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Liste
1
p. 72-76
Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Début :
Je croy qu'en parlant des Divertissemens publics, je pourois [...]
Mots clefs :
Divertissement publics, Aventures, Bals, Cape, Carnaval, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Je croy qu’en parlant des
Divertiflemens publics, je
pourois dire quelque chofe
des Avantures que le hazard y a fait quelquefois
naiftre : mais comme je
n’ay parlé que de très-peu
de Bals, je me contenteray
de dire que le loir de Carefme-prenant M.le Marquis d’Eftrades étant déguifé avec une Cappe ( la plupart des Hommes s’eftant
ainfi mafquez ce Carnaval)
eut une avanture toute diférence de celles où la Galanterie
G A L A N T . 7$
lanterie a la meilleure parc.
Ce Marquis eftant entré
pour attendre un de Tes
Amis dans une Aflemblée
qui ne pouvoir attirer le
monde que par le bruit des
Violons, il y fut infulcé par
quelques Gens inconnus,
qui fe dirent apres Officiers d’un Régiment d’infanterie. Comme ilfe trouvoit feul & fans armes, il
leur parla d'abord fort honneftement ; ilsne laiflerent
pas de continuer à le pouffer de forte, qu’il fut obligé
de fe faire connoiftre à
74 LE M ERCURE
un jeune Cavalier nommé
M. de Malou , l ’un des
Ecuyers de Madame la
Princefle de Carignan, qui
eftoic dans cette AfTembléeavecM .leChevalierde
Carignan, & deux Dames.
Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut
aufïitoft à fon fecours-, &c
s’eftant d’abord faifi del’Epée de celuy qui le prefloit
davantage, il le poufla fi
vigoureufemenr, qu'il l’obligea furie champ à faire
fatisfaéHon de l’infiilre qu’il
avoir faite à laveue de plu-
G A L A N T . 7;
fleurs de (es Camarades,
qui furent furpris delahardiefle & de la vigueur de ce
jeune Gentilhomme* mais
comme il fut obligé de fuivre les Dames & le jeune
Prince qu’il accompagnoir,
& qu’il vit bien que s’il laiffoit le Marquis d ’Eftrades,
il feroit en danger quand
ilferoit feul, fans armes, &
fans perfonne qui le connut, il l’obligea à fortir avec
luy, & à attendre fonAmy
dans fon Carroffe; à quoy
il eut beaucoup de peine à
fe refoudre, parce qu’il pa-
76 LE MERCURE
roifloitqu il y eut de la foiblé fie : mais M.de Malou
l'emporta par fes prières,
& par fes raiforts, qui luy
firent voir une neceflué
abfoluë d’en ufèrainly
Divertiflemens publics, je
pourois dire quelque chofe
des Avantures que le hazard y a fait quelquefois
naiftre : mais comme je
n’ay parlé que de très-peu
de Bals, je me contenteray
de dire que le loir de Carefme-prenant M.le Marquis d’Eftrades étant déguifé avec une Cappe ( la plupart des Hommes s’eftant
ainfi mafquez ce Carnaval)
eut une avanture toute diférence de celles où la Galanterie
G A L A N T . 7$
lanterie a la meilleure parc.
Ce Marquis eftant entré
pour attendre un de Tes
Amis dans une Aflemblée
qui ne pouvoir attirer le
monde que par le bruit des
Violons, il y fut infulcé par
quelques Gens inconnus,
qui fe dirent apres Officiers d’un Régiment d’infanterie. Comme ilfe trouvoit feul & fans armes, il
leur parla d'abord fort honneftement ; ilsne laiflerent
pas de continuer à le pouffer de forte, qu’il fut obligé
de fe faire connoiftre à
74 LE M ERCURE
un jeune Cavalier nommé
M. de Malou , l ’un des
Ecuyers de Madame la
Princefle de Carignan, qui
eftoic dans cette AfTembléeavecM .leChevalierde
Carignan, & deux Dames.
Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut
aufïitoft à fon fecours-, &c
s’eftant d’abord faifi del’Epée de celuy qui le prefloit
davantage, il le poufla fi
vigoureufemenr, qu'il l’obligea furie champ à faire
fatisfaéHon de l’infiilre qu’il
avoir faite à laveue de plu-
G A L A N T . 7;
fleurs de (es Camarades,
qui furent furpris delahardiefle & de la vigueur de ce
jeune Gentilhomme* mais
comme il fut obligé de fuivre les Dames & le jeune
Prince qu’il accompagnoir,
& qu’il vit bien que s’il laiffoit le Marquis d ’Eftrades,
il feroit en danger quand
ilferoit feul, fans armes, &
fans perfonne qui le connut, il l’obligea à fortir avec
luy, & à attendre fonAmy
dans fon Carroffe; à quoy
il eut beaucoup de peine à
fe refoudre, parce qu’il pa-
76 LE MERCURE
roifloitqu il y eut de la foiblé fie : mais M.de Malou
l'emporta par fes prières,
& par fes raiforts, qui luy
firent voir une neceflué
abfoluë d’en ufèrainly
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Résumé : Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Lors d'un bal masqué, le marquis d'Estrades, déguisé en loir, est insulté par des individus se prétendant officiers d'un régiment d'infanterie. Ne portant pas d'armes, il tente de se défendre verbalement. M. de Malou, un écuyer de Madame la Princesse de Carignan, intervient avec le chevalier de Carignan et deux dames. M. de Malou désarme l'un des agresseurs et obtient des excuses publiques. Cependant, il doit quitter les lieux avec les dames et le jeune prince qu'il accompagne, laissant le marquis d'Estrades seul. M. de Malou persuade finalement le marquis de quitter l'assemblée pour éviter tout danger supplémentaire.
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2
p. 230-231
Divertissemens du Carnaval, [titre d'après la table]
Début :
Je viens aux divertissemens du Carnaval. On a commencé le [...]
Mots clefs :
Divertissements, Carnaval, Versailles, Opéra, Représentations, Pièces
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texteReconnaissance textuelle : Divertissemens du Carnaval, [titre d'après la table]
le viens aux divertiffemens du
Carnaval . On a commencé le
dix - huitiéme lanvier à reprefenter
à Versailles l'Opera de Roland
, & l'on a continué d'en
donner des Repreſentations
une
fois chaque Semaine . La Pièce
eft de Monfieur Quinaut , Auditeur
des Comptes , & la мufique
de Monfieur de Lully , Surintendant
de la muſique de la ChamGALANT.
231
bre du Roy ; ces deux Meffieurs
ont ſi ſouvent travaillé à ces fortes
de Divertiffemens , que tout
Paris eft perfuadé de leur fçavoir
faire. Outre ce Divertiffement,
il y en a eû plufieurs autres à la
Cour, où l'on a pris deux ou trois
fois la Semaine celuy de la Comedie.
Il y a eu auffi Appartement
& plufieurs Mafcarades ,
fçavoir une grande chaque Semaine
, & plufieurs petites ; &
comme elles doivent continuer
le refte du Carnaval , je ne vous
en diray rien aujourd'huy , afin
de vous parler de toutes enfemble
au mois prochain .
Carnaval . On a commencé le
dix - huitiéme lanvier à reprefenter
à Versailles l'Opera de Roland
, & l'on a continué d'en
donner des Repreſentations
une
fois chaque Semaine . La Pièce
eft de Monfieur Quinaut , Auditeur
des Comptes , & la мufique
de Monfieur de Lully , Surintendant
de la muſique de la ChamGALANT.
231
bre du Roy ; ces deux Meffieurs
ont ſi ſouvent travaillé à ces fortes
de Divertiffemens , que tout
Paris eft perfuadé de leur fçavoir
faire. Outre ce Divertiffement,
il y en a eû plufieurs autres à la
Cour, où l'on a pris deux ou trois
fois la Semaine celuy de la Comedie.
Il y a eu auffi Appartement
& plufieurs Mafcarades ,
fçavoir une grande chaque Semaine
, & plufieurs petites ; &
comme elles doivent continuer
le refte du Carnaval , je ne vous
en diray rien aujourd'huy , afin
de vous parler de toutes enfemble
au mois prochain .
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Résumé : Divertissemens du Carnaval, [titre d'après la table]
En janvier, le Carnaval à Versailles inclut l'opéra 'Roland' de Quinaut et la musique de Lully, représenté chaque semaine à partir du 18 janvier. La Cour organise aussi des comédies, des appartements et des mascarades, avec une grande mascarade hebdomadaire. Ces divertissements se poursuivent jusqu'à la fin du Carnaval.
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3
p. 263-265
V.
Début :
Pendant ce dernier Carnaval, [...]
Mots clefs :
Carnaval, Déguisement, Divertissement, Dieu, Lanterne, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : V.
V.
PEndan Endant ce dernier Carnaval,
Il prit envie aux Dieux d'aller courir le
Bai,
Déguifez (cela vafans dire)
"
264
Extraordinaire-
Mais déguifez tous fi grotesquement,
Qu'eux- mefmes du déguisement:
Ne purent s'empefcher de rire.
A
Jupiter eftoit en Bourgeois ,
Avec un Habit noir, un Collet à Dentelle;
Momus eftoit enVillageois,
Et. Phébus en Joueur de Vielle;
N'estoient - ils pas bien déguiſez tous
trois?
Jupiter voulut que
Mercure
Fuft de ce Divertiſſement.
On l'avertit, il s'en vint promptement:
Il cherchoit un Habillement,
Quand Momus avec luy dit qu'il feroit
gageure,
Que malgré fon déguisement
On le reconnoiftroit , rien qu'à voirfon
allure.
Vous vous trompez, luy dit ce Dieu ga--
lant;
Vous leverrez dans un moment.
Ilretournafon Pourpoint de peliffe,
Il
du Mercure Galant. 265
Il mit un Bonnet de Dragon;
Ilprit la Culotte d'un Suife,
Qui luy venoit jufqu'au talon;
'D'Encre ilfe barbouilla tout le bas du
vifage,
Son Bonnet cachoit tout le haut,
Ilportoit la Lanterne, ou le Flambeau
plûtoft.
C'eftoit- là toutfon Equipage,
Et c'eftoit autant qu'il enfaut
Pourne fe pas faire connoiftre.
Par tout les Dieux furent reçûs,
Partout ils furent reconnus,
Mercurefeul ne le put jamais eftre.
Le Rival du Charbonnier
de Rheims .
PEndan Endant ce dernier Carnaval,
Il prit envie aux Dieux d'aller courir le
Bai,
Déguifez (cela vafans dire)
"
264
Extraordinaire-
Mais déguifez tous fi grotesquement,
Qu'eux- mefmes du déguisement:
Ne purent s'empefcher de rire.
A
Jupiter eftoit en Bourgeois ,
Avec un Habit noir, un Collet à Dentelle;
Momus eftoit enVillageois,
Et. Phébus en Joueur de Vielle;
N'estoient - ils pas bien déguiſez tous
trois?
Jupiter voulut que
Mercure
Fuft de ce Divertiſſement.
On l'avertit, il s'en vint promptement:
Il cherchoit un Habillement,
Quand Momus avec luy dit qu'il feroit
gageure,
Que malgré fon déguisement
On le reconnoiftroit , rien qu'à voirfon
allure.
Vous vous trompez, luy dit ce Dieu ga--
lant;
Vous leverrez dans un moment.
Ilretournafon Pourpoint de peliffe,
Il
du Mercure Galant. 265
Il mit un Bonnet de Dragon;
Ilprit la Culotte d'un Suife,
Qui luy venoit jufqu'au talon;
'D'Encre ilfe barbouilla tout le bas du
vifage,
Son Bonnet cachoit tout le haut,
Ilportoit la Lanterne, ou le Flambeau
plûtoft.
C'eftoit- là toutfon Equipage,
Et c'eftoit autant qu'il enfaut
Pourne fe pas faire connoiftre.
Par tout les Dieux furent reçûs,
Partout ils furent reconnus,
Mercurefeul ne le put jamais eftre.
Le Rival du Charbonnier
de Rheims .
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Résumé : V.
Lors du dernier Carnaval, les Dieux décidèrent de se déguiser de manière grotesque pour participer au bal. Jupiter se déguisa en bourgeois avec un habit noir et un col à dentelle, Momus en villageois, et Phébus en joueur de vielle. Jupiter invita Mercure à se joindre à eux, mais Momus paria que Mercure serait reconnu malgré son déguisement. Mercure accepta le défi et se déguisa avec un pourpoint de pelisse, un bonnet de dragon, une culotte de suisse, et se barbouilla le visage d'encre. Il porta également une lanterne. Tous les autres Dieux furent reconnus, sauf Mercure, qui parvint à rester méconnaissable.
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4
p. 202-227
Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à l'Article que je vous ay promis du Carnaval [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mademoiselle , Marquis, Avocat, Mascarade, Duc de Bourbon, Carnaval, Habits, Cour, Prince, Trompettes, Timbales, Course, Comte, Divertissement, Quadrille, Opéra, Bal, Comédie, Madame la Dauphine, Déguisements, Richesse, Mademoiselle , Armes, Cortège, Couleur, Foire
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texteReconnaissance textuelle : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Je viens à l'Article que je
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
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Résumé : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements de la cour pendant les mois de janvier et février, marqués par une série de mascarades et de spectacles. Chaque semaine, l'opéra de Roland était représenté, alternant avec des bals, des comédies et des opéras. La cour a participé à sept mascarades, brièvement interrompues par la mort du roi d'Angleterre. Le Dauphin a changé plusieurs fois d'habits lors de chaque mascarade, se déguisant notamment en docteur, en Flamande et en opérateur. Le Duc de Bourbon et Mademoiselle de Bourbon ont également participé avec des déguisements variés, tels que des habits de magicienne, de seigneur hongrois et de païfane. Les thèmes des mascarades incluaient la troupe italienne, les perroquets et les petits vieillards. Le Duc du Maine a impressionné avec une mascarade de petits vieillards et vieilles. Ces événements étaient caractérisés par une grande magnificence et inventivité dans les déguisements. Le Carnaval s'est conclu par une course de têtes, un spectacle équestre où le Dauphin et d'autres nobles ont participé, déguisés en personnages célèbres. Cette course a été suivie par une représentation de l'opéra d'Amadis à Versailles. D'autres divertissements incluaient une mascarade de Suisses et une représentation de la foire de Saint-Germain chez Madame de Montespan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 307-308
Divertissemens, [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous dis rien de la maniere dont on a passé le [...]
Mots clefs :
Carnaval, Paris, Divertissements, Bals, Masques, Dames
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divertissemens, [titre d'après la table]
Je ne vous dis rien de la .
manière dont on a paffé le
Carnaval à Paris. C'eft une
deſcription que l'on auroit
peine à faire . Only a pris tous
les Divertiffemens
qui fe peu ·
vent prendre dans une Ville,
où les Plaifirs fe trouvent en
abondance . Il y a eu force:
Bals , & force Mafques , &:
entr'autres Affemblées , celle :
quiſe fit en ce temps -là chez
Cc. ij
3c8 MERCURE
M' le Marquis de Pommereuil
, Maréchal de Camp, &
Gouverneur de Douay , eft
tres remarquable ; il donna
un fort grand Bal , où étoient
quantité de Dames , de la
premiere qualité. Il fut fuivy
d'une Collation des plus magnifiques
.
manière dont on a paffé le
Carnaval à Paris. C'eft une
deſcription que l'on auroit
peine à faire . Only a pris tous
les Divertiffemens
qui fe peu ·
vent prendre dans une Ville,
où les Plaifirs fe trouvent en
abondance . Il y a eu force:
Bals , & force Mafques , &:
entr'autres Affemblées , celle :
quiſe fit en ce temps -là chez
Cc. ij
3c8 MERCURE
M' le Marquis de Pommereuil
, Maréchal de Camp, &
Gouverneur de Douay , eft
tres remarquable ; il donna
un fort grand Bal , où étoient
quantité de Dames , de la
premiere qualité. Il fut fuivy
d'une Collation des plus magnifiques
.
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Résumé : Divertissemens, [titre d'après la table]
Le texte relate les festivités du Carnaval à Paris, avec divers divertissements. Plusieurs bals et mascarades ont eu lieu, dont un grand bal chez le Marquis de Pommereuil, Maréchal de Camp et Gouverneur de Douay. Cet événement a réuni de nombreuses dames de haute qualité, suivi d'une collation somptueuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 256-272
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
On m'a conté une chose fort particuliere, arrivée icy sur [...]
Mots clefs :
Carnaval, Déguisements, Cavalier, Dame, Filles, Richesse, Honnêteté, Soeurs, Coeur, Charme, Belle, Correspondance, Mariage, Passion, Comédie, Galanterie, Bal, Assemblée, Amour, Divertissement, Amants, Hasard, Masques, Attaque, Diamant, Bourse, Mémoire, Jugement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
On m'a conté une choſe
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
À Paris, à la fin du Carnaval, un cavalier provincial rencontre une dame spirituelle et ses deux filles. Il développe une attirance pour l'aînée, et leurs sentiments sont réciproques. Ensemble, ils participent à divers divertissements, dont un bal masqué. Lors de cet événement, une méprise survient : un homme distingué de la robe et sa famille se retrouvent impliqués avec le cavalier et les trois femmes. Cette confusion les amène à quitter le bal ensemble, mais ils sont ensuite attaqués par des voleurs qui les dépossèdent de leurs biens. De retour chez eux, l'homme de robe accuse le cavalier de complicité dans l'attaque. En parallèle, le cavalier, blessé par la mère de la jeune femme, la soupçonne de complicité avec les voleurs. Ces accusations mutuelles conduisent les deux parties à engager des poursuites judiciaires l'une contre l'autre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 381-382
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye, est de Mr. d'Aubicourt. / Parmi les jeux divers que le Sage critique, [...]
Mots clefs :
Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , eft de Mr. d'Aubicourt.
ENIGM E.
Parmi les jeux divers que le Sage
critique ,
Je celebre la Troupe étique
De mes propres freres puifnez:
Al'abftinence condamnez.
$
Si la Loy les define à faire penitence
L'ufage veut que
l'abondance
La bonne chere & les feftins
Mefaffent braver les deftins.
382 MERCURE
$
Que des Rats aujourd'huy , di
foit jadis ce Sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il femble que le fens commun
Soit la Ratiere de chacun .
Sន ··
Le Rat du Sage étoit de les vouloir
détruire
·Dans un temps qui doit les prodaire
,
Et tu fçauras , Lecteur , en apprenant
mon nom ,
Si la chofe eft facile ou non.
vous envoye , eft de Mr. d'Aubicourt.
ENIGM E.
Parmi les jeux divers que le Sage
critique ,
Je celebre la Troupe étique
De mes propres freres puifnez:
Al'abftinence condamnez.
$
Si la Loy les define à faire penitence
L'ufage veut que
l'abondance
La bonne chere & les feftins
Mefaffent braver les deftins.
382 MERCURE
$
Que des Rats aujourd'huy , di
foit jadis ce Sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il femble que le fens commun
Soit la Ratiere de chacun .
Sន ··
Le Rat du Sage étoit de les vouloir
détruire
·Dans un temps qui doit les prodaire
,
Et tu fçauras , Lecteur , en apprenant
mon nom ,
Si la chofe eft facile ou non.
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8
p. 115-117
Fondation faite à Lyon pour des Prieres pendant les trois derniers jours du Carnaval, [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, que suivant un usage tres-ancien, on expose [...]
Mots clefs :
Carnaval, Lyon, Fondation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fondation faite à Lyon pour des Prieres pendant les trois derniers jours du Carnaval, [titre d'après la table]
Vous fçauez , que fuivant
un ufage tres ancien , on expofe tous les ans à Paris le S.
Sacrement pendant les trois
derniers jours du Carnaval ,
afin que pendant que les débau
ches de la faifon y regnent ,
faffe de continuelles Prieres
pour arrefter la colere de
Dieu ; c'est ce qui vient apparament de donner lieu à Me.
Pérrichon , un des plus confiKij
116 MERURE
>
derables Citoyens de Lyon ;
d'y faire une Fondation dans
l'Hôpital de la Charité , qui
fera beaucoup d'honneur à
fa Memoire. Il luy adonné un
fond pour faire chanter tous
les ans pendant les trois jours
du Carnaval une grande
Meffe avec Diacre , & SousDiacre , & qui doit cftre precédéc par une Priere en forme
de Sermon le matin. Il doit
y avoit l'aprés- dînée les Vefpres en Mufique ; il y aura
auffi Salut , & le Sermon qui
fera toujours fait par les plus
habiles Predicateurs. Les trois
GALANT 17
$
Prédicateurs qui ont ouvert
cette année la Fondation
font le Pere Epiphane de Lyon,
Provincial des Recolets , qui
fir l'Eloge en Chaire de Mr
Perrichon , qui fut fort
applaudi ; Mr Brunet , Chanoine Regulier de Saint Au
guftin de la Congregation de
Saint Ruf , qui prêche le Ca
refme à Sainte Croix , & le
Pere LombardJefuite.
un ufage tres ancien , on expofe tous les ans à Paris le S.
Sacrement pendant les trois
derniers jours du Carnaval ,
afin que pendant que les débau
ches de la faifon y regnent ,
faffe de continuelles Prieres
pour arrefter la colere de
Dieu ; c'est ce qui vient apparament de donner lieu à Me.
Pérrichon , un des plus confiKij
116 MERURE
>
derables Citoyens de Lyon ;
d'y faire une Fondation dans
l'Hôpital de la Charité , qui
fera beaucoup d'honneur à
fa Memoire. Il luy adonné un
fond pour faire chanter tous
les ans pendant les trois jours
du Carnaval une grande
Meffe avec Diacre , & SousDiacre , & qui doit cftre precédéc par une Priere en forme
de Sermon le matin. Il doit
y avoit l'aprés- dînée les Vefpres en Mufique ; il y aura
auffi Salut , & le Sermon qui
fera toujours fait par les plus
habiles Predicateurs. Les trois
GALANT 17
$
Prédicateurs qui ont ouvert
cette année la Fondation
font le Pere Epiphane de Lyon,
Provincial des Recolets , qui
fir l'Eloge en Chaire de Mr
Perrichon , qui fut fort
applaudi ; Mr Brunet , Chanoine Regulier de Saint Au
guftin de la Congregation de
Saint Ruf , qui prêche le Ca
refme à Sainte Croix , & le
Pere LombardJefuite.
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Résumé : Fondation faite à Lyon pour des Prieres pendant les trois derniers jours du Carnaval, [titre d'après la table]
À Paris, une ancienne tradition consiste à exposer le Saint-Sacrement les trois derniers jours du Carême pour prier et apaiser la colère divine après les excès du Carnaval. Inspiré par cette pratique, M. Pérrichon, un citoyen lyonnais respecté, a fondé une célébration annuelle à l'Hôpital de la Charité de Lyon. Cette célébration inclut une grande messe avec diacre et sous-diacre, précédée d'un sermon matinal. L'après-midi, des vêpres musicales, un salut et un autre sermon sont organisés, tous prononcés par des prédicateurs compétents. Cette année, les prédicateurs ayant ouvert la fondation sont le Père Épiphane de Lyon, provincial des Recolets, M. Brunet, chanoine régulier de Saint Augustin, et le Père Lombard, jésuite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 217-xi
AVANTURE du Carnaval dernier.
Début :
Plusieurs personnes d'une mesme famille s'estoient assemblées pour [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Carnaval, Cavalier, Mariage, Fidélité, Infidélité, Mère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE du Carnaval dernier.
AVANTURE
du Carnaval dernier.
Plufieurs
perfonnes
d'une mefme famille s'eftoient
affemblées pour
parler d'un mariage : la
fille dont il s'agilloit y
vint avec fa mere ; elle
eftoit habillée fort negligemment,
& cependant
elle fçavoit que le Cavalier
à qui on la deſtinoit
devoit venir fouper auffi
Fevrier 1711.
T
218 MERCURE
dans cette maiſon . On
s'eftonna de ce qu'elle ne
s'eftoit point parée , elle
dit pour les raifons qu'el
le s'eftoit rencontrée la
veille par hazard dans
une compagnie , ou cẹ
Cavalier n'avoit fait nulle
attention fur elle , &
elle qu'apparemment
n'eftoit point faite de ma
niere à luy donner de l'amour
, qu'elle taſcheroit
du moins de fe faire efti
mer de luy par fa modeCALANT.
219
ftie. On ne trouva pas
fa raifon autrement
bonne,
mais elle en avoitune
meilleure
qu'elle ne di
foit pas ; c'eftoit la perfonne
du monde qui
avoit le plus d'efprit &
de raifon , comme vous
le verrez dans la fuite,
Le Cavalier qu'on attendoit
, arriva ; c'eſtoit
un jeune homme trésaimable,
mais d'unefranchife
outrée. Il difoit tout
ce qu'il penfoit , mais il
Tij
210 MERCURE
ne difoit rien de mal à
propos , car il eſtoit tresgalant
homme , & avoit
beaucoup d'efprit, La
premiere chofe qu'il fit
en entrant ce fut de s'adreffer
à la mere , & de
luy dire qu'il venoit de
fon logis pour luy rendre
fes devoirs ; qu'il
n'avoit appris que lematin
le mariage où fon
pere vouloit l'engager.
Si j'avois fçu hier , ditil
, en faluant la fille
GALANT. 22zz I
que vous eftiez celle avec
qui je dois paffer ma
T
vie, je vouseufle prié de
me dire franchement ,
fi dans un mariage
que nos parents font
fimplement par intereſt
de famille , vous obéiffez
aufli volontiers à
voftre mere , que j'obeïs
à mon pere ; car fi cette
alliance vous faifoit la
- moindre peine , rien ne
pourroit m'y contraindre
; il faut parler fran-
T
iij
222 MERCURE
chement dans ces occa
fions. La mere prit aufſitoft
la parole , & protefta
au Cavalier que fa
fille luy obéiffoit de trésbon
coeur.Mais Mr continua-
t'elle , en le tirant
en particulier , je vous
prie deme dire avec votre
fincerité naturelle, fi
ma fille eft de voſtre
gouft . Je vois qu'on fert
le fouper , dit- il tout
haut , je m'expliqueray
au fruit , mettons- nous
GALANT. 223
&
ne
a table. On s'y mit , &
pendant tout le repas on
ne parla que de la fingularité
d'un mariage fi
brufquement réfolu La
fille ne difoit mot ,
regardoit que rarement
le Cavalier , quoyqu'elle
T'aima déja mais elle
avoit fon deffein.
Elle n'eftoit ny belle
ny laide , & mefme elle
avoit une de ces phifionomies
qui ne plaiſent
que lorsqu'on y eft ac-
Tij
224 MERCURE
couftumé. On fut longtemps
à table , le fruit
vint , les Valets furent
congediez , & la mere
fomma le Cavalier de
luy tenir parole . Il avoit
promis de parler franchement
, il le fit , &
avec toute la politeffe
imaginable il luy dit
que fon coeur n'eftoit
point touché pour la fille ,
mais il luy protefta qu'elle
pouvoit compter fur
tous les bons procedez
GALANT . 2: 5
quepourroit avoir le mary
le plus tendre. On .
plaiſanta
fort fur cette
nouvelle maniere de faire
une déclaration
d'amour
; enfin on fe fepara,
& la mere en retournant
chez eile , fit de
grands reproches à fa fille
, de ce qu'elle n'avoit
pas faitparoiftre le moindre
efprit à table. Je l'ay
fait exprés , luy dit la fille
, pour taſcher de me
-faire aimer..
226 MERCURE
La mère ne comprit
rien à ce Paradoxe, mais
cette prudente fille luy
expliquafibien le deffein
qu'elle avoit, que la mere
promit d'aider à l'executer
, c'eft ce que vous
allez voir dans la fuite.
Le lendemain le Ca-
, parce
valier rendit vifite àcelle
qu'il n'aimoit point &
qu'il eftimoit
qu'on l'avoit affuréqu'elle
eftoit eſtimable: Aprés
quelques moments de fi
GALANT. 227
lence , elle luy dit d'un
air à ne luy pas donner
grande idée de fon efprit,
que ne contant point ſur
fa tendreffe , elle luy demandoit
au moins une
preuve exceffive de fon
eftime ; c'eſtoit qu'il la
fit fa confidente , en cas
que dans la fuite il eut
de l'inclination pour
quelqué autre.Cette propofition
lui parut ridicule
& leconfirma dans l'opinion
que fa Maiſtreffe
228 MERCURE
"
eftoit un trés-petit genie
Il luy répondit qu'il ne
fe croyoit pas d'un caratere
a devenir fort fenfible
, mais qu'en cas
qu'il le devint jamais , il
fçauroit eftouffer une
paſſion par raiſon , & fe
la cacher à luy - meſme
pluftoft que d'en faire
confidence à fa femme.
Elle luy dit qu'elle vouloit
dans fon coeur au
moins la place d'un
bon amy . Ils eurent l'àGALANT.
229
deffus une longue conteftation.
Il refufoit tousjours
de luy promettre
une confidence fi extravagante
; mais elle le
preffa tant , qu'enfin il
luy promit ce qu'elle .
ſouhaittoit , & ce qu'il
avoit une fois promis ,
il le tenoit. Il la quitta
aprés luy avoir dit par
maniere deconverſation :
qu'il iroit ce foir-là au
bal , & qu'il y alloit
prefquc tous les jours.
230 MERCURE
Elle luy dit que pourelle
elle haiffoit le bal , parce
qu'elle ne fçavoit pas af
fez bien danfer.
Dés qu'il fut partielle
envoya chercher un habit
deSultanne, fçachant
qu'il devoit courir ce
foir-là en habit de Ba- ,
cha , & elle avoit niedité
de le fuivre dans tous
les bals où il iroit.
Avec la plus noble &
la plus fine taille du
monde , elle avoit touGALANT.
231
tes les
graces du gefte
,
& danfoit à ravir ; elle
avoit la gorge , le tour
duvifage & les yeux d'une
beauté parfaite , enforte
qu'avec un tréspetit
mafque dont les
yeux eftoient fort ouverts
, c'eftoit la plus
charmante
perfonne
qu'on put voir. Dés
qu'elle parut au bal, elle
yattira
les yeux de tout
lemonde, & fonBacha en
fut ébloui comme les au232
MERCURE
tres . On la prit d'abord
à danfer , elle acheva de
charmer toute l'Affemblée
, & prit pour danfer
le Bacha qui s'avançoit
plus que les autres
pour l'admirer. Aprés
qu'ils eurent danſé enfemble
, ils fe prirent de
converfation . Le Bacha
qui avoitbeaucoup d'ef
prit , fut eftonné de fes
reparties brillantes` , du
tour & de la jufteffe de
fes penfées . Il n'avoit gar
de
GALANT . 233
de de la reconnoiftre. Ilne
l'avoit encore vue ,
comme nous l'avons dit ,
que dans un negligé qui
luy avoit caché fa taille
& fon air. Elle avoit
tousjours affecté une
indolence prefque ébetée
, dont elle avoit voilé
la vivacité de fon efil
comprit.
En un mot ,
mença à l'aimer plus
qu'il ne penfoit , & fe
crut heureux d'appren
dre feulement d'elle ,
Fevrier 1711. V
234 MERCURE
qu'elle devoit courir encore
le bal la nuit fuivantedans
le mefme habit.
Le
lendemain aprés
midy il alla chez elle , il
la trouva
beaucoup plus:
negligée , & auffi indolente
qu'à l'ordinaire
mais dans les chofes,
qu'elle luy difoit , elle .
marquoit
une raiſon fi
folide , un fi bon caractere
d'efprit , & une douceur
fi aimable , qu'ilfe
GALANT. 235
.
confoloit prefque de ne
pas trouver en elle , le
brillant & les charmes
de la Sultanne. Il eftoit
pourtant extrêmement
agité, & il avoit de temps
entemps des diſtractions
qui la charmerent
. Elle
vit bien qu'il eftoit pris..
Ils ne manquerent
pas
de fe rejoindre le foir au
bal , ou une converfation
encor plus vive que celle
de la nuit precedente
,
augmenta fon amour de
V ij ·
236 MERCURE
moitié. Cependant les
réflexions qu'il faifoit
für fon mariage prirent
le deffus , & par un ef
fort de raiſon , il voulut
quitter brufquement la
Sultane. Quoy vous me
fuyez , luy dit-elle d'un
air à le rendre amoureux
s'il ne l'eut pas efté . Il retomba
fur le fiege d'où
il s'eftoit levé , & ne
-put répondre un feul
mot. Je vois bien , luy
dit - elle , que j'ay be
GALANT . 237
foin de tous mes charmes
pour vous arreſter .
Je vais donc me démafquer.
Ah , n'en faites
rien , s'écria-t'il , par un
fecond effort de raiſon ;
que deviendrois-je. H
craignit en effet de s'engager
davantage, & la
quitta dans le moment .
C'eſt peut-eftre la premiere
fois qu'une Maiftreffe
ait efté charmée
devoir fon Amant vaincre
lapaffion qu'il a pour
238 MERCURE
elle . La Sultane voyant
fuir fon Bacha , fut auſſi
contente de faraifon que
de fon amour .
Comme la fincerité
eftoit le caractere dominant
de ce Cavalier
il refolut d'ouvrir fon .
coeur à celle qu'il regardoit
déja comme ſon amie
, & de plus il avoit
promis , il n'avoit garde
d'y manquer. Des qu'il
put luy parler , il luy fit
voir le fondde foncoeur.
GALANT . 239
Elle feignit feulement
autant de jaloufie qu'il
fallait pour luy faire fen
tir qu'elle l'aimoit , &
luy montra enfuite tant
de douceur , & tant de
confiance en la fidelité
qu'il ſe haïfſoit luy-mefme
en ce moment d'avoir
efté capable de luy
faire une demi infidelité.
Elle tâchoit de le confoler,
en louant la conftance
qu'il avoit eu en refufant
de voir la Sultane
240 MERCURE
démafquée , mais elle
luy confeilla pourtant
de la voir s'il pouvoit
s
car , luy difoit-elle, c'eft
le feul moyen de vous
guerir : fans doute elle
eft moins belle fous le
mafque qu'elle ne l'eſt
dans voftre imagination
,
& fi par bonheur pour
vous , elle n'avoit nulle
beauté , vous oubliriez
bientoft fonefprit. Non,
non , luy repliqua-t'il ,
le plus feur eft de l'éviter
,
*
GALANT. ' j
ter, & je vais prier mon
pere de differer noſtre
mariage ; je vous eftime
trop pour me donner
à
vous dans l'eftat où je
fuis . Je veux aller pour
quelques jours à la campagne
ou je diffiperay à
coup leur cette idée.
Non , luy dit-elle , non ,
je vous aideray mieux
que perſonne a oublier
les charmes de la Sultane
, & j'ay tousjours en
tefte que le feul moyen
Fevrier
1711 . a
jj MERCURE
de guerir la paffion que
vous avez pour elle, c'eſt
de vous la taire voir fans
mafque , car quelqu'un
qui la connoift m'en par
la hier. On m'a dit
qu'aux yeux prés , elle
eft d'une laideur à dégouſter
de la taille & de
fon efprit.
Noftre Amant inſiſta
tousjours pour s'abſenter
, mais le pere qui fut
inftruit de tout ce qui s'e
ftoit paffé , força fon fils
GALANT. iij
a terminer dés le lendemain
..
On figna le Contrat ;
on futà l'Eglife , & l'on
revintfouper. Une Mafcarade
avec des violons ,
vint juftement comme
on fortoit de table. La
nouvelle Epoufe qui avoit
feint de fe trouver
mal en foupant , pria for
Epoux de faire les honneurs
de la Mafcarade
pendant
qu'elle iroit ſe
repofer. Elle difparut
,
a ij
iv
MERGURE
& fit une telle
diligence
à reprendre ſon
déguiſement,
qu'ellerentra
dans
la fale où l'on dançoit ,
avec une autre troupe de
Mafques qui parut fuivre
de prés la premiere.
C'eftoit
quelques amis
qu'on avoit priez de venir
danfer pour faciliter
le
dénouement de tout
сесу.
Dés que noftre Epoux
fidele apperçût celle qu'il
craignoit
tant , il voulut
GALANT. V
fuir , mais la mere le retint
, & luy dit qu'elle
avoit exprés fait prier
cette Sultanne qui eftoit
dans un bal du voifinage,
de venirdanfer
chez
ma
elle avec la troupe ;
fille continua
- t'elle
veut abfolument
vous
guérir l'efprit en la faifant
démafquer
, car elle
eft, dit-on, d'une laideur
à furprendre
. Ah ! quand
elle auroit le vifage af
freux , s'écria t'il , elle ne
a iij
wj MERGURE
me guérira point par-la
d'une maudite paffion
que tant d'autres charmes
ont fait naiftre. Je
me la fuis desja
reprefentée
plus hideufe qu'el
le ne peut eftre , & je
n'en fuis pas plus tranquille
.. Ah Madame y
pourquay m'arreftez-
Vousicy .
Pendant qu'il parloit
ainfi , la Sultanne animée
par cette Scene qu'elle
voyoit , redoubloit de
GALANT. vij
vivacité dans fon air &
dans fa danfe . Il détournoit
ſa vûë d'un objet fi
dangereux , mais elle
vint , tout en danfant
paffer malignement ſi
prés de luy , qu'il oublia,
en la voyant , fa raiſon ,
fon devoir , & la prefence
de fa belle-mere ; enfin
la Sultane , en luy
prenant la main , acheva
de le troubler ; il ne fe
poffedoit plus. Sa bellemere
le prit par def
vil MERCURE
fous le bras ; il fe laiffa
ainfi conduire dans un
cabinet , fans fçavoir of
il alloit , & la mere s'y
enferma avec eux.
La Sultane fit alors un
grand foupir , & le faifoit
naturellement , cap
elle craignoit de perdre
en fe démafquant , le
plaifir de voir fonEpoux
fi tendre. Elle l'aimoit
autant qu'il aimoit la
Sultane , fes regards languiffans
fe confondoient
GALANT. ix
avec ceux de cetAmant,
qui ne gardoit plus de
mefures. Ils fe regarderent
quelque temps fans
rien dire , pendant que
la mere tafchoit de donner
à fon Gendre l'idée
de la plus affreuſe laideur
, afin que par ce
contraſte, fa fille démafquée
luy paruft plus aimable,
La tendre Epou-
Le profita le plus longtemps
qu'elle putde l'erreur
de fon Epoux . Elle
MERCURE
ne pouvoit fe refoudre à
finir cette fcene : mais
enfin la mere ofta le
ma que de fa fille.
L'effet étonnant
que
cette furpriſe fit fur nofire
Amant Epoux , eſt
une de ces chofes qu'on
ne peut dépeindre
fans
en diminuer
la force.
Que chacun s'imagine
la
fituation
d'un parfaite
ment honnefte homme
cruellement
agité entre
L'amour
& le devoir
,
GALANT. *
qui eftime infiniment une
perfonne qui en aime
paſſionnement une autre
, & qui trouve tout
réuni dans un feul objet.
A l'égard de la femme
quel charme pour elle ,
d'avoir ſçû faire en fi
peu de temps, un Epoux
paffionné , d'un Amant
indifferent.
du Carnaval dernier.
Plufieurs
perfonnes
d'une mefme famille s'eftoient
affemblées pour
parler d'un mariage : la
fille dont il s'agilloit y
vint avec fa mere ; elle
eftoit habillée fort negligemment,
& cependant
elle fçavoit que le Cavalier
à qui on la deſtinoit
devoit venir fouper auffi
Fevrier 1711.
T
218 MERCURE
dans cette maiſon . On
s'eftonna de ce qu'elle ne
s'eftoit point parée , elle
dit pour les raifons qu'el
le s'eftoit rencontrée la
veille par hazard dans
une compagnie , ou cẹ
Cavalier n'avoit fait nulle
attention fur elle , &
elle qu'apparemment
n'eftoit point faite de ma
niere à luy donner de l'amour
, qu'elle taſcheroit
du moins de fe faire efti
mer de luy par fa modeCALANT.
219
ftie. On ne trouva pas
fa raifon autrement
bonne,
mais elle en avoitune
meilleure
qu'elle ne di
foit pas ; c'eftoit la perfonne
du monde qui
avoit le plus d'efprit &
de raifon , comme vous
le verrez dans la fuite,
Le Cavalier qu'on attendoit
, arriva ; c'eſtoit
un jeune homme trésaimable,
mais d'unefranchife
outrée. Il difoit tout
ce qu'il penfoit , mais il
Tij
210 MERCURE
ne difoit rien de mal à
propos , car il eſtoit tresgalant
homme , & avoit
beaucoup d'efprit, La
premiere chofe qu'il fit
en entrant ce fut de s'adreffer
à la mere , & de
luy dire qu'il venoit de
fon logis pour luy rendre
fes devoirs ; qu'il
n'avoit appris que lematin
le mariage où fon
pere vouloit l'engager.
Si j'avois fçu hier , ditil
, en faluant la fille
GALANT. 22zz I
que vous eftiez celle avec
qui je dois paffer ma
T
vie, je vouseufle prié de
me dire franchement ,
fi dans un mariage
que nos parents font
fimplement par intereſt
de famille , vous obéiffez
aufli volontiers à
voftre mere , que j'obeïs
à mon pere ; car fi cette
alliance vous faifoit la
- moindre peine , rien ne
pourroit m'y contraindre
; il faut parler fran-
T
iij
222 MERCURE
chement dans ces occa
fions. La mere prit aufſitoft
la parole , & protefta
au Cavalier que fa
fille luy obéiffoit de trésbon
coeur.Mais Mr continua-
t'elle , en le tirant
en particulier , je vous
prie deme dire avec votre
fincerité naturelle, fi
ma fille eft de voſtre
gouft . Je vois qu'on fert
le fouper , dit- il tout
haut , je m'expliqueray
au fruit , mettons- nous
GALANT. 223
&
ne
a table. On s'y mit , &
pendant tout le repas on
ne parla que de la fingularité
d'un mariage fi
brufquement réfolu La
fille ne difoit mot ,
regardoit que rarement
le Cavalier , quoyqu'elle
T'aima déja mais elle
avoit fon deffein.
Elle n'eftoit ny belle
ny laide , & mefme elle
avoit une de ces phifionomies
qui ne plaiſent
que lorsqu'on y eft ac-
Tij
224 MERCURE
couftumé. On fut longtemps
à table , le fruit
vint , les Valets furent
congediez , & la mere
fomma le Cavalier de
luy tenir parole . Il avoit
promis de parler franchement
, il le fit , &
avec toute la politeffe
imaginable il luy dit
que fon coeur n'eftoit
point touché pour la fille ,
mais il luy protefta qu'elle
pouvoit compter fur
tous les bons procedez
GALANT . 2: 5
quepourroit avoir le mary
le plus tendre. On .
plaiſanta
fort fur cette
nouvelle maniere de faire
une déclaration
d'amour
; enfin on fe fepara,
& la mere en retournant
chez eile , fit de
grands reproches à fa fille
, de ce qu'elle n'avoit
pas faitparoiftre le moindre
efprit à table. Je l'ay
fait exprés , luy dit la fille
, pour taſcher de me
-faire aimer..
226 MERCURE
La mère ne comprit
rien à ce Paradoxe, mais
cette prudente fille luy
expliquafibien le deffein
qu'elle avoit, que la mere
promit d'aider à l'executer
, c'eft ce que vous
allez voir dans la fuite.
Le lendemain le Ca-
, parce
valier rendit vifite àcelle
qu'il n'aimoit point &
qu'il eftimoit
qu'on l'avoit affuréqu'elle
eftoit eſtimable: Aprés
quelques moments de fi
GALANT. 227
lence , elle luy dit d'un
air à ne luy pas donner
grande idée de fon efprit,
que ne contant point ſur
fa tendreffe , elle luy demandoit
au moins une
preuve exceffive de fon
eftime ; c'eſtoit qu'il la
fit fa confidente , en cas
que dans la fuite il eut
de l'inclination pour
quelqué autre.Cette propofition
lui parut ridicule
& leconfirma dans l'opinion
que fa Maiſtreffe
228 MERCURE
"
eftoit un trés-petit genie
Il luy répondit qu'il ne
fe croyoit pas d'un caratere
a devenir fort fenfible
, mais qu'en cas
qu'il le devint jamais , il
fçauroit eftouffer une
paſſion par raiſon , & fe
la cacher à luy - meſme
pluftoft que d'en faire
confidence à fa femme.
Elle luy dit qu'elle vouloit
dans fon coeur au
moins la place d'un
bon amy . Ils eurent l'àGALANT.
229
deffus une longue conteftation.
Il refufoit tousjours
de luy promettre
une confidence fi extravagante
; mais elle le
preffa tant , qu'enfin il
luy promit ce qu'elle .
ſouhaittoit , & ce qu'il
avoit une fois promis ,
il le tenoit. Il la quitta
aprés luy avoir dit par
maniere deconverſation :
qu'il iroit ce foir-là au
bal , & qu'il y alloit
prefquc tous les jours.
230 MERCURE
Elle luy dit que pourelle
elle haiffoit le bal , parce
qu'elle ne fçavoit pas af
fez bien danfer.
Dés qu'il fut partielle
envoya chercher un habit
deSultanne, fçachant
qu'il devoit courir ce
foir-là en habit de Ba- ,
cha , & elle avoit niedité
de le fuivre dans tous
les bals où il iroit.
Avec la plus noble &
la plus fine taille du
monde , elle avoit touGALANT.
231
tes les
graces du gefte
,
& danfoit à ravir ; elle
avoit la gorge , le tour
duvifage & les yeux d'une
beauté parfaite , enforte
qu'avec un tréspetit
mafque dont les
yeux eftoient fort ouverts
, c'eftoit la plus
charmante
perfonne
qu'on put voir. Dés
qu'elle parut au bal, elle
yattira
les yeux de tout
lemonde, & fonBacha en
fut ébloui comme les au232
MERCURE
tres . On la prit d'abord
à danfer , elle acheva de
charmer toute l'Affemblée
, & prit pour danfer
le Bacha qui s'avançoit
plus que les autres
pour l'admirer. Aprés
qu'ils eurent danſé enfemble
, ils fe prirent de
converfation . Le Bacha
qui avoitbeaucoup d'ef
prit , fut eftonné de fes
reparties brillantes` , du
tour & de la jufteffe de
fes penfées . Il n'avoit gar
de
GALANT . 233
de de la reconnoiftre. Ilne
l'avoit encore vue ,
comme nous l'avons dit ,
que dans un negligé qui
luy avoit caché fa taille
& fon air. Elle avoit
tousjours affecté une
indolence prefque ébetée
, dont elle avoit voilé
la vivacité de fon efil
comprit.
En un mot ,
mença à l'aimer plus
qu'il ne penfoit , & fe
crut heureux d'appren
dre feulement d'elle ,
Fevrier 1711. V
234 MERCURE
qu'elle devoit courir encore
le bal la nuit fuivantedans
le mefme habit.
Le
lendemain aprés
midy il alla chez elle , il
la trouva
beaucoup plus:
negligée , & auffi indolente
qu'à l'ordinaire
mais dans les chofes,
qu'elle luy difoit , elle .
marquoit
une raiſon fi
folide , un fi bon caractere
d'efprit , & une douceur
fi aimable , qu'ilfe
GALANT. 235
.
confoloit prefque de ne
pas trouver en elle , le
brillant & les charmes
de la Sultanne. Il eftoit
pourtant extrêmement
agité, & il avoit de temps
entemps des diſtractions
qui la charmerent
. Elle
vit bien qu'il eftoit pris..
Ils ne manquerent
pas
de fe rejoindre le foir au
bal , ou une converfation
encor plus vive que celle
de la nuit precedente
,
augmenta fon amour de
V ij ·
236 MERCURE
moitié. Cependant les
réflexions qu'il faifoit
für fon mariage prirent
le deffus , & par un ef
fort de raiſon , il voulut
quitter brufquement la
Sultane. Quoy vous me
fuyez , luy dit-elle d'un
air à le rendre amoureux
s'il ne l'eut pas efté . Il retomba
fur le fiege d'où
il s'eftoit levé , & ne
-put répondre un feul
mot. Je vois bien , luy
dit - elle , que j'ay be
GALANT . 237
foin de tous mes charmes
pour vous arreſter .
Je vais donc me démafquer.
Ah , n'en faites
rien , s'écria-t'il , par un
fecond effort de raiſon ;
que deviendrois-je. H
craignit en effet de s'engager
davantage, & la
quitta dans le moment .
C'eſt peut-eftre la premiere
fois qu'une Maiftreffe
ait efté charmée
devoir fon Amant vaincre
lapaffion qu'il a pour
238 MERCURE
elle . La Sultane voyant
fuir fon Bacha , fut auſſi
contente de faraifon que
de fon amour .
Comme la fincerité
eftoit le caractere dominant
de ce Cavalier
il refolut d'ouvrir fon .
coeur à celle qu'il regardoit
déja comme ſon amie
, & de plus il avoit
promis , il n'avoit garde
d'y manquer. Des qu'il
put luy parler , il luy fit
voir le fondde foncoeur.
GALANT . 239
Elle feignit feulement
autant de jaloufie qu'il
fallait pour luy faire fen
tir qu'elle l'aimoit , &
luy montra enfuite tant
de douceur , & tant de
confiance en la fidelité
qu'il ſe haïfſoit luy-mefme
en ce moment d'avoir
efté capable de luy
faire une demi infidelité.
Elle tâchoit de le confoler,
en louant la conftance
qu'il avoit eu en refufant
de voir la Sultane
240 MERCURE
démafquée , mais elle
luy confeilla pourtant
de la voir s'il pouvoit
s
car , luy difoit-elle, c'eft
le feul moyen de vous
guerir : fans doute elle
eft moins belle fous le
mafque qu'elle ne l'eſt
dans voftre imagination
,
& fi par bonheur pour
vous , elle n'avoit nulle
beauté , vous oubliriez
bientoft fonefprit. Non,
non , luy repliqua-t'il ,
le plus feur eft de l'éviter
,
*
GALANT. ' j
ter, & je vais prier mon
pere de differer noſtre
mariage ; je vous eftime
trop pour me donner
à
vous dans l'eftat où je
fuis . Je veux aller pour
quelques jours à la campagne
ou je diffiperay à
coup leur cette idée.
Non , luy dit-elle , non ,
je vous aideray mieux
que perſonne a oublier
les charmes de la Sultane
, & j'ay tousjours en
tefte que le feul moyen
Fevrier
1711 . a
jj MERCURE
de guerir la paffion que
vous avez pour elle, c'eſt
de vous la taire voir fans
mafque , car quelqu'un
qui la connoift m'en par
la hier. On m'a dit
qu'aux yeux prés , elle
eft d'une laideur à dégouſter
de la taille & de
fon efprit.
Noftre Amant inſiſta
tousjours pour s'abſenter
, mais le pere qui fut
inftruit de tout ce qui s'e
ftoit paffé , força fon fils
GALANT. iij
a terminer dés le lendemain
..
On figna le Contrat ;
on futà l'Eglife , & l'on
revintfouper. Une Mafcarade
avec des violons ,
vint juftement comme
on fortoit de table. La
nouvelle Epoufe qui avoit
feint de fe trouver
mal en foupant , pria for
Epoux de faire les honneurs
de la Mafcarade
pendant
qu'elle iroit ſe
repofer. Elle difparut
,
a ij
iv
MERGURE
& fit une telle
diligence
à reprendre ſon
déguiſement,
qu'ellerentra
dans
la fale où l'on dançoit ,
avec une autre troupe de
Mafques qui parut fuivre
de prés la premiere.
C'eftoit
quelques amis
qu'on avoit priez de venir
danfer pour faciliter
le
dénouement de tout
сесу.
Dés que noftre Epoux
fidele apperçût celle qu'il
craignoit
tant , il voulut
GALANT. V
fuir , mais la mere le retint
, & luy dit qu'elle
avoit exprés fait prier
cette Sultanne qui eftoit
dans un bal du voifinage,
de venirdanfer
chez
ma
elle avec la troupe ;
fille continua
- t'elle
veut abfolument
vous
guérir l'efprit en la faifant
démafquer
, car elle
eft, dit-on, d'une laideur
à furprendre
. Ah ! quand
elle auroit le vifage af
freux , s'écria t'il , elle ne
a iij
wj MERGURE
me guérira point par-la
d'une maudite paffion
que tant d'autres charmes
ont fait naiftre. Je
me la fuis desja
reprefentée
plus hideufe qu'el
le ne peut eftre , & je
n'en fuis pas plus tranquille
.. Ah Madame y
pourquay m'arreftez-
Vousicy .
Pendant qu'il parloit
ainfi , la Sultanne animée
par cette Scene qu'elle
voyoit , redoubloit de
GALANT. vij
vivacité dans fon air &
dans fa danfe . Il détournoit
ſa vûë d'un objet fi
dangereux , mais elle
vint , tout en danfant
paffer malignement ſi
prés de luy , qu'il oublia,
en la voyant , fa raiſon ,
fon devoir , & la prefence
de fa belle-mere ; enfin
la Sultane , en luy
prenant la main , acheva
de le troubler ; il ne fe
poffedoit plus. Sa bellemere
le prit par def
vil MERCURE
fous le bras ; il fe laiffa
ainfi conduire dans un
cabinet , fans fçavoir of
il alloit , & la mere s'y
enferma avec eux.
La Sultane fit alors un
grand foupir , & le faifoit
naturellement , cap
elle craignoit de perdre
en fe démafquant , le
plaifir de voir fonEpoux
fi tendre. Elle l'aimoit
autant qu'il aimoit la
Sultane , fes regards languiffans
fe confondoient
GALANT. ix
avec ceux de cetAmant,
qui ne gardoit plus de
mefures. Ils fe regarderent
quelque temps fans
rien dire , pendant que
la mere tafchoit de donner
à fon Gendre l'idée
de la plus affreuſe laideur
, afin que par ce
contraſte, fa fille démafquée
luy paruft plus aimable,
La tendre Epou-
Le profita le plus longtemps
qu'elle putde l'erreur
de fon Epoux . Elle
MERCURE
ne pouvoit fe refoudre à
finir cette fcene : mais
enfin la mere ofta le
ma que de fa fille.
L'effet étonnant
que
cette furpriſe fit fur nofire
Amant Epoux , eſt
une de ces chofes qu'on
ne peut dépeindre
fans
en diminuer
la force.
Que chacun s'imagine
la
fituation
d'un parfaite
ment honnefte homme
cruellement
agité entre
L'amour
& le devoir
,
GALANT. *
qui eftime infiniment une
perfonne qui en aime
paſſionnement une autre
, & qui trouve tout
réuni dans un feul objet.
A l'égard de la femme
quel charme pour elle ,
d'avoir ſçû faire en fi
peu de temps, un Epoux
paffionné , d'un Amant
indifferent.
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Résumé : AVANTURE du Carnaval dernier.
Le texte raconte une aventure amoureuse et stratégique centrée autour d'un mariage arrangé. Une famille se rassemble pour discuter d'un mariage imminent. La fille, vêtue de manière négligée, explique qu'elle n'a pas pris soin de son apparence car elle a rencontré le cavalier la veille sans attirer son attention. Le cavalier arrive et avoue son honnêteté et son manque d'intérêt pour le mariage, mais promet de bien traiter la fille s'il doit l'épouser. La fille, bien que d'apparence ordinaire, est intelligente et a un plan. Elle se rend à un bal déguisée en sultane, charmant ainsi le cavalier. Ce dernier, malgré ses efforts pour résister, finit par tomber amoureux de la sultane sans reconnaître la fille. La mère de la fille organise une mascarade pour révéler la vérité. Lors de cette mascarade, la fille, toujours déguisée, danse avec le cavalier, qui est troublé par sa beauté. La mère révèle finalement l'identité de la sultane, provoquant une surprise et une révélation émotionnelle. La fille, démasquée, montre son amour et son intelligence, réussissant à conquérir le cœur du cavalier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 309-310
ENVOY. Par Mr Anc... Madame de Saint Fard.
Début :
Dans une nuit du Carnaval, [...]
Mots clefs :
Masque, Carnaval
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texteReconnaissance textuelle : ENVOY. Par Mr Anc... Madame de Saint Fard.
ENVOI.
Par Mr Ane..+
Madame de Saint Fard.
Dans une nuit du Carnaval,
Madame de Saint Fard
en superbeéquipage
s'étantmise en sueurau
auBal,
T laissa par malheurfin
Masque&sonvisage
Par Mr Ane..+
Madame de Saint Fard.
Dans une nuit du Carnaval,
Madame de Saint Fard
en superbeéquipage
s'étantmise en sueurau
auBal,
T laissa par malheurfin
Masque&sonvisage
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11
p. 54-65
LE DIABLE Masqué. Nouvelle de Venise.
Début :
Ce Carnaval dernier une des jolies femmes de Venise, Provençale [...]
Mots clefs :
Dame, Masque, Diable, Venise, Carnaval, Bourses, Compagnie, Démon, Exorcisme, Déguisement
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texteReconnaissance textuelle : LE DIABLE Masqué. Nouvelle de Venise.
LE DIABLE
Mafqué.
but not Garni ob
Nouvelle de Venife.
CECarnaval dernier une
des jolies femmes de Ve
nife , Provençale de naiſ
fance , & établie dans Ve
GALANT.
·
pece
nife depuis plufieurs années , fit chez elle une af
femblée , qui devint une efde bal. Elle ne manquoit pas d'amans , qui tous
attendoient , pour lui faire
leur declaration en forme,
qu'on eût des nouvelles affurées de la mort de fon
mari. Il s'étoit embarqué il
y avoit déja plufieurs années, & le filence qu'il avoit gardé depuis fon départ faifoit préfumer qu'il
avoit peri Cependant la
Dame obſervoit beaucoup
de regularité dans fa conE iiij
56 MERCURE
duite , & il ne lui faloit pas
moins que les privileges du
Carnaval ,,
pour l'autorifer
à faire chez elle une affem.
blée pareille à celle dont je
vous parle. On venoit de
deffervir une grande colation qu'elle avoir donnée
aprés trois heures de jeu ,
quand on vit entrer un Mafque, qui lui preſenta un momon. Il avoit trouvé la por-
+
'
te ouverte & ne s'étoit
point mis en peine de faire
demander fi on le voudroit
recevoir. Sa brufque entrée
n'étonnaperfonne; la faifon
GALANT. 57
permettoit ces fortes de li
bertez , & dans cette vil
le on left bien venu par
tout avec le maſque. La Da
me reçut le momon , & le
gagna. Le Mafque la pria
den jouer un autre , qu'il
perdit encore. La même
chofe lui étant arrivée cinq
ou fix fois , parce qu'il
brouilloit les dez avec tant
de promptitude, que quand
ils tournoient favorable
ment pour lui , il fembloit
ne s'en pas appercevoir ;
d'autres voulurent jouer à
leur tour : mais ils n'y trou
58 MERCURE
verent pas leur compte , le
Mafque gagna , & ne perdit que contre la Dame ,
qu'il engagea de nouveau
au jeu. La gayeté avec laquelle il foûtint la perte
qu'il continua de faire con
tr'elle , ne laiffa aucun dou
te qu'elle ne fût volontai
re. On s'en expliqua tout
haut : il l'entendit ; & prenant un ton different de
celui dont il s'étoit fervi juf
qu'alors , il declara qu'il étoit le maître des richeſſes,
qu'il ne les aimoit que pour
en faire part à la Dame, &
GALANT.
19
qu'il ne difoit rien qu'il ne
soffrit à juftifier par les ef,
fets. En même temps il découvrit plufieurs bourſes
toutes pleines de pieces
d'or ,qu'il demanda à jouer
en un feul momon , contre
tout ce que la maîtreſſe du
logis voudroit hazarder. La
Dame embaraffée de cette
declaration , renonça au
jeu. On examina le Maſque
avec plus d'attention , &
une femme de la compagnie , que l'âge & la foi
bleffe de l'efprit rendoient
fujette à fe faire des realitez
60 MERCURE
de fes vifions, l'ayant regardé depuis la tête juſqu'aux
pieds , devint pâle, tremblante , & tellement éperdue , qu'elle demeura quel
quetemps lans pouvoir parler. La parole lui étant revenue , elle dit tout bas à
fa voifine , qu'il n'y avoit
point à douter que le Mafque ne fût le Diable ; qu'il
l'avoit marqué en declarant
qu'il étoit le maître des richefſes ; & que fi elle y
vouloit prendre garde , elle
lui verroit des cornes fous
fon bonnet. Le Diable
GALANT. 61
7
mafqué avoit pris une
çoëfure bizarre, qui convenoit en quelque maniere
avec ce que les Peintres
ont accoûtumé de nous reprefenter du Demon : &
c'étoit là- deffus que la credule vifionnaire avoit appuyéfon jugement. Ce qu
elle dit paffa en un moment d'oreille en oreille.
Apparemment elle trouva des efprits foibles comme le fien , & l'on propoſa d'abord l'exorcifme. Ce mot fit connoître au Mafque ce qu'on
62 MERCURE
s'étoit figuré de lui. Il commença tout de bon à faire
le Diable , parla plufieurs
Langues , dont quelques
unes étoient inconnues : &
aprés quelques raiſons expliquées fur ce qui l'avoit
obligé de quitter l'enfer , il
ajoûta qu'il venoit particul
lierement demander une
perfonné de la compagnie,
qui s'étoit donnée à lui ,
protefta qu'elle lui appartenoit , & qu'il ne defampareroitpoint qu'ilne l'eût,
quelques obftacles qu'on y
apportât. Chacun regarda
GALANT. 63
la Dame: ces menacesfembloient s'adreffer à elle , &
le Mafque les avoit pronon.
cées d'une voix creufe qui
embaraffoit les moins fufceptibles de frayeur. Les
uns fe taifoient , les autres
fe parloient bas, &celle qui
avoit donné ouverture à la
diablerie , crioit continuellement à l'exorcifme. L'hif
toire porte quefans confulter perfonne , elle fit venir
des gens d'un caractere à
faire fuir les Demons ; que
le Diable pretendu leur répondit fort pertinemment
64 MERCURE
:
& qu'aprés s'être diverti
quelque temps de leurs zelées conjurations , il leva
le mafque ce qui finit l'avanture par un fort grand
cri que fit la Dame. C'étoit
fon mari , qui avoit paſſé
d'Eſpagne au Perou. Il s'y
étoit enrichi , & revenoit
chargé de tréſors. En arri
vant il avoit appris que fa
femmeregaloit fes plus particulieres amies. C'étoit un
des derniers jours du Carnaval. Cette faifon favorable aux déguiſemens , lui
fit naître l'envie de voir la
fête
GALANT. 65
fête fans être connu , & il
avoit pris pour cela le plus
grotesque habit qu'il eût
pû trouver. Toute l'affemblée lui fic compliment ; &
comme il n'étoit pas fi diable qu'on l'avoit crû , on lui
abandonna la Dame qu'il
venoit chercher , & qu'il
avoit dit fi hautement qui
s'étoit donnée à lui.
Mafqué.
but not Garni ob
Nouvelle de Venife.
CECarnaval dernier une
des jolies femmes de Ve
nife , Provençale de naiſ
fance , & établie dans Ve
GALANT.
·
pece
nife depuis plufieurs années , fit chez elle une af
femblée , qui devint une efde bal. Elle ne manquoit pas d'amans , qui tous
attendoient , pour lui faire
leur declaration en forme,
qu'on eût des nouvelles affurées de la mort de fon
mari. Il s'étoit embarqué il
y avoit déja plufieurs années, & le filence qu'il avoit gardé depuis fon départ faifoit préfumer qu'il
avoit peri Cependant la
Dame obſervoit beaucoup
de regularité dans fa conE iiij
56 MERCURE
duite , & il ne lui faloit pas
moins que les privileges du
Carnaval ,,
pour l'autorifer
à faire chez elle une affem.
blée pareille à celle dont je
vous parle. On venoit de
deffervir une grande colation qu'elle avoir donnée
aprés trois heures de jeu ,
quand on vit entrer un Mafque, qui lui preſenta un momon. Il avoit trouvé la por-
+
'
te ouverte & ne s'étoit
point mis en peine de faire
demander fi on le voudroit
recevoir. Sa brufque entrée
n'étonnaperfonne; la faifon
GALANT. 57
permettoit ces fortes de li
bertez , & dans cette vil
le on left bien venu par
tout avec le maſque. La Da
me reçut le momon , & le
gagna. Le Mafque la pria
den jouer un autre , qu'il
perdit encore. La même
chofe lui étant arrivée cinq
ou fix fois , parce qu'il
brouilloit les dez avec tant
de promptitude, que quand
ils tournoient favorable
ment pour lui , il fembloit
ne s'en pas appercevoir ;
d'autres voulurent jouer à
leur tour : mais ils n'y trou
58 MERCURE
verent pas leur compte , le
Mafque gagna , & ne perdit que contre la Dame ,
qu'il engagea de nouveau
au jeu. La gayeté avec laquelle il foûtint la perte
qu'il continua de faire con
tr'elle , ne laiffa aucun dou
te qu'elle ne fût volontai
re. On s'en expliqua tout
haut : il l'entendit ; & prenant un ton different de
celui dont il s'étoit fervi juf
qu'alors , il declara qu'il étoit le maître des richeſſes,
qu'il ne les aimoit que pour
en faire part à la Dame, &
GALANT.
19
qu'il ne difoit rien qu'il ne
soffrit à juftifier par les ef,
fets. En même temps il découvrit plufieurs bourſes
toutes pleines de pieces
d'or ,qu'il demanda à jouer
en un feul momon , contre
tout ce que la maîtreſſe du
logis voudroit hazarder. La
Dame embaraffée de cette
declaration , renonça au
jeu. On examina le Maſque
avec plus d'attention , &
une femme de la compagnie , que l'âge & la foi
bleffe de l'efprit rendoient
fujette à fe faire des realitez
60 MERCURE
de fes vifions, l'ayant regardé depuis la tête juſqu'aux
pieds , devint pâle, tremblante , & tellement éperdue , qu'elle demeura quel
quetemps lans pouvoir parler. La parole lui étant revenue , elle dit tout bas à
fa voifine , qu'il n'y avoit
point à douter que le Mafque ne fût le Diable ; qu'il
l'avoit marqué en declarant
qu'il étoit le maître des richefſes ; & que fi elle y
vouloit prendre garde , elle
lui verroit des cornes fous
fon bonnet. Le Diable
GALANT. 61
7
mafqué avoit pris une
çoëfure bizarre, qui convenoit en quelque maniere
avec ce que les Peintres
ont accoûtumé de nous reprefenter du Demon : &
c'étoit là- deffus que la credule vifionnaire avoit appuyéfon jugement. Ce qu
elle dit paffa en un moment d'oreille en oreille.
Apparemment elle trouva des efprits foibles comme le fien , & l'on propoſa d'abord l'exorcifme. Ce mot fit connoître au Mafque ce qu'on
62 MERCURE
s'étoit figuré de lui. Il commença tout de bon à faire
le Diable , parla plufieurs
Langues , dont quelques
unes étoient inconnues : &
aprés quelques raiſons expliquées fur ce qui l'avoit
obligé de quitter l'enfer , il
ajoûta qu'il venoit particul
lierement demander une
perfonné de la compagnie,
qui s'étoit donnée à lui ,
protefta qu'elle lui appartenoit , & qu'il ne defampareroitpoint qu'ilne l'eût,
quelques obftacles qu'on y
apportât. Chacun regarda
GALANT. 63
la Dame: ces menacesfembloient s'adreffer à elle , &
le Mafque les avoit pronon.
cées d'une voix creufe qui
embaraffoit les moins fufceptibles de frayeur. Les
uns fe taifoient , les autres
fe parloient bas, &celle qui
avoit donné ouverture à la
diablerie , crioit continuellement à l'exorcifme. L'hif
toire porte quefans confulter perfonne , elle fit venir
des gens d'un caractere à
faire fuir les Demons ; que
le Diable pretendu leur répondit fort pertinemment
64 MERCURE
:
& qu'aprés s'être diverti
quelque temps de leurs zelées conjurations , il leva
le mafque ce qui finit l'avanture par un fort grand
cri que fit la Dame. C'étoit
fon mari , qui avoit paſſé
d'Eſpagne au Perou. Il s'y
étoit enrichi , & revenoit
chargé de tréſors. En arri
vant il avoit appris que fa
femmeregaloit fes plus particulieres amies. C'étoit un
des derniers jours du Carnaval. Cette faifon favorable aux déguiſemens , lui
fit naître l'envie de voir la
fête
GALANT. 65
fête fans être connu , & il
avoit pris pour cela le plus
grotesque habit qu'il eût
pû trouver. Toute l'affemblée lui fic compliment ; &
comme il n'étoit pas fi diable qu'on l'avoit crû , on lui
abandonna la Dame qu'il
venoit chercher , & qu'il
avoit dit fi hautement qui
s'étoit donnée à lui.
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Résumé : LE DIABLE Masqué. Nouvelle de Venise.
Le texte décrit un événement survenu lors du Carnaval à Venise. Une femme provençale, résidente de Venise depuis plusieurs années, organise une assemblée qui se transforme en bal. Elle attend des nouvelles de la mort de son mari, parti en mer plusieurs années auparavant. Lors de cette assemblée, un homme masqué entre sans s'annoncer et participe à des jeux de hasard. Il perd systématiquement contre la maîtresse de maison, ce qui suscite des soupçons. Une femme superstitieuse de la compagnie identifie le masqué comme le Diable en raison de ses déclarations et de son apparence. La rumeur se répand, et certains proposent d'exorciser le Diable. Ce dernier parle plusieurs langues et affirme être venu chercher une personne de l'assemblée qui s'est donnée à lui. La Dame est visée par ces menaces. Finalement, l'homme masqué lève son masque, révélant qu'il s'agit du mari de la Dame, revenu d'Espagne chargé de trésors. Il avait appris que sa femme recevait des amis et avait décidé de se déguiser pour assister à la fête sans être reconnu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 168-231
HISTOIRE.
Début :
On m'a conté une Avanture du Carnaval, qui vous [...]
Mots clefs :
Cavalier, Financier, Amour, Fortune, Engagement, Mariage, Obstacle, Conversation, Billet, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE.
ON m'a conté une Avanture
du Carnaval , qui
vous fera voir que le
ve
ritable amour n'eft point
volontaire . Une Veuve
tres - bien faite , n'ayant
point d'Enfans , & eftant
encore dans ſes plus belles
années , joüiffoit avec
plaifir de la liberté que
luy donnoit le Veuvage.
Parmy ceux qui la voyoient
, un Cavalier d'un
fort
GALANT. 169
fort grand mérite , luy
rendoit des foins affez
affidus . Il avoit beaucoup
d'efprit , & fortoit d'une
Maiſon qu'une ancienne
Nobleffe égaloit aux plus
illuftres. La Dame , à qui
fon attachement eftoit
gloricùx , ſe fit un honneur
d'entreprendre fa
conquefte ; & pour ne la
manquer pas , elle cut
pour luy des manieres
engageantes
, qui luy firent
prendre un com-
Fanvier 1713 .
P
170 MERCURE
mencement d'amour. Il
luy conta des douceurs ,
luy dit cent fois qu'elle
eftoit aimable ; & le plaifir
de la voir luy eſtant :
fenfible , il crut l'aimer
tout de bon , & fans prendre
foin de bien connoiftre
fon coeur , il l'abandonna
à un penchant indifcret
qui l'obligea enfin
de fe déclarer. Cette
déclaration
fut receue
avec plaifir. On la fouhaittoit
depuis longGALANT
. 171 :
temps , & le Cavalier
plaiſant
à la Dame , l'affaire
euft efté prompte-
:
ment concluë
, fans l'obftacle
d'un vieil Oncle
dont il heritoit , & qui
s'eftoit mis en tefte de le
marier à fa fantaiſie. Cet
Oncle eftoit un Gentilhomme
d'Anjou , qui
pour retenir le Cavalier.
dans fon voifinage , taf
choit de luy ménager un
Party fort riche . La Demoiſelle
qu'il euft bien :
A
P ij
172 MERCURE
voulu luy faire époufer ,
n'avoit pas encore treize
ans. Elle eftoit laide
donnoit peu de marques
d'avoir un jour de l'efprit
, & tout fon mérite
eftant dans fon Bien , ce
feul avantage ne pouvoit
fuffire au Cavalier ,
pour qui la beauté eſtoit
un grand charme. Il dit
à la Dame qu'elle devoit
peu s'inquiéter d'une recherche
que l'on faifoit
malgré luy , & dans laGALANT.
73
quelle quantité de Concurrens
le traverſoient.
Il fut réfolu
, que pour
empefcher qu'elle n'euft
des fuites , il fe rendroit
auprés du vieil Oncle, &
que fans luy découvrir
qu'il cuft de l'engagement
, il le prieroit de le
laiffer libre dans le choix
d'une Maiftreffe . Il fit ce
voyage , & négocia fi
bien , que les Parens de
la Demoiſelle diférant
toûjours à s'expliquer
Piij
174 MERCURE
afin d'avoir à choisir entre
plus de Prétendans ,
le vieil Oncle luy permit
de fe marier felon
fon coeur. Il le quitta ,
fort ravi de ce fuccés:
fans luy avoir parlé de
la Dame , & à fon retour
il alla coucher chez un
Gentilhomme de fes
Amis , qui faifoit ſon ordinaire
fejour dans une
fort belle Terre à dix ou
douze lieues de Paris. Le
Gentilhomme le retint le
GALANT. 175
lendemain , & pour l'obliger
à ne point partir ,
il le pria d'un Soupé qu'il
donnoit ce jour - là mẹfme
à une fort belle Compagnie
, l'affurant qu'il
verroit des Dames d'un
affez bon air , & entr'autres
une tres aimable Parifienne
, en faveur de qui
il ne vouloit point le prévenir.
L'Aſſemblée eftoit
de dix ou douze Perfonnes
, de l'un & de l'autre
fexe . La Belle , dont
Piiij
176 MERCURE
le
Gentilhomme luy
avoit parlé , s'y trouva
avec fa Mere. C'eftoit
une grande Brune , dont
tous les traits eftoient
animez , & qui brilloit
d'un éclat que les plus indifferens
ne
fouftenoient
qu'avec
peine . Son ef
prit refpondoit
à ſa beauté.
Elle l'avoit délicat
& vif , & tant d'agrément
eftoit joint à fes
manieres , qu'elle ne difoit
ni ne faifoit rien qui
GALANT. 177
ne donnaft lieu de l'admirer.
Le Cavalier qui
avoit beaucoup d'uſage
du monde , trouva mo
yen d'entrer avec elle
dans une maniere de
converfation galante ; &
fi fa perfonne luy avoit
d'abord paru toute aimable
, il fut charmé de
fon entretien . Elle parloit
finement , & ſes reponfes
à ce qu'on luy
difoit d'obligeant , ef
toient accompagnées de
178 MERCURE
certains
regards qui pe
nétroient
juſqu'au
coeur,
Tant que dura le Soupé
, il eut les yeux attachez
fur elle ; & quand
il fut ſeul avec ſon Amy,
il ne luy put parler d'autre
choſe. Comme
il
il avoit fçu fon nom , il
luy demanda
dans quel
Quartier elle logeoit à
Paris ; fi elle y feroit
bientoft de retour , & fi
fa Famille eftoit fort confidérable.
Son Amy qui
GALANT . 179
remarqua fon empreffement
à s'informer d'elle ,
luy dit en riant
prift garde à luy , que la
Demoiſelle
eftoit dangereufe
, & qu'il devoit
› qu'il
bien fe confulter avant
que chercher à la mieux
connoiftre . Il adjouſta
qu'elle paffoit ordinairement
tout l'Eté à la
Campagne , qu'elle ef
toit d'une Maiſon plus
noble que riche › que
s'il l'alloit voir on le re180
MERCURE
cevroit la premiere fois
avec beaucoup de civilité
, mais qu'aſſurément
on l'obligeroit de s'expliquer
dés la feconde vifite,
fa Mere vivant dans
la plus exacte régularité ,
& s'alarmant auffi- tost
de la veuë d'un Homme
, qui rendoit des foins
fans parler de Mariage .
Le Cavalier refva un
moment , & ne voulut
plus fçavoir où logeoit
la Belle. Il partit le jour
GALANT: 181
fuivant , & quoy qu'il
puft faire pour bannir
l'image qu'il en conſervoit
, il n'en fceut venir
à bout. Cette charmante
Perfonne luy eftoit toufjours
préfente , & il rêntra
à Paris l'efprit remply
d'elle. La Dame
pour qui il avoit fait
ce voyage , fçavoit à peu
prés jour de fon arriv
ée , & comme en le
revoyant elle avoit lieu
d'attendre de luy de
182 MERCURE
grandes marques de
joye , il fe trouvoit fort
embaraſſé de ne pouvoir
fe montrer à elle qu'avec
un eſprit diftrait . Il alla
la voir fi toft qu'il fut de .
retour , & fans trop fçavoir
pourquoy
,
cacha qu'il eut gagné
le vieil Oncle , & fe contenta
de dire qu'ayant
commencé de l'ébranler,
il avoit laiffé auprés de
luy des Gens qui feroient
le refte. Il gagnoit du
il
luy
GALANT . 183
temps par là , & fi quelquefois
il luy efchapoit
quelque refverie , il s'en
excufoit fur les nouvelles
qu'il difoit avoir receues
moins favorables
que fa paffion ne ſe les
eftoit promifes. Cependant
par la maniere dont
fon coeur eftoit touché ,
pour avoir veu une ſeule
fois la belle Brune , il
ouvrit les yeux fur le
faux amour qu'il avoit
pris pour la Dame , &
184 MERCURE
ne fentant point pour
elle la force de ce panchant
, qui l'entraifnoit
malgré luy vers l'autre
il commença
de trembler
de l'engagement où
il s'eſtoit mis . La Dam
qui s'ennuyoit du retardement
, luy dit plufieurs
fois qu'elle avoit
du Bien pour lui , &
elle , & que l'intéreſt
n'ayant point de
part à fon amour , elle
eftoit preſte à lui en donpour
elle
ner
GALANT. 185 .
ner des preuves fenfibles,
en l'époufant fans l'aveu
de l'Oncle. Le Cavalier
oppofoit tousjours que
ce feroit renoncer à une
importante Succeffion ,
& qu'il valoit mieux fe
contraindre encore pendant
quelque temps , que
de s'expoſer
à faire une
pertè fi confiderable
. La
belle faifon finit , & le
Cavalier , guéry enfin
par le temps d'une idée
flateufe qui l'avoit trop
Tanvier
1713. Q
186 MERCURE
occupé , fe préparoit à
dire à la Dame que fon
amour n'avoit plus d'obftacle
, lors qu'eftantvenu
un matin chez elle , il vit
entrer tout d'un coup
une Perfonne affez né
gligée , qui la courant
embraffer , en fut embraffée
de mefme avec
de fort tendres marques
d'une amitié réciproque
.
C'eftoit juſtement la bel
le Brune , qui eftant arrivée
de la Campagne
le
GALANT. 187
föir précedent , avoit
voulu la furprendre fans
luy faire faire aucun meſfage.
Elle demeuroit dans
fa mefme rue , & ce voi,
finage avoit donné lieu à
leur amitié. Jugez de l'étonnement
du Cavalier ,
quifrappéencore plus vi
vement par cette feconde
yeuë , eut de la peine à
cacher fon trouble. Il fit
compliment à cette belle
Perfonne ; & de la maniere
qu'il le fit, la Dame
Q ij
188 MERCURE
connut que ce n'eftoit
pas la premiere fois qu'ils
fe voyoient. Elle apprit
la rencontre du Soupé ,
& dit au Cavalier en
riant , que comme il verroit
ſouvent fon Amie
chez elle , c'eſtoit à luy à
ſe munir de fidelité pour
fe fauver de fes charmes .
On plaifanta là - deffus
& la converfation devint
tres- fpirituelle . Le Cavalier
qui reprit foudain
fon premier feu , réfolur
GALANT. 189
plus que jamais de faire
valoir l'obftacle de l'Oncle.
Rompre avec la Da
me , fe faire aimer de la
Belle , & obtenir l'une
fans ſe la voir diſputer
par l'autre, c'eſtoient des
chofes qui luy paroif
foient comme impoffi
bles ; mais il aimoit }
& quelques difficultez
qu'on ait à combatre , il
pour
fe
fuffit qu'on aime
mettre en tefte que l'on
peut furmonter tout!
190 MERCURE
L'affiduité qu'il avoit de
puis long - temps auprés
de la Dame , luy donnoit
occafion de fe rencontrer
chez elle dans les heures
que la Belle choififfoit
pour la venir voir . Il en
manqua peu , & s'obfer
va avec tant de foin , que
s'il tâchoit de luy paroiftre
agreable , c'eftoitfeu
lement par un enjoüe→
ment d'efprit , auquel il
fembloit que le coeur
n'euft point de part. L
GALANT . 191
faifoit des Vers . La Belle
en faifoit auffi d'affez naturels
; & comme il luy
en donnoit devant la
Dame , qui marquoient
avec des expreſſions trespaſſionnées
, combien il
tiroit de gloire du choix
qu'il avoit fait pour ai
mer , elle ne faifoit aucune
façon d'en apporter
d'autres quelques jours
aprés , qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui meri192
MERCURE
toit le mieux d'eftre aimée.
Tous les Vers du
Cavalier eftant faits d'u
ne maniere qui les faiſoit
appliquer à l'engagement
qu'il avoit avec la
Dame , elle n'eut aucun
foupçon de cejeu d'efprit
qui fe pratiquoit ouvertement
, & qui paroiffoit
tourner à fon avantage.
Ce fut par là cependant
que le Cavalier vint
à bout de fon deffein . Un
jour que la Dame l'avoit
laiffé
GALANT. 193
>
laiffé feul avec la Belle
il luy dit , en luy jettant
des regards tout pleins
d'amour,qu'il faifoit parfaitement
, ce que fes
Vers luy faifoient connoiftre
qu'elle fouhaitoit
qu'il fit ; c'eſt- à dire qu'il
aimoit
tousjours de plus
en plus la belle Perfonne
pour qui les fiens eftoient
faits. La Belle luy répondit
que fon Amie eftoit
trop aimable
pour n'inf
pirer pas la plus forte
Fanvier 1713. R
194 MERCURE
paffion ; & fur ce qu'il
adjouſta qu'il ne ſe tiendroit
heureux , que quand
fes Vers luy plairoient ,
faits pour une autre que
fon Amie , elle rougit,
demeura embaraſſée,
& quelque effort qu'elle
pour
fit
pour
cacher fon trouble
en détournant
le difcours
, il s'aperceut
aiſément
qu'elle eftoit entrée
dans ce qu'il avoit voulu
luy faire entendre , &
eut grande joye d'avoir
GALANT . 195
fait ce
premier pas. La
Dame rentra , & le Cavalier
demeura fort enjoüé.
Il fit d'autres Vers.
La Belley répondit à fon
ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmentet
tousjours ſa paſfion
, luy faiſant croire
qu'elle confentoit à eſtre
aimée , il réfolut de fe déclarer
fans aucun détour,
& profita pour cela des
moindres
occafions qu'il
cut de luy parler feul,
Rij
196 MERCURE
La Belle le traita d'extravagant
; mais quoy qu'elle
fit des plaifanteries de
tout ce qu'il luy diſoit de
paffionné , elle l'écoutoit
quoy qu'il vouluſt dire ';
ou fi quelquefois la bienféance
l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit
la honte que fon infidelité
luy attireroit , la
douceur de fes regards
l'invitoit fecretement à
eftre infidelle, Comme
GALANT. 197
des
jamais il n'avoit
momens
à l'entretenir
, il
que
ne pouvoit s'expliquer
affez pour luy ofter ſes
fcrupules ; mais c'eftoit
tousjours beaucoup pour
fuy , qu'elle connuſt les
fentimens de fon coeur.
& qu'elle en fift un ſecret
à fon Amie. Tandis
que fa paffion prenoit
d'agreables efpérances
il arriva une choſe qui
luy fit croire que tout
confpiroit à le rendre
,
R iij
198 MERCURE
20
9: heureux. Un Financier ,
Favory de la Fortune ,
& qui fans aucun mérite
eftoit parvenu à de
grands Biens , ayant veu
la Dame en quelque lieu ,
fe laiffa piquer de fon
agrément , & ne doutant
point que le brillant de
fon or n'euft dequoy
charmer les plus délicates
, il la vint voir dés le
lendemain , & débuta
par le mariage. Il n'aimoit
point à languir , &
THEQUE
BEE
GALANT. 12
prompte déclar
une fi
tion luy épargnoit des
cerémonies d'Amant qui
YON
DE
LA
VILLE
n'eftoient point de fon
caractere.Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre
ébloüye par le
Bien , elle crût que fes
affaires n'en iroient que
mieux , fi le Cavalier
craignoit de la perdre ;
& dans cette veuë , elle
répondit avec beaucoup
de reconnoiffance à la déclaration
du Financier ,
R iiij
100
MERCURE
& le pria feulement de
luy accorder un mois ,
pendant lequel ils fe connoiftroient
l'un l'autre.
Leterme eftoit long pour
luy . Il vouloit conclure ;
& fi la Dame l'euft crû ,
deux jours auroient terminé
la chofe . Il falut
pourtant qu'il s'accommodaft
du retardement
.
Elle conta l'avanture au
Cavalier , & la crainte
qu'il devoit avoir d'un
Rival fi
redoutable , ne
GALANT. 201
luy donna point plus
d'empreffement pour l'époufer.
Il dit à la Dame,
que plus la Fortune la
favorifoit , plus il fe
croyoit indigne qu'elle y
renonçaft pour luy , s'il
ne s'affuroit la Succeffion
de l'Oncle ; que cet Oncle
refuſoit tousjours de
s'expliquer , & qu'il falloit
attendre fa mort , qui
ne pouvoit qu'eftre proche
ou que fes Amis
euffent obtenu le confen
402 MERCURE
tement qu'il luy faifoit
demander. Il cruft la rebuter
par cette réponſe ,
& elle de fon cofté demeura
perfuadée qu'en
voyant fouvent le Financier
, elle le rendroit jaloux
, & que craignant
qu'elle ne changeaft ,
égards
il cefferoit d'avoir les
qui
choient de conclure Ainfi
elle fit tousjours bon
vifage au Financier
quoy que fes manieres
>
l'empefGALANT.
203
luy dépluffent ; & le Cavalier
par politique , luy
témoignoit quelquefois
qu'il en eftoit alarmé.
Elle répondoit qu'il avoit
fujet de l'eftre , que les
Femmes n'eftoient pas
tousjours conftantes , &
qu'un Financier qui offroit
toute forte d'avantages
, eftoit un Rival à
craindre. Le Cavalier ñe
fouhaitant rien plus ardemment
que de le voir
infidelle , luy diſoit en
204 MERCURE
ſoûpirant , que s'il arrivoit
que fon Rival fuft
heureux , il ne ſe plaindroitque
de fon malheur.
Pendant ce temps , le Financier
vit la belle Bru
ne. Comme elle plaifoit
à tout le monde , il ne
faut pas s'eftonner fi elle
luy plut. Il apprit qui
elle eftoit , & dit à la
Dame fort naïvement
qu'il eftoit fafché de ne
l'avoir pas connuë avant
elle ; qu'ayant tres - peu
GALANT. 205
de fortune , elle auroit
fur l'heure conſenti à l'efpoufer
, & n'euft pas mis
fon amour à une filongue
efpreuve. Cela luy
donnoit un nouveau prétexte
de preffer la Dame,
qui aprés pluſieurs remifes
eftoit fort embaraffée
de fe voir enfin dans les
derniers jours du Carnaval.
Le Financier prenoit
pour affront qu'elle prétendit
le faire encore attendre
aprés Pafques ; &
206 MERCURE
comme le temps qu'il
avoit efté contraint de
luy accorder , étoit expiré
depuis plus de quinze
jours , il vouloit abfolument
terminer ou
rompre
. Les chofes
eftoient
en cet eftat, quand
le Cavalier flaté des marques
d'estime qu'il rece,
voit de la belle Brune ,
crut qu'il y alloit de tout
fon bonheur de s'expliquer
avec elle plus pré:
cifément qu'il n'avoit
GALANT . 207
fait . Il l'attendit à l'Egli .
fe, d'où il revint plufieurs
fois fans luy parler , parce
qu'elle accompagnoit
fa Mere ; & enfin l'ayant
un jour trouvée feule , il
l'arrefta dans le temps
qu'elle en fortoit. La
Belle , à qui les occafions
de l'efcouter n'eftoient
pas tousjours préfentes ,
receut affez agreablement
tout ce qu'il luy dit
de fon amour ; & commeil
la preffoit de ſe dé208
MERCURE
clarer , elle répondit que
lors qu'il feroit fans engagement,
il n'auroit pas
lieu de fe plaindre d'elle.
L'inquiétude qu'elle fit
paroiftre d'eftre dans un
Lieu où elle pouvoit eſtre
obfervée , l'obligea de la
prier de luy en marquer
un autre , où il puſt en
liberté luy faire connoiftre
qu'elle n'avoit rien à
craindre d'un engagement
qui eftoit preſt de
finir. Elle ne luy fit aucune
GALANT . 209
cune réponſe , ſon Amie
ayant paru dans le mefme
temps. Elle venoit à
l'Eglife , & les avoit apperceus
de loin. L'action
avec laquelle
ils parloient
, luy ayant eſté
fufpecte , elle fut furpri
fe , quand elle aborda
la Belle , de la voir embaraffée.
Elle feignit de
ne le point remarquer ,
& aprés quelques paroles
des plus obligeantes ,
elle la quitta , & donna
Fanvier 1-13.
S
210 MERCURE
la main au Cavalier. Ils
entrerent à l'Eglife , &
la Belle alla chez elle . La
Dame eut déslors quelque
foupçon de l'amour
du Cavalier , & l'impatience
de s'en éclaircir ne
luy coufta pas de longues
peines , puifque le
hazard la fatisfit dés le
lendemain
. Elle régaloit
le foir une belle Compagnie
; & le Cavalier
qui s'eftoit rendu chez
elle avant tous les autres ,
,
GALANT. 211
laiffa tomber un Billet.
Elle mit le pied deſſus
fans qu'il y prift garde ,
& fe baiffantcomme pour
remedier à un Soulier
qui l'incommodoit , elle
s'en faifit adroitement.
& l'alla lire fi-toft qu'il
fut venu d'autre monde,
Elle reconnut foudain
l'écriture de la Belle. Le
Billet portoit , que s'il
vouloit continuer la converfation
dans laquelle
ils avoient efté interrom-
S ij
212 MERCURE
pus le jour précedent , il
pouvoit fe rendre fur les
onze heures du foir chez
Madame la Marquiſe de..
à qui on donnoit le Bal ;
que cette Maiſon eſtant
tres- voifine , elle y viendroit
en Egyptienne , &
qu'il pourroit luy faire
connoiftre s'il eftoit vray
que fa bonne fortune dépendiſt
d'elle. La lecture
de ce Billet convainquit
la Dame de l'intelligence
du Cavalier & de fon
GALANT . 213
Amie. Pour mieux fçavoir
jufqu'où elle alloit ,
elle fongea auffi - toſt à
prendre la place , ne dou
tant point que l'amourne
rendift le Cavalier dili
gent , & qu'elle ne puft
prévenir la Belle , en ve
nant au lieu marqué avant
l'heure qu'elle luy a
voit donné. Elles eftoient
toutes deux de la mefme
taille , & fous un mafque
, elle pouvoit déguifer
fa voix. Ce deffein ef
214 MERCURE
tant formé , elle donna
ordre à fa Suivante , de
luy tenir preſt un Habit
d'Egyptienne , & vint
retrouver la Compagnie
dans un enjoüement qui
ne pouvoit mieux cacher
qu'elle euft quelque chofe
en tefte . On foupa , &
incontinent aprés , elle
propofa diverfes tables de
Jeu. Elle fe mit d'une partie
d'Hombre; & leCavalier
qui avoit prié qu'on
le difpenfaft d'en eftre ,
1
GALANT . 215
fe retira dans le mefme
temps qu'il luy vit tenir
des Cartes. La Dame n'en
perdit point. Elle obligea
une Amie de prendre fon
Jeu pendant une heure ,
& eftant montée dans
fon Cabinet , elle s'habilla
fort
promptement
, &
courut au rendez - vous .
Elle eut bien- toft apperçeu
le Cavalier , qui
dans fon impatience obfervoit
tous les Maſques
qui entroient , & qui
216 MERCURE
voyant une Egyptienne ,
fut aifément trompé par
fa taille. Elle luy dit , en
le tirant un peu à l'écart ,
que fa ponctualité luy
devoit faire connoiftre
combien elle avoit trou
vé de charmes dans la
converfation qu'elle venoit
luy donner moyen
de pourfuivre. Les remercimens
du Cavalier furent
meflez de mille affurances
du plus tendre amour
, & aprés qu'il en
eur
GALANT. 217
cut exageré toute la force
, il luy dit qu'elle devoit
avoit l'efprit en repos
fur les reproches qui
lui
paroiffoient à craindre
du cofté de fon .
Amie ; qu'eftant réfolu
de ne
l'efpoufer jamais ,
il s'en
défendoit depuis
plus de quatre mois , fur
le prétendu obftacle d'un
Oncle qui ne lui cauſoit
aucun
embarras ; que rebutée
des
longueurs de
cet obftacle
Fanvier 1713 .
elle avoit
T
418 MERCURE
prefté l'oreille à un Financier
, dont le grand
Bien commençoit
à l'ébloüir
qu'il fe conduiroit
de fortequ'il l'obligeroit
enfin à ne pas laiffer
efchaper une fi grande
fortune ; & que quand
le Financier l'auroit efpoufée
, rien ne s'oppo
fant à leur amour , il leur
feroit fort aifé de le faire
réuffir , fans que l'un ny
l'autre en receuffent aus
cun blâme. La Dame
GALANT. (-119
feignit d'eftre fort contente
, & dit que pour
veu qu'il fuft conftant ,
elle voyoit tout à efperers
mais qu'il prift bien garde...
Il ne fouffrit point
"
qu'elle achevaft , & mille
fermens qui luy firent
voir la plus violente paffion
, furent la fin de cet
entretien
. La Dame parlant
tousjours au nom de
la Belle , témoigna craindre
que fa Mere qu'elle
-diſoit avoir laiffée endor-
Tij
240 MERCURE
mie , ne la demandaſt fi
elle venoit à s'éveiller ,
& elle fe hafta de fortir
fous ce prétexte. Le Ca-
-valier voulut la condui
re ; mais elle ufa d'une
autorité fi abfoluë pour
le faire demeurer , qu'il
fut contraint de luy
obeïr. Il refta peu dans
cette Aflemblée , & alla
chez luy refver en repos
à fon bonheur. La Belle
n'eftant venue qu'à minuit
, parce que fa Mere
GALANT. 12 #
s'eftoit couchée tard , l'at
tendit jufqu'à une heure,
& s'en retourna pleine
de dépit qu'il euft fäit ſi
peu de cas du feul rendez-
vous qu'il avoit eu
d'elle. Ce que je viens de
yous dire arriva le Jeudy
gras. Le lendemain , le
foin de la Dame fut d'e
•
xécuter ce qu'elle avoit
médité toute la nuit . Le
Financier vint la voir ; &
la preffa , comme il avoit
déja fait plus d'une fois ,
Tiij
22 MERCURE
de luy déclarer détermi
nement ce qu'elle avoit
réfolu de faire. Quelque
Bien qu'il euft , elle ne
balançoit point à demeurer
tousjours Veuve
plutoft que de faire un
choix qui gefnaft ſon
coeur , mais le Financier
luy eftoit utile pour la
yangeance qu'elle s'eſtoit
propolée. Elle connoiffoit
fon foible , & le
.
yoyant
dans l'enteſte
..
ment de ſe marier
avant
GALANT. 223
le Carefme , elle affecta
une bonne foy dont il
n'avoit aucun intéreſt à
développer
la caufe,
Aprés lui avoir marqué
grande paffion de le voit
tousjours de fes Amis
elle luy dit qu'elle avoit
tafché de rompre un engagement
fecret que le
Cavalier & elle avoient
pris enfemble , & què
n'en pouvant
venir à
4
bout , elle le prioit , puis
qu'il eftoit impoffible
Tiiij
124 MERCURE
qu'elle fe donnaft à lui ;.
de vouloir bien eſpouſer
une autre elle- mefme ;
qu'il connoiffoit fon Ame
; qu'elle eftoit tresbelle
, avoit mille bonnes
qualitez , & qu'en failant
la fortune d'une Fille de
naiffance , il trouvoit &
moyen de fe rendre heu
reux. Le Financier , dont
les yeux régloient l'amour
, n'eut aucune per
ne à confentir à l'échange.
Il répondit que la.
GALANT. 223
a
Demoiſelle luy plaifoit
affez , mais qu'il ne vou
doit donner aucune paro
le , à moins qu'on ne
Faffuraft que le Mariage
fe feroit en vingt- quatre
heures. La Dame qui ne
fouhaitoit rien tant que
la promptitude , fe chargea
du foin de cette affaire
, & luy demanda
le refte du jour pour la
propofer à la Mere de la
Belle. Jamais propofition
ne pouvoit donner plus :
226 MERCURE
de joye à cette Meré . II
fut arrefté qu'on garderoit
le fecret , & que 122
Fille elle mefme n'apren--
droit rien de ce Mariage
,
que dans le moment qu'il
faudroit qu'elle fignaft.
Le jour fuivant , qui ef
toit le Samedi , la Dame
amena le Financier chez
la Mere. Il l'entretint en
particuliers Le Notaire :
vint , & l'on fit alors fçavoir
à la Belle pourquoy
onl'avoit mandé . Le ton
GALANT . 227
abfolu dont fa Mere luy
parla , la haute fortune
que lui affuroit ce Maria!
ge , & le fujet qu'elle
croyoit avoir de fe plain
dre des mépris du Cava
lier , tout cela lui fit une
impreffion fi forte , qu'el
le figna comme on le
voulut. Le Financier
plein de joie , alla donner
ordre aux Bans , &
en fit publier un le lendemain
à la grande Mef
fe , aprés laquelle on les
28 MERCURE
maria . La Cerémonie ver
noit d'eftre faite , quand
le Cavalier entra dans
l'Eglife . Il connut bientoft
par l'empreffement
des Curieux , qu'il y
avoit une Mariće ; & en
tendant dire qu'elle eftoit
de qualité , il s'avança
pour la voir. Quel coup
de foudre quand il remarqua
la Belle ! Il fit
un cry qui furprit tous
ceux qui l'entendirent .
La Dame , qui eftoit du
n..
GALANT. 229
Mariage , tourna la teſte
vers luy , & fe fépara de
la Compagnie
, pour fe
donner le plaifir d'aller
infulter à fa douleur.
Ah , Madame , qu'ay-je
veu , lui dit- il tout conf-
-terné ? Sa réponſe fut
qu'elle eftoit contente ,
puis que le chagrin où il
eſtoit luy faifoit connoiftre
que rien ne manquoit
-à fa vangeance. Alors
elle luy parla du Billet
trouvé , de fon Perfon-
*
250 MERCURE
#
nage d'Egyptienne , du
bonheur qu'elle avoit eu
de marier promptement
la Belle ; & aprés luy
avoir dit qu'il pouvoit
donner fon coeur fans
appréhender qu'elle y
miſt obſtacle , elle le quita
, en luy défendant de
la voir jamais. Il demeura
abîmé dans fa douleur,
& le defefpoir d'avoir
perdu par fon imprudence
la feule perfonne qu'il
fe fentoit capable d'aiGALANT
. 431
mer , le rendant i confolable
, il abandonna Paris
, pour cacher à ſes
Amis l'accablement où
il fe trouvoit. On ne m'a
point dit fila fierté de la
Dame l'a guérie de fon
amour. Je fçay ſeulement
que le Financier
adore la Belle , & que
l'abondance où elle eft
de toutes chofes ne
luy laiffe aucun fujet de
regreter ce qu'elle a perdu.
ON m'a conté une Avanture
du Carnaval , qui
vous fera voir que le
ve
ritable amour n'eft point
volontaire . Une Veuve
tres - bien faite , n'ayant
point d'Enfans , & eftant
encore dans ſes plus belles
années , joüiffoit avec
plaifir de la liberté que
luy donnoit le Veuvage.
Parmy ceux qui la voyoient
, un Cavalier d'un
fort
GALANT. 169
fort grand mérite , luy
rendoit des foins affez
affidus . Il avoit beaucoup
d'efprit , & fortoit d'une
Maiſon qu'une ancienne
Nobleffe égaloit aux plus
illuftres. La Dame , à qui
fon attachement eftoit
gloricùx , ſe fit un honneur
d'entreprendre fa
conquefte ; & pour ne la
manquer pas , elle cut
pour luy des manieres
engageantes
, qui luy firent
prendre un com-
Fanvier 1713 .
P
170 MERCURE
mencement d'amour. Il
luy conta des douceurs ,
luy dit cent fois qu'elle
eftoit aimable ; & le plaifir
de la voir luy eſtant :
fenfible , il crut l'aimer
tout de bon , & fans prendre
foin de bien connoiftre
fon coeur , il l'abandonna
à un penchant indifcret
qui l'obligea enfin
de fe déclarer. Cette
déclaration
fut receue
avec plaifir. On la fouhaittoit
depuis longGALANT
. 171 :
temps , & le Cavalier
plaiſant
à la Dame , l'affaire
euft efté prompte-
:
ment concluë
, fans l'obftacle
d'un vieil Oncle
dont il heritoit , & qui
s'eftoit mis en tefte de le
marier à fa fantaiſie. Cet
Oncle eftoit un Gentilhomme
d'Anjou , qui
pour retenir le Cavalier.
dans fon voifinage , taf
choit de luy ménager un
Party fort riche . La Demoiſelle
qu'il euft bien :
A
P ij
172 MERCURE
voulu luy faire époufer ,
n'avoit pas encore treize
ans. Elle eftoit laide
donnoit peu de marques
d'avoir un jour de l'efprit
, & tout fon mérite
eftant dans fon Bien , ce
feul avantage ne pouvoit
fuffire au Cavalier ,
pour qui la beauté eſtoit
un grand charme. Il dit
à la Dame qu'elle devoit
peu s'inquiéter d'une recherche
que l'on faifoit
malgré luy , & dans laGALANT.
73
quelle quantité de Concurrens
le traverſoient.
Il fut réfolu
, que pour
empefcher qu'elle n'euft
des fuites , il fe rendroit
auprés du vieil Oncle, &
que fans luy découvrir
qu'il cuft de l'engagement
, il le prieroit de le
laiffer libre dans le choix
d'une Maiftreffe . Il fit ce
voyage , & négocia fi
bien , que les Parens de
la Demoiſelle diférant
toûjours à s'expliquer
Piij
174 MERCURE
afin d'avoir à choisir entre
plus de Prétendans ,
le vieil Oncle luy permit
de fe marier felon
fon coeur. Il le quitta ,
fort ravi de ce fuccés:
fans luy avoir parlé de
la Dame , & à fon retour
il alla coucher chez un
Gentilhomme de fes
Amis , qui faifoit ſon ordinaire
fejour dans une
fort belle Terre à dix ou
douze lieues de Paris. Le
Gentilhomme le retint le
GALANT. 175
lendemain , & pour l'obliger
à ne point partir ,
il le pria d'un Soupé qu'il
donnoit ce jour - là mẹfme
à une fort belle Compagnie
, l'affurant qu'il
verroit des Dames d'un
affez bon air , & entr'autres
une tres aimable Parifienne
, en faveur de qui
il ne vouloit point le prévenir.
L'Aſſemblée eftoit
de dix ou douze Perfonnes
, de l'un & de l'autre
fexe . La Belle , dont
Piiij
176 MERCURE
le
Gentilhomme luy
avoit parlé , s'y trouva
avec fa Mere. C'eftoit
une grande Brune , dont
tous les traits eftoient
animez , & qui brilloit
d'un éclat que les plus indifferens
ne
fouftenoient
qu'avec
peine . Son ef
prit refpondoit
à ſa beauté.
Elle l'avoit délicat
& vif , & tant d'agrément
eftoit joint à fes
manieres , qu'elle ne difoit
ni ne faifoit rien qui
GALANT. 177
ne donnaft lieu de l'admirer.
Le Cavalier qui
avoit beaucoup d'uſage
du monde , trouva mo
yen d'entrer avec elle
dans une maniere de
converfation galante ; &
fi fa perfonne luy avoit
d'abord paru toute aimable
, il fut charmé de
fon entretien . Elle parloit
finement , & ſes reponfes
à ce qu'on luy
difoit d'obligeant , ef
toient accompagnées de
178 MERCURE
certains
regards qui pe
nétroient
juſqu'au
coeur,
Tant que dura le Soupé
, il eut les yeux attachez
fur elle ; & quand
il fut ſeul avec ſon Amy,
il ne luy put parler d'autre
choſe. Comme
il
il avoit fçu fon nom , il
luy demanda
dans quel
Quartier elle logeoit à
Paris ; fi elle y feroit
bientoft de retour , & fi
fa Famille eftoit fort confidérable.
Son Amy qui
GALANT . 179
remarqua fon empreffement
à s'informer d'elle ,
luy dit en riant
prift garde à luy , que la
Demoiſelle
eftoit dangereufe
, & qu'il devoit
› qu'il
bien fe confulter avant
que chercher à la mieux
connoiftre . Il adjouſta
qu'elle paffoit ordinairement
tout l'Eté à la
Campagne , qu'elle ef
toit d'une Maiſon plus
noble que riche › que
s'il l'alloit voir on le re180
MERCURE
cevroit la premiere fois
avec beaucoup de civilité
, mais qu'aſſurément
on l'obligeroit de s'expliquer
dés la feconde vifite,
fa Mere vivant dans
la plus exacte régularité ,
& s'alarmant auffi- tost
de la veuë d'un Homme
, qui rendoit des foins
fans parler de Mariage .
Le Cavalier refva un
moment , & ne voulut
plus fçavoir où logeoit
la Belle. Il partit le jour
GALANT: 181
fuivant , & quoy qu'il
puft faire pour bannir
l'image qu'il en conſervoit
, il n'en fceut venir
à bout. Cette charmante
Perfonne luy eftoit toufjours
préfente , & il rêntra
à Paris l'efprit remply
d'elle. La Dame
pour qui il avoit fait
ce voyage , fçavoit à peu
prés jour de fon arriv
ée , & comme en le
revoyant elle avoit lieu
d'attendre de luy de
182 MERCURE
grandes marques de
joye , il fe trouvoit fort
embaraſſé de ne pouvoir
fe montrer à elle qu'avec
un eſprit diftrait . Il alla
la voir fi toft qu'il fut de .
retour , & fans trop fçavoir
pourquoy
,
cacha qu'il eut gagné
le vieil Oncle , & fe contenta
de dire qu'ayant
commencé de l'ébranler,
il avoit laiffé auprés de
luy des Gens qui feroient
le refte. Il gagnoit du
il
luy
GALANT . 183
temps par là , & fi quelquefois
il luy efchapoit
quelque refverie , il s'en
excufoit fur les nouvelles
qu'il difoit avoir receues
moins favorables
que fa paffion ne ſe les
eftoit promifes. Cependant
par la maniere dont
fon coeur eftoit touché ,
pour avoir veu une ſeule
fois la belle Brune , il
ouvrit les yeux fur le
faux amour qu'il avoit
pris pour la Dame , &
184 MERCURE
ne fentant point pour
elle la force de ce panchant
, qui l'entraifnoit
malgré luy vers l'autre
il commença
de trembler
de l'engagement où
il s'eſtoit mis . La Dam
qui s'ennuyoit du retardement
, luy dit plufieurs
fois qu'elle avoit
du Bien pour lui , &
elle , & que l'intéreſt
n'ayant point de
part à fon amour , elle
eftoit preſte à lui en donpour
elle
ner
GALANT. 185 .
ner des preuves fenfibles,
en l'époufant fans l'aveu
de l'Oncle. Le Cavalier
oppofoit tousjours que
ce feroit renoncer à une
importante Succeffion ,
& qu'il valoit mieux fe
contraindre encore pendant
quelque temps , que
de s'expoſer
à faire une
pertè fi confiderable
. La
belle faifon finit , & le
Cavalier , guéry enfin
par le temps d'une idée
flateufe qui l'avoit trop
Tanvier
1713. Q
186 MERCURE
occupé , fe préparoit à
dire à la Dame que fon
amour n'avoit plus d'obftacle
, lors qu'eftantvenu
un matin chez elle , il vit
entrer tout d'un coup
une Perfonne affez né
gligée , qui la courant
embraffer , en fut embraffée
de mefme avec
de fort tendres marques
d'une amitié réciproque
.
C'eftoit juſtement la bel
le Brune , qui eftant arrivée
de la Campagne
le
GALANT. 187
föir précedent , avoit
voulu la furprendre fans
luy faire faire aucun meſfage.
Elle demeuroit dans
fa mefme rue , & ce voi,
finage avoit donné lieu à
leur amitié. Jugez de l'étonnement
du Cavalier ,
quifrappéencore plus vi
vement par cette feconde
yeuë , eut de la peine à
cacher fon trouble. Il fit
compliment à cette belle
Perfonne ; & de la maniere
qu'il le fit, la Dame
Q ij
188 MERCURE
connut que ce n'eftoit
pas la premiere fois qu'ils
fe voyoient. Elle apprit
la rencontre du Soupé ,
& dit au Cavalier en
riant , que comme il verroit
ſouvent fon Amie
chez elle , c'eſtoit à luy à
ſe munir de fidelité pour
fe fauver de fes charmes .
On plaifanta là - deffus
& la converfation devint
tres- fpirituelle . Le Cavalier
qui reprit foudain
fon premier feu , réfolur
GALANT. 189
plus que jamais de faire
valoir l'obftacle de l'Oncle.
Rompre avec la Da
me , fe faire aimer de la
Belle , & obtenir l'une
fans ſe la voir diſputer
par l'autre, c'eſtoient des
chofes qui luy paroif
foient comme impoffi
bles ; mais il aimoit }
& quelques difficultez
qu'on ait à combatre , il
pour
fe
fuffit qu'on aime
mettre en tefte que l'on
peut furmonter tout!
190 MERCURE
L'affiduité qu'il avoit de
puis long - temps auprés
de la Dame , luy donnoit
occafion de fe rencontrer
chez elle dans les heures
que la Belle choififfoit
pour la venir voir . Il en
manqua peu , & s'obfer
va avec tant de foin , que
s'il tâchoit de luy paroiftre
agreable , c'eftoitfeu
lement par un enjoüe→
ment d'efprit , auquel il
fembloit que le coeur
n'euft point de part. L
GALANT . 191
faifoit des Vers . La Belle
en faifoit auffi d'affez naturels
; & comme il luy
en donnoit devant la
Dame , qui marquoient
avec des expreſſions trespaſſionnées
, combien il
tiroit de gloire du choix
qu'il avoit fait pour ai
mer , elle ne faifoit aucune
façon d'en apporter
d'autres quelques jours
aprés , qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui meri192
MERCURE
toit le mieux d'eftre aimée.
Tous les Vers du
Cavalier eftant faits d'u
ne maniere qui les faiſoit
appliquer à l'engagement
qu'il avoit avec la
Dame , elle n'eut aucun
foupçon de cejeu d'efprit
qui fe pratiquoit ouvertement
, & qui paroiffoit
tourner à fon avantage.
Ce fut par là cependant
que le Cavalier vint
à bout de fon deffein . Un
jour que la Dame l'avoit
laiffé
GALANT. 193
>
laiffé feul avec la Belle
il luy dit , en luy jettant
des regards tout pleins
d'amour,qu'il faifoit parfaitement
, ce que fes
Vers luy faifoient connoiftre
qu'elle fouhaitoit
qu'il fit ; c'eſt- à dire qu'il
aimoit
tousjours de plus
en plus la belle Perfonne
pour qui les fiens eftoient
faits. La Belle luy répondit
que fon Amie eftoit
trop aimable
pour n'inf
pirer pas la plus forte
Fanvier 1713. R
194 MERCURE
paffion ; & fur ce qu'il
adjouſta qu'il ne ſe tiendroit
heureux , que quand
fes Vers luy plairoient ,
faits pour une autre que
fon Amie , elle rougit,
demeura embaraſſée,
& quelque effort qu'elle
pour
fit
pour
cacher fon trouble
en détournant
le difcours
, il s'aperceut
aiſément
qu'elle eftoit entrée
dans ce qu'il avoit voulu
luy faire entendre , &
eut grande joye d'avoir
GALANT . 195
fait ce
premier pas. La
Dame rentra , & le Cavalier
demeura fort enjoüé.
Il fit d'autres Vers.
La Belley répondit à fon
ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmentet
tousjours ſa paſfion
, luy faiſant croire
qu'elle confentoit à eſtre
aimée , il réfolut de fe déclarer
fans aucun détour,
& profita pour cela des
moindres
occafions qu'il
cut de luy parler feul,
Rij
196 MERCURE
La Belle le traita d'extravagant
; mais quoy qu'elle
fit des plaifanteries de
tout ce qu'il luy diſoit de
paffionné , elle l'écoutoit
quoy qu'il vouluſt dire ';
ou fi quelquefois la bienféance
l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit
la honte que fon infidelité
luy attireroit , la
douceur de fes regards
l'invitoit fecretement à
eftre infidelle, Comme
GALANT. 197
des
jamais il n'avoit
momens
à l'entretenir
, il
que
ne pouvoit s'expliquer
affez pour luy ofter ſes
fcrupules ; mais c'eftoit
tousjours beaucoup pour
fuy , qu'elle connuſt les
fentimens de fon coeur.
& qu'elle en fift un ſecret
à fon Amie. Tandis
que fa paffion prenoit
d'agreables efpérances
il arriva une choſe qui
luy fit croire que tout
confpiroit à le rendre
,
R iij
198 MERCURE
20
9: heureux. Un Financier ,
Favory de la Fortune ,
& qui fans aucun mérite
eftoit parvenu à de
grands Biens , ayant veu
la Dame en quelque lieu ,
fe laiffa piquer de fon
agrément , & ne doutant
point que le brillant de
fon or n'euft dequoy
charmer les plus délicates
, il la vint voir dés le
lendemain , & débuta
par le mariage. Il n'aimoit
point à languir , &
THEQUE
BEE
GALANT. 12
prompte déclar
une fi
tion luy épargnoit des
cerémonies d'Amant qui
YON
DE
LA
VILLE
n'eftoient point de fon
caractere.Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre
ébloüye par le
Bien , elle crût que fes
affaires n'en iroient que
mieux , fi le Cavalier
craignoit de la perdre ;
& dans cette veuë , elle
répondit avec beaucoup
de reconnoiffance à la déclaration
du Financier ,
R iiij
100
MERCURE
& le pria feulement de
luy accorder un mois ,
pendant lequel ils fe connoiftroient
l'un l'autre.
Leterme eftoit long pour
luy . Il vouloit conclure ;
& fi la Dame l'euft crû ,
deux jours auroient terminé
la chofe . Il falut
pourtant qu'il s'accommodaft
du retardement
.
Elle conta l'avanture au
Cavalier , & la crainte
qu'il devoit avoir d'un
Rival fi
redoutable , ne
GALANT. 201
luy donna point plus
d'empreffement pour l'époufer.
Il dit à la Dame,
que plus la Fortune la
favorifoit , plus il fe
croyoit indigne qu'elle y
renonçaft pour luy , s'il
ne s'affuroit la Succeffion
de l'Oncle ; que cet Oncle
refuſoit tousjours de
s'expliquer , & qu'il falloit
attendre fa mort , qui
ne pouvoit qu'eftre proche
ou que fes Amis
euffent obtenu le confen
402 MERCURE
tement qu'il luy faifoit
demander. Il cruft la rebuter
par cette réponſe ,
& elle de fon cofté demeura
perfuadée qu'en
voyant fouvent le Financier
, elle le rendroit jaloux
, & que craignant
qu'elle ne changeaft ,
égards
il cefferoit d'avoir les
qui
choient de conclure Ainfi
elle fit tousjours bon
vifage au Financier
quoy que fes manieres
>
l'empefGALANT.
203
luy dépluffent ; & le Cavalier
par politique , luy
témoignoit quelquefois
qu'il en eftoit alarmé.
Elle répondoit qu'il avoit
fujet de l'eftre , que les
Femmes n'eftoient pas
tousjours conftantes , &
qu'un Financier qui offroit
toute forte d'avantages
, eftoit un Rival à
craindre. Le Cavalier ñe
fouhaitant rien plus ardemment
que de le voir
infidelle , luy diſoit en
204 MERCURE
ſoûpirant , que s'il arrivoit
que fon Rival fuft
heureux , il ne ſe plaindroitque
de fon malheur.
Pendant ce temps , le Financier
vit la belle Bru
ne. Comme elle plaifoit
à tout le monde , il ne
faut pas s'eftonner fi elle
luy plut. Il apprit qui
elle eftoit , & dit à la
Dame fort naïvement
qu'il eftoit fafché de ne
l'avoir pas connuë avant
elle ; qu'ayant tres - peu
GALANT. 205
de fortune , elle auroit
fur l'heure conſenti à l'efpoufer
, & n'euft pas mis
fon amour à une filongue
efpreuve. Cela luy
donnoit un nouveau prétexte
de preffer la Dame,
qui aprés pluſieurs remifes
eftoit fort embaraffée
de fe voir enfin dans les
derniers jours du Carnaval.
Le Financier prenoit
pour affront qu'elle prétendit
le faire encore attendre
aprés Pafques ; &
206 MERCURE
comme le temps qu'il
avoit efté contraint de
luy accorder , étoit expiré
depuis plus de quinze
jours , il vouloit abfolument
terminer ou
rompre
. Les chofes
eftoient
en cet eftat, quand
le Cavalier flaté des marques
d'estime qu'il rece,
voit de la belle Brune ,
crut qu'il y alloit de tout
fon bonheur de s'expliquer
avec elle plus pré:
cifément qu'il n'avoit
GALANT . 207
fait . Il l'attendit à l'Egli .
fe, d'où il revint plufieurs
fois fans luy parler , parce
qu'elle accompagnoit
fa Mere ; & enfin l'ayant
un jour trouvée feule , il
l'arrefta dans le temps
qu'elle en fortoit. La
Belle , à qui les occafions
de l'efcouter n'eftoient
pas tousjours préfentes ,
receut affez agreablement
tout ce qu'il luy dit
de fon amour ; & commeil
la preffoit de ſe dé208
MERCURE
clarer , elle répondit que
lors qu'il feroit fans engagement,
il n'auroit pas
lieu de fe plaindre d'elle.
L'inquiétude qu'elle fit
paroiftre d'eftre dans un
Lieu où elle pouvoit eſtre
obfervée , l'obligea de la
prier de luy en marquer
un autre , où il puſt en
liberté luy faire connoiftre
qu'elle n'avoit rien à
craindre d'un engagement
qui eftoit preſt de
finir. Elle ne luy fit aucune
GALANT . 209
cune réponſe , ſon Amie
ayant paru dans le mefme
temps. Elle venoit à
l'Eglife , & les avoit apperceus
de loin. L'action
avec laquelle
ils parloient
, luy ayant eſté
fufpecte , elle fut furpri
fe , quand elle aborda
la Belle , de la voir embaraffée.
Elle feignit de
ne le point remarquer ,
& aprés quelques paroles
des plus obligeantes ,
elle la quitta , & donna
Fanvier 1-13.
S
210 MERCURE
la main au Cavalier. Ils
entrerent à l'Eglife , &
la Belle alla chez elle . La
Dame eut déslors quelque
foupçon de l'amour
du Cavalier , & l'impatience
de s'en éclaircir ne
luy coufta pas de longues
peines , puifque le
hazard la fatisfit dés le
lendemain
. Elle régaloit
le foir une belle Compagnie
; & le Cavalier
qui s'eftoit rendu chez
elle avant tous les autres ,
,
GALANT. 211
laiffa tomber un Billet.
Elle mit le pied deſſus
fans qu'il y prift garde ,
& fe baiffantcomme pour
remedier à un Soulier
qui l'incommodoit , elle
s'en faifit adroitement.
& l'alla lire fi-toft qu'il
fut venu d'autre monde,
Elle reconnut foudain
l'écriture de la Belle. Le
Billet portoit , que s'il
vouloit continuer la converfation
dans laquelle
ils avoient efté interrom-
S ij
212 MERCURE
pus le jour précedent , il
pouvoit fe rendre fur les
onze heures du foir chez
Madame la Marquiſe de..
à qui on donnoit le Bal ;
que cette Maiſon eſtant
tres- voifine , elle y viendroit
en Egyptienne , &
qu'il pourroit luy faire
connoiftre s'il eftoit vray
que fa bonne fortune dépendiſt
d'elle. La lecture
de ce Billet convainquit
la Dame de l'intelligence
du Cavalier & de fon
GALANT . 213
Amie. Pour mieux fçavoir
jufqu'où elle alloit ,
elle fongea auffi - toſt à
prendre la place , ne dou
tant point que l'amourne
rendift le Cavalier dili
gent , & qu'elle ne puft
prévenir la Belle , en ve
nant au lieu marqué avant
l'heure qu'elle luy a
voit donné. Elles eftoient
toutes deux de la mefme
taille , & fous un mafque
, elle pouvoit déguifer
fa voix. Ce deffein ef
214 MERCURE
tant formé , elle donna
ordre à fa Suivante , de
luy tenir preſt un Habit
d'Egyptienne , & vint
retrouver la Compagnie
dans un enjoüement qui
ne pouvoit mieux cacher
qu'elle euft quelque chofe
en tefte . On foupa , &
incontinent aprés , elle
propofa diverfes tables de
Jeu. Elle fe mit d'une partie
d'Hombre; & leCavalier
qui avoit prié qu'on
le difpenfaft d'en eftre ,
1
GALANT . 215
fe retira dans le mefme
temps qu'il luy vit tenir
des Cartes. La Dame n'en
perdit point. Elle obligea
une Amie de prendre fon
Jeu pendant une heure ,
& eftant montée dans
fon Cabinet , elle s'habilla
fort
promptement
, &
courut au rendez - vous .
Elle eut bien- toft apperçeu
le Cavalier , qui
dans fon impatience obfervoit
tous les Maſques
qui entroient , & qui
216 MERCURE
voyant une Egyptienne ,
fut aifément trompé par
fa taille. Elle luy dit , en
le tirant un peu à l'écart ,
que fa ponctualité luy
devoit faire connoiftre
combien elle avoit trou
vé de charmes dans la
converfation qu'elle venoit
luy donner moyen
de pourfuivre. Les remercimens
du Cavalier furent
meflez de mille affurances
du plus tendre amour
, & aprés qu'il en
eur
GALANT. 217
cut exageré toute la force
, il luy dit qu'elle devoit
avoit l'efprit en repos
fur les reproches qui
lui
paroiffoient à craindre
du cofté de fon .
Amie ; qu'eftant réfolu
de ne
l'efpoufer jamais ,
il s'en
défendoit depuis
plus de quatre mois , fur
le prétendu obftacle d'un
Oncle qui ne lui cauſoit
aucun
embarras ; que rebutée
des
longueurs de
cet obftacle
Fanvier 1713 .
elle avoit
T
418 MERCURE
prefté l'oreille à un Financier
, dont le grand
Bien commençoit
à l'ébloüir
qu'il fe conduiroit
de fortequ'il l'obligeroit
enfin à ne pas laiffer
efchaper une fi grande
fortune ; & que quand
le Financier l'auroit efpoufée
, rien ne s'oppo
fant à leur amour , il leur
feroit fort aifé de le faire
réuffir , fans que l'un ny
l'autre en receuffent aus
cun blâme. La Dame
GALANT. (-119
feignit d'eftre fort contente
, & dit que pour
veu qu'il fuft conftant ,
elle voyoit tout à efperers
mais qu'il prift bien garde...
Il ne fouffrit point
"
qu'elle achevaft , & mille
fermens qui luy firent
voir la plus violente paffion
, furent la fin de cet
entretien
. La Dame parlant
tousjours au nom de
la Belle , témoigna craindre
que fa Mere qu'elle
-diſoit avoir laiffée endor-
Tij
240 MERCURE
mie , ne la demandaſt fi
elle venoit à s'éveiller ,
& elle fe hafta de fortir
fous ce prétexte. Le Ca-
-valier voulut la condui
re ; mais elle ufa d'une
autorité fi abfoluë pour
le faire demeurer , qu'il
fut contraint de luy
obeïr. Il refta peu dans
cette Aflemblée , & alla
chez luy refver en repos
à fon bonheur. La Belle
n'eftant venue qu'à minuit
, parce que fa Mere
GALANT. 12 #
s'eftoit couchée tard , l'at
tendit jufqu'à une heure,
& s'en retourna pleine
de dépit qu'il euft fäit ſi
peu de cas du feul rendez-
vous qu'il avoit eu
d'elle. Ce que je viens de
yous dire arriva le Jeudy
gras. Le lendemain , le
foin de la Dame fut d'e
•
xécuter ce qu'elle avoit
médité toute la nuit . Le
Financier vint la voir ; &
la preffa , comme il avoit
déja fait plus d'une fois ,
Tiij
22 MERCURE
de luy déclarer détermi
nement ce qu'elle avoit
réfolu de faire. Quelque
Bien qu'il euft , elle ne
balançoit point à demeurer
tousjours Veuve
plutoft que de faire un
choix qui gefnaft ſon
coeur , mais le Financier
luy eftoit utile pour la
yangeance qu'elle s'eſtoit
propolée. Elle connoiffoit
fon foible , & le
.
yoyant
dans l'enteſte
..
ment de ſe marier
avant
GALANT. 223
le Carefme , elle affecta
une bonne foy dont il
n'avoit aucun intéreſt à
développer
la caufe,
Aprés lui avoir marqué
grande paffion de le voit
tousjours de fes Amis
elle luy dit qu'elle avoit
tafché de rompre un engagement
fecret que le
Cavalier & elle avoient
pris enfemble , & què
n'en pouvant
venir à
4
bout , elle le prioit , puis
qu'il eftoit impoffible
Tiiij
124 MERCURE
qu'elle fe donnaft à lui ;.
de vouloir bien eſpouſer
une autre elle- mefme ;
qu'il connoiffoit fon Ame
; qu'elle eftoit tresbelle
, avoit mille bonnes
qualitez , & qu'en failant
la fortune d'une Fille de
naiffance , il trouvoit &
moyen de fe rendre heu
reux. Le Financier , dont
les yeux régloient l'amour
, n'eut aucune per
ne à confentir à l'échange.
Il répondit que la.
GALANT. 223
a
Demoiſelle luy plaifoit
affez , mais qu'il ne vou
doit donner aucune paro
le , à moins qu'on ne
Faffuraft que le Mariage
fe feroit en vingt- quatre
heures. La Dame qui ne
fouhaitoit rien tant que
la promptitude , fe chargea
du foin de cette affaire
, & luy demanda
le refte du jour pour la
propofer à la Mere de la
Belle. Jamais propofition
ne pouvoit donner plus :
226 MERCURE
de joye à cette Meré . II
fut arrefté qu'on garderoit
le fecret , & que 122
Fille elle mefme n'apren--
droit rien de ce Mariage
,
que dans le moment qu'il
faudroit qu'elle fignaft.
Le jour fuivant , qui ef
toit le Samedi , la Dame
amena le Financier chez
la Mere. Il l'entretint en
particuliers Le Notaire :
vint , & l'on fit alors fçavoir
à la Belle pourquoy
onl'avoit mandé . Le ton
GALANT . 227
abfolu dont fa Mere luy
parla , la haute fortune
que lui affuroit ce Maria!
ge , & le fujet qu'elle
croyoit avoir de fe plain
dre des mépris du Cava
lier , tout cela lui fit une
impreffion fi forte , qu'el
le figna comme on le
voulut. Le Financier
plein de joie , alla donner
ordre aux Bans , &
en fit publier un le lendemain
à la grande Mef
fe , aprés laquelle on les
28 MERCURE
maria . La Cerémonie ver
noit d'eftre faite , quand
le Cavalier entra dans
l'Eglife . Il connut bientoft
par l'empreffement
des Curieux , qu'il y
avoit une Mariće ; & en
tendant dire qu'elle eftoit
de qualité , il s'avança
pour la voir. Quel coup
de foudre quand il remarqua
la Belle ! Il fit
un cry qui furprit tous
ceux qui l'entendirent .
La Dame , qui eftoit du
n..
GALANT. 229
Mariage , tourna la teſte
vers luy , & fe fépara de
la Compagnie
, pour fe
donner le plaifir d'aller
infulter à fa douleur.
Ah , Madame , qu'ay-je
veu , lui dit- il tout conf-
-terné ? Sa réponſe fut
qu'elle eftoit contente ,
puis que le chagrin où il
eſtoit luy faifoit connoiftre
que rien ne manquoit
-à fa vangeance. Alors
elle luy parla du Billet
trouvé , de fon Perfon-
*
250 MERCURE
#
nage d'Egyptienne , du
bonheur qu'elle avoit eu
de marier promptement
la Belle ; & aprés luy
avoir dit qu'il pouvoit
donner fon coeur fans
appréhender qu'elle y
miſt obſtacle , elle le quita
, en luy défendant de
la voir jamais. Il demeura
abîmé dans fa douleur,
& le defefpoir d'avoir
perdu par fon imprudence
la feule perfonne qu'il
fe fentoit capable d'aiGALANT
. 431
mer , le rendant i confolable
, il abandonna Paris
, pour cacher à ſes
Amis l'accablement où
il fe trouvoit. On ne m'a
point dit fila fierté de la
Dame l'a guérie de fon
amour. Je fçay ſeulement
que le Financier
adore la Belle , & que
l'abondance où elle eft
de toutes chofes ne
luy laiffe aucun fujet de
regreter ce qu'elle a perdu.
Fermer
Résumé : HISTOIRE.
Le texte narre une aventure carnavalesque impliquant une veuve jeune et belle, jouissant de sa liberté, et un cavalier de grande valeur qui lui rend des visites régulières. La veuve, flattée par son attachement, cherche à le conquérir et finit par lui inspirer un début d'amour. Cependant, le cavalier est contraint par un vieil oncle de considérer un mariage avec une jeune fille riche mais laide. Pour éviter cette union, le cavalier négocie avec son oncle et obtient la liberté de choisir sa maîtresse. Lors d'un souper chez un ami, le cavalier rencontre une belle brune qui le charme profondément. De retour à Paris, il est troublé par cette nouvelle rencontre et commence à douter de ses sentiments pour la veuve. La veuve, ignorant ses tourments, lui propose de l'épouser sans l'accord de l'oncle. Le cavalier, de plus en plus épris de la brune, cherche à rompre avec la veuve sans la blesser. Un jour, la brune rend visite à la veuve, et le cavalier, surpris, doit cacher son trouble. Il continue de voir les deux femmes, utilisant des poèmes pour exprimer ses sentiments sans éveiller les soupçons. Finalement, il parvient à déclarer son amour à la brune, qui, bien que troublée, garde le secret. La situation se complique lorsque un financier riche déclare son amour à la veuve, qui accepte de le fréquenter pour rendre le cavalier jaloux. Le cavalier, malgré cette nouvelle menace, reste déterminé à conquérir la brune. La veuve refuse de renoncer à sa relation avec le cavalier tant qu'il ne lui assure pas la succession de son oncle. Cet oncle refuse de s'expliquer, et la veuve espère le rendre jaloux en fréquentant le financier. Le cavalier, de son côté, feint d'être alarmé par cette situation mais espère que la veuve sera infidèle. Le financier, quant à lui, rencontre la belle brune et exprime des regrets de ne pas l'avoir connue plus tôt. La veuve est pressée par le financier de prendre une décision avant Pâques. Pendant ce temps, le cavalier tente de s'expliquer avec la belle brune, qui accepte de l'écouter mais exige qu'il se déclare sans engagement. Leur conversation est interrompue par une amie de la belle brune, qui suspecte une liaison entre eux. La veuve, soupçonnant une relation entre le cavalier et la belle brune, décide de se déguiser en égyptienne pour rencontrer le cavalier à un rendez-vous. Elle apprend ainsi que le cavalier est prêt à épouser la belle brune pour éviter le financier. Pour se venger, la veuve organise rapidement le mariage entre la belle brune et le financier. Lors de la cérémonie de mariage, le cavalier découvre la supercherie et est dévasté. La veuve lui révèle alors comment elle a orchestré la situation et lui interdit de la revoir. Le cavalier, accablé par la perte de la veuve, quitte Paris. La veuve et le financier vivent heureux, et le financier adore la belle brune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 183-201
QUI RÉPOND paye. Avanture du Carnaval.
Début :
Un jeune Officier, plein de merite, trés-riche et trés-genereux, [...]
Mots clefs :
Aventure, Carnaval, Officier, Avarice, Traiteur, Santé, Logis, Café, Carrosse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUI RÉPOND paye. Avanture du Carnaval.
QJJI REP 0 N D
paye.
AvMtmt du Carnaval. i uN jeune Officier;
plein de mérité, trés-riche
& très-genereux,
nais sujet à oublier les
parties de plaisir, parce
q1u'il en avoit trop à choi- sir,s'etant rencontre'ddepuis
quelques jours chez
une Dame de qualité,
quiregaloit plusieurs d
ses amies & de ses amis
fut prié de la fête par u
ami conlrnun" de cett
Dame&delui.Cetam
étoit aussijeune,riche, 8
avoit quelque mérité
mais il étoit d'une ava
rice qui n'auroit pas me
meété pardonnable à un
vieillard. Ce jeuneavar
étoit amoureux d'un
veuve, amie de la Da
me, qui donnoit souven
des foupers,& c'est pou
cela
cèla qu'il en avoit procuré
la connoissance à
celle qu'il aimoit beaucoup:
mais pas assez pour
se résoudre à lui donner
des cadeaux à ses dépens.
Toute son étude
étoit de; lui en procurer
:jui ne lui coûtassent
tien, Revenons au jeune
Pfhcier..,.. Iln'étoit pas
lâché de donner des repas
: mais il n'écoit pas
rien aised'être la dupe
le l'autre.lts étoient
tous deux du souper de
la Dame, & la bonne
chere qu'on y fit donna
occasion au jeune avare
de louer celle que le jeune
liberal faisoit ordinairement
à ses amis:
ensuite, pour l'engager
, L£.' dl\. 'J - a offrir a dîner a la com
pagnie dont sa maîtresse
étoit, il donna envie aux
Dames d'aller voir un
appartement que l'autre
avoit fait nouvellement
ajuster.Undîner dans
cet appartement fut offert
; &; le jour étant
pris, l'on se donna rendez-
vous chez la Dame
où l'on étoit, pour aller
tous ensemble au dîner
promis. Comme il y avoit
eu deux jours d'intervale,
le dîner fut oublié
par l'Officier: mais
il ne le fut pas par le
jeune avare, qui eut foin
de rassembler tous les
convives chez la Dame,
comme on en etoit convenu
,8c tous ensemble
furent de-,,tré's - bonne
heure, cest- à
-
dire dés
midi, pour voir à loisir
l'appartement & les nouveaux
ajustemens avant
l'heure du dîner. Chacun
monta en carosse,
& l'on se rendit à la maison
, où l'on ne trouva
qu'un laquais & sa cuisîniere
,
qui assurerent
que leur maître nevient
droit pas dîner chez luï
Quelques-uns de la com
pagnie rirent beaucoup
d'un pareil oubli; quelques
autres en furent fâchez
: Se le jeune ava- re, qui prenoitlibrement
& genereusement
son parti chez autrui,
dit à la compagnie qu'
elle ne s'embarassât pas,
& qu'il seroit les honneurs
de la maison de
son ami ; qu'on n'avait
qu'à voir l'appartement,
6c que le dîner viendroit
ensuite.Toute la
compagnie accepta ce
parti; car on connoissoit
le maître de la maison
pour homme qui eti.
tendoit raillerie, & qui
ne se fâcheroit pas qu'-
on l'eût puni de son oubli.
Le jeune avare fut
chez un grand Traiteur,
qui n'etoit pas loin de
là, dont se servoit fouT
vent son ami, & dont
il se servoit lui -mêtra
une fois par an quand il
y étoit forcé. Il cotai
manda un repas magni.
fique, qu'il répondit de
payer au Traiteur,en
casque celui qui le donnoit
ne le payât pas. Il
croyoit bien ne rien risquer,
8c comptoit fort
sur la generofîcé de son
ami.Ledîner fut préparé
, & porté dans l'appartement,
où l'on n'épargna
rienpour sebien
réjouir. La fanté de l'hâte
absent fut bûë plusieurs
fois, & l'on fit venir
violons & hautbois
pour danser jusqu'au
foir. Lemaîtredulogis
revint chez lui dans le
fort de laréjoüissance;
& comme il oublioit
parfaitement ce qu'il oublioit,
il fut trés-surpris
de trouver une espece de
noce dans sa maison , qu'il avoit laissée le matin
si tranquille : mais
dés qu'il vit la compagnie,
sa surprisesetourna
bientôten joye.Il
fit
sit de son mieux, & augmenta
le plaisirdes autres
, en le partageant de
bonne grace: mais il ne
laissa pas de méditer une
cfpece de vengeance de
celui qui avoit fait si librement
les honneurs de
chezlui.Il feignit d'avoir
une petite affaire pour
une demi - heure seulement;
aprés quoy ilrevint
chez lui passer encore
quelques heures,
& pria ensuitela compagnieque
la fête ceL;,
fât surlesneuf oudix
heures, de peur que les
violons dans un temps
decarnaval ne 14 atçii
rassent les masques. On
cessa donc de danser, &
l'h,ô,ce: proposa au jeune
avare de donner ducaffé
chez lui: ce qu'il acceptat
de bon coeur ; car il n'é-
£oit plus questionde souper
aprés un si grand repas,
& de plus, il se piquoit
d'avoir un offiçi.y|
quifaisoitle meilleur
caffé de Paris, S>C il prenoit
sa revanche encaffé
de tous les grands repas
qu'on lui donnoit.
On remonta donc en
carosse, on arriva chez
lui sur lesdix heures.
Il descendit le premier,
& pensa tomber de son
haut,à l'ouverture de
sa porte,quandilvitsa
cour, sonsalon & son
jardin éclairez d'une itlumination.
Toute la
compagnie lui fie des
complimens de sa galanterie
:mais il étoit muet
d'étonnement; & ce sut
bien autrement, quand
il vit en entrant dans sa
sale une table servie superbement,
un busses
magnifiquement, orné
< ëC qu'il entendit un moment
apras les violon
dans son jardin. La si
tuation où il setrouvoit
ne se peut gueres bien
imaginer;car toutesle
Dames étoient surprises
de bonne foy de voir la
fête que cet avare leur
avoit preparée, & lui
n'avoit pas la force d'en
recevoir, ni d'en refuser
les complimens. Il prit
son homme un moment
en particulier
, & lui demanda
si c'étoit lui ou le
diable qui avoit préparé
cette fête sans son ordre.
La premiere réponse que
son homme lui fit fut
de luirire au nez;car il
s'étaitdéjà enyvré au
buffetv?&: fqn3 m?iftrc
ne put tcirerdeluid'autreréponse
que,Ne
'llOJfJ",fâchezpasMonsieur,
ilne vouf en coû-,
tera rien. Un autre valet
moinsyvre :lui-,c6hfirma
lamêmechose, en
lui disant Quiert effet il
îveiui en-cotîtcroicrien,
s'ilnevouloit.Ilseconsolaun
moment,dans
ecxetptleieqsupeerrcaentctee,é&ncsigemfiet.,
On lui dit qu'onavoit
raitapporter coût cela
chez lui par un hommes
quiétoit en effet un diablepour
les impromptu ;
que le Traiteur s'étoit
jointàcet homme, &
que l'amichez qui il avoit
dîné avoit répondue
à cesgens là du payementdetoutes
choses.
il salutealler rejoindre
les Dames;qui demandoientà
cor & à cri ce..¡
lui qui les regaloitsimagnifiquement.
On étoit
déja à table 5iI futcontraint
des'y mettre, plus
troublé&plusagité que
s'il eût eu chez luiàdej
voleurs. Enfin l'auteur
de ce regal éclaircitle
fait à forcede plaisanteries,
& commençaà
l'assurerqu'il neluien
coûteroit pas un
fouJ
puis qu'il avoitrépondu
de toute la dépense qui
se feroit chez lui: mais
lui dit-il un
moment
âpres•, vous avez aussi
promis de payer toute
la dépense de mon dîner,
si je ne la payois pas,
&je vous protc'fie que
si je paye vôtre souper,
dont j'ai répondu,vous
payerez mon dîner, qu'-
on nY'.a1 preparé que par
vos ordres, S£ rien n'est
plus juste: payeQ.
paye.
AvMtmt du Carnaval. i uN jeune Officier;
plein de mérité, trés-riche
& très-genereux,
nais sujet à oublier les
parties de plaisir, parce
q1u'il en avoit trop à choi- sir,s'etant rencontre'ddepuis
quelques jours chez
une Dame de qualité,
quiregaloit plusieurs d
ses amies & de ses amis
fut prié de la fête par u
ami conlrnun" de cett
Dame&delui.Cetam
étoit aussijeune,riche, 8
avoit quelque mérité
mais il étoit d'une ava
rice qui n'auroit pas me
meété pardonnable à un
vieillard. Ce jeuneavar
étoit amoureux d'un
veuve, amie de la Da
me, qui donnoit souven
des foupers,& c'est pou
cela
cèla qu'il en avoit procuré
la connoissance à
celle qu'il aimoit beaucoup:
mais pas assez pour
se résoudre à lui donner
des cadeaux à ses dépens.
Toute son étude
étoit de; lui en procurer
:jui ne lui coûtassent
tien, Revenons au jeune
Pfhcier..,.. Iln'étoit pas
lâché de donner des repas
: mais il n'écoit pas
rien aised'être la dupe
le l'autre.lts étoient
tous deux du souper de
la Dame, & la bonne
chere qu'on y fit donna
occasion au jeune avare
de louer celle que le jeune
liberal faisoit ordinairement
à ses amis:
ensuite, pour l'engager
, L£.' dl\. 'J - a offrir a dîner a la com
pagnie dont sa maîtresse
étoit, il donna envie aux
Dames d'aller voir un
appartement que l'autre
avoit fait nouvellement
ajuster.Undîner dans
cet appartement fut offert
; &; le jour étant
pris, l'on se donna rendez-
vous chez la Dame
où l'on étoit, pour aller
tous ensemble au dîner
promis. Comme il y avoit
eu deux jours d'intervale,
le dîner fut oublié
par l'Officier: mais
il ne le fut pas par le
jeune avare, qui eut foin
de rassembler tous les
convives chez la Dame,
comme on en etoit convenu
,8c tous ensemble
furent de-,,tré's - bonne
heure, cest- à
-
dire dés
midi, pour voir à loisir
l'appartement & les nouveaux
ajustemens avant
l'heure du dîner. Chacun
monta en carosse,
& l'on se rendit à la maison
, où l'on ne trouva
qu'un laquais & sa cuisîniere
,
qui assurerent
que leur maître nevient
droit pas dîner chez luï
Quelques-uns de la com
pagnie rirent beaucoup
d'un pareil oubli; quelques
autres en furent fâchez
: Se le jeune ava- re, qui prenoitlibrement
& genereusement
son parti chez autrui,
dit à la compagnie qu'
elle ne s'embarassât pas,
& qu'il seroit les honneurs
de la maison de
son ami ; qu'on n'avait
qu'à voir l'appartement,
6c que le dîner viendroit
ensuite.Toute la
compagnie accepta ce
parti; car on connoissoit
le maître de la maison
pour homme qui eti.
tendoit raillerie, & qui
ne se fâcheroit pas qu'-
on l'eût puni de son oubli.
Le jeune avare fut
chez un grand Traiteur,
qui n'etoit pas loin de
là, dont se servoit fouT
vent son ami, & dont
il se servoit lui -mêtra
une fois par an quand il
y étoit forcé. Il cotai
manda un repas magni.
fique, qu'il répondit de
payer au Traiteur,en
casque celui qui le donnoit
ne le payât pas. Il
croyoit bien ne rien risquer,
8c comptoit fort
sur la generofîcé de son
ami.Ledîner fut préparé
, & porté dans l'appartement,
où l'on n'épargna
rienpour sebien
réjouir. La fanté de l'hâte
absent fut bûë plusieurs
fois, & l'on fit venir
violons & hautbois
pour danser jusqu'au
foir. Lemaîtredulogis
revint chez lui dans le
fort de laréjoüissance;
& comme il oublioit
parfaitement ce qu'il oublioit,
il fut trés-surpris
de trouver une espece de
noce dans sa maison , qu'il avoit laissée le matin
si tranquille : mais
dés qu'il vit la compagnie,
sa surprisesetourna
bientôten joye.Il
fit
sit de son mieux, & augmenta
le plaisirdes autres
, en le partageant de
bonne grace: mais il ne
laissa pas de méditer une
cfpece de vengeance de
celui qui avoit fait si librement
les honneurs de
chezlui.Il feignit d'avoir
une petite affaire pour
une demi - heure seulement;
aprés quoy ilrevint
chez lui passer encore
quelques heures,
& pria ensuitela compagnieque
la fête ceL;,
fât surlesneuf oudix
heures, de peur que les
violons dans un temps
decarnaval ne 14 atçii
rassent les masques. On
cessa donc de danser, &
l'h,ô,ce: proposa au jeune
avare de donner ducaffé
chez lui: ce qu'il acceptat
de bon coeur ; car il n'é-
£oit plus questionde souper
aprés un si grand repas,
& de plus, il se piquoit
d'avoir un offiçi.y|
quifaisoitle meilleur
caffé de Paris, S>C il prenoit
sa revanche encaffé
de tous les grands repas
qu'on lui donnoit.
On remonta donc en
carosse, on arriva chez
lui sur lesdix heures.
Il descendit le premier,
& pensa tomber de son
haut,à l'ouverture de
sa porte,quandilvitsa
cour, sonsalon & son
jardin éclairez d'une itlumination.
Toute la
compagnie lui fie des
complimens de sa galanterie
:mais il étoit muet
d'étonnement; & ce sut
bien autrement, quand
il vit en entrant dans sa
sale une table servie superbement,
un busses
magnifiquement, orné
< ëC qu'il entendit un moment
apras les violon
dans son jardin. La si
tuation où il setrouvoit
ne se peut gueres bien
imaginer;car toutesle
Dames étoient surprises
de bonne foy de voir la
fête que cet avare leur
avoit preparée, & lui
n'avoit pas la force d'en
recevoir, ni d'en refuser
les complimens. Il prit
son homme un moment
en particulier
, & lui demanda
si c'étoit lui ou le
diable qui avoit préparé
cette fête sans son ordre.
La premiere réponse que
son homme lui fit fut
de luirire au nez;car il
s'étaitdéjà enyvré au
buffetv?&: fqn3 m?iftrc
ne put tcirerdeluid'autreréponse
que,Ne
'llOJfJ",fâchezpasMonsieur,
ilne vouf en coû-,
tera rien. Un autre valet
moinsyvre :lui-,c6hfirma
lamêmechose, en
lui disant Quiert effet il
îveiui en-cotîtcroicrien,
s'ilnevouloit.Ilseconsolaun
moment,dans
ecxetptleieqsupeerrcaentctee,é&ncsigemfiet.,
On lui dit qu'onavoit
raitapporter coût cela
chez lui par un hommes
quiétoit en effet un diablepour
les impromptu ;
que le Traiteur s'étoit
jointàcet homme, &
que l'amichez qui il avoit
dîné avoit répondue
à cesgens là du payementdetoutes
choses.
il salutealler rejoindre
les Dames;qui demandoientà
cor & à cri ce..¡
lui qui les regaloitsimagnifiquement.
On étoit
déja à table 5iI futcontraint
des'y mettre, plus
troublé&plusagité que
s'il eût eu chez luiàdej
voleurs. Enfin l'auteur
de ce regal éclaircitle
fait à forcede plaisanteries,
& commençaà
l'assurerqu'il neluien
coûteroit pas un
fouJ
puis qu'il avoitrépondu
de toute la dépense qui
se feroit chez lui: mais
lui dit-il un
moment
âpres•, vous avez aussi
promis de payer toute
la dépense de mon dîner,
si je ne la payois pas,
&je vous protc'fie que
si je paye vôtre souper,
dont j'ai répondu,vous
payerez mon dîner, qu'-
on nY'.a1 preparé que par
vos ordres, S£ rien n'est
plus juste: payeQ.
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Résumé : QUI RÉPOND paye. Avanture du Carnaval.
Le texte narre une histoire impliquant deux jeunes hommes, un officier généreux et un avare, ainsi qu'une dame de qualité et ses amis. L'officier, bien que riche et généreux, a tendance à oublier les engagements liés aux plaisirs. Lors d'une fête chez la dame, l'avare, amoureux d'une veuve amie de la dame, cherche à obtenir des cadeaux sans dépenser. Lors du souper, l'avare complimente les repas offerts par l'officier et propose une visite de son nouvel appartement, suivie d'un dîner. L'officier oublie le dîner, mais l'avare rassemble les convives et organise un repas somptueux chez un traiteur, comptant sur la générosité de l'officier pour payer. Lorsqu'ils arrivent à l'appartement, ils trouvent un festin préparé par l'avare. L'officier, surpris, se joint à la fête et décide de se venger. Il invite tout le monde chez lui pour le café, mais à leur arrivée, ils découvrent une table somptueusement dressée et des musiciens. L'avare, stupéfait, apprend que le traiteur et un ami ont organisé cette fête à ses frais. L'auteur du repas révèle finalement que l'avare avait promis de payer le dîner de l'officier s'il ne le faisait pas, et vice versa. Ainsi, les deux jeunes hommes se retrouvent à devoir payer chacun les dépenses de l'autre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 177-178
CHANSON.
Début :
Tremblez Maris jaloux voici le Carnaval, [...]
Mots clefs :
Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Tremble% Maris jaloux voici
le Carnaval
,
La Prude dans ce tems, comme
la plus Coquette
,
Sous le Masque partout va chercher
lalfeurette;
Et l'Amant malheureux fejafa
vesur le Bal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval.
Parun habitpareil Uplusfage
est fedwte ;
La Coquette à changer d'ellemêmes'invite:
Tout ce dégmfemcnten un mot'
ejifatal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval
Tremble% Maris jaloux voici
le Carnaval
,
La Prude dans ce tems, comme
la plus Coquette
,
Sous le Masque partout va chercher
lalfeurette;
Et l'Amant malheureux fejafa
vesur le Bal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval.
Parun habitpareil Uplusfage
est fedwte ;
La Coquette à changer d'ellemêmes'invite:
Tout ce dégmfemcnten un mot'
ejifatal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval
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15
p. 139-141
A Rome ce 3 Mars 1717
Début :
Le Carnaval nous a fourni des amusemens de toute espece, [...]
Mots clefs :
Carnaval, Opéras, Réjouissances, Princes, Altesse sérénissime, Gouverneur, Comtesse, Curiosité, Marquis, Chevalier, Bal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome ce 3 Mars 1717
A Rome ce 3 Mars 1717
Le Carnaval nous a fourni des
amuſemens de toute elpece , jamais
le Cours n'a été plus brillant , nos
Dames Romaines plus magnifiques,
les Comedies , Operas plus fre- .
quents , les Réjoüiffances plus uniLE
NOUVEAU
140
*
verfelles , ce fera bien autre chofe
l'année prochaine , fi l'on vient à
bout de rembarer le Turc. Les Prin-
Clement & Philippe de Baviere
font arrivez ici affez à tems,
pour jouïr des divertiffemens du
Carnaval , leurs Altele s Sereniffimes
fe firent voir Lundy incognito
au Cours , & virent enfuite d'un
Balcon du Comte de Bolognetti
la courfe des Chevaux ; Mr Santini
leur Gouverneur , qui avoit
accompagné l'an paffé le Prince
Electoral leur frere, a régalé de la
part de ce Prince , d'un Diamant
de prix , la Comteffe Bolognetti ,
en reconnoiffance du bon accueil
qu'il en a reçû pendant fon féjour
à Rome .
Il faut convenir que le Carnaval
de Rome mérite la curiofité des
Etrangers , & que c'eft fans contredit
le plus beau & le plus galant
de toute la Chrêtienté.
Le Marquis de Saint Pieri eft aux
Arrêts dans fa maifon & condamécus
d'amande , pour avoir né à
500
MERCURE. 141
fait jouer chez lui une Comedie
& donné le Bal enfuite un Vendredy
, ce jour étant le feul de la
femaine où les fpectacles font interdits
, cela s'apelle payer les violons
bien cher.
Le Chevalier de S. Georges ne
vient plus à Rome , & les prépa-.
paratifs qu'avoit fait le Cardinal
Gualterio pour le recevoir, devienent
inutils , l'apartement étoit difpofé
à la Royale: en y changeant peu de
chofe , il conviendra à Mr le Duc
de la Feüillade. S. S. a eû avis
qué ce Prince étoit forti d'Avignon
le 6 de Février , qu'il a paffé par le
Piémond , où il a reçû tous les honneurs
imaginables du Roy de Sicile ,
par le Parmefan & le Boulonois ,
pour fe rendre à Pefaro. Dom Carlo
Albani Neveu du Pape eft nommé
pour aller audevant de lui & le
conduire jufqu'au lieu deſtiné à fa
retraite .
Le Carnaval nous a fourni des
amuſemens de toute elpece , jamais
le Cours n'a été plus brillant , nos
Dames Romaines plus magnifiques,
les Comedies , Operas plus fre- .
quents , les Réjoüiffances plus uniLE
NOUVEAU
140
*
verfelles , ce fera bien autre chofe
l'année prochaine , fi l'on vient à
bout de rembarer le Turc. Les Prin-
Clement & Philippe de Baviere
font arrivez ici affez à tems,
pour jouïr des divertiffemens du
Carnaval , leurs Altele s Sereniffimes
fe firent voir Lundy incognito
au Cours , & virent enfuite d'un
Balcon du Comte de Bolognetti
la courfe des Chevaux ; Mr Santini
leur Gouverneur , qui avoit
accompagné l'an paffé le Prince
Electoral leur frere, a régalé de la
part de ce Prince , d'un Diamant
de prix , la Comteffe Bolognetti ,
en reconnoiffance du bon accueil
qu'il en a reçû pendant fon féjour
à Rome .
Il faut convenir que le Carnaval
de Rome mérite la curiofité des
Etrangers , & que c'eft fans contredit
le plus beau & le plus galant
de toute la Chrêtienté.
Le Marquis de Saint Pieri eft aux
Arrêts dans fa maifon & condamécus
d'amande , pour avoir né à
500
MERCURE. 141
fait jouer chez lui une Comedie
& donné le Bal enfuite un Vendredy
, ce jour étant le feul de la
femaine où les fpectacles font interdits
, cela s'apelle payer les violons
bien cher.
Le Chevalier de S. Georges ne
vient plus à Rome , & les prépa-.
paratifs qu'avoit fait le Cardinal
Gualterio pour le recevoir, devienent
inutils , l'apartement étoit difpofé
à la Royale: en y changeant peu de
chofe , il conviendra à Mr le Duc
de la Feüillade. S. S. a eû avis
qué ce Prince étoit forti d'Avignon
le 6 de Février , qu'il a paffé par le
Piémond , où il a reçû tous les honneurs
imaginables du Roy de Sicile ,
par le Parmefan & le Boulonois ,
pour fe rendre à Pefaro. Dom Carlo
Albani Neveu du Pape eft nommé
pour aller audevant de lui & le
conduire jufqu'au lieu deſtiné à fa
retraite .
Fermer
16
p. 147-149
« Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Début :
Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Opéra, Comédiens-Italiens, Parodie, Comédie, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Le 6 Janvier , Fête des Rois , l'Aca
démie Royale de Musique , qui continue
toujours
148 MERCURE DE FRANCE
toujours les Représentations de Phaéton ,
avec un tres-grand concours , donna le
premier Bal de cette année sur le Théatre
de l'Opera , qu'elle continuera de
donner differens jours de la semaine ,
pendant le Carnaval .
›
Les Comédiens Italiens ont perdu l'un
de leurs meilleurs sujets , en la personne
de Pierre Alborghet , natif de Venise
connu sous le nom de Pantalon , qui
mourut le 4 de ce mois , âgé d'environ
55 ans , après une longue maladie . C'étoit
un homme d'une probité reconnue ,
et un excellent sujet dans sa profession;
il jouoit ordinairement dans les Pieces
Italiennes , en habit de Noble Venitien ,
et sous le Masque , d'une maniere inimitable.
Les amateurs de la Comedie
Italienne le regrettent fort. Son jeu étoit
naturel , plein d'action , animé et dans
le vrai goût de son païs. Il a été inhumé
à S. Eustache sa Paroisse , aprés avoir
reçu tous ses Sacremens .
,
Le 12. les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Parodie du Mari joueur, et
de la Femme bigotte , Scenes Italiennes
jouées sur le Theatre de l'Opera. La Damoiselle
Thomassin doubla pour la premiere
fois le Rôle de Serpilla , qu'elle
joua avec beaucoup de vivacité , et fut
fort aplaudie.
La
JANVIER. 1731 . 149
Le 24. les mêmes Comediens donnerent
la premiere Représentation d'une
petite Comédie en vers Alexandrins , et
en un acte , intitulée Bolus , qui a été
reçuë fort favorablement du public , C'est
une Parodie de la Tragedie nouvelle de
Brutus , qui a été Jouée au Theatre François.
On en parlera plus au long.
Le 28 Decembre , Fête des SS . Innocens
on ouvrit , selon la coutume
les Theatres de Rome , et on représenta
sur celui de Capranica , l'Opera de l'Adone
, Roy de Chipre ; et sur celui de
Don Dominique Walle , des Comédies
à l'improviste.
démie Royale de Musique , qui continue
toujours
148 MERCURE DE FRANCE
toujours les Représentations de Phaéton ,
avec un tres-grand concours , donna le
premier Bal de cette année sur le Théatre
de l'Opera , qu'elle continuera de
donner differens jours de la semaine ,
pendant le Carnaval .
›
Les Comédiens Italiens ont perdu l'un
de leurs meilleurs sujets , en la personne
de Pierre Alborghet , natif de Venise
connu sous le nom de Pantalon , qui
mourut le 4 de ce mois , âgé d'environ
55 ans , après une longue maladie . C'étoit
un homme d'une probité reconnue ,
et un excellent sujet dans sa profession;
il jouoit ordinairement dans les Pieces
Italiennes , en habit de Noble Venitien ,
et sous le Masque , d'une maniere inimitable.
Les amateurs de la Comedie
Italienne le regrettent fort. Son jeu étoit
naturel , plein d'action , animé et dans
le vrai goût de son païs. Il a été inhumé
à S. Eustache sa Paroisse , aprés avoir
reçu tous ses Sacremens .
,
Le 12. les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Parodie du Mari joueur, et
de la Femme bigotte , Scenes Italiennes
jouées sur le Theatre de l'Opera. La Damoiselle
Thomassin doubla pour la premiere
fois le Rôle de Serpilla , qu'elle
joua avec beaucoup de vivacité , et fut
fort aplaudie.
La
JANVIER. 1731 . 149
Le 24. les mêmes Comediens donnerent
la premiere Représentation d'une
petite Comédie en vers Alexandrins , et
en un acte , intitulée Bolus , qui a été
reçuë fort favorablement du public , C'est
une Parodie de la Tragedie nouvelle de
Brutus , qui a été Jouée au Theatre François.
On en parlera plus au long.
Le 28 Decembre , Fête des SS . Innocens
on ouvrit , selon la coutume
les Theatres de Rome , et on représenta
sur celui de Capranica , l'Opera de l'Adone
, Roy de Chipre ; et sur celui de
Don Dominique Walle , des Comédies
à l'improviste.
Fermer
Résumé : « Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Le 6 janvier, l'Académie Royale de Musique a organisé le premier bal de l'année au Théâtre de l'Opéra, marquant la Fête des Rois avec des représentations de 'Phaéton'. Ces bals se poursuivront divers jours de la semaine pendant le Carnaval. Le 4 janvier, les Comédiens Italiens ont perdu Pierre Alborghet, connu sous le nom de Pantalon, décédé à environ 55 ans après une longue maladie. Natif de Venise, il était reconnu pour sa probité et son excellence dans sa profession. Il jouait souvent dans des pièces italiennes en habit de noble vénitien et sous le masque. Il a été inhumé à l'église Saint-Eustache. Le 12 janvier, les Comédiens Italiens ont repris la parodie du 'Mari joueur' et de 'la Femme bigotte', avec la demoiselle Thomassin interprétant Serpilla pour la première fois. Le 24 janvier, ils ont présenté 'Bolus', une petite comédie en vers alexandrins parodiant la tragédie 'Brutus'. Le 28 décembre, les théâtres de Rome ont ouvert avec la représentation de l'opéra 'l'Adone, Roy de Chipre' et des comédies improvisées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 809-810
A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
Début :
On dit (mais je ne le puis croire) [...]
Mots clefs :
Canards, Froids, Temple, Rasade, Carnaval, Carême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
A M. J. D.
à
Amiens ,
Sur la rareté des Canards.
ONN dit ( mais je ne le puis croire )
Que chez vous les froids sont si grands ,
Que les Canards à triples rangs ,
Pour n'avoir pu trouver à boire ,
Ont fui si bien , qu'il n'est resté ,
Pas de quoi faire un seul Pâté .
Pour vous , si l'on dit vrai , la chose est affli
geante ,
Car enfin ne comptez de
vous porter si bien ,
Comme vous avez fait en l'an mil sept cens
trente ,
Si vous ne payez pas à C ... sa rente ;
C... de sa part pour vous ne fera rien.
L'an passé qu'il reçut l'honnête redevance ; ´
Par huit ou neuf de ses Supots ,
Tous gens à Janus fort dévots ,
Il fit faire pour vous des voeux en abondance ;
Le Temple de Bacchus en diroit verité ;
A votre intention mainte razade buë ,
Et tant que chez quelqu'un raison en fut perdue,
Vous auriez pour l'année acquis force santé .
Cet an- cy n'ira pas de même :
Sans que rien ait parú voici le Carnaval ,
Ma
810 MERCURE DE FRANCE
i
Ma foi craignez la mort ou la fievre au teint
blême ,
Si vous ne prévenez le mal ;
Hazard si vous allez jusqu'à la mi-carême.
à
Amiens ,
Sur la rareté des Canards.
ONN dit ( mais je ne le puis croire )
Que chez vous les froids sont si grands ,
Que les Canards à triples rangs ,
Pour n'avoir pu trouver à boire ,
Ont fui si bien , qu'il n'est resté ,
Pas de quoi faire un seul Pâté .
Pour vous , si l'on dit vrai , la chose est affli
geante ,
Car enfin ne comptez de
vous porter si bien ,
Comme vous avez fait en l'an mil sept cens
trente ,
Si vous ne payez pas à C ... sa rente ;
C... de sa part pour vous ne fera rien.
L'an passé qu'il reçut l'honnête redevance ; ´
Par huit ou neuf de ses Supots ,
Tous gens à Janus fort dévots ,
Il fit faire pour vous des voeux en abondance ;
Le Temple de Bacchus en diroit verité ;
A votre intention mainte razade buë ,
Et tant que chez quelqu'un raison en fut perdue,
Vous auriez pour l'année acquis force santé .
Cet an- cy n'ira pas de même :
Sans que rien ait parú voici le Carnaval ,
Ma
810 MERCURE DE FRANCE
i
Ma foi craignez la mort ou la fievre au teint
blême ,
Si vous ne prévenez le mal ;
Hazard si vous allez jusqu'à la mi-carême.
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Résumé : A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
Dans une lettre adressée à M. J. D. à Amiens, l'auteur évoque la rareté des canards dans la région, attribuant cette situation au froid intense et à l'absence d'eau. Il exprime son incrédulité face à cette disparition. L'auteur rappelle également une dette impayée à une personne nommée C..., soulignant que l'année précédente, après avoir reçu sa redevance, C... avait organisé des festivités en l'honneur de M. J. D., incluant des libations et des prières. Il met en garde M. J. D. contre les risques pour sa santé s'il ne règle pas cette dette, notant que le Carnaval est passé sans que les mesures nécessaires aient été prises pour éviter des problèmes de santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1568-1575
Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Début :
Le Balet des Fêtes Venitiennes, dont nous avons déja parlé dans le premier [...]
Mots clefs :
Opéra, Ballet, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
LE
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
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Résumé : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Le ballet des Fêtes Vénitiennes est un spectacle très apprécié du public. Le prologue se déroule au port de Venise, où les personnages du Carnaval et de la Folie annoncent le début de la fête. La première entrée, intitulée 'Les Devins de la Place de S. Marc', met en scène Zelie, une jeune Vénitienne déguisée en bohémienne. Zelie surveille son amant Leandre et découvre son infidélité. Elle se révèle alors à lui. La deuxième entrée, 'L'Amour Saltinbanque', présente Eraste, un jeune Français amoureux de Leonore. Avec l'aide de Filindo, chef des saltimbanques, Eraste parvient à parler à Leonore malgré la surveillance de Nerine. La troisième entrée, 'Le Bal', se déroule dans un palais vénitien. Alamir, un prince polonais amoureux d'Iphise, se fait passer pour un simple gentilhomme. Thémir, son confident, lui conseille de révéler son véritable rang. Alamir finit par avouer son amour à Iphise, qui accepte finalement de l'aimer. Le ballet se conclut par un bal et des applaudissements. Par ailleurs, le texte mentionne la représentation à Naples de l'opéra d'Argene, acclamé par le public et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 389-394
« Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...] »
Début :
Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...]
Mots clefs :
Messe, Universités, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Concert, Opéra, Ballet, Loterie, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...] »
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E Ii de ce mois , la Reine entendit la
Messe dans la Chapelle du Château
deVersailles , et S. M. communia par les
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumonier.
Le même jour , M. Piat , Recteur de
Université, accompagné des Doyens des
Facultez et des Procureurs des Nations
eut l'honneur , suivant l'ancien usage, de
I pré-
>
$90. MERCURE DE FRANCE
présenter un Cierge au Roy , à la Reine,
et à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour , le Pere Vicaire , General des Religieux de la Mercy , accompagné de trois Religieux du Convent du
Marais , eut l'honneur de présenter un
Cierge à la Reine , pour satisfaire à une
des conditions de leur établissement , fait
à Paris , en 1615. par la Reine Marie de
Medicis.
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste
Vierge , le Royaccompagné du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte
de Toulouse et des Chevaliers, Commandeurs et Officiers de l'Ordre du S. Esprit,
qui s'étoient assemblez dans son Cabinet,
se rendit à la Chapelle du Château de
Versailles. Le Roy, devant lequel les deux
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , assista à la Benediction des Cierges, à la Procession qui se fit dans la Cour
du Château , et à la grande Messe , celebrée P'Abbé Brosseau , Chapelain
ordinaire de la Chapelle de Musique , et
chantée par la Musique. La Reine , accompagnée des Dames de sa Cour, entendit la grande Messe dans la Tribune
Après midi , L. M. accompagnées du
par
Duc
FEVRIER 1732. 391
Duc d'Orleans et du Comte de Toulouse,
assisterent à la Prédication du P. Ségaud,
de la Compagnie de Jesus ; et ensuite aux
Vespres , chantées par la Musique. "
Le Roy a accordé le Gouvernement
des Païs , Ville et Citadelle de Broliage ,
au Vicomte de Beaune , Lieutenant General des Armées de S. M. et Chevalier de
ses Ordres.
Le 17 de ce mois , l'Abbé de Tilly
nommé par le Roy à l'Evêché d'Orange,
fut sacré dans la Chapelle de l'Archevêché , par l'Archevêque de Paris , assisté
de l'Evêque d'Europée , Coadjuteur de
l'Evêque d'Orleans , et de l'Evêque de
Grasse. Il prêta serment le 19 , entre les
mains de S. M.
il
Le 2 Février , Fête de la Purification ,
y eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries.On y chanta : Exaltabo te,Domine , Motet de M. de la Lande , qui fat
suivi de deux petits Motets , à une et deux
voix , chantez par les DesLenner , de la
Musique du Roy , et par les Diles Erremens et Petitpas. On y exécuta encore un
Motet nouveau , du sieur Dupin , Maître
de Musique de Province ; et après plusieurs excellentes Piéces de symphonie ,
exécutées par les sieurs le Clerc et Blavet,
le Concert fut terminé par le Motet :
Dominus regnavit.
I j La
392 MERCURE DE FRANCE
Le 4 , il y eut Concert à Marly , chez
la Reine. M. Destouches , Sur-Intendant
dela Musique de la Chambre du Roy ,
en semestre , fit chanter le se Acte de l'Opera d'Omphale,dont les Actes précedents
avoient été exécutez à Versailles , au mois .
de Janvier.
Les , la Reine entendit le Prologue ,
et le premier Acte de l'Opéra d'Issé , qui
fat continué le 9 ; et le 11 , la De Courvasier chanta avec applaudissement , le
Rôle de l'Hesperide , dans le Prologue , et
celui d'Issé, dans la Piece. Les S's Godeneche et Petillot , firent ceux de Jupiter et
d'Apollon. Les Rôles d'Hilas et de Pan ,
furent chantez par les S d'Angerville et
Godeneche ; et celui de Doris , par la Dile
Petitpas. Cet Opera fut exécuté avec une
grande précision.
Le 13 , S. M. entendit le Prologue et le
premier Acte du Ballet des Elemens, qu'on
continua le 16 , et le 18 , par le second , le
troisiéme et le quatriéme Acte. La DHe
Courvasier chanta le Rôle de Venus, dans
le Prologue , et le Sr d'Angerville, ceux du
Destin , d'Ixion , de Valere et de Pan ; dans
la Piece les Des Antier et Mathieu firent
les Rôles d'Emilie et de Leucosie , et la
DieLenner, ceux de Junon, et de Pomone,
et le St Petillot chanta ceux d'Arion , et
de
FEVRIER 1732 393
de Vertumne. L'exécution de ce Ballet fut
tres-brillante.
Le 20 et le 23 , on chanta devant la
Reine , le Ballet du Carnaval et de la Folie. La Dlle Lenner fit le Rôle de Venus ,
et le S'd'Angerville , ceux de Jupiter et
du Carnaval. Le St Godeneche , celui de
Momus;et le S Petillot, et la Dile Mathieu
chanterent ceux de Plutus et de la Jeunesz
se. Les Rôles du Professeur de Folie et de
son Ecolier furent chantez par les S Gué
don et le Prince , avec beaucoup de lége
reté. Ce Ballet fut suivi d'une Ariete et
d'un grand Chœur de Trompettes ; de la
composition de M. Destouches , dont
l'exécution fut tres- vive et très- précise.
Le Mardy , 12 de ce mois , les Comé
diens François représenterent dans le Sa
lon de Marly , sans Théatre, la Comédie
du Chevalier à la mode , et celle du Cock
imaginaire. Mais ces Piéces firent peu
plaisir ; la voix des Acteurs se perdant par
l'exhaussement du lieu . On n'avoit jamais
joué la Comédie à Marly.
de
Le 23, la Lotterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accoutumée, à l'Hôtel de la Compagnie. La Liste
des Numeros gagnans des Actions et dixiémes d'Actions , qui doivent être rem- I iij bour
394 MERCURE DE FRANCE
boursez , a été renduë publique ; elle fait
en tout le nombre de 304 Actions, un dixiéme d'Action..
On a remarqué que le Carnaval a été
tres-bien celebré cette année à Paris , et
qu'on s'y est beaucoup diverti ; tous les
Spectacles ont été fort fréquentez ; il y a
eu quantité de Mariages et de Nôces brillantes , de Bals , de Fêtes , de Concerts et
autres Assemblées de jeu , de bonne- chere,
&c. On a vû dans les rues , en plus grand
nombre que les autres années , des Mascarades avec des déguisemens singuliers ,
des Troupes de Masques, des Cavalcades,
des Chariots, &c. Le nombre des Carosses .
et des Masques a été prodigieux au FauxbourgS.Antoine, pendant les trois derniers
jours gras..Le beau-tems , la douceur du
Gouvernement et l'attention continuelle
des Magistrats, sur la Police de cette grande
Ville , ont sans doute porté les peuples à
se livrer à la joye qu'ils ont fait paroître.
Une autre circonstance heureuse , c'estqu'il n'est pas arrivé le moindre désordre,
point de batterie , point de querelle , pas
le moindre accident.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E Ii de ce mois , la Reine entendit la
Messe dans la Chapelle du Château
deVersailles , et S. M. communia par les
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumonier.
Le même jour , M. Piat , Recteur de
Université, accompagné des Doyens des
Facultez et des Procureurs des Nations
eut l'honneur , suivant l'ancien usage, de
I pré-
>
$90. MERCURE DE FRANCE
présenter un Cierge au Roy , à la Reine,
et à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour , le Pere Vicaire , General des Religieux de la Mercy , accompagné de trois Religieux du Convent du
Marais , eut l'honneur de présenter un
Cierge à la Reine , pour satisfaire à une
des conditions de leur établissement , fait
à Paris , en 1615. par la Reine Marie de
Medicis.
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste
Vierge , le Royaccompagné du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte
de Toulouse et des Chevaliers, Commandeurs et Officiers de l'Ordre du S. Esprit,
qui s'étoient assemblez dans son Cabinet,
se rendit à la Chapelle du Château de
Versailles. Le Roy, devant lequel les deux
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , assista à la Benediction des Cierges, à la Procession qui se fit dans la Cour
du Château , et à la grande Messe , celebrée P'Abbé Brosseau , Chapelain
ordinaire de la Chapelle de Musique , et
chantée par la Musique. La Reine , accompagnée des Dames de sa Cour, entendit la grande Messe dans la Tribune
Après midi , L. M. accompagnées du
par
Duc
FEVRIER 1732. 391
Duc d'Orleans et du Comte de Toulouse,
assisterent à la Prédication du P. Ségaud,
de la Compagnie de Jesus ; et ensuite aux
Vespres , chantées par la Musique. "
Le Roy a accordé le Gouvernement
des Païs , Ville et Citadelle de Broliage ,
au Vicomte de Beaune , Lieutenant General des Armées de S. M. et Chevalier de
ses Ordres.
Le 17 de ce mois , l'Abbé de Tilly
nommé par le Roy à l'Evêché d'Orange,
fut sacré dans la Chapelle de l'Archevêché , par l'Archevêque de Paris , assisté
de l'Evêque d'Europée , Coadjuteur de
l'Evêque d'Orleans , et de l'Evêque de
Grasse. Il prêta serment le 19 , entre les
mains de S. M.
il
Le 2 Février , Fête de la Purification ,
y eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries.On y chanta : Exaltabo te,Domine , Motet de M. de la Lande , qui fat
suivi de deux petits Motets , à une et deux
voix , chantez par les DesLenner , de la
Musique du Roy , et par les Diles Erremens et Petitpas. On y exécuta encore un
Motet nouveau , du sieur Dupin , Maître
de Musique de Province ; et après plusieurs excellentes Piéces de symphonie ,
exécutées par les sieurs le Clerc et Blavet,
le Concert fut terminé par le Motet :
Dominus regnavit.
I j La
392 MERCURE DE FRANCE
Le 4 , il y eut Concert à Marly , chez
la Reine. M. Destouches , Sur-Intendant
dela Musique de la Chambre du Roy ,
en semestre , fit chanter le se Acte de l'Opera d'Omphale,dont les Actes précedents
avoient été exécutez à Versailles , au mois .
de Janvier.
Les , la Reine entendit le Prologue ,
et le premier Acte de l'Opéra d'Issé , qui
fat continué le 9 ; et le 11 , la De Courvasier chanta avec applaudissement , le
Rôle de l'Hesperide , dans le Prologue , et
celui d'Issé, dans la Piece. Les S's Godeneche et Petillot , firent ceux de Jupiter et
d'Apollon. Les Rôles d'Hilas et de Pan ,
furent chantez par les S d'Angerville et
Godeneche ; et celui de Doris , par la Dile
Petitpas. Cet Opera fut exécuté avec une
grande précision.
Le 13 , S. M. entendit le Prologue et le
premier Acte du Ballet des Elemens, qu'on
continua le 16 , et le 18 , par le second , le
troisiéme et le quatriéme Acte. La DHe
Courvasier chanta le Rôle de Venus, dans
le Prologue , et le Sr d'Angerville, ceux du
Destin , d'Ixion , de Valere et de Pan ; dans
la Piece les Des Antier et Mathieu firent
les Rôles d'Emilie et de Leucosie , et la
DieLenner, ceux de Junon, et de Pomone,
et le St Petillot chanta ceux d'Arion , et
de
FEVRIER 1732 393
de Vertumne. L'exécution de ce Ballet fut
tres-brillante.
Le 20 et le 23 , on chanta devant la
Reine , le Ballet du Carnaval et de la Folie. La Dlle Lenner fit le Rôle de Venus ,
et le S'd'Angerville , ceux de Jupiter et
du Carnaval. Le St Godeneche , celui de
Momus;et le S Petillot, et la Dile Mathieu
chanterent ceux de Plutus et de la Jeunesz
se. Les Rôles du Professeur de Folie et de
son Ecolier furent chantez par les S Gué
don et le Prince , avec beaucoup de lége
reté. Ce Ballet fut suivi d'une Ariete et
d'un grand Chœur de Trompettes ; de la
composition de M. Destouches , dont
l'exécution fut tres- vive et très- précise.
Le Mardy , 12 de ce mois , les Comé
diens François représenterent dans le Sa
lon de Marly , sans Théatre, la Comédie
du Chevalier à la mode , et celle du Cock
imaginaire. Mais ces Piéces firent peu
plaisir ; la voix des Acteurs se perdant par
l'exhaussement du lieu . On n'avoit jamais
joué la Comédie à Marly.
de
Le 23, la Lotterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accoutumée, à l'Hôtel de la Compagnie. La Liste
des Numeros gagnans des Actions et dixiémes d'Actions , qui doivent être rem- I iij bour
394 MERCURE DE FRANCE
boursez , a été renduë publique ; elle fait
en tout le nombre de 304 Actions, un dixiéme d'Action..
On a remarqué que le Carnaval a été
tres-bien celebré cette année à Paris , et
qu'on s'y est beaucoup diverti ; tous les
Spectacles ont été fort fréquentez ; il y a
eu quantité de Mariages et de Nôces brillantes , de Bals , de Fêtes , de Concerts et
autres Assemblées de jeu , de bonne- chere,
&c. On a vû dans les rues , en plus grand
nombre que les autres années , des Mascarades avec des déguisemens singuliers ,
des Troupes de Masques, des Cavalcades,
des Chariots, &c. Le nombre des Carosses .
et des Masques a été prodigieux au FauxbourgS.Antoine, pendant les trois derniers
jours gras..Le beau-tems , la douceur du
Gouvernement et l'attention continuelle
des Magistrats, sur la Police de cette grande
Ville , ont sans doute porté les peuples à
se livrer à la joye qu'ils ont fait paroître.
Une autre circonstance heureuse , c'estqu'il n'est pas arrivé le moindre désordre,
point de batterie , point de querelle , pas
le moindre accident.
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Résumé : « Le I de ce mois, la Reine entendit la Messe [...] »
En février 1732, plusieurs événements significatifs se sont déroulés à la cour de France. Le 1er février, la Reine a assisté à la messe à la Chapelle du Château de Versailles et a communié. M. Piat, Recteur de l'Université, a présenté un cierge au Roi, à la Reine et au Dauphin, suivant une ancienne tradition. Le Père Vicaire, Général des Religieux de la Mercy, a également offert un cierge à la Reine, conformément aux conditions de l'établissement de leur ordre en 1615. Le 2 février, à la fête de la Purification de la Sainte Vierge, le Roi, accompagné de plusieurs princes et chevaliers, a participé à la bénédiction des cierges, à une procession et à la grande messe à Versailles. L'après-midi, le Roi et la Reine ont écouté une prédication et les vêpres. Le Roi a également accordé le gouvernement de Broliage au Vicomte de Beaune. Le 2 février, un concert spirituel a eu lieu au Château des Tuileries, avec des motets et des symphonies exécutés par des musiciens du Roi. Le 4 février, un concert a été donné à Marly, où l'opéra 'Omphale' a été joué. Les 7 et 9 février, la Reine a écouté les premiers actes de l'opéra 'Issé'. Le 11 février, la danseuse Courvasier a interprété les rôles de l'Hespéride et d'Issé. Le 13 février, le Roi a assisté au prologue et au premier acte du ballet 'Les Éléments', continué les 16 et 18 février. Les 20 et 23 février, le ballet 'Le Carnaval et la Folie' a été joué devant la Reine. Le 12 février, les comédiens français ont représenté 'Le Chevalier à la mode' et 'Le Cocu imaginaire' à Marly, sans grand succès. Le 23 février, la loterie de la Compagnie des Indes a été tirée à l'Hôtel de la Compagnie. Le Carnaval à Paris a été bien célébré, avec de nombreux spectacles, mariages, bals, fêtes et mascarades. La police et le bon gouvernement ont contribué à une célébration joyeuse et sans désordre.
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20
p. 139-141
« Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
Début :
Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens, Représentation, Comédiens-Français, Théâtre-Français, Comédiens-Italiens, Théâtre de l'Opéra, Bajazet, Adélaïde du Guesclin, Voltaire, Arlequin Grand Mogol, Misanthrope, Fêtes grecques et romaines, Fabrice, Théâtre du marché au foin, Carnaval
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texteReconnaissance textuelle : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
E 14 de ce mois les Comédiens
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
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Résumé : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
En janvier 1734, plusieurs événements marquants eurent lieu dans le monde du théâtre. Le 14 janvier, les Comédiens Français reprirent 'Bajazet', avec la demoiselle Grandval interprétant Atalide pour la première fois, recevant des applaudissements. Le 18 janvier, la tragédie 'Adélaïde' de Voltaire fut jouée au Théâtre Français, mieux appréciée lors de la seconde représentation le 27 janvier après modifications. Les Comédiens Italiens présentèrent 'Arlequin Grand Mogo', une comédie en prose en trois actes avec des divertissements. Les Comédiens Français jouèrent 'Le Misanthrope' et 'Le Tuteur' à Versailles le 5 janvier, et 'Andronic' et 'L'Impromptu de Versailles' le 28 janvier. Le 30 janvier, les Comédiens Italiens interprétèrent 'Arlequin Sauvage' et 'Arlequin Poli par l'Amour' à la Cour. À l'Opéra, les représentations d''Issé' et d''Hypolite et Aricie' continuaient, avec le ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines' prévu pour le mois suivant. À Londres, l'opéra 'Fabrice' fut représenté en présence de la famille royale, ainsi que 'Ariadne'. Le 16 janvier, 'Arbaces' et 'Ariadne' furent joués sur différents théâtres. À Rome, la pièce 'Néron, ou le Mariage par intérêts' ouvrit le carnaval.
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21
p. 277-278
ENIGME.
Début :
Parmi les jeux divers que le sage critique, [...]
Mots clefs :
Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
PArmi les jeux divers que le sage critique ,
Je celebre la troupe étique
De mes propres Freres puinés
A l'abstinence condamnés .
Si la loy les destine à faire penitence
L'usage veut que l'abondance ,
La bonne chere et les festins
Me
$78 MERCURE DE FRANCE
Me fasse braver les destins .
Que des Rats aujourd'hui , disoit jadis un sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il semble que le sens commun
Soit la Ratiere de chacun.
Le Rat du sage étoit de les vouloir détruire
Dans un temps qui doit les produire ,
Et tu sçauras , Lecteur , en aprenant mon nom ;
Si la chose est facile on non.
PArmi les jeux divers que le sage critique ,
Je celebre la troupe étique
De mes propres Freres puinés
A l'abstinence condamnés .
Si la loy les destine à faire penitence
L'usage veut que l'abondance ,
La bonne chere et les festins
Me
$78 MERCURE DE FRANCE
Me fasse braver les destins .
Que des Rats aujourd'hui , disoit jadis un sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il semble que le sens commun
Soit la Ratiere de chacun.
Le Rat du sage étoit de les vouloir détruire
Dans un temps qui doit les produire ,
Et tu sçauras , Lecteur , en aprenant mon nom ;
Si la chose est facile on non.
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22
p. 127-128
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Début :
Quoique d'un corps je n'aye point l'usage, [...]
Mots clefs :
Carnaval
23
p. 76-77
ENIGME.
Début :
Joyeux avantcoureur d'une triste saison, [...]
Mots clefs :
Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
OYEUX avantcoureur d'une trifte ſaiſon ,
Malgré moi , je fais place à la froide raiſon.
Je ne fçai que danſer , boire , chanter & rire.
Sans être reconnu , je puis , j'ofe tout dire ;
Je plais & je déplais ; je fuis court , je fuis long s
11 en eft qui de moi déteſtent juſqu'au nom ;
AVRIL 1760 . 77
Utile à bien des gens , amide la jeuneſſe ,
'e femble des vieillards fufpendre la triſteſſe.
Veux-tu fçavoir encor un de mes attributs ?
Au moment que je parle , hélas ! je ne fuis plus,
OYEUX avantcoureur d'une trifte ſaiſon ,
Malgré moi , je fais place à la froide raiſon.
Je ne fçai que danſer , boire , chanter & rire.
Sans être reconnu , je puis , j'ofe tout dire ;
Je plais & je déplais ; je fuis court , je fuis long s
11 en eft qui de moi déteſtent juſqu'au nom ;
AVRIL 1760 . 77
Utile à bien des gens , amide la jeuneſſe ,
'e femble des vieillards fufpendre la triſteſſe.
Veux-tu fçavoir encor un de mes attributs ?
Au moment que je parle , hélas ! je ne fuis plus,
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24
p. 233-234
AUTRES BALS A LA COUR.
Début :
Il y a eu, pendant ce Carnaval, plusieurs Bals particuliers à la Cour. [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Carnaval, Maréchale de Duras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES BALS A LA COUR.
AUTRES BALS A LA COUR.
Il y a eu , pendant ce Carnaval ,
plufieurs Bals particuliers à la Cour.
Entre-autres, il y en avoit reguliérement
chaque femaine , chez Madame la Princeffe
de GUIMENÉ , où danfoit la
plus brillante Jeuneffe . Le Mardi
dernier jour du Carnaval , Madame
la Maréchale de DURAS en donna un
pour les Dames qui n'étoient plus dans
l'ufage de danfer. La plupart des Dames
& des Seigneurs qui formoient ce Bal
étoient Pères & Mères de ceux qui danfoient
cette même nuît à l'autre Bal.
Vers 5 heures du matin , toute la Jeuneffe
qui avoit danfé chez Mde la Princeffe
de GUIMENÉ fe rendit chez
Mde la Maréchale de DURAS , & les
deux Bals fe trouvant réunis , les Pères
danferent avec leurs filles , & les fils
avec leurs mères . Ce dernier Bal dura
jufqu'à 10 heures du matin.
On fit à cette occafion la Chanfon
fuivante :
AIR Monfeigneur , vous ne voyez rien dans
Annette & Lubin ) ou Dodo , l'Enfant dormira
tantôt.
A moi , charmant Anacreon;
234 MERCURE DE FRANCE .
J'invoque aujourd'hui ton génie.
Des Jeux prolonger la faifon ,
C'eft ajouter à notre vie.
Appellons ici la gaîté ,
L'innocence & la liberté.
氰
Enfans de quinze ans ,
Laiffez danfer vos Mamans.
Conviens , Amour , qu'ici des ans
Tu méconnoîtrois l'intervalle :
La moins jeune de ces Mamans
Peut de fa fille être rivale.
Appellons , &c.
Belles , qui formez des projets ,
Trente ans eft pour vous le bel âge
Vous n'en avez pas moins d'attraits 3
Vous en connoiffez mieux l'ufage .
C'est le vrai noment d'être heureux :
On plait autant , on aime mieux.
Enfans , & c .
Croyez - vous que le Dieu malin ,
Dont je chéris & crains la flâme ,
Allume aux rayons du matin
Le flambeau qui brûle notre âme ?
Son feu , fi je l'ai bien fenti ,
Reflemble aux ardeurs du Midi.
Enfans , &c.
Il y a eu , pendant ce Carnaval ,
plufieurs Bals particuliers à la Cour.
Entre-autres, il y en avoit reguliérement
chaque femaine , chez Madame la Princeffe
de GUIMENÉ , où danfoit la
plus brillante Jeuneffe . Le Mardi
dernier jour du Carnaval , Madame
la Maréchale de DURAS en donna un
pour les Dames qui n'étoient plus dans
l'ufage de danfer. La plupart des Dames
& des Seigneurs qui formoient ce Bal
étoient Pères & Mères de ceux qui danfoient
cette même nuît à l'autre Bal.
Vers 5 heures du matin , toute la Jeuneffe
qui avoit danfé chez Mde la Princeffe
de GUIMENÉ fe rendit chez
Mde la Maréchale de DURAS , & les
deux Bals fe trouvant réunis , les Pères
danferent avec leurs filles , & les fils
avec leurs mères . Ce dernier Bal dura
jufqu'à 10 heures du matin.
On fit à cette occafion la Chanfon
fuivante :
AIR Monfeigneur , vous ne voyez rien dans
Annette & Lubin ) ou Dodo , l'Enfant dormira
tantôt.
A moi , charmant Anacreon;
234 MERCURE DE FRANCE .
J'invoque aujourd'hui ton génie.
Des Jeux prolonger la faifon ,
C'eft ajouter à notre vie.
Appellons ici la gaîté ,
L'innocence & la liberté.
氰
Enfans de quinze ans ,
Laiffez danfer vos Mamans.
Conviens , Amour , qu'ici des ans
Tu méconnoîtrois l'intervalle :
La moins jeune de ces Mamans
Peut de fa fille être rivale.
Appellons , &c.
Belles , qui formez des projets ,
Trente ans eft pour vous le bel âge
Vous n'en avez pas moins d'attraits 3
Vous en connoiffez mieux l'ufage .
C'est le vrai noment d'être heureux :
On plait autant , on aime mieux.
Enfans , & c .
Croyez - vous que le Dieu malin ,
Dont je chéris & crains la flâme ,
Allume aux rayons du matin
Le flambeau qui brûle notre âme ?
Son feu , fi je l'ai bien fenti ,
Reflemble aux ardeurs du Midi.
Enfans , &c.
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Résumé : AUTRES BALS A LA COUR.
Pendant le Carnaval, plusieurs bals ont eu lieu à la Cour. Chaque semaine, un bal se tenait chez Madame la Princesse de Guiméné, attirant la jeunesse la plus brillante. Le Mardi gras, Madame la Maréchale de Duras a organisé un bal pour les dames qui ne dansaient plus, principalement les parents des participants du bal de Madame de Guiméné. Vers 5 heures du matin, la jeunesse du premier bal s'est rendue chez Madame de Duras, réunissant ainsi les deux bals. Les pères ont dansé avec leurs filles et les fils avec leurs mères. Ce dernier bal a duré jusqu'à 10 heures du matin. Une chanson a été interprétée, invitant à la gaieté, l'innocence et la liberté, et soulignant que l'âge de trente ans est le bel âge pour les femmes. La chanson encourageait également les enfants à laisser danser leurs mères et mettait en avant la beauté et l'expérience des femmes plus âgées.
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