent faire
tourner la tête à la mere
, &C la firent resoudre
à refuser cous ceux qui
se presenteroient, ne
doutant point que le
dernier quiviendroit ne
fût un Duc ou quelque
Prince étranger, & ne
voulant plus se determinerqu'à
ce prix.
:
Elle attendit le Prince
Se le Duc pendant
quinze jours, qui penserent
la faire mourir
d'inquietude & d'embarras;
cartous les amans
qui étoient, à ce qu'elle
croyoit, au nombre de
douze, se mirent à faire
des pourfuires si vives,
qu'à chaque heure du
jour, & même de lanuit,
elle recevoit une lettre
par des laquais de differentes
livrées , & chacun
envoyant aussi des
presens, non assez grands
pour lui faire plaisir,
mais en assez grand nombre
pour la fatiguer,
comme fruits, confitures,
gibier; & tous ces
valets de pied, pages,
laquais, gentilshommes
même la réveillant dés
la pointe du jour, elle
fut bientôt aussi laffedes
amans de sa fille, qu'un
homme à bonne fortune
affecte de l'estre de fcs
maîtresses.
Enfin elle resolut de
fermer sa porte,d'autant
plus que le Marquis
brun, dont elle
commençoit à se défier
beaucoup pour l'honneur
de sa fille, se servoit
de toutes ces allées
& venuës pour voir sa
fille dans les momens
dérobez 5 k Therese,
trés-reservée au fond
pourDorimont, feignoit
de ne l'estre pas
tant pour le Marquis
brun, dontDorimont
joüoit, le rôlepour arriver
au dénoûment que
nous verrons dans la
suite.
La galante fiétion du
Marquis brun allasiloin
auxyeux de la mere,
qu'elle le vit sortit un
jour avant l'aurore de la
chambre de sa fille 5 car
ayant eu de violens sou pçons
par degrcz
,
elle se
resolut àguetter le ga- lant, qui afFcéla de se
glisser mysterieusement
lenez dans un manteau,
pour aller gagner une petite
porte qui donnoit
d1ans.u.ne cour par où il étoit entré1 un quartd'heure
devant. Lamere
crut donc qu'il avoit pa la nuit dans la
chambre de sa fille
,
où
elle entra outrée de colere,
pour la maltraiter
du moins de paroles:
mais elle ne trouva point
sa fille dans sa chambre,
elle avoit pris la précaution
tion de passer la nuit
dans un appartement
voisin qu'occupoit une
Dame fort vertueufc
dans ce même logis,&
la fille prouva par alibi
qu'elle n'avoit point vû
l'amant à bonne fortune.
Cette preuve étoit suffisante
pour prouver un
jour à sa mere que tout
ce qu'elle avoit vû &
devoit voir dans la suite
n'étoit qu'une feinte innocente:
mais cette preuve
ne passa alors que pour
une fausse justification
d'une faute réelle; k
quelque bête que fùt
cette merc, elle crut
voir clairement qu'il étoit
temps de marier sa
fille avant qu'une pareille
avanture eût fait
éclat. Cela fit qu'elle
borna son ambition au
premier President de
Province, & lui écrivit
une lettre à l'adresse qui
lui avoit été donnée
dans la pretenduëlettre
quelle avoit reçûë de
lui. Cette lettre partie,
elle fut huit jours sans
avoir réponse, & voici
le jeu qu'on joüa pendant
ces huit jours.
l, La femme de chambre
de la iceur de Dorimont
s'habilla en devote
à grande manche, un
chapelet à sa ceinture
,
8c ses heures dans son
manchon, fuivic d'une
petite servante de la même
parure. Ellealla demander
à parler en particulierà
la mere deTherese
> & aprés tous les
préambules necessaires à
cellesqui veulent calomnier
par charité chrétienlie)
elle lui donna avis de
'iintrigue du Marquis
-
orun, & conseil en mê-
- me temps de marier sa
fille avant que la chose
ik sçûë de gens qui ne
seroient pas si discrets
u'elle.
Le même matin la mere
ayant mené Thercfc
à la3elle entendit
parler un peu haut deux
Dames qui
-
s'entretenoient
enfembie de l'intrigue
de sa fille, &disoient
l'avoir apprise de
la fausse devote. Vous
devinez bien que ces
deux femmes étoient la
soeur de Dorimont&sa
femme de chambre, qui
prirent bien garde de se
posterde maniereauprès
de la mere,que personne
qu'elle ne pût entendre
une conversation qui
eût fait tort à la fille.
Toutes deux retournerent
au logis fort desolées
,
la mere l'étant
réellement, &la hIIeaffectant
de l'estre, &
priant sa mere de presser
le President de Province,
parce quedés qu'-
une devote &deux fem-
Bles du monde sçavoient
son histoire, elle deviendroit
bientôt publique.
La mere n'eut pas
pour cette alarme seules;
on lui en donna de toutes
parts, & toutcela
partoit toûjours du petit
nombre d'amis de Dorimont
déguisez en plusieurs
façons. L'un des
amis enfin s'habilla en
Commissaire, & alla
- trouver la mere, pour
lui donner avis qu'on alloit
plaider une affaire
qui perdroit sa fille
d'honneur; qu'ily avoit
eu un homme blessé à !
mort par le Marquis
brun à bonne fortune,
dans le temps qu'il fortoit
de chez sa fille &
qu'un autre y vouloit
entrer. A ce rapport la
mere fût morte enfin de
saisissement aprés toutes
les autres alarmes dont
elle étoit troublée:mais
le faux Commissaire promit
de traîner cette affaire,
& de l'empescher
d'éclater pendant quelques
jours, afinqu'elle
cftc le loisir de marier sa
fillç avec toute sa bonne
renommée, SC que l'affaire
n'éc latant qu'aprés
le mariage, elle seroit
alors sur le compte du
mari.
La mere remercia le
faux Commissaire, qui
lui fit mesme voir, pour
combler la mesure,quelques
vaudevilles faits sur
cette avanture, & qu'il
avoit étouffez dés leur
naissance.
La mere alors serieusement
pressée, & n'entendant
point de nouvelles
du riche President,
on pressa tort l'amant le
plus riche après lui, duquel
n'ayant pas réponse
prompte, on alla au devant
de celui qui valoit
mieux que le Comte,
& du Comte au Chevalier.
Enfin les douze amans
furent par gradation
de richesses sollicitez
par les mesmes canaux
par où ils avoient
fait demander Therese
en mariage : mais point
de réponse ni des uns ni
des autres.
Cette mere abandonnée
par tous ceux qui la
recherchoient, crut bien
deviner la cause de la
retraite &du silence des
douze amans; elle crut
sa filleperduë d'honneur
publiquement, &nefortoit
point de chez elle
qu'elle ne crust que tous
ceux qui regardoient sa
fille parce qu'elle étoit
belle,ne la regardassent
pour en médire. On la
laissa quelques jours das
ce supplice, & Therese
la prioit incessamment
de la remettre dans le
Convent pour toute sa
vie: mais la mere ne
pouvant s'y resoudre,
prit un jour la resolution
d'aller chercher dans un
- pays étranger la fortune
qu'elle ne pouvoit plus
esperer en France; &
pe qui lui fit prendre ce
parti defcfperé, ce fut
le dernier jour de cette
Comedie, qui fut pour
elle le pluscruel de tous:
car tous ces messagers de
lifferentes livrées qui
l'avoient importunée par
des presens, vinrent en
un seul jour l'accabler de
lettres trés- polies, qui
lui enfonçoient autant
de fois le poignard dans
le sein,en lui faisant sentir
que les douze amans
cedoient Therese au
Marquis brun, qui envoya
aussi sa lettre de
refus, alleguant ses bonnes
fortunes pour excuse.
On laissa la mere desolée
vingt- quatre heures
dans cette situation
> & le lendemain parut le
fidele Dorimont, à qui
on n'avoit osé recourir,
parce qu'ilavoir paru le
plus offensé des preferences.
Il arriva donc,
comme ayant paffé tout
le mois en solitude à la
campagne,& comme ne
sçachant rien de tout ce
qui s'étoit passé, & n'accusant
que la mere d'infidelité.
Therefc affectant
une impatience vive
de prendre pour dupe
cet amant unique,
conseilla à sa mere de
ne le pas laisser sortir
sans conclure. Le contrat
se fit ce même soir,
on les maria la nuit, &
il demanda en grace
qu'il n'y eust au dîner
qu'on fit le lendemain
chez lui que ceux 6C
celles qui avoient été de
son complot; & ce fut
a ce dîner où tournant
en plaisanterie les douze
amans, il se declara le
Marquis brun, & la mère
ravie de retrouver sa
fille blanchecomme neigc.
ge, pardonna le tour
qu'on lui avoit jcüé pour
la guerir de sa folle ambition.,
Avanittre nouvelle.
Ne veuve de
condition mediocre,
assez bonne,
passablement bête,
& fort ambitieuse, fondoit
sa fortune sur la
beauté de sa fille unique.
Cette fille avoit
toutes les bonnes qualitez
qu'on peut joindre à
une beauté parfaite, &
meritoit la prévention
que sa mere avoit pour
elle.Peu après que cette
mere l'eut retirée du
Convent,il se presenta
un parti trés-convenable
: un jeune homme
aimable, qui avoit autant
de bien Se de naissance
qu'il en saloir, la
fit demander par Tes parens.
Lamere, à qui on
en fit la proposition, ne
put trouver d'autre raison
pour le refuser, finon
que cetoitdommage
de donner une fille
comme la tienne au premier
amant oui le presentoit,
&C que peut-être
s'en preicncefoit-il
de plus riche; enfinque
quand sa fille seroit une
fois pourvuë, elle ne
pourroit plus courir le
hazard d'une :', grande
fortune: qu'il faloit du
moins attendrequelques
années, après quoy elle
pourroit penser à lui si
elle ne trouvoit pas
mieux.
Pareils discours auroient
sans doute rebuté
l'amant, que nous appellerons
Doritnont : mais
il étoit devenu vcritablement
amant, &Thevese
( c'était le nom de
la fille) l'aima réciproquement
> & ils prirent
ensemble la resolution
de tromper innocemment
la mere, pour la
faire consentir à un marriage
qui lui étoit avantageux.
Dorimont soupant
un foiravec deux
de ses amis chez une
soeur mariée qu'il avoit,
setoit plaint à eux de
son malheur ; ce cette
soeur,qui avoitl'esprit
inventis& plaisant, concerra
avec les deux amis
& son frere ce que vous
allez voir dans la fuite.
Dés le lendemain l'un
de les amis
,
qui éroit un
jeune Conseiller à marier
&: plus riche que
Dorimonc, alla trouver
la mere, dont safamille
& ses biens étoient connus
, & luy demanda
Thereseen mariage. La
mere se tournant aussitôt
du côté de sa fille,
lui dit : Eh bien, ma
fille, tu vois qu'une fille
ne perd rien pour attendre.
Vous avez bien raison,
ma mere,répondit
Therese, & si nous àvions
acceptél'autre parti,
celui -ci, qui vaut
mieux, ne se feroit pas
presenté. C'est pourquoy,
reprit la mercen
parlant au Conseiller,
vous me permettrez de
vous faire attendrequelquesannées.
Je vous entends,
répondit le Conseiller,
s'il sepresente un
President, vous le prefcrerez
à moy qui ne fuis
que Conseiller : je ne
veux point attendre un
refus, &, jeme le tiens
pour dit, je n'y penserai
plus.
Le lendemainl'autre
ami deDorimont, qui
étoir d'une riche maison,
vintoffrir desbiens considerables
à la mere de
Therese,quis'applaudit
fort d'avoir refusé la
veille le Conseiller. Le
:
Chevalier fut reçû beaucoup
mieux que le Conseiller,
& on ne lui demanda
à lui que laclau-
: se des six mois; a près
quoy, s'il ne se pre sentoit
rien de mieux, on
se feroit honneur de l'aciCCPter
pour gendre.
Quelques jours après
Dorimont, quela veuven'avoit
presque point
vû,parcequ'ilavoirfait
demander Therese par
safamille,sefitdeblond
qu'il éroit, un brun à -
sourcilsreceints, & em- -
pruntant le nom & le-N
quipage d'unriche Marquis
qui étoit brun, .&
connu même par quelques
Dames fous le nom
du brun vif du Fauxbourg
saint Germain, il
alla faire le passionné de
Therese, se trouva à
quelques bals & autres
endroits, pour obliger
la mere à avoir quelque
ombrage des poursuites
qu'il faisoit sans parler
de mariage.Therefeun
jour en fit la fausse considenceà
sa mere , qui
étoit prête à lui en faire
des reproches, & Therese
lui promit de faire
expliquer le Marquis
brun à la premiere occation.
Cette premiere
occasion se presenta
quand Therese jugea à
propos deld'ire à sa mere, r- 1 quellesetoitpresentée,
& feignant d'être fort
affligée,elle, lui dit la
larme à I'oeil,qu'elle aimoit,
le Marquis, &qu'-
elle craignoit bien qu'il
- ne fut accepte que comme
les autres ,
à.conditiond'êtrelepis-
aller;
que ce Marquis étoit sier
& n'avait point voulu se
presenter qu'il ne fût
sur, d'autant qu'un pareil
refus lui feroit tort
dans le monde. Je m'en
çonsole, répondit la merc
car onma parlé ce
matin d'un Comte qui
eU bien plus riche que
lui. En effet, on avoit
fait parler par quelque
femme du quartier d'un
Comte Allemand, qui
etoit devenu amoureux,
disoit-on, de Thercfe à
un concerta & tout cela
étoit un jeu joué comme
te reste. Voila donc
déja sur les rangs le véritable
amànt Dorimont
Sele Marquisqû'ilreprefencoit
incognito;. le
Chevalier, le Conleiller
& le Comtey cela fait
déjàcinq amans que la
mere croit avoir à son
choix : voyons les autres.
La soeur de Dorimont
s'habilla en veuve, &
en grand équipage de
deuil alla trouver la mere
deTherese,& laconjura
de ne lui point donner
lechagrindaccepri
ter pour gendre un fils
uniunique
, riche héritier
de feu sonmari,& en
âge de se marier malgré
elle,&quidevoitluidcmander
sa fille en mariage
> & ce fut la fille
de chambre de la soeur
qui avec un habit d'heritier
en grand deüil fit
son personnage le foir
même, 8c lefit de façon
à faire presque consentir
sans delay la mere
: mais dans cemême
soirelle reçut une lettre
de Province, par laquelle
le premier President
de. qui avoit vû
safille au Convent, la
lui demandoiten mariage.
Cetétablissementsolide
la fit renoncer à la
poursuite de l'autre, &
elle attendit des nouvelles
du premier President
huit jours entiers, pendant
lesquels plusieurs
autres épouseurs,. tous
partant de la mêmesabrique,&£
tous enchetifTanî:
les uns sur les autres
en biens & en fortune.
Ils pen serent faire
tourner la tête à la mere
, &C la firent resoudre
à refuser cous ceux qui
se presenteroient, ne
doutant point que le
dernier quiviendroit ne
fût un Duc ou quelque
Prince étranger, & ne
voulant plus se determinerqu'à
ce prix.
:
Elle attendit le Prince
Se le Duc pendant
quinze jours, qui penserent
la faire mourir
d'inquietude & d'embarras;
cartous les amans
qui étoient, à ce qu'elle
croyoit, au nombre de
douze, se mirent à faire
des pourfuires si vives,
qu'à chaque heure du
jour, & même de lanuit,
elle recevoit une lettre
par des laquais de differentes
livrées , & chacun
envoyant aussi des
presens, non assez grands
pour lui faire plaisir,
mais en assez grand nombre
pour la fatiguer,
comme fruits, confitures,
gibier; & tous ces
valets de pied, pages,
laquais, gentilshommes
même la réveillant dés
la pointe du jour, elle
fut bientôt aussi laffedes
amans de sa fille, qu'un
homme à bonne fortune
affecte de l'estre de fcs
maîtresses.
Enfin elle resolut de
fermer sa porte,d'autant
plus que le Marquis
brun, dont elle
commençoit à se défier
beaucoup pour l'honneur
de sa fille, se servoit
de toutes ces allées
& venuës pour voir sa
fille dans les momens
dérobez 5 k Therese,
trés-reservée au fond
pourDorimont, feignoit
de ne l'estre pas
tant pour le Marquis
brun, dontDorimont
joüoit, le rôlepour arriver
au dénoûment que
nous verrons dans la
suite.
La galante fiétion du
Marquis brun allasiloin
auxyeux de la mere,
qu'elle le vit sortit un
jour avant l'aurore de la
chambre de sa fille 5 car
ayant eu de violens sou pçons
par degrcz
,
elle se
resolut àguetter le ga- lant, qui afFcéla de se
glisser mysterieusement
lenez dans un manteau,
pour aller gagner une petite
porte qui donnoit
d1ans.u.ne cour par où il étoit entré1 un quartd'heure
devant. Lamere
crut donc qu'il avoit pa la nuit dans la
chambre de sa fille
,
où
elle entra outrée de colere,
pour la maltraiter
du moins de paroles:
mais elle ne trouva point
sa fille dans sa chambre,
elle avoit pris la précaution
tion de passer la nuit
dans un appartement
voisin qu'occupoit une
Dame fort vertueufc
dans ce même logis,&
la fille prouva par alibi
qu'elle n'avoit point vû
l'amant à bonne fortune.
Cette preuve étoit suffisante
pour prouver un
jour à sa mere que tout
ce qu'elle avoit vû &
devoit voir dans la suite
n'étoit qu'une feinte innocente:
mais cette preuve
ne passa alors que pour
une fausse justification
d'une faute réelle; k
quelque bête que fùt
cette merc, elle crut
voir clairement qu'il étoit
temps de marier sa
fille avant qu'une pareille
avanture eût fait
éclat. Cela fit qu'elle
borna son ambition au
premier President de
Province, & lui écrivit
une lettre à l'adresse qui
lui avoit été donnée
dans la pretenduëlettre
quelle avoit reçûë de
lui. Cette lettre partie,
elle fut huit jours sans
avoir réponse, & voici
le jeu qu'on joüa pendant
ces huit jours.
l, La femme de chambre
de la iceur de Dorimont
s'habilla en devote
à grande manche, un
chapelet à sa ceinture
,
8c ses heures dans son
manchon, fuivic d'une
petite servante de la même
parure. Ellealla demander
à parler en particulierà
la mere deTherese
> & aprés tous les
préambules necessaires à
cellesqui veulent calomnier
par charité chrétienlie)
elle lui donna avis de
'iintrigue du Marquis
-
orun, & conseil en mê-
- me temps de marier sa
fille avant que la chose
ik sçûë de gens qui ne
seroient pas si discrets
u'elle.
Le même matin la mere
ayant mené Thercfc
à la3elle entendit
parler un peu haut deux
Dames qui
-
s'entretenoient
enfembie de l'intrigue
de sa fille, &disoient
l'avoir apprise de
la fausse devote. Vous
devinez bien que ces
deux femmes étoient la
soeur de Dorimont&sa
femme de chambre, qui
prirent bien garde de se
posterde maniereauprès
de la mere,que personne
qu'elle ne pût entendre
une conversation qui
eût fait tort à la fille.
Toutes deux retournerent
au logis fort desolées
,
la mere l'étant
réellement, &la hIIeaffectant
de l'estre, &
priant sa mere de presser
le President de Province,
parce quedés qu'-
une devote &deux fem-
Bles du monde sçavoient
son histoire, elle deviendroit
bientôt publique.
La mere n'eut pas
pour cette alarme seules;
on lui en donna de toutes
parts, & toutcela
partoit toûjours du petit
nombre d'amis de Dorimont
déguisez en plusieurs
façons. L'un des
amis enfin s'habilla en
Commissaire, & alla
- trouver la mere, pour
lui donner avis qu'on alloit
plaider une affaire
qui perdroit sa fille
d'honneur; qu'ily avoit
eu un homme blessé à !
mort par le Marquis
brun à bonne fortune,
dans le temps qu'il fortoit
de chez sa fille &
qu'un autre y vouloit
entrer. A ce rapport la
mere fût morte enfin de
saisissement aprés toutes
les autres alarmes dont
elle étoit troublée:mais
le faux Commissaire promit
de traîner cette affaire,
& de l'empescher
d'éclater pendant quelques
jours, afinqu'elle
cftc le loisir de marier sa
fillç avec toute sa bonne
renommée, SC que l'affaire
n'éc latant qu'aprés
le mariage, elle seroit
alors sur le compte du
mari.
La mere remercia le
faux Commissaire, qui
lui fit mesme voir, pour
combler la mesure,quelques
vaudevilles faits sur
cette avanture, & qu'il
avoit étouffez dés leur
naissance.
La mere alors serieusement
pressée, & n'entendant
point de nouvelles
du riche President,
on pressa tort l'amant le
plus riche après lui, duquel
n'ayant pas réponse
prompte, on alla au devant
de celui qui valoit
mieux que le Comte,
& du Comte au Chevalier.
Enfin les douze amans
furent par gradation
de richesses sollicitez
par les mesmes canaux
par où ils avoient
fait demander Therese
en mariage : mais point
de réponse ni des uns ni
des autres.
Cette mere abandonnée
par tous ceux qui la
recherchoient, crut bien
deviner la cause de la
retraite &du silence des
douze amans; elle crut
sa filleperduë d'honneur
publiquement, &nefortoit
point de chez elle
qu'elle ne crust que tous
ceux qui regardoient sa
fille parce qu'elle étoit
belle,ne la regardassent
pour en médire. On la
laissa quelques jours das
ce supplice, & Therese
la prioit incessamment
de la remettre dans le
Convent pour toute sa
vie: mais la mere ne
pouvant s'y resoudre,
prit un jour la resolution
d'aller chercher dans un
- pays étranger la fortune
qu'elle ne pouvoit plus
esperer en France; &
pe qui lui fit prendre ce
parti defcfperé, ce fut
le dernier jour de cette
Comedie, qui fut pour
elle le pluscruel de tous:
car tous ces messagers de
lifferentes livrées qui
l'avoient importunée par
des presens, vinrent en
un seul jour l'accabler de
lettres trés- polies, qui
lui enfonçoient autant
de fois le poignard dans
le sein,en lui faisant sentir
que les douze amans
cedoient Therese au
Marquis brun, qui envoya
aussi sa lettre de
refus, alleguant ses bonnes
fortunes pour excuse.
On laissa la mere desolée
vingt- quatre heures
dans cette situation
> & le lendemain parut le
fidele Dorimont, à qui
on n'avoit osé recourir,
parce qu'ilavoir paru le
plus offensé des preferences.
Il arriva donc,
comme ayant paffé tout
le mois en solitude à la
campagne,& comme ne
sçachant rien de tout ce
qui s'étoit passé, & n'accusant
que la mere d'infidelité.
Therefc affectant
une impatience vive
de prendre pour dupe
cet amant unique,
conseilla à sa mere de
ne le pas laisser sortir
sans conclure. Le contrat
se fit ce même soir,
on les maria la nuit, &
il demanda en grace
qu'il n'y eust au dîner
qu'on fit le lendemain
chez lui que ceux 6C
celles qui avoient été de
son complot; & ce fut
a ce dîner où tournant
en plaisanterie les douze
amans, il se declara le
Marquis brun, & la mère
ravie de retrouver sa
fille blanchecomme neigc.
ge, pardonna le tour
qu'on lui avoit jcüé pour
la guerir de sa folle ambition.,
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Résumé : LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
Le texte 'Les Douze Amans' relate l'histoire d'une veuve ambitieuse qui souhaite marier sa fille unique, Thérèse, à un parti riche et prestigieux. Thérèse, belle et vertueuse, reçoit une demande en mariage de Dorimont, un jeune homme aimable, mais sa mère refuse, espérant un parti plus fortuné. Dorimont et Thérèse décident alors de tromper la mère pour obtenir son consentement. Ils mettent en scène plusieurs prétendants, tous interprétés par les amis de Dorimont, incluant un conseiller, un chevalier, un marquis brun, un comte, et même un président de province. La mère, submergée par les demandes et les rumeurs, finit par accepter le premier président de province. Cependant, les amis de Dorimont continuent de semer la confusion avec des lettres et des visites, poussant la mère à croire que Thérèse est compromise. Désespérée, la mère décide de fuir à l'étranger. Finalement, Dorimont réapparaît et ils se marient. Lors d'un dîner, le personnage principal révèle son identité en plaisantant sur les douze amants. Le Marquis Brun se déclare, et la mère, ravie de retrouver sa fille, pardonne la ruse qui lui avait été jouée pour la guérir de sa folle ambition.
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