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p. 112-182
ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, qu'aprés que les Apostres eurent [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Signification, Auxiliaire, Expression, Diphtongue, Écriture, Parler, Prononciation, Accents, Usages, Consonnes, Voyelles, Nations, Pensées, Comparaison , Caractères, Équivoque , Verbes, Exemples
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texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Le texte examine l'idée d'une langue universelle, inspirée par la langue originelle parlée par Adam et Ève, qui aurait été corrompue après le Déluge et la construction de la Tour de Babel. L'auteur regrette la diversité des langues actuelles, qui entrave la communication internationale. Il cite l'exemple de Maître Guillaume Bellenden, un avocat écossais devenu aphasique après une fièvre et parlant ensuite une langue inconnue jusqu'à sa mort. Le texte aborde également la relation entre la parole et l'audition, mentionnant des cas de perte de la mémoire linguistique suite à une maladie. Pour remédier à cette diversité linguistique, l'auteur propose une écriture universelle basée sur les chiffres et les lettres, avec des règles précises de prononciation et d'écriture afin d'éviter les ambiguïtés. Chaque lettre doit avoir un son unique, et des voyelles sont insérées entre les consonnes difficiles à unir. Deux types d'écriture sont envisagés : numérique et littérale. Des règles spécifiques permettent la conversion de l'écriture numérique en littérale, utilisant des diphtongues pour abréger et adoucir la prononciation. Le texte décrit aussi l'utilisation des accents et des symboles pour marquer les nuances des verbes et des expressions. Un exemple de phrase en langue universelle est donné : 'Bien créa le Ciel & la Terre,' accompagné de ses caractères numéraux correspondants. L'auteur prévoit de développer davantage son projet dans une lettre ultérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
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Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 59-61
Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est un Maquereau.
Début :
Maquereau frais brillant dans la saison nouvelle [...]
Mots clefs :
Maquereau, Parodie, Couleurs, Cuisson, Sauce noire, Raillerie, Équivoque , Économie, Peinture, Comportement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est un Maquereau.
Article des Enigmu.
Parodie de la premiere
Enigme, dont le silos
efl un Jvlaqtereau.
Maquereau frais brillant
dans la faison nouvelle
Suit de prés t'hirondelle.
Vom>Petntres,le voymt
blanc) blets, verd)
Violets
pOUI qui fçavezj l'effet
du mélange in peinture.
^dppreneZjmoypourquoyy
vermeil par t'encolure,
Le gril de fer le rend ¡au.
ney noiry blanc de
lait;
Enfiùte un (ur/out noir
-
finit sa destinée.
Sauce noire est souvent
aux maquereaux
donnée.
A de mauvais plaisans
infpirans le bon mot,
Maquereau fait railler:
(équivoque de foi )
Alaisraillerie à part, il
pique lesgens chiche/>
Qui l'ont à bon marché,
parfois mesme à
crédit.
Il est çlus doux sans con
tredit,
Quand ileefratS &cher
vendu pour les gens
riches.
Avec force ilagitsir les
plUlparessèuxj
Tans pis pour eux.
Parodie de la premiere
Enigme, dont le silos
efl un Jvlaqtereau.
Maquereau frais brillant
dans la faison nouvelle
Suit de prés t'hirondelle.
Vom>Petntres,le voymt
blanc) blets, verd)
Violets
pOUI qui fçavezj l'effet
du mélange in peinture.
^dppreneZjmoypourquoyy
vermeil par t'encolure,
Le gril de fer le rend ¡au.
ney noiry blanc de
lait;
Enfiùte un (ur/out noir
-
finit sa destinée.
Sauce noire est souvent
aux maquereaux
donnée.
A de mauvais plaisans
infpirans le bon mot,
Maquereau fait railler:
(équivoque de foi )
Alaisraillerie à part, il
pique lesgens chiche/>
Qui l'ont à bon marché,
parfois mesme à
crédit.
Il est çlus doux sans con
tredit,
Quand ileefratS &cher
vendu pour les gens
riches.
Avec force ilagitsir les
plUlparessèuxj
Tans pis pour eux.
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Résumé : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est un Maquereau.
Le texte est une parodie poétique décrivant le maquereau, qualifié de 'Jvlaqtereau' et 'Maquereau frais brillant'. Il évoque ses couleurs variées et sa préparation grillée avec une sauce noire. Le maquereau est raillé par des plaisantins mais apprécié pour son goût. Il est souvent acheté à bon marché, parfois à crédit, et est plus doux lorsqu'il est cher. Ceux qui refusent de l'acheter en subissent les conséquences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1912-1916
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 28. du mois de Juillet 1731. sur le Couvreur du Village de Baron.
Début :
Vous ne désapprouverez point, Messieurs, qu'on vous avertisse de ce [...]
Mots clefs :
Couvreur, Village de Baron, Narrations, Lieux, Équivoque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 28. du mois de Juillet 1731. sur le Couvreur du Village de Baron.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure le 28. du mois de Juillet
1731. sur le Couvreurdu Village de Baron.
Ous ne désaprouverez point , Mes-
Vsieurs,quan point,de se sieurs , qu'on vous avertisse de ce
qui paroît de défectueux dans les Narrations
qui sont imprimées dans vôtre
Journal . Comme je fais profession
de dire la verité , je vais vous faire
une observation , qui quoyque bagatelle
A OUST. 1731. 1913
telle ou minutie , peut avoir cependant
son utilité. C'est que souvent lorsque
vous rapportés quelque Evenement extraordinaire
arrivé en certains Lieux ,
d'aprés les Lettres qu'on vous écrit , on
ne met point les Lecteurs au fait de ces
Hieux-là . On ne sçait quelquefois où ils
sont situés , ni où les prendre. Ce seront
des Bourgs ou des Villages d'un nom
fort commun , et en ce cas où les chercher
si la Province ou le Diocèse n'est pas
nommé ?
Ce qui m'a déterminé à vous écrire
là- dessus , est l'équivoque qui se trouve
au commencement de la Relation du fait
singulier arrivé à Senlis dans le 2º. Volume
du Mercure de Juin. Un Couvreur
de Baron est un langage qu'on ne peut
pas entendre dans tout le Royaume ,
comme on feroit aux environs de Senlis :
aussi ne l'avez - vous pas peut-être bien
compris vous mêmes , et c'est pour cela
que vous l'avés imprimé en Italique.
Quand le Senlisien qui vous écrit se seroit
exprimé ainsi un Couvreur du Village
de Baron , proche Senlis ; il n'en auroit
été que plus exact et plus intelligible Pour
moy qui suis éloigné de Senlis de plus de
quarante lieües , jjee nn''yy aaii point été trompé
, parce que je connois un peu le voisi-
D iij nage
1914 MERCURE DE FRANCE
nage de cette Ville , et je sçai que Ba❤
ron est un Village situé vis- à- vis et tout
proche la celebre Abbaye de Chaalis ou
j'ai été quelquefois ; le tout à deux lieües
de Senlis.
pas
ry
Le Couvreur en question est un homme
tel qu'il l'auroit fallu à Bourges il y
a quarante ans , lorsque le feu prit au
Coq du Clocher de la Sainte Chapelle.
De l'humeur dont il se montre , il ne se
seroit pas fait tirer l'oreille , et n'auroit
marchandé pour aller l'éteindre , et
par là il auroit empêché la charpante de
PEglise , et le Chateau des Ducs de Berd'être
brûlés. Si ce Couvreur Senlisien
eût été informé de ce que les anciens
faisoient placer sous les Cocqs des Clothers
, un homme intrépide comme lui
auroit peut- être en la curiosité d'y regarder
, et sans beaucoup de ceremonies ,
il auroit peut être fait une Ttanslation
de Reliques de haut en bas. Je sçai des
gens de sa profession qui ont des Reliques
dans leur famille , lesquelles procedent
de pareilles trouvailles faites au milieu
des airs , et même avec les Procèsverbaux.
Qu'une autre fois donc le Sonneur
de Senlis se garde bien de confier
à un tel grimpeur la clef de ses Clochers.
On lit dans la vie de S. Dunstan
Archevêque
A O UST. 1731. 1915
'Archevêque de Cantorbery, qu'étant jeune
écolier il fut atteint d'une fiévre dont
la chaleur, excessive le porta à grimper
રે peu prés de même sur les couvertures
de l'Eglise , et qu'il en descendit sans se
blesser aucunement,de même qu'il y étoit
monté. Mais le cas semble ici fort different.
Si vous voulez qu'à l'occasion du Cou
vreur de Baron , proche Senlis , je vous
renvoye à un texte qui doit rendre ce
Village fameux , je vous citerai le second
volume de la grande Collection des Peres
Martene et Durand , Benedictins , page
1389. Vous y lirez qu'il y avoit au XV.
Siecle , sous les Regnes de Charles VI . et
Charles VII. tout proche de ce Village ,
un clos de vigne, dont Jean de Montreuil ,
Prevôt de l'Isle , parle dans la Description
qu'il fit alors de l'Abbaye de Chaalis
et de son Voisinage. Il dit qu'à un
trait de ce Monastere étoit une vigne
qui produisoit un vin auquel il n'auroit
pas préferé celui de Beaune : Ad tractum
balista vinea situatur vinum ferens cui non
præferrem merum Sancti - Gengulfi ant Belnense.
Preuve mémorable que ce n'est
pas la roideur d'une côte qui fait d'ellemême
le bon vin , comme le croyent
ceux qui aiment à se tromper , et à trom-
D iiij per
1916 MERCURE DE FRANCE
per les autres. Cette Vigne étoit en Pays
out plat , et si bien Pays plat , qu'on en
a fait un Pré au Siécle dernier , parce que
la Vigne étoit trop souvent afligée du
froid dans les mois d'Avril et de May.
Je suis & c .
du Mercure le 28. du mois de Juillet
1731. sur le Couvreurdu Village de Baron.
Ous ne désaprouverez point , Mes-
Vsieurs,quan point,de se sieurs , qu'on vous avertisse de ce
qui paroît de défectueux dans les Narrations
qui sont imprimées dans vôtre
Journal . Comme je fais profession
de dire la verité , je vais vous faire
une observation , qui quoyque bagatelle
A OUST. 1731. 1913
telle ou minutie , peut avoir cependant
son utilité. C'est que souvent lorsque
vous rapportés quelque Evenement extraordinaire
arrivé en certains Lieux ,
d'aprés les Lettres qu'on vous écrit , on
ne met point les Lecteurs au fait de ces
Hieux-là . On ne sçait quelquefois où ils
sont situés , ni où les prendre. Ce seront
des Bourgs ou des Villages d'un nom
fort commun , et en ce cas où les chercher
si la Province ou le Diocèse n'est pas
nommé ?
Ce qui m'a déterminé à vous écrire
là- dessus , est l'équivoque qui se trouve
au commencement de la Relation du fait
singulier arrivé à Senlis dans le 2º. Volume
du Mercure de Juin. Un Couvreur
de Baron est un langage qu'on ne peut
pas entendre dans tout le Royaume ,
comme on feroit aux environs de Senlis :
aussi ne l'avez - vous pas peut-être bien
compris vous mêmes , et c'est pour cela
que vous l'avés imprimé en Italique.
Quand le Senlisien qui vous écrit se seroit
exprimé ainsi un Couvreur du Village
de Baron , proche Senlis ; il n'en auroit
été que plus exact et plus intelligible Pour
moy qui suis éloigné de Senlis de plus de
quarante lieües , jjee nn''yy aaii point été trompé
, parce que je connois un peu le voisi-
D iij nage
1914 MERCURE DE FRANCE
nage de cette Ville , et je sçai que Ba❤
ron est un Village situé vis- à- vis et tout
proche la celebre Abbaye de Chaalis ou
j'ai été quelquefois ; le tout à deux lieües
de Senlis.
pas
ry
Le Couvreur en question est un homme
tel qu'il l'auroit fallu à Bourges il y
a quarante ans , lorsque le feu prit au
Coq du Clocher de la Sainte Chapelle.
De l'humeur dont il se montre , il ne se
seroit pas fait tirer l'oreille , et n'auroit
marchandé pour aller l'éteindre , et
par là il auroit empêché la charpante de
PEglise , et le Chateau des Ducs de Berd'être
brûlés. Si ce Couvreur Senlisien
eût été informé de ce que les anciens
faisoient placer sous les Cocqs des Clothers
, un homme intrépide comme lui
auroit peut- être en la curiosité d'y regarder
, et sans beaucoup de ceremonies ,
il auroit peut être fait une Ttanslation
de Reliques de haut en bas. Je sçai des
gens de sa profession qui ont des Reliques
dans leur famille , lesquelles procedent
de pareilles trouvailles faites au milieu
des airs , et même avec les Procèsverbaux.
Qu'une autre fois donc le Sonneur
de Senlis se garde bien de confier
à un tel grimpeur la clef de ses Clochers.
On lit dans la vie de S. Dunstan
Archevêque
A O UST. 1731. 1915
'Archevêque de Cantorbery, qu'étant jeune
écolier il fut atteint d'une fiévre dont
la chaleur, excessive le porta à grimper
રે peu prés de même sur les couvertures
de l'Eglise , et qu'il en descendit sans se
blesser aucunement,de même qu'il y étoit
monté. Mais le cas semble ici fort different.
Si vous voulez qu'à l'occasion du Cou
vreur de Baron , proche Senlis , je vous
renvoye à un texte qui doit rendre ce
Village fameux , je vous citerai le second
volume de la grande Collection des Peres
Martene et Durand , Benedictins , page
1389. Vous y lirez qu'il y avoit au XV.
Siecle , sous les Regnes de Charles VI . et
Charles VII. tout proche de ce Village ,
un clos de vigne, dont Jean de Montreuil ,
Prevôt de l'Isle , parle dans la Description
qu'il fit alors de l'Abbaye de Chaalis
et de son Voisinage. Il dit qu'à un
trait de ce Monastere étoit une vigne
qui produisoit un vin auquel il n'auroit
pas préferé celui de Beaune : Ad tractum
balista vinea situatur vinum ferens cui non
præferrem merum Sancti - Gengulfi ant Belnense.
Preuve mémorable que ce n'est
pas la roideur d'une côte qui fait d'ellemême
le bon vin , comme le croyent
ceux qui aiment à se tromper , et à trom-
D iiij per
1916 MERCURE DE FRANCE
per les autres. Cette Vigne étoit en Pays
out plat , et si bien Pays plat , qu'on en
a fait un Pré au Siécle dernier , parce que
la Vigne étoit trop souvent afligée du
froid dans les mois d'Avril et de May.
Je suis & c .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 28. du mois de Juillet 1731. sur le Couvreur du Village de Baron.
En juillet 1731, un auteur écrit au Mercure pour signaler une imprécision dans une narration publiée dans le journal. Il insiste sur l'importance d'inclure des informations précises sur les lieux mentionnés, notamment les provinces ou diocèses, afin d'éviter toute confusion. L'auteur prend l'exemple d'un couvreur du village de Baron, près de Senlis, mentionné dans le volume de juin du Mercure. Il explique que cette localisation n'est pas claire pour les lecteurs éloignés de Senlis et propose d'ajouter des précisions géographiques pour plus de clarté. L'auteur compare également le couvreur de Baron à un homme qui aurait pu empêcher un incendie à Bourges quarante ans plus tôt. Il mentionne des anecdotes sur des couvreurs ayant trouvé des reliques et des récits historiques, comme celui de Saint Dunstan. Enfin, il cite une description du XVe siècle d'une vigne près de Baron, mentionnée par Jean de Montreuil, prévôt de l'Isle, pour illustrer la qualité du vin produit dans cette région.
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