Résultats : 3 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 18-22
VERS LIBRES.
Début :
Si la Prodigalité est moins condamnable que l'Avarice. / Qui donne tout est fort blasmable, [...]
Mots clefs :
Pardonner, Avares, Dangereux, Prodigue, Passions, Sentiments, Innocent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES.
SilaProdigalité.estmoins condamnable
que l rivarce.
VERS LIBRES. QVidonne tout efl fort blafmable,
Car avec un panchant semblable
A force de s'abandonner,
On saccoutume enfin a prendre pourdon
ner;
Et cela n'est pas raisonnable,
1 e moyen de le pardonner?
Qui ga-de tout est encor pire,
Et les Avares ont beau dire,
Les croire, cefl trop hazarder.
A cette méchante habitude
Quand on se laiJlè foJlèder,
On s'accoutume enfina prendre pour
,
garder,
Et cefl pour le salut un dangereux
prélude.
Que le Prodigueefl imprudent?
Sans regle il diJIipe, il déptn/f.
Il mesure encor moins sa vie, &cependant
Il arrive souvent qu'il vit plus qu'il"
ne pense.
Oh! qu'il fait beau le voir, quand
tout est fricafé
} Mourir lançuijfant & café
Dans une honteuseindigence?
Mais aujji que 1"Avartest fou!
Tremblant sur favenir
,
il vit dansla
misere,
Comme s'il navoit pas unfou;
Et narrive-1-il pas qu'il vit moins
qu'ilnespere?
Oh! qu'il fait beau le voirvieux *
languissant, perclus,
Se retrancher le necessaire,
Pour laisser des biens superflus
A quelques héritiers, quine leplaindront
guere!
Quand un Prodigue a tout mange,
Le monde contre Iny murmure.
Franchement fen connais
s
qui fontpauvre
figure,
Et qui vaudraient peut - estre avoir
mieuxménagé.
Lorsque pour senrichir
,
sans regl,
sans mesure,
Vn Avare a tout ravagé,
Tout le monde en efl enragé;
Et dit qu'il efl contre nature.
Me voilà donc bien partagé
Pour me dberminer, Mercure;
Sur cette grande Queflion;
',MAis à ptrier sans passion,
Voulantex-cuser un Prodigue,
Ml est vray ,je prendrais des foins
fort fuperfius,
La Retorique là-dessûs
P:troit un vain effort pour si tirer
r dâi"ntrigue;
\JSkvare toutesfois me déplaift beaucoup
plus.
lEn voicylaraison qui me paroijt
sensible.
LA force de donner en fait quelques
heureux, rVn Avare au contraire, inhumAin)
inflexible,
K Vouiroit encor piller tHospital & les
Gueux.
De nul devoir il ne s'acquitte
La misere du Mendiant
Au lieu de le toucher l'irrite,
Il regarde peu le merite
Du plus honneste Suppliant.
Il veut tout engloutir, il efl insatiable,
Son aveugle fureurne peut je contenir}
Toujours tremblant & miserable,
Par la peur de le devenir.
Le Prodilue, il cft vray, qui na plus
de reffiurce,
Se voit abandonné
,
sans amis, sans
secours;
Mais tandis qu'il vuide sa burfil"
Il a du moins quelques beaux jours.
Enfin c'efi sur la Loy divine
Que je réglé mon sentiment ; Et Cans plus de raisonnement
Vcicy ce qui me determine.
Si je vay consulter F Evangile
, il
mapprend
, Qxetan lis que VEnfantProdigue
Et se ravise &se repent; Par sa detcftable intrigue
Ayant livré l'Innocent)
L'avare Judas se pend.
que l rivarce.
VERS LIBRES. QVidonne tout efl fort blafmable,
Car avec un panchant semblable
A force de s'abandonner,
On saccoutume enfin a prendre pourdon
ner;
Et cela n'est pas raisonnable,
1 e moyen de le pardonner?
Qui ga-de tout est encor pire,
Et les Avares ont beau dire,
Les croire, cefl trop hazarder.
A cette méchante habitude
Quand on se laiJlè foJlèder,
On s'accoutume enfina prendre pour
,
garder,
Et cefl pour le salut un dangereux
prélude.
Que le Prodigueefl imprudent?
Sans regle il diJIipe, il déptn/f.
Il mesure encor moins sa vie, &cependant
Il arrive souvent qu'il vit plus qu'il"
ne pense.
Oh! qu'il fait beau le voir, quand
tout est fricafé
} Mourir lançuijfant & café
Dans une honteuseindigence?
Mais aujji que 1"Avartest fou!
Tremblant sur favenir
,
il vit dansla
misere,
Comme s'il navoit pas unfou;
Et narrive-1-il pas qu'il vit moins
qu'ilnespere?
Oh! qu'il fait beau le voirvieux *
languissant, perclus,
Se retrancher le necessaire,
Pour laisser des biens superflus
A quelques héritiers, quine leplaindront
guere!
Quand un Prodigue a tout mange,
Le monde contre Iny murmure.
Franchement fen connais
s
qui fontpauvre
figure,
Et qui vaudraient peut - estre avoir
mieuxménagé.
Lorsque pour senrichir
,
sans regl,
sans mesure,
Vn Avare a tout ravagé,
Tout le monde en efl enragé;
Et dit qu'il efl contre nature.
Me voilà donc bien partagé
Pour me dberminer, Mercure;
Sur cette grande Queflion;
',MAis à ptrier sans passion,
Voulantex-cuser un Prodigue,
Ml est vray ,je prendrais des foins
fort fuperfius,
La Retorique là-dessûs
P:troit un vain effort pour si tirer
r dâi"ntrigue;
\JSkvare toutesfois me déplaift beaucoup
plus.
lEn voicylaraison qui me paroijt
sensible.
LA force de donner en fait quelques
heureux, rVn Avare au contraire, inhumAin)
inflexible,
K Vouiroit encor piller tHospital & les
Gueux.
De nul devoir il ne s'acquitte
La misere du Mendiant
Au lieu de le toucher l'irrite,
Il regarde peu le merite
Du plus honneste Suppliant.
Il veut tout engloutir, il efl insatiable,
Son aveugle fureurne peut je contenir}
Toujours tremblant & miserable,
Par la peur de le devenir.
Le Prodilue, il cft vray, qui na plus
de reffiurce,
Se voit abandonné
,
sans amis, sans
secours;
Mais tandis qu'il vuide sa burfil"
Il a du moins quelques beaux jours.
Enfin c'efi sur la Loy divine
Que je réglé mon sentiment ; Et Cans plus de raisonnement
Vcicy ce qui me determine.
Si je vay consulter F Evangile
, il
mapprend
, Qxetan lis que VEnfantProdigue
Et se ravise &se repent; Par sa detcftable intrigue
Ayant livré l'Innocent)
L'avare Judas se pend.
Fermer
Résumé : VERS LIBRES.
Le texte compare la prodigalité et l'avarice, deux comportements moralement répréhensibles. La prodigalité, bien que condamnable, peut amener à demander pardon, mais cela n'est pas raisonnable. Le prodigue, sans règle, dilapide ses biens sans mesure et peut vivre plus longtemps que prévu. L'avare, obsédé par l'avenir, vit dans la misère et laisse des biens superflus à des héritiers indifférents. La société critique davantage le prodigue, mais certains devraient mieux gérer leurs finances. L'avare, en accumulant sans mesure, est jugé contre nature. Le narrateur, consulté par Mercure, préfère la prodigalité car elle rend heureux quelques personnes. L'avare, inhumain et inflexible, néglige ses devoirs et ignore la misère des autres. Le prodigue, ruiné, se retrouve seul mais profite de moments agréables. La décision finale du narrateur repose sur la loi divine : l'Évangile montre le prodigue se repentant, tandis que l'avare Judas se pend.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 60-67
LA POUDRE POËME
Début :
Muse, raconte-moi, quel Mortel serieux [...]
Mots clefs :
Muse, Mortel, Autels, Mépris, Malheurs, Discorde, Ardeur , Héros, Combats, Innocent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA POUDRE POËME
LA POUDRE
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
Fermer
3
p. 94-103
HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
Début :
L'OUVRAGE que nous annonçons est d'un genre singulier ; & le nom de [...]
Mots clefs :
Homme, Grand, Héros, Femme, Grandeur, Ouvrage, Innocent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
HISTOIRE de JONATHAN WILD
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
Fermer
Résumé : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
L'ouvrage 'Histoire de Jonathan Wild le Grand' est une traduction de l'anglais par Henry Fielding, également auteur de 'Joseph Andrews' et 'Tom Jones'. Publié à Paris en 1763, ce roman utilise l'ironie pour critiquer les idées fausses et dangereuses que les hommes se forment sur la grandeur. Le héros, Jonathan Wild, est un scélérat dont les crimes variés le mènent au supplice. L'auteur choisit ce personnage pour dénoncer les préjugés, le mauvais goût et l'esprit de parti. Jonathan Wild, issu d'une famille de voleurs, montre dès l'enfance une aversion pour l'étude. Son maître, reconnaissant ses inclinations, le laisse se livrer à ses véritables aspirations. Wild commence sa carrière criminelle en collaborant avec le Comte de la Rufe, un autre voleur. Contrairement aux autres voleurs, Wild n'hésite pas à trahir ses camarades pour son propre intérêt. Un exemple notable de sa perfidie est sa relation avec Francoeur, un marchand joaillier compatissant et généreux. Wild escamote les bijoux de Francoeur, tire des lettres de change à son nom, le fait emprisonner et enlever sa femme. Malgré ces trahisons, Wild continue de se présenter à Francoeur avec assurance. Wild parvient même à faire condamner Francoeur à la potence pour banqueroute frauduleuse, bien que son innocence soit finalement reconnue. Wild est finalement condamné à une mort honorable pour ses crimes. Wild suit des maximes strictes pour atteindre la grandeur, évitant la pauvreté, sacrifiant ses amis à son intérêt et manipulant les perceptions des autres. L'auteur utilise ce personnage pour critiquer les défauts humains et les préjugés sociaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer