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51
p. 145-154
SUR LES GLORIEUX succez des Armes du Roy dans la derniere campagne de Flandres. ODE Qui a remporté le Prix proposé par l'Académie Françoise.
Début :
Quelle ardeur ! quel saint delire ! [...]
Mots clefs :
Ardeur , Guerre, Héros, Victoire, Minerve, Jupiter, Triomphe, Louis, Conquêtes, Paix
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texteReconnaissance textuelle : SUR LES GLORIEUX succez des Armes du Roy dans la derniere campagne de Flandres. ODE Qui a remporté le Prix proposé par l'Académie Françoise.
SUR LES GLORIEUX
succez des Armes du
Roy dans la derniere
campagne de Flandres.
ODE
Qui a remporté le Prix proposépar
l'académie
Françoise. QUelle ardeur: quel
saint delire!
Tu m'inspire Dieu des
vers,
Les divins sons de ta lyre
Me transportent dans les
airs,
Pour te suivre je m'engage,
Plus temeraire qu'icare,
Je monte au plus haut des
Cieux;
Mortel, par quel privilege
Puis-je estre sans sacrilege
Admis au conseil desDieux.
Quel interest les assemble
Prés du Throsne de leurs
Rois;
Que vois-je ? l'Olympe
tremble
, Par tout y regne l'effroy,
Les maux qu'une affreuse
guerre
Eternise sur la terre,
Troublent jufquaux immortels
:
On diroit à les entendre
Qu'on veut les faire descendre
Des Cieux, ou de leurs
Autels.
Mais quelle auguste Déesse
S'avance avec majesté ?
Qu'elle inspire de sagesse!
Que mon coeur est agité!
Avec transport je l'ob- serve.
Ah je reconnois Minerve
Tout s'émeut à s,on aspect;
Quel est son pouvoir suprême
Le grand Jupiter lui-même
La regarde avec respect.
Dieu tout- puissant, luidit-
elle,
Pouvez vous voir sans horreur,
; Que la discorde cruelle
Exerce tant de fureur,
La paix par elle exilée,
Ne peur être rappellée
Que par les foins d'un Heros,
Que vôtre bras le seconde,
Qu'il vainque
,
& de tout
le monde
Vous affeurez le re pos.
Une Reine magnanime
Imite un Roy genereux,
Un mesme esprit les anime
A rendre le monde heureux.
Dans leurs conseils je préside,
La Paix où ma voix les
guide,
Estleur objet le plus doux.
Mais pour calmer tant d'allarmes,
L'un doit signaler ses armes,
L'autre suspendre ses
coups.
Tandis que sage,équitable
ANNE pese tous les droits
De la foudre redoutable,
Armez le plus grand des
Rois,
Rendez- luy toute sa gloire:
Ordonnez à la Victoire
De suivre ses étendarts.
N'éprouvez plus sa constance,
Affranchissez sa prudence
Du caprice des hazards.
Sur LOU I s, surce grand
homme,
Vivante image des Dieux,
Sans que Jupiter le nomme
Jupiter jette les yeux,
Jusqu'au Ciel sa gloire
brille,
De son immortelle fille
Il approuve le dessein,
Déja a Victoire vole,
Et sur les ailes d'Eole
S'achemine vers Denain.
C'est de là que le Batave
D'un prompt succez assure
Le fier Germain qui nous
brave,
Prête un secours préparé.
Landrecy : mais quelprésage!
Minerve s'ouvre un paf-
CageJ
Mes yeux en sontébloüis,
Je la vois decette foudre
Qui mit les Titansen poudre,
Armer le bras de LOUI s.
Que de troupes fugitives!
Combien de portes forcées
; L'Écaut voit border ses
rives
De cadavres entassez.
Quelle fuite de conquêtes!
Que de lauriers pour nos
testes !
Doüay
,
Bouchain tout se
rend,
Le Quesnoy livre ses portes
A nos rapides cohortes,
Rien n'arrête ce torrent.
Mais quelle douce harmonie
S'éleve au milieu des airs?
La guerre est-elle finie?
La discordeest-elle aux
fers?
Ah! la France est triomphante
:
Projets, que la - rage enfante,
~Disparoissez pour jamais.
Fruit heureux de la Victoire!
Lou I S ne mettra sa gloire
Qu'à faire regner la paix.
succez des Armes du
Roy dans la derniere
campagne de Flandres.
ODE
Qui a remporté le Prix proposépar
l'académie
Françoise. QUelle ardeur: quel
saint delire!
Tu m'inspire Dieu des
vers,
Les divins sons de ta lyre
Me transportent dans les
airs,
Pour te suivre je m'engage,
Plus temeraire qu'icare,
Je monte au plus haut des
Cieux;
Mortel, par quel privilege
Puis-je estre sans sacrilege
Admis au conseil desDieux.
Quel interest les assemble
Prés du Throsne de leurs
Rois;
Que vois-je ? l'Olympe
tremble
, Par tout y regne l'effroy,
Les maux qu'une affreuse
guerre
Eternise sur la terre,
Troublent jufquaux immortels
:
On diroit à les entendre
Qu'on veut les faire descendre
Des Cieux, ou de leurs
Autels.
Mais quelle auguste Déesse
S'avance avec majesté ?
Qu'elle inspire de sagesse!
Que mon coeur est agité!
Avec transport je l'ob- serve.
Ah je reconnois Minerve
Tout s'émeut à s,on aspect;
Quel est son pouvoir suprême
Le grand Jupiter lui-même
La regarde avec respect.
Dieu tout- puissant, luidit-
elle,
Pouvez vous voir sans horreur,
; Que la discorde cruelle
Exerce tant de fureur,
La paix par elle exilée,
Ne peur être rappellée
Que par les foins d'un Heros,
Que vôtre bras le seconde,
Qu'il vainque
,
& de tout
le monde
Vous affeurez le re pos.
Une Reine magnanime
Imite un Roy genereux,
Un mesme esprit les anime
A rendre le monde heureux.
Dans leurs conseils je préside,
La Paix où ma voix les
guide,
Estleur objet le plus doux.
Mais pour calmer tant d'allarmes,
L'un doit signaler ses armes,
L'autre suspendre ses
coups.
Tandis que sage,équitable
ANNE pese tous les droits
De la foudre redoutable,
Armez le plus grand des
Rois,
Rendez- luy toute sa gloire:
Ordonnez à la Victoire
De suivre ses étendarts.
N'éprouvez plus sa constance,
Affranchissez sa prudence
Du caprice des hazards.
Sur LOU I s, surce grand
homme,
Vivante image des Dieux,
Sans que Jupiter le nomme
Jupiter jette les yeux,
Jusqu'au Ciel sa gloire
brille,
De son immortelle fille
Il approuve le dessein,
Déja a Victoire vole,
Et sur les ailes d'Eole
S'achemine vers Denain.
C'est de là que le Batave
D'un prompt succez assure
Le fier Germain qui nous
brave,
Prête un secours préparé.
Landrecy : mais quelprésage!
Minerve s'ouvre un paf-
CageJ
Mes yeux en sontébloüis,
Je la vois decette foudre
Qui mit les Titansen poudre,
Armer le bras de LOUI s.
Que de troupes fugitives!
Combien de portes forcées
; L'Écaut voit border ses
rives
De cadavres entassez.
Quelle fuite de conquêtes!
Que de lauriers pour nos
testes !
Doüay
,
Bouchain tout se
rend,
Le Quesnoy livre ses portes
A nos rapides cohortes,
Rien n'arrête ce torrent.
Mais quelle douce harmonie
S'éleve au milieu des airs?
La guerre est-elle finie?
La discordeest-elle aux
fers?
Ah! la France est triomphante
:
Projets, que la - rage enfante,
~Disparoissez pour jamais.
Fruit heureux de la Victoire!
Lou I S ne mettra sa gloire
Qu'à faire regner la paix.
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Résumé : SUR LES GLORIEUX succez des Armes du Roy dans la derniere campagne de Flandres. ODE Qui a remporté le Prix proposé par l'Académie Françoise.
Le texte célèbre les succès militaires du roi Louis XV lors de la dernière campagne en Flandres. Inspirée par une divinité, la vision décrit les dieux de l'Olympe troublés par les maux de la guerre sur Terre. Minerve, déesse de la sagesse, demande à Jupiter d'intervenir pour rétablir la paix grâce à un héros soutenu par le bras divin. La reine Anne et le roi Louis XV, animés par un même esprit généreux, cherchent à rendre le monde heureux. Minerve conseille d'armer Louis XV et de lui accorder la victoire pour calmer les alarmes. La victoire vole vers Denain, assurant un succès rapide contre les ennemis. La déesse arme le bras de Louis XV, menant à une série de victoires, dont la prise de Landrecy, Douai, Bouchain et Le Quesnoy. La guerre semble terminée, et la France triomphante aspire à la paix.
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52
p. 134-143
Traduction d'un Poëme Anglois, Sur le Bal que M. le D** d** a donné à Londres le 17. Août 1713.
Début :
Pour connoître les moeurs, les goûts, les habitudes [...]
Mots clefs :
Mœurs , Habitudes , Peuples, Voyage, Palais, Dieux, Héros, Beauté, Festin, Divinité
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texteReconnaissance textuelle : Traduction d'un Poëme Anglois, Sur le Bal que M. le D** d** a donné à Londres le 17. Août 1713.
Traduction d'unPoëme
Anglois,
Sur le Bal que M. le n**'d**
a donnéà Londres le17.
:' , £" :, ,4 U I?IJ. ,"",'-;.\1 ï;'Aout>1713.>;
P our conoître les moeurs,
les goûts, les habitudes
De cent & cent peuples di-
~\W\*Â\V-,\ ^crs,* ,',' "',
iVU grédeleurs inquietudes
Les mortelsinconstans parcourent
l'univers: 9 Pourmoy, libre des foins
qu'entraînent les voyages
,
Loin de vouloir braver les
flots capricieux, 1
Et sans m'exposer aux orages,
Ici je satisfais mes desirs curieux.
Daumont dans son Palais
represente à nos yeux
Les Heros & les mêmes
Dieux
Dont autrefois dansleurs
ouvrages
Les Poëtes ingenieux
J Ne tracerent quelesimages.
Par-toutvous yvoyezer, rans
Les habitans du ciel, de la
terre & de l'onde,
Ettous les hommes differens
Dont les Dieux ont peuplé
tous les climats du
monde.
Suivi de sa brillante cour
Jqupuitierttpéour s'y rendre a l'empirée;
Alecton fort du noir séjour
Avec sa cohorte effarée;
Des humides Tritons Amphitrite
entourée
Reçoit
Reçoit les voeux du Dieu
dont elle est ado-
-
rée,
Et l'on voit errer à l'entour
Les jeunes filles de Nerée.
Mars aux genoux de Citerée
Se laisse dérober ses armes
par l'Amour;
Dans le sein de Thetis le
brillant Dieu du
jour
Fixe sa course mesurée.
Là Dianeparoît artifte-,
: ment parée, -i *v4
L'Amour n'est plusfon ennemi;
Et si j'en croisles soins où
je la voislivrée,
Sa fiere vertumoderée
Cherche un Endimion qui
soit moins endormi.
»
A chaque beauté qui s'avance
Mercure offreà l'instant
des secours seduccteurs,
Par des traits galans & flateurs
Ilsignaleson éloquence.
De toutes parts sont répandus
Princes,Dieux, Rois, mêlez
& confondus
Avec Démons, Bergers,
Nymphes, Geans,
Pigmées.
-
<
L'implacable Nocher des
ondes enflamees*
Soûrit à des objets & plus
doux & plus beaux;
Les Morts suiventses pasy
couverts de leurs
lambeaux.
Ici c'estle Hibou, là c'est
l'Aigle iraraor-•
- iC lierai.*-• J'
On voit le Corbeau, trop
fidele, SJ
D'un noir plumage revê-
,
tu,
Et les oiseaux par leur ramage
.PPoouurrlleessbbeelllleessffoonnttuunnpprreé--
,: ,- sage --,q
De la chûte de leur ver-
,.' tu.
On y voit folâtrer des No-
,- nes peu severes,
Sans reliques Çc sans rosaires.
r Le grave senateur prend
un air gracieux,
De l'austere Themis ou,
bliant le langage,
De son art desormais il ne
veut faire usage
Qu'au tribunal de deux
beaux yeux.
Le triste Medecin déguise
sa presence
Sous un appareil affecp
té.
Le luxe avec la volupté
Empruntent un habit de
pieuse apparence.
Ici cette jeune beauté,
Qui de mille galans tour
a tour est maîtrèfle.-,
Affeâcla(implicite t 1 D'unevertueule Koacresse.
On-voit dans le Palais chacunse
transfor-
.,>; mer,
Daumont seul n'y prend
point une formeem-
*
pruntée.
Quelleautre lui seroit prêtée,
Qui? G: bienquela sienne
eût le don de char- -* mefï1'*
Ainsi dans un festin quand
laTroupe immorîtelle^
Autour de Jupiter se range
avec splendeur,
Il se déguise point sa forme
naturelle;
Ce Dieu s'offre dans sa
grandeur:
Mais lorsque fous le tendre
empire
Dequelque mortelle beauté
Ce Souverain des Dieux
soûpire,
Il voile sa Divinité.
Anglois,
Sur le Bal que M. le n**'d**
a donnéà Londres le17.
:' , £" :, ,4 U I?IJ. ,"",'-;.\1 ï;'Aout>1713.>;
P our conoître les moeurs,
les goûts, les habitudes
De cent & cent peuples di-
~\W\*Â\V-,\ ^crs,* ,',' "',
iVU grédeleurs inquietudes
Les mortelsinconstans parcourent
l'univers: 9 Pourmoy, libre des foins
qu'entraînent les voyages
,
Loin de vouloir braver les
flots capricieux, 1
Et sans m'exposer aux orages,
Ici je satisfais mes desirs curieux.
Daumont dans son Palais
represente à nos yeux
Les Heros & les mêmes
Dieux
Dont autrefois dansleurs
ouvrages
Les Poëtes ingenieux
J Ne tracerent quelesimages.
Par-toutvous yvoyezer, rans
Les habitans du ciel, de la
terre & de l'onde,
Ettous les hommes differens
Dont les Dieux ont peuplé
tous les climats du
monde.
Suivi de sa brillante cour
Jqupuitierttpéour s'y rendre a l'empirée;
Alecton fort du noir séjour
Avec sa cohorte effarée;
Des humides Tritons Amphitrite
entourée
Reçoit
Reçoit les voeux du Dieu
dont elle est ado-
-
rée,
Et l'on voit errer à l'entour
Les jeunes filles de Nerée.
Mars aux genoux de Citerée
Se laisse dérober ses armes
par l'Amour;
Dans le sein de Thetis le
brillant Dieu du
jour
Fixe sa course mesurée.
Là Dianeparoît artifte-,
: ment parée, -i *v4
L'Amour n'est plusfon ennemi;
Et si j'en croisles soins où
je la voislivrée,
Sa fiere vertumoderée
Cherche un Endimion qui
soit moins endormi.
»
A chaque beauté qui s'avance
Mercure offreà l'instant
des secours seduccteurs,
Par des traits galans & flateurs
Ilsignaleson éloquence.
De toutes parts sont répandus
Princes,Dieux, Rois, mêlez
& confondus
Avec Démons, Bergers,
Nymphes, Geans,
Pigmées.
-
<
L'implacable Nocher des
ondes enflamees*
Soûrit à des objets & plus
doux & plus beaux;
Les Morts suiventses pasy
couverts de leurs
lambeaux.
Ici c'estle Hibou, là c'est
l'Aigle iraraor-•
- iC lierai.*-• J'
On voit le Corbeau, trop
fidele, SJ
D'un noir plumage revê-
,
tu,
Et les oiseaux par leur ramage
.PPoouurrlleessbbeelllleessffoonnttuunnpprreé--
,: ,- sage --,q
De la chûte de leur ver-
,.' tu.
On y voit folâtrer des No-
,- nes peu severes,
Sans reliques Çc sans rosaires.
r Le grave senateur prend
un air gracieux,
De l'austere Themis ou,
bliant le langage,
De son art desormais il ne
veut faire usage
Qu'au tribunal de deux
beaux yeux.
Le triste Medecin déguise
sa presence
Sous un appareil affecp
té.
Le luxe avec la volupté
Empruntent un habit de
pieuse apparence.
Ici cette jeune beauté,
Qui de mille galans tour
a tour est maîtrèfle.-,
Affeâcla(implicite t 1 D'unevertueule Koacresse.
On-voit dans le Palais chacunse
transfor-
.,>; mer,
Daumont seul n'y prend
point une formeem-
*
pruntée.
Quelleautre lui seroit prêtée,
Qui? G: bienquela sienne
eût le don de char- -* mefï1'*
Ainsi dans un festin quand
laTroupe immorîtelle^
Autour de Jupiter se range
avec splendeur,
Il se déguise point sa forme
naturelle;
Ce Dieu s'offre dans sa
grandeur:
Mais lorsque fous le tendre
empire
Dequelque mortelle beauté
Ce Souverain des Dieux
soûpire,
Il voile sa Divinité.
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Résumé : Traduction d'un Poëme Anglois, Sur le Bal que M. le D** d** a donné à Londres le 17. Août 1713.
Le texte est une traduction d'un poème anglais décrivant un bal organisé par un noble à Londres le 17 août 1713. Le poète souhaite découvrir les mœurs et les habitudes de divers peuples sans voyager. Le bal se déroule au palais de Daumont, où sont représentés des héros, des dieux, ainsi que des habitants du ciel, de la terre et des mers. Le poème mentionne plusieurs personnages mythologiques et divins, tels que Jupiter, Alecton, les Tritons, Amphitrite, Mars, Thétis, Diane et l'Amour. Mercure offre son éloquence à chaque beauté présente. Le bal rassemble princes, dieux, rois, démons, bergers, nymphes, géants et pygmées. Les invités, comme le sénateur, le médecin et une jeune beauté, adoptent des comportements et des apparences différents. Daumont, quant à lui, ne change pas d'apparence, contrairement à Jupiter qui se déguise sous l'empire d'une mortelle beauté.
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53
p. 21-68
Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Début :
Lugete, ô venires cupidinesque, [...]
Mots clefs :
Fête de Taureaux, Taureau, Fête, Yeux, Reine, Coeur, Mort, Héros, Spectateur, Fureur, Animal, Toréador, Homme, Épée, Peuple, Courage, Argent, Pointe, Cérémonie, Combat, Chute, Cornes
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texteReconnaissance textuelle : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Lugete , ô venires cupidinef
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
Fermer
54
p. 19-23
L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
Début :
Descendez de la double cime, [...]
Mots clefs :
Temps, Héros, Muses, Gloire, Immortalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
iLM MMO RT'AL it e'
PAR LES MUSES. '
O D E.
TVEicendez de la doutfle cime ,
J*-^ Chastes soeurs: venez m'inspirer* 1. .. I
Je cede à l'ardeur qui m'anime : . .. .' . .1
.C'est vous que je veux celebrer. : ;
.Si vous approuvez mon audace ,
Tels que ceux d'Homere & d'Horace,
Mes vers vont charmer jios neveux.
C'est vôtre gloir.\que je chante i
Accourez donc, Troupe íça vante,
Venez & remplissez mes voeux.
les plus grands Heros de la terre ,
Toujours avec avidité , , ... ^
ÍEc dans la paix dans la guerre.» }. . h.
.Ont cherché l'Immortalité-: . ; . . j[
Mille Monarques , dont l'HiUoiíf.-
K'a pas celebré la memoire, . h í. '. >.
Ont laissé de beaux monumens; ' ?).jt.
Ils ont ciû que ces édifices « . w . í'- <
2 p MERCURE. DE FRANCE.
A leur ambition propices ,
Les feroient. triompher du temps.
Vain propos ! frivole esperance /
le temps de tout victorieux ,
Bien.tôt, malgré leur résistance,
Les a dérobez à nos yeux.
Les ans aux plus grands noms funestes ,
Npus ont enlevé ces beaux restes ;
Nous Jes cherchons : foins superflus !
Mais leur marbre fut.il durable ,
C'est un monument déplorable :
Il nous apprend qu'ils ne font plus.
Jaloux d'obtenir la victoire .
Dans les champs du terrible Mars .
D'autres ont. mis toute leur gloire ,
A voler dans tous les hazards.
Audace vaine i avec leur vie ,
Leur gloire s'est évanouie ;
On ne fçait rien de ces combats ,
Oiì remplis d'une ardeur guerriere^
Couverts de sang & de poussiere ,
Ils ont affronté le trépas.
J Att V TE ïC Ï7t4.
Si de vous , Miifes, avouée .
I>'uri Poete la' docte voix , )
A les celebrer dévouée ,
Avoit chanté leurs beaux exploits }
Vantez du couchant à l'Aurore ,
Parmi nous ils vivroient encore i
Sans craindre l'injure des ans ,
les faits qu'enfant* leur courage,
Vainqueurs passeroient d'âge en âgé
Jusqu'à leurs derniers descendans.
Seriez.vous ctfnnus'íans les Muscs' ,
Vaillans défenseurs d'Ilion ,<
Et voiís dòrìt lès'fátales.ruses*
Causerent sa destruction';
Heros.* dontTheris fut fa mere ',
Que serois.tu: fans un' Homere î
Tes exploits seroienrdans l'oubli;
Envaiiv tu fus infatigable :
Sans les vers ton nom peu durable y
Seroit fous Troye enseveli.
C'est envain , ô Soeurs immortelles ,
* Athillt.
B iij
*i MERCURE DE FRANCE.
Qu'un Heros par tout redouté ,
Prétend fans l'appui de vos aîles
Passer ì la posterité. .
Fut. il mille fois plus grand homme,
Que ceux de la Grece & de Rome ,
Qu'un Hector, qu'un Agamennort.,
Sous fa puissance par la guerre
Eut.il rangé toute la terre ,
Le temps abolira son nom.
Cette Déesse aveugle & triste',
Qui détruit tout dans l'univers ,'
Xa mort à. qui rien ne résiste,
Ne peut attenter fur vos vers,
Par vous bravent là main des Parques ,
les plus fier* , les plus doux Monarques'.
Vous les dérobez à leurs coups;
Ces noires filles des lieux sombres ,
Des lieux habitez, par les ombres ,
N'ont aucun empire fur vous.
Les Heros & les Heroïnes,
Qui vous ont sçâ favoriser,.
Ont trouvé des bouches divines i
. f Á 'N V 1ER xii±
Prêtes à les éterniser.'
Tu leur fus toujours favorable ,
Grand Roy , * dpnt le bras redoutable ,
Fit par tout triompher les lys ;
Du temps' peux. tu Craindre l'outrage?
Reçois' un immortel hommage ,
Les Muses te dosent ce prix.'
Roy , qu'on voit courir fur les traces £
í>es Achilles & des Cesars','
Comblez les Muses de vos graces ,
Fixez fur elles vos regards,
Justes arbitres de fa gloire
feules au Temple de memoire,-
Eller font vivre les grands coeurs i
Sans elles , têtes couronnées ,
Ne croyez pas que des années ,
Vos noms puissent être vainqueurs.
P. I. S. J.
*LotiisXlV.
PAR LES MUSES. '
O D E.
TVEicendez de la doutfle cime ,
J*-^ Chastes soeurs: venez m'inspirer* 1. .. I
Je cede à l'ardeur qui m'anime : . .. .' . .1
.C'est vous que je veux celebrer. : ;
.Si vous approuvez mon audace ,
Tels que ceux d'Homere & d'Horace,
Mes vers vont charmer jios neveux.
C'est vôtre gloir.\que je chante i
Accourez donc, Troupe íça vante,
Venez & remplissez mes voeux.
les plus grands Heros de la terre ,
Toujours avec avidité , , ... ^
ÍEc dans la paix dans la guerre.» }. . h.
.Ont cherché l'Immortalité-: . ; . . j[
Mille Monarques , dont l'HiUoiíf.-
K'a pas celebré la memoire, . h í. '. >.
Ont laissé de beaux monumens; ' ?).jt.
Ils ont ciû que ces édifices « . w . í'- <
2 p MERCURE. DE FRANCE.
A leur ambition propices ,
Les feroient. triompher du temps.
Vain propos ! frivole esperance /
le temps de tout victorieux ,
Bien.tôt, malgré leur résistance,
Les a dérobez à nos yeux.
Les ans aux plus grands noms funestes ,
Npus ont enlevé ces beaux restes ;
Nous Jes cherchons : foins superflus !
Mais leur marbre fut.il durable ,
C'est un monument déplorable :
Il nous apprend qu'ils ne font plus.
Jaloux d'obtenir la victoire .
Dans les champs du terrible Mars .
D'autres ont. mis toute leur gloire ,
A voler dans tous les hazards.
Audace vaine i avec leur vie ,
Leur gloire s'est évanouie ;
On ne fçait rien de ces combats ,
Oiì remplis d'une ardeur guerriere^
Couverts de sang & de poussiere ,
Ils ont affronté le trépas.
J Att V TE ïC Ï7t4.
Si de vous , Miifes, avouée .
I>'uri Poete la' docte voix , )
A les celebrer dévouée ,
Avoit chanté leurs beaux exploits }
Vantez du couchant à l'Aurore ,
Parmi nous ils vivroient encore i
Sans craindre l'injure des ans ,
les faits qu'enfant* leur courage,
Vainqueurs passeroient d'âge en âgé
Jusqu'à leurs derniers descendans.
Seriez.vous ctfnnus'íans les Muscs' ,
Vaillans défenseurs d'Ilion ,<
Et voiís dòrìt lès'fátales.ruses*
Causerent sa destruction';
Heros.* dontTheris fut fa mere ',
Que serois.tu: fans un' Homere î
Tes exploits seroienrdans l'oubli;
Envaiiv tu fus infatigable :
Sans les vers ton nom peu durable y
Seroit fous Troye enseveli.
C'est envain , ô Soeurs immortelles ,
* Athillt.
B iij
*i MERCURE DE FRANCE.
Qu'un Heros par tout redouté ,
Prétend fans l'appui de vos aîles
Passer ì la posterité. .
Fut. il mille fois plus grand homme,
Que ceux de la Grece & de Rome ,
Qu'un Hector, qu'un Agamennort.,
Sous fa puissance par la guerre
Eut.il rangé toute la terre ,
Le temps abolira son nom.
Cette Déesse aveugle & triste',
Qui détruit tout dans l'univers ,'
Xa mort à. qui rien ne résiste,
Ne peut attenter fur vos vers,
Par vous bravent là main des Parques ,
les plus fier* , les plus doux Monarques'.
Vous les dérobez à leurs coups;
Ces noires filles des lieux sombres ,
Des lieux habitez, par les ombres ,
N'ont aucun empire fur vous.
Les Heros & les Heroïnes,
Qui vous ont sçâ favoriser,.
Ont trouvé des bouches divines i
. f Á 'N V 1ER xii±
Prêtes à les éterniser.'
Tu leur fus toujours favorable ,
Grand Roy , * dpnt le bras redoutable ,
Fit par tout triompher les lys ;
Du temps' peux. tu Craindre l'outrage?
Reçois' un immortel hommage ,
Les Muses te dosent ce prix.'
Roy , qu'on voit courir fur les traces £
í>es Achilles & des Cesars','
Comblez les Muses de vos graces ,
Fixez fur elles vos regards,
Justes arbitres de fa gloire
feules au Temple de memoire,-
Eller font vivre les grands coeurs i
Sans elles , têtes couronnées ,
Ne croyez pas que des années ,
Vos noms puissent être vainqueurs.
P. I. S. J.
*LotiisXlV.
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Résumé : L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
Le poème s'adresse aux Muses pour invoquer leur inspiration afin de célébrer la gloire des héros et des monarques. L'auteur souligne que les exploits des grands hommes, bien que commémorés par des monuments, sont voués à disparaître avec le temps. Il affirme que seule la poésie, soutenue par les Muses, peut garantir l'immortalité des actions héroïques. Le texte mentionne que des héros comme ceux d'Homère et d'Horace ont été immortalisés par leurs vers. Il critique ceux qui cherchent la gloire par les armes ou les monuments, car ces efforts sont vains face à l'inexorable passage du temps. Les Muses sont présentées comme les seules capables de défier les Parques et d'assurer la postérité des grands noms. Le poème se conclut par un hommage à un roi, dont les exploits sont comparés à ceux d'Achille et des Césars, et dont la gloire est éternisée par les Muses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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55
p. 1330-1333
ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
Début :
Scavantes Nimphes du Permesse, [...]
Mots clefs :
Princesse de Conti, Coeur, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
ODE
Préfentée à Madame la Princeffe de Conti ,
par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire
de Pezenas , lorfque la Princeffe paffa par
cette Villle avec M. le Prince de Conti
fon fils , le 4 du mois de fuin 1730 ,
S Cavantes Nimphes du Permeffe ,
Dans vos Concerts harmonieux ,
Celebrez l'Augufte Princeffe
Qui vient de s'offrir à mes yeux.
Par vous plus d'une fois conduite
Ma Lyre a chanté le mérite
Des demi dieux & des Héros ;
II. Vol. Epris
JUI N. 1739. 1331
.
Epris d'une fureur divine ,
Je vais chanter une Héroïne ,
Infpirez-moi des tours nouveaux.
Quels charmes éclatent en elle
Son afpect ravit mes efprits ;
Telle parut cette immortelle
Qui ravit le coeur de Paris .
Mais où tend ton vol témeraire
Mufe , fi tu prétens lui plaire
Laiffe tous ces frêles attraits ;
Son coeur que la fageffe guide
D'un éloge bien plus folide
Te fournira les plus beaux traits.
?
Des doux charmes que la nature
Nous accorde au gré du deſtin
L'éclat trop fragile ne dure ,
Comme la rofe , qu'un matin.
Et s'ils méritent quelque éloge ,
Plus d'une Mortelle s'arroge
Les hommages qui leur font dûs :
Princeffe , fi tu les furpaffes ,
Tu fçais unir avec les graces
L'éclat des plus rares vertus .
Ces vertus , plus que la Naiffance ,
Font que tu regnes fur le coeur
J
I'I, Vol.
D#
1332 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples dont par ta prudence
Tu ſçais afſurer le bonheur .
Lorfque la Parque meurtriere
Vint borner l'illuftre carriere
Du Héros l'objet de tes feux ,
Quelle reffource à nos diſgraces ! ( a )
Si ton grand coeur fuivant les traces
Ne l'eut fait revivre à nos yeux.
Mais que fais-tu , Mufe imprudente ?
Faut - il par tes triftes accens
D'une playe encore fanglante
Renouveller les traits perçans ?
Banniffons ces mornes penfées ,
Pourquoi de nos pertes paffées
Garder encor le fouvenir ?
CONTI reproduit de fa cendre
Un Héros qui nous fait attendre
Le plus gracieux avenir.
Conduit par fon augufte Mere
Dans le fentier de la vertu,
Il regarde d'un oeil fevere
A fes pieds le vice abbatu :
Exemt d'une indigne moleffe ,
Il fait les jeux de fa jeuneffe
Des deffeins les plus glorieux ;
( a ) Pezenas dépend de la Maiſon de Conti.
II. Vol. On
JUIN. 1333 1730.
On le voit courir pour s'inftruire
Des moyens de les rendre heureux.
Ainfi , lorfqu'un foudain orage
Vient renverfer par La fureur
Un Arbre dont l'épais feuillage.
Servoit d'azile au Laboureur
Trifte , il detefte la tempête,
Qui met à découvert la tête
;
En proye au trait du Chien brulant
Mais tandis qu'il murmure encore
Un Rejetton qu'il voit éclore
Ranime fon coeur languiffant.
O vous ! dont la main bienfaiſante
Cultive ce tendre Rameau ,
Préſervez de l'ardeur brulante
Un fi précieux Arbriffeau.
Qu'à fes pieds l'Onde toujours pure
Coulant avec un doux murmure
L'arrofe dans les jeunes ans
Qu'ainfi de fa tige féconde
Naiffent les plus beaux fruits du monde ;
Qu'il nous promet dès fon Printems
Préfentée à Madame la Princeffe de Conti ,
par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire
de Pezenas , lorfque la Princeffe paffa par
cette Villle avec M. le Prince de Conti
fon fils , le 4 du mois de fuin 1730 ,
S Cavantes Nimphes du Permeffe ,
Dans vos Concerts harmonieux ,
Celebrez l'Augufte Princeffe
Qui vient de s'offrir à mes yeux.
Par vous plus d'une fois conduite
Ma Lyre a chanté le mérite
Des demi dieux & des Héros ;
II. Vol. Epris
JUI N. 1739. 1331
.
Epris d'une fureur divine ,
Je vais chanter une Héroïne ,
Infpirez-moi des tours nouveaux.
Quels charmes éclatent en elle
Son afpect ravit mes efprits ;
Telle parut cette immortelle
Qui ravit le coeur de Paris .
Mais où tend ton vol témeraire
Mufe , fi tu prétens lui plaire
Laiffe tous ces frêles attraits ;
Son coeur que la fageffe guide
D'un éloge bien plus folide
Te fournira les plus beaux traits.
?
Des doux charmes que la nature
Nous accorde au gré du deſtin
L'éclat trop fragile ne dure ,
Comme la rofe , qu'un matin.
Et s'ils méritent quelque éloge ,
Plus d'une Mortelle s'arroge
Les hommages qui leur font dûs :
Princeffe , fi tu les furpaffes ,
Tu fçais unir avec les graces
L'éclat des plus rares vertus .
Ces vertus , plus que la Naiffance ,
Font que tu regnes fur le coeur
J
I'I, Vol.
D#
1332 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples dont par ta prudence
Tu ſçais afſurer le bonheur .
Lorfque la Parque meurtriere
Vint borner l'illuftre carriere
Du Héros l'objet de tes feux ,
Quelle reffource à nos diſgraces ! ( a )
Si ton grand coeur fuivant les traces
Ne l'eut fait revivre à nos yeux.
Mais que fais-tu , Mufe imprudente ?
Faut - il par tes triftes accens
D'une playe encore fanglante
Renouveller les traits perçans ?
Banniffons ces mornes penfées ,
Pourquoi de nos pertes paffées
Garder encor le fouvenir ?
CONTI reproduit de fa cendre
Un Héros qui nous fait attendre
Le plus gracieux avenir.
Conduit par fon augufte Mere
Dans le fentier de la vertu,
Il regarde d'un oeil fevere
A fes pieds le vice abbatu :
Exemt d'une indigne moleffe ,
Il fait les jeux de fa jeuneffe
Des deffeins les plus glorieux ;
( a ) Pezenas dépend de la Maiſon de Conti.
II. Vol. On
JUIN. 1333 1730.
On le voit courir pour s'inftruire
Des moyens de les rendre heureux.
Ainfi , lorfqu'un foudain orage
Vient renverfer par La fureur
Un Arbre dont l'épais feuillage.
Servoit d'azile au Laboureur
Trifte , il detefte la tempête,
Qui met à découvert la tête
;
En proye au trait du Chien brulant
Mais tandis qu'il murmure encore
Un Rejetton qu'il voit éclore
Ranime fon coeur languiffant.
O vous ! dont la main bienfaiſante
Cultive ce tendre Rameau ,
Préſervez de l'ardeur brulante
Un fi précieux Arbriffeau.
Qu'à fes pieds l'Onde toujours pure
Coulant avec un doux murmure
L'arrofe dans les jeunes ans
Qu'ainfi de fa tige féconde
Naiffent les plus beaux fruits du monde ;
Qu'il nous promet dès fon Printems
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Résumé : ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
Le 4 juin 1730, les écoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pezenas ont présenté une ode à la Princesse de Conti lors de son passage avec son fils, le Prince de Conti. L'ode célèbre les mérites de la Princesse, comparée à une héroïne dont les charmes et les vertus surpassent les attraits physiques éphémères. Elle est louée pour ses vertus qui lui permettent de régner sur le cœur des peuples et d'assurer leur bonheur par sa prudence. Le poème évoque également la mort du héros aimé par la Princesse et la consolation apportée par la continuité de son héritage à travers son fils. Le Prince de Conti est décrit comme un jeune homme vertueux, exempt de mollesse, et dévoué au bien-être des autres. Le texte se termine par une prière pour que le Prince, comparé à un jeune arbre, soit protégé et cultivé afin de produire les plus beaux fruits.
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56
p. 2163-2168
LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
Début :
Favorable Fils de Latonne, [...]
Mots clefs :
Naissance, Duc d'Anjou, Ciel, Héros, Rois, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
O D E.
Favorable Fils de Latonne
Je ne t'invoque point en vain
Au vif éclat qui m'environne ,
Je voi , je fens ton feu divin.
J'entre dans un facré délire ;
Puiffe mon orgueilleufe Lyre
Enfanter ces accents vainqueurs ,
Qui naiffent d'un heureux génie ,
Et dont la fublime harmonie
Enchante & ravit tous les cours.
Quel aftre nouveau fur nos têtes
Répand fa brillante clarté ?
Quel Dieu ? de nos tranquilles fêtes ;
Redouble la folemnité !
Ce n'eft pas une vaine image ;
Chafte Lucine , cet ouvrage
Eft-il le fruit de ton fecours ?
Ainfi notre Reine féconde
Cij Par
2164 MERCURE DE FRANCE
Par toy du plus beau fang du monde
Promet d'éternifer le cours.
Mais , que dis-je ? Augufte Princeffe
Ces fabuleufes Déitez
'Aux yeux de ta haute fageffe
Ne font que folles vanitez.
Humble dans fa grandeur extrême
Ton coeur adore un Dieu fuprême ;
Qui confond tous les autres Dieux ;
Et dans cette faveur nouvelle ,
Reconnoit la fource immortelle
Des tréfors les plus précieux,
Déja de fa Toute- puiffance
Tu tiens cet aimable Dauphin ,
Ce Fils dont l'heureuſe naiffance
Eft un don parti de fa main.
Cette main encor libérale
Par un nouveau don qu'elle étale
Vient mettre le comble à tes voeux
Et prodigue elle fait connoître
Dans le Prince qui vient de naître ,
Combien le Ciel nous rend heureux,
Puiffe de ces précieux gages
Le nombre fans ceffe augmenter !
Puille
OCTOBRE. 1736. 2165
Puiffent nos plus parfaits hommages
: Les voir croître & les mériter
Qu'à jamais ton auguſte race ,
De fes ayeuls fuivant la trace ,
A l'Univers donne des Loix ;
Et qu'un jour la terre étonnée
Dans cette race fortunée ,
Compte fes Héros & les Rois !
Quel pompeux fpectacle m'enchante !
Prophanes , fuyez loin de moi ;
Une fainte horreur m'épouvante ,
Tous mes fens font faifis d'effroi.
Quel nouvel éclat ! Les Cieux s'ouvrent ;
A mes yeux les deftins découvrent
Leurs immuables jugemens ;
Dans l'avenir j'oſe les lire ,
Je voi , j'examine , j'admire
Les plus fameux Evenemens.
Dans les Climats où naît l'Aurore}
Je voi des Peuples confternez ;
Malgré l'orgueil qui les dévore
Ils font foumis & profternez.
Un Héros court brifer leur chaîne ,
Il quitte les bords de la Seine ,
Et va dans leur triſte ſéjour ;
Je yoi fon Char brillant de gloire ;
Diij De
2166 MERCURE DE FRANCE
Devant lui vole la Victoire ,
A fes côtez marche l'Amour.
Il vient ; & la guerre fanglante
'Auffi - tôt calme ſa fureur ;
La paix tranquille , bien -faifante
Des efprits diffipe l'erreur.
Cher Prince , à ta clemence extrême
On court offrir un Diadême
Que ta valeur a mérité ;
Ton nouveau Peuple qui t'admire ,
Goute les douceurs d'un Empire
Préférable à la liberté.
Ainfi la Divine Sageffe ,
Verra fes Décrets accomplis ;
LOUIS ; crois en ma fainte yvreffe ,
Le ciel couronnera ton Fils.
Déja ta piété folide ,
Et la vérité qui te guide
De ce fuccès font les garants
De ton fang la fource féconde
Doit à jamais peupler le monde
De Héros & de Conquerants.
D'un héritage légitime ,
L'Orphelin , libre poffeffeur ,
N'ek
OCTOBRE. 1730. 2167
N'eft plus la funefte victime ,
D'un tyrannique raviffeur.
Un Roy , que le ciel daigne inftruire ;
De l'erreur qui cherche à ſéduire¸
Fait triompher la véritéé ;
Qui que ru fois , tremble , coupable ;
Et voi ta perte inévitable
Dans la fouveraine équité .
Enfin le crime fanguinaire
Tombe fous les Loix abbatu
Je vois l'interêt mercènaire ,
Fuïr à l'afpect de la vertu.
L'impofture au maintien perfide ,
La fraude qui lui fert de guide ,
L'audace à l'oeil féditieux ,
Abbandonnent une contrée ,
Qui de la favorable Aftrée
Eft le féjour délicieux.
Peuples , fignalez votre zéle ,
Pour LOUIS , en cet heureux jour
Que tout icy lui renouvelle
Votre refpect & votre amour ;
Puiffe une ingénieuſe addreffe ,
Parmi la pompe & l'allegreffe
Vous prolonger un jour fi beau :
Que mille feux d'intelligence ,
C iiij
Imi2168
MERCURE DE FRANCE
Imitent , pendant fon abfence ,
L'éclat du celefte flambeau.
Qué la joye en tous lieux féconde ,
Enfante des plaifirs divers ;
Que les Cieux , que la Terre & l'Onde
Retentiffent de nos Concerts.
Que dans les Palais magnifiques ,
Que fous les toits les plus ruftiques
Les graces , les ris & les jeux
Soient déformais unis enſemble ;
Qu'un même bienfait les raffemble ;
Qu'à jamais il comble nos voeux.
Par M. de M. D. S. d'Aix
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
O D E.
Favorable Fils de Latonne
Je ne t'invoque point en vain
Au vif éclat qui m'environne ,
Je voi , je fens ton feu divin.
J'entre dans un facré délire ;
Puiffe mon orgueilleufe Lyre
Enfanter ces accents vainqueurs ,
Qui naiffent d'un heureux génie ,
Et dont la fublime harmonie
Enchante & ravit tous les cours.
Quel aftre nouveau fur nos têtes
Répand fa brillante clarté ?
Quel Dieu ? de nos tranquilles fêtes ;
Redouble la folemnité !
Ce n'eft pas une vaine image ;
Chafte Lucine , cet ouvrage
Eft-il le fruit de ton fecours ?
Ainfi notre Reine féconde
Cij Par
2164 MERCURE DE FRANCE
Par toy du plus beau fang du monde
Promet d'éternifer le cours.
Mais , que dis-je ? Augufte Princeffe
Ces fabuleufes Déitez
'Aux yeux de ta haute fageffe
Ne font que folles vanitez.
Humble dans fa grandeur extrême
Ton coeur adore un Dieu fuprême ;
Qui confond tous les autres Dieux ;
Et dans cette faveur nouvelle ,
Reconnoit la fource immortelle
Des tréfors les plus précieux,
Déja de fa Toute- puiffance
Tu tiens cet aimable Dauphin ,
Ce Fils dont l'heureuſe naiffance
Eft un don parti de fa main.
Cette main encor libérale
Par un nouveau don qu'elle étale
Vient mettre le comble à tes voeux
Et prodigue elle fait connoître
Dans le Prince qui vient de naître ,
Combien le Ciel nous rend heureux,
Puiffe de ces précieux gages
Le nombre fans ceffe augmenter !
Puille
OCTOBRE. 1736. 2165
Puiffent nos plus parfaits hommages
: Les voir croître & les mériter
Qu'à jamais ton auguſte race ,
De fes ayeuls fuivant la trace ,
A l'Univers donne des Loix ;
Et qu'un jour la terre étonnée
Dans cette race fortunée ,
Compte fes Héros & les Rois !
Quel pompeux fpectacle m'enchante !
Prophanes , fuyez loin de moi ;
Une fainte horreur m'épouvante ,
Tous mes fens font faifis d'effroi.
Quel nouvel éclat ! Les Cieux s'ouvrent ;
A mes yeux les deftins découvrent
Leurs immuables jugemens ;
Dans l'avenir j'oſe les lire ,
Je voi , j'examine , j'admire
Les plus fameux Evenemens.
Dans les Climats où naît l'Aurore}
Je voi des Peuples confternez ;
Malgré l'orgueil qui les dévore
Ils font foumis & profternez.
Un Héros court brifer leur chaîne ,
Il quitte les bords de la Seine ,
Et va dans leur triſte ſéjour ;
Je yoi fon Char brillant de gloire ;
Diij De
2166 MERCURE DE FRANCE
Devant lui vole la Victoire ,
A fes côtez marche l'Amour.
Il vient ; & la guerre fanglante
'Auffi - tôt calme ſa fureur ;
La paix tranquille , bien -faifante
Des efprits diffipe l'erreur.
Cher Prince , à ta clemence extrême
On court offrir un Diadême
Que ta valeur a mérité ;
Ton nouveau Peuple qui t'admire ,
Goute les douceurs d'un Empire
Préférable à la liberté.
Ainfi la Divine Sageffe ,
Verra fes Décrets accomplis ;
LOUIS ; crois en ma fainte yvreffe ,
Le ciel couronnera ton Fils.
Déja ta piété folide ,
Et la vérité qui te guide
De ce fuccès font les garants
De ton fang la fource féconde
Doit à jamais peupler le monde
De Héros & de Conquerants.
D'un héritage légitime ,
L'Orphelin , libre poffeffeur ,
N'ek
OCTOBRE. 1730. 2167
N'eft plus la funefte victime ,
D'un tyrannique raviffeur.
Un Roy , que le ciel daigne inftruire ;
De l'erreur qui cherche à ſéduire¸
Fait triompher la véritéé ;
Qui que ru fois , tremble , coupable ;
Et voi ta perte inévitable
Dans la fouveraine équité .
Enfin le crime fanguinaire
Tombe fous les Loix abbatu
Je vois l'interêt mercènaire ,
Fuïr à l'afpect de la vertu.
L'impofture au maintien perfide ,
La fraude qui lui fert de guide ,
L'audace à l'oeil féditieux ,
Abbandonnent une contrée ,
Qui de la favorable Aftrée
Eft le féjour délicieux.
Peuples , fignalez votre zéle ,
Pour LOUIS , en cet heureux jour
Que tout icy lui renouvelle
Votre refpect & votre amour ;
Puiffe une ingénieuſe addreffe ,
Parmi la pompe & l'allegreffe
Vous prolonger un jour fi beau :
Que mille feux d'intelligence ,
C iiij
Imi2168
MERCURE DE FRANCE
Imitent , pendant fon abfence ,
L'éclat du celefte flambeau.
Qué la joye en tous lieux féconde ,
Enfante des plaifirs divers ;
Que les Cieux , que la Terre & l'Onde
Retentiffent de nos Concerts.
Que dans les Palais magnifiques ,
Que fous les toits les plus ruftiques
Les graces , les ris & les jeux
Soient déformais unis enſemble ;
Qu'un même bienfait les raffemble ;
Qu'à jamais il comble nos voeux.
Par M. de M. D. S. d'Aix
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Résumé : LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
Le texte célèbre la naissance du duc d'Anjou, fils de la reine de France, survenue en octobre 1736. Il commence par une invocation à la muse pour inspirer des vers dignes de cet événement. Le poème exalte la naissance du prince, perçue comme un don divin, et souhaite une descendance nombreuse et glorieuse pour la famille royale. Il prophétise également des conquêtes futures pour un héros qui apportera la paix et sera adoré par son peuple. Le texte loue la piété et la vérité du roi Louis, garantissant ainsi le succès de sa lignée. Il se termine par des vœux de joie et de célébrations pour marquer cet heureux événement, appelant à des réjouissances dans tout le royaume.
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57
p. 1832-1833
Au Duc de Chaulnes, sur la Mort du Duc de Pequigny. STANCES.
Début :
Pequigny n'est donc plus qu'un amas de poussiere, [...]
Mots clefs :
Héros, Cieux, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Duc de Chaulnes, sur la Mort du Duc de Pequigny. STANCES.
Au Duc de Chaulnes , sur la Mort du Duc
de Pequigny.
STANCES.
Pequigny n'est donc plus qu'un amas de poussiere
,
Et ce Heros naissant disparoît à nos yeux ;
Les larmes de l'Epouse et les vertus du Pere ,
N'ont pu fléchir les Cieux.
La Nature et l'amour observent le silence ,
Leurs regards mutuels expriment la douleur,
La raison rougiroit d'avoir de l'Eloquence ,
Dans un si grand malheur.
De
JUILLET. 1833 1731 .
De Chaulnes , pour ton coeur le moment est critique
,
Contre de pareils coups la valeur n'offre rien ,
Mais ce qui troubleroit l'ame la plus stoïque ,
Releve le Chrétien .
Souviens- toi d'Abraham et de son Sacrifice ,
Prêt d'immoler son fils , il étendit le bras.
La Nature en frémit , et sans l'Ange propice ,
Il ne balançoit pas.
Le Dieu qui t'a frappé , veut de l'obéïssance ;
La Foi doit soutenir ton courage abbatu :
Raison, Nature, amour, que peut votre puissance,
Contre tant de vertu.
de Pequigny.
STANCES.
Pequigny n'est donc plus qu'un amas de poussiere
,
Et ce Heros naissant disparoît à nos yeux ;
Les larmes de l'Epouse et les vertus du Pere ,
N'ont pu fléchir les Cieux.
La Nature et l'amour observent le silence ,
Leurs regards mutuels expriment la douleur,
La raison rougiroit d'avoir de l'Eloquence ,
Dans un si grand malheur.
De
JUILLET. 1833 1731 .
De Chaulnes , pour ton coeur le moment est critique
,
Contre de pareils coups la valeur n'offre rien ,
Mais ce qui troubleroit l'ame la plus stoïque ,
Releve le Chrétien .
Souviens- toi d'Abraham et de son Sacrifice ,
Prêt d'immoler son fils , il étendit le bras.
La Nature en frémit , et sans l'Ange propice ,
Il ne balançoit pas.
Le Dieu qui t'a frappé , veut de l'obéïssance ;
La Foi doit soutenir ton courage abbatu :
Raison, Nature, amour, que peut votre puissance,
Contre tant de vertu.
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Résumé : Au Duc de Chaulnes, sur la Mort du Duc de Pequigny. STANCES.
Le texte rend hommage au Duc de Pequigny, héros disparu prématurément. La nature, l'amour et la raison sont impuissants face à cette perte. Le Duc de Chaulnes est encouragé à trouver réconfort dans la foi chrétienne, comme Abraham prêt à sacrifier son fils. La foi est présentée comme le soutien nécessaire pour surmonter cette douleur.
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58
p. 2789-2791
A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
Début :
Loin ces Héros que nous vante l'Histoire ; [...]
Mots clefs :
Héros, Ambassadeur, Antiquité, Muses, Louange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
A M. LE DUC
DE S. AIGNAN ,
Ambassadeur du Roy à Rome , &c.
LOin ces Héros que nous vante l'Hisg
toire v
Souvent d'un faux éclat ils furent révêtus ;
L'Aveugle Antiquité , pour conserver leur gloid
re ,
De leurs vices fit leurs vertus.
1. Vol E St
2790 MERCURE DE FRANCE
Si nos Muses , Seigneur , vous offrent un hommage
,
Du coeur le plus modeste il peut être avoué.
De la verité seule emprunter le langage ,
C'est vous avoir assez loué.
Pour vous , qui craignez la loüange
Autant que vous la méritez ;
Des Faits de vos Дyeux le fastueux mélange
Ne fourniroit que des traits empruntez.,
Leur noble sang qui vous anime
Science , Dignitez , Exploits dans les Combats ;
Ces sources d'un éclat sublime
En ornant vos vertus , Seigneur , ne les font pas.
Je vous cherche en vous seul , en vous seul j'en¬
visage
Un accord de vertus peu connu jusqu'à vous.
Quel sublime genie avec vous prit naissance !
Vous seul paroissez l'ignorer :
*
'Autrefois l'Iberie en connut la puissance,
Jalouse encore , elle envie à la France
Le plaisir de vous admirer.
Allez , Seigneur , après la Renommée
Aux bords du Tibre encore étaler vos vertus,
En vous voyant Rome charmée ,
Croira revoir Fabrice , et Caton , et Titus ;
Yous retracez ces coeurs sublimes
* Son Ambassade d'Espagne,
J. Val. Par
DECEMBRE 1731. 2791
Par les traits éclatans qu'en vous nous admi¬
rons.
Mêmes vertus ,
mêmes maximess ;
Ils n'ont fait que changer de noms.
Par le R. P. RAINAUD ;
de l'Oratoire , Professeur de Rhetorique
au College de Marseille.
DE S. AIGNAN ,
Ambassadeur du Roy à Rome , &c.
LOin ces Héros que nous vante l'Hisg
toire v
Souvent d'un faux éclat ils furent révêtus ;
L'Aveugle Antiquité , pour conserver leur gloid
re ,
De leurs vices fit leurs vertus.
1. Vol E St
2790 MERCURE DE FRANCE
Si nos Muses , Seigneur , vous offrent un hommage
,
Du coeur le plus modeste il peut être avoué.
De la verité seule emprunter le langage ,
C'est vous avoir assez loué.
Pour vous , qui craignez la loüange
Autant que vous la méritez ;
Des Faits de vos Дyeux le fastueux mélange
Ne fourniroit que des traits empruntez.,
Leur noble sang qui vous anime
Science , Dignitez , Exploits dans les Combats ;
Ces sources d'un éclat sublime
En ornant vos vertus , Seigneur , ne les font pas.
Je vous cherche en vous seul , en vous seul j'en¬
visage
Un accord de vertus peu connu jusqu'à vous.
Quel sublime genie avec vous prit naissance !
Vous seul paroissez l'ignorer :
*
'Autrefois l'Iberie en connut la puissance,
Jalouse encore , elle envie à la France
Le plaisir de vous admirer.
Allez , Seigneur , après la Renommée
Aux bords du Tibre encore étaler vos vertus,
En vous voyant Rome charmée ,
Croira revoir Fabrice , et Caton , et Titus ;
Yous retracez ces coeurs sublimes
* Son Ambassade d'Espagne,
J. Val. Par
DECEMBRE 1731. 2791
Par les traits éclatans qu'en vous nous admi¬
rons.
Mêmes vertus ,
mêmes maximess ;
Ils n'ont fait que changer de noms.
Par le R. P. RAINAUD ;
de l'Oratoire , Professeur de Rhetorique
au College de Marseille.
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Résumé : A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
Le texte est une lettre adressée à M. le Duc de Saint Aignan, ambassadeur du roi à Rome. L'auteur critique l'histoire qui idéalise souvent les héros en cachant leurs vices. Il exprime son admiration pour le duc, préférant la vérité à la flatterie. Le duc est décrit comme un homme de science, de dignité et de bravoure, dont les vertus sont authentiques. L'auteur admire son génie et note que l'Espagne, autrefois jalouse, envie désormais à la France le plaisir de l'admirer. Il encourage le duc à continuer de montrer ses vertus à Rome, où il sera comparé à des figures historiques comme Fabrice, Caton et Titus. Le texte se conclut par une comparaison des vertus et des maximes du duc avec celles des grands hommes du passé, soulignant leur similitude malgré les différences de noms.
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59
p. 887-890
L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Début :
Tandis qu'au milieu des merveilles, [...]
Mots clefs :
Amour, Héros, Holocauste, Pays des fictions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
L'AMOUR,
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
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Résumé : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Le texte est une ode à l'amour adressée à une personne identifiée par les initiales A. M. L. M. D. F. Le poète exprime son désir de fuir les cris ennuyeux du monde pour se plonger dans les merveilles de l'amour. Il invoque les dieux de Paphos et les Muses pour l'inspirer. Il imagine des scènes épiques de l'Iliade, où les dieux descendent sur terre pour la guerre de Troie et où des héros comme Achille et Pâris sont soumis aux passions amoureuses. Ces récits lui offrent des consolations et des légitimations pour ses propres sentiments. Le poète affirme que les cœurs humains, instruits par la nature, sont destinés à l'amour, et que ceux qui résistent à cet amour deviennent fous ou esclaves de leurs vices. Il se déclare honnête et dégoûté par les âmes mercantiles qui trafiquent les sentiments. Il conclut en décrivant l'amour comme un dieu affaibli, ses flèches émoussées et son flambeau éteint, symbolisant la douleur et la tristesse de l'amour non partagé. Le texte est daté du 15 avril 1732 à Grenoble.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
s. p.
L'AMBITION. ODE.
Début :
Ambition, funeste Idole, [...]
Mots clefs :
Ambition, Trahison, Barbare, Héros, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : L'AMBITION. ODE.
L'AMBITION.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
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Résumé : L'AMBITION. ODE.
Le texte 'L'Ambition' critique les ravages de l'ambition dévorante. L'auteur dépeint des hommes esclaves d'un espoir futile, la vérité alarmée et Thémis désarmée face aux puissants. Les crimes les plus noirs engendrent des victimes tragiques, sacrifiées par la fureur, l'imposture et la trahison. L'innocence succombe à la barbarie, et la malice triomphante se moque d'un avenir heureux. L'ambition, comparée à un torrent dévastateur, ravage tout sur son passage, entraînant la guerre et les malheurs humains. Les rois, maîtres de la paix et de la guerre, sont accusés de remplir leurs fastes d'exploits cruels et odieux. L'auteur évoque un passé où l'homme était heureux, aimant Dieu et vivant en paix. Il critique les grands insatiables, comparés à un hydropique dont la soif ne peut être étanchée. Alexandre, par exemple, ne se contente pas de conquérir la Grèce mais veut soumettre l'univers entier. Un roi guidé par l'ambition est décrit comme un furieux, un homicide, l'horreur des nations, comparable à un tigre ou un lion enragé. L'ambition est présentée comme un assemblage monstrueux de vice, de crime et de rage, produit par Dieu pour punir les hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
p. 2327-2329
L'OMBRE de Madame Deshoulieres, à Madlle de Malcrais de la Vigne du Croisic, en Bretagne.
Début :
Ne vous étonnez point que du Royaume sombre. [...]
Mots clefs :
Madame Deshoulières, Auteur, Héros, Style, Délicatesse, Imiter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'OMBRE de Madame Deshoulieres, à Madlle de Malcrais de la Vigne du Croisic, en Bretagne.
L'OMBRE de Madame Deshoulieres
Mad de Malcrais de la Vigne
du Croisic , en Bretagne.
E vous étonnez point que du Royaum NEVOSOmbre sombre ...
On évoque aujourd'hui mon ombre ,
Puisque vous avez fait revivre a deux Héros ,
Pour louer un Auteur fertile en beaux propos
3
Qui sçut en Vers gravez au Temple de mé
moire. ,
Celebrer un des plus grands Rois ,.
Dont la France ait suivi les Loix ,
Et du Lion du Nord vient d'écrire l'histoire g
Auteur digne en effet de sujets aussi grands ,
Que ces deux fameux Conquerants , -
Mais quittons son éloge et travaillons au vôtre
Plus long à faire qu'aucun autre.
C'est à vous seule que j'en veux ,
Jusques dans les Enfers le bruit court qu'au Par nasse ,
Vous avez obtenu ma place ;
La Piece en Vers , adressée par Mule Malcrais , à
M. de Voltaire , Auteur du Poëme de Henry le
Grand , et de l'Histoire de Charles XII. Roy de
Suede. Cette Piece est inserée dans le Mercure du
mois de Juillet 17320-
#328 MERCURE DE FRANCE
On dit que si jamais on a formé des vœux
Pour voir réssusciter mon stile
Ce souhait devient inutile ,
Et qu'on retrouve dans vos Vers ,
Les
graces , les
beautez
et les talents
divers
,
Dont
j'étois
autrefois
si
richement
pourvûë
,
Les
regrets
de ma
mort
,
désormais
superflus
,
Font
que
dans
le monde
on
n'est
plus
Si fâché
de
m'avoir
perduë.
Comme moi du vif erjoüement ,
Vous avez la délicatesse ;
Du goût et du discernement ,
Vous avez comme moi ,
l'admirable justesse.
Soit que la tendre a Euterpe , aux amoureux
transports ,
Exerce votre heureux génie ;
Sois que l'illustre & Polimnie,
Vous inspire à son tour de plus nobles accords .
Et d'une façon admirable ,
Vous fasse regretter la perte irréparable
D'un Pere bien aimé , descendu chez les Mortse
Qu'il devoit être cher à toute sa famille ,
Si l'on en doit juger par son aimable fille !
Mlle Malcrais a fait une Idille fort jolie , in
vitulée: Les Hirondelles. Euterpe est la Muse PasBoralle.
b Muse de l'Ode. Mlle Malcrais afait unefore belle Ode sur la mort de son Pøre,
Mais
NOVEMBRE. 17327 2324
Mais tirons le rideau sur de tristes objets ¿
Vos Vers dans un gai badinage,
Imitant de Marot l'agréable langage ,
M'offrent de plus riants sujets ;
Tantôt d'un Astrologue ignare , e
Vous nous contez un plaisant trait ,
Tantôt d'un Capucin d d'une figure rare ,
Vous offrez à nos yeux le grotesque portrait.
Ah ! que j'aime à vous voir réprimere du Meri cure ,
Les ridicules Ennemis ;
It certes il vous est plus qu'à d'autres permis,
De détruire en deux mots leur injuste Censure.
Quoiqu'en vous on puisse avouer
Mille autres choses à louer ,
Je me tais , car mon interprete
Est las d'une si longue traitte.
Dans sa bouche mes Vers deviendroient af deffaut :
Depuis que vous avez herité de mes graces ,
Il n'appartient qu'à vous de marcher sur mes traces ,
at de m'imiter comme il faut,
Par M. PESSELIER, de la Ferté
Sous-Jouare,
• Pieces en Vers Marotiques. L'Almanach de Nante, d le Frere Chichon.
´e Piece , intitulée : Les Censeurs du Mercure
Mad de Malcrais de la Vigne
du Croisic , en Bretagne.
E vous étonnez point que du Royaum NEVOSOmbre sombre ...
On évoque aujourd'hui mon ombre ,
Puisque vous avez fait revivre a deux Héros ,
Pour louer un Auteur fertile en beaux propos
3
Qui sçut en Vers gravez au Temple de mé
moire. ,
Celebrer un des plus grands Rois ,.
Dont la France ait suivi les Loix ,
Et du Lion du Nord vient d'écrire l'histoire g
Auteur digne en effet de sujets aussi grands ,
Que ces deux fameux Conquerants , -
Mais quittons son éloge et travaillons au vôtre
Plus long à faire qu'aucun autre.
C'est à vous seule que j'en veux ,
Jusques dans les Enfers le bruit court qu'au Par nasse ,
Vous avez obtenu ma place ;
La Piece en Vers , adressée par Mule Malcrais , à
M. de Voltaire , Auteur du Poëme de Henry le
Grand , et de l'Histoire de Charles XII. Roy de
Suede. Cette Piece est inserée dans le Mercure du
mois de Juillet 17320-
#328 MERCURE DE FRANCE
On dit que si jamais on a formé des vœux
Pour voir réssusciter mon stile
Ce souhait devient inutile ,
Et qu'on retrouve dans vos Vers ,
Les
graces , les
beautez
et les talents
divers
,
Dont
j'étois
autrefois
si
richement
pourvûë
,
Les
regrets
de ma
mort
,
désormais
superflus
,
Font
que
dans
le monde
on
n'est
plus
Si fâché
de
m'avoir
perduë.
Comme moi du vif erjoüement ,
Vous avez la délicatesse ;
Du goût et du discernement ,
Vous avez comme moi ,
l'admirable justesse.
Soit que la tendre a Euterpe , aux amoureux
transports ,
Exerce votre heureux génie ;
Sois que l'illustre & Polimnie,
Vous inspire à son tour de plus nobles accords .
Et d'une façon admirable ,
Vous fasse regretter la perte irréparable
D'un Pere bien aimé , descendu chez les Mortse
Qu'il devoit être cher à toute sa famille ,
Si l'on en doit juger par son aimable fille !
Mlle Malcrais a fait une Idille fort jolie , in
vitulée: Les Hirondelles. Euterpe est la Muse PasBoralle.
b Muse de l'Ode. Mlle Malcrais afait unefore belle Ode sur la mort de son Pøre,
Mais
NOVEMBRE. 17327 2324
Mais tirons le rideau sur de tristes objets ¿
Vos Vers dans un gai badinage,
Imitant de Marot l'agréable langage ,
M'offrent de plus riants sujets ;
Tantôt d'un Astrologue ignare , e
Vous nous contez un plaisant trait ,
Tantôt d'un Capucin d d'une figure rare ,
Vous offrez à nos yeux le grotesque portrait.
Ah ! que j'aime à vous voir réprimere du Meri cure ,
Les ridicules Ennemis ;
It certes il vous est plus qu'à d'autres permis,
De détruire en deux mots leur injuste Censure.
Quoiqu'en vous on puisse avouer
Mille autres choses à louer ,
Je me tais , car mon interprete
Est las d'une si longue traitte.
Dans sa bouche mes Vers deviendroient af deffaut :
Depuis que vous avez herité de mes graces ,
Il n'appartient qu'à vous de marcher sur mes traces ,
at de m'imiter comme il faut,
Par M. PESSELIER, de la Ferté
Sous-Jouare,
• Pieces en Vers Marotiques. L'Almanach de Nante, d le Frere Chichon.
´e Piece , intitulée : Les Censeurs du Mercure
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Résumé : L'OMBRE de Madame Deshoulieres, à Madlle de Malcrais de la Vigne du Croisic, en Bretagne.
Madame Malcrais de la Vigne adresse une pièce en vers à Voltaire, célèbre pour ses œuvres 'Le Poème de Henri le Grand' et 'L'Histoire de Charles XII, Roi de Suède'. Elle exprime son admiration pour Voltaire et compare ses talents littéraires aux siens, affirmant avoir obtenu une place au Parnasse. Madame Malcrais loue la délicatesse, le goût et le discernement de Voltaire, et mentionne qu'il a écrit une idylle intitulée 'Les Hirondelles' et une ode sur la mort de son père. La pièce évoque également des anecdotes légères sur un astrologue et un capucin, et admire la capacité de Voltaire à réprimer les ridicules ennemis. Madame Malcrais conclut en reconnaissant que Voltaire a hérité de ses grâces et qu'il est désormais le seul à pouvoir marcher sur ses traces.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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62
s. p.
LE TRAVAIL. ODE.
Début :
Travail, qui sous un front sévére, [...]
Mots clefs :
Travail, Délivrance, Libre, Divinité, Héros, Repos, Patrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRAVAIL. ODE.
LE TRAVAIL.
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
Fermer
Résumé : LE TRAVAIL. ODE.
Le poème 'Le Travail', publié dans le Mercure de France en décembre 1732, célèbre les vertus du travail, le présentant comme un puissant consolateur et un destructeur des vices. Le travail est décrit comme un soutien essentiel des républiques et comme l'auteur de succès héroïques, tant en temps de guerre qu'en temps de paix. Il permet de polir l'image du travail et de rendre hommage à ses attraits. Les dieux récompensent la noble persévérance, et l'homme doit au travail sa délivrance de nombreux maux. Les champs, fertilisés par le travail, comblent les désirs humains, offrant liberté et abondance. Cependant, la richesse et le crédit peuvent être éphémères et trompeurs, souvent sources de vices et d'ennuis. Le travail est comparé à une divinité capable de surmonter la dureté du fer et des roches, méritant des temples dédiés aux héros dont les exemples inspirent. La véritable gloire est acquise par un travail assidu et non par l'indolence. Les humains sont souvent attirés par le nom du travail sans en apprécier les efforts réels, vivant comme Épicure tout en raisonnant comme Zénon. Le poème met en garde contre la mollesse et l'incapacité à exécuter les projets, illustrant cela par l'exemple d'Hercule. Il encourage à utiliser la vigueur des jeunes années pour éviter les remords et la pauvreté, soulignant que l'oisiveté mène à un sort tragique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
63
p. 2853-2864
Le Repos de Cyrus, ou l'Histoire, &c. [titre d'après la table]
Début :
LE REPOS DE CYRUS, ou l'Histoire de sa vie, depuis sa 16. jusqu'à sa 40. année. [...]
Mots clefs :
Repos de Cyrus, Abbé Pernetti, Ouvrage, Héros, Allégorie, Extrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Repos de Cyrus, ou l'Histoire, &c. [titre d'après la table]
LE REPOS DE CYRUS , ou l'Histoire de
sa vie , depuis sa 16. jusqu'à sa 40. an-.
née. Chez Briasson , rue S. Jacques 1732.
in- 12 . de 380. pages , les trois Tomes.
L'Auteur de ce Livre est M. l'Abbé
Pernetti. Le dessein de son Ouvrage est de
faire voir en quoi consiste la veritable
grandeur d'un Roi , et les differentes vertus qui doivent former son caractere.
Comme la Fable étoit le meilleur moyen
pour développer les idées qu'on avoit sur
ce sujet , on s'en est servi , mais en temII. Vol. Fij pé-
2854 MERCURE DE FRANCE
pérant ce qu'elle a d'outré. par la sagesse
du style et de l'invention , Cyrus est le
Heros qu'on fait agir et parler.
Dans le premier Livre on le met aux
prises avec les passions , et par la maniere
dont il se défait de leurs pieges , il peut
servir de modele aux jeunes cœurs pour
se deffendre contre les charmes de la volupté. Dans le second , on le représente
occupé des Arts et des Sciences ; là , sẹ
trouve une Allegorie interessante des
progrès de la Litterature dans le dernier
siecle , et plusieurs Portraits achevez de
nos Illustres. Dans le troisiéme , on nous
le montre uniquement appliqué aux affaires et à l'administration de l'Etat ; ce
ne sont que Maximes sages sur le Gouver
nement , que traits de grandeur et d'équi
té , et que moyens prudemment imagi
nés pour rendre les peuples heureux. Tout
cela est écrit d'un style fort naturel , et se
trouve entremêlé de plusieurs Episodes
qui sont autant de morceaux d'histoire
très-attachants.
Dans une Préface de 16 pages , l'Auteur rend compte du choix et du dessein
de son Ouvrage. Les Maîtres et les Voyages peuvent rendre un Prince plus sçavant, dit il, ils ne peuvent en faire un Heros , le vrai Heroïsme est l'ouvrage de la
11. Vol. Na
DECEMBRE. 1732 2855
Nature , Alexandre n'avoit appris de
personne à pleurer au récit des Conquê
tes de son Pere. Qui ne sçait que l'éducation ordinaire sert plus à étouffer l'heroï'sme qu'à le produire ; et qu'en voulant
réformer la Nature , que l'on croit corrompue en tout , on la corrompt quelquefois dans ce qu'elle a de plus parfait ?
il n'y a qu'une maniere de l'aider , c'est
de la connoître , de la suivre , et de ne la
corriger , en quelque sorte , que par elle-.
même , en opposant ce qu'elle à de bon
à ce qu'elle peut avoir de vicieux.
a
Au second Tome , page 12. Gyrus établit dans sa Capitale des Tribunaux , où
se décidoit sans appel tout ce qui concernoit les Arts et les Sciences , c'est-àdire , qu'il créa six Académies. La premiere avoit pour objet la Géometric , la
Philosophie , la Physique , la Chimie et
la Médecine ; la seconde étoit consacrée
à l'Eloquence et à la Poësie ; la troisiéme
travailloit sur l'Histoire , les Langues
Etrangeres et les Antiquitez ; les autres
se partageoient , la Musique ; la Peinture
et la Sculpture. Il n'étoit permis à personne de mettre au jour aucun Ouvrage¸
qui n'eut été approuvé par l'Académie
dont il dépendoit : cette régle empêcha
qu'on ne multipliat les Livres . et ( ce
II. Vol. Fiij qui
2856 MERCURE DE FRANCE
qui en est une suite nécessaire ) qu'il n'en
parut beaucoup de mauvais.
Cyrus fait demander en mariage la fille
du Roi d'Armenie ; ses Ambassadeurs
P'obtiennent facilement de son Pere , lequel donne les ordres necessaires pour le
prompt départ de la Princesse. Il ne pouvoit ignorer son impatience ; elle n'avoit
pas employé auprès de lui ces ménagemens
équivoques , qui confondent si souvent en ces sortes d'occasions le véritable amour
avec le faux; elle avoit déclaré à son pere
toute sa tendresse pour Cyrus , elle la
trouvoit trop pure et trop raisonnable
pour en rougir ; on ne doit pas craindre
d'avouer qu'on aime quand on aime comme on doit aimer. Malgré tout son empressement , elle ne put se séparer de son
pere sans s'attendrir , elle lui avoüa qu'il
n'y avoit que Cyrus au monde qui put
adoucir le chagrin qu'elle avoit de le quitter ; ils se dirent adieu avec beaucoup de
larmes, l'amour vertueux fortifie les senti
mens de la nature au lieu de les détruire....
Tout l'Ouvrage , pour le dire en passant ,
est extrêmement.fourni de ces Reflexions
justes et sensées.
On se prépara à Hecatompyle à recevoir Cassandane ; Cyrus n'oublia rien
pour faire éclater sonamour ; il sçavoit
II. Vol. le
DECEMBRE. 1732 2857
le goût de la Princesse d'Armenie pour
les Arts et pour les Sciences ; il voulut que
toutes les Académies lui préparassent des
hommages à son arrivée, on n'en avoit jamais rendu à une femme qui les méritât
mieux qu'elle , ni qui fut plus capable
d'en connoître le prix. De toutes les Académies , celle qui pouvoit se distinguer
le plus en cette occasion , étoit celle de
Musique , elle avoit pour chef un de ces
hommes rares sur qui la nature semble
quelquefois vouloir essayer ce qu'elle
peut produire de plus parfait en un genre.Il étoit Grec d'origine et avoit été conduit par hazard à Hécatompyle dans sa
premierejeunesse jamais homme ne sentit mieux l'harmonie et tous les ressorts secrets qui la produisent ;
il étoit simple
dans sa composition ; on retenoit ses airs
les entendre une fois ; il étoit varié , et
dans des Piéces sans nombre , il ne s'est jamais repeté précis et caracterisé jusqu'à
ôter la liberté d'appliquer ses airs à quelqu'autre sujet qu'à celui qu'il avoit eu en
vie; dans la fureur et dans la tendresse
allant aussi loin que ces passions....
Il composa un grand divertissement en
Musique dont on eut dit qu'il à composé les vers tant ils convenoient, à la
Musique ; cependant il n'en étoit pas l'AuLI. Vol Fiiij teur
2858 MERCURE DE FRANCE
›
teur : c'étoit un Poëte qu'il avoit pris soin
de former à cette espece de Poësie , et qui
se rendit presque aussi inimitable , tant
il est vrai que les Arts s'aident les uns les
autres, et qu'il ne faut quelquefois qu'un
grand homme pour en faire briller d'autres qui seroient restez inconnus.... L'Amour et la Musique ont plus de rapport
qu'on ne pense ; l'un et l'autre se prêtent
un secours mutuel ; les cœurs tendres sont
generalement plus touchez de la Musique
que les autres ; la Musique à son tour augmente leur sensibilité , et elle devient un
vrai plaisir pour eux, quand ils aiment."
Indépendemment des dispositions où se
trouvoit Cassandane à cet égard , elle aimoit la Musique par inclination ; de tous
les Arts que les hommes ont inventez
c'étoit à son gré celui qui faisoit le plus
d'honneur à l'esprit humain et qui l'étonnoit davantage par la diversité et par
la multitude des combinaisons dont elle
est formée; elle ne voyoit rien dans la
nature qui en eut pu faire naître l'idée :
la prétendue harmonie des Cieux , le choc
des Elémens , le chant, des Oiseaux , et
les autres sources d'où on suppose que
les hommes ont tiré la Musique , lui paroi oient trop éloignées de la vrai- semblai.ce , elle en auroit attribué la naissance
II. Vol
DECEMBRE. 1732. 2859.
à la mélancolie , parce qu'elle en est le remede le plus efficace.
On établit un Théatre &c. Deux Poëtes qui avoient en quelque sorte ouvert
la Scene , étoient rivaux sans être ennemis ,
et plaisoient tous deux , sans se ressemblers le plus âgé avoit un génie noble ,
élevé , plein de force , fécond , énergique , faisant des Héros de tous ses personnages , il est vrai qu'il les avoit pris
dans l'Histoire du peuple le plus fertile
en Grands Hommes , flatant ses Auditeurs
en leur présentant des modeles au dessus
d'eux, et qu'ils se croyent capables d'imi
ter: le plus jeune , avec un génie moins
étendu , moins élevé , moins fort , moins
fertile même , mais plus soutenu plus
égal , plus doux , avoit trouvé le chemin
du cœur et le secret de l'interesser toujours ; toutes les passions qui en dépendent avoient place dans ses Piéces ; on l'écoutoit aussi volontiers que l'autre, quoique
par un motif bien opposé ; ses Auditeurs
⚫croyoient leurs passions pardonnables , en
les voyant authorisées dans les personna->
ges illustres qu'il mettoit sur la Scene ;
on sortoit des Piéces du premier , l'ame
remplie de grands sentimens et se croyant
capable de ce qu'il y a de plus héroïque :
les Piéces du second attendrissoient le
11. Vol. Fv
و
* cœur
2860 MERCURE DE FRANCE
,
cœur et arrachoient des larmes pleines de
douceur; on devenoit plus honnête homme de l'Ecole de l'un , et plus galant à
celle de l'autre , celui là avoit peint les
vertus des hommes , et celui cy leurs défauts ; le premier étoit répréhensible dans
son langage qu'il sacrifioit souvent à la
pensée ; il étoit même inégal , et après
s'être élevé jusqu'aux nuë; il rampoit
jusqu'à la terre : le second étoit toujours
le même ; sa Poësie liée , son expression
pure ; il est plus difficile d'être egal dans
le grand que dans le tendre ; on disoit que
la perfection eut été de rassembler dans
un troisiéme Poëte ce qu'ils avoient de
meilleur l'un et l'autre ; je ne sçai si on
avoit droit de l'esperer , et si le même génie est capable de réunir des qualités si
opposées ; ce qui en fait voir au moins la
difficulté , c'est que non seulement il n'y
a eu aucun Poëte en Perse qui en soit venu à bout , mais il n'y en a pas eu qui ait
véritablement remplacé l'un des deux.
Cassandane étoit enchantée de tout ce
'elle voyoit ; elle ne contribua pas peu
dans la suite au dessein de Cyrus ; capable d'être Juge en toutes sortes de sciences , elle ne se réserva que le droit communément accordé aux Dames , de juger
du langage ; elle le perfectionna en effet
qu'
.
II. Vol.
si Ab
DECEMBRE. 1732. 2861
si bien , que les Académiciens avouerent
qu'ils lui devoient le stile naturel , simple
et noble qui prit la place du stile ampoulé,
précieux ou obscur même à force d'être
spirituel et trop du goût de la Nation dans
les commencemens de sa réformation,
Cyrus aprit qu'un Poëte travailloit à
des Satyres , on en louoit la versification,
quoiqu'un peu dure , elle disoit beaucoup
en peu de paroles , on sentoit qu'elle avoit
coûté à son Auteur , qu'il n'y avoit que
le plaisir de médire qui eut pu lui faire dévorer un si pénible travail. On en récital
quelques vers à Cyrus , leur beauté ne
surprit point son admiration , il les trouva pleins de malignité , il ne confondit
pourtant point le Poëte avec son Ouvrage,
il distingua le genie de l'abus qu'il en faisoit , il chercha à le rendre utile et non à
le détruire ; il étoit convaincu que ceux
qui ont des talens méritent des égards ; il
ne croyoit pas au dessous de lui d'en avoir
pour un Poëte , il le fit venir en sa préşence , il le reçut avec bonté , il loua son
genie pour la Poësie , et il lui conseilla de
donner à ses vers un meilleur objet que
la Satyre. Ce n'est point en décriant les
hommes , lui dit- il , que vous les rendrez
meilleurs , c'est les irriter plutôt que les
réformer , la vertu n'a jamais employé les
1. 11. Vol.
F vj armes
2862 MERCURE DE FRANCE
armes de la satyre pour faire haïr le vice
et se faire aimer ; il est d'ailleurs de votre
interêt de ne pas vous rendre haïssable
on craint toujours pour soi ce qu'on aime à entendre dire contre les autres , et
la haine contre le satyrique vange au
moins les gens vicieux d'avoir été censurez.
UnPoëte comique pensa être découragé,
croyant que Cyrus pensoit de la Comédie comme de la Satyre , mais on le dé-·
trompa sur ce que ce Prince éclairé distinguoit très bien la satyre , qui en attaquant les vicieux ne corrigeoi: personne, de
la Comédie qui n'attaque que les vices.Ce
Pote travailloit avec une facilité d'autant
plus étonnante , qu'elle n'ôtoit rien à la
perfection de ses Ouvrages ; il étoit deve
nu la ressource des plaisirs et des fêtes
son génie étoit aussi inépuisable qu'ilétoit
prompt ; il trouvoit dans les differens caracteres un fond infini de morale ; on ne
pouvoit lui sçavoir mauvais gré d'avoir
voula corriger les hommes en les amusant :
son goût et son discernement dans le
choix et dans l'arrangement des sujets ,
qu'il avoit à traiter , étoient inimitables ,
il ne présentoit que ce qui devoit plaire s
la diversité et la multitude des spectateurs qu'il avoit à contenter, n'ont ser-
•
II. Vol. vi
DECEMBRE. 1732. 2863
vi qu'à augmenter sa gloire; il se reproduisoit en quelque sorte lui- même , et on
retrouvoit en lui les qualitez de mille
Auteurs differens.... On lui attribue la
gloire d'avoir corrigé à la Cour beaucoup
de r dicules , celui des femmes qui font
les sçavantes , fut le plus marqué. Il n'est
pas étonnant que la science étant venue
à la mode en Perse , les femmes à qui la.
nouveauté plaît , ne voulussent se distinguer aussi par la science ,
il peut leur
convenir d'être scavantes , mais il ne leur
sied jamais d'en affecter le titre ; il semble que la science qui gêne , s'assortit
mal avec ses graces naturelles qui font leur partage ; on exige d'elles de l'esprit ,
et la beauté même la plus parfaite ne les
en dispense pas longtems ; on leur passe
composer des Ouvrages qui ne dépendent que de l'esprit... Les sentimens et
la délicatesse sont leur caractère principal &c.
de
On vit s'élever un homme admirable ;
qui sous le voile des Fables déguisa sa morale : le grand et le tendre , le serieux et
le badin , le naturel et le naïf même , tout
étoit de son ressort ; il n'est point d'état
ni de caractere qui n'y trouvat des leçons,
il employoit à son gré la tendresse du
cœur , la sagacité de l'esprit , le badinage
II.Vol le
2864 MERCURE DE FRANCE
le plus aimable ; il apprenoit à penser aux
uns , il donnoit des sentimens aux autres,
il persuadoirà tous , et il est le premier
qui ait introduit dans la Poésie cette justesse et cette précision même, qui paroît
lui être opposée , sans lui faire rien perdre
de ces images brillantes et de ces expressions heureuses qui distinguent si fort la
Poësie du discours ordinaire. . .
Insensiblement cet Extrait devient long,
malgré notre attention à nous contenir
dans de justes bornes ; finissons- le par ce
Portrait. Parmi ce grand nombre d'hommes qui se distinguerent , il n'y en eut
qu'un qui fut tout à la fois Poëte , Orateur , Historien , Philosophe , Géometre ,
que ne fut il pas ? admirable dans tous
les genres où il voulut travailler , il épuisa
sa vie avant que d'avoir épuisé son génie ,
et les divers Ouvrages qu'il a laissés auroient fait la gloire de plusieurs hommes
sa vie , depuis sa 16. jusqu'à sa 40. an-.
née. Chez Briasson , rue S. Jacques 1732.
in- 12 . de 380. pages , les trois Tomes.
L'Auteur de ce Livre est M. l'Abbé
Pernetti. Le dessein de son Ouvrage est de
faire voir en quoi consiste la veritable
grandeur d'un Roi , et les differentes vertus qui doivent former son caractere.
Comme la Fable étoit le meilleur moyen
pour développer les idées qu'on avoit sur
ce sujet , on s'en est servi , mais en temII. Vol. Fij pé-
2854 MERCURE DE FRANCE
pérant ce qu'elle a d'outré. par la sagesse
du style et de l'invention , Cyrus est le
Heros qu'on fait agir et parler.
Dans le premier Livre on le met aux
prises avec les passions , et par la maniere
dont il se défait de leurs pieges , il peut
servir de modele aux jeunes cœurs pour
se deffendre contre les charmes de la volupté. Dans le second , on le représente
occupé des Arts et des Sciences ; là , sẹ
trouve une Allegorie interessante des
progrès de la Litterature dans le dernier
siecle , et plusieurs Portraits achevez de
nos Illustres. Dans le troisiéme , on nous
le montre uniquement appliqué aux affaires et à l'administration de l'Etat ; ce
ne sont que Maximes sages sur le Gouver
nement , que traits de grandeur et d'équi
té , et que moyens prudemment imagi
nés pour rendre les peuples heureux. Tout
cela est écrit d'un style fort naturel , et se
trouve entremêlé de plusieurs Episodes
qui sont autant de morceaux d'histoire
très-attachants.
Dans une Préface de 16 pages , l'Auteur rend compte du choix et du dessein
de son Ouvrage. Les Maîtres et les Voyages peuvent rendre un Prince plus sçavant, dit il, ils ne peuvent en faire un Heros , le vrai Heroïsme est l'ouvrage de la
11. Vol. Na
DECEMBRE. 1732 2855
Nature , Alexandre n'avoit appris de
personne à pleurer au récit des Conquê
tes de son Pere. Qui ne sçait que l'éducation ordinaire sert plus à étouffer l'heroï'sme qu'à le produire ; et qu'en voulant
réformer la Nature , que l'on croit corrompue en tout , on la corrompt quelquefois dans ce qu'elle a de plus parfait ?
il n'y a qu'une maniere de l'aider , c'est
de la connoître , de la suivre , et de ne la
corriger , en quelque sorte , que par elle-.
même , en opposant ce qu'elle à de bon
à ce qu'elle peut avoir de vicieux.
a
Au second Tome , page 12. Gyrus établit dans sa Capitale des Tribunaux , où
se décidoit sans appel tout ce qui concernoit les Arts et les Sciences , c'est-àdire , qu'il créa six Académies. La premiere avoit pour objet la Géometric , la
Philosophie , la Physique , la Chimie et
la Médecine ; la seconde étoit consacrée
à l'Eloquence et à la Poësie ; la troisiéme
travailloit sur l'Histoire , les Langues
Etrangeres et les Antiquitez ; les autres
se partageoient , la Musique ; la Peinture
et la Sculpture. Il n'étoit permis à personne de mettre au jour aucun Ouvrage¸
qui n'eut été approuvé par l'Académie
dont il dépendoit : cette régle empêcha
qu'on ne multipliat les Livres . et ( ce
II. Vol. Fiij qui
2856 MERCURE DE FRANCE
qui en est une suite nécessaire ) qu'il n'en
parut beaucoup de mauvais.
Cyrus fait demander en mariage la fille
du Roi d'Armenie ; ses Ambassadeurs
P'obtiennent facilement de son Pere , lequel donne les ordres necessaires pour le
prompt départ de la Princesse. Il ne pouvoit ignorer son impatience ; elle n'avoit
pas employé auprès de lui ces ménagemens
équivoques , qui confondent si souvent en ces sortes d'occasions le véritable amour
avec le faux; elle avoit déclaré à son pere
toute sa tendresse pour Cyrus , elle la
trouvoit trop pure et trop raisonnable
pour en rougir ; on ne doit pas craindre
d'avouer qu'on aime quand on aime comme on doit aimer. Malgré tout son empressement , elle ne put se séparer de son
pere sans s'attendrir , elle lui avoüa qu'il
n'y avoit que Cyrus au monde qui put
adoucir le chagrin qu'elle avoit de le quitter ; ils se dirent adieu avec beaucoup de
larmes, l'amour vertueux fortifie les senti
mens de la nature au lieu de les détruire....
Tout l'Ouvrage , pour le dire en passant ,
est extrêmement.fourni de ces Reflexions
justes et sensées.
On se prépara à Hecatompyle à recevoir Cassandane ; Cyrus n'oublia rien
pour faire éclater sonamour ; il sçavoit
II. Vol. le
DECEMBRE. 1732 2857
le goût de la Princesse d'Armenie pour
les Arts et pour les Sciences ; il voulut que
toutes les Académies lui préparassent des
hommages à son arrivée, on n'en avoit jamais rendu à une femme qui les méritât
mieux qu'elle , ni qui fut plus capable
d'en connoître le prix. De toutes les Académies , celle qui pouvoit se distinguer
le plus en cette occasion , étoit celle de
Musique , elle avoit pour chef un de ces
hommes rares sur qui la nature semble
quelquefois vouloir essayer ce qu'elle
peut produire de plus parfait en un genre.Il étoit Grec d'origine et avoit été conduit par hazard à Hécatompyle dans sa
premierejeunesse jamais homme ne sentit mieux l'harmonie et tous les ressorts secrets qui la produisent ;
il étoit simple
dans sa composition ; on retenoit ses airs
les entendre une fois ; il étoit varié , et
dans des Piéces sans nombre , il ne s'est jamais repeté précis et caracterisé jusqu'à
ôter la liberté d'appliquer ses airs à quelqu'autre sujet qu'à celui qu'il avoit eu en
vie; dans la fureur et dans la tendresse
allant aussi loin que ces passions....
Il composa un grand divertissement en
Musique dont on eut dit qu'il à composé les vers tant ils convenoient, à la
Musique ; cependant il n'en étoit pas l'AuLI. Vol Fiiij teur
2858 MERCURE DE FRANCE
›
teur : c'étoit un Poëte qu'il avoit pris soin
de former à cette espece de Poësie , et qui
se rendit presque aussi inimitable , tant
il est vrai que les Arts s'aident les uns les
autres, et qu'il ne faut quelquefois qu'un
grand homme pour en faire briller d'autres qui seroient restez inconnus.... L'Amour et la Musique ont plus de rapport
qu'on ne pense ; l'un et l'autre se prêtent
un secours mutuel ; les cœurs tendres sont
generalement plus touchez de la Musique
que les autres ; la Musique à son tour augmente leur sensibilité , et elle devient un
vrai plaisir pour eux, quand ils aiment."
Indépendemment des dispositions où se
trouvoit Cassandane à cet égard , elle aimoit la Musique par inclination ; de tous
les Arts que les hommes ont inventez
c'étoit à son gré celui qui faisoit le plus
d'honneur à l'esprit humain et qui l'étonnoit davantage par la diversité et par
la multitude des combinaisons dont elle
est formée; elle ne voyoit rien dans la
nature qui en eut pu faire naître l'idée :
la prétendue harmonie des Cieux , le choc
des Elémens , le chant, des Oiseaux , et
les autres sources d'où on suppose que
les hommes ont tiré la Musique , lui paroi oient trop éloignées de la vrai- semblai.ce , elle en auroit attribué la naissance
II. Vol
DECEMBRE. 1732. 2859.
à la mélancolie , parce qu'elle en est le remede le plus efficace.
On établit un Théatre &c. Deux Poëtes qui avoient en quelque sorte ouvert
la Scene , étoient rivaux sans être ennemis ,
et plaisoient tous deux , sans se ressemblers le plus âgé avoit un génie noble ,
élevé , plein de force , fécond , énergique , faisant des Héros de tous ses personnages , il est vrai qu'il les avoit pris
dans l'Histoire du peuple le plus fertile
en Grands Hommes , flatant ses Auditeurs
en leur présentant des modeles au dessus
d'eux, et qu'ils se croyent capables d'imi
ter: le plus jeune , avec un génie moins
étendu , moins élevé , moins fort , moins
fertile même , mais plus soutenu plus
égal , plus doux , avoit trouvé le chemin
du cœur et le secret de l'interesser toujours ; toutes les passions qui en dépendent avoient place dans ses Piéces ; on l'écoutoit aussi volontiers que l'autre, quoique
par un motif bien opposé ; ses Auditeurs
⚫croyoient leurs passions pardonnables , en
les voyant authorisées dans les personna->
ges illustres qu'il mettoit sur la Scene ;
on sortoit des Piéces du premier , l'ame
remplie de grands sentimens et se croyant
capable de ce qu'il y a de plus héroïque :
les Piéces du second attendrissoient le
11. Vol. Fv
و
* cœur
2860 MERCURE DE FRANCE
,
cœur et arrachoient des larmes pleines de
douceur; on devenoit plus honnête homme de l'Ecole de l'un , et plus galant à
celle de l'autre , celui là avoit peint les
vertus des hommes , et celui cy leurs défauts ; le premier étoit répréhensible dans
son langage qu'il sacrifioit souvent à la
pensée ; il étoit même inégal , et après
s'être élevé jusqu'aux nuë; il rampoit
jusqu'à la terre : le second étoit toujours
le même ; sa Poësie liée , son expression
pure ; il est plus difficile d'être egal dans
le grand que dans le tendre ; on disoit que
la perfection eut été de rassembler dans
un troisiéme Poëte ce qu'ils avoient de
meilleur l'un et l'autre ; je ne sçai si on
avoit droit de l'esperer , et si le même génie est capable de réunir des qualités si
opposées ; ce qui en fait voir au moins la
difficulté , c'est que non seulement il n'y
a eu aucun Poëte en Perse qui en soit venu à bout , mais il n'y en a pas eu qui ait
véritablement remplacé l'un des deux.
Cassandane étoit enchantée de tout ce
'elle voyoit ; elle ne contribua pas peu
dans la suite au dessein de Cyrus ; capable d'être Juge en toutes sortes de sciences , elle ne se réserva que le droit communément accordé aux Dames , de juger
du langage ; elle le perfectionna en effet
qu'
.
II. Vol.
si Ab
DECEMBRE. 1732. 2861
si bien , que les Académiciens avouerent
qu'ils lui devoient le stile naturel , simple
et noble qui prit la place du stile ampoulé,
précieux ou obscur même à force d'être
spirituel et trop du goût de la Nation dans
les commencemens de sa réformation,
Cyrus aprit qu'un Poëte travailloit à
des Satyres , on en louoit la versification,
quoiqu'un peu dure , elle disoit beaucoup
en peu de paroles , on sentoit qu'elle avoit
coûté à son Auteur , qu'il n'y avoit que
le plaisir de médire qui eut pu lui faire dévorer un si pénible travail. On en récital
quelques vers à Cyrus , leur beauté ne
surprit point son admiration , il les trouva pleins de malignité , il ne confondit
pourtant point le Poëte avec son Ouvrage,
il distingua le genie de l'abus qu'il en faisoit , il chercha à le rendre utile et non à
le détruire ; il étoit convaincu que ceux
qui ont des talens méritent des égards ; il
ne croyoit pas au dessous de lui d'en avoir
pour un Poëte , il le fit venir en sa préşence , il le reçut avec bonté , il loua son
genie pour la Poësie , et il lui conseilla de
donner à ses vers un meilleur objet que
la Satyre. Ce n'est point en décriant les
hommes , lui dit- il , que vous les rendrez
meilleurs , c'est les irriter plutôt que les
réformer , la vertu n'a jamais employé les
1. 11. Vol.
F vj armes
2862 MERCURE DE FRANCE
armes de la satyre pour faire haïr le vice
et se faire aimer ; il est d'ailleurs de votre
interêt de ne pas vous rendre haïssable
on craint toujours pour soi ce qu'on aime à entendre dire contre les autres , et
la haine contre le satyrique vange au
moins les gens vicieux d'avoir été censurez.
UnPoëte comique pensa être découragé,
croyant que Cyrus pensoit de la Comédie comme de la Satyre , mais on le dé-·
trompa sur ce que ce Prince éclairé distinguoit très bien la satyre , qui en attaquant les vicieux ne corrigeoi: personne, de
la Comédie qui n'attaque que les vices.Ce
Pote travailloit avec une facilité d'autant
plus étonnante , qu'elle n'ôtoit rien à la
perfection de ses Ouvrages ; il étoit deve
nu la ressource des plaisirs et des fêtes
son génie étoit aussi inépuisable qu'ilétoit
prompt ; il trouvoit dans les differens caracteres un fond infini de morale ; on ne
pouvoit lui sçavoir mauvais gré d'avoir
voula corriger les hommes en les amusant :
son goût et son discernement dans le
choix et dans l'arrangement des sujets ,
qu'il avoit à traiter , étoient inimitables ,
il ne présentoit que ce qui devoit plaire s
la diversité et la multitude des spectateurs qu'il avoit à contenter, n'ont ser-
•
II. Vol. vi
DECEMBRE. 1732. 2863
vi qu'à augmenter sa gloire; il se reproduisoit en quelque sorte lui- même , et on
retrouvoit en lui les qualitez de mille
Auteurs differens.... On lui attribue la
gloire d'avoir corrigé à la Cour beaucoup
de r dicules , celui des femmes qui font
les sçavantes , fut le plus marqué. Il n'est
pas étonnant que la science étant venue
à la mode en Perse , les femmes à qui la.
nouveauté plaît , ne voulussent se distinguer aussi par la science ,
il peut leur
convenir d'être scavantes , mais il ne leur
sied jamais d'en affecter le titre ; il semble que la science qui gêne , s'assortit
mal avec ses graces naturelles qui font leur partage ; on exige d'elles de l'esprit ,
et la beauté même la plus parfaite ne les
en dispense pas longtems ; on leur passe
composer des Ouvrages qui ne dépendent que de l'esprit... Les sentimens et
la délicatesse sont leur caractère principal &c.
de
On vit s'élever un homme admirable ;
qui sous le voile des Fables déguisa sa morale : le grand et le tendre , le serieux et
le badin , le naturel et le naïf même , tout
étoit de son ressort ; il n'est point d'état
ni de caractere qui n'y trouvat des leçons,
il employoit à son gré la tendresse du
cœur , la sagacité de l'esprit , le badinage
II.Vol le
2864 MERCURE DE FRANCE
le plus aimable ; il apprenoit à penser aux
uns , il donnoit des sentimens aux autres,
il persuadoirà tous , et il est le premier
qui ait introduit dans la Poésie cette justesse et cette précision même, qui paroît
lui être opposée , sans lui faire rien perdre
de ces images brillantes et de ces expressions heureuses qui distinguent si fort la
Poësie du discours ordinaire. . .
Insensiblement cet Extrait devient long,
malgré notre attention à nous contenir
dans de justes bornes ; finissons- le par ce
Portrait. Parmi ce grand nombre d'hommes qui se distinguerent , il n'y en eut
qu'un qui fut tout à la fois Poëte , Orateur , Historien , Philosophe , Géometre ,
que ne fut il pas ? admirable dans tous
les genres où il voulut travailler , il épuisa
sa vie avant que d'avoir épuisé son génie ,
et les divers Ouvrages qu'il a laissés auroient fait la gloire de plusieurs hommes
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Résumé : Le Repos de Cyrus, ou l'Histoire, &c. [titre d'après la table]
'Le Repos de Cyrus' est une œuvre de l'Abbé Pernetti publiée en 1732, composée de trois tomes totalisant 380 pages. L'auteur utilise la fable pour illustrer les vertus nécessaires à un roi, en tempérant l'outrance par la sagesse du style et de l'invention. Le héros, Cyrus, sert de modèle aux jeunes cœurs face aux passions, aux arts et sciences, et à l'administration de l'État. Dans le premier tome, Cyrus lutte contre les passions et sert de modèle pour résister à la volupté. Le second tome le montre promouvant les arts et les sciences, avec une allégorie des progrès littéraires du siècle et des portraits d'illustres personnages. Le troisième tome le dépeint en tant qu'administrateur sage et équitable, offrant des maximes de gouvernement et des moyens pour le bonheur des peuples. L'ouvrage est écrit dans un style naturel et inclut des épisodes historiques attachants. Dans la préface, l'auteur explique que l'éducation ordinaire peut étouffer l'héroïsme, et que connaître et suivre la nature est la meilleure approche. Cyrus établit des académies pour réguler les arts et les sciences, évitant ainsi la prolifération de mauvais livres. Le texte décrit également des événements comme le mariage de Cyrus avec Cassandane, la fille du roi d'Arménie, et les préparatifs pour son accueil, incluant des hommages des académies, notamment celle de musique. L'ouvrage est riche en réflexions justes et sensées, et met en avant des personnages comme des poètes et des musiciens qui contribuent à la culture et à la moralité de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 833-838
LE HEROS PARFAIT. ODE. A M. le Maréchal Duc de Villars.
Début :
Quel est ce Héros plein de gloire, [...]
Mots clefs :
Villars, Héros, Paix, Gloire, Victoire, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE HEROS PARFAIT. ODE. A M. le Maréchal Duc de Villars.
LE HEROS PARFAIT.
O D E.
A. M. le Maréchal Duc de Villars.
Uel est ce Héros plein de gloire ,
Qui vient s'offrir à mes regards !
Ceint des Lauriers de la Victoire ,
Et Vainqueur de tous les hazards?
N'est - ce point le Dieu de la Guerre
Qui , lassé d'effrayer la terre ,
•
A ij Vient
50
834 MERCURE DE FRANCE
Vient respirer dans ( 1 ) ce séjour ?
Mais près de lui les doctes Fées ,
Les Amphions et les Orphées ,
S'empressent à faire leur cour.
Depuis quand le Dieu de la Thrace ,
Des beaux Arts est - il protecteur ?
Lui de qui la guerriere audace ,
Répand l'épouvante et l'horreur ?
Non , non de mon ame surprise :
Je connois enfin la méprise ;
C'est VILLARS qui s'offre à mes yeuxs
Sa valeur étonna Bellonne ;
La Paix à son tour le couronne ,
Et vient le mettre au rang des Dieux.
讚
Né pour le bonheur de la France ,
VILLARS dompte ses ennemis ;
Sa valeur nous rend l'esperance ,
Dès qu'il paroît , tout est soumis ,
Le Batave , la Germanie ,
(2 ) Cédent à son noble génie ,
Rien ne résiste à ses efforts :
A la terreur , à la tristesse ,
I (1 ) A Vaux- le-Villars.
( 2 ) La Bataille de Dénain,
MAY. 835 17330
On voit succéder l'allégresse ,
Qui s'exprime par nos transports.
讚
A l'instant que de la tempête ,
11 a garanti nos Etats ,
Sa prudence active s'apprête ,
A livrer encor des combats ;
Du Rhin , les Ondes étonnées
Ne paroissent plus mutinées“ ,
A l'aspect de ses étendarts ;
Landau , Fribourg ouvrent leurs Portes ;
L'on voit ses vaillantes cohortes ,
Se ranger sur leurs fiers Remparts. 01.01
Mais c'est peu que dans les allarmes ,
Il immortalise son nom ;
La Paix vient , avec tous ses charmes ,'
Illustrer encor son renom.
Prémice des biens qu'elle accorde ,
Déja s'avance la concorde ,
Objet de nos ardens désirs .
De notre sort Villars est Maître ,
Peuples , vous allez voir renaître ,
Et vos beaux jours et vos plaisirs.
De la vertu la plus sublime ,
An▲ iij. ↑ Nous
3
1
"
36 MERCURE DE FRANCE
Nous voyons les heureux effets ;
*
Des deux grands Héros qu'elle anime ,
Seule elle régle les projets ;
Plein d'une sagesse profonde ,
Villars , du plus grand Roy du monde ,
Maintient dignement tous les droits :
Eugène l'écoute et l'admire ,
Et du feu divin qui l'inspire
Il fait son exemple et ses loix.
Fille du Ciel ! Paix désirable !
Qui conduit un heureux repos ,
Enfin ton retour favorable ,
Est l'ouvrage de mon Héros.
Pour lui quelle gloire immortelle !
Non , la victoire la plus belle ,
N'a point un si parfait éclat ;
Mais la sagesse , le courage ,
En lui disputent l'avantage .
De grand Guerrier , d'homme d'Etat.
Aussi- tôt que d'un sort tranquile ,
L'Europe goûte les douceurs ,
Villars rend son loisir utile ,
Il vient protéger les neuf Soeurs.
* La Paix de Rastad.
La
MAY. 837
1733.
La sublimité , la justesse ,
Le bon goût , la délicatesse ,
Eclatent dans ses jugemens ,
Le vrai seul peut le satisfaire ,
Et l'on ne parvient à lui plaire ,
Que par de solides talens.
送
* Un nouveau Parnasse s'éleve ,
Dans des murs chéris d'Apollon ,
Déja le prodige s'achève ,
J'y trouve le sacré Vallon .
Qui peut surmonter tant d'obstacles ?
A qui devons - nous ces miracies ,
Dont notre esprit est enchanté ?
C'est Villars qui sçait les produire ;
Il commande , l'on voit construire ,
Un Temple à l'immortalité.
LOUIS , d'une gloire si pure ,
Héros délices des Mortels ;
La jalousie en vain murmure ,
Nos coeurs t'érigent des Autels :
Toutes les vertus à ta suite ,
Forcent les vices à la fuite ;
Est-il un triomphe plus beau ?
L'établissement de l'Academie de Marseille.
A iiij
Paisse
838 MERCURE DE FRANCE
Puisse l'Auteur des destinées ,
En éternisant tes années ,
• T'affranchir des loix du tombeau.
O D E.
A. M. le Maréchal Duc de Villars.
Uel est ce Héros plein de gloire ,
Qui vient s'offrir à mes regards !
Ceint des Lauriers de la Victoire ,
Et Vainqueur de tous les hazards?
N'est - ce point le Dieu de la Guerre
Qui , lassé d'effrayer la terre ,
•
A ij Vient
50
834 MERCURE DE FRANCE
Vient respirer dans ( 1 ) ce séjour ?
Mais près de lui les doctes Fées ,
Les Amphions et les Orphées ,
S'empressent à faire leur cour.
Depuis quand le Dieu de la Thrace ,
Des beaux Arts est - il protecteur ?
Lui de qui la guerriere audace ,
Répand l'épouvante et l'horreur ?
Non , non de mon ame surprise :
Je connois enfin la méprise ;
C'est VILLARS qui s'offre à mes yeuxs
Sa valeur étonna Bellonne ;
La Paix à son tour le couronne ,
Et vient le mettre au rang des Dieux.
讚
Né pour le bonheur de la France ,
VILLARS dompte ses ennemis ;
Sa valeur nous rend l'esperance ,
Dès qu'il paroît , tout est soumis ,
Le Batave , la Germanie ,
(2 ) Cédent à son noble génie ,
Rien ne résiste à ses efforts :
A la terreur , à la tristesse ,
I (1 ) A Vaux- le-Villars.
( 2 ) La Bataille de Dénain,
MAY. 835 17330
On voit succéder l'allégresse ,
Qui s'exprime par nos transports.
讚
A l'instant que de la tempête ,
11 a garanti nos Etats ,
Sa prudence active s'apprête ,
A livrer encor des combats ;
Du Rhin , les Ondes étonnées
Ne paroissent plus mutinées“ ,
A l'aspect de ses étendarts ;
Landau , Fribourg ouvrent leurs Portes ;
L'on voit ses vaillantes cohortes ,
Se ranger sur leurs fiers Remparts. 01.01
Mais c'est peu que dans les allarmes ,
Il immortalise son nom ;
La Paix vient , avec tous ses charmes ,'
Illustrer encor son renom.
Prémice des biens qu'elle accorde ,
Déja s'avance la concorde ,
Objet de nos ardens désirs .
De notre sort Villars est Maître ,
Peuples , vous allez voir renaître ,
Et vos beaux jours et vos plaisirs.
De la vertu la plus sublime ,
An▲ iij. ↑ Nous
3
1
"
36 MERCURE DE FRANCE
Nous voyons les heureux effets ;
*
Des deux grands Héros qu'elle anime ,
Seule elle régle les projets ;
Plein d'une sagesse profonde ,
Villars , du plus grand Roy du monde ,
Maintient dignement tous les droits :
Eugène l'écoute et l'admire ,
Et du feu divin qui l'inspire
Il fait son exemple et ses loix.
Fille du Ciel ! Paix désirable !
Qui conduit un heureux repos ,
Enfin ton retour favorable ,
Est l'ouvrage de mon Héros.
Pour lui quelle gloire immortelle !
Non , la victoire la plus belle ,
N'a point un si parfait éclat ;
Mais la sagesse , le courage ,
En lui disputent l'avantage .
De grand Guerrier , d'homme d'Etat.
Aussi- tôt que d'un sort tranquile ,
L'Europe goûte les douceurs ,
Villars rend son loisir utile ,
Il vient protéger les neuf Soeurs.
* La Paix de Rastad.
La
MAY. 837
1733.
La sublimité , la justesse ,
Le bon goût , la délicatesse ,
Eclatent dans ses jugemens ,
Le vrai seul peut le satisfaire ,
Et l'on ne parvient à lui plaire ,
Que par de solides talens.
送
* Un nouveau Parnasse s'éleve ,
Dans des murs chéris d'Apollon ,
Déja le prodige s'achève ,
J'y trouve le sacré Vallon .
Qui peut surmonter tant d'obstacles ?
A qui devons - nous ces miracies ,
Dont notre esprit est enchanté ?
C'est Villars qui sçait les produire ;
Il commande , l'on voit construire ,
Un Temple à l'immortalité.
LOUIS , d'une gloire si pure ,
Héros délices des Mortels ;
La jalousie en vain murmure ,
Nos coeurs t'érigent des Autels :
Toutes les vertus à ta suite ,
Forcent les vices à la fuite ;
Est-il un triomphe plus beau ?
L'établissement de l'Academie de Marseille.
A iiij
Paisse
838 MERCURE DE FRANCE
Puisse l'Auteur des destinées ,
En éternisant tes années ,
• T'affranchir des loix du tombeau.
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Résumé : LE HEROS PARFAIT. ODE. A M. le Maréchal Duc de Villars.
Le poème célèbre les exploits du Maréchal Duc de Villars, le décrivant comme un héros victorieux et couronné par la Paix. Villars est présenté comme un protecteur des arts et un guerrier redoutable, ayant dompté ses ennemis et rendu l'espérance à la France. Ses victoires, notamment celle de la Bataille de Dénain, sont soulignées, ainsi que sa prudence et son courage, qui ont garanti la sécurité des États. Le poème met en avant la sagesse et la vertu de Villars, qui maintient dignement les droits du plus grand roi du monde. La Paix de Rastadt est mentionnée comme un de ses ouvrages, apportant un heureux repos à l'Europe. Villars est également loué pour son soutien aux arts et à la culture, notamment par la création de l'Académie de Marseille. Le texte se termine par une invocation à l'Auteur des destinées pour éterniser les années de Villars et le libérer des lois du tombeau, soulignant ainsi sa gloire immortelle et les vertus qu'il incarne.
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65
p. 1174-1189
Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
Début :
THEATRUM ne sit vel esse possit Schola informandis moribus idonea ; oratio habita [...]
Mots clefs :
Scène, Théâtre, Orateur, Moeurs, Histoire, Philosophie, Nature, Racine, Comédie, Corneille, Tragédie, Héros, Discours, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
THEATRUM ne sit vel esse possit Schola
informandis moribus idonea ; oratio habita
die 13. Martii an . 1733. in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu , à
Carolo Porée , ejusdem Societatis Sacerdote.
ITEM , Discours sur les Spectacles , tradit
du Latin du Pere Charles Porée , de
la Compagnie de Jesus , par le P. Brumoy
de la même Compagnie..
L'une et l'autre Piéce est imprimée chez
Jean Baptiste Coignard fils , rue S. Jacques
, 1733 .
Le P. Porée , après avoir piqué la curiosité
du Public par son titre , a pleinement
satisfait celle de ses illustres Auditeurs
, au nombre desquels se trouverent
MM. les Cardinaux de Polignac et de .
Bissy , M. le Nonce , plusieurs Prélats
et autres personnes de distinction . On
souhaita que son Discours fût imprimé ,
et peu de tems après l'impression ,
Pere Brumoy l'a donné en françois. Ce
Discours a paru interessant par bien des .
endroits . Nous en exposerons briévement
le sujet et l'ordre , autant que la
fertilité laconique de l'Orateur pourra
permettre .
le
1. Vol. II
JUIN. 1733 117
Il établit dans l'Exorde que le Théatre
depuis son origine a toujours été un
sujet de contestation , comme un attrait
de curiosité , parce qu'en effet Athénes ,
Rome , et la France ont vû naître succes
sivement à son occasion des disputes qui
ne sont pas encore terminées. Il détaille
celle du siécle passé , où l'on vît partis
contre partis , Grands contre Grands ,
Doctes contre Doctes , agiter avec beaucoup
de vivacité et de chaleur la question
, sçavoir si le Théatre étoit utile our
pernicieux aux bonnes moeurs. Il s'attache
à la même question , et il se propose
de rapprocher les amateurs du vrai
en prenant le caractere de Conciliateur.
Il répond donc que le Théatre par sa nature
peut être une Ecole capable de former
les moeurs , mais qu'il arrive par
notre faute qu'elle ne l'est pas en effet.
Ce sont les deux parties du Discours.
Puis , après un Compliment ingénieu
aux deux Cardinaux , il entre en matiere.
Une Ecole propre à former les meurs
est celle qui se sert de préceptes et d'éxemples
convenables à ce but. La Philosophie
et l'Histoire ne passent en effet
pour d'excellentes Ecoles de meurs que
par les préceptes que donne l'ane , et
1. Vol.
par
1176 MERCURE DE FRANCE
par les exemples que l'autre fournit . Or
l'Orateur prétend que la Scene comparée
à la Philosophie et à l'Histoire peut leur
disputer l'avantage de former les moeurs ,
en employant les mêmes ressorts d'une
maniere plus convenable.
La Philosophie ouvre un vaste champ à
sa Morale. Elle considere l'homme qu'elle
se propose d'instruire , ou comme occupé
dans une famille , ou comme seul, ou comme
engagé dans les affaires civiles .Mais la
Scene de son côté embrasse tous les Etats,
toutes les professions , tous les devoirs ,
toutes les vertus , tous les vices , tous les
travers même que la Philosophie se met
peu en peine d'observer et de réformer.
De plus les sottises des hommes , la sagesse
humaine et même les Eaux sacrées
de la divine Sagesse , sont les sources
fécondes où la Scene peut puiser ses importantes
et nombreuses leçons . Ce détail
est vif et serré. Enfin l'on fait sentir
finement par une espece de communication
ironique ( à la façon de Socrate )
avec un Philosophe , que la maniere d'instruire
dont la Scene se sert , est veritablement
plus instructive et plus efficace
que ne l'est la Méthode grave et sérieuse
des Philosophes. Voicy un trait de ce
Morceau , qu'il adresse aux Philofophes .
1. Vol. Vos
JUIN. 1733. 1177
Vos Discours sur nos devoirs sont bien
raisonnez , quoiqu'un peu diffus , j'aurois
tort assurément de les blâmer. Vous avez
épousé une Méthode qui vous astraint à
proceder par ordre de propositions , de preuves
, d'objections , de réfutations . Le moyen
de n'être pas discoureur ! mais le Poëte en
auroit- il moins d'autorité sur la Scene parce
qu'il ne sçauroit être sententieux et court ,
souvent sublime Philosophe en un seul Vers ?
Que voulez- vous ? nous aimons la briéveté.
Se mêle-t'on de nous instruire ? nous voulons
qu'on nous dise beaucoup en peu de
mots.
Vous philosophez sur les passions humaines
avec beaucoup de subtilité ; le dirai -je
aussi ? souvent avec un peu de secheresse .
Vous en sçauroit - on mauvais gré ? non.
C'est à vous de définir , de diviser , de développer
vos idées par articles ; ce n'est pas à
vous d'émouvoir. Trouveriez- vous pour cela
que le Poëte dont je parle en auroit moins
grace , parce qu'il mettroit en oeuvre les
pleurs et le courroux , la terreur et la pitié ?
Nous sommes un composé d'esprit et de corps ;
nous voulons être éclairez ; nous voulons être
émus , et l'on ne nous éclaire pas assez ,
on ne tâche de nous émouvoir.
de
si
Enfin vous vous en tenez aux préceptes $
vous écartez bien loin les exemples. Con-
I. Vol.
damnerois-je
F178 MERCURE DE FRANCE
damnerois je votre maniere ? nullement. C'est
la loi que vous vous êtes prescrite. Fose
ici vous le demander sans détour ; notre
Poëte n'a- t'il pas visiblement l'avantage sur
vous , lui qui joint les exemples aux préceptes
en quoi il s'éloigne de vous , car il
devient en quelque sorte Historien , comme
Vous venez de le voir Philosophe ; et par
l'heureux accord de deux Ecoles differentes ,
il en forme une troisième plus efficace pour
faire agir les deux ressorts , je veux dire ,
pour éclairer et pour toucher.
Par cette transition l'Orateur entre
dans la comparaison de la Scene avec
⚫ l'Histoire. Il traite cet endroit avec toute
la justesse et tout le feu qui conviennent
à un parallele si heureux , des évenemens
qu'exposent l'Histoire et la Scene ; et de
la maniere dont l'une et l'autre les expose.
Si des exemples , dit- il , attachez à
des lettres mortes , confiez à des dépositaires
inanimez , ont toutefois une sorte d'ame ;
un reste de leur antique chaleur ; quelle sera
Leur force et leur vie , lorsqu'ils renaîtront
dans l'action , qu'ils seront vivifiez par le
feu du mouvement , qu'ils parleront eux-mêmes
au coeur, à l'oreille , à l'oeil , avec toute
la grandeur des sentimens , avec tous les
charmes de la voix , avec toute l'éloquence
du geste Telle est Pinnocente Magie que
I. Vol. se
JUIN. 1733.
1179
l'imise
propose la Scene. Par elle tout revit , tout
respire , au point de faire croire
tation l'emporte sur la réalité , &c.
que
Ce ne sont plus les Annales des Martyrs
de tout âge et de tout sexe que l'on vous
récite. Vous devenez spectateur et témoin des
combats et des palmes de ces saints Athletes.
A vosyeux les Tyrans menacent, et ils menacent
en vain; mere , pere , épouse chérie, tous
pleurent tous embrassent les genoux du Héros.
Les larmes coulent vainement, les prieres sont
perdues. Délices , richesses , grandeurs , vous
étalez vos plus dangereux attraits . Une indignation
chrétienne , un noble mépris , une
fiertéplus qu'humaine vous foulent aux pieds.
Tourmens cruels , morts effroyables ; vous
paroiffez avec toutes vos horreurs. Un regard
intrépide vous brave . Juges , vous
foudroyez, Arrêt fatal et prononcés on baise
Péchaffaut et l'on vous rend graces . Vous balancez
, Bourreaux , vous tardez tròp ; l'on
vole au-devant de vos coups , &c.
Autre effort plus considerable de la Scene.
L'Histoire est astrainte au temps , au
lieu , à l'ordre des évenemens , pour les y
attacher. Elle n'ose d'ordinaire exposer les
vertus et les vices que séparément et en leur
place. La Scene au contraire ( semblable à
la Peinture qui entend le ton des couleurs
et l'heureux mêlange du clair et de l'obscur
(
I. Vol.
fair
1180 MERCURE DE FRANCE
;
fait dans la même action le contraste inte
ressant du vice et de la vertu. Elle balance
dans les caracteres approchez , la valeur et
la lâcheté , la douceur et le courroux , la modestie
et la fierté , la libéralité et l'avarice ,
la frugalité et la profusion , l'honnête homme
et le scelerat. De cette opposition d'om
bres et de lumieres , quel doux éclat rejaillit
sur la vertu pour l'embellir! que d'hor
ribles tenebres se répandent sur le vice pour
le confondre !
Voulez- vous des autoritez sur le paral
lele de la Scene , telle que je viens de la
peindre , et de l'Histoire telle qu'elle est ?
Consultez le Lecteur et le Spectateur , les
Bibliotheques et les Amphithéatres , et demandez
où l'on verse des pleurs.
Le P. Porée conclud que la Scene l'emporte
sur la Philosophie et sur l'Histoi
re ; et que cela même est prouvé non
seulement par l'idée pure du Théatre ;
mais encore par le suffrage de la Philosophie
et par la déposition de l'Histoire. Il
allégue en preuve Socrate qui assistoit
aux Pieces d'Euripide , la Poëtique d'Aristote
; l'authorité de S. Charles Borro
mée qui revoyoit les Comédies , la plume
à la main , avant qu'on les jouât , celle
du Cardinal de Richelieu qui n'a pas dédaigné
de composer lui - même des Vers
1. Vol.
traJUI
N. 1181. 1733.
tragiques , et de donner une partie de ses
soins à la perfection de la Scene. Celle de
Louis XIV. celle des Etats qui authorisent
des Spectacles pour exercer la jeunesse
; celle enfin des particuliers qui
croïent ces exercices utiles. Voici ce qu'il
dit de Louis XIV. Manes du Grand Louis,
rougiriez - vous d'avoir rappellé Racine an
Cothurne qu'il avoit quitté , pour engager cet
autre Prince de la Scene à donner des Tra
gedies dignes du Théatre , et des Actrices de,
S. Cyr? étoit ce un divertissement puerile
que vous ménagiez à des enfans ? Vos vûës
si-bienfaisantes , si sages , si religieuses se
portoient sans doute à quelque chose de plus
auguste.Jeune Noblesse trop mal dottée par la
fortune , ce Monarque vous reservoit une
dot dont il connoissoit tout le prix,des exemples
et des leçons de piété , thrésor préférable
à tous les thrésors , dot précieuse , que vous
deviez faire passer dans les familles les plus
distinguées pour la perpetuer. Quelles pieces
en effet tira- t-il du grand Maître qu'il em
ploya?
O Athalie! Esther ! Oeuvres divines,
dont l'unique ou le plus digne éloge est de
vous demander, Messieurs , si le Problême
que j'ai proposé auroit lieu , supposé qu'on
en composat d'égales , ou du moins de sem
blables. Ah ! il ne faudroit plus demander
I. Vol.
, alers ,
1182 MERCURE DE FRANCE
alors si le Théatre peut être utile aux moeurs,
mais s'il seroit possible qu'il leur devint pernicieux.
Voilà pour la Tragédie et la Comédie.
Il restoit à prononcer sur l'Opéra , matiére
délicate.Ce morceau est tourné avec
tant de délicatesse et de circonspection
qu'on ne peut l'abréger sans l'alterer.
Nous y renvoïons le Lecteur , tres - fâchez
de ne pouvoir mieux faire , et nous passons
à la seconde Partie.
Elle tend à faire voir que la Scene propre
par elle- même à former les moeurs ,
est dépravée par l'abus qu'en font les
Autheuts , les Acteurs et les Spectateurs ;
Particle qui regarde les Ecrivains de
Théatre est le plus étendu ; c'est à eux
que l'Orateur impute d'abord la dépra
vation des Spectacles. Il les compare avec
les Autheurs du Théatre Athénien ; ceuxci
se regardoient comme des hommes dévoüez
au bien public , et chargez par la
Patrie de réformer les moeurs. Est - ce là
l'idée de ceux qui destinent leur pluie
au Théatre ? Ils ont perdu de vûë , dit
F'Orateur , le but que se proposoient les
anciens. Ils ne comprennent plus , parce
qu'ils ne veulent pas le comprendre , ce
qu'exigent les Loix de leur emploi , ce
que veut la nature de la Poësie drama-
1. Vol.
tique
JUIN. 1733. 1183
*
tique. Elle veut qu'on ait en vûë le bien
de l'Etat , et que l'on profite en amusant.
On s'écarte de cet objet , on ne cherche
qu'à plaire , fût- ce aux dépens de l'utilité
publique . L'Orateur appuïe ses preuyes
sur une revûë détaillée des divers
Spectacles. Il rend à la Tragédie de nos
jours la justice qu'elle mérite par la gravité
de ses Sentences , et par l'élégance de
sa diction, Mais il demande ; Qu'est devenue
la sévérité Athénienne.Dans Athénes
la Tragedie se servoit du ressort des passions
pour les guérir ; elle le met en oeuvre
aujourd'hui pour augmenter leurs maux . La
Scene antique éteignoit dans les Athéniens
la soif de l'ambition , parce qu'elle la regardoit
comme la plus dangereuse peste de la
République. La Scene Françoise souffle aujourd'hui
dans les cours un double poison,
que nous devons regarder comme également
funeste à la Religion et à l'Etat , la vengeance
et l'amour..
>
Pour la Vengeance, le P. P. cite le Cid.
et l'emportement de Rodrigue et de son
Pere , par lequel Corneille , sans le sçavoir
, semble infpirer la fureur des Duels.
Heureux ( continuë l'Orateur ) d'avoir
été moins propre à traiter des sujets d'un caractere
tout opposé! Si les tendresses et le
Langage efféminé des Amours avoient pû
I. Vol.
s'as1184
MERCURE DE FRANCE
saccommoder de l'énergie de l'esprit le plus
ferme , et de l'enthousiasme de la Poësie la
plus sublime , de quels feux n'auriez vous
pas embraze la Scene ! Malheureusement le
Dieu de Cythere sçut trop se dédommager ;
la main à qui il confia son flambeau , n'eut
que trop de grace à le manier , à en ranimer
ia flamme , et à en répandre les étincelles
dans le sein des Spectateurs ..
Racine jeune, le consola de Corneille vieilli
et peu docile à suivre ses traces. Le nou
veau Peintre, génie heureux, aisé dans l'invention
, habile dans l'ordonnance , sçavant
dans l'étude de la nature , exact et patient
dans la correction enrichi des dépouilles
de la Grece , riche de son propre
fonds , pur dans sa diction , doux et coulant
dans ses Vers , sembla fait pour attendrir la
Scene , soit penchant , soit émulation on désespoir
d'atteindre le vieux Monarque du
Theatre dans la ronte qu'il avoit fraiée le
premier , il osa s'en tracer une toute nouvelle
pour regner à son tour.
Corneille dans le grand , avoit étonné
les esprits par la majesté pompeuse de ses pensées.
Racine , dans le tendre fascina les
coeurs par le charme enchanteur des sentimens.
L'un avoit élevé l'homme au dessus de
T'humanité, l'autre le rendit à lui - même et à ses
foiblesses. L'un avoit fait ses Héros Ro-
I. Vol.
mains,
JUIN. 1733 1185
mains , Arméniens , Parthes ; il nous transportoit
chez leurs Nations et dans leurs Climats
: l'autre , au contraire , les transportant
tous en France , les naturalisa François , et
les forma sur l'urbanitégalante de nos moeurs.
L'un , métamorphosant les femmes même en
autant de Héros , leur avoit donné une ame
veritablement Tragique : l'autre , rabaissant
ses Heros presqu'au rang des Héroïnes , leur
fit soupirer des sentimens d'Elegie. Le génie
du premier avoit pénétré dans le Cabinet
des Rois pour y sonder les profondeurs de la
politique ; l'esprit du second s'insinua dans
les Cercles , pour y apprendre les délicatesses
de la galanterie. Corneille, semblable à l'Oisean
de Jupiter , qui s'élance dans les nuës
et paroît se jouer au milieu des Eclairs et des
Tonneres , avoit fait retentir la Scene des
fréquens éclats de ce bruit majestueux qui
frappe tous les esprits. Racine, comme le tendre
Oiseau de Cypris , voltigeant autour des
Myries et des Roses , fit repeter aux Echos
ses gémissemens et ses soupirs. Corneille , en-
·fin forçant les obstacles d'un sentier escarpé
et sujet par consequent à d'illustres chutes ;
redoublant toujours ses efforts pour tendre de
plus en plus au sublime et au merveilleux
Scherchanpar la voie de l'admiration des
-applaudissemens trop merités , qu'il arracha
des plus déterminés à les lui refuser : Racine
I. Vol.
sur1186
MERCURE DE FRANCE
suivant une pente plus douce , mais par là
plus sûre, s'élevant rarement , soutenant son
vol avec grace et le ramenant promptement
aux amours , parut s'offrir de lui- même aux
suffrages qui prévenoient son attraïante donccur.
Il ne soupira pas en vain ; l'art inexprimable
des soupirs lui. procura la Palme
qu'il ambitionnoit ; il n'enleva pas
les Lanriers
à son Rival ; mais il se vit ceint de
Myrtes , par les mains empressées de ses Héros
et sut tout de ses Héroïnes . Il ne déthrôna
pas Corneille ; mais ilpartagea le Thrône
de la Scene avec lui. L'Aigle foudroïa
La Colombe gémit , et l'Empire fut divisé.
Quelle gloire pour Racine ! Regner ainsi sur.
le Theatre c'est avoir vaincu , c'est avoir
triomphé.
Vous sçavez , Messieurs , l'issue d'une si
brillante victoire. :.cette heureuse audace
produisit
une foule d'imitateurs. Les soupirs
avoient couronné ce grand Maître ; vaine
ment les désavoia - t- il vainement la piété
le ravit-elle dux honneurs du Théatre ; les
éleves nombreux soumirent le Cothurne aux
loix du tendre Législateur ; ils leur sacrifierent
la severité des loix fondamentales de la
Scene.
Le P. Porée prétend en effet que l'unité
d'action , la simplicité , la verité des sujets
, la vrai - semblance , la variété , one
I. Vol. extrê
JUIN. 1733 . 1187
extrêmement souffert de cette nouvelle
tournure de la Tragédie , devenuë amoureuse.
Il en montre le danger par un morceau
pathetique et fort éloquent en revenant
au parallele de la Tragédie ancienne
et de la moderne, puis il passe à la Comédie
avec un tour d'éloquence tout
nouveau ; car on remarque dans la diversité
de ses tours une conformité singulicre
entre chaque sujet et la maniere pro
pre de le traiter ; il feint une conversation.
La Comédie se donne pour être fort
differente de ce qu'elle fut jadis ; elle étale
les vices et les défauts qu'elle réforme
par ses Piéces, elle cite les petits Maîtres,
les Femmes sçavantes , les Misantropes
les Malades imaginaires, les diverses écoles
, & c. L'Orateur insére un mot sur
chaque chose ; et fait ensuite une récapitulation
des vices plus pernicieux
Comedie moderne , a ( dit - il ) introduits
et qu'elle authorise . Mais pourquoi, ajoutet-
il , s'en prendre à la Comédie ? Est- ce par
sa nature , où n'est- ce pas plutôt par la ma
lice d'autrui qu'elle s'est pervertie ? Ah ! prenons-
nous- en à ceux qui pouvant la rendre
bonne et utile , l'ont renduë nuisible et peri
nicieuse : Oui,j'ose m'en prendre d'abord an
chefmême des Autheurs et des Acteurs de
notre Scene. Poëte par goût,plus que par émque
la
1. Vol. G de
1188 MERCURE DE FRANCE
de , ce fut un feu de jeunesse , non la malignité
de la fortune , qui le fit Comédien. Né
pour des emplois sérieux , transporté dans le
comique, rigide observateur du ridicule,peintre
plaisant d'après nature , exact sans affectation
d'exactitude , correct sans paroitre
s'êtregêné , serré dans sa Prose , libre et aisé
dans ses Vers , riche en Sentences, fertile en
Plaisanteries, on peut dire qu'il réunit en lui
seni toutes les qualitez et la plupart des dé
fauts des Poëtes celebres en ce genre , aussi
piquant qu' Aristophane , quelquefois aussi.
peu retenu, aussi vif que Plaute, de temps en
temps aussi bouffon , aussi fin dans l'in
telligence des moeurs que Terence , souvent
aussi libre dans ses Tableaux, Moliere futil
plus grand par la nature ou par l'art ?
Inimitable dans l'un et dans l'autre , vicieux
par ces deux Endroits , il nuisit autant qu'il
excella, Le meilleur Maître , s'il enseigne le
mal , est le pire de tous les Maîtres.
L'Orateur taxe de la même sorte les
differens imitateurs de ce Prince de la
Comédie. Les Autheurs qui travaillent
pour le Théatre Lyrique viennent ensuite
sur les rangs par une figure d'éloquence
fort remarquable. Les Acteurs ont
aussi leur tour , et enfin les Spectateurs ;
nous n'insistons point sur cette fin, parce
qu'il seroit difficile d'en rien retrancher
I. Vol. et
JUIN. 1733. 1189
et de choisir . Cette . Analyse generale suffit
pour l'idée que nous nous sommes
proposée . Nous observerons seulement
que
le blâme de l'abus du Théatre, ( suivant
la pensée du P. Porée) retombe principalement
et presqu'entierement sur les
Spectateurs, que l'on sert selon leur goût.
informandis moribus idonea ; oratio habita
die 13. Martii an . 1733. in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu , à
Carolo Porée , ejusdem Societatis Sacerdote.
ITEM , Discours sur les Spectacles , tradit
du Latin du Pere Charles Porée , de
la Compagnie de Jesus , par le P. Brumoy
de la même Compagnie..
L'une et l'autre Piéce est imprimée chez
Jean Baptiste Coignard fils , rue S. Jacques
, 1733 .
Le P. Porée , après avoir piqué la curiosité
du Public par son titre , a pleinement
satisfait celle de ses illustres Auditeurs
, au nombre desquels se trouverent
MM. les Cardinaux de Polignac et de .
Bissy , M. le Nonce , plusieurs Prélats
et autres personnes de distinction . On
souhaita que son Discours fût imprimé ,
et peu de tems après l'impression ,
Pere Brumoy l'a donné en françois. Ce
Discours a paru interessant par bien des .
endroits . Nous en exposerons briévement
le sujet et l'ordre , autant que la
fertilité laconique de l'Orateur pourra
permettre .
le
1. Vol. II
JUIN. 1733 117
Il établit dans l'Exorde que le Théatre
depuis son origine a toujours été un
sujet de contestation , comme un attrait
de curiosité , parce qu'en effet Athénes ,
Rome , et la France ont vû naître succes
sivement à son occasion des disputes qui
ne sont pas encore terminées. Il détaille
celle du siécle passé , où l'on vît partis
contre partis , Grands contre Grands ,
Doctes contre Doctes , agiter avec beaucoup
de vivacité et de chaleur la question
, sçavoir si le Théatre étoit utile our
pernicieux aux bonnes moeurs. Il s'attache
à la même question , et il se propose
de rapprocher les amateurs du vrai
en prenant le caractere de Conciliateur.
Il répond donc que le Théatre par sa nature
peut être une Ecole capable de former
les moeurs , mais qu'il arrive par
notre faute qu'elle ne l'est pas en effet.
Ce sont les deux parties du Discours.
Puis , après un Compliment ingénieu
aux deux Cardinaux , il entre en matiere.
Une Ecole propre à former les meurs
est celle qui se sert de préceptes et d'éxemples
convenables à ce but. La Philosophie
et l'Histoire ne passent en effet
pour d'excellentes Ecoles de meurs que
par les préceptes que donne l'ane , et
1. Vol.
par
1176 MERCURE DE FRANCE
par les exemples que l'autre fournit . Or
l'Orateur prétend que la Scene comparée
à la Philosophie et à l'Histoire peut leur
disputer l'avantage de former les moeurs ,
en employant les mêmes ressorts d'une
maniere plus convenable.
La Philosophie ouvre un vaste champ à
sa Morale. Elle considere l'homme qu'elle
se propose d'instruire , ou comme occupé
dans une famille , ou comme seul, ou comme
engagé dans les affaires civiles .Mais la
Scene de son côté embrasse tous les Etats,
toutes les professions , tous les devoirs ,
toutes les vertus , tous les vices , tous les
travers même que la Philosophie se met
peu en peine d'observer et de réformer.
De plus les sottises des hommes , la sagesse
humaine et même les Eaux sacrées
de la divine Sagesse , sont les sources
fécondes où la Scene peut puiser ses importantes
et nombreuses leçons . Ce détail
est vif et serré. Enfin l'on fait sentir
finement par une espece de communication
ironique ( à la façon de Socrate )
avec un Philosophe , que la maniere d'instruire
dont la Scene se sert , est veritablement
plus instructive et plus efficace
que ne l'est la Méthode grave et sérieuse
des Philosophes. Voicy un trait de ce
Morceau , qu'il adresse aux Philofophes .
1. Vol. Vos
JUIN. 1733. 1177
Vos Discours sur nos devoirs sont bien
raisonnez , quoiqu'un peu diffus , j'aurois
tort assurément de les blâmer. Vous avez
épousé une Méthode qui vous astraint à
proceder par ordre de propositions , de preuves
, d'objections , de réfutations . Le moyen
de n'être pas discoureur ! mais le Poëte en
auroit- il moins d'autorité sur la Scene parce
qu'il ne sçauroit être sententieux et court ,
souvent sublime Philosophe en un seul Vers ?
Que voulez- vous ? nous aimons la briéveté.
Se mêle-t'on de nous instruire ? nous voulons
qu'on nous dise beaucoup en peu de
mots.
Vous philosophez sur les passions humaines
avec beaucoup de subtilité ; le dirai -je
aussi ? souvent avec un peu de secheresse .
Vous en sçauroit - on mauvais gré ? non.
C'est à vous de définir , de diviser , de développer
vos idées par articles ; ce n'est pas à
vous d'émouvoir. Trouveriez- vous pour cela
que le Poëte dont je parle en auroit moins
grace , parce qu'il mettroit en oeuvre les
pleurs et le courroux , la terreur et la pitié ?
Nous sommes un composé d'esprit et de corps ;
nous voulons être éclairez ; nous voulons être
émus , et l'on ne nous éclaire pas assez ,
on ne tâche de nous émouvoir.
de
si
Enfin vous vous en tenez aux préceptes $
vous écartez bien loin les exemples. Con-
I. Vol.
damnerois-je
F178 MERCURE DE FRANCE
damnerois je votre maniere ? nullement. C'est
la loi que vous vous êtes prescrite. Fose
ici vous le demander sans détour ; notre
Poëte n'a- t'il pas visiblement l'avantage sur
vous , lui qui joint les exemples aux préceptes
en quoi il s'éloigne de vous , car il
devient en quelque sorte Historien , comme
Vous venez de le voir Philosophe ; et par
l'heureux accord de deux Ecoles differentes ,
il en forme une troisième plus efficace pour
faire agir les deux ressorts , je veux dire ,
pour éclairer et pour toucher.
Par cette transition l'Orateur entre
dans la comparaison de la Scene avec
⚫ l'Histoire. Il traite cet endroit avec toute
la justesse et tout le feu qui conviennent
à un parallele si heureux , des évenemens
qu'exposent l'Histoire et la Scene ; et de
la maniere dont l'une et l'autre les expose.
Si des exemples , dit- il , attachez à
des lettres mortes , confiez à des dépositaires
inanimez , ont toutefois une sorte d'ame ;
un reste de leur antique chaleur ; quelle sera
Leur force et leur vie , lorsqu'ils renaîtront
dans l'action , qu'ils seront vivifiez par le
feu du mouvement , qu'ils parleront eux-mêmes
au coeur, à l'oreille , à l'oeil , avec toute
la grandeur des sentimens , avec tous les
charmes de la voix , avec toute l'éloquence
du geste Telle est Pinnocente Magie que
I. Vol. se
JUIN. 1733.
1179
l'imise
propose la Scene. Par elle tout revit , tout
respire , au point de faire croire
tation l'emporte sur la réalité , &c.
que
Ce ne sont plus les Annales des Martyrs
de tout âge et de tout sexe que l'on vous
récite. Vous devenez spectateur et témoin des
combats et des palmes de ces saints Athletes.
A vosyeux les Tyrans menacent, et ils menacent
en vain; mere , pere , épouse chérie, tous
pleurent tous embrassent les genoux du Héros.
Les larmes coulent vainement, les prieres sont
perdues. Délices , richesses , grandeurs , vous
étalez vos plus dangereux attraits . Une indignation
chrétienne , un noble mépris , une
fiertéplus qu'humaine vous foulent aux pieds.
Tourmens cruels , morts effroyables ; vous
paroiffez avec toutes vos horreurs. Un regard
intrépide vous brave . Juges , vous
foudroyez, Arrêt fatal et prononcés on baise
Péchaffaut et l'on vous rend graces . Vous balancez
, Bourreaux , vous tardez tròp ; l'on
vole au-devant de vos coups , &c.
Autre effort plus considerable de la Scene.
L'Histoire est astrainte au temps , au
lieu , à l'ordre des évenemens , pour les y
attacher. Elle n'ose d'ordinaire exposer les
vertus et les vices que séparément et en leur
place. La Scene au contraire ( semblable à
la Peinture qui entend le ton des couleurs
et l'heureux mêlange du clair et de l'obscur
(
I. Vol.
fair
1180 MERCURE DE FRANCE
;
fait dans la même action le contraste inte
ressant du vice et de la vertu. Elle balance
dans les caracteres approchez , la valeur et
la lâcheté , la douceur et le courroux , la modestie
et la fierté , la libéralité et l'avarice ,
la frugalité et la profusion , l'honnête homme
et le scelerat. De cette opposition d'om
bres et de lumieres , quel doux éclat rejaillit
sur la vertu pour l'embellir! que d'hor
ribles tenebres se répandent sur le vice pour
le confondre !
Voulez- vous des autoritez sur le paral
lele de la Scene , telle que je viens de la
peindre , et de l'Histoire telle qu'elle est ?
Consultez le Lecteur et le Spectateur , les
Bibliotheques et les Amphithéatres , et demandez
où l'on verse des pleurs.
Le P. Porée conclud que la Scene l'emporte
sur la Philosophie et sur l'Histoi
re ; et que cela même est prouvé non
seulement par l'idée pure du Théatre ;
mais encore par le suffrage de la Philosophie
et par la déposition de l'Histoire. Il
allégue en preuve Socrate qui assistoit
aux Pieces d'Euripide , la Poëtique d'Aristote
; l'authorité de S. Charles Borro
mée qui revoyoit les Comédies , la plume
à la main , avant qu'on les jouât , celle
du Cardinal de Richelieu qui n'a pas dédaigné
de composer lui - même des Vers
1. Vol.
traJUI
N. 1181. 1733.
tragiques , et de donner une partie de ses
soins à la perfection de la Scene. Celle de
Louis XIV. celle des Etats qui authorisent
des Spectacles pour exercer la jeunesse
; celle enfin des particuliers qui
croïent ces exercices utiles. Voici ce qu'il
dit de Louis XIV. Manes du Grand Louis,
rougiriez - vous d'avoir rappellé Racine an
Cothurne qu'il avoit quitté , pour engager cet
autre Prince de la Scene à donner des Tra
gedies dignes du Théatre , et des Actrices de,
S. Cyr? étoit ce un divertissement puerile
que vous ménagiez à des enfans ? Vos vûës
si-bienfaisantes , si sages , si religieuses se
portoient sans doute à quelque chose de plus
auguste.Jeune Noblesse trop mal dottée par la
fortune , ce Monarque vous reservoit une
dot dont il connoissoit tout le prix,des exemples
et des leçons de piété , thrésor préférable
à tous les thrésors , dot précieuse , que vous
deviez faire passer dans les familles les plus
distinguées pour la perpetuer. Quelles pieces
en effet tira- t-il du grand Maître qu'il em
ploya?
O Athalie! Esther ! Oeuvres divines,
dont l'unique ou le plus digne éloge est de
vous demander, Messieurs , si le Problême
que j'ai proposé auroit lieu , supposé qu'on
en composat d'égales , ou du moins de sem
blables. Ah ! il ne faudroit plus demander
I. Vol.
, alers ,
1182 MERCURE DE FRANCE
alors si le Théatre peut être utile aux moeurs,
mais s'il seroit possible qu'il leur devint pernicieux.
Voilà pour la Tragédie et la Comédie.
Il restoit à prononcer sur l'Opéra , matiére
délicate.Ce morceau est tourné avec
tant de délicatesse et de circonspection
qu'on ne peut l'abréger sans l'alterer.
Nous y renvoïons le Lecteur , tres - fâchez
de ne pouvoir mieux faire , et nous passons
à la seconde Partie.
Elle tend à faire voir que la Scene propre
par elle- même à former les moeurs ,
est dépravée par l'abus qu'en font les
Autheuts , les Acteurs et les Spectateurs ;
Particle qui regarde les Ecrivains de
Théatre est le plus étendu ; c'est à eux
que l'Orateur impute d'abord la dépra
vation des Spectacles. Il les compare avec
les Autheurs du Théatre Athénien ; ceuxci
se regardoient comme des hommes dévoüez
au bien public , et chargez par la
Patrie de réformer les moeurs. Est - ce là
l'idée de ceux qui destinent leur pluie
au Théatre ? Ils ont perdu de vûë , dit
F'Orateur , le but que se proposoient les
anciens. Ils ne comprennent plus , parce
qu'ils ne veulent pas le comprendre , ce
qu'exigent les Loix de leur emploi , ce
que veut la nature de la Poësie drama-
1. Vol.
tique
JUIN. 1733. 1183
*
tique. Elle veut qu'on ait en vûë le bien
de l'Etat , et que l'on profite en amusant.
On s'écarte de cet objet , on ne cherche
qu'à plaire , fût- ce aux dépens de l'utilité
publique . L'Orateur appuïe ses preuyes
sur une revûë détaillée des divers
Spectacles. Il rend à la Tragédie de nos
jours la justice qu'elle mérite par la gravité
de ses Sentences , et par l'élégance de
sa diction, Mais il demande ; Qu'est devenue
la sévérité Athénienne.Dans Athénes
la Tragedie se servoit du ressort des passions
pour les guérir ; elle le met en oeuvre
aujourd'hui pour augmenter leurs maux . La
Scene antique éteignoit dans les Athéniens
la soif de l'ambition , parce qu'elle la regardoit
comme la plus dangereuse peste de la
République. La Scene Françoise souffle aujourd'hui
dans les cours un double poison,
que nous devons regarder comme également
funeste à la Religion et à l'Etat , la vengeance
et l'amour..
>
Pour la Vengeance, le P. P. cite le Cid.
et l'emportement de Rodrigue et de son
Pere , par lequel Corneille , sans le sçavoir
, semble infpirer la fureur des Duels.
Heureux ( continuë l'Orateur ) d'avoir
été moins propre à traiter des sujets d'un caractere
tout opposé! Si les tendresses et le
Langage efféminé des Amours avoient pû
I. Vol.
s'as1184
MERCURE DE FRANCE
saccommoder de l'énergie de l'esprit le plus
ferme , et de l'enthousiasme de la Poësie la
plus sublime , de quels feux n'auriez vous
pas embraze la Scene ! Malheureusement le
Dieu de Cythere sçut trop se dédommager ;
la main à qui il confia son flambeau , n'eut
que trop de grace à le manier , à en ranimer
ia flamme , et à en répandre les étincelles
dans le sein des Spectateurs ..
Racine jeune, le consola de Corneille vieilli
et peu docile à suivre ses traces. Le nou
veau Peintre, génie heureux, aisé dans l'invention
, habile dans l'ordonnance , sçavant
dans l'étude de la nature , exact et patient
dans la correction enrichi des dépouilles
de la Grece , riche de son propre
fonds , pur dans sa diction , doux et coulant
dans ses Vers , sembla fait pour attendrir la
Scene , soit penchant , soit émulation on désespoir
d'atteindre le vieux Monarque du
Theatre dans la ronte qu'il avoit fraiée le
premier , il osa s'en tracer une toute nouvelle
pour regner à son tour.
Corneille dans le grand , avoit étonné
les esprits par la majesté pompeuse de ses pensées.
Racine , dans le tendre fascina les
coeurs par le charme enchanteur des sentimens.
L'un avoit élevé l'homme au dessus de
T'humanité, l'autre le rendit à lui - même et à ses
foiblesses. L'un avoit fait ses Héros Ro-
I. Vol.
mains,
JUIN. 1733 1185
mains , Arméniens , Parthes ; il nous transportoit
chez leurs Nations et dans leurs Climats
: l'autre , au contraire , les transportant
tous en France , les naturalisa François , et
les forma sur l'urbanitégalante de nos moeurs.
L'un , métamorphosant les femmes même en
autant de Héros , leur avoit donné une ame
veritablement Tragique : l'autre , rabaissant
ses Heros presqu'au rang des Héroïnes , leur
fit soupirer des sentimens d'Elegie. Le génie
du premier avoit pénétré dans le Cabinet
des Rois pour y sonder les profondeurs de la
politique ; l'esprit du second s'insinua dans
les Cercles , pour y apprendre les délicatesses
de la galanterie. Corneille, semblable à l'Oisean
de Jupiter , qui s'élance dans les nuës
et paroît se jouer au milieu des Eclairs et des
Tonneres , avoit fait retentir la Scene des
fréquens éclats de ce bruit majestueux qui
frappe tous les esprits. Racine, comme le tendre
Oiseau de Cypris , voltigeant autour des
Myries et des Roses , fit repeter aux Echos
ses gémissemens et ses soupirs. Corneille , en-
·fin forçant les obstacles d'un sentier escarpé
et sujet par consequent à d'illustres chutes ;
redoublant toujours ses efforts pour tendre de
plus en plus au sublime et au merveilleux
Scherchanpar la voie de l'admiration des
-applaudissemens trop merités , qu'il arracha
des plus déterminés à les lui refuser : Racine
I. Vol.
sur1186
MERCURE DE FRANCE
suivant une pente plus douce , mais par là
plus sûre, s'élevant rarement , soutenant son
vol avec grace et le ramenant promptement
aux amours , parut s'offrir de lui- même aux
suffrages qui prévenoient son attraïante donccur.
Il ne soupira pas en vain ; l'art inexprimable
des soupirs lui. procura la Palme
qu'il ambitionnoit ; il n'enleva pas
les Lanriers
à son Rival ; mais il se vit ceint de
Myrtes , par les mains empressées de ses Héros
et sut tout de ses Héroïnes . Il ne déthrôna
pas Corneille ; mais ilpartagea le Thrône
de la Scene avec lui. L'Aigle foudroïa
La Colombe gémit , et l'Empire fut divisé.
Quelle gloire pour Racine ! Regner ainsi sur.
le Theatre c'est avoir vaincu , c'est avoir
triomphé.
Vous sçavez , Messieurs , l'issue d'une si
brillante victoire. :.cette heureuse audace
produisit
une foule d'imitateurs. Les soupirs
avoient couronné ce grand Maître ; vaine
ment les désavoia - t- il vainement la piété
le ravit-elle dux honneurs du Théatre ; les
éleves nombreux soumirent le Cothurne aux
loix du tendre Législateur ; ils leur sacrifierent
la severité des loix fondamentales de la
Scene.
Le P. Porée prétend en effet que l'unité
d'action , la simplicité , la verité des sujets
, la vrai - semblance , la variété , one
I. Vol. extrê
JUIN. 1733 . 1187
extrêmement souffert de cette nouvelle
tournure de la Tragédie , devenuë amoureuse.
Il en montre le danger par un morceau
pathetique et fort éloquent en revenant
au parallele de la Tragédie ancienne
et de la moderne, puis il passe à la Comédie
avec un tour d'éloquence tout
nouveau ; car on remarque dans la diversité
de ses tours une conformité singulicre
entre chaque sujet et la maniere pro
pre de le traiter ; il feint une conversation.
La Comédie se donne pour être fort
differente de ce qu'elle fut jadis ; elle étale
les vices et les défauts qu'elle réforme
par ses Piéces, elle cite les petits Maîtres,
les Femmes sçavantes , les Misantropes
les Malades imaginaires, les diverses écoles
, & c. L'Orateur insére un mot sur
chaque chose ; et fait ensuite une récapitulation
des vices plus pernicieux
Comedie moderne , a ( dit - il ) introduits
et qu'elle authorise . Mais pourquoi, ajoutet-
il , s'en prendre à la Comédie ? Est- ce par
sa nature , où n'est- ce pas plutôt par la ma
lice d'autrui qu'elle s'est pervertie ? Ah ! prenons-
nous- en à ceux qui pouvant la rendre
bonne et utile , l'ont renduë nuisible et peri
nicieuse : Oui,j'ose m'en prendre d'abord an
chefmême des Autheurs et des Acteurs de
notre Scene. Poëte par goût,plus que par émque
la
1. Vol. G de
1188 MERCURE DE FRANCE
de , ce fut un feu de jeunesse , non la malignité
de la fortune , qui le fit Comédien. Né
pour des emplois sérieux , transporté dans le
comique, rigide observateur du ridicule,peintre
plaisant d'après nature , exact sans affectation
d'exactitude , correct sans paroitre
s'êtregêné , serré dans sa Prose , libre et aisé
dans ses Vers , riche en Sentences, fertile en
Plaisanteries, on peut dire qu'il réunit en lui
seni toutes les qualitez et la plupart des dé
fauts des Poëtes celebres en ce genre , aussi
piquant qu' Aristophane , quelquefois aussi.
peu retenu, aussi vif que Plaute, de temps en
temps aussi bouffon , aussi fin dans l'in
telligence des moeurs que Terence , souvent
aussi libre dans ses Tableaux, Moliere futil
plus grand par la nature ou par l'art ?
Inimitable dans l'un et dans l'autre , vicieux
par ces deux Endroits , il nuisit autant qu'il
excella, Le meilleur Maître , s'il enseigne le
mal , est le pire de tous les Maîtres.
L'Orateur taxe de la même sorte les
differens imitateurs de ce Prince de la
Comédie. Les Autheurs qui travaillent
pour le Théatre Lyrique viennent ensuite
sur les rangs par une figure d'éloquence
fort remarquable. Les Acteurs ont
aussi leur tour , et enfin les Spectateurs ;
nous n'insistons point sur cette fin, parce
qu'il seroit difficile d'en rien retrancher
I. Vol. et
JUIN. 1733. 1189
et de choisir . Cette . Analyse generale suffit
pour l'idée que nous nous sommes
proposée . Nous observerons seulement
que
le blâme de l'abus du Théatre, ( suivant
la pensée du P. Porée) retombe principalement
et presqu'entierement sur les
Spectateurs, que l'on sert selon leur goût.
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Résumé : Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
Le texte présente un discours intitulé 'THEATRUM ne sit vel esse possit Schola informandis moribus idonea' prononcé par le Père Charles Porée, jésuite, le 13 mars 1733 au Collège Royal de Louis le Grand. Ce discours, traduit en français par le Père Brumoy et publié en 1733, a suscité l'intérêt de personnalités distinguées telles que les cardinaux de Polignac et de Bissy, ainsi que le Nonce apostolique. Le Père Porée examine la question de savoir si le théâtre peut être une école de formation des mœurs. Il affirme que, par nature, le théâtre peut former les mœurs, mais que les abus en empêchent la réalisation effective. Le discours se divise en deux parties : la première compare le théâtre à la philosophie et à l'histoire, et la seconde examine les abus commis par les auteurs, les acteurs et les spectateurs. Porée soutient que le théâtre, comme la philosophie et l'histoire, peut instruire et émouvoir les spectateurs. Il critique la méthode philosophique, jugée trop abstraite et peu émotive, et valorise la capacité du théâtre à illustrer les préceptes par des exemples vivants et touchants. Il compare également le théâtre à l'histoire, soulignant que le théâtre rend les événements historiques plus vivants et émouvants. Porée conclut que le théâtre, bien utilisé, peut être supérieur à la philosophie et à l'histoire pour former les mœurs. Il cite des autorités comme Socrate, Aristote, et des figures historiques comme Louis XIV pour appuyer son argumentation. Dans la seconde partie, Porée critique les auteurs de théâtre modernes, les accusant de ne plus se consacrer au bien public et de chercher uniquement à plaire, souvent au détriment des mœurs. Il cite des exemples comme 'Le Cid' de Corneille et les pièces de Racine pour illustrer comment le théâtre moderne peut encourager des comportements nuisibles, comme la vengeance et les passions amoureuses excessives. Le texte compare également les contributions de Corneille et Racine au théâtre français. Corneille est décrit comme un maître du grand et du majestueux, tandis que Racine est apprécié pour la tendresse et le charme de ses sentiments. Corneille a exploré la politique et la grandeur, tandis que Racine s'est concentré sur la galanterie et les délicatesses des mœurs françaises. Le Père Porée critique la tragédie moderne, devenue amoureuse, et la comédie, qui étale les vices et les défauts. Il blâme les auteurs, les acteurs et les spectateurs pour la perversion du théâtre. Enfin, Molière est décrit comme un comédien exceptionnel, réunissant les qualités et les défauts des poètes célèbres, mais nuisant autant qu'il a excellé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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66
p. 1502-1505
EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
Début :
Si jusques à ce jour, dans ma verve lyrique, [...]
Mots clefs :
Tavannes, Apollon, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
EPITRE ,
A M. le Come de TAVANES , Brigadier
des Armées du Roy , et son premier Lieutenant
General en Bourgogne.
Si jusques à ce jour , dans ma verve lyrique ;
Je ne t'ai point offert un encens poëtique ,
Tavanes , ce n'est pas que pour chanter ton nom ,
Ma Muse n'ait souvent rêvé sur l'Hélicon.
Cent fois , quand j'ai formé le plan d'un long
Poëme ;
Pour
JUILLET. 1733. 1503
Pour mon premier Héros je t'ai choisi toi - même ;
Mais à ce noble emploi j'avois beau destiner ,
La Lyre qu'on entend sous mes doigts raisonner,
Aussi-tôt Apollon et sa Troupe immortelle ,
Condamnoient mon audace en approuvant mon
zele.
Laisse , me disoient - ils , à de's Auteurs fameux
Le soin de celebrer un Mortel digne d'eux.
Pour Chantre , un Mécenas doit avoir un Horace,
Voltaire peut chanter ton Héros avec grace ,
Cet Aigle , du Soleil soutiendroit les rayons ;
Mais toi que parmi nous rarement nous voyons,
Quand tu veux t'élever aussi haut que Pindare ,
Dans la profonde Mer tu tombes comme Icare.
Ainsi dans mes projets interrompu toujours ,T
Demon travail pour toi j'ai suspendu le cours ,
Et sur d'autres sujets moins grands et plus faciles,
Employant quelquefois des momens ' inutiles ,
Tavanes , j'attendois que pour te bien louer ,
Phébus et les neuf Soeurs daignassent m'avouer.
Toutefois , puisqu'enfin ma Muse a pú te plaire' ,
Je me crois maintenant séparé du vulgaire.
D'un suffrage si beau , content et glorfeux ,
Je sens que je puis prendre un essor jusqu'aux
Cieux . KurzbĮ alum.5295 30591
13
Non, je n'ai plus besoin des Filles de Mémoire ,
Mon zele me suffit pour celebrer ta gloire.
I! K
Dieux avec quel plaisir je dirai dans mes Vers ,
E
504 MERCURE DE FRANCE
Et des rares vertus et tes exploits divers !
En vain ta modestie au silence m'invite ..
Plus on fuit la louange et plus on la mérite ;
Et les Fils d'Apollon aux génereux Mortels ,
Doivent dans leurs Ecrits ériger des Autels.
Eh ! qui fut plus que toi digne de notre hommage!
N'est-on pas informé qu'aussi vaillant que sage ,
Tu sçais dans les horreurs du plus sanglant
combat ,
Etre tout à la fois Capitaine et Soldat ?
Que depuis qu'au Laurier a succedé l'Olive ,
Ton ardeur pour ton Roi n'en est pas moins
active ?
Que ton coeur vertueux , toujours grand , toû
jours droit ,
Pouvant tout ce qu'il veut , ne veut que ce qu'il
doir. ?
Que par les dons divers que ta main liberale,
Répand de toutes parts dans cette Capitale ;
Tu cherches, non l'honneur d'être crû génereux,
Mais l'unique plaisir de faire des heureux ?
Qu'aux beaux Arts qu'Apollon tient sous sa dé
pendance ,
Tu prêtes un appui digne de ta.naissance ?
Que quand je n'osois pas m'élever jusqu'à toi ,
Ta facile bonté descendit jusqu'à moi ?
Que contraire à ces Grands de qui l'ame com
mune ,
I
N'offre rien à nos yeux de grand que leur fortune,
Affable sans bassesse , et fier sans vanité ;
JUILLET. 1733. 1505
On te voit en tous lieux aimé, craint, respecté ,
Que charmé que Louis t'ait placé sur nos têtes,
Le Peuple en prenant part à tes superbes Fêtes ,
Dit que toûjours la gloire excitant tes désirs ,
Tu te montres Héros jusques dans tes plaisirs.
Mais quoi ! je m'apperçois que frappant la barriere
,
Mon Pégase est tout prêt d'entrer dans la carriere;
Eh bien ! sans differer , il la lui faut ouvrir ;
Sur le Pinde avec lui je brûle de courir ,
Et dans l'heureux transport où mon coeur s'a→
bandonne ,
Je vais chercher des fleurs pour former ta Couronne.
Par M.COCQUARD, Avoc. au Parlement de Dijon.
A M. le Come de TAVANES , Brigadier
des Armées du Roy , et son premier Lieutenant
General en Bourgogne.
Si jusques à ce jour , dans ma verve lyrique ;
Je ne t'ai point offert un encens poëtique ,
Tavanes , ce n'est pas que pour chanter ton nom ,
Ma Muse n'ait souvent rêvé sur l'Hélicon.
Cent fois , quand j'ai formé le plan d'un long
Poëme ;
Pour
JUILLET. 1733. 1503
Pour mon premier Héros je t'ai choisi toi - même ;
Mais à ce noble emploi j'avois beau destiner ,
La Lyre qu'on entend sous mes doigts raisonner,
Aussi-tôt Apollon et sa Troupe immortelle ,
Condamnoient mon audace en approuvant mon
zele.
Laisse , me disoient - ils , à de's Auteurs fameux
Le soin de celebrer un Mortel digne d'eux.
Pour Chantre , un Mécenas doit avoir un Horace,
Voltaire peut chanter ton Héros avec grace ,
Cet Aigle , du Soleil soutiendroit les rayons ;
Mais toi que parmi nous rarement nous voyons,
Quand tu veux t'élever aussi haut que Pindare ,
Dans la profonde Mer tu tombes comme Icare.
Ainsi dans mes projets interrompu toujours ,T
Demon travail pour toi j'ai suspendu le cours ,
Et sur d'autres sujets moins grands et plus faciles,
Employant quelquefois des momens ' inutiles ,
Tavanes , j'attendois que pour te bien louer ,
Phébus et les neuf Soeurs daignassent m'avouer.
Toutefois , puisqu'enfin ma Muse a pú te plaire' ,
Je me crois maintenant séparé du vulgaire.
D'un suffrage si beau , content et glorfeux ,
Je sens que je puis prendre un essor jusqu'aux
Cieux . KurzbĮ alum.5295 30591
13
Non, je n'ai plus besoin des Filles de Mémoire ,
Mon zele me suffit pour celebrer ta gloire.
I! K
Dieux avec quel plaisir je dirai dans mes Vers ,
E
504 MERCURE DE FRANCE
Et des rares vertus et tes exploits divers !
En vain ta modestie au silence m'invite ..
Plus on fuit la louange et plus on la mérite ;
Et les Fils d'Apollon aux génereux Mortels ,
Doivent dans leurs Ecrits ériger des Autels.
Eh ! qui fut plus que toi digne de notre hommage!
N'est-on pas informé qu'aussi vaillant que sage ,
Tu sçais dans les horreurs du plus sanglant
combat ,
Etre tout à la fois Capitaine et Soldat ?
Que depuis qu'au Laurier a succedé l'Olive ,
Ton ardeur pour ton Roi n'en est pas moins
active ?
Que ton coeur vertueux , toujours grand , toû
jours droit ,
Pouvant tout ce qu'il veut , ne veut que ce qu'il
doir. ?
Que par les dons divers que ta main liberale,
Répand de toutes parts dans cette Capitale ;
Tu cherches, non l'honneur d'être crû génereux,
Mais l'unique plaisir de faire des heureux ?
Qu'aux beaux Arts qu'Apollon tient sous sa dé
pendance ,
Tu prêtes un appui digne de ta.naissance ?
Que quand je n'osois pas m'élever jusqu'à toi ,
Ta facile bonté descendit jusqu'à moi ?
Que contraire à ces Grands de qui l'ame com
mune ,
I
N'offre rien à nos yeux de grand que leur fortune,
Affable sans bassesse , et fier sans vanité ;
JUILLET. 1733. 1505
On te voit en tous lieux aimé, craint, respecté ,
Que charmé que Louis t'ait placé sur nos têtes,
Le Peuple en prenant part à tes superbes Fêtes ,
Dit que toûjours la gloire excitant tes désirs ,
Tu te montres Héros jusques dans tes plaisirs.
Mais quoi ! je m'apperçois que frappant la barriere
,
Mon Pégase est tout prêt d'entrer dans la carriere;
Eh bien ! sans differer , il la lui faut ouvrir ;
Sur le Pinde avec lui je brûle de courir ,
Et dans l'heureux transport où mon coeur s'a→
bandonne ,
Je vais chercher des fleurs pour former ta Couronne.
Par M.COCQUARD, Avoc. au Parlement de Dijon.
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Résumé : EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
L'épître est adressée à M. le Comte de Tavanes, Brigadier des Armées du Roy et son premier Lieutenant Général en Bourgogne. Le poète auteur de l'épître explique qu'il n'a pas encore célébré Tavanes dans ses œuvres, non par manque de désir, mais parce qu'il se sentait inapte à cette tâche. Apollon et les Muses lui ont conseillé de laisser cette mission à des auteurs plus célèbres, comme Voltaire. Cependant, l'auteur décide finalement de louer Tavanes, se sentant désormais capable de le faire grâce à l'inspiration. Le poète énumère les qualités et les actions de Tavanes : son courage et sa sagesse sur le champ de bataille, son dévouement au roi même en temps de paix, sa générosité, son soutien aux arts, et sa bonté envers les autres. Il souligne également la modestie de Tavanes, qui fuit la louange malgré ses mérites. Le peuple, charmé par Tavanes, le voit comme un héros même dans ses plaisirs. L'auteur conclut en exprimant son désir de composer une œuvre en l'honneur de Tavanes, prêt à s'élancer dans cette entreprise poétique.
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67
p. 2206-2211
Panégirique de S. Loüis, &c. [titre d'après la table]
Début :
PANEGYRIQUE de S. Loüis, prononcé à l'Académie Françoise le 25 Aoust 1733. [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Monde, Religion, Rois, Discours, Paroles, Éloge, Héros, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panégirique de S. Loüis, &c. [titre d'après la table]
PANEGYRIQUE de S. Loüis , prononcé
à l'Académie Françoise le 25 Aoust 1733.
par le R. P. Tournemine , de la Compagnie
de Jesus , brochure in 4. de 20
pag. A Paris , de l'Imprimerie de J. B.
Coignard.
Ce Discours, dont la lecture ne peut
que confirmer l'applaudissement general
avec lequel il a été écouté , a pour texte
ces
OCTOBRE. 1733. 2207
7
ces grandes paroles de S. Paul , dans son
Epître aux Galates , ch. 6. Mihi autem
absitgloriari nisi in Cruce Domini nostri
Fesu Christi , per quem mihi mundus crucifixus
est , et ego mundo . Paroles qui n'ont
peut être jamais été plus heureusement
appliquées que
dans le sujet auguste dont
il s'agit icy , dans un éloge de S. Louis
que les plus grandes prosperitez n'ont pú
corrompre , que l'adversité la plus accablante
n'a pû abbatre. Deux traits dontle
Panégiriste forme le caractere de notre
saint Roy , et qui le distinguent des autres
Saints , dont notre Religion a consacré
la mémoire. Par une sagesse divinement
éclairée S. Loüis a rebuté le monde
flateur , et s'est élevé au dessus des Héros
mondains. Par une fermeté héroïque
ce S. Monarque surmontant les rebuts
mystérieux de Dieu , qui n'étoient que
des épreuves ,a été trouvé digne de Dieu .
Heureux , lorsque le Monde le croyoit le
plus malheureux. Deux Propositions qui
enferment la division et toute l'oeconomie
d'unDiscours, dont lebut principal est
de montrer combien le Christianisme est
propre à former des Héros , et quelle est
la supériorité des Héros qu'il forme.L'Illustre
Orateur a inséré dans son Exorde
san Eloge de l'Académie Françoise , qui
mé.
2208 MERCURE DE FRANCE
mérite d'être lû, le sujet le fournit, et rien
n'est plus délicatement touché . 63
La premiere Partie offre d'abord une
peinture aussi vrayc que vive, du Monde
prophane , de ce monde que l'Evangile
ordonne de fuir , de haïr¸ au moins s'il
ne nous est pas libre de le fuït , aversion
et violence qui coutent cher , principalement
aux Grands de la Terre .C'est
cependant ce Monde que le S. Roi a vaincu
en tant de manieres . Le détail de ces
Victoires fait la matiere de cette Partie
du Discours , où l'on voit par tout que
le plus Saint de nos Rois , a été le meilleur
de nos Rois ; ainsi s'exprime l'Orateur
Chrétien .
Il n'auroit pas été le meilleur de nos
Rois , continue til , s'il n'avoit pas cultivé
l'esprit de ses peuples pour former
leur coeur ; s'il n'avoit adouci par les
sciences la barbarie des François belliqueux
et ignorans ; fiers même de leur
ignorance. Il se plaisoit , sçavant lui - même,
à rassembler dans son Palais S. Thomas
d'Aquin , S. Bonaventure , Sorbon
Colonne , Vincent de Beauvais , Pierre
de Fontaines , la lumiere de leur siécle ,
les Oracles de la Religion ,de la Jurisprudence
et de l'Erudition ; il leur. donnoit
le dessein des Ouvrages dont ils ont enrichi
1
OCTOBRE. 1733 . 2209
chi le Public . Sa liberalité soutenoit l'entrepЯse,
son goût la conduisoit. Le Grand
Cardinal de Richelieu n'a exécuté que
ce que S. Louis avoit commencé. On
voyoit dans les Assemblées où il se délassoit
des fatigues du Gouvernement, ce
qu'on voit dans les vôtres, Messieurs , les
grands Génies , et les grands Seigneurs ,
le Roy de Navarre , le Comte de Bretagne
, le Sire de Joinville , cet Historien
inimitable ; aussi naturel , plus sincere
que César , deux Cardinaux confidens
du Prince , et chargez par lui des plus
importantes négociations , dont l'un fût
élevé sur le S. Siége , mêlez sans distinction
avec les autres Sçavans , reconnoître
que la naissance et le rang doivent un
légitime hommage à la supériorité de l'esprit.
Roy véritablement tres chrétien ;
S..Louis , dans les soins qu'il prit pour
faire fleurir les Sciences , avoit en vûë le
bien de l'Etat , la gloire de la Nation
et plus encore la défense de la Religion .
Dans la seconde Partie , le`Saint Roy
est representé d'autant plus éprouvé par
une longue suite de tribulations , qu'il
étoit agréable à Dieu , suivant cet Óracle
de l'Ecriture , quia acceptus eras Deo ,
necesse fuit ut tentatio probaret te. Tob . 12.
L'Affliction des Justes étant nécessaire
E pour
2280 MERCURE DE FRANCE
pour leur interêt , pour l'inrerêt de Dieu .
Les plus beaux traits de l'Histoire de
S. Louis , appliquez à ces grandes maximes
, fournissent une Carriere dans la
quelle la Religion triomphe toujours
une Eloquence chrétienne et pathétique
Y brille par tout. On en jugera par le
traits suivans , nos bornes ne nous per
mettant pas de nous étendre davantage.
›
Le Ciel et le Nil viennent au secours
des Sarrazins vaincus ; la terre et l'air infectez
font périr l'Armée victorieuse , et
livrent sans combat le Saint Roy , languissant
à la barbarie des vaincus ... Ne
lui échapera- t- il point au moins quelques
plaintes ? Non sa douleur sera
muette , son amour pour Dieu sera maître
de sa bouche comme de son coeur :
Vous seul , dit- il , vous seul, mon Dieu ,
méritez d'être aimé , lorsque vous traitez si
rigoureusement ceux qui vous aiment... Il
fût dans les prisons de Memphis aussi
Roy que dans son Palais , plus conquerant
qu'à la tête de son Armée : Sapientia
descendit cum illo in foveam , et in
vinculis non dereliquit eum , donec afferret
illi Sceptrum regni .
Et de quelle multitude de benedictions
Dieu n'a- t-il pas continué de recompenser
la fidelité de S.Louis ? Quelle longue
suite
OCTOBRE. 1733. 221F
suite de Rois le reconnoissent pour Peret
Sa postérité regne dans les deux Mondes.
France , rendez graces à la patience de
S. Louis ; vous lui devez , Charles le Sage
, les miraculeuses victoires de Charles
VII . Louis , le Pere du Peuple , François
I. restaurateur des Sciences , la clémence
d'Henri le Grand , Louis le Juste,
* dompteur de l'Hérésie. Vous lui devez ,
LOUIS LE GRAND , qui a réuni toutès
leurs vertus avec la patience héroïque ·
de S. Louis , vous lui devez le Regne de
S. Lours qui se renouvelle.
Il faudroit tout copier ; plutôt qu'extraire
, si on vouloit ne rien omettre dans
un Discours si rempli de beautez et de
grandes véritez. Disons en finissant, que
l'Auteur du Panégyrique , dont nous rendons
compte , a solidement démontré
dans un Ouvrage , digne de passer à la
Postérité , ce qu'un * Historien n'a , pour
ainsi dire, fait qu'ébaucher ,lorsqu'en parlant
de notre S. Roy , il a fait son Eloge
dans ce peu de paroles : Il a été tres grand
Roy , mais en Saint ; il a été tres--grand
Saint , mais en Roy.
à l'Académie Françoise le 25 Aoust 1733.
par le R. P. Tournemine , de la Compagnie
de Jesus , brochure in 4. de 20
pag. A Paris , de l'Imprimerie de J. B.
Coignard.
Ce Discours, dont la lecture ne peut
que confirmer l'applaudissement general
avec lequel il a été écouté , a pour texte
ces
OCTOBRE. 1733. 2207
7
ces grandes paroles de S. Paul , dans son
Epître aux Galates , ch. 6. Mihi autem
absitgloriari nisi in Cruce Domini nostri
Fesu Christi , per quem mihi mundus crucifixus
est , et ego mundo . Paroles qui n'ont
peut être jamais été plus heureusement
appliquées que
dans le sujet auguste dont
il s'agit icy , dans un éloge de S. Louis
que les plus grandes prosperitez n'ont pú
corrompre , que l'adversité la plus accablante
n'a pû abbatre. Deux traits dontle
Panégiriste forme le caractere de notre
saint Roy , et qui le distinguent des autres
Saints , dont notre Religion a consacré
la mémoire. Par une sagesse divinement
éclairée S. Loüis a rebuté le monde
flateur , et s'est élevé au dessus des Héros
mondains. Par une fermeté héroïque
ce S. Monarque surmontant les rebuts
mystérieux de Dieu , qui n'étoient que
des épreuves ,a été trouvé digne de Dieu .
Heureux , lorsque le Monde le croyoit le
plus malheureux. Deux Propositions qui
enferment la division et toute l'oeconomie
d'unDiscours, dont lebut principal est
de montrer combien le Christianisme est
propre à former des Héros , et quelle est
la supériorité des Héros qu'il forme.L'Illustre
Orateur a inséré dans son Exorde
san Eloge de l'Académie Françoise , qui
mé.
2208 MERCURE DE FRANCE
mérite d'être lû, le sujet le fournit, et rien
n'est plus délicatement touché . 63
La premiere Partie offre d'abord une
peinture aussi vrayc que vive, du Monde
prophane , de ce monde que l'Evangile
ordonne de fuir , de haïr¸ au moins s'il
ne nous est pas libre de le fuït , aversion
et violence qui coutent cher , principalement
aux Grands de la Terre .C'est
cependant ce Monde que le S. Roi a vaincu
en tant de manieres . Le détail de ces
Victoires fait la matiere de cette Partie
du Discours , où l'on voit par tout que
le plus Saint de nos Rois , a été le meilleur
de nos Rois ; ainsi s'exprime l'Orateur
Chrétien .
Il n'auroit pas été le meilleur de nos
Rois , continue til , s'il n'avoit pas cultivé
l'esprit de ses peuples pour former
leur coeur ; s'il n'avoit adouci par les
sciences la barbarie des François belliqueux
et ignorans ; fiers même de leur
ignorance. Il se plaisoit , sçavant lui - même,
à rassembler dans son Palais S. Thomas
d'Aquin , S. Bonaventure , Sorbon
Colonne , Vincent de Beauvais , Pierre
de Fontaines , la lumiere de leur siécle ,
les Oracles de la Religion ,de la Jurisprudence
et de l'Erudition ; il leur. donnoit
le dessein des Ouvrages dont ils ont enrichi
1
OCTOBRE. 1733 . 2209
chi le Public . Sa liberalité soutenoit l'entrepЯse,
son goût la conduisoit. Le Grand
Cardinal de Richelieu n'a exécuté que
ce que S. Louis avoit commencé. On
voyoit dans les Assemblées où il se délassoit
des fatigues du Gouvernement, ce
qu'on voit dans les vôtres, Messieurs , les
grands Génies , et les grands Seigneurs ,
le Roy de Navarre , le Comte de Bretagne
, le Sire de Joinville , cet Historien
inimitable ; aussi naturel , plus sincere
que César , deux Cardinaux confidens
du Prince , et chargez par lui des plus
importantes négociations , dont l'un fût
élevé sur le S. Siége , mêlez sans distinction
avec les autres Sçavans , reconnoître
que la naissance et le rang doivent un
légitime hommage à la supériorité de l'esprit.
Roy véritablement tres chrétien ;
S..Louis , dans les soins qu'il prit pour
faire fleurir les Sciences , avoit en vûë le
bien de l'Etat , la gloire de la Nation
et plus encore la défense de la Religion .
Dans la seconde Partie , le`Saint Roy
est representé d'autant plus éprouvé par
une longue suite de tribulations , qu'il
étoit agréable à Dieu , suivant cet Óracle
de l'Ecriture , quia acceptus eras Deo ,
necesse fuit ut tentatio probaret te. Tob . 12.
L'Affliction des Justes étant nécessaire
E pour
2280 MERCURE DE FRANCE
pour leur interêt , pour l'inrerêt de Dieu .
Les plus beaux traits de l'Histoire de
S. Louis , appliquez à ces grandes maximes
, fournissent une Carriere dans la
quelle la Religion triomphe toujours
une Eloquence chrétienne et pathétique
Y brille par tout. On en jugera par le
traits suivans , nos bornes ne nous per
mettant pas de nous étendre davantage.
›
Le Ciel et le Nil viennent au secours
des Sarrazins vaincus ; la terre et l'air infectez
font périr l'Armée victorieuse , et
livrent sans combat le Saint Roy , languissant
à la barbarie des vaincus ... Ne
lui échapera- t- il point au moins quelques
plaintes ? Non sa douleur sera
muette , son amour pour Dieu sera maître
de sa bouche comme de son coeur :
Vous seul , dit- il , vous seul, mon Dieu ,
méritez d'être aimé , lorsque vous traitez si
rigoureusement ceux qui vous aiment... Il
fût dans les prisons de Memphis aussi
Roy que dans son Palais , plus conquerant
qu'à la tête de son Armée : Sapientia
descendit cum illo in foveam , et in
vinculis non dereliquit eum , donec afferret
illi Sceptrum regni .
Et de quelle multitude de benedictions
Dieu n'a- t-il pas continué de recompenser
la fidelité de S.Louis ? Quelle longue
suite
OCTOBRE. 1733. 221F
suite de Rois le reconnoissent pour Peret
Sa postérité regne dans les deux Mondes.
France , rendez graces à la patience de
S. Louis ; vous lui devez , Charles le Sage
, les miraculeuses victoires de Charles
VII . Louis , le Pere du Peuple , François
I. restaurateur des Sciences , la clémence
d'Henri le Grand , Louis le Juste,
* dompteur de l'Hérésie. Vous lui devez ,
LOUIS LE GRAND , qui a réuni toutès
leurs vertus avec la patience héroïque ·
de S. Louis , vous lui devez le Regne de
S. Lours qui se renouvelle.
Il faudroit tout copier ; plutôt qu'extraire
, si on vouloit ne rien omettre dans
un Discours si rempli de beautez et de
grandes véritez. Disons en finissant, que
l'Auteur du Panégyrique , dont nous rendons
compte , a solidement démontré
dans un Ouvrage , digne de passer à la
Postérité , ce qu'un * Historien n'a , pour
ainsi dire, fait qu'ébaucher ,lorsqu'en parlant
de notre S. Roy , il a fait son Eloge
dans ce peu de paroles : Il a été tres grand
Roy , mais en Saint ; il a été tres--grand
Saint , mais en Roy.
Fermer
Résumé : Panégirique de S. Loüis, &c. [titre d'après la table]
Le 25 août 1733, le Père Tournemine a prononcé un panégyrique de Saint Louis à l'Académie Française, s'inspirant des paroles de Saint Paul dans l'Épître aux Galates. Ce discours met en avant Saint Louis comme un roi dont les prospérités n'ont pas corrompu et les adversités n'ont pas abattu. Deux traits distinctifs de Saint Louis sont soulignés : sa sagesse divine et sa fermeté héroïque face aux épreuves. Le panégyrique est structuré en deux parties. La première partie décrit le monde profane que Saint Louis a su vaincre, le présentant comme le meilleur des rois en raison de son soutien aux sciences et à l'éducation. Saint Louis est loué pour avoir rassemblé des érudits et des savants dans son palais, favorisant ainsi le développement intellectuel et spirituel de son peuple. La seconde partie relate les tribulations de Saint Louis, soulignant que ses épreuves étaient nécessaires pour son intérêt et celui de Dieu. Le discours se termine par une série de bénédictions et de reconnaissances de la postérité de Saint Louis, soulignant son héritage durable et son influence sur les rois suivants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
68
p. 1391-1400
TOME XVIII. de la Bibliotheque Germanique.
Début :
Dans l'article IV. on trouve un Extrait du XIV. volume de la Bibliothéque [...]
Mots clefs :
Histoire, Peuples, Livre, Temps, Histoire des Allemands, Guerres, Traduction allemande, Goths, Allemagne, Empire, Expéditions, Remarques, Héros, Latin, Nouvelles littéraires
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texteReconnaissance textuelle : TOME XVIII. de la Bibliotheque Germanique.
TO ME XVIII. de la Bibliotheque
German: que.
Dans l'article IV . on trouve un Extrait
du XIV. volume de la Bibliothéque
Grecque de M. , Fabricius , dont nous
avons parlé dans le Mercure en differentes
occasions. Ce nouveau volume cst
imprimé à Hambourg chez la veuve
Felginer en 1728. et contient 740 pages
in 4. Le Journaliste Allemand nous.
apprend que c'est ici le dernier volume.
de ce grand Ouvrage , ajoutant qu'il et
présentement complet , et que c'est le
II. Vol. fruic
1392 MERCURE DE FRANCE
fruit d'un travail de 25 années ; travail
immense et qui cependant n'a pas empê
ché M. Fabricius de donner au Public
dans cet intervalle de tems , plusieurs
Ouvrages très- considerables .
La principale piéce de ce dernier volume
est un Indice general sur les XIV.
volumes précédens . On doit en partie
cette Table , si nécessaire à cause de la
varieté et de l'abondance des matieres ,
à Jean Chrêtien Vuolff , Professeur de
Physique et de Poësie à Hambourg ; sur
quoi M. Fabricius lui témoigne sa reconnoissance.
L'Article VII. contient l'Extrait d'une
Histoire des Allemands écrite en Alle
mand jusqu'au commencement de la
Monarchie Françoise par le DocteurJean.
Jacques Mascou 1. vol . in 4. à Leipsic
chez Jacques Chuster 1726. PP. 508.
sans les Préfaces et les Tables . Le dessein
de l'Auteur est de nous donner l'Histoire
des Anciens Allemands jusqu'à l'extinc
tion de la posterité de Charlemagne; mais
il ne va dans ce volume que jusqu'à
Clovis exclusivement .
Il importe à ceux qui veulent s'instruire
à fond des Coutumes et du Droit
d'Allemagne d'aller en chercher la source
dans les tems les plus reculés . Tout ce
II Vol.
qui
JUIN. 1734 1393
qui contribue à rendre ces siécles moins
impénétrables et à en mettre l'Histoire
dans un plus grand jour mérite donc
l'attention et la reconnoissance du Public.
On y trouve l'origine de diverses Nations
Germaniques ou voisin esde l'Allemagne,
qui ont d'abord désolé et puis conquis
les plus considérables Parties de l'Empire
Romain ; le récit de leurs Expéditions ,
des Remarques sur les principaux Chefs
et sur les bonnes ou mauvaises qualitcz
de ces Héros : Tout cela est exécuté
comme il doit l'être dans une bonne
Histoire ; l'Auteur du Journal remarque
qu'il eut été à souhaiter que M. Mascou
eut écrit son Histoire en Latin en faveur
des Etrangers , d'autant plus qu'il a écrit
d'autres Ouvrages en cette Langue avec
succès .
Le premier Livre contient l'Histoire
'des Allemands jusqu'à la fin de la Guerre
Cimbrique ; on y trouve entre beaucoup
d'autres choses remarquables , le récit des
Victoires que les Cimbres et les Teutons
ont remporté sur les Romains et de leur
défaite par Marius. Depuis les Cimbres
jusqu'à Cesar les Peuples d'Allemagne
sont peu connus dans l'Histoire : Cesar
- nous a laissé des Memoires des Guerres
qu'il a cues avec eux , et quoique de son
II. Vol
tems
1394 MERCURE DE FRANCE
tems on doutât de la fidelité de ces Mémoires
, M. de Mascou n'a pû faire autrement
que de le prendre pour guide en lc
redressant , lorsque l'occasion s'en présente.
Il suit donc Cesar dans ses Expéditions
en Germanie , et il donne ensuite
une idée des moeurs des anciens Germains
prise de Cesar et de Tacite , il compare
ensuite la Mythologie de ces Peuples avec
celle des Grecs , à l'avantage de celle des
premiers. C'est ce qui contient le second
Livre.
Le troisiéme continue l'Histoire des
Allemands jusqu'à la défaite de Varus ,
c'est-à-dire les diverses Expéditions des
Romains sur les Sigambres, les Semnons ,
les Hermundures , les Marcomans , et
autres Peuples de ces pays là , jusqu'à
l'affreuse déroute de Quintilius Varus ,
dont l'avarice et les chicanes avoient
mis les Peuples Germains au désespoir.
Le quatriéme Livre contient les exploits
d'Arminius en faveur de sa Patrie
et de ceux deGermanicus en faveur desRomains
un court parallele entre ces deux
jeunes Héros; le récit des diverses Guerres
des Allemands contre les Successeurs de
Tibere , et un détail du soulevement des⚫
Bataves sous la conduite de Civilis : le.
Livre finit par la Paix des Romains avec
1 I. Vol.
les
JUIN.
1734. 1395
Ies Bataves , quoiqu'on ignore en quoi.
précisement elle consista .
›
Le cinquiéme raporte les Victoires
vrayes ou prétendues de Domitien sur
plusieurs Peuples Germaniques , celles de
Nerva sur les Marcomans , celle de Trajan
et de Marc- Aurele . On y remarque
le tems auquel l'Histoire nomme pour
la premiere fois des Peuples fameux , les
Allemands , les Goths , les Francs et les
Scythes , du nombre desquels étoient les
Goths. On trouve dans le même Livre
les Victoires de Probus sur les Allemands
proprement dits , sur les Sarmates et sur .
les Goths.
Le sixième Livre s'étend jusqu'à la fin
des Guerres des Francs et des Allemands.
sous Julien ; il met sous les yeux les noms
d'autres Peuples fameux , des Thurin
giens , des Saxons , des Bourguignons
des Vandales : ces derniers étoient déja
connus auparavant ; on y trouve encore
les Guerres des Peuples Germains entre
eux , les succès de Diocletien et de Maximien
, de Galere , de Constance et de
Constantin sur ces Peuples , leur défaite
près de Strasbourg par Julien
soumission sous cet Empereur.
و
et leur
Le septième comprend les differentes
Revolutions qui arrivérent dans l'Occi
II. Vol dent
1396 MERCURE DE FRANCE
dent occasionnées par les Alains , les Quades
, les Bourguignons , les Saxons &c .
jusqu'à la grande migration des Peuples
dans l'Empire d'Occident.
La Fondation des Etats des Goths , des
Sueves , des Bourguignons dans les Provinces
de l'Empire font le sujet du
huitiéme Livre. Mais ce qu'on y trouve
de plus remarquable , c'est le récit des
Guerres réïterées des Goths en Italie sous
la conduite d'Alaric ; on y voit les traitez
et les ruptures qui se succedérent à diver
ses reprises entre lesGoths et les Romains,
et un détail très circonstancié de la prise
de Rome par Alaric ; le mariage de Placidie
, Soeur d'Honorius avec Ataulphe ,
Successeur d'Alaric ; et enfin l'Histoire
de l'établissement des Alains , des Sueves,
des Vandales et des Goths en Espagne
et de celui des Bourguignons dans les
Gaules aux environs du Rhin : l'Auteur
dit aussi quelque chose des Francs et des
Loix Saliques .
La plus grande partie du neuvième
Livre est employée à la narration des
conquêtes desVandales en Espagne et en
Affrique , et à celle des Guerres des Huns
et de leurs ravages dans l'Occident sous
la conduite d'Attila dont M. Mascou fait
le portrait et dépeint le caractére , mais
II. Vol. avec
JUIN. 1734. 1397
avec des traits qui présentent l'idée d'un
Héros plutôt que d'un Barbare , et qui
réforment celle qu'on a eûe autrefois , et
que plusieurs se forment encore d'Attila.
Le dixiéme Livre qui finit ce volume
va jusqu'au commencement du Gouvernement
de Clovis. On y voit les Vandales
succeder aux Huns dans l'Italie : le
pillage de Rome par Genseric Roy Vandale
et Arien , avec des remarques sur
la modération de ces Peuples , sur leur
chasteté , sur leur severité et leur exactitude
à faire observer les Loix , et sur la
douceur de leur domination et de leur
Gouvernement, devenu agréable aux Romains
mêmes. L'Auteur finit ce volume
par des Réflexions sur les causes de cette
grande Révolution et sur les changemens
qu'elle apporta à la situation de l'Europe.
Extrait des Nouvelles Litteraires
du XVIII Tome.
De Petersbourg. On verra bientôt l'Histoire
Metallique d'Edesse , par M. Bayer
qui s'imprimé en cette Ville. Des Medailles
raportées d'Orient par M. Buxbaum
lui ont été d'un grand secours. Il fournira
une suite Chronologique des Rois
d'Edesse qui , à ce qu'on assure , sera
complette,
D'Upsale. II. Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
D'Upsale. Il parut en certe Ville l'année
passée ( 1728. ) deux Dissertations
Académiques de feu M. le Docteur
Wallin , sur l'Art d'écrire avec du feu . De
Arte Trithemiana scribendi per ignem , et
une autre de M. Fabien Toerner, Profes
seur en Eloquence sur l'origine et la Religion
des Finlandiens.
De Varsovie , M. Bachstrohm , qui est
arrivé depuis peu de Constantinople en
cette Ville , y doit retourner dans quelque
tems avec toute sa famille , pour être
employé à la Traduction de la Bible en
Langue Turque.
D'Ausbourg. On a réimprimé ici une
Traduction Latine du Dictionnaire de la
Bible de Dom Augustin Calmet , par le
R. P. Dom Jean- Dominique Mansi. Cette
Traduction avoit paru à Luques il y a
quelques années sans figures. Les Librai
res ont jugé à propos d'en metire quelques-
unes à cette nouvelle Edition. Le
P. Mansi a corrigé quelques fautes de
Dom Calmet Au reste le supplement n'est
point encore traduit en Latin . On dit
qu'il doit paroître une Traduction Allemande
du même Dictionnaire avec tou
tes les figures .
De Nuremberg. On débite ici les Ou
vrages du fameux Gerard de Lairesse , sur
II. Vol. - le
JUIN. 1734 1399
le Dessein et sur la Peinture , traduit du
Hollandois en Allemand.
D'Altorf. M. le Professeur Schultz ;
qui publia l'année passée ( 1728. ) l'Histoire
de la Médecine en Latin , fait esperer
une nouvelle Edition Grecque de Plutarque
, et une Traduction Allemande
du même Auteur , toutes deux avec des
Remarques.
De Leipsic. M. Paul- Daniel Longolius
a soutenu publiquement et a fait imprimer
une Dissertation Académique , dans
laquelle il prétend prouver que chez une
grande partie des nations , auxquelles on
reproche d'avoir sacrifié des victimes humaines
, on choisissoit pour victimes au
nioins la plupart du tems , non des personnes
innocentes , mais des criminels
condamnez à mort pour leurs crimes .
Walther fait imprimer une Traduction
Allemande de l'excellent Ouvrage de
M. Niewentyt , intitulé : le bon usage de
la contemplation du Monde ou l'existence
de Dieu, démontrée par les merveilles de la
nature.
De Halle. M. Gasser a publié une Dissettation
Académique . De Inquisitione
contrà surdum et mutum naturâ : et une Introduction
à la connoissance des affaires
d'oeconomies , de Polices et de Domaines.
I I. Vol; De
1400 MERCURE DE FRANCE
De Lubeck . M. Martini , arrivé en cette
Ville depuis quelque tems de Petersbourg
, où il étoit Membre de l'Acadé
mie , vient de faire imprimer une petite
brochure Latine sur le célebre Enfant de
Lubeck . Chrêtien Henri Heinecken , dans
laquelle il tâche de rendre des raisons
naturelles de l'extraordinaire capacité de
cet Enfant.
Moins de partialité et plus d'exactitude
dans les Auteurs de la Bibliothéque
Germanique donneroient du relief à cet
Ouvrage. On y trouve une critique presque
continuelle de la Religion Catholique
, capable d'indigner non seulement
ceux qui ne pensent pas comme ces Auteurs
, mais toutes les personnes sensées .
C'est d'ailleurs abuser de la qualité de
Journalisre et entendre mal ses propres
intêrets. A cela près , les Auteurs de ce
Journal y font paroître de l'esprit et de
l'érudition ..
German: que.
Dans l'article IV . on trouve un Extrait
du XIV. volume de la Bibliothéque
Grecque de M. , Fabricius , dont nous
avons parlé dans le Mercure en differentes
occasions. Ce nouveau volume cst
imprimé à Hambourg chez la veuve
Felginer en 1728. et contient 740 pages
in 4. Le Journaliste Allemand nous.
apprend que c'est ici le dernier volume.
de ce grand Ouvrage , ajoutant qu'il et
présentement complet , et que c'est le
II. Vol. fruic
1392 MERCURE DE FRANCE
fruit d'un travail de 25 années ; travail
immense et qui cependant n'a pas empê
ché M. Fabricius de donner au Public
dans cet intervalle de tems , plusieurs
Ouvrages très- considerables .
La principale piéce de ce dernier volume
est un Indice general sur les XIV.
volumes précédens . On doit en partie
cette Table , si nécessaire à cause de la
varieté et de l'abondance des matieres ,
à Jean Chrêtien Vuolff , Professeur de
Physique et de Poësie à Hambourg ; sur
quoi M. Fabricius lui témoigne sa reconnoissance.
L'Article VII. contient l'Extrait d'une
Histoire des Allemands écrite en Alle
mand jusqu'au commencement de la
Monarchie Françoise par le DocteurJean.
Jacques Mascou 1. vol . in 4. à Leipsic
chez Jacques Chuster 1726. PP. 508.
sans les Préfaces et les Tables . Le dessein
de l'Auteur est de nous donner l'Histoire
des Anciens Allemands jusqu'à l'extinc
tion de la posterité de Charlemagne; mais
il ne va dans ce volume que jusqu'à
Clovis exclusivement .
Il importe à ceux qui veulent s'instruire
à fond des Coutumes et du Droit
d'Allemagne d'aller en chercher la source
dans les tems les plus reculés . Tout ce
II Vol.
qui
JUIN. 1734 1393
qui contribue à rendre ces siécles moins
impénétrables et à en mettre l'Histoire
dans un plus grand jour mérite donc
l'attention et la reconnoissance du Public.
On y trouve l'origine de diverses Nations
Germaniques ou voisin esde l'Allemagne,
qui ont d'abord désolé et puis conquis
les plus considérables Parties de l'Empire
Romain ; le récit de leurs Expéditions ,
des Remarques sur les principaux Chefs
et sur les bonnes ou mauvaises qualitcz
de ces Héros : Tout cela est exécuté
comme il doit l'être dans une bonne
Histoire ; l'Auteur du Journal remarque
qu'il eut été à souhaiter que M. Mascou
eut écrit son Histoire en Latin en faveur
des Etrangers , d'autant plus qu'il a écrit
d'autres Ouvrages en cette Langue avec
succès .
Le premier Livre contient l'Histoire
'des Allemands jusqu'à la fin de la Guerre
Cimbrique ; on y trouve entre beaucoup
d'autres choses remarquables , le récit des
Victoires que les Cimbres et les Teutons
ont remporté sur les Romains et de leur
défaite par Marius. Depuis les Cimbres
jusqu'à Cesar les Peuples d'Allemagne
sont peu connus dans l'Histoire : Cesar
- nous a laissé des Memoires des Guerres
qu'il a cues avec eux , et quoique de son
II. Vol
tems
1394 MERCURE DE FRANCE
tems on doutât de la fidelité de ces Mémoires
, M. de Mascou n'a pû faire autrement
que de le prendre pour guide en lc
redressant , lorsque l'occasion s'en présente.
Il suit donc Cesar dans ses Expéditions
en Germanie , et il donne ensuite
une idée des moeurs des anciens Germains
prise de Cesar et de Tacite , il compare
ensuite la Mythologie de ces Peuples avec
celle des Grecs , à l'avantage de celle des
premiers. C'est ce qui contient le second
Livre.
Le troisiéme continue l'Histoire des
Allemands jusqu'à la défaite de Varus ,
c'est-à-dire les diverses Expéditions des
Romains sur les Sigambres, les Semnons ,
les Hermundures , les Marcomans , et
autres Peuples de ces pays là , jusqu'à
l'affreuse déroute de Quintilius Varus ,
dont l'avarice et les chicanes avoient
mis les Peuples Germains au désespoir.
Le quatriéme Livre contient les exploits
d'Arminius en faveur de sa Patrie
et de ceux deGermanicus en faveur desRomains
un court parallele entre ces deux
jeunes Héros; le récit des diverses Guerres
des Allemands contre les Successeurs de
Tibere , et un détail du soulevement des⚫
Bataves sous la conduite de Civilis : le.
Livre finit par la Paix des Romains avec
1 I. Vol.
les
JUIN.
1734. 1395
Ies Bataves , quoiqu'on ignore en quoi.
précisement elle consista .
›
Le cinquiéme raporte les Victoires
vrayes ou prétendues de Domitien sur
plusieurs Peuples Germaniques , celles de
Nerva sur les Marcomans , celle de Trajan
et de Marc- Aurele . On y remarque
le tems auquel l'Histoire nomme pour
la premiere fois des Peuples fameux , les
Allemands , les Goths , les Francs et les
Scythes , du nombre desquels étoient les
Goths. On trouve dans le même Livre
les Victoires de Probus sur les Allemands
proprement dits , sur les Sarmates et sur .
les Goths.
Le sixième Livre s'étend jusqu'à la fin
des Guerres des Francs et des Allemands.
sous Julien ; il met sous les yeux les noms
d'autres Peuples fameux , des Thurin
giens , des Saxons , des Bourguignons
des Vandales : ces derniers étoient déja
connus auparavant ; on y trouve encore
les Guerres des Peuples Germains entre
eux , les succès de Diocletien et de Maximien
, de Galere , de Constance et de
Constantin sur ces Peuples , leur défaite
près de Strasbourg par Julien
soumission sous cet Empereur.
و
et leur
Le septième comprend les differentes
Revolutions qui arrivérent dans l'Occi
II. Vol dent
1396 MERCURE DE FRANCE
dent occasionnées par les Alains , les Quades
, les Bourguignons , les Saxons &c .
jusqu'à la grande migration des Peuples
dans l'Empire d'Occident.
La Fondation des Etats des Goths , des
Sueves , des Bourguignons dans les Provinces
de l'Empire font le sujet du
huitiéme Livre. Mais ce qu'on y trouve
de plus remarquable , c'est le récit des
Guerres réïterées des Goths en Italie sous
la conduite d'Alaric ; on y voit les traitez
et les ruptures qui se succedérent à diver
ses reprises entre lesGoths et les Romains,
et un détail très circonstancié de la prise
de Rome par Alaric ; le mariage de Placidie
, Soeur d'Honorius avec Ataulphe ,
Successeur d'Alaric ; et enfin l'Histoire
de l'établissement des Alains , des Sueves,
des Vandales et des Goths en Espagne
et de celui des Bourguignons dans les
Gaules aux environs du Rhin : l'Auteur
dit aussi quelque chose des Francs et des
Loix Saliques .
La plus grande partie du neuvième
Livre est employée à la narration des
conquêtes desVandales en Espagne et en
Affrique , et à celle des Guerres des Huns
et de leurs ravages dans l'Occident sous
la conduite d'Attila dont M. Mascou fait
le portrait et dépeint le caractére , mais
II. Vol. avec
JUIN. 1734. 1397
avec des traits qui présentent l'idée d'un
Héros plutôt que d'un Barbare , et qui
réforment celle qu'on a eûe autrefois , et
que plusieurs se forment encore d'Attila.
Le dixiéme Livre qui finit ce volume
va jusqu'au commencement du Gouvernement
de Clovis. On y voit les Vandales
succeder aux Huns dans l'Italie : le
pillage de Rome par Genseric Roy Vandale
et Arien , avec des remarques sur
la modération de ces Peuples , sur leur
chasteté , sur leur severité et leur exactitude
à faire observer les Loix , et sur la
douceur de leur domination et de leur
Gouvernement, devenu agréable aux Romains
mêmes. L'Auteur finit ce volume
par des Réflexions sur les causes de cette
grande Révolution et sur les changemens
qu'elle apporta à la situation de l'Europe.
Extrait des Nouvelles Litteraires
du XVIII Tome.
De Petersbourg. On verra bientôt l'Histoire
Metallique d'Edesse , par M. Bayer
qui s'imprimé en cette Ville. Des Medailles
raportées d'Orient par M. Buxbaum
lui ont été d'un grand secours. Il fournira
une suite Chronologique des Rois
d'Edesse qui , à ce qu'on assure , sera
complette,
D'Upsale. II. Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
D'Upsale. Il parut en certe Ville l'année
passée ( 1728. ) deux Dissertations
Académiques de feu M. le Docteur
Wallin , sur l'Art d'écrire avec du feu . De
Arte Trithemiana scribendi per ignem , et
une autre de M. Fabien Toerner, Profes
seur en Eloquence sur l'origine et la Religion
des Finlandiens.
De Varsovie , M. Bachstrohm , qui est
arrivé depuis peu de Constantinople en
cette Ville , y doit retourner dans quelque
tems avec toute sa famille , pour être
employé à la Traduction de la Bible en
Langue Turque.
D'Ausbourg. On a réimprimé ici une
Traduction Latine du Dictionnaire de la
Bible de Dom Augustin Calmet , par le
R. P. Dom Jean- Dominique Mansi. Cette
Traduction avoit paru à Luques il y a
quelques années sans figures. Les Librai
res ont jugé à propos d'en metire quelques-
unes à cette nouvelle Edition. Le
P. Mansi a corrigé quelques fautes de
Dom Calmet Au reste le supplement n'est
point encore traduit en Latin . On dit
qu'il doit paroître une Traduction Allemande
du même Dictionnaire avec tou
tes les figures .
De Nuremberg. On débite ici les Ou
vrages du fameux Gerard de Lairesse , sur
II. Vol. - le
JUIN. 1734 1399
le Dessein et sur la Peinture , traduit du
Hollandois en Allemand.
D'Altorf. M. le Professeur Schultz ;
qui publia l'année passée ( 1728. ) l'Histoire
de la Médecine en Latin , fait esperer
une nouvelle Edition Grecque de Plutarque
, et une Traduction Allemande
du même Auteur , toutes deux avec des
Remarques.
De Leipsic. M. Paul- Daniel Longolius
a soutenu publiquement et a fait imprimer
une Dissertation Académique , dans
laquelle il prétend prouver que chez une
grande partie des nations , auxquelles on
reproche d'avoir sacrifié des victimes humaines
, on choisissoit pour victimes au
nioins la plupart du tems , non des personnes
innocentes , mais des criminels
condamnez à mort pour leurs crimes .
Walther fait imprimer une Traduction
Allemande de l'excellent Ouvrage de
M. Niewentyt , intitulé : le bon usage de
la contemplation du Monde ou l'existence
de Dieu, démontrée par les merveilles de la
nature.
De Halle. M. Gasser a publié une Dissettation
Académique . De Inquisitione
contrà surdum et mutum naturâ : et une Introduction
à la connoissance des affaires
d'oeconomies , de Polices et de Domaines.
I I. Vol; De
1400 MERCURE DE FRANCE
De Lubeck . M. Martini , arrivé en cette
Ville depuis quelque tems de Petersbourg
, où il étoit Membre de l'Acadé
mie , vient de faire imprimer une petite
brochure Latine sur le célebre Enfant de
Lubeck . Chrêtien Henri Heinecken , dans
laquelle il tâche de rendre des raisons
naturelles de l'extraordinaire capacité de
cet Enfant.
Moins de partialité et plus d'exactitude
dans les Auteurs de la Bibliothéque
Germanique donneroient du relief à cet
Ouvrage. On y trouve une critique presque
continuelle de la Religion Catholique
, capable d'indigner non seulement
ceux qui ne pensent pas comme ces Auteurs
, mais toutes les personnes sensées .
C'est d'ailleurs abuser de la qualité de
Journalisre et entendre mal ses propres
intêrets. A cela près , les Auteurs de ce
Journal y font paroître de l'esprit et de
l'érudition ..
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Résumé : TOME XVIII. de la Bibliotheque Germanique.
Le texte présente plusieurs ouvrages et publications historiques. Le volume XIV de la Bibliothèque Grecque de Fabricius, imprimé à Hambourg en 1728, marque la conclusion d'un ouvrage complet après 25 années de travail. Ce volume, composé de 740 pages, inclut un indice général couvrant les quatorze volumes précédents, partiellement rédigé par Jean Chrêtien Wolff. L'article VII de ce volume extrait une histoire des Allemands écrite par Jean-Jacques Mascou, couvrant la période jusqu'à Clovis. Cette histoire détaille les coutumes et le droit allemand, ainsi que les expéditions et chefs germaniques. Mascou est regretté de n'avoir pas écrit en latin, ce qui aurait élargi son public. L'ouvrage est structuré en livres traitant des différentes périodes historiques, des guerres et migrations des peuples germaniques, jusqu'à la fin des guerres sous Julien. Le texte mentionne également diverses publications académiques et traductions en Europe, notamment à Saint-Pétersbourg, Uppsala, Varsovie, Augsbourg, Nuremberg, Altorf, Leipzig, Halle et Lübeck.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 62-69
NOUVEAU DIALOGUE DES MORTS. SOCRATE, ALEXANDRE LE GRAND.
Début :
ALEXANDRE. Oui, je sens toujours, Socrate, un [...]
Mots clefs :
Socrate, Alexandre le Grand, Spectacle, Shakespeare, Nature, Héros, Poète
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texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU DIALOGUE DES MORTS. SOCRATE, ALEXANDRE LE GRAND.
NOUVEAU DIALOGUE
DES MORT S.
SOCRATE , ALEXANDRE LE GRAND:
ALEXANDRE.
UI, je fens toujours , Socrate , un
nouveau plaifir à m'entretenir avec
vous ; mais que je ne vous contraigne
pas , je vous prie : vous étiez avec une
Ombre qui paroiffoit mériter toute votre
attention..
SOCRATE
C'eft , fans contredit , un Mort des plus:
diftingués ; mais je fçais le refpect que
je dois au fils du Roi de Macédoine : l'om
bre du Poëte tragique que je viens de
quitter , peut- elle entrer en comparaifon
avec celle d'un héros ? S'ils font les pieces
, n'eft- ce pas vous , Meffieurs , qui en
fourniffez les fujets ? Cet article feul décide
la préférence ; le modele doit paffer
avant le Peintre.
ALEXANDRE.
Socrate aime quelquefois à s'égayer
JANVIER. 1755.
mais je n'aurois pas imaginé que ce dût
être en faveur d'un Poëte qu'il fit rire à
mes dépens.
SOCRATE.
Pourquoi non , s'il vous plaît pouvons-
nous trop accueillir ces génies privilégiés
que le ciel accorde à la terre pour
lui procurer les plus nobles amuſemens ?
ALEXANDRE.
Vous avez donc un goût bien décidé
pour les Spectacles ?
SOCRAT B.
Je préfère encore ( vous le voyez ) ceuxqui
les donnent.
ALEXANDRE.
Un Philofophe du premier ordre , un
Sage dont la réputation s'eft étendue dans
tous les tems , & chez toutes les nations ,
s'amufe des jeux frivoles de la fcène , &
des vaines repréſentations des foibleffes ,
& des excès de l'humanité.
SOCRATE..
Voilà précisément ce qui fait que le
théâtre étoit mon école , & que j'affiftois
aux pieces de Sophocle & d'Euripide , mê64
MERCURE DE FRANCE.
me à celles d'Ariftophane , pour apprendre
à commencer par moi le cours de mes leçons.
C'est au théâtre que l'on puife la
théorie du coeur & de l'efprit humain ; le
commerce du monde n'en donne que la
pratique . Vous ne fçauriez imaginer , par
exemple , jufques à quel point je trouve
à profiter avec le célebre Shakespear , que
j'ai quitté pour vous fuivre , & combien ik
exerce & cultive le goût que j'ai pour la
Philofophie.
ALEXANDR E..
Je vous pardonnerois ces éloges pour les
Corneille , les Racine , les Crebillon , les Voltaire
, & leurs imitateurs ;; mais
kespear..
·S.O⋅CRATE..
pour Sha-
Quand vous feriez François , vous ne
parleriez pas autrement ; mais ils donnent
eux-mêmes de grands éloges au premier:
Tragique de l'Angleterre .
ALEXANDRE.
C'eft une fuite d'un certain goût que las
mode &.les faux airs ont , dit-on , accrédité
depuis quelque tems , & que j'ai oui
nommer l'Anglomanie..
JANVIER. 1795 .
SOCRATE.
La manie conſiſte à tout adopter , à tout
préférer , pourvû que ce foit de l'Anglois ;
mais non pas à combler de louanges ce
qui le mérite. La baffe jaloufie ne feroit
pas moins blâmable qu'une folle prévention
les grands talens appartiennent à
tous les pays , & les grands hommes fot
les citoyens du monde .
ALEXANDRE.
Vous louez exceffivement un Poëte plus
étonnant qu'admirable , plus fingulier que
fublime , & qui , par le bizarre affemblage
qu'il a fait des Rois & des foffoyeurs ,
des buveurs de bierre & des héros , a préfenté
des tableaux qu'il faut plûtôt confidérer
comme d'affreux grotefques , que
comme la peinture de la nature & de la
vérité.
SOCRAT E.
Il fe peut en effet qu'il ait vû dans ces
occafions la nature de trop près , & qu'il
l'ait peinte un peu trop fortement : mais
n'est- ce pas
la nature , après tout ?
ALEXANDRE,
Ce n'eft pas du moins celle qu'il faut
peindre.
66 MERCURE DE FRANCE.
SOCRATE.
Cela n'eft pas fans doute dans les régles
du théâtre ; mais celles de la véritable
grandeur font - elles mieux obfervécs
par les Héros que les Poëtes repréfentent ?
Et fi Shakespear a bleffé les principes d'Ariftote
, n'avez-vous jamais été contre les
maximes de Pythagore & de Platon.
ALEXANDRE.
Quel parallele nous faites- vous là
SOCRATE.
Il eſt plus raiſonnable que vous ne le
penfez . Vous autres grands Conquérans ,
vous ne voulez rien pardonner aux grands
Poëtes ; mais en relevant fi bien les irrégu
larités qui fe gliffent dans leurs ouvrages ,
n'avez-vous jamais apperçu celles qui fe
trouvent dans vos actions ? n'avez-vous
jamais fait d'écarts , pour exiger qu'ils en
foient exempts ? Et pour ne vous pas perdre
de vûe , Seigneur Alexandre , croyezvous
que la manie de paffer pour le fils
de Jupiter , le meurtre de Clytus , l'hiftoire
de Bucephale , & les excès du vin , figurent
mieux à côté du paffage du Granique , de
la conquête de l'Afie , & de vos nobles
procédés pour la famille de Darius , que,
JANVIER. 1755. 67
dans une Tragédie les forciers , les foffoyeurs
, & les mauvais propos de gens qui
fe font enyvrés
ALEXANDRE.
Les Peintres & les Poëtes font faits pour
peindre la nature , mais c'eft de la belle
qu'ils doivent faire choix , & non pas l'envifager
du côté méprifable & rebutant.
SOCRATE.
Eh ! ne devons- nous pas fuivre les mêmes
principes dans le choix des goûts :
des moeurs , des paffions même , puifqu'il
en faut nous ne craignons point d'errer
à nos propres yeux , parce qu'ils font indulgens
; nous redoutons ceux d'autrui ,,
parce qu'ils ne nous font point de grace.
ALEXANDRE.
Nous fommes en cela moins coupables
que malheureux , & par conféquent plus
plaindre qu'à blâmer .
SOCRATE.
Cela feroit vrai , fi nous ne tournions
pas contre les autres nos propres défauts,
On raconte qu'un homme extrêmement
laid , voulut un jour fe faire peindre par
Appelles Ce Peintre célebre vit le danger
68. MERCURE DE FRANCE.
de l'ouvrage , & s'en défendit long- teins.
L'homme infiftoit ; le Peintre fe rendit.
Celui qu'il avoit trop bien peint ne put
fe réfoudre à fe reconnoître ; il porta
mê- me l'injuftice
jufqu'à
parler
mal du talent
de l'artifte
. Regardez
- vous
, dit Ap- pelles
, en lui préfentant
un miroir
, & voyez fi j'ai pû vous peindre
en beau
: ce n'eſt
pas le pinceau
, ce font
vos traits
qu'il
faut changer
.
ALEXANDRE.
Un apologue n'eſt
pas une démonftra
tion.
SOCRATE.
C'eſt du moins une raifon de conclure
que vous devez excufer Shakespear d'a
voir mêlé le grotefque au fublime , & les
éclats de rire aux pleurs ; on voit fi fouvent
dans le monde la petiteffe à côté de
la grandeur , & les impertinences de l'hom
me auprès des volontés da Dieu.
ALEXANDRE.
Peindre en grand l'humanité , c'eft l'honorer
, c'est l'embellir encore ; la repréſenrer
defavantageufement , c'est l'avilir fans
la réformer.
JANVIER. 1755 . 6.9.
SOCRATE .
Je vous entends , Seigneur Alexandre ;
Vous voulez bien avoir des défauts , mais
vous trouvez mauvais que l'on en parle.
Vous ne reffemblez pas mal à ces Comédiens
enorgueillis des rôles fublimes qu'ils
repréfentent : ils font tout honteux qu'on
les rencontre en habit Bourgeois .
DES MORT S.
SOCRATE , ALEXANDRE LE GRAND:
ALEXANDRE.
UI, je fens toujours , Socrate , un
nouveau plaifir à m'entretenir avec
vous ; mais que je ne vous contraigne
pas , je vous prie : vous étiez avec une
Ombre qui paroiffoit mériter toute votre
attention..
SOCRATE
C'eft , fans contredit , un Mort des plus:
diftingués ; mais je fçais le refpect que
je dois au fils du Roi de Macédoine : l'om
bre du Poëte tragique que je viens de
quitter , peut- elle entrer en comparaifon
avec celle d'un héros ? S'ils font les pieces
, n'eft- ce pas vous , Meffieurs , qui en
fourniffez les fujets ? Cet article feul décide
la préférence ; le modele doit paffer
avant le Peintre.
ALEXANDRE.
Socrate aime quelquefois à s'égayer
JANVIER. 1755.
mais je n'aurois pas imaginé que ce dût
être en faveur d'un Poëte qu'il fit rire à
mes dépens.
SOCRATE.
Pourquoi non , s'il vous plaît pouvons-
nous trop accueillir ces génies privilégiés
que le ciel accorde à la terre pour
lui procurer les plus nobles amuſemens ?
ALEXANDRE.
Vous avez donc un goût bien décidé
pour les Spectacles ?
SOCRAT B.
Je préfère encore ( vous le voyez ) ceuxqui
les donnent.
ALEXANDRE.
Un Philofophe du premier ordre , un
Sage dont la réputation s'eft étendue dans
tous les tems , & chez toutes les nations ,
s'amufe des jeux frivoles de la fcène , &
des vaines repréſentations des foibleffes ,
& des excès de l'humanité.
SOCRATE..
Voilà précisément ce qui fait que le
théâtre étoit mon école , & que j'affiftois
aux pieces de Sophocle & d'Euripide , mê64
MERCURE DE FRANCE.
me à celles d'Ariftophane , pour apprendre
à commencer par moi le cours de mes leçons.
C'est au théâtre que l'on puife la
théorie du coeur & de l'efprit humain ; le
commerce du monde n'en donne que la
pratique . Vous ne fçauriez imaginer , par
exemple , jufques à quel point je trouve
à profiter avec le célebre Shakespear , que
j'ai quitté pour vous fuivre , & combien ik
exerce & cultive le goût que j'ai pour la
Philofophie.
ALEXANDR E..
Je vous pardonnerois ces éloges pour les
Corneille , les Racine , les Crebillon , les Voltaire
, & leurs imitateurs ;; mais
kespear..
·S.O⋅CRATE..
pour Sha-
Quand vous feriez François , vous ne
parleriez pas autrement ; mais ils donnent
eux-mêmes de grands éloges au premier:
Tragique de l'Angleterre .
ALEXANDRE.
C'eft une fuite d'un certain goût que las
mode &.les faux airs ont , dit-on , accrédité
depuis quelque tems , & que j'ai oui
nommer l'Anglomanie..
JANVIER. 1795 .
SOCRATE.
La manie conſiſte à tout adopter , à tout
préférer , pourvû que ce foit de l'Anglois ;
mais non pas à combler de louanges ce
qui le mérite. La baffe jaloufie ne feroit
pas moins blâmable qu'une folle prévention
les grands talens appartiennent à
tous les pays , & les grands hommes fot
les citoyens du monde .
ALEXANDRE.
Vous louez exceffivement un Poëte plus
étonnant qu'admirable , plus fingulier que
fublime , & qui , par le bizarre affemblage
qu'il a fait des Rois & des foffoyeurs ,
des buveurs de bierre & des héros , a préfenté
des tableaux qu'il faut plûtôt confidérer
comme d'affreux grotefques , que
comme la peinture de la nature & de la
vérité.
SOCRAT E.
Il fe peut en effet qu'il ait vû dans ces
occafions la nature de trop près , & qu'il
l'ait peinte un peu trop fortement : mais
n'est- ce pas
la nature , après tout ?
ALEXANDRE,
Ce n'eft pas du moins celle qu'il faut
peindre.
66 MERCURE DE FRANCE.
SOCRATE.
Cela n'eft pas fans doute dans les régles
du théâtre ; mais celles de la véritable
grandeur font - elles mieux obfervécs
par les Héros que les Poëtes repréfentent ?
Et fi Shakespear a bleffé les principes d'Ariftote
, n'avez-vous jamais été contre les
maximes de Pythagore & de Platon.
ALEXANDRE.
Quel parallele nous faites- vous là
SOCRATE.
Il eſt plus raiſonnable que vous ne le
penfez . Vous autres grands Conquérans ,
vous ne voulez rien pardonner aux grands
Poëtes ; mais en relevant fi bien les irrégu
larités qui fe gliffent dans leurs ouvrages ,
n'avez-vous jamais apperçu celles qui fe
trouvent dans vos actions ? n'avez-vous
jamais fait d'écarts , pour exiger qu'ils en
foient exempts ? Et pour ne vous pas perdre
de vûe , Seigneur Alexandre , croyezvous
que la manie de paffer pour le fils
de Jupiter , le meurtre de Clytus , l'hiftoire
de Bucephale , & les excès du vin , figurent
mieux à côté du paffage du Granique , de
la conquête de l'Afie , & de vos nobles
procédés pour la famille de Darius , que,
JANVIER. 1755. 67
dans une Tragédie les forciers , les foffoyeurs
, & les mauvais propos de gens qui
fe font enyvrés
ALEXANDRE.
Les Peintres & les Poëtes font faits pour
peindre la nature , mais c'eft de la belle
qu'ils doivent faire choix , & non pas l'envifager
du côté méprifable & rebutant.
SOCRATE.
Eh ! ne devons- nous pas fuivre les mêmes
principes dans le choix des goûts :
des moeurs , des paffions même , puifqu'il
en faut nous ne craignons point d'errer
à nos propres yeux , parce qu'ils font indulgens
; nous redoutons ceux d'autrui ,,
parce qu'ils ne nous font point de grace.
ALEXANDRE.
Nous fommes en cela moins coupables
que malheureux , & par conféquent plus
plaindre qu'à blâmer .
SOCRATE.
Cela feroit vrai , fi nous ne tournions
pas contre les autres nos propres défauts,
On raconte qu'un homme extrêmement
laid , voulut un jour fe faire peindre par
Appelles Ce Peintre célebre vit le danger
68. MERCURE DE FRANCE.
de l'ouvrage , & s'en défendit long- teins.
L'homme infiftoit ; le Peintre fe rendit.
Celui qu'il avoit trop bien peint ne put
fe réfoudre à fe reconnoître ; il porta
mê- me l'injuftice
jufqu'à
parler
mal du talent
de l'artifte
. Regardez
- vous
, dit Ap- pelles
, en lui préfentant
un miroir
, & voyez fi j'ai pû vous peindre
en beau
: ce n'eſt
pas le pinceau
, ce font
vos traits
qu'il
faut changer
.
ALEXANDRE.
Un apologue n'eſt
pas une démonftra
tion.
SOCRATE.
C'eſt du moins une raifon de conclure
que vous devez excufer Shakespear d'a
voir mêlé le grotefque au fublime , & les
éclats de rire aux pleurs ; on voit fi fouvent
dans le monde la petiteffe à côté de
la grandeur , & les impertinences de l'hom
me auprès des volontés da Dieu.
ALEXANDRE.
Peindre en grand l'humanité , c'eft l'honorer
, c'est l'embellir encore ; la repréſenrer
defavantageufement , c'est l'avilir fans
la réformer.
JANVIER. 1755 . 6.9.
SOCRATE .
Je vous entends , Seigneur Alexandre ;
Vous voulez bien avoir des défauts , mais
vous trouvez mauvais que l'on en parle.
Vous ne reffemblez pas mal à ces Comédiens
enorgueillis des rôles fublimes qu'ils
repréfentent : ils font tout honteux qu'on
les rencontre en habit Bourgeois .
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Résumé : NOUVEAU DIALOGUE DES MORTS. SOCRATE, ALEXANDRE LE GRAND.
Le texte relate un dialogue imaginaire entre Socrate et Alexandre le Grand. Alexandre exprime son plaisir de rencontrer Socrate, mais ce dernier est occupé avec l'ombre d'un poète tragique. Socrate reconnaît la distinction d'Alexandre et affirme que les poètes fournissent les sujets que les héros incarnent. Alexandre est surpris par l'intérêt de Socrate pour le théâtre et les poètes. Socrate explique que le théâtre est son école et qu'il y puise des leçons sur la nature humaine, citant des dramaturges comme Sophocle, Euripide, Aristophane et Shakespeare. Alexandre critique Shakespeare, le qualifiant de singulier plutôt que sublime, et parle de l'anglomanie. Socrate défend Shakespeare en soulignant que les grands talents appartiennent à tous les pays. Alexandre reproche à Shakespeare de mélanger le grotesque et le sublime, mais Socrate argue que cela reflète la nature humaine. Alexandre insiste sur le fait que les peintres et les poètes doivent choisir la belle nature, tandis que Socrate compare cela au choix des goûts et des passions. Alexandre conclut en disant que représenter l'humanité de manière défavorable l'avilit sans la réformer. Socrate comprend qu'Alexandre préfère ne pas voir ses défauts exposés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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70
p. 74-77
ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
Début :
Quel Dieu, de mon réduit, troublant l'heureux silence, [...]
Mots clefs :
Statue, Louis XV, Héros, Coeur, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
ODE
A M. LE DUC D'AIGUILLON ,
Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis
XV, dans une des places de Rennes.
Q
Uel Dieu , de mon réduit , troublant Pheureux
filence ,
Au paifible fommeil d'une chere indolence ,
Par un magique effort, vient arracher mes fens! ...
N'en doutons point , du Dieu ( de la docte manie }
C'eſt le rédoutable génie :
Puis-je le méconnoître aux tranſports que je fens
Mais loin des bords pompeux de la Seine orgueilleuſe
,
Dans quelles régions fon aîle perilleuſe ,
Entraîne malgré moi mon efprit allarmé ? ...
Que vois-je ? ... ô tendre erreur ! dans ma douce
patrie ,
Au gré de mon ame attendrie ,
Soudain je me revois , moins furpris que charmé.
O théatre chéri des jeux de mon enfance !
Quel Dieu femble fur toi déployer fa puiſſance ?
O fpectacle enchanteur dont tu frappes mes yeux !
FEVRIER.
75 1755.
Quels feux ! quels doux feftins ! quels concerts
d'allégreffe t
Bacchus , la joie & la tendreffe
Te rempliffent au loin d'un trouble précieux .
Arrête , ô peuple heureux ! que la gaité tranfporte
,
Et dont la foule aimable & m'entraîne & m'emporte
;
Apprens-moi ton bonheur , dont mon coeur fait le
fien.
Mais quel beau monument s'éleve en ton enceinte
?
J'y reconnois l'image empreinte
D'un heros pacifique & d'un Roi citoyen.
C'eft donc ce monument & d'amour & de zele ,
Que confacre à ton Roi ta franchiſe fidele ,
Qui fait naitre en ton fein l'ivreffe & les tranfports
:
Si ce bronze muet , où manque fa grandeame ,
D'une fi vive ardeur t'enflamme ,
Que feroit la préſence embelliffant tes bords
Vous , à qui les talens , la vertu généreuſe ,
Plutôt que la faveur volage & dangereuſe
Ont mis entre les mains la pleine autorité ,
Et qui ne l'exercez au fein de ma province
Que pour y faire aimer un Prince
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Dont elle adore en vous l'héroïque bonté :
Apprenez , d'Aiguillon , à ce Monarque fage
Quels furent , à l'afpect de fon augufte image ,
De nos coeurs enflaminés & l'ivreffe & les voeux.
O! que d'un tel amour la peinture fidele ,
Dans une ame fenfible & belle ,
Doit enfanter foudain de tranfports généreux
Mais cette aimable fête eft à peine paſſée ,
Et déja fecondant votre ardeur empreſſée ,
Louis verfe fur nous fes dons multipliés ,
Alors même qu'il fçait que d'utiles fervices
Et d'honorables facrifices
D'un feul de fes regards feroient affez payés .
Quand , fur fon char de fang , Bellone échevelée ,
Parcourant en fureur l'Europe defolée ,
De fon fouffle homicide , eut embrafé les coeurs ;;
Partageant d'un heros les dangers & les peines ,
On vous a vû dérober Genes
Au barbare pouvoir de fes tyrans vainqueurs.
A préfent qu'un ciel pur rayonne fur nos têtes ,
Un foin pour nous plus cher que d'illuftres conquêtes
,
Remplit votre loifir fécond & glorieux ;
La guerre offroit en vous un heros formidable ,
La paix offre un heros aimable
Qui nous affujettit en nous rendant heureux,
FEVRIER. 1755 . 77
Non , ne nous croyez pas tels que nous peirt
l'envie ,
Qu'elle s'efforce en vain de noircir notre vie ; . . .
Conftamment , du devoir , nous écoutons la voix :
Chacun de nous en fait fa plus chere fcience ,
Et nous n'apprenons dans l'enfance
Qu'à refpecter les Dieux , & qu'à chérir nos Ro
Nos coeurs , quoiqu'un peu fiers , ne font pas inflexibles
,
La gloire & la vertu les trouverent ſenſibles ,
Et jamais on n'en vit plus jaloux de l'honneur.
Mais oùregne une vile & baffe flatterie ,
On doit traiter de barbarie
Une franchiſe mâle , une noble candeur.
D'une épouse , par vous juftement adorée ,
La modefte vertu par les Graces parées ,
Les talens , la douceur , le caractere heureux ,
Prouvent que parmi nous la nature difpenfe
Ses faveurs avec abondance ,
Et qu'il y naît des coeurs nobles & généreux.
A M. LE DUC D'AIGUILLON ,
Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis
XV, dans une des places de Rennes.
Q
Uel Dieu , de mon réduit , troublant Pheureux
filence ,
Au paifible fommeil d'une chere indolence ,
Par un magique effort, vient arracher mes fens! ...
N'en doutons point , du Dieu ( de la docte manie }
C'eſt le rédoutable génie :
Puis-je le méconnoître aux tranſports que je fens
Mais loin des bords pompeux de la Seine orgueilleuſe
,
Dans quelles régions fon aîle perilleuſe ,
Entraîne malgré moi mon efprit allarmé ? ...
Que vois-je ? ... ô tendre erreur ! dans ma douce
patrie ,
Au gré de mon ame attendrie ,
Soudain je me revois , moins furpris que charmé.
O théatre chéri des jeux de mon enfance !
Quel Dieu femble fur toi déployer fa puiſſance ?
O fpectacle enchanteur dont tu frappes mes yeux !
FEVRIER.
75 1755.
Quels feux ! quels doux feftins ! quels concerts
d'allégreffe t
Bacchus , la joie & la tendreffe
Te rempliffent au loin d'un trouble précieux .
Arrête , ô peuple heureux ! que la gaité tranfporte
,
Et dont la foule aimable & m'entraîne & m'emporte
;
Apprens-moi ton bonheur , dont mon coeur fait le
fien.
Mais quel beau monument s'éleve en ton enceinte
?
J'y reconnois l'image empreinte
D'un heros pacifique & d'un Roi citoyen.
C'eft donc ce monument & d'amour & de zele ,
Que confacre à ton Roi ta franchiſe fidele ,
Qui fait naitre en ton fein l'ivreffe & les tranfports
:
Si ce bronze muet , où manque fa grandeame ,
D'une fi vive ardeur t'enflamme ,
Que feroit la préſence embelliffant tes bords
Vous , à qui les talens , la vertu généreuſe ,
Plutôt que la faveur volage & dangereuſe
Ont mis entre les mains la pleine autorité ,
Et qui ne l'exercez au fein de ma province
Que pour y faire aimer un Prince
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Dont elle adore en vous l'héroïque bonté :
Apprenez , d'Aiguillon , à ce Monarque fage
Quels furent , à l'afpect de fon augufte image ,
De nos coeurs enflaminés & l'ivreffe & les voeux.
O! que d'un tel amour la peinture fidele ,
Dans une ame fenfible & belle ,
Doit enfanter foudain de tranfports généreux
Mais cette aimable fête eft à peine paſſée ,
Et déja fecondant votre ardeur empreſſée ,
Louis verfe fur nous fes dons multipliés ,
Alors même qu'il fçait que d'utiles fervices
Et d'honorables facrifices
D'un feul de fes regards feroient affez payés .
Quand , fur fon char de fang , Bellone échevelée ,
Parcourant en fureur l'Europe defolée ,
De fon fouffle homicide , eut embrafé les coeurs ;;
Partageant d'un heros les dangers & les peines ,
On vous a vû dérober Genes
Au barbare pouvoir de fes tyrans vainqueurs.
A préfent qu'un ciel pur rayonne fur nos têtes ,
Un foin pour nous plus cher que d'illuftres conquêtes
,
Remplit votre loifir fécond & glorieux ;
La guerre offroit en vous un heros formidable ,
La paix offre un heros aimable
Qui nous affujettit en nous rendant heureux,
FEVRIER. 1755 . 77
Non , ne nous croyez pas tels que nous peirt
l'envie ,
Qu'elle s'efforce en vain de noircir notre vie ; . . .
Conftamment , du devoir , nous écoutons la voix :
Chacun de nous en fait fa plus chere fcience ,
Et nous n'apprenons dans l'enfance
Qu'à refpecter les Dieux , & qu'à chérir nos Ro
Nos coeurs , quoiqu'un peu fiers , ne font pas inflexibles
,
La gloire & la vertu les trouverent ſenſibles ,
Et jamais on n'en vit plus jaloux de l'honneur.
Mais oùregne une vile & baffe flatterie ,
On doit traiter de barbarie
Une franchiſe mâle , une noble candeur.
D'une épouse , par vous juftement adorée ,
La modefte vertu par les Graces parées ,
Les talens , la douceur , le caractere heureux ,
Prouvent que parmi nous la nature difpenfe
Ses faveurs avec abondance ,
Et qu'il y naît des coeurs nobles & généreux.
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Résumé : ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
L'ode célèbre l'érection d'une statue de Louis XV sur une place de Rennes, dédiée à M. le Duc d'Aiguillon. Le poète exprime son admiration pour cette statue, symbole d'un roi pacifique et citoyen. Il décrit la joie et la fierté du peuple rennais face à ce monument. Le texte loue le duc d'Aiguillon pour ses talents et sa vertu, soulignant qu'il exerce son autorité pour faire aimer le prince. La statue est vue comme un témoignage de l'amour et du zèle du peuple. Le poète mentionne les services rendus par le duc, notamment la libération de Gênes des tyrans, et son rôle bénéfique durant la paix. Il conclut en affirmant la loyauté et le sens du devoir du peuple, tout en critiquant la flatterie et en valorisant la franchise et la noblesse des cœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 180-196
EXTRAIT DE PHILOCTETE.
Début :
Ulysse & Pyrrhus accompagnés de Démas, ouvrent la scene, qui est dans l'isle [...]
Mots clefs :
M. de Chateaubrun, Dieux, Amour, Grecs, Guerrier, Gloire, Héros, Seigneur, Comédie-Française
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE PHILOCTETE.
EXTRAIT DE PHILOCTETE.
Ulyffe & Pyrrhus accompagnés de Démas
, ouvrent la fcene , qui eft dans l'ifle
de Lemnos , à vue de la caverne qui fert
de retraite à Philoctete . Le premier dit au
fils d'Achille , que Philoctete refpire dans
ce defert affreux , & que les Grecs ne peuvent
triompher de Troye fans le bras de ce
guerrier , uni à la valeur de Pyrrhus. Les
Dieux l'ont déclaré par la bouche de Calchas'
; cet Oracle eft un arrêt dont on ne
peut appeller. Si Philoctete n'eft ramené
JUIN. 1755. 181
dans l'armée , elle va périr dans l'opprobre
& dans la mifere. Pyrrhus impatient veut
courir vers Philoctete , mais Ulyffe le retient
, & l'inftruit du jufte courroux de ce
Prince contre les Grecs . Il lui apprend que
dès les premiers jours du fiége d'Ilion ,
Un Troyen le bleffa d'un dard envenimé
Par d'horribles douleurs le poiſon ſe déclare :
Mais fon ardeur s'éteint dans un profond fommeil,
Et jamais la douleur ne fuccéde au réveil.
A peine ce guerrier revoit-il la lumière ,
Qu'il retrouve fa voix &. fa force premiere ;
Jufqu'à d'autres accès fans ceffe renaiſſans ,
L'art épuifa fur lui fes fecours impuiffans.
Ce mal cruel rendit Philoctete fi farouche
qu'il devint infupportable à tous les
chefs , & particulierement aux Atrides
qu'il accabloit de reproches amers. Le Roi
d'Itaque , pour les en délivrer , joua le mécontent,
engagea Philoctete à le fuivre dans
l'ifle de Lemnos où il feignit de fe retirer ,
& l'abandonna feul dans ce defert pendant
fon fommeil. Ulyffe , après ce récit
recommande à Pyrrhus de ne pas le nommer
il lui confeille , pour arracher ce héros
de fa retraite , de feindre que la tempête
l'a pouflé fur ce rivage , qu'il à quitté
182 MERCURE DE FRANCE.
le camp des Grecs , & qu'il retourne à Scyros
, révolté contre un fiége fi lent , & indigné
de l'avarice fordide des chefs qui
ont fruftré fa valeur de fes droits . Pyrrhus
réfifte d'abord à ce confeil , la feinte répugne
à fon grand coeur ; mais Ulyffe lui
en fait fentir la néceffité & s'éloigne
pour le laiffer agir .
›
Pyrrhus refte avec Démas , & s'écrie en
jettant les regards fur l'entrée de la caverne
,
Mon oeil foutient à peine
Cet horrible tableau de la miſere humaine ;
Quelques vafes groffiers que le befoin conftruit ,
Des feuilles , des lambeaux qui lui fervent de lit.
Il voit fortir du fond de cet antre fauvage
une jeune beauté ; il eft frappé de
fes charmes , il l'aborde , & apprend d'elle
que fon nom eft Sophie , & qu'elle eft la
fille de Philoctete. Så tendreffe l'a conduite
dans cette ifle déferte pour y partager
le malheur de fon pere ; elle y aborda par
un naufrage. Nous allions périr , dit- elle ,
Hercule nous fecourut .
Il retint dans nos coeurs notre ame fugitive ,
Et fon bras bienfaiſant nous pouffa fur la rive.
Nous appellons mon pere , il s'avance vers nous.
Que n'éprouvai -je point dans un moment fi doux !
Avec quelle tendreffe il efluya mes larmes ↓
JUIN.
183 1755.
Combien für mon état témoigna-t- il d'allarmes !
Quels mouvemens confus de joie & de pitié ,
De fanglots mutuels qu'exhaloit l'amitié !
Les périls de la mer , mes craintes , ma mifere ,
J'oubliai tout , Seigneur , en embraffant mon pere
;
Voilà le langage naïf de la nature. Les
vers les plus pompeux valent - ils ceux
qu'elle infpire ? Cette fimplicité charmante
qui rend fi bien le fentiment , n'eſtelle
pas la vraie éloquence ? Pyrrhus témoigne
le defir qu'il a de voir Philoctete
Sophie répond, qu'armé d'un arc qui pourvoit
à leur fubfiftance , il erre dans les
bois , & qu'elle va le chercher. Pyrrhus
devant Démas fait éclater pour Sophie une
pitié qui laiffe entrevoir le premier trait
de l'amour. Démas lui repréfente qu'il ne
doit s'occuper que du foin de rendre Philoctete
aux Grecs prêts à périr.
Philoctete paroît avec Sophie , & marque
fa furprife à Pyrrhus , qu'il n'a jamais
vu , de le voir dans des lieux fi fauvages.
11 exprime en même tems fon reffentiment
contre les chefs de la Grece , & leur ingratitude
, par ces deux vers juftement applaudis
,
Les bienfaits n'avoient pu m'attacher les Atrides
:
Je fous apprivoifer jufqu'aux monftres avides.
184 MERCURE DE FRANCE.
Pyrrhus fe nomme ; Philoctere montre
une joie très- vive de voir en lui le fils
d'Achille dont il a toujours été l'ami ; mais
apprenant la mort de ce héros par la bouche
de fon fils , il s'écrie avec douleur
2
Achille eft mort , grands Dieux , & les Atrides
vivent
! Y
7 25377
Pyrrhus s'offre à conduire Philoctete &
fa fille dans leur patrie. Ce guerrier y
confent ; mais dans le moment qu'il veut
partir , il eft arrêté par un accès de fon
mal , qui l'oblige à rentrer dans fon antre
, & qui termine le premier acte. Y
101-20
Pyrrhus ouvre le fecond acte par ce beau
monologue , qui peint avec des couleurs
fi touchantes l'état de mifere & de douleur
où il vient de voir Philoctete dans la
caverne , ayant près de lui fa fille qui arrofoit
fes mains de larmes. Quel contraſte ,
dit- il , avec l'éducation qu'on nous donne !
p , cody courqu
"P
On écarte de nous juſqu'à l'ombre des maux
On n'offre à nos regards que de fiants tableaux
Pour ne point nous déplaire , on nous cache à
nous - mêmes ; ovo zng , ol mbase C
On ne nous entretient que de grandeurs fupre
-kot mes.unim un saciera'n aistroid as S11
On ajoûte à nos noms des noms ambitieux :
Autant que l'on le peut on fait de nous des Dieur.
JUIN.
185
1755 .
Victimes des flateurs , malheureux que nous fom
mes ,
Que ne nous apprend-t-on que les Rois font des
hommes !
·Démas furvient ; il exhorte Pyrrhus à
diffimuler encore pour engager Philoctete
à partir. La générofité de Pyrrhus attendri
s'en offenfe , & marque un vrai remords
d'avoir employé la feinte . Philoctete paroît
avec Sophie , & veut fe rendre au rivage.
Pyrrhus l'arrête. Philoctete furpris , lui en
demande la raifon . Le fatal fecret échappe
de la bouche du fils d'Achille, qui rougit de
commettre une perfidie , & lui déclare
qu'il le méne aux Atrides . A cet aveu le Roi
d'Eubée devient furieux. Pyrrhus l'inftruit
de la pofition des Grecs , & du befoin
qu'ils ont de fon bras pour renverfer
Troye , & s'arracher à une mort honteuſe ;
il le preffe en même tems d'immoler fon
reffentiment au falut de l'Etat. Philoctete
refufe de fe rendre , & fait des imprécations
contre Ulyffe & les autres chefs. Pyrrhus
lui répond , qu'il ne peut fe venger plus
noblement d'eux qu'en faifant triompher
fa patrie , & qu'en voyant Agamemnon
lui-même ramper à fes pieds. Philoctete
perfifte à ne point prêter fon fecours au
Roi d'Argos ; mais il propofe à Pyrrhus
186 MERCURE DE FRANCE.
d'aller combattre avec leurs foldats , & d'a
voir feuls la gloire de vaincre les Troyens.
Pyrrhus approuve ce parti ; mais comme il
entend du bruit , il s'éloigne avec Philoctete.
Démas qui les écoutoit , veut inftruire
Ulyffe du projet que ces deux guerriers
viennent de former ; mais le Roi d'Itaque
lui dit que les Grecs cachés avec lui fous
un rocher l'ont entendu , qu'ils ont réſolu
de les en punir ; & que s'il n'eût retenu
leur fureur , ils alloient fondre fur eux &
les immoler. Démas ajoûte qu'il craint encore
plus la fille que le pere . Ulyffe lui en
demande la raifon ; l'autre lui répond
que Pyrrhus adore Sophie."
›
Ulyffe en paroit allarmé , & quitte la
fcene en difant qu'il va voir avec les
Grecs ce qu'on doit oppofer à ce fatal
amour qui peut tout détruire.
I
Ulyffe ouvre le troifieme acte avec Démas.
Il tient un papier à la main , & dit à
Démas que les Grecs veulent entraîner
au camp Philoctete mort ou vivant , que
tel eft l'arrêt qu'ils viennent de figner ; &
que fi ce Prince refifte , ils veulent exterminer
fa famille , & faire fubir à fa fille
le fort d'Iphigénie . Ulyffe craint que Pyrrhus
ne prenne leur défenſe ; mais Démas
lui répond que fa résistance fera vaine , &
JUIN 1755. 187
que les Grecs viennent d'envelopper Philoctete
de toutes parts:
Pyrrhus paroît ; Ulyffe le preffe de partir
fans Philoctete , en difant qu'il ne veut
pas lui-même qu'on emmene ce guerrier au
camp . Pyrrhus s'excufe fur la pitié. Ulyffe
lui dit que la pitié dont il eft ému , n'eft
qu'un amour déguifé. Le premier répond
que l'amour n'eft pas un crime. Non , réplique
le Roi d'Itaque ,
Quand élevant le coeur , loin de l'humilier ,
Aux régles du devoir l'amour fçait le plier ,
Et ne l'enyvre point de fon poifon funefte :
Il eft fublime alors , la fource en eft céleste ,
Et c'eſt de cet amour que les Dieux font heureux.
Mais , Seigneur , quand l'amour , le bandeau fur
les yeux ,
Enchaîne le devoir aux pieds d'une maîtreffe ,
A des coeurs généreux n'infpire que foibleffe ,
Tient fous un joug d'airain leur courage foumis ,
Leur fait facrifier gloire , patrie , amis ,
Et des droits les plus faints rompt le noeud légitime
;
Alors , Seigneur , alors cet amour eft an crime.
Pyrrhus veut fe juftifier en difant qu'Achille
aima comme lui . Ulyffe lui repart
qu'il n'aima point aux dépens de fa gloire ,
& qu'il quitta tout pour elle. Il lui fait en
188 MERCURE DE FRANCE.
même tems une peinture pathétique de
l'état affreux où l'armée des Grecs fe trouve
réduite , ajoûtant qu'il va la joindre ,
& mourir fur le tombeau d'Achille , tandis
que fon fils refte tranquille à Lemnos
par l'amour. Ce trait réveille le
courage de Pyrrhus , & l'adroit Ulyffe pour
achever de le déterminer à le fuivre , lui
rapporte ainfi les dernieres paroles d'Achille
expirant , après qu'il l'eut arraché
lui-même des mains des Troyens .
enchaîné
Cher ami , me dit-il , cache-moi tes alarmes ;
Et laiffe- moi mourir parmi le bruit des armes. T
Par tes foins je fuis libre , & je refpire encor
Tu m'épargnes l'affront dont je flétris Hector.:
Que mon fils à jamais en garde la mémoire ,
Et te rende les foins que tu prens de ma gloire.
Sers-lui de pere , amis qu'il te ferve de fils . ' ; i
Voilà fes derniers voeux ; les avez-vous remplis
:
Pyrrhus eft prêt à partir , quand la préfence
de Sophie le retient il fe trouve
alors entre la gloire & l'amour, La premiere
foutenue par l'art d'Ulyffe , femble
d'abord l'emporter ; mais l'amour mieux
déféndu par les larmes de Sophie ', triomphe
enfin de Pyrrhus , & l'entraîne de fon
côté. Ce jeune héros en tournant les yeux
vers elle , s'écrie :
JUIN.
183 1755.
Quoi vous pleurez , courons à votre pere.
Il vole fur les pas de Sophie. Ulyffe fo
retire avec Démas , en difant que Pyrrhus
va fe perdre & combler le malheur de
Philoctete & de fa fille . Ce troifiéme Acte
eft d'une grande beauté .
Z Sophie commence le quatriéme Acte avec
Palmire fa gouvernante , & lui dit que fans
Pyrrhus les Grecs auroient furpris & enlevé
fon pere. Elle avoue avec cette ingé
nuité qui accompagne l'innocence , que
ce jeune héros lui a déclaré qu'il l'adoroit
, & qu'elle y a été fenfible par reconnoiffance
pour
le fervice qu'il a rendu à
fon pere. Palmire l'avertit de redouter les
effets de fa beauté . Je n'ai pas oublié , lui
répond Sophie , vos fages leçons.
Hélas ! cette beauté , ce charme fouverain ;
Dont le fexe s'honore , & qui le rend fi vain
Si la vertu n'en fait un ornement célefte ,
Eft , des Dieux irrités , le don le plus funefte.
" Philoctete arrive , & dit à fa fille qu'il
faut fauver l'honneur d'un pere infortuné ,
& lui remet un poignard. Sophie lui demande
quel ufage elle en doit faire : il répond
qu'il a vécu comme Hercule , &
qu'il veut mourir de même , ajoutant que
Le poifon peut encore lui porter une at
190 MERCURE DE FRANCE.
teinte , que les Grecs pourroient faifir, ce
moment pour le charger de fers , & qu'elle
doit le fouftraire à leur fureur , en faisant
ce qu'Hercule exigea de fon fils. Elle frémit
de commettre un parricide . Philoctete
defeſpéré de ce refus , s'écrie
s'écrie que dans
cette extrêmité il va lancer ces flèches redoutables
qui portent d'inévitables coups ,
& qu'il va commencer par Pyrrhus . Sophie
allarmée l'arrête , & lui apprend que
c'eft le fecours de Pyrrhus qui l'a dérobé à
l'audace des Grecs , & qu'elle en eft aimée.
Philoctete raffuré par l'amour de Pyrrhus
pour fa fille , la preffe de lui déclarer que
La flamme eft connue de fon pere , qui l'approuve
; mais que fi ce jeune guerrier ne
fe joint à lui pour les venger ,
elle rejette
avec dédain les offres de fa foi. Sophie le
lui jure , en lui difant tendrement qu'après
avoir partagé fa gloire , il eft jufte qu'elle
partage fon affront. Philoctete qui voit
venir Pyrrhus, rentre dans fon afyle , & recommande
à Sophie d'éprouver le coeur de
fon amant.
Pyrrhus dit à Sophie qu'il a fait retirer
les foldats , mais qu'elle engage fon pere
à remplir leurs voeux ; que le falut public
doit être un de fes bienfaits,, & qu'il ofe à
çe motif preffant joindre l'intérêt de fon
amour. Elle lui répond que Philoctete eft
JUI N. 1755. 191*
·
inftruit de fes feux , qu'il confent que
l'hymen les couronne , mais qu'il veut que
ces noeuds foient formés dans fes états .
Pyrrhus lui réplique en foupirant , que la
Grece l'implore , & qu'il ne peut l'abandonner,
Elle l'interrompt en lui difant que
puifque l'intérêt de fon pere & le fien lui
font moins chers que celui des Atrides ,
elle rend à fon amour les fermens qui le
lient. Seigneur , ajoute- t -elle ':
Plus grands dans nos deferts que vous ,
trône ,
fur votre
L'honneur nous tiendra lieu de fceptre & de cou
ronne.
Partez , laiffez -nous feuls dans ces fauvages lieux
La vertų pour témoin n'a befoin que des Dieux..
Pyrrhus lui fait entendre que Philoctete
a tout à craindre de la rage des Grecs. Sophie
répond que fa main va mettre un
frein à leurs droits prétendus , que fon
pere vient de l'armer d'un poignard , &
que fi les Grecs s'avançoient pour le pren
are , elle a juré de le plonger dans le coeur
de Philoctete
,› pour prévenir fa honte.
Pourriez-vous , lui dit Pyrrhus , verfer le
fang d'un pere ? elle s'écrie :
Que fçais-je leurs fureurs me ferviront de guid
des ? >
191 MERCURE DE FRANCE.
Un mortel fans honneur n'eſt plus qu'un monſtrë
affreux ,
Que tout autre homme abhorre , & qui craint
tous les yeux ;
Chaque regard l'infulte , & réveillant fa honte ;
De fon honneur perdu , lui redemande compte
Lui fait baiffer la vûe , & femble l'avertir
De fuir dans le tombeau qui devroit l'engloutir.
Pyrrhus frappé de ce tableau promet à
Sophie de périr plutôt mille fois que de
fouffrir que leurs foldats en viennent à
cette violence . Elle le quitte en lui re-.
commandant ainſi les jours de fon pere :
Etes-vous à l'abri du deſtin qui l'accable ›
Si les hommes , hélas ! réfléchiffoient fur eux ;
Ils répandroient des pleurs fur tous les malheu
reux.
Ulyffe vient apprendre à Pyrrhus que
les Troyens inftruits de l'oracle , ont profité
du tems de fon abſence pour attaquer
le camp , qu'ils font près de forcer fi luimême
ne vole au fecours des Grecs ; qu'ils
ont déja bleffé plufieurs chefs de l'armée
& qu'ils ont fouillé dans le tombeau d'Achille
, & difperfé les reftes de fon corps ,
qui font devenus la proie des chiens & des
vautours.
JUIN. 1755. 193
yautours. Pyrrhus devient furieux à cette
nouvelle , & veut voler au camp . Ulyffe
infifte alors pour enlever Philoctete , &
montre les foldats qui l'ont fuivi pour
cette exécution. Mais Pyrrhus s'écrie qu'ils
n'avancent point , que Philoctete eft armé
des traits du defefpoir , & que fa mort va
tromper leur eſpérance. Il termine le quatriéme
acte , en difant qu'il va tenter un
dernier effort auprès du pere de Sophie ,
& qu'après il s'abandonne tout entier aux
confeils d'Ulyffe.
Pyrrhus paroît d'abord feul au cinquiéme
acte , & dit à Ulyffe qui furvient , qu'il
n'a pu fléchir Philoctete. Le Roi d'Itaque
lui montre l'arrêt que la Grece a dicté contre
ce guerrier indomptable. Pyrrhus lui
repréfente qu'en livrant Philoctete à la
mort on venge la patrie , mais qu'on ne
la fauve pas. Ulyffe répond qu'avant
d'exécuter l'arrêt , il veut tout effayer , &
qu'il veut voir Philoctete , qui arrive dans
ce moment avec Sophie. C'eft ici cette admirable
fcene qui forme non feulement
un dénouement des plus heureux , mais
qui fait encore elle feule un des plus beaux
cinquiémes actes qui foient au théâtre :
il faudroit la tranfcrire toute entiere pour
en faire fentir toutes les beautés . Philoctete
à l'afpect d'Ulyffe s'écrie dans fa fu-
II.Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
reur qu'on lui rende fes armes. Ce der
nier lui donne les fiennes. Philoctete veut
l'en percer , mais Pyrrhus l'arrête . Ce
guerrier les brave par ces deux vers , dont
le dernier eft digne de Corneille :
Un oracle accablant vous à glacés d'effroi.
Vous vous trouvez preffés entre les Dieux & moi.
Ulyffe lui dit de ne punir que lai , &
d'avoir pitié de fa patrie :
Graces à mon exil , cruel je n'en ai plus ,
Lui répond Philoctete :
•
Je voue à vos fureurs les Grecs que je détefte ;
Dieux ! épargnez Pyrrhus & foudroyez le refte .
Le fils d'Achille eſt révolté de cette imprécation
; mais Ulyffe combat alors Philoctete
avec tous les traits de fon éloquen-.
ce. Il l'attaque par fon foible , c'eſt - à- dire
par l'endroit le plus fenfible à fa gloire.p
Vous ofez (lui dit- il ) confpirer contre votre pays...
Quand un homme a formé ce projet parricide ,
On dévoue aux tourmens ce citoyen perfide :
Son opprobre s'attache aux flancs qui l'ont posté ,
Et fa honte le fuit dans fa poftérité .
A fes concitoyens fon nom eft exécrable ;
On recherche avec foin les traces dy coupable.
JUIN. 1755. 195
Rebut de l'univers , à foi- même odieux :
Il vit errant , fans loix , fans amis & fans Dieux.
Son fupplice aux mortels offre un exemple horri
ble ;
Le tombeau lui refuſe un afyle paifible ,
Et la terre abandonne aux monftres dévorans ,
De fon corps déchiré , les reftes expirans.
Ses manes agités d'une éternelle rage ,
En vain parmi les morts fe cherchent un paffage ;
L'enfer même l'enfer fe rend fourd à fes cris.
Si vous l'ofez , cruel , vengez - vous à ce prix.
Philoctete eft effrayé de cette image.
Ulyffe pour achever de le defarmer , &
pour frapper le dernier coup , preffe Pyrrhus
de partir. Renvoyez , dit - il , des
vaiffeaux qui puiffent tranfporter ce héros
par-tout où il voudra aller :
Maître du fort des Grecs , qu'il le foit de lui- mê
me.
Emmenez tous nos Grecs ; je refte près de lui.
Philoctete à ces mots s'écrie :
Ulyffe près de moi ! retire-toi barbare .
Ulyffe lui fait cette réplique admirable ,
qui le met pour ainfi dire au pied du mur .
Si votre coeur pour moi ne peut être adouci ,
Suivez les Grecs , Seigneur , & me laiffez ici.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Philoctete à ce trait demeure interdit.
Sa fille fe joint à Ulyffe , & embraſſe ſes
genoux pour le fléchir . Ce guerrier attendri
par les larmes de fa fille , céde à cette
derniere inftance . Il lui facrifie fon reffentiment
, conſent de l'unir à Pyrrhus , &
termine la piece en difant :
Le Ciel m'ouvre les yeux fur la vertu d'Ulyffe ,
Et femble m'annoncer la fin de mon fupplice :
En marchant fur les pas au rivage Troyen ,
Nous fuivrons le grand homme & le vrai citoyen.
On ne peut pas conduire ni dénouer
une piece avec plus d'art. Que M. de Châteaubrun
a tiré fur tout un heureux parti
de l'épifode de Sophie ! 'que fon Ulyffe eft
beau ! & que M. de la Noue l'a bien
rendu !
Ulyffe & Pyrrhus accompagnés de Démas
, ouvrent la fcene , qui eft dans l'ifle
de Lemnos , à vue de la caverne qui fert
de retraite à Philoctete . Le premier dit au
fils d'Achille , que Philoctete refpire dans
ce defert affreux , & que les Grecs ne peuvent
triompher de Troye fans le bras de ce
guerrier , uni à la valeur de Pyrrhus. Les
Dieux l'ont déclaré par la bouche de Calchas'
; cet Oracle eft un arrêt dont on ne
peut appeller. Si Philoctete n'eft ramené
JUIN. 1755. 181
dans l'armée , elle va périr dans l'opprobre
& dans la mifere. Pyrrhus impatient veut
courir vers Philoctete , mais Ulyffe le retient
, & l'inftruit du jufte courroux de ce
Prince contre les Grecs . Il lui apprend que
dès les premiers jours du fiége d'Ilion ,
Un Troyen le bleffa d'un dard envenimé
Par d'horribles douleurs le poiſon ſe déclare :
Mais fon ardeur s'éteint dans un profond fommeil,
Et jamais la douleur ne fuccéde au réveil.
A peine ce guerrier revoit-il la lumière ,
Qu'il retrouve fa voix &. fa force premiere ;
Jufqu'à d'autres accès fans ceffe renaiſſans ,
L'art épuifa fur lui fes fecours impuiffans.
Ce mal cruel rendit Philoctete fi farouche
qu'il devint infupportable à tous les
chefs , & particulierement aux Atrides
qu'il accabloit de reproches amers. Le Roi
d'Itaque , pour les en délivrer , joua le mécontent,
engagea Philoctete à le fuivre dans
l'ifle de Lemnos où il feignit de fe retirer ,
& l'abandonna feul dans ce defert pendant
fon fommeil. Ulyffe , après ce récit
recommande à Pyrrhus de ne pas le nommer
il lui confeille , pour arracher ce héros
de fa retraite , de feindre que la tempête
l'a pouflé fur ce rivage , qu'il à quitté
182 MERCURE DE FRANCE.
le camp des Grecs , & qu'il retourne à Scyros
, révolté contre un fiége fi lent , & indigné
de l'avarice fordide des chefs qui
ont fruftré fa valeur de fes droits . Pyrrhus
réfifte d'abord à ce confeil , la feinte répugne
à fon grand coeur ; mais Ulyffe lui
en fait fentir la néceffité & s'éloigne
pour le laiffer agir .
›
Pyrrhus refte avec Démas , & s'écrie en
jettant les regards fur l'entrée de la caverne
,
Mon oeil foutient à peine
Cet horrible tableau de la miſere humaine ;
Quelques vafes groffiers que le befoin conftruit ,
Des feuilles , des lambeaux qui lui fervent de lit.
Il voit fortir du fond de cet antre fauvage
une jeune beauté ; il eft frappé de
fes charmes , il l'aborde , & apprend d'elle
que fon nom eft Sophie , & qu'elle eft la
fille de Philoctete. Så tendreffe l'a conduite
dans cette ifle déferte pour y partager
le malheur de fon pere ; elle y aborda par
un naufrage. Nous allions périr , dit- elle ,
Hercule nous fecourut .
Il retint dans nos coeurs notre ame fugitive ,
Et fon bras bienfaiſant nous pouffa fur la rive.
Nous appellons mon pere , il s'avance vers nous.
Que n'éprouvai -je point dans un moment fi doux !
Avec quelle tendreffe il efluya mes larmes ↓
JUIN.
183 1755.
Combien für mon état témoigna-t- il d'allarmes !
Quels mouvemens confus de joie & de pitié ,
De fanglots mutuels qu'exhaloit l'amitié !
Les périls de la mer , mes craintes , ma mifere ,
J'oubliai tout , Seigneur , en embraffant mon pere
;
Voilà le langage naïf de la nature. Les
vers les plus pompeux valent - ils ceux
qu'elle infpire ? Cette fimplicité charmante
qui rend fi bien le fentiment , n'eſtelle
pas la vraie éloquence ? Pyrrhus témoigne
le defir qu'il a de voir Philoctete
Sophie répond, qu'armé d'un arc qui pourvoit
à leur fubfiftance , il erre dans les
bois , & qu'elle va le chercher. Pyrrhus
devant Démas fait éclater pour Sophie une
pitié qui laiffe entrevoir le premier trait
de l'amour. Démas lui repréfente qu'il ne
doit s'occuper que du foin de rendre Philoctete
aux Grecs prêts à périr.
Philoctete paroît avec Sophie , & marque
fa furprife à Pyrrhus , qu'il n'a jamais
vu , de le voir dans des lieux fi fauvages.
11 exprime en même tems fon reffentiment
contre les chefs de la Grece , & leur ingratitude
, par ces deux vers juftement applaudis
,
Les bienfaits n'avoient pu m'attacher les Atrides
:
Je fous apprivoifer jufqu'aux monftres avides.
184 MERCURE DE FRANCE.
Pyrrhus fe nomme ; Philoctere montre
une joie très- vive de voir en lui le fils
d'Achille dont il a toujours été l'ami ; mais
apprenant la mort de ce héros par la bouche
de fon fils , il s'écrie avec douleur
2
Achille eft mort , grands Dieux , & les Atrides
vivent
! Y
7 25377
Pyrrhus s'offre à conduire Philoctete &
fa fille dans leur patrie. Ce guerrier y
confent ; mais dans le moment qu'il veut
partir , il eft arrêté par un accès de fon
mal , qui l'oblige à rentrer dans fon antre
, & qui termine le premier acte. Y
101-20
Pyrrhus ouvre le fecond acte par ce beau
monologue , qui peint avec des couleurs
fi touchantes l'état de mifere & de douleur
où il vient de voir Philoctete dans la
caverne , ayant près de lui fa fille qui arrofoit
fes mains de larmes. Quel contraſte ,
dit- il , avec l'éducation qu'on nous donne !
p , cody courqu
"P
On écarte de nous juſqu'à l'ombre des maux
On n'offre à nos regards que de fiants tableaux
Pour ne point nous déplaire , on nous cache à
nous - mêmes ; ovo zng , ol mbase C
On ne nous entretient que de grandeurs fupre
-kot mes.unim un saciera'n aistroid as S11
On ajoûte à nos noms des noms ambitieux :
Autant que l'on le peut on fait de nous des Dieur.
JUIN.
185
1755 .
Victimes des flateurs , malheureux que nous fom
mes ,
Que ne nous apprend-t-on que les Rois font des
hommes !
·Démas furvient ; il exhorte Pyrrhus à
diffimuler encore pour engager Philoctete
à partir. La générofité de Pyrrhus attendri
s'en offenfe , & marque un vrai remords
d'avoir employé la feinte . Philoctete paroît
avec Sophie , & veut fe rendre au rivage.
Pyrrhus l'arrête. Philoctete furpris , lui en
demande la raifon . Le fatal fecret échappe
de la bouche du fils d'Achille, qui rougit de
commettre une perfidie , & lui déclare
qu'il le méne aux Atrides . A cet aveu le Roi
d'Eubée devient furieux. Pyrrhus l'inftruit
de la pofition des Grecs , & du befoin
qu'ils ont de fon bras pour renverfer
Troye , & s'arracher à une mort honteuſe ;
il le preffe en même tems d'immoler fon
reffentiment au falut de l'Etat. Philoctete
refufe de fe rendre , & fait des imprécations
contre Ulyffe & les autres chefs. Pyrrhus
lui répond , qu'il ne peut fe venger plus
noblement d'eux qu'en faifant triompher
fa patrie , & qu'en voyant Agamemnon
lui-même ramper à fes pieds. Philoctete
perfifte à ne point prêter fon fecours au
Roi d'Argos ; mais il propofe à Pyrrhus
186 MERCURE DE FRANCE.
d'aller combattre avec leurs foldats , & d'a
voir feuls la gloire de vaincre les Troyens.
Pyrrhus approuve ce parti ; mais comme il
entend du bruit , il s'éloigne avec Philoctete.
Démas qui les écoutoit , veut inftruire
Ulyffe du projet que ces deux guerriers
viennent de former ; mais le Roi d'Itaque
lui dit que les Grecs cachés avec lui fous
un rocher l'ont entendu , qu'ils ont réſolu
de les en punir ; & que s'il n'eût retenu
leur fureur , ils alloient fondre fur eux &
les immoler. Démas ajoûte qu'il craint encore
plus la fille que le pere . Ulyffe lui en
demande la raifon ; l'autre lui répond
que Pyrrhus adore Sophie."
›
Ulyffe en paroit allarmé , & quitte la
fcene en difant qu'il va voir avec les
Grecs ce qu'on doit oppofer à ce fatal
amour qui peut tout détruire.
I
Ulyffe ouvre le troifieme acte avec Démas.
Il tient un papier à la main , & dit à
Démas que les Grecs veulent entraîner
au camp Philoctete mort ou vivant , que
tel eft l'arrêt qu'ils viennent de figner ; &
que fi ce Prince refifte , ils veulent exterminer
fa famille , & faire fubir à fa fille
le fort d'Iphigénie . Ulyffe craint que Pyrrhus
ne prenne leur défenſe ; mais Démas
lui répond que fa résistance fera vaine , &
JUIN 1755. 187
que les Grecs viennent d'envelopper Philoctete
de toutes parts:
Pyrrhus paroît ; Ulyffe le preffe de partir
fans Philoctete , en difant qu'il ne veut
pas lui-même qu'on emmene ce guerrier au
camp . Pyrrhus s'excufe fur la pitié. Ulyffe
lui dit que la pitié dont il eft ému , n'eft
qu'un amour déguifé. Le premier répond
que l'amour n'eft pas un crime. Non , réplique
le Roi d'Itaque ,
Quand élevant le coeur , loin de l'humilier ,
Aux régles du devoir l'amour fçait le plier ,
Et ne l'enyvre point de fon poifon funefte :
Il eft fublime alors , la fource en eft céleste ,
Et c'eſt de cet amour que les Dieux font heureux.
Mais , Seigneur , quand l'amour , le bandeau fur
les yeux ,
Enchaîne le devoir aux pieds d'une maîtreffe ,
A des coeurs généreux n'infpire que foibleffe ,
Tient fous un joug d'airain leur courage foumis ,
Leur fait facrifier gloire , patrie , amis ,
Et des droits les plus faints rompt le noeud légitime
;
Alors , Seigneur , alors cet amour eft an crime.
Pyrrhus veut fe juftifier en difant qu'Achille
aima comme lui . Ulyffe lui repart
qu'il n'aima point aux dépens de fa gloire ,
& qu'il quitta tout pour elle. Il lui fait en
188 MERCURE DE FRANCE.
même tems une peinture pathétique de
l'état affreux où l'armée des Grecs fe trouve
réduite , ajoûtant qu'il va la joindre ,
& mourir fur le tombeau d'Achille , tandis
que fon fils refte tranquille à Lemnos
par l'amour. Ce trait réveille le
courage de Pyrrhus , & l'adroit Ulyffe pour
achever de le déterminer à le fuivre , lui
rapporte ainfi les dernieres paroles d'Achille
expirant , après qu'il l'eut arraché
lui-même des mains des Troyens .
enchaîné
Cher ami , me dit-il , cache-moi tes alarmes ;
Et laiffe- moi mourir parmi le bruit des armes. T
Par tes foins je fuis libre , & je refpire encor
Tu m'épargnes l'affront dont je flétris Hector.:
Que mon fils à jamais en garde la mémoire ,
Et te rende les foins que tu prens de ma gloire.
Sers-lui de pere , amis qu'il te ferve de fils . ' ; i
Voilà fes derniers voeux ; les avez-vous remplis
:
Pyrrhus eft prêt à partir , quand la préfence
de Sophie le retient il fe trouve
alors entre la gloire & l'amour, La premiere
foutenue par l'art d'Ulyffe , femble
d'abord l'emporter ; mais l'amour mieux
déféndu par les larmes de Sophie ', triomphe
enfin de Pyrrhus , & l'entraîne de fon
côté. Ce jeune héros en tournant les yeux
vers elle , s'écrie :
JUIN.
183 1755.
Quoi vous pleurez , courons à votre pere.
Il vole fur les pas de Sophie. Ulyffe fo
retire avec Démas , en difant que Pyrrhus
va fe perdre & combler le malheur de
Philoctete & de fa fille . Ce troifiéme Acte
eft d'une grande beauté .
Z Sophie commence le quatriéme Acte avec
Palmire fa gouvernante , & lui dit que fans
Pyrrhus les Grecs auroient furpris & enlevé
fon pere. Elle avoue avec cette ingé
nuité qui accompagne l'innocence , que
ce jeune héros lui a déclaré qu'il l'adoroit
, & qu'elle y a été fenfible par reconnoiffance
pour
le fervice qu'il a rendu à
fon pere. Palmire l'avertit de redouter les
effets de fa beauté . Je n'ai pas oublié , lui
répond Sophie , vos fages leçons.
Hélas ! cette beauté , ce charme fouverain ;
Dont le fexe s'honore , & qui le rend fi vain
Si la vertu n'en fait un ornement célefte ,
Eft , des Dieux irrités , le don le plus funefte.
" Philoctete arrive , & dit à fa fille qu'il
faut fauver l'honneur d'un pere infortuné ,
& lui remet un poignard. Sophie lui demande
quel ufage elle en doit faire : il répond
qu'il a vécu comme Hercule , &
qu'il veut mourir de même , ajoutant que
Le poifon peut encore lui porter une at
190 MERCURE DE FRANCE.
teinte , que les Grecs pourroient faifir, ce
moment pour le charger de fers , & qu'elle
doit le fouftraire à leur fureur , en faisant
ce qu'Hercule exigea de fon fils. Elle frémit
de commettre un parricide . Philoctete
defeſpéré de ce refus , s'écrie
s'écrie que dans
cette extrêmité il va lancer ces flèches redoutables
qui portent d'inévitables coups ,
& qu'il va commencer par Pyrrhus . Sophie
allarmée l'arrête , & lui apprend que
c'eft le fecours de Pyrrhus qui l'a dérobé à
l'audace des Grecs , & qu'elle en eft aimée.
Philoctete raffuré par l'amour de Pyrrhus
pour fa fille , la preffe de lui déclarer que
La flamme eft connue de fon pere , qui l'approuve
; mais que fi ce jeune guerrier ne
fe joint à lui pour les venger ,
elle rejette
avec dédain les offres de fa foi. Sophie le
lui jure , en lui difant tendrement qu'après
avoir partagé fa gloire , il eft jufte qu'elle
partage fon affront. Philoctete qui voit
venir Pyrrhus, rentre dans fon afyle , & recommande
à Sophie d'éprouver le coeur de
fon amant.
Pyrrhus dit à Sophie qu'il a fait retirer
les foldats , mais qu'elle engage fon pere
à remplir leurs voeux ; que le falut public
doit être un de fes bienfaits,, & qu'il ofe à
çe motif preffant joindre l'intérêt de fon
amour. Elle lui répond que Philoctete eft
JUI N. 1755. 191*
·
inftruit de fes feux , qu'il confent que
l'hymen les couronne , mais qu'il veut que
ces noeuds foient formés dans fes états .
Pyrrhus lui réplique en foupirant , que la
Grece l'implore , & qu'il ne peut l'abandonner,
Elle l'interrompt en lui difant que
puifque l'intérêt de fon pere & le fien lui
font moins chers que celui des Atrides ,
elle rend à fon amour les fermens qui le
lient. Seigneur , ajoute- t -elle ':
Plus grands dans nos deferts que vous ,
trône ,
fur votre
L'honneur nous tiendra lieu de fceptre & de cou
ronne.
Partez , laiffez -nous feuls dans ces fauvages lieux
La vertų pour témoin n'a befoin que des Dieux..
Pyrrhus lui fait entendre que Philoctete
a tout à craindre de la rage des Grecs. Sophie
répond que fa main va mettre un
frein à leurs droits prétendus , que fon
pere vient de l'armer d'un poignard , &
que fi les Grecs s'avançoient pour le pren
are , elle a juré de le plonger dans le coeur
de Philoctete
,› pour prévenir fa honte.
Pourriez-vous , lui dit Pyrrhus , verfer le
fang d'un pere ? elle s'écrie :
Que fçais-je leurs fureurs me ferviront de guid
des ? >
191 MERCURE DE FRANCE.
Un mortel fans honneur n'eſt plus qu'un monſtrë
affreux ,
Que tout autre homme abhorre , & qui craint
tous les yeux ;
Chaque regard l'infulte , & réveillant fa honte ;
De fon honneur perdu , lui redemande compte
Lui fait baiffer la vûe , & femble l'avertir
De fuir dans le tombeau qui devroit l'engloutir.
Pyrrhus frappé de ce tableau promet à
Sophie de périr plutôt mille fois que de
fouffrir que leurs foldats en viennent à
cette violence . Elle le quitte en lui re-.
commandant ainſi les jours de fon pere :
Etes-vous à l'abri du deſtin qui l'accable ›
Si les hommes , hélas ! réfléchiffoient fur eux ;
Ils répandroient des pleurs fur tous les malheu
reux.
Ulyffe vient apprendre à Pyrrhus que
les Troyens inftruits de l'oracle , ont profité
du tems de fon abſence pour attaquer
le camp , qu'ils font près de forcer fi luimême
ne vole au fecours des Grecs ; qu'ils
ont déja bleffé plufieurs chefs de l'armée
& qu'ils ont fouillé dans le tombeau d'Achille
, & difperfé les reftes de fon corps ,
qui font devenus la proie des chiens & des
vautours.
JUIN. 1755. 193
yautours. Pyrrhus devient furieux à cette
nouvelle , & veut voler au camp . Ulyffe
infifte alors pour enlever Philoctete , &
montre les foldats qui l'ont fuivi pour
cette exécution. Mais Pyrrhus s'écrie qu'ils
n'avancent point , que Philoctete eft armé
des traits du defefpoir , & que fa mort va
tromper leur eſpérance. Il termine le quatriéme
acte , en difant qu'il va tenter un
dernier effort auprès du pere de Sophie ,
& qu'après il s'abandonne tout entier aux
confeils d'Ulyffe.
Pyrrhus paroît d'abord feul au cinquiéme
acte , & dit à Ulyffe qui furvient , qu'il
n'a pu fléchir Philoctete. Le Roi d'Itaque
lui montre l'arrêt que la Grece a dicté contre
ce guerrier indomptable. Pyrrhus lui
repréfente qu'en livrant Philoctete à la
mort on venge la patrie , mais qu'on ne
la fauve pas. Ulyffe répond qu'avant
d'exécuter l'arrêt , il veut tout effayer , &
qu'il veut voir Philoctete , qui arrive dans
ce moment avec Sophie. C'eft ici cette admirable
fcene qui forme non feulement
un dénouement des plus heureux , mais
qui fait encore elle feule un des plus beaux
cinquiémes actes qui foient au théâtre :
il faudroit la tranfcrire toute entiere pour
en faire fentir toutes les beautés . Philoctete
à l'afpect d'Ulyffe s'écrie dans fa fu-
II.Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
reur qu'on lui rende fes armes. Ce der
nier lui donne les fiennes. Philoctete veut
l'en percer , mais Pyrrhus l'arrête . Ce
guerrier les brave par ces deux vers , dont
le dernier eft digne de Corneille :
Un oracle accablant vous à glacés d'effroi.
Vous vous trouvez preffés entre les Dieux & moi.
Ulyffe lui dit de ne punir que lai , &
d'avoir pitié de fa patrie :
Graces à mon exil , cruel je n'en ai plus ,
Lui répond Philoctete :
•
Je voue à vos fureurs les Grecs que je détefte ;
Dieux ! épargnez Pyrrhus & foudroyez le refte .
Le fils d'Achille eſt révolté de cette imprécation
; mais Ulyffe combat alors Philoctete
avec tous les traits de fon éloquen-.
ce. Il l'attaque par fon foible , c'eſt - à- dire
par l'endroit le plus fenfible à fa gloire.p
Vous ofez (lui dit- il ) confpirer contre votre pays...
Quand un homme a formé ce projet parricide ,
On dévoue aux tourmens ce citoyen perfide :
Son opprobre s'attache aux flancs qui l'ont posté ,
Et fa honte le fuit dans fa poftérité .
A fes concitoyens fon nom eft exécrable ;
On recherche avec foin les traces dy coupable.
JUIN. 1755. 195
Rebut de l'univers , à foi- même odieux :
Il vit errant , fans loix , fans amis & fans Dieux.
Son fupplice aux mortels offre un exemple horri
ble ;
Le tombeau lui refuſe un afyle paifible ,
Et la terre abandonne aux monftres dévorans ,
De fon corps déchiré , les reftes expirans.
Ses manes agités d'une éternelle rage ,
En vain parmi les morts fe cherchent un paffage ;
L'enfer même l'enfer fe rend fourd à fes cris.
Si vous l'ofez , cruel , vengez - vous à ce prix.
Philoctete eft effrayé de cette image.
Ulyffe pour achever de le defarmer , &
pour frapper le dernier coup , preffe Pyrrhus
de partir. Renvoyez , dit - il , des
vaiffeaux qui puiffent tranfporter ce héros
par-tout où il voudra aller :
Maître du fort des Grecs , qu'il le foit de lui- mê
me.
Emmenez tous nos Grecs ; je refte près de lui.
Philoctete à ces mots s'écrie :
Ulyffe près de moi ! retire-toi barbare .
Ulyffe lui fait cette réplique admirable ,
qui le met pour ainfi dire au pied du mur .
Si votre coeur pour moi ne peut être adouci ,
Suivez les Grecs , Seigneur , & me laiffez ici.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Philoctete à ce trait demeure interdit.
Sa fille fe joint à Ulyffe , & embraſſe ſes
genoux pour le fléchir . Ce guerrier attendri
par les larmes de fa fille , céde à cette
derniere inftance . Il lui facrifie fon reffentiment
, conſent de l'unir à Pyrrhus , &
termine la piece en difant :
Le Ciel m'ouvre les yeux fur la vertu d'Ulyffe ,
Et femble m'annoncer la fin de mon fupplice :
En marchant fur les pas au rivage Troyen ,
Nous fuivrons le grand homme & le vrai citoyen.
On ne peut pas conduire ni dénouer
une piece avec plus d'art. Que M. de Châteaubrun
a tiré fur tout un heureux parti
de l'épifode de Sophie ! 'que fon Ulyffe eft
beau ! & que M. de la Noue l'a bien
rendu !
Fermer
Résumé : EXTRAIT DE PHILOCTETE.
L'extrait de 'Philoctète' se déroule sur l'île de Lemnos, où Ulysse et Pyrrhus discutent de la nécessité de ramener Philoctète, un guerrier essentiel à la victoire contre Troie. Philoctète, abandonné sur l'île en raison d'une blessure empoisonnée incurable, est décrit comme farouche et insupportable. Ulysse conseille à Pyrrhus de feindre un naufrage pour approcher Philoctète sans éveiller sa méfiance. Pyrrhus rencontre Sophie, la fille de Philoctète, et apprend son histoire. Philoctète apparaît ensuite, exprimant son ressentiment contre les Grecs. Pyrrhus se propose de les conduire, lui et Sophie, dans leur patrie, mais un accès de douleur oblige Philoctète à rentrer dans sa caverne. Dans le second acte, Pyrrhus exprime sa pitié pour la misère de Philoctète. Ulysse révèle à Pyrrhus que les Grecs sont prêts à tout pour ramener Philoctète. Philoctète, furieux, refuse de se rendre aux Grecs. Pyrrhus propose alors de combattre avec lui contre les Troyens, sans les autres Grecs. Dans le troisième acte, Ulysse et Démas discutent de la manière de capturer Philoctète. Pyrrhus, partagé entre son amour pour Sophie et son devoir, finit par choisir l'amour. Sophie avoue à sa gouvernante qu'elle aime Pyrrhus. Dans le quatrième acte, Sophie révèle à Philoctète l'amour de Pyrrhus et son aide contre les Grecs. Philoctète accepte leur union à condition que Pyrrhus les aide à se venger. Pyrrhus, pressé par Sophie, accepte de rejoindre Philoctète pour combattre les Troyens, malgré les appels de la Grèce. Dans le cinquième acte, Ulysse montre à Philoctète un arrêt de mort dicté par la Grèce. Philoctète, face à Ulysse, exige ses armes mais est arrêté par Pyrrhus. Ulysse utilise son éloquence pour convaincre Philoctète de renoncer à sa vengeance, en lui décrivant les horreurs réservées aux traîtres. Touché par les larmes de sa fille Sophie, Philoctète cède et accepte de se réconcilier. La pièce se termine par l'union de Sophie et Pyrrhus, et Philoctète reconnaît la vertu d'Ulysse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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72
p. 80-109
ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
Début :
DE tous les Etats qui concourent à la gloire de la patrie, il n'en est point [...]
Mots clefs :
Profession des armes, Noblesse, Oisiveté, Vrai noble, Citoyen, Siècle de Louis XIV, Académie de Marseille, Héros, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
ESSAI hiftorique fur ABRAHAM
DUQUESNE Lieutenant Général
des Armées Navales de France. ( a )
Non ille pro patriâ timidus perire.
Horat.
D
E tous les Etats qui concourent à
la gloire de la patrie , il n'en eft point
de plus utile ni de plus honorable que
la profeffion des armes. De tout temps
elle fut fpécialement dévolue à notre
Nobleffe , deſtinée par état à fervir fon
( a ) Ce Sujet a été proposé par l'Académié
de Marſeille pour la diſtribution des Prix du 25
Août 1762 .
* V. p . 2 32. & 2 33. de ce ſecond volume .
7 81
JANVIER. 1763.
Roi. Ce n'est qu'en prodiguant fon fang
qu'elle reléve fa fplendeur & s'immortalife
dans les faſtes de la postérité : elle
fe flétrit au contraire dans une honteuſe
oifiveté. Qui peut compter fans interruption
une longue fuite d'ayeux qui
ont facrifié leurs vies pour le falut de la
Patrie , fe glorifiera-t-il de fa nobleffe ,
s'il ne marche fur leurs traces dans la
carriere de l'honneur ? Qu'eft - ce en effet
qu'un grand nom fans vertus ? Un héros ,
le premier de fa race , fera toujours préféré
au Noble faftueux , qui ne fonde
fon illuftration que furfes titres. La naiffance
eft un effet du hafard ; mais la
vertu , jointe à la valeur , diftingue &
caractériſe le vrai Noble , le Citoyen &
tout bon François.
Volez, s'écrioit l'illuftre Vendôme à
fes ,foldats , volez où l'honneur vous
appelle ; fongez que vous êtes François
! ....
(b) Duquesne , nom à jamais immortel
! Duquefne , l'un des plus grands
hommes de fon fiécle , fe dévoua au
fervice de mer dès fa plus tendre jeuneffe .
(b) Abraham Duquesne nâquit en Normandie
l'an 1610 , d'une famille noble & habituée de
puis longtemps dans cette Province.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Son pere (c) Abraham Duquesne , blanchit
fous les armes , connut fes talens
& les perfectionna. Ce fut fous cet
illuftre père que notre jeune héros fit fes
premieres campagnes. Ils contribuerent
T'un & l'autre par l'éclat de leurs exploits
à la gloire du fiécle de Louis XIV.
C'eſt être vraiment grand que de travailler
à la grandeur des autres ; c'eſt le
comble de l'héroïfme que de concourir à
la gloire de fon Prince & à celle de l'Etat.
(d) Sanctuaire des Mufes & des Sciences
, dépofitaire des merveilles de mon
héros , je devrois fans doute dans un
humble filence vous entendre ici , Meſfieurs
, prodiguer les juftes louanges qui
font dues à ce grand homme. C'eft dans
(c ) Abraham Duquesne , père de notre Héros ,
mâquit au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu ,
de parens pauvres & Calviniftes . 'S'étant retiré de
bonne heure à Dieppe , il y apprit la Carte marine
, fe mit fur les vaiffeaux , & fe rendit capable
d'être Pilote. Après avoir exercé quelque temps
cette profeffion , il paffa en Suéde , obtint une
place de Pilote dans les vaiffeaux de la Reine
Chriftine ; fut choifi enfuite par cette Princeffe
pour conduire quelques vaiffeaux en France , &
s'étant diftingué dans cette occafion , il fut fait
Capitaine de vaiffeau dans l'Armée Navale de
France.
(d) L'Auteur s'adreffe ici à l'Académie de Marfeille.
JANVIER. 1763. 83
vos ports qu'il préféra de fixer fon féjour
: c'est là qu'il employa ces jours fi
précieux de la jeuneffe à acquérir la
fcience qui fait les grands hommes. On
le voyoit toujours affidu aux écoles de
la marine , toujours attentif aux exercices
& à la manoeuvre des Matelots ;
toujours avide de s'inftruire , entrer dans
les moindres détails . Il favoit qu'on ne
doit rien ignorer dans l'état qu'on embraffe
; bien différent de cette jeuneffe
éfféminée qui néglige l'étude , & lui
préfére fans honte l'cifiveté des Cours ,
où la Nobleffe fe dégrade , où le coeur
s'amollit , où les moeurs enfin fe corrom-
-pent par l'air contagieux que fouvent
on y refpire.
Si je ne puis , à l'exemple de Duquefne
, prodiguer mon fang pour le falut
de l'Etat ; qu'il me foit du moins permis
, comme Citoyen , d'élever ma foible
voix pour immortalifer un de fes
illuftres défenfeurs. N'y auroit- il pas une
forte d'ingratitude , fi animé par l'organe
refpectable d'une des plus célébres
Académies du Royaume , on ne
confacroit pas à la gloire de ce Hiros
une partie de fes veilles , pour ajouter
de nouveaux lauriers à ceux dont il a
été couronné tant de fois ? Je connois
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
mon infuffifance , MM. mais j'ofe me
flatter que vous applaudirez à mon zéle.
On ne peut fe rappeller l'horrible attentat
qui plaça Louis le Jufte fur le Trône
dans un âge encore tendre. La mort
précipitée d'un Prince , l'amour de fes
Sujets & la terreur de fes Ennemis ,
laiffa l'Etat en proye au Démon de la
difcorde. Habile à profiter d'une minorité
qui devoit être longue , ce Monf
tre , le plus cruel ennemi du genre
humain , alluma le flambeau de la
guerre ; la Religion en fut le prétexte
Ipécieux , l'ambition des Grands la fe-
.conda , & l'Etat en fut la victime. Des
Puiffances voifines & formidables fembloient
mettre le comble aux malheurs
de la France menacée de toutes parts.
Richelieu ( e ) paroît : le Génie fans vigueur
& prèfque engourdi fe réveille
a fa voix ; les Arts renaiffent , la Marine
fe rétablit , & le Commerce , ce
canal précieux qui porte la circulation
& la vie dans tous les membres de l'Etat,
( e ) En 1627 le Cardinal de Richelieu fit fupprimer
la Charge d'Amiral dont étoit revêtu le
Duc de Montmorenci , & celle de Connétable vacante
par la mort de Lefdiguieres . Il fe fit créer
Chef & Surintendant Général de la Navigation
& du Commerce.
JANVIER. 1763. . 85
ranime ce corps fans chaleur & prèſque
anéanti .
Richelieu , Politique fublime , renouvelle
l'alliance avec les Hollandois
porte les premiers coups à la Maiſon
d'Autriche , ce Coloffe éffrayant , qui
faifoit trembler l'Europe ; prépare la
deftruction des Huguenots en France
& médite la prife de la Rochelle , boulevard
formidable qui fervoit d'afyle à
l'héréfie & de retraite aux Rebelles .
,
Déja la Flotte Angloife s'avance vers
l'ifle de Rhé , à la follicitation des
Rochelois & du Duc de Rohan leur
· Chef.
Quel délire n'excite pas le fanatiſme !
Le Citoyen s'arme contre le Citoyen ;
Les Grands , qui par leur naiffance &
leur rang doivent être les défenfeurs de
l'Etat , s'en déclarent les plus cruels ennemis.
Le voile facré de la Religion
couvre leur ambition démesurée : tout
leur paroît permis , dès que tout leur
paroît poffible.
Abraham Duquesne , Calviniste , demande
à ne point fervir dans l'Armée
Royale : il l'obtient ; mais fon zèle pour
la Patrie l'engage à folliciter un autre
emploi. Il fait que la différence des
fentimens ne préfcrit point contre la
86 MERCURE DE FRANCE.
fidélité qu'il a jurée à fon Roi & à l'Etat.
Ses devoirs gravés dans fon coeur
font puifés dans ces principes inébranlables
de la Religion naturelle , fondement
de toutes les autres Religions.
L'amour des François pour leur Prince
ne fut jamais pour eux une loi tyrannique:
c'eft un penchant naturel , auquel
ils fe livrent d'autant plus volontiers ,
qu'ils y attachent leur bonheur & leur
gloire.
Généreux Marfeillois ! braves François
la fidélité à votre Roi eft votre
premiere vertu. Vos premiers fentimens
font les premieres chaînes qui vous attachent
inviolablement à votre Prince :
vos premiers voeux , vos premiers defirs
furent toujours de vous facrifier mille
fois pour fon falut & pour celui de la
Patrie .
Notre brave Guerrier fe tranſporte
d'un autre côté avec fon Efcadre. Son
fils âgé de 17 ans , commandoit un vaiffeau
fous fes ordres . Sa valeur annonça
dès-lors fa future grandeur , & la
force de fon génie lui tint lieu de plus
d'expérience ; mais le Ciel dont les décrets
fon impénétrables , le priva bientôt
de ce généreux père : pris par les
Efpagnols a fon retour de Suéde , il
JANVIER. 1763 . 87
reçut
le coup
de la mort
dans
un combat
inégal
. (f)
Quel coup de foudre pour un fils
également doué d'une belle âme & d'un
coeur excellent !
Brave Duquesne : ah ! fi la Parque
cruelle a tranché le fil d'une vie fi belle
& fi glorieufe , vous revivez de nouveau
par la gloire & les exploits de ce jeune
guerrier.
(g) La furpriſe de Tréves par les Epagnols
& l'enlévement de l'Electeur
(f) Le vieux Duquesne mourut à Dunkerque
l'an 1635 , dans les fentimens de la Religion
Prétendue Réformée.
(g ) Quoique jufques- là il n'y eût point eu de
rupture ouverte entre la France & l'Espagne ,
parce que , foit en Italie , foit en Allemagne ,
les Eſpagnols ne fervoient que comme auxiliaires
, en vertu des Traités. d'alliance entre les
deux Branches de la Maiſon d'Autriche ; la prifon
de l'Electeur produifit cependant la guèrre.
qui dura depuis 1635 jufqu'à la paix des Pyrénées
& le mariage de Louis XIV. Le Cardinal
Infant , Gouverneur des Pays- Bas , ayant refufé
à ce Monarque la liberté de l'Electeur , força le
Roi à lui déclarer la guerre & à interdire tout
Commerce entre les deux Nations.
En 1637 on attaqua l'Ile de Sainte Marguerite
& de les Forts , qui furent rendus au Comte
d'Harcourt 43 jours après fa defcente dans Lifle.
Les Espagnols perdirent 1 500 hommes ; & le
jeune Duquesne fe trouva à cette attaque.
N
88 MERCURE DE FRANCE.
firent voler Duquefne aux ifles de Sainte-
Marguerite. Il en forme l'attaque. La
réfiftance opiniâtre des Affiégés ne le
rebute point ; plus elle eft vive , plus fon
activité redouble. Les difficultés femblent
ne ſe préſenter que pour ajouter
à l'éclat de fon triomphe ; & les Efpagnols
ne fe multiplient que pour aug
menter le nombre des victimes qu'il
facrifie aux mânes de fonère.
Mais ce n'eft encore ici qu'un foible
crayon de ce qu'ils avoient à craindre
de fon habileté & de fon courage. On le
voit bientôt près du Môle de Gattary (h),
attaquer une Flotte de dix-huit vaiffeaux.
Dix-fept font pris , & le dix-huitiéme
mis hors de combat.
Intrépide , il ne connoît aucun danger.
Son courage le porte à Saint-Ogue ( i ) ;
il attaque les vaiffeaux qui font dans le
port ; & ce fut dans la chaleur du combat,
que bleffé d'un coup de moufquet ,
il fit à la Patrie la premiere offrande de
ce fang précieux qu'il prodigua fi géné-
( h ) En 1638, Duquefne contribua beaucoup à
la défaite des Efpagnols devant Gattary en Bilcaye.
( i ) En 1639 , il fut bleffé dans le Port de
& Ogue.
IAN VIER. 1763.
89
reuſement dans la fuite à Tarragone (k) ,
à Barcelone ( 1) , à la prife de Perpignan
(m) , & au Cap de Gattes .
Le fang ne s'épuife jamais , fi l'on en
croit les Héros , & le courage femble
fuppléer aux forces de la nature. Plus le
fang coule , plus il devient pur ; & fi la
guèrre eft le fléau de l'humanité , elle
eft aux yeux du Héros l'école de la
valeur & le creufet de la nobleffe.
Funeſte préjugé qui ne s'accordera
jamais avec les maximes du vrai Philofophe
, qui ne regarde la guèrre que
(k ) En 1641 , la Motte- Houdancourt , Commandant
en Catalogne , après avoir pris la Ville
& le Château de Conftantin & quelques autres
Places , vint mettre le fiége devant Tarragonne.
L'Armée Espagnolle qui y étoit enfermée fouffroit
beaucoup de la difette. On fit des efforts
incroyables pour la ravitailler , ce qui donna
lieu à un combat où le Général François défit
un grand nombre d'ennemis . L'Archevêque de
Bordeaux qui bloquoit Tarragonne par mer , attaqua
41 Galéres Eſpagnolles & en prit 12. Ce
fut dans cette action que Duquesne fut encore
dangereufement bleſſé .
•
( i ) En 1642 , il reçut de nouvelles bleſſures devant
Barcelone dans le temps de la priſe de
Perpignan qui fe rendit au Roi après trois mois
de fiége.
( m ) En 1643 , il répandit fon fang à la Bataille
qui le donna au Cap de Gattes.
90 MERCURE DE FRANCE .
comme le fléau du genre humain
comme un gouffre affreux , où tant de
Héros font enfévelis , tant d'hommes
facrifiés ; moins fouvent au bien de l'Etat
qu'aux capricés des Puiffances & à
l'imprudence des Généraux !
Je vous en attefte , ombres chères à
la patrie Intrépide Bayard ! Brave
Turenne ! Vaillant Duguai-Trouin ! Illuftre
Barwik ! vous qui n'allâtes moif
fonner tant de lauriers chez les ennemis
, que pour rapporter à vos concitoyens
le précieux rameau de la Paix .
(n) Richelieu meurt , & fa mort fut
pour les Espagnols l'événement le plus
heureux ils crurent le génie de la
France abattu & enfeveli avec ce grand
homme mais quelle furprife ! Louis le
Grand monte fur le Trône , & le génie
du gouvernement s'affied à côté du
Monarque. Nouvel Augufte ; fon fiécle
fut celui des Sciences & des beaux Arts :
il produifit ces grands hommes
ces
hommes immortels , dont les noms célébres
pafferont d'âge en âge , & feront
( n .) Les Espagnols furent battus prèfque partout
cette année. Le Maréchal de la Motte en
Catalogne conferva toujours fur eux la fupériorité
, & fit échouer toutes leurs entrepriſes.
JANVIER. 1763. 91
l'admiration de la postérité la plus reculée
.
(o) Duquefne part pour la Suéde ; fon
nom y eft connu ; fa réputation le précéde.
Les exploits fameux & les fervices
fignalés de fon illuftre père étoient profondément
gravés , ( non für des monumens
que le temps peut détruire , ou que
fouvent la flatterie éléve moins au mérite
qu'à l'orgueil des mortels & au faſte
de la décoration ; ) mais dans les coeurs
des Suédois , monumens plus fincères
& plus folides. Le Peuple , dont le fuffrage
n'eft point équivoque , accourt en
foule , fait éclater fa joie ; joie toujours
pure & véritable , lorfqu'elle a pour objet
le mérite d'un grand homme.
Bien différent de ces Guerriers qui
paffent dans le fein des plaifirs , &
dans les douceurs d'un indigne repos
(o ) En 1644 , Duquefne alla fervir en Suéde. Il
fut fait d'abord Major-Général de l'Armée Navale
, enfuite Vice- Amiral . C'est en cette qualité
qu'il fervoit le jour de la fameufe bataille où les
Danois furent entierement défaits. Il aborda lui
deuxième leur Vaiffeau Amiral appelé la Pctience.
Le Général Danois fut tué. Le Roi de
Dannemarck eût été fait prifonnier , fi ce Prince
bleffé à l'oeil d'un éclat de bois près d'un canon
qu'il pointoit , n'eût été obligé de fortir de
ee Vaiffeau la veille de l'action.
92 MERCURE DE FRANCE.
à
le loifir que leur laiffe la Patrie ; ce
fut pour l'employer utilement que vous
paffâtes au fervice de la Suéde , invincible
Duquesne ! Qui connut jamais
mieux que vous le prix du temps ? Qui
jamais mieux que vous , fçut le mettre
profit ? Ce temps finéceffaire peut-être
à votre repos , en même -temps fi utile
& fi glorieux à la Patrie , vous le deftinez
à fecourir les Suédois nos fidéles
Alliés , & à les garantir de l'injufte
ufurpation des Danois. Les titres éclatans
qui font l'appanage du vrai mérite
, qui jamais ne furent fufpects ,
lorfqu'ils font donnés par une Nation
étrangère , vous font juftement prodigués.
Nommé Vice Amiral , vous fervîtes
en cette qualité à la fameufe journée
où les Danois furent défaits.
Déja les deux Flottes font en préfence
mille bouches d'airain vomiffent
la foudre & la mort. Un jour artificiel
inventé par la fureur des hommes,
femble cacher aux combattans ce jour
doux & bienfaifant qui éclaire la nature.
Les vaiffeaux s'élancent contre les vaiffeaux.
Mille débris éclatans obfcurciffent
l'air , & font dans le même inf
tant engloutis dans les eaux. De tristes
lambeaux de malheureux couvrent la
JANVIER. 1763. 93
Turface des mers. Le défordre fe met
dans l'Armée Danoife . La confufion des
Matelots , le cris des Officiers , le découragement
des foldats , tour lui annonce
une prompte défaite.
D'un autre côté , le bon ordre fe
maintient dans l'Armée Suédoife. La
bonne contenance des Officiers éxcite
la confiance du Matelot , occupé à la
manoeuvre. Duquefne fe fignale on
croiroit à le voir que la victoire eft à fes
ordres. Au-deffus de toute crainte , il
fend les flots ; & fe faifant jour à travers
la flotte ennemie , il aborde lui
deuxième le vaiffeau Amiral. Il s'élance
au milieu du fang & du carnage . Le
choc eft furieux ; mais rien ne réfifte à
l'ardeur de fon courage. Son bras invincible
porte par-tout la mort. Le Général
Danois tombe fous fes coups : il
fe rend maître du vaiffeau. Le vaincu
implore la clémence du vainqueur , &
le Roi lui-même eût fubi le même fort ,
fi un événement inopiné n'eût ravi à
Duquefne cette illuftre conquête.
(p ) La Suéde étonnée retentiffoit des
(p) En 1647 il fut rappellé en France & commanda
cette année & la fuivante une des Eſcadres
qui furent envoyées à l'expédition de Naples. Le
Roi d'Espagne battu de tous côtés , voyoit avec
94 MERCURE DE FRANCE.
louanges de mon Héros , lorfqu'il fut
rappellé en France. La voix de fa Patrie
fe fait entendre il ne délibére
>
chagrin le Rouffillon & la Catalogne entre les
mains des François. Naples révoltée contre lui ,
venoit de fe donner au Duc de Guife . Celui- ci ,
qui ne paffa que pour un Avanturier audacieux ,
parce qu'il ne réuffit pas , avoit eu du moins la
gloire d'aborder feul dans une barque au milieu
de la Flotte Efpagnole , & de défendre Naples
fans autre fecours que fon courage.
La Sicile depuis le temps des Tyrans de Syracufe
, a toujours été fubjuguée par des Etrangers;
affervie fucceffivement aux Romains , aux Vandales
, aux Arabes , aux Normans , fous le val
felage des Papes , aux François , aux Allemands ,
aux Efpagnols : haïllant prèfque toujours fes
maîtres , le révoltant contre eux , fans faire de
véritables efforts dignes de la liberté , & éxcitant
continuellement des féditions pour changer de
chaînes .
En 1674 , les Magiftrats de Meffine venoient
d'allumer une guèrre civile contre leurs Gouverneurs
& d'appeller la France à leur fecours. Une
Flotte Efpagnole bloquoit leur port ; ils étoient
réduits aux extrémités de la famine..
En 1675 , le Chevalier de Valbelle vint d'abord
avec quelques Frégates à travers la Flotte
Efpagnole. Il porta à Meffine des vivres , des årmes
& des foldats. Ayant enfuite tenté d'y conduire
un nouveau fecours , les Galéres Eſpagnoles
& quelques Vaiffeaux Hollandois entreprirent
de lui difputer l'entrée du canal. Il y eut un combat
; le paffage fut forcé , & le convoj arriva heureufement,
JANVIER. 1763 .
point ; il s'arrache à la gloire & aux
applaudiffemens pour voler à ſon ſecours.
Il eft auffi -tôt chargé du commandement
de l'Efcadre deſtinée a l'expédition
de Naples. Puiffe tout François
, à l'exemple de ce grand homme
facrifier les intérêts les plus chers à l'amour
de fon devoir !
où
La France déchirée par les guerres
civiles fous les Régnes des Valois ,
Régne malheureux , où l'ambition des
Grands & la fureur des Hérétiques la
mirent à deux doigts de fa perte ,
l'enthouſiaſme aveugle du fanatiſme
infpiroit les plus éxécrables maximes.
La France , dis- je , dans ces temps de
troubles & d'horreurs , n'avoit pu entretenir
fa Marine ; fon rétabliffement
étoit dû à la fage prévoyance de Richelieu
.
Mazarin dont les vues furent moins
étendues , la négligea. Il étoit réſervé
au généreux Duquesne de la réparer
par fon défintéreſſement.
Vrai citoyen , il penfe que fon patrimoine
eft celui de l'Etat. Général vertueux
, la gloire de le fervir eft l'unique
récompenfe qu'il ambitionne. Il arme à
fes frais plufieurs vaiffeaux. Il vole au
fecours de l'Armée Royale , qui tenoit
96 MERCURE DE FRANCE.
bloquée la ville de Bourdeaux . Il eft
rencontré par une Efcadre,Angloife. On
veut lui faire baiffer pavillon : c'est ici
que l'orgueil peut être une vertu dans
les Héros. Son courage dicte fon refus.
Le combat s'engage, & il y eft dangereufement
bleffé. Il fe retire glorieufement ,
quoiqu'avec des forces inégales. Obligé
de s'arrêter à Breft pour faire radouber
fes vaiffeaux , il revole à Bourdeaux
fans attendre l'entière guérifon de fes
bleffures . La Flotte Efpagnole arrive
en même temps que lui dans la rivière :
elle s'oppose à fon paffage. La barrière
eft forcée : il entre en préfence des Efpagnols
, & fa belle manoeuvre oblige la
ville de fe rendre.
Anne d'Autriche , Régente du Royaume
, qui n'ignoroit pas que ces fuccès
n'étoient dûs qu'à la valeur & à la générofité
de Duquesne , crut qu'il étoit
de fa gloire de le récompenfer : elle lui
donna le château & l'ifle d'Indred , qui
étoient du Domaine de Sa Majeſté.
Ce n'eft que par les bienfaits qu'on
réuffit à s'attacher les hommes. Le feul
efpoir d'une récompenfe glorieufe peut
produire des Héros. La fage politique
d'un Etat eft de favoir les multiplier par
un appas fi juſte & fi raiſonnable.
Deux
JANVIER . 1763 . 97
- Deux Provinces envahies par les François
font trembler le Roi Catholique
pour le refte de fes Etats. Naples révoltée
contre fon Souverain ; les Siciliens ,
peuple inconftant , venoient de fe donner
au Duc de Guife , dernier Prince
de cette branche d'une Maifon fi féconde
en hommes illuftres , mais dangereux
.
(9 ) Le Roi d'Espagne eft contraint
par la révolte de Meffine d'implorer le
( q ) En 1676 , l'Efpagne appella les Hollandois
pour défendre la Sicile. Rhuiter fut chargé
de cette expédition. Les François qui réunis aux
Anglois , n'avoient pu battre les flottes de la
Hollande , l'emporterent feuls fur les Hollandois
& les Elpagnols . Le Duc de Vivonne obligé
de refter dans Meffine , pour contenir le Peuple
déja mécontent de les défenfeurs , laiffa donner
cette bataille par Duquesne , Lieutenant- Général
des Armées Navales ; homme auffi fingulier que
Rhuiter, parvenu comme lui au commandement
par fon mérite .
Rhuiter dont la mémoire eft encore dans la
plus grande vénération en Hollande , avoit commencé
par être Valet & Mouffe de Vaiſſeau ; il
n'en fur que plus refpectable. Le Confeil d'Elpagne
lui donna le Titre & les Patentes de Duc ,
dignité frivole pour un Républicain. Ces Patentes
n'arriverent qu'après la mort . Les enfans de
Rhuiter refuferent ce Titre fi brigué dans nos
Monarchies , mais qui n'eſt pas préférable au nom
de bon Citoyen ..
I. Vol. E
98 MERCURE
DE FRANCE .
fecours des Hollandois fes anciens ennemis.
Rhuiter , le fameux Rhuiter , un
des plus grands hommes de fon fiécle
à la tête d'une Efcadre de vingt-trois
vaiffeaux , joint l'Efcadre Efpagnole ,
compofée de vingt.
C'est contre ces forces formidables
que Duquesne devenu Lieutenant Général
des Armés Navales, va combattre.
C'est ici que l'éloge de mon Héros
va devenir plus intéreffant ; c'eft ici
que l'étendue de fon génie , fon activité
, fa valeur vont paroître dans tout
leur jour ; c'eft contre Rhuiter enfin
contre le Capitaine de fon fiécle qui jouiffoit
de la plus haute réputation , que l'Europe
étonnée admire fa fupériorité .
Toulon le voit partir à la tête de 20
vaiffeaux, efcortant un grand convoi de
munitions pour Meffine. Un pareil
nombre de vaiffeaux s'offre à fa rencontre
à la vue de Stromboli ; c'eft
Rhuiter qui les commande. Duquesne
attaque , Rhuiter plie. Preuilli , qui
commande l'avant- garde , charge celle
des Hollandois , la met en défordre , &
Duquefne fait entrer fon convoi dans
Meffine .
Les Flottes combinées d'Efpagne &
de Hollande font voile vers Agofta
JANVIER . 1763 . 99
dans l'efpérance qu'il s'y feroit quelques
mouvemens en leur faveur. L'Efcadre
Françoife fort du Port de Meffine pour les
combattre. Duquefne découvre les ennemis
à travers le Golfe de Catane. Les
Efpagnols & les Hollandois viennent à
lui avec l'avantage du vent ; avantage
qui décide prèfque toujours des combats
de Mer. Rhuiter fond fur la Flotte Françoife
; il eft repouffé avec perte & attaqué
lui-même. C'est là que nos deux
Généraux mettent en ufage tout ce que
la valeur & la prudence , tout ce que
la fupériorité du génie & la préfence
d'efprit peuvent fuggérer aux grands
Hommes. On les voit attentifs à profiter
de leurs avantages , ou à réparer
leurs pertes , donner des ordres à propos
& avec intelligence, fe porter aux endroits
où leur préfence eft néceſſaire :
nul danger ne les étonne : Ruither &
Duquefne fe multiplient ; on les voit
fur tous les vaiffeaux diriger la manouvre
, animer les foldats par leur exemple ,
voler au fecours des foibles & encourager
les forts. Les Galères d'Efpagne
dégagent quatre de leurs vaiffeaux qui
étoient fur le point d'être pris. Rhuiter
dans la chaleur de l'action , reçoit le
coup de la mort ; il tombe ; & LOUIS
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
LE GRA ND en eft affligé. En vain des
Courtisans lui difent qu'il eft défait d'un
Ennemi redoutable : rien , dit - il , ne
peut empêcher d'être fenfible à la mort
d'un grand Homme.
Je dois ajouter à la gloire de mon
Héros le témoignage authentique que
lui rendit Rhuiter dans les différentes
actions qu'il eut à foutenir contre les
François il difoit franchement qu'il
ne craignoit que Duquefne. Les grands
Hommes fe rendent juftice : la jaloufie ,
vice des âmes baffes , ne peut offufquer
leur raifon , ni corrompre leur coeur.
Durquefne toujours infatiguable, pourfuit
les deux Flottes , les attaque pour
la troifiéme fois , & aucun vaiffeau ne
ne lui eût échappé , fi les ombres de
la nuit & le Port de Syracufe ne les
euffent mis à couvert.
LOUIS ( r) donne la paix à l'Europe;
(* ) Le Roi d'Angleterre ayant commencé la
guerre pour l'intérêt de la France , étoit fur le
point de fe liguer avec le Prince d'Orange qui
venoit d'époufer fa niéce . Louis XIV. donna la
paix à l'Europe . Les Ennemis licentierent leurs
troupes extraordinaires ; il garda les fiennes ,
fis en quelque forte de la paix un temps de conquêtes.
Depuis Charlemagne on n'avoit vu aucun
Prince agir ainfi en' Maître , en Juge des Souve-
#ains , & conquérir des Pays par des Arrêts. La
&
"
JANVIER. 1763 . ΙΟΥ
il en préfcrit lui - même les conditions
en Vainqueur. Pour affurer le repos de
fes Peuples , & contenir fes Ennemis
dans le refpe &t & la crainte , ce Monarque
porte fa Marine au- delà des efpérances
de la France , & de l'Europe
étonnée . Soixante mille matelots font à
fa folde ; & des Loix auffi fages que
févères préfcrivent à ces hommes groffiers
les régles de leurs devoirs . Des
fommes immenfes font employées à
conftruire le Port de Toulon fur la
Méditérannée , celui de Breft , de Dunkerque
, du Havre - de - Grace & de Rochefort
fur l'Océan . L'école de la Marine
eft inftituée dans ces différens
Ports. Une foule de jeune nobleſſe vient
s'inftruire auprès des grands Hommes
que le mérite a défignés pour maîtres.
( s ) Le Roi avoit plus de cent vaifpuiffance
formidable de ce Monarque qui s'étendoit
ainfi de tous côtés , & acquéroit pendant la
paix plus que fes prédéceffeurs n'avoient acquis
par la guerre , réveilla les allarmes de l'Europe.
L'Empire , la Hollande , la Suéde même , firent
un traité d'affociation . Les Anglois menacerent.
Les Eſpagnols voulurent la guèrre . Le Prince d'Orange
remua tout pour l'allumer ; mais aucune
de ces Puiſſances n'ofa porter les premiers coups.
(s) En 1681 Duquefne attaqua les Tripolitains ,
& les obligea à conclure une paix très- glorieufe
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
>
feaux de ligne ; ils ne reftoient pas oififs
dans fes Ports. Ses Efcadres fous le
commandement de Duquefne nettoyoient
les Mers infectées par les Corfaires
d'Alger & de Tripoli. Notre Hé
ros à la tête de fix vaiffeaux va jufques
dans le Port de Chio attaquer les Tripolitains
; & le Capitan Bacha ne peut
avec quarante Galéres les mettre à l'abri
des foudres du Général François . Ces
Africains fe foumettent & n'obtiennent
la paix qu'à la prière & par l'entremife
du Grand- Seigneur.
( t ) LOUIS veut fe venger d'Alger.
>
pour la France. Ils rendirent un Vaiffeau François
qu'ils avoient pris , tout le canon , les armes
tout l'équipage , & un très-grand nombre de
Chrétiens qu'ils avoient fait esclaves.
(t ) En 1683 Louis XIV. fe vengea d'Alger
avec le fecours d'un art nouveau , dont la découverte
fut due à cette attention qu'il avoit d'exciter
tous les génies de fon fiécle. Cer art funeſte ,
mais furprenant , eft celui des galiotes a bombes ,
avec lesquelles on peut réduire des villes mariti
mes en cendres. Bernard Renaud , plus connu
fous le nom du Petit Renaud , fut l'auteur de
cette invention . Ce jeune homme , fans avoir jamais
fervi fur les vaiffeaux , étoit cependant par
fon génie un excellent Marin . Colbert , qui déterroit
le mérite dans l'obfcurité , l'avoit fouvent
appellé au Confeil de marine , même en préfence
du Roi. C'étoit par les foins & fur les lu
JANVIER. 1763. 103
Duquesne attaque ces Corfaries , brûle
leurs vaiffeaux , confume une partie de
la Ville par le moyen d'une forte d'artillerie
jufqu'alors inconnue & qui par
la fuite fera un des plus terribles fléaux
de l'humanité. Ce Monarque généreux
dont la grande âme fçavoit toujours
mettre des bornes à ſa vengeance , avoit
mieres de Renaud que l'on fuivoit depuis peu une
méthode plus réguliére & plus facile pour la conftruction
des vailleaux . Il ofa propofer dans le
Confeil de bombarder Alger avec une Flotte. On
n'avoit pas d'idées que des mortiers à bombes
puffent n'être pas polés fur un terrein folide. La
propofition révolta Il éffuya les contradictions &
les railleries que tout inventeur doit attendre ;
mais fa fermeté & cette éloquence qu'ont d'ordinaire
les hommes frappés de leurs inventions
déterminérent le Roi à permettre l'élai de cette
nouveauté . Renaud fit conftruire cinq vaiffeaux
plus petits que les vaiffeaux ordinaires mais plus
forts de bois , fans ponts , avec un faux tillac à
fonds de cale , fur lequel on maçonna des creux ,
où l'on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage
fous les ordres de Duquefne , qui étoit chargé
de l'entrepriſe. Ce Général & les Algériens
furent étonnés de l'effet des bombes . Outre deux
vaiffeaux de ces Corfaires qu'il brula , le feu des
bombes confuma une partie de la ville : mais cet
art porté bientôt chez les autres Nations , ne fervit
qu'à multiplier les calamités humaines . La Marine
ainfi perfectionnée en peu d'années , étoir
le fruit des foins du grand Colbert.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
épargné les Algériens. Ces Corfaires infolens
s'en prévalurent & le contraignirent
de les punir de nouveau. Il fit
bombarder leur Ville pour la feconde
fois l'année fuivante. Le dommage fut
très- confidérable dans cette Capitale.
Les Vaiffeaux & les Galéres furent pris,
brûlés ou coulés à fond ; un grand
nombre de maifons renverfées , des
magafins ruinés. La néeeffité leur fir
demander la paix. LOUIS la leur accorda.
On éxigea pour préliminaires de
rendre fans rançon plus de fix cens Chrétiens
efclaves , & de payer une fomme
d'argent , punition dure & fenfible
pour des Corfaires ! Tunis & Tripoli
firent à leur exemple les mêmes foumiffions
.
(u) Gênes avoit vendu des munitions
( u ) En 1684 , la République de Gênes ayant
refufé de ſe ſoumettre aux ordres de Louis XIV ,
& comptant trop fur le fecours de l'Eſpagne , ſe
vit fur le point d'être détruite de fond en comble
par l'effet des bombes. Elle fut forcée de céder.
Le Roi exigea que le Doge & quatre principaux
Sénateurs vinffent implorer fa clémence
dans fon Palais de Verſailles ; & de peur que
les Génois n'éludaffent la fatisfaction
dérobaffent quelque chofe à fa gloire , il voulut
que le Doge qui viendroit lui demander pardon,
& ne
JANVIER. 1763 . 105
+
de guèrre aux Algériens . Elle conftruifoit
quatre Galéres pour l'Espagne .
Le Monarque François lui défend par
fon Envoyé de les lancer à l'eau , &
la menace d'un châtiment prompt
& rigoureux fi elle refufe de fe foumettre
à fes volontés. Les Génois irrités
de cette entréprife fur leur liberté ,
n'y eurent aucun égard. Duquesne fort
de Toulon à la tête de 14 Vaiffeaux ,
20 Galéres , 10 Galiotes a bombes &
plufieurs Frégates. Il fe préfente devant
Gênes . Les 10 Galiotes y jettent
quatorze mille bombes & réduifent en
cendres une partie de fes Palais. Quatre
mille foldats débarquent , & portent le
fer & le feu dans les fauxbourgs. Le
Génois effrayé craint la ruine totale de
fes Etats. Ces fiers Républicains humiliés
par des progrès fi rapides , députent
fût continué dans fa Principauté , malgré la loi
perpétuelle de Gênes , qui ôte cette dignité à tout
Doge abfent un moment de la Ville . Le Doge
arriva a Verſailles le 22 de Février 1685 , demanda
pardon au Roi . Cegrand Prince , qui dans
toutes les actions de fa viejoignoit la politeffe à la
dignité , traita de Doge & les Senateurs avecautant
de bonté que de fafte. Ses Miniftres leur firent fentir
plus de fierté. Aufli le Doge difoit : Je Roi ôte à
nos coeurs la liberté , mais les Miniftres nous la
rrendent.
Ew
106 MERCURE DE FRANCE.
le Doge avec quatre Sénateurs , pour
aller demander pardon au Roi . Ils fe
rendent à Verfailles. Le Monarque , qui
favoit que la véritable grandeur confifte
particuliérement à oublier les injures ,
paroît fatisfait , les reçoit avec bonté ,
& les traite avec magnificence.
L'hiftoire des temps femble terminer
à ce dernier trait les glorieux exploits de
mon héros. Je finirai fon éloge par l'apologie
de fon coeur , auffi recommandable
par fon défintéreffement
noble & fublime par fes vertus .
> que
J'en appelle au témoignage de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Europe . Quelle foule
de témoins de fa valeur & de fon âme
bienfaifante ! Des Chrétiens arrachés à
l'esclavage viennent dans les tranſports
de la joie la plus pure , pénétrés des fentimens
de la plus vive reconnoiffance
baifer ces mains généreufes qui ont brifé
leurs fers.
O Duquefne ! à quels fentimens délicieux
ton âme ne fe livroit- elle pas ,
en voyant couler ces larmes précieufes
que la grandeur de cette action , que
l'héroïsme de la vertu , que l'amour de
l'humanité & l'admiration font répandre
! Qu'il eft glorieux pour toi de régner
ainfi fur les coeurs & de te les
JANVIER. 1763. 107
attacher par les bienfaits ! On t'offre
des rançons ; ton âme généreufe en
eft offenfée . Toute la récompenfe que
ton grand coeur ambitionne eft le feul
plaifir du bienfait .
(x) Duquefne arrive à la Cour. Son
nom vole de bouche en bouche . Il
perce la foule des Courtifans , il pénétre
jufqu'au Roi . Il lit dans fes yeux
pleins de majefté qu'il a gagné l'eftime
de fon Maître ; & c'eft la feule récompenfe
à laquelle il afpire : mais
LOUIS dont la grande âme ne laiffa
jamais le mérite & les fervices fans récompenfe
, lui donna & à fa poftérité
, comme un monument éternel de fa
bienveillance , la terre Dubouchet qu'il
érigea en Marquifat.
Duquefne en ceffant de combattre ,
n'en fert pas moins la Patrie . Dans une
retraite honorable , il forme des voeux
(x) Le Roi qui honoroit Duquesne d'une eftime
particuliere pour fon mérite , ne pouvant à cauſe
de la religion qu'il profelloit , le récompenfer
avec tout l'éclat qu'il auroit fouhaité , n'a pas
laiffé de lui donner & à fa poftérité une marque
de fa bienveillance , en lui faifant don de la Tèrre
Du bouchet , qui eft une des plus belles du Royaume
, fituée auprès d'Etampes. Il l'érigea en Marquifat
, lui ôta fon premier nom , & lui donna
celui de Duquefae.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour fon Prince , & pour l'Etat. Adoré
de fa Famille , il inftruit fes enfans &
leur apprend à marcher fur fes traces.
Témoin de leur valeur & de l'éclat de
leurs exploits , il fe voit convaincu que
fon fang illuftre ne pouvoit dégénérer.
Quels motifs de confolation pour ce
refpectable Guerrier dans un âge où
les infirmités fe multiplient , où la fenfibilité
augmente , où les organes d'un
corps épuifé s'affaiffent & fe détruifent.
Il attend la mort avec affurance ; il envifage
avec fermeté le terme de fa carrière.
(y ) Duquesne meurt enfin ; il meurt
( yCe grand homme qui étoit né Calvinifte ,
mourut dans la même créance , à Paris , le 2 Février
1688 , après avoir vêcu 78 ans avec une
vigueur & une fanté extraordinaire . Son coeur
fut porté dans le Temple de la Ville d'Aubonne ,
dans le canton de Berne en Suiffe , où fon fils aîné
Henri Duquesne , Baron du lieu , lui fit placer
une épitaphe. Il avoit époufé Gabrielle de Bernière
, dont il a laiffé quatre fils.
Henri , l'aîné de fes enfans , formé aux armes
dès fa plus tendre jeuneffe , s'y est toujours diftingué.
Conftamment attaché à la Religion Proteftante
, il fe retira dans une Tèrre qu'il avoit
acquife en Suiffe , avec la permiffion du Roi. Il
mourut à Genève le 11 Novembre 1722 , âgé de
près de 71 ans , eftimé , aimé & regretté de tous
ceux qui le connoilloient.
JANVIER. 1763 . rog
•
en héros il emporte dans le tombeau
les pleurs de fa famille , les juftes regrets
de la France , & l'eftime de l'Europe
entiere .
DAGUES DE CLAIRFONTAINE.
Le fecond, Abraham , Capitaine de Vaiffeau ,
fe fignala auffi en plufieurs occafions importantes
. En 1683 , il prit & emmena à Toulon le
Prince de Montefarchio , Général de l'Armée Efpagnole
, & en 1684 dans la defcente de Gênes ,
il foutint le bataillon qu'il y commandoit avec
beaucoup de valeur.
Le troifiéme , Ifaac , & le quatrième , Jacob ,
furent des Officiers très recommandables par
leur mérite & leur courage.
Duquesne avoit auffi plufieurs frères , qui font
tous morts dans le Service. L'un d'eux , Capitaine
de Vaiffeau , fut tué d'un coup de canon. Il
laiffa un fils , Duquefne Monier , qui après s'être
Egnalé en diverses occafions , & avoir eu un bras
emporté , fut fait Chef d'Eſcadre en 1705.
DUQUESNE Lieutenant Général
des Armées Navales de France. ( a )
Non ille pro patriâ timidus perire.
Horat.
D
E tous les Etats qui concourent à
la gloire de la patrie , il n'en eft point
de plus utile ni de plus honorable que
la profeffion des armes. De tout temps
elle fut fpécialement dévolue à notre
Nobleffe , deſtinée par état à fervir fon
( a ) Ce Sujet a été proposé par l'Académié
de Marſeille pour la diſtribution des Prix du 25
Août 1762 .
* V. p . 2 32. & 2 33. de ce ſecond volume .
7 81
JANVIER. 1763.
Roi. Ce n'est qu'en prodiguant fon fang
qu'elle reléve fa fplendeur & s'immortalife
dans les faſtes de la postérité : elle
fe flétrit au contraire dans une honteuſe
oifiveté. Qui peut compter fans interruption
une longue fuite d'ayeux qui
ont facrifié leurs vies pour le falut de la
Patrie , fe glorifiera-t-il de fa nobleffe ,
s'il ne marche fur leurs traces dans la
carriere de l'honneur ? Qu'eft - ce en effet
qu'un grand nom fans vertus ? Un héros ,
le premier de fa race , fera toujours préféré
au Noble faftueux , qui ne fonde
fon illuftration que furfes titres. La naiffance
eft un effet du hafard ; mais la
vertu , jointe à la valeur , diftingue &
caractériſe le vrai Noble , le Citoyen &
tout bon François.
Volez, s'écrioit l'illuftre Vendôme à
fes ,foldats , volez où l'honneur vous
appelle ; fongez que vous êtes François
! ....
(b) Duquesne , nom à jamais immortel
! Duquefne , l'un des plus grands
hommes de fon fiécle , fe dévoua au
fervice de mer dès fa plus tendre jeuneffe .
(b) Abraham Duquesne nâquit en Normandie
l'an 1610 , d'une famille noble & habituée de
puis longtemps dans cette Province.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Son pere (c) Abraham Duquesne , blanchit
fous les armes , connut fes talens
& les perfectionna. Ce fut fous cet
illuftre père que notre jeune héros fit fes
premieres campagnes. Ils contribuerent
T'un & l'autre par l'éclat de leurs exploits
à la gloire du fiécle de Louis XIV.
C'eſt être vraiment grand que de travailler
à la grandeur des autres ; c'eſt le
comble de l'héroïfme que de concourir à
la gloire de fon Prince & à celle de l'Etat.
(d) Sanctuaire des Mufes & des Sciences
, dépofitaire des merveilles de mon
héros , je devrois fans doute dans un
humble filence vous entendre ici , Meſfieurs
, prodiguer les juftes louanges qui
font dues à ce grand homme. C'eft dans
(c ) Abraham Duquesne , père de notre Héros ,
mâquit au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu ,
de parens pauvres & Calviniftes . 'S'étant retiré de
bonne heure à Dieppe , il y apprit la Carte marine
, fe mit fur les vaiffeaux , & fe rendit capable
d'être Pilote. Après avoir exercé quelque temps
cette profeffion , il paffa en Suéde , obtint une
place de Pilote dans les vaiffeaux de la Reine
Chriftine ; fut choifi enfuite par cette Princeffe
pour conduire quelques vaiffeaux en France , &
s'étant diftingué dans cette occafion , il fut fait
Capitaine de vaiffeau dans l'Armée Navale de
France.
(d) L'Auteur s'adreffe ici à l'Académie de Marfeille.
JANVIER. 1763. 83
vos ports qu'il préféra de fixer fon féjour
: c'est là qu'il employa ces jours fi
précieux de la jeuneffe à acquérir la
fcience qui fait les grands hommes. On
le voyoit toujours affidu aux écoles de
la marine , toujours attentif aux exercices
& à la manoeuvre des Matelots ;
toujours avide de s'inftruire , entrer dans
les moindres détails . Il favoit qu'on ne
doit rien ignorer dans l'état qu'on embraffe
; bien différent de cette jeuneffe
éfféminée qui néglige l'étude , & lui
préfére fans honte l'cifiveté des Cours ,
où la Nobleffe fe dégrade , où le coeur
s'amollit , où les moeurs enfin fe corrom-
-pent par l'air contagieux que fouvent
on y refpire.
Si je ne puis , à l'exemple de Duquefne
, prodiguer mon fang pour le falut
de l'Etat ; qu'il me foit du moins permis
, comme Citoyen , d'élever ma foible
voix pour immortalifer un de fes
illuftres défenfeurs. N'y auroit- il pas une
forte d'ingratitude , fi animé par l'organe
refpectable d'une des plus célébres
Académies du Royaume , on ne
confacroit pas à la gloire de ce Hiros
une partie de fes veilles , pour ajouter
de nouveaux lauriers à ceux dont il a
été couronné tant de fois ? Je connois
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
mon infuffifance , MM. mais j'ofe me
flatter que vous applaudirez à mon zéle.
On ne peut fe rappeller l'horrible attentat
qui plaça Louis le Jufte fur le Trône
dans un âge encore tendre. La mort
précipitée d'un Prince , l'amour de fes
Sujets & la terreur de fes Ennemis ,
laiffa l'Etat en proye au Démon de la
difcorde. Habile à profiter d'une minorité
qui devoit être longue , ce Monf
tre , le plus cruel ennemi du genre
humain , alluma le flambeau de la
guerre ; la Religion en fut le prétexte
Ipécieux , l'ambition des Grands la fe-
.conda , & l'Etat en fut la victime. Des
Puiffances voifines & formidables fembloient
mettre le comble aux malheurs
de la France menacée de toutes parts.
Richelieu ( e ) paroît : le Génie fans vigueur
& prèfque engourdi fe réveille
a fa voix ; les Arts renaiffent , la Marine
fe rétablit , & le Commerce , ce
canal précieux qui porte la circulation
& la vie dans tous les membres de l'Etat,
( e ) En 1627 le Cardinal de Richelieu fit fupprimer
la Charge d'Amiral dont étoit revêtu le
Duc de Montmorenci , & celle de Connétable vacante
par la mort de Lefdiguieres . Il fe fit créer
Chef & Surintendant Général de la Navigation
& du Commerce.
JANVIER. 1763. . 85
ranime ce corps fans chaleur & prèſque
anéanti .
Richelieu , Politique fublime , renouvelle
l'alliance avec les Hollandois
porte les premiers coups à la Maiſon
d'Autriche , ce Coloffe éffrayant , qui
faifoit trembler l'Europe ; prépare la
deftruction des Huguenots en France
& médite la prife de la Rochelle , boulevard
formidable qui fervoit d'afyle à
l'héréfie & de retraite aux Rebelles .
,
Déja la Flotte Angloife s'avance vers
l'ifle de Rhé , à la follicitation des
Rochelois & du Duc de Rohan leur
· Chef.
Quel délire n'excite pas le fanatiſme !
Le Citoyen s'arme contre le Citoyen ;
Les Grands , qui par leur naiffance &
leur rang doivent être les défenfeurs de
l'Etat , s'en déclarent les plus cruels ennemis.
Le voile facré de la Religion
couvre leur ambition démesurée : tout
leur paroît permis , dès que tout leur
paroît poffible.
Abraham Duquesne , Calviniste , demande
à ne point fervir dans l'Armée
Royale : il l'obtient ; mais fon zèle pour
la Patrie l'engage à folliciter un autre
emploi. Il fait que la différence des
fentimens ne préfcrit point contre la
86 MERCURE DE FRANCE.
fidélité qu'il a jurée à fon Roi & à l'Etat.
Ses devoirs gravés dans fon coeur
font puifés dans ces principes inébranlables
de la Religion naturelle , fondement
de toutes les autres Religions.
L'amour des François pour leur Prince
ne fut jamais pour eux une loi tyrannique:
c'eft un penchant naturel , auquel
ils fe livrent d'autant plus volontiers ,
qu'ils y attachent leur bonheur & leur
gloire.
Généreux Marfeillois ! braves François
la fidélité à votre Roi eft votre
premiere vertu. Vos premiers fentimens
font les premieres chaînes qui vous attachent
inviolablement à votre Prince :
vos premiers voeux , vos premiers defirs
furent toujours de vous facrifier mille
fois pour fon falut & pour celui de la
Patrie .
Notre brave Guerrier fe tranſporte
d'un autre côté avec fon Efcadre. Son
fils âgé de 17 ans , commandoit un vaiffeau
fous fes ordres . Sa valeur annonça
dès-lors fa future grandeur , & la
force de fon génie lui tint lieu de plus
d'expérience ; mais le Ciel dont les décrets
fon impénétrables , le priva bientôt
de ce généreux père : pris par les
Efpagnols a fon retour de Suéde , il
JANVIER. 1763 . 87
reçut
le coup
de la mort
dans
un combat
inégal
. (f)
Quel coup de foudre pour un fils
également doué d'une belle âme & d'un
coeur excellent !
Brave Duquesne : ah ! fi la Parque
cruelle a tranché le fil d'une vie fi belle
& fi glorieufe , vous revivez de nouveau
par la gloire & les exploits de ce jeune
guerrier.
(g) La furpriſe de Tréves par les Epagnols
& l'enlévement de l'Electeur
(f) Le vieux Duquesne mourut à Dunkerque
l'an 1635 , dans les fentimens de la Religion
Prétendue Réformée.
(g ) Quoique jufques- là il n'y eût point eu de
rupture ouverte entre la France & l'Espagne ,
parce que , foit en Italie , foit en Allemagne ,
les Eſpagnols ne fervoient que comme auxiliaires
, en vertu des Traités. d'alliance entre les
deux Branches de la Maiſon d'Autriche ; la prifon
de l'Electeur produifit cependant la guèrre.
qui dura depuis 1635 jufqu'à la paix des Pyrénées
& le mariage de Louis XIV. Le Cardinal
Infant , Gouverneur des Pays- Bas , ayant refufé
à ce Monarque la liberté de l'Electeur , força le
Roi à lui déclarer la guerre & à interdire tout
Commerce entre les deux Nations.
En 1637 on attaqua l'Ile de Sainte Marguerite
& de les Forts , qui furent rendus au Comte
d'Harcourt 43 jours après fa defcente dans Lifle.
Les Espagnols perdirent 1 500 hommes ; & le
jeune Duquesne fe trouva à cette attaque.
N
88 MERCURE DE FRANCE.
firent voler Duquefne aux ifles de Sainte-
Marguerite. Il en forme l'attaque. La
réfiftance opiniâtre des Affiégés ne le
rebute point ; plus elle eft vive , plus fon
activité redouble. Les difficultés femblent
ne ſe préſenter que pour ajouter
à l'éclat de fon triomphe ; & les Efpagnols
ne fe multiplient que pour aug
menter le nombre des victimes qu'il
facrifie aux mânes de fonère.
Mais ce n'eft encore ici qu'un foible
crayon de ce qu'ils avoient à craindre
de fon habileté & de fon courage. On le
voit bientôt près du Môle de Gattary (h),
attaquer une Flotte de dix-huit vaiffeaux.
Dix-fept font pris , & le dix-huitiéme
mis hors de combat.
Intrépide , il ne connoît aucun danger.
Son courage le porte à Saint-Ogue ( i ) ;
il attaque les vaiffeaux qui font dans le
port ; & ce fut dans la chaleur du combat,
que bleffé d'un coup de moufquet ,
il fit à la Patrie la premiere offrande de
ce fang précieux qu'il prodigua fi géné-
( h ) En 1638, Duquefne contribua beaucoup à
la défaite des Efpagnols devant Gattary en Bilcaye.
( i ) En 1639 , il fut bleffé dans le Port de
& Ogue.
IAN VIER. 1763.
89
reuſement dans la fuite à Tarragone (k) ,
à Barcelone ( 1) , à la prife de Perpignan
(m) , & au Cap de Gattes .
Le fang ne s'épuife jamais , fi l'on en
croit les Héros , & le courage femble
fuppléer aux forces de la nature. Plus le
fang coule , plus il devient pur ; & fi la
guèrre eft le fléau de l'humanité , elle
eft aux yeux du Héros l'école de la
valeur & le creufet de la nobleffe.
Funeſte préjugé qui ne s'accordera
jamais avec les maximes du vrai Philofophe
, qui ne regarde la guèrre que
(k ) En 1641 , la Motte- Houdancourt , Commandant
en Catalogne , après avoir pris la Ville
& le Château de Conftantin & quelques autres
Places , vint mettre le fiége devant Tarragonne.
L'Armée Espagnolle qui y étoit enfermée fouffroit
beaucoup de la difette. On fit des efforts
incroyables pour la ravitailler , ce qui donna
lieu à un combat où le Général François défit
un grand nombre d'ennemis . L'Archevêque de
Bordeaux qui bloquoit Tarragonne par mer , attaqua
41 Galéres Eſpagnolles & en prit 12. Ce
fut dans cette action que Duquesne fut encore
dangereufement bleſſé .
•
( i ) En 1642 , il reçut de nouvelles bleſſures devant
Barcelone dans le temps de la priſe de
Perpignan qui fe rendit au Roi après trois mois
de fiége.
( m ) En 1643 , il répandit fon fang à la Bataille
qui le donna au Cap de Gattes.
90 MERCURE DE FRANCE .
comme le fléau du genre humain
comme un gouffre affreux , où tant de
Héros font enfévelis , tant d'hommes
facrifiés ; moins fouvent au bien de l'Etat
qu'aux capricés des Puiffances & à
l'imprudence des Généraux !
Je vous en attefte , ombres chères à
la patrie Intrépide Bayard ! Brave
Turenne ! Vaillant Duguai-Trouin ! Illuftre
Barwik ! vous qui n'allâtes moif
fonner tant de lauriers chez les ennemis
, que pour rapporter à vos concitoyens
le précieux rameau de la Paix .
(n) Richelieu meurt , & fa mort fut
pour les Espagnols l'événement le plus
heureux ils crurent le génie de la
France abattu & enfeveli avec ce grand
homme mais quelle furprife ! Louis le
Grand monte fur le Trône , & le génie
du gouvernement s'affied à côté du
Monarque. Nouvel Augufte ; fon fiécle
fut celui des Sciences & des beaux Arts :
il produifit ces grands hommes
ces
hommes immortels , dont les noms célébres
pafferont d'âge en âge , & feront
( n .) Les Espagnols furent battus prèfque partout
cette année. Le Maréchal de la Motte en
Catalogne conferva toujours fur eux la fupériorité
, & fit échouer toutes leurs entrepriſes.
JANVIER. 1763. 91
l'admiration de la postérité la plus reculée
.
(o) Duquefne part pour la Suéde ; fon
nom y eft connu ; fa réputation le précéde.
Les exploits fameux & les fervices
fignalés de fon illuftre père étoient profondément
gravés , ( non für des monumens
que le temps peut détruire , ou que
fouvent la flatterie éléve moins au mérite
qu'à l'orgueil des mortels & au faſte
de la décoration ; ) mais dans les coeurs
des Suédois , monumens plus fincères
& plus folides. Le Peuple , dont le fuffrage
n'eft point équivoque , accourt en
foule , fait éclater fa joie ; joie toujours
pure & véritable , lorfqu'elle a pour objet
le mérite d'un grand homme.
Bien différent de ces Guerriers qui
paffent dans le fein des plaifirs , &
dans les douceurs d'un indigne repos
(o ) En 1644 , Duquefne alla fervir en Suéde. Il
fut fait d'abord Major-Général de l'Armée Navale
, enfuite Vice- Amiral . C'est en cette qualité
qu'il fervoit le jour de la fameufe bataille où les
Danois furent entierement défaits. Il aborda lui
deuxième leur Vaiffeau Amiral appelé la Pctience.
Le Général Danois fut tué. Le Roi de
Dannemarck eût été fait prifonnier , fi ce Prince
bleffé à l'oeil d'un éclat de bois près d'un canon
qu'il pointoit , n'eût été obligé de fortir de
ee Vaiffeau la veille de l'action.
92 MERCURE DE FRANCE.
à
le loifir que leur laiffe la Patrie ; ce
fut pour l'employer utilement que vous
paffâtes au fervice de la Suéde , invincible
Duquesne ! Qui connut jamais
mieux que vous le prix du temps ? Qui
jamais mieux que vous , fçut le mettre
profit ? Ce temps finéceffaire peut-être
à votre repos , en même -temps fi utile
& fi glorieux à la Patrie , vous le deftinez
à fecourir les Suédois nos fidéles
Alliés , & à les garantir de l'injufte
ufurpation des Danois. Les titres éclatans
qui font l'appanage du vrai mérite
, qui jamais ne furent fufpects ,
lorfqu'ils font donnés par une Nation
étrangère , vous font juftement prodigués.
Nommé Vice Amiral , vous fervîtes
en cette qualité à la fameufe journée
où les Danois furent défaits.
Déja les deux Flottes font en préfence
mille bouches d'airain vomiffent
la foudre & la mort. Un jour artificiel
inventé par la fureur des hommes,
femble cacher aux combattans ce jour
doux & bienfaifant qui éclaire la nature.
Les vaiffeaux s'élancent contre les vaiffeaux.
Mille débris éclatans obfcurciffent
l'air , & font dans le même inf
tant engloutis dans les eaux. De tristes
lambeaux de malheureux couvrent la
JANVIER. 1763. 93
Turface des mers. Le défordre fe met
dans l'Armée Danoife . La confufion des
Matelots , le cris des Officiers , le découragement
des foldats , tour lui annonce
une prompte défaite.
D'un autre côté , le bon ordre fe
maintient dans l'Armée Suédoife. La
bonne contenance des Officiers éxcite
la confiance du Matelot , occupé à la
manoeuvre. Duquefne fe fignale on
croiroit à le voir que la victoire eft à fes
ordres. Au-deffus de toute crainte , il
fend les flots ; & fe faifant jour à travers
la flotte ennemie , il aborde lui
deuxième le vaiffeau Amiral. Il s'élance
au milieu du fang & du carnage . Le
choc eft furieux ; mais rien ne réfifte à
l'ardeur de fon courage. Son bras invincible
porte par-tout la mort. Le Général
Danois tombe fous fes coups : il
fe rend maître du vaiffeau. Le vaincu
implore la clémence du vainqueur , &
le Roi lui-même eût fubi le même fort ,
fi un événement inopiné n'eût ravi à
Duquefne cette illuftre conquête.
(p ) La Suéde étonnée retentiffoit des
(p) En 1647 il fut rappellé en France & commanda
cette année & la fuivante une des Eſcadres
qui furent envoyées à l'expédition de Naples. Le
Roi d'Espagne battu de tous côtés , voyoit avec
94 MERCURE DE FRANCE.
louanges de mon Héros , lorfqu'il fut
rappellé en France. La voix de fa Patrie
fe fait entendre il ne délibére
>
chagrin le Rouffillon & la Catalogne entre les
mains des François. Naples révoltée contre lui ,
venoit de fe donner au Duc de Guife . Celui- ci ,
qui ne paffa que pour un Avanturier audacieux ,
parce qu'il ne réuffit pas , avoit eu du moins la
gloire d'aborder feul dans une barque au milieu
de la Flotte Efpagnole , & de défendre Naples
fans autre fecours que fon courage.
La Sicile depuis le temps des Tyrans de Syracufe
, a toujours été fubjuguée par des Etrangers;
affervie fucceffivement aux Romains , aux Vandales
, aux Arabes , aux Normans , fous le val
felage des Papes , aux François , aux Allemands ,
aux Efpagnols : haïllant prèfque toujours fes
maîtres , le révoltant contre eux , fans faire de
véritables efforts dignes de la liberté , & éxcitant
continuellement des féditions pour changer de
chaînes .
En 1674 , les Magiftrats de Meffine venoient
d'allumer une guèrre civile contre leurs Gouverneurs
& d'appeller la France à leur fecours. Une
Flotte Efpagnole bloquoit leur port ; ils étoient
réduits aux extrémités de la famine..
En 1675 , le Chevalier de Valbelle vint d'abord
avec quelques Frégates à travers la Flotte
Efpagnole. Il porta à Meffine des vivres , des årmes
& des foldats. Ayant enfuite tenté d'y conduire
un nouveau fecours , les Galéres Eſpagnoles
& quelques Vaiffeaux Hollandois entreprirent
de lui difputer l'entrée du canal. Il y eut un combat
; le paffage fut forcé , & le convoj arriva heureufement,
JANVIER. 1763 .
point ; il s'arrache à la gloire & aux
applaudiffemens pour voler à ſon ſecours.
Il eft auffi -tôt chargé du commandement
de l'Efcadre deſtinée a l'expédition
de Naples. Puiffe tout François
, à l'exemple de ce grand homme
facrifier les intérêts les plus chers à l'amour
de fon devoir !
où
La France déchirée par les guerres
civiles fous les Régnes des Valois ,
Régne malheureux , où l'ambition des
Grands & la fureur des Hérétiques la
mirent à deux doigts de fa perte ,
l'enthouſiaſme aveugle du fanatiſme
infpiroit les plus éxécrables maximes.
La France , dis- je , dans ces temps de
troubles & d'horreurs , n'avoit pu entretenir
fa Marine ; fon rétabliffement
étoit dû à la fage prévoyance de Richelieu
.
Mazarin dont les vues furent moins
étendues , la négligea. Il étoit réſervé
au généreux Duquesne de la réparer
par fon défintéreſſement.
Vrai citoyen , il penfe que fon patrimoine
eft celui de l'Etat. Général vertueux
, la gloire de le fervir eft l'unique
récompenfe qu'il ambitionne. Il arme à
fes frais plufieurs vaiffeaux. Il vole au
fecours de l'Armée Royale , qui tenoit
96 MERCURE DE FRANCE.
bloquée la ville de Bourdeaux . Il eft
rencontré par une Efcadre,Angloife. On
veut lui faire baiffer pavillon : c'est ici
que l'orgueil peut être une vertu dans
les Héros. Son courage dicte fon refus.
Le combat s'engage, & il y eft dangereufement
bleffé. Il fe retire glorieufement ,
quoiqu'avec des forces inégales. Obligé
de s'arrêter à Breft pour faire radouber
fes vaiffeaux , il revole à Bourdeaux
fans attendre l'entière guérifon de fes
bleffures . La Flotte Efpagnole arrive
en même temps que lui dans la rivière :
elle s'oppose à fon paffage. La barrière
eft forcée : il entre en préfence des Efpagnols
, & fa belle manoeuvre oblige la
ville de fe rendre.
Anne d'Autriche , Régente du Royaume
, qui n'ignoroit pas que ces fuccès
n'étoient dûs qu'à la valeur & à la générofité
de Duquesne , crut qu'il étoit
de fa gloire de le récompenfer : elle lui
donna le château & l'ifle d'Indred , qui
étoient du Domaine de Sa Majeſté.
Ce n'eft que par les bienfaits qu'on
réuffit à s'attacher les hommes. Le feul
efpoir d'une récompenfe glorieufe peut
produire des Héros. La fage politique
d'un Etat eft de favoir les multiplier par
un appas fi juſte & fi raiſonnable.
Deux
JANVIER . 1763 . 97
- Deux Provinces envahies par les François
font trembler le Roi Catholique
pour le refte de fes Etats. Naples révoltée
contre fon Souverain ; les Siciliens ,
peuple inconftant , venoient de fe donner
au Duc de Guife , dernier Prince
de cette branche d'une Maifon fi féconde
en hommes illuftres , mais dangereux
.
(9 ) Le Roi d'Espagne eft contraint
par la révolte de Meffine d'implorer le
( q ) En 1676 , l'Efpagne appella les Hollandois
pour défendre la Sicile. Rhuiter fut chargé
de cette expédition. Les François qui réunis aux
Anglois , n'avoient pu battre les flottes de la
Hollande , l'emporterent feuls fur les Hollandois
& les Elpagnols . Le Duc de Vivonne obligé
de refter dans Meffine , pour contenir le Peuple
déja mécontent de les défenfeurs , laiffa donner
cette bataille par Duquesne , Lieutenant- Général
des Armées Navales ; homme auffi fingulier que
Rhuiter, parvenu comme lui au commandement
par fon mérite .
Rhuiter dont la mémoire eft encore dans la
plus grande vénération en Hollande , avoit commencé
par être Valet & Mouffe de Vaiſſeau ; il
n'en fur que plus refpectable. Le Confeil d'Elpagne
lui donna le Titre & les Patentes de Duc ,
dignité frivole pour un Républicain. Ces Patentes
n'arriverent qu'après la mort . Les enfans de
Rhuiter refuferent ce Titre fi brigué dans nos
Monarchies , mais qui n'eſt pas préférable au nom
de bon Citoyen ..
I. Vol. E
98 MERCURE
DE FRANCE .
fecours des Hollandois fes anciens ennemis.
Rhuiter , le fameux Rhuiter , un
des plus grands hommes de fon fiécle
à la tête d'une Efcadre de vingt-trois
vaiffeaux , joint l'Efcadre Efpagnole ,
compofée de vingt.
C'est contre ces forces formidables
que Duquesne devenu Lieutenant Général
des Armés Navales, va combattre.
C'est ici que l'éloge de mon Héros
va devenir plus intéreffant ; c'eft ici
que l'étendue de fon génie , fon activité
, fa valeur vont paroître dans tout
leur jour ; c'eft contre Rhuiter enfin
contre le Capitaine de fon fiécle qui jouiffoit
de la plus haute réputation , que l'Europe
étonnée admire fa fupériorité .
Toulon le voit partir à la tête de 20
vaiffeaux, efcortant un grand convoi de
munitions pour Meffine. Un pareil
nombre de vaiffeaux s'offre à fa rencontre
à la vue de Stromboli ; c'eft
Rhuiter qui les commande. Duquesne
attaque , Rhuiter plie. Preuilli , qui
commande l'avant- garde , charge celle
des Hollandois , la met en défordre , &
Duquefne fait entrer fon convoi dans
Meffine .
Les Flottes combinées d'Efpagne &
de Hollande font voile vers Agofta
JANVIER . 1763 . 99
dans l'efpérance qu'il s'y feroit quelques
mouvemens en leur faveur. L'Efcadre
Françoife fort du Port de Meffine pour les
combattre. Duquefne découvre les ennemis
à travers le Golfe de Catane. Les
Efpagnols & les Hollandois viennent à
lui avec l'avantage du vent ; avantage
qui décide prèfque toujours des combats
de Mer. Rhuiter fond fur la Flotte Françoife
; il eft repouffé avec perte & attaqué
lui-même. C'est là que nos deux
Généraux mettent en ufage tout ce que
la valeur & la prudence , tout ce que
la fupériorité du génie & la préfence
d'efprit peuvent fuggérer aux grands
Hommes. On les voit attentifs à profiter
de leurs avantages , ou à réparer
leurs pertes , donner des ordres à propos
& avec intelligence, fe porter aux endroits
où leur préfence eft néceſſaire :
nul danger ne les étonne : Ruither &
Duquefne fe multiplient ; on les voit
fur tous les vaiffeaux diriger la manouvre
, animer les foldats par leur exemple ,
voler au fecours des foibles & encourager
les forts. Les Galères d'Efpagne
dégagent quatre de leurs vaiffeaux qui
étoient fur le point d'être pris. Rhuiter
dans la chaleur de l'action , reçoit le
coup de la mort ; il tombe ; & LOUIS
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
LE GRA ND en eft affligé. En vain des
Courtisans lui difent qu'il eft défait d'un
Ennemi redoutable : rien , dit - il , ne
peut empêcher d'être fenfible à la mort
d'un grand Homme.
Je dois ajouter à la gloire de mon
Héros le témoignage authentique que
lui rendit Rhuiter dans les différentes
actions qu'il eut à foutenir contre les
François il difoit franchement qu'il
ne craignoit que Duquefne. Les grands
Hommes fe rendent juftice : la jaloufie ,
vice des âmes baffes , ne peut offufquer
leur raifon , ni corrompre leur coeur.
Durquefne toujours infatiguable, pourfuit
les deux Flottes , les attaque pour
la troifiéme fois , & aucun vaiffeau ne
ne lui eût échappé , fi les ombres de
la nuit & le Port de Syracufe ne les
euffent mis à couvert.
LOUIS ( r) donne la paix à l'Europe;
(* ) Le Roi d'Angleterre ayant commencé la
guerre pour l'intérêt de la France , étoit fur le
point de fe liguer avec le Prince d'Orange qui
venoit d'époufer fa niéce . Louis XIV. donna la
paix à l'Europe . Les Ennemis licentierent leurs
troupes extraordinaires ; il garda les fiennes ,
fis en quelque forte de la paix un temps de conquêtes.
Depuis Charlemagne on n'avoit vu aucun
Prince agir ainfi en' Maître , en Juge des Souve-
#ains , & conquérir des Pays par des Arrêts. La
&
"
JANVIER. 1763 . ΙΟΥ
il en préfcrit lui - même les conditions
en Vainqueur. Pour affurer le repos de
fes Peuples , & contenir fes Ennemis
dans le refpe &t & la crainte , ce Monarque
porte fa Marine au- delà des efpérances
de la France , & de l'Europe
étonnée . Soixante mille matelots font à
fa folde ; & des Loix auffi fages que
févères préfcrivent à ces hommes groffiers
les régles de leurs devoirs . Des
fommes immenfes font employées à
conftruire le Port de Toulon fur la
Méditérannée , celui de Breft , de Dunkerque
, du Havre - de - Grace & de Rochefort
fur l'Océan . L'école de la Marine
eft inftituée dans ces différens
Ports. Une foule de jeune nobleſſe vient
s'inftruire auprès des grands Hommes
que le mérite a défignés pour maîtres.
( s ) Le Roi avoit plus de cent vaifpuiffance
formidable de ce Monarque qui s'étendoit
ainfi de tous côtés , & acquéroit pendant la
paix plus que fes prédéceffeurs n'avoient acquis
par la guerre , réveilla les allarmes de l'Europe.
L'Empire , la Hollande , la Suéde même , firent
un traité d'affociation . Les Anglois menacerent.
Les Eſpagnols voulurent la guèrre . Le Prince d'Orange
remua tout pour l'allumer ; mais aucune
de ces Puiſſances n'ofa porter les premiers coups.
(s) En 1681 Duquefne attaqua les Tripolitains ,
& les obligea à conclure une paix très- glorieufe
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
>
feaux de ligne ; ils ne reftoient pas oififs
dans fes Ports. Ses Efcadres fous le
commandement de Duquefne nettoyoient
les Mers infectées par les Corfaires
d'Alger & de Tripoli. Notre Hé
ros à la tête de fix vaiffeaux va jufques
dans le Port de Chio attaquer les Tripolitains
; & le Capitan Bacha ne peut
avec quarante Galéres les mettre à l'abri
des foudres du Général François . Ces
Africains fe foumettent & n'obtiennent
la paix qu'à la prière & par l'entremife
du Grand- Seigneur.
( t ) LOUIS veut fe venger d'Alger.
>
pour la France. Ils rendirent un Vaiffeau François
qu'ils avoient pris , tout le canon , les armes
tout l'équipage , & un très-grand nombre de
Chrétiens qu'ils avoient fait esclaves.
(t ) En 1683 Louis XIV. fe vengea d'Alger
avec le fecours d'un art nouveau , dont la découverte
fut due à cette attention qu'il avoit d'exciter
tous les génies de fon fiécle. Cer art funeſte ,
mais furprenant , eft celui des galiotes a bombes ,
avec lesquelles on peut réduire des villes mariti
mes en cendres. Bernard Renaud , plus connu
fous le nom du Petit Renaud , fut l'auteur de
cette invention . Ce jeune homme , fans avoir jamais
fervi fur les vaiffeaux , étoit cependant par
fon génie un excellent Marin . Colbert , qui déterroit
le mérite dans l'obfcurité , l'avoit fouvent
appellé au Confeil de marine , même en préfence
du Roi. C'étoit par les foins & fur les lu
JANVIER. 1763. 103
Duquesne attaque ces Corfaries , brûle
leurs vaiffeaux , confume une partie de
la Ville par le moyen d'une forte d'artillerie
jufqu'alors inconnue & qui par
la fuite fera un des plus terribles fléaux
de l'humanité. Ce Monarque généreux
dont la grande âme fçavoit toujours
mettre des bornes à ſa vengeance , avoit
mieres de Renaud que l'on fuivoit depuis peu une
méthode plus réguliére & plus facile pour la conftruction
des vailleaux . Il ofa propofer dans le
Confeil de bombarder Alger avec une Flotte. On
n'avoit pas d'idées que des mortiers à bombes
puffent n'être pas polés fur un terrein folide. La
propofition révolta Il éffuya les contradictions &
les railleries que tout inventeur doit attendre ;
mais fa fermeté & cette éloquence qu'ont d'ordinaire
les hommes frappés de leurs inventions
déterminérent le Roi à permettre l'élai de cette
nouveauté . Renaud fit conftruire cinq vaiffeaux
plus petits que les vaiffeaux ordinaires mais plus
forts de bois , fans ponts , avec un faux tillac à
fonds de cale , fur lequel on maçonna des creux ,
où l'on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage
fous les ordres de Duquefne , qui étoit chargé
de l'entrepriſe. Ce Général & les Algériens
furent étonnés de l'effet des bombes . Outre deux
vaiffeaux de ces Corfaires qu'il brula , le feu des
bombes confuma une partie de la ville : mais cet
art porté bientôt chez les autres Nations , ne fervit
qu'à multiplier les calamités humaines . La Marine
ainfi perfectionnée en peu d'années , étoir
le fruit des foins du grand Colbert.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
épargné les Algériens. Ces Corfaires infolens
s'en prévalurent & le contraignirent
de les punir de nouveau. Il fit
bombarder leur Ville pour la feconde
fois l'année fuivante. Le dommage fut
très- confidérable dans cette Capitale.
Les Vaiffeaux & les Galéres furent pris,
brûlés ou coulés à fond ; un grand
nombre de maifons renverfées , des
magafins ruinés. La néeeffité leur fir
demander la paix. LOUIS la leur accorda.
On éxigea pour préliminaires de
rendre fans rançon plus de fix cens Chrétiens
efclaves , & de payer une fomme
d'argent , punition dure & fenfible
pour des Corfaires ! Tunis & Tripoli
firent à leur exemple les mêmes foumiffions
.
(u) Gênes avoit vendu des munitions
( u ) En 1684 , la République de Gênes ayant
refufé de ſe ſoumettre aux ordres de Louis XIV ,
& comptant trop fur le fecours de l'Eſpagne , ſe
vit fur le point d'être détruite de fond en comble
par l'effet des bombes. Elle fut forcée de céder.
Le Roi exigea que le Doge & quatre principaux
Sénateurs vinffent implorer fa clémence
dans fon Palais de Verſailles ; & de peur que
les Génois n'éludaffent la fatisfaction
dérobaffent quelque chofe à fa gloire , il voulut
que le Doge qui viendroit lui demander pardon,
& ne
JANVIER. 1763 . 105
+
de guèrre aux Algériens . Elle conftruifoit
quatre Galéres pour l'Espagne .
Le Monarque François lui défend par
fon Envoyé de les lancer à l'eau , &
la menace d'un châtiment prompt
& rigoureux fi elle refufe de fe foumettre
à fes volontés. Les Génois irrités
de cette entréprife fur leur liberté ,
n'y eurent aucun égard. Duquesne fort
de Toulon à la tête de 14 Vaiffeaux ,
20 Galéres , 10 Galiotes a bombes &
plufieurs Frégates. Il fe préfente devant
Gênes . Les 10 Galiotes y jettent
quatorze mille bombes & réduifent en
cendres une partie de fes Palais. Quatre
mille foldats débarquent , & portent le
fer & le feu dans les fauxbourgs. Le
Génois effrayé craint la ruine totale de
fes Etats. Ces fiers Républicains humiliés
par des progrès fi rapides , députent
fût continué dans fa Principauté , malgré la loi
perpétuelle de Gênes , qui ôte cette dignité à tout
Doge abfent un moment de la Ville . Le Doge
arriva a Verſailles le 22 de Février 1685 , demanda
pardon au Roi . Cegrand Prince , qui dans
toutes les actions de fa viejoignoit la politeffe à la
dignité , traita de Doge & les Senateurs avecautant
de bonté que de fafte. Ses Miniftres leur firent fentir
plus de fierté. Aufli le Doge difoit : Je Roi ôte à
nos coeurs la liberté , mais les Miniftres nous la
rrendent.
Ew
106 MERCURE DE FRANCE.
le Doge avec quatre Sénateurs , pour
aller demander pardon au Roi . Ils fe
rendent à Verfailles. Le Monarque , qui
favoit que la véritable grandeur confifte
particuliérement à oublier les injures ,
paroît fatisfait , les reçoit avec bonté ,
& les traite avec magnificence.
L'hiftoire des temps femble terminer
à ce dernier trait les glorieux exploits de
mon héros. Je finirai fon éloge par l'apologie
de fon coeur , auffi recommandable
par fon défintéreffement
noble & fublime par fes vertus .
> que
J'en appelle au témoignage de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Europe . Quelle foule
de témoins de fa valeur & de fon âme
bienfaifante ! Des Chrétiens arrachés à
l'esclavage viennent dans les tranſports
de la joie la plus pure , pénétrés des fentimens
de la plus vive reconnoiffance
baifer ces mains généreufes qui ont brifé
leurs fers.
O Duquefne ! à quels fentimens délicieux
ton âme ne fe livroit- elle pas ,
en voyant couler ces larmes précieufes
que la grandeur de cette action , que
l'héroïsme de la vertu , que l'amour de
l'humanité & l'admiration font répandre
! Qu'il eft glorieux pour toi de régner
ainfi fur les coeurs & de te les
JANVIER. 1763. 107
attacher par les bienfaits ! On t'offre
des rançons ; ton âme généreufe en
eft offenfée . Toute la récompenfe que
ton grand coeur ambitionne eft le feul
plaifir du bienfait .
(x) Duquefne arrive à la Cour. Son
nom vole de bouche en bouche . Il
perce la foule des Courtifans , il pénétre
jufqu'au Roi . Il lit dans fes yeux
pleins de majefté qu'il a gagné l'eftime
de fon Maître ; & c'eft la feule récompenfe
à laquelle il afpire : mais
LOUIS dont la grande âme ne laiffa
jamais le mérite & les fervices fans récompenfe
, lui donna & à fa poftérité
, comme un monument éternel de fa
bienveillance , la terre Dubouchet qu'il
érigea en Marquifat.
Duquefne en ceffant de combattre ,
n'en fert pas moins la Patrie . Dans une
retraite honorable , il forme des voeux
(x) Le Roi qui honoroit Duquesne d'une eftime
particuliere pour fon mérite , ne pouvant à cauſe
de la religion qu'il profelloit , le récompenfer
avec tout l'éclat qu'il auroit fouhaité , n'a pas
laiffé de lui donner & à fa poftérité une marque
de fa bienveillance , en lui faifant don de la Tèrre
Du bouchet , qui eft une des plus belles du Royaume
, fituée auprès d'Etampes. Il l'érigea en Marquifat
, lui ôta fon premier nom , & lui donna
celui de Duquefae.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour fon Prince , & pour l'Etat. Adoré
de fa Famille , il inftruit fes enfans &
leur apprend à marcher fur fes traces.
Témoin de leur valeur & de l'éclat de
leurs exploits , il fe voit convaincu que
fon fang illuftre ne pouvoit dégénérer.
Quels motifs de confolation pour ce
refpectable Guerrier dans un âge où
les infirmités fe multiplient , où la fenfibilité
augmente , où les organes d'un
corps épuifé s'affaiffent & fe détruifent.
Il attend la mort avec affurance ; il envifage
avec fermeté le terme de fa carrière.
(y ) Duquesne meurt enfin ; il meurt
( yCe grand homme qui étoit né Calvinifte ,
mourut dans la même créance , à Paris , le 2 Février
1688 , après avoir vêcu 78 ans avec une
vigueur & une fanté extraordinaire . Son coeur
fut porté dans le Temple de la Ville d'Aubonne ,
dans le canton de Berne en Suiffe , où fon fils aîné
Henri Duquesne , Baron du lieu , lui fit placer
une épitaphe. Il avoit époufé Gabrielle de Bernière
, dont il a laiffé quatre fils.
Henri , l'aîné de fes enfans , formé aux armes
dès fa plus tendre jeuneffe , s'y est toujours diftingué.
Conftamment attaché à la Religion Proteftante
, il fe retira dans une Tèrre qu'il avoit
acquife en Suiffe , avec la permiffion du Roi. Il
mourut à Genève le 11 Novembre 1722 , âgé de
près de 71 ans , eftimé , aimé & regretté de tous
ceux qui le connoilloient.
JANVIER. 1763 . rog
•
en héros il emporte dans le tombeau
les pleurs de fa famille , les juftes regrets
de la France , & l'eftime de l'Europe
entiere .
DAGUES DE CLAIRFONTAINE.
Le fecond, Abraham , Capitaine de Vaiffeau ,
fe fignala auffi en plufieurs occafions importantes
. En 1683 , il prit & emmena à Toulon le
Prince de Montefarchio , Général de l'Armée Efpagnole
, & en 1684 dans la defcente de Gênes ,
il foutint le bataillon qu'il y commandoit avec
beaucoup de valeur.
Le troifiéme , Ifaac , & le quatrième , Jacob ,
furent des Officiers très recommandables par
leur mérite & leur courage.
Duquesne avoit auffi plufieurs frères , qui font
tous morts dans le Service. L'un d'eux , Capitaine
de Vaiffeau , fut tué d'un coup de canon. Il
laiffa un fils , Duquefne Monier , qui après s'être
Egnalé en diverses occafions , & avoir eu un bras
emporté , fut fait Chef d'Eſcadre en 1705.
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Résumé : ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
Abraham Duquesne, lieutenant général des armées navales de France, incarne l'importance de la profession des armes pour la gloire de la patrie. Né en Normandie en 1610 dans une famille noble, il suivit les traces de son père, également nommé Abraham Duquesne, pilote et capitaine de vaisseau. Duquesne se distingua rapidement par son zèle et sa dévotion pour la marine, acquérant des compétences qui le marquèrent. Au cours de sa carrière, Duquesne participa à de nombreuses campagnes maritimes, notamment pendant la guerre contre l'Espagne. Il joua un rôle crucial dans plusieurs batailles, comme l'attaque des îles de Sainte-Marguerite, la défaite des Espagnols devant Gattary, et les combats à Tarragone, Barcelone, et Perpignan. Son courage et son habileté furent reconnus à travers divers exploits, où il fut souvent blessé mais continua toujours à se battre pour la patrie. En 1644, Duquesne servit en Suède et fut nommé Vice-Amiral, participant à une bataille où les Danois furent vaincus. Il aborda le vaisseau amiral danois et tua le général ennemi. En 1647, il fut rappelé en France et commanda des escadres lors de l'expédition de Naples. En 1674, les magistrats de Messine appelèrent la France à leur secours, bloqués par une flotte espagnole. Duquesne força le passage et livra des vivres et des armes à Messine. En 1676, il combattit et vainquit les flottes combinées de l'Espagne et des Pays-Bas commandées par l'amiral Rhuiter. Duquesne força le passage de Messine et remporta plusieurs victoires navales. Louis XIV, impressionné par ses succès, renforça la marine française, construisant des ports et instituant des écoles de marine. Duquesne fut récompensé pour ses services, recevant le château et l'île d'Indret. En 1681, il attaqua les Tripolitains et les força à conclure une paix glorieuse. Il nettoya également les mers des corsaires d'Alger et de Tripoli, libérant des esclaves chrétiens. En 1683, Louis XIV se venger des Algériens en utilisant des galiotes à bombes, une invention de Bernard Renaud. Cette attaque détruisit une partie de la ville d'Alger et força les Algériens à demander la paix, libérant des esclaves et payant une somme d'argent. Tunis et Tripoli suivirent cet exemple. En 1684, la République de Gênes, ayant refusé de se soumettre à Louis XIV, fut bombardée et contrainte de céder. Le Doge et quatre Sénateurs se rendirent à Versailles pour implorer la clémence du roi. Duquesne reçut des honneurs pour ses services, notamment la terre de Du Bouchet érigée en marquisat. Il mourut à Paris le 2 février 1688, à l'âge de 78 ans. Ses fils, notamment Henri, se distinguèrent également dans le service militaire et diplomatique.
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73
p. 31-32
SUR une Dame à qui on a donné le nom de Circé,
Début :
De nos jours eft une Circé, [...]
Mots clefs :
Circé, Esprit, Héros, Force, Route, Enchanteresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR une Dame à qui on a donné le nom de Circé,
SUR une Dame à qui on a donné le
nom de Circé,
Dx nos jours eft une Circé ,
Non la fameuse enchantereffe ,
Dont le poifon fut renversé
Par les mains d'un héros que guidoit la fageffe s
Son art ne force point les aftres pâliífans
A quitter leur brillante route ,
Jamais les magiques accens
N'ont percé l'infernale route ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Ses enchantemens font les yeux
Sa grace , toute la perfonne ,
Un efprit émané des Cieux ,
Efprit qui badine ou raiſonne
Et toujours à propos plaifant ou férieux ,
Efprit fin fans fonger à l'être
Et qui fe montre d'autant mieux
Qu'il ne cherche point à paroître.
L'autre Circé , changeoit fes Amans en Pourceaux,
Si celle- ci fouffroit qu'on cherchât à lui plaire
Elle transformeroit les hommes en Héros .
Mais près d'elle l'Amour eft forcé de fe taire ;
Et rendu malgré lui timide & circonfpect ,
N'ofe s'y faire voir que fous l'air du reſpect.
nom de Circé,
Dx nos jours eft une Circé ,
Non la fameuse enchantereffe ,
Dont le poifon fut renversé
Par les mains d'un héros que guidoit la fageffe s
Son art ne force point les aftres pâliífans
A quitter leur brillante route ,
Jamais les magiques accens
N'ont percé l'infernale route ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Ses enchantemens font les yeux
Sa grace , toute la perfonne ,
Un efprit émané des Cieux ,
Efprit qui badine ou raiſonne
Et toujours à propos plaifant ou férieux ,
Efprit fin fans fonger à l'être
Et qui fe montre d'autant mieux
Qu'il ne cherche point à paroître.
L'autre Circé , changeoit fes Amans en Pourceaux,
Si celle- ci fouffroit qu'on cherchât à lui plaire
Elle transformeroit les hommes en Héros .
Mais près d'elle l'Amour eft forcé de fe taire ;
Et rendu malgré lui timide & circonfpect ,
N'ofe s'y faire voir que fous l'air du reſpect.
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Résumé : SUR une Dame à qui on a donné le nom de Circé,
Le texte compare une dame contemporaine à Circé, mais contrairement à cette dernière, elle n'utilise ni poisons ni magie. Ses charmes proviennent de ses yeux et de sa grâce, émanant d'un esprit céleste, badin et raisonnable. Elle inspire les hommes à devenir des héros, contraignant l'Amour à se manifester sous forme de respect.
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74
p. 147
VERS pour accompagner un Tableau de M. Amédée Vanloo, représentant différentes vertus, lesquelles vues par optique, forment le portrait ressemblant du ROI.
Début :
Des Rois & des Héros, tous les Peintres fameux, [...]
Mots clefs :
Rois, Héros, Peintres, Art
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texteReconnaissance textuelle : VERS pour accompagner un Tableau de M. Amédée Vanloo, représentant différentes vertus, lesquelles vues par optique, forment le portrait ressemblant du ROI.
VERS pour accompagner un Tableau
de M. Amédée Vanloo , repréfentant
différentes vertus , lefquelles vues par
optique , forment le portrait reffemblant
du ROI.
Dis Rois & des Héros , tous les Peintres fa- DES
meux ,
Sur la toile ont tranfmis l'image reflemblante.
Vanloo feul a peint l'âme , & fon art merveilleux
Animant les vertus , en elles nous préfente
Et les traits de Louis , & fon coeur généreux.
Par REGNAUDIN DE NASSY , fils.
de M. Amédée Vanloo , repréfentant
différentes vertus , lefquelles vues par
optique , forment le portrait reffemblant
du ROI.
Dis Rois & des Héros , tous les Peintres fa- DES
meux ,
Sur la toile ont tranfmis l'image reflemblante.
Vanloo feul a peint l'âme , & fon art merveilleux
Animant les vertus , en elles nous préfente
Et les traits de Louis , & fon coeur généreux.
Par REGNAUDIN DE NASSY , fils.
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75
p. 94-103
HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
Début :
L'OUVRAGE que nous annonçons est d'un genre singulier ; & le nom de [...]
Mots clefs :
Homme, Grand, Héros, Femme, Grandeur, Ouvrage, Innocent
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
HISTOIRE de JONATHAN WILD
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
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Résumé : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
L'ouvrage 'Histoire de Jonathan Wild le Grand' est une traduction de l'anglais par Henry Fielding, également auteur de 'Joseph Andrews' et 'Tom Jones'. Publié à Paris en 1763, ce roman utilise l'ironie pour critiquer les idées fausses et dangereuses que les hommes se forment sur la grandeur. Le héros, Jonathan Wild, est un scélérat dont les crimes variés le mènent au supplice. L'auteur choisit ce personnage pour dénoncer les préjugés, le mauvais goût et l'esprit de parti. Jonathan Wild, issu d'une famille de voleurs, montre dès l'enfance une aversion pour l'étude. Son maître, reconnaissant ses inclinations, le laisse se livrer à ses véritables aspirations. Wild commence sa carrière criminelle en collaborant avec le Comte de la Rufe, un autre voleur. Contrairement aux autres voleurs, Wild n'hésite pas à trahir ses camarades pour son propre intérêt. Un exemple notable de sa perfidie est sa relation avec Francoeur, un marchand joaillier compatissant et généreux. Wild escamote les bijoux de Francoeur, tire des lettres de change à son nom, le fait emprisonner et enlever sa femme. Malgré ces trahisons, Wild continue de se présenter à Francoeur avec assurance. Wild parvient même à faire condamner Francoeur à la potence pour banqueroute frauduleuse, bien que son innocence soit finalement reconnue. Wild est finalement condamné à une mort honorable pour ses crimes. Wild suit des maximes strictes pour atteindre la grandeur, évitant la pauvreté, sacrifiant ses amis à son intérêt et manipulant les perceptions des autres. L'auteur utilise ce personnage pour critiquer les défauts humains et les préjugés sociaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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